jeudi 31 janvier 2013

Correspondances à l'Espace culturel Vuitton


La nouvelle exposition de l'Espace culturel Vuitton est encore une célébration du voyage. Elle est consacrée au Mail Art mais son intitulé, Correspondances, est un mot plus riche encore parce qu'il invite à faire des liens entre les artistes et leurs oeuvres. Elle ouvre demain au public et vous aurez jusqu'au 5 mai pour la découvrir.

S'il ne fallait retenir qu'une phrase ce serait "Please add and return" ... une invitation de l'émetteur à l'adresse du destinataire. Car le Mail Art suppose un aller-retour.

Ray Johnson est considéré comme l'inventeur du concept, dans les années 50 avec le tout premier collage associant un billet de banque et une étiquette Lucky Strike.

Il y avait eu jusque là des échanges de correspondances magnifiques mais pas avec l'esprit d'en faire une oeuvre d'art. C'est le premier qui eut l'idée de bâtir un réseau. Il commença par des personnes "ordinaires" dont il aurait, légende ou fantasme ... sélectionné les noms au hasard, en piochant dans le bottin.
Sur la feuille ci-dessous son correspondant a obéi au principe en ajoutant ... des cheveux sur le dessin qu'il avait reçu.
Le mouvement prendra de l'ampleur grâce à une révolution technologique avec l'apparition de la première photocopieuse en 1958 qui permettra à Ray Johnson de communiquer à plus grande échelle. Si l'homme était assez narcissique il était malgré tout assez réservé, vivant retiré, ne se déplaçant jamais à un vernissage.

Il fut l'ami d'Andy Warhol et un fervent admirateur du Pop Art. Certaines de ses oeuvres font penser à ce que faisant cet artiste. d'ailleurs il dessinait des lapins de manière récurrente comme on peut le voir sur les feuilles qui sont exposées.

Mais contrairement à ceux qui vendaient très cher il tenait à ce que l'oeuvre ne coute que le prix d'un timbre. Il disait avec dérision avoir inventé le Flop Art.
Il a écrit à Jackson Pollock ou Willem de Kooning, en jouant avec le nom de ce dernier. Toutes les fortes personnalités l'interpelaient comme ici James Dean.
Une très longue table lumineuse évoquant le déroulement d'une torah présente 165 de ses oeuvres, provenant toutes des archives de New-York, dans un ordre chronologique, depuis la première jusqu'à la dernière qui le représente assis devant la porte de sa maison.
Sa disparition est énigmatique. A partir des années 80 il cessa brusquement d'exposer et conserva tout chez lui. Il mourut un vendredi 13, vêtu d'un costume noir, noyé dans un lac après avoir envoyé un ultime message : Qui suis-je ? Pour le savoir allez voir dans ma maison.

On ne peut s'empêcher de penser à Virginia Woolf s'enfonçant dans l'eau les poches lestées de cailloux.
Alighiero Boetti a réalisé en 1975 un collage d'enveloppes timbrées d'Ethiopie, d'un format de 52 x 71,5 cm, appartenant à la collection Anne-Marie Sauzeau Boetti. Ces lettres adressées à sa femme et à sa fille, Agatha, alors âgée de 4 ans, n'ont jamais été ouvertes. personne n'en connait le contenu.

Il n'empêche que l'ensemble délivre un message, que nous nous sommes amusés à trouver presque tout seuls, alors que le titre de l'oeuvre nous l'aurait donné immédiatement. Au moins avons-nous eu le plaisir de déjouer la censure comme Boetti l'avait pressenti pour comprendre qu'il célébrait la liberté pour l'Ethiopie.
Il faut suivre l'alignement des timbres et s'arrêter lorsque l'homme est collé tête en bas. En attribuant une lettre de l'alphabet à chacun, et dans l'ordre on comprend que le cinquième timbre signifie E. On poursuit en reprenant à la lettre A et on trouve un R puis un I etc... jusqu'à obtenir Eritrea Libera.

L'artiste avait ouvert un hôtel à Kaboul dans les années 70, en plein mouvement hippie qui faisait de cette région une destination à la mode. Il en est parti en 1979 au moment de l'invasion soviétique.
Danh Vo nous fait découvrir la figure de Théophane Vénard, prêtre envoyé par les Missions étrangères de Paris en 1852 au Tonkin,  où il entre clandestinement, et où il sera condamné à mort et exécuté  en 1861. Il avait appris le vietnamien pour se mettre au service de son évêque. La situation était alors difficile pour les chrétiens et les persécutions furent intenses contre eux. Il se réfugia dans des grottes ou des cachettes, protégé par des villageois chrétiens. Il y traduisit des épîtres en vietnamien et fut nommé supérieur du séminaire. En 1860, il est dénoncé par un villageois et capturé, puis exécuté l'année suivante par décapitation.

Les nombreuses lettres qu'il a écrites tout au long de sa vie, et notamment pendant sa période missionnaire, sont recueillies et publiées par son frère Eusèbe après sa mort. Elles font grande impression en France, notamment auprès de Thérèse de Lisieux.

Phung Vo, le père de l'artiste,  a recopié à la main la dernière dont voici un extrait : Un léger coup de sabre séparera ma tête comme une fleur printanière que le Maitre du jardin cieulle pour son plaisir. nous sommes tous des fleurs plantés sur cette terre que Dieu cueille en son temps, un peu plus tôt, un peu plus tard. (...) Je vous souhaite, cher Père, une longue, paisible, et vertueuse vieillesse. Portez doucement la croix de cette vie, à la suite de Jésus, jusqu'au calvaire d'un heureux trépas. Père et fils se reverront au paradis. Moi, petit éphémère, je m'en vais le premier. Adieu.
L’Espace culturel Louis Vuitton a souhaité également confier une carte blanche à deux artistes, une vidéaste, Clarisse Hahn, et un sculpteur, Guillaume Leblon, qui répondent à leur manière aux multiples facettes et possibilités d’un art qui, n’en déplaise aux partisans d’un tournant numérique, n’a rien perdu de son actualité.
Guillaume Leblon a conçu une installation autour de 5 fragments de portes, importées spécialement de Grande-Bretagne pour l'exposition, et dans lesquelles figurent des fentes permettant de glisser des lettres.

Vittorio Santoro applique le principe au pied de la lettre comme le prouve la presque centaine de lettres qu'il a affichées sur trois murs de l'Espace, punaisées selon un ordre qui n'appartient qu'à lui, et toujours à la droite de l'enveloppe. L'effet est saisissant. La vue d'ensemble est puissante. Très vite le regard est attiré par un graphisme, une disposition des phrases, une signature, une couleur d'encre ou de papier, un format d'enveloppe.

Il a envoyé, entre mars 2010 et novembre 2011, des "invitations" à des gens issus ou non du milieu de l'art, leur demandant sans lus d'explication de lui renvoyer par courrier, dans un premier temps, une lettre comportant l'énigmatique phrase "Silence destroys consequences".

Sommes-nous indiscrets si nous lisons  les réponses... entre les lignes ?
Rares sont ceux qui n'ont pas joué le jeu. Deux personnes ou organismes n'ont pas répondu. Le musée d'art contemporain de Chicago (ci-dessus) ne fait pas ce qu'on lui demande. Le conservateur se dit très honoré mais voudrait comprendre pourquoi il a été choisi.
Nicholas Paul Kovaleski se plie à l'injonction mais c'est plus fort que lui, il disserte sur le sujet.
Cet autre correspondant noie presque la phrase dans la page, au centre d'un texte qui est totalement barré.
Par contre le Centre Pompidou-Metz et Sandra Mulliez font rigoureusement ce qui leur est demandé. Même si cette dernière laisse libre cours à sa fantaisie sur l'enveloppe.
Bob Wilson, dont le spectacle Le regard du sourd, présenté en 1971 au festival de Nancy apporta la consécration internationale transforme la phrase en une véritable oeuvre d'art.

Eugenio Dittborn tentait de ne pas perdre un mot des explications qui étaient données à propos de son History of the Human Face, composée de 5 palimpsestes qu'il adressa sous enveloppes à l'Espace culturel. Chaque morceau fut déplié, surtout pas repassé puisque les plis attestent du voyage.

Chacun sera d'ailleurs réexpédié dans une nouvelle enveloppe après avoir été replié.

En faisant ainsi voyager son oeuvre l'artiste contourne les frontières de la dictature mais il court aussi le risque de la perte. Les enveloppes sont des fabrications spéciales imaginées par l'artiste qui m'a dit avoir constitué un stock énorme, lequel semble s'épuiser de façon préoccupante.


Il importe en effet que les Postes considèrent toujours ses peintures comme des lettres et les acheminent immanquablement à n'importe quel endroit de la Terre.

Il nous explique que le voyage est la politique de ses peintures et les plis, le dépliage de cette politique.

On peut voir les enveloppes sur le mur de gauche et les toiles juste en face sur le mur de droite. Une évocation de Brueghel marque la toile centrale, la numéro 3, alors que la première et la dernière évoquent la consommation de l'art.

Il combine plusieurs techniques (mentionnées sur chaque enveloppe) et combine avec des croquis prélevés dans les livres donnés aux enfants pour apprendre à dessiner.

Il faut les regarder de loin puis de près, s'attacher aux détails, observe l'invisible :
Distributeur de vins autrichiens en Belgique et en France (on les sert notamment au Crillon), Kurt Ryslavy a toujours considéré son négoce comme une partie intégrante d'un Gesamtkunstwerk, une oeuvre d'art totale. Les factures, discrètement entachées, envoyées à ses clients, sont représentatives d'un Mail Art coïncidant avec une activité économique. Erik Verhagen, le commissaire de l'exposition, estime que les exposer n'aurait pas de sens.
Kurt était pourtant bien présent le soir du vernissage ... dans la cuisine où quelques happy few ont eu le privilège de gouter quelques bouteilles. Si le rouge est un peu tannique, avec de puissantes fragrances de fruits rouges, le blanc fut une vraie surprise et une très belle découverte. J'ignorais que le vin autrichien pouvait être aussi aromatique.
Cette rencontre était particulière mais vous pourrez par contre profiter de la nouvelle décoration de l'atrium dans son entièreté alors que ce soir là l'essentiel avait été décroché pour gagner de la place. N'oubliez pas de demander au liftier de vous y arrêter en redescendant du 7ème étage.

Une autre surprise m'attendait dans le hall avec une performance dansée très réussie.
Une dernière oeuvre est à regarder, dans la vitrine de la rue Bassano. Il s'agit du Package Project de Stephen Antonakos, initié en septembre 1971. Il est constitué de paquets reçus par l'artiste à la suite d'une invitation lancée à des connaissances : Would you please send me something in a package for a project I am doing ? Bien entendu ceux-ci n'ont jamais été ouverts, ce qui donne lieu à beaucoup de conjectures, en fonction de la forme.
Cherchez donc à reconnaitre les envois de Sol Lewitt, Ray Johnson et de Christo pour n'en citer que quelques-uns.

Correspondances, à l'Espace culturel Louis Vuitton, 60, rue de Bassano, 101, avenue des Champs-Élysées 75008 Paris
Ouvert du lundi au samedi de 12h00 à 19h00, le dimanche de 11h00 à 19h00.
Tel 01 53 57 52 03

mercredi 30 janvier 2013

Le livre qui sent bon de Soledad Bravi à l'Ecole des loisirs

Après le Petit Guilli, feuilleté mercredi dernier,  je poursuis les découvertes dans l'univers si vaste de la littérature de jeunesse avec le Livre qui sent bon, conçu par Soledad Bravi.

Ça commence par les roses, ça sent bon mais, tout de suite après, ça ne sent plus bon du tout avec les fauves. Heureusement, on va à la mer, qui sent bon, mais ensuite, il y a le camembert, qui, pour certains, sent vraiment mauvais !

On a le réflexe d'élever le livre à hauteur de son nez en espérant sentir quelque chose, mais non. 

Cet imagier est conçu pour les enfants à partir de 3 ans, mais je dirais même moins, et sans limitation  maximum.

J'ai adoré en tourner les pages. Chaque illustration surprend et apporte des informations complémentaires. Chaque double page ouvre sur un univers. Il sera disponible en librairie à partir du 5 avril et j'ai d'autant plus apprécié de le gouter en avant-première.
L'auteur a fait bien davantage que d'associer dessin et texte. Elle nous donne à réfléchir. C'est bien la preuve que toutes nos impressions sont dans la tête.
Les petits garçons sont autant interpelés que les petites filles. On se réjouit d'un livre qui soit égalitaire et qui donne tant envie de découvrir le monde. Tiens, vivement une averse pour vérifier l'affirmation de Soledad qui manifestement l'aime ... la pluie.
Soledad Bravi est née en 1965 à Paris. Elle est sortie diplômée de l’ESAG en 1988, et a commencé par être directrice artistique dans la publicité avant de revenir au dessin. Aujourd’hui elle est l'auteur de nombreux livres chez différents éditeurs (Gallimard, Seuil, Mila Editions, Ecole des loisirs) et dessine pour le magazine "Elle".

Le livre qui sent bon de Soledad Bravi, Ecole des loisirs, mars 2013

mardi 29 janvier 2013

Gâteau moins d'une minute que SEB ne copiera pas ici

Un bad buzz secoue la bloggosphère. La nouvelle se répand comme trainée de poudre. SEB a copié-recadré-collé des milliers de recettes volées à des bloggeurs ou des sites d'éditeurs. On est loin, très loin, des remontrances lues ici ou là il y a deux semaines à propos de quelques indélicats qui "oubliaient" de citer leurs sources en gonflant leur blog d'une création qui n'était pas tout à fait la leur. Car même si on s'inspire de quelqu'un le minimum de respect requis est de rendre à César ce qui lui appartient, toujours.

SEB ne se défend pas. Chaque plainte est traitée avec très peu d'égards. La recette est retirée sans excuse aucune. Et le foodle, (je ne peux pas lui mettre une majuscule ... ça ne passe pas) puisque c'est le nom de la tablette incriminée, ne semble pas s'arrêter en si mauvais chemin.

On ne lui souhaite pas bonne chance. Par contre, histoire de vous inciter à aller voir les blogs, les vrais, je vous allècherai en vous donnant la marche à suivre pour faire un gâteau minute, temps de préparation inclus.

Il vous faudra du chocolat, du beurre, du sucre, de la farine et un oeuf. Tout est mis dans un mug, un peu touillé, et 40 secondes plus tard vous ressortez un fudge, quelques secondes de plus et ce sera un brownie.

A chacun de finaliser "sa" version. Personnellement j'ai enrichi, comme si c'était utile, avec des brisures de marrons glacés. C'est par Twitter que j'ai eu connaissance du pillage organisé par SEB par un premier message de Carole, d'Alter Gusto. C'est un peu plus tard que j'ai découvert le Choco Mug de Christelle, et je vous invite à aller consulter son billet sur son blog, C'est maman qui l'a fait.

Vous y trouverez la recette complète et ferez beaucoup de découvertes savoureuses.

lundi 28 janvier 2013

Il neige en enfer et le Silence des canaux de Nadine Monfils chez Belfond


(mise à jour 1er février)

Le tome 2 des enquêtes du Commissaire Léon est paru au début de l'hiver. C'est une réédition mais ne loupons pas l'occasion de nous émoustiller les neurones avec ces aventures dont la lecture est ... croustillante.

J'avais présenté le Tome 1 en juin dernier et ce fut un grand plaisir de replonger dans l'univers si particulier de Nadine Monfils. Les amis sont fidèles au rendez-vous. Julos Beaucarne et Annie Cordy traversent le paysage. Les commerçants et les troquets montmartrois ne sont pas oubliés, comme d'habitude.

Léon passera les vacances sur le canal de l'Ourcq dont Nadine fait une superbe promotion dans le Silence des canaux. Vivement le printemps qu'on aille nous aussi y faire un tour !

Pour Michel Blanc qui connait bien l'auteur, on est transporté sur une autre planète, ce qui est tout à fait vrai. Elle a l'art pour cuisiner le glauque avec les épices de la poésie et de la dérision. Sous la plume d'une autre ce serait vulgaire, avec elle c'est un régal. L'influence du surréalisme sans doute ... et une très forte imprégnation dans l'univers des contes.

Si vous découvrez la galaxie Monfils par ce tome 2 vous ne le savourerez peut-être pas autant que moi, déjà familière des personnages, de leurs manies, de leurs travers et de leurs aspirations, mais vous rattraperez vite le train et vous aurez envie de faire plusieurs voyages.

Qui sait si Léon ne vous influencera pas non plus par sa sagesse, acquise par la pratique du tricot qui lui a permis de décrocher du tabac. Il a désormais l'esprit zen et y voit plus clair. Avant, la fumée de cigarette embrumait son cerveau. (page 487)

Deux nouveaux volumes sortiront en 2013 et le dernier pour 2014.
Cela va devenir un rituel entre nous .... Quand Nadine Monfils lit un de mes billets elle fouille dans ses tiroirs et cherche le "petit bonbon" qui correspond à l'esprit. Cette fois c'est une photo qu'elle a prise dans les coulisses du tournage de madame Edouard, adapté de la série des commissaires Léon il y a 7 ans, avec Josiane Balasko, Dominique Lavanant, Andréa Ferreol, Rufus, ... et Michel Blanc, Annie Cordy que je cite plus haut. La musique du film est une musique originale de Benabar. Il existe en DVD (1 euro sur cdiscout !) et est devenu culte.  Ecrit et réalisé par Nadine, donc fidèle à son univers que l'on découvre alors en 2 D.

Ce serait bien qu'elle puisse en faire un autre mais les financements se font prier. Janvier est le mois des voeux, alors rêvons, mais on peut doubler les chances en croisant aussi les doigts, et même les tripler si on arrive à croiser les vingt doigts. C'est dire combien c'est dur.

Il neige en enfer et le Silence des canaux de Nadine Monfils chez Belfond

dimanche 27 janvier 2013

Louis de Funès, Regardez-moi là, vous ! de Sophie Adriansen chez Premium

Sophie Adriansen est l’auteur entre autres de Je vous emmène au bout de la ligne, et de J’ai passé l’âge de la colo !, deux titres qui ont déjà été chroniqués sur le blog. Elle contribue à plusieurs sites littéraires, participe à des jurys et tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit, finaliste du Prix des Bloggeuses de ELLE 2011. Je parlerai prochainement de son premier roman, Quand nous serons frère et sœur. Pour le moment nous allons nous arrêter sur la biographie qu'elle vient de publier sur Louis de Funès aux éditions Premium.

La quatrième de couverture de Regardez-moi là, vous ! promet un balayage exhaustif de la vie de ce comédien hyperactif : Il y a trente ans, Louis de Funès nous quittait. Trente ans déjà, trente ans seulement. Le roi du rire conserve une place à part dans nos cœurs : malgré le temps qui passe, il reste un de nos acteurs de légende préférés. Bourvil, Jean Carmet, Michel Galabru (mandorisé là), Jean Lefebvre, Daniel Gélin, Jean Gabin, Yves Montand, Jean Marais (curieusement mandorisé ici), Coluche, Pierre Mondy, Michel Serrault, Jean-Claude Brialy, Bernard Blier, Mireille Darc, Mylène Demongeot (mandorisée là), Claude Gensac ont été ses inoubliables partenaires à l’écran – et pour certains d’entre eux, de vrais camarades. Gérard Oury, Georges Lautner, Claude Zidi, Robert Dhéry, Sacha Guitry, Pierre Tchernia, Michel Audiard, Claude Autant-Lara, Édouard Molinaro, Claude Sautet lui ont façonné des rôles mythiques. Léonor de Funès, sa mère, Jeanne de Maupassant, son épouse, Patrick et Olivier, ses fils, ont été les piliers d’une vie privée qu’il a veillé à protéger au maximum. Dans cette biographie, Sophie Adriansen revisite le parcours de Louis de Funès à travers trente rencontres particulièrement marquantes et propose des lectures étonnantes et inédites de plus de trente films qui nous en disent chacun un peu plus sur l’homme qu’il était. C’est Louis de Funès comme vous ne l’avez jamais vu. C’est Louis de Funès comme vous ne l’avez jamais lu.

Je ne suis pas surprise que Sophie ait accepté de relever le défi d'écrire un livre sur quelqu'un qui ait la trempe de Louis de Funès. Ce sont tous les deux des bourreaux de travail et des perfectionnistes. Ils étaient faits pour se rencontrer. Et l'idée de lui rendre hommage pour le trentième anniversaire de sa disparition est plutôt heureuse même si ce n'est pas le genre de chose que l'on a envie de fêter. Je ne sais plus quel auteur avait fait remarquer ironiquement qu'on ferait mieux de célébrer la naissance des personnages illustres que leur mort.

On imagine les heures qu'elle a passées à visionner des films dont elle ne devait pas connaitre beaucoup de titres, excepté la Grande vadrouille et le Corniaud qui sont surdiffusés. Son livre s'appuie sur son abondante production. Elle balaie le cinéma français d'une génération, en se tenant toujours au plus près de la réalité. Le volume des références est impressionnant. Tout détail a été vérifié et c'est un gage de sérieux. Tant de biographies sont écrites par ouie-dire. Mais, et c'est là un de ses grands intérêts, elle s'est aussi attachée à présenter l'homme qu'il était dans la vie. Le travail entrepris par Sophie est énorme. Il aurait fait bondir l’impétueux Louis de Funès.

Elle ne nous apprend pas qu’il avait le caractère bien trempé mais elle nous donne des clés pour mieux le comprendre. Après tout, n’avait-il pas raison de claquer le clavier de son piano et laisser en plan un public qu’il ne jugeait pas « à la hauteur » ? Son interprétation magistrale d’un chef d’orchestre dans la Grande vadrouille ne surprend plus. C’était un excellent musicien.

Elle décolle l’étiquette de pingrerie qui lui était associée. Il a tant joué   personnages de parfaite mauvaise foi que leur avarice a fini par lui être attribué. Quand on affirme (page 129) « cet argent est à moi puisque je l’ai volé » cela laisse des traces.

Il a interprété des rôles de chef où l’argent et le pouvoir étaient les éléments moteur du scénario. Mais il a campé aussi beaucoup de métiers forts différents. Avoir exercé à ses débuts un grand nombre de petits boulots lui a permis d’élargir son répertoire et de mémoriser des expressions de visage qui lui servirent dans sa carrière d’acteur. Il n'aimait pas qu'on lui dise comment jouer. Un acteur comique est un auteur disait-il lui qui n'acceptait pas d'être dirigé, ou alors "doucement".

Ce qui touche le plus dans cette biographie ultra documentée c’est combien Louis de Funès prenait le rire au sérieux. D’abord parce qu’il était payé pour et que son honnêteté le poussait à donner le meilleur de lui-même, quitte à y laisser sa peau … on ne joue pas un caractériel sans faire monter son taux d’adrénaline au-delà de ce que son propre cœur peut supporter. Ensuite parce qu’il trouvait le monde trop triste et que faire rire était donc une sorte de devoir.

Que penserait-il aujourd’hui du monde dans lequel nous vivons et qui, à bien des égards, n’est pas marrant le moins du monde ?

Evidemment le tandem magique Bourvil-De Funès, comme Sophie le qualifie, est connu de tous. Qui n’a pas vu La traversée de Paris, et surtout le Corniaud (1965) et la Grande vadrouille (1966) ? Ces succès sont planétaires.  Et on regrette que ces deux zouaves ne se soient pas retrouvés pour la Folie des Grandeurs. Forcément, çà a marché beaucoup moins bien, a du penser Bourvil du haut de son paradis. Yves Montand le remplaça du mieux qu’il put mais la magie s’était évaporée.

On apprend que Bourvil avait l’art de dérider son compère en chassant les angoisses qui l’assaillaient. Louis de Funès fulminait d’être de mauvaise humeur mais il lui fallait déployer beaucoup d’efforts pour se sentir mieux … jamais avant le milieu de la matinée. La bonne humeur, ce doit être comme les chatouilles, on ne peut pas se les faire à soi-même. Bourvil s’en chargeait en murmurant entre ses dents la question devenue rituelle entre eux (page 203) : « Alors, toujours obsédé sexuel ? » provoquant un hurlement de rire.

Cet extraverti était d’une timidité maladive, ce qui provoquait un cocktail implosif en son fort intérieur et qui explique combien il a pu être mal jugé. Sophie remet en quelque sorte les pendules à l’heure. On pouvait difficilement lui rendre un plus bel hommage pour le trentième anniversaire de sa disparition.

Elle a organisé cette biographie autour de 30 chapitres, s’appuyant sur autant de personnes qui ont compté dans la vie de Louis de Funès. Chacun a son propre souvenir de lui. Et sans doute que le lecteur se rappelle d’une scène particulière. Pour moi c’est l’imitation, ou plutôt l’incarnation, de Patrick Sébastien dans l’émission De l’Autre coté du miroir en 2003 qui laisse une Claude Gensac totalement bouleversée.


Quelques reproches ? La manie de Louis de Funès finit par déteindre sur le lecteur qui aurait apprécié un index alphabétique des noms cités avec le renvoi aux numéros des pages correspondantes, qu’un programme de traitement de texte doit pouvoir faire automatiquement. Ce sera peut-être pour la réédition car on peut prédire qu’un livre de ce niveau là ne sera pas pilonné de sitôt.

A l’heure où on débat du numérique, et sans doute influencée par la lecture de la Liseuse, de Paul Fournel, je me surprends à rêver d’une version e-book qui permettrait de voir les images des scènes citées au fur et à mesure de la lecture.

Louis de Funès, Regardez-moi là, vous ! de Sophie Adriansen chez Premium, janvier 2013

samedi 26 janvier 2013

Un carrot cake sans gluten avec Bjorg

Depuis le temps que j'en rêvais ... la voici ma première vraie recette de pâtisserie sans gluten. Non pas que je veuille faire un régime, ni que je sois devenue allergique à cet aliment. C'est "juste" que j'ai réalisé l'été dernier combien les blogs culinaires pouvaient être agaçants pour toutes les personnes qui ont des restrictions alimentaires sévères.

Avoir chroniqué une Vie sans gluten m'a ouvert les yeux. Et pourtant je connaissais le problème pour avoir eu un enfant qui fut intolérant à beaucoup de choses jusqu'à l'âge de 6 ans. Ce n'était en fait qu'une immaturité de son système digestif.

Tout le monde n'a pas cette chance et même si je sais qu'il y a des bloggeuses très soucieuses à ce sujet je voulais contribuer à ma manière en publiant de temps en temps une recette savoureuse sans gluten et si possible sans lactose et avec le moins de sucre possible. Le cake aux carottes est un de mes desserts préférés, du moins en hiver. J'ai choisi de le faire en version hypoallergénique. Pari réussi ! Ouf.

Je me suis inspirée des Astuces gourmandes pour allergiques de tout poil de Patricia Coignard, paru chez Tana Editions, dans la collection Grain de sel en avril 2010. Elle emploie 100 grammes de sucre en poudre. J'ai préféré essayer avec Ligne Sucre et Stévia de Béghin-Say et n'ai donc mis que 50 grammes parce que son pouvoir sucrant est double. Le résultat est parfait.
  
Elle préconise 2 cuillères à soupe de crème de soja, mais je n'avais pas ce produit sous la main. J'ai opté pour du lait de coco. Son parfum ne se sent pas du tout au final.
Elle met de la cannelle en poudre et du gingembre. A la place de ce dernier qui me faisait défaut j'ai mis de la cardamone parce que je sais que cela peut s'accorder avec la carotte. Elle ajoute des raisins secs. Je m'en suis passée. Par contre je n'ai pas oublié les noix de pecan.
Et voici donc la recette modifiée :
Battre 4 oeufs avec 50 grammes de sucre.
Ajouter 10 cl d'huile, 2 cuillère à soupe de lait de coco Bjorg.
Puis 300 grammes de farine de riz Bjorg, 1/4 de cuillère à café de bicarbonate de soude, 1 grosse cuillère à café de cannelle moulue et presque autant de cardamone en poudre.
Et enfin 300 grammes de carottes râpées et 50 grammes (ou plus si on les aime vraiment) de noix de pecan.
On met dans un moule à cake et à four chaud (170°) pour 45 minutes.

Je sais que cela ne se fait pas mais je l'ai entamé dès sa sortie du four tellement j'étais impatiente de vérifier si son goût était à la hauteur de son aspect. Mais oui. Seule la croute m'a semblé plus friable.
Ceux qui voudraient une recette plus classique, avec la farine de blé pourront suivre la recette que j'avais publiée en décembre 2010 et qui fonctionne très bien.

Et ceux qui voudraient déjeuner sans gluten mais sans faire la cuisine pourront aller chez Bio Sphère, un petit restaurant que je recommande de tout coeur.

vendredi 25 janvier 2013

La liseuse de Paul Fournel chez P.O.L.

C’est l’histoire d’un mec, il rencontre une fille, mais ... 

Voilà le pitch idéal pour lancer un livre ... enfin selon Pierre Fournel qui se trouve être un vieux briscard de l’édition.  Son dernier livre est un petit bijou qui offre plusieurs niveaux de lecture et qui a réjoui la liseuse quasi professionnelle que je suis devenue au fil des années grâce ou à cause du blog.

Le personnage principal est un éditeur lié à un autre capital que le sien mais qui a gardé son autorité (littéraire). Il a des soucis avec ses auteurs, avec son personnel, ses équipes et ses libraires. On les devine naviguer dans un milieu en attente d’un traitement de choc qui le sortirait de la débâcle, non pas tant la  crise économique, encore qu’elle n’arrange sans doute pas la situation, mais de la baisse des ventes par désintérêt d’un public trop occupé à lire autre chose que du papier. Et tandis que les uns continuent sur leur lancée, espérant encore gagner le concours des meilleures ventes, et que les auteurs lui confient leurs états d’âme. Adèle, son épouse, ne va pas très bien.

Cela fait beaucoup pour un seul homme.

Seul ... pas tant que ça, car tout bien considéré, la relève est proche et n’attend qu’une impulsion pour développer une nouvelle idée. En 2012 les stagiaires sont capables d’autre chose que de faire tourner la photocopieuse. Ils composeront la dream-team du défi exaltant de Robert Dubois.

Puisque le lecteur surfe et navigue, et qu’il a pris l’habitude de faire ses courses sur Internet, Meunier, l’associé de Robert, croit que l’édition pourra être sauvé par la technologie et a chargé une stagiaire d’expliquer à Robert comment se servir d’un lecteur numérique. va mesurer très vite l'ampleur des enjeux.

Une fois l’objet apprivoisé il comprendra l'ampleur des enjeux et du changement qui s'amorce. S'il n'a pas tout à fait l'énergie pour se lancer dans l'aventure il en a assez pour créer une maison d’édition parallèle, Au coin du bois, qu’il drivera en cachette de son associé, en orchestrant les compétences de bande de stagiaires, non pas en raison de leur statut mais de leur jeunesse. La mutation est une affaire de génération.

Toute l’aventure est écrite sous la forme d’une sextine régulière, forme poétique inventée au XII° siècle par le troubadour Arnaut Daniel. L’ensemble constitue un poème de 180 000 signes et blancs. On a envie de s’exclamer vive le traitement de texte pour ne pas devoir les compter un par un.

Je ne vous en dirai pas davantage sur le contenu du livre qui, je me répète, procure de vrais plaisirs. Comme il est agréable de retrouver le quartier St Germain avant qu'il ne soit investi par les boutiques de fringues (à l'exception de la maison Rykiel pour la raison que je donne plus loin). On a très envie de s’amollir dans un fauteuil en compagnie de cette liseuse là, un verre de Brouilly, de Morgon ou de Pic Saint Loup à la main, pour ne citer que quelques-uns des vins appréciés par l’auteur. Il a bien raison d'ailleurs de souligner le lien secret entre les livres et la nourriture et je ne suis pas sûre qu'il perdurera avec l'hégémonie du numérique.

J’étais comme le personnage du roman, rétive à l’usage de cet objet qu’il appelle joliment «liseuse» et j’ai donc réfléchi à son emploi en même temps que j’avançais dans la découverte des péripéties.

J’ai été assez vite convaincue de ses atouts. Ce petit appareil électronique, à peine plus encombrant et plus lourd qu’un livre, comparable à un micro ordinateur, contient des ouvrages sous forme de fichiers que l’on ouvre à volonté, à condition bien sûr de n’être pas en panne de batterie. Les nouveau modèles promettent trois semaines d’autonomie et seraient capables de contenir l’équivalent de plus d’un millier de livres. Auraient-ils le pouvoir de créer une autre forme d’addiction, à l’instar des jeux video ? Ce serait drôle que des adultes se plaignent de ce mal alors qu’on ne sait pas quoi inventer pour redonner le goût de la lecture.

C’est très tentant pour les vacances et me permettrait de ne pas restreindre à cinq ou six le nombre des volumes que je glisse entre les vêtements.

Chaque fichier s’affiche de la manière que l’on a définie. On peut donc changer le visuel de couverture, les caractères, leur typographie et leur taille. C’est pratique pour les mal voyants. Qui sait d’ailleurs si l’évolution ne permettra pas qu’une voix ne fasse la lecture ... même si le livre CD existe déjà pour cela.

Si j’en crois Dubois ce grand confort d’une vraie lecture pourrait prendre une dimension orgasmique (page 50). On peut régler l’intensité lumineuse et ainsi poursuivre en pleine nuit confortablement dans une pièce non éclairée sans déranger le conjoint qui dort d’un sommeil précaire. On peut mettre en surbrillance les passages préférés pour les retrouver ensuite. L’interface tactile donne l’illusion de tourner les pages. Mais le bruit ? fait-elle d’un ronronnement ou un grondement parce que le livre est la discrétion même.

Un certain nombre d’inconvénients demeurent. Ma mémoire essentiellement visuelle risque fort d’être déroutée. J’accroche mes souvenirs à l’illustration de la couverture, au volume et aux proportions du livre. Ma mémoire affective sera tout autant perturbée. Je retrouve instantanément dans mes rayonnages le dernier de Vigan parce que je sais que je l’ai placé, pour des raisons qui me sont personnelles, juste à coté de l’avant-dernier Blondel.

Je pressens que l’e-book me dérangera autant que la migration de PC à Mac, ou si vous préférez de l’environnement Windows à Apple. Pendant un an j’ai pallié l’affichage tristissime des photos classées dans le dossier Images de mon Mac en laissant tous les dossiers ouverts sur ce qu’on nomme le bureau. Imaginez l’encombrement …  Je rallumais souvent le vieux PC pour y voir clair et effectuer des classements avant de retransférer les fichiers. Et puis j’ai découvert une application qui non seulement me permet d’apercevoir le contenus des fichiers classés dans chaque dossier mais aussi d’en balayer le contenu d’un mouvement rapide. Il est probable que pour quelqu’un qui la maitrise la liseuse sera un progrès considérable. J’aurais peur qu’elle ne devienne plus un outil de travail qu’un loisir.

Parfois j’ai envie d’un livre dont la lecture ne monopolisera pas la semaine entière. A d’autre moments je suis prête pour deux jours de lecture quasi non-stop. Les ouvrages qui composent ma PAL (vous savez bien, la Pile à Lire) effectuent ainsi des aller-venues entre le haut et le bas. Il arrive que j’en pose un sur le plateau du petit-déjeuner pour me rappeler que sa lecture est devenue «urgente», même si elle demeure toujours un plaisir. L’objet livre est jaugé d’un coup d’œil  et je ne me vois pas ordonner les fichiers selon leur poids en octets. J’aime aussi feuilleter le roman alors que j’écris la chronique. Retirer alors un à un les marque-pages dont je l’ai truffé fait partie du rituel et de la satisfaction d’avoir «bien lu».

Je viens d’admettre que la liseuse allégerait mes bagages. Mais ai-je envie d’étagères vidées de leur contenu ? Je ne pourrai plus prêter un Janine Boissard à Christine pendant que Marc prendra le train de 06H51 avec Blondel, caler subrepticement un Monfils à Murielle entre les poireaux et une bouteille de lait, oublier un Delphine Bertholon sur le siège arrière de la voiture de Catherine, ou souffler à l’oreille de Jacques que cela va lui faire un bien fou de lire le dernier Pascal Garnier.  Me tordrais-je encore le cou devant les vitrines de Sonia Rykiel pour déchiffrer les titres des piles de bouquins au pied des mannequins ?

Je ne laisserai plus trainer Shaine Cassim ou Valérie Zenatti sur les marches de l’escalier en espérant qu’une petite main innocente, tentée par la quatrième de couverture, n’embarque le bouquin pour le savourer sous les draps. Mission carrément impossible pour faire découvrir Claude Ponti, Tomi Ungerer et Allen Say aux bambins. Quand je songe que nos soirées «bouquinerie», comme on les appelait, quand nous nous serrions tous dans le même lit, auraient pu ne jamais avoir eu lieu ... 

Vous me direz que je pourrais acquérir une liseuse avec une poignée de clés USB pour y copier l’un ou l’autre des fichiers contenus. Mais le plaisir de mettre un bouquin entre les mains des petits lecteurs (et il n’y a pas d’âge pour cela) en leur disant commence, tu n’es pas obligé de finir, mais lis au moins les deux premiers paragraphes ...  et de suivre leur regard déjà gourmand entre les lignes …

J’aime croire que les livres sont toujours prêts à voyager et qu’ils passeront de main en main. Quand une attachée de presse me relance je peux toujours prétendre n’avoir pas reçu le colis, ou arguer que je n’ai pas demandé qu’il arrive dans ma boite aux lettres. Sauf que ces livres non désirés, je les ouvre, les découvre et parfois les aime et les chronique. J’aurais moins d’égard à l’égard d’un fichier pdf. Et je ne serais plus influencée par la dédicace manuscrite de l’auteur sur la page de garde.

Je n’aurai plus d’utilité à collationner les cartes postales, signets et autres marque-pages qui débordent des livres que j’ai entamés (je déteste faire des annotations dans les marges même au crayon et je prends des notes sur des feuilles de papier que je plie en deux … et que certes, parfois je perds). Aurais-je le réflexe d’écrire sur la liseuse, à condition de ne pas oublier d’effacer avant de la passer à un prochain lecteur. Car, et c’est là une initiative tout à fait intéressante, la bibliothèque d’Antony (92) a acquis un certain nombre de ces machines sur lesquelles ont été téléchargés les livres du Prix 2013 des médiathèques d'Antony. Le titre figure aussi dans la sélection d'autres Prix, comme c'est le cas au Plessis-Robinson (92).

L’objet-livre n’est jamais en panne, n’a pas besoin d’être rechargé. On peut même continuer à en tourner les pages tout en touillant la compote. Ah bien sûr, le livre numérique ne connaitra pas le pilon et ce sera une  économie notable. De là à conclure que l’e-book s’inscrit dans le développement durable ...

On pourra aussi se dispenser d’aller au Salon du Livre faire des queues interminables pour espérer échanger quelques mots avec son auteur préféré pendant qu’il griffonne une dédicace. Avez-vous au moins pensé quelle voie ces lignes pourront prendre sur un tel engin ? Tiens je m’imagine, la liseuse sous le bras demandant à Pierre Fournel d’ajouter quelques mots personnels quelque part dans le fichier. Le texte va devenir pénétrable. Le lecteur ne sera plus limité aux marges. Il deviendra un lieu collectif entre celui  (ou ceux) qui l'ont produit et celui (ou ceux) qui en feront usage.

Les attachées de presse n’organiseront plus de rendez-vous avec leurs poulains. Je me demande ce que Georges Pérec en aurait pensé. Il me vient en tout cas une envie pressante de remettre le nez dans le papier, de le respirer, à la recherche d’une sensation.

Voilà une jolie phrase que je n’aurais peut-être pas remarquée sur un e-book, page 47. Il est à peine huit heures et le bureau m’a saisi aux chevilles . Comme cela fait du bien de la recopier –j’ai envie de la mémoriser- pas de devenir un robot – voilà le risque avec la liseuse. C’est de me transformer moi aussi en machine. Le papier nous rappelle qu’on est poussière et qu’on y retournera. Il nous relie à la nature.

Sans vous révéler l’issue du projet, je vous dirais tout de même que Pierre Fournel restaure l’intérêt pour l’objet-livre en nous montrant Robert Dubois choisissant ses livres en librairie comme vous et moi des roses chez le fleuriste, après s’être amusé du désarroi du mec à qui on vient changer la liseuse pour une nouvelle génération au simple motif qu’on renouvelle le parc. Il s’y accroche comme autrefois à ses rames de papier. La nature humaine est ainsi faite qu’elle aspire à la nouveauté plutôt pour les autres que pour elle-même et se cramponne à ses vieilles et rassurantes habitudes. Et pourtant  les liseuses seraient bel et bien en passe d’être délaissées au profit des tablettes parce que celles-ci offrent plus de possibilités, quitte à reléguer la lecture à peu de choses. Et ce serait alors encore le livre qui terminerait perdant.

Est-on vraiment à la porte d'une révolution mentale qui va avoir des conséquences incommensurables sur le cerveau humain ? J'ai entendu Paul Fournel dire en interview que les révolutions technologiques ne se font pas à bords vifs du jour au lendemain. Il prenait l'exemple du vinyle qui subsiste à coté du streaming. Il exprime une certaine forme d'optimisme, voire même d'enthousiasme pour une nouvelle littérature. Rendez-vous dans dix ans !

La liseuse de Paul Fournel chez P.O.L., 2012

jeudi 24 janvier 2013

Une barquette au kaki qui pourrait être le 51 ème Best chez Hachette

50 Best par ci, 50 Best par là, les numéros se suivent, toujours intéressants. Y compris celui qui est consacré au Nutella et qui est déjà truffé de marque-pages alors que je m'étais juré de ne plus consommer ce produit tant il est décrié.

Il faut croire qu'on l'aime plus qu'on ne le craint, et je ne suis pas la seule, puisque j'ai lu un Tweet m'informant que les ventes du petit livre des 30 recettes cultes Marabout caracole devant les succès d'Harry Potter.

Un troisième numéro, intitulé Apéro à Tartiner nous donne toutes les bases pour réussir rillettes, tarama & tapenades maison. Et c'est bon !

Aujourd'hui je feuillette avec vous les Barquettes d'Emilie Perrin. Elle les conçoit sur une base de génoise qu'elle fait cuire dans des moules adaptés. Elle doit savoir qu'il y a de plus en plus d'allergiques au gluten car elle a songé à une recette adaptée à leurs besoins. Ajoutez la version salée et vous comprendrez que ses barquettes peuvent surgir à tout moment de la journée ou du repas.

Au chocolat, au citron ... c'est classique. Mais l'association fraises-basilic (page 24) est moins courante. La recette Nutella (qui n'en porte pas le nom page 30 mais on l'aura reconnu) est joliment agrémentée d'éclats de caramel. Une idée de présentation à copier sans modération.

Faire compoter des poires avec vanille et fève tonka (page 50) en est une autre tout comme l'association clémentine et safran (page 68). Cela change du très classique pomme-cannelle et il est toujours bon d'apprendre à renouveler nos emplois d'épices.

A partir de la page 69 le livre avance sur les brisées de son collègue Apéro à tartiner, avec une tapenade, une crème de roquefort, un pesto ou un guacamole.
Il y a peu de temps une cagette de kakis trouvée chez mon fruitier préféré m'avait donné une envie de barquettes. Je pensais garder la recette confidentielle tellement elle me semblait banale. Je l'avais imaginée avec des restes de pâte employés pour faire des variations d'amuse-bouche avec des escargots. L'ouvrage d'Emilie Perrin a fait tomber mes préjugés et je vais vous la livrer :
Je ne reviens pas sur la technique. Il suffira de regarder comment j'ai procédé sur le lien ci-dessus. 
N'ayant pas de moules à tartelette en forme de barquettes j'ai pris des moules pour mini-madeleines que j'ai couvert de pâte feuilletée.
Y ai posé quelques lamelles de kaki et des éclats de praslines roses. C'est tout. Et hop au four pour un petit quart d'heure. La cuisson neutralise les tanins de ce fruit particulier. Vous comprendrez qu'il n'y avait pas de quoi écrire un billet sur cette simple affaire.

Le kaki est un fruit à la saveur originale qui mérite une initiation pour en apprécier le velouté. Il se consomme quasiment à la petite cuillère quand il commence tout juste à ramollir sinon son astringence râpe les papilles malgré une forte teneur en sucre. Sa richesse en vitamine C et en carotène en fait un allié de notre santé.

Nutella, Barquettes, d'Emilie Perrin et Apéro à tartiner, d'Audrey Le Goff sont trois ouvrages de la collection 50 Best d'Hachette cuisine, parus en janvier 2013.

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