dimanche 31 mars 2013

Raclette du Moine ... ou de chocolat


J'avais acheté chez le chocolatier Jean-Charles Rochoux, un ustensile inspiré de celui qu'on emploie en Suisse pour couper la Tête de moine et qui faisait de jolis copeaux de chocolat. Un jour vint où je fus en rupture de cet ingrédient.

Chaque problème a toujours une solution, si ce n'est deux ... ou alors c'est qu'il n'y a pas de problème ...
J'adore la raclette mais je suis rebutée par l'appareillage et quand je dîne seule cela ne vaut guère le coup de s'embarquer avec un attirail compliqué.

Ce que cet artisan avait fait dans un sens, j'allais le faire strictement à l'inverse. C'est ainsi que j'ai recyclé son appareil en "girolle" en y plaçant un beau morceau de tête de Moine.

J'ai découvert ainsi que, posées sur des morceaux de pommes de terre chaude cuite à l'anglaise (dans une simple eau bouillante mais agrémentée de laurier, d'oignon et de girofle, ou en robe des champs puis épluchées ... ou pas d'ailleurs) j'obtenais une assiette qui devenait une savoureuse alternative à la raclette.
Quand je sers avec des tomates confites, maison, et du basilic et/ou un bon poivre ... personne ne récrimine.
Un beau jour mon amie Marie, de Fromagium, m'a donné une "vraie" girolle, bien plus confortable d'emploi, ne serait-ce que parce qu'elle est plus stable, et que son assise permet de recueillir les pluches de fromage.
J'ai redonné au premier appareil sa mission première de découper le chocolat. Parfait sur une compote tiède ... en dessert les jours où on voudrait proposer un menu "tout girolle".

samedi 30 mars 2013

L'exposition Nouveau Naturalisme d'Hervé Fisher à la galerie ECI

L'artiste m'avait prévenue : Je pourrais, comme Fidel Castro, parler pendant six à huit heures. Le célèbre Líder Máximo enchainait les sujets, sautant de la nourriture des lapins à la construction d'un barrage. Hervé Fisher ne m'avait pas menti mais l'écouter fut passionnant.

Il est né en France en 1941 où il a fondé l'art sociologique dans les années 70. Mais c'est au Québec, où il s'est installé en 1984 qu'il devient artiste-philosophe multimedia sans cesser d'innover, allant jusqu'à lancer le tweet art avec plus de 600 imagettes synthétiques depuis deux ans au sein d'une chaire de tweet littérature.

On le croyait perdu pour la peinture. N'avait-il pas exposé, dans des lieux institutionnels plus de 300 oeuvres originales déchirées et enfermées comme des déchets dans des sachets soigneusement étiquetés pour dénoncer le fétichisme de l'art contemporain ? Il initia une grande "campagne prophylactique" en 1972 en commençant par ses propres oeuvres et en invitant d'autres artistes à lui donner une de leurs oeuvres pour la déchirer elle aussi et l'inclure dans cette exposition dite hygiénique.

Il y eut polémique. Beaucoup d'artistes répondirent favorablement. César fut un de ceux là. Et  paradoxalement les sachets se trouvent aujourd'hui dans les collections du Centre Pompidou, ce qui amuse fort Hervé Fisher.

Il était alors déterminé à abandonner la peinture parce qu'il estimait qu'il stéréotypait en imitant les artistes qu'il aimait au lieu d'effectuer de véritables créations. De fait, et jusqu'en 1983, il développa des  dispositifs en extérieur, autour de performances éphémères, tout en continuant sur la voie de l'art sociologique.
Il est alors devenu pionnier dans les arts numériques au Québec en 80. Les vingt premières années ont été audacieuses et puis, comme si c'était inévitable, il a constaté qu'on voyait désormais plus que des remakes de ce qu'il avait présenté entre 1986 et 2000. Un peu comme si un artiste découvrait le cubisme  sans savoir que d'autres l'ont fait bien avant lui.
Je reproche aux arts numériques d'être éphémères, de s'être installés dans le ludique, on pourrait dire "Entertainment", et surtout de manquer d'esprit critique. Si le progrès a du sens du point de vue de la technique il n'a pas de justification dans le domaine de l'art. Ce n'est pas l'augmentation de puissance des machines qui va rendre les oeuvres plus artistiques.
En d'autres termes, Hervé Fisher commençait à ressentir les limites de la course dite au progrès, et à souffrir de l'asservissement des arts numériques qui vieillissent très vite. Il s'est souvenu que l'art est multi sensoriel et que ce qui est suggéré est toujours plus efficace que ce qui est directement nommé. Il observait que lorsqu'il regarde un tableau comme Guernica, peint par Picasso en juin 1937, juste après le bombardement du mois d'avril, il entend les explosions, et ressent de la peur et de l'effroi.

L'angoisse émane immédiatement du tableau d'Edvard Munch, le Cri. La démarche du peintre "traditionnel" lui apparait alors tout autant interactive que celle de celui qui se balade dans la rue avec un capteur numérique. 

D'une certaine manière l'artiste a le sentiment d'être encore une fois revenu à "la case départ" si ce n'est que, ayant constaté entre temps un changement anthropologique majeur il comprend que le problème n'est pas dans le media (en l'occurrence la peinture) mais dans le sujet. Voilà comment il revient à la peinture en 1998-99.
Il entreprend alors le repérage des icônes de notre époque, remarquant que le code-barres y est le plus signifiant. Aujourd’hui, en une seconde, il nait plus de code-barres (et de QR codes) sur la planète terre qu'il n'y a eu de croix chrétiennes pendant 2000 ans.

Si des artistes comme Mondrian, Malevich, Sol Lewitt ou Carl Andre, et des mouvements comme le Bauhaus, le Land Art ou l'Art conception ont exalté la géométrie, aujourd’hui le monde vit par connexions, sauts, liens ... transformant la société en un assemblage d'hypertextes.

Hervé Fisher souligne que la pensée n'est plus linéaire. Elle fonctionne en arabesques. L'angle droit de la croix chrétienne s'efface au profit des lignes en zig-zag, ce qui m'amène à faire un lien avec le lancement du webzine de Gérard Rancinan dont je me suis fait l'écho il y a seulement huit jours.
Il travaille d'abord sur l'écran de l'ordinateur dont il continue à apprécier la magnifique flexibilité. C'est pour lui un formidable outil d'esquisse. Il se "copie" ensuite lui-même en quelque sorte avec les pinceaux sur la toile où il a projeté son esquisse. Cependant il est rapidement emporté par les idées nouvelles.

La saturation chromatique du numérique est devenue assez vite son nouveau champ d'expérience. Nous vivons dans un monde saturé de couleurs cathodiques. Nos assiettes sont pleines d'une alimentation enrichies par des colorants, sans compter les éclairages des signalétiques. Ce sont les couleurs des bonbons et du marchand de glace qui ont donné le sous-titre à l'exposition.
L'artiste ne manque pas d'humour et c'est avec gourmandise que chacun s'accorde une pause pour savourer un cornet.
Hervé Fisher tweete énormément.  Beaucoup de ses tweets sont les prémices des toiles qui sont exposées chez ECI. C'est en voyant sur une aile de papillon une empreinte de QR qu'il a eu l'envie de développer cette idée.

Le 26 avril 2011 il publie : Contrairement à l'affirmation de McLuhan, la maîtrise de l'électricité ne marque pas la fin de la Galaxie Gutenberg. Au contraire, la galaxie numérique en constitue l'accomplissement triomphal. hf
Gutenberg n'est pas mort avec le numérique. En inventant le caractère mobile il est d'ailleurs à l'origine du pixel, ou de l'octet ... des caractères plus mobiles, plus puissants, qui expriment aussi bien de la musique, des couleurs, que des mots.

La rupture s'est effectuée en passant de l'analogique au phonétique. Le précurseur, s'il faut en désigner un, serait plutôt Kacquard en inventant la machine à tricoter, parfaitement binaire, et en quelque sorte précurseur de l'ordinateur.


Tweeter constitue un sorte de carnet de croquis pour Hervé Fisher. On retrouve sur son blog les prémices de beaucoup de toiles. Il y eut les "bisous numériques" (21 mai 2011), Ceci n'est qu'un cornet de glace (dimanche 30 septembre 2012), la femme rouge (2 octobre 2012) qui deviendra Le chaperon rouge aux prises avec des robots après une petite transformation. L'artiste fait évoluer ses mains en forme de crochets pour se défendre d'un robot qui tente de l'attraper. L'engin lui a été inspiré par un  un robot très sophistiqué qui sélectionne des disques à l'Office national du film de Montréal.

Il combine ainsi la thématique du cinéma avec une notion d'hostilité et de risques appartenant à l'imaginaire technologique. Il sonde depuis presque 15 ans la mythe-analyse en faisant surgir des mythes contemporains. Il suffit de noter les métaphores océaniques avec des mots qui sont devenus familiers des internautes : pirates, hameçon, naviguer ... Les réseaux sociaux renvoient à une image maternelle qui aspirerait les solitudes de la société de masse.

Beaucoup de pensée magique circule dans le numérique : c'est la sorcellerie d'aujourd'hui.

En spécialiste de ce media il remarque que tweeter c'est comme fumer, un geste social qui s'accompagne d'une dépendance certaine. Sa réflexion m'interroge. Abonnée récente, je me suis prise effectivement au jeu et je serais sans doute devenue "addicte" si de récurrentes pannes d'Internet ne m'avaient pas contrainte à prendre de la distance. (Devrais-je donc remercier Bouygues au lieu de m'énerver contre la lenteur de leur réactivité ?)
Ce message : la fumée des tweets a été publié le 22 janvier 2012.

Hervé Fisher réfléchit déjà à des tableaux de dimensions plus restreintes, comme l'autoportrait QR qui figure en tête de cet article alors que la majorité des oeuvres présentées à la galerie le peinture sont de l'ordre du mètre carré de surface.

Une centaine de nouveautés vont bientôt apparaitre et constitueront le matériau de la prochaine exposition. Dans la mesure où sa peinture demeure conceptuelle l'artiste fait systématiquement figurer le titre sur le tableau. C'est une manière de mettre le spectateur sur une piste, sans pour autant l'enfermer dans une seule voie. Il semble important d'être bien compris, en donnant une dimension supplémentaire sans être pour autant réducteur.

Fidèle à sa réputation, Hervé Fisher se révèle autant intellectuel qu'artiste, et demeure atypique, au carrefour de la peinture et de la culture numérique. On pense souvent à Andy Warhol en regardant ses toiles ... L'allusion ne le surprend pas : il fait partie de mon aquarium. Je n'ai pas fait les beaux-arts mais j'ai une culture sur l'art contemporain.

Il repart dans quelques jours pour le Québec où il enseigne, peint, et fait de la bicyclette aux premiers beaux jours. Il y vit avec sa femme, une canadienne pure laine, et tous deux apprécient énormément la liberté psychique qui règne là-bas.

Les couleurs du marchand de glaces, le fauvisme digital, oeuvres récentes d'Hervé Fisher
Du 30 mars au 30 juin 2013
Galerie ECI - 32 avenue Matignon - 75008 Paris

Hervé Fisher anime plusieurs blogs. L'un d'entre eux est dédié au tweetart.
Sur http://www.hervefischer.net vous trouverez principalement ses travaux d'écrivain, alors que http://www.hervefischer.com est consacré exclusivement consacré à l'art.

vendredi 29 mars 2013

Le mur de mémoire d’Anthony Doerr


Sélectionné par la revue Granta comme l'un des meilleurs jeunes auteurs écrivains américains, Anthony Doerr a déjà publié chez Albin Michel : Le nom des coquillages (2003) et A propos de Grace (2006).


Il  a placé en exergue de son livre,  le Mur de mémoire, une citation de Luis Buñuel disant en substance que sans la mémoire nous ne serions rien. Et lui -même manifestement se souvient ... puisque cette couverture évoque directement son premier livre.

J'avais commencé le Mur de mémoire il y a quelques semaines. L'avantage d'un recueil de nouvelles est qu'on peut le picorer. On n'est pas obligé de le lire dans la continuité et je ne m'en suis pas privée, ne me culpabilisant pas de ne pas "accrocher" à la première qui donne d'ailleurs son titre à l'ouvrage. Mon passage au Mondial du tourisme et le fort développement du tourisme dit "de mémoire" a ravivé mon envie de le reprendre.

Où vont les souvenirs une fois qu'on a perdu la capacité de les conjurer ? (p.140) Il y a l'idée sous-jacente que la mémoire n'est pas un empilement de souvenirs mais une sorte de matière malléable et vivante qui, à l'instar d'un minerai précieux, pourrait être engloutie ou au contraire exploitée.

Il y a profusion de maladies, de morts, de suicides. Le ton est souvent scientifique, très naturaliste, situant le livre à la marge de la science fiction. Ce n'est qu'une apparence car le propos est plutôt philosophique, questionnant la mince liaison entre la vie et la mort :
- Tu me demandes de t'aider à mourir ?
- Je te demande de m'aider à vivre. (p. 249)

A bien y réfléchir, mourir c'est vivre encore un peu.

Quant à donner la vie, ou pas, c'est éviter que la mémoire ne se tarisse en programmant une certaine vision de l'avenir.

De l’Afrique du Sud à la Lituanie, de l’Allemagne nazie à la banlieue de Cleveland, le livre d’Anthony Doerr est un voyage troublant dans l’espace et dans le temps. Le temps de la mémoire qui relie, comme un fil fragile, les personnages de ces six nouvelles, tous hantés par la perte ou la résurgence de leur passé, et confrontés à ce manque vertigineux de ce qui a été mais n’est plus. 

Le mur de mémoire d’Anthony Doerr, traduit par Valérie Malfoy, chez Albin Michel, janvier 2013

jeudi 28 mars 2013

Au Salon du Livre 2013 ... on pouvait rencontrer des auteurs, mais pas que ...

Cette année je suis allée presque chaque jour au Salon du livre. Soirée d'inauguration, rencontre-débat entre bloggeuses et auteurs, séances de dédicace, discussions, découvertes, il y aurait beaucoup à raconter. Ce que j'apprécie le plus est d'avoir la possibilité, en un temps restreint, de retrouver les auteurs et les attachées de presse que j'apprécie en reprenant les conversations qu'on a dû laisser en plan douze mois auparavant.

Est-ce que cela peut vous intéresser ? J'ai des doutes, mais c'est aussi ça, un blog, partager une tranche de vie et annoncer ce qui suivra dans les semaines qui viennent.

Chez Buchet-Chastel on me met déjà l'eau à la bouche avec La Paupière du jour de Myriam Chirousse dont la sortie est programmée pour le mois de mai et chez Philippe Rey on annonce le prochain Camille de Villeneuve, Et ce sera ma vie parfaite pour fin août. Je pense que son écriture a progressé depuis les Insomniaques et je serai heureuse de la lire.

l'Ecole des loisirs c'est Calpurnia de Jacqueline Kelly, sorte d'initiation au naturalisme dans la chaleur du Texas et qui s'annonce comme un coup de coeur, dans la veine de la Couleur des sentiments. Et puis une histoire de jumeaux, Gladys et Vova, aussi dissemblables qu’inséparables qui vivent dans le Caucase, écrite par Emmanuelle Caron.
Et puis bien sur, en album, le dernier de Tomi Ungerer qui m'avait interpellée dans la vitrine d'un libraire de Saint Germain, et qui me rappelle à l'ordre, parce que je suis très très en retard dans l'écriture d'un billet consacré à ses derniers films.
J'ai croisé Françoise Rossinot, la grande ordonnatrice du Livre sur la Place de Nancy qui m'a annoncé que Jean d'Ormesson allait assurer la présidence de la 35 ème édition. Ce sera un rendez-vous magnifique que je compte bien ne pas manquer les 13-14 et 15 septembre prochains.

Tout au long de l'année Françoise anime des rencontres. Ce sera Jean Teulé qu'elle interrogera le 17 avril salle Poirel, ce que je me suis empressée de dire dans les colonnes du blog Lorraine de coeur. C'est Fleur de tonnerre, l'actualité de cet écrivain dont j'avais adoré le Magasin des suicides. Et hop, encore un livre à découvrir.

J'ai aussi engagé une discussion passionnante avec Philippe Lefait, l'animateur des Mots de minuit, qui m'a recommandé un auteur ... dont j'aurais dû noter le nom illico sans faire confiance à ma mémoire de poisson rouge.

J'ai appris au Diable Vauvert que Sylvie Testud était en train de finir le casting des Morues de Titiou Lecoq et je me réjouis que le tournage démarre cet été.

Chaque soirée d'inauguration a sa propre teinte. Je manque toujours de temps pour voir ceux que je me suis promis de rencontrer ... en me disant que je me rattraperai au moment des séances de dédicaces, ce qui n'est pas gagné non plus quand on voit certaines files atteindre des longueurs insensées. Mais il y a un truc qui me sidère d'année en année, c'est la facilité avec laquelle on allume des cigarettes dans les allées, le stand des Inrocks battant de loin le record de brouillard.

Le service de presse recèle de moins en moins de papier. On sent que l'on glisse vers le tout numérique. Un avantage pour l'écologie (quoique cela reste à prouver parce que je ne suis pas sure qu'Internet soir plus léger en terme de bilan carbone). Mais surtout je suis pas sure que la mémorisation d'un catalogue reçue en pièce jointe à un mail soi aussi bonne que sa version papier envoyée par la Poste. A supposer en premier que les pièces jointes soient ouvertes d'abord, enregistrées ensuite.
 
Un des intérêts du Salon du livre est de permettre de réfléchir avec d'autres passionnés sans tourner en boucle sur les mêmes idées. Ainsi chaque bloggeur a sa manière de rendre compte de ses lectures, en parlant différemment. C'est dans cet esprit de partage que Belfond avait organisé une rencontre entre 4 auteurs (Frédérique Martin, François Prunier, Caroline Vermalle et Béatrice Wilmos) et 5 bloggeuses (Sophie, Caroline, Marnie, George, Stephanie et moi) à l’occasion d’une table ronde publique autour de la thématique « Les blogueurs, des lecteurs pas comme les autres ? »
J'avais déjà correspondu par mail avec Frédérique Martin mais je ne connaissais pas du tout Caroline Vemalle dont je venais de terminer l'ouvrage. J'ai lu hier sur le blog de François Prunier un billet qui retrace parfaitement la rencontre (voir référence en fin d'article), rendant hommage aux bloggeurs souvent anonymes derrière leur ordinateur, dont la vie est vouée à la littérature pour le plaisir du partage  et dont la fonction de prescripteur est désormais reconnue.

Frédérique a un sourire et un humour réjouissant. S'amusant de nos PAL en équilibre précaire elle nous confie sa méthode : des RAL (Rangs à lire), qui mettent mieux en avant les couvertures.

Nous avons abordé le rythme des lectures et des publications, la liberté d'expression, la délicate question de donner ou de censurer un avis négatif sans pour autant perdre notre franchise et notre libre-arbitre, avec toujours des critiques claires et argumentées.

J'avais consacré un billet spécial aux dédicaces au Salon du livre de jeunesse de Montreuil. Je ne vais pas radoter mais dire simplement que, toutes proportions gardées, les auteurs qui s'adressent aux adultes  drainent autant d'aficionados.

Certains sont quasiment inatteignables, comme Amélie Nothomb qui a la réputation, non usurpée, de bavarder "le temps qu'il faut" avec chacun. Alors forcément, cela prend des heures. En conséquence si vous voulez un graphe d'Amélie prévoyez de quoi vous occupez toute l'après-midi sachant que vous ne ferez rien d'autre que progresser centimètre par centimètre. Et de bonnes chaussures parce que les stilettos ne sont pas propices au piétinement.

Je ne dirais pas que la cote se mesure à la longueur de la file mais il y a des surprises : chez Actes sud, Laurent Gaudé drainait 10 fois plus de monde qu'Alice Ferney.

Parfois la foule est si dense qu'on entend des c'est qui ? mais c'est qui ? de groupies prêts à dégainer leur appareil photo si cela vaut le coup. Le seul repère est de lever les yeux au ciel pour identifier le signataire grâce à la photo qui désigne sa place. Avec le risque d'être déçu lorsqu'on le ou la découvre "pour de vrai", forcément un peu moins glamour. Comme pour Françoise Hardy.
 N'ayons pas peur des mots ... nettement moins ...
Oubliez l'idée de converser avec les personnalités "politiques" comme les grands noms de la radio ou de la télévision. Quoique ... il ne faut pas s'avouer vaincu(e). J'ai pu approcher un journaliste que j'admirais beaucoup. Je l'écris au passé parce que ses propos furent d'une telle fatuité que le grand homme a basculé de son piédestal. Voilà un mythe de moins !

La plupart sont adorables. On sent bien qu'ils apprécient ces moments au plus près de leurs lecteurs. 
 Jean-Philippe Blondel m'accueille comme une copine.
Brigitte Kernel me confie que son périple sur les traces d'Andy Warhol lui a fait vivre quantité de choses qui feront l'objet d'un autre livre. Elle n'en avait pas conscience avant de commencer cette aventure mais l'artiste est plus que jamais d'actualité. Elle a hâte de mettre la main sur une canette très colorée de la nouvelle série limitée Perrier.


Après Agnès B, Sophia Wood, Paul & Joe, la marque à bulles fête ses 150 ans en sollicitant une nouvelle fois la Fondation Andy Warhol qui avait déjà signé pour elle des emballages il y a trente ans. Alors voici, spécialement pour elle une photo de l'objet en question :

Ces moments d'échange sont l'occasion d'en apprendre plus sur les manies ou les addictions de nos écrivains préférés. Brigitte, encore elle, adore les bonbons. N'hésitez pas à lui en apporter !

Je ne connais pas les goûts d'Amanda Sthers, directrice de collection chez Plon, l'éditeur d'Andy ... Vous ne voudriez tout de même pas que je fouille dans son sac !
Je corresponds via Twitter avec quelques auteurs comme Véronique Olmi et c'est amusant pour eux de mettre un visage sur de brefs messages. Autant je ne me limite pas sur Blogger, autant j'apprécie la contrainte des 140 caractères de Twitter. L'intérêt en tout cas est décrire spécifiquement selon le media et surtout pas de dupliquer ou de marteler l'information, rien n'est plus exaspérant.

Véronique Olmi sera présente à la prochaine rentrée de septembre avec un nouveau livre.

J'ai appris que les carrés au citron font partie des recettes préférées de Pascale Weeks. Toujours attentionnée pour ses lecteurs, elle vient aux dédicaces avec un échantillon de ses productions. Elle fêtait aujourd'hui la réédition de son tout premier livre de cuisine, Cookies, Muffins & Co, aux éditions First, qui fait partie des meilleures ventes de cet éditeur depuis 6 ans. 

On y retrouve les grands succès, cookies, muffins, cheesecakes, scones salés et sucrés, shortbreads, flapjack,  ou les pancakes et puis des recettes modifiées, comme le Sticky Toffee pudding, avec une version plus authentique ou le Carrot Cake qu'elle préfère désormais avec moins d’huile et de sucre. Il y a bien sûr de nouvelles recettes comme les fameux carrés au citron, les Rocky Road, ou le Upside Down Cake aux abricots.

Pascale n'est jamais avare de conseils. Apprenant que j'avais parfois du mal à trouver du lait ribot (ou un lait fermenté) elle me suggère de remplacer par un yaourt grec. Et elle met en garde ceux qui veulent faire le cake aux fruit rouges de ne prendre que des fruits congelés.

Avec Zoé Shepard, nous sommes revenus sur la rapidité de son succès, qui fut une surprise énorme pour cette jeune femme qui ne cesse pas d'écrire mais qui va changer de cadre pour ne pas se spécialiser dans le registre de la dénonciation des dérives territoriales.

Au départ il s'agissait de "soulager"une forme de cas de conscience et lutter contre l'énervement provoqué par des situations administratives scandaleuses.  Elle a fini par envoyer son manuscrit en ne songeant pas un instant qu'elle serait publiée. Son acceptation, 9 jours plus tard, n'a pas modifié sa vision des choses. Elle pensait qu'un premier livre n'était jamais très lu. La suite lui prouva le contraire.

On pourrait croire qu'elle a reçu depuis plusieurs offres d'emploi car son récit, certes très humoristique, laisse entrevoir de fortes compétences. Que nenni ! Elle a même été mutée dans un service où elle n'avait aucune connaissance, celui de la rénovation thermique. D'autres auraient jeté l'éponge. Elle non. Elle a bossé "comme une dingue" et pour finir il semblerait qu'on lui confiera bientôt la direction d'un service qui ne l'enthousiasme pas mais où l'on est sûr qu'elle fera un miracle.

Elle garde le sourire, s'amuse que les dirigeants estiment après avoir lu ses livres qu'elle force le trait sur eux mais que les petits fonctionnaires par contre sont fidèlement dépeints. Eux pensent (évidemment) strictement le contraire, ce qui signifie bien que ni les uns ni les autre ne sont prêts à évoluer. Quel dommage pour notre administration !
J'étais très heureuse de voir Michel Serres. Il allait enfin (cela fait trois ans que j'attendais ce moment) me réciter la plus belle lettre d'amour qu'il lui a été donné de lire quand une horde de photographes m'ont presque plaquée sur la table pour immortaliser la conversation entre le philosophe et Vincent Peilhon, le ministre de l'Education nationale, venu serrer en vitesse la main d'un homme illustre. Le politique en a comme on dit "pris pour son grade" et écouté d'une oreille surprise mais qui m'a semblé attentive les critiques très argumentées de son interlocuteur.

La suite dira si c'était pure diplomatie. Et je vous conterai ultérieurement ma conversation avec l'auteur de Petite Poucette, paru aux éditions du Pommier. La maison est spécialisée dans la vulgarisation scientifique et philosophique. Son catalogue est une mine pour épater son entourage ... comme le promet le livre ci-dessous en expliquant 50 expériences fort amusantes que l'on peut réaliser pour pimenter un dîner entre amis.
Vous apprendrez par exemple comment faire entrer un oeuf dur dans le goulot d'une carafe.

Martin Winckler était là avec sa jovialité légendaire, soucieux d'encourager les futurs étudiants en médecine. Je sais que vous allez réussir le concours mais au cas où sachez qu'il y a pleins d'autres métiers formidables que vous pourrez exercer dans le domaine médical ... Il y a 15 professions où l'on peut soigner sans être médecin. Il ajoute qu'il a commencé à écrire pour les futurs médecins des livres dont il aurait aimé disposer lui-même. On sent sa détermination à être utile et heureux.

Il y a autant de gens qui achètent un livre juste avant la signature que de personnes qui l'ont lu avant et qui l'ont apporté spécialement. Cet homme prévoyant sait qu'on ne peut pas venir au Salon en trainant un caddy avec tous les livres que l'on rêve de se voir dédicacer. Alors il a prévu avec son éditeur, P.O.L. des signets pré-imprimés sur lesquels il écrit quelques mots de circonstance.

Jamais à court d'idées, il a déjà terminé Docteur House, l'esprit du chaman, une analyse psychologique, psychanalytique, voire psychiatrique de House, qui est, il le rappelle, un personnage de fiction et qui paraitra dans quelques jours à Québec, aux éditions du Boréal.
Je n'avais pas prévu de discuter avec Estelle Faye. Mais, c'est le miracle de la rencontre. Elle m'a fait saliver sur son dernier roman et La dernière lame, parue au Pré-aux-Clercs va bientôt rejoindre ma "PAL". Nous nous sommes découverts une passion commune pour la cuisine et comme nous sommes presque voisines il est plus que probable que nous allons nous revoir d'ici l'été.
Je voulais par contre absolument revoir Sophie Adriansen que je connais depuis notre participation à toutes deux au Grand Prix des lectrices de ELLE. Le stand W56 des éditions Myriapode était difficile à trouver car situé davantage sur la ligne des X que des W.

Elle présentait son dernier ouvrage, un roman, le premier « Quand nous serons frère et sœur » dont je parlerai bientôt. Le catalogue de cette petite maison d’édition se concentre sur les romans de société abordant des thèmes universels et intemporels.
La littérature jeunesse elle aussi témoignait de la passion de ses lecteurs avec des files plus ou moins raisonnables. J'avoue avoir été "avantagée" pour repartir avec mon petit poussin ... de la main de Claude Ponti.

Ce fut plus facile avec Soledad Bravi dont j'avais adoré le livre qui sent bon. Elle est en train de fabriquer le prochain, une sorte de kim visuel où elle compile plein d'objets qu'elle met dans une valise. Nous pourrons l'ouvrir à la fin des vacances.
J'ai aussi croisé Anne Berest, que j'avais découvert dans le cadre d'une table-ronde que j'avais animée sur le thème du premier roman au Salon du livre de Chatenay, et qui vient de publier le second, les Patriarches, chez Grasset. Sa soeur Claire, qui participait au débat, a démarré le quatrième.

Et puis Michèle Barrière qui sort Meurtre au Ritz en Poche. Elle reste dans l'univers culinaire que j'avais apprécié l'an dernier avec le Sang de l'hermine, aux éditions Jean-Claude Lattès.
La  voix de Tatiana de Rosnay m'a attirée. Je savais que son dernier roman avait très vite intégré le top 20 des meilleures ventes de livres en France.

À l’encre russe est l’histoire d’un écrivain, Nicolas Duhamel, qui a perdu son père alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Très affecté, le jeune homme décide alors, à 24 ans, de partir sur les traces de ses ancêtres jusqu’à Saint-Pétersbourg, devient écrivain et publie un roman qui rencontrera un succès phénoménal. Pourtant lors d’un séjour en Toscane, Nicolas revoit défiler sa vie et va la rejouer ...

L’auteure du célèbre, Elle s’appelait Sarah, signe son 12 ème roman et surprend par ses propos : Pour écrire il faut une certaine humilité. J'écris dans une chambre de bonnes, à coté de voisins bruyants, loin de mon téléphone et d'Internet.
J'ai passé aussi du temps sur le stand de Zulma qui m'a appris que les versions numériques de ses livres sont spéciales. Une nouvelle collection de poche sortira en mai sous le label Z/A, ni zaza, ni zouzou, qui sera accessible aux petits budgets sans sacrifier la qualité éditoriale. Et puis ce sera l'opportunité pour cet éditeur de reprendre des titres du fonds, autant de grands succès qui ne sont plus disponibles.

Les couvertures seront conçues sous la même ligne graphique, aussi belles et chatoyantes que celles que  l'on apprécie chez Zulma, bien connues pour évoquer une mosaïque ou de jolis plats. Elles auront en plus une petite déclinaison argentée et seront vendues moins de 10 €. On les guettera sur les tables des Poches, en particulier Sous les bombes, un texte fulgurant sur une prise de conscience pendant la Seconde guerre mondiale.
Une des nouveautés du Salon c'était la place accordée aux livres dits "de cuisine", autour du Square culinaire. Certains éditeurs, comme Solar ou First avaient fait le choix de rester dans leurs allées habituelles si bien qu'au final ce "carré" était sans commune mesure avec le Festival du livre culinaire. C'était tout de même une belle reconnaissance de l'importance de ce type d'ouvrages et l'occasion de proposer aussi des démonstrations. 
J'ai suivi celle de Pascale et de Dorian ... une pavlova aux fruits rouges que nous nous sommes partagés deux par deux.
Est-ce une illusion ou ce placard de rangement ressemble furieusement à une bibliothèque ?
J'ai noté la progression faramineuse des livres consacrés à ce qu'on appelle les marques culte avec une tendance très nette à adapter dans les nouvelles parutions la forme au fond, chez tous les éditeurs, à commencer par Hachette et Marabout. Ne dirait-on pas un étalage de produits alors que ce sont des livres que j'ai photographiés ?
 Les ouvrages consacrés au bio et en l'occurrence aux graines se multiplient.
Et l'Amérique fait toujours rêver ... du moins en cuisine. Du Nord au Sud.
Le public a apprécié. On me disait samedi chez Hachette qu'on frôlait déjà la rupture.

Paul Fournel ayant ébranlé mes convictions je me suis aussi intéressée aux liseuses en comparant les trois grands fournisseurs ... cela fera l'objet d'une autre rubrique. Je retourne à mes amis de papier.
Les sites des bloggeuses et auteurs invitées à la table-ronde :
Sophie de Sophie lit, http://actualitte.com/blog/sophielit/
George pour  les livres de George Sand et moi, http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com
Caroline, de 5ème de couverture, http://5emedecouverture.wordpress.com
Stéphanie, de Mille et une pages, http://milleetunepages.canalblog.com/
Marnie de Blue moon, http://www.blue-moon.fr/
Frédérique Martin : http://www.frederiquemartin.fr
François Prunier L'Ivre de lire : http://livredelire.com, et son billet sur la rencontre

Articles consacrés aux livres ou aux auteurs cités :
Le vase où meurt une verveine de Frédérique Martin
L'île des beaux lendemains de Caroline Vermalle
Les insomniaques de Camille de Villeneuve
Le Magasin des Suicides de Jean Teulé, Julliard, 2007
Les morues de Titiou Lecoq
Barbe bleue d'Amélie Nothomb
06H41 de Jean Philippe Blondel
Andy de Brigitte Kernel
Nous étions faits pour être heureux de Véronique Olmi
Ta carrière est fi-nie, et Ab-so-lu-ment débordée de Zoé Shepard
En souvenir d'André de Martin Winckler, et le site de l'auteur
Le livre qui sent bon de Soledad Bravi
Le sang de l'hermine de Michèle Barrière
La liseuse de Paul Fournel
La paupière du jour de Myriam Chirousse
et puis le blog de Pascale Weeks : C'est moi qui l'ai fait !

Les collectionneurs d'autographes au salon de Montreuil 2013 : ici
Bilan sur le salon du Livre 2012

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