dimanche 30 juin 2013

Philippines, archipel des échanges au Quai Branly

Philippines, archipel des échanges occupe la Galerie Jardin du Quai Branly jusqu'au 14 juillet. Il ne reste donc que peu de temps pour aller voir cette première grande exposition dédiée à cet archipel en Europe.

L'exposition réunit un ensemble de 310 œuvres précoloniales incontournables - sculptures, poteries, textiles, parures - sélectionnées dans les collections publiques et privées philippines, américaines et européennes.

C’est sous le prisme de l’échange que sont mis en lumière les objets méconnus en France de cette civilisation dont le socle est la réciprocité. Symbolique ou économique, l’échange met en relation des êtres visibles et invisibles. Avec deux regards, le premier tourné vers la Terre, le second vers la Mer.
C'est comme souvent à un double voyage, dans l'espace et dans le temps, que nous convie le Quai Branly. Il y a énormément à voir et à lire, parfois dans une relative pénombre pour préserver les objets. Chacun organisera son parcours selon ses voeux.

Pour ma part je mettrai l'accent sur quelques objets qui vous donneront, je l'espère, l'envie d'aller les contempler de vos propres yeux. Ils sont si difficiles à photographier que, pour une fois, j'ai eu recours à des clichés que le musée m'a autorisée à reproduire.
Détail d'un costume des montagnards nobles Bagobo, en coton, perles de verre et métal. Il est composé d'une veste et d'un pantalon, de coupe courte à manches longues avec petit col monté fermé par un bouton. Le pantalon est entièrement brodé de perles de verre formant des motifs géométriques polychromes et anthropomorphes. Orné de grelots à la ceinture et en bas. Il date du XX°siècle.

Copyright: © musée du quai Branly, photo Claude Germain
Détail d'une tenture cérémoniale tabil, en coton, de l'île de Mindanao, XX°siècle, de taille impressionnante, 220 x 153 cm
Copyright: © musée du quai Branly, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado

C'est la population tausug qui a réalisé cette tenture rouge à motifs appliqués blancs, composée de deux parties cousues au centre de la pièce. Un "arbre de vie", si fréquent en Indonésie et en Inde, dont les ramures occupent la totalité de la surface y est cousue en appliqué. Ces tentures murales sont sorties lors des mariages et autres fêtes rituelles. On peut établir un lien avec les drapeaux Maranao de Mindanao.  Le caractère abstrait et foliacé du dessin n'est pas nécessairement lié à l'injonction islamique de ne pas représenter d'êtres humains et d'animaux.
Armure et chapeau probablement d'origine arabe et inspirés à la fois de la cuirasse et de la cotte de mailles. Fin 19e siècle, population bagobo, Davao Oriental. En résine, coquilles de cauris, et sparterie.

Dans la mythologie Bagobo, porter un vêtement resplendissant métamorphose le caractère et l’identité : le guerrier se transforme en Malaki (héros de mythologie). C'est pourquoi les armures sont soigneusement préparées. 

L'encolure, le plastron et les lames d'aisselles sont décorés de cauris. La Dossière est formée d'une vannerie plate étranglée à la hauteur du quart inférieur et constituée de trapèzes isocèles opposés par leurs petites bases et dont les cotés sont légèrement concaves. Quatre baguettes disposées horizontalement la renforcent sur ses 3/4 inférieurs. Un petit trapèze posant sa petite base sur le tiers central du bord supérieur de la vannerie la prolonge vers le haut. Cet ensemble légèrement convexe forme "dos rond". De chaque coté, la vannerie envoie une aile qui protège les reins et les cotés. Les basques de longueur égale sont cousues ; l'une au milieu, trapèze plus large en bas qu'en haut pend au bord inférieur de la partie dorsale. En outre, sur leurs bords libres, les ailes de cette vannerie portent des basques qui, cousues au bord inférieur remontent le long du bord longitudinal jusqu'aux aisselles.

Copyright: © musée du quai Branly, photo Claude Germain
Mentions obligatoires: Ensemble restauré grâce au soutien de Monsieur David Lebard, bienfaiteur de la société des Amis du musée.
Le Kulintang est un instrument de musique datant du XIXe siècle, en bois peint, laiton, bambou, corde, de dimension imposante : 90 x 340 x 35 cm
Il provient de Mindanao, province de Lanao del Sur
Ayala Museum, Manille, 
Copyright: © musée du quai Branly, photo Neal Oshima
Très impressionnantes sont les jarres de secondes funérailles, servant d'urne funéraire, pour y placer les os qui étaient alors récupérés. On remarque un crâne humain dans cet exemplaire. On constate que l'ouverture permettant de placer le crâne et de le voir est effectuée sur la panse du vase.
Cet objet, de dimensions modestes (24 x 34,8 x 27 cm) a été collecté à Marinduque mais la jarre a été fabriquée en grès en Chine du Sud aux XV - XVIe siècle.
Copyright: © musée du quai Branly, photo Claude Germain
On voit aussi énormément de bijoux et d'accessoires en or, tous magnifiquement travaillés. Cette ceinture royale kandit de 74,2 cm appartenait au Trésor de Surigao, au Nord-est de Mindanao, Province de Surigao del Sur. Elle date des Xe-XIIIe siècle.
Copyright: © photo Neal Oshima
Mentions obligatoires: Bangko Sentral ng Pilipinas, Manille
L'exposition était gratuite d'accès aujourd'hui dans le cadre d'un week-end exceptionnel sur le thème de l'ethnologie, avec la participation de 85 personnalités qui lisaient des textes ou commentaient des oeuvres des collections permanentes. Avec une nouvelle exposition consacrée à l'inventeur des arts primitifs, Charles Ratton, (je lui consacrerai un billet spécial très bientôt) le visiteur était comblé. Sans oublier les jardins du musée qui sont de plus en plus agréables.

Les lecteurs du blog ont eu la possibilité, via la page facebook de A bride abattue, de gagner des entrées. Ce sont Christine R, Véronique H, Anne L, Constance V et Eric C qui ont reçu chacun deux invitations à leur domicile.

Pour préparer votre visite, le lien vers la page dédiée sur le site du musée.

samedi 29 juin 2013

Cuisiner mais sans cuisson, sans faire les courses, sans temps ou sans argent

Il y a eu la publicité négative. Il y a maintenant la cuisine négative. Hachette cuisine s'est lancé sur le créneau en compilant une quarantaine de recettes qui se disent "maligne et pleines d'astuces" pour faire un repas gourmand quelles que soient les circonstances.

Que vous soyez fauchée comme les blés, pressée comme un citron, cuite de fatigue ou en panne de four ces petits livres sont censés vous sauver la mise. Je suis hors cible, c'est mon réfrigérateur qui est tombé en rade et croyez moi, c'est plus pénalisant que de ne pas pouvoir se servir d'un four. Car toutes les denrées périssables vous sont ipso facto interdites.

Cuisiner sans frigo n'a pas encore été écrit et je me porte candidate, qu'on se le dise. Pour le moment je vous parle des 4 autres qu'il faut considérer davantage comme des guides que comme des livres de recettes.

Commençons par celui auquel je donnerais la meilleure note : cuisiner fauché

Avec une telle contrainte, il faut faire preuve d'imagination et cette fois c'est assez réussi avec un éventail de propositions allant du classique à l'inattendu. Certes, on trouve une soupe poireaux-pommes de terre (p.28) emblématique des mois difficiles mais j'avoue que c'est si bon qu'on peut bien s'en régaler tous les jours. 

Et puis elle est suivie d'un velouté de concombre à la menthe et pommes de terre au curry qui m'a semblé fort sympathique.

La salade niçoise (p. 34) est comme il se doit enrichie d'haricots verts. Et on ne nous recommande pas de la noyer sous le riz. Un excellent point ! Le Paris Nice (p.40) est la version haut de gamme de cette recette. Je ne suis pas sure que ce soit un plat "de pauvre" mais c'est toujours positif d'apprendre une nouvelle présentation.

Juste après, une salade d'épinards, petits pois et feta montre que là encore on peut se régaler pour pas cher. Il suffit d'y penser.

En dessert (p.92) la soupe de pêches au basilic fera oublier à vos convives que votre porte-monnaie était quasi vide quand vous avez fait les courses.

La transition est toute trouvée pour cuisiner sans faire les courses que j'ai lu avec intérêt. Cà tombait bien, je n'avais pas envie de sortir, j'étais fatiguée ... mais à mesure que je tournais les pages la moutarde me montait au visage. Ou il me manquait toujours un ingrédient, ou la recette était d'une banalité affligeante.

Voilà que je tombe sur la quiche lorraine (p.60) que l'on me suggère de réaliser avec du gruyère râpé. Déjà que c'est pas le nom correct, puisqu'on emploie de l'emmental ... en plus les puristes savent que ce fromage est sacrilège dans une quiche qui se veut lorraine pure souche.

Arrive la tarte au citron (p.88) ... comme si on avait tous sous la main une pâte sablée, des citrons jaunes, et surtout un citron vert (je vous mets au défi d'ouvrir vos placards et de brandir ce fruit là). 

Les auteurs auraient dû avertir : cuisiner sans faire les courses ... aujourd'hui (sous-entendu vous repérez la recette, et faites les courses la veille).

Seule vraie découverte : les tagliatelles au chocolat (p.90) parce que j'ai toujours du cacao amer chez moi, mais vous peut-être pas ...

Pour le reste je n'ai pas besoin d'un bouquin pour penser à faire des crêpes ou un gratin de pomme de terre. Vous aurez deviné qu'il a la plus mauvaise note.

Moins catastrophique, cuisiner pressé. On sait tous que le temps n'est pas un gage de succès dans le domaine culinaire. J'ai retenu des boulettes de veau à la pistache (p.16) encore que trouver l'huile de pistache prendra du temps (et que donc il faudra pas être si pressé que çà ou avoir pensé à anticiper).

Les pêches pralinées rôties au miel m'ont séduites (p.84), mais fastoche pour moi car j'ai du pralin tout prêt depuis que j'ai fait des Paris-Montargis.

Les muffins de la page 40 m'ont fait sourire. Le cuisinier était si pressé qu'il a carrément zappé la moitié de la recette puisque les ingrédients du superbe muffin au saumon et au crevettes ne sont tout simplement pas cités.

Terminons par cuisiner sans cuisson qui est lui aussi une compilation de fausses promesses. Car il faut bien faire cuire les fèves avant de les introduire dans les verrines (p.14) et que les jolies présentations avec des noeuds de ciboulette nécessite qu'on les ébouillante. A oublier donc si on est en camping sans le moindre réchaud. 

Sans cuisson parfois, mais en tout cas pas sans appareils ménagers. Si vous n'avez ni robot, ni réfrigérateur le pari devient impossible. Et souvenez-vous de mon souci : mon réfrigérateur a rendu l'âme.

Moralité : feuilletez attentivement ces livres alléchants avant de vous lancer, surtout si c'est pour faire le petit cadeau "sur le pouce, quand on n'a pas de temps à y consacrer et qu'on est fauché" ....

Les mini guides Hachette sont sortis en juin 2013 et sont chacun vendus 6  €

vendredi 28 juin 2013

You're so french Men ! de Frédérique Veysset et Isabelle Thomas

Frédérique Veysset et Isabelle Thomas avaient commencé par You're so French, tout simplement. Le lectorat visé étaient les femmes et la couverture rose vif avec l'injonction sympathique Cultivez votre style. Le succès fut tel qu'elles récidivent un an après pour les hommes en s'adressant à eux avec plus de douceur. Le sous-titre est cette fois Secrets d'élégance masculine, sous une couverture bleu, comme il se doit, mais dans une tonalité Klein qui à elle seule est déjà une promesse de raffinement.

Je me suis étonnée moi-même quand j'ai choisi de m'intéresser à ce livre. Comme j'ai la chance de découvrir beaucoup de romans et de livres de cuisine, j'essaie de sortir de mes sentiers battus quand Babelio m'offre la possibilité d'écrire une chronique. Je choisis alors quelque chose de radicalement différent, et tant pis pour le risque. Cette fois ce fut la mode, et masculine qui plus est. La surprise a été heureuse.

Frédérique Veysset est photographe de mode et de célébrités et collabore avec les magazines féminins internationaux (Allure, Vanity fair, Grazia, Marie Claire, Glamour....). Elle anime le blog « fredisblog ».  Ses photos sont très naturelles. On les sent issues de la vraie vie, très peu posées. Le chapitre consacré à l'acteur Pascal Grégory (p.163) est tout à fait caractéristique.

L'alliance avec des illustrations apporte un coté carnet de tendances très réussi. Elles sont signées par une étoile montante du dessin de mode, Clément Dezelus.

Isabelle Thomas est styliste personnelle. Son blog " Mode personnelle", est référencé sur le site L’express styles.fr. Elle a été journaliste et rédactrice en chef dans la presse féminine (Biba, Jeune et Jolie).

L'ouvrage propose de percer les secrets du charme de nos compatriotes masculins à l'aide d'une série de portraits de personnalités incarnant ce chic ainsi que des focus pratiques au ton léger. De l'art de fumer le cigare aux bonnes manières à adopter pour un dîner en amoureux, tout est passé au peigne fin par les deux expertes du style.

Loin des diktats de la mode, ce livre se feuillette comme un magazine. On a envie de l'offrir à tout le monde, aussi bien aux amis qui adorent la mode comme à ceux qui au contraire n'y comprennent rien, parce qu'on sait qu'ils ne se sentiront pas mal à l'aise avec cette lecture.

On glanera des secrets d'hommes connus ou inconnus. Tous ont un style affirmé et au final chacun pourra se bâtir le sien. Contrairement aux coachs qui sévissent sur les plateaux télé et qui vous culpabilisent d'emblée, Frédérique et Isabelle affirment peu. Elles suggèrent, proposent, construisent ... et cela fait germer des envies ... loin, très loin de la fast fashion en démontrant qu'on peut jouer avec la mode sans forcément coller aux tendances, en respectant une certaine insolence qui fait la caractéristique du style français.

Par exemple tenter le jean blanc comme Alain Fromager en toutes saisons. Constater qu'on peut être "in" avec une veste militaire rapiécée en liberty. Comprendre que ce n'était pas la meilleure idée d'opter pour du noir et que l'on peut oser la couleur. Que si on aime un pull destinée à des femmes on peut le porter sans perdre sa virilité comme le fait Charles Lecurieux-Clerville, avocat d'affaires.

Il ne faut quand même pas oublier de lire les erreurs a ne pas commettre (p. 86).

On rit aussi, en lisant que les macho se reconnaissent à leurs chaussures pointues. On en apprend un rayon sur des sujets un peu éloignés de la mode, comme le savoir-vivre (p.40) à table, au cours d'un entretien d'embauche, dans les rapports amoureux ... ce qui démontre bien que l'élégance ne se réduit pas à des bouts de tissus.

On s'émeut d'une citation de Paul Eluard : tu es le grand soleil qui me monte à la tête quand je suis sûr de moi.

Il est question de mode, mais aussi de cuisine, et beaucoup de culture, ce qui ne pouvait que me plaire, évidemment.

Le livre se termine sur les bonnes adresses qu'on se refile "de connaisseur à connaisseur", en boutiques ou sur Internet, ce qui sera utile aux lecteurs qui ne sont pas parisiens. Certaines adresses sont prestigieuses, d'autres sont plus secrètes. On n'y achètera peut-être pas à prix "cassés" mais comme le disait la sagesse populaire, le prix s'oublie, la qualité reste. Et n'oublions pas que la période des soldes est annoncée ... Si j'étais un homme je me précipiterais chez Gossuin. Ses chemises avec poignets creusés (voir photo) assurent un tombé parfait. So chic !

You're so french Men ! de Frédérique Veysset et Isabelle Thomas, Editions de La Martinière, mai 2013

jeudi 27 juin 2013

Le Fiat Caffè ... Un petit coin d'Italie sur les Champs Elysées

Nino Ferrer aurait pu le fredonner : c'est un endroit qui ressemble à L'Italie ... et où d'emblée on se sent en été, ce qui cette année relève de l'exception.

La terrasse du Fiat Caffè est posée sur le Rond-point des Champs Elysées. 

Impossible de passer à coté sans la remarquer : elle est gardée par un Doggy John monumental de Julien Marinetti.  Des exemplaires plus modestes croiseront votre regard à l'intérieur. L'artiste, né en 1967, allie le bronze à des techniques de laques et de peintures utilisées dans l'industrie. Il combine peintures, photos et collages si bien qu'on hésite à qualifier ses oeuvres de sculptures ... ou de peintures.

Deux grands parasols abritent la terrazza où s'organise un life style résolument italien. Les arbres font écran et on devine à peine le trafic automobile.

S'il vous faut une bonne raison pour justifier une pause, dites-vous que quelques heures sur ce plancher vous feront oublier que vous ne partez pas en vacances ... qu'il vous tarde de partir, ou qu'elles sont déjà terminées.

En hiver vous aurez d'autres prétextes. En tout cas, sachez-le, l'établissement n'a jamais connu un jour de fermeture, même à Noël ou sous une bourrasque de neige.

L'accent très léger du serveur installe l'ambiance. On a tout de suite envie d'être guidé pour faire son choix d'antipasti, d'insalate, de tramezzini, avant de s'arrêter sur une des pizze.
On se rafraichit d'abord avec un Spritz, gorgée après gorgée, en prenant le temps. Vin blanc Prosecco, pétillance d'une eau gazeuse, amertume de l'Aperol et douceur d'une tranche d'orange. Nous sommes en route pour une soirée dolce vita

Le voyage nous fait sillonner la péninsule avec plusieurs étapes : l'apéritif nous a fait démarrer par Venise où il est très populaire. Si vous choisissez des pâtes, ce seront des Setaro, la grande spécialité napolitaine. la mozarella de bufflonne viendra de Campanie, la burrata d'Andria, petit village des Pouilles, le prosciutto de Parme. Mais vous aurez aussi un jambon fumé des Dolomites. Admettons que l'on peut attribuer le tiramisu à la Toscane et le baba à Sorrente, ... la boucle est bouclée.
N'oublions pas Modène, rendue célèbre par deux spécialités bien différentes, son vinaigre balsamique ... et son industrie automobile, avec les usines du groupe Fiat, évidemment : Lancia, Alfa Romeo, Ferrari, Maserati ...
Les couleurs sont vives, dans les notes du drapeau italien. Le vert de la roquette, le rouge des tomates coeur de boeuf, mûres à point, le blanc de la mozarella.
On mange la pizza à l'italienne, avec les doigts. C'est permis, comme pour le poulet.
La Focaccia à l'huile d'olive, romarin et fleur de Sicile paraitra trop simple. Mais ne vous y trompez pas. Elle est merveilleusement fondante.
Plus tard on pourra poursuivre avec un vin, italien bien sûr. L'Ilico embaume les arômes de fruit. On reconnait la griotte typique de ce terroir de petites collines.
En dessert, laissez vous surprendre par les créations de la chef pâtissière et partagez la double portion de Fruttini dont le serveur détachera le ruban devant vous.
Une papillote de fruits glacés fondant dans leur coque : kiwi, banane, châtaigne, fraise ... et noix.
Mais si vous préférez une pâtisserie, le baba est sublime, au limoncello de Sorrento, pour vous croire au choix à Naples ou en face de Capri.
Ceux qui préfèrent expérimenter eux mêmes la cuisine italienne trouveront des produits d'exception au rayon épicerie du rez-de-chaussée du Motor Village. A commencer par les célèbres pâtes Setaro. Egalement les tomates séchées, artichauts à l'huile d'olive, et poivrons farcis au thon.
Elles sont fabriquées à Torre Annunziata, une petite ville proche de la mer à quelques kilomètres de Naples et de son célèbre Vésuve. La famille Setaro travaille depuis 1939 avec les mêmes ingrédients et selon les même procédés : de la semoule de blé dure et de l’eau de source.

La pâte est étirée dans des moules en bronze, ce qui lui donne un côté rugueux. Le séchage se fait dans des bâtiments en pierres de lave naturellement ventilés, pendant  72 jours minimum contre quelques minutes pour les pâtes industrielles.

Je n'ai pas compté le nombre de formats disponibles ici. Il en existe près d'une centaine. Vous l'ignorez peut-être mais en Italie à chaque pâte correspond une sauce particulière, ainsi que l'explique dans son livre étonnant, Géométrie de la pasta, paru chez Marabout en 2011.

C'est un sujet infini. J'aime faire les pâtes moi-même depuis que Mia Mangolini m'a enseigné un peu de son savoir-faire. Mais j'avoue que les Setaro consolent de n'avoir pas le temps de s'y mettre.
Un escalier conduit au premier étage qui est le domaine du restaurant gastronomique NoLita. Un mur lumineux fait transition avec le duo noir et blanc du restaurant.
Nous sommes dans une atmosphère plus intime, avec une cuisine plus raffinée.
Plusieurs Doggy John sont présents, surveillant, qui sait, cette Alfa Roméo Spider 8 C. C'est que MotorVillage présente l’exposition « Grand Prix – 100 ans de victoires automobiles » jusqu’à la fin de l’année pour le plus grand bonheur des amateurs de sports mécaniques.

Formule 1, Rallye, Endurance : cette manifestation célèbre les modèles du Groupe Fiat ayant inscrit leur nom au panthéon des différentes compétitions automobiles. Vous pourrez ainsi y admirer aussi l’Alfa Romeo « Alfetta » 159, l’Alfa 33TT12, la Ferrari F1-90, la Maserati MC12, la Lancia Alpha Sport, la Lancia Fulvia 1.6 HF, la Lancia Delta HF Integrale et l’Abarth Grande Punto S2000 Rallye.
Le pain y est maison. Le Chef, Vittorio Beltramelli, est milanais. Il a été formé par Alain Ducasse à Monaco. Il adore travailler la truffe blanche d’Alba, en risotto, en pizzetta, sur des crostinis (maison) qu'il sert avec des oeufs

Le menu d'exception est plus sophistiqué encore. Mais on y sert aussi, le dimanche, un brunch à l'italienne dans une formule où vous pourrez, par exemple, déguster un café latte Machiato, un jus de raisin fraîchement pressé, en guise de viennoiserie un Cornetti maison (croissant avec de la crème, de la confiture ou du chocolat).

Plusieurs jambons composent le Buffet froid avec des Focaccie farcies, Involtini de speck, Artichauts alla romana, Carpaccio de poulpe ….

Le Buffet Chaud n'est pas en reste avec son Rôti de veau en croûte.

Les fromages sont choisis avec soin. Et on trouve parmi les desserts le NoLita cheesecake qui est la version italienne du célèbre gâteau new-yorkais avec la pâte à tartiner à la noisette dont vous devinerez le nom sans peine.

Sébastien Mancuso a réussi à instaurer dans chacun des espaces du Motor Village un rythme propice à la dégustation. A vous d'élire le vôtre. 
Les environs semblent s'être eux aussi "mis à l'heure italienne". Si le général de Gaulle donne l'illusion de vouloir s'échapper en deux temps trois mouvements les colonnes du Palais de la Découverte ont un petit quelque chose de Pompéien.
Motor Village, 2, rond-point des Champs Elysées, 01 53 75 78 78
Fiat Caffè et NoLita, 1 avenue Matignon, 75008 Paris, 01 53 75 78 70
Ouverts tous les jours en service continu de 9 h à 2 h du matin.

mercredi 26 juin 2013

La Dame de Saïgon de Karine Lebert

En 1906, l'Indochine est encore française lorsque la jeune Marianne débarque avec toute sa famille sur les quais de Saïgon. Venus tenter leur chance dans la colonie française, les Frémont vont à la découverte d'un pays à la fois hostile et attirant. En grandissant, Marianne s'éprend de ce nouveau monde et de sa culture tout autant que du jeune Anh Dung à la beauté énigmatique. Amoureux fous, ils se marient contre l'avis de tous. 

La famille Frémont connaitra successivement beaucoup d'espoirs et de nombreuses embûches. Il est difficile de vivre sous le climat tropical, d'en supporter l'humidité et la chaleur, de survivre aux fièvres, et de parvenir à cultiver la terre.

Les plantations de riz s'avèrent une catastrophe. L'hévéa sera salvateur, mais non sans efforts. On découvre toutes les facettes de l'Indochine de l'époque, les missions d'évangélisation, les planteurs, attachés à leur terre jusqu'au sacrifice, la prohibition des unions mixtes, le combat pour l'Indépendance, la pauvreté des uns et la richesse des autres, aussi bien parmi les colons que parmi les indigènes, l'ennui des femmes expatriées quand elles ne travaillent pas, l'extrême codification sociale qui régit les rapports humains.

Les points de vue sont montrés sous les angles de chaque protagoniste sans prendre parti pour les uns ou les autres. 

Karine Lebert conjugue deux passions. Elle est biographe et journaliste d'architecture et de décoration intérieure. Elle a déjà écrit six romans. J'ignore si l'on peut dire que Marianne lui ressemble mais elle la fait partir de Normandie, une région qu'elle connait bien car elle y vit. Et elle en fait ... une journaliste.

Mais surtout, elle lui donne une place prépondérante dans l'Histoire avec un grand H, et c'est un des nombreux intérêts de cet ouvrage extrêmement documenté par une enquête qui a été menée au Vietnam pendant plusieurs mois.

Le voyage combine la géographie et l'histoire. C'est une lecture qui s'accordera avec le désir de dépaysement qui émerge avec l'été. On pourra la prolonger gustativement avec Indochine, un livre qui témoigne de l'influence que la France a exercé sur la cuisine de l'Asie du Sud-Est et réciproquement.

D'autres livres ont été publiés au même moment par les éditions de Borée sur la thématique de la destinée des femmes. Comme par exemple Fugue vénitienne de Marie-Claude Gay que j'avais chroniqué en mai dernier.

Karine Lebert, La Dame de Saïgon, collection Terres de Femmes, aux éditions de Borée, avril 2013

mardi 25 juin 2013

Tarte du Berger Basque ... avec Etorki

Cela fait des années que cette recette est appréciée en famille.

Cette tarte salée est facile à faire et pour peu qu'on ne force pas trop sur la moutarde le succès est assuré. Je n'ai rien contre une (bonne) quiche lorraine mais la tarte basque apporte une touche d'originalité.

On déroule un paquet de pâte feuilletée sur une tourtière.

On pique à la fourchette.

On étale un mélange de fromage blanc battu, de moutarde ancienne, celle dont on sent les graines, une pincée de sel et un peu de piment d'Espelette. L'idéal est d'adapter les proportions à ses goûts mais sachez que 2 cuillères à café de moutarde correspondent à 100 g de fromage blanc.
On répartit des lamelles d'Etorki dessus.
On recouvre de tranches fines de tomates. On peut le cas échéant saupoudrer de thym mais je ne le fais pas systématiquement.
On cuit 25 minutes à 180°.

On peut servir chaud, tiède, ou même refroidi.

lundi 24 juin 2013

Ici ça va de Thomas Vinau

Il y a des livres comme celui-ci qui me mettent dans un état de grâce. Comme un plat parfaitement dosé qui conduit à la satiété.

En treize lignes, Thomas Vineau condense le conditionnement de l'être humain, tellement formaté au malheur qu'il en est devenu incapable de faire de nouveau confiance à la vie. Sauf qu'on ne peut pas vivre sans une espèce de sérénité, qu'on ne peut intégrer qu'à grands coups de demains et de câlins. (p. 54)

Les chapitres sont brefs. Les phrases élégantes, à la limite d'un genre nouveau, une sorte de prose poétique. Thomas peut nous enchanter avec une simple accumulation de noms d'arbres et d'oiseaux. (p. 123)

Ecrit à la première personne du singulier, ce récit a pourtant l'art de nous englober : je porte un collier de perles noires et invisibles autour de mon cou. le collier de ceux qui gardent leurs absents à l'intérieur. Nous sommes nombreux à le porter. Je ne le sens presque pas. Il n'embarrasse plus ni mes gestes ni mes rêves. (p. 95)

Vous aurez pressenti que le thème central du livre est celui du deuil. Oui, et pourtant non. Parce que c'est avant tout un hymne à la nature, à la beauté sauvage d'une campagne peuplée de dizaines d'espèces d'oiseaux, où poussent tous les arbres imaginables et où bien sur, coule une rivière qui sert d'escalier à la lumière.

Ce livre nous donne envie de lire Mémoires sauvées du vent de Richard Brautigan, de cueillir des prunes, d'adopter un bébé ragondin, de revoir le film de Sean Penn Into the wild, et de nous mettre nous aussi à effectuer des allers-retours entre notre enfance et notre avenir.

De Thomas Vinau on sait peu de choses. Qu'il est né en 1978 à Toulouse et qu'il vit au pied du Luberon à Pertuis. Que son premier roman, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, a été publié chez Alma en 2011. Il se déclare comme militant du minuscule sur son blog. Vaste programme.

Ici ça va de Thomas Vinau, Alma éditeur, Paris, 2012

dimanche 23 juin 2013

Charal pour la viande mais aussi pour ses sauces

Je mange toutes sortes de viandes. Sans doute quand même moins qu'avant. Le livre de Jonathan Safran Foer avait même mis un point d'arrêt assez brutal à mon appétit il y a deux ans.

Mais j'aime la viande, la bonne, que je consomme avec gourmandise et modération, ce qui est compatible. J'achète chez le boucher mais pas toujours. Charal fait honneur à la viande. La longueur de la DLC est un atout formidable et on a un faible à la maison pour ses Chateaubriands.

Maintenant que Charal propose aussi des sauces, chacun peut choisir la sienne pour la paix des ménages. J'adore la Béarnaise. Mon fils ne jure que par les Trois poivres.

Il y a aussi une recette au Roquefort, une Forestière et une Echalotes-Fines herbes, sans doute plus classique.

Deux petites dernières ont rejoint le peloton : la Bourguignonne qui se consomme froide, mais que l'on peut réchauffer au bain-marie, et la Burger, épaisse et onctueuse.

Je ne vais pas revenir sur la tendreté de cette viande après 23 jours de frigo (oui vous avez bien lu) parce qu'elle est sous vide et sans conservateur.

La sauce aux Trois poivres est réussie du fait de son équilibre et de la présence des grains de poivre vert qui explosent sous la dent.

Attendons les fêtes de fin d'année pour revenir à des sauces plus exceptionnelles : aux Morilles, aux Airelles, Grand Veneur ou Foie Gras ... le choix est vaste. Leur emballage pour deux personnes et la facilité de réchauffage au micro-onde en font des alliées appréciables aussi bien sur des viandes poêlées que grillées au barbecue.

Et parce que l'été se profile enfin, on peut aussi avoir envie de manger cru plutôt que cuit. Dans ce cas ce sont les Carpaccio Charal qui seront au menu. Toujours avec une viande particulièrement fondante et des marinades subtilement dosées en basilic, avec ou sans olives, avec ou sans parmesan, comme une promesse d'Italie.

samedi 22 juin 2013

Balance de Lévité de Yoann Bourgeois pour le festival Solstice au Parc de Sceaux

Yoann Bourgeois avait donné un spectacle d'une rare beauté pour l'édition de Solstice 2011. Il n'était pas question de manquer ce nouveau rendez-vous, d'autant que l'on nous avait annoncé une création.

Pourtant la météo, elle, n'était guère favorable et comme l'a souligné Marc Jeancourt, le directeur du Théâtre Firmin Gémier la Piscine, et "patron" du Festival, seuls les "courageux" étaient là, dans le Parc de Sceaux, sur cette Plaine des Quatre Statues d'où l'on aperçoit au loin le château du domaine.

Avec une bonne polaire, et un parapluie, nous étions prêts pour la performance. Je crois que, même sous la neige, on serait restés.

Sur le bitume, Yoann aurait tracé un cercle à la craie rouge. Sur l'herbe, il avait disposé des éclats de bois de couleur vive et personne n'allait franchir cette ligne symbolique.

Le ciel fut sombre. Nous avons été parfois à la limite de l'obscurité mais, en fin de compte, la pluie a suspendu ses gouttes le temps du spectacle (pour reprendre de plus belle au moment où nous avons quitté le Parc).
Comme quoi, ce soir, il n'y eut pas que les artistes à travailler sur cette question du point de suspension.
Au centre du cercle, nous découvrions un agrès d'un genre nouveau, appelé Balance de lévité, qui a donné son nom au spectacle, à moins que ce ne soit l'inverse. On a perçu un grondement très sourd qui est monté progressivement jusqu'à annoncer que les choses sérieuses allaient commencer.
Yoann a travaillé en collaboration avec Marie Fonte. C'est elle qu'il aide à prendre place dans une sorte de fauteuil-nacelle où elle s'est attachée solidement.
On l'avait deviné mais nous en avons la certitude : les deux contre-poids correspondent exactement à celui de la dame, vêtements et chaussures incluses.
Elle s'élève ... avec une extrême lenteur, et dans un épais silence.
Les mouvements sont d'une douceur étrange. L'évolution s'effectue dans un état proche de ce que doit être l'apesanteur dans une cabine spatiale.
Le vent soufflait assez fortement et poussait des cohortes de nuages gris foncé. Drôle d'augure !
Les enfants ne furent pas les moins impressionnés : j'ai un petit peu peur pour elle avec tout le sang qu'elle a dans la tête, s'inquiète un garçon sur ma gauche. Tu crois qu'elle va pas tomber ? interroge une fillette sur ma droite.
Le visage de l'artiste est toujours demeuré impassible. Comme si hausser un sourcil pouvait lui faire perdre l'équilibre. Et puis des notes de piano sont venues l'accompagner dans cette étonnante chorégraphie.
Elle revint sur terre, si l'on peut dire ...
Une nouvelle fois il fallut la complicité de Yoann Bourgeois pour la libérer de la balance.

Une expérience d'un autre genre attendait aussitôt les spectateurs qui, pour le coup, allaient devenir actifs dans une sorte de jeu du je et du nous à genoux ...
Imaginez un autre cercle, cette fois double, constitué de chaises qui se font face, où seuls des adultes étaient autorisés à s'asseoir. Yoann et Marie firent la démonstration de ce que nous allions faire.
La prudence voudrait que je vous prévienne, lecteurs, de ne pas tenter l'expérience chez vous. Et pourtant c'est tellement facile que je vous y encouragerais au contraire. Peut-être néanmoins en vous assurant de la présence d'un "troisième homme" pour la première fois, histoire de vous familiariser avec le déroulement.

Une fois que le ou la partenaire est décontracté on saisit les pieds de la chaise sur laquelle il (ou elle) est assis(e) et on les soulève. Son poids s'allège très nettement et assez rapidement jusqu'à ne plus rien peser. Ce n'est pas de la magie, c'est de l'équilibre.
On peut alors passer à une position plus sensible encore. Il devient possible de transférer nos mains sur se genoux ... de manière tout de même à "consolider" cet équilibre. Bien entendu les mouvements seront lents et mesurés.

A un signal sonore convenu à l'avance on replaçait les mains sur les montants des pieds de la chaise et on reposait le partenaire sur le sol. On inversait ensuite les rôles.
Certains duos sont parvenus très vite à vivre ce moment de suspension. D'autres ne parvenaient pas à décoller, tant la résistance du "manipulé" était forte. Alors Yoann proposait "tout simplement" de se positionner derrière, sans toucher  le siège mais pour rassurer la personne que "au cas où" il rétablirait la verticalité.

C'est cette simple présence que je conseille pour vous initier vous-même à l'expérience. Cela vaut le coup. Quelques-uns se sont assoupis. Il y eut des témoignages assez forts : impression de voler, de faire des roulades arrière, de flotter sans peser, d'atteindre en quatre minutes un état jamais réussi en dix ans de yoga.

Il faudrait pratiquer ce genre de relaxation (qui ne coute pas un centime) dans les entreprises. Il y aurait moins de stress au travail. Quant à la vie de famille elle est elle aussi gagnante en redonnant confiance dans le couple.

Nous étions proches d'un état second, avec l'envie d'échanger avec Yoann et Marie sur leur pratique artistique ... mais la pluie s'invitait au-dessus de nos têtes et nous nous sommes séparés un peu prématurément au goût de la plupart d'entre nous.

Balance de Lévité de Yoann Bourgeois pour le festival Solstice au Parc de Sceaux
Tous les renseignements sur le festival ici
Pour voir ou revoir les photographies (très impressionnantes) du précédent spectacle c'est
Et pour en savoir plus sur la Compagnie Yoann Bourgeois, leur site est http://www.cieyoannbourgeois.fr.

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