vendredi 31 janvier 2014

Macbeth mis en scène magistralement par Anne Laure Liégeois

En général je donne dans la sobriété pour les intitulés de mes articles mais ce spectacle mérite une exception. On retrouve l'énergie (j'allais me laisser aller à ajouter "positive") de l'Augmentation, que j'avais vu il y a quelques années maintenant. Décidément, Anne-Laure Liégeois appartient au petit groupe des metteurs en scène qui renouvellent le théâtre, quel que soit le registre sur lequel elle travaille.

Après Édouard II et La duchesse de Malfi, elle a choisi MacBeth pour clore la trilogie qu'elle a entreprise sur le théâtre élisabéthain. Elle se dit fascinée par la puissance de l'écriture de Shakespeare pleine d’un humour incroyable et d’une humanité surprenante.

Sa direction d'acteurs et les images qu'elle fait surgir trois heures durant et sans entracte (bonne idée parce qu'on ne décroche pas de la magie) nous rendent la tragédie accessible, avec une résonance dans nos fantasmes contemporains, peut-être aussi parce que les costumes sont ceux qu'on porte aujourd'hui.

Ecrite en 1606, le sujet est inspiré de faits qui se sont déroulés en Écosse de 1040 à 1057, enrichis d'éléments surnaturels comme Shakespeare excelle à le faire. C'est la traduction d'Yves Bonnefoy qui a été retenue. 
Selon la légende, prononcer le mot Macbeth dans un théâtre porte malheur. On en parle comme de "La pièce écossaise". Le duo infernal de Macbeth et de sa Lady n'a effrayé ni Olivier Dutilloy ni Anne Girouard qui sont deux comédiens indissociables du travail d'Anne-Laure Liégeois, le premier depuis 1992, la seconde depuis 2004. Anne est une fois encore à l'opposé de la Guenièvre de Kamelot où elle s'était fait remarquer. C'est peu dire qu'ils composent l'un comme l'autre un duo incroyable ... un peu à l'instar du couple qui interprétait toutes les facettes d'une relation avec Ring. Leurs postures sont toujours particulièrement étudiées.
 
La scénographie multiplie les sensations dès les premières secondes, avec Macbeth, s'ébrouant de joie,  éclaboussant le premier rang en traversant la scène de Jardin à Cour sur les premières notes de l'Eté de Vivaldi. Il vient de combattre glorieusement et la fatigue est propice aux hallucinations.

L'apparition des trois Sorcières, à la chevelure flamboyante (Anne-Laure Liégeois est rousse elle aussi), dans une totale nudité à l'exception de bottes rouges vif est saisissante. La pénombre installe un contexte tragique, en tout cas jamais vulgaire ni complaisant.

Les belles prédisent à Macbeth, qui est prêt à tout croire, qu'il sera "sire de Cawdor" et même bientôt "roi".

En attribuant effectivement ce titre à celui qui n'était alors que "sire de Glamis" le roi Duncan ne se doute pas qu'il lance le compte à rebours de sa propre mort. Le spectateur situe l'action en Ecosse grâce à un petit détail vestimentaire, le port d'un kilt par un des personnages. La vision de toute l'armée en costumes trois pièces est absolument étonnante, évoquant des cadres sup dont les canines rayent le plancher des grandes entreprises.

Peu de flots de lumières dans la soirée. Nous sommes au coeur de l’obscurité de l’âme humaine. A l'exception de la scène de couronnement qui se vit sous une pluie d'or (on en aurait presque mal aux yeux), nous suivrons les intrigues dans une atmosphère entre chien et loup. Les couleurs viennent des musiques qui arrivent à point nommé. Comme la Lettre à Elise qu'Anne-Laure a voulu entendre revenir à chaque nouvelle mort.

Les métaphores et les double sens s'enchainent. On a frappé ... commente Macbeth en secouant ses mains rouges de sang.

Certaines répliques prennent un sens plus large ... Laver notre crédit dans des ruisseaux de flatterie ... Nous ne sommes que des enfants mais dans vingt ans nous prendrons dans nos mains notre avenir, nos lendemains ... Donne des mots à ta peine, la médecine est vengeance ...

Le drame est grandiose. Il nous fait réfléchir sur les conséquences d'une ambition démesurée, le poids du désir, l'exercice du pouvoir, le combat entre réalité et illusion, désirs, les relations de couple, la culpabilité, la soif de vengeance et le remords ...

Nous retiendrons plusieurs scènes. Macbeth se drapant dans la nappe en menaçant : va y avoir du sang ! La crise de somnambulisme de Lady Macbeth agitée comme une poupée automate. Le rapprochement du mur de fond, acculant Macbeth au bord du ruisseau, procurant le même effet qu'un zoom au cinéma.

Le cadavre de Banquo, effondré en bord de scène, alors que les invités festoient au second plan.
Macbeth sombrant lui aussi dans la folie et se roulant dans la boue. Et bien sur Lady Macbeth lavant obsessionnellement ses mains qu’elle imagine pleines de sang.

Des moments comiques aussi, comme le God save the king chanté avec le secours d'un iphone pour les paroles.

Les intermèdes musicaux sont brefs. Le son baisse en se poursuivant quelques secondes comme un écho. On entend parfois des cris de corbeaux, un galop de cheval, le hululement d'une chouette. François Leymarie a effectué un travail très juste.

Les costumes ont été conçus par Elisa Ingrassia en s'inspirant, pour Lady Macbeth, de l'univers de Grace Kelly. On peut aussi entrevoir des références à Fitzgerald. La fluidité des tissus autorise tous les mouvements et l'emploi d'un costume de théâtre (emprunté à la Comédie française) au dernier acte nous rappelle que renvoie au XVII°.

N'aurions pas nous aussi été sous le charme d'hallucinations ? Tout en connaissant le travail d'Anne -Laure Liégeois je ne me doutais pas de l'enthousiasme que ce spectacle allait provoquer. A tel point que j'ai très envie de le revoir.

Macbeth, de William Shakespeare, traduction Yves Bonnefoy
Mise en scène Anne-Laure Liégeois
Production du Festin
Avec 16 comédiens formidables
Jusqu'au 14 février sur la scène nationale de Malakoff
3 place du 11 novembre - 92240 Malakoff
01 55 48 91 00

La tournée se poursuivra du 24 au 28 févr. 2014 au Grand T de Nantes, le 04 mars à La Piscine de Châtenay-Malabry (92), le 18 mars 2014 à La Passerelle de Gap, les 20 et 21 mars 2014 au Cratère d'Alès, les 25 et 26 mars à la Maison de la Culture d'Amiens, le 28 mars à l'Entracte de Sablé sur Sarthe, du 01 au 03 avril au Théâtre de l'Union de Limoges et les 08 et 09 avril au Fracas de Montluçon.

jeudi 30 janvier 2014

La Fanciulla Del West de Puccini à l'Opéra Bastille

Vous avez sans doute deviné, la Fanciulla Del West c'est la Fille du Far West. Cet opéra en trois actes, créé en 1910 au Metropolitan Opera de New York sous la direction de Toscanini serait le premier western spaghetti.

On ne s'attend pas à cela à l'Opéra, fusse-t-il Bastille mais pour moi qui n'y avait jamais mis les pieds je n'allais pas faire la fine bouche. J'ai vu plusieurs représentations d'opéras en plein air, en particulier Madame Butterfly, du même Puccini (1858-1924) et j'étais prête à tenter une aventure radicalement différente.

Je n'ai pas compté le nombre de chanteurs sur la scène. C'était beaucoup, comme toujours à l'opéra. La représentation est donnée en langue italienne. Là encore rien d'original.

La surprise vint des décors, grandioses. On est à mille lieux du minimalisme qui fut à la mode. Chacun des trois actes a provoqué l'étonnement.

Mais le changement le plus significatif concerne la position de la femme. Enfin une pièce où elle s'affirme et qui ne se termine pas par un drame. C'est le triomphe de l'amour qui pour une fois n'est pas maudit. Rien que pour cela cette Fille du Far West mérite de faire son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris.

Le livret a été écrit par Guelfo Civinini et Carlo Zangarini d'après "The Girl of the Golden West de David Belasco qui fut un grand auteur de théâtre (et à qui l'on doit d'ailleurs la pièce Madame Butterfly ...). L'action se situe dans un camp de mineurs au pied des Cloudy Moutains, en Californie, à l'époque de la ruée vers l'or de 1849-1850.
Dans le saloon Polka, les chercheurs d’or pensent à leur mère restée en Italie et Minnie, derrière le bar, leur lit la Bible. L’amour va se présenter à elle sous l’apparence d’un criminel mais la jeune femme, au-delà de l’apparence justement, va voir son bon coeur et la possibilité du bonheur. Après la littérature et en même temps que le cinéma, Puccini donne à l’opéra son premier western, un théâtre des âmes au bout du monde, entre rires et larmes, à la fois exotique et bouleversant.
Nikolaus Lehnhoff  s'est emparé de cette histoire pour concevoir une mise en scène facile à décrypter tant elle s'appuie sur les décors de Raimund Bauer.

J'ai pu prendre quelques clichés au moment des saluts. Ils rendent compte du décor du dernier acte. Pour avoir un aperçu des deux précédents, j'ai trouvé un court extrait qui vous donnera une idée de ce que nous avons eu sous les yeux.

L'acte I nous entraine dans un monde souterrain. Le Polka-Bar est sombre. Les mineurs y jouent aux cartes et boivent pour vaincre l’ennui et la nostalgie du pays natal. Ils sont tous plus ou moins amoureux de la patronne, Minnie, une jeune femme au caractère bien trempé. En particulier le shérif Jack Rance que Minnie repousse parce qu'elle rêve du vrai et grand amour, à l'image de celui qu'elle a vu s'épanouir entre ses parents.

Arrive un certain Johnson (qui est en fait le bandit Ramerrez, qui a de nombreux vols à son actif) avec lequel Minnie se sent en confiance car elle l'a connu autrefois. Leur complicité exaspère le shérif qui espère calmer ses nerfs en allant poursuivre le bandit dont la présence lui  est signalée dans les alentours.

Les échanges deviennent de plus en plus tendres entre Johnson et Minnie qui l'invite à la retrouver dans sa cabane le soir venu.

Entracte. Changement de décor. L'acte II s'ouvre sur un plateau entièrement recouvert de neige. Des biches sont nonchalamment allongées devant la soit disant cabane, en réalité une Airstream rutilante, dont l'intérieur rose bonbon nous est dévoilé.

Minnie accueille Johnson. Elle lui conte son existence, évoque les joies de sa vie libre en pleine nature. Les deux jeunes gens se déclarent leur amour. Mais le shérif et des mineurs passent prévenir Minnie que Johnson est en fait Ramerrez. Minnie reproche alors à ce dernier de n’être venu au Polka-Bar que pour voler l’or des mineurs. Johnson tente de se justifier en évoquant sa vie misérable. Minnie le chasse de chez elle, mais il reparaît aussitôt, blessé par un coup de feu. La jeune femme le cache dans son grenier. Rance surgit, persuadé qu’il s’est réfugié chez Minnie, ce que confirment des gouttes de sang. Minnie propose alors une partie de poker à Rance : si elle perd, il aura et Johnson, et elle-même. Si elle gagne, Johnson est à elle. Elle joue, triche, et sauve Johnson.
Nouvel entracte. Changement de décor. L'acte III se déroule dans un cimetière de voitures. On entend la traque de Johnson qui est bientôt capturé, et on prépare sa pendaison. Johnson repousse les accusations dont il est l’objet, et demande seulement que l’on cache sa mort à Minnie, pour qu’elle le croie vivant et libre. On va procéder au supplice, quand Minnie surgit en haut des marches d'un escalier, pistolet en main. Elle rappelle aux mineurs tout ce qu’elle a fait pour eux, et les exhorte à la clémence. Ils veulent bien se laisser fléchir. Minnie et Johnson s’éloignent pour une vie nouvelle, laissant les mineurs au proie d'une profonde mélancolie.
Les rôles principaux sont tenus par la soprano suédoise Nina Stemme, à la voix puissante et charnelle, le baryton Claudio Sgura est le shérif Jack Rance et le ténor Marco Berti Dick Johnson. Dans la fosse, le chef italien  Carlo Rizzi alors que le Chef de Choeur est Patrick Marie Aubert.

Je ne suis pas spécialiste pour me hasarder à des commentaires sur les voix, la musique et les interprétations. Mon oreille ouverte aux entractes n'a entendu que des compliments.

Le cadre étonnant n'est pas fortuit. Nous passons des entrailles de la terre, métaphore de l'enfer où les mineurs travaillent, à un espace romantique (la cabane de Minnie) propice à l'éclosion des sentiments. L'empilement des voitures peut être vu comme l'accumulation des biens matériels alors que l'escalier symboliserait le divin, la pureté des sentiments des amants et le bonheur, la valeur de la rédemption.
Chaque acte est ponctué de jolis effets. Ce sont des images du krach boursier en surimpression sur le décor au tout début. Les traiders  semblent lever leurs bras comme s'ils étaient les chefs d'orchestre de la tragédie. Des vues de gratte ciel évoquent le quartier des affaires de la Défense.

L'univers de la comédie musicale n'est jamais loin. On pourra penser un instant à la guerre des gangs de West Side Story ou à Elvis Presley quand surgit un cow-boy de blanc vêtu dans un costume pourvu de longues franges. La verdure du pays natal contrastera d'autant plus.

Les détails sont appuyés. Le drapeau américain flotte sur la cabane. La télévision y crachote un soap quelconque.

Il y a bien quelques exagérations de mise en scène. Je ne suis pas sure qu'il ait été utile de faire rugir plusieurs fois le lion de la Métro Goldwyn Mayer au-dessus de l'escalier. un clin d'oeil aurait suffit. La pluie de billets verts qui volète sur le rideau de scène n'est pas davantage nécessaire que le plan final sur ces 20 $ où s'affirme la devise américaine : In God we trust. Doit-on y voir le contrepied à la mise en garde comme quoi l'argent en fait pas le bonheur ou une allégorie à la pluie de grains de riz qui porte chance aux futurs mariés ?

Tout cela ne pénalise pas le travail de mise en scène ni le final où la rousse flamboyante triomphe du machisme ambiant.

On quitte l'opéra Bastille en emportant avec soi de très belles images. J'encourage tous les publics, connaisseurs, amateurs ou néophytes à tenter l'expérience. Mon seul regret fut de redescendre sous terre ensuite pour prendre le métro en ayant le sentiment de rejoindre les catacombes.

La Fanciulla Del West de Puccini à l'Opéra Bastille jusqu'au 28 février 2014

mercredi 29 janvier 2014

L'été des lucioles de Gilles Paris

Un balcon sur la mer, c’est la petite phrase que l’éditeur a choisi de faire figurer sur la couverture, et cela pourrait en être le sous-titre.

C’est la marque de fabrique des Editions Héloïse d’Ormesson : cinq ou six mots pour mettre le lecteur sur la voie et lui donner envie d’ouvrir le roman.

Gilles Paris signe ici son 4ème roman, après Papa et maman sont morts, en 1991, puis Autobiographie d’une Courgette en 2002, Au pays des kangourous, paru en 2012, lequel a remporté de nombreux prix littéraires. A l’instar du héros qui s’interroge à propos de sa maman (p.114), les lecteurs fidèles pourront se demander, in fine, ce qu’aurait été la vie de Gilles Paris sans les livres.

S’il est toujours écrit du point de vue d’un petit garçon on sent tout de même que celui-ci commence à mettre les émotions à distance même s’il demeure sensible au malheur des gens qu’il aime.

Il possède une qualité essentielle, celle de savoir écouter, à laquelle l’auteur attribue un pouvoir magique (p.166).

Les adultes ont une épaisseur bien réelle, avec des personnages très typés et sympathiques comme cette baronne qui s’est adoucie après la mort de son mari et de ses enfants.

Le père est toujours immature, ce qui se retrouve dans nombre de romans appartenant à la littérature de jeunesse, comme dans la série Pauline ou la vraie vie de Guus Kuijer.

Néanmoins, au fil des pages, ce papa affrontera ses démons.

Gilles Paris se défend d’avoir écrit un livre autobiographique (de tous, ce serait celui-là qui le serait le moins affirme-t-il). Il n’empêche qu’il y a mis beaucoup de lui et des gens qu’il a rencontrés. Il est allé sur place en repérage à la résidence du Grand Hôtel du Cap-Martin, à Roquebrune, sur le périlleux chemin des douaniers qui surplombe la côte et lorsqu’il n’a pas pu entrer dans les villas où il fait pénétrer la bande d’enfants il a puisé dans le patrimoine cinématographique les images qui lui permettent d’être au plus près de la réalité.

Il donne en fin d’ouvrage les références sur lesquelles il s’est appuyé. J’ajouterai un film qui a été tant de fois programmé sur les chaines de télé qu’il en est devenu familier : le Château de ma mère, réalisé par Yves Robert en 1990 d’après Marcel Pagnol, avec lequel on trouvera de nombreux points communs.

Dans ce roman le rapport au temps est différent. L’action se déroule l’espace d’un été. Il m’a semblé que les phrases y sont courtes comme pour exprimer une certaine urgence. La météo est un élément qui compte, avec force pluies quasi tropicales et grondements de tonnerre.

Gilles Paris n’a rien perdu de son sens des formules. Comme celle-ci (p. 159) : il porte sa besace Nike sur le côté, très fier, comme si toute sa maison était rangée dedans, qui nous fera lui pardonner l’incartade sur le marché de Vintimille.

Un suspense psychologique s’installe progressivement, peut-être un peu trop lentement mais une fois que les questions essentielles seront posées (p. 164 : mais qui est le petit garçon sur la photo ? p. 191 : Tom et Nathan sont-ils des petits garçons normaux ?) il va bien falloir y répondre.

C’est Victor qui s’y attelle, du haut de ses neuf ans, avec le secours de quelques évocations magiques, parce que la vie sans magie serait "juste" la vie (p. 220) et en suivant le conseil de la baronne de se laisser guider par les lucioles (p. 168).

L’Eté des lucioles est un livre que l’on peut lire sans avoir besoin de croire aux fantômes ni au pouvoir surnaturel des lucioles ou des papillons. Il nous met en garde contre les secrets qui se cachent derrière les portes mais c’est aussi un roman qui donne envie de partir en vacances.

L'Été des lucioles de Gilles Paris, aux Éditions Héloïse d'Ormesson, janvier 2014

mardi 28 janvier 2014

Frederique Quelven à la Comédie des Trois Bornes

On prononce "quelven-ne" mais c'est Quelvin qu'il faudrait dire. Fré-dé-ri-que ne vous en voudra pas. Elle a l'humour plutôt salé ... normal pour une fille Complètement à l'Ouest.

Elle revendique son appartenance à sa région d'origine tout en raillant ses congénères : les bols ont fait beaucoup de mal à la Bretagne !

Elle justifie son propos en nous informant (au cas où on ne le saurait pas) que c'est l'alcool que l'on boit dedans qui pose problème. A tel point qu'elle raille qu'un breton qui a cassé son bol est un alcoolique anonyme.

Gare à vous, bretons, si elle vous repère dans la salle. L'artiste n'a pas peur d'y aller "un peu fort". Si elle les insulte, c'est parce qu'ils aiment çà. Et puis faites gaffe, vous qui êtes nés outre armorique, parce que vous n'êtes pas davantage à l'abri des vagues. Vous en prendrez pour votre grade, comme le parisien Guy Carlier ou le normand Michel Drücker.

Elle nous prévient dès le début de son one-woman-show, elle apprécie la vulgarité et s'exprimera sans détour.

Sa mèche blanche interroge. La réponse ne se fait pas attendre. C'est un vitiligo, une dermatose acquise, due à la disparition des mélanocytes, consécutive probablement à un stress. Cette beauté là est définitive et naturelle.

Rien à voir avec une opération de relooking extrême qu'elle va mimer avec force mimiques irrésistibles. C'est une spécialiste du "tunning humain".

Difficile quand même de démêler le vrai du faux. Est-elle vraiment à moitié somalienne comme elle le prétend ? Ses propos sont toujours en demi-teintes, avec un sens de la formule qui fait mouche. On l'approuve quand elle conclut que c'est plus classe de s'affirmer écolo que de laisser paraitre sa radinerie.
Elle attaque sur tous les fronts, le breton en premier lieu et ses parodies de Plus Breiz la vie sont savoureuses.
La bande-son est un hommage à un groupe breton, on s'en serait douté. Armorica chante en français et leurs chants sont très beaux : Bredouille, Du poisson et Mourir comme un pêcheur sont mélodiques, parfois mélancoliques.

Le décor évoque tous les clichés bretons. Il tient astucieusement dans un carton. Frédérique est parée pour aller jouer partout. Elle sera l'été prochain au festival d'Avignon. En attendant elle campe à Paris,  comme tous ces bretons qui ont investi la capitale.

Elle déroule son drapeau, hélas seulement un seul soir par semaine, le mardi, à 19 heures, à la Comédie des Trois Bornes. La scène est libre pour une autre bretonne, Marine Baousson, bien décidée à faire crépiter la soirée. Je vous en parlerai dans quelques jours.

Frédérique Quelven dans Complètement à l'Ouest
A la Comédie-des-trois-Bornes à 19 h les mardis
jusqu'au 1er avril 2014 (et peut-être au-delà)
32 rue des Trois Bornes
75011 PARIS

lundi 27 janvier 2014

La trahison d'Einstein d'Eric-Emmanuel Schmitt

Facile à lire, mais sans concession sur le fond et sur la forme, tel est le nouvel ouvrage d'Eric-Emmanuel Schmitt qui s'attaque cette fois au mythe d'Einstein.

L'auteur déboulonne la statue du scientifique en nous rappelant qu'il n'est pas pour rien dans les catastrophes d'Hiroshima et de Nagasaki. Il le fait avec humour dans un texte qui est une pièce de théâtre que l'on pourra voir très bientôt au Théâtre Rive Gauche avec Francis Huster dans le rôle titre, avec aussi Jean-Claude Dreyfus et Dan Herzberg, dans une mise en scène de Steve Suissa jusqu'au 30 mars 2014. 

Le conflit moral vécu par les physiciens du XX° siècle était déjà au coeur de Qui es-tu Franz Haber ? qui est jouée au Théâtre de Poche Montparnasse, une pièce que je ne cesse de recommander.

La trahison d'Einstein commence sur les rives d'un lac. Philippe Labro faisaient se rencontrer et dialoguer Franz et Clara sur le ton de la confidence. Eric-Emmanuel Schmitt met en relation un vagabond et un intellectuel.
Einstein est alors en rupture avec la société. Pacifiste militant, il connaît les conséquences terrifiantes de ses travaux théoriques et craint qu’Hitler et les nazis ne fabriquent la première bombe atomique. Devrait-il renier ses convictions et prévenir Roosevelt, afin que l’Amérique gagne la course à l’arme fatale? Quel parti prendre alors que le FBI commence à le soupçonner, lui, l’Allemand, le sympathisant de gauche… le traître peut-être?

Dans cette comédie intelligente et grave, drôle parfois, Eric-Emmanuel Schmitt imagine le conflit moral d’un homme de génie, inventeur malgré lui de la machine à détruire le monde.
Ce lac est dans le New Jersey et nous sommes en 1934 où Eric-Emmanuel Schmitt fera se rencontrer pendant près de 20 ans le savant et un inconnu. Les questions fusent, autant sur cette scène imaginaire que dans la tête du lecteur-spectateur : ce vagabond est-il vraiment un sans abri ? Pourquoi nous sentons-nous si proche du savant ? Est-il acceptable de mettre de coté ses principes sur une étagère (p. 47) Le temps de réfléchir à la meilleure conduite à tenir ? La bombe atomique a t-elle fait perdre la paix à l'humanité ? (p. 97) Pourquoi la société des Nations n'a pas su jouer le rôle d'arbitre ?

Eric-Emmanuel Schmitt installe un univers quasi becketien, jouant avec le rapport que le savant entretenait avec le temps, estimant qu'il est peut-être raisonnable de se mettre à 18 heures quand il a rendez-vous à 17 (p. 30), ou encore qu'il n'est pas grave de dormir peu, du moment qu'on dorme vite (p. 85), comme il fait une allusion subtile à son bégaiement : jusqu'à 7 ans je redisais toutes mes phrases. Ça m'et resté? Ça m'est resté (p. 19). L'auteur défie aussi le tabou du savant inaccessible. Quand le vagabond prétend qu'il ne l'impressionne pas, Einstein répond du tac au tac : çà tombe bien, car moi non plus je ne m'impressionne pas.

Un humour très vif inonde les pages malgré un sujet (la bombe atomique) qui ne s'y prête guère. En toute logique : c'est la seule qualité qui doit se montrer absolue dans cet univers où tout s'avère relatif (p. 37).

On saute d'un registre à un autre : dramatique, comique, historique et même policier. Un brin de religion  traverse le livre, le thème est cher à l'auteur. Etre physicien c'est chercher à connaitre les pensées de Dieu (p. 79).

Le livre installe le débat reprochant à la science de ne pas engendrer que des progrès pour la civilisation (p. 126) ainsi que celui de la culpabilité : j'ai toujours eu beaucoup de chiffres dans mon cerveau. S'y ajoutent aujourd'hui ceux des victimes (des bombardements nucléaires p. 132). La responsabilité est cependant collective, depuis Becquerel qui découvrit la radioactivité jusqu'à la mise au point d'Oppenheimer, on peut s'interroger sur le rôle exact de la lettre qu'Einstein adressa effectivement au Président Roosevelet le 2 août 1939.

Il est vrai, en tout cas, que la vie ressemble au vélo, il faut continuer à avancer si l'on ne veut pas perdre l'équilibre (p. 150).

Il est tout aussi juste qu' il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé (p. 110), on pourra, au choix ou selon son humeur du jour, lire la pièce comme une pure distraction ou une réflexion philosophique ... La vie, en apparence, n'a aucun sens et pourtant il est impossible qu'il n'y en ait pas un (p. 152) ... 

La trahison d'Einstein d'Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, Janvier 2014

samedi 25 janvier 2014

Grace Kelly, par Sophie Adriansen, chez Premium

Sophie Adriansen a écrit le roman d'une légende, celle de Grace Kelly. Au cas où vous ne la connaitriez pas tous, du moins superficiellement, la quatrième de couverture re-situe le personnage :
Fille de millionnaire, comédienne obstinée, reine du cinéma, éternelle amoureuse, mélancolique chronique, mère accomplie et princesse au grand coeur, Grace Kelly est une icône et son destin est une légende, celle d'une reine d'Hollywood devenue souveraine après avoir trouvé son prince charmant.

Elle a passé tant de temps dans la lumière qu'on croit connaître d'elle le moindre secret. Mais les images ne disent pas tout. Grace Kelly a tout au long de son existence incarné un idéal qui n'était qu'un trompe-l'oeil. 
Voici une plongée dans les profondeurs floues du protocole monégasque et des plateaux hollywoodiens, une invitation à découvrir l'envers de tous les décors d'une vie passée devant les objectifs et mise en scène sur pellicule.
Grace Kelly est un iceberg dont la légende s'écrit comme un roman. Ce portrait, brossé d'une plume remarquable, ressuscite la femme et fait fondre la glace.
Sophie ne craint pas les mythes. Elle nous avait brillamment passionnés pour celui de Louis de Funès. Elle récidive avec celui de Grace Kelly en nous racontant, comme si on y était, cette vie d'artiste et de princesse.

La couleur verte chère à son coeur (elle était d'origine irlandaise) et honnie dans le monde du spectacle ne lui ont pas porté chance.

Sophie l'exhibe dans un écrin de tulle carmin, comme une miniature, à l'instar de King Kong soulevant dans sa main Fay Wray, l'actrice qui tient le rôle d'Ann Darrow, en haut de l'Empire State Building. D'autres s'attarderont sur la position "pin-up" de l'actrice aux pieds nus. Sophie persiste à la considérer comme un iceberg dont on n'aurait perçu qu'une infime partie, laquelle se résumerait en 7 chiffres-clés, 47-54-56-62-65-78-82, qui sont les points de départ des chapitres de cette biographie malgré tout très complète.

Car l'auteure n'avance pas sans regarder en arrière. Les flash-backs ont lieu dès lors qu'ils sont nécessaires, comme dans un film.

Il faut lire ce livre sans tarder, et surtout avant la sortie du film d'Oliver Dahan, qui nous donnera sans doute une autre vision de la réalité. La star sera interprétée par Nicole Kidman. Julie Gayet sera la voix française et on peut se demander qui sera le sujet principal des conversations qui suivront les projections ... Pas nécessairement la vie de Grace.

Je l'ai dévoré comme un roman, sans me soucier de la vérité historique (je suis certaine qu'elle est respectée autant que faire se peut) en m'attachant à la personnalité d'une princesse qu'on nous a présentée jusqu'à maintenant comme exemplaire, en occultant qu'elle est née sous le signe du Scorpion, qu'elle a été une enfant mal aimée, une épouse délaissée, une mère "suffisamment" bonne selon la qualification de Donald Winnicott, une actrice contrite et une amie indéfectiblement fidèle.

A de nombreuses reprises, Grace Kelly s'est trouvée au "bon" endroit, comme si le destin s'était approprié sa vie, jusqu'à justifier de la lui dérober un jour fatal. Ses talents auraient du lui assurer le ticket gagnant pour le bonheur. Sophie Adriansen démontre que cela n'aura pas suffi, sans pour autant égratigner le mythe. Le personnage demeure fascinant et conserve un certain mystère.

Grace Kelly, par Sophie Adriansen, chez Premium, à partir du 24 janvier 2014

vendredi 24 janvier 2014

Pierre Rigal interprète Erection dans la mise en scène d'Aurélien Bory au Théâtre du Rond-Point

Je suis allée voir Erection, un solo de danse de Pierre Rigal, conçu et mis en scène par Aurélien Bory, qui se joue jusqu'au 1er février au Théâtre du Rond-Point dans la salle Jean Tardieu.

J'emploie le verbe "jouer" à dessein car c'est bien davantage qu'une chorégraphie que nous avons sous les yeux. Vous pourrez en goûter un aperçu dans l'extrait que j'inclus dans l'article.

Nous sommes dans la pénombre presque tout le long du spectacle. Les jeux de lumières sont très étudiés pour nous maintenir dans l'intime tout en provoquant des images proches de l'illusion. On assiste, médusés, à l'invention du mouvement immobile.

Cet homme en blanc, allongé dans le noir, sur les barreaux d'une prison imaginaire, à moins que ce ne soit les lignes d'un espace peint par Buren, est d'abord collé au sol.

Il est raide comme une momie, mais son coeur pulse encore.

Il deviendra insecte, se métamorphosera en aiguilles d'horloge ... c'est fou tout ce qu'on peut faire en restant cloué au sol. Ce "on" est abusif, je vous l'accorde, parce qu'il faut le corps en caoutchouc de Pierre Rigal pour y parvenir.

Avec lui le mot chorégraphie prend tout son sens : son corps écrit, trace, dessine ... et ses vêtements participent étrangement aussi à la calligraphie.

Il est la pièce majeure d'un plateau de jeu où la lumière ne parvient pas à le mettre en échec. S'il se réduit progressivement par le fait d'un trompe l'oeil quasi hypnotique c'est pour mieux renaitre ensuite.

Il vole sous la neige. Il flotte en lévitation. Que la lumière soit blanche, bleue ou rouge, elle caresse une sorte d'Ovni philosophique teintée de science-fiction qui se déroule comme un rêve.

Ce sont 45 minutes d'émerveillement  à suivre les évolutions de Pierre Rigal, à la fois artiste et athlète (avec notamment à son actif des performances en 400 mètres et 400 mètres haies). Le Théâtre du Rond-Point lui a consacré en 2012 un festival : "Rigal dans tous les sens".


Érection

L'univers d'Aurélien Bory est bien présent. On retrouve l'illusion qui avait imprégné Géométrie de caoutchouc, le spectacle inaugural du Pôle Cirque d'Antony (92) il y a trois ans, et auquel avait participé Pierre Rigal.

Erection
Conception, chorégraphie, vidéo et interprétation Pierre Rigal
Conception et mise en scène Aurélien Bory
Au Théâtre du Rond-Point, en salle Jean Tardieu (176 places)
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris
9 janvier – 1er février 2014, à 20h30
dimanche à 15h30 - relâche les lundis et les 19 et 26 janvier
Représentation supplémentaire le samedi 1er février 17h30

mercredi 22 janvier 2014

Italie, dans le miroir de la photographie au XIX° siècle, de Giovanni Fanelli et Barbara Mazza

Les Éditions Nicolas Chaudun viennent de publier, dans cette catégorie qu'on désigne sous le terme de "beaux livres", un ouvrage consacré à la photographie en Italie au XIX° siècle.

Il faut rappeler qu'aux XVIII° et XIX° siècles, artistes, écrivains, amateurs d’art réalisaient leur Grand Tour, sorte de parcours initiatique européen pour parfaire leurs humanités. Cette odyssée culturelle et artistique passait plus particulièrement par l’Italie. Un certain nombre de villes italiennes et de sites antiques devenaient des passages obligés pour qui voulait « homologuer » son voyage.

Professeur d’histoire de l’architecture à l’Université de Florence, Giovanni Fanelli est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire urbaine, l’histoire de l’architecture, de l’art graphique et de la photographie. Avec Barbara Mazza, il nous propose de suivre un itinéraire à travers des vues d’époque prises par des photographes réputés – Leopoldo Alinari, Alphonse Bernoud, Robert Macpherson, Robert Rive, Giorgio Sommer – ou encore à identifier, et des citations d’auteurs ayant eux-mêmes fait leur Grand Tour (Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Henry James, Guy de Maupassant, Emile Zola...).

J'apprécie peu, d'habitude, les personnages figés dans des paysages. Cette mise en scène m'évoque les papillons épinglés pour l'éternité et je les vois comme des éléments polluants des espaces dont je préfère conserver la trace intacte.

Mais ici, peut-être en raison de l'ancienneté des clichés, les individus apparaissent comme statufiés, incrustés, telles des ornementations architecturales.

L'humain devient, à mon sens, l'intérêt majeur du livre car si on cherche à connaitre les paysages on ouvrira plutôt un guide touristique.

Les 150 photographies obéissent néanmoins à une classification géographique selon 9 sections – Turin, Gênes, Milan et les lacs, Venise et la Vénétie, Bologne, Florence et la Toscane, Rome, Naples et la Campanie, la Sicile– chacune ouvrant sur une citation d’auteurs de l’époque : Théophile Gautier, les frères Goncourt, Henry James, Guy de Maupassant, Stendhal, Hippolyte Taine, Emile Zola.

Le livre nous renvoie vers la photographie des origines et rend compte du travail d'une communauté internationale de photographes. Ils nous parlent d'une Italie de jadis, qui sans doute n'existe plus, mais leurs clichés reflètent l'âme de ce pays qui, elle demeure toujours sensible.

Nous feuilletons une sorte de leçon de sensibilité et d'éducation du regard, avec une mise en page de l'éditeur plutôt innovante.

On y voit les hommes au pied du mur (p. 2), jouer aux cartes dans la rue (p. 344) et les enfants travailler  le verre (p. 106).
La couleur sépia domine sur la plupart des photographies. Mais quelques-unes ont été coloriées à la main comme cette Charrette sicilienne de Giorgio Sommer, datant des années 1870.

Ce que j'ai le plus apprécié, ce sont celles qui nous renseignent sur la condition de la femme en Italie au XIX° siècle. Le marchand ambulant d'étoffes suscitait le désir (p. 339). On remarque les vêtements d'époque, ceux qu'elles portaient quotidiennement, simple robe noire protégée d'un tablier (à Milan, p. 79) ou blanche à Taormine (p. 347).

Blanche et brodée celle de Jeanne Bosc au bord du canal, choisie pour la couverture du livre (également p. 110). On ne voit pas tout de suite qu'elle est en train de sauter. On avait déjà remarquée l'inconnue de la page 61 dans une tenue identique.

L'ouvrage nous montre aussi les costumes populaires, avec des coiffes enrichies de bijoux, toujours dans la région de Milan (p. 75), de Naples aussi (p. 273) ou de Capri (p. 289) ...

Les corps des paysannes ploient sous les charges de bois qu'elles transportent sur leur dos (p. 305). Le dernier cliché, d'une jeune femme sicilienne (p.348) annonce un autre siècle.

Les femmes ne sont pas systématiquement des objets. Elles sont parfois photographes comme ici à Rome :
Fondées au printemps 2004, les Éditions Nicolas Chaudun couvrent tous les domaines de l’histoire de l’art, avec toutefois une prédilection pour l’architecture et la photographie.

En marge des livres d’art et des catalogues d’exposition, la maison a développé deux collections de récits de voyages, et n’hésite pas à publier quelques romans et récits d’aventure.

Son catalogue s'enrichit d’une vingtaine de titres chaque année. Au-delà de la rigueur qu’elle revendique dans le choix des sujets et des auteurs, elle se distingue par le soin constant qu’elle apporte à la fabrication et à la finition de ses ouvrages. "Le beau utile", c’est à peu près à quoi se résume la profession de foi de l’éditeur.

Italie, dans le miroir de la photographie au XIX° siècle, de Giovanni Fanelli et Barbara Mazza, éditions Nicolas Chaudun

lundi 20 janvier 2014

Une autre vie d'Emmanuel Mouret

On savait, au moins depuis Polisse, que JoeyStarr pouvait être un acteur prodigieux. Une autre vie en fait une nouvelle démonstration.

Je parlais de ce film il y a quelques jours avec des personnes qui, ne l’ayant pourtant pas vu, lui reprochaient d’interpréter le personnage de Jean sur un registre où il semble se contenir. Comme si c’était un défaut de  jouer avec « trop » de retenue !

Si je suis le raisonnement de ces gens là, Bourvil s’est fourvoyé dans le Cercle Rouge

Jean est électricien. Je les entends penser qu’il n’est qu’un "manuel". Il aurait pu, on le comprend à demi-mots, devenir musicien mais la vie en a voulu autrement et il semble ne pas souffrir de la modestie de sa position sociale.

Le coup de foudre provoqué par sa rencontre avec Aurore (Jasmine Trinca) passe presque inaperçu. La pudeur avec laquelle cet homme exprime ses sentiments est extrêmement touchante. Rien que la petite phrase, d'apparence si banale, j'aime bien ta chemise ... résonne comme une déclaration. Il vit en couple avec Dolorès (Virginie Ledoyen), laquelle par contre entend bien faire valeur ses droits par tous les moyens. Et lorsqu’il faut assumer … il assure.

Le sujet du triangle amoureux n’est pas nouveau. C’est son traitement qui est ici un peu différent. Le trio vit le drame sans un cri, et bien malin le spectateur qui peut affirmer lequel souffre le plus.

A ceux qui pointent la banalité (hélas) de la femme trompée on répondra qu’il est plutôt original qu’elle ne soit jamais dans la position de la femme bafouée. La légitime se glisse dans la peau d’une manipulatrice aussi facilement qu’elle enfilerait une combinaison de cuir noir.

Très vite l’atmosphère exhale un parfum de thriller, catalysé par la lecture gourmande du roman de Patricia Cornwell, "Trompe-l'œil" de Patricia.

La progression dramatique englobe les personnages apparemment secondaires, comme celui de Claudine (Ariane Ascaride) dont le poignet est évocateur d'un passé douloureux ... La vie du père fait  soudainement écho à la situation présente. On devine que l’histoire pourrait se répéter.

Les pins maritimes aux troncs tourmentés, presque entrelacés, composent un écrin romantique qui s’accorde avec la mélancolie de certains passages musicaux.

Une autre vie est un éloge à la vertu. Emmanuel Mouret pose la question de la raison et du pardon, ce qui n’est pas fréquent par les temps qui courent. Le seul reproche que je lui ferais tient à sa construction avec un enchainement de flashbacks qui nous égarent un peu et dont je n’ai pas compris l’utilité.

dimanche 19 janvier 2014

Matamore par le Cirque Trottola et le Petit Théâtre Baraque

Quand deux cirques associent leurs univers et leurs talents et leurs moyens pour explorer les mythes et les peurs ancestrales du monde forain cela donne un spectacle qui offre plusieurs facettes. Matamore est magnifique par sa rigueur et son professionnalisme. Epoustouflant par le niveau des numéros. Surprenant par leur enchainement, souvent inattendu. Drôle souvent, mais aussi tragique et angoissant parfois.

Ils étaient nombreux à faire la queue dans le froid pour entrer sous le chapiteau prêté par Trottola (qui avait déjà présenté Volchok à l’Espace Cirque d’Antony en décembre 2007) avant de grimper en haut de la piste, un peu à l'instar du tonneau du Petit Théâtre baraque, qui avait grandi pour l'occasion.
C'est toujours le même principe du regard plongeant des spectateurs au-dessus de l'aire de jeu mais cette fois on approche des 300 places (alors que nous ne pouvions guère dépasser la trentaine pour assister à Augustes, sur ce même lieu, dans le cadre du Festival Solstice, en juin 2010).
On devine des portes et des trappes en contrebas. C'est une piste pour cinq clowns (Nigloo, Titoune, Bonaventure, Branlotin et Mads) mais c'est surtout une arène où les combats s'enchaineront, le plus souvent en duos qui tournent au duel. Au début on regarde de haut, on entend de loin ... des grincements de coque de navire en dérive. Cela s'annonce féroce dans cette fosse où s'aiguisent nos désir et nos peurs ...

Titoune nous sert la Môme néant d'une voix grinçante et il faut connaitre ce poème de Jean Tardieu pour l'entendre sans frissonner (Yolande Moreau le fait réciter par un autiste dans son dernier film, Henri) :
Quoi qu'a dit ? - A dit rin.
Quoi qu'a fait ? - A fait rin.
A quoi qu'a pense ? - A pense à rin.

Pourquoi qu'a dit rin ?
Pourquoi qu'a fait rin ?
Pourquoi qu'a pense à rin ?

A' xiste pas.

Le ton est donné. Le spectacle est annoncé à partir de 10 ans. Ayant vu plusieurs adultes partir en cours de représentation avec leur progéniture (çà rigole pas trop murmurait mon jeune voisin de gauche à l'oreille de sa tata) je recommanderais de respecter cette précaution. Comme pour Risque zéro, en novembre dernier ... quitte à regretter de ne pouvoir venir au cirque en famille. Car si on est bien dans l'univers circassien, avec des numéros de voltige, de jonglage et des portés, les clowneries sont souvent mélancoliques, teintées de tragique.

Seul le numéro de dressage est sans danger pour les âmes sensibles. Il restera dans les annales. Il me semble avoir reconnu Nigloo derrière son énorme moustache et sous son smoking et la connivence qu'elle affiche avec son petit chien mériterait à elle seule une récompense dans un festival de cirque. Sa performance évoque Chaplin et sa Vie de chien, le film de 1918.

Titoune et Nigloo sont les deux femmes de l'aventure. Elles endossent tant de costumes qu'elles se démultiplient. L'oeil du spectateur a du mal à les repérer. Le nom d'artiste de Nigloo signifie hérisson en tsigane mais c'est Titoune qui a les cheveux en pétard tout rouges.

Coté masculin on brouille aussi les cartes. Les exploits de Bonaventure Gacon, le matamore de service, sont loin d'être imaginaires. Il est tour à tour monsieur Muscles, Hercule, Zampano, Faust, un ogre,  ou un toréador. Son allure fellinienne m'a fait penser à Anthony Quinn dans la Strada ... surtout quand il est dans les cintres avec Titoune, qui elle aurait pu être Gelsomina. leur numéro de voltige final est prodigieux.

A eux cinq ils savent tout faire : le fouet claque, le colt résonne, le pantin se désarticule au bout d'un tourniquet, le balai danse. Les corps sont à l'épreuve. Les têtes cognent. Les paroles aussi. On ne les comprendra pas toutes, cela fait partie du jeu. Les prises de risques sont plurielles et ce ne sont pas les photos que j'ai prises aux saluts qui peuvent en rendre compte.
Les propos sont assez effrayant sur la condition humaine. Nos marionnettes nous habitent scande Branlo, le clown blanc aux idées noires. Il peut bien traiter son partenaire d'espèce de matadore à la retraite. L'autre lui répond, en bon diable : Ecoutez, il est tard et on s'en fout.

Mads, qui est un jongleur danois, est le cinquième larron. Avec lui l'expression se tirer une balle dans le pied prend tout son sens. Et ses jongleries sont souvent acrobatiques et risquées.
Chacun intervient sur plusieurs registres. A tel point qu'on est étonné aux saluts, de ne compter que cinq artistes, s'attendant à une bonne douzaine.

A la sortie on remarque que les fauves sont parfois minuscules ...
A signaler qu'on peut se remettre de ses émotions en grignotant un plat sous le second chapiteau
Matamore
Par le Cirque Trottola et le Petit Théâtre Baraque
Du 18 au 26 janvier 2014 (horaires variables 17, 19 ou 20 h)
A l'Espace Cirque d'Antony, 01 41 87 20 84
Durée : 1h30
L'affiche est une création de Paille Veyser

vendredi 17 janvier 2014

Monochromes & Readymades, Mathieu Mercier expose une partie de sa collection à Vélizy (78)

Le centre d’art de l’Onde a invité Mathieu Mercier à faire un choix dans sa collection personnelle pour les présenter au public.

Cet artiste achète et échange des œuvres depuis qu’il a commencé à produire à la fin des années 1980. Il réunit des tableaux de peinture figurative et minimale, des œuvres d’art conceptuel, des pièces de design, des photographies, des dessins, des livres et des objets divers comme des curiosités naturelles...

L’exposition Monochromes & Readymades rassemble ainsi deux extrêmes de l’art : d’un côté la peinture réduite à une seule couleur, de l’autre la sculpture readymade, objet manufacturé désigné comme une œuvre.

Quand on connait un peu les oeuvres qu'il signe comme artiste on peut considérer sa collection comme étant sa première source d'inspiration. Interrogé sur le sujet Mathieu Mercier répond avec malice que ce serait plutôt le contraire : il achète ce qu'il aurait aimé faire, ou ce qu'il juge être d'un niveau supérieur à ce qu'il a déjà fait.

Pour cette exposition il a sorti un nombre impressionnant de son appartement, lequel n'est pas encore vide ... nous dit le collectionneur.
Commençons avec Now and when, une articulation d'horloges, d'ampoules et de cables électriques conçue par Matthew Mccaslin en 2012.
Plus ancienne, la Joconde est dans l'escalier de Robert Filliou en 1969, composée d'une pancarte, d'un pastel gras, une ficelle, un balai-brosse, un seau et une serpillière.

L’intérêt de John Armleder pour le ready-made est bien connu. On peut voir une des associations de la série Don't do it (non photographiée ... et j'espère que ma description vous donnera envie d'aller sur place pour la découvrir) où l'on reconnait plusieurs citations. Comme Marcel Duchamp, avec Porte-bouteilles (1914) qui serait, historiquement, le premier ready-made strict de l'artiste. Un ballon qui fait penser à Jeff Koons, des canettes à Andy Warhol, des shopping bags griffés à Sylvie Fleury, (elle a souvent disposé sur le sol des sacs de boutiques de luxe remplis des achats effectués par l'artiste), un ours en peluche au "Teddy" de Bertrand Lavier présenté sur socle comme un objet d’art primitif. Les bonbons évoquent le tas imaginé par Félix Gonzalez-Torres pour rappeler le souvenir de son ami Ross Laycock, décédé du SIDA. Idéalement le tas de bonbons pèse 87 kg, c’est à dire le poids du compagnon de l’artiste, au moment où les médecins lui ont diagnostiqué la maladie. Et quand le spectateur prenait un bonbon le tas diminuait, rappelant la perte de poids de Ross et sa souffrance avant sa mort en 1991.

Avec quelques autres objets, palettes, bouteilles ... l'ensemble parait abandonné au pied du poteau... comme des encombrants qui attendraient une seconde vie sur les trottoirs jusqu'au statut d'oeuvre d'art.
Au mur, un pop-up de Daniel Spoerri assez rare (1973) car l'artiste a combiné cette fois des objets réels et des reproductions en papier.
On peut lire une jolie réflexion de Carl Andre sur l'art.
L'exposition met face à face des readymades et des monochromes. Y voir un Claude Rutault est une évidence avec dé-finition/méthode n°145 datant de 1985. On y perçoit deux chassis de 130 x 89 cm et 12 x 18 cm entoilés et peints de la même couleur que le mur.
Mathieu Mercier est aussi présent en tant qu'artiste. Avec par exemple En attendant, réalisé en 2012 avec Sismo Design. le crâne qui y figure est bien celui de l'artiste, imprimé en 3D, à coté d'une plante et d'un couple de phasmes.

Dans la Rue traversante, un ensemble de sérigraphies conçu par Olivier Mosset en collaboration avec des étudiants, dont Mathieu Mercier faisait partie il y a vingt ans, propose des variations autour d’un rectangle et d’un fond colorés.
En face plusieurs dizaines d’objets produits en série et dont la fonction ne correspond pas à l’image qu’ils renvoient, sont quelques éléments d'un travail en cours de l’artiste. Cet ensemble affirme simultanément la matérialité des objets et leur nature de représentation. Il convoque l’exercice de notre regard et notre attention au réel.

Depuis le début de sa carrière, Mathieu Mercier mène une réflexion sur la définition de la place de l'objet, à la fois dans l'industrie de la consommation et dans le champ de l'art. Sa recherche se traduit par un questionnement permanent sur les fonctions symboliques et utilitaires des objets qui ici ont été choisis parce qu'ils ne sont pas ce à quoi ils semblent destinés.
Ainsi cette chaussure Merry Christmas n'est pas davantage un escarpin qu'un des souliers de rubis de la mauvaise fée du Magicien d'Oz. C'est un porte-bouteille.

Dans la première vitrine le paquet de corn-flakes est un coffre-fort, le saucisson cache un couteau à découper, les jumelles sont une gourde, un objectif photographique est un mug ou un minuteur. Il y a des gommes, des dessous de bouteille, des clés USB ... Mathieu Mercier est fasciné par le sens cachés des objets manufacturés. Il les agence pour les faire entrer dans le champ de l'art.

C'est très amusant de le suivre dans une visite guidée particulière. On pense à Magritte qui montrait une pipe en sous-titrant l'oeuvre "Ceci n'est pas une pipe". Cette fois c'est vrai.

Du Salon à l'Exposition, Monochromes & Readymades
Collection Mathieu Mercier
Exposition du 18 janv au 22 mars 2014
du mardi au vendredi de 13 à 19 h, samedi de 10 à 16 h

Micro Onde Centre d'Art de l'Onde
8 bis, avenue Louis-Breguet, 78140 Vélizy-Villacoublay, 01 34 58 19 92

jeudi 16 janvier 2014

Carré frais : généreux, gourmand, indispensable

Carré frais : généreux, gourmand, indispensable ...

On pourra me reprocher de me lancer dans la publicité. Je reste pourtant strictement dans l'information. Certes, et je vous le dis carrément, je reviens d'une soirée de lancement d'un produit qui se présente désormais sous une nouvelle forme.

Je m'y sentais en toute légitimité puisque j'avais imaginé l'été dernier une recette avec la version industrielle de l'appellation fromagère demi-sel au lait cru (comme on dit dans le jargon), des Rigatonis à la Quiberonnaise, qui avaient été primés par 750 grammes.

Le Carré Frais n'est pas tout jeune et vous l'avez tous croisé à un moment ou un autre de votre vie. C'est le Carré Frais dont l'ancienneté lui vaut un article sur Wikipedia (qui, à la date où j'écris ce billet, n'est pas à jour au demeurant). On y lit confirmation que Charles Gervais s’est installé en Normandie en 1872 afin d’y produire des fromages demi-sel.
L'entreprise a fusionné avec Danone en 1967 mais depuis le rachat de Carré Frais par Bongrain en 1999 on ne peut plus dire Carré Frais Gervais et cette appellation fromagère continue son ascension sous son seul nom. La production de Carré Frais se fait désormais dans un village de l'Ain, à Grièges. Les années 2000 sont bénéfiques : un nouvel emballage aluminium, une version 0%, de nouvelles déclinaisons (ail et fines herbes, poivre et baies roses, estragon et échalotes ), un nouveau format (2 x 75 grammes).

Qu'est-ce que cela peut bien changer de le commercialiser maintenant dans un pot de 300 grammes ? 

Nous obliger à en acheter plus ? Pas nécessairement !

La conséquence la plus importante, et qui à elle seule justifie que je vous en parle c'est la modification de la texture, donc du goût et par voie de cause à effet, des utilisations.

Le voici plus crémeux, onctueux, avec une présence moins marquée en sel qui autorise à l'envisager même en dessert.

Il est donc carrément gourmand :
Sanjee de Bollywood Kitchen, et Rose, de Rose and Cook avaient créé un buffet des canotiers.

Depuis les petits feuilletés aux champignons jusqu'aux macarons, les déclinaisons salées et sucrées ont été goutées et approuvées. Avec une mention particulière à la terrine de petits légumes. J'avais renoncé à faire ce type de plat, le jugeant insipide, plombant et n'ayons pas peur des mots, vulgaire.
Avec le Carré Frais (celui du pot de 300 grammes) combiné avec un peu de gélatine, la terrine devient légère, moelleuse, fondante et salée à bonne proportion.

Les desserts n'ont pas démérité. Un tiers de Carré Frais et deux tiers de confiture de lait peuvent rivaliser avec une ganache pour coller deux macarons ou remplir le coeur d'un baba au sirop d'agrume-vanille et rhum. En boisson on peut oser un smoothie framboises.

Le voici carrément généreux :
Le bar à tartines permettait de faire nos propres expériences. Les invités ne se sont pas privés de comparer les propositions de Pauline en ajoutant des graines de pavot sur une association betteraves-carré frais, des rondelles de radis sur une autre, ou des câpres sur saumon-amandes-carré frais.
En variant le pain (de meule, aux figues, au curcuma ...), et les aromates, c'était une infinité de combinaisons que l'on pouvait tester.
Les pots de 300 grammes étaient ouverts et on puisait largement dedans pour tartiner de belles tranches avant d'ajouter un autre ingrédient. S'il fallait donner une préférence, miel et carré frais sur un pain à l'ancienne feront mon bonheur au petit déjeuner.

En conclusion il est carrément indispensable :

Ce n'est pas la Cuisinière Nomade qui dira le contraire. Julie Coppé l'a carrément adopté. Son comptoir à idées fut régulièrement pris d'assaut.
Elle a le chic pour préparer des bouchées gourmandes en deux temps trois mouvements selon son inspiration de l'instant. Il faut sortir carnet et stylo pour les noter avant qu'elles ne soient remplacées par d'autres, encore plus tentantes et tout aussi délicieuses.

Quand elle hésite elle s'appuie sur les couleurs pour associer les ingrédients, me rappelant la technique d'Alain Passard. Logique ! Elle me confie qu'elle a passé 3 ans au sein de l’équipe de L’Arpège.
Elle puise aussi dans son expérience internationale, ayant travaillé dans des pays aussi différents que le Brésil, le Danemark, l'Italie, le Japon sous la direction du chef étoilé.

Je me souviens de tranches de carottes sanguines (cuites, puis coupées en biseau) avec carré frais et quelques grains de grenade.

Découvrir soudain une noisette entière dans une crème associant mangue, thon, crème de poivrons, et carré frais sur un triangle croquant de chip mexicaine constitue une surprise originale.
Cela semble plus simple mais çà fonctionne aussi : pomme de terre, carré frais, épeautre.

Et puis, mais cette fois ce n'était plus de l'improvisation : crème d'artichaut, carré frais, nouilles soba et poivre de Madagascar.
La version industrielle de l'appellation fromagère demi-sel au lait cru méritait bien une petite fête et c'est dans une ambiance guinguette que les dégustations se sont poursuivies dans cet espace rétro de la Cartonnerie, au 12 rue Deguerry dans le 11ème arrondissement de Paris.

C'est un endroit que je connais déjà,  où j'aime revenir pour son décor rappelant le passé industriel des lieux. Et puis j'aime ce quartier où on peut trouver des fringues vintage (les Filles aux longs bras au numéro 10 de la rue des Goncourt) à deux pas du minuscule salon de Delphine, une coiffeuse ultra sympathique où on vient de très loin pour se faire couper les cheveux.

Les gourmandises sonores étaient également au rendez-vous avec un set electro-swing assuré par Gisèle.
Les plus fans pouvaient se métamorphoser en vamp avec au choix boas, moustache, perruque et canotier pour contribuer au photobooth célébrant le lancement du nouveau Carré Frais, décidément vraiment un pot de foodingue de 300 grammes.

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