jeudi 30 avril 2015

Monsieur K, de Michel-Amadry Marc, aux Editions Héloise d'Ormesson

Qu'est-ce qui pousse à lire un livre, vaste sujet !

C'est une rencontre, avec un auteur, quand on le connaît, avec un titre, avec une couverture, avec les deux-trois premiers chapitres pour les lecteurs les plus consciencieux (dont je fais partie).

S'agissant de Monsieur K c'est bien ce dernier aspect qui a déclenché l'envie de poursuivre la lecture parce que je ne connaissais pas du tout Marc Michel-Amadry.

Je ne suis pas en train de dire que la qualité éditoriale n'est pas essentielle. Je voudrais juste témoigner que ce n'est pas ce qui déclenche l'acte de lire, du moins pour ce qui me concerne. Je me demande parfois si les éditeurs en ont parfaitement conscience, eux qui se polarisent sur le fonds plus que sur la forme. Je sais en tout cas que la question les taraude. Et qu'il est vrai que parfois certains détails peuvent jouer en défaveur.

Par exemple chez EHO la ( mauvaise) qualité du papier me rebute particulièrement et je dois me faire violence pour occulter la vision des caractères imprimés au verso de chaque page.

Chez de Borée c'est le poids du livre ( que je ne m'explique pas d'ailleurs) qui me freine au moment de boucler la valise des vacances. Pas idéal pour voyager.

Une attachée de presse, ne se rendant pas compte du jeu de mots qu'elle faisait, m'interrogeait récemment à ce propos en me demandant comment je procédais. Vous devez être surbookée, me disait-elle. Certes, mais comme dans les avions, il y a toujours une place réservée pour l'imprévu.

Revenons à Monsieur K, intelligemment soustitré Cas de conscience, subtil et judicieux jeu de mots. Le premier livre de Marc Michel-Amadry avait été best seller en Allemagne (Deux zèbres sur la 30e Rue, paru en 2012, et publié également aux Editions Héloïse d'Ormesson). Celui-ci en a aussi le potentiel mais aura-t-il sa chance dans le monde des critiques littéraires dont je sais qu'ils sont déjà polarisés sur la rentrée ... celle de septembre ?

Il est vrai que les blogueurs fonctionnent différemment. Considérés souvent et à juste titre comme des électrons libres nous avons le pouvoir de provoquer des étincelles. Et croyez moi, celui-ci le mérite. Il me plait de n'être pas un mouton broutant les pages des célébrités. J'aime m'écarter du troupeau en montant sur des prairies alpines. Et je me sens privilégiée d'avoir été invitée dans l'univers de Monsieur K qui m'en apprend autant sur le monde de l'art contemporain que sur la psychologie humaine.

L'auteur a fait le portrait magnifique de l'évolution d'un homme qui passe de la revanche à l'accomplissement. On oublie souvent qu'on est dans une œuvre de fiction, se laissant prendre au jeu et croyant avoir affaire à la biographie d'un grand collectionneur. Cela aurait pu être mièvre, intello, rebutant. Pas du tout. On est avec Viktor dans l'ascenseur. On attend le verdict dans le cabinet de l'oncologue. On se surprend à songer à remettre une montre à son poignet rien que pour apprécier si ce geste va modifier notre rapport au temps. On se sent dans la coulisse d'un événement important. Et surtout on a envie d'aller voir ou revoir tous ces tableaux dont il est question.
A Orsay si l'on est parisien pour retrouver par exemple au cinquième étage l'Etude, torse, effet de soleil de Pierre-Auguste Renoir même si ce n'est pas le tableau qui est au coeur de l'intrigue.
Monsieur K est un richissime collectionneur d'art français. Derrière la gloire, se cache un lourd passé familial. Son père, d'origine allemande et réfugié en France, a accumulé des toiles volées pendant la Seconde Guerre mondiale. À sa mort, elles ont toutes été saisies par la police, à l'exception d'un Renoir, dont la vente clandestine, vingt ans plus tard, assure à Viktor sa fortune. Aujourd'hui, il est atteint d'un cancer incurable. Cette condamnation l'incite à réparer les fautes commises. Il doit, coûte que coûte, racheter la toile de maître naguère cédée à la mafia japonaise. Monsieur K est le récit d'une quête de rédemption. Mais peut-on jamais réparer le passé ? S'inspirant de nombreuses affaires de biens spoliés à des familles juives, l'auteur, en fin connaisseur du milieu de l'art, déploie avec subtilité une intrigue captivante tout en dévoilant les arcanes des salles de vente et des marchands d'art.
Ce roman est un des meilleurs que j'ai lus ces derniers temps. Pourtant je ne suis pas fan des histoires qui se déroulent pendant la guerre, qu'il s'agisse de la Grande comme de la Seconde.

Marc Michel-Amadry vit à Neuchâtel. Il a dirigé Sotheby's Suisse. Autant dire qu'il connait les lieux et les oeuvres dont il parle. Je n'ai pas eu l'audace de chercher à débusquer une erreur. Je parie que l'auteur s'est documenté sur le moindre détail. Tout respire l'authentique et ce cadre hyperréaliste permet de traiter la psychologie des personnages avec une efficacité accrue. J'ai souvent pensé à l'un ou l'autres des artistes cités pile au moment où ils apparaissaient dans le roman. Comme par exemple Damien Hirst que j'ai découvert il y a quelques mois, dans une exposition commune avec Philippe Pasqua.
J'ai failli tout de même lui trouver une faille, sur le plan rédactionnel. J'arrivais au terme du livre. Il me semblait qu'il avait abandonné l'idée de rendre visite au second mari de sa mère. Mais non : quelques lignes plus bas arrivait le récit de cette entrevue.

La couverture elle même est d'une justesse sans égal. Ce tube cassé en deux comme on le ferait d'un message secret qui ne se lit que lorsque les deux personnages se rencontrent.

A mesure de la lecture, le sous-titre que je trouvais si intéressant me semblait refléter de moins en moins la situation. J'aurais préféré, mais on aurait perdu la force du jeu de mots, quelque chose comme Sans faux semblant ou Question de perspective, et pourquoi pas en mettant le mot au pluriel.

J'ai, depuis, multiplié les visites dans les expositions. Je suggère à Marc Michel-Amadry de profiter de sa venue à Paris pour la présentation de son livre (il sort aujourd'hui en librairie) pour aller voir les dernières oeuvres de Felice Varini au Parc de la Villette.

Il pourrait avoir un choc comparable à celui que les araignées monumentales de Louise Bourgeois ont provoqué à la fin des années 90 comme celle-ci, de 9 mètres d'envergure, qui campa dans le jardin des Tuileries jusqu'au 2 juin 2008.

Ce sont de telles confrontations qui ont le pouvoir de modifier notre regard habitué à des standards somme toute classiques.

Marc Michel-Amadry l'exprime parfaitement en expliquant (page 48) combien d'une part les événements de mai 68 ont modifié son point de vue sur les choses : L'impressionnisme qui, dans l'art, avait incarné l'ordre établi pendant longtemps ne pouvait plus être ma seule référence. Au contraire, je devais m'en distancier. Et d'autre part quel artiste (page 52) a suscité en lui une révélation à l'art contemporain avec Jackson Pollock travaillant à Autumn  Rhythm, un tableau de 1950.

Sans manquer de respect aux anciens, il égratigne quelques idées reçues. Je partage l'avis de son amie (page 73) : le tableau de Leonard de Vinci ( la Joconde) m'apparut à moi aussi bien plus petit que je ne l'imaginais et sa protection par une vitre de sécurité nuit à l'émotion.

Ainsi que je l'ai mentionné plus haut ce livre est très fin sur le plan de la psychologie des personnages et des interactions. On ne peut pas ne pas penser à Pardonnable, impardonnable de Valérie Tuong Cong.

La construction du caractère de Viktor, victime de harcèlement à l'école (page 34) où le k de Viktor donnait lieu à pléthore de railleries du style K-lamité. Jusqu'à ce que l'enfant en fasse une force en décidant de ne plus se laisser atteindre. Je n'aurai plus jamais peur de rien ni de qui que ce soit, copiait il dans un cahier, comme s'il s'agissait d'une punition. Et cela a marché. C'est même devenu son armure. Le surnom devint nom.

Les relations père-fils et mère-fils nous tiennent en haleine jusqu'au bout et bien entendu on se passionne pour cette histoire d'amour qui se développe avec la mystérieuse correspondante qui surgit (page 28).

Monsieur K, de Marc Michel-Amadry, aux Editions Héloise d'Ormesson, en librairie le 30 avril

mardi 28 avril 2015

Sushis végétariens

Vous allez croire que c'est la lecture de la Vie de couple des poissons rouges qui m'a donné envie de manger des sushis. Il n'y a pas de place pour le hasard dans ce roman. Mais non ! C'est tout simplement que mon fils a utilisé ma cuisine pour faire un dîner avec des copains, qu'il a laissé une belle quantité de riz japonais tout cuit et vinaigré dans mon frigo et que mes préoccupations de développement durable m'empêchaient de laisser perdre.

Il avait oublié aussi quelques feuilles de nori, mais pas le moindre gramme de poissons. Et contrairement aux photos que j'ai publiées  pour illustrer ma chronique littéraire je ne possède pas d'animal.

Mais j'avais des légumes. Je me suis donc mis en tête de préparer des sushis végétariens.

J'avais expliqué dans un précédent billet Simples sushis publié en 2009 qu'il fallait plus de 7 ans de pratique pour devenir "maitre sushi" ...  Je ne sais pas ce que "valent" les miens mais franchement c'est à la portée du premier venu.

Je n'ai même pas trempé mes doigts dans l'eau glacée avant de prélever une boulette de riz (que j'avais réhydraté à l'eau bouillante, on ne peut pas dire que ce soit très "catholique"). Je l'ai modelée en forme allongée. J'ai posé dessus une lamelle de panais braisé en appuyant bien.

J'en ai fait d'autres avec un morceau de brocoli.

Au milieu de l'assiette voilà une série de makis, mot qui en japonais signifie "celui qui est roulé". j'avais tartiné de riz une feuille d'algue disposée dans la grande largeur, face brillante en dessous. N'ayant pas retrouvé ma natte de bambou j'ai procédé directement sur le plan de travail.

J'ai disposé des lamelles de patates douces cuites braisées et quelques filaments de poivrons rouges. j'ai roulé très serré puis coupé en grosses rondelles avec un couteau, dont pour bien faire la lame aurait dû dégouliner d'eau froide.

Cela aurait sans doute été encore meilleur avec du gingembre vinaigré et du wasabi mais on fait avec ce qu'on a ...

samedi 25 avril 2015

La vie de couple des poissons rouges de Guadalupe Nettel

La vie de couple des poissons rouges est un livre étonnant, déroutant mais aussi fascinant. Guadalupe Nettel estime que le destin des hommes est lié à celui des animaux et nous fait réfléchir aux interactions entre les espèces à travers des jeux de miroirs très troublants.

Elle confronte le lecteur à ce que notre humanité a de plus cruellement animal. On est troublé de réaliser combien nous sommes proches des poissons, des chats, ou encore des cafards à travers des liens quasi spéculaires qui relèvent de l'instinctif. La maternité, la condition amoureuse, l'éducation sont autant de thèmes qu’explore l’auteur à travers ce prisme quasi totémique.

Il en ressort des textes qui, à travers un jeu métaphorique remarquable, nous immergent dans ce qu’il y a de plus atavique en nous, et dans ce que notre quotidien recèle de plus sauvagement mystérieux.

Après Pétales, précédent recueil d’histoires étranges paru en 2010 chez Actes Sud, et joliment sous-titrées "nouvelles embarrassantes", Guadalupe Nettel récidive en confirmant en quelque sorte sa spécialité dans le monde de l'étrange.

Cette femme qui s'exprime parfaitement en français a néanmoins écrit en mexicain. On accède donc au texte dans une version traduite, au demeurant excellemment par Delphine Valentin.
Guadalupe Nettel a choisi comme personnages animaliers des combattants du Siam, des chats, des cafards, un serpent et un champignon (lequel n'est pas à proprement parler un animal) qui, vivant dans l'ombre ou des endroits cachés, représentent ces émotions et ces décisions qui se développent au plus profond de notre inconscient.

Les hommes, les femmes et l'enfant qui prennent tour à tour la parole expriment particulièrement leurs doutes. On a le sentiment que les femmes ont l'air plus sensibles que les hommes à l'étrangeté des choses, qu'elles sont plus proches des animaux, et des plantes. On connait d'ailleurs tous quelqu'un qui prétend leur parler, les comprendre et partager avec eux des émotions.

On sent néanmoins au fil de chacune des cinq nouvelles, combien les humains mesurent sans relâche le pour et le contre, pour au final ne pas réussir à trouver de "bonne" réponse aux questions qu'ils se posent sur la vie et la mort. Cette indécision de l'espèce humaine à faire des choix traverse tout le recueil. Parallèlement les animaux semblent plus sages, et plus spontanés.

Il y a des lignes remarquablement justes sur la détresse des jeunes parents, pour qui prendre soin d'un bébé exigeait d'eux un effort quasi surhumain (page 23).

On peut voir dans ce livre une forme de mise en garde contre l'éducation qui détourne le regard de l'enfant. Tout petit, il est réceptif aux choses étranges, ne juge pas, cherche (et trouve) la magie dans la vie quotidienne. Avec le temps son éducation, en France comme sans doute au Mexique, est une mécanique qui le normalise.

L'essentiel du message de Guadalupe Nettel est concentré dans l'épigraphe de Pline l'Ancien : Tous les animaux connaissent ce qui leur est nécessaire, excepté l'homme.

Elle aime regarder des documentaires sur les animaux, surtout le monde des insectes qui la fascine particulièrement, lui conférant un point commun avec des auteurs comme Kafka ou Murakami, qu'elle reconnait admirer. La seconde nouvelle, Nos ancêtres les cafards, est la plus personnelle en faisant référence aux castes de la société mexicaine où les indiens sont très présents par leur culture mais ont une vie un peu souterraine.

Dans son texte, elle leur fait jouer un rôle déterminant par leur conseil de manger son ennemi pour ne pas être soi-même dévoré, et acquérir sa force, comme on le faisait dans les sociétés primitives. On sait pourtant que le cafard nous survivra et que les insectes constituent un réservoir de protéines comme je l'écrivais dans un billet consacré à leur commercialisation en tant qu'aliment. Il existe d'ailleurs pas moins de 500 espèces comestibles recensées au Mexique (page (55).

Il parait que lorsqu'elle était enfant, sa mère l'avait surnommée "cucaracha", ce qui signifie cafard en espagnol. Elle s'en amuse, appréciant le symbole de résistance et du sentiment de l'aversion que les autres peuvent porter à cet insecte. Ce terme peut être entendu comme un porte bonheur si on songe au nom que le groupe anglais a pris en associant le mot beetle (scarabée) avec beat (rythme) pour devenir les mythiques Beatles.

J'ai songé aussi à Eloge du chat, de Stéphanie Hochet ... Guadalupe Nettel a bien raison de le souligner (page 11) : En général, on apprend beaucoup des animaux avec lesquels on vit, même les poissons.
La vie de couple des poissons rouges de Guadalupe Nettel, traduit par Delphine Valentin, Buchet Chastel, en librairie depuis le 10 avril 2014

vendredi 24 avril 2015

Le vélo sentimental ... bien plus qu'un restaurant, une halte à faire à Toulouse

Installé au premier étage de la Maison du vélo à Toulouse, le Vélo sentimental est un restaurant presque pas ordinaire. L'endroit est peu banal pour la "parisienne" que je suis, même si, en cherchant un peu, on trouve des lieux assez novateurs aussi entre le XVIII° et le XX° arrondissements.

J'ai été intriguée par la formule : un local associatif entièrement dédié à la bicyclette. On peut y faire soi-même ses réparations, louer et même acheter d'occasion une petite reine. C'est vraiment séduisant car je me déplace souvent à vélo en région parisienne. Je n'envisage pas mes vacances sans la possibilité de faire quelques virées à bicyclette et la situation de cette Maison, juste en face de la gare SNCF Matabiau, est tout bonnement une aubaine.

Le jour de ma venue nous cherchions en fait depuis longtemps un point de chute agréable pour déjeuner, de préférence sainement. Le menu nous a intrigués.

Nous sommes d'abord entrés par la grande porte du garage, étonnés par l'alignement des "Okaz", nous demandant si on ne s'était pas fourvoyés. C'est bien plus tard que nous avons compris que nous étions dans une ancienne maison éclusière, l'écluse Bayard ... Il  est vrai que le canal du Midi se trouve juste de l'autre coté de la route.

Nous avons pris l'escalier intérieur mais on aurait aussi bien pu emprunter celui qui démarre dans la cour qui fait (aussi) office de terrasse pour déjeuner en été.
Arrivés en haut on a eu l'impression d'être dans un appartement privé, comme un de ces endroits qui sont des restaurants éphémères, et dont on se transmet l'adresse par SMS un peu secrètement le jour même.

L'espace est décoré en déclinant l'art du recyclage. Je retiens la robinetterie pour dissimuler l'alimentation électrique de jolis lumignons. Les murs sont talochés et cérusés. Les meubles sont vintage. La vaisselle est harmonieusement dépareillée.
Une enfilade de pièces permet, selon l'envie, de déjeuner dans l'intimité ou de se mêler aux habitués. On s'installe en toute simplicité là où on veut. Et on peut changer les sièges si les fauteuils ne nous conviennent pas. Le sourire ne quitte pas le visage du personnel.

Les murs accueillent une exposition de tableaux. Quelques sculptures rappellent l'univers de la maison, dédié aux petites roues. Un tricycle est suspendu au-dessus du bar, attendant d'être réclamé par des petites gambettes. 
Le restaurant est permanent, du lundi au samedi midi. Il est ouvert également en soirée le mercredi, jeudi et vendredi. Et autant le dire tout de suite : on y mange très bien, très bon, très sain et à prix très raisonnable.

Il n'(y a pas de vrai menu. Tout est à la carte. L'entrée et le dessert sont à 5 €, le plat à 10,50 € (midi), un peu plus le soir. Les assiettes sont généreuses et au final l'addition est très correcte.

La cuisine est "traditionnelle" mais avec une pointe d'originalité qui varie selon l’humeur. C'est ce qu'on appelle une cuisine de terroir et du marché, autour de produits frais et de saison achetés dans un réseau d'agriculture raisonnée. Et le menu change tous les jours. On est quasiment certain qu'on ne mangera pas deux fois la même chose.

L'entreprise affiche plusieurs objectifs, notamment celui d'être orienté sur une thématique environnementale, en assumant le surcoût éventuel de ce choix.

La pintade ou le cochon que l'on vous y servira n'auront pas été élevés en batterie, et on peut logiquement croire qu'ils auront eu une vie heureuse.
Voilà pourquoi la mention figure à la carte. J'avais choisi un tendron de veau "heureux" à la moutarde ancienne.
La polenta qui l'accompagnait était moelleuse, avec juste ce qu'il fallait de parmesan et de basilic pour lui donner de la saveur. Mes félicitations à Elisa !
La grande salade et son duo de boulettes ne déméritait pas.
Le mélange était relevé avec de la roquette et une vinaigrette bien assaisonnée. Elle était accompagnée d'une tapenade maison, bien entendu, qui se laissait manger avec délectation sur un pain sans doute bio lui aussi. Il y avait de quoi satisfaire aussi des végétariens.
L'eau de table n'avait pas le goût de chlore. Servie fraiche dans une ancienne bouteille authentique de limonade elle était rafraichissante en ce premier jour quasi estival.
Le dessert maison du jour offrait le choix entre une mousse au chocolat et un moelleux aux pommes, comme celui que faisait ma mère autrefois.
La formule "café sentimental" était autant tentante avec un assortiment de douceurs.
L'endroit est agréable. On n'avait pas vraiment envie de partir. Nous avons failli squatter le salon tout à fait 1960 pour l'après-midi et y jouer aux tarots (le paquet de cartes attend qu'on s'en empare). notre seul regret était de n'être pas venus la veille : le premier vendredi du mois un(e) spécialiste propose un massage bien-être entre 12 et 15 heures et je gage qu'il apporte une belle dose de sérénité.
Dès que le soleil sera durablement installé on pourra envisager une pause sous le tilleul de la cour à toute heure de la journée autour  des pâtisseries maison.
Les cyclistes toulousains bénéficient de nombreux services : location de vélo urbain, atelier de réparation associatif, vélo-école pour enfants et adultes, centre de ressources ...
Il y a toujours des allers et venues ne serait-ce que pour consulter de la documentation puisque l'endroit peut s'enorgueillir d'une vélocythèque.
 
Enfin, le Vélo Sentimental accepte les "Sol Violette" (une monnaie éthique sur Toulouse et son agglomération) conçue par les citoyens et pour les citoyens, dans la logique d'une économie durable et plus juste, en étant un levier de développement pour le commerce dans le respect des femmes, des hommes et de l'environnement.

Avec 6 salariés, 2 encadrants, 4 encadrés, le Vélo sentimental assure bien son double objectif depuis déjà 7 ans. Le premier, de proposer une cuisine de saison et du terroir, le second d'insérer des personnes désocialisées (SDF, détendeur du RSA…), qui ont la possibilité d’y travailler pendant 24 mois. 
          
Le Vélo Sentimental
12 boulevard Bonrepos, Toulouse. tel : 05 34 42 92 51
Métro Marengo SNCF.
Ouvert au déjeuner/salon de thé du lundi au samedi, et au dîner, du mercredi au vendredi.

jeudi 23 avril 2015

Une fille parfaite de Mary Kubica aux éditions Mosaïc

Si je n'avais pas reçu Une fille parfaite en spécimen, précisément en épreuve anticipée non corrigée j'avoue que je ne me serais pas intéressée à l'ouvrage. Et pourtant j'accorde toujours une attention particulière aux premiers romans.

La couverture ne m'aurait pas attirée. Je trouve dommage qu'on suggère au lecteur le visage d'une jeune fille qui pourrait correspondre à celle que désigne le titre. Et puis elle semble avoir douze ans alors qu'aucun personnage n'a cet âge là, ce qui fait que jusqu'au bout on se demande qui cela peut bien être. J'aurais davantage été interpellée par un paysage évoquant la région où se déroule l'essentiel de l'intrigue. Enfin le genre policier n'est pas celui que je préfère. Mais je dois dire que j'ai apprécié.

Certes il y a des longueurs. Elle sont peut être nécessaires à la consolidation de l'énigme. C'est surtout un thriller psychologique et il est utile que le lecteur prenne le parti de l'un ou de l'autre des personnages, qu'il s'investisse dans la résolution de la question-clé : qui a commandité le kidnapping de Mia, cette fille que sa mère Ève estimait être une fille parfaite ( page 267) : tu es ma petite fille parfaite, Mia. C'était ce qu'elle lui avait dit pour la consoler d'un acte de méchanceté de sa sœur Grace qui, probablement représentait réellement la perfection aux yeux de son père James.

Dans la famille Dennett on est en fait loin d'être au dessus de tout soupçon. James est un juge corrompu, Ève est une mère au foyer sans volonté, Grace est une peste. On se demande qui a du cœur, qui a jamais éprouvé de la compassion.

Et surtout on se surprend à guetter les instants parfaits, comme cette nuit qui est partagée page 316 en s'interrogeant sur nos propres ressentis : qu'est ce que moi je trouverais parfait dans un contexte comparable ?

La peur infiltre le roman. Elle engendre deux réactions naturelles, nous dit l'auteur, fuir ou se battre (page 312). Il me semble qu'il existe une troisième voie, la pétrification, qui d'ailleurs est mise en scène à plusieurs moments.

Mary Kubica tricote le syndrome de Stockholm avec subtilité. Si Mia se rapproche de son ravisseur, Colin, ce n'est pas tant parce que ils sont physiquement proches mais parce qu'ils ont vécu des épisodes comparables, bien que n'appartenant pas à la même classe sociale.

L'histoire se déroule aux États-Unis, et les codes de l'american way of life sont très présents. On retrouve aussi une atmosphère digne d'un roman de Ron Rash, même s'il situe les siens dans les Appalaches et non entre Chicago et Grand Marais, dans le Minnesota, sur le bord du Lac Supérieur.

Les choses ne sont pas exactement transposables dans notre pays. Il n'empêche qu'on se prend au jeu. On devine que le bourreau n'est pas celui qu'on veut nous faire croire et on se surprend à avoir mordu à l'hameçon. On a envie de connaître le dénouement pour respirer et relâcher la pression entretenue par les chapitres entrecroisant le passé et le présent.

La construction du roman est intelligente avec l'alternance des prises de paroles par plusieurs protagonistes ... Quelques-uns, pourtant essentiels, restent muets, sans doute de manière intentionnelle pour maintenir le mystère sur leurs motivations.

D'autres sont à mon avis insuffisamment développés comme celui de la sœur, juste esquissé. Voire même celui de l'inspecteur, que l'on sent ligoté par les conventions. J'ajouterai une critique de forme ... On va dire que je chipote. Deux chapitres ont le même titre : Colin, le jour avant Noël ( pages 347 et 353). La perfection n'est pas de ce monde... et c'est bien mineur par rapport à l'immense plaisir de lecture qu'Une fille parfaite m'a procuré.

On est intrigué par ce R majuscule typographié à l'envers et qui sème le doute sur la perfection de la fille en question. Et rien n'est plus excitant dans ce type de roman que les interrogations qui tiennent le lecteur en alerte jusqu'au bout. Et même bien au delà de la dernière page. Je m'interrogeais plusieurs jours après avoir terminé le livre sur notre capacité et notre efficacité à vouloir rendre justice par nous-mêmes.

Mary Kubica a suivi des études d’arts et d’histoire de la littérature américaine, ce qui se sent dans le roman. Elle a d’abord été enseignante. Aujourd'hui écrivain à temps plein, cette passionnée de Dickens et d'Hemingway vit près de Chicago, la ville dont Mia est originaire. Je guetterai son prochain ouvrage avec grand intérêt quel que soit le visuel de la couverture !

Une fille parfaite de Mary Kubica aux éditions Mosaïc
Le roman sortira en librairie le 29 avril. Je vous en parle dès maintenant pour que vous puissiez le réserver auprès de votre libraire. C'est un premier roman et son destin est entre vos mains.

mardi 21 avril 2015

Mes aventures avec un cuiseur de riz

J'avais flashé un jour sur un petit appareil qui me semblait autre chose qu'un gadget, le cuiseur de riz de Cuisinart.

Être bloggeur donne parfois des ailes. On croit le monde technologique à sa portée. Le récit qui va suivre témoigne que non.

L'objet est arrivé très tardivement et quasi par miracle parce que l'adresse était erronée. Le hasard a voulu que je croise le livreur sur le parking et qu'il me solicite pour ... me trouver.

J'ai ouvert le carton avec enthousiasme et les embarras ont commencé sans délai. Je me suis vite trouvée stupide à ne pas comprendre le mode d'emploi, pourtant écrit en français. J'ai appris depuis que j'étais loin d'être la seule mais à ce moment là j'ai pensé qu'il manquait une notice et j'ai laissé l'objet en plan.

L'appareil avait beau être beau ( n'est-ce pas ?) je n'osais pas me l'approprier. Sa calandre rutilante semblait suffire à ma satisfaction. J'avais un cuiseur de riz ultra moderne. Cette seule pensée me comblait.

Premier essai au bout de x semaines, un jour du Réveillon, oui ce détail ne s'invente pas. Disons qu'il n'y a pas de mauvaise date pour les braves. Inutile de vous dire que j'ai changé le menu en cours de route.

J'ai commencé malgré tout modestement avec 130 grammes de riz rond et 2 cups d'eau. Et le verdict ne tarda pas : çà débordait. La notice prévoit ce type d'événement. Je ne savais pas encore si je devais en être rassurée. On nous conseillait de vérifier.

Là n'était pas la bonne réponse parce que je ne voyais pas "quoi" vérifier. Heureusement qu'Internet existe. Un forum de consommateurs me met sur la piste : il aurait fallu que je rince 3 ou 4 fois le riz avant de lancer la cuisson. On se demande pourquoi Cuisinart ne songe pas à le mentionner dans la fiche jointe au cuiseur. Pourquoi rester autant dans le flou ? Je ne vois aucun intérêt à décourager les ménagères. Et quand j'emploie le féminin c'est juste une façon de parler.

J'ajouterai que la quantité d'eau recommandées pour la cuisson des différents riz est beaucoup trop importante à mon humble avis.

Le jour de ma première expérience, j'ai commis l'erreur de nettoyer à fond la cuisine avec les moyens du bord, en l'occurrence en frottant avec le coté vert de l'éponge. Voilà comment mon cuiseur a perdu très vite son bel aspect d'acier brossé. Il a conservé néanmoins son élégance, et la cuve est demeurée intacte (il y a des bêtises qu'on ne fait pas !).

Je sais maintenant comment il faut l'employer, et je vais partager avec vous mes découvertes, histoire de vous faire économiser de l'énervement. Parce qu'au final c'est un engin que j'adore et qui s'avère très performant et peu encombrant.

Pour cuire du riz "normal" :
Il faut rincer les grains 3 ou 4 fois à l'eau froide jusqu'à ce que l'eau soit presque claire. Il parait, mais je n'ai pas osé tenter le coup, qu'on peut aussi tout simplement ajouter 2 gouttes d'huile dans l'eau de cuisson pour avoir le même effet.
Ne suivez pas les quantités d'eau annoncées, qui sont largement trop importantes, et qui concourent aux débordements. Un volume de riz pour 1 et 1/2 volume d'eau est largement suffisant.
Pour du riz noir de Camargue :
Une mesure de riz bien rincé, deux d'eau et je laisse tremper (gonfler) avant de cuire.
Pour du riz complet :

Cette fois il faut plus d'eau, ce qui augmentera le temps de cuisson. Compter 1 volume de riz pour 4 d'eau.

Au pire on peut sous doser en eau et en ajouter en cours de cuisson si on s'aperçoit que la céréale n'est pas assez cuite. Mais attention, en prenant garde d'ajouter de l'eau chaude pour ne pas créer de choc thermique.

Cas particulier du riz pour sushi :
On commencera classiquement avec un volume de riz japonica et autant d'eau. Dès que la cuisson est terminée et que l'appareil passe en "maintien au chaud" on l'éteint pour couper la production de chaleur (l'interrupteur on/off est très pratique pour cela) et on laisse le riz 10 minutes supplémentaires  gonfler dans l'appareil, couvercle toujours en place.
Eviter la fonction maintien au chaud : 
Continuons dans les désagréments insoupçonnés et pourtant logiques avec la fonction maintien au chaud. Il faut savoir qu'elle n'est pas choisie mais subie. Lorsque votre riz est cuit l'appareil passe automatiquement en "maintien au chaud" sans vous prévenir par une sonnerie ou un bip comme le fait, à tire d'exemple, la plus simple des machines à pain.

Il y a bien une modification mais elle est si discrète qu'elle passe inaperçue : le témoin lumineux passe du rouge à l'orange. Pendant toute la suite du fonctionnement le cuiseur demeure en maintien à chaud, ce qui est au passage un inconvénient de taille si vous avez prévu d'utiliser le riz pour la salade niçoise qui va vous accompagner en pique-nique.

Avec une température interne de 63° (contre 100° pendant la cuisson) l'ingrédient continue de cuire doucement et si l'on n'y prend pas garde va croûter au fond du pot, ce qui est fort déplaisant, sauf si on aime manger le riz ainsi, et je connais des amateurs de ce type de cuisson avec le basmati.

Il vaut donc mieux lancer la cuisson peu de temps avant l'heure de passer à table.

Et attention à ne pas confondre les deux boutons "warm" et "cook". J'ai failli louper un déjeuner en me rendant compte tardivement que j'avais cru démarrer une cuisson alors que j'étais en maintien à chaud.

Une autre façon de cuisiner :
Avoir un cuiseur de riz vous replace à l'époque où l'on disait que les invites devaient attendre le soufflé et non l'inverse. Ajoutez à cette contrainte que le temps de cuisson n'est mentionné nulle part, et pour cause puisque "ça dépend" en particulier de la quantité d'eau. L'expérience m'a appris que la cuisson est considérée comme achevée par cet appareil lorsqu'il n'y a plus d'eau.

J'ai fini par prendre l'habitude de goûter et de rajouter un peu de liquide si je pense que la céréale sera un peu trop al dente, comme disent nos voisins italiens.

En tenant compte de ces éléments cet appareil devient très utile pour réussir à tous les coups la cuisson de son riz, mais aussi de céréales et légumineuses. Aujourd'hui je ne pourrais plus m'en passer. Son design et sa taille très raisonnable font qu'il a trouvé une petite place dans mon étroite cuisine. Il n'a jamais réintégré le carton d'origine, demeurant toujours à portée de main.

Je m'en sers aussi comme cuit-vapeur, pour 2-3 personnes - sans forcément faire cuire des céréales en même temps, juste en mettant de l'eau dans le bac.

Une fois apprivoisé ce cuiseur est devenu un compagnon familier. Je l'ai employé plusieurs fois par semaine, multipliant les expériences. J'aurais du prendre des notes au fur et à mesure. On croit se souvenir mais non. Voilà que je mets autant d'eau pour cuire des lentilles corail que ce que je fais habituellement avec les lentilles vertes du Puy.

Les lentilles corail :
Oui, c'est possible mais attention à mettre moins d'eau que pour les lentilles vertes, sinon ça déborde!

Le sarrasin :
Il faudra multiplier les essais pour éviter une sur-cuisson.
Je l'ai assaisonné ensuite  façon taboulé une fois refroidi.
On peut aussi cuire des pois cassés :
On gagne du temps en ne les faisant pas tremper mais il faut bien entendu abondamment les rincer.
J'ai versé dans la cuve 1 volume de ces légumes dits secs pour 2 d'eau Brita bien sûr. Car je ne l'ai pas mentionné, mais j'emploie systématiquement de l'eau filtrée pour toutes ces cuissons.
Les ennuis ont recommencé avec des débordements intempestifs, mais je ne pouvais tout de même pas cuire 1/2 cup, qui n'aurait même pas été la portion d'une personne. Au troisième débordement j'ai donc retiré le couvercle.
Pour le coup il faut surveiller, remuer régulièrement avec une cuillère en bois, goûter aussi (pouah quand c'est encore croquant) et ne pas se fier au thermostat. Je décide au troisième débordement de poursuivre la cuisson sans couvercle, quitte à rajoute de l'eau (chaude).
J'ai arrêté et transféré immédiatement le contenu pour que ça n'attache pas; on obtient du croquant-fondant.
Particulièrement bon avec des carottes vapeur.

Une fois dompté l'appareil m'inciterait à devenir végétarienne. J'y prépare bien plus que le riz comme vous l'avez constaté. Je ne regrette pas d'avoir choisi le petit modèle même si cela doit avoir une incidence sur la propension aux débordements.

Il est toujours à portée de main dans la cuisine. Je le regretterais si je devais m'en passer.

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