samedi 31 octobre 2015

Les Fables de La Fontaine revues par Tàbola Rassa

La création date de 2009 mais c'est intemporel et c'est une grande chance pour le public que le Théâtre de Belleville reprogramme ces Fables jusqu'au 8 novembre 2015. Attention, uniquement les samedis et dimanches.

L'adaptation d'une quinzaine de fables de La Fontaine par la compagnie Tàbola Rassa est aussi spectaculaire que déjantée et il y a fort à parier qu'on en entendra parler encore pendant plusieurs années.

Cette compagnie s'est fait connaitre en 2003 par son premier travail dans le domaine du théâtre d'objets à travers une réinterprétation, absolument fidèle et néanmoins très novatrice, d'une pièce de Molière, l'Avare. J'étais ressortie enthousiaste de la représentation. La pièce a été jouée dans une vingtaine de pays, avec une fréquence moyenne de 60 représentations par an, en quatre langues (catalan, espagnol, français et anglais). Elle a reçu de nombreux prix. Elle est installée à Marseille depuis cinq ans.

L'aspect transfrontalier du parcours de la compagnie pousse Olivier Benoit, acteur et directeur de la compagnie, à s’entourer de collaborateurs de divers horizons : Jean-Baptiste Fontanarosa, acteur français, pour la version française ; Asier Saenz de Ugarte, acteur basque installé à Londres, pour les autres versions. Cependant que Jorge García, technicien basque vivant à Barcelone, assume la direction technique et Sadock Mouelhi, technicien toulousain, la suppléance.

C’est cette même équipe qui créa, en 2009 le deuxième spectacle de la compagnie, autour de l’œuvre  de Jean de La Fontaine. Il a fait de la diversité sa devise. Il reste un des auteurs français les plus universels. Il fut le pionnier de la verdification libre en langue française. Précis et efficaces, ses vers sont un exemple de maîtrise et de beauté. Une beauté simple et vivante, à l’image de la nature, qui fût, sa vie durant, une source inépuisable d’inspiration.

Si l'Avare évoquait la raréfaction de l’eau potable et utilisait pour cela des objets en relation avec ce précieux liquide, les Fables aborde les conséquences de notre production colossale de déchets et, à cette fin, les utilise comme un "outil théâtral", qu’ils soient accessoires, attributs, scénographie ou qu’ils soient encore "marionnettisés". Un casque de chantier sera couronne. Des emballages plastiques feront un manteau royal tout à fait crédible. Une simple feuille de papier journal deviendra l'écran où se projettent des ombres chinoises.
C'est toujours de la destruction de la nature par l’homme dont Tàbola Rassa veut nous parler. Dans les deux cas leur Théâtre est toujours accessible (y compris aux enfants) mais élaboré, pauvre par ses moyens mais riche par son pouvoir d’évocation, où trônent en roi l’imagination et l’intelligence humaine. Alexandre Jean (qui a brillamment repris le rôle) et Olivier Benoit donnent corps et voix tantôt à l’âne, tantôt au lion, tantôt au chien et tantôt au loup. Leur capacité à bêler leur permettrait de passer inaperçu dans un troupeau de moutons.

J'ai vu le spectacle dans une salle comble, résonnant (aussi) du rire des enfants. C'était réjouissant. 
Les deux comédiens font défiler sous les yeux du public toute une clique d’animaux curieusement humains. Chaque personnage cache un animal et chaque animal… un homme par effet de miroir. 

Les fables sont peut-être les plus vieilles histoires jamais contées parmi les hommes. Elles sont les vestiges d’un temps révolu, où les hommes et les animaux étaient si proches qu’ils pouvaient se confondre. Elles ont été écrites pour nous faire réfléchir, et peut-être tenter d'arrêter notre bras avant de commettre l'irréparable.

Le symbole des ingrats n'est pas le serpent mais l'homme. On en prend conscience à la toute fin quand  la chute des décors devient apocalyptique, préfigurant la "sixième grande extinction" de nombre d'espèces animales depuis le milieu des années 80,  conséquemment à notre ingratitude envers la nature. Le spectacle nous alerte que ce qui se joue là est notre survie en tant qu’espèce.

Fables, d'après Jean de la Fontaine
Un spectacle de la Compagnie Tàbola Rassa, en coproduction avec le Théâtre de Belleville, inspiré des Fables de Jean de La Fontaine,
Création Jean-Baptiste Fontanarosa, Asier Saenz de Ugarte Olivier Benoit
Interprétation version française: Alexandre Jean et Olivier Benoit
Mise en scène Olivier Benoit
94 rue du Faubourg du Temple 75011 Paris
Reprise jusqu'au 8 novembre 2015
Samedis à 17 heures, dimanches à 15 heures

Les photographies qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Delphine Beaumont.

vendredi 30 octobre 2015

Martin, Boire & Manger 24 bd du Temple

Une armée de couverts est au garde-à-vous, dressés dans de gros pots, attendant les bons vivants. S'il faut qualifier l'endroit d'un qualificatif c'est bien celui là qui s'impose. On vient chez Martin pour boire et manger. C'est le contrat de base et il n'y a pas à discuter.

On arrive plutôt en force, histoire d'installer une ambiance dès le début de la soirée. Et d'être sur d'avoir une table parce qu'on ne réserve pas en dessous de 5 personnes.

C'est une adresse où l'on arrive "les yeux fermés". Inutile de chercher un menu, il n'y en a pas. Quant aux vins, la carte change tous les deux jours parce que les séries sont assez courtes. La politique de la maison est d'acheter de petites collections. Ici les habitués n'ont pas d'habitude. Sauf celle de faire confiance.

Loïc Martin, l'ancien barman du Passage, est associé et règne au bar. Il a l'expérience des vins avec quelque 250 références, travaillant avec Audrey, sommelière et fille de vigneron. Les bouteilles qui sont sélectionnées sont majoritairement issues de la biodynamie. Plus on clame cette spécificité moins on l'entend mais quand on goûte on perçoit la différence. Il n'est donc pas besoin de le mentionner sur la carte.

L'endroit revendique d'être avant tout un bar où la pinte est à quatre balles et où on peut dîner pour vingt (balles). Et Loic est aussi spécialiste des gins.

Le chef est Peter Orr (au centre sur la photo ci-dessous). D'origine australienne, il a travaillé 8 ans à Londres avant de devenir le numéro 2 du Passage, un fameux bistrot entre la rue Amelot et le boulevard Richard Lenoir qui décidément peut être considéré comme le modèle du lieu.

Il élabore des petites assiettes originales qui se renouvellent sans cesse, parfois au cours d'un même service uniquement avec des produits de saison, et si possible du marché.
Il cuisine volontiers les abats, sans les acheter chez Metro. Le troisième associé, Edouard Bergeon (à gauche sur la photo ci-dessous) adore manger et s'investir corps et âme dans un projet. C'est lui qui a posé la moquette il y a deux jours, fait la peinture hier. Il fait glisser les photos de son compte Instagram pour me faire saliver. Il a ramené du miel d'un récent séjour en Corse (il réalise des documentaires qui le font voyager). Le cochon arrive entier de Bourgogne. Voici la tête, et puis le pâté qu'on a fait dans les cuisines, au sous-sol. Et le voilà qui m'entraine jusqu'à la chambre froide.
C'est vrai que les morceaux sont appétissants. Qu'il s'agisse de viande comme de légumes. En majorité ceux de Joël Thiébault, le maraicher gourmand, qui amène ses produits d'exception sur les marchés parisiens du XVI°, rue Gros les mardis et vendredis et place du président Wilson les mercredis et samedis. Il faut arriver tôt parce que tout part très vite.
Le résultat est au rendez-vous. Ils sont sublimes même tout simplement lavés et servis crus avec une vinaigrette ou cuits avec un beurre maison.
Peter n'a pas de légume tabou. Il prépare les choux de Bruxelles en sachant qu'ils risquent de rebuter. Alors le serveur encourage en promettant que si ça plait pas ce ne sera pas sur l'addition. Une fois goutés, il n'y a plus d'appréhension parce que ces petits choux qui ont été baignés dans une eau citronnée avec de la menthe avant leur cuisson n'ont rien à voir avec le souvenir qu'on peut en avoir gardé d'un déjeuner de cantine. Actuellement ce sont des choux rouges qui ont été préparés et qui embaument la cuisine.
La soupe mijote gentiment sur le fourneau. Tout est préparé sur place, même les buns s'il y a des hamburgers de prévus.
Pour le moment le restaurant n'est ouvert que le soir mais le projet est de commencer à l'heure du déjeuner l'an prochain. Il y a encore des aménagements à terminer mais l'ancien PMU se métamorphose progressivement en bistrot cosy en conservant un décor simple et brut, avec des poutres et des pierres apparentes, de grands radiateurs, des étagères bricolées à partir de casiers à bouteilles, des assiettes de grès venant de La Borne, un village de potiers situé dans le Berry et que je connais bien. Chaque dernier week-end de novembre je vais rencontrer une potière qui me surprend toujours avec ses nouvelles créations à prix modestes. Cela se passe à l'école Steiner, à Verrières-le-Buisson (91) et je vous encourage à y faire un tour bientôt.
L'endroit fêtera sa première année le 28 novembre prochain et ce sera barbecue de midi à minuit pour l'occasion. L'équipe est confiante. Sans être dans les guides ils comptent 150 à 250 assiettes le soir et ont la chance de refuser beaucoup de monde. 
Une seule (petite) ardoise passe de table en table le soir et le serveur explique les plats. C'est le coté "petites assiettes à partager" qui plait à la bande, comme à la clientèle.

La musique n'est jamais très forte, pour ne pas couvrir les conversations et privilégier la vitalité de l'ambiance qui est sous la responsabilité des convives.

Coté dessert cela reste simple avec des fruits de saison, une tarte au citron, une ganache chocolat et quand on a de la chance, une Pecan Pie dont Quina la pâtissière (à droite sur la photo) est la spécialiste.
Et puis, bien sûr beaucoup de fromages parfaitement affinés qui s'allieront avec les vins. Comme ces chèvres frais en provenance directe du Maine-et-Loire ou quelques autres du Quercy.

C'est une région qu'Edouard Bergeon affectionne. Il y a réalisé le documentaire les Fils de la Terre à partir de la vie quotidienne de Sébastien Itard et qui a été adapté au théâtre par Elise Noiraud et que j'ai vu il y a deux semaines. Et il soutient la démarche des éleveurs qui commercialisent leur lait et leurs fromages sous le nom de Vallée du Lot.

Il défendra aussi Alexandre Bain à qui on vient de retirer le droit de mentionner Pouilly Fumé sur ses bouteilles pour d'obscures intérêts, parce qu'il travaille dans son chai à l'abri de tout procédé technologique et oenologique, sans ajout de levure, de sucre, d'enzymes, ni de de colles. Son reportage s'intitulera "la vie sans AOC".

Il s'apprête à partir en Ethiopie pour tourner un 52 minutes pour France 5 sur les petits producteurs de miel. Le sujet est d'actualité et de magnifiques photos sont exposées actuellement sur les grilles du Jardin du Luxembourg.
Pour Edouard ce sera le début d'une série qui l'entraînera à la découverte du poivre, du riz, du safran ... que l'on peut s'attendre à retrouver dans les assiettes du restaurant sous l'impulsion des jeunes chefs avec qui il s'est associé.

Il ne faut pas quitter ce quartier du boulevard du Temple sans aller chiner dans la Boutique Bis Solidaire qui est presque en face du restaurant, au numéro 7 (tel : 01 44 78 11 08). Elle offre à tout le monde, hommes et femmes, l'opportunité d'enrichir sa garde-robe de vêtements griffés, sans dépenser une fortune et faire oeuvre de réinsertion sociale.

J'y ai vu de très jolies robes et chaussures à moins de 10 euros. C'est déjà une référence dans le monde de la mode.
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue proviennent de la page Facebook du restaurant.

jeudi 29 octobre 2015

Rencontre avec Françoise Bourdin

Quatrième auteur française en nombre de livres vendus (derrière Guillaume Musso, Marc Levy et Katherine Pancol), avec 8 millions d'ouvrages, tel est le palmarès de Françoise Bourdin qui est malgré cela très peu souvent relayée dans la presse.

Elle n'en a pas besoin. Le public oui. Parce que lorsqu'on ne la connait pas on ne pense pas spontanément à la lire alors que ses romans sont vraiment bien construits et plutôt dopants.

J'en ai fait l'expérience parce que je devais la rencontrer et que je n'aime pas aborder un auteur en n'ayant pas une "petite" idée de son travail. Je suis tombée dans la marmite Bourdin, enchainant les romans, d'abord les deux plus récents, Au nom du père et la Promesse de l'océan, puis tous ceux que j'ai pu rafler chez une amie que j'aidais à déménager.

Je suis ainsi remontée assez loin dans le temps. Et ce qui est formidable avec les romans de Françoise Bourdin, c'est qu'ils ne sont pas comme les yaourts. Ça ne se périme pas. La thématique qui les traverse touche à la quête de la place. Elle reste universelle.

J'ai tout aimé. J'ai même poussé mon sens du devoir en ouvrant un livre d'un des auteurs auxquels on la compare et je la trouve franchement un cran au-dessus. Son écriture est plus rythmée. Ses personnages ont davantage de réalité. Et surtout elle ne fait pas appel à des puissances occultes résidant dans l'au-delà pour les tirer du pétrin. Ils trouvent en eux-mêmes les ressources nécessaires, ce qui fait qu'on peut se projeter dans leur histoire et en tirer bénéfice. Vous ne risquez pas grand chose à vérifier par vous-même si vous pensez que j'exagère.

Il se trouve que je ne l'ai pas rencontrée en chair et en os, la faute à un coup de froid à ce qu'on m'a dit. Mais j'ai eu, depuis, une longue conversation téléphonique qui m'a confortée dans mon opinion.

Françoise Bourdin se donne à fond dans ce qu'elle entreprend. Qu'il s'agisse d'écriture où elle gagnerait, je pense, un prix si on dressait le palmarès de la meilleure documentation. Qu'il s'agisse de bricolage dans sa maison normande où il y a tout le temps à faire. Elle affirme manier aussi allègrement la perceuse, la scie sauteuse, le pinceau. Elle adore les travaux domestiques qui lui offrent le loisir de laisser son esprit vagabonder aussi vite qu'il en est capable.

Car, comme le disait Julien Green : la pensée vole, les mots vont à pieds.

C'est en bricolant qu'elle réfléchit le mieux, ou peut-être encore en voiture. Le souci est de ne pas perdre les idées qui ont germé. Elle a toujours un petit carnet sur elle pour noter quelque chose mais pour cela il ne faut pas être au volant. Elle a tenté d'employer un dictaphone mais elle a abandonné car les bruits de fond couvraient sa voix.

Dès qu'elle le peut elle s'attelle à l'ordinateur qui est un outil "royal" quand on en a pris l'habitude même s'il prédispose  la répétition puisque le regard ne peut pas balayer les double-pages des gros cahiers dans lesquels elle a longtemps écrit.

Elle aime ce travail, qu'elle qualifie aussitôt de "plaisir" d'écriture. Rien ne la réjouit davantage que la construction d'une histoire, estimant que certains écrivains ont un peu perdu cet objectif de vue depuis l'époque du "nouveau roman" : Je pense qu'il faut que l'auteur fasse bien son boulot. Il y a tant de livres qui arrivent sur les étagères chaque semaine qu'il ne faut pas décevoir celui qui sort 20 euros de son porte-monnaie.

Françoise Bourdin est très exigeante envers elle-mêmeregrettant une époque où son éditrice osait pointer un passage où l'intérêt faiblissait ou encore la prévenir qu'un personnage devenait soudainement confus ... Avec l'expérience elle a un regard vif sur son propre travail. Mais surtout elle a la chance d'avoir des filles trentenaires qui sont ses premières (très bonnes) lectrices critiques dès que les feuilles sortent de l'imprimante.

Si je me focalise sur ses deux derniers romans on notera que l'on évolue tout de même dans un milieu très masculin, que ce soit la course automobile dans Au nom du père ou la pêche en mer dans la Promesse de l'océanToutes les femmes qui traversent ses romans sont des guerrières, des féministes, et ont beaucoup de son caractère. Des femmes capables de beaucoup de féminité, mais exerçant un métier d'homme, ou du moins une profession où les hommes font référence.

Ces femmes sont inscrites dans un territoire, la Sologne dans le premier, la Bretagne dans le second, autour du port d'Erquy, spécialisé dans la pêche de la coquille Saint-Jacques. Le prochain se déroulera en Haute-Normandie, près du Havre car c'est une ville injustement mal aimée au-dessus de laquelle se trouve la fantastique bourgade de Sainte-Adresse qui, à flanc de colline, est aussi belle qu'Honfleur.

Françoise Bourdin est profondément ancrée dans une région. Si elle ne la connait pas, si elle n'y a pas vécu, elle s'y transportera pour s'imprégner de son ambiance. Elle ne se satisfera pas de deux-trois documents glanés sur Internet : les gens sont tellement habitués à des images que je mets un point d'honneur à soigner mes descriptions.

Elle sait que pour embarquer son lecteur il faut placer au bon endroit quelques détails qui installeront le décor. Il faut beaucoup de recherche avant que ces éléments apparaissent. Elle adore entrer dans des mondes qu'elle ne connait pas, découvrir des métiers dont elle ne connait pas les rouages. Elle effectue un travail d'investigation comme un journaliste mais en se présentant comme écrivain elle provoque les confidences plus facilement.

Son écriture est très provinciale, dans le sens noble du terme, comme on aurait pu le dire de Balzac. Mais d'un Balzac solidement débout dans la société contemporaine. Ses personnages révèlent une fragilité. Ils ont des difficultés à exprimer leurs sentiments, sont tiraillés par le devoir, la passion, leur carrière et elle creuse dans leurs failles, mais ils ont la chance de rencontrer du soutien. Car la famille et l'amitié sont des valeurs essentielles.

Elle a été l'enfant d'un couple de stars, avec un papa baryton et une maman soprano qui l'emmenaient dans les lieux prestigieux où ils se produisaient. Elle a bien connu les coulisses des grandes scènes, ce qui a sans doute déterminé sa vocation pour les belles histoires. Ce qui ne signifie pas qu'elle écrive sur elle-même. C'est bien connu : il n'y a que le premier livre qui soit (un peu) autobiographique.

Elle a longtemps pratiqué l'équitation, le tir de compétition, le pilotage. Ses personnages, les femmes comme les hommes, lui ressemblent en quelque sorte, assumant une double facette : féminine, et masculine. Aucun n'est lisse.

On s'attache vite à eux. Les lecteurs réclament des suites mais Françoise Bourdin résiste : je vais pas les accompagner tous jusqu'à la mort. De temps en temps pour avoir l'occasion de développer leurs caractères j'entreprends malgré tout une saga sur deux tomes.

Avec la Promesse de l'océan elle met en scène un petit bout de femme qui fait un métier d'homme, et qui reprend l'affaire de son père, après un AVC qui l'a beaucoup diminué. Mahé ne veut pas être regardée comme la fille d'Erwan, mais comme une vraie patronne. Elle doit aussi se confronter au secret qui entoure la mort de son premier amour, noyé un soir de tempête.

J'estime que Françoise Bourdin prend comme un tournant avec ce livre, évoluant vers une construction qui évoque le thriller. Il se trouve que c'est un genre qu'elle affectionne et dont elle s'estime très éloignée. Elle envie ce talent aux anglo-saxons qui ont placé la barre très haut en matière de suspense. 

Après avoir dans sa jeunesse admiré les maitres français du XX° (comme Bazin) qui publiaient des histoires de famille elle se nourrit précisément davantage désormais des thrillers anglo-saxons. Elle retient de leur savoir-faire une manière d'entrer dans la scène le plus tard possible et d'en sortir le plus rapidement possible, comme le fait un scénariste pour construire un film.

C'est une expérience qu'elle a d'ailleurs acquise. On lui doit de nombreux téléfilms comme Retour à Fonteyne, des épisodes des Cordier, juge et flic ...

Je vous encourage à lire ses romans. Je sais que le prochain traitera d'un sujet très actuel et qui me concerne parfois d'un peu trop près, le burn out. Je vais tâcher de l'attendre avec patience.

mercredi 28 octobre 2015

Le Salon du Chocolat édition 2015

Pendant 5 jours, le Salon du Chocolat de Paris accueille gourmets et gourmands pour découvrir l'univers du cacao, rencontrer les marques emblématiques de la profession et les meilleurs artisans de France et du monde entier.

Un programme unique d'animations gourmandes et festives attend les visiteurs : démonstrations de recettes par les plus grands chefs et chefs pâtissiers, conférences, spectacles des pays producteurs de cacao, cours de pâtisserie, séances de dédicaces, ateliers ludiques pour les enfants, expositions... sans oublier le célèbre Défilé de robes en chocolat par lequel je commence traditionnellement mes billets sur le Salon.

Je me suis demandée si la créativité ne s'essoufflait pas un peu. Certes, il y avait une incroyable tenue  conçue par Anne-Lise Duriez-Grandjean et Vianney Bellanger pour les chocolats Bellanger, portée par Elizabeth Tchoungui qui se déployait autour d'une armature digne du XVIII° siècle mais ce n'est pas portable, même en rêve.

Il y eut un duo d'armures dessinées par Benjamin Bout pour Ben Brass, de couleurs vives, et pour cause puisqu'il s'agissait de Smarties que portaient la chanteuse Alizée et son compagnon, le danseur Grégoire Lyonnet (Danse avec les stars, sur TF1). A coté d'eux, l'auteure Saïda Jawad en robe presque blanche stylisée par Marion Bartoli et chocolatée par Arnaud Larher.
Sur la photo ci-dessus on reconnait à l'extrême droite avec son chapeau de cow-boy, la chanteuse (ex-candidate de The Voice, sur TF1 et fille de Bernard Tapie) Sophie Tapie en robe Joanna Winblad chocolatée par Vincent Guerlais, en jupe rouge, juste à coté de Léa Deleau, tête d'affiche de la comédie musicale Résiste, en robe Max Chaoul chocolatée par Jean-Paul Hévin que l'on croirait recouverte d'une de pluie de papillons.

Etonnamment plusieurs compositions se ressemblaient. Comme bien entendu celles de l'animatrice Karima Charni dans une robe Manon Bressel-Cancel, sur jupon rouge (elle aussi) chocolatée par Joël Patouillard, et celle de sa soeur, l'animatrice Hedia Charni,  en robe Jean-Marc Rué, chocolatée par Keiko Orihara pour Monsieur Chocolat.
On les voit ici donnant la main à Miss France 2015, Camille Cerf, en robe Réouven Zana chocolatée par Frédéric Anton et Christelle Brua (Pré Catelan).

On devine à l'extrême gauche dans un drapé la danseuse Fauve Hautot (Danse avec les stars, sur TF1) en robe dessinée par Tara Byakko et chocolatée par Patrice Chapon. Autre drapé avec la robe de Joffrey Mongin chocolatée par Eddie Benghanem (chef pâtissier du Trianon Palace) pour l'actrice Nadège Beausson-Diagne. 

Il y avait décidément beaucoup de rouge. C'était la couleur de l'armure de la chanteuse Koxie en robe Jeremy Bueno, chocolatée par Jeffrey Cagnes (chef pâtissier de la Maison Stohrer), et de la jupe de Karima Charni, conçue par Manon Bresson-Cancel, chocolatée par Joël Patouillard, Meilleur Ouvrier de France.
Sur la gauche, en robe princesse simplissime, la joueuse de tennis Tatiana Golovin dans une robe dessinée par Florencia Soerensen et chocolatée par Philippe Bernachon.

Egalement sobres (mais on ne se rend pas toujours compte des difficultés techniques) l'ourlet de coeurs roses de la robe Agatha Ruiz de la Prada, chocolatée par Des Lis Chocolat pour l'animatrice Sandrine Arcizet. Et les rubans sur la robe dorée de Tiphaine Haas, faite par Tae Ashida et Hironobu Tsujigushi pour le Chocolat de H.

Il y avait moins de modèles, moins de grands chocolatiers même si on retrouvait quelques fidèles. Par contre davantage de chefs pâtissiers. Il faut aussi reconnaitre que le thème imposé, le classique réinventé, n'était pas propice à la folie que l'on a connu dans les éditions précédentes. Sortait du lot malgré tout, mais je ne l'ai pas photographiée la tenue tout en dentelles, en fines franges et en transparence, portée par Karine Lima, faite par Jean-Paul Benielli et Damien Piscioneri pour le Café Pouchkine. Le spectacle a été ponctué par les happenings musicaux du groupe Quint'elle, composé de cinq virtuoses russes.
Des sculptures, on en voit beaucoup. Cela semble très tendance. C'est par exemple cet ensemble assez impressionnant de Jean-Luc Decluzeau pour Leonidas avec un lustre surplombant une robe.
Un lapin attendrissant échappé de l'univers d'Alice au pays des merveilles par Jean-Charles Rochoux.
Le monumental et colossal "Wild Choco Bear" de Richard Orlinski, chocolaté par Christelle Brua et Frédéric Anton du Pré Catelan.
Cette année les organisateurs ont voulu redonner une place prépondérante à la fève. Les producteurs ont investi le rez-de-chaussée dans un espace Business to Business et on pouvait voir de très belles cabosses, fraîchement arrivées.

dimanche 25 octobre 2015

Prix de photographie Marc Ladreit de Lacharrière pour Klavdij Sluban et exposition In situ d'Eric Pilot, lauréat 2014

Le Prix de photographie Marc Ladreit de Lacharrière a été remis à l'Académie des Beaux-Arts le 23 octobre 2015 à Klavdij Sluban pour son projet "Divagation sur les pas de Bashô", un parcours poétique inspiré par les voyages entrepris par le poète au XVIIe siècle à travers le Japon.

Le Prix de Photographie a été créé en 2007 à l’initiative de Marc Ladreit de Lacharrière, membre de l’Académie des beaux-arts qui est l’une des cinq Académies composant l’Institut de France. Il a pour vocation d’aider des photographes confirmés à réaliser un projet significatif et à le faire connaître au public. D’un montant de 15 000 euros, il récompense un photographe français ou étranger travaillant en France, sans limite d’âge, auteur d’un projet photographique réalisé et exposé à l’Institut de France dans l’année suivant son attribution.

Klavdij Sluban est né en 1963 à Paris. Il passe son enfance à Livold en Slovénie et étudie en France où il obtient une maîtrise de littérature anglo-américaine. Il se passionne dès l’adolescence pour la photographie et effectue en 1986 un stage de tirage noir et blanc dans l'atelier de Georges Fèvre. Puis il voyage, s’installe dans la campagne slovène et revient en France en 1992 pour se consacrer à la photographie. Depuis 1995, il photographie les adolescents en prison en France, en ex-Yougoslavie, en ex-Union Soviétique, en Amérique latine, partageant sa passion avec les jeunes détenus en créant des ateliers photographiques.

Photographe-auteur majeur de sa génération, Klavdij Sluban mène une œuvre personnelle souvent empreinte de références littéraires, en marge de l’actualité immédiate. Ses cycles photographiques vont de l'Est jusqu'aux îles Kerguelen. Ses travaux sont conservés et exposés dans de nombreuses institutions. En 2013, le Musée Niépce lui a consacré une rétrospective. Il a reçu de nombreux prix et bourses, et a publié de nombreux ouvrages.
Son projet propose une pérégrination inspirée par les voyages que fit Bashô au XVIIe siècle à travers le Japon féodal. Si Bashô est connu pour ses haïkus dont il est le maître incontesté, ses journaux de voyage n'en sont pas moins considérés comme un classique de la littérature. Mêlant prose et poésie (haibun), ces récits forment une sorte de cheminement hors du temps et de l'espace, une sorte d'intrusion dans l'utopie. En suivant les traces de Bashô, il s'agit de traduire photographiquement le temps et l'espace d'un voyage où le but n'est pas de transcrire ce qu'il aurait fallu voir mais ce que l'auteur a ressenti au plus près chemin faisant.

Ainsi Kyoto-Tokyo sera fait à pied (370 km) en 15 jours. Le ferry sera pris pour visiter l'île de Sado, trains à grande vitesse et bus mèneront jusqu'aux temples. À cette pérégrination au libre cours sera associée une série de portraits de Japonaises et de Japonais, sur fond neutre, accompagnés d'un texte dans lequel ces personnes de milieux, d'âges, de pensées diverses, raconteront leur sentiment intime sur le Japon contemporain.

Le projet, comme celui des autres finalistes, est présenté dans le cadre de l’exposition des travaux du lauréat de l'an dernier, Eric Pillot (ci-dessous avec Yann Arthus-Bertrand).
Il a réalisé une série absolument magnifique intitulée "In situ - États-Unis" consacrée à l’animal dans les parcs zoologiques de l’Est des Etats-Unis. Cette nouvelle série prolonge le travail mené par le photographe dans les zoos européens depuis plusieurs années.
Il invite à regarder l’animal sauvage comme un être singulier, avec cette particularité d’être photographié dans des décors artificiels et scénarisés par l’homme, révélant ainsi des émotions contenues et notre imaginaire.

Ce travail lui a également donné la possibilité de photographier des espèces rarement montrées dans nos contrées.
Ses clichés sont incroyables de beauté, de sensibilité et artistiquement irréprochables. Aucune photographie n'a bien entendu été retouchée mais dans le public nombreux étaient ceux qui auraient parié sur un travail alliant l'aquarelle et l'incrustation numérique.

C'est une exposition d'accès libre qu'il faut aller voir et c'est un but de promenade à faire aussi avec des enfants.
Né en 1968, Eric Pillot vit et travaille à Paris. Il découvre la photographie après avoir effectué des études scientifiques (École polytechnique et agrégation de mathématiques), étudié la musique et travaillé plusieurs années comme ingénieur.

Il effectue depuis plusieurs années un travail poétique, centré sur l’animal, qu’il photographie dans les décors de nombreux parcs zoologiques, mais il s’intéresse également aux paysages.

Ses photographies ont été présentées depuis 2008 dans une soixantaine d’expositions personnelles et collectives, en Europe, en Asie et en Australie.
La Revue des Deux Mondes consacre un hors-série au projet "In Situ - Etats-Unis". La publication est disponible sur le site internet de la Revue, en librairie et au Palais de l'Institut pendant la durée de l'exposition.

In situ - États-Unis d’Eric Pillot, lauréat 2014
Palais de l’Institut de France 27 quai de Conti, 75006 Paris
Du 22 octobre au 22 novembre 2015
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
Entrée libre
vendredi 23 octobre : ouverture au public de 15h à 19h
vendredi 6 novembre : ouverture jusqu’à 20h (vernissage du festival Photo Saint-Germain)
samedi 21 novembre : ouverture jusqu’à 19h
fermeture les mercredis 11 et 18 novembre

samedi 24 octobre 2015

Aussi loin que possible d'Eric Pessan à l'Ecole des loisirs

Je connais Eric Pessan. Je l'apprécie en tant qu'auteur pour adultes.   Il écrit du théâtre, de la poésie, des romans. Muette était exceptionnel de sensibilité. J'avais écrit de son premier livre dans le domaine de la littérature jeunesse, Plus haut que les oiseaux, que c'était un de ces petits bijoux de romans, soit disant pour ados, que bien des adultes gagneraient à lire, et à méditer même s'il est vrai que c'est plus chic de prétendre qu'on passe ses nuits à re-lire Crime et châtiment de Dostoïevski.

Le thème de la fugue, central dans Muette, est encore traité dans Aussi loin que possible où, après la hauteur, il explore la longueur. C'est son quatrième en littérature jeunesse.

Malheureusement la couverture n'est pas attrayante et absolument pas représentative du plaisir de lecture que l'on peut ressentir. Passons outre, le livre a tant de qualités même si la métaphore de la course à pieds n'est pas nouvelle.

A cet égard je vous renvoie aux films de régis Wargnier, la Ligne droite ou De toutes nos forces de Nils Tavernier. Ou au roman de Jean Echenoz, Courir, aux Editions de Minuit, octobre 2008.

Métaphoriquement la course permet de transcender un état de rébellion et d'entrer en résistance. Contre le mauvais sort qui, par définition, est injuste, et contre soi qui n’a pas d’autre issue que de continue à avancer.

Antoine et Tony n’ont rien comploté. Ce matin-là, ils ont fait la course sur le chemin du collège. Comme ça, pour s’amuser, pour savoir qui des deux courait le plus vite. Mais au bout du parking, ils n’ont pas ralenti, ni rebroussé chemin, ils ont continué à petites foulées, sans se concerter. La cité s’est éloignée et ils ont envoyé balader leurs soucis et leurs sombres pensées.

Ils quittent le Val enchanté qui n'a d'enchanté que le nom, s'éloignant du petit parc où un jardinier a reçu une bouteille de bière sur la tête l'an dernier. A cet endroit Eric Pessan aurait pu mettre un astérisque expliquant l'allusion au précédent roman.

Les deux ados n'ont rien prémédité : parfois on fait des choses sans réfléchir et on en voit le sens bien plus tard (p.11).

C'est dur mais avec pour carburant la tristesse pour Tony, la colère pour Antoine, ils ne risquent pas de rebrousser chemin. Surtout, on a moins peur en courant qu'en restant immobiles, figés dans nos vies (p. 41).

L'auteur interroge le poids du temps qui passe et la valeur des petites choses : au bout de deux heures, s'étonne Antoine, j'ai remplacé deux heures banales de ma vie par deux heures magnifiques. Ce qui pourrait apparaitre comme un acte de bravoure, voire de folie est en réalité une voie vers la liberté.

Car ce qui peut rendre fou, c'est de vivre dans la peur. Celle d'être séparé de ses parents parce qu'il leur manque deux ou trois coups de tampon sur un formulaire. Ou celle de se prendre une dérouillée parce que son père a envie de passer ses nerfs et que sa mère ne dira jamais rien. En définitive, on a moins peur en courant qu'en restant immobiles, figés dans nos vies (p. 41).

Le lecteur ne s'ennuie pas tout au long du parcours. Il vit comme eux au présent, dans le présent, avec pour préoccupations majeures manger, dormir et rester en bonne forme, malgré l'asthme, l'hypoglycémie, le réveil d'une vieille foulure, les mauvaises rencontres. Avec pour seul viatique le contrôle de leur respiration : deux inspirations par le nez, une longue expiration par la bouche.

La liberté peut prendre des formes différentes. Celle de rester en France ou de devenir ce que l'on souhaite, par exemple écrivain pour guérir des blessures causées par le silence.

Aussi loin que possible d'Eric Pessan à l'Ecole des loisirs, en librairie depuis le 30 septembre 2015
Sélectionné au Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil, catégorie Pépite du Roman Ado Européen 13 ans et plus

vendredi 23 octobre 2015

La maison Barthouil de Peyrehorade a son comptoir parisien

Le comptoir parisien de ce producteur du Pays Basque a ouvert il y a deux ans dans le Marais parisien, dans un immeuble multicentenaire où on croirait qu'il est installé depuis des décennies.

La devanture de Barthouil attire l'oeil gourmand des habitants du quartier comme des touristes. Ce sont les saumons qui exercent cet effet avec l'étendue de la gamme de couleurs.

Mais si la maison a un savoir-faire très prisé dans ce domaine c'est tout de même avec les foie gras que sa réputation s'est construite, quand Gaston Barthouil ouvrit une charcuterie en 1929 en plein centre de Peyrehorade pour y vendre ses jambons et ses foies. Il avait de qui tenir, son père était boucher.

Le fils Jacques travailla dans la continuité à coté de sa maman Carmen. Il reste présent aujourd'hui, et les photos révélant son amour pour les saumons, surtout celui de l'Adour, continuent de circuler mais ce sont ses deux filles Pauline et Guillemette qui sont désormais aux manettes, entourées d'une solide équipe.
La spécificité des foies commercialisés par Barthouil tient au choix exclusif de canards Picaillon, une race rustique à croissance lente, réclamant un tiers de temps de plus que les canards utilisés habituellement. L'animal, timide et fragile, grandit dans les fermes de 6 éleveurs-gaveurs qui sont en contrat exclusif. Ils sont nourris de céréales qui, de plus en plus, sont produites sur les exploitations.
C'est une soixantaine de références qui sont proposées, tous conditionnement confondus, ce qui représente une douzaine de spécialités. Comme le foie au torchon, qui s'imprègne des parfums pendant 5 jours dans un bouillon, ou le cuit sous vide "à ma façon". L'objectif est de concentré les arômes à l'intérieur. Voilà pourquoi, même si cela occasionne une perte de matière, on préfère maintenir l'éviscération à froid.

On a trop éloigné le consommateur du goût authentique en l'incitant à le servir avec des compotées souvent trop sucrées et des pains briochés. Rien n'est meilleur qu'une tranche de pain frais provenant d'un boulanger travaillant avec du levain.
La maison Barthouil célèbre l'automne avec une nouveauté où l'abricot et la châtaigne sont de discrets exhausteurs de goût. Ce foie est spectaculaire du point de vue de son goût et de sa longueur en bouche. On croit qu'on connait et on découvre qu'il nous reste des surprises à expérimenter ... en complément de ce qu'on a pu goûter par exemple au Paris Basque en juin dernier.

jeudi 22 octobre 2015

3ème édition de l’Outsider Art Fair

La petite a grandi. Elle prend ses quartiers dans un nouveau lieu pour pouvoir accueillir plus de galeries et toujours le meilleur de l’art brut et de l’outsider art en off de la Fiac.

Après deux éditions françaises couronnées de succès dans un hôtel parisien, l’Outsider Art Fair déménage donc dans l’ancien hôtel particulier du Duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, pour une 3ème édition élargie. L'Hôtel du Duc, érigé dans les années 1850, est un véritable espace d’exposition de 1000 m2 au coeur de Paris, proche de l’Opéra Garnier, sur trois étages avec parquet, miroirs et moulures d’époque, une architecture classique et chargée d’histoire.

Foire de référence de l’art brut et outsider installée depuis 23 ans à New York, l’Outsider Art Fair, dirigée par Rebecca Hoffman, poursuit son développement avec 36 galeries internationales.

Institution partenaire, la Halle Saint Pierre y installe sa librairie de référence hors-les-murs, et propose une sélection de livres, de catalogues et de revues, ainsi que des ouvrages inédits disponibles pour la première fois en France. Revue de référence pour l’art brut international, Raw Vision est également pour la première fois partenaire de la foire et proposera un stand dédié.
L’Outsider Art Fair met les créateurs du monde entier à l’honneur en continuité avec son édition new-yorkaise. On y trouve des oeuvres de personnalités déjà reconnues comme Shinichi Sawada, qui est un des artistes les plus emblématiques de l’art brut japonais, mais aussi une sélection d’artistes singuliers découverts par les galeristes et parfois jamais montrés en France.

Je n'ai pas la prétention de faire cette fois ci un tour d’horizon exhaustif de l’art brut et de l’outsider art international. J'avais présenté l'essentiel lors de la première édition. J'ai choisi aujourd'hui de n'évoquer que trois artistes. Le hasard veut que ce soit des femmes. Il n'y avait là rien de prémédité.

La première était déjà exposée il y a trois ans. La deuxième est une artiste reconnue bien que peu célèbre et présente pour la première fois ici. La troisième est une totale découverte. Et je vais commencer par elle ...

Avec une parisienne de 91 ans qui bénéficie ici de sa première vraie exposition avec la présentation de pièces d'exception par la galerie Claire Corcia. Avec ses Figures d'ailleurs Sabine Darrigan nous entraine sur un territoire à la fois familier et différent, comme pour nous réconcilier avec l'ailleurs avec un travail empreint de spiritualité.

Elle a suivi un enseignement ménager auprès de religieuses, ce qui était assez banal dans les années 40. Elle est devenue enseignante et a créé un cours où ses élèves apprenaient à fabriquer des marionnettes.

Plus tard elle sera professeur de français à la cour du Danemark tout en suivant une formation de modéliste. Ses chapeaux puis ses masques auront un beau succès aussi bien en Scandinavie qu'à Paris où elle revient dans les années 50.

Son travail est extrêmement soigné, composé de tissus et matières précieuses, de perles et de galons. Chaque objet surprend par sa fraicheur. On le croirait exécuté avec du neuf. Son Moine, ci contre en gros plan, en témoigne. Cette figure totémique fait un peu plus de 140 cm de hauteur.

Sabine Darrigan a exposé brièvement dans une vitrine Hermès ou aux cotés de Jean Cocteau Galerie de l'Opéra, et parfois fugitivement dans une galerie. L'Outsider Art Fair pourrait être le tremplin qu'elle mérite.
Toute nouvelle dans cette manifestation, voici Marie-Rose Lortet, une jeune strasbourgeoise puisqu'elle n'a que 70 ans... Tout est relatif.

On reste dans le domaine de la haute couture, mais avec ici de "petits ouvrages tricotés". Remarquée par Jean Dubuffet, plusieurs de ses oeuvres ont été acquises par le musée de Lausanne. On la voit pour la première fois à l'Ousider Art Fair grâce au travail de sa galeriste Marie Finaz.

Elle présente des maisons en architecture de fils où le rapport à l'ombre devient sculpture, des miniatures (la souris M'as-tu-vue ?), des petites têtes et des masques (Mutin, ci-dessous) qui prennent des allures de visages. C'est remarquablement beau et délicat, semblant fragile au-delà du raisonnable.
Enfin, et toujours dans la précision du détail, Sabrina Gruss qui expose ses Cadavres exquis, Petites dépouilles et Défunts animés qui composent un peuple tout en os et sans couleur que l'on peut retrouver chez la galeriste Béatrice Soulié.
Je vous encourage à noter cette manifestation récurrente sur votre agenda. Allez-y cette année, l'an prochain, les deux. Ce sera à l'Hotel du Duc pour plusieurs éditions, toujours à la même période.
Outsider Art Fair
Hôtel du Duc
22 rue de la Michodière, 75002 Paris
Entrée libre
du jeudi 22 octobre 2015 au dimanche 25 17 heures
N.B. : les trois galeries citées sont parisiennes et accessibles toute l'année

mercredi 21 octobre 2015

Et les rêves prendront leur revanche d'Hugues Royer

Certains livres apparaissent "tout nus" en librairie. D'autres bénéficient de parrains et marraines et sont bénis au champagne avant de faire leur entrée sur la scène. C'était le cas pour le nouveau livre de Hugues Royer qui a fait l'objet d'un lancement très médiatique.

J'ai croisé à l'hôtel Montalembert Géraldine Beigbeder, Michel Drucker, Evelyne Dress, Philippe Harel, François Bayrou, le père Alain de la Morandais, magnifique dans une veste de velours noir, et puis Tristane Banon toute fraiche et pimpante sortie de maternité qui avec sa fille Tanya semblait être la vedette de la soirée.

La présence d'Hugues Royer était finalement assez discrète alors qu'il devait être le héros en toute légitimité. D'abord parce que la soirée lui était dédiée et surtout parce que c'est quelqu'un de profondément sincère.

Avoir des amis célèbres ne diminue en rien son talent. Cela aide à attirer l'attention sur sa dernière oeuvre, mais son recueil de nouvelles, intitulé Et les rêves prendront leur revanche, sait parfaitement se défendre tout seul.

Ancien professeur de philosophie, Hugues Royer est aujourd’hui journaliste. Il a publié plusieurs romans, essais et biographies. Avec ce dernier livre il renoue avec une écriture plus personnelle au travers de textes qui flirtent avec l'univers du conte et qui dégagent quelque chose de l'ordre du fantastique.

On sent l'influence que les grands philosophes exercent sur cet auteur qui cite Kant, Hegel, Spinoza ... On croise, c'était inévitable, des personnalités du monde de la chanson et de la télévision que l'on reconnait très vite derrière leur pseudonyme. Il n'est d'ailleurs pas indispensable de savoir de qui on parle. Sauf pour la Calomnie (p. 137) parce que c'est important de rétablir la vérité. C'est un texte que j'ai beaucoup apprécié. Je vous recommande aussi Garde à vue, qui est presque terrifiant.
Hugues Royer traite de sujets brûlants comme la crise économique, le harcèlement en entreprise, la prégnance de l'intelligence artificielle, la religion, qu'elle soit vécue avec foi, ou envisagée comme planche de salut. Il regarde la maternité et la paternité du côté des enfants ou se place du coté des adultes. Arracher la reconnaissance de ses ascendants peut conduire très loin.
Toutes ses nouvelles ont en commun la poursuite d'un but, plus ou moins conscient, la (re)conquête d'une paix intérieure. La lecture est facile et on se laisse happer très vite. On referme le livre en se disant que la vie obéit à un mouvement de balancier qui ne se stabilise pas facilement.

Hugues Royer a été heureusement inspiré par cette phrase de Saint-Exupéry qu'il a faite sienne : "Fais que ton rêve dévore ta vie, afin que la vie ne dévore pas ton rêve." Le respect de soi et l'intégrité sont des valeurs qui sont portées par son écriture.
Et les rêves prendront leur revanche de Hugues Royer en librairie depuis le 15 octobre 2015

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