mercredi 31 août 2016

Le jeu de l'amour et du hasard mis en scène par Salomé Villiers

Salomé Villiers avait créé ce Jeu de l'amour et du hasard en coréalisation avec le Lucernaire en avril dernier. Ce fut un succès cet été en Avignon et revoilà cette pièce dans le théâtre de la rue Notre-Dame-des-Champs jusqu'au 23 octobre.

Voilà six ans que Salomé Villiers, François Nambot et Bertrand Mounier, ont baptisé leur compagnie : La Boîte aux Lettres. Un nom choisi intentionnellement pour signifier la réunion de talents de multiples horizons : comédiens, metteurs en scènes, auteurs, chanteurs, compositeurs et danseurs. Les Lettres pour mettre en avant les textes classiques, revisités et livrés à un public conquis par la modernité des partis pris de mise en scène associée à la puissance de la langue des grands auteurs.
Après un fantasque Labiche (Mon Isménie et La Dame aux jambes d’azur en 2009), un Feydeau déjanté (Amour et Piano en 2010), et un Garcia Lorca intense (Yerma en 2011), ce Jeu de l’Amour et du Hasard de Marivaux va conquérir le public.

Il faut beaucoup d'audace pour monter la pièce probablement la plus célèbre de Marivaux. La jeune femme a transposé la situation (presque) à notre époque et dans un jardin anglais bruissant de chants d'oiseaux. Des esprits chagrins n'apprécieront pas. De mon point de vue ils auront bien tort parce que le parti-pris est tenu jusqu'au bout et que les acteurs interprètent cette comédie à merveille. Je craignais de m'ennuyer (parce que je connais la pièce) et je suis sortie conquise.

Pour ceux qui auraient oublié l'intrigue : Orgon, le père de Sylvia annonce à sa fille son intention de la marier à Dorante, qu'elle n'a jamais rencontré. Elle demande à sa servante Lisette de se faire passer pour elle afin d'avoir des informations de première main sur le fiancé qu'on lui destine. L'idée serait bonne si le jeune homme n'avait décidé de prendre les vêtements de son valet Arlequin.

Chacun tombe immédiatement amoureux de sa chacune et les rebondissements se succèdent sous le regard plutôt complice du père et du frère Mario.

Les rires fusaient en permanence ce soir, témoignant de la qualité du jeu et de la modernité d'un texte écrit tout de même au XVIII° siècle mais que l'on entend parfaitement parce que la diction n'est pas sacrifiée. La performance mérite d'être soulignée.
L'emploi de la vidéo (projetée sur un grand drap que l'on tire au moment idoine) pour ponctuer chaque acte est très judicieux parce qu'il installe un lien complice et décalé avec le spectateur (pour peu qu'il accepte de se laisser convaincre par un nouveau regard). Les costumes sont datés XX°siècle et les musiques pop et rock nous replongent dans les années soixante dont il est utile de réécouter les paroles.

On entend Time de David Bowie (1973), puis With A Girl Like You de The Troggs (1966)
Je veux passer ma vie avec une fille comme toi,
Et faire toutes les choses que tu voudras que je fasse (...)
Je peux dire à la façon dont tu es habillée que tu es si raffinée
Et à la façon dont tu parles que tu es exactement mon genre.

Have Love, Will Travel de The Sonics (1965) est un hymne à l'amour fou, aux pulsions incontrôlables (Ton amour si spécial rend un homme dingue, disent les paroles)

Le spectacle s'achève avec ce standard des Beatles (1963) She Loves You rassure : Tu pensais avoir perdu son amour mais non et sois content.
Salomé Villiers a fait un vrai travail dramaturgique pour sa seconde mise en scène qui se sent sur le plateau : Le propos de Marivaux résonne en moi de par ses personnages forts de caractère, pris au piège entre leurs désirs profonds, désirs d’amour ou de reconnaissance, et les règles de la bonne société. Tout en glissant peu à peu vers la critique sociale, nous ouvrons le bal sur une révolution féministe pour conclure par les prémisses d’une révolution humaniste. Peut-on dépasser les codes d’une condition et accéder à la classe supérieure ? Le retour cruel à l’équilibre naturel ne profite qu’aux nobles, bien soulagés de se reconnaître sous le masque des pauvres. C’est là que se trouvent l’amertume et la cruauté derrière la douceur du romantisme car les sentiments amoureux sont en accord parfait avec le jeu des conventions sociales.
Etre aimé pour soi et non pour l'image que l'on projette est une préoccupation éternelle. Comme élaborer des manoeuvres pour s'assurer de la profondeur des sentiments de l'autre avant de s'engager durablement. Je veux un combat entre l'amour et la raison dira Sylvia.

Arlequin rassure Lisette : En changeant de nom tu n'as pas changé de visage. Vous l'aurez compris la pièce marque le triomphe des sentiments vrais.

Je n'abuse pas des teasers mais pour cette pièce c'est très justifié pour achever de vous convaincre de prendre ce risque (mesuré) de vous laisser déconcerter avec ce Marivaux.



Le jeu de l'amour et du hasard de Marivaux
mis en scène par Salomé Villiers
avec Salomé Villiers (Silvia), Raphaëlle Lemann (Lisette), Philippe Perrussel (Orgon), Bertrand Mounier (Mario), François Nambot (Dorante) et Etienne Launay (Arlequin)
Vidéos : Léo Parmentier
Au Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris 01 45 44 57 34
Du 31 août au 23 octobre 2016
Du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 18 heures
Rencontre avec l’équipe artistique le vendredi 16 septembre 2016 à l’issue de la représentation.

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de © Julien Jouvelin ou de © Héléna Soubeyrand - La boîte aux lettres.

mardi 30 août 2016

Le bon fils de Denis Michelis

A peine arrivé dans ma boite aux lettres, Le bon fils a réussi à se faire adopter en doublant tous les autres livres en attente de lecture. Je n'ai pas résisté au style de Denis Michelis qui mélange les genres pour en faire un ouvrage que j'ai trouvé très savoureux.

Je ne savais rien de l'auteur qui signe ici son deuxième roman et je l'ai donc découvert sans aucun a priori. Le sujet est parfaitement raccord avec la rentrée scolaire. Un jeune homme intègre un nouveau lycée, découvre de nouveaux professeurs (et parmi eux mademoiselle Gheorghe avec deux h), de nouveaux camarades, qu'il nous décrira avec un regard impitoyable parce que rien ne change, surtout pas son père qui ne présente rien de nouveau.

S'il n'avait pas écrit ce roman en 2015 Denis Michelet aurait pu pointer aussi les nouveaux programmes. Il s'appuie sur les cours de 1ère Economique et Sociale dont il avait gardé la trace. On ne va pas lui en tenir rigueur quand il critique un système conçu pour simplifier, vulgariser, résumer, répéter jusqu'à plus soif : à quoi servent ces longues et fastidieuses années d'études si c'est pour enseigner les basiques. ( p. 52) 

L'adolescent esquisse une amourette avec la fille aux boutons d'or. Il n'a qu'un véritable ami, un arbre, un frêne, quasiment personnalisé, dont une feuille avise le lecteur qu'Albertin deviendra bientôt Constant. Ce n'est pas une fatalité d'avoir ou d'être un mauvais fils. Denis Michelet n'écrit pas un traité d'éducation. Il mélange les genres avec un texte ou l'on abandonne vite la prétention de démêler le réel de l'imaginaire.

L'emploi des italiques n'est pas nécessairement signe de dialogues, lesquels arrivent sans tiret et ne prennent pas plus nécessairement fin avec un retour à la ligne. Les parenthèses s'ouvrent et se ferment comme des portes qui claquent sur des pensées parasites. Les voix intérieures du père comme du fils se coupent sans cesse la parole, installant la confusion des sentiments qui les agitent. Même les pronoms sont de trop faibles indices puisque le fils, qui raconte sa propre histoire, alterne entre le je et le il pour parler de sa propre personne. 

Une seule chose est annoncée avec certitude dès la page 35, le mauvais fils deviendra bon. Ce qui n'est pas connu c'est le chemin qu'il faudra suivre pour atteindre l'objectif, ni le prix à payer qui s'avère discrètement lourd. On devine des violences, une gifle par ci, un coup par là, des brimades. 

Mauvais fils à la maison, il a vite la réputation d'être mauvais élève : Tu le la joues avec tes grands airs mais en attendant, as-tu seulement pensé à faire des résumés sur fiches Bristol afin de ne pas avoir l'air d'un glandu en cas d'interro-surprise ? (...) je ne vois toujours pas la différence entre le présent perfect et le past simple. (p. 57)

Puis un jour, ou un soir, arrive Hans, un ami de longue date qui leur veut du bien, et qui va s'incruster auprès du père hypocondriaque fraichement divorcé et dépassé par le moindre non-évènement. Hans cuisine, répare, dépanne, conduit, lave, repasse, achète, range, débarrasse, surveille la casserole sur le feu, vérifie, rectifie et corrige ... Puis qui menace : je ne vais tout de même pas jouer les bons pères juste pour la beauté du geste (p.180) dans la vie il y a toujours un prix à payer.

Nous avons basculé dans le fantastique, peut-être même dans le roman noir. Le roman n'abandonne pas les références poétiques et ne lâche pas non plus le ton de la tragicomédie pour nous servir une critique drôle et acerbe de notre conception de la réussite familiale, sociale et même amoureuse.

Denis Michelis dit s'être inspiré du parcours d'un copain de lycée qui racontait que sa mère le giflait pour toute note inférieure à 14 sur 20. L'hystérie des professeurs et des parents autour de la réussite et des bonnes notes n'est pas terminée. Je connais bien des exemples autour de moi.

Ce roman m'a accroché parce que l'écriture bouscule tous les codes, osant passer du classique très français, pour devenir brutalement très prosaïque quand il s'agit de répondre à la violence subie par l'adolescent face à des adultes qui veulent la réussite à tout prix.

Une fois commencé le livre devient vite addictif comme un page-turner qui aurait été composé dans un huis-clos normand où Maupassant aurait invité Stephen King à le rejoindre.

Le bon fils de Denis Michelis, collection Notabila, éditions Noir sur Blanc, en librairie le 25 août 2016

lundi 29 août 2016

Mauviel 1830 à Villedieu-les-Poëles (50) et l'Atelier du cuivre

Dernière étape de mon périple dans le département de la Manche (que je ne prétends pas avoir fini d'explorer) avec la visite d'usine de Mauviel 1830, une de des entreprises patrimoniales que j'aime faire connaitre.

Me voilà revenue à Villedieu-les-Poêles, où j'avais assisté par chance à la dernière coulée de bronze de l'été à la fonderie Cornille Havard.

Je vais essayer de retracer les étapes qui permettent d'aboutir à un objet comme cette miniplaque à rôtir, créée pour un chef américain qui souhaitait y présenter une caille rôtie à table. L'ustensile pèse plus d'un kilo ... Mais il est garanti à vie.

1830 célèbre la fondation de l'entreprise par Ernest Mauviel dans une petite ville surnommée la "Cité du cuivre", où l’on pratique depuis le 12° siècle la poêlerie et la dinanderie (le mot vient de Dinant, en Belgique) qui est la fabrication d’ustensiles de cuisson à partir de métaux bi-laminés (cuivre-inox, multicouche inox). On savait alors comment attirer les artisans, en les dispensant de payer les impôts, en vertu d’un privilège accordé par le Duc de Normandie, qui permit aux Chevaliers de l’Ordre de Malte d'administrer directement la cité.

Sept générations plus tard, Valérie Leguern-Gilbert perpétue le savoir-faire et développe l'entreprise, demeurée à 100% familiale, en conservant un positionnement haut de gamme et en inversant la répartition des ventes pour traverser la crise des années 80.

Après le tournant favorable des années 60 avec une ouverture à l'international, les budgets fondent vingt ans plus tard et les investisseurs privilégient d'autres achats que le matériel. Il aurait fallu se tourner vers une fabrication chinoise pour conserver totalement la clientèle professionnelle. Mauviel fait le choix de rester sur le haut de gamme mais à destination du grand public qui à l'époque ne pesait que pour 20%.

Cette voie sauve l'entreprise en assurant 80% des commandes. Aujourd'hui le rapport se rééquilibre en descendant à 60 pour le grand public et remontant à 40 pour les chefs que Mauviel n'a jamais cessé d'écouter.

dimanche 28 août 2016

Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud

Lucie s'investit pleinement dans les études qu'elle a entrepris à Hypokhâgne. Mais elle se révèle fragile et supporte mal le rythme et l'ambiance de cette Prépa Phylo.

Elle n'était pas (p. 13) préparée à ces luttes intestines, à ces rivalités haineuses, aux questions acerbes (...), au ton cassant des profs, aux humiliations quotidiennes. (...) une overdose de savoir qui conduit au blackout.

Lucie est en quête de sens et se heurte a des doutes. Ce n'est pas un cas isolée. Son amie Mathilde suit le même chemin. Et c'est peut-être ça qui précipite son basculement vers une autre préparation, qui malheureusement ne va pas être plus bénéfique, de notre point de vue de lecteur. Position que l'on partage avec Juliette, sa meilleure amie, qui assiste, impuissante à ce qu'on pourrait appeler, sans faire de vilain jeu de mots, un chemin de croix.

La jeune fille subit l'influence d'un ami de son père (décédé), le Père Simon, qui l'exhorte (p. 28) à accepter la démaiîrise. L'auteure pose les bases de l'embrigadement qui, s'il est ici religieux, aurait pu être celui d'une secte ou de toute pratique extrême : un burn-out, l'absence de père, l'ambition familiale (portée par la mère, pourtant aimante), un modèle déjà convaincue (Mathilde). Elle pose aussi en contrepoint la beauté de la foi.
L'ecclésiastique propose un grand courage et un esprit libre. La seconde partie de la formule est un mensonge. Le jésuite n'est pas regardant sur la vérité. Il jure (p. 29) ne pas connaitre les novices vers qui il dirige Lucie.
Lucie est amoureuse. Éperdument. Mais pour imposer celui qu’elle a choisi, elle va devoir se battre. Ne pas céder face à l’incompréhension et à la colère des siens. Malgré les humiliations quotidiennes, les renoncements et l’ascèse, elle résiste et rêve d’absolu. Un jour, pourtant, le sacrifice qu’elle a durement payé est ébranlé par la découverte d’un secret. Le doute s’immisce. S’est-elle fourvoyée ou est-elle victime d’une manipulation ?Avec une sensibilité et une justesse infinies, Maëlle Guillaud nous entraîne dans un monde aux règles impénétrables. En posant la question de la foi et en révélant sa puissance à tout exiger, Lucie ou la vocation entre en résonance avec l’actualité.
ll faut lire le livre jusqu'au bout puis reprendre les premières pages pour mieux comprendre le processus. Il sait quels arguments avancer pour la couper de sa famille et de son amie Juliette. Promettre la liberté dans l'enfermement. Quelle audace !

La pauvre Lucie sera d'abord humiliée comme femme de ménage. Et ce n'est que le début d'une succession d'épisodes terribles que je ne vous raconterai pas. Il faut que vous découvriez ce monde clos par vous-même, au rythme de l'écriture saisissante de Maëlle Guillaud.

Ce qui est terrible, c'est la lucidité avec laquelle la jeune fille réalise dans quel enfer elle est enfermée : ici c'est chacun pour soi et Dieu pour toutes (p. 45).
A plusieurs moments les souvenirs du passé tentent de faire écran au présent mais Lucie ne cède pas. Elle reste persuadée en toute bonne foi que seul l'esprit compte et que le paraître n'a pas de place au sein de la congrégation.

Et pourtant si, mais en inversant les codes. Les cheveux sont rares, ras et aplatis, le corps bouffi, les jambes lourdes, les ongles longs comme des griffes. Les novices se métamorphosent lentement en monstres sous voile, on pourrait dire sous cloche. Et le voeu de silence conforte la chape de plomb.

On trouve sous la plume de l'auteure des expressions forcément violentes comme la qualification du sourire (démoniaque) d'une soeur ou la description du cerbère de molosse de la prieure.
Le processus d'identification du lecteur s'effectue sur Juliette dont le regard effrayé mais compatissant nous soutient à poursuivre une lecture que certaines personnes lâcheront sans doute en cours de route.

Elles ont tort parce que Lucie ou la vocation est un livre précieux, quel que soit le rapport que l'on a (ou a eu) avec la religion (et quelque religion que ce soit).
Comme son amie Juliette, on se heurte à la paroi de verre et on voit cette congrégation comme l'ogre des contes, qui dévore ses propres enfants. (p. 70)
Maëlle Guillaud sait de quoi elle parle. Cela fait vingt ans qu'elle charrie cette histoire, inspirée de faits réels, même si cette Lucie là est un être de papier, ne l'oublions pas.
Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud, aux éditions Héloïse d'Ormesson, en librairie depuis le 18 août 2016

jeudi 25 août 2016

Le Sanglier de Myriam Chirousse

J'ai un coup de coeur pour ce petit bijou de la rentrée littéraire 2016. qui aurait pu m'échapper parce que la couverture n'est pas en sa faveur, que le titre ne m'inspirait pas et que (je peux bien le confesser) je n'avais pas achevé la lecture du précédent livre de l'auteure.

Le sanglier est très dialogué mais le ton est si juste qu'il nous fait entrer dans la vie de Christian et de Carole presque par effraction sans trop chercher à comprendre où l'on est, qui ils sont et ce qu'ils font.

On les suit de l'aube à la tombée de la nuit d'un samedi ordinaire comme s'ils étaient des membres de notre famille ou des amis proches. Myriam Chirousse a l'art de condenser l'essentiel de ce qui peut relier un couple en risquant au détour de chaque mot de le faire basculer.

J'aurais juré en découvrant les premières lignes qu'il s'agissait de deux petits vieux en fin de vie dans une ferme abandonnée quelque part en pleine cambrousse.

Au fur et à mesure que tournent les heures, la focale se resserre, l'image devient nette. Et nous voilà pris dans leur histoire avec le sentiment que l'un et l'autre c'est aussi un peu de nous : qui ne revient jamais sur ses pas pour s'assurer que les portières de sa voiture sont bien verrouillées ? qui ne s'est jamais interrogé sur la manière de vivre autrement que comme des moutons (p. 129) ? sur la pertinence d'un test sur ses aptitudes amoureuses dans un magazine féminin reliant le Dalaï-Lama et le café (Myriam Chirousse a du avoir une prémonition parce que j'ai lu cela dans le dernier ELLE 24 heures avant de lire les mêmes mots dans son livre) et voilà que moi aussi je dois comme Carole inscrire "acheter une ampoule" sur ma liste ... c'en devient troublant.

On  se surprend à jouer le médiateur, estimant que Christian a raison, quoique parano sur les bords, et puis l'instant d'après prenant le parti de Carole qui rationalise pour se rassurer. On se dit que ça va péter. Qu'il suffira d'une petite phrase de rien du tout.

Je les ai lâchés à regret au bout d'une douzaine d'heures. Le livre était fini, mais leurs dialogues semblent se prolonger encore. Et je retiens la leçon de vie qui en découle : répandre sa colère autour de soi ne sert à rien, c'est mauvais pour le karma. (p. 73)

Myriam Chirousse a l'art de restituer une atmosphère en peu de mots, toujours choisis. Qu'elle débarque ses personnages dans un complexe de la vie domestique et familiale (p. 75) et on voit très bien de quel univers il s'agit. Comme il est juste de déplorer qu'il n'existe pas d'orthodontie sociale pour redresser les choses qui partent de travers dans notre monde aberrant. (p. 130)

A mesure que progressait ma lecture et que la journée s'avançait pour le couple j'attendais le surgissement du sanglier, parfaite métaphore selon moi de la poisse (ou du destin) qui à coup sûr devrait rattraper tout un chacun.

Un nouveau terme se glisse depuis quelques semaines dans les chroniques littéraires. On désigne les feel-good, ces romans autrefois à l'eau de rose qui sont censés mettre du baume sur les angoisses du lectorat. Celui-ci ne sera pas rangé dans cette catégorie parce qu'il est publié par un éditeur qui n'est pas spécialiste du genre mais je peux certifier qu'il fait (beaucoup) de bien.

Et je vais rouvrir la Paupière du jour, son précédent roman, avec un intérêt très vif.

Née à Cagnes-sur-mer en 1973, Myriam Chirousse suit des études de lettres et de philosophie à Nice, puis à Paris. Elle écrit, en parallèle, ses premiers contes pour enfants et des nouvelles. En 2000, elle quitte la France pour l'Espagne où elle exerce comme professeur de français et traductrice. Son premier roman, Miel et vin, paraît en 2009. De retour en France, elle se consacre à l'écriture et à la traduction, notamment des livres de Rosa Montero.

Le Sanglier de Myriam Chirousse, chez Buchet-Chastel, en librairie le 25 août 2016

mercredi 24 août 2016

Les élans ne sont pas toujours des animaux faciles

Les élans ne sont pas toujours des animaux faciles avaient "cartonné" au Théâtre Michel et c'est un vrai bonheur de les voir resurgir sur la scène du Lucernaire. La reprise a eu lieu ce soir devant une salle bondée et enthousiaste comme au premier jour.

Le trio a emballé le public que deux rappels n'ont pas réussi à rassasier.

Emmanuel Quatra (Jean-Edouard chemise verte), Benoît Urbain (Jean-Christophe, chemise orange) et Laurent Prache (Jean-Marc, chemise bleue) sont trois larrons qui s'en racontent de bien bonnes, et à nous aussi par la même occasion.

Les auteurs, Frédéric Rose et Vincent Jaspard ne craignent pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Avec eux il ne faut pas s'étonner de trouver Verlaine assis sur les marches de l'escalier (à croire qu'ils ont chassé l'inspiration auprès des statues du jardin du Luxembourg), de danser avec un prototype d'un genre indéfini, mi-femme/mi-homme, de nous apprendre la technique du regard qui en dit long, de percevoir des martiens clandestins ou de prendre des cours de cuisine sous l'eau. Si vous ne me croyez pas ... laissez tomber !

Le moins qu'on puisse dire est que Benoit, Laurent comme Emmanuel servent le texte en sourcillant à peine. On leur achèterait bien un morceau d'arc-en-ciel pour enjoliver notre quotidien. 

Les jeux de mots fusent. Les jolies formules aussi : des fois, c'est tant pis dans la vie. Comme les définitions bien senties : l'immobilité morbide à remplir une grille de mots croisés ... Et les métaphores plus poétiques : Le ciel est une grande toile. On démonte. On roule et on range ... pour le laver.

Les sketchs s'enchaînent apparemment sans queue ni tête et pourtant il y a une logique sous-jacente, dans laquelle on se laisse happer progressivement, grâce à une mise en scène efficace signée Laurent Serrano et qui ne laisse aucune place à un quelconque temps mort.

Le numéro de marionnettes de Laurent Prache est remarquable. On ne regarde que ses mains et soudain apparait un garçon qui tente une manœuvre d'approche pour séduire la belle, assise sur un banc public. Le comédien ne se sert que de 4 doigts pour raconter toute la scène en gros plan.

Les intermèdes musicaux sont souvent époustouflants. Emmanuel Quatra ressuscite un Summertime Blues plus estival que l'original interprété par Eddie Cochran. Et tous ensemble nous font une jam comme Aznavour en 1962. On reconnaitra aussi une version très moderne de Laisse tomber les filles que chantait France Gall.

Et les élans me direz-vous ? Ils arriveront un peu par hasard ... puisqu'il n'y a que lui qui fait bien les choses.

Je ne sais pas être différent de ce que je suis, dit l'un d'eux. Il y a des gens faits pour agir, d'autres pour commenter les choses et c'est ce que nous faisons.

Ils le font à la perfection. Leur spectacle est certes décalé et loufoque mais il fait du bien. On passe avec eux un drôle de bon moment.

Les élans ne sont pas toujours des animaux faciles
Du 24 août au 6 novembre
A 21 heures du mardi au samedi, 19 heures le dimanche
Au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris
01 45 44 57 34

mardi 23 août 2016

De terre et de mer de Sophie Van der Linden

J'ai refermé le troisième roman de Sophie Van der Linden avec le sentiment d'avoir effectué un nouveau voyage. Après la Chine (La Fabrique du monde, 2013) et l'Ossétie du Nord (L'Incertitude de l'aube, 2014), me voilà dans un autre temps et dans un autre monde, quelque part sur une côte française.

L'auteure ne situe pas exactement l'époque, ni les lieux où se déroule l'action (certains diraient la non-action et pourtant il n'y a aucun temps mort). On nous dit tout de même qu'Henri arrive à R. au début du siècle dernier. Il prendra le bateau (un sloup, qui est un voilier à un mât, avec un seul foc à l'avant) pour se rendre à l'ile de B. où les maisons sont couvertes d'ardoises. Nous n'en saurons pas plus et peu importe. A chacun de se faire le film de l'histoire.

Je sais pertinemment que ce n'est pas l'endroit imaginé par Sophie Van der Linden, mais j'ai situé le roman à Belle-Ile parce que je connais cette île, et que j'y ai des souvenirs qui m'ont servi de support à la déambulation du personnage.

Je n'étais pas préoccupée de savoir si mon imagination était raccord ou pas. De terre et de mer est un livre qui se lit (se déguste) assez vite parce qu'il est court mais qui laisse un souvenir intense ... comme la mer qui, en se retirant vous accorde une cohorte de jolis coquillages et de bois flotté.

On saura d'Henri qu'il est un artiste, qu'il a effectué un service militaire plus long que prévu, que malheureusement il va probablement enchainer avec une mobilisation pour la Première Guerre mondiale et qu'il vient rendre visite à Youna Talhouet, une femme dont il ne comprend pas qu'elle n'ait pas répondu à ses lettres.

Il passera 24 heures dans un paysage envoutant qui d'une certaine manière fournit des réponses à ses interrogations existentielles. Il croisera une galerie de personnages très typés et singuliers. Et bien sûr il reverra la jeune femme ... L'atmosphère est impressionniste, tout le monde s'accordera à le pointer. Mais il y a aussi une qualité cinématographique à la Jacques Tati pour le talent de l'auteure à faire exister les traits de caractères insolites de ses personnages. 

Je n'ai pas lâché Henri d'une semelle, le sentant un peu perdu ... et pourtant déterminé. Il faut une dose certaine de courage pour oser venir toquer à la porte d'un grand amour et quêter une explication. Il ne trouvera peut-être pas la réponse attendue mais ce bref séjour l'aura changé profondément. Son regard sur le paysage est radicalement modifié. Le ciel lui apparait désormais au premier plan (p. 109) et ce changement de point de vue, même s'il est justifié artistiquement puisque Henri est graveur, est largement métaphorique de modifications plus profondes sur la manière dont il va vivre.

Nous aussi avons une leçon à retenir à l'instar de celle qu'un chinois donne à Henri au début du livre (p. 53) : dans la peinture chinoise, le spectateur n'est pas extérieur au tableau, (...) on n'observe pas le paysage, on y séjourne, on s'y promène, on y voisine ... et c'est exactement ce que Sophie Van der Linden parvient à provoquer.

Spécialiste de littérature jeunesse, rédactrice en chef depuis 2007 de la revue semestrielle qu'elle a créé, Hors-Cadre(s), formatrice, conférencière, et enseignante, Sophie Van der Linden ne s'est jamais autant affirmée dans le domaine de la littérature pour adultes.

De terre et de mer de Sophie Van der Linden, chez Buchet-Chastel, Sortie en librairie le 25 aout 2016

samedi 20 août 2016

Les Corps de Lola de Julie Gouazé

Après Louise, son premier roman remarqué paru chez Léo Scheer en 2014, Julie Gouazé change de style avec Les Corps de Lola.

Le livre ne fera pas l'unanimité. Certains l'exécreront. D'autres crieront au génie. Certes, il est dérangeant, mais je ne pense pas qu'on puisse douter de la sincérité de l'auteure, ni de son courage pour oser traiter un sujet encore si tabou.

La couverture est explicite. On a toutes en nous quelque chose de la Princesse et de la Femme fatale. Alors elle dépoussière le mythe : les petites filles rêvent de rencontrer le prince charmant. Les petits garçons attendent de rencontrer la parfaite salope. (p. 30)

Lola est un puzzle de toutes les femmes :
  • celle qui dit oui parce qu'il lui fallait dire oui. Parce qu'elle s'est persuadée qu'elle n'avait pas le choix (p. 43)
  • celle qui murmure et qui n'ose pas (p. 40), sous-entendu exprimer à l'homme son hurlement intérieur
  • celle qui apparait en talons, lingerie de dentelle et aime le sexe (p. 41)
  • celle qui chante une berceuse avant de s'endormir en pyjama pilou
  • celle qui franchit la ligne (p. 70)
  • celle qui parfois a le dégoût d'elle-même, qui se sent sale, vidée, collante

Je comprendrai que la lecture des Corps de Lola ne soit pas linéaire. Pourquoi pas. Lâchez-le, Reprenez-le. Découvrez-le par morceaux. Vous tomberez sur deux ou trois pages qui confèrent au sublime. Alors vous le reprendrez depuis le début avec un oeil neuf.

Julie Gouazé écrit de belles pages à propos de la tendresse de la routine qui peut aussi être un enfer (p. 59), de ce qu'elle pointe (p.77) comme étant le vrai défi de la vie, continuer à aimer ce que l'on connait.

Louise traitait de l'alcoolisme. Ici c'est d'une autre addiction qu'il s'agit, sexuelle, qu'elle traite avec la densité et l'intensité qui caractérisaient son premier roman.

On peut parfois penser à Bellevue de Claire Berest, paru chez Stock. Mais Julie Gouazé va au-delà. Le livre tient du récit, de la confession (je ne dirais pas autobiographique, d'ailleurs peu importe), de l'analyse socio-psychologique, du manifeste ... Le plus troublant est sans doute qu'on se laisse prendre et qu'en le refermant on approuve : Lola est une femme comme les autres. Ce qui revient à consentir que chacune de nous est (aussi) Lola.

Les Corps de Lola de Julie Gouazé, chez Belfond, en librairie le 18 août 2016

vendredi 19 août 2016

Le Pont de l'abbaye à Hambye (50)

Encore une adresse qui m'a été donné par amitié et que j'ai plaisir à diffuser. Au menu saveurs je remarque en entrée une Fricassée de seiches printanières, émulsion de persil et échalote mais je resterai sur le souvenir de celles de la Satrouille (Cherbourg).

Le homard figure à la carte et au menu plaisir ½ homard de la côte ouest, grillé, flambé de la tête à la queue, émulsion à l’armoricaine présenté vivant, pièce de 600 grs environ, pour 2 personnes.

En semaine le premier menu est à un prix très doux. Le dimanche le repas reste abordable à 29 euros avec entrée plat et dessert. 

Chaque table reçoit une ardoise d'amuses bouches : un sable parmesan et sa quenelle de tapenade à l'anchois, un feuilleté emmenthal, et un mini croque jambon à la crème de cumin. Cet épice est bien présent sans dominer.
Le déjeuner s'annonce quasi gastronomique, servi sur nappe damassé avec couverts en argent et bouquet de fleurs fraîches. Le pain est cuit sur place, soit nature, soit aux graines servi dans un petit panier à pommes, avec un beurre doux retravaillé avec de la fleur de sel qui sera apporté conjointement.

jeudi 18 août 2016

Repose-toi sur moi de Serge Joncour

Serge Joncour aurait pu écrire avec Repose-toi sur moi une énième histoire d'amour entre deux êtres que rien ne prédestine à se rencontrer. C'est un des angles du roman mais ce n'est pas ce qui en fait l'intérêt.

Aurore est une styliste reconnue et Ludovic un agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils n’ont rien en commun si ce n’est un curieux problème : des corbeaux ont élu domicile dans la cour de leur immeuble parisien. Elle en a une peur bleue, alors que son inflammable voisin saurait, lui, comment s’en débarrasser. Pour cette jeune femme, qui tout à la fois l’intimide et le rebute, il va les tuer. Ce premier pas les conduira sur un chemin périlleux qui, de la complicité à l’égarement amoureux, les éloignera peu à peu de leur raisonnable quotidien.

J'ai pensé au film Partir que Catherine Corsini avait tourné en août 2009, avec Kristin Scott Thomas, Sergi López et Yvan Attal où là aussi une femme plutôt bourgeoise s'éprend d'un homme de condition sociale "inférieure" et n'aura pas peur de "perdre" les biens matériels qu'elle possède.

Comparaison n'est pas raison. Le développement de l'histoire, tout comme sa conclusion, sont sans rapport. Et le personnage du mari n'a rien à voir.

L'auteur parle très bien de l'avant-programme amoureux, quand on est dans l'attente de quelque chose que l'on pense voir arriver mais à propos de laquelle on n'a aucune certitude et dont, par voie de conséquence, les contours sont indéfinis. Je veux parler de cette période, qui parfois se termine abruptement sur cette question inévitable : qu'est-ce que je représente pour toi ?

- Quelque chose, que ... que je n'avais pas prévu, répond Ludovic (p. 230)

Leur rencontre n'a pas de sens. Elle s'installe sur un malentendu. Ludovic veut se montrer conciliant en affirmant que rien ne le gêne. Aurore conclut hâtivement que rien ne l'atteint. Ce qui est très touchant, et très réussi, c'est la manière que Serge Joncour a de nous mettre en relation avec l'un comme avec l'autre en nous montrant comment chacun voit le monde.

Ludovic la considère comme une belle énervée, une brune revêche (p. 59). Mais il ne peut s'empêcher de percevoir en elle une femme sur la défensive, et d'y penser le soir, quand il est à des centaines de kilomètres, dans la ferme familiale près de Saint-Sauveur (et qu'on ne me dise pas que le nom a été choisi par hasard !).

En parallèle de leur rencontre, sur laquelle le lecteur ne parierait pas un centime, Serge Joncour dresse la peinture d'une société foudroyée par la mondialisation et d'un monde rural en perdition où il est très difficile de vivre sur une exploitation de 40 hectares de prairies (p. 26) même en bossant 72 heures par semaine, comme l'actualité s'en fait l'écho ces jours-ci. Ludovic s'est sacrifié pour sa mère, sa soeur, ses neveux, laissant la place à son beau-frère.

Il est devenu employé dans une société de recouvrement d'impayés (on reste dans le même paysage social de gens qui tirent le diable par la queue), sur un marché potentiel de 600 milliards d'euros en France. Il est doué pour la négociation, Ludovic, mais il ne tire pas jouissance de la déveine de ses concitoyens. Il se sent écartelé entre les braves endettés piégés par les crédits et les embrouilleurs qui pourraient payer mais qui s'y refusent (p. 27).

Cet homme est pourtant un roc, physiquement et psychiquement. Sa plus grande qualité est la fiabilité. C'est comme ça qu'il est perçu, comme un homme qui donne du courage, et c'est ce qui attire Aurore, elle qui doute tant d'elle-même quand il s'agit de s'imposer (p. 118) alors qu'elle joue constamment le rôle de la chef, la mère, la femme, la créatrice et l'infirmière auprès de tout un tas de gens.

Alors Aurore se jette dans une relation réglée par le hasard et l'envie (p. 228), somme toute guidée par la confiance qu'il lui inspire.

Il y a des sujets où n'y a pas trop de mots pour faire comprendre l'âpreté de la situation. Alors Serge Joncour ne craint pas les longues phrases qui peuvent s'étendre jusque sur une demi-page comme le souffle d'une plainte, à l'instar de la grande marée qui laissera une poudre de sédiments. Son lexique ne s'embarrasse alors pas de métaphores elliptiques. Il accouche des images fortes. Ainsi la famille (p. 58) c'est comme un jardin, si on n'y fout pas les pieds, ça se met à pousser à tire-larigot, ça meurt d'abandon.

Il est aussi capable d'images quasi subliminales. Par exemple avec ces deux corbeaux (de malheur) que Ludovic va liquider et qui apparaissent comme la représentation de deux personnages malfaisants, Fabian, l'associé d'Aurore et Kobzham, son sous-traitant malhonnête.

Serge Joncour a pratiqué différents métiers avant de se lancer dans l'écriture (publicité, maître nageur). Il publie son premier roman, Vu, en 1998 au Dilettante. Puis, il a obtenu le Prix France Télévisions en 2003 pour U.V. (adapté au cinéma en 2007 sous le même titre U.V.). En l'an 2005, il a reçu le Prix de l'Humour noir Xavier Forneret pour son livre L'Idole, qui fait, en août 2012, l'objet d'une adaptation cinématographique réalisée par Xavier Giannoli. Le film, intitulé Superstar, met en scène Kad Merad et Cécile de France. Il s'agit de l'histoire d'un homme qui devient célèbre sans savoir pourquoi. Le film est présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise 2012.

Il a écrit le scénario du film Elle s'appelait Sarah, d'après le roman du même titre en version française de Tatiana de Rosnay, avec Kristin Scott Thomas, sorti au second semestre 2010. Il est aussi, avec Jacques Jouet, Hervé Le Tellier, Gérard Mordillat et bien d'autres artistes et écrivains, l’un des protagonistes de l'émission de radio Des Papous dans la tête de France Culture.

Repose-toi sur moi est un livre qu'on n'oublie pas. La promesse de la quatrième de couverture est tenue brillamment. Dans ce roman de l’amour et du désordre, en faisant entrer en collision le monde contemporain et l’univers intime, l'auteur met en scène nos aspirations contraires, la ville et la campagne, la solidarité et l’égoïsme, dans un contexte de dérèglement général de la société où, finalement, aimer pourrait être la dernière façon de résister.

Repose-toi sur moi de Serge Joncour, Flammarion, en librairie le 17 août 2016
A obtenu le Prix Interallié

mercredi 17 août 2016

Moka de Frédéric Mermoud avec Emmanuelle Devos et Nathalie Baye

Il sort aujourd'hui en salle. Je n'avais pas lu (pas encore) le livre de Tatiana de Rosnay et j'étais donc venue à la projection de Moka (que j'ai vue en avant-première début juillet) sans rien savoir de l'intrigue ni du parti-pris de réalisation.

J'en suis sortie totalement conquise. Frédéric Mermoud a réussi là un film extrêmement bien structuré et très équilibré. Ce n'est que son second long métrage (après Complices en 2010, déjà avec Emmanuelle Devos). 

La tension est maintenue jusqu'au dernier plan. Rien d'étonnant à ce que le réalisateur revendique l'influence de Roman Polanski et d'Alfred Hitchcock. On pense avoir tout deviné mais les rebondissements s'enchainent avec une montée en puissance.
Diane Kramer, 45 ans, s'échappe en pleine nuit de la clinique où elle soigne une dépression (légitime : son fils a été renversé par un fuyard). Elle vient de se décider à mener elle-même l'enquête à Evian et de l'autre côté du lac Léman avec la détermination de retrouver le conducteur de la Mercedes couleur moka. Diane devra se confronter à une autre femme, attachante et mystérieuse. Et le chemin de la vérité sera plus sinueux qu’il n’y paraît. 
Plusieurs thèmes se croisent ici. Le film est d'abord ressenti comme un policier classique mais très vite l'aspect psychologique l'emporte. Le visage de Diane (Emmanuelle Devos), soucieux, abimé, sombre, suscite l'interrogation et une pointe d'angoisse alors que retentit le bip d'un appareil que l'on pense être une de ces machines qui surveillent l'état de santé d'un grand blessé. On la découvre en fuite d'une maison de repos suisse haut de gamme, et sa dérive semble à la fois physique et psychique.

Quelques instants plus tard elle pénètre chez elle comme une voleuse, pour prendre en hâte quelques affaires. La photo du fils est poignante au-dessus d'un post-it promettant de voir du rêve. On devine combien la vie de cette maman a pu voler en éclats.

Elle s'entretient avec le détective qu'elle a chargé de l'enquête puisque la police fait chou blanc. Elle cherche des preuves et doit se contenter de pistes ... pour le moment. Elle est omniprésente et nous embarque dans son jeu. On accepte ses mensonges qui n'en sont pas totalement. Parce qu'on est forcément de son coté et parce qu'on a deviné que le vertige de sa souffrance ne peut trouver sa résolution que dans l'action. Son désir de comprendre est supérieur à l'esprit de vengeance.
La seule "folie" qu'elle s'autorisera sera provoquée par sa rencontre avec Vincent (Olivier Chantreau) mais je ne vous dis pas laquelle. En fait on peut considérer qu'il y en aura deux.

Rien n'est tranché et la manière de cadrer les images derrière une vitre ou dans le reflet d'un miroir participe à installer une certaine distance. Il y a malgré tout beaucoup d'angoisse diffuse, mais aussi une certaine douceur et bientôt une tendresse confondante.

Le titre Moka est tout simplement évocateur de la couleur de la Mercedes que possède Marlène (Nathalie Baye), et qui est au centre du récit. Son personnage est lui aussi complexe. On devine que sa blondeur est un artifice pour masquer des sentiments qui ne demandent qu'à éclore ... comme la vérité sur laquelle le film se conclut, aussi simple que la déclaration d'un prénom.

C'est la première fois que les deux actrices se donnent la réplique. Et j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose de comparable au duo entre les personnages incarnées par Emmanuelle Devos et Karin Viard dans On a failli être amies d'Anne le Ny.

Si dans le roman, l'action se déroule entre Paris et Biarritz, le réalisateur a choisi de transposer l'histoire à la frontière franco-suisse, entre Lausanne et Evian pour mettre face à face deux villes de deux pays différents.

Le tournage a donc eu lieu sur les bords du lac Léman et en Suisse. La présence de l'eau apporte à la fois apaisement et tourment car le lac n'est sans doute pas aussi calme qu'il en a l'air. Ne dit-on pas qu'il faut se méfier de l'eau qui dort ...

Moka est adapté du roman éponyme de Tatiana de Rosnay publié en 2006 (que j'ai aperçue de dos dans la parfumerie de Marlène). Frédéric Mermoud et Antonin Martin-Hilbert ont bâti le scénario à partir d'une petite partie du livre, comme s’il s’agissait d’une nouvelle. La romancière a accepté cette liberté. Elle a l'habitude de voir ses romans adaptés sur grand écran. Elle s'appelait Sarah et Boomerang ont déjà été filmés, Spirale et Le Voisin sont en tournage.

A signaler que Moka, publié en 2006 aux éditions Héloise d'Ormesson, sort cet été en Livre de Poche.

mardi 16 août 2016

Le Mont Saint Michel ses musées et son périscope épisode #6

Quand on a eu la chance comme moi de passer la nuit sur le Mont-Saint-Michel on ne manque pas de faire le tour des remparts en pleine nuit avant d'y revenir le lendemain pour voir le site en plein jour. Ils ont été construits aux XIV° et XV° siècles pour défendre le Mont des assauts anglais lors de la Guerre de Cent ans.

L'architecture médiévale est encore perceptible au coeur de la Cité qui conduit à l’abbaye, véritable joyaux qui témoigne de la maîtrise et du savoir-faire des bâtisseurs du Moyen Âge. 

Elle figure à juste titre parmi les premiers sites culturels les plus visités en France (3 millions de visiteurs en 2010). On y fait l'expérience du sacré. En fin de soirée on peut aussi assister au Spectacle des Imaginaires de 19 h 30 à 23 heures, magique et envoûtant, qui dévoile l’histoire du Mont-Saint-Michel à travers de nombreux effets spéciaux et une mise en scène originale.
On n'y pense peut-être pas, surtout quand on vient pour la première fois au Mont-Saint-Michel, mais il dispose d'un musée maritime et d'une demeure historique, celle du Chevalier Bertrand Du Guesclin (il a défendu le Mont des envahisseurs anglais qui tentaient d'aborder par bateau depuis Tombelaine occupé par les anglais de 1351 à 1434et de son épouse Tiphaine De Raguenel, où l'on peut voir l’armure du chevalier, un beau mobilier d’époque, des peintures, des tapisseries, un cabinet d’astrologie, une ceinture de chasteté du Moyen-âge. Je les ai repérés mais pas visités.

J'ai par contre visité le musée historique et le périscope qui a été restauré dans le jardin suspendu.
Je vous invite à cliquer sur "plus d'info" pour suivre le déroulé entier de ce billet consacré à la visite touristique et bien sûr aussi sur la première photo pour regarder les clichés en diaporama plein écran.

lundi 15 août 2016

L'abbaye d'Hambye (50)

L'Abbaye d'Hambye est un lieu d'exception dont la visite est assurée par des passionnés. Ce fut un temps fort de mon séjour dans le Cotentin.

Il mérite d'y passer une belle demi-journée : entre la flânerie dans le parc, le recueillement au milieu des ruines ou dans la Salle du Chapitre, en passant par la visite commentée et les deux expositions ... on ne voit pas le temps passer.

Plusieurs parcours-promenades peuvent être entreprises autour. La rivière tour proche est riche de truites. Et les gourmands apprécieront de déjeuner ou dîner à l'Auberge du Pont (dont je vous parle en détail très prochainement).

Et pourtant il ne cesse de laisser son empreinte. Il y a encore d'importantes opérations de restauration à programmer. En levant les yeux on remarque les touffes de plantes qui vont bientôt disjointer les pierres.
Je vous encourage très vivement à aller voir cet endroit.
Pour une fois je ne vous abreuve pas de photos. J'ai choisi de les monter sur une musique que j'ai trouvée appropriée.
Je le dédie à la mémoire d'Elisabeth Becq dont la passion m'a évoqué la personnalité de Karen Blixen. C'est à elle que l'on doit le sauvetage de l'abbaye où elle a inlassablement travaillé pendant plus de 50 ans, dans des conditions souvent épouvantables.

Malgré tout ce que elle a entrepris et un résultat remarquable cette femme ne se revendique pas propriétaire des lieux, disant avec humilité : Il n'y a pas de passé, pas d'avenir et la suite ne nous appartient pas de toute façon.

dimanche 14 août 2016

Le Mont Saint Michel, traverser la baie à pieds épisode #5

Il y a une expérience assez magique à faire dans la baie du Mont-Saint-Michel, c'est de la traverser, pieds nus dans la vase et en short.

Evidemment en compagnie d'un guide car nous n'éviterons pas les zones dangereuses. Le but est d'éprouver quelques frissons en se laissant aspirer par les sables mouvants ... je devrais dire par la vase mouvante, qu'on appelle tangue.

Le short est préconisé parce qu'il y a fort à parier qu'à flâner vous vous laisserez (presque) surprendre par la montée de la marée et que votre guide aura beau vous houspiller vous supplierez de rester encore un peu, jusqu'à ce que cela devienne franchement compliqué.

Vous aurez déjà de l'eau jusqu'à mi-cuisses. La mer ne ressemblera plus à un lac tranquille qu'en surface car en dessous le courant sera puissant. Heureusement votre guide sera là pour vous désigner le chemin, dont personne ne s'écarte comme on le constate sur la photo. Merci Raphaël !
La meilleure saison est fin mai/début juin après les grandes marées mais faites-le si vous êtes sur place. C'est inoubliable. ne comptez pas vous baigner. Ce n'est pas l'endroit. Si tel est votre désir je vous conseille plutôt Granville et ses cabines de plage très vintage.
La première surprise c'est l'immensité de la partie découverte. On serait bien en peine d'oser s'aventurer très loin tout seul. Et pourtant on voit des petits points à l'horizon, sans doute des promeneurs.
Le guide a l'habitude. Il trace. On glisse comme sur du verglas. On a peur de la chute, pas tant par crainte de nous salir que d'endommager nos appareils photo.
Mais on prend le temps de s'amuser les pieds dans la vase, ploc ploc

samedi 13 août 2016

La rentrée littéraire sur A bride abattue

(mise à jour 28 octobre 2016)

Ça ne va plus tarder. Après la plage, les magazines vont se targuer de parler de rentrée en mettant en avant tel ou tel auteur, promettant que parmi les 600 (environ) bouquins qui sont publiés fin août-début septembre ils ont réussi à extirper la crème des meilleurs.

Je ne prétends pas cela. C'est avec plaisir que je défends les livres que j'aime et je le fais à longueur d'année, et qui plus est ne ne respectant pas systématiquement l'actualité.

Je lis beaucoup mais je ne fais pas que cela. Le théâtre, le cinéma, les visites d'usine ("mes" lecteurs savent combien l'aspect reportage en immersion sur le terrain me motive) suffiraient à remplir mon agenda. sans compter les heures à écrire les compte-rendus.

Alors forcément je fais des choix. Arbitraires évidemment. Pas tout à fait. Il y a des auteurs que je connais depuis longtemps et dont je ne manquerais leurs nouveaux livres pour rien au monde. L'entente est en général réciproque si bien que je les reçois plusieurs semaines avant la sortie en librairie. Cela laisse de la marge.

    
        

Il y a les recommandations d'ami(es) auxquelles je suis sensible. Et puis mes propres intuitions qui peuvent devenir des coups de coeur ... ou pas. Car je suis honnête en écrivant mes avis, toujours motivés néanmoins.

Voilà un extrait de ma PAL (Pile A Lire) que j'avais initialement ordonné par dégradé de couleur. Le classement pouvait sembler stupide mais il permettait de ne pas faire apparaitre de préférence. On y voit aussi un livre de Poche parce que cette édition là aussi a une "rentrée".
          
Comme les années précédentes, ce billet sera mis à jour à mesure de la publication des articles. Il suffira de cliquer sur la couverture pour les lire. Pour simplifier j'ai finalement opté pour le déplacement de la couverture si bien que les premières images correspondent aux livres déjà chroniqués.
  
Et puis, parce qu'il existe (aussi!) une littérature jeunesse extrêmement vivante, je lui consacrerai un billet spécial. Ce sera le 1 septembre.
Dans quelques semaines suivront (encore) les prévisions pour les Prix littéraires. Cette année je me focaliserai sur le Prix de ceux qui n'ont pas de Prix, les auteurs qui publient dans de "petites" maisons d'édition. Mais je n'annonce pas mes lectures, ce serait dévoiler la liste des 8 que j'ai retenus parmi les 50 romans en compétition pour Hors Concours. L'annonce des finalistes est prévue pour le 6 octobre.

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