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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 21 mai 2012

Des recettes inavouables


Tout n'est que tentation avec cette réédition des recettes inavouables qu'Hachette cuisine vient de rééditer. Feuilleter ce livre est déjà une gourmandise qui, elle ne fait même pas grossir.

Les auteurs disent avoir multiplier les expériences, reconnaissent avoir loupé beaucoup de plats jusqu'à pouvoir prétendre à livrer des assiettes belles (c'est le plus facile semble-t-il pour eux qui sont champions en design culinaire, ce qui n'est pas ma spécialité, c'est le moins que je puisse dire ...) et bonnes.

J'ai bien entendu moi aussi essuyé des échecs cuisants. Le dernier en date, que je ne pensais même pas relater sur le blog, est une tentative de brioche multicolore dans laquelle je me suis fourvoyée en utilisant une poignée de ces bonbons si mignons. Une paire d'heures plus tard, au sortir de la machine, et malgré la conjonction avec un délicieuse sorbet à la framboise, ce fut aussi laid que mauvais.
Ces rollmops en salade de fruits ont été "avalables" sans plus.
Il est architecte, elle est éditrice, et le duo est détonant. Après avoir testé quelques-unes de leurs combinaisons on a envie soi-même de farfouiller dans ses réserves et d'innover à son gré. L'idée, comme ils le disent eux-mêmes quand on cherche à faire un canard à l'orange c'est de se passer d'orange, pas de canard, en prenant par exemple de la confiture d'orange qu'on utilisera comme si c'était du miel ...   J'ai terminé ainsi un fond de pot de confitures de clémentines de Corse.
Ces recettes sont "inavouables" parce que çà ne fait pas chic à l'heure où on nous serine de cuisiner des produits de saison (moi la première), frais en l'occurrence, de reconnaitre qu'on a "simplement" ouvert une boite et qu'en deux temps trois mouvements on peut donner l'illusion qu'on a passé des heures dans sa cuisine. Pourtant beaucoup de combinaisons sont déjà ultra connues, comme le potage -bouillon Kub -courgettes -vache qui rit- qu'on bricole en dépannage, ou parce que c'est tellement réellement bon qu'on ne va pas s'en priver.

L'inavouable fondamentale est tout de même le gâteau au yaourt que chaque maman a du faire au moins une fois dans sa vie ...

La tarte à la tomate, sur fond de moutarde (p.142) est depuis belle lurette un des musts de la famille. Et il me semble qu'on fait tous de l'inavouable sans le savoir. Pour preuve cette tarte "à la volette" qui fut une des premières recettes publiées sur le blog il y a quatre ans.

Il n'y a qu'aux copines que je révèle que la pâte est faite à partir de petits suisses. D'ailleurs j'ai fini par ajouter le libellé "secret cooking" pour tout ce qui est précisément de l'ordre de l'inavouable.


Les coquilles Saint-Jacques flambées au pastis (page 180) et allongées d'une riche crème fraiche d'Isigny, c'est du grand art. Avec un beau morceau de pain pour saucer, çà aussi c'est inavouable. L'écrasée de pommes de terre fut un accompagnement de reine.

La préférée de Seymourina est le crumble de sardines (p.158). Elle écrase le contenu d'une boite à la fourchette, saupoudre de biscuits apéritifs émiettés et fait griller 8 minutes. A servir absolument dans la boite d'origine pour stimuler l'appétit.

Vous avez compris que le plus difficile dans l'exercice est de ne pas citer les marques quand on n'a aucune raison de leur faire "de la pub" ou que l'une est aisément remplaçable par une autre. Un frein que les auteurs n'ont pas, évidemment, mais vous pourrez jongler avec les ingrédients en fonction de votre placard, car le but ultime est tout de même de se simplifier la vie et pas d'allonger le temps consacré aux courses.

Deux voies pour vous lancer sur la piste de l'inavouable, la version papier, en livre, la version web, en live si je puis dire, en allant humer l'air du temps sur le site.
Recettes inavouables et marques cultissimes ! Le best of, de Seymourina Cruse et Steven Ware, Hachette cuisine, avril 2012

dimanche 20 mai 2012

Les araignées s'exposent au Museum national d'histoire naturelle de Paris


Certains en ont peur. Peu les aiment. Il faut dire qu'on les connait mal et l'exposition que présente en ce moment le Museum a le mérite de (presque) tout dire sur ces petites bêtes qui ne sont pas des insectes.

L'assistance était majoritairement masculine ce dimanche. Beaucoup de papas "poules" avec leur progéniture. Tout heureux de manipuler les manettes des différents points d'information.

Si araignées et insectes ont en commun un squelette externe et des pattes articulées les différences sont nombreuses : la forme du corps, le nombre d’yeux, la présence ou non de crochets à venin et d’organes de production de soie et surtout le nombre de pattes (6 pour les insectes, 8 pour les araignées).


L'anatomie de l’araignée se découvrait grâce à une sculpture métallique et un dispositif interactif appreait à la reconstituer pour s’assurer que l’on n’avait rien oublié :

Un corps divisé en deux parties : le céphalothorax à l’avant et l’abdomen à l’arrière, reliés par un fin pédicule.
Une paire de chélicères : placés à l’avant de la tête, ces 2 appendices injectent le venin.
Une paire de pédipalpes (ou pattes-mâchoires) : organes sensoriels pour l’examen des proies et leur manipulation.
Quatre paires de pattes ambulatoires articulées qui interviennent dans la manipulation de la soie et dans le déplacement. Et puis, associées aux pattes, des peignes pour “carder” la soie, des épines, des crins, des poils (qu’il convient d’appeler soies) qui constituent des organes sensoriels très sensibles.
Des yeux répartis à l’avant de la tête : La plupart des araignées en ont 8, mais quelques familles en ont moins.
Des filières : toutes les araignées possèdent à l’arrière du corps de courts appendices articulés nommés filières qui produisent les fils de soie nécessaires au déplacement, à la fabrication des cocons et des pièges.
C'est une exposition où il y a beaucoup à lire, mais les photos à elles seules sont assez spectaculaires quand on découvre ces petites bêtes en gros plan. Si les araignées sont souvent de couleurs sombres, plusieurs dizaines d’espèces françaises arborent des teintes vives : jaune, vert ou rouge.

Voici la petite Araignée à cornes. La fonction de la forme très particulière de son abdomen de reste un mystère. Selon certains scientifiques ses excroissances rendent sa capture par les prédateurs plus difficile.
Et maintenant une Araignée sauteuse. Deux gros yeux à l'avant de la tête lui assurent une bonne vision frontale. Elle peux ainsi bondir sur ses proies avec une grande précision depuis une distance atteignant 40 fois sa taille. Cependant, et en général, beaucoup d’araignées ne distinguent que les changements de luminosité et les silhouettes.

On est loin de soupçonner la variété de l’ordre des araignées qui compte une variété infinie d’espèces : 1 650 en France, 5 700 en Europe et autour du bassin méditerranéen ; un peu plus de 41 000 dans le monde. Certaines vivent au sol, d’autres dans les hautes herbes, quelques-unes occupent la cime des arbres ou au contraire sont recluses dans des grottes et une seule vit sous l’eau.

Le public, peu habitué à en voir en vivarium, pensait que les specimens présentés étaient tous des faux. Ils sont simplement immobiles parce que le moindre mouvement sur leur toile troublerait leur perception. Il y a quelques jours encore leurs toiles se touchaient et c'était la pagaille quand un moucheron frôlait un fil. Chacune croyait que la proie était pour elle. Il y eut de la bagarre. Elles ont refait tout le travail pour avoir des toiles indépendantes.

Ces néphiles venues de Madagascar sont des prédatrices, et un criquet jeté vivant sur la toile de l'une d'elles n'a aucune chance d'échapper à son appétit. La première à être nourrie immobilise sa proie en moins d'une seconde. Le criquet sacrifiera sa patte pour tenter de se dégager mais le venin fera son effet pour le paralyser avant que l'araignée ne l'emballe d'un fil solide pour le remonter comme un baluchon au centre de sa toile et le déguster en l'aspirant. Le venin des araignées est très toxique, conçu pour foudroyer les insectes avant qu’ils ne s’échappent. En revanche, les composants de ce venin sont rarement actifs sur l’homme et fait beaucoup moins de victimes que les guêpes ou les serpents, ou même la puce, la guêpe ou le moustique.

Le mâle, minuscule par rapport à elle, s'agite, espérant, soit récupérer une miette du festin, soit avoir l'opportunité d'une saillie pendant que sa belle se régale. Car la femelle serait bien capable de ne faire qu'une bouchée de l'animal du sexe faible.

On remarque quatre femelles dans le terrarium alors qu'il ne reste que deux mâles. Les deux autres ont été dévorés. Il n'y a pas de couple chez les araignées. L'égalité des sexes n'y est pas de mise. La femelle fait tout. La toile est son monopole. La chasse aussi. Le mâle limite son activité à la reproduction.

Derrière une vitre voisine, une mygale qui, elle, n'est nourrie qu'une fois toutes les trois semaines avec un grillon. On pourrait lui donner une souris mais c'est alors un jeune de trois mois qui suivrait et le public n'aurait plus rien à voir, qu'une araignée gigantesque en train de digérer ... Plus loin aune autre mygale, grillée et présentée sous cloche rappelle qu'il existe des pays où on s'en régale. Une araignée vit généralement un ou deux ans, mais certaines espèces ont des espérances de vie plus longues : les grosses mygales peuvent ainsi atteindre 20 ans. 

L'exposition fait comprendre en quoi ces bestioles ne sont pas si dangereuses qu'on ne le suppose. Elles ne mangent pas tous les jours et n'attaquent que les petites proies, et uniquement quand elles ont faim. Se faire mordre par une araignée est donc rarissime.

On apprend aussi que cette "petite bête" était sur terre bien avant les dinosaures. Cette araignée est prisonnière d'un bloc d’ambre depuis 45 millions d’années.

Un des axes, peu traités encore dans cette exposition, concerne l'intérêt médical de l'araignée. Son fil présente des qualités qui intéressent la chirurgie. On espère bientôt pouvoir concevoir des tendons artificiels à partir de la substance élastique et solide qu'elle sécrète. Pas question de passer commande à un élevage, qui ne fournirait pas une quantité assez suffisante, même avec une hyperstimulation. On espère reproduire la soie d'araignée grâce au génie génétique. Sa forte résistance permettrait d’en faire des vêtements ou des parachutes légers. À diamètre égal, elle est bien plus solide que le kevlar qui sert aujourd’hui de protection notamment dans les vêtements militaires. Davantage résistante que l'acier et possède une mémoire de forme 5 à 12 fois plus grande que le latex. 

L'animal fabrique une soie de nature différente pour chaque usage : collante pour piéger les proies, isolante pour protéger son cocon, plus solide pour la retenir en cas de dégringolade. La majorité des araignées laissent en permanence un fil derrière elles, dit “fil de sécurité”, qu’elles fixent de place en place et qui leur permet de se rattraper en cas de chute, volontaire ou non.

Utilisé pour les sutures, le fil de l’araignée serait non toxique et plus fin que celui utilisé actuellement. Quant au venin, les études en cours laissent présager de nombreuses applications : insuffisances cardiaques, tumeurs au cerveau, maladies neurologiques... Les araignées ne sont pas des monstres poilus mais des animaux très surprenants qui méritent bien une exposition. 

Une présentation au final didactique, esthétique et même humoristique. On y voit en effet tout ce qui porte le nom d'araignée, y compris en cuisine avec cette sorte d'égouttoir. Il ne manque qu'une araignée géante comme celles que Louise Bourgeois avait présenté à Paris il y a quatre ans.
AU FIL DES ARAIGNÉES jusqu'au 2 juillet 2012
Jardin des Plantes - Grande Galerie de l’Évolution 36, rue Geoffroy Saint-Hilaire - Paris Ve - Accueil des publics : 01 40 79 56 01 / 54 79
http://araignees.mnhn.fr
Horaires : de 10h à 18h, tous les jours, sauf le mardi.
Tarifs : 9€ adulte, 7€ enfant

Profitez de votre venue pour poursuivre la visite dans la Grande Galerie de l'Evolution. Vous y verrez notamment de près quelques animaux comme ceux là :






samedi 19 mai 2012

La nuit des musées chez Chateaubriand

Il n'habita la vaste demeure de la Vallée aux loups que l'espace de dix ans. Mais le nom de Chateaubriand est désormais indissociable de Chatenay-Malabry (92) qui célèbre sa mémoire aussi souvent que possible.

Ce soir le Studio-Théâtre d'Asnières et le CFA des comédiens faisaient revivre le souvenir des XVIII° et XIX° siècles au cours d'une déambulation littéraire et théâtrale dans la maison et dans le parc.

Onze scènes ont été jouées plusieurs fois, toujours pour un groupe n'excédant pas deux douzaines de personnes, rassemblées en six lieux. Impossible de distinguer les professionnels aguerris de ceux qui sont en formation. Aucun des 23 comédiens n'a démérité et Hervé Van der Meulen avait de quoi être satisfait de sa réalisation. la météo, aléatoire ces derniers jours avait décidé d'être clémente. On peut dire que l'atmosphère était magique.
Alfred de Musset ouvrait la soirée avec les efforts soutenus d'un comte amoureux menant "l'insupportable cour" auprès d'une marquise "blasée". Cet extrait d'Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée était donné dans la salle à manger devant un public surpris de se trouver à portée de main des comédiens. Cela change radicalement le rapport à la scène.

vendredi 18 mai 2012

Fauchon hisse haut les couleurs avec sa collection de pâtisserie estivale

Pour sa première « collection » Fabien Rouillard voulait satisfaire son désir de travailler des fruits purs, en purée, compotée ou entiers, en particulier des abricots et des amandes. Il a tenu à le conjuguer avec une certaine nostalgie qui évoquerait implicitement la tradition de la maison Fauchon.

La réflexion est à la fois simple et évidente. D’abord Fabien faisait gouter ses premiers essais très frais. Et puis l’été fait penser à la plage, et aux bains de mer, aux premiers maillots rayés qui sont apparus en bordure de mer. La maison les interprète avec des couleurs vives et avec peps.

Il n’était pas question de servir des gâteaux en noir et blanc. Les tonalités sont plus joyeuses. Avec un je ne sais quoi de japonisant dans cette collection qui devrait séduire aussi bien la clientèle parisienne que celle qui réside au pays du soleil levant.
A tout seigneur tout honneur avec l’éclair dont la maison est devenue le temple. J’entends souvent dire autour de moi qu’après avoir gouté ceux-là on ne pouvait plus en manger provenant d’ailleurs.
Le choix s’ouvre sur trois nouvelles déclinaisons : le Sable, au glaçage crème, très généreux en vanille, le Cap Ferret, qui conjugue la fraise des bois et le citron vert, avec une texture qui fait penser à celle d’un sorbet et le Trouville, avec une purée d’abricot au léger gout d’amande amère, habillé de rayures orange et blanches à l’instar de la toile des chaises longues alignées sur les pont des paquebots, d’où leur nom de transatlantiques, transat pour les intimes. C’est le préféré de toute l’équipe.

L’invitation déborde largement les côtes pour nous emmener gustativement plus loin.
Une série de gâteaux familiaux a également été imaginée. Le Biarritz est un fraisier parfait, gainé d’un fourreau de pâte d’amande assez fabuleux.
 L’Opérette est la version ivoire de son frère au chocolat, plus classique. La pêche y est subtilement présente, avec une texture proche d’une pâte de fruit. Son chapeau de chocolat blanc ultra fin, poudré d’argent évoque la nougatine. Il est astucieusement prédécoupé pour faciliter le partage à la maison.
Le Fauchon conjugue la rose le citron frais et la pomme Granny Smith selon une architecture très élaborée. La couleur rose, emblématique de la maison, explose sur ce bel objet qui fêtera en quelque sorte avec panache le quarantième anniversaire de sa présence au pays du Soleil Levant.
Il y aura aussi des petits choux individuels, avec le même goût que les éclairs, qu’on appelle naturellement des Chouchoux. La réglisse surprend mais séduit. Des mini-financiers que l’on désigne sous le nom de Discos. Et des coques de carrés de chocolat garnies de pannacotta qui seront les Dames d’un jeu de saveurs.

Perfectionniste, et pour que sa collection satisfasse le plus grand nombre, Fabien Rouillard a choisi une farine de riz, donc sans glucides afin que la gourmandise ne soit plus interdite aux allergiques.

La collection "Printemps-Eté" pâtisserie sera présentée progressivement de mai à août. C’est court. L’été sera … bon.
Fauchon, 24-26-30 place de la Madeleine, 75008 Paris, 01 70 39 38 00

jeudi 17 mai 2012

Seconde soirée à Cannes avec De rouille et d'os

Hier, j'étais en communion avec les festivaliers cannois, en visionnant Moonrise Kingdom. Voilà que je récidive en découvrant le dernier Audiard, simultanément présenté à Cannes ... et à Châtenay-Malabry, encore au Rex, que j'affectionne toujours autant.

J'avoue que j'ai été aidée par le fait de savoir à quel trucage le réalisateur avait eu recours pour montrer le handicap du personnage de Stéphanie dont une orque cisaille les jambes, accidentellement. Après Intouchables, et la Ligne droite, voilà le troisième long-métrage sur le même thème.

A chaque fois le monde du handicap nous est donné à voir sous un même angle. Les héros sont des personnes à qui jusque là et d'une certaine manière la vie sourit.

En résumé : Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge avec son fils Sam, 5 ans, chez sa sœur à Antibes. Il connaît à peine son fils et ne sait pas comment l'élever.
A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone. Il est pauvre. Elle est belle et pleine d’assurance. Il comprend vite qu'elle est dresseuse d’orques au Marineland. Il faudra que le spectacle tourne au drame pour qu’elle songe à lui faire signe et qu'ils soient de nouveau réunis. Elle est tassée dans un fauteuil roulant : elle a perdu ses jambes et pas mal d’illusions. Il va l’aider sans aucune pitié.

Je dois reconnaitre que je suis allée voir ce film pour les acteurs, pas seulement la formidable Marion Cotillard, ni le non moins sensationnel Matthias Schoenaerts mais aussi l'excellent Bouli Lanners, acteur et réalisateur (son film les Géants avait été sélectionné pour le festival Paysages de cinéastes) sans avoir très envie qu'on me fasse une énième leçon de morale sur le sujet. Même si ...

Je suis ressortie enthousiaste parce que la manière de filmer de Jacques Audiard est particulière, avec un très beau générique éblouissant de bleus et de rouges, des ralentis, des images sans sons directs, uniquement avec une musique, des cadrages inhabituels sur les nuques, des gros plans sur des visages et des coiffures "brutes de décoffrage", une forme de cinéma "vérité" sans fioritures qui, du coup ne provoque pas les larmes. D'autant que le véritable sujet du film n'est pas le handicap mais ce qui fait qu'on a besoin du regard de l'autre pour exister. Séduire, provoquer, faire monter l'adrénaline, être admiré, respecté, quitte à y laisser sa peau dans un combat à mains nues.

Là encore, mais cette fois avec une différence sociale moins prononcée entre les personnages que dans le scénario de Intouchables, le film parle de l'équilibre entre les émotions, du bien et du mal, du rapport entre l'argent et la violence, de ce qui est supportable ou pas.

Pas de leçon de morale à propos de la pauvreté. Il suffit d'une main cherchant des restes dans les poubelles des wagons et d'un semblant de festin sur une tablette. D'une petite réplique sur le rangement des yaourts dans un frigo : les périmés en haut. Beaucoup de non-dits très expressifs dans les haussements de sourcils et les moues de Marion Cotillard. Quand elle fait "une scène" à son pseudo pote elle le fait d'une voix lente et hachée : Si tu veux qu'on continue faut qu'on fasse les choses bien, faut qu'on ait des manières, ... j'te parle de délicatesse moi ...

Les dialogues sont ponctués de petites phrases susceptibles d'entrer dans le langage codé qui ponctue les SMS. Dans quelques semaines le "téou" pourrait bien être supplanté par un "t'es opé?"

De Rouille et d'os est programmé au Rex jusqu'au mardi 29 mai. Ensuite ce sont deux autres films sélectionnés à Cannes que vous pourrez voir : Cosmopolis, de David Cronenberg, et Sur la route de Walter Salles.

Et puis retenez dès à présent les dates du prochain festival Paysages de Cinéastes qui se déroulera du 7 au 16 septembre, toujours au Rex, 364 avenue de la Division Leclerc à Chatenay. C'est la Chine qui sera le pays à l'honneur pour cette 11ème édition.

mercredi 16 mai 2012

Ma soirée d'ouverture du Festival de Cannes, avec Moonrise Kingdom


Le titre du billet est presque mensonger ... Moonrise Kingdom est bien le film d'ouverture du festival de Cannes 2012 et je vais effectivement assister à la projection ... mais au Rex de Chatenay-Malabry (92) dont je ne regrette jamais de louer la programmation.

Qui pourrait encore se plaindre qu'on n'a pas en banlieue une chance comparable aux grandes villes ? Le film de Wes Anderson est en sortie nationale et le voir dans d'excellentes conditions de confort, et sans la cohue cannoise, cela ne se manque pas.

L'affiche du film évoque le portrait de famille, comme les films précédents de Wes Anderson qui serait un fervent admirateur de Fellini et de Renoir. Pour celui-ci on dit qu'il s'est inspiré de François Fruffaut (l'Argent de poche), d'Alan Parker et de Ken Loach. J'ajouterais Tim Burton, et puis aussi Jean-Pierre Jeunet parce qu'on y retrouve quelque chose de surréaliste proche du Fabuleux destin d'Amélie Poulain.

Le casting adultes est purement incroyable avec Bruce Willis qui vient rejoindre le groupe des favoris du réalisateur autour de Bill Murray. Le choix des enfants est plus dérangeant peut-être parce que précisément ils ne jouent pas véritablement des enfants.

Pour résumer on dira que l'histoire se déroule sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, au cœur de l’été 1965. Suzy et Sam, douze ans, tombent amoureux, concluent un pacte secret et s’enfuient ensemble. Alors que chacun se mobilise pour les retrouver, une violente tempête s’approche des côtes et va bouleverser davantage encore la vie de la communauté.

C'est un film très particulier, qui vous propulse dans les années 60, comme le faisaient les aventures des castors juniors de l'enfance des quinquagénaires actuels. L'univers musical est très réussi, avec une leçon de musique qui devrait devenir un moment d'anthologie. Les mouvements de caméra, avec abondance de travellings et de ralentis pourront agacer par une certaine superficialité. Suzy regarde le monde a travers ses jumelles, mais c'est nous qui voyons autre chose. Constamment entre rêve et réalité, avec un humour volontairement absurde et décalé, Moonrise Kingdom plaira à la folie ou pas du tout. Selon qu'on accepte de se laisser porter par cette fable ou que l'on ne puisse résister au besoin effréné de tout comprendre.

mardi 15 mai 2012

Ever Living Ornement au Micro Onde de Vélizy et à la Maréchalerie de Versailles


Selon les responsables des lieux d'exposition, Sophie Auger et Valérie Knochel, l'ornement est un sujet vaste, délicat à cerner tant il déborde tous les champs et se manifeste partout. Jeanne Quéheillard l'estime vital parce qu'il nous relie.

Les entrées sont multiples selon qu'on l'associe au pouvoir, à des rituels ... et la commissaire de l'exposition fait souvent référence au Livre de l'ornement et de la guerre du philosophe et diplomate Jacques Soulillou. C'est depuis plus de quinze ans un spécialiste de la question dans sa dimension anthropologique, mais aussi dans ses rapports avec l’art et l’architecture. Il a contribué au catalogue de l'exposition dont le lancement a eu lieu le samedi 12 mai, conjointement à un parcours guidé fort passionnant, mené par les trois responsables.



Avec Modular, Fanette Mellier a rhabillé la façade de l'Onde. Elle déploie la technicité du livre avec ses papiers imprimés en tons directs, avec seulement neuf couleurs différentes, mais elle le fait à échelle monumentale.
Ils sont superposés aléatoirement sur les vitres, composant un vitrail immense jouant en journée avec la transparence et la lumière, devenant lanterne colorée la nuit. Il faut s'approcher pour lire en contre-jour la signature de l'artiste.
Georges Ettl est dessinateur industriel. Depuis 1996 il produit des objets, du papier peint et des meubles. La rue traversante s'orne de ses Figures de contreplaqué découpé, sur le thème de l'Apocalypse, issues d'une recherche de silhouettes génériques. Ces objets se démontent et peuvent être envoyés dans une simple enveloppe.
Juste à coté, Pierre Ardouvin a accroché une quinzaine de plats et d'assiettes en porcelaine émaillée ... de Limoges, décorés de photographies des postes de travail des ouvriers. La technique de transfert est empruntée aux assiettes commémoratives et à tous les objets souvenir. Poster est donc en quelque sorte une installation photographique saupoudrée de confettis visant à une pixellisation globale de l'image. Pour un résultat à la limite de la transgression de la sphère intime.
Christian Barani a investi la Boite où il présente un film de 45 minutes qui est le quatrième volet d'une expérience vécue à Dubaï. Il a marché dans la ville-image 8 à 10 heures par jour pendant un mois jusqu'à se perdre dans cet espace tourné vers le profit, où 85% de la population est régie par un contrat de travail de trois ans interdisant toute revendication. Il nous a raconté qu'il a pourtant trouvé là-bas deux feuilles de papier témoignant de la demande, toute respectueuse, de deux ouvriers indiens du Khala, de bénéficier de deux pauses journalières de 15 minutes pour pouvoir boire de l'eau.

C'est tout de même le seul état qui vit sans attentat terroriste, probablement parce qu'il concentre toutes les banques. Like a strategy est un montage spécifique pour illustrer la question de l'architecture, et la femme comme ornement notamment au niveau de la prostitution. Les ouvriers ne peuvent pas faire venir leurs épouses et se tournent vers des prostituées misérables, chinoises, africaines ou marocaines alors que l'espace post-moderne est régi par une prostitution de luxe.

A 85 ans Dorothy Iannone, américaine vivant à Berlin, peint toujours des couples en pleine jouissance de la vie, comme en témoigne cet extrait de The Queen of the Amazons and Achilles.


Timo Nasseri a conçu Epistrophy #6 à partir de ces muqarnas de l'architecture islamique et perse.  

Traditionnellement placé au plafond, le motif est ici présenté verticalement. L'emploi de l'inox renvoie un reflet fragmenté, créant un effet polarisant à l'instar d'un kaléidoscope. Sa situation, face à l'entrée de la salle, attire l'oeil comme un aimant.
Sur le mur, une série de quarante photos noir et blanc, prises à New York en 1979. Ornementation : the Unrelated Object d'Angels Ribé focalise sur un cannage, une plaque d'égout, une grappe de raisin ...

Lui faisant face, le Manteau d'Ernst Jünger de Michel Aubry, amplifie le décalage dont l'officier de l'armée allemande faisait preuve en "customisant" ses tenues militaires. Entomologiste de renom, il collectionnait les coléoptères. Cette oeuvre est en quelque sorte symbolique des médailles, dépouilles et trophées associés à la puissance et au pouvoir.

Avec Dishu Dancer, François Chastanet rend hommage à l'éphémère. De "simples" kanjis tracés encore aujourd'hui en Chine, avec de l'eau sur le sol, pour maintenir une activité calligraphique.
Cocktail Designers et Sébastien Roux lui répondent avec la vibration sonore et visuelle du Wallpaper Music #9.3 qui, comme son nom l'indique, est la neuvième production des artistes. Quatre hauts-parleurs diffuseurs, placés à différents niveaux diffusent une musique spatiale. Il ne manque qu'un banc pour écouter cette musique en lisant la réflexion de Thomas Golsenne à propos des "dangers du papier peint" (pages 73 et svtes du catalogue).

Adrienne Sabrier a installé sa Zone d'exclusion #2 au centre de la salle. Cet ensemble de céramiques où se développe une relative luxuriante végétation abrite 5 Coenobitas, ou, si vous préférez, 5 bernard-l'ermite, avec ou sans "h", avec ou sans trait d'union ... On peut y voir la métaphore d'un monde apocalyptique comparable aux gargouilles effrayantes qui crachent en haut des tours des églises. Il faudrait pouvoir rester la nuit au Micro onde pour voir les crustacés déplacer les coquilles qu'ils ont investies. Il parait qu'ils se baignent en faisant beaucoup de bruit dans la micro-piscine d'eau salée.

A quand donc une visite nocturne pour apprécier les oeuvres sous un autre angle ? Beaucoup semblent s'y prêter naturellement. Quand aux autres, il est certain que le rayon d'une lampe torche ferait apparaitre des ombres et des lumières étonnantes.
C'est par contre en plein jour qu'il vaut mieux s'approcher du bassin du Potager du Roi, à Versailles. Olivier Sévère, avec Sombrer, interroge les notions physiques de poids, de forme et de gravité propres à la sculpture. "Sombrer" est le mouvement descendant sans lequel le marbre ne peut se constituer. De gigantesques masses de calcaire ont sombré, il y a plusieurs centaines de millions d'années, dans les profondeurs, contraintes par des mouvements tectoniques. La pression et la chaleur ont transformé le calcaire en marbre. Il a resurgit à la surface de la terre par les mêmes mouvements tectoniques. Il est, à notre ère, un matériau très largement utilisé dans la sculpture et l'ornement et symbolise le faste architectural dont Versailles est un parfait exemple.

Ici, le marbre ne sombre plus et Olivier Sévère joue sur une poésie de l'impossible. Une tonne de ce matériau flotte à la surface du bassin selon un motif théoriquement bien précis. La prouesse a été rendue possible par la conjonction de 2cm de marbre sur 6 de polystyrène extrudé, biseauté pour devenir invisible, et lesté de plomb pour ne pas se renverser ni bouger. L'artiste avait juste ignoré que des canards s'amuseraient de voir leur univers investi par des pontons ... parfaits pour glisser dans l'eau, rendant le motif désordonné et davantage aléatoire.

La Maréchalerie est le centre d'art de l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Versailles. Trois artistes sont invités chaque année pour créer des passerelles entre art et architecture. L'ornement est de toute évidence une question fondamentale.

Quelle surprise de voir les oeuvres de Cécile Bart en contre-plongée après les avoir appréciées dans une position inverse !

La lumière du jour traverse les toiles en composant une nouvelle palette de couleurs que, là encore on aimerait pouvoir apprécier dans une clarté lunaire.

J'avais découvert le travail de cette artiste au Silo de Marines, expose les Models/Gammes reprenant, sous forme de maquettes au 1/10° accompagnées de nuanciers, cinq expositions antérieures. 

Deux films sont également proposés. Anri Sala donne à découvrir les transformations de Tirana, capitale de l'Albanie depuis 1920 et qui se trouve être sa ville natale. Souffrant de surpopulation, d'une expansion anarchique et d'une pollution atmosphérique la ville semblait avoir été frappée par un cataclysme. Son maire, Edi rama, qui est aussi un artiste à proposé de repeindre les immeubles. La couleur devient ici un  geste politique pour signifier la volonté de changement et la nécessité d'être ensemble dans une ville redevenue "vivable".

Dammi i colori est une vidéo qui vous fera faire un voyage d'un quart d'heure très étonnant. La camera obéit au regard du peintre qui fait surgir les couleurs jusqu'à la saturation.

Il faudra aussi prendre le temps de suivre l'entretien que Jeanne Quéheillard a mené avec Hervé Bagot qu'elle a interrogé sur la place de l'ornement dans la création architecturale contemporaine. Les grands noms sont passés en revue et leurs productions analysées par un regard plutôt incisif.
Ever Living Ornement se poursuit jusqu'au 1er juillet 2012
Au Micro Onde, centre d’art de l’Onde
8, bis avenue Louis Breguet - 78 140 Vélizy-Villacoublay, 01 34 58 19 92
microonde@londe.fr 
Entrée libre du mardi au vendredi, (sauf jours fériés) de 13 h à 19 h, le samedi de 10h à 16h.
A la Maréchalerie, centre d’art contemporain de l'Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles, 5, avenue de Sceaux – 78 000 Versailles, 01 39 07 40 27 lamarechalerie@versailles.archi.fr 
Entrée libre du lundi au samedi (sauf jours fériés) de 14 h à 18 h et le matin sur rdv.
Avec deux Visite performance exceptionnelles organisée par Dector & Dupuy :
Samedi 9 Juin, à 15 h à Vélizy-Villacoublay et Dimanche 1 Juillet, à 11 h à Versailles. Renseignements aux numéros et adresses ci-dessus.

NB : Cette chronique ne prétend pas à l'exhaustivité de l'exposition. Que les artistes que je n'ai pas cités, ou dont je n'ai pas photographié les oeuvres n'y voient aucun signe négatif, mais ma simple limite personnelle. Mon intention demeure, comme toujours lorsque je rends compte d'expositions, de donner envie au public de se déplacer en témoignant que l'art est plus accessible qu'on ne le pense.

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