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mardi 7 avril 2026

Première rétrospective de Henry Taylor en France … au musée Picasso

Le Musée national Picasso-Paris présente une exposition intitulée All you can do is tell the truth consacrée à Henry Taylor, artiste afro-américain majeur de la peinture contemporaine, conçue avec l’artiste lui-même, qui était d'ailleurs présent le jour du vernissage.

Déployée sur deux étages et treize salles, elle réunit une centaine d’œuvres -peintures, sculptures, installations- à travers lesquelles Henry Taylor explore la richesse et la complexité de l’expérience humaine. Qu’il s’agisse d’amis, de proches, de personnes anonymes ou de figures publiques, ses compositions proposent une vision vivante et profondément humaine de notre époque.

Taylor crée une œuvre originale, expressive et plastique, puissante. Il tisse des récits visuels qui mêlent trajectoires individuelles et réalités collectives, associant expériences personnelles, mémoire partagée et dialogues avec l’histoire de l’art. De plus, comme on le verra plus loins, ses relectures d’œuvres d’art inspirantes, notamment celles de David Hammons, Philip Guston ou, plus intéressant encore, Pablo Picasso montrent la manière dont il s’empare du passé pour réinventer le présent. C'est la première rétrospective de l’artiste en France.

Né en 1958 en Californie, l'artiste vit et travaille aujourd'hui à Los Angeles. Il a développé en près de quarante ans une pratique qui englobe peinture, dessin, sculpture et installation qui marquent les esprits par leurs dimensions, une palette de couleurs vives, dominée par du vert foncé et du bleu turquoise, une touche rapide et directe, y compris pour les visages, remarquable dès le début, et les sujets bien sûr. Avec en outre des motifs récurrents comme les dents, le cheval … les signes de la société de consommation … la nourriture, en particulier des spaghettis …
Dans la première salle, ce triptyque réalisé en 2019 pour la Biennale de Venise réunit trois images pour raconter des moments importants de l'histoire des personnes de couleur. D'abord Toussaint Louverture, le héros de la révolution haïtienne. Au centre des mots peints, répétés, inspirés des mots de l'humoriste et militant Richard Pryor, rappelant le devoir de mémoire à l'égard des révolutions. Et à droite une évocation de l'enterrement de Carole Robertson, une des quatre jeunes filles tuées lors d'un attentat raciste en Alabama en 1963, auquel assistent des femmes au regard dur, bras croisés comme faisant barrière.
Sur le mur du fond, We were framed, 2014, acrylique sur toile. Au centre, une sculpture de cheval (2021), une des figures récurrentes de l'artiste dont la simplicité, ici, fait penser à la chèvre de Picasso.
La salle suivante regroupe des peintures des années 1990, période où il étudie au California Institute for the Arts (1993-1996). Il va y forger une vision anticonformiste, au contact des œuvres de Jean Dubuffet ou de Cy Twombly, comme des livres de Jacques Derrida et Michel Foucault. Parallèlement il travaillera pendant dix ans comme aide-soignant la nuit à l'hôpital psychiatrique de Camarillo.

On découvre, de gauche à droite, Happy meal, vers 1992, Untitled (Saddle shoes stepping on bald head), 1992 et Screaming Head, huile sur toile, 1990. Le visage déformé devient une bouche hurlante, traduisant l'intensité d'un état émotionnel douloureux.

lundi 16 mars 2026

Licornes ! au Musée de Cluny

Licornes ! Figurait sur la liste des expositions les plus attendues de l’année. Le sujet était totalement légitime pour le Musée de Cluny qui accueille depuis si longtemps la tapisserie de la Dame à la Licorne.

Tout le monde sait qu'il s'agit d'un animal fantastique mais sans en connaitre les mystères. Certains seraient même prêts à témoigner en avoir vu. L'exposition, conçue par ce musée avec le GrandPalaisRmn et le Museum Barberini de Potsdam, a pour ambition de faire le tour de la question à travers 9 grands chapitres dont l'argumentation s'appuie sur des oeuvres provenant de ses collections ou de prêts de grands musées européens.

Le visiteur remarquera que ces objets ne sont pas nécessairement positionnés près des grands panneaux explicatifs, sans doute pour des raisons de scénographie. L'ensemble se découvre agréablement sans en souffrir.

Je mets néanmoins en garde sur le fait que si la majeure partie occupe le Frigidarium des ancien thermes, il ne faut pas manquer la salle 20 avec la tenture de la Dame à la Licorne et à l'autre bout du bâtiment la salle 26 consacrée à l'expression contemporaine de la Licorne inspirante.

Il serait dommage de limiter la visite à l'exposition même si une demi journée ne suffira pas à tout voir. Je donne en fin d'article quelques suggestions à suivre, en particulier en lien avec un moment que j'avais passé dans ce musée à l'occasion de la sortie du livre de littérature jeunesse Le chevalier à reculons de François Soutif, Ecole des loisirs, Kaléidoscope, en librairie depuis décembre 2024.

Parmi les nombreuses activités proposées autour de l'exposition (et répertoriés sur le site) j'ai relevé deux ateliers avec cet illustrateur le dimanche 12 avril :
Vilain dragon de 10h30 à 12h30 pour des enfants de 5-7 ans (accompagnés d’un adulte)
- Chimère de 14h à 16h pour des 8-12 ans (sans adulte)

Commençons par la Licorne universelle, telle qu'elle est mentionnée dans les textes depuis l’Antiquité, en Chine, au Proche et au Moyen-Orient. Seules certitudes, c’est un quadrupède, proche de l’âne, du cheval, d’un bovidé ou d’un dragon... et l’animal possède une corne unique sur le front.

La taille et la forme de cet attribut sont très variables, d’une soixantaine de centimètres à plus de deux mètres. Pour certains auteurs, la licorne est même un assemblage chimérique : tête de cerf, pieds d’éléphant, queue de sanglier. La licorne chevaline blanche s’impose à partir de la fin du Moyen Âge, mais elle est souvent pourvue d’une barbiche de chèvre et de sabots fendus. Aujourd’hui, les métamorphoses de la licorne se poursuivent, grâce aux artistes et à la culture populaire.

L'exposition, commence avec la plus ancienne œuvre qui est une des premières représentations de licornes connues. Il provient d'une région qui se trouve aujourd'hui au Pakistan. C'est le sceau d'un animal unicorne en stéatite  vieux de 2000 ans avant JC., de la Civilisation de l’Indus (Mohenjo-Daro), Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Museum für Asiatische Kunst.
Bouddha aurait prêché dans le parc aux gazelles de Bénarès ; il est souvent représenté entre deux gazelles. Elles sont parfois figurées avec une seule corne ; un animal unicorne est par ailleurs évoqué dans des contes du bouddhisme. Admirons cette Gazelle unicorne, Tibet, Bronze doré, Alliage cuivreux, dorure au mercure, XVIIIe siècle, Zurich, Museum Rietberg
Suivent deux photographies de la série "Chevaux" de Marie Cécile Thijs (1964-) qui se font face. Une licorne (2012) ci-dessous et une licorne noire, toutes deux provenant d'Amsterdam, Smith Davidson Gallery Paris, Gallerie XII.
Marie Cécile Thijs s’est inspirée d’un tableau de l’artiste anversois Maerten de Vos pour ce "portrait" de licorne blanche à la tête retournée. Sa licorne noire, de profil, met en majesté le noir, teinte vedette de la fin du XXe et du XXIe siècle.

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