Le Musée national Picasso-Paris présente une exposition intitulée All you can do is tell the truth consacrée à Henry Taylor, artiste afro-américain majeur de la peinture contemporaine, conçue avec l’artiste lui-même, qui était d'ailleurs présent le jour du vernissage.Taylor crée une œuvre originale, expressive et plastique, puissante. Il tisse des récits visuels qui mêlent trajectoires individuelles et réalités collectives, associant expériences personnelles, mémoire partagée et dialogues avec l’histoire de l’art. De plus, comme on le verra plus loins, ses relectures d’œuvres d’art inspirantes, notamment celles de David Hammons, Philip Guston ou, plus intéressant encore, Pablo Picasso montrent la manière dont il s’empare du passé pour réinventer le présent. C'est la première rétrospective de l’artiste en France.
Né en 1958 en Californie, l'artiste vit et travaille aujourd'hui à Los Angeles. Il a développé en près de quarante ans une pratique qui englobe peinture, dessin, sculpture et installation qui marquent les esprits par leurs dimensions, une palette de couleurs vives, dominée par du vert foncé et du bleu turquoise, une touche rapide et directe, y compris pour les visages, remarquable dès le début, et les sujets bien sûr. Avec en outre des motifs récurrents comme les dents, le cheval … les signes de la société de consommation … la nourriture, en particulier des spaghettis …
Dans la première salle, ce triptyque réalisé en 2019 pour la Biennale de Venise réunit trois images pour raconter des moments importants de l'histoire des personnes de couleur. D'abord Toussaint Louverture, le héros de la révolution haïtienne. Au centre des mots peints, répétés, inspirés des mots de l'humoriste et militant Richard Pryor, rappelant le devoir de mémoire à l'égard des révolutions. Et à droite une évocation de l'enterrement de Carole Robertson, une des quatre jeunes filles tuées lors d'un attentat raciste en Alabama en 1963, auquel assistent des femmes au regard dur, bras croisés comme faisant barrière.
Sur le mur du fond, We were framed, 2014, acrylique sur toile. Au centre, une sculpture de cheval (2021), une des figures récurrentes de l'artiste dont la simplicité, ici, fait penser à la chèvre de Picasso.
La salle suivante regroupe des peintures des années 1990, période où il étudie au California Institute for the Arts (1993-1996). Il va y forger une vision anticonformiste, au contact des œuvres de Jean Dubuffet ou de Cy Twombly, comme des livres de Jacques Derrida et Michel Foucault. Parallèlement il travaillera pendant dix ans comme aide-soignant la nuit à l'hôpital psychiatrique de Camarillo.
On découvre, de gauche à droite, Happy meal, vers 1992, Untitled (Saddle shoes stepping on bald head), 1992 et Screaming Head, huile sur toile, 1990. Le visage déformé devient une bouche hurlante, traduisant l'intensité d'un état émotionnel douloureux.




