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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 31 août 2026

Napoléon de Maxime d’Aboville

Et si Maxime d’Aboville avait entrepris ses "leçons d’histoire" avec pour objectif principal d’incarner Napoléon ? L’avenir nous le dira s’il s’avère que la quatrième est la dernière.

Cette réflexion m’est venue parce que s’il n’avait pas continué à porter la blouse grise de l’enseignant du siècle dernier il est tout à fait le personnage et il nous en offre un portrait fascinant en nous le révélant au travers de textes qu’il a merveilleusement agencés puisqu'on ne sent pas de rupture de style.

De la campagne d’Italie à son exil à Sainte-Hélène – de la gloire de Bonaparte à la chute de l’empereur  – il ressuscite l’épopée de l’une des figures les plus ambiguës de notre Histoire en lui redonnant toute sa splendeur. Il traverse cette existence vouée à la conquête et au pouvoir, qui inspira autant les historiens que les écrivains et dans la peau duquel les artistes ont été nombreux à se glisser ou à rêver de le faire.

Maxime a d'ailleurs interprété deux fois le rôle de Napoléon : dans la pièce La Conversation de Jean d’Ormesson (Prix Charles-Oulmont du comédien en 2012) et dans la série La Guerre des Trônes, Le Clan Bonaparte pour France TV, en 2024.

Pour cette création au Poche Montparnasse il a puisé notamment dans le répertoire de Victor Hugo, François-René de Chateaubriand, Léon Tolstoï et bien sûr de Jean d’Ormesson. Et il faut signaler que le recueil Napoléon de Maxime d’Aboville, à partir duquel a été conçu le spectacle, est édité à l’Avant-Scène, disponible au bar du Théâtre.

Ce qui est formidable c'est que le comédien est naturel à chaque âge de la vie de l'illustre homme, y compris lorsqu'il en reprend les postures les plus mémorables, semblant par exemple brandir un étendard ou le bras glissé contre son estomac. Simple et efficace, sans mise en scène alambiquée, au centre d'une sorte de drapeau tricolore, conçu par Marguerite Danguy Des désertsdont le blanc s'efface pour mieux mettre le héros en valeur.

On est presque embarqué dans l'action, au bord de nous lever pour suivre ce leader hors du commun au pied des pyramides. On renonce en apprenant combien de soldats il abandonna à leur terrible sort, même s'il semble manifester un peu de compassion (beaucoup de réformes hospitalières auront d'ailleurs lieu sous son impulsion).

Evidemment le récit ne saurait être exhaustif. Le projecteur se braque sur les aspects les plus caractéristiques. Le comédien souligne ainsi, bras croisés, mais avec un air de domination, combien l'illégalité poursuivra Napoléon comme un fantôme. Il considère que sa seule faiblesse aura été sa famille, et surtout Joséphine dont il raconte, au moyen d'un texte malicieux, comme Jean d'Ormesson excellait à en produire, une affaire de châle hissée au niveau de celle du collier de la reine qu'il interprète savoureusement, provoquant des rires dans le public. Le prénom de son grand amour sera le dernier mot qu'il prononcera sur l'île d'Elbe.

Pour le moment, il sera bientôt au sommet de sa gloire. Arrive Marengo (dont on nous fait grâce du poulet), la reconquête de l'Italie. La sarabande d'Handel peut résonner. On entendra plusieurs fois résonner ses cordes.

Le voilà méditant, les mains dans le dos, réfléchissant sans doute à un concept qui sera maintes fois repris par ses successeurs, la voie du mérite promettant à chacun de réussir selon ses talents.

L'homme est fait de contradictions. Le comédien emprunte une formule à Jean d'Ormesson. J'ai l'imagination républicaine et je suis monarchique, … ce que Chateaubriand avait écrit auparavant à son propos : Je suis républicain par nature, monarchiste par raison, et bourbonniste par honneur.

Le dilemme napoléonien est le reflet de la démesure de son ambition et nous constaterons bientôt que la politique est la forme moderne de la tragédie. Décidément Jean d'Ormesson voit juste ! Mais pour le moment le pape arrive pour le couronnement dont le désormais "grand" homme se chargera lui-même avant de sacrer également  Joséphine impératrice.
Le stratège d'Austerlitz subira un coup de Trafalgar, et surtout la Bérézina, tous deux synonymes de catastrophes. Le poème de Victor Hugo, Il neigeait, est superbe et son interprétation bouleversante. Suivra Waterloo … On connait la suite sur laquelle le comédien ne s'apesantit pas vraiment, sans doute en obéissant à Chateaubriand se plaignant qu'après avoir subi le despotisme de sa gloire il faudrait subir le despotisme de sa mémoire.

Maxime d'Aboville a choisi pour l'affiche une représentation à cheval de Bonaparte, premier consul, franchissant le Grand Saint-Bernard, 20 mai 1800 peinte par David, et qui se trouve au Château de Versailles. Il achève le spectacle avec l'ombre de sa silhouette.

Et avec elle l'épopée mythique d'un homme que les guerres et le nombre de morts ne permettent pas pour autant d'ériger en héros mais qui aura permis à la France de compter 130 départements et de rassembler 120 millions d'hommes parlant 8 langues différentes. Le cours d'histoire n'est peut-être pas exhaustif mais nous avons reçu une bonne leçon.

Napoléon, conçu et interprété par Maxime d’Aboville
Textes de Victor Hugo, Chateaubriand, Tolstoï et Jean d’Ormesson
Décor : Marguerite Danguy Des déserts
Lumières : Dorian Mjahed-Lucas
Photographies : Sébastien Toubon
À partit du 31 août 2926
Le lundi, le lundi seulement à 19 heures
Au Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse - 75006 Paris

dimanche 30 août 2026

La bonne mère de Mathilda di Matteo

La bonne mère a été publié en août de l’année dernière et ce n’est que maintenant que je le lis alors que je n’en ai entendu que du bien. Heureusement, la littérature n’appartient pas aux produits périssables.

La bonne mère commence comme une bonne blague. Alternent le point de vue d'une maman marseillaise pur jus, archétype de la cagole et de sa fille, trentenaire, partie étudier à Paris à Sciences Po. Toutes deux semblent a priori avoir des caractères très différents, pour ne pas dire incompatibles.
On juge Véro vulgaire. On s'apercevra qu'elle est solaire. Un soleil de canicule, du genre incendiaire. Huit cents kilomètres séparent Clara de sa mère depuis qu’elle a quitté Marseille. Ce week-end, elle lui présente Raphaël. Un girafon, pense Véro en le voyant. Il l’agace avec son pedigree bourgeois, ses mots compliqués et sa bouche fermée comme une huître. Elle n’aurait jamais dû laisser Clara monter à Paris. Mère et fille se cherchent, se fuient, se heurtent sans jamais oublier de s’aimer. Comment être une bonne mère quand notre enfant nous échappe? Comment être une bonne fille quand on a honte de celle qui nous a tout donné? Comment s’affranchir sans trahir?
Véronique se plaint de son enfant. Elle s’est mis dans la tête que je lui en veux. Tu parles. C’est elle qui nous en veut. D’être nous (…) que je fasse mon cinéma (p. 16). Clara formule le souhait de ne pas trop ramène pas trop la conversation vers toi s’il-te-plaît.

T’y as pas fait exprès, pondérera la marseillaise qui n'est jamais à court d’expressions imagées. Le récit progresse, ponctué de scènes désopilantes s'enchainant à l’instar d’une comédie italienne où le ton grince un peu, à condition d’entendre un second degré chez chacune des deux narratrices. On pense que ce ne sont que des anicroches dans le cadre des rapports habituellement "difficiles" entre mère et fille. C’est bien plus sérieux que ça.

Certaines lignes sont troublantes. En particulier le retour de vacances, Raphaël au volant, qui en rappelle un autre à Clara, pendant lequel sa mère vomissait à chaque virage, et puis un autre encore qui fut fatal à sa tante dans un récit bref mais glaçant. Ainsi s’achève la partie Un. Et il faut se faire une raison. On a osé se moquer mais la fête est finie. Comme philosophait si justement La Bruyère : alors qu’on vient d’en rire, il faudrait en pleurer.

Véronique se souvient avec émotion de sa fille qui, petite, cumulait les rôles : messagère, avocate, psy, pour aplanir les angles entre elle et son père (désigné sous le nom de Napolitain). Le conflit de loyauté entre père et mère sera plusieurs fois mis à l'épreuve.

Pour Raphaël (dit le Girafon) le silence c’est la paix (p. 64). On le pense lâche mais on est encore une fois à côté de la plaque. Pour Clara c’est synonyme de calme avant l’ouragan. Elle oppose la promesse de son compagnon de parler d’elle à ses parents à celles que son père faisait à sa mère. 

On découvre que les parents, surtout le père, a tendance à mentir pour cacher ce qui peut déranger, quitte à inventer des mensonges absurdes auxquels ils sont bien les seuls à croire dur comme fer (p. 145).

Clara décrit le diner de famille où Raphaël fait "une expérience sociologique" (p. 157). Il se pourrait que son analyse du comportement de son compagnon soit tout autant erronée que le jugement qu'elle porte sur la féminité flamboyante et débordante de sa mère.

Clac, la gifle du père à sa femme, entendue par la fille (alors qu’il est bien entendu à 100% en tort) et vue de tout le monde (p. 164) fera l'effet d'un coup de tonnerre qui s'abat sur la famille entière.

L'ouvrage explore la relation mère-fille, les écarts et tensions de classes sociales, la mobilité sociale, ainsi que le choc culturel entre Marseille et Paris. Il parle aussi des choses qu’on reproduit malgré soit, en premier lieu la violence qui fait des ravages dans tous les milieux. Aucune femme n'en est à l'abri … pas plus que les hommes. Au final on notera aussi que l'on peut tout autant reproduire des choses positives, comme l'amour et qu'il y a diverses manières d'être féministe.

Née à Marseille, Mathilda di Matteo garde un lien fort avec sa ville natale. Elle est elle-même diplômée de Sciences Po Paris. Elle a d'abord travaillé comme consultante en entreprise avant de se tourner pleinement vers l'écriture. Elle a remporté un concours de nouvelles de Libération en 2021 sur le thème "avoir 20 ans en 2021" qui l’a motivée à passer à un format plus long.

La bonne mère de Mathilda di Matteo, Editions de l’Iconoclaste, en librairie depuis le 21 août 2025 
Prix Talent Cultura 2025
Prix Littéraire Vanity Fair 2025
Prix du Premier Roman de la Forêt des Livres 2025
Finaliste du Prix de Flore
Ce livre figurait aussi dans la sélection du Prix des lecteurs de Vallée Sud Grand Paris 2026, catégorie roman français

samedi 29 août 2026

Les vins sans alcool : Innovation ou révolution ? de Bernard Hawadier

Très mince mais très précis, cet opuscule, que j'ai reçu suite à une opération de Masse critique organisée par Babelio, analyse le phénomène du vin "no-low" en commençant par rappeler qu’un vin sans alcool n’est pas et ne peut pas avoir les caractéristiques d’un vin.

Bernard Hawadier ne fait pas pour autant un procès à charge des Vins sans alcool. Il a manifestement étudié le sujet sous tous les angles et ses affirmations sont étayées par une solide bibliographie. 

Son ouvrage fait le tour de la question sur le plan historique, juridique, sociologique et bien entendu technique. On apprend tout ce que ces boissons doivent à des procédés industriels complexes … et coûteux pour les producteurs, ce qui explique que ces bouteilles seront toujours plus chères qu’une AOP correspondante sans jamais atteindre des qualités organoleptiques comparables. 

On ne peut pas lui reprocher d’afficher une opinion a priori négative bien qu’on devine l’ampleur de ses réserves. 

Pour ma part, j’ai fait preuve de curiosité et ai profité de l’énorme place que Wine Paris leur consacrait en février dernier pour en goûter … mais je n’irai pas jusqu’à dire que je les ai dégustés. Je le regrette car le concept me semblait intéressant (d’ailleurs pour toutes les raisons que l’auteur pointe) mais en refermant ce livre je comprends pourquoi je préfère largement étancher ma soif avec de l’eau et limiter ma consommation d’alcool que suivre ce mouvement qui n’est pas si sain qu’il le promet.

Pour être tout à fait honnête je recommanderais seulement deux boissons de cette catégorie. Le jus de pomme pétillant de La Silve et le Sparkling tea que j'avais découvert au Grand Tasting de novembre 2025 mais qui ni l’un ni l’autre ne prétendent à être des vins. Outre leur goût, particulièrement réussi (parce qu’ils sont élaborés avec d’excellents produits) ils n’ont pas besoin de subir un processus de désalcoolisation puisqu’ils ne contiennent pas d’alcool et l’apport de bulles en fait un substitut très intelligent pour qui cherche le côté festif.

Alors que les habitudes de consommation évoluent, les vins sans ou à faible teneur en alcool - dits no-low - bousculent l'univers viticole. Hygiénisme, quête de bien-être, stratégies marketing, bouleversements générationnels : autant de dynamiques qui nourrissent l'essor de ces nouvelles boissons. Mais peut-on encore parler de vin quand l'ivresse, la fermentation et l'identité culturelle sont mises à distance ? De l'histoire symbolique et spirituelle du vin à ses métamorphoses technologiques, ce livre interroge en profondeur les ambiguïtés du no-low.

Produits oxymoriques ou nouvelles figures du plaisir ? Innovations légitimes ou simulacres désincarnés ? À travers une analyse critique, sensorielle et juridique, l'auteur explore les tensions, promesses et limites d'une révolution en marche. Un ouvrage destiné à un large public, à la croisée du droit, de la culture oenologique et de l'éthique, pour penser autrement l'avenir du vin.

Espérons que l'avenir apportera des réponses à toutes les questions que Bernard Hawadier pose avec pertinence.

Les vins sans alcool : Innovation ou révolution ? de Bernard Hawadier, éditions Quae
en librairie depuis le 22 janvier 2026

vendredi 28 août 2026

Fjord, un film de Cristian Munglu

J’ignore les motivations du jury du festival de Cannes pour avoir accordé la palme d’or à Fjord. C’est une récompense qui incite à se faire sa propre opinion, un peu à l’instar du Goncourt.

Franchement, malgré de grandes qualités, de construction narrative, mais surtout d’interprétation, mon choix se serait porté plutôt sur Soudain qui, de mon point de vue, marquera davantage et plus longtemps.
Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsqu’une enseignante découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle des parents pourrait en être la cause.
La question de la protection de l’enfance est le sujet de nombreux films parce qu’on le sait, les statistiques sont effroyables. On estime globalement à 10% la proportion d’enfants victimes de violence et de toute évidence elles ne font pas toutes l’objet d’une enquête. Signaler des parents maltraitants est une lourde responsabilité.

La Norvège n’échappe pas à ce fléau. On y a mis en place un système de protection (Barnevernet) qui est a priori plus énergique que les méthodes françaises. Il en résulte qu’environ 70% des séparations d'enfants d'avec leurs parents s'effectuent sans le consentement des représentants légaux, ce qui est bien plus élevé qu’ailleurs.

Alors que la majorité des réalisateurs (comme des écrivains) dénoncent le silence qui a accompagné des situations de violence ainsi que l’ampleur des traumatismes subis par les enfants Cristian Munglu prend le contrepied en établissant un procès à charge contre l’administration protectrice.

Il présente la situation comme une énigme, si bien que le spectateur s’interroge tout de même sur l’éducation donnée par la famille Gheorghiu (qui est, disons conservatrice, religieuse et plutôt sévère mais non dénuée d’affection) mais il est probable que la réponse est à chercher dans l’affiche. On y voit une famille unie, heureuse. L’affaire est réglée : elle ne peut pas être le siège de violences intrafamiliales.

J’ai été intéressée par la découverte du système de protection de l’enfance norvégien, par la complexité de s’exprimer soit en norvégien soit en anglais (avec le risque de déformer des interprétations du fait des différences lexicales) et par celle du fonctionnement de la justice. On critique nos institutions mais elles m‘ont paru par contraste assez respectueuses des individus.

Il est difficile de prendre le parti qui nous est suggéré, qui consisterait à estimer que les autorités norvégiennes sont dans l’excès et dans une totale erreur. Rien n’est tout noir ou tout blanc et la famille idéale n’existe pas même si on cherche à nous faire croire que les Gheorghiu n’auraient finalement que des qualités contrairement aux Halberg. Ce qui m’a d’ailleurs le plus dérangée c’est que le réalisateur n’ait pas imaginé d’autre solution que la fuite, justifiant que le vivre ensemble soit une utopie et que la tolérance et la bienveillance soient en échec. Il est hâtif de condamner la manière de faire norvégienne. Croire les enfants c’est précisément ce que réclament les parents (français) qui manifestent contre les violences subies dans le cadre de centre de vacances. Faudrait-il par contre procéder différemment pour des violences soupçonnées dans le milieu familial ?

Certes Cristian Munglu a raison de démontrer que la xénophobie peut se dissimuler derrière la volonté de protéger et ce qu’on nous montre de la Norvège est clairement un dysfonctionnement mais suffit-il à condamner tout un système de protection ?

J’ai pensé à un roman d’Amélie Cordonnier (formidable autrice qui a l’art d’écrire des fictions à partir des travers de notre société). Il s’agit de En garde qui se passe en France et dans lequel elle retrace son propre calvaire lorsqu’elle a été soupçonnée de violences sur ses enfants.

Un spectateur peu attentif pourrait faire cette conclusion et condamner une administration trop vigilante alors que la vraie question est celle de l’opposition de deux systèmes de valeurs opposés ayant pourtant le même objectif, à savoir le bien de l’enfant. Une famille a pour piliers la foi, l'autorité, la tradition. L'État privilégie l'autonomie, les droits de l'enfant, la protection contre la violence. On ne peut pas vraiment reprocher quoique ce soit à ces principes, bien qu’ils soient apparemment divergents. En fait le souci vient de la mauvaise interprétation des enseignants norvégiens. Et lorsque la responsable de l’application du système Barnevernet se veut rassurante en disant au début du film qu’il n’y a pas de Dracula ici, on peut y entendre un trait d’humour noir de la part du dialoguiste.

On a le sentiment que le jury cannois aime particulièrement ces affaires de procès, comme Anatomie d’une chute, lui aussi construit un peu dans la même veine, et qui était un chef d’œuvre.

Fjord de Cristian Munglu
Avec Sebastian Stan, Renate Reinsve, Lisa Carlehed, Ellen Dorrit Petersen, Lisa Loven Kongsli
En salle depuis le 19 août 2026
Durée 2h26

jeudi 27 août 2026

Pourquoi pas tenter l'huile de figuier…

J'adore les figues et j'apprécie jusqu'au parfum des feuilles de cet arbre. Alors quand j'ai appris qu'on pouvait préparer une huile odorante j'ai décidé de tenter l'expérience en commençant modestement avec 5 feuilles.

Je n'ai pas de souci particulier avec le latex de la sève blanche du figuier présente dans les tiges mais je sais qu'elle peut être irritante pour la peau alors il convient d'y faire attention. 

La recette préconisait 10 à 15 feuilles de figuier pour 500 ml d'huile neutre (tournesol ou pépins de raisin). J'ai donc adapté la quantité d'huile de tournesol.

J'ai commencé par laver les feuilles, puis les ai débarrassées de leur nervure centrale et brièvement ébouillantées. A ce stade j'aurais sans doute dû les refroidir, étape que j'ai peut-être bêtement omise.
Je les ai aussitôt mixées avec l'huile puis j'ai filtré en pressant fortement sur la mixture à travers un chinois au-dessus d'une bouteille de verre, ébouillantée comme je le fais pour mes pots de confiture (sans songer que la haute température aurait peut-être potentiellement altéré l'huile ?)
On m'avait promis une huile aromatique d'une jolie couleur verte dont le parfum évoquerait la figue fraîche, la noix de coco et la vanille verte et qui sublimerait les salades, les poissons, les légumes grillés, la burrata ou des desserts comme les cakes et ganaches. Le résultat n'est pas décevant mais il reste très "subtil" bien que j'ai apprécié, surtout sur des tomates.
Sachant que cette préparation sans conservateur se garde au maximum 7 jours au réfrigérateur pour éviter tout risque sanitaire lié au développement bactérien dans l'huile j'en ai congelé une partie pour un usage ultérieur. J'ai pour cela ma technique, le réemploi d'emballages de chocolats de Noël (qui sont d'une solidité qui semble éternelle).
Je pourrai ainsi ultérieurement en juger sur du poisson.

mercredi 26 août 2026

Soudain, un film de Ryûsuke Hamaguchi

J'avais, évidemment, beaucoup entendu parler de Soudain du fait de ce double prix d'interprétation féminine au festival de Cannes pour Tao Okamoto et Virginie Efira dont on saluait la performance d'avoir spécialement appris le japonais.

D’ailleurs aucune des deux ne jouait dans sa langue maternelle, partant chacune presque de zéro, en japonais, pour l'une, en français pour l’autre. Etait-ce bien indispensable ? En sortant de la projection c'était une évidence que oui, et pas seulement parce que le réalisateur est japonais et qu'il a tourné en France.

Néanmoins, avoir une actrice dans chaque langue lui permettait de tourner en France tout en conservant une partie du film dans sa langue maternelle, ce qui lui offrait une forme de point d’appui. Il aurait pu faire le choix de réaliser Soudain au Japon mais il a pensé que la densité (et la longueur) des conversations entre les protagonistes ne seraient pas forcément reçues de façon aussi ouverte par des producteurs japonais.

J’avais beaucoup aimé son précédent film, Le mal n’existe pas que j’avais trouvé éminemment politique. Je ne suis donc pas surprise que Soudain le soit également. C'est un film aussi beau que profond, inoubliable, dont on ne s'aperçoit pas qu'il dure plus de trois heures.
Directrice d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou Fontaine (Virginie Efira) tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari Morisaki (Tao Okamoto), une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour "rendre possible l’impossible".
Le réalisateur est parti d'échanges réels entre une philosophe (dont la santé se dégrade brutalement) et une anthropologue, Makiko Miyano et Maho Isono, dont il n’a conservé qu’une réplique mais les questions du hasard et du risque qui y sont traitées ont imprégné la trame fictionnelle autour de la façon dont deux êtres humains entrent en relation pour peu qu’on accepte d’accueillir le hasard qui, seul, peut faire surgir certaines choses. 

Une réplique concrétise cette disposition d’esprit : Certaines choses qu'on désire nous échappent et d'autres sont offertes sans qu'on s'y attende.

Une autre contient l'essentiel du message du réalisateur : Il existe peut-être un autre peut-être, celui qu'on appelle espoir mais c'est le seul pouvant nous offrir un avenir meilleur.

Le parallèle entre l'état des patients et la santé de Marie-Lou est particulièrement intéressant. A force de se donner corps et âme dans son travail elle est, sans en avoir conscience, au bord d'un burn-out dont son collègue Olivier (excellent Jean-Charles Clichet) décèle les signes avant-coureurs et l'alerte tandis qu'elle tente de régler seule le conflit de point de vue avec Sophie l'infirmière (Marie Bunel). Il faudra du temps pour convaincre toute l'équipe.

Un autre parallèle est en place entre Mari qui se bat contre la maladie et Marie-Lou qui se bat contre un fonctionnement. Pour fin arriver à la conclusion : on vit dans un système qui nous épuise mais que l'on fait tourner.

Sans faire un film de propagande Ryûsuke Hamaguchi s’est intéressé à l’Humanitude, une méthode de soin française, introduite au Japon il y a une dizaine d’années, et qui permettait d’interroger plus largement la place de l’être humain dans la société, et la manière dont cette société finit parfois par ne plus lui laisser de place (voir note en fin d'article). Toute l’équipe a suivi une formation spécifique. Il a visité des EHPAD où cette méthode est réellement appliquée, et un autre où elle était encore en cours d’implantation. Il a pris la mesure du manque de personnel et du manque d’argent qui traversent aujourd’hui le monde du soin, dont il serait difficile de ne pas voir que le capitalisme est une des causes.

Cet aspect est très intéressant, surtout dans le contexte des scandales qui ont impactés ce type d'établissement. L'affaire ORPEA est même citée comme point de départ d'un manque de confiance que l'humanitude pourrait rétablir.

Les comédiens sont tous des professionnels, à l’exception de quelques petits rôles confiés à des personnes issues de la figuration. De nombreux résidents et membres du personnel de l’EHPAD (en activité) ont pris part au film, ce qui a constitué une forme d’expérience joyeuse et de divertissement pour les résidents réels, qui ont participé comme figurants, ou qui ont regardé le tournage depuis leur fenêtre.

Le personnage inspiré de Makiko Miyano est devenu, dans le film, une metteuse en scène parce que dans sa jeunesse elle avait fait un peu de mise en scène. Pour ne pas réitérer des scènes qu'on avait pu voir dans Drive My Car, où le théâtre occupait déjà une place importante, il a choisi de s'appuyer sur Psychonautica, un livre du chercheur japonais Takeshi Matsushima, consacré notamment à la psychiatrie en Italie et à la figure de Franco Basaglia. La pièce que l’on voit dans le film n’existe pas comme œuvre autonome mais un grand nombre d’anecdotes et de citations qui y figurent sont réelles et proviennent du livre.

De nombreuses scènes se sont ancrées dans ma mémoire. Celle où les deux femmes reçoivent une fiente de pigeon alors qu'elles sont en pleine discussion philosophique apporte une rupture humoristique qui restaure le principe de réalité. Le film se clôturera sur une répétition de cet incident. Il y a aussi le massage des pieds, magnifique en terme d'émotion. La musique (Samuel Andreyev) accompagne le film sans alourdir l’émotion. Ce qui est admirable c'est de parvenir à secouer le spectateur sans lui arracher de larmes.

Ryûsuke Hamaguchi aurait mérité la palme d'or. Vraiment !

Soudain de Ryûsuke Hamaguchi
Scénario de Ryûsuke Hamaguchi et Léa Le Dina
Librement inspiré de "Quand la vie prend un tournant inattendu"
Correspondances entre Makiko Miyano et Maho Isono – Éditions Shobunsha
Avec Virginie Efira, Tao Okamoto, Kyozo Nagatsuka, Kodai Kurosaki, Jean-Charles Clichet, Marie Bunel …
En salles depuis le 12 août 2028

mardi 25 août 2026

Chez Méert : Songes et Délices de Pâtisserie par Juliette Nothomb

J’ai trouvé Chez Méert : Songes et Délices de Pâtisserie parmi les nouveautés de ma bibliothèque alors que l’édition remonte tout de même à 2023.

La raison en est que l’autrice a récemment participé à une rencontre dans cet établissement qui, à la suite, a enrichi ses collections avec cet ouvrage.

Juliette Nothomb est autant romancière que chroniqueuse culinaire et sans doute excellente cuisinière, à l’inverse de sa soeur (Amélie) qui revendique de n’occuper que le siège de convive. Et toutes deux sont fans de l’institution lilloise Méert qui le leur rend bien puisque deux mélanges de thé, disponibles en sachet et en boite métal, ont été créés spécialement pour l’une et l’autre.

Sous-titré Songes et Délices de Pâtisserie, cet ouvrage est davantage un recueil gourmand, tout à fait assumé, qu’un livre de recettes comme on en l’habitude. Certes, il y en a, mais relativement peu et ce sont plutôt des anecdotes, références littéraires et considérations existentielles qui s’y déploient à profusion.

J’ignorais que la pâtisserie s’était installée dans la boutique d’un apothicaire (p. 2) ce qui nous vaut de réguliers commentaires de bas de page. J’ai appris moults autres détails sur cette célèbre maison que je n’associais jusqu’à présent qu’à leurs gaufres, très particulières, dont Marguerite Yourcenar raffolait, auxquelles l’auteure fait plusieurs fois allusion, mais qu’elle décrit (p. 6) sans en donner la recette … qui est probablement secrète. J’avais pour ma part j'avais découvert cette friandise au restaurant du magnifique musée La Piscine de Roubaix. Elle m’a rappelé un souvenir d’enfance car ma grand-mère picarde faisait des gaufrettes très semblables, à ceci près qu’elle employait un fer spécial, dont le motif est différent de celui de Méert, que je ne peux utiliser que chez un(e) ami(e) qui dispose d'une cuisinière à gaz et que nous dévorions sans les garnir d’une crème additionnelle pour en faire une sorte de sandwich.
Elle décrit par contre dans le détail chacune des autres spécialités de Méert. J’ai apprécié qu’elle nous donne le principe du cheesecake cuit-cru en trois textures. Ses conseils pour réussir la Pavlova sont judicieux.

Il est plusieurs fois question de financier mais il faut patienter jusque la page 66 pour en découvrir l’origine.

Les pages sont ponctuées régulièrement de très jolis dessins originaux du dessinateur Pierre Le-Tan qui portraitiste pour l’occasion Amélie, Marguerite (Yourcenar), Marcel Proust, Monsieur Méert … et Juliette !

Celle-ci remet les pendules à l’heure, précisant un « minuscule détail (p. 43) : Proust trempait sa Madeline non pas dans le thé mais dans une infusion de tilleul, ce qui nous vaut la recette de madeleines ultraproustiennes (p. 45)que je tenterai de réussir à la première occasion en infusant moi aussi directement la plante aromatique dans le beurre fondu (avec l’inconvénient qu’on devra jeter une partie de la matière grasse en même temps que les feuilles une fois infusées).

On retrouve une variante de cette méthode pour des financiers au thé Earl Grey (p. 67) et on apprend que le beurre peut être remplacé par de l’huile dans n’importe quelle recette à raison de 80% du poids mentionné en beurre. Je serais également curieuse d’expérimenter la gelée de thé (p. 69).

Elle donne une astuce pour réussir à coup sûr la crème anglaise (p. 75) et justifie que les anglais la dégustent sous la dénomination de « custard » puisque nous n’appelons pas la crème Chiboust crème française.

Modeste biscuit industriel en Belgique métamorphosé en un bijou absolument divin (p. 77) et puis shortbeads (p. 77) en expliquant pourquoi il est nécessaire de cumuler deux types de levure pour faire gonfler els scènes (p.N 87). 

Ce livre est comme un voyage (avec ses recettes de gâteaux de voyage), un tourbillon de découvertes qui nous emporte "comme un pétale de pommier sous une brise printanière" nous promet-elle en nous avouant que chacun de ses passages chez Méert lui permet d’atteindre son Himalaya pâtissier (p. 107). Nul doute que cette femme n’est pas seulement écrivaine ou cuisinière. Elle est aussi poète.

lundi 17 août 2026

Sur qui tombe la nuit, un premier roman de Marie Paule Istria

Les (heureuses) surprises de la Sélection Hors concours 2026 s'enrichissent d'un nouveau livre avec le premier roman de Marie Paule Istria qui est (encore) le récit d'une quête d'identité et qui (une nouvelle fois) nous transporte en Algérie, comme le faisait Hélène Lolito avant-hier avec Comme pour se battre.
1952, Mondovi, Algérie : Anna, âgée de dix mois, et sa sœur Line, à peine plus grande, sont recueillies par leurs grands-parents après la disparition inexpliquée de leur mère. Trente ans plus tard, elle réapparaît, comme un spectre, dans la vie d’Anna.
2020, Paris. Anna affronte un nouveau deuil : celui de Simon, son ex-mari. Autour d’elle, leurs enfants, Bastien, Laura et Manon, devenus adultes, tentent de surmonter leur chagrin, chacun à sa manière. C’est alors que le passé resurgit à nouveau. Entre les secrets d’une enfance algérienne déchirée par la guerre, et les non-dits d’une famille éclatée, Anna doit affronter une question qui la ronge : et si les morts étaient plus présents que les vivants ?
Sur qui tombe la nuit est un roman poignant où se mêlent la grande et la petite histoire, les rires et les larmes, les cris et les silences, la maladie. Une plongée dans les méandres de la mémoire, où chaque vérité révélée en cache une autre.

Marie-Paule Istria restitue les images et les odeurs de telle manière qu'on est auprès d'elle et qu'on se demande comment une si petite fille peut supporter tout ce qu'on lui inflige. La réponse est peut-être à trouver dans les livres. Et dans son amour des cimetières où elle exerce le rituel des petits cailloux noirs.

Il peut être rassurant de comprendre que d'autres, avant nous, ont éprouvé de semblables émotions. Lénine avait remarqué judicieusement : il y a des décennies où il ne se passe rien et des semaines où il se passe des décennies (p. 91).

On retrouve avec un plaisir certain des citations que l'on connait déjà. Devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde (p. 208, bien sûr Albert Camus, L'étranger). D'autres moins célèbres mais dans lesquelles elle puise là aussi sa force, approuvant ce qu'il dit de la mer qui nous lave et nous rassasie (p. 211).

Elle cherche partout la vérité en remettant en cause des assertions comme celle de Romain Gary : Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais (p. 122, dans La promesse de l'aube). Elle nous donne sa propre interprétation : je pense plutôt que sans amour maternel, la vie vous frappe à l'aube d'une malédiction qui ne disparait jamais complètement. (…) J'ai appris à vivre au milieu des mensonges, à ne pas plier sous le poids de la honte, à rester debout face aux injustices et à pleurer en silence sous les draps. (…) Je n'oublie pas qu'en donnant la vie à un enfant on lui donne aussi la mort, et qu'entre les deux faire le maximum n'est au mieux qu'un minimum.

Je me suis affolée un peu de la découvrir "apprentie lymphomane" (p. 199) tout en étant persuadée que ce cancer est forcément "derrière" elle puisque nous avions discuté ensemble le jour de la révélation de la sélection du Prix Hors Concours.

Son écriture est toujours juste, y compris ce qu'elle écrit à propos des soins, de l'hôpital et aussi de l'état d'esprit du "patient" lorsqu'on lui annonce -sans ménagement- que tout va désormais bien en lui souhaitant bonne continuation … comme si on pouvait effacer le passé.

Je l'ai suivie jusqu'au bout de ce roman émouvant, jusqu'à ce que la nuit ne tarde pas à tomber. Cette nuit, heureusement moins noire que celle du Pays Basque qui a enveloppé l'enfant et sa soeur (p. 87).

Je suis un peu, je l'avoue, impatiente de lire un second roman de cette nouvelle plume qui ne doit surtout pas laisser sécher son encre.

Sur qui tombe la nuit de Marie Paule Istria, Livres agités, en librairie depuis janvier 2026

samedi 15 août 2026

Comme pour se battre d'Hélène Lotito

Comme pour se battre est un roman doux-amer qui nous parle encore, plus ou moins directement, du fossé existant entre deux mondes, l’Algérie et la métropole dans la période 1991-1998. 

Si je mentionne "encore" c’est parce que la Sélection Hors concours 2026 (qui sans doute reflète la production éditoriale du moment) présente au moins trois ouvrages mettant en parallèle la vie en France et au Maghreb. Il faut dire que les enfants des immigrés arrivés dans les années 70-80 sont désormais adultes, et certains sont aujourd’hui devenus écrivains.
Elle est joyeuse, la vie de Nana, entre ses meilleures copines, l’école française d’Alger, les garçons à embrasser et les boîtes de pastels achetées au trabendo. Mais lorsque le quotidien est percuté par les attentats-suicide, les barrages militaires et les disputes des parents, la peur fait son apparition.
Un jour, sa grande sœur Souad est envoyée étudier en France. De Villetaneuse, tous les samedis au téléphone, elle répète : "Tout va bien". Un an plus tard, Nana a douze ans et c’est son tour. Elle rejoint sa sœur et doit apprendre le froid, le gris, la solitude – le mensonge, surtout. Mais "tout va bien", n’est-ce pas ? Jusqu’à ce que Souad dévisse. Jusqu’à ce que Nana, confrontée au vertige de la liberté, cesse d’être une enfant et choisisse son destin.
Hélène Lotito a choisi de raconter à hauteur d'enfant le parcours initiatique de deux sœurs d’Alger à la banlieue parisienne pendant ce qu'on a appelé la "décennie noire". Elle réussit admirablement à nous faire partager les fêlures et les résiliences de sa jeune héroïne, au prénom tout droit sorti d'un roman de Zola.

Elle a organisé l'ouvrage en trois parties : 
La vie bleue, Algérie 1991-94 
Après la vie bleue 1994-98 
Les yeux bleus 1998

Dans la première, la petite fille ne rêve que d’une boite de 24 pastels Sennelier et ose écrire une lettre touchante à la collègue (française) de son père, la suppliant à genoux de les lui ramener au retour de son prochain voyage à Paris, lui promettant en échange le paradis des morts.

L’enfant prie le Dieu français (puisqu’elle est française) se demandant quelle est la différence entre Dieu et le Père Noël - sauf que le Père Noël n’existe pas, mais ça revient au même avec Dieu parce que même s’il existe il me semble qu’on ne le voit jamais donc bon, c’est un peu pareil (p.23).

J'ai beaucoup aimé le style d'Hélène Lolito qui parvient à combiner le tragique et l'humour. La séquence du cadeau d'anniversaire au père est un bijou. L'amour de la mère pour ses enfants est joliment restitué, tout aussi bien que les émotions de Nana, avec des mots simples. Les pages décrivant l'éveil à l'amour (p. 150) sont de toute beauté. Il suffit qu'elle écrive que le printemps français ressemble à un automne algérien pour qu'on comprenne ce qu'elle traverse (p. 156).

La tension politique se ressent à travers des questionnements comme par exemple la chute du nombre d’élèves de sa classe, de 29 à 12 et l’absence soudaine de son camarade Thierry. Quand la mère pleure elle justifie ses larme par la faute à la conjoncture (p. 62), mais, derrière le lapsus, la petite fille sait bien que ce n’est pas une conjonctivite. Malgré tout elle n'a pas pleinement conscience de la gravité du contexte politique. Sa plus grande crainte serait que ses parents divorcent. 

Le roman est parsemé d'anecdotes qui ont probablement été vécues par de nombreuses familles et dont nous ne pouvions pas avoir conscience quand on n'a pas connu cette période. Comme la difficulté (financière) à maintenir les liens familiaux à distance quand le prix des appels téléphoniques est exorbitant. Malgré cela la famille maintient le coup de fil rituel du samedi 19 h à Souad, ce qui sera insuffisant pour empêcher le pire. La présence de Nana auprès de sa soeur ne sera pas plus déterminante et on lit avec effroi quand sa soeur rentre de son mois en Egypte : je ne vois pas que Souad a déjà sombré (p. 123). Nana n'a que quatorze ans. Elle vient elle-même de vivre seule dans l'attente du retour de sa soeur en souffrant de l'isolement. Elle ne pouvait pas deviner.

Le lecteur s'attache en effet facilement à cette famille et souhaiterait le meilleur pour elle. On regrette ainsi la parole de la directrice de l'établissement scolaire : Vous nous quittez Nana. Vos résultats vous permettraient largement de continuer votre scolarité dans un cursus classique (p. 126). Mais, pour la jeune fille, le collège fut une traversée en apnée, à se cacher. La voie vers l'émancipation n'est pas un chemin de roses sans épines mais une forte joie de vivre rend le parcours supportable. C'est une très belle leçon.

Même si cette période de l'histoire est particulière il ne faudrait pas croire que le roman soit difficile à lire; J'y ai retrouvé des situations universelles. Comme la suggestion de Souad préconisant de prendre le gauche si on n'a pas le droit. Combien de fois ai-je entendu ma propre grand-mère faire cette réflexion. Elle aussi a dû faire preuve d'une grande détermination dans sa vie et d'une belle philosophie : je n'ai pas peur de m'ennuyer (…). Je ne veux pas d'une vie incroyable. Je veux juste … une vie. Avec toi. pour le reste je m'adapte (p. 164).

Comme pour se battre d'Hélène Lotito, éditions Fugue, en librairie depuis le 23 janvier 2026

jeudi 13 août 2026

Des choux et des reines de Katherine Pancol

J’avais entendue Katherine Pancol parler de son dernier roman à La Grande Librairie et je m'étais tout de suite imaginée le lire lors d'un séjour au bord de la mer. C'est typiquement un livre de vacances bien que le sujet soit sérieux.

Le titre est un hommage à la gentillesse que Romain Gary lui a témoigné alors qu’elle était en cruelle mésestime de soi.

Des choux et des reines est emprunté à Lewis Caroll, De l’autre côté du miroir (1872) et cette expression figure autant en préface qu'au milieu du livre (p. 108) :
C’est le moment, dit le vieux morse
Il faut parler de tout :
De souliers, de bateaux, de cachets et de sceaux …
De choux et de rois.

L'autrice aime donner à ses romans des titres qui intriguent mais elle en fournit volontiers la clé. Sans être autobiographique (si ce n’est la relation avec sa mère dont on pourra déplorer l'extrême toxicité) les pages sont truffées d’éléments qui lui appartiennent. Elle situe la plus grande partie de l’histoire en Normandie où elle va régulièrement. Elle aime marcher, nager. Elle a toujours eu des chiens. Je parierai qu'elle aussi croque des cornichons pour lutter contre les crampes nocturnes. Elle adore les livres dont elle dit volontiers en interview qu'ils lui ont permis de survivre. Logique donc de situer une partie de l'intrigue dans une librairie. Elle boit toutes sortes de variété de thé et je comprends qu'elle emporte sa théière anglaise dans ses bagages. Je connais quelqu'un qui fait de même. Elle adore écouter les conversations à la terrasse des cafés qui souvent composent des débuts d'histoires.

Le sujet du livre est directement inspiré d’une confidence que lui a offerte une jeune lectrice. Et comme il y a beaucoup de personnages féminins dans ce roman l’éditrice a suggéré de remplacer les rois par des reines.
Sophie a sauté dans le premier train pour Rouen avec, pour seul bagage, son chien Sherlock. Elle s’est enfuie. Ce jour-là, son amant avait oublié de l’enfermer à double tour ... Avec l'aide de son amie Lucille, elle part se cacher dans un village normand près de Fécamp ...
Les premières pages m'ont laissé penser que j'avais entre les mains "encore" un ouvrage sur les violences conjugales. Ce n'est pas exactement le sujet, à proprement parler, mais plutôt d’emprise. J'ai été surprise de l’emploi de capitales d’imprimerie pour désigner l'homme par IL, LUI. Egalement par l'angle très original, retenu par Katherine Pancol, celui de l’emprise "positive" car si l’amant de Sophie la séquestre et l’a coupée de presque tout son entourage elle a pu, heureusement, conserver la liberté de travailler auprès de Madame D, une libraire formidable (impossible qu'il en soit autrement). Permettez-moi néanmoins de m'étonner que celle-ci soit désignée par l’initiale de son nom. Depuis 8 ans qu’elle y travaille et y exécute des taches administratives elle ne peut pas ignorer son patronyme !

Ce n'est pas la seule incohérence car Sophie n'avait pas besoin de profiter qu'il omette de fermer l'appartement à clé puisqu'elle aurait pu se sauver pendant ses journées de travail. Mais n'ergotons pas ! On va se balader agréablement en Normandie avec ces femmes, originales, au caractère tranché, chacune attachante à sa manière, toutes des femmes courageuses, éprises de liberté, qui s’affirment. En particulier la tante Margaret qui aime tant la vie, parce qu’elle est im-pré-vi-si-ble (p. 158).

Notre héroïne peine pour le moment à suivre leurs traces. Elle n’a pas oublié les injonctions négatives de sa mère, la prévenant que des filles comme elle, il y en a treize à la douzaine, tellement qu’on finit par les solder (p. 22). Pour le coup, l’autrice a réellement subi une telle horreur et conclut : Il faut être aimable pour être aimé (p. 64). Et sans avoir été raillée à ce point j’ai moi aussi entendu maintes fois ce proche : tu n'es pas aimable ma pauvre fille. Il faut donc croire que c'est banal, mais pas fatal, la preuve nous en est donnée dans ce roman.

On ne peut pas directement aider quelqu’un qui est dans une telle situation, si ce n’est en lui répétant que notre maison lui est accessible le jour où elle prendra la décision de partir. C’est ce qu'avait fait son amie Lucille en lui disant que la clé de sa maison est "sous le marin barbu" (p. 40).

Quand ce n’est pas la petite voix intérieure de Sophie qui lui indique la marche à suivre ce sont des citations d’autrices qui l’aident. Comme celle-ci de Virginie Despentes :
C’est la métamorphose.
Un matin, on se lève
Et on comprend que,
Dans le silence et la discrétion,
On est devenu quelqu’un d’autre.
 (p. 80)

Sophie se croyant nulle on peut y voir la raison majeure qui la fait accepter l’emprise d’un homme. Depuis que les femmes ont commencé à révéler leurs faiblesses on sait comment fonctionne le système, et quelles sont ses racines : une mère insuffisamment bonne, un père volage … Il n’empêche qu’il est bon de ne pas oublier qu’on peut un jour découvrir les forces qui sont en nous et cultiver nos talents.

On découvrira que la jeune femme en a beaucoup, dont celui de savoir faire de très jolis bouquets, ce qui explique sans doute le choix de la couverture sur laquelle des fleurs sont éparpillées.

J'ai apprécié cette lecture, très fluide. Avec malgré tout un regret : que la profession d’éducatrice canine de Lucille ne soit que citée sans être jamais développée alors que, par exemple, celle des commerçants du village l'est davantage.

Des choux et des reines de Katherine Pancol, Albin Michel, en librairie depuis le 29 avril 2026


de Katherine Pancol, Albin Michel, en librairie depuis le 29 avril 26

mercredi 12 août 2026

Le corset, film d’animation de Louis Clichy, et bientôt un livre d'Emmanuel Villin

Le corset est un film d'animation réalisé par Louis Clichy dont la sortie nationale est programmée pour le 14 août 2026. Ce sera aussi un livre jeunesse, écrit par Emmanuel Villin, qui sera en librairie deux mois plus tard.

Il est donc très probable que la majorité du public verra le film avant de lire l'ouvrage alors que j'ai suivi la démarche inverse parce qu'il a été présenté en avant-première de la rentrée littéraire par L'école des loisirs. Cependant je ne parlerai que du film aujourd’hui.

Louis Clichy est né en 1979. Il s'est formé à l'animation à l'Ecole des Gobelins. Il a commencé sa carrière comme animateur chez Pixar sur Wall-E (2008) et Là-haut (2009). Il a scénarisé et coréalisé ensuite Astérix: Le Domaine des Dieux (2014) avec Alexandre Astier, récompensé par le César du meilleur film d'animation, suivi par Astérix: Le Secret de la potion magique (2018), si bien que Le Corset est son troisième long métrage.

Le Corset est son premier long métrage personnel en tant que réalisateur et il y affirme un style très personnel, caractérisé par un dessin au trait et à l'encre qui renoue avec Mange et À quoi ça sert l'amour, ses premiers courts métrages.
Dans une ferme au cœur de la Beauce, Christophe, 11 ans, règle ses pas sur ceux de son père. Mais à l’école, à la maison, sur le tracteur, Christophe ne cesse de pencher… et tombe. Il doit porter un corset pour filer droit. Tandis que la ferme traverse des moments difficiles, Christophe grandit comme il peut. Il se passionne alors pour la musique et fait la rencontre de Clara, avec qui tout semble devenir possible… 
Je n’ai pas trouvé que le film s’adressait spécifiquement au jeune public (alors que le livre est davantage ciblé). On suit la vie quotidienne dans une exploitation beauceronne à partir des années 80 (la photo de classe est datée 86-87) qui ont vu s’accélérer de profondes transformations du monde agricole déjà amorcées dans la décennie précédente. Jusque là beaucoup de personnes venaient directement chercher leur lait dans les fermes. On y pratiquait l’élevage de plusieurs types de bétail, moutons comme vaches, comme nous le montrent les premières images et bien entendu celles-ci étaient traites à la main, ces mêmes mains qui équeutent les haricots verts du jardin en suivant le très populaire jeu radiophonique, la valise RTL. Les tâches agricoles sont partagées par les membres du clan si bien que la coopérative a pu prendre une place "naturelle" dans l’organisation de l’économie rurale. Une forme d’industrialisation s’est imposée avec la promesse d’un confort de vie grâce aux machines, aussi bien dans l’habitat (qui s’équipera du lave-vaisselle promis à la mère de famille, d’une télévision grand écran et d’une véranda) que dans la vie professionnelle. Les agriculteurs ont été convaincus d’abandonner les activités les moins lucratives au profit de la monoculture.
La Beauce est devenue le grenier à blé de la France, avec des champs à perte de vue, qu’il fallait cultiver avec de grandes doses d’engrais et des machines toujours plus puissantes, poussant les cultivateurs à s’endetter toujours davantage, au bénéfice de l’industrie chimique et des grosses coopératives, avec pour autre désastre (mais le film n’en parle pas vraiment) la pollution, l’appauvrissement des sols et l’épuisement des nappes phréatiques. On voit juste que l’on sacrifie un arbre centenaire parce qu'il gêne aux manœuvres des engins agricoles...

Un des angles du film témoigne de ces fausses promesses d’enrichissement et on sait aujourd’hui combien le monde agricole est marqué par les faillites avec un taux de suicide très élevé. Un autre thème est celui de l’évolution d’un petit garçon sensible et courageux, mais chétif, prénommé Christophe et dont le corps semble la métaphore de ce monde qui part de travers. On va vite comprendre que l’enfant va devoir porter un corset pour poursuivre son développement correctement sa croissance.

Louis Clichy s’est inspiré de ce dont il se souvenait de la vie agricole en Beauce, où son père était agriculteur et où il a vécu durant ses dix premières années. Et de sa propre situation puisqu’il a dû lui aussi être équipé d’un appareil, et qu’il en porte encore un maintenant. Il réussit à faire de cet engin de torture un objet qui permettra au petit garçon d’accéder à l’imaginaire et de "renverser la situation" à chaque fois qu’elle est insupportable. Il envoie valser les problèmes en inclinant la tête. Plusieurs séquences donnent lieu à des épisodes de réalisme magique très réussies comme celui où l’enfant déclenche un ouragan de colère sur la musique de la chanson de Stéphanie de Monaco. Elles sont évidemment plus spectaculaires sur le grand écran qu’au cours de la lecture.

Outre l’originalité avec laquelle ce thème du handicap est traité j’ai été touchée par la beauté des paysages dont je connaissais la platitude génératrice d’ennui, ce qui explique sans doute qu’ils soient rarement le décor de films tournés "à la campagne". Ce sont essentiellement des champs à perte de vue, très peu d’arbres, des fermes carrées, très fermées (pour se protéger du vent, mais qui coupent les habitants d’une certaine vie sociale). Sous le pinceau du réalisateur, ces paysages se chargent d’une dimension onirique et mélancolique inhabituelle. Si bien qu’en traversant cette région pour me rendre en vacances je l’ai trouvée moins monotone que d’habitude. Et je n’avais jamais remarqué jusque là combien elle était striée de lignes à haute tension. Peut-être parce que maintenant il y a aussi pléthore d'éoliennes qui attirent davantage l'attention le long de l'autoroute mais elles n'existaient pas à l'époque.
L’usage de l’encre de Chine et de l’aquarelle avec des teintes sépia et une palette incluant des violets et des orangés apportent une dimension mélancolique plus intéressante que le strict noir et blanc. Les champs à perte de vue sont bien mis en valeur, soulignés par une ligne d'horizon très nette. De plus l'aquarelle met l'accent sur la lumière dans l'image et assure la spontanéité du geste en évitant l'effet "coloriage". Louis Clichy illustrera le roman, mais par contre en noir et blanc.

La famille m’a semblé très représentative de ce monde où il est inhabituel -voire interdit- de manifester ses sentiments (une grande partie de mes oncles et tantes est issue du monde agricole et toute mon enfance a été marquée par la devise de mon père affirmant qu’un témoignage de tendresse était une preuve de faiblesse). On est dur au travail quel que soit le prix à payer et on verra que le père de Christophe s’impose la même règle, mettant sa santé en péril. On notera qu’il a du renoncer à sa passion pour le bricolage et la réalisation d’objets en bois, au motif que dans la vie on n’a pas toujours le choix. Lui aussi évoluera au fil du temps. L’admiration qu’il porte à son fils, à la toute fin, est très touchante (et se remarque particulièrement dans le film).

mardi 4 août 2026

Gaufres à la banane sans sucre et sans beurre

Je récupère souvent des bananes parce que le commerçant ne veut pas garder en rayon des fruits trop murs. Elles se conservent encore longtemps dans le bac du réfrigérateur mais je trouve que leur utilisation idéale est de remplacer la matière grasse et le sucre dans une recette (environ 100 grammes de beurre et 40 de sucre si la préparation compte 2 œufs).

Double avantage puisque ce sont ces ingrédients qui font grimper les calories et l’indice glycérique. Si on a un souci avec le lactose on peut aussi substituer le lait de vache par un lait végétal.

Et puis c'est plutôt festif comme dessert, même en période estivale, y compris quand les enfants ne sont pas là. Il n'y a pas d'âge pour se régaler !

Voici donc la recette des Gaufres à la banane sans sucre et sans beurre avec :
- 2 bananes mûres (environ 200 g de chair) 
- 2 oeufs 
- 150 grammes de farine, de préférence semi-complète 
- 100 ml de lait de vache ou de lait d’amande sans sucre ajouté 
- 1cuillère à café de levure chimique ou de bicarbonate 

Malaxer les fruits à la main avant de les éplucher pour faciliter leur écrasement à la fourchette (si les fruits ne sont pas suffisamment murs) et incorporer les œufs entiers.

Ajouter la farine et la levure. Terminer par le lait. Il ne doit pas rester de grumeaux. On peut utiliser un mixeur.
Dans un gaufrier préchauffé 3-4 minutes (l’allumer et le laisser fermer). et (si nécessaire) un peu beurré/huilé, si les plaques ne sont pas anti-adhésives, placer 2 petites louches de pâte. J'avais récupéré un appareil un peu vintage mais qui fonctionne encore parfaitement.

Laisser cuire 3-4 minutes sans ouvrir jusqu’à ce que la vapeur ne s’échappe plus. Et voilà le résultat : une quinzaine de gaufres (format rectangulaire) avec ces proportions.

Ayant sous la main cette "fameuse" pâte à tartiner Nocciolata et de la crème fouettée nous nous sommes offert le dessert gourmand par excellence, celui avec lequel les baigneurs nous narguaient à chaque retour de plage mais je ne prétendrai pas qu’on était dans une démarche "healthy" comme le promettait la recette.

Nous n'avons pas tout dévoré. Les dernières ont été conservées dans une boite et réchauffées tout simplement au grille-pain. Elles sont redevenues croustillantes et ont été dégustées au petit-déjeuner.

jeudi 23 juillet 2026

Déclaration d’indépendance de Sophie Riche

Si je vous parle de Déclaration d’indépendance ce n’est pas parce que les Etats-unis célèbrent le 250 ème anniversaire de la leur. C’est le titre d’un roman de la rentrée littéraire que j’ai reçu à la tombola de Babelio organisée pendant le pique-nique annuel.

Si je ne trouve pas qu’il s’agisse à proprement parler d’un roman, j’y ai trouvé beaucoup d’intérêt.

L’écriture est directe, et l’autrice aborde des sujets qui sont soit d’actualité, soit qu’il est important de ne pas laisser sous silence, comme par exemple la question des fausses couches, encore tabou.

Chloé croit filer un bel amour avec Maxence, son copain depuis six ans. Sauf qu'il la largue un matin et la blessure va lui faire perdre son peu de confiance en elle. Ajoutez un contexte d'exploitation maximum par un patron misogyne et sans scrupule. Cet esclavagisme des temps modernes est admirablement analysé (p. 62-63) faisant penser à ce que décrit aussi Franck Courtès dans A pied d'oeuvre. Mais la jeune femme est résistante et va élaborer une méthode pour se remettre de sa rupture … et repartir sur des bases plus solides.

Il est vrai qu'il y a quelque chose de Bridget Jones dans ce journal qui se lit très facilement et qui n'est pas aussi superficiel qu'on pourrait le penser. Ce fut une belle surprise. Plusieurs scènes sont d'un humour incroyable. Et je me souviendrai longtemps de la séquence du séjour dans la yourte.

Si je peux me permettre juste un reproche c'est l'absence de playlist en annexe pour m'éviter de noter les références des musiques au fur et à mesure.

Et pour moi qui connais un peu la région de Lille, j'ai retrouvé un contexte géographique qui m'a amusée. Je me suis demandé si la pâtisserie où elle travaillait n'était pas Méert … sans doute influencée par une autres lecture en cours.

Troubadour des temps modernes (selon son éditeur à qui je donne raison), Sophie Riche exerce et a exercé tous les métiers qui n'existaient pas il y a encore vingt ans : rédactrice web pour un magazine féminin, youtubeuse, consultante en communication ou encore créatrice de contenus/influenceuse, autant dire qu'elle connait par coeur le sujet qu'elle traite dans son livre ! Aujourd'hui réalisatrice de podcasts, elle a notamment écrit, réalisé et interprété Attendre d'attendre un enfant et co-anime aujourd'hui Couple Goal.

Attention : autrice à suivre !

Déclaration d’indépendance de Sophie Riche, Eyrolles, en librairie le 27 août 2026

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