En sa qualité de de la représentation du paysage, il a voulu confronter l’Histoire avec les grandes créations contemporaines. Si bien qu’il présente une soixantaine d’œuvres parmi lesquelles presque la moitié sont le fruit d’artistes vivants, ce qui est plutôt inédit à Marmottan. Hormis le musée de Grenoble, les prêts proviennent essentiellement de collectionneurs privés et de galeristes.
Pierre Wat confronte les artistes, les points de vue, sélectionnant des oeuvres très rarement voire jamais encore montrées au public, et nous invite à regarder le paysage comme témoin de l’Histoire. En comprenant la différence entre nature et paysage, celui-ci pouvant être défini comme la nature éprouvée ou affectée par l’homme. Le paysage est une expérience subjective qui existe avant tout dans l’œil du regardant.
L’exposition embrasse le siècle de Monet (comment pourrait-il en être autrement puisque Marmottan détient la plus grande collection d’œuvres du maître ?) et constitue un des nombreux hommages qui vont marquer le bicentenaire de sa disparition et cette nouvelle exposition devrait marquer les esprits.
Elle est structurée en 11 sections chrono-thématiques incluant peintures, photographies, plusieurs sculptures et gravures. De 1890 quand Monet s’installe définitivement à Giverny jusqu’en 1926. On commence donc par les Nymphéas pour l'histoire avant d'enclencher -c'est une évidence- sur les Paysages en guerre. Une section très importante est consacrée à l'abstraction, une autre aux paysages intérieurs. Mais on aborde aussi l'action de la nature sur ces paysages meurtris, allant jusqu'à effacer les traces des massacres humains. L'exposition glisse en toute logique vers les paysages de l'Anthropocène ( cette époque géologique caractérisée par le fait que les activités humaines sont devenues la principale force de transformation sur Terre, surpassant les forces géophysiques naturelles) pour s'achever sur une interrogation à propos des paradis perdus. Dans chacune des sections le maître mot est dialoguer ou confronter.
Le présent article est plutôt long et détaillé. Vous pourrez à loisir le lire avant ou après avoir vous-même vu les oeuvres de près. Il se poursuit par l'intervention, au sous-sol du musée de Peter Soriano, grand sculpteur franco-américain, qui a réinventé un paysage d’hiver en revivant un des voyages entrepris par Monet en Norvège.
J'ajouterai que les équipes ont réinventé le parcours dans les collections avec de nouveaux cartels. Ainsi s'établit aussi un dialogue entre le temporaire et les œuvres permanentes (quand elles ne sont pas prêtées). Impression reçu en donation en 1940 a réintégré le musée et peut de nouveau y être admiré.
Monet a en tête le modèle des panoramas, mot qui étymologiquement signifie en grec tout voir. en sachant que le plus populaire au XIX° est le champ de bataille qu’on contemple depuis la position du vainqueur. Les Nymphéas sont son anti-panoramique de bataille. Pour en savoir plus sur le sujet je vous renvoie à mon article sur le livre de Grégoire Bouillier, Le syndrome de l'Orangerie.
Le paysage a longtemps dépendu de l'histoire et noue aujourd'hui une nouvelle alliance. Bien entendu il sera (aussi) question de réchauffement climatique. Mais poursuivons avec la "vision" du français Vallotton à propos de Verdun ou celle de l'américain Nash, peignant les blockhaus des plages du Débarquement.
Paul Nash, 1889-1946, Bomber in the Corn, Bombardier dans le champ de maïs, 1940, Graphite et aquarelle sur papier
Félix Édouard Vallotton 1865-1925, Verdun, Tableau de guerre interprété [sic], projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, peint entre le 10 et le 27 décembre 1917, huile sur toile, Paris, musée de l'Armée
Pierre Buraglio, Né en 1939, Marée basse (on verra plusieurs oeuvres de cet artiste) qui se trouve confrontée à des gravures touchantes faites dans les tranchées et prêtées par le musée des armées, comme celle-ci :
André Mantelet-Martel, 1876-1953, Le Bois-le-Prêtre, Pont-à-Mousson, 1916
On peut lire en bas à gauche, dans la planche : Eau forte gravée sur ma / douille aplanie et martelé / Pt à Mon 1916 / AMt. Et en bas à droite, au crayon Le Bois le Prêtre 1916 / Mantelet Martel.
Après la douille, la trace d'une souche de Verdun cristallisée au bois perdu et verre optique de Pascal Convert, Né en 1957 et Maître verrier Olivier Juteau, Né en 1955

