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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 26 janvier 2026

Juliette, Victor Hugo mon fol amour

Après plus de 100 représentations en tournée et au festival d’Avignon, la générale de presse de Juliette, Victor Hugo mon fol amour a enfin été programmée à Paris, au Théâtre des Mathurins, le 26 janvier.

Les confidences de cette femme de l'ombre dont le nom est malgré tout célèbre sont touchantes. A la fois amusante, quand Juju évoque son Toto, bouleversante au souvenir de la mort de sa fille, Marie Lussignol exprime toutes les facettes d'une vie palpitante dont on comprend qu’elle ait pu inspirer le grand romancier au point qu’il arrêta d’écrire après sa disparition, ne cultivant plus que l’art d’être grand-père.

Certains s’extasient que François Mitterand ait écrit plus de 1 200 lettres à la femme qu'il a aimée en secret pendant 34 ans. Juliette avait fait bien davantage avec plus de 22 000 courriers (23 650 pour être exacte) au fil d’une quarantaine d’années.

Quinze ans après Anthea Sogno qui m’avait fait découvrir ce personnage, Marie Lussignol, en alternance avec Marguerite Kloeckner, est cette Juliette amoureuse, toujours passionnée, qui inspira toute son oeuvre au grand auteur.
Elle entre dans une chambre d'hôtel où elle trouve refuge pour faire le point, et prendre du recul dans sa situation, prenant le public comme confident. Son jeu est puissant pour exprimer sa conception de l'amour et la manière dont elle subit l’exil (elle accompagne Victor Hugo à Jersey, puis à Guernesey, mais sans partager son toit. Il lui louera une petite maison à portée de vue), la jalousie et les drames intimes. Chaque mot résonne avec sincérité, entre douleur et lumière.

De son vrai nom Julienne Joséphine Gauvain, elle est née le 10 avril 1806 à Fougère. Orpheline de mère quelques mois après sa naissance, de père l'année suivante, elle fut placée comme son frère et ses deux sœurs en nourrice puis dans un couvent de Fougères, avant d'être élevée par un oncle, René-Henry Drouet, dont elle pris le patronyme.

Elle devint, vers 1825, la maîtresse du sculpteur James Pradier, eut avec lui une fille, Claire, qu'il reconnaîtra deux ans plus tard. C'est sur son conseil de Pradier qu'elle tentera une carrière de comédienne, sans rencontrer le succès.

Son atout est une beauté intense qui séduira beaucoup d'hommes, finalement Victor Hugo avec qui elle entretint une passion pendant près de cinquante ans. Le rôle est délicat à interpréter puisqu'il ne fallait pas que l'actrice "dépasse" en quelque sorte le modèle et Marie Lussignol ne fait pas les choses à moitié.

Elle incarne avec justesse celle qui abandonna sa carrière théâtrale pour devenir la victime consentante de son amant. On a du mal à l'imaginer aujourd'hui mais il exigea d'elle une vie cloîtrée, presque monacale, et ses sorties ne seront consenties qu'en sa compagnie, expliquant que cette femme passionnée soit longtemps restée dans l’ombre du génie, bien que leur liaison soit affichée et notoire, y compris de l'épouse du poète et de leurs enfants.
Rien n'empêchera néanmoins l'illustre amant de la tromper régulièrement, d'où son besoin de faire le point aujourd'hui dans cette chambre d'hôtel.

Le spectateur est partagé entre la compassion, l'admiration et une certaine colère en découvrant combien le grand auteur s'est mal conduit à son égard, même s'il l'aida financièrement jusqu'au bout. La très jolie bande-annonce vous en donnera un aperçu. Activez-la en cliquant sur le lien.

La mise en scène est co-signée par la comédienne et l’auteur de la pièce Patrick Tudoret (ci-dessous à gauche à coté des deux comédiennes qui jouent en alternance). Elle souligne avec précision toutes les émotions traversées par cette femme qui s'avère plutôt admirable et qui souffrit beaucoup, parfois en miroir, puisqu'elle aussi perdit un enfant tragiquement.
Le spectacle est programmé le lundi à 19 heures au Théâtre des Mathurins jusqu’au 30 mars 2026 ou plus … 

dimanche 25 janvier 2026

The Sound Of Silence d'Alondra de la Parra et Gabriela Muñoz

The Sound of Silence est un spectacle difficilement classable, entre musique et théâtre.

Intentionnellement sans paroles pour s’affranchir des contraintes de langues, il est conçu pour être compréhensible par tous, à commencer par les enfants.

Ce public était d’ailleurs nombreux le samedi 24 janvier sous le splendide plafond du Théâtre des Champs-Elysées le soir de la Première et j'ai remarqué une forte affluence de mexicains.

C'était aussi la dernière d’une longue série qui amena les deux artistes conceptrices à faire un grand voyage, depuis le Mexique avec quelques haltes en Espagne, pour finalement achever le périple par la France.

Alondra de la Parra a pris la parole, en français mais poursuivit très vite en anglais. Elle expliqua qu’après 12 ans de travail le spectacle prenait fin ce soir et qu'elle était heureuse d’être ici à cette occasion. On la comprit parfaitement quand elle nous promit : Feel, dream, imagine together, and enjoy now !

Si l’orchestre joue un rôle fondamental puisque la musique est un des trois langages qui sont exploités, les musiciens ne voyagent pas avec le spectacle, à l’exception des deux solistes.

A Paris, ce fut l’orchestre Pasdeloup qui était sur scène, avec une formation de taille impressionnante, comprenant plus de cinquante musiciens. Evidemment au sommet de ce qu’on attendait de la formation malgré un temps de répétition restreint, confirmant combien c'est une référence justifiée dans son domaine. Il faut les saluer parce que très souvent ils jouent alors que leur chef d’orchestre est quasiment dans le noir. Et parmi eux les deux solistes, Yorrick Troman, premier violon et Rolando Fernandez, violoncelle solo qui furent chaleureusement salués.

On notera d’ailleurs la mise en scène qui dès le début considère les musiciens comme des acteurs.

Les musiques choisies sont pour beaucoup familières à nos oreilles (voir liste en fin d'article). C’est toujours avec grand plaisir qu’on reconnaît les premières mesures du Vol du bourdon et qu’on s’interroge sur ce que cet air entraînant va accompagner comme image. Ce fut ce soir une nuée d’oiseaux dont la clown orchestra les trajectoires. Quant au dernier morceau, la puissance nostalgique de la Symphonie no 3 de Brahms a été maintes fois démontrée.

Le jeu expressif est le second langage dans lequel Gabriela Muñoz est reine puisqu’elle est Chula the Clown. Le mot mériterait d’être défini. Certes, elle porte un vêtement rigolo, dans un jaune moutarde un peu criard et le maquillage de son visage est blanc, avec des sourcils re-dessinés au pinceau noir. Certes, elle suscite parfois le rire, mais jamais le ridicule. Et surtout la plasticité de son corps et de son visage sont exceptionnels. On lit sur elle comme dans un livre.

Troisième langage, celui des images, celles qui sont projetées et celles que nous formons dans nos têtes. Parce que le spectacle se déroule à la juste vitesse, laissant au spectateur le temps d’intégrer les concepts qui lui sont proposés et de se forger son opinion.

On se souviendra de la scène devenant un aquarium dont on voit flotter la surface, encombrée de bulles et de déchets de crustacés, de l'ombre du violoncelle sous la cloche installée à cour, basculant comme un coquillage dont il serait la perle, du premier violon jouant en haut à jardin, d'un feu d’artifices au-dessus de la ville, d'une architecture futuriste dont Chula serait le soleil, et de la clown, réfugiée sous son parapluie à l’instar de Marie Poppins, se protégeant de la pluie, place qu’occupera à la fin la chef d’orchestre.

On se souviendra aussi de multiples autres moments parce que les thèmes abordés, en particulier l’altérité, la confiance en soi, et dans les autres, l’amour bien évidemment, mais encore la notion d’entraide, l'écologie, chaque tableau étant traité avec un rapport au public extrêmement soigné et pensé.

Nous avons applaudi régulièrement avec force croyant que le spectacle était terminé, surpris de constater qu’un nouvel épisode s’enclenchait. Il y eu ainsi plusieurs rebondissements. Le plus surprenant fut le moment où Chula distribua des fleurs, choisit quatre spectateurs dans le public et en fit des musiciens.

Son visage apparaissait parfois en gros plan, petit miracle de la technologie.

Je ne remarquera qu'au dernier instant le slogan, caractéristique de l’esprit mexicain : vivir es incréidible, signifiant, au cas où on n'aurait toujours pas compris le message qu'il est un hommage à la vie, tout simplement et qui résonne avec force, comme un SOS qui nous est lancé.
The Sound of Silence
Alondra de la Parra direction artistique et musicale
Gabriela Muñoz Chula the Clown
Orchestre Pasdeloup
Yorrick Troman premier violon
Rolando Fernandez violoncelle solo
Rebekka Dornhege Reyes costumes
Mariona Omedes vidéo 

Programme musical :
Debussy The Little Shepherd, extrait de Children’s Corner
Bartók Concerto pour orchestre (2e mouvement)
Rimsky-Korsakov Le Vol du bourdon
Debussy La Mer (1er mouvement)
Jimbo’s Lullaby, extrait de Children’s Corner
Hamilton In the Belly of the Whale
Weber-Berlioz Invitation à la danse (extrait)
Massenet Méditation de Thaïs
Sibelius Concerto pour violon (3e mouvement)
Prokofiev Symphonie no 1 op. 25 (1er mouvement)
Symphonie no 5 op. 100 (2e mouvement)
Ibarra Las Antesalas del Sueño
Brahms Symphonie no 3 op. 90 (3e mouvement) 

samedi 24 janvier 2026

Déjeuner hivernal chez Vendémiaire

Je connaissais ce restaurant que j'appréciais beaucoup. Apprenant son changement de chef je me suis interrogée sur son évolution. Allait-il poursuivre dans la même direction ou opérer un changement de cap ?

Je suis donc revenue chez Vendémiaire. Le contexte était différent, preuve que les lieux sont modulables.

Etant sans doute plus attentive j'ai remarqué cette fois la mention "Brasserie française" revendiquée sur le rideau et sur chaque assiette. Et pourtant, je viens de vérifier avec les photos que j'avais prises en novembre 2024, elles n'ont pas été changées.

La chef pâtissière Asia Goncalves qui avait magnifiquement clôturé mon déjeuner, avec une Tartelette au chocolat Tulakalum 75%, praliné noisette et grué, est toujours là, et plus encore puisqu'elle exerce davantage de responsabilités, secondant le chef, sans abandonner la conception et la réalisation des desserts.

Je gouterai plus tard une tuile de sa conception qui témoigne du mouvement que l'établissement a entrepris.

Plus discret, mais tout aussi important, la playlist qui est diffusée est désormais uniquement composée de chansons françaises (ou du moins francophones car on entend Céline Dion) et c'est fort agréable. Tout à l'heure j'entendrai Stephan Eicher affirmer sa volonté de déjeuner en paix … histoire d'oublier que les nouvelles sont mauvaises.
J'étudie la nouvelle carte en dégustant (en toute modération comme il se doit, sachant que l'abus d'alcool est préjudiciable à la santé) un des cocktails proposé depuis depuis l'ouverture. Le choix n'a pas bougé parce que les propositions sont très abouties en raison du très grand nombre d'alcools français présents chez Vendémiaire, y compris en digestifs.

J'opte pour le Spritz Pampelle qui, avec un Crémant alsacien et une eau pétillante, est une version 100% française du cocktail si connu, presque galvaudé, et qui ici deviendrait quasi gourmand, accompagné d'une vraie tranche de pamplemousse, avec un peu moins d'amertume que dans la version italienne originale.

Pampelle est distillé à Cognac, à partir d'une variété corse de pamplemousse Star Ruby certifié bio, choisie pour l’intensité de sa couleur et sa saveur. Après macération des fruits, une partie est distillée dans des alambics en cuivre, afin de renforcer les arômes naturels d’agrumes. À ceux-ci sont ajoutés des écorces d’autres agrumes comme le cédrat français (mais aussi du yuzu du Japon et du bigarade d’Haïti) puis de l’écorce de quinine, des bitters de racine de gentiane, et l'eau-de-vie.

Je remarque qu'une formule s'est glissée depuis cette semaine dans la carte, sous le nom évocateur de "Brèves de comptoir", née de la volonté d'innover du chef Jeffrey Quetin.

Pensée pour celles et ceux qui souhaitent manger rapidement sans renoncer au plaisir, cette proposition à 25€ comprend un plat, un verre de vin (ou une autre boisson) et un café, autour des grands classiques bistrotiers français : croque-monsieur, soupe à l’oignon ou encore tartare-frites... Une cuisine sincère, accessible, à savourer sur le très beau marbre blanc du comptoir.
Intriguée, j'interroge un client qui semble se régaler d'une soupe à l'oignon qui à elle seule "vaut le détour". Il n'a jamais rien mangé d'aussi voluptueux, et il est vrai que c'est un plat d'anthologie. Je crois que le souvenir de la première cuillerée restera imprimé dans ma bibliothèque gustative.

Le bar est un espace qui se déploie largement et qui peut, avec une offre spécifique, aura une forme d'indépendance. Celle-ci va se renforcer Avec l'ajout de deux rideaux et d'un panneau de bois qui créeront un espace potentiellement privatisable, pour un évènement ou un after-work.
Un autre mord avec appétit dans un croque-monsieur. Invitée à en partager un morceau je comprends ce que Vendémiaire Nadd-Mitterrand (en photo en tête d'article avec Eloi Poch, son directeur de salle) entendait lorsqu'il m'avait annoncé qu'il voulait inscrire "un croque-monsieur intéressant".

Le pain est "signé" Jean-Luc Poujauran, taillé dans la grande largeur du pain, jambon et Comté sont fournis par Chatin. Il est sans béchamel, travaillé avec un beurre foisonné mi beurre demi-sel mi beurre doux, bien marqué, avec une croute colorée finie au four, gourmand et généreux, et un tour de moulin à poivre au dernier instant.
Me voici préparée à découvrir la cuisine du nouveau chef. Jeffrey Quetin (ci-dessus) a travaillé aux côtés de plusieurs chefs étoilés en Belgique et à Paris, notamment chez Maison Rostang**, L’Orangerie** du George V et Le Gabriel*** à l’Hôtel La Réserve, dont il était sous-chef. Je comprend qu'on lui ait confié les rênes de Vendémiaire pour y faire triompher la cuisine française avec exigence, en conciliant tradition et création et je suis impatience d'en découvrir l'interprétation.

vendredi 23 janvier 2026

La qualité du sommeil aura été une des questions traitées aux Thermalies 2025

Bien sûr les Thermalies sont d'abord le lieu où se renseigner à propos de tout ce qui concerne l'eau, qu'elle soit thermale ou de bien-être. Mais qui dit bien-être et santé dit qualité de sommeil avant tout. Voilà pourquoi cette année le volet Longévité fait partie intégrante du programme.

La qualité du sommeil aura été une des questions traitées aux Thermalies 2026, notamment à travers une conférence : Bien dormir pour mieux vieillir, donnée par le docteur Sylvie Royant-Parola, psychiatre, animée par Véronique Julia, journaliste santé à Notre Temps.

Le constat donné par la journaliste est alarmant : les Français ne dorment pas assez ce qui amène à se poser trois questions :
- Pourquoi a-t-on le sentiment que le sommeil perd en qualité avec l'âge ?
- Quelles sont les répercussions éventuelles sur la santé ?
- Comment optimiser nos nuits ?

Le sommeil n'est pas un état identique de la naissance à la fin de la vie. Il évolue en fonction des besoins. Il est crucial pour le tout-petit afin de consolider les apprentissages et grandir et il est normal qu'il dorme 20 heures sur 24. A dix ans, le temps de sommeil de l'enfant se sera réduit à 10 heures, à l'adolescence entre 8 et 9 et finalement entre 7 et 8 pour un adulte, voire 6-7 heures en vieillissant davantage. Il faut savoir que seulement 1% de la population n'a besoin que de 4 heures de sommeil. 

Pourtant on veut conserver nos habitudes de vouloir dormir "comme avant". Il faut savoir que le sommeil se modifie et se scinde en deux avec l'âge : un sommeil nocturne et une propension à la sieste même si dans certaines cultures on la pratique très tôt, en particulier autour du bassin méditerranéen. La sieste n'est pas un temps de sommeil en plus mais qui appartient néanmoins à la durée globale de sommeil.

En hiver on a tendance à chercher à se réfugier sous la couette vers 20 heures 30 mais si on passe une douzaine d'heures allongé on aura nécessairement plusieurs réveils d'au moins 20 minutes au cours de la nuit. On vivra ce qu'on appelle une "fausse" insomnie.

L'angoisse, quelle qu'elle soit (y compris celle de ne pas réussir à dormir) est un des grands ennemis du sommeil. La question se pose malgré tout de déterminer à partir de quand il convient de s'inquiéter. Une chose est certaine : on doit se sentir reposé au réveil et ne pas ressentir un sentiment de fatigue. Ceux qui rêvent beaucoup doivent savoir que l'état d'hyperperception des épisodes de rêve est fatigante.

Le sommeil est un temps pour effectuer des vérifications, un nettoyage des neurones, la régénération des cellules de la peau, la construction des défenses immunitaires, le recouvrement de ses capacités cognitives et d'apprentissage … On a découvert dans les années 2000 qu'un processus de lavage se mettait en route en observant des flux liquidaires sur les neurones de souris endormies.

Une grosse privation de sommeil aura des effets cumulatifs à long terme qui se paieront à distance. Une mauvaise qualité de sommeil nuit au système cardiaque. Le coeur réaccélère régulièrement et ne se repose pas.

L'agenda du sommeil est un tableau qui devrait témoigner de la régularité des couchers et des levers. La qualité est à étudier : le sommeil est-il agité ? Avec des sauts ? Marqué ou non par des ronflements, eux-mêmes associés ou pas à des apnées du sommeil. Observe-t-on le syndrome des jambes sans repos ? Les généralistes commencent à progresser, notamment en terme de détection des apnées du sommeil. Il est conseillé de remplir le questionnaire du réseau Morphée.

Il est capital d'abandonner les mauvaises habitudes. Et pour cela le plus efficace serait d'enclencher une thérapie comportementale de l'insomnie si on cherche un effet à long terme. Hélas le recours aux médicaments demeure la solution la plus fréquente par tous ceux qui ont assimilés les benzodiazépines à des bonbons miracles. Leurs effets sont certes très efficaces en début de traitement, avec peu d'effets secondaires, mais ça ne dure pas. Il ne convient pas de les prendre plus de 4-5 semaines et ensuite ponctuellement. La qualité du sommeil sous somnifère est différente, et les rythmes sont plus plats. Les antidépresseurs, en doses faibles, amélioreront la qualité du sommeil de la seconde moitié de la nuit.

Pourtant il commence à exister des consultations en Visio et des applications numériques ont été développées pour suivre son sommeil. Mais les thérapies ne sont pas encore suffisamment proposées, faute de praticiens.

Il faut se pencher sur la façon dont on se prépare au sommeil, ce qu'on fait la nuit (quand on ne dort pas), et le lendemain, travailler sur les croyances. C'est une vraie entreprise de dédramatisation de la situation. Elle se regarde sur plusieurs nuits et plusieurs journées.

L'idéal est de ne se coucher que lorsqu'on a sommeil. Et de conserver des horaires semblables de coucher et de lever d'un jour à l'autre, à plus ou moins une heure près. Mais ce qui compte le plus c'est encore l'heure du lever. Faute de quoi on s'expose à des problèmes dépressifs et cardio-vasculaires.

Nous sommes des êtres diurnes qui dorment la nuit pour être en phase avec la lumière naturelle. Il est absolument essentiel de sortir au moins une heure par jour pour s'exposer à la lumière naturelle.

Il est scientifiquement prouvé que les plantes, les huiles essentielles, ne seront d'aucun secours. Sauf à y croire et à bénéficier d'un effet placebo. La seule chose positive d'une tisane, parce que c'est de l'eau chaude, c'est de provoquer une dilatation de l'estomac qui va stimuler le nerf pneumogastrique, ce qui aura une action positive.

La mélatonine est une hormone que nous ne sécrétons que la nuit. Donc elle peut avoir une effet physiologique efficace si on en prend dans sa forme à libération prolongée, mais ce n'est pas aussi anodin qu'on le dit, surtout si on en absorbe pendant des années. Si le problème est l'endormissement il convient d'absorber une faible dose, si le souci est le réveil alors il faut une forte dose. La mélatonine peut permettre d'avancer le rythme de l'endormissement, dans ce cas la prendre deux heures avant de se coucher. Elle peut régulariser le rythme après un jet lag, mais ne sera efficace que lorsque le trajet s'effectue vers l'est.

Il faut bannir la télévision de la chambre parce qu'elle conditionne le rituel d'endormissement et fait perdre le contrôle du sommeil.

Les lunettes de luminothérapie sont intéressantes en cas de dimension dépressive. Le yoga, les étirements, tout ce qui fait diminuer l'activité sympathique permet de faciliter le sommeil.

Les Thermalies
Du 22 au 25 janvier 2026
Carrousel du Louvre
Cet article est illustré par une photo que j'ai prise au salon Maison & Objet de janvier 2026

jeudi 22 janvier 2026

Grignan et la Drôme s'apprêtent à célébrer le 400 ème anniversaire de la Marquise de Sévigné avec faste

Si je dis faste c'est parce que j'aime ce mot mais il y en aura pour tous les goûts, du plus simple au plus grandiose. On sait tous combien la marquise de Sévigné aimait les mots alors ils seront à l'honneur.

Nous étions aujourd’hui réunis à l’Hôtel de la Rochefoucauld, dans les locaux de l’association des Vieilles Maisons Françaises, à l’invitation du Conseil départemental de la Drôme, qui assure la coordination de la programmation de cette année Sévigné et la matinée fut ouverte par Emmanuelle Anthoine, vice-résidente chargée de l'attractivité, du tourisme, de la culture et du patrimoine.

Le 400 ème anniversaire de la naissance de la marquise sera très dignement célébré dans toute la Drôme dont il convient de souligner que le numéro minéralogique se trouve être le 26.

La naissance de Marie de Rabutin-Chantal est attestée le 5 février 1626 au 1, place Royale, dans le Paris aristocratique (aujourd'hui place des Vosges). Elle est devenue Sévigné par son mariage et sa fille, Françoise, épousa le marquis de Grignan.

Orpheline très tôt, l'enfant avait été confié à son oncle, l’abbé de Coulanges, qui lui assura une éducation remarquable pour une jeune fille du XVII° siècle et qui lui permit de développer un goût prononcé pour l’écriture et l’observation du monde.

En 1644, à l’âge de dix-huit ans, elle épouse donc Henri de Sévigné, gentilhomme breton issu d’une vieille famille. Le couple vit entre Paris et la Bretagne, partageant une existence mondaine intense. En 1651, Henri de Sévigné meurt dans un duel provoqué par ses aventures galantes et à seulement vingt-cinq ans, la marquise choisit de préserver son indépendance et de se consacrer entièrement à ses deux enfants, Françoise-Marguerite et Charles.

Elle fera trois séjours au château de Grignan, dont je vous recommande la visite. Mises bout à bout ces périodes formeraient quatre années. Elle mourra au château le 17 avril 1696, âgée de 70 ans. On l'enterrera dans le chœur de la collégiale Saint-Sauveur, à gauche de l'autel, où une plaque au sol indique l'emplacement de sa tombe.

Sa correspondance témoigne d’une époque et mérite d’être lue car elle est instructive sur les mœurs des aristocrates de l’époque. Jamais nulle autre personne n'a su mieux l'art d'avoir de la grâce sans affectation, de l'enjouement sans folie, de la propreté sans contrainte, de la gloire sans orgueil et de la vertu sans sévérité, disait d'elle Madeleine de Scudéry (1607-1701), confirmant ainsi la perfection de l'image mondaine de la marquise ...

Tout cela plaidait à ce que l'anniversaire soit commémoré par une programmation foisonnante et riche afin de satisfaire un double objectif, celui de fédérer les atouts départementaux et la diversité de ses trésors. Un second enjeu est de rappeler la saveur et la qualité de la vie au Grand Siècle en associant la jeunesse.

Le lancement aura lieu le 5 février au département de la Drôme avec la projection du film Madame de Sévigné, réalisé par Isabelle Brocard, avec Karin Viard et Ana Girardot,  sorti en salles le 28 février 2024 et tourné pour partie à Grignan. La soirée aura lieu à Valence, à l'Hôtel du département, gratuit, mais sur inscription obligatoire.

Bruno Durieux, ancien ministre, maire de Grignan, à la tête de la municipalité depuis plus de trente ans, a souligné combien la ville est naturellement très imprégnée de sa mémoire, bar, hôtel, jardin, espace, … son nom est partout. Quant à ses lettres, on y lit le nom de Grignan toutes les deux pages.

Il a rappelé combien les romantiques ont aimé la marquise dont Lamartine écrira plus tard qu'elle est le Pétrarque de la prose en France. Comme lui, sa vie n’a été qu’un nom et elle a ému des milliers d’âmes des palpitations d’un seul cœur.

La commune participera à trois niveaux par :
 - une commande publique commandée à Hélène Delprat qui a imaginé une installation dans le four banal, miraculeusement préservé. Elle en a dit quelques mots en fin de matinée, annonçant une oeuvre qui prendra peut-être la forme d'une grille et qui sera installée dans ce petit espace pouvant devenir une chambre de lecture, un peu à l'instar du carré des lecteurs du Palais Royal.
- la redécouverte de l'opéra d'Henri Berton, Ninon chez madame de Sévigné, porté par six solistes et l'Orchestre de Chambre de la Drôme. La musique a été composée fin XVIII° début XIX°, par le rival de Rossini, qui était une gloire, et avec de nouveaux interludes composés par Youssra Khechai. Le livret, a été écrit en très jolis alexandrins, par Dupaty que l'on rend responsable d'une entrée de Victor Hugo à l’Académie française retardée de sept ans. Ninon était une courtisane remarquable et l’opéra est une sorte de Traviata avant l’heure.
- des extraits de lettres qui seront affichés sur une vingtaine de panneaux pour interpeler un public très large et lui procurer l’occasion de ressentir le plaisir de relire les conversations que la marquise écrivit au fil de sa pensée, sans plan et sans filtre.

Les offices de tourisme de la Drôme provençale proposeront toute l'année des jeux de pistes numériques gratuits. On pourra suivre en famille le chemin qu’elle empruntait de Donzère à Grignan pour rejoindre le château. Les associations organiseront des fêtes parmi lesquelles figurent une course de chaises à porteurs, un bal … et l'association de cartophilie du Pays de Grignan proposera un timbre "Marquise de Sévigné".

Arnaud Vincent-Genod, Directeur général des châteaux de la Drôme, est intervenu sur ce projet de territoire qui incarne l’engouement et où la Provence secrète va se dévoiler. Artistes, viticulteurs, artisans, la feront vivre à travers des lectures, des spectacles, des conférences, un opéra, des fêtes, des éditions d’art …

Grignan se devait à cette époque d'être le reflet de la puissance du roi soleil en Provence et le château sera le lieu central des réjouissances. Son second étage sera rouvert au public cette année à l'occasion du lancement du nouveau parcours de visite au mois de mai. Une nouvelle scénographie mêlant esthétique contemporaine, objets de collection et 
médiation interactive de près de 500 m2 sera consacrée à l’effervescence du XVII° siècle, et guidée par la figure tutélaire de la marquise de Sévigné.

mercredi 21 janvier 2026

J'ai suivi un webinaire avec Cédric Ramadier et Vincent Bourgeau en préambule de la Semaine nationale de la Petite Enfance

La Semaine nationale de la Petite Enfance se déroulera bientôt, du 14 au 21 mars 2026 et son thème sera cette année Des équilibres.

L'école des loisirs, en collaboration avec Agir pour la Petite Enfance, m'avait invitée à suivre aujourd'hui un webinaire avec Cédric Ramadier et Vincent Bourgeau qui sont les parrains de l'édition 2026.

Bien entendu ont également participé Gaelle Moreno, Responsable Éducation et Promotion de la lecture chez l'éditeur qui est depuis 5 ans partenaire de la Semaine, et Thomas Ulmann, qui en assure la partie direction artistique.

Je connais les deux auteurs à travers leur série Le livre qui …  dont j'avais retenu un ouvrage en septembre 2016 Le livre en colère, rouge flamboyant comme on en a l'habitude pour cet état qui préoccupe beaucoup les éducateurs. J'avais apprécié qu'on soit ici dans le point de vue de l'enfant et pas dans une approche moralisatrice.

Tous les enfants (et même encore les adultes) connaissent cet état où on se sent dépassé par les évènements. Si quelqu'un avait un remède magique cela aiderait. Et le voilà justement, sous la forme d'un conseil : compter jusqu'à 10 pour laisser au calme le temps de revenir.

mardi 20 janvier 2026

L’Attrape-mots de Gilles Paris

L’Attrape-mots est le douzième livre et neuvième roman de Gilles Paris et il est radicalement différent des précédents.
Il y raconte l'histoire de Jade, adolescente rebelle, qui est amoureuse de Holden, le héros mythique de J. D. Salinger, l'auteur de L’Attrape-cœurs. Grâce à lui, elle échappe à la tragique réalité de sa vie. Mais qui sait si elle ne nous échappe pas aussi car lorsque ses proches prennent la parole c'est une toute autre version qui nous est donnée.
Qui ment dans cette affaire ? Jade est-elle tant meurtrie qu'elle n'a trouvé que l'affabulation pour se préserver ? Peut-on croire à son insuffisance respiratoire, la disparition de son petit frère victime d’une leucémie et la dépression de sa mère ?

La dédicace que Gilles Paris a eu la gentillesse de me faire est une forme de réponse : tout cela ne serait que mythomanie … Je vais devoir patienter, et vous aussi, jusqu’au 3 février puisqu’il est prévu que je le rencontre ce jour-là et je compte bien le passer à la question, en toute bienveillance, cela va de soi.

Et puis ce n'est pas tant d'important que cela parce que nous sommes dans la fiction, il ne faudrait pas l'oublier. Au-delà de l'aspect psychologique, voire psychiatrique (un domaine que l'auteur connait bien),  ce roman est un bijou en terme de construction. Son architecture est hypercomplexe et participe au plaisir de lecture.

Gilles Paris joue à nous perdre dans une mise en abîme sans fin. Le titre se justifie au fil des pages. Quant au choix du roman de Salinger il s’en serait vendu de par le monde plus de 65 millions d’exemplaires, ce qui légitimise l'engouement éprouvé pour son personnage. Je ne doute pas que Gilles le connaissait bien avant de commencer son propre ouvrage. Il est probable qu'il l'a découvert pendant son adolescence mais je parie qu'il est, depuis, devenu incollable sur son déroulement.

Rendez-vous le 3 février pour en apprendre davantage. D’ici là, bonne lecture. Ce livre mérite d’être lu plusieurs fois. Vous avez donc la garantie de ne pas perdre votre temps.

L’Attrape-mots de Gilles Paris, éditions Héloise d'Ormesson, en librairie le 22 janvier 2026
Photo du livre prise avec un marque-page de Géraldine Venet, créatrice de bijoux en soie installée à Saint Consorce près de Lyon.

lundi 19 janvier 2026

Des marques qui témoignent du thème de l'édition janvier 2026 de Maison & Objet : Past reveals future

Je me suis amusée à repérer (a posteriori car ce n'était pas un critère de visite au préalable) s'il était possible de trouver dans les allées les marques qui se trouvaient en accord avec le thème, sachant bien entendu que cela ne pouvait pas être intentionnel de la part de leurs dirigeants.

Se traduisait-il dans les quatre manifestes qui avaient été annoncés: ?
- Métamorphose : ne rien jeter, tout transformer
- Mutation : la nature inspire les styles de demain
- Baroque recomposé dans un élan re-théatralisé
- Néofolklore : regarder hier en appliquant des gestes de demain.

Curieusement, ce sont majoritairement celles qui ont le plus retenu mon attention. Et je vais commencer par Fudoon qui est devenue une marque quasi iconique en provoquant l'engouement avec un vêtement-accessoire qui me faisait d'ailleurs très envie.

Marguerite Vergne et Capucine Tortel ont sympathisé sur les bancs d'une école de commerce en 2008, mais ont poursuivi chacune leur trajet, dans la branche commerciale ou dans le textile. A force de se déplacer à vélo, et d'avoir froid, Marguerite fut la première à avoir l'idée d'une capuche qui "couvrirait mais pas trop, et qui protégerait de la pluie". Ainsi est née le fuudo-doudoune qui fut baptisé Fudoon, sachant que fuudo signifie capuche en japonais.

Les deux amies se sont associées et lancées en 2020 tout en conservant leur job dans un premier temps. Avec la vente à la Samaritaine qui fut la première enseigne à les commercialiser, le succès de leur capuche à enfiler les a décidées à se consacrer à plein temps au développement de la marque qui se décline en une infinité de coloris et de matières (notamment un gris argenté hyper tendance et festif), avec toujours un côté déferlant, et avec par exemple des moufles hyper bien conçues car convertibles en mitaines … si bien qu'on peut en sortir le pouce pour scroller sur son smartphone … mais sans lâcher le vélo de l'autre main.

Marguerite m'a déjà montré un prototype d'imperméable, lui aussi un peu "technique" mais très joli, en taille unique, fermé avec des zips étanches (et ce n'est pas un détail).
Dans ce domaine textile, il y a bien sûr Maekake alliant héritage et modernité avec ses tabliers dont le nom signifie littéralement "suspendu devant". Initialement utilisé depuis plus de quatre siècles par les riziculteurs, les brasseurs de saké, de sauce soja et les fabricants de pâte miso ce tablier brodé leur servait aussi d'essuie-mains. Il est apprécié des commerçants et des artisans depuis des siècles car il réduit les tensions dans le bas du dos et aligne correctement le bassin pourvu qu'on noue très serrée son épaisse sangle lors des manipulations d'objets lourds. Et sa toile est résistante aux fortes chaleurs, ce qui en fait aussi un tablier de cuisine.
C'est encore le Japon qui a inspiré Violette à créer en 2017 Atelier St Eustache (anagramme de chaussette), et depuis la marque monte, monte, monte … Dans ce pays où on se déchausse régulièrement au cours de la journée elle y a découvert le culte de la chaussette transparente … et solide pendant son année d'études en architecture à Tokyo.

Ce type de produit n'existait pas en France. Il a fallu expliquer le concept mais aujourd'hui le passé n'est plus démodé et au contraire  ultra tendance. Le best-seller reste le motif petits pois inspiré des fleurs de cerisier (que la créatrice porte dans ses mains). Je consacrerai prochainement un article complet à ce type de produit qui mérite un coup de projecteur.

J'ai été très touchée par la démarche de I was a sari fondée par Stefano Funari il y a 14 ans déjà qui a découvert l'artisanat indien à l'occasion d'une année sabbatique et d'un travail avec les enfants des rues pour une ONG. On porte beaucoup de saris dans ce pays. Sachant qu'il faut au moins 5 mètres de tissu on peut aisément imaginer le volume de déchets textiles que représente leur usage par 1 milliard et demi d'habitants que compte l'Inde quand ils ont les moyens de renouveler leur garde-robe.

dimanche 18 janvier 2026

Le château de Grignan

Apprenant que le département de la Drôme entendait célébrer dignement le 400 ème anniversaire de la naissance de la Marquise de Sévigné les souvenirs de mon bref séjour à Grignan le 31 juillet 2019 septembre se sont rappelés à ma mémoire.

J’arrivais, épuisée, je peux l’avouer, après plusieurs semaines au festival d’Avignon et la perspective de n’assister qu’à un seul spectacle était déjà une promesse de repos. Je me suis néanmoins empressée de découvrir (un peu) la ville où les traces du passage de l’écrivaine est partout.

Sa statue de bronze se trouve depuis 1857 sur l’ancienne place de l’horloge et donne de ce fait son nom à la place. La marquise y est représentée sur un fauteuil et tient dans ses mains une plume et du papier… car c'est en tant qu'épistolière qu'elle est devenue célèbre.

Une immense plume rouge est accrochée au Beffroi, en clin d'œil au Festival de la correspondance dont Eric-Emmanuel Schmitt assure la direction artistique, qui se déroule chaque année depuis déjà 30 ans et dont j’aimerais tant suivre une édition. La prochaine aura lieu du 6 au 11 juillet 2026.
La région exerce immédiatement un charme indéniable et, même si la montée jusqu’au château est un peu sportive, la vue qu’il offre depuis ses terrasses est une récompense inoubliable. On comprend que la marquise ait été séduite par le panorama, surtout lorsque les champs en contrebas éclatent de la couleur violette des lavandes.
Le château est tout autant impressionnant vu d'en bas que d'en haut.
Cette balade m'a permis de remarquer une mosaïque symbolique et la rose "Mme de Grignan", créée par Monsieur Dominique Massad pour l'association Pierres et Roses Anciennes, offerte à la ville de Grignan par Jardirose, et baptisée le 17 mai 2007 par Monsieur Bruno Durieux, maire, ancien ministre.

J’assistais le soir à une superbe représentation de Ruy Blas, donnée devant la splendide façade renaissance du château, suivie d’un temps dans les jardins suspendus. Les Fêtes nocturnes, à l’instar de ce qu'était Opéra en plein air (entreprise ruinée par le Covid et donc hélas aujourd’hui disparue), est une manifestation qui permet à tous les publics de vivre des moments de grâce dans des décors d’exception qui prennent vie comme par magie.
J'ai alors profité du panorama depuis les terrasses car je savais mon temps compté.
J'ai été intriguée par ces gargouilles ornant  la façade sud-est de la galerie sur le thème des péchés capitaux. Elles ont été sculptées à l'initiative de Marie Fontaine, une propriétaire à qui le château doit en grande partie sa restauration même si elle s'est accordé quelques fantaisies par rapport à l'histoire, pour satisfaire ses goûts pour le néo-gothique.
Je repartais le lendemain et il ne fallait pas louper l’autocar de 12 h 22 au départ de Grignan pour me rendre à la gare de Montélimar. Malgré ce timing serré, j’ai voulu tenter la visite du château qu’il me semblait indispensable de découvrir. Le guide a enchainé anecdote sur anecdote, resituant constamment ce que nous voyions dans le contexte historique, rendant la visite passionnante, mais trop longue pour pouvoir la suivre entièrement (comptez deux bonnes heures). Je dûs partir avant que le groupe n’atteigne la si belle salle du roy, en référence au portrait de Louis XV qui y était exposé au XVIII°.

J’avais conservé mes notes, pensant les exploiter après une visite complète. Je m’étais en effet promis de revenir mais la pandémie a bouleversé le projet. Je les reprends aujourd’hui en espérant vous donner l’envie de partir dans la direction de ce département qui avait séduit la marquise de Sévigné. Pensez à réserver du temps pour cette visite à l’occasion d’un des évènements que vous prévoirez d’y suivre et dont je parlerai bientôt puisque la conférence de presse de lancement a lieu dans quelques jours.

Il est probable que les conditions de visite du château ont changé, avec peut-être un parcours modifié. Sachez en tout cas qu’il sera encore plus passionnant avec la réouverture au public du second étage du château au mois de mai prochain.

samedi 17 janvier 2026

L'empreinte d'Harry Nuriev sur le Salon Maison & Objet de Janvier 2026

Le créateur russe Harry Nuriev (invité à un talk sur Maison & Objet en septembre 2024), nommé Designer de l’année 2026, avait carte blanche (je devrais dire carte argentée) pour imaginer tout un espace à son image (je devrais dire plusieurs espaces), porté par les valeurs du Transformisme, un mouvement qu'il utilise comme cadre philosophique pour qualifier sa pratique de la création par la transformation d’objets, de matériaux et de formes existants, qu'il imprègne de nouvelles qualités esthétiques et matérielles, pour qu'ils transcendent leurs cadres habituels de perception.

Harry ne décore pas, il "habille les intérieurs" et clame qu'art, mode, design ou architecture sont unis par les liens sacrés de la création. En poussant le design dans cette direction on peut se permettre de se meubler comme on se vêt. Il avait mis le principe en action au Mobilier national il y a deux ans avec deux installations parallèlement à celle des Aliénés où j'avais vu son travail pour la première fois.
Une gloriette recouverte d’un textile qui reprenait des motifs de deux tapisseries du Mobilier national, réinterprétées grâce à l’intelligence artificielle pour y intégrer dans le motif végétal ancien des éléments de modernité s'imposait dans la galerie des Gobelins.

Le geste créatif qu'il a déployé à Maison & Objet n'est pas très différent. On reconnait sa manière de "recouvrir" un espace entier. Et il le fait de deux manières.

D'abord, à l'entrée du Hall 1, en installant une sorte de sas de décontamination culturelle du visiteur, invité à traverser trois ou quatre salles où il perdra totalement toute notion de distance. Personnellement j'ai adoré cette expérience que j'ai faite deux fois. Curieusement un soir, juste avant la fermeture, bénéficiant d'une solitude absolue. Et une autre fois en présence d'autres personnes qui s'extasiaient de se découvrir modifiées dans les murs-miroirs. Je les ai immortalisées par deux clichés faits quasiment sous le même angle :
Ces deux expériences m'ont permis de vivre réellement le concept d'Harry Nuriev qui explique, à juste titre que le transformisme est une façon de voir, de ressentir et d'agir parce qu'aujourd'hui, le véritable défi n'est pas l'invention, mais la perception.

La meilleure preuve est qu'il est probable que vous n'aurez pas vu les trois silhouettes centrales de la seconde photo. Je vous invite donc à lire la déclaration d'Harry Nuriev dans son exhaustivité et je la reprends à cet effet en fin d'article.
Le texte qui figurait en regard de cette première proposition artistique n'était peut-être pas clairement explicite et il faut peut-être y lire plutôt une mise en garde avant de poursuivre les découvertes dans les allées :
Le design puise dans ses racines pour mieux s'élever.
À la croisée de la matière brute et de la forme contemporaine, une force tranquille s'exprime. L'ameublement n'est plus une simple succession de pièces : il devient prolongement d'un savoir, d'un geste, d'une mémoire.
Ce qui en émane dépasse l'esthétique : c'est une aura, un souffle, une trace du passé transmise au futur.
Chaque création s'inscrit dans une continuité organique, une transformation lente et incarnée.
Maison&Objet valorise un design habité : où chaque mobilier porte l'empreinte d'une histoire en devenir.
Libre alors à chacun de traverser les salles et de vivre ses perceptions en ne censurant pas sa sensibilité. Se préparer à remettre en question ce que signifie la beauté aujourd'hui — et de la découvrir dans ce qui a été ignoré, rejeté ou oublié.
Le manifeste d'Harry Nuriev s'incarnait plus encore au fond du hall 3 à travers une vision futuriste dans laquelle l'objet usuel devient collector en miroir du thème de l’édition Past reveals Future.
En recouvrant tous les objets (à l'exception tout de même de l'un d'entre eux) d'une même matière, de couleur strictement identique chacun se trouvait sur un même "pied d'égalité", d'abord visuellement, puis symboliquement. Le résultat était, comme l'avait promis le créateur, radical, mais ludique.

Après avoir enfilé des sur chaussures de protection le visiteur avait toute liberté de s'asseoir dans les moelleux canapés XVIII° (dont l'assise est habituellement très ferme).
Il devenait facile et évident de remettre en question ce que signifie la beauté aujourd’hui, et de la découvrir dans ce qui a été ignoré, rejeté ou oublié.
Notre regard balayait les étagères qui évoquent ces alignements interminables que l'on connait dans les grandes surfaces d'ameublement et de décoration populaires et qui ici ne nous tentent finalement pas le moins du monde.
La radicalité devient amère et la Vénus de Milo a perdu son potentiel.
Reste à repartir du bon pied, avec un regard neuf, et de chercher ce qui, dans ce salon immense, en quoi et comment des marques ont réussi (intentionnellement ou pas d'ailleurs) à s'inscrire dans un futur durable tout en s'appuyant sur le passé. Ce sera le sujet de mon prochain article sur Maison & Objet, preuves à l'appui.

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