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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 4 octobre 2026

Un marché noir de Berenice Pichat

Berenice Pichat avait secoué les lecteurs avec La petite bonne, récompensée ensuite à juste titre par plusieurs prix. On attendait donc avec intérêt son second roman. Il se trouve que Un marché noir se situe dans la même veine émotionnelle et confirme son talent, un an plus tard.

Le "un" à son importance et une fois le livre refermé on pourra y voir du second degré. On va suivre le parcours de Servane -encore une héroïne féminine de condition modeste- puis de Paul entre septembre 1941 et mai 1944. Le récit sera interrompu par la déposition, faite sans prendre de pincettes, en septembre 44, de la concierge du 55 rue Dulong où habite Servane.

J’écris "déposition" parce que le texte en a tout l’air mais je pourrais aussi bien le qualifier de confession. On constatera maintes fois qu'elle a joué un rôle positif. Quand on s'adapte on survit, dit-elle sans juger. Tout le monde traficotait un peu (…) sans ça on serait tous morts de faim (…) le marché noir, le marché gris, qui peut dire qu’il n’a jamais trempé là-dedans ? (p. 38). Les confidences dérapent tout de même un peu de fil en aiguille. 

Servane a été obligée d’intégrer que "il faut se débrouiller avec les moyens du bord" (p. 19).  Elle ne condamne pas davantage les uns et les autres tant que c'est sur le dos des Boches (p. 116). Pouvons-nous cautionner que le marché noir soit vu comme un délit utile, collectif. Trafiquer, c'est résister tous ensemble (p. 70).

Il y a aussi des poèmes écrits à la première personne, qui font entendre un cri déchirant,  mais il va falloir patienter avant d’en connaître l’auteur. Et puis des interventions en italique. Si bien que le roman prend des allures de puzzle et que le lecteur pourrait s'égarer. Bien sûr, je ne vous dirai pas tout.

Sans expliquer qui est Paul, le second personnage principal, car je ménage le suspense, je dirais qu’on devine assez vite sa véritable identité. Le procédé utilisé par l’autrice de couper le livre en deux parties permet de rembobiner l’histoire et de reprendre les faits en changeant de point de vue. Certaines scènes de la première partie bénéficient d'un nouvel éclairage. En tout état de cause il faudra retenir que Paul fut un enfant harcelé par ses camarades d'école et très frustré à la maison : ne jamais rien acheter que le nécessaire, ne pas posséder de superflu, à peine exister (p. 158).

Il est complexe de débusquer la vérité pure. Je crois qu'on ne peut pas l'approcher parce que très peu d'entre nous ont vécu cette période de l'Histoire. On ne peut qu'imaginer, à travers les récits de nos grands-parents, des romans et des films … mais on peut croire qu'en ces années de trouble immense la hiérarchie des bonnes choses était perturbée. Ainsi, ce devait être un vrai plaisir de traverser paris désert à vélo comme l'apprécient Servane et Paul, se pensant un instant de nouveaux libres.

Nous faire ressentir en long, en large et en travers les conséquences des privations nous impose l'indulgence. Qu'aurions-nous fait de mieux ? On comprend lentement que Servane est prise dans un engrenage, qui restreint son libre-arbitre.

A peine sa première mission achevée Servane se promet de faire mieux la prochaine fois. Cette pensée machinale la foudroie. C'est donc vrai : les principes ne tiennent pas longtemps face à la douceur des billets et la promesse de rapporter de quoi revivre enfin (…). Elle connait désormais le prix exact de la honte, mais pour l'instant elle refuse absolument d'y penser (p. 59).

Moins on en sait (et moins on se pose des questions de conscience). La jeune fille choisit (ou se résout) de croire son "amie" Rosa. Et Servane, alias Fleur de mai, est persuadée d'agir pour la bonne cause.

Si le lecteur n'a sans doute pas connu la faim il sait les abominations commises en déportation. Pas Servane qui s’interroge sur le pourquoi du comment "les gens peuvent ils disparaître du jour au lendemain" (p.33) et on comprend l’allusion à la rafle de l’été 42. Toute l'horreur de la situation est dite à mots couverts. Fedor est déplacé "vers un pays où seraient rassemblés les gens comme lui" (p. 32)

Berenice Pichat confirme avec ce deuxième roman le potentiel que La petite bonne avait révélé.

Un marché noir de Berenice Pichat, Les Avrils, en librairie depuis le 20 août 2026

samedi 3 octobre 2026

Quel menu composer autour du Valençay, cuvée Les Griottes

J'avais rencontré Francis Jourdain à la fin de la cérémonie de remise des Lentilles d'or de la photographie culinaire au ministère de l'agriculture en décembre dernier.

Je n'avais alors pas eu l'occasion d'apprécier sa cuvée Les Griottes et je m'étais promis de l'accorder un jour. Il a été parfait sur un rôti de porc fumé au bois de hêtre, braisé avec du chou blanc et des pommes de terre. Ses arômes de fruit rouge et de poivre furent les bienvenus.

Mais il aurait pu tout autant être servi sur une viande grillée au barbecue. Peut-être parce qu'il est composé avec du Gamay (qui est un de mes cépages de prédilection, en toute logique car je privilégie les vins peu tanniques).
Il est le résultat d'un assemblage avec le Côt et le Pinot noir, réputé pour exprimer des tanins discrets..

Ensuite, et bien que théoriquement je privilégie le vin blanc sur les fromages, il s'est très bien comporté avec un fromage frais de chèvre ou de vache. Bien entendu en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.

Le terroir du Valençay, et tout particulièrement ces parcelles riches en silex blond ou rouge, produit un vin rouge friand à la finale épicée. Mais c'est surtout les notes de fruits rouges mûrs, voire de noyau, qui dominent ce vin. Francis Jourdain raconte que la dégustation lui fait revenir en mémoire des saveurs d'enfance, celles de la cerise à l'eau de vie de son grand-père. Pour moi c'est le bocal que ma grand-mère ne manquait jamais de préparer avec les cerises du verger.

Il s'attache avec son épouse Sophie à préserver la biodiversité de leur vignoble situé au sud de la Touraine par une culture raisonnée et respectueuse de la nature et de l’environnement.
J'ai pris les photos sur fond de papier peint motif Coffee Blue de la marque polonaise Plastiflora qui édite aussi de très jolis rubans sur d'anciens métiers à tisser que j'ai découverts sur le dernier salon Maison & objet.

Valençay, Appellation d'Origine Contrôlée
Les Griottes 2023
1958 route de Lucioux, 36600 Lye
Téléphone : 02 54 41 01 45

vendredi 2 octobre 2026

Berlin, Berlin de Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras

Si vous n'avez pas encore vu Berlin, Berlin (créé en janvier 2022 au Théâtre Fontaine), ne vous lamentez pas. Le Théâtre des Nouveautés reprogramme ce bijou où le rire est garanti du début à la fin.
Berlin Est. Emma et Ludwig veulent s’enfuir et passer à l’Ouest. Emma se fait engager comme aide-soignante chez Werner Hofmann pour s’occuper de sa vieille mère sénile. Elle n’est pas là par hasard, cet appartement possède un passage secret qui mène de l’autre côté́ du Mur. La situation est déjà̀ suffisamment compliquée mais si en plus, Werner est un agent de la Stasi, qu’il tombe fou amoureux d’Emma, et que l’appartement est un nid d’espions, on bascule dans l'absurde et le délire.
La distribution a changé. Vous ne verrez pas Maxime d'Aboville qui était si merveilleux qu'il eut un Molière d'interprétation pour le rôle qu'il y assurait. Mais, je reprends ses paroles le soir de la cérémonie : Berlin Berlin est d'abord un spectacle de troupe de 8 comédiens. Je salue le capitaine de ce navire, José Paul, le coauteur de la pièce Gérald Sibleyras, et celui qui en est l'âme, Patrick Haudecoeur qui est un très grand clown.
Vous avez de la chance, Patrick n'a pas lâché son bébé et il joue très finement Ludwig, le simple d'esprit qui provoque bourde sur bourde. A ses côtés Anne Charrier, succède à Lysiane Meis. Elle était déjà formidable dans En attendant Bojangles, l'adaptation théâtrale du roman d'Olivier Bourdeaut dont la performance poignante lui avait valu sa toute première nomination aux Molières en 2018. Elle exécute dans le rôle d'Emma, une traversée sans faute, dynamitant carrément le quatrième mur tant elle est naturelle.

Marie Lanchas (la mère et Birgit, l'agente impayable de la Stasi), Guilhem Pellegrin (pauvre général inconsolable du départ de sa chère Greta), Claude Guyonnet, Loïc Legendre et Gino Lazzerini sont toujours là.

Guillaume Bouchède reprend le rôle de Werner Hofmann (initialement joué par Maxime d'Aboville, actuellement Napoléon au Poche Montparnasse) qui, bien entendu, change de nature, mais reste très savoureux.

J'ai beaucoup aimé ce spectacle où tout est pensé pour faire rire une fois passée l'introduction, avec une évocation filmée de la construction ce "joyau de  l'ingénierie est-allemande" qu'était le mur de Berlin nous mettant illico et très intelligemment dans l'atmosphère de l'époque ne nous faisant passer du noir et blanc de la reconstitution à la couleur de la scène du théâtre. J'ai brièvement reconnu des façades devant lesquelles je me suis promenée (lire ici mes articles sur cette ville). L'inévitable chanson de Marlene Dietrich ouvre véritablement le spectacle.

Le décor évoque à jardin un monde fracturé. La dissimulation du paysage secret fait penser -ce qui est forcément intentionnel- à la cachette de la famille d'Anne Frank. Plus tard le portrait accroché au mur de la Stasi est sans nul doute celui d'Erich Honecker, l'ancien dirigeant de l'Allemagne de l'Est (RDA).

Tous les types de comique sont à l'oeuvre. Le lexique, la répétition, les mimiques, l'absurde, les allusions, les quiproquos … jusqu'à la chanson originale et humoristique (écrite spécialement pour la pièce par Patrick Haudecœur) du général mélancolique devant le rideau de scène pendant le changement de décor par les machinistes pour la seconde partie.

J'ai adoré Patrick s'effrayant du bruit de la porte qu'il claque lui-même disant sur tous les tons possibles : quelle est la teneur de ce message  ? Il est inoubliable dans la scène du violon jouant Le goujon de Schubert. Et Loïc Legendre reprenant la réplique culte de Robert de Niro Are you talking to me ? dans Taxi Driver, en faisant semblant de dégainer un pistolet caché sous sa veste à l'intention d'un adversaire imaginaire.

On est dans le registre d cela comédie et on pense pourtant parfois que ça va se terminer mal. Mais vous vous en doutez, le mur tombera à la fin et l'Ode à la joie pourra résonner. Berlin, Berlin est entré dans les classiques du genre. La pièce a été publiée à la Librairie Théâtrale (collection Les Classiques du Boulevard), le 24 mars 2022
Berlin, Berlin de Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras
Mise en scène José Paul
Avec Guillaume Bouchède, Anne Charrier ou Lysiane Meis (selon les périodes), Patrick Haudecœur, Marie Lanchas, Guilhem Pellegrin, Michel Lerousseau, Loïc Legendre, Claude Gyonnet et Gino Lazzerini
Décors Édouard Laug, Lumières Laurent Béal
Costumes Juliette Chanaud, Vidéo Sébastien Mizermont
Musique Michel Winogradoff
Au Théâtre des Nouveautés
24 boulevard Poissonnière, 75009 Paris
www.theatredesnouveautes.fr
Depuis le 17 septembre 2026
Du mardi au samedi à 21h Samedi à 16h30, dimanche à 16h
A 19h ou 18h30, voir le calendrier

jeudi 1 octobre 2026

Divorce à la française au théâtre avec Caroline Vigneaux

Je suis un peu perplexe au moment d'écrire ma chronique à propos de Divorce à la fançaise.

Certes, la qualité de jeu de Caroline Vigneaux laisse augurer d'autres grands moments de théâtre. Certes, l'humoriste fut aussi avocate, dans une vie antérieure, et on peut supposer que non seulement elle a vérifié chaque point judiciaire mais aussi qu’elle a toute compétence pour camper une juge, une avocate ou une plaignante. Certes, j'ai compris qu'Eliette Abécassis avait elle-même adapté son roman pour le théâtre sous la forme d'un seule-en-scène.

Elle intervient régulièrement en off pour donner son point de vue (comme elle le fait tardivement dans le roman tandis qu'ici elle affirme d'emblée son soutien).

Je me souvenais parfaitement du livre, que j’avais lu et chroniqué à sa sortie il y a un an, et pour lequel j’avais exprimé de nombreuses réserves. Malgré le témoignage charmant et positif de Véronique, la nouvelle épouse d’Antoine, tout allait dans le sens d’une culpabilité sans doute possible de cet homme, dont la perversité me semblait sans limites au fur et à mesure des différents autres témoignages, y compris ceux des enfants. Il faut reconnaitre qu'en matière de violences conjugales la production littéraire est abondante, avec tout dernièrement l'exceptionnel Dans la jungle d'Adeline Dieudonné tout en spoilant la fin sans ambiguïté.

Le spectacle se focalise sur Margaux. Encore une fois, et sans remettre en cause la qualité d’interprétation de Caroline Vigneaux, il me semble que le résultat aurait gagné en puissance si le spectateur pouvait avoir un doute sur la culpabilité de cet homme. Pour cela, il aurait fallu qu'on l'entende autrement qu'en paroles rapportées par son ex-épouse. Evidemment c'aurait été un tout autre spectacle. Peut-être davantage semblable, trop peut-être, aux fameux duos Palmade/Laroche. Et qui aurait pu interpréter Antoine ? 

En tout cas, les artistes ont choisi une autre approche tout en conservant du roman ce qui qui concerne les difficultés rencontrées dans le monde de l'édition (depuis 10 ans les ventes de livre baissent, c'est un fait de société dont tous les éditeurs se plaignent) et la critique de la garde alternée. Le sujet a tenu à coeur à la comédienne dans sa carrière d'avocate, et à juste titre. Si c'était les parents qui changeaient de domicile une semaine sur deux et pas les enfants combien de temps tiendraient-ils ?

En théorie, le spectateur est pris à parti et placé dans la posture du juge face à une bataille déchirante pour la garde des enfants. Mais leurs voix sont discordantes et épouvantables, finalement peu crédibles, et surtout ne donnant pas envie d’en demander la garde (ce n’est que mon ressenti).

Connaissant déjà le roman, je savais que je serais privée de l'effet "waouh" auquel tient particulièrement Caroline Vigneaux et qui tombe comme un couperet après qu'on ait lu le rendu du jugement sur le rideau de scène.

Je me suis donc concentrée sur son jeu et j'ai davantage eu le sentiment d'assister à un moment de stand-up qu'à une pièce de théâtre. Ceci posé, et au risque de me répéter, Caroline Vigneaux est absolument irréprochable dans sa partition, qu'elle interprète avec de multiples nuances, et je reviendrai très volontiers la revoir sur une scène de théâtre.

Elle raconte -et c'est plutôt drôle- la cystite qui lui a fait faire connaissance avec son ancien mari. L'homme ne lit pas. Ç'aurait dû être direct un red flag (élément rédhibitoire comme l'emploient les humoristes) se reproche-t-elle. Elle mime incroyablement une belle-mère odieuse en déformant son visage.

Contrairement au roman, il me semble que le spectateur ne peut pas avoir le moindre doute par rapport à la perversité du mari. Même si Margaux est hors d’elle, invectivant le public, hurlant J'ai le droit de vivre!?, on ne peut que prendre son parti et la croire totalement. A constater la pression qu'elle subit nous aussi on craquerait.

Les détracteurs, y compris son propre père, voudraient la faire passer pour folle. Le doute n'est pas permis pour le public. Elle justifie très bien tout par le fait qu'elle écrit des romans policiers. On ne va pas reprocher à un boucher de savoir découper la viande !

Nous sommes dans une empathie profonde avec elle. Avec pour conséquence le soulagement apporté par la lecture du jugement à la fin de la pièce, qui rend d’autant plus tragique le dénouement final (que je vous laisse découvrir). Cependant, on a tellement lu de romans sur le thème des violences conjugales et tellement vu de films qu’on sait bien comment ça se termine … hélas. Sur ce point le suspense n’est plus plausible.

C’est pourtant ce que le metteur en scène Jean-Louis Benoit a tenté de construire. Et c’est sans doute pour cela que le décorateur, Jean Haas, bien connu pour l’inventivité de ses scénographies, a cherché à concrétiser en imaginant deux décors quasiment identiques, à la couleur près, pour chacune des deux parties. Quant au choix des musiques il est formidable.
Au début, une femme emménage joyeusement dans son nouveau chez-soi, qu’elle pense être un havre de paix. Elle pend les vêtements sortis de cartons. Jusqu'au choc de la découverte de sa robe de mariée (celle avec laquelle elle pose pour l'affiche).

On apprend qu'elle a été libraire, pianiste, enseignante, et puis écrivaine, mais c’est surtout une femme "éprouvée par son divorce" qui s’adresse au public comme à des amis. Pourtant elle a conservé sa capacité à danser et chanter et son désir d'écrire : De sa boue je vais faire de l'or, se promet-elle.

En apparence, son mari Antoine était l’homme idéal : chirurgien reconnu, père aimant et attentif. Il réclame lui aussi la garde des enfants. Tous deux s’accusent mutuellement des pires comportements, y compris de vouloir tuer l’autre. Le texte d'annonce du spectacle dit clairement qu'un seul ment. A vous de voir … mais vous n'aurez à votre disposition que la version de Margaux.
Divorce à la française
D’après le roman d’Éliette Abécassis Divorce à la française (paru en 2024 chez Grasset)
Mise en scène Jean-Louis Benoit
Assistante à la mise en scène Ninon Brétécher
Décors Jean Haas
Lumières Olivier Oudiou
Costumes Aurore Gasnot
Au Théâtre des Nouveautés - 24 boulevard Poissonnière - 75009 Paris
www.theatredesnouveautes.fr
À partir du 24 septembre 2026 jusqu’au 15 janvier 2027
A 19h ou 18h30, voir le calendrier

mercredi 30 septembre 2026

Looking for Beethoven de et avec Pascal Amoyel

À la veille du 200 ème anniversaire de sa disparition, Pascal Amoyel a déclaré sur la scène que c’était le bon moment pour rendre hommage au compositeur le plus joué au monde. J'en ai déduit un peu vite que j'assistais à une nouveauté.

J'allais donc en faire une critique approfondie, analysant le choix des musiques et l'interprétation théâtrale (je ne me permettrais pas de juger le musicien qui est internationalement reconnu par des personnes plus compétentes que moi).

En creusant un tout petit peu je me suis aperçue que ce spectacle a été joué, sous ce même intitulé, au Théâtre du Ranelagh du 18 septembre 2019 au 12 janvier … 2020, pour … le 250 ème anniversaire de la naissance de Beethoven (1770-1827). En conclusion, qu'on célèbre sa mort ou sa naissance c'est l'occasion de faire entendre ses sonates.

Il y a bien eu quelques ajustements. Pascal Amoyel porte désormais une chemise qui correspond à l'idée qu'on se fait de la tenue vestimentaire de l'époque. Ses cheveux ont blanchi, ce qui donne à son visage une certaine ressemblance avec le musicien. Probablement a-t-il encore plus de compétence dans son art de restituer cette musique. Il se félicite lui-même d'avoir acquis "sans doute" une certaine maitrise de la sonate dite Pathétique puisqu'il la jouait pour la 300 ème fois hier-soir. Pourtant, il dira plus tard que jouer sur le propre piano de Beethoven ne lui aura pas permis d'interpréter la musique du maitre à l'identique.

Toujours est-il que, sachant qu'il est rare de mentionner les noms des morceaux sur une scène, et ayant eu connaissance de la liste prévue (que je donne en annexe), j'avais un peu "révisé" de manière à pouvoir les reconnaitre au fil de la soirée. Ils n'ont pas été joué dans l'ordre et j'ai assez vite perdu le fil. Je le répète, je ne suis pas spécialiste.

On connait plus ou moins la Sonate au clair de lune et la Pathétique mais on est loin d’imaginer que Beethoven en aura composé une trentaine.

Looking for Beethoven est autant un exercice didactique qu'un concert, et d'une certaine manière un moment de théâtre bien que Pascal Amoyel reste la plupart du temps dans son propre personnage, un pianiste extrêmement virtuose et passionné par la transmission. Et que le décor est réduit à l'essentiel.
J'ai apprécié qu'il nous fasse la confidence que, pendant ses études, on lui ai dit, comme j'imagine à tous les élèves "Vous n'êtes pas là pour chercher, on a déjà trouvé pour vous", ce qui sous-entendrait qu'il n'y aurait qu'une façon de jouer un morceau. Evidemment il s'élève contre cette contrainte mais le public n'est pas forcément capable de juger. Et on veut bien le croire sur parole quand il affirme que s'atteler aux 32 sonates de Beethoven est "un Everest à gravir" quoique son extrême agilité semble démontrer le contraire (et c'est un compliment).

Il y a de jolies formules … Forcément, depuis presque dix ans, l'équipe de création a eu l'occasion d'en trouver. La musique se déroule comme "le roman d'une vie à travers 88 touches". Il nous apprend que la famille de Beethoven a des origines flamandes, d'où ce nom qui étymologiquement signifie "champ de betteraves", mais je ne saisis pas quelle conclusion en tirer.

Nous allons tout au long de la soirée voir vieillir progressivement "son" Beethoven, l'emploi du déterminant possessif laissant entendre que c'est sa propre version qu'il entend partager avec nous. Si bien qu'à la toute fin j'ai eu envie d'aller fouiller davantage la biographie du grand musicien parce que j'ai trouvé qu'il restait de multiples zones d'ombre. Je vous fait grâce de ma démarche car là n'est pas le sujet.

Je reconnais que ce qui nous est montré est fort émouvant. Cet enfant vit dans un intérieur modeste, sous les humeurs d'un père tyrannique qui lui reproche qu'à son âge (12 ans) Mozart, lui, avait déjà le monde à ses pieds. Il perdra sa mère à 16 ans et son père, alcoolique, sera mis en retraite forcée si bien que le jeune Ludwig devra subvenir aux besoins de ses frères.

Sans doute a-t-il développé une profonde colère et il est agréable de constater visuellement comment elle se traduit dans les compositions, provoquant une manière de jouer particulière en ce qui concerne les placements de main (que je pouvais suivre à la perfection depuis la salle). Beethoven fait craquer les carcans. Sous ses doigts, le menuet devient une danse farouche.

L'essentiel de la soirée portera sur la manière dont le handicap auditif de Beethoven pesa sur son art. La surdité commença tôt, dès l'âge de 26 ans. Elle l'isola et fit de lui un incompris tout autant qu'elle provoqua une originalité qui le distinguait des autres musiciens de son siècle.

Lorsque son handicap étaient encore "supportable" ses compositions privilégient les notes moyennes et graves (les basses) au détriment des notes très aiguës qu'il n'entendait plus du tout. Pour tenter de nous faire percevoir ce que le musicien entendait (quand il n'était pas totalement sourd) Pascal Amoyel intervient sur son piano qui ne laisse échapper que … des sortes de cris. Aucun doute que l'artiste endurait un enfer.

Il eut recours à des artifices pour tenter d'entendre les notes de son piano, la conduction osseuse par l'intermédiaire d'un bâton qu'il serrait entre les dents, des cornets acoustiques géants, ou encore une sorte de gros dôme en zinc au-dessus de l'instrument.

Lorsqu'il perdit totalement l'ouie et soucieux d'être compris, il put mentionner jusqu'à 19 indications sur seulement l'espace de trois mesures. 

Pascal Amoyel reconnait s’être mépris lui-même à son sujet et entreprend en quelque sorte de réhabiliter son image. Il lira d’ailleurs une de ses lettres après les saluts, extrêmement émouvante : Je ne suis pas misanthrope mais j'ai dû m'isoler. Je dois vivre comme un exilé (…) Songez que vous vous êtes mépris sur moi. Adieu et aimez-vous. J'ai souvent dans ma vie pensé à vous rendre heureux.

Il est paradoxal de réaliser qu'un homme accablé créa la joie pour la donner au monde. Et combien il est logique qu'en retour ce soit l'Ode à la joie, qui est le thème principal du quatrième et dernier mouvement de la 9e Symphonie, qui soit devenu officiellement l'hymne européen sur décision du Conseil de l'Europe en 1972, puis de l'Union européenne en 1985, et donnant raison à celui qui disait écrire pour les siècles futurs.
Looking for Beethoven
Théâtre musical de et avec Pascal Amoyel
Mise en scène Christian Fromont
Lumières Philippe Séon
Depuis le dimanche 20 septembre 2026
Au Théâtre Montparnasse - 31 Rue de la Gaité - 75014 Paris
Téléphone : 01 43 22 77 74
Mardi à 21h
Samedi à 16h30 & dimanche à 11h

Programme musical :
. Bach : Variations Goldberg BWV988, Aria
. Mozart : Fantaisie en ré mineur (extrait)
. Haendel : Menuet en la mineur HWV 549, andantino
. Beethoven : Sonates (extraits), op. 2/1, op. 2/2, op. 2/3, op. 7, op. 10/1, op. 10/2, op.13
Pathétique (1er mouvement), op. 27/1, op. 27/2
Clair de lune, op. 31/2
La Tempête (3e mouvement), op. 57
Appassionata, op. 81a
Les Adieux, op. 101, op. 106
Hammerklavier, op. 109, op. 110, op. 111

mardi 29 septembre 2026

On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie

On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie

Éric Feldman est déjà installé installé confortablement alors que le public cherche sa place. Du moins on espère qu’il l’est parce que son siège de bois semble plutôt rudimentaire. La musique est rythmée, gentiment jazzy. L’homme est imperturbable, consultant régulièrement un petit carnet, une pile de livres à portée de main.

La lumière baisse quand résonnent les premières notes de Petite fleur (de Sidney Bechet) dont je n’ai pas le temps de vous donner les paroles mais, croyez-moi, elles sont tout à fait raccord avec la soirée.

La détente, c’est pas évident, répète-t-il deux fois, ce qui est exactement ce que je pensais … L’important, c’est de bien respirer … d’être disponible à la vie, tout çà. On n’a droit qu’à un seul tour de manège. 

Mon dieu, où ai-je mis les pieds ? Une leçon de développement personnel, de philosophie ? Doit-on prendre ces mots au pied de la lettre ou au second degré ? La réponse à toutes ces questions est oui.

Pour démonstration, il va réussir à nous faire tous inspirer et expirer alors que le noir s’est totalement installé dans la salle.

Les répétitions seront fréquentes, dites éventuellement sur un autre ton. Le comédien joue sur les mots autant que sur les prononciations. Il fait preuve d’un esprit d’escalier qui tournicote comme un parachute ascensionnel. Ainsi, après nous avoir parlé de Christiane Singer dont le nom peut se prononcer de plusieurs manières, il enchaînera avec Isaac Bashevi Singer, prix Nobel de littérature en 1978, disant qu'à l’intérieur de chaque cerveau, de chaque système nerveux, rodent des cellules porteuses de folie et de criminalité.

On a compris qu’il fera avec grand sérieux de la dérision à propos de tout, en multipliant les apartés, et même les apartés d’apartés. Alors, on boucle sa ceinture et on se prépare au décollage.

Son humour est noir, très noir. Qui d'autre oserait décortiquer la prononciation de "Auschwitz" et -pire encore- faire un jeu de mot avec witz, ce terme désignant une blague ou un mot d'esprit typiquement juif d'Europe centrale, à propos duquel Freud a consacré une partie de son ouvrage, Le mot d'esprit et sa relation avec l'inconscient. Il ne fait aucun doute pour le célèbre psychanalyste que c'est un mécanisme de défense libérant les tensions par le rire.

Certes, on rit, parce que c'est drôle, mais on s'en veut un peu même si on a compris qu'il s'agit d'une politesse du désespoir. Il va vraiment très loin à plusieurs reprises. Notamment en estimant que c'est par malchance que Freud n'a pas soigné Hitler, ce qui aurait pu sauver des millions de vies. Mais il est mort en septembre 39, alors qu'Hitler envahissait la Pologne. Une autre de ses hypothèses porte sur la responsabilité de l'Académie des beaux-arts de Vienne de l'avoir recalé, et cela à deux reprises.

Toute la famille semble à portée de voix, Tonton Lucien ou Tata Sarah, l'oncle Gilbert qui portait un slop ridicule en guise de maillot de bains.

Au milieu de la pièce, il évoque un oncle qui glisse à l'oreille d'un autre rescapé, presque comme une blague, On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie, alors que celui-ci jouait aux boules avec des amis, sans doute alors tous insouciants de leur liberté et de leur bonheur.

Il remet tout en cause, même l'ordre des dix commandements, estimant que Tu ne tueras pas devrait être en première position. A peine a-t-on réfléchi qu'il change de cap : ça me fait penser … c'est spécial la vie quand on y pense.

Il se lève pour dévider un long rouleau de papier blanc sur lequel on découvre son père chanter un texte écrit par Serge Gainsbourg.


Il n'est pas à une aberration près, et parfois il voit juste. Je croyais à une blague, encore une, quand il expliqua les motivations du créateur du Club Med, un certain Gérard Blitz missionné en 1945 par le gouvernement belge pour travailler à la réinsertion de rescapés des camps de concentration. Il imagine un "contrc-camp" où passer des vacances sans aucune contrainte où il sera possible de manger à volonté et où le loisir sera roi. Je croyais que le concepteur était le français Gilbert Trigano qui y vit l'occasion de recycler ses tentes militaires, désormais inutiles. Son énergie l'a rendu célèbre mais il n'est intervenu qu'en seconde position.

A la fin, Éric Feldman entonne le chant yiddish Zog nit Keynmol (Ne dis jamais que tu arrives au dernier chemin), également connu comme le chant des Partisans du ghetto de Varsovie, qui intervient à ce stade comme une mémoire des traumatismes de la Shoah et comme une prière (un kaddish). 

Il n'est alors éclairé que par une simple bougie. Sa voix enfle en un écho et doucement s'efface alors que la salle est plongée dans le noir.

lundi 28 septembre 2026

Zélia Van den Bulke expose 40 ans de travail à la CMA de Paris

Pour moi elle est Zélia, mais je sais qu'on l'appelle Zélia Van Den Bulke, ou Zézette, en référence à la seconde marque qu'elle a lancée, Zézette by Montmartre, dédiée à la création de tabliers haut de gamme et élégants.

Les habitants de Montmartre ont désormais l'habitude de voir les modèles qu'elle a créés spécialement pour des chefs, comme Gilles Marchal ou Christian Etchebest, des artisans, mais aussi des personnes comme vous et moi défiler joyeusement à l'automne dans les rues de la butte, avec banderole et fanfare. Elle participe activement à la vie associative et culturelle de son quartier, notamment pendant les vendanges. 

Zélia est une icône du quartier mais sa célébrité s'étend bien au-delà. Même le président de la république la connait et l'apprécie (ce serait lui qui l'aurait incitée à "créer un truc" en lui soufflant l'idée de se lancer dans les tabliers, mais pas pour ramener les femmes en cuisine, précise-elle avec sérieux). En voici un exemple, au hasard parmi les 20 000 qu'elle a tous cousus de ses propres mains, sur la photo ci-dessous à gauche à côté d'une robe en velours frappé et fausse fourrure datant de 1986.
Installée depuis 1987, et donc près de 40 ans, dans le quartier des Abbesses, sa boutique-atelier portant le nom de Zélia sur la Terre comme au Ciel s'est d'abord spécialisée dans la confection sur mesure de robes de mariée uniques, originales et poétiques, ainsi que de tenues de scène et robes de cérémonie. Elle a réussi le pari de réunir un dimanche après-midi les mariées qu'elle avait habillées en leur demandant de reporter leur robe devant le Mur des Je T'aime à Montmartre.

Elle est autodidacte et pourtant son savoir-faire est immense. A tel point qu'elle a été officiellement nommée Maître Artisan en Métier d'Art en 2026. La Chambre de Métiers et de l'Artisanat Ile-de-France a décidé, et ce n'est que justice, de lui ouvrir son hall et quelques vitrines pour qu'elle y présente ses 40 ans d'activité. En fait, elle retrace son chemin depuis l'école où, déjà, elle avait réussi à obtenir un atelier, jusqu'à aujourd'hui, et ce n'est pas fini, loin de là.

Nous sommes accueillis par la robe que portait Mireille Perrier dans le film d'Eric Rochant, Un monde sans pitié. Elle en a fait tous les costumes … jusqu'aux caleçons pour Hippolyte Girardot, convaincue que, même si on ne les voyait pas à l'écran, ils l'aideraient à forger son personnage.

Dans la nuit précédent la fameuse scène du baiser au Luxembourg la couturière, insatisfaite de ce qu'elle a fait, fouille ses réserve et en tire ce tissu pied de coq noir et blanc. Elle taille et coud très vite une robe que le réalisateur refuse mais qu'elle parvient à imposer. Bien lui en prit, la scène devint mythique.

En face, la robe de mariée Griotte, revenue spécialement de Russie et qui a été photographiée ci-contre à l'occasion d'un défilé à Montmartre). Ce modèle culte correspond totalement à l'audace de Zélia qui a voulu sortir du blanc traditionnel et raconter quelque chose de la personne à qui elle est destinée, ici la chef Flora Mikula qui s'est mariée au milieu des années 90.

Il s'inscrit aussi dans la volonté tenace de Zelia de s'affranchir de ceux qui cherchent à la copier et à s'approprier les idées. Elle osa la couleur, les grands motifs, même les carottes et les navets que la célèbre marque de tenues de mariage P… ne lui volera cette fois pas honteusement.

dimanche 27 septembre 2026

Reprise de Ultra-Girl Contre Schopenhauer par la Compagnie de Onze à Trois heures

Je l'avais découvert en juillet 2020 au Gymnase Auguste Renoir.

C'était la première édition du ParisOFFestival organisé par Mathieu Touzet, alors nouvellement nommé à la tête du Théâtre 14.

Le voilà qui revient six ans plus tard, avec la même distribution, à l'initiative de Nathalie Lucas et de Serge Paumier dans leur théâtre portant désormais leurs deux noms, du 19 septembre au 26 décembre, les vendredis et samedis à 19h15 sauf 16-17 octobre à 21h

Vous allez découvrir un décor de bonbonnière dans des tons de bleu et de rose, ponctué de touches de couleur orange,  extrêmement réussi de Caroline Oriot, dans lequel évoluent les personnages de Ultra-Girl contre Schopenhauer.

Cédric Rouillat, qui est un photographe lyonnais (s'affirmant comme autodidacte), et qui  se destinait auparavant à la bande dessinée, signe ici sa première mise en scène et je salue son talent. C'est lui qui a conçu et écrit la pièce, qui a été créée en février 2017 au théâtre de l'Elysée.

En s'affranchissant des habituels codes de sérieux, le résultat est vif, joyeux, osé, à la lisière d'une folie qui pourrait le faire basculer, mais ... non. Il reste toujours dans le cadre du théâtre auquel il serait difficile de rendre un plus bel hommage.

Quand on entend ces paroles on se dit que c'aurait été une erreur de ne pas programmer la pièce dans le ParisOFFestival (elle aurait dû être jouée durant l'été au 11 Gilgamesh d'Avignon mais le Covid en décida autrement) : Je voudrais savoir qui a décidé que le théâtre n'existait que dans quelques vieilles bâtisses dispersées dans des grandes villes (...) Ecoutez et apprenez ! Le théâtre c'est le dompteur de puces, le grand opéra et les rodéos, le carnaval, les ballets, les danses rituelles indiennes, les marionnettes, tout ça c'est encore le théâtre, partout où il y a la magie, où on fait semblant devant un public, c'est le théâtre.

Arthur Schopenhauer est un philosophe allemand (1788-1860) qui ne figure dans le titre que comme clin d'oeil en raison d'une citation de son nom dans une des chansons du spectacle. Le moins qu'on puisse dire c'est que cet homme n'était pas joyeux. Il pourrait représenter la conscience (ou les doutes) d'Edwige (Sahra Daugreilh, qui collabore régulièrement avec Cédric Roulliat), une jeune traductrice, rêvant aux destins extraordinaires des superhéroïnes de comics américains, travaillant dans les années 80 pour un éditeur de bandes dessinées, à l'adaptation en français des aventures de l’intrépide et sensuelle Ultra-Girl (Laure Giappiconi).

Cette figure super héroïque d'ultra-girl est, pour Edwige, un double idéalisé, sublimé, en même temps sa meilleure amie et en même temps toutes les héroïnes qu'elle a pu rencontrer dans les oeuvres de fiction, au cinéma, dans la littérature et le roman-photos comme dans les bandes dessinées. On remarque ainsi les évocations des héroïnes de bande dessinée et d'actrices comme Rita Hayworth ou Liz Hamilton. Le spectacle est si riche de références et d'hommages qu'on aimerait pouvoir mettre parfois sur pause et jouer le replay.
© photo : Julien Benhamou
Le personnage de fiction prend corps dans la réalité (et quel corps intrépide et sensuel en combinaison moulante cousue dans le drapeau américain et cuissardes rouges !) tandis que celui de la traductrice perd la notion du réel dans une sorte d'osmose interchangeable entre elles deux. Les mythes hollywoodiens surgissent dans des moments surréalistes de chants, danses, extraits de films qui sont interprétés en voix off par les comédiens qui, on ne pourrait faire mieux, incarnent leurs héros.

Parfois un voisin s'invite avec des mimiques burlesques. C'est David Bescond qui joue ce rôle comme tous les personnages masculins : professeur d’anglais, plombier (il faut bien réparer la machine à laver) et bien entendu aussi  Schopenhauer.

C'est ludique, totalement kitsch, assurément pop, tellement vivant ! Il faudrait être réfractaire au second degré pour ne pas l'apprécier. Et plus vous serez nombreux, plus on entendra vos rires.

Ultra-Girl Contre Schopenhauer par la Compagnie de Onze à Trois heures
Mise en scène et texte : Cédric Roulliat, Musique : Laurent Péju
Avec David Bescond, Sahra Daugreilh, Laure Giappiconi
Scénographie : Caroline Oriot et Guillaume Ponroy
Création lumières : Fabrice Guilbert
Création son : Baptiste Tanné
Reprise du 19 septembre au 26 décembre 2026
Au Théâtre Lucas-Paumier - 15 rue du Retrait - 75020 Paris
Accueil/Billetterie : 01 87 446 111
Les vendredis et samedis à 19h15 sauf les 16-17 octobre à 21h

samedi 26 septembre 2026

Bouvard & Pécuchet de Gustave Flaubert, mise en scène Géraud Bénech

Bouvard & Pécuchet est un livre plutôt conséquent en nombre de pages et Gustave Flaubert ne l'a pas véritablement achevé malgré avoir consacré trois années pleines à étudier une documentation immense. Il meurt subitement, en pleine rédaction du dixième chapitre.

Voilà une première raison d'aller voir l'adaptation que Marc Chouppart et Géraud Bénech proposent au Poche Montparnasse. Ils ont voulu ménager un juste équilibre entre plusieurs formes et points de vue (littéraire, dramaturgie et épistolaire) et ça fonctionne à merveille.

La seconde est que leur travail est un concentré de l'oeuvre tout à fait remarquable. La montagne vertigineuse des savoirs devient possible à gravir lorsqu'on la regarde de leur point de vue.

La troisième tient à la qualité de l'interprétation, par Marc Chouppart, qui sait forcément quelles sont les nuances qu'il convient d'apporter à sa partition, et par Jean-Paul Farré, lui aussi acteur hors pair (également musicien), habitué du Poche où on le retrouve toujours avec grand plaisir.
Paris, 1840. Deux employés de bureau se lient d’amitié. À la faveur d’un héritage, ils quittent leurs vies étriquées pour s’installer à la campagne. Pris par une frénésie d’apprendre, ils dévorent encyclopédies et manuels et mettent en pratique leurs nouvelles connaissances avec un enthousiasme naïf. Agriculture, sciences, arts, politique, religion, tous les domaines y passent, entraînant des fiascos désopilants. 
Il suffit de regarder la photos des deux amis pour admettre qu'ils ne sont pas semblables. Ils incarnent d'autant mieux deux personnages que l'amitié rassemble malgré des approches très différentes sur tous les sujets qu'ils abordent successivement et sur lesquels ils sont finalement d'accord.

Le décor se résume à une malle de bois et un simple banc en fer devant un rideau rouge. Les comédiens, enchapeautés d'un claque et d'un melon, portent frac et guêtres comme on se devait de s'habiller au XIX° siècle. Le jour ils exercent le métier de copiste (ne rions pas, mon grand-père l'exerça de longues années pour le cadastre), disparu avec l'invention de la photocopieuse. Il est possible que c'est le moteur de leur désir d'étudier, ce qu'ils font le soir.

Quand Bouvard fait un héritage inattendu tous deux démissionnent et réalisent un rêve universel, celui de quitter Paris pour aller vivre à la campagne, en l'occurrence en Normandie. Ils vont pouvoir mettre en pratique les connaissances livresques qu'ils ont englouties sans toujours bien les comprendre.

Evidemment (parce que sinon il n'y aurait pas d'histoire), rien ne va fonctionner correctement. Les rendements seront pitoyables. Tout n'est qu'utopie ou ratage pathétique, à l'instar de leur diner presque parfait autour d'un pigeon en compote servi sur un Bourgogne bouchonné.

On sourit fréquemment de leurs désastres mais il faut reconnaitre qu'ils abordent des sujets qui résonnent de nos jours, comme la maltraitance animale, les cultures bio, la destruction de la nature par l'homme. Si bien que leur conclusion "on va dans le mur" ne donne pas, ou plus, envie de rire.

Le duo continue néanmoins, en se tournant alors vers la religion, puis le spiritisme avec la promesse qu'on n'en aura jamais fini de finir.

L'enchainement de tableaux racontés, mimés, ratés, est vif et malin. L'amitié de ces deux clowns utopistes, rêveurs, de toute évidence naïfs, nous les rend attendrissants et nous emporte.
Bouvard & Pécuchet de Gustave Flaubert
Mise en scène Géraud Bénech 
Adaptation Marc Chouppart et Géraud Bénech 
Avec Jean-Paul Farré et Marc Chouppart 
Du mardi au samedi 19 h
Au Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse - 75006 Paris 

vendredi 25 septembre 2026

Un vestiaire à soi, Féminités dissidentes au 19e siècle au Palais Galliera

Le second volet de l'exposition sur les savoir-faire de la mode (le volet 1 se termine le 18 octobre) démarrera le 12 décembre 2026 et s'intitulera En volume !

En attendant de le découvrir le Palais Galliera propose d'explorer Un vestiaire à soi, Féminités dissidentes au 19ème siècle qui -derrière un titre qui de toute évidence évoque Virginia Woolf- met en lumière un phénomène encore largement méconnu : l’appropriation, par les femmes des codes vestimentaires masculins.

Deux silhouettes sont présentées de dos, presque identiques, homme et/ou femme, dans une ambiguïté voulue pour inviter à repenser les frontières entre les genres dont on avait grandement peur (mais les temps ont-ils changé ?) qu'il devienne impossible de séparer les hommes des femmes, ce qui se traduisait par une façon un peu méprisante de considérer cette "petite dame de fin de siècle" qui inquiète et qui, donc, devient l'ennemie des hommes. 

Marine Kisiel, commissaire de l'exposition, a rappelé en introduction qu'à moins d'une permission de travestissement en bonne et due forme comme l'obtint par exemple la peintre animalière Rosa Bonheur, les femmes n'ont eu officiellement le droit de porter des vêtements masculins qu'en … 2013.

J'ai d'ailleurs raconté plusieurs mésaventures personnelles qui me sont réellement arrivées (alors que je suis née au XX° siècle) dans une nouvelle intitulée Je m'habille comme je veux, pantalon ou jupe !

L'usage avait malgré tout commencé à être toléré depuis 1909 à condition que "la femme tienne par la main un guidon de bicyclette ou les rênes d’un cheval". C'est donc évidemment surtout des jaquettes et costumes d'amazone qui sont montrés dans cette exposition.

L’anglomanie a transformé les garde-robes. C'est peut-être historiquement la redingote, tout d’abord liée à l’équitation (riding coat), qui est empruntée aux hommes chez qui elle s’impose peu à peu en tant que vêtement de jour. Elle gagne vers 1780 les modes féminines : avec son corsage ajusté, boutonné devant comme le modèle masculin.

La proximité des costumes féminin et masculin est particulièrement forte sous le Directoire et le Consulat, soit entre 1795 et 1804. La vogue des longues robes blanches fluides appelant des vêtements de dessus plus épais, le châle (shawl) et le spencer deviennent incontournables. Ce dernier, une petite veste courte avec ou sans revers, apporte chaleur et structure sous des dehors très masculins : construit selon les méthodes des tailleurs, il est souvent taillé dans des étoffes robustes (velours et lainages) et orné de garnitures d’inspiration volontiers militaire.

Une grande table témoigne que les tailleurs travaillaient à plat. on en a gardé l'expression être assis en tailleur car jusqu'au XIX° siècle, pour confectionner et coudre les vêtements à la main, ils ne travaillaient pas sur des chaises traditionnelles, mais s'installaient directement sur une grande table de travail ou sur des tapis, les jambes croisées et repliées sous eux. A l'inverse les couturières travaillaient debout, sur mannequin.

Le parcours commence par un Spencer, vêtement dont on doit le nom à Lord Spencer qui en lança la mode, dit-on, après avoir brûlé les pans de son habit. Celui qui est exposé est présenté sur une robe de mannequinage, expression que l'on retrouvera régulièrement et signifiant l'art et la technique consistant à installer, rembourrer et mettre en valeur un vêtement sur un mannequin d'exposition.

Velours de soie vert bouteille, broderies au cordonnet, glands de passementerie et tresses de soie vertes, doublure en toile de lin écrue et satin de coton écru, vers 1800-1801, restauré grâce au soutien de la Fondation Belle Main.

Courte veste à manches longues, le spencer représente une alternative au châle dans le vestiaire des femmes du Directoire et de l'Empire. Vêtement souvent sombre, porté sur les robes légères que la période affectionne, il s'en distingue par sa double origine, masculine et britannique. Porté en amazone ou sur des toilettes de ville, le spencer emprunte aux techniques des tailleurs, et à leur vocabulaire formel, sa construction, son col haut et ses revers.

Viennent ensuite les vêtements portés par les amazones. Composée d’un corsage et d’une longue jupe déployée une fois en selle, dissimulant un pantalon, l’amazone retient de l’art des tailleurs ses composantes les plus essentielles : 
Le vêtement suivant est une Jaquette d'amazone, vers 1700-1725, que l'on va d'abord découvrir de dos et ce n'est que dans la salle suivante qu'on la verra de face. Elle est en toile de laine tabac, fil métallique doré, boutons plats recouverts de fil de soie tabac, doublure en toile de lin écrue et toile de laine bleue.

Une très intéressante huile sur toile de Louis-Auguste Brun (1758-1815), dit Brun de Versoix, montre Marie-Antoinette, reine de France à cheval. Il fait partie d'une paire de portraits de la reine, le premier la montrant en amazone. Dans le second, exposé ici, elle est représentée en cavalier, montant à califourchon.

Elle porte une culotte collante que les femmes cachaient habituellement sous leurs longues jupes d'amazone. La jaquette du musée de Bath, exposée à proximité, est un exceptionnel exemplaire du début du XVIII° siècle.

jeudi 24 septembre 2026

Petites misères de la vie conjugale, Mise en scène et adaptation Pierre-Olivier Mornas

Le jeu d’Alice D’Arceaux m’avait tellement convaincue dans Encore une Marilyn que j’avais vu au théâtre du Musée Grévin (mais qui reprend à l’Essaion) que j’ai eu très envie de la voir dans un autre registre, celui de Petites misères de la vie conjugale au Poche Montparnasse. C’est vraiment une comédienne à suivre. Et par chance pour nous spectateurs, elle sera bientôt distribuée dans une autre pièce dans ce même théâtre.

Aux mariés de tous les temps, aux célibataires forcenés, ce vivant passage en revue des déconvenues de la vie conjugale servira de guide salutaire ou d’exutoire complice ! Balzac nous introduit dans l’intimité de Caroline et d’Adolphe, prototypes du couple, dont il dissèque chaque aspect, tableau après tableau avec une ironie jubilatoire. Rira qui pourra ! prévient-il à l’orée de cette intrépide entreprise, dont nous devenons les voyeurs privilégiés.

Si le boudoir de Caroline est à jardin, c'est le Code civil et son "fameux" article 213 qui est en lumière à cour et auquel Adolphe se référera à plusieurs reprises. Il stipule aujourd'hui que les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille. Ils pourvoient à l'éducation des enfants et préparent leur avenir. Mais, dans sa rédaction originale de 1804, c'était une toute autre chanson puisqu'il disposait que le mari doit protection à la femme, la femme obéissance à son mari.

La pièce est donc à voir et entendre sous cet angle historique là. Néanmoins l'interrogation qui en est le fil rouge est de savoir si bonheur et mariage sont compatibles, d'un point de vue féminin, comme de celui d'un homme.

Evidemment l'ironie et l'humour imprègnent la représentation. Les bien connues notes de La marche nuptiale de Mendelssohn (dont le prénom, Felix, était une promesse de bonheur) accompagnent l'annonce du mariage, ponctué de la résolution fataliste Et vogue la galère !

Je ne vais pas vous énumérer les étapes des misères du couple. Chabadi par ci, chabada par là. Les répliques, renforcées de jeux de regards et de mimiques, instaurent par leur répétition un humour joyeux. 

Nous aurons droit aussi à une scène pour un châle qui n'est pas sans évoquer celle que Maxime d'Aboville raconte à propos de Joséphine dans son Napoléon, lui aussi actuellement au Poche. Quand on pense, comme nous le rappelle l'exposition du Palais Galliera comme celle du musée de la toile de Jouy, qu'à l'origine c'était un vêtement masculin !
Après les joies et petits malheurs de la vie conjugale le duo s'attelle au Plaisir de rompre de Jules Renard et la perspective de les retrouver ensemble sur scène en novembre est enthousiasmante.

Petites misères de la vie conjugale
D’après Petites misères de la vie conjugale et Physiologie du mariage d’Honoré de Balzac 
Mise en scène et adaptation Pierre-Olivier Mornas
Avec Alice D’Arceaux et Pierre-Olivier Mornas
Assistante mise en scène : Émilie Chevrillon
Lumières : Alireza Kishipour
Photographies : Sébastien Toubon
Au Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse - 75006 Paris

mercredi 23 septembre 2026

Histoires de paysages de Monet à Hockney (1890-2026) au musée Marmottan

Quel bonheur d’avoir découvert hier Histoires de paysages de Monet à Hockney (1890-2026) au musée Marmottan en compagnie du commissaire de l’exposition Pierre Wat. Il n’en est pas à sa première exposition mais celle-ci, qui est l’aboutissement de deux ans de recherche, est sans doute la plus personnelle. 

En sa qualité de de la représentation du paysage, il a voulu confronter l’Histoire avec les grandes créations contemporaines. Si bien qu’il présente une soixantaine d’œuvres parmi lesquelles presque la moitié sont le fruit d’artistes vivants, ce qui est plutôt inédit à Marmottan. Hormis le musée de Grenoble, les prêts proviennent essentiellement de collectionneurs privés et de galeristes. 

Pierre Wat confronte les artistes, les points de vue, sélectionnant des oeuvres très rarement voire jamais encore montrées au public, et nous invite à regarder le paysage comme témoin de l’Histoire. En comprenant la différence entre nature et paysage, celui-ci pouvant être défini comme la nature éprouvée ou affectée par l’homme. Le paysage est une expérience subjective qui existe avant tout dans l’œil du regardant.


L’exposition embrasse le siècle de Monet (comment pourrait-il en être autrement puisque Marmottan détient la plus grande collection d’œuvres du maître ?) et constitue un des nombreux hommages qui vont marquer le bicentenaire de sa disparition et cette nouvelle exposition devrait marquer les esprits.

Elle est structurée en 11 sections chrono-thématiques incluant peintures, photographies, plusieurs sculptures et gravures. De 1890 quand Monet s’installe définitivement à Giverny jusqu’en 1926. On commence donc par les Nymphéas pour l'histoire avant d'enclencher -c'est une évidence- sur les Paysages en guerre. Une section très importante est consacrée à l'abstraction, une autre aux paysages intérieurs. Mais on aborde aussi l'action de la nature sur ces paysages meurtris, allant jusqu'à effacer les traces des massacres humains. L'exposition glisse en toute logique vers les paysages de l'Anthropocène ( cette époque géologique caractérisée par le fait que les activités humaines sont devenues la principale force de transformation sur Terre, surpassant les forces géophysiques naturelles) pour s'achever sur une interrogation à propos des paradis perdus. Dans chacune des sections le maître mot est dialoguer ou confronter.

Le présent article est plutôt long et détaillé. Vous pourrez à loisir le lire avant ou après avoir vous-même vu les oeuvres de près. Il se poursuit par l'intervention, au sous-sol du musée de Peter Soriano, grand sculpteur franco-américain, qui a réinventé un paysage d’hiver en revivant un des voyages entrepris par Monet en Norvège.

J'ajouterai que les équipes ont réinventé le parcours dans les collections avec de nouveaux cartels. Ainsi s'établit aussi un dialogue entre le temporaire et les œuvres permanentes (quand elles ne sont pas prêtées). Impression reçu en donation en 1940 a réintégré le musée et peut de nouveau y être admiré.

On commence donc, bien sûr, par quelques nymphéas et ce fut une prouesse de parvenir à installer trois tableaux (de taille modeste) de cette série dans la rotonde. Monet a voulu offrir à la nation sa vision très personnelle du "panorama" comme l'explique le peintre le 12 novembre à son grand ami Georges Clemenceau : je viens de terminer une série de tableaux que je veux offrir à la nation en les signant du jour de la victoire (sur l’Allemagne). 

Monet a en tête le modèle des panoramas, mot qui étymologiquement signifie en grec tout voir. en sachant que le plus populaire au XIX° est le champ de bataille qu’on contemple depuis la position du vainqueur. Les Nymphéas sont son anti-panoramique de bataille. Pour en savoir plus sur le sujet je vous renvoie à mon article sur le livre de Grégoire Bouillier, Le syndrome de l'Orangerie.

Le paysage a longtemps dépendu de l'histoire et noue aujourd'hui une nouvelle alliance. Bien entendu il sera (aussi) question de réchauffement climatique. Mais poursuivons avec la "vision" du français Vallotton à propos de Verdun ou celle de l'américain Nash, peignant les blockhaus des plages du Débarquement. 
Paul Nash, 1889-1946, Bomber in the Corn, Bombardier dans le champ de maïs, 1940, Graphite et aquarelle sur papier
Félix Édouard Vallotton 1865-1925, Verdun, Tableau de guerre interprété [sic], projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz, peint entre le 10 et le 27 décembre 1917, huile sur toile, Paris, musée de l'Armée
Pierre Buraglio, Né en 1939, Marée basse (on verra plusieurs oeuvres de cet artiste) qui se trouve confrontée à des gravures touchantes faites dans les tranchées et prêtées par le musée des armées, comme celle-ci :
André Mantelet-Martel, 1876-1953, Le Bois-le-Prêtre, Pont-à-Mousson, 1916 
On peut lire en bas à gauche, dans la planche : Eau forte gravée sur ma / douille aplanie et martelé / Pt à Mon 1916 / AMt. Et en bas à droite, au crayon Le Bois le Prêtre 1916 / Mantelet Martel.
Après la douille, la trace d'une souche de Verdun cristallisée au bois perdu et verre optique de Pascal Convert, Né en 1957 et Maître verrier Olivier Juteau, Né en 1955
Nikita Kadan, né en 1982, The Shadow on the Ground, XII, XIII et VIII, Ukraine 2022
Fusain sur papier (pages de carnet), Paris, Musée de l'Armée

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