C'est un nouvel endroit que l'on désignera bientôt sous son acronyme, FEB. Je vous recommande d'acquérir le catalogue "Le fond est la forme" bien qu'il déborde le cadre de l'exposition parce que Clémentine Hustin y a travaillé longuement en amont, avant même d'avoir déniché l'espace qui n'est pas une galerie et où rien n'est à vendre, à l'exception d'une lithographie qui est accrochée à l'entrée, un peu à l'écart. Comme elle l'annonce fort à propos l'accrochage, en croisant les techniques, les périodes et les thèmes, met en lumière la richesse, les évolutions et les tensions qui façonnent son travail.
Le hasard est comme toujours amusant : les deux premières toiles de l'accrochage s'appellent Flying Above et Swimming above Fuji-Yama, 2015. Nous sommes au coeur d'un quartier historique, attirant désormais de multiples boutiques et restaurants revendiquant la "meilleure" cuisine japonaise, à deux pas du marché des Enfants Rouges, dans l'ancienne galerie de Denise René, une pionnière en matière d’art abstrait et cinétique, particulièrement avec Vasarely.
Un modèle "réduit" a été moulé par Arnaud Briand, Meilleur Ouvrier de France, au Pré-Saint-Gervais. Le FEB en a été édité 300 exemplaires en plâtre composite noir carbone dont le numéro 1 a été installé dans une niche de l'entrée.
L'artiste est sérieux mais c'est pour mieux masquer l'émotion. Ce fut un grand plaisir de suivre la visite guidée qu'il a faite, ému mais très souriant, commentant, souvent avec un humour très fin, plusieurs de ses oeuvres, toujours avec sincérité, comme s'il les redécouvrait (alors que je parie qu'il a validé chaque cartel, un à un). Il émane du tout une parfaite cohérence -quasi obsessionnelle- dans sa thématique, si bien que deux heures plus tard on ne peut plus le qualifier "d'inclassable", même s'il est une classe à lui tout seul.
Nous sommes donc au sein du Fonds Enki Bilal, à propos duquel l'artiste insiste sur l'orthographe car la lettre "s" change tout. Le mot désigne un ensemble de biens mobiliers et ne signifie ni "totalité" ni "fin". La culture est très en danger, mais elle existe encore. L'accélération des choses risque de mener à un mur alors nous … on accroche (sous-entendu sur le mur). Je n'ai pas mis un centime dans l'affaire, mais bien sûr toute mon énergie et mes originaux.
Interrogé sur ce point il conviendra que comme tous les dessinateurs il a beaucoup vendu, pour mieux vivre, même si avec le recul on peut dire que les prix étaient dérisoires. Parce que la bande dessinée n'était pas encore un art reconnu. Il nous a rappelé un moment charnière, lors d'une vente chez Artcurial, qui a fait entrer véritablement le 9 ème art dans le monde de l'art contemporain.