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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 15 janvier 2026

Les What’ s new de Maison & objet en janvier 2026

Maison & objet interroge à chaque édition plusieurs designers en leur donnant carte blanche pour imaginer un espace qui réponde à la question What’ s new ?

En janvier 2026, trois espaces ont été proposés, habilement situés en fond de hall, de manière à ce que le visiteur soit incité à longer des stands avant de les découvrir, et parfaitement signalisés en suivant une bande matérialisée au sol, et parfaitement un éclairage idoine au plafond.

Ce sont Rudy Guénaire, François Descleaux et Elizabeth Leriche qui nous ont fait entrer dans leur univers pour approcher ce qui pourrait être nouveau respectivement en hôtellerie, dans le commerce de détail et en décoration intérieure, trois concepts qu’on a l’habitude de voir traité sous leurs termes anglais sur le salon, en toute logique puisqu’il est tres international.

Je commence par celui qui m’a le plus enchantée, c’est le mot juste, le What's New ? In hospitality by Rudy Guénaire qui promettait un décollage immédiat pour la Suite 2046.

Il a rédigé un manifeste qu'il nous soumet avant la visite d'où il ressort que seul l'art peut nous sauver :
Dans un monde où tout semble avoir déjà été dessiné, où des sommes faramineuses ont été englouties par les hôteliers pour financer les idées les plus folles (un mammouth baigne dans du formol, face à l'océan, à Miami Beach) ;
Dans un monde où la poursuite du confort est devenue l'unique préoccupation, et cela quel que soit l'impact sur la planète, la beauté des paysages, la beauté de nos villes et de nos bâtiments ;
Plus rien ne dérange. Tout se ressemble.
Plus rien ne laisse de trace.
Le voyage ne nous élève plus.
Le trop de confort devient dérangeant.
Et nous devenons vulgaires.
Une seule chose peut nous sauver, l'art.
Parce que l'art est beau et l'art dérange.
Parce que l'art est grâce et taché d'imperfections.
Et parce que sans l'art, l'homme ne voit plus les étoiles.
Dans ce monde poétique et utopique :
Les hôtels des Maldives n'auraient pas de piscine.
Les palaces vénitiens laisseraient leurs murs s'effriter avec grâce.
Les ryokans japonais ne serviraient pas de café.
Les guesthouses grecques n'auraient pas de chauffe-eau.
Les desert lodges fonctionneraient sans électricité.
Les hôtels new-yorkais permettraient d'ouvrir les fenêtres.
Les hôtels de Miami Beach se voueraient au silence.
Les chalets de montagne verraient parfois leur chauffage tomber en panne.
Dans les palaces de Chicago, les ascenseurs grinceraient en s'élevant lentement.
Les lodges d'Alaska verraient parfois les grizzlis manger les clients.
Les riads marocains laisseraient le Wi-Fi ne jamais fonctionner.
Voilà quelqu’un qui a bien assimilé la devise de l’année, Past reveals future. Il nous propose de traverser une suite d’hôtel qui pourrait être celle dans laquelle nous séjournerons en 2046, pourvu que les hôteliers suivent ses préconisations.

L’architecte d’intérieur commence par camper le décor en magnifiant quelques objets représentatifs de l’univers, disposés sur des piédestal à la manière d’antiques statues (nouveau clin d’œil au passé) qu’il suggère de dépoussiérer. Inutile de se pencher pour déchiffrer un cartel écrit en lettres minuscules. Une voix envoûtante (celle de son frère), s'adresse aux "chers hôteliers", leur disant l’essentiel à la manière d’un poème alors que notre oreille commence à percevoir la musique du film In the Mood for Love du réalisateur chinois Wong Kar-wai. S’il est sorti en l’an 2000 l’action se déroulait en 1962, encore une référence au passé.
Egalement fondateur de la chaîne de restaurants PNY, Rudy Guénaire est passionné de philosophie, ce qui lui a fait prendre conscience que beaucoup de récits ont déjà été écrits. Il estime qu'il en est de même en décoration même si le créateur se perd souvent dans des recherches d’effets, dans une quête d’avant-garde. Il apprécie les esprits libres qui se situent en dehors des courants comme l’architecte américain Franck Lloyd Wright, Antoni Gaudi ou l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry. 
Il traduit le thème de l'édition Maison & objet de janvier 2026 en imaginant Suite 2046 comme un espace hors-temps, suspendu, une chambre rêvée au-dessus des nuages, avec des hublots qui regardent vers un paysage foisonnant. Ce type de fenêtre symbolise une fenêtre sur le monde, rappelant la dimension nomade du voyage, et amenant à regarder vers l’horizon en mobilisant notre capacité à convoquer l’imaginaire.

Il propose de revisiter le vide-poche, un objet essentiel où l'on se déleste du chaos de la journée. Il recommande de soigner la qualité de l'eau. Il fustige les cartes à bande magnétique et aimerait qu'on remplace les énormes et lourds porte-clés des chambres par de la belle passementerie par exemple Houlès.

mercredi 14 janvier 2026

Mes (premières) aventures avec un AirFryer

Je dois d'abord confesser que je n'avais aucune intention de m'encombrer d'un nouvel appareil et que je n'y "croyais" guère, pensant à un argument marketing.

L'occasion fit la daronne un jour où j’accompagnais un mai parti pour acheter un meuble d'occasion à une vendeuse ayant posté une annonce sur Le Bon coin. Il ne fit pas cette acquisition mais je repartis avec un airfryer cédé à petit prix, en vertu du principe qui ne risque rien …

Mon unique motivation était de pouvoir servir des frites sans préchauffer longuement un four électrique, avoir encombré mon tout mini congélateur avec un sachet de frites congelés, pour au final ne pas me régaler.

Franchement succès immédiat. J'avais autrefois l'habitude d’utiliser une friteuse classique (mais abandonnée pour cause de danger). Ce n'est pas grand chose d'éplucher, tailler, laver (étape cruciale mais dont je connaissais l'importance), sécher dans un torchon propre.

On dispose ensuite dans le panier. On pulvérise un jet d'huile. J'ai tellement vu ce geste dans les cuisines mexicaines que j'avais ramené un flacon sous pression depuis mon dernier séjour. Et c'est parti pour 22 minutes de cuisson. Dans l'idéal, on secoue un peu à mi cuisson.
Parfaites, gouteuses, moelleuses, dorées. Pensez-vous qu'il y aura une différence entre les miennes et celles d'un restaurant (à droite) ?

Depuis, on m'en réclame régulièrement. J'accepte même d'en faire à la dernière minute. Suffit d'avoir de bonnes pommes de terre. Comme elles se conservent à la cave ce n'est pas une contrainte. Et mon mini congélateur peut être monopolisé pour autre chose.

Je n'allais pas destiner l'appareil qu'aux frites. Alors j'ai testé diverses choses. Avec plus ou moins de succès. Question de savoir-faire ? Peut-être.

Je ne pensais vraiment pas écrire cet article mais celui qui est intitulé "Mes aventures avec un cuiseur de riz", écrit il y a dix ans, est si souvent encore lu que j'ai pensé qu'il y avait un créneau pour ce type de publication.

Si bien qu'au fil des jours j'ai commencé à tenir une sorte de journal de mes expériences. Ces petits gâteaux, si jolis, astucieusement cuits dans d’adorables étoiles en silicone n’ont convaincu personne. 
Je me suis aussi risquée à des beignets aux pommes mais le résultat était loin d'être aussi appétissant que la photo du livre de recettes le laissait espérer. Ce fut mangeable mais sans plus.

Je vous avouerai que je n'ai pas encore trouvé la recette idéale en matière de dessert. Et pourtant ce ne sont pas les ouvrages qui manquent sur le sujet. Tous éditeurs en proposent.

Par contre je n'ai raté aucun légume. A commencer par des choux de Bruxelles, récupérés dans un panier de légumes à petit prix et qu’il fallait urgemment cuisiner. L’airfryer évite l’inconvénient des mauvaises odeurs de chou dans l’appartement. Il cuit assez vite ces légumes qui en ressortent presque al dente après 14 minutes à 180°, et surtout pas détrempés par l’eau bouillante, et pour cause. 
Je les ai servis avec une sauce miel-crème fraîche-épices.

J'ai poursuivi avec une poêlée de potimarron que j'ai coupé en morceaux grossiers. J'aurais pu laisser la peau puisqu'elle est comestible mais le légume était un peu vieux et elle risquait d'être dure. Je l'ai donc partiellement retirée.

J'ai disposé les morceaux dans le panier, ai pulvérisé un peu d'huile puis ai versé du miel en filet, avant de saupoudrer d'un mélange de cumin, curry, paprika fumé, en prenant ce que j’avais sous la main. J'ai ajouté des amandes effilées 5 minutes avant la fin de la cuisson (au total 20 minutes à 180°). J’aurais volontiers complété avec un hachis de coriandre fraîche comme on le fait au Mexique mais ce n’est pas la saison.
Seul bémol, le nettoyage de la cuve qui aurait été évité si je l'avais tapissée de papier sulfurisé. Ce n'est pas utile pour les frites mais là, oui.

A bientôt pour connaitre le résultat d’autres expériences …

mardi 13 janvier 2026

Muséum Connections fête ses trente ans

(article mis à jour le 29 janvier 2026 )
Museum Connections a fêté ses trente ans le 13 janvier et ce fut l'occasion de solliciter les ressources des exposants en donnant carte blanche à la société Tumultes pour réaliser l'animation immersive de la soirée.

Je suis en général "bon public" mais j'ai tellement l'habitude d'aller au théâtre que mon niveau d'exigence est plutôt élevé. Je ne me risquerai donc pas à commenter la proposition qui a été faite mais qui me conforte dans l'idée que le terme d'immersion n'est pas unanimement compris de la même manière. Je n'ai pas oublié un seul instant qu'on était dans un jeu et je n'ai pas cru à l'incarnation d'émotions par des comédiens.

Pas plus que je n'emploie le terme d'icebreaker pour désigner le fait que les circonstances m'ont amenée à sympathiser avec des personnes que je ne connaissais pas. Il me semble que c'est d'ailleurs le propre de toute soirée conviviale. En cela la soirée était très réussi, cet apéritif fut fort sympathique et j'en garde un excellent souvenir, ce qui était sûrement le but recherché. J'y ai même noué de nouveaux contacts.

Toujours est-il, et c'est l'essentiel, Museum Connections est devenu au fil des années, et particulièrement sous l'impulsion de sa directrice Claire de Longeaux, un rendez-vous incontournable auprès des acteurs culturels et touristiques en devenant un Salon professionnel international, scrutant les enjeux économiques et durables des musées, lieux culturels et touristiques, avec la volonté de décoder les tendances et innovations pour imaginer les nouvelles expériences de visite, et d'évoluer vers une approche de plus en plus globale, orientée parcours de visite, qualité d’accueil, services au public et développement des ressources propres.

L'édition de 2026 a réuni 403 exposants (+7% vs 2025), dont 37% d'internationaux, avec une forte représentation européenne, notamment des Pays-Bas, de l’Espagne et de l’Italie, répartis
• à 53% dans le secteur Museum Shop (produits, tendances, inspiration retail) qui demeure largement majoritaire pour son aspect souvenir et partage,
• et à 47% dans les secteurs Museum Tech (équipements high ou low tech, technologies, innovation) et Museum Life (ingénierie, services, conseil en ressources humaines externes).

C'était aussi 68 conférences pilotées par 40% d'intervenants internationaux, sans compter les rencontres, animations et moments de networking. Et ce furent 6 332 participants (ce qui marque une légère progression vs 2025, et nette vs 2024) dont 21% d'internationaux, ce qui correspond aux attentes des organisateurs qui s'étaient fixé la barre des 6500 visiteurs.

J'ai, comme l'an dernier, passé une journée entière au Salon, ce qui ne signifie pas que j'ai réussi à maitriser le programme que je m'étais fixé. Il me faudra à l'avenir être plus sélective en concentrant mes arrêts sur les pôles d'intérêt essentiels. Car paradoxalement l'expérience de visite, qui est au coeur de l'ADN revendiquée par le salon, n'est pas forcément mise en application en son propre sein, excepté sur le Pop-up Store, toujours aussi révélateur de talents.

Il y a peut-être une piste d'amélioration pour les exposants des secteurs Museum Tech et Museum Life qui sont loin d'avoir un discours adapté à chaque interlocuteur. Ils gagneraient à préparer de (brèves) démonstrations de leur savoir-faire plutôt que de le décrire par des mots, surtout quand ils s'expriment en langue étrangère.

Peu d'entre eux ont provoqué mon enthousiasme. Il y eut bien quelques exposants promettant au visiteur d'endosser un rôle d'acteur au sein de ce qui s'apparente à un escape game mais je ne suis pas encore convaincue. Je suis néanmoins prête à tester … 

Le studio d'effets spéciaux, accessoires, systèmes interactifs et costumes de Geoffrey et Maryon Masson, les fondateurs de Magic On (TECH stand E53) m'a semblé être novateur et leur démarche de création de tableaux interactifs avec le public est prometteuse. J'ai apprécié leur volonté de casser la frontière entre digital et réel. Je serais curieuse de voir de près leur transformation d'un restaurant en grotte préhistorique, sollicitant les 5 sens du client.

Cryptors in the city (TECH stand F33) offre une expérience originale de valorisation du patrimoine, smartphone à la main, à la recherche d'oeuvres qui représentent les grandes figures de l'histoire du lieu, en s'appuyant sur des indices. La ville d'Angers l'a déjà mise en oeuvre et apporte la preuve que l'intelligence artificielle peut devenir un atout dans un parcours de visite que l'on ème à son rythme, seul, en groupe ou en famille. Sachant qu'il existe aussi au château de Cheverny où je me rends de temps en temps je me suis promis de le tester à ma prochaine visite.

The Immersers (TECH stand E 11) est devenu une référence dans son domaine, capable aussi bien d'animer un pop-store (comme celui du Moulin Rouge) que de créer des fêtes nocturnes (dans les jardins du château de Dampierre). L'équipe a compris que le visiteur attend qu'on lui raconte, et qu'on lui fasse vivre une histoire. Elle va s'y employer au Mans où le nouveau musée des 24 heures, le M24 qui ouvrira le 28 mai prochain. L'enjeu est d'y re-créer la peur, la nuit, les innovations, la frénésie du départ de la course en faisant oeuvre de pédagogie.
Le dynamisme des Manufactures créatives est impressionnant. l'équipe a réhabilité une ancienne usine de dentelle pour redonner vie à un lieu abandonné, en ramenant de la créativité. Le projet préservera le patrimoine industriel tout en intégrant des solutions écosourcés, comme le béton chanvre. Ils collaborent avec Musée des Dentelles et Broderies de Baudry pour renforcer les synergies entre héritage et innovation, créant un écosystème dynamique avec un restaurant vegan, des résidences d'artistes et une galerie d'art, dans une approche durable et circulaire.

Et sur le stand du Ministère de la Culture j'ai été très intéressée par l'étude menée par Les Eclaireurs à propos des métiers d'art et savoir-faire d'exception, qui représentent plus d'un demi-million d'actifs (chefs d'entreprise, indépendants et salariés), dont un peu plus du quart (280 000) sont salariés. Les 234 000 entreprises qui composent le secteur génèrent 68 milliards de chiffre d'affaires annuel en 2023 dont environ 9 milliards à l'export (14 %). Ce n'est pas négligeable.

Evidemment l'aspect boutique demeure majoritaire, surtout après s'être attardé au Pop-up Store qui présente depuis 2021 une sélection choisie par un jury sous la direction d'Hélène Genter d'objets pour leur créativité, leur pertinence et leur adéquation avec les attentes des boutiques culturelles et touristiques. Cette année ce sont 50 produits qui ont été retenus parmi les 200 reçus.

lundi 12 janvier 2026

Diamant brut, le premier film d'Agathe Riedinger

J'avais manqué Diamant brut à sa sortie. Il est probable que le sujet m'effrayait et j'ai été rassurée de pouvoir le regarder en vidéo, parce que je savais que je pouvais interrompre à tout moment.
Liane, 19 ans, vit avec sa mère et sa petite sœur dans un quartier pauvre de Fréjus, soignant son apparence. Avec l'envie d'être reconnue, elle pense que la téléréalité lui offrira d’être aimée. Pleine d'espoir, elle passe une audition pour la 9e saison de l'émission de télé-réalité "Miracle Island".
Elle entre alors dans une période d'exaltation et de dépression parce que sa vie est suspendue à la réponse de la productrice.

En tant que spectateur, on a du mal à se positionner sans prendre parti et sans juger. Le désir de Liane d'être aimée est si puissant qu'elle est prête à tout. Elle est déjà passée par la chirurgie esthétique et on devine qu'elle est prête à aller plus loin. Son allure correspond à certains critères mais on ne peut pas dire qu'elle soit "belle". A certains moments son corps semble déformé.

Par contre son courage force le respect et on condamne l'attitude égoïste de sa mère. L'adolescente est touchante dans sa volonté de protéger sa petite soeur. Mais elle est si loin de l'image qu'elle laisse croire que l'ensemble est d'une tristesse intense. On comprend tout à fait sa rage de s'échapper de son milieu mais on doute qu'elle ait choisi le bon chemin.

La fin ouverte ne permet pas de tirer des plans sur la comète. On ne peut que faire des suppositions mais on espère que les choses tourneront positivement pour cette jeune fille … si les petits cochons ne la croquent pas. Parce que rien n'est sûr :  le vedettariat et la téléréalité n'ont encore jamais été des solutions à ce type de problème.

Ce premier film d'Agathe Riedinger a été sélectionné en compétition officielle au festival de Cannes 2024. L'accueil fut positif et pourtant il fit long feu. Son second film sera décisif sur sa carrière.

Diamant brut, scénario et réalisation d'Agathe Riedinger
Musique originale : Audrey Ismaël
Dates de sortie :
France : 15 mai 2024 (festival de Cannes)
France : 20 novembre 2024 (sortie nationale)[2]
Avec Malou Khebizi (Liane), Idir Azougli (Dino), Andréa Bescond (Sabine), Ashley Romano (Alicia), Antonia Buresi (Alexandra Ferrer), Alexis Manenti (Nathan), Léa Gorla (Carla), Kilia Fernane (Stéphanie) …
Prix de la Critique au Festival International du Film Francophone de Namur, compétition première œuvre pour Diamant Brut
Prix d'Interprétation Féminine pour Malou Khebizi au Festival International du Film Francophone de Namur pour Diamant Brut
Prix Shafi Abdel Salam du Meilleur Film au Festival International du Film du Caire pour Diamant Brut
Prix François Chalais Coup de Cœur au Festival de Cannes 2024 pour Diamant Brut
Prix de la Meilleure Actrice pour Malou Khebizi au Festival International du Film de Stockholm pour Diamant Brut
Prix de la Meilleure Actrice pour Malou Khebizi au Festival Effervescence de Mâcon

dimanche 11 janvier 2026

Deux accords mets-vin avec le Sauvignon de King Family

J'avais découvert il y a deux ans le potentiel des vins de Virginie à l'occasion d'un dîner à l'ambassade des Etats-unis au cours duquel j'avais fait connaissance avec Matthieu Finot (de King Family Vineyards) et avec sa femme Erin.

Il est né à Crozes Hermitage dans une famille de viticulteurs et d'amateurs de vin, et était prédisposé à poursuivre dans ce secteur. Il étudia d'abord la viticulture et l'œnologie à Beaune. Diplômé en 1995, il a travaillé dans la Vallée du Rhône, Bordeaux, la Bourgogne, la Provence et le Jura. Puis en Italie et en Afrique du Sud avant de s'installer en Virginie en 2003 et a rejoint en 2007 l'équipe de King Family Vineyards (créé en 1998). 

Chez King Family, il travaille avec différents terroirs à Turk Mountain Vineyards, qu'il gère actuellement, et il est associé avec son frère pour établir et développer le Domaine Finot dans deux régions de France.

Matthieu Finot m'a raconté l'histoire de la vigne en Virginie dans ses grandes lignes. Ses étés chauds et humides peuvent représenter un défi pour la viticulture, et ce n’est que depuis vingt ans que l’industrie a développé son statut de nouveauté. Mais son histoire viticole remonte à l'ère coloniale quand l'Acte 12 obligeait les colons de Virginie à planter des vignes. Thomas Jefferson, un des premiers présidents américains, fit beaucoup à l’époque pour développer la culture. Il ne connut malheureusement pas un grand succès, car la plupart des vignes plantées furent touchées par les maladies, mais les bases de la viticulture en Virginie étaient établies. 

Le Sauvignon Blanc qu'il élève en Virginie présente une complexité nuancée, une acidité vive et des caractéristiques d'agrumes prononcées. Il ne fait aucun doute que le vigneron a été inspiré par les vins blancs de la vallée de la Loire. C'est un vin polyvalent qui s'accordera avec différents mets et qui continuera à bien vieillir en bouteille pendant plusieurs années.

On remarquera combien l'étiquette de la bouteille est sobre et élégante.

J'avais profité de la session 2025 de Wine Paris pour regoûter ce vin dont j'avais apprécié la richesse de sa texture, "creemy texture" comme dit son éleveur. Je me suis promis de faire une association personnelle mets-vin avec lui, en toute modération puisque l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, et qu'il convient de consommer avec modération.

C'est désormais chose faite avec deux propositions : une tarte au potimarron qui pourrait être servie pour fêter Thanksgiving en version végétarienne. Et une choucroute de la mer.
Pour réaliser une tarte au potimarron :

Je rappelle qu'il est très facile de aire soi-même la pâte avec 75 grammes de margarine et 170 de farine (j’ai pris aujourd’hui de la T65 bio). J’ai ajouté un peu de gingembre en poudre, une pincée de sel, une grosse cuillère à soupe d’huile d’olive, autant d’eau. Après malaxage j’ai laissé reposer une heure au réfrigérateur (très important) après avoir filmé au contact.

J’ai fait revenir deux gros oignons, ai ajouté du thym, un peu de vinaigre balsamique, et les ai faits réduire. Pendant ce temps le potimarron a cuit à la vapeur (5 minutes en cocotte minute) en gardant partiellement la peau puisqu'elle est comestible. J'ai mixé la chair avec la peau restante avec du curry, du poivre et quatre cuillerées de crème fraiche.

J'ai placé une feuille de papier sulfurisé dans un moule ronds à bords hauts, posé la pâte, piqué le fond à la fourchette, disposé les oignons, puis la préparation de potimarron. Mon astuce si la pâte est trop fragile pour être placée facilement dans le moule : je la travaille sur la feuille de papier sulfurisé que je n'ai ensuite qu'à soulever et disposer dans le moule.

Cuisson 30 minutes à 180°.

samedi 10 janvier 2026

Prof de Jean Pierre Dopagne, mis en scène par Cedric Garoyan avec Eric Fardeau

Je suis allée voir Prof à la Folie Théâtre le soir de la dernière, dimanche 4 janvier.

Il y a deux thèmes qui me freinent dans le choix des pièces, la guerre parce que même si je ne conteste pas le devoir de mémoire j'estime avoir personnellement suffisamment subi en la matière pour m'en affranchir, et l'enseignement parce que là aussi il y a des souvenirs que je n'ai absolument pas envie de réanimer.

Je ne dois pas être la seule à avoir ce type de résistance car il y a eu peu de presse et, à l’heure où j’écris, le spectacle n’est plus visible en région parisienne.

Et pourtant le seul-en-scène écrit par Jean Pierre Dopagne, interprété à la perfection par Eric Fardeau dans la mise en scène adéquate de Cedric Garoyan, mérite amplement qu'on plaide en sa faveur.

En avouant sa monstruosité c'est celle de notre société qu'il désigne. La responsabilité de la faillite du système éducatif est globale. Elle n'est pas que "nationale" (il serait temps d'ailleurs de rebaptiser l'institution comme enseignement national en gommant le terme d'éducation puisqu'il n'a plus guère de sens). Tout un chacun est responsable … et parfois coupable. Et bien entendu les parents en première ligne car ce sont eux les premiers qui devraient donner les règles.

Autrefois, on recommandait aux enfants d'être gentils avec la maitresse. Aujourd'hui, on leur souhaite que la maitresse soit sympa avec eux. Le prof n'a pas pour vocation d'aimer mais de faire oeuvre de pédagogie, ce qui étymologiquement signifie conduire sur le chemin du savoir. Pour ce faire il est nécessaire que le sujet en ait envie. Elle ne manque pas cruellement qu'à l'idole des jeunes, elle fait défaut aux adolescents que ce professeur a en charge.

Un jour, le poids est trop lourd sur ses épaules pourtant solides. Il craque et l'histoire bascule. Là encore l'étymologie vient à notre secours pour comprendre cette situation qui nous met sur le cul. Le seul à lui trouver une circonstance atténuante est une de ses victimes qui le rassure : à votre place j'aurais flingué tout le monde et bien avant. C'était pas humain ce que vous supportiez.

Le spectacle est malicieusement construit. Jean Pierre Dopagne fait le portrait d'un homme qui s'annonce d'emblée comme un monstre en entrant dans la salle du théâtre et bien entendu le public ne voit qu'un mec plutôt sympathique qui s'aprête à lui raconter une bonne blague. Mais il tient vite des propos caustiques, un peu abrupts : les élèves sont comme des animaux, agissant non par intelligence, mais par instinct.

Il est très critique à propos de la littérature et des auteurs de théâtre. Molière n'a pas grâce à ses yeux. Il dénonce son travers de répéter plusieurs fois la même suite de mots pour en avoir moins à écrire au final. Il a compté que Géronte demandait 7 fois : que diable allait-il faire dans cette galère ? 

Pourtant c'est la magie des récits, découverts en classe de 6ème, qui forgea sa vocation de devenir professeur, surtout pas enseignant. Le constat qu'il partage avec le public est très amer à propos de la fonction désormais dévolue au corps enseignant de devenir "baby-sitter à grande échelle puisqu'il n'y a plus de boulot", à offrir à la jeunesse.

L'homme affirme un caractère "entier", et ses propos sont sans concession. Il faut l'écouter pour mesurer l'ampleur de son infortune et ce qui l'a conduit à faire un geste "irréparable" et que pourtant la justice condamne à "réparer" par un Travail d'Intérêt Général consistant à dire à perpétuité son expérience sur une scène de théâtre, et à être (enfin !) écouté, aimé, et même applaudi, ce qu'il n'aurait jamais réussi à obtenir s'il était resté prof. Le diminutif claque comme un drapeau dans le vent et ce qui nous est montré est un véritable drame social mêmes s'il est traité avec beaucoup d'humour … noir.

Il faut souhaiter que le spectacle soit repris. L'interprétation d'Eric Fardeau mérite le prix qui lui a été accordé aux Théâtralies de Cannes.
Prof de Jean Pierre Dopagne
Mis en scène par Cedric Garoyan
Avec Eric Fardeau
A la Folie Théâtre - 6 rue de la Folie Méricourt, Paris 11e
Du dimanche 7 septembre 2025 au dimanche 4 janvier 2026
Le dimanche de 19 h à 20 h 20

vendredi 9 janvier 2026

Triste tigre de Neige Sinno

Neige Sinno est née en 1977 dans les Hautes-Alpes. Elle a enseigné la littérature au Mexique pendant presque vingt ans.

Elle vivait alors, à partir de 2005, avec sa fille et son compagnon, dans le charmant village de Pátzcuaro, dans l’Etat mexicain du Michoacán, que j’ai visité en 2019 et dont je garde un excellent souvenir. Le lac du même nom est celui qui a servi de modèle au dessin animé Coco. On y célèbre chaque année la fête des morts avec faste.

Neige Sinno est revenue en France pour s’installer au Pays Basque, tout en restant imprégnée de ses années passées au Mexique. La Realidad est le premier livre qu’elle a écrit, initialement en espagnol, mais c’est avec le second, Triste tigre, publié auparavant, qu’elle a acquis une très forte notoriété. Dans la mesure où c'était son second ouvrage j'avais préféré la découvrir en lisant d'abord La Realidad.

Tout le monde sait aujourd'hui que le thème du livre est l'inceste. Il arrive à une période où le lectorat en connait les abîmes. Il n'est plus besoin de raconter, que ce soit à mots couverts, comme le faisait Barbara dans L'aigle noir, ou frontalement comme Christine Angot.

Ce qui est désormais utile c'est de décrypter le phénomène. Comme le fait par exemple Laure Martin avec Mes pieds nus frappent le sol. Le temps est révolu où la société niait les faits, comme Nikki de Saint-Phalle en témoigna, quand bien même son père avoua son geste (le psychiatre détruisit sa confession).

A noter que si écrire sur l'inceste qu'on a subi, ou la violence de relations imposées par un adulte, pousse sans doute à écrire, ce n'est pas pour autant un roman orphelin. Après Le consentement, Vanessa Springora a poursuivi avec Patronyme. Après Un été chez Jida, Lolita Sene a publié dans un style très différent Seules les vignes.

En d'autres termes c'est un peu ce qui est sous-jacent dans l'analyse qu'elle fait du comportement de Claude Ponti qu'elle présente comme son idéal (p. 254) : Un type qui a été violé dans son enfance par son grand-père. Il devient un grand artiste, avec un monde à lui, qui n'a rien à voir avec ça. Enfin, pas exactement rien à voir une fois qu'on sait, son monde est un univers parallèle (…). Claude Ponti n'est pas une ancienne victime qui a fait des livres. C'est un grand auteur-dessinateur qui a eu une enfance difficile. Comme Blaise Cendrars, qui n'est pas un manchot poète mais un poète manchot. Et la différence est de taille. La différence fait toute la différence.

A propos de Claude Ponti, que je connais bien, je précise qu'il n'a parlé de ce qu'il a subi que très tardivement, après avoir été reconnu comme auteur jeunesse, dans un livre admirable, Les Pieds bleus, aux éditions de l'Olivier, en 1995.

Triste tigre mérite une extrême attention. A propos de la manière dont il s'architecture, tentant inlassablement d'analyser ce qui pourrait expliquer les faits tout autant que la difficulté à les comprendre, comme si l'écriture n'en avait pas la capacité.

Neige Sinno fait feu de tout bois, explorant dans la littérature ce qui peut éclairer sa propre histoire. C'est sans surprise que nous sommes entrainés dans une relecture de Lolita de Nabokov, de Virginia Woolf (abusée par ses deux demi-frères), et d'autres autrices connues pour s'être penchées sur le sujet comme Christine Angot, Toni Morrison ou Virginie Despentes, dont elle admire la posture d'avoir le courage et l'audace de s'en remettre, ne pas accepter d'être détruite, considérer le viol comme un risque à prendre pour être libre (p. 201). On trouvera (à partir de la page 279) la très longue liste des oeuvres cités.

jeudi 8 janvier 2026

Balle de match de Léa Girardet

Léa Girardet, déjà passée au Théâtre de Belleville avec Le syndrome du banc de touche en 2018, puis Libre arbitre, présente le dernier volet de sa trilogie sportive avec Balle de match !

L'autrice et metteuse en scène s'empare ici d'un duel légendaire ayant marqué l'histoire du tennis féminin? La grande joueuse Billie Jean King affronta et gagna un match contre Bobby Riggs, tennisman retraité et macho invétéré. 

Les conséquences ont été positives pour permettre aux femmes d’obtenir des primes équivalentes à celles des hommes. Mais le résultat est loin d’être aussi idyllique que ce qui nous est présenté sur la scène du théâtre.

L’US Open et l’Open d’Australie, ont appliqué la parité en termes de gains, respectivement en 1973 et en 2001. Il fallut attendre 2005 et les actions de Serena et Venus Williams, certes soutenues par Billie Jean King, pour que Wimbledon et Roland-Garros s’alignent enfin, deux ans plus tard. Et derrière les victoires symboliques, les écarts persistent encore aujourd’hui. Sur les circuits ATP et WTA, les écarts de dotations persistent dans la majorité des tournois, surtout dans les tournois de catégorie inférieure où les différences restent parfois substantielles.

Le combat historique pour l’égalité salariale dans le tennis initié par Billie Jean King est en lui-même un sujet très original et on imagine combien il a pu enflammer les cerveaux américains. Cela ne suffisait sans doute pas à Léa Girardet puisqu’elle a choisi de l’inscrire dans un contexte de science-fiction, ce que personnellement je trouve regrettable méme si l’ensemble est très bien entrecroisé, admirablement interprété, et souvent fort drôle.

Il est dommage qu’un sujet aussi important que l’égalité entre les femmes et les hommes (qui est loin d’être effectif dans tous les secteurs sportifs, y compris dans l’intégralité des compétitions de tennis) soit traité avec dérision. 

En mêlant mystère et sciene-fiction dans la trame d’une forme de théâtre faussement documentaire Léa Girardet transforme le plateau en ring de boxe et s’éloigne du tennis. L’introduction de la fiction fait douter de tout alors que, je le répète, le point de départ est véritablement exceptionnel. Il y avait de quoi bouleverser la société américaine si conservatrice.

L’appel téléphonique du président Nixon a-t-il vraiment eu lieu et aurait-il félicité la tenniswoman en ces termes si surréalistes ? La caricature des shows américains et la présence de Super cochon étaient-ils nécessaires ?

Ceci posé il faut apprécier le traitement des années 1970 et l'allusions au cinéma de genre. Et quelques répliques féministes dans la bouche de la scientifique : Etre une dame c’est se comporter comme le personnage secondaire de son propre film.

La chanson "She’s a lady" interprétée par Tom Jones en 1971, sur des paroles de Paul Anka, revient régulièrement et fort à propos : She's got style, she's got grace, she's a winner (Elle a du style, elle a de la grâce, elle est une gagnante).
Balle de match de Léa Girardet
Au Théâtre de Belleville - 16 passage Pivert- 75011 Paris
Du 5 au 27 janvier 2026
Les lundis et mardis à 19h15, les dimanches à 20h
À partir de 14 ans

mercredi 7 janvier 2026

Pom Pom Pommes écrit et mis en scène par Eugénie Gendron

Eugénie Gendron et la compagnie Anansi démontrent que le théâtre peut s’adresser à un très jeune public avec leur spectacle  Pom Pom Pommes, créé en septembre 2024, et qui est joué en ce moment les samedis et dimanches à 17 heures à la Folie Théâtre.

Tout est parfaitement adapté à des enfants de moins de 5 ans, pourvu qu’ils soient accompagnés d’au moins un parent et je peux vous assurer que l’adulte appréciera lui aussi de nombreux moments.

Le propos est de raconter une aventure en chansons et comptines en convoquant les habitants du jardin que les enfant s connaissent déjà : souris, abeilles, oiseaux, chenille …

Une chouette insomniaque, férue de poésie, citera régulièrement et avec humour, ses auteurs préférés : Anne Sylvestre, Maurice Carême, Victor Hugo, Arthur Rimbaud. …

A certains moments le spectacle devient pédagogique, rappelant qu’il xiste plusieurs variétés de pommes (golden, granny …) ce qui pourrait d’ailleurs donner prétexte à témoigner que la différence se constate aussi chez les humains.

Les voix sont belles, les musiques agréables. Le discours est naturaliste mais jamais bêtifiant. Les enfants participent spontanément; Tout le monde mime Pomme de reinette et imite de concert les vrombissement des abeilles.

Je n’aurais pas repris la chanson de la chenille  mais elle a manifestement enchanté les grands et j’ai noté combien les parents s’émerveillaient d’une guirlande lumineuse. N’est-ce pas le propre d’un spectacle réussi que de fédérer les générations ?

La plupart des grands standards de la maternelle sont interprétés, avec quelques variantes. Vive le vent est très bien dansé, presque mimé et Petit escargot (qui a bien grandi) se déplace vite sur roulettes.

Le fil conducteur est parfaitement respecté et suit la saisonnalité. On démontre habilement qu’il serait logique de ne pas tourner de pommes toute l’année mais seulement lorsque l’arbre en est recouvert. Sur ce point le trio ne convaincra sans doute pas puisque les étals des marchés sont riches en ce moment de plateaux de fraises (venues d’on ne sait où) mais ils ont néanmoins raison de tenter le coup et c’est aux parents de poursuivre le travail éducatif.

En tout cas leur arbre est un élément central et très réussi d’un décor évolutif qui change à chaque saison. Les fleurs marquent l’arrivée du printemps et quand arrive l’automne … je frissonne..

Le trio est sympathique et le petit monde de leur jardin s’entend à merveille. On les remercie de nous y avoir invité et de nous avoir fait voyager en musique. Le pari de nous apprendre qu'il y a un temps pour tout, et que chaque instant se savoure est remporté. 
Pom Pom Pommes écrit et mis en scène par Eugénie Gendron
Avec Eugénie Gendron, Simon Vantheemsche, Pierre-André Ballande
Musiques originales de Simon Vantheemsche
Conception décor et photos Sabrina Moguez
A La Folie Théâtre - 6, rue de la Folie Méricourt - 75011 Paris
Du samedi 6 décembre 2025 au dimanche 8 mars 2026 
Samedi et dimanche à 17h

mardi 6 janvier 2026

Homère Kebab de Benoit Lepecq

Benoit Lepecq n’a pas écrit un texte "de plus" sur les migrants. Homère Kebab est avant tout une fine réflexion sur la condition humaine, sans militantisme, sans manichéisme et surtout sans pathos.

Quelques signes religieux minimalistes comme le tintement d'une cloche et un chant musulman d'appel à la prière installent le contexte. On comprendra dans les premières minutes que l'action se déroule à Calais. 

Homère Kebab est un monologue qu'on entend comme un dialogue entre un algérien, ancien joueur de football de haut niveau et un "bebabier" (j'ignorais que c'était le métier de la personne qui fabrique et vend des kebabs, mais on peut également l'appeler kebabiste) d'origine grecque, en se défiant à propos de cette langue française que chacun est persuadé d'être celui qui la parle le mieux.

L'auteur a recours à l'humour pour attiser notre attention. Ça commence tout de suite avec la demande d'une "sauce blanche comme les européens". Ça continuera avec la précision qu'on doit dire tranquille-peinard, et non pinard. Ça se poursuivra avec la précision que le niveau de langage est la conséquence de la colonisation (information qu'on peut comprendre de diverses manières). Nous en aurons d'autres preuves avec l'affirmation que tous les migrants s'appellent Ulysse, ce qui est une jolie métaphore.

Une chose est sûre : ils n'ont pas le même sens de l'humour. Le doute n'est plus possible après la blague de la boite de sardines. Voilà pourquoi la conversation obligera vers davantage de profondeur et de sincérité.

Benoit Lepecq fait néanmoins ce qu'il faut pour que le spectateur ne puisse pas conclure trop vite. Que la démocratie soit née en Grèce n'a pas permis d'éviter qu'une grave crise économique ne ruine le pays, et que le restaurateur ait été contraint à s'expatrier. Les deux hommes sont à égalité d'infortune. Et pourtant ce ne sont pas des raisons économiques mais politiques qui ont précipité le départ de l'algérien.
Il était une star légendaire à Alger, buvant du champagne dans un jacuzzi. Le Zinedine ou le Maradona du bled, avant-centre dans l’équipe des Fennecs, allait à l'entrainement en Porsche. Il avait mené son équipe de football en Coupe d'Afrique des Nations après avoir marqué le but qualificatif. Il se pensait invincible, n'ayant que la victoire comme éthique. Toute son énergie était concentrée sur cette finale et il n'a pas pris garde à s'incliner lorsqu'un laser dessina dans le ciel Allah akbar. Il ne pensait pas devoir se préoccuper de politique. Un stade entier se prosternait alors que lui, était prostré, convaincu de sa "bonne" foi, refusant de devenir rebelle à sa dignité.

Il a bien fallu pourtant qu'il se coule dans l'héroïsme de ceux qui n'ont plus le choix. Et aujourd'hui ne lui reste qu'un maillot de sa gloire passée … et l'espoir de réussir à passer en Angleterre.

Malgré ce revers l'algérien n'a pas perdu son esprit de provocation. Même s'il le fait désormais avec discernement, à petites touches, en prenant garde de ne pas "offenser" son interlocuteur, pointant les dysfonctionnements économiques européens, l'arrogance des institutions et plusieurs aberrations, comme la saturation de ses pensées par les technocrates de Bruxelles et surtout la puissance des algorithmes de ceux qui dérégulent les marchés en vertu du principe que le commerce n'a pas d'état d'âme.

Il est le premier à se critiquer, convaincu d'être passé à côté de l'essentiel sans s'apercevoir de rien, et notamment la pauvreté de son pays. Avouant sa crédulité en n'ayant pas cru son préparateur sportif lorsqu'il lui conseilla de fuir la fatwa qui pesait sur lui. Amer d'avoir été idolâtré hier, et aujourd'hui haï. Mais toujours positif en vivant dans l'espoir que le hasard le tire de là, car après tout faire un 421 reste une probabilité.

Le jeu de Melki Izzouzi est prodigieux. Je l'avais déjà remarqué dans le rôle qu'il joue (également en ce moment) dans Andromaque, mis en scène par Anne Coutureau au théâtre des Gémeaux parisiens.
En enfreignant la loi de son pays, cet homme est réduit à l'exil et l'auteur a précisément raison d'établir un parallèle avec Antigone. Il réussit à fondre les caractéristiques mythologiques empruntées à Ulysse avec l’image la plus invisibilisée qui soit d’un migrant. Son texte est très habile. Et fait constamment réfléchir. A la meilleure connaissance de la ville par un sans-identité que par un policier, à la longueur d'avance que le voyageur a toujours sur le résident, à ce qui se produirait si les migrants s'unissaient et entreprenaient une manoeuvre de type Cheval de Troie, mais aussi à des questions plus futiles comme l'origine de la harissa, avant de se sentir en état d'alerte à propos de tout ce qui ne tourne pas rond en Europe et dans le monde.

On est malgré tout heureux qu'à la fin cette soirée aura fait mentir la croyance qu'à Calais on n'a pas le temps de se parler, et qu'on s'esquive.
Homère Kebab
Texte et mise en scène de Benoit Lepecq (ci-dessus à côté de Corinne François Deneve, collaboratrice artistique)
Avec Melki Izzouzi
Au Théâtre La Flèche
 77, rue de Charonne - 75011 Paris
Du 7 janvier au 11 Mars 2026
Les mercredis à 19 heures

lundi 5 janvier 2026

Les Beaux de Léonore Confino mis en scène d'Anne Coutureau

Une générale de presse a été organisée en avant-première pour deux spectacles programmés au Théâtre La Flèche l'après-midi du 5 janvier 26 et l'idée fut heureuse puisque dès le soir même la région parisienne était bloquée par la neige.

La première présentait Les Beaux dans la mise en scène d’Anne Coutureau (ci-contre) qui répondait à une commande et qui n’aurait peut-être pas spontanément choisi ce texte de Léonore Confino parce que mon truc c’est de jouer.…

Initialement parue sous le titre de Enfantillagesaux éditions Actes Sud-Papiers, mais précédemment mise en scène sous le même titre par Côme de Bellescize au Théâtre du petit-Saint-Martin, cette comédie dramatique, urbaine et familiale sur la faillite du rêve matérialiste prend une tournure différente en étant rebaptisant Les rebaptisée.

Après s’être réjoui du bonheur exposé par le couple, le spectateur s’interroge sur la profondeur de leurs sentiments. Ou bien les comédiens jouent mal, ce qui est peu probable, ou bien les émotions exprimées sont surfaites, voire fausses, malgré la répétition comme un mantra de leur credo puéril : C’est nous les beaux. On est chanceux

Les masques tombent, ou plutôt les perruques et le naturel revient au galop, foudroyant. Nous venons d’assister à la mise en scène de Ken et de Barbie par une petite fille de 7 ans qui, avec son regard d’enfant, essaie de comprendre ce qui se joue dans ce foyer dysfonctionnel où elle a compris que la colère est une maladie qui pourrit la vie parfaite dont elle rêve.

Lui (Cédric Welschet Elle (Yasmine Van Deventersont dans la réalité deux monstres qui rivalisent de mesquinerie pour se blesser. Léonore Confino est une orfèvre des mots. Elle en joue comme des épées qui font mouche à chaque fois. Elle les assaisonne subtilement de plaintes puériles à propos de 150 grammes de jambon italien à 230 balais qui se seraient évaporés du réfrigérateur, ou du désir d’aller chier dans des copeaux de bois que j’aurai coupés moi même.

Elle les épice en les faisant rejouer plusieurs fois sur des tons différents. La violence semble sans borne et bientôt débordera de manière spectaculaire dans un crescendo où le vitriol serait plus suave. Impossible de prendre parti. Impossible de s’attendrir malgré sa plainte à Elle d’être séquestrée ici avec un problème que l’on devine lié à leur enfant.

Ce qui est très fort dans le geste théâtral d’Anne Coutureau c’est précisément de ne pas attendrir le public qui aimerait que les violences conjugales cessent mais au contraire de le placer en étau au coeur d’un thriller dont il va chercher quel pourrait en être le dénouement sans imaginer que seul Monsieur Patate en sortira indemne.
Une fin heureuse serait-elle possible avec ces deux protagonistes qui se comportent en sparring-partners qui ne lâcheront jamais ? Il n’y a pas un fort et un faible. Tous deux s’accordent dans une symétrie parfaite, capables de relancer la machine en se lançant à la tête … des compliments qui résonnent comme des insultes sans jamais s’en lasser.

Les comédiens sont évidemment à la hauteur du challenge qui leur est imposé. Leur jeu frappe … dans le mille.
Je signale qu’Anne Coutureau, qui décidémment se spécialise dans les relations humaines conflictuelles, signe aussi la très belle mise en scène d’Andromaque qui se joue tous les lundis à 20 h 30 aux Gémeaux parisiens.

Les Beaux de Léonore Confino
Mise en scène d'Anne Coutureau
Avec Yasmine Van Deventer dans le rôle d'Elle et Cédric Welsch dans le rôle de Lui
Au Théâtre La Flèche
 77, rue de Charonne - 75011 Paris
Du 8 janvier au 12 Mars 2026
Les Jeudis à 19 heures

dimanche 4 janvier 2026

Une journée au Musée-spectacle des Arts forains pour le Festival du merveilleux

J’avais annoncé le Festival du Merveilleux avec enthousiasme. J’ai eu à coeur d’y passer une journée afin de vivre l’événement en vérifiant si mon avis était toujours aussi positif. Je suis revenue avec des paillettes dans les yeux.

En voici comme promis le compte-rendu. L’endroit se trouve malicieusement à l’angle de la rue Lheureux. Le trottoir est constellé des confettis qui ont sans nul doute été jetés la veille au soir.

On rentre par le 53 avenue des Terroirs de France et on est immédiatement immergé dans l'ambiance de la fête foraine. Un dispositif spécial met en valeur une robe qui tourne, portée par une choriste du royaume de Siam dans le spectacle The King and I (Le Roi et Moi) de Richard Rodgers et Oscar Hamerstein, mis en scène par Lee Blakeley au Théâtre du Châtelet en 2014. J'y reviendrai dans la partie de cet article consacrée spécifiquement à l'exposition des costumes de scène.
Comme l'avait fait remarquer avec humour Clémentine Favand, la Directrice Générale qui est aussi la fille du créateur de cet endroit extraordinaire, on n'est peut-être pas la plus grande écurie mais pas loin d'être le plus grand zoo. De fait, trois chevaux de bois saluent notre arrivée.
Le public est venu très nombreux mais le personnel est d'une patience et d'une amabilité formidables. Et puis c'est un bonheur partagé que de voir tous les jeux anciens en action. On ne sait trop où donner de la tête et le programme est bien utile pour se repérer.

Je suis attiré par le billard japonais qui n'a de japonais que le nom. L’invention du billard est d’ailleurs française et remonte à Louis XI. Les plateaux que nous connaissons datent du XIX° et descendent tout droit du jeu de bagatelle, un dérivé du billard au plateau incliné.

Celui-ci, vieux d'un siècle, doit son nom au lots attribués aux gagnants : des petits vases et bibelots japonais qu'un forain avait récupérés auprès d'un boutiquier qui ne trouvait pas de repreneur. Il a été popularisé en 1907, lors de l’exposition coloniale qui s’est déroulée au jardin tropical. Vite très populaire, les baraques foraines pouvaient en aligner des rangées de vingt à quarante pour attirer le chaland.

Il est muni de dix cavités numérotées  entre 20 et 100. Le joueur dispose de 5 boules de bois qu'il doit loger dans les meilleurs emplacements pour marquer le score maximum, à savoir 250, ce qui est hautement difficile, mais pas impossible. C'est un jeu de précision qui exige de la concentration pour repartir … avec un ticket jeu supplémentaire.
Il n'y a rien à gagner avec L'instant astrologique du jeu de la Licorne (1920) qui combine hasard et astrologie en les présentant sous la forme d'un mapping vidéo de quelques minutes. C'est le Verseau qui est présenté, signe de liberté par excellence et que je connais bien puisque c'est le mien, en particulier son travers de "compliquer pour simplifier". Le plateau est magnifique, en bois de Namibie. Et j'enchaine avec des spectacles d'un plus long format et qui sont "le clou" de l'évènement.
Au nombre de dix, mobilisant une trentaine d'artistes, ils sont pour beaucoup participatifs, essentiellement visuels, ne nécessitant pas de traduction, même si une sorte de monsieur Loyal fait patienter le public pendant que les artistes se préparent. Et, chose admirable, ils ont tous commencé à l'heure dite, sans une minute de retard.

Commençons par Laure Bontaz dite Laurette de Paname, qui fut danseuse aux Folies Bergère, et qui fait revivre Loïe Fuller, égérie de la Belle Epoque, sur la grande scène du théâtre du merveilleux où elle exécute un extrait de sa célébrissime chorégraphie faite de spirales et de volutes de voiles, après un clin d'oeil aux débuts du cinéma des frères Lumière.
Loïe Fuller, née le 22 janvier 1862 à Hinsdale dans l'Illinois et morte le 2 janvier 1928 à Paris, est une danseuse franco-américaineElle inventa la danse serpentine dont elle a eu l’idée en visitant la cathédrale de Paris quand les rayons du soleil, traversant les vitraux, flamboyaient sur son foulard. Elle prolongea ses bras par des baguettes qui, à l’époque étaient en bambou, donc plutôt lourdes (aujourd’hui elles sont télescopiques, en carbone, donc légères)pour manipuler des voiles qu'elle faisait tournoyer … Elle avait un grand talent de metteuse en scène. Hélas ses idées lui furent volées aux Etats-unis mais elle a pu faire une jolie carrière aux Folies Bergère.

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