La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes.
A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
Depuis que Margot Ducancel avait reçu le prix de l'APCIG, il y a presque un an, j'avais envie de découvrir sur son terrain comment cette jeune femme animait une soirée consacrée à l'univers du vin.
Et je peux vous dire qu'elle est aussi passionnée que passionnante, l'oeil sur tout, le sourire constant illuminant son visage, toute de rouge vêtue, … évidemment.
Elle a fondé un média vin et un club de dégustation, Rouge aux lèvres, et organise de multiples événements à l'intention des 500 membres de sa communauté qui certes est composée à 90% de femmes mais qui se masculinise, ne serait-ce que parce que les conjoints des dames tiennent eux aussi à participer. Et on les comprend.
Parmi tout ce qu'elle fait il y a un évènement qui lui tient à coeur parce qu'il met à l'honneur les femmes travaillant dans ce domaine. Je suis donc venue lundi 16 mars dernier à la 6ème soirée "les Femmes du Vin" qui a eu lieu au Marriott Opera Ambassador Hotel, 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris.
Au programme : un talk inspirant avec 12 personnalités féminines emblématiques du vignoble suivi d’une dégustation exclusive de cuvées coup de coeur.
Afin de ne pas alourdir cet article j'ai placé en annexe un mini CV de chacune que je désignerai par son prénom pour rendre compte de la discussion, brillamment orchestré par Margot autour de 5 thèmes, la reconversion, la transmission, la carrière et l'engagement.
Pour discuter de reconversion ce sont Laïla Pezeron – Co-dirigeante "Ura Spirits" | Sud Ouest, Fanny Dulong – Vigneronne Clos Systey | Saint-Émilion Grand Cru et France d’Hotelans – Vigneronne Domaine de la Presle | Beaujolais qui sont montées sur l'estrade.
Voilà un roman étonnant ! Hadia Decharrière s’est attaquée au sujet du métavers et y entraine le lecteur en croisant les regards.
Je ne sais pas pourquoi elle a intitulé ce quatrième roman Trois fois Jacqueline, peut-être parce qu’elle confronte son personnage à trois univers, la réalité, le virtuel et le métavers.
Si je veux être honnête, je dois dire que je n’ai pas toujours réussie à me projeter, en toute logique, dans ce qui concerne ce dernier domaine. L’autrice a eu la très bonne idée de faire figurer en annexe le véritable échange qu’elle a eu avec chatGPT (p. 151). Je vous conseille de le lire en premier parce que, curieusement, ce contexte virtuel éclaire parfaitement l’écriture et vous préparera à l’apprécier.
Jacqueline est chirurgienne obstétricienne et s’étonne de la demande d’une jeune patiente, désireuse de se faire ligaturer les trompes au motif qu’elle refuse d’avoir des enfants dans un monde devenu trop violent. Cette question est déjà en soi porteuse d’une réflexion sur les inquiétudes actuelles des femmes.
Quelques jours plus tard, la praticienne va recevoir une étrange invitation à intégrer le métavers pour y faire la première greffe utérine au cours d’un évènement qui devrait avoir lieu à New-York. On se doute qu’elle va accepter mais ce qui est intéressant c’est l’analyse qu’Hadia Decharrière fait des freins et motivations à entreprendre un tel "voyage".
Le lecteur est autant néophyte que le personnage pour appréhender ce nouveau monde qui, s’il est virtuel, n’en est pas moins une réalité. C’est tout le paradoxe de la situation qui est disséqué entre les pages, quitte parfois à devenir hallucinant. A ce titre, l’image de la couverture est bien choisie, montrant le portait de l’autrice fragmenté et néanmoins absolument pas flou.
Tout ce qui concerne la médecine, elle est d’une précision sans faille, ce qui peut s’expliquer par le fait que dans son autre vie cette femme, née en 1979, exerce la profession de chirurgien-dentiste.
Ce roman est vertigineux, incorporant des faits qui ont été oubliés comme la prise d’otages menée par une femme rêvant de réconcilier les israéliens avec les palestiniens et qui pensait qu’il était absolument nécessaire d’empêcher la sortie du film des Aventures de Rabbi Jacob (p. 57 puis 78, 117 et 140).
Quelques heures après avoir lu ces lignes, que je pensais inventées, j’assistais à la nouvelle pièce de théâtre de Jean-Philippe Daguerre que j’allais voir au théâtre Montparnasse après un autre spectacle auquel assistait la petite fille de Louis de Funès. Les hasards de la vie sont plus violents que ceux que les écrivains fantasment. Et j’ai repris ensuite ma lecture de Trois fois Jacqueline avec un autre oeil.
Nous suivons le personnage principal à Paris, à New-York, et entre temps en Grèce, qui sont eux aussi trois univers ayant chacun leurs spécificités. A son arrivée à Athènes Jacqueline reconnaîtra : Je ne suis personne de logique à cet endroit et à cet instant précis (p. 88).
Et pourtant elle y passera des heures qui vont compter, notamment avec un responsable de laboratoire de recherche en astrophysique. Il enseigne que l’espace et le temps sont liés, et qu’ils sont tous les deux relatifs (p. 117). Après lui avoir permis de contempler les étoiles comme jamais elle n’avait pu le faire il prédit que bientôtplus aucune ne sera visible depuis la Terre, en partie en raison de la pollution lumineuse et on frissonne de deviner que c’est une vérité (p. 123).
C’est sur Hydra que leurs échanges ont lieu. Sur cette même île où Léonard Cohen fit la connaissance de Marianne, le grand amour de sa vie, et où se trouvait sa maison. Lui aussi fut bouleversé par la guerre du Kippour à laquelle il s’opposa en écrivant Lover, lover, lover qu’il chanta sur la ligne de front (p. 120).
La femme nous confiera aussi combien l’incongruité de son prénom aura été déterminante. J’ai trouvé l’ensemble fort intéressant, quoique difficile à lire. Les interventions de son hypnothérapeute et d’une acupunctrice apportent un éclairage complémentaire et je retiens la leçon d’auto hypnose pour vaincre le stress (p. 89).
Trois fois Jacqueline de Hadia Decharrière, Alma éditeur, en librairie depuis le 9 janvier 2026
Licornes ! Figurait sur la liste des expositions les plus attendues de l’année. Le sujet était totalement légitime pour le Musée de Cluny qui accueille depuis si longtemps la tapisserie de la Dame à la Licorne.
Tout le monde sait qu'il s'agit d'un animal fantastique mais sans en connaitre les mystères. Certains seraient même prêts à témoigner en avoir vu. L'exposition, conçue par ce musée avec le GrandPalaisRmn et le Museum Barberini de Potsdam, a pour ambition de faire le tour de la question à travers 9 grands chapitres dont l'argumentation s'appuie sur des oeuvres provenant de ses collections ou de prêts de grands musées européens.
Le visiteur remarquera que ces objets ne sont pas nécessairement positionnés près des grands panneaux explicatifs, sans doute pour des raisons de scénographie. L'ensemble se découvre agréablement sans en souffrir.
Je mets néanmoins en garde sur le fait que si la majeure partie occupe le Frigidarium des ancien thermes, il ne faut pas manquer la salle 20 avec la tenture de la Dame à la Licorne et à l'autre bout du bâtiment la salle 26 consacrée à l'expression contemporaine de la Licorne inspirante.
Il serait dommage de limiter la visite à l'exposition même si une demi journée ne suffira pas à tout voir. Je donne en fin d'article quelques suggestions à suivre, en particulier en lien avec un moment que j'avais passé dans ce musée à l'occasion de la sortie du livre de littérature jeunesse Le chevalier à reculons de François Soutif, Ecole des loisirs, Kaléidoscope, en librairie depuis décembre 2024.
Parmi les nombreuses activités proposées autour de l'exposition (et répertoriés sur le site) j'ai relevé deux ateliers avec cet illustrateur le dimanche 12 avril :
- Vilain dragonde 10h30 à 12h30 pour des enfants de 5-7 ans (accompagnés d’un adulte)
- Chimère de 14h à 16h pour des 8-12 ans (sans adulte)
Commençons par la Licorne universelle, telle qu'elle est mentionnée dans les textes depuis l’Antiquité, en Chine, au Proche et au Moyen-Orient. Seules certitudes, c’est un quadrupède, proche de l’âne, du cheval, d’un bovidé ou d’un dragon... et l’animal possède une corne unique sur le front.
La taille et la forme de cet attribut sont très variables, d’une soixantaine de centimètres à plus de deux mètres. Pour certains auteurs, la licorne est même un assemblage chimérique : tête de cerf, pieds d’éléphant, queue de sanglier. La licorne chevaline blanche s’impose à partir de la fin du Moyen Âge, mais elle est souvent pourvue d’une barbiche de chèvre et de sabots fendus. Aujourd’hui, les métamorphoses de la licorne se poursuivent, grâce aux artistes et à la culture populaire.
L'exposition, commence avec la plus ancienne œuvre qui est une des premières représentations de licornes connues. Il provient d'une région qui se trouve aujourd'hui au Pakistan. C'est le sceau d'un animal unicorne en stéatite vieux de 2000 ans avant JC., de la Civilisation de l’Indus (Mohenjo-Daro), Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Museum für Asiatische Kunst.
Bouddha aurait prêché dans le parc aux gazelles de Bénarès ; il est souvent représenté entre deux gazelles. Elles sont parfois figurées avec une seule corne ; un animal unicorne est par ailleurs évoqué dans des contes du bouddhisme. Admirons cette Gazelle unicorne, Tibet, Bronze doré, Alliage cuivreux, dorure au mercure, XVIIIe siècle, Zurich, Museum Rietberg
Suivent deux photographies de la série "Chevaux" de Marie Cécile Thijs (1964-) qui se font face. Une licorne (2012) ci-dessous et une licorne noire, toutes deux provenant d'Amsterdam, Smith Davidson Gallery Paris, Gallerie XII.
Marie Cécile Thijs s’est inspirée d’un tableau de l’artiste anversois Maerten de Vos pour ce "portrait" de licorne blanche à la tête retournée. Sa licorne noire, de profil, met en majesté le noir, teinte vedette de la fin du XXe et du XXIe siècle.
Quand on s’appelle Dorine on pourrait se sentir prédestinée pour devenir comédienne mais Dorine Bourneton avait des rêves de hauteur. Elle voulait être pilote.
Et ce n’est pas un absurde crash -dans lequel elle n’avait d’ailleurs aucune responsabilité- qui allait l’empêcher de le réaliser. Certes, elle mit plus de temps que prévu, et son parcours fut semé d’embûches, Lutter contre les a priori est un combat de chaque instant.
Elle aurait pu se satisfaire de partager son succès dans le cadre des conférences qu’elle donne un peu partout mais il faut croire que personne n’est jamais à l’abri d’un retournement de situation. A force de multiplier les loopings sa vie est une révolution permanente.
Elle aurait pu mobiliser son potentiel comique pour le raconter sur scène dans une formule one-woman-show mais sa rencontre avec un homme de théâtre l’a poussée à monter sur les planches.
Éric Métayer a écrit l’histoire "incroyable" de cette femme dont le ciel est la seule limite et en a assuré la mise en scène.
La forme est originale, tenant de la conversation avec le public, du théâtre d’objet et de marionnettes. Le résultat est un spectacle vivant dans lequel cette femme, à l’instar de la Dorine de Molière, s’avère être insolente et libre et qui, jamais, n’hésite à dire ce qu’elle pense et qui ne cache pas ses jambes.
Elle évolue avec aisance sur le plateau, entre deux kuroko, qui, comme leur fonction l’indique, sont toujours "derrière" pour déplacer les décors, manipuler les accessoires, aider aux changements de scène … En théorie ce sont des machinistes qui sont traditionnellement vêtus de noir pour ne pas être remarqués. C’est ainsi que, tout en ne faisant jamais partie de l’action, leurs interventions peuvent donner à un spectacle une impression de magie.
J’ignore les réelles intentions du metteur en scène lorsqu’il leur a demandé de dévoiler leur visage à certains moments (peut-être pour de simples raisons d’ordre pratique) mais il instaure ainsi de la confusion. Ces deux hommes sortent de leur statut et deviennent des comédiens à part entière, ce qu’ils font d’ailleurs admirablement. On comprend mal qu’ils retournent ensuite dans la pénombre.
Le spectacle gagnerait en densité en les intégrant complètement puisque à ce stade de la narration le public a parfaitement compris pourquoi ils sont là et qu’il serait intéressant de le déstabiliser en lui prouvant que ces machinos sont aussi des partenaires. On en devine le potentiel avec des moments où l’humour est très fin comme la scène du chien.
Dorine est aussi le nom d’une fleur. C’est une plante vivace s’épanouissant en rampant dans les zones montagneuses humides ou au bord de ruisseaux. Le destin est cruel en se matérialisant dans le moindre détail mais ce n’est pas lui qui gagne dans Voltige.
Il n’y a aucune récompense à attendre quand on accepte une fonction de kuroko puisque ce n’est pas un rôle. Là encore la situation se renverse aux saluts et Mikael Fou et Yoann Leduc méritent les chaleureux applaudissements qu’ils partagent avec leur partenaire comédienne.
Voltige d’Éric Métayer en collaboration avec Dorine Bourneton
Mise en scène Éric Métayer
Avec Dorine Bourneton, Mikael Fou et Yoann Leduc
Son Vincent Lustaud
Lumières Jean-Yves Desaint-Fuscien
Costumes Kurokos Michele Emanuele
Au Théâtre Montparnasse
31 rue de la Gaîté, 75014 Paris
Depuis le mercredi 28 janvier 2026
Soirées mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 19h
Matinées Dimanche à 17h
Relâches les 21, 22 mars et 22 avril 2026
La première photo qui illustre cet article montre Dorine entourée de Julia de Funès, philosophe (fille d’un pilote de ligne) et de Brigitte Revellin-Falcoz, l'une des premières femmes pilote de ligne en France, qui fut son alliée dans son combat pour l’accession aux handicapés à la licence de pilote et à la reconnaissance de leurs capacités à devenir des pilotes professionnels.
Il existe de grands regroupements vinicoles en Champagne, en Alsace, en Corse mais on constate aussi des actions collectives plus modestes et tout autant réussies comme l’initiative de 5 vignerons du territoire de Grignan-lès-Adhémar.
Il faut saluer leur volonté d’allier leurs forces pour représenter une des appellations les plus typées de la vallée du Rhône dont l’ensemble de la production est réunie sur la même table.
Outre cette qualité il se trouve que le département de la Drôme et Grignan célèbre cette année le 400 ème anniversaire de la naissance de la marquise de Sévigné, avec notamment des évènements dans le domaine du vin, comme je l’annonçais en janvier. J’étais donc très motivée pour découvrir cette AOC, en toute modération, sachant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.
Elle a obtenu l’appellation d’origine contrôlée le 27 juillet 1973 sous le nom Coteaux du Tricastin et devint en 2010 Grignan-les-Adhémar.
D’une manière générale ce sont des vins qui se caractérisent par un bel équilibre, une fraîcheur agréable et beaucoup de finesse. En cépages on trouve Syrah, Grenache, Viognier, Roussanne, Marsanne, qui, en assemblage, offrent des qualités complémentaires, notamment Syrah-Grenache que l’on trouve souvent associés. La syrah apporte des notes de fruits noirs et de violette avec une longueur en bouche intéressante. Le grenache procurerait davantage des notes de fruits rouges, de poivre et d'épices. Avec toujours des tanins sont souples et ronds que l’on doit aux sols argilo-calcaires.
Les sols sur lesquels poussent 1300 hectares de vignes sont malgré tout d’une grande diversité géologique. Le sous-sol est principalement argilo-calcaire ou sablonneux, mais la surface se métamorphose en fonction des zones :
- Des galets ronds, charriés et polis par le Rhône, donnant des vins complexes, généreux et très expressifs.
- Des sols argilo-calcaires sur les hautes terrasses du Rhône dont les vins sont élégants, ronds et puissants.
- Des terrains très caillouteux ou des graves dont les terres argileuses donnent des vins à la robe sombre.
- Des terrasses alluviales en bordure du fleuve. Les vins y seront élégants et la souples en bouche.
L’appellation compte 27 domaines, 8 caves coopératives, 14 négociants et 1 négociant vinificateur. Les cinq domaines ayant choisi de jouer la "carte corporate" sur Wine Paris étaient :
Château-Bizard
Château de la Robine
Domaine Escalin
Domaine du Chardon bleu
Domaine Bonetto-Fabrol
Je ne pouvais pas déguster toutes les cuvées présentées par chacun. Il fallut faire une sélection harmonieuse, respectant les spécificités, et je me suis limitée aux trois premiers domaines (sans qu'on y voit un critère particulier). Par chance, même si je n’indiquerai pas systématiquement mes préférences sachez qu’elles se sont réparties entre les trois domaines que j'ai dégustés.
On en parlait déjà avant que le Palais Galliera ne dévoile les quelque 70 silhouettes retenues, sans compter les accessoires de mode, de textiles, d’arts graphiques et de photographies, pour démontrer combien la mode du 18e siècle a laissé un immense héritage qui infuse encore aujourd'hui les stylistes contemporains, comme on le constate avec des tenues iconiques de la création contemporaine des collections de Christian Dior, Louis Vuitton, Christian Lacroix, Vivienne Westwood, Dries van Noten… et de Chanel, pour la haute-couture ou le cinéma.
Car ce ne sont pas seulement des pièces de ce siècle mais aussi de nombreuses réinterprétations faites ensuite et que le Palais expose, prouvant combien l'époque constitue une étape majeure dans l’évolution des apparences féminines.
Elle se distingue par la diversité des silhouettes, la richesse des étoffes et l’exubérance des parures ainsi que des coiffures. Elle signe également la fin d’un modèle vestimentaire féminin hérité des siècles précédents, qui dans un contexte de bouleversements politiques et sociaux, apparaît comme un monde d’élégance et un paradis perdu qui suscitent une forte nostalgie, ouvrant la voie à une nouvelle conception du corps et de l’apparence.
Les cheveux hauts sur la tête, en perruque couleur dragée, les vêtements vaporeux, la couleur pastel, la rose brandie comme le faisait Marie-Antoinette immortalisée par Mme Vigée Le Brun … et qu'on retrouve dans l'affiche de l'exposition représentant Utica Queen / Ethan David Mundt, 2021 par le photographe américain Eric Richard Magnussen (1992-), qui travaille particulièrement avec les drag queens, et qui a ouvert au public le 14 mars dernier.
Vous y verrez un chef d'oeuvre, exceptionnellement présenté au public en raison de sa grande fragilité. Il s'agit du corset attribué à cette reine qui fut une icône de la mode. Et vous serez sans doute surpris comme moi par l'extrême finesse de sa taille même si elle n'avait alors que 16 ans.
Etant donné la beauté et la qualité des modèles présentés il va vite y avoir foule et la réservation est recommandée sur www.billetterie-parismusees.paris.fr
1 - Caractériser la mode féminine, 1700-1792
Le XVIIIe siècle est le temps d’une révolution vestimentaire, advenue bien avant les bouleversements politiques de 1789. Le décalage avec l’habillement de la fin du siècle précédent s’accentue doucement dès les premières décennies, avec un vestiaire renouvelé, un changement d’esthétique textile, et l’épanouissement commercial des métiers de la mode.
La première robe mise en avant est dite à la française avec son dos caractéristique marqué par une série de doubles plis plats et son système de réglage à la taille permettant de la porter sur des paniers (jupons élargis reliés par des cercles d’osier reliés par des liens). Faite en 1755-65, elle est en taffetas broché, orné de guirlandes fleuries (falbalas) rehaussés d’une passementerie dite "sourcils de hanneton".
Cette autre, un peu plus ancienne, de 1750-60 est encore une robe à la française. On découvre aussi de magnifiques robes à la piémontaise (comme celle-ci de couleur céladon), à l'anglaise, à la polonaise et de style qui reprennent vie sous nos yeux.
La robe à l'anglaise remplacera progressivement la robe à la française. Elle est ouverte sur le devant, pour révéler un jupon assorti (comme pour la rose ci-dessus) ou d'une couleur différente. Les plis du dos sont devenus étroits puis ont disparu. Le dos est ajusté au buste dès 1780, sur un panier plus modeste. Jupe et corsage sont coupés séparément, ce dernier étant souvent désigné sous le terme de casaquin oucaraco qui peut être renforcé avec de fines baleines cousues entre les coutures. Ses manches qui s'arrêtent aux coudes et peuvent se terminer par des volants appelés engageantes. Nous en voyons plusieurs exemples, en toile de Jouy ou en toile de lin blanche comme celui qui est de couleur beige, datant de 1750, porté sur une jupe de même facture.
La robe à la polonaise (verte ci-dessus) se distingue à son tour de la robe à l'anglaise. La jupe est plus courte, dégageant les chevilles, et son jupon est bouffant, et surtout relevé, plus pratique pour marcher dans les allées d'un parc. Elle aurait aussi une fonction politique en symbolisant, par ses trois pans le démembrement de la Pologne, dépecée en trois provinces distinctes entre la Russie, la Prusse et l'Autriche en 1772 et fut très en vogue dans les années qui suivirent.
Elle est aussi généralement ornée de festons achetés auprès des marchandes de modes, constituées en corporation en 1776, et qui imposent leur art. En rajoutant sur les vêtements des ornements –passementerie, dentelles, rubans – tout en proposant accessoires et bonnets divers, elles édictent un style où le prestige du paraître tient désormais moins à la complexité du tissu qu'au luxe des matériaux utilisés pour l'embellir. Le sens de la parure s’étend alors à la coiffure, où la virtuosité technique est au service de l’inventivité. Le métier de coiffeur devient essentiel. Plusieurs exemples des coiffures dites à l’Indépendance ou le triomphe de la liberté, avec postiches sont exposés, datant du début 18 ème.
C’est fou un destin. Parfois les circonstances s’enchaînent en créant d’heureuses coïncidences. Par exemple hier soir je rencontre Julia, la petite fille de Louis de Funès au théâtre Montparnasse (en sortant de Voltige dont je vous parlerai bientôt).
Au cours de mes trajets en RER j’avais réussi à progresser dans la lecture de Trois fois Jacqueline, un livre que je vais lui aussi prochainement chroniquer. J’avais tiqué sur l’histoire incroyable d’une femme pirate de l’air abattue sauvagement par la police française et qui arrivait page 67 comme un cheveu sur la soupe.
Assise sur les bancs du théâtre pour mon second spectacle de la soirée, tout a brutalement fait sens. Danielle a joué de malchance en choisissant pour mari Georges Cravenne, le "fameux" créateur des César, des Sept d'or et des Molière. Passionnée de théâtre, elle a poussé son grand ami Louis de Funès à remonter sur les planches pour jouer une pièce de Jean Anouilh, la Valse des toréadors, qui fut réellement un triomphe à la Comédie des Champs-Elysées.
Utopiste, si on considère que désirer plus que tout la paix entre israéliens et palestiniens en est une, tout autant que préférer les fleurs naturelles à celles qui sont arrosées de glyphosate. Son destin nous est restitué par tout le talent de Jean-Philippe Daguerre et de son équipe. C'était La femme qui n'aimait pas Rabbi Jacob …
Elle ne l'aimait pas, a priori, parce qu'elle estimait qu'il était dangereux de rire de tout. Mais elle aurait peut-être changé d'avis après avoir vu la dernière scène du film, montrant la poignée de main de réconciliation (émouvante) entre le juif et l'arabe.
Malheureusement elle ne fut pas dans la salle où son mari (très inventif, il faut lui reconnaitre cette compétence) avait organisé la première projection-test, devant 400 spectateurs invités au hasard, pour voir comment ils réagissaient et modifier le cas échéant le montage du film.
Danielle n’aura jamais vu ce film qui nous a tant fait rire et qui lui a coûté la vie. Le destin de cette femme est si fou qu'on peine à croire l'histoire exacte. Et pourtant si !
Tout est exceptionnel. Le travail d’écriture, de mise en scène, d’interprétation (chaque comédien joue juste, y compris et c'était un défi, Julien Cigana qui évite la caricature de Louis de Funès), de scénographie, de costumes (les reconstitutions d'Alain Blanchot sont parfaites) … bref … tout est prodigieux.
Le travail de l'artiste-vidéaste Narcisse est remarquable et sert parfaitement le propos. Il a eu l'excellente idée d'appliquer à une scène de théâtre le procédé du split screen (écran divisé en plusieurs écrans plus petits), que le réalisateur Norman Jewison fut le premier à utiliser à quatre moments différents de son film L'affaire Thomas Crown, sorti en 1968, soit cinq ans avant la rencontre entre Danielle et Georges Cravenne.
Plusieurs images sont d'une grande beauté et racontent bien davantage que ce qu'elles montrent. Par exemple lorsque Danielle traverse l'écran et que sa silhouette se confond dans la neige.
J'ai rarement l'habitude de joindre une bande-annonce mais ce travail est si particulier, si novateur dans l'emploi des effets numériques qu'il me semble que cette vidéo apportera davantage que quelques photos.
Sans être le texte de la pièce, le roman, écrit lui aussi par Jean-Philippe Daguerre, est paru cette année chez Albin Michel. On peut tout aussi bien le lire avant ou après avoir assisté au spectacle.
Les personnes dubitatives y comprendront peut-être encore davantage que si cette femme était incontrôlable, elle n'était pas folle. Ce qu'elle dit, ce qu'elle fait, relèvent du bon sens. Selle eut le malheur d'être incomprise par ceux qui abusent de leur autorité en pensant qu'elle cherche à la leur voler.
Personne ne peut la bâillonner en tentant d'associer ses soucis psychiatriques avec ses excès en matière d'engagement politique. C'est vrai qu'elle ne fait pas ce qu'on appelle "la part des choses". La société traditionnelle et misogyne du début des années 70 qui régentait le monde des affaires, de la politique et du show-business ne pouvait pas accepter un esprit aussi libre et idéaliste que le sien. Danielle n'est pas naïve. Elle a compris quand elle réplique à Raymond Marcellin, après des échanges qu'on dira "musclés", vous appartenez à un vieux monde, monsieur le ministre. Un monde patriarcal rempli d'autosatisfaction et de certitudes (…) mon mari sait que vous avez le pouvoir de faire le mal, de me faire du mal.
Elle avait tenté de défendre son point de vue face à la "lâcheté de la France dans le conflit israélo-palestinien" quelle argumenta en tentant de plaider queles Palestiniens ont le droit de vivre normalement comme les Israéliens.
Il ne fait aucun doute qu'aujourd'hui encore son courage ne serait pas du goût de tout le monde. Il y a toujours la guerre au Moyen-Orient mais il fut une fois une femme extraordinaire qui avait gagné une autre bataille, celle de la réconciliation d'un fils avec son père.
La scène finale de la pièce est déstabilisante et bouleversante. Charles Cravenne, le fils prodigue, pointe une dizaine des aberrations de cette affaire qui n'aurait pas dû si mal finir.
L'émotion est palpable dans le public qui, tout à l'heure tapait dans ses mains sur la musique que Vladimir Cosma avait composée pour le film de Gérard Oury, comprend alors que c'est "vraiment" une histoire vraie. Même moi, qui savais que ce n'était pas une fiction, j'ai cru, parce que nous étions dans un théâtre, qu'on me racontait malgré tout des cracks. Ou du moins qu'il y avait exagération. Alors que non !
La détermination de cette femme idéaliste méritait un hommage de ce niveau. La femme qui n'aimait pas Rabbi Jacobest un monument et c’est au Théâtre Montparnasse.
La femme qui n'aimait pas Rabbi Jacob
De et mis en scène par Jean-Philippe Daguerre
Avec Bernard Malaka, Charlotte Matzneff, Julien Cigana, Bruno Pavios, Elisa Habibi et Balthazar Gouzou
Scénographie et vidéo Narcisse
Costumes Alain Blanchot
Lumières Moïse Hill
Au Petit Montparnasse - 31 rue de la Gaité - 75014 Paris jusqu'au 7 juin 2026
On a l'habitude de se trouver en immersion à L’Atelier des Lumièresmais ce terme n'aura jamais été aussi juste pour décrire l'expérience de visite de l'expositionRenaissance : De Vinci, Raphaël, Michel-Ange qui pose un nouveau regard sur l’une des périodes les plus fondatrices de l’histoire de l’art.
Les progrès techniques (et probablement un énorme travail) ont permis un saut qualitatif, par rapport aux créations précédentes, pourtant déjà fort belles, inscrivant durablement cet endroit comme leader et référence incontournable du secteur.
Cette nouvelle expérience va ravir ceux qui ont visité Clair-obscur à la Bourse du commerce. On change d’époque mais le travail de la lumière est une fois de plus saisissant.
Ce qui est remarquable, c'est la volonté de stimuler davantage l'imagination du spectateur en lui laissant le temps de s'imprégner des oeuvres , de comprendre leur naissance, d'activer l'envie d'oser pousser la porte des musées et pourquoi pas de projeter un séjour en Toscane. Cela peut sembler paradoxal et pourtant les équipes de création de Culturespaces n'ont fait "que" pousser un peu davantage les curseurs de leur marque de fabrique, sans perdre pour autant le sens du récit et le caractère spectaculaire des précédentes qui ont forgé l'ADN de l'Atelier des Lumières depuis 7 ans.
Jean-Baptiste Hardoin, le directeur de création, a commenté au cours de la matinée consacrée à la presse, le soin apporté à l'écriture d'un texte d'accompagnement en collaboration avec Florian Métral, historien de l'art qui est -et c'est une première- donnant la parole à Giorgio Vasari (1511 -1574), peintre, architecte et écrivain toscan, interprété par un comédien de théâtre, Féodor Atkine, tout en étant lisible sur les murs, en français et en anglais.
Il a expliqué combien la richesse de l'iconographie sur l'époque avait facilité (au prix de nombreuses heures de post production) l'immersion au plus près des oeuvres. de fait, on a souvent presque le nez sur la toile ou le marbre dont on devine la complexité du grain.
Les play-lists montées spécialement à partir de succès connus pour susciter l'émotion à la vue des toiles de Picasso ou du Douanier Rousseau comme des tombes des pharaons étaient formidables. Mais cette fois on a suivi une autre voie en s'appuyant sur une composition musicale originale, enrichie de morceaux actuels tels que When the party's over de Billie Eilish.
Tout part de la beauté et de l'harmonie du paysage toscan nous prévient Vasari.
On commence avec la noirceur du sfumato maîtrisé par Vinci pour faire apparaître des portraits. Les ombres projetées de ses machines font entrer le spectateur dans la troisième dimension. Nos sommes comme lui fascinés par la structure des polyèdres (qu'il n'a pas inventés).
On découvre alors le "non finito" de ses sculptures et son art de la scénographie avec une évocation de la Fête au Paradis organisée pour les noces du duc Sforza au cours d laquelle il recréa la nuit dans la nuit.
On a le nez collé sur ses toiles grâce à l’hyperprécision de scans haute résolution. On admirera les proportions idéales de La Cène, sa peinture murale à la détrempe (1495-98), la profondeur du regard de La dame à l'hermine (1488-90) et bien entendu le Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, autrement dit La Joconde dont je ne montre ci-dessous que les yeux car je vous fais grâce de ce si célèbre tableau.
C'est une très belle et très subtile exposition qui a démarré à la Bourse du Commerce où François Pinault a sorti de l’ombre un grand nombre de pièces de sa collection, jamais encore montrées au public.
Clair-obscur traverse, de l'obscurité à la lumière, l'héritage du chiaroscuro dans les enjeux du temps présent.
L'exposition rassemble des oeuvres qui forcent le regard à accepter de s’adapter, à la grande lumière de l’or de James Lee Byars, à la transparence des toiles gigantesques de Sigmar Polke, ou à la pénombre des tous petits tableaux de Victor Man, à qui on doit celui de l’affiche.
Souvent il faut patienter plusieurs secondes avant que nos yeux discernent ce que notre appareil photo aura saisi instantanément, incitant à plusieurs lectures de cette exposition qui surprendra ceux qui viennent d’admirer Georges de la Tour au musée Jacquemart-André. Et pourtant bien des comparaisons sont envisageables. Démonstration est faite qu’il faut parfois accepter de baisser la lumière pour mieux voir.
L’exposition emprunte son titre au fameux chiaroscuro, popularisé par Le Caravage à la Renaissance. Il exprime à la fois la matérialité de la lumière et les zones d’ombre de l’inconscient, transformant notre rapport au visible et à l’invisible.
Commençons par le Salon où deux œuvres majeures de Sigmar Polke (1941-2010) se répondent par leurs trames, l’entrecroisement de leurs motifs et leurs gammes chromatiques : Treppenhaus (Escalier) réalisé en 1968 et Boucle - Le livre de prières de Maximilien (1986).
Cette toile illustre sa pratique de la "peinture tramée", réalisée à partir d'images récupérées, agrandies puis peintes point par point, ne se recomposant que par le contraste clair-foncé. Sur un tissu imprimé industriel, une gravure du Grand Escalier de l'Opéra de Paris, est à la fois citée et déjouée avec l'ironie caractéristique de Polke : les figures se brouillent et l'escalier se dissout en une abstraction instable sapant la monumentalité du décor et ridiculisant ce symbole du divertissement de la bourgeoisie française. On y voit transparaitre la sérigraphie et on y reconnait des zones de blanc de Meudon.
Sigmar Polke, Schleife — Gebetbuch Maximilian, 1986, résine, graphite, pigment, émulsion sur toile, 250,2 × 250,2 cm. Pinault Collection.
Comme nous l'a souligné Emma Lavigne, directrice et conservatrice générale de la Collection Pinault qui a mené la visite ce matin, Polke reprend les motifs ornementaux du célèbre Livre de prières de l'empereur Maximilien ler, illustré par Albrecht Dürer, maître de la Renaissance, au 16° siècle, qui imite les enluminures réalisées à la main, avec une alternance de fioritures et de formes pointues, qui se transforment en courbes élégantes et élancées. Le vernis semi-transparent rappelle la résine et fait surgir la lumière.
Polke reprend le motif à la main, brouille ainsi les frontières entre original et copie. Les dessins de Dürer, considérés comme l'un des sommets du raffinement artistique germanique, évoquent une Allemagne "ancienne", à son apogée culturelle, en contraste avec celle de l'après-guerre dans laquelle Polke a grandi. Il faut préciser que né en Allemagne de l'Est, Sigmar Polke a quitté la RDA avec sa famille au début des années 1950 pour s'installer en Allemagne de l'Ouest. Sa pratique repose sur une expérimentation protéiforme des images, des techniques et de la matière et son atelier s'apparente à un laboratoire alchimique.
On le retrouve dans la Galerie 2 avec les neuf panneaux composant Axial Age (2005-2007) réalisés en résine artificielle, pigment sec sur tissu, à l’occasion de la 52e Biennale de Venise en 2007. L'artiste est féru d'alchimie, ce qui explique son emploi de la malachite et de la couleur violette comme le recours à des techniques de peinture ancienne.
C'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé les habitants de L'immeuble de la rue Cavendish après m'être arrêtée au tome 4 de la série.
Guy, le cinquantenaire bourru du troisième étage, reprend l'enquête à propos de son demi-frère, dont il a découvert l'existence lorsqu'il a loué une des chambres de bonne. Quel mystère recelait cet endroit ? Pendant ce temps, au rez-de-chaussée, de nouveaux locataires s'installent. Un agent immobilier, Stéphane, qui se mêle de tout, y compris de ce qui ne le regarde pas. Sa femme, Valentina, gourou de la santé au naturel, qui exerce vite une influence inquiétante sur les autres habitants de l'immeuble... et fait concurrence à Aimée, la gardienne-médium. Leurs deux filles privées de la moindre gourmandise pour soit disant leur bien-être.
Guy ne chôme pas et se démène entre les exigences de l'enquête, son activité bénévole dans un chenil, les attentes de son chien Gordon et celles de sa nouvelle amie très (trop ?) encombrante Florence. C'est un homme au coeur tendre qui pourtant n'apprécie pas la concierge. Se pourrait-il qu'ils fassent alliance pour le bien commun des habitants ?
Le roman se lit aussi avidement que les précédents. Il faut dire que l'auteure habita sur place et s'est inspirée par la réalité pour la retranscrire, un peu fictionnée malgré tout.
Il fallait bien qu'un jour Caroline Kant referme la porte, une fois résolue l'énigme de la chambre de bonne installée très tôt dans l'aventure et elle avait dès le début annoncé que la saga serait composée de 6 livres. Ce qui m'a amusée c'est qu'elle nous a emmenés sur quelques fausses pistes dans cet opus, avant de nous rassurer sur l'avenir de ses protégés.
Il n'empêche qu'on aurait bien aimé que cela ne s'arrête pas somme toute si vite. Il est vrai que les départs et nouvelles arrivées participaient à dynamiser le récit.
C'est en partenariat avec la ville de Châtenay-Malabry que le Rex a pu offrir à toutes les femmes, en cette journée spéciale, la projection de La maison des femmes, le premier film de Mélisa Godet.
Elle s'est inspirée de la structure ouverte en 2016, à Saint-Denis, par la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer et qui, depuis, a essaimé dans une trentaine d'autres structures, toutes aussi utiles les unes que les autres car les statistiques ne sont pas à la baisse.
L'hommage est net, à tel point qu'à la fin c'est la photo de cette chirurgienne et de toute son équipe qui s'affiche sur l'écran.
Mélisa Godet aurait pu choisir une forme documentaire mais elle a travaillé pendant cinq ans avec sa co-scénariste Catherine Paillé à construire une "fiction librement inspirée de la réalité", à partir des parcours hélas bien réels de nombreuses femmes, mais en instaurant juste ce qu'il faut de distance pour respecter l'intimité des situations et rendre le résultat aussi joyeux que juste.
Il n'était pas facile de rendre aussi bien la réalité de la violence subie par les femmes, sans distinction ni d’âge, ni de classe, ni de culture, en se concentrant sur les conséquences, et les solutions. Les problèmes de financement ne sont pas occultés et ajoutent de la crédibilité. Rien n'est acquis et la vigilance doit être constante.
Mélisa Godet est la réalisatrice de la série LT-21 et de deux courts, Tu vas t’y faire et Les Enfants d’Oma. Ici, elle mobilise des acteurs connus avec d'autres moins habituels des écrans autour du combat contre la violence, y compris celle qui infiltre les institutions.
Rien n'est anodin dans ce film, depuis le nom du lieu où est installée cette première Maison des Femmes, au sein de l'hôpital Madeleine Pelletier, première femme psychiatre de France, mais dont le nom n'a été donné qu'à quelques unités d'hospitalisation, jamais en tout cas à un grand établissement.
Son destin fut tragique. Arrêtée en 1939 pour avoir soit-disant aidé une jeune fille de 13 ans, enceinte, à avorter, car violée par son frère, elle fut déclarée coupable, et fut internée. Elle mourra en asile psychiatrique, quelques mois plus tard, d’un accident vasculaire cérébrale.
Le film commence par un groupe de paroles illustrant l'état d'esprit des victimes : on m'a dit que pour avancer faut pardonner. J'ai pas envie.
On suivra le parcours d'une poignée de femmes très différentes, ayant toutes en commun de ne pas avoir vu venir la violence avant qu'elle ne s'installe. J'ai pas compris que ça allait continuer que ça allait devenir normal dira l'une d'elles. Un médecin (Juliette Armanet) expliquera le phénomène de dissociation, lequel commence à être un peu connu.
La cruauté du contexte n'est jamais filmée frontalement. S'il est attentif, le spectateur aura remarqué par exemple qu'une soignante lit un article du Monde alertant sur l'hypothèse d'une nouvelle maladie. Plus tard il ne devrait pas être surpris par le contexte particulier de la période de la pandémie de Covid pendant laquelle les femmes ont été confinées avec leurs bourreaux.
Le film aborde chaque facette de la situation, sans oublier les enfants qui en sont les co-victimes. Il met en valeur le travail du personnel qui demande systématiquement la permission d'examiner les patientes : est-ce que je peux te toucher Coumba ? Le corps médical aurait des leçons à prendre de cette délicatesse qu'on apprécierait de voir appliquée davantage dans notre vie quotidienne …
La difficulté n'est pas occultée et les réponses sont concrètes :
- Comment vous faites pour vous blinder ?
- On porte ensemble.
Le partage et la cohésion d'équipe sont effectivement au coeur du dispositif et il est logique d'assister à des moments de relâchement et de convivialité au cours de pauses dans l'hôpital ou en dehors (même si j'ai trouvé que la consommation d'alcool et de cigarettes n'était pas un modèle positif). Le spectateur lui aussi bénéficie de séquences plus légères, comme par exemple la soirée en cabaret autour de cette chanson Je veux un héros, devenue un véritable hymne à l'héroïsme depuis que Bonnie Tyler l'a enregistrée pour la bande originale du film Footloose (1984) et qu'elle a été reprise par la fée marraine dans le film Shrek 2 (2004) : Je veux un héros ! Et jusqu'au bout de la nuit le suivrai en volant.
Côté victimes, le panel d'actions est large, depuis l'entretien, la mise à l'abri en hébergement d'urgence, les groupe de paroles, les séances de reconquête d'estime de soi par la mise en beauté ou le portrait photographique, et même la reconstruction chirurgicale dans les cas extrêmes. Mais la réparation ne devient pas un slogan.
Le succès est un fil ténu. Il suffirait de perdre une partie du financement, ou qu'un membre de l'équipe soit touché pour que le système s'effondre. La chef de service (Karin Viard, au dynamisme inébranlable) a la solution pour continuer à exister, il faut se marketer.
Il n'y a pas deux mondes qui se feraient face, les victimes et le médical tout puissant et inaltérable. On observe que chacun est potentiellement dans la cible. Une infirmière en dépression l'exprime à son tour : Quand j'y pense, ça parait fou. J'étais forte pour trouver des solutions.
La pression administrative est comparable à celle qui avait été pointée par Eric Toledano et Olivier Nakache dans Hors Normes en 2019 avec Vincent Cassel, Reda Kateb dans un contexte relativement semblable.
Nous sommes dans une fiction où la fin sera heureuse, à un gros bémol près tout de même, tout à fait prévisible. Mais pour l'essentiel l'objectif de changer la vie en mieux est atteint dans la plupart des cas.
La maison des femmes de Mélisa Godet Avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Juliette Armanet, Pierre Deladonchamps, Laurent Stocker …
J'ai présenté il y a quelques jours des vins du Consortium des vins Asolo Montello que j'ai dégustés, sur Wine Paris, en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.
J'ai longuement parlé dans mon article du 18 février dernier, de l'appellation d'origine contrôlée (AOC) Asolo Prosecco et plus brièvement de Montello (Montello DOCG et Montello Asolo DOC) qui tous sont produits dans la province de Trévise où les douces collines d'Asolo offrent un cadre enchanteur aux visiteurs et un terroir idéal pour la viticulture.
J'avais brièvement évoqué la Recantina qui est cultivée sur un terroir minuscule et qui constitue une sorte de rareté. C'est un cépage noir autochtone cultivé dans la région de Trévise depuis l'Antiquité qui fut menacé d'extinction au début du XX° siècle.
Il a été été redécouvert il y a environ cinquante ans après une longue période d’oubli, durant laquelle seuls quelques vignerons attentifs ont su en préserver le patrimoine.
Il subsiste aujourd'hui en quelques rangs, principalement dans les régions de Montello et des collines d'Asolo. Le Majo Rosso provient des contreforts du Montello, où il pousse sur un sol minéral et rouge, à l'image du fer de la forge voisine, appelé "majo", qui lui a donné son nom et lui confère son caractère puissant et affirmé.
Les vignobles de Tenuta Amadio se situe au cœur d'Asolo, en coteaux et les vins sont élaborés dans le plus grand respect de la nature. Authentiques, expressifs et résolument italiens.
Ce cépage tardif est doté d’une bonne résistance naturelle aux maladies, permettant de le cultiver en bio. Il est riche en polyphénols et en anthocyanes, qui lui confèrent une couleur intense, presque impénétrable. La robe du Majo Rosso est d'un rouge intense et profond, aux parfums caractéristiques de fruits rouges, de fruits des bois, de violette et aux notes épicées marquées, voire de musc. En bouche, il est sec, souple, chaleureux et d'une belle acidité.Il est corsé, agréablement puissant sans être tannique.
Case Paolin est une entreprise familiale située à Volpago del Montello (TV), en Vénétie, et s'étend sur environ 18 hectares. Certifiée biologique depuis 2012, elle est gérée par trois frères, Adelino, Diego et Mirco, qui ont hérité de l'entreprise de leur père Emilio dans les années 80.
Il est élaboré par vinification en rouge, avec une macération de 12 à 15 jours à environ 25 °C pour extraire la couleur des peaux. Le vin est ensuite élevé pendant 10 à 12 mois en fûts de 25 hl, puis repose pendant au moins 4 mois en bouteille avant sa commercialisation.
C’est un vin qui fait preuve d'une remarquable aptitude au vieillissement, y compris pour les millésimes difficiles, et qui ne pouvait donc que séduire les oenologues. J'ai été surprise par toutes les qualités organoleptiques de ce Majo Rosso avec lequel je vous propose plusieurs accord vin-mets.
Le premier est un poulet rôti accompagné d'un des plats iconiques de la cuisine italienne, le risotto. Je me suis inspirée de la recette de Grégory Cohen, dans son livre de cuisine italienne. Je l'ai cuisiné très simplement, sans vin blanc, à partir d'un riz Carnaroli, d'oignons fumés, de laurier, revenus dans la très bonne huile d'olive des Pouilles et j'ai utilisé un bon litre de bouillon de poule.
Le secret du risotto est de surveiller l'évaporation pour que le riz gonfle sans attacher. J'ai ajouté l'eau de réhydratation d'une poignée de girolles (parce qu'elle était très parfumée). Ces champignons ont apporté une touche de noblesse au plat.
Si le Majo Rosso accompagne à merveille le gibier il est tout autant parfait sur les viandes blanches, en l'occurrence le poulet rôti.
Le mariage était réussi à la perfection Avec un mélange de saveurs très agréable.
Il s'est accordé très bien aussi avec une cuisse de canard confit et des pommes de terre cuites à l'anglaise. Plus surprenant, il a accompagné un fromage (italien), un gorgonzola crémeux alors que théoriquement on ne sert que des vins blancs sur les fromages.
Majo Rosso, Montello Asolo DOC Bio
AZIENDA AGRICOLA CASE PAOLIN
Via Madonna della Mercede, Volpago del Montello (TV) - IT