Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 7 février 2026

Les 18 ans d'A bride abattue

J’aime autant que je redoute ce moment de l’année où je me retourne sur les douze derniers mois. C’est à la fois un temps de bilan qu’une occasion de me fixer de nouveaux objectifs, quand ce ne sont pas les mêmes que je réitère …

Pour excuser la maladresse d’une vidéo postée sur les réseaux sociaux le "fautif" a invoqué comme excuse : je voulais faire le buzz. Quelle tristesse !

Si mon bilan frôle les 5000 publications, et si souvent j’y ai donné des informations exclusives je n’ai jamais été soucieuse de cela. Ce qui m’intéresse c’est le partage, la mise en valeur de personnes, d’actions ou de produits que j’apprécie et/ou qui me semblent le mériter. Voilà pourquoi les selfies se comptent sur les doigts d’une main.

Au cours du dernier trimestre j’ai noué une nouvelle collaboration, avec It Art Bag, le riche webzine créé par mon amie Véronique Grange-Spahis qui souhaitait depuis longtemps m’ouvrir ses colonnes. Ce fut l’occasion de faire des reportages dont je n’aurais peut-être pas eu connaissance par ma simple notoriété. Mais ce fut également une importante surcharge de travail, parfois au détriment de mes propres articles. J’avais arrêté la radio pour cette raison. Je vais devoir recommencer à modérer mes ardeurs.

Avoir publié près de 300 articles (et plutôt fouillés vous en conviendrez) en l’espace d’un an représente une sacrée somme de travail. Je connais beaucoup de salariés qui n’ont pas une telle production.

Et tout cela sans le moindre "secours" ou "recours" à l’intelligence artificielle qui, j’en suis persuadée, gommerait toutes les aspérités d’un style que je souhaite conserver, et surtout d’une parole que je veux garder la plus vraie possible. Y compris quand je raconte une visite qui n’a pas été à la hauteur de ce qu’elle aurait dû être.

A propos, ou par esprit d’escalier, il me revient cette conclusion entendue à la remise des prix de La liste comme quoi le consommateur ne va plus déjeuner chez X où Y, grand chef, mais est à la recherche de vivre une expérience, comme si aller chez Troisgros n’en était pas une de taille.

Serions-nous entrés dans un monde où la forme prime sur le fond ? Aurions-nous oublié la leçon des anciens sur les apparences trompeuses ? Ce virus infiltre tous les domaines, y compris les relations publiques. Elles se sont caractérisées de tous temps comme une occasion d’approcher l’exceptionnel. Quand je vois le nouveau spectacle des Folies Gruss, c’est bien de cela qu’il s’agit. Egalement quand je découvre des lieux patrimoniaux comme la Villa Cavrois.

Mais quand je participe à un atelier d’upcycling de robes de mariées organisée par une grande chaîne de télévision pour promouvoir une (médiocre) série télévisée où se sont fourvoyées des vedettes oscarisables je devine que le "fake" est à l’œuvre. Il suffit de toucher les tissus pour se rendre compte qu’ils sont neufs, Il n’y a là rien à upcycler et il n’y eu pas d’article, évidemment, mais j’ai perdu de précieuses heures.

Ceci pour vous dire, mais je sais que vous n’en doutez pas, que tout ce que je traite est analysé, vérifié etc …

Comme chaque année j’ai passé plus d’un mois au Mexique où j’ai des attaches familiales et cette absence est lourde elle aussi de conséquences. Par contre j’ai à mon retour publié des articles sur un spectacle, et trois lieux d’exposition dont on parle peu sur Internet et qui sont cependant de caractère exceptionnels (sortant des circuits touristiques). Je forme le vœu de faire davantage sur ce pays…

Je me promets aussi de conserver l'alternance entre culturel et culinaire, et entre les différentes rubriques, en continuant à accorder une importance particulière aux "premiers" films, livres ou albums. J'ai maintenu le rythme des sorties : une centaine de spectacles, 75 films, une soixantaine d'expositions et environ 140 livres … qui ont tout de même laissé le temps de suivre des évènements que j'apprécie comme Maison & objet, Wine Paris, Paysages de Cinéastes, Museum Connections, Hors Concours, Drawing Now … à défaut d'avoir la disponibilité pour les festivals de théâtre en région.

Article illustré par une photo prise à Arras en mai 2025

vendredi 6 février 2026

Le roi se meurt d'Eugène Ionesco, mis en scène par Christophe Lidon

Je suis partagée entre la joie d'avoir vu un spectacle magnifiquement interprété et tout autant intelligemment mis en scène et le regret de n'être pas venu plus tôt. 

C'est aujourd'hui la dernière représentation mais du coup j'ai inséré une petite vidéo pour vous permettre d'en saisir toute l'originalité si vous n'avez pas pu y assister.

Christophe Lidon a choisi de rendre Le roi se meurt très actuel alors que Ionesco l'a écrite en 1962, primitivement annoncée sous le titre La Cérémonie. Il en signe la scénographie comme la mise en scène. Autant dire qu'il en a donc maitrisé l'ossature.

Le résultat demeure dans l'absurde mais le tragicomique domine et tient au fait que les répliques sonnent justes. L'entêtement du monarque à rester debout m'a rappelé ma belle-mère ayant bien du mal à admettre la réalité, répétant souvent "si je meurs un jour …"

Autrement dit le déni est banal et humain. Il sonne souvent juste: Pourquoi je suis né si c'était pas pour toujours ? Je n'ai pas eu le temps de connaitre la vie (…) Tant de choses m'ont échappé .

Si ce personnage nous touche autant c'est parce qu'on se reconnait en lui. Christophe Lidon a eu raison de pousser les curseurs du comique aussi loin que possible tout en évitant le ridicule de manière à conserver l'humanisme du propos, nous autorisant à rire franchement et sans remords tout en effaçant l'angoisse.
Tout est réussi. Jusqu'aux projections de Léonard, maitre en son domaine, qui apportent un peut plus fort savoureux. Et bien entendu le roi (Vincent Lorimy) se mourra à la fin.

C'est drôle plus que cynique, fin et subtil plus que grossier, tendre et généreux plus que corrosif parce que l'amour circule entre les personnages et que les comédiens s'acquittent de leur partition au millimètre. On les souhaiterait éternels. Ils méritent notre gratitude pour un si beau moment de théâtre.

Peut-être ressusciteront-ils au Festival d'Avignon où ils ont connu un très beau succès l'été dernier ?
Le roi se meurt d'Eugène Ionesco
Mise en scène et scénographie de Christophe Lidon
Assistante à la mise en scène Mia Koumpan
Avec Valérie Alane, Chloé Berthier, Thomas Cousseau, Armand Eloi, Vincent Lorimy et Nathalie Lucas
Lumières : Cyril Manetta
Musique : Cyril Giroux
Vidéos : Léonard
Du 8 novembre au 6 février 2026
Du mercredi au samedi à 19h​
Le dimanche à 15h​
Au Théâtre des Gémeaux parisiens - 15 rue du Retrait - 75020 Paris

jeudi 5 février 2026

Installation de Valérie Belin à l'Académie des beaux-arts

La cérémonie s'est déroulée hier, sous la Coupole du Palais de l'Institut de France. Alors qu'elle avait été élue le mercredi 24 janvier 2024 au fauteuil VI de la section de photographie, nouveau fauteuil créé en 2022, Valérie Belin a été officiellement installée par sa consœur Nina Childress, membre de la section de peinture de l'Académie des beaux-arts.

Le cérémonial est extrêmement codé. L'entrée des académiciens est accompagnée des roulements de tambour des musiciens de la Garde Républicaine. Et chacun a sans doute été ému de passer devant la statut de Napoléon Ier en pied, en tenue de sacre, vêtu d'un manteau d'abeilles, couronné de lauriers et portant la légion d'honneur à un collier d'aigles.

Cette oeuvre a été commandée en 1805 par l'Institut à Philippe-Laurent Roland qui l'acheva en 1807, alors que Napoléon Ier venait d'installer l'Institut de France dans le collège des Quatre-Nations, dont la chapelle avait été réaménagée en salle de séances des académies par Antoine Vaudoyer.

La photographe est apparue la première, seule quelques secondes, avant d'être rejointe par ses pairs, dans la superbe tenue d'académicienne réalisée par la Maison de haute couture Alaïa. La veste, pièce centrale du costume, est ornée d’un travail de broderies d’or sur un motif de feuilles d’olivier, symbole de paix, de sagesse et d’éternité, exécuté par la Maison Lesage dont je rappelle qu'elle est à l'honneur dans l'exposition Tisser, broder, sublimer au Palais Galliera.

La queue-de-pie et le pantalon cigarette en lainage noir sont façonnés sur mesure, dans une construction rigoureuse aux lignes nettes et sculpturales. Un chemisier en soie blanche complète l’ensemble.

A l'issue de la séance Monsieur Pierre Rainero, directeur Image, Style et Patrimoine de la Maison Cartier, lui a remis son épée d'académicienne, la 29 ème que Cartier réalise pour un(e) académicien(ne) et c'est dans sa tenue complète que j'ai choisi de la photographier même si je décrirai plus loin cette épée fantastique.
Beaucoup d'invités avaient choisi des vêtements où dominait la couleur verte. Les académiciens étaient tous en habit, tous différents mais dans une magnifique unité. Nous avons été nombreux à sourire des chaussures portées par Yann Arthus Bertrand, contrastant avec le sérieux dont il est (aussi) capable.
Laurent Petitgirard, secrétaire perpétuel, ouvrit la séance avec son humour habituel, mentionnant qu'à un jour près cette cérémonie aurait eu lieu le jour anniversaire de ses trente ans … âge estimé par ses soins, puisqu'il a le privilège d'avoir le droit de le faire.

Valérie Belin est née en 1964 à Boulogne-Billancourt. Elle vit et travaille à Paris. Son parcours artistique a été retracé par Nina Childress dans un discours d'une jolie sensibilité, insistant sur leur timidité respective et le nombre d'occasions manquées de se connaitre avant aujourd'hui.

Il fut ponctué de diapositives illustrant ses propos, à commencer par de charmantes photos de famille. On apprit que la littérature "sauva Valérie de l'ennui scolaire". Elle rappela l'influence de l'art minimal, la volonté de l'artiste développant ses planches contacts dans sa salle de bain entre deux petits boulots, comme tant d'autres étudiants.

Sa première exposition solo a lieu chez Alain Gutharc en 1994. L'achat de plusieurs oeuvres par le FNaC accélère les choses. Elle photographie ensuite des robes de dentelle dans leur boite de conservation ay musée de la dentelle de Calais puis enchaine des séries devenues emblématiques: les miroirs de Venises, Fleurs, Viandes, Bodybuilders …

L'académicienne insista sur la témérité de Valérie, ne craignant pas de se laisser enfermer dans une chambre froide, d'escalader des carcasses de voiture ou de convaincre des femmes marocaines, également sur sa ténacité inventive lorsqu'elle a l'idée de troquer du temps de pause contre la réalisation d'un book. 

Suivent les années 2000 avec des séries iconiques de Transsexuels, de Femmes noires, de sosies et de masques, de Modèles et de Métisses puis de couples avec les Ballroom Dancers. L'accès au numérique change le regard et permet les superpositions à partir de 2006 qui se traduisent par les Têtes couronnées qui conduiront aux Painted Ladies.

N'ayant pas eu de prédécesseur sur le fauteuil qu'elle va occuper Valérie Belin a eu une certaine liberté pour décider qui elle allait honorer. Elle a choisi Eugène Atget dont le centenaire de la mort sera commémoré en 2027. Elle le considère comme étant à l'origine de la photographie moderne dépouillée de tout artifice esthétique et s'employa à nous le démontrer, preuve en images à l'appui.

mercredi 4 février 2026

Le Cercle de craie caucasien dans la mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota

J'ai vu d'excellents spectacles créés à partir de presque rien. Disposer d'un budget confortable est devenu assez exceptionnel dans le théâtre mais il faut reconnaitre que lorsqu'on peut ne pas se restreindre l'expression artistique prend une autre dimension.

C'et tout à fait cela avec Le Cercle de craie caucasien qu'Emmanuel Demarcy-Mota a mis en scène au Théâtre de la Ville.

D'abord par le nombre de comédiens sur le plateau. Ils sont quinze, et plusieurs interprètent jusqu'à sept personnages. Ensuite par les costumes, d'une rare beauté. Enfin par le décor qui évoque la Russie et ses paysages, de forêts, de montagne et de torrent … quoique pour le faire surgir sur scène le décorateur a recours à une idée très simple matérialisée par une toile bleue, certes d'une longueur démesurée, qu'un groupe traversera sur un pont de singe impressionnant.
Tout cela ne serait-ce pure perte s'il n'y avait (aussi) un texte d'une étrange prosodie, qui avance par secousses, dans une syntaxe inhabituelle à nos oreilles (par exemple Ils vont nous brûler le toit au-dessus de la tête). Et des comédiens qui font troupe pour en propose une relecture libre, poétique et contemporaine, faisant de la pièce un moment de théâtre généreux et engagé, régulièrement bouleversante, en particulier lorsque l'émotion les amène à parler d'eux à la troisième personne (par exemple la demoiselle veut dire).

Bertold Brecht écrivit la pièce en 1944 en s'inspirant d'un vieux conte chinois, démontrant que la bonté et la solidarité sont de grandes forces de résistance (par exemple le droit fiche le camp comme un rien si on n'y fait pas attention). Il l'avait mise en scène dans ce théâtre en 1955 et on peut imaginer le poids de l'histoire planer sur la création contemporaine, … ou la guider.
Le résultat est exigeant, bien sûr, mais ouvert au monde et parfaitement lisible. On en resort porté par la vitalité de cette société où la justice est le lieu de moults paradoxes et aberration mais qui finira par être rendue par le "juge" Azdak (exceptionnelle Valérie Dashwood).
Il est des histoires qui, au milieu du vacarme du monde, rallument quelque chose de profondément humain. Le Cercle de craie caucasien raconte l’itinéraire d’une jeune femme, Groucha, qui sauve un enfant abandonné par la noblesse en fuite, dans le chaos de la guerre. Elle l’élève avec courage et tendresse mais, des années plus tard, la mère biologique réapparaît. À qui revient l’enfant ?

C'est l'éternelle question de la légitimité familiale de celui qui élève par rapport à celui qui met au monde, mille fois traitée, et avec toujours la même issue (et que l'on devine bien évidemment ici). La surprise vient du chemin emprunté pour parvenir à cette issue.
C'est un spectacle complet, où le texte devient un art parce que tout y est dialectique mais avec aussi de la danse, du chant (des voix superbes) et de la musique jouée en direct. Presque des marionnettes aussi quand les comédiens avancent masqués.
C'est aussi l'occasion de la remise en question de la puissance outrecuidante des fortunés sur les pauvres.
Le cercle, vide à la fin, contraste avec toute l'agitation qui a précédé.
Il surprend aussi quand la troupe entière s'aligne pour les saluts, vite rejointe par tous ceux qui travaillent dans l'ombre et sans qui rien ne serait possible, entrainés par Emmanuel Demarcy-Mota.
Le Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht
Mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota
Avec Élodie Bouchez, Marie-France Alvarez, Ilona Astoul, Céline Carrère, Jauris Casanova, Valérie Dashwood, Philippe Demarle, Edouard Eftimakis, Sandra Faure, Gaëlle Guillou, Sarah Karbasnikoff, Stéphane Krähenbühl, Gérald Maillet, Ludovic Parfait Goma, Jackee Toto
Scénographie Natacha le Guen de Kerneizon, assistée de Celine Diez
Costumes Fanny Brouste, assistée de Lucile Charvet
Lumières Thomas Falinower, Emmanuel Demarcy-Mota, assistés d’Erwan Emeury
Musique Arman Méliès
Son Flavien Gaudon, Victor Koeppel
Vidéo Renaud Rubiano, assisté de Yann Philippe
Masques Brunot Jouvet assisté de Fanny Grappe
La pièce Le Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht (traduction de Georges Proser) est publiée et représentée par L’ARCHE – éditeur & agence théâtrale.
Théâtre de la Ville-Paris
Du mercredi 28 janvier au vendredi 20 février 2026 

mardi 3 février 2026

Un café littéraire à propos de l’Attrape-mots de Gilles Paris

Il est rare que j’aborde le même sujet à travers deux articles à si peu de jours d’écart mais il le mérite.

Je sors d’un café littéraire organisé au cours duquel Héloïse d’Ormesson a interviewé Gilles Paris à propos de L’Attrape-mots.

L’éditrice avait publié en 2014 L’été des lucioles et Gilles fut l’attaché de presse de la maison à ses débuts. Elle a néanmoins exprimé sa surprise et sa joie de recevoir le manuscrit il y a un an. Et comme elle en a trouvé l’idée très intéressante elle est émue d'être venue le présenter aujourd’hui.

C’est en apprenant que des personnes tombent amoureuses d’un personnage de fiction (au point au Japon d'aller jusqu’au mariage) que Gilles, estimant le potentiel romanesque de ce sujet, décida de l'explorer. Il découvrit que la fictophilie, car tel est son nom, passionnait de multiples forums.

L’écriture du roman est partie de là. Et ceux qui suivent l’actualité n’y verront rien de révolutionnaire tant il y a en France de personnes qui entretiennent une relation suivie avec un personnage créé en IA.

Jade est une adolescente qui n’a aucun humain autour d’elle-même capable de l’aider à surmonter le deuil de son petit frère et ses soucis de santé sont suffisamment graves pour que sa mère décide de la déscolariser. Elle trouvera du réconfort en pensant à Holden, le héros de L’attrape-cœur de Salinger. 

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu ce roman ni de s’en souvenir pour apprécier celui de Gilles qui situe d'emblée le cadre de son ouvrage (p. 11) mais il y a deux-trois choses utiles à savoir. Holden et Jade sont du même âge, ont en commun d’avoir perdu leur frère des suites d’une leucémie, de porter une mèche blanche et d’avoir un amour inconditionnel pour les livres.

Gilles l’avait lu vers 15 ans. Paru en 1951, il avait beaucoup irrité les critiques aussi bien en France qu’aux États-Unis en raison de sa liberté de ton. Il a acquis une sorte de statut iconique du fait qu’il resta l’unique roman de Salinger (ce que j'ignorais) qui, ne supportant pas l’immense notoriété qu’il lui valut, décida de se retirer dans un tout petit village où il n’écrivit plus que des nouvelles. Alors que la même année Boris Vian ne connaitra pas la même audience avec L’arrache cœur qui ne sera un succès qu'après sa mort.
Moi qui adore lire j’ai besoin de m’échapper par la littérature mais pas au point de tomber amoureux, dira Gilles Paris. Et personnellement j'aurai appris que je ne suis pas une lectrice compulsive puisque je ne donne pas une suite aux romans que j'ai lus (p. 33).

Par contre j'aime (moi aussi) saisir un livre au sommet d'une pile instable comme on attrape un papillon délicatement (p. 47) avant que la PAL ne devienne un éboulis (p. 109).

Dans L’attrape-cœur, Salinger dresse une sorte de bibliothèque idéale qu’il fait lire à Holden. Ce sont des auteurs qui ont disparu du regard des adolescents d’aujourd’hui. Mais Jade va les lire pour se rapprocher de lui. En ce sens Gilles signe une déclaration d’amour à la littérature en général, aux auteurs anglo-américains en particulier, et qui sont d’ailleurs les premiers qu’il a lus, bien avant les français auxquels il ne s’intéressa que plus tard, à partir de la classe de Terminale.

Ce n'est pas nouveau dans les ouvrages de Gilles Paris puisqu'il y avait déjà un libraire dans L’été des lucioles, en fait la mère. Il aime rendre hommage à ceux qui exercent ce métier difficile de vendeurs de mots (p. 127). Ici c'est le père de Jade, qui laisse sa fille libre de lire tout ce qu’elle veut.

Initialement le roman devait s’intituler Mon héros de papier. La modification a été suggérée par l’éditrice et Gilles l’a validée comme 90% des corrections. Ça fait partie du jeu, reconnait-il volontiers.

La construction est très originale mais elle ne fut pas préalable à l’écriture. Gilles a confié son mode opératoire. Il prend des notes sur un ou deux personnages pour lesquels il rédige une fiche récapitulatrice de ses caractéristiques. Ce sera une aide en cours d’écriture pour ne pas modifier par mégarde par exemple la couleur des yeux. Pour le reste il privilégie la spontanéité. L'architecture lui est apparue soudainement peut-être pour désarçonner le lecteur.

Cela étant de multiples détails le surprennent. Ainsi, Rose, la tante vivant en Australie a un fils qui s’appelle Holden. Même Jade trouve que c'est too muchIl a cherché des oiseaux aux noms intrigants, comme le souimanga (p. 26) ou le drongo, un passereau chanteur qu vit dans le désert du Kalahari, capable d'imiter le cri d'alarme d'une cinquantaine d'oiseaux afin de les duper (p. 10). Il n'est pas le seul oiseau menteur puisque le geai (p. 21) en a fait sa spécialité. Il était tentant d'y faire référence dans un roman ayant pour thème central la mythomanie. Les oiseaux survoleront régulièrement le récit. Ce sera aussi la sittelle torchepot (p. 126 puis p. 141).

La présence régulière d'intertitres incite à la pause, un bref instant pour assimiler les informations qui viennent de nous être données.

Gilles aime la nature. La forêt où Jade se promène est quasi enchantée. Il aime les mots plus que tout, à l'instar encore une fois de son héroïne qui, pour une gamine, a une érudition étonnante J'ai souvent eu l'impression d'entendre gilles murmurer à mon oreille. Il a comme elle un carnet dans lequel il note ses idées et lui a donné le même nom que dans le roman : tête chercheuse. Il nous donne son attrape-mots p. 49.

Nous n'avons pas évoqué l'illustration de couverture. Elle n'a d'étonnant que l'apparence quand on sait combien Gilles apprécie la retraite sous la couette.

Le temps est passé très vite alors qu'il restait des points à creuser. Par exemple la présence des falaises (p. 156) qui en évoquent d'autres, présentes dans un autre roman de Gilles.

Action ou vérité ? C'est un art de mentir à tout le monde (p. 139) et la vérité ment (p. 155). Ce livre est un tunnel hors du temps, comme le décrit son auteur (p. 131). l'expérience de lecture est peu ordinaire et c'est ce qu'on aime, non ?

L’Attrape-mots de Gilles Paris, éditions Héloise d'Ormesson, en librairie le 22 janvier 2026

lundi 2 février 2026

Par où entre la lumière de Joyce Maynard

Je ne saurais dire si c’est un atout ou un inconvénient mais toutes les couvertures des romans étrangers publiés par Philippe Rey se ressemblent si bien qu’on a le sentiment, une fois qu’on en a lu un, d’avoir déjà ouvert les suivants.

J’aurais juré que Par où entre la lumière n’était pas une nouveauté, d’autant que raconter une famille par le prisme du temps qui passe n’est pas une idée neuve, ni chez Joyce Maynard, ni chez d’autres. Alors à quoi bon ? Je n’aurais sans doute pas fait l’effort de cette lecture (tout de même plus de 600 pages, ce qui se traduit le temps de lecture en un nombre d'heures très conséquent) s’il n’avait pas figuré dans la sélection du Prix des lecteurs de Vallée Sud Grand Paris 2026 - Catégorie romans étrangers.

Eleanor est de retour dans la maison familiale du New Hampshire, quittée vingt-cinq ans plus tôt. Cette ferme où elle avait épousé Cam, celui qu'elle croyait être son grand amour et dont elle s’était séparée. À ses côtés, son fils Toby : à trente ans, qui porte les séquelles neurologiques d’un accident survenu dans l’enfance et savoure un quotidien tranquille auprès de ses chèvres.

Eleanor apprend à vivre au rythme des tâches agricoles et de ses inspirations artistiques. Elle reçoit de loin en loin des nouvelles de son fils aîné, Al, établi à Seattle avec sa compagne qui peine à avoir un bébé ; et elle regrette le silence de sa cadette Ursula, qui la prive de visites à ses deux petits-enfants.

Tandis qu’elle accueille sa nouvelle voisine enceinte de neuf mois, Eleanor prend conscience des sacrifices qu’elle-même a endurés, se dédiant entièrement au bonheur de ses proches.

Ce roman, qui court du début des années 2010 à nos jours, relie l’évolution de ses personnages aux transformations de la société américaine. En explorant une famille meurtrie aux liens distendus, Joyce Maynard lui offre une singulière perspective de réconciliation : et si la lumière leur parvenait du plus fragile d’entre eux ?
Le résumé est comme on dit cousu de fils blancs. Eleanor affirme ne jamais savoir ce que son fils Toby, avec son cerveau endommagé, comprend du monde qui l'entoure et de sa place dans le monde. Ou ce que le monde comprend de lui (p. 99) mais lire qu'elle le considère comme un trésor rare nous donne une clé sur la manière dont le roman va nous donner une leçon de vie.

Et puis lisant sur le site de l’éditeur qu’il a déjà été primé, je sens déjà moins d’appétit à le découvrir. S’il me séduit je n’aurai aucun mérite…Mais comment ignorer un ouvrage de l’auteure de Un jour tu raconteras cette histoire qui m’avait tant touchée ?

Sept ans plus tard, j’ai le sentiment que l’auteure a écrit presque la même histoire. Celle d’une femme accompagnant les derniers jours de la vie de son mari, même si le contexte est différent. J'ignorais que ce roman était la suite directe de "Où vivaient les gens heureux". Dans ce nouveau volet, Eleanor retrouve les siens, non pour refaire l’histoire, mais pour raconter ce que deviennent les existences après de grands remous. Je n'ai absolument aucune envie de me plonger dans le précédent. Cet opus me suffit amplement. Et j'ose espérer que nous ne sommes pas partis pour une trilogie.

Je regrette profondément d'être aussi sévère mais alors que les premiers chapitres se déployaient avec une écriture magnifique, les ciselant comme autant de nouvelles, et que j'avais été happée par cette lecture comme on l’est par un pochon de chocolats, le fil de l'histoire s'est relâché à mesure qu'une mécanique du ressentiment revenait sans cesse en boucle au moins un chapitre sur quatre.

Malgré leur faible longueur, l'ensemble (172 chapitres de 2 à 10 pages) des 600 pages est devenu un pensum. J'ai bien compris que l'auteure détestait Trump, et elle n'est pas la seule. Mais était-ce nécessaire de se moquer aussi régulièrement de sa couleur de cheveux et de ses cravates rouges ?

Elle est si critique qu'elle en affute notre regard et nos exigences. Arrivée aux deux tiers je me suis contrainte à poursuivre, comme on chemine épuisée sur une route de montagne qu'on s'est promis d'achever. Si j'osais j'en donnerais quelques extraits … C'est incroyable que l'éditeur n'ait pas suggéré des coupes.

Le titre est la traduction littérale du titre original, lui-même tiré d'une citation de Leonard Cohen dans Anthem, 1992 : There is a crack in everything. That’s how the light gets in. (Il y a une faille en chaque chose. C’est par là que s’infiltre la lumière.)

Le chanteur a été inspiré par la tradition juive des vases brisés, que Joyce Maynard exploite elle aussi. Et d’ailleurs quand Toby découvre en miettes un vase en verre soufflé à 6000 dollars il commente "Pas grave. On le mettra sur le rebord de la fenêtre. Ça fera des arcs-en-ciel" (p. 101).

Il est intrigant pour nous français de lire Jacques Cousteau pour désigner celui que nous n'appelons que "le commandant Cousteau" (p. 172). Et amusant de noter que lorsque sa jeune voisine veut créer une entreprise de nettoyage spécialisée on a l'impression que c'est une filiale des cleaners d'une célèbre émission de télé-réalité.

Bref, il y a beaucoup d'éléments qui ne sont pas nouveaux. Et pourtant Joyce Maynard a raison on ne peut pas réparer les erreurs passées. On ne peut qu'espérer faire mieux à l'avenir (p. 140). Après un drame on a le coeur brisé et puis on ramasse les morceaux (…). On pleure ce qui est perdu et on recherche où on peut ce qui fait du bien (p. 199).

Elle a raison mais il ne me semble pas utile de nous le dire à de multiples reprises.

Par où entre la lumière de Joyce Maynard, traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Lévy-Paoloni, Philippe Rey, en librairie depuis le 21 août 2025
Prix Lucien-Barrière du roman américain 2025
Sélection du Prix des lecteurs de Vallée Sud Grand Paris 2026 - Catégorie romans étrangers.

dimanche 1 février 2026

Lena Hoschek, styliste autrichienne arrive en France

Lena Hoschek (prononcer "Hochek") est une styliste autrichienne très connue dans son pays et en Allemagne depuis qu'elle a fondé son studio en 2005 et depuis son label ne cesse de prendre de l’envergure.

Son nom n’est pourtant pas encore connu en France. Elle est donc venue spécialement à Paris et a présenté non pas une mais deux collections pendant la Fashion Week.

J'ai découvert son univers au cours d'une présentation à la presse le 22 janvier dernier. Elle m'a séduite pour son art de concilier tradition et modernité. Pour les mariages de couleur et la beauté des tissus.

Est-ce parce qu'elle a été stagiaire de Viviane Westwood après avoir étudié la mode à Vienne, qu'elle parvient à dessiner des modèles qui sont autant simples que sophistiqués, originaux qu'intemporels ?

La designer autrichienne travaille avec la volonté de s’extraire du conventionnel et un goût prononcé pour le "fait main". Son travail de corseterie est remarquable, évoquant naturellement le dirldl (mot dérivé du bavarois diorna signifiant "fille") qui est une tenue traditionnelle typique des Alpes. Elle est portée dans plusieurs pays voisins : le sud de l'Allemagne (particulièrement en Bavière), l'Autriche, la Suisse et le nord de l'Italie (Tyrol du Sud). Il est composé d'un corsage, d'un corselet, d'une jupe ample et d'un tablier. Il peut être accompagné d'un gilet et d'un châle en laine.

Créé dans les années 1870, le costume faisait initialement partie du concept de villégiature, réalisé par une classe sociale privilégiée, et devint finalement un symbole de l'atmosphère des pays alpins. Introduit sous forme d'une robe d'été polyvalente, il a été largement diffusé dans les pays germanophones au début du XX° siècle. Aujourd'hui il reste souvent porté les jours de fête (notamment l'Oktoberfest à Munich) ou de kermesse.

L'emplacement du nœud qui tient le tablier est un indicateur du statut de la relation de la femme qui porte le dirndl : à droite la femme est mariée, à gauche la femme est célibataire, au milieu signifie que cela ne regarde pas les autres, dans le dos pour les veuves, serveuses et les très jeunes.
La collection estivale a une seconde source d'inspiration, elle aussi régionale, et qui se trouve être cette fois le sud-est de la France. Mais on peut aussi sentir des influences africaines, tout autant que les films des années 50. l'ensemble est subtilement vintage, et pour cause puisqu’elle peut reprendre le dessin d’un tissu ancien du XIX° trouvé sur un marché aux puces provençal.
Le Vichy revient en force, avec ces poches soulignées d'un galon Vague.
Les silhouettes portent des tenues près du corps, mettant les formes en valeur.

samedi 31 janvier 2026

Demain je serai mort d’Eric Pessan

Candidater à une masse critique de Babelio c’est un peu la roulette russe. On peut cocher une dizaines de titres et n’être éligible pour aucun.

L’algorithme doit tout savoir de moi et de mes séjours au Mexique puisqu’il m’a attribué Demain je serai mort d’Eric Pessan. Il a sans nul doute pris en compte mes récriminations à propos des pavés littéraires que les plages ont depuis longtemps déserté.

Je reçois 53 pages aujourd’hui! Mais c'est toute une collection qui va vite devenir tentante. Au final ce seront 2809 pages que L’œil ébloui s’est mis au défi de publier.

L’œil ébloui est une maison d’édition indépendante nantaise, créée en 2013, qui publie de la littérature /romans et nouvelles, notes et fragments, poésie… des nouveautés ou des rééditions qui visent l’éblouissement de l’œil et de l’esprit en posant sur le monde un regard sensible.

En 2024, naît la collection Perec 53, 53 livres de 53 pages à venir, consacrée au rapport du lecteur/auteur avec l’œuvre de Georges Perec. Avec, pour commencer, les écrivain·e·s François Bon, Claro, Anne Savelli, Antonin Crenn…

Éric Pessan est le numéro 13 … après Pierre Getzler avec Place Saint Sulpice qui a fait l’objet (aussi) d’une carte postale. Et comme il nous le fait remarquer avec à propos :  L’action se passe à l’été 53, ce qui ne peut pas être un hasard (p. 19).

Demain je serai mort est la seule phrase connue du roman Les Errants que Georges Perec a écrit puis dactylographié entre l’été 1954 et l’automne 1956, premier roman dont il décrit en quelques lignes la trame dans ses cahiers (…) : Les Errants raconte l’histoire de quatre musiciens de jazz, blancs, qui traînent à travers le monde et finissent par mourir au Guatemala aux côtés du colonel Árbenz. Il y a un trompette, un saxo, un batteur et un bassiste.

C'est (évidemment) très bien écrit, avec de subtiles allusions à d'autres oeuvres de Perec, comme celle-ci, évidente pour moi : je songeais à composer des musiques en m’interdisant l’usage d’une note (…) pour voir si la contrainte me permettrait de composer des choses radicalement nouvelles (p. 18).

L'histoire de ces quatre musiciens est touchante et rappelle à plus d'un titre l'issue fatale des jeunes soldats exécutés au Mont-Valérien, ce que je relate à la fin de cet article. Notamment les membres du groupe Manouchian en février 1944. Mais le récit n'est pas dénué d'une forme de tendre ironie : Musicien de jazz, d’abord, communiste maintenant. J’avais tout faux. Et cela allait sans dire (p. 18).

Ce roman est bref mais dense, fortement émouvant car oui, la folie a toujours consisté à prendre au sérieux ce qui a toutes les apparences de la folie (p. 26).

Demain je serai mort d'Éric Pessan, L’œil ébloui, en librairie depuis novembre 2025

vendredi 30 janvier 2026

Mavrommatis poursuit son partenariat avec Chunlun Tea

Tous les théiers, de par le monde, sont des camélias, la fleur préférée de Gabrielle Chanel. Mais, pour parfumer le breuvage, les feuilles sont imprégnées d’une autre plante mythique, le jasmin.

Le doute n'est pas possible après la dégustation. Jasmin vient du persan " yasmin " qui signifie "cadeau de Dieu " et notre pays doit sa découverte au chemin emprunté par la route de la soie.

Andreas Mavrommatis connait très bien cet arbuste dont les tiges odorantes débordent du moindre flacon de son ile d'origine. Outre la qualité du produit, c'est sans doute une des principales motivations à nouer un partenariat au long terme (j’en avais déjà parlé ici il y a un peu plus de deux ans) avec la marque de thé chinoise, Chunlun, qui a la réputation de produire le meilleur thé au jasmin du monde, depuis 1858, et dont on connait maintenant en France le savoir-faire ancestral à parfumer le thé vert avec des fleurs fraiches de jasmin.

Leur rencontre a noué un dialogue qui traverse les siècles. Et c’est en activant ses souvenirs d'enfance à Chypre que le chef a conçu quatre desserts qui subliment cet arôme et qui prolongent l'expérience de la cérémonie du thé en proposant une sorte de passerelle entre la culture grecque et la culture chinoise.


Chacun est une petite merveille, en particulier une crème brûlée servie dans une coque de petite orange, un pur bonheur gustatif que je verrais bien à la carte de la boutique-traiteur, pourvu de lui donner un nom, et pourquoi pas Crème des Hespérides ?

Le jasmin est, dans la symbolique des fleurs, synonyme de pureté, de simplicité, de modestie et de force, toutes qualités qu'on retrouve dans cette orange.

L'accord était également très réussi dans des bouchées à la poire ou au coing, présentées en damier.
Il touchait encore au sublime avec ce cratère chocolaté au matcha qui a régalé les invités, pour la plupart surpris de découvrir de telles associations.
Une cérémonie du thé était organisée pour rendre cette fin de journée immersive. Chacun reçut un sachet de thé s'accordant avec son signe astrologique … bien entendu chinois et dont voici quelques exemplaires :
Voilà une originales idée de cadeau ! Les surprises se poursuivaient avec une boisson pétillante elle aussi parfumée au jasmin, mais associant le miel de Crète avec à propos.
Et une ligne de produits de beauté témoignait de la créativité chinoise sans limite. Je ne peux pas en dire plus, n'ayant pas eu l'occasion de la tester mais j'imagine qu'elle se situe dans un axe proche de ce qui est fait avec le raisin, la pomme ou le chocolat par d'autres grandes marques.

Personne n'avait envie de refermer cette parenthèse hors du temps autour de l’art du thé, ponctuée d’échanges et de découvertes et d'échanges avec les membres d'une famille de passionnés de huit générations dont la plus jeune héritière avait fait spécialement le voyage jusqu'à nous. Si elle est attachée à l'authenticité elle n'entend pas s'enfermer dans le passé comme le prouve le développement de la marque dans l'univers des cosmétiques.
Les boutiques comme les restaurants Mavrommatis distribuent déjà ce thé vert au jasmin, issu des montagnes de Fujian, très précisément de la ville de Fuzhou du Comté de Luoyuan, à environ deux heures de Shanghai. Le choix s'élargit avec un thé blanc et un thé Oolong Tieguanyin, tous en partenariat avec Chunlun Tea.
 
Le thé est une boisson ancestrale, connue pour être un excellent antioxydant, revigorant, stimulant pour le système immunitaire et par son effet apaisant, le thé vert au jasmin parvient à diminuer les tensions de la vie moderne.

Je rappelle que, pour en ressentir les bienfaits, la meilleure méthode consiste à l'infuser dans une eau à peine bouillante à 85° pour obtenir un breuvage d'une jolie couleur rosée, sans  aucune amertume, au parfum très marqué, réellement exceptionnel, provoquant la surprise. 

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de © Chunlun Tea que je remercie.

jeudi 29 janvier 2026

Maison & objet fait le bilan de l'édition de janvier 2026

En janvier, le monde s’est retrouvé à Paris pour une édition Maison & Objet dont l'évolution a été à la hauteur des promesses et qui fut remarquée par sa programmation ambitieuse, ses scénographies immersives et la richesse de son offre, avec 2 294 marques implantées dans 49 pays différents, dont 543 nouveaux exposants, ce qui se sentait dans les allées.

Je commencerai par ce qui pourrait être considéré comme un détail mais qui n'en est absolument pas un. Julie Pradier, responsable stratégie (ci-dessus entre Guillaume Prot, le directeur du salon, et Vincent Lhoste, le directeur général) avait promis lors de la conférence de presse de clôture de la session de septembre dernier que les espaces de repos seraient multipliés.
Les visiteurs les ont manifestement fort appréciées. Elles étaient aisément repérables, bien réparties et différemment décorées, relançant le souhait d'en apprendre davantage sur les exposants qui s'impliquent dans l'animation du salon.  
Avec près de 67 300 visiteurs uniques (92 776 visites au total, témoignant de l'intérêt à venir plusieurs fois, trois fois d'ailleurs pour ce qui me concerne) les marchés italien, belge et espagnol poursuivent leur dynamique de croissance, avec une progression particulièrement marquée pour la Chine (+30 %), illustrant l’attractivité renouvelée de l’offre à l’international.

Parmi les exposants, l'Amérique latine reste peu présente et l'Afrique moins encore. Des pavillons internationaux notamment de l’Italie, de l’Espagne, de la Tunisie et du Maroc ont révélé les savoir-faire de leurs pays et soulignent que le salon est une marketplace essentielle pour soutenir le développement de leurs marques dans le domaine de la décoration et de l’art de vivre. J'ai apprécié le pavillon du Maroc mais je n'avais pas systématiquement inscrit ce type de stand dans mon parcours, ce que je me promet de faire à l'avenir.
On a vu moins d'américains et de japonais que dans le passé et l'Europe se maintient. La répartition entre visiteurs français (56 %) et internationaux (44%) tend vers un équilibre mais la France est évidemment loin devant quand on regarde les chiffres par pays : 37 000 français ont visité le salon, suivis par 4 000 italiens (l'Italie est d'une manière générale extrêmement dynamique sur le plan commercial) et même si pointe la progression chinoise ces visiteurs ne sont "que" un millier. Mais tous ont adoré se photographier devant l'emblème du salon.

Sans oublier que le salon se prolonge avec MOM (Maison&Objet And More) qui a reçu 3 millions de visites en un an par 385 000 acheteurs professionnels du secteur auprès de 6 000 marques proposant plus de 20 000 produits disponibles à l’achat pendant le salon et tout au long de l’année. MOM et sa marketplace offrent aux acheteurs la possibilité de prolonger leur dynamique d’achat en passant commande sans attendre, dans la continuité de leurs échanges avec les marques. On peut supposer qu'elle prendra bientôt encore plus d'importance.
Le parcours s’est déployé comme en 6 secteurs, Signature & Projects, Decor & Design, Fine Craft - métiers d'art, Fragrance & Wellness, Gift & Play, Fashion & Accessories. Répartie en 7 halls, l’offre a été pensée autour du thème d’inspiration PAST REVEALS FUTURE, s'incarnant dans des installations exclusives signées de différents talents de la scène contemporaine qui, souvent, on fait sensation.
J'ai consacré un article en particulier aux espaces What’s New ? In Hospitality de l’architecte d’intérieur Rudy Guénaire,
What’s New ? In Decor d’Elizabeth Leriche et What’s New ? In Retail de François Delclaux ont accompagné la découverte de l’offre en décryptant les derniers codes de ses secteurs et en donnant leur vision du lien entre passé et futur, avec parfois des exposants que j'avais déjà remarqués sur Museum Connectionsun salon beaucoup plus modeste mais où on décrypte aussi des tendances.
Un autre aux deux espaces imaginés par le Designer de l’année 2026, Harry Nuriev, porté par les valeurs du Transformisme, titre de son manifeste. Une vision futuriste, à la patine silver, en réponse au thème de l’édition Past Reveals Future. Et j'ai trouvé très intéressante l'incarnation de ce credo sur de nombreux stands, ce que j'ai souligné dans un billet spécifique.
Le village Curatio, après une première édition saluée, est revenu pour une seconde saison en dévoilant 60 pièces d’un design sensible, soigneusement sélectionnées par le directeur artistique Thomas Haarmann. Un art de vivre en symbiose a pris forme au cœur du secteur Signature.

Maison&Objet est revenu à ses fondamentaux en célébrant l’artisanat d’exception et le design contemporain, au cœur de son ADN depuis plus de trente ans, ce qui s'est matérialisé par la place grandissante du secteur Fine Craft – métiers d’art.
In Materia par Elizabeth Leriche a repensé le rapport à l’objet. J'ai notamment remarque (ci-dessus : la "Variation" porcelaine/feuille d'or de l'Atelier Douarn, l'oeuvre murale what's left de Thomas Formont et le Vase rond de Cécile Gasc. Les visiteurs ont vibré au contact du bois, de la fibre, du verre, de la terre et de la pierre, tandis que le dinandier Elie Hirsch, adulé des maisons de luxe Dior, Loewe, Schiaparelli, Balmain… a dompté la matière à l’entrée du hall 5A (ci-dessous).
De nouveaux univers ont vu le jour avec le village Manufactures d’Excellence réalisé, pour cette première édition, en partenariat avec EPV, le Réseau Excellence de l’Association Nationale des Entreprises du Patrimoine Vivant. 20 entreprises d’exception se sont prêtées au jeu et ont présenté les plus beaux savoir-faire patrimoniaux français, comme ci-dessous l'Atelier du Vitrail et Jules Pansu (ci-dessous) dont j'avais admiré le travail au dernier Salon International du Patrimoine Culturel.
Je savais que Pet Square faisait son apparition au cœur du secteur Gift & Play, à travers une sélection de marques pointues dédiées aux compagnons à 4 pattes mais je n'ai pas trouvé le temps (ni l'intérêt personnel) d'y jeter un oeil.

Je n'ai pas davantage eu le loisir de suivre un talk mais rien n'est perdu car les replays offrent une seconde chance. Je trouverai de toute évidence des sujets passionnants parmi les 27 conférences qui ont été menées par des experts.

Plus qu’un salon, et comme je l'avais souligné précédemment, Maison&Objet anime une communauté internationale pour connecter, accompagner, inspirer et révéler des visions ambitieuses de l’art de vivre tout au long de l’année. On pourrait résumer ce point par la formule : A Maison & objet tu vas rencontrer des gens que tu ne connais pas et qui ne te connaissent pas … et avec qui tu pourras monter quelque chose.

Subsiste une interrogation à propos de la durée du salon en raison d'une fréquentation moins importante le samedi et le dimanche mais la question n'est pas encore tranchée et la prochaine édition est déjà annoncée du jeudi 10 au lundi 14 septembre 2026 inclus.

Enfin parmi les axes de réflexion abordés au cours de la réunion de presse de clôture il a été question de la démarche constante d'amélioration en terme de recyclage.
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Mes publications sur le salon ne s'achèvent pas avec ce troisième article. Quelques autres sont prévus pour mettre l'accent sur le développement particulier de quelques marques.

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