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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 31 janvier 2026

Demain je serai mort d’Eric Pessan

Candidater à une masse critique de Babelio c’est un peu la roulette russe. On peut cocher une dizaines de titres et n’être éligible pour aucun.

L’algorithme doit tout savoir de moi et de mes séjours au Mexique puisqu’il m’a attribué Demain je serai mort d’Eric Pessan. Il a sans nul doute pris en compte mes récriminations à propos des pavés littéraires que les plages ont depuis longtemps déserté.

Je reçois 53 pages aujourd’hui! Mais c'est toute une collection qui va vite devenir tentante. Au final ce seront 2809 pages que L’œil ébloui s’est mis au défi de publier.

L’œil ébloui est une maison d’édition indépendante nantaise, créée en 2013, qui publie de la littérature /romans et nouvelles, notes et fragments, poésie… des nouveautés ou des rééditions qui visent l’éblouissement de l’œil et de l’esprit en posant sur le monde un regard sensible.

En 2024, naît la collection Perec 53, 53 livres de 53 pages à venir, consacrée au rapport du lecteur/auteur avec l’œuvre de Georges Perec. Avec, pour commencer, les écrivain·e·s François Bon, Claro, Anne Savelli, Antonin Crenn…

Éric Pessan est le numéro 13 … après Pierre Getzler avec Place Saint Sulpice qui a fait l’objet (aussi) d’une carte postale. Et comme il nous le fait remarquer avec à propos :  L’action se passe à l’été 53, ce qui ne peut pas être un hasard (p. 19).

Demain je serai mort est la seule phrase connue du roman Les Errants que Georges Perec a écrit puis dactylographié entre l’été 1954 et l’automne 1956, premier roman dont il décrit en quelques lignes la trame dans ses cahiers (…) : Les Errants raconte l’histoire de quatre musiciens de jazz, blancs, qui traînent à travers le monde et finissent par mourir au Guatemala aux côtés du colonel Árbenz. Il y a un trompette, un saxo, un batteur et un bassiste.

C'est (évidemment) très bien écrit, avec de subtiles allusions à d'autres oeuvres de Perec, comme celle-ci, évidente pour moi : je songeais à composer des musiques en m’interdisant l’usage d’une note (…) pour voir si la contrainte me permettrait de composer des choses radicalement nouvelles (p. 18).

L'histoire de ces quatre musiciens est touchante et rappelle à plus d'un titre l'issue fatale des jeunes soldats exécutés au Mont-Valérien, ce que je relate à la fin de cet article. Notamment les membres du groupe Manouchian en février 1944. Mais le récit n'est pas dénué d'une forme de tendre ironie : Musicien de jazz, d’abord, communiste maintenant. J’avais tout faux. Et cela allait sans dire (p. 18).

Ce roman est bref mais dense, fortement émouvant car oui, la folie a toujours consisté à prendre au sérieux ce qui a toutes les apparences de la folie (p. 26).

Demain je serai mort d'Éric Pessan, L’œil ébloui, en librairie depuis novembre 2025

vendredi 30 janvier 2026

Mavrommatis poursuit son partenariat avec Chunlun Tea

Tous les théiers, de par le monde, sont des camélias, la fleur préférée de Gabrielle Chanel. Mais, pour parfumer le breuvage, les feuilles sont imprégnées d’une autre plante mythique, le jasmin.

Le doute n'est pas possible après la dégustation. Jasmin vient du persan " yasmin " qui signifie "cadeau de Dieu " et notre pays doit sa découverte au chemin emprunté par la route de la soie.

Andreas Mavrommatis connait très bien cet arbuste dont les tiges odorantes débordent du moindre flacon de son ile d'origine. Outre la qualité du produit, c'est sans doute une des principales motivations à nouer un partenariat au long terme (j’en avais déjà parlé ici il y a un peu plus de deux ans) avec la marque de thé chinoise, Chunlun, qui a la réputation de produire le meilleur thé au jasmin du monde, depuis 1858, et dont on connait maintenant en France le savoir-faire ancestral à parfumer le thé vert avec des fleurs fraiches de jasmin.

Leur rencontre a noué un dialogue qui traverse les siècles. Et c’est en activant ses souvenirs d'enfance à Chypre que le chef a conçu quatre desserts qui subliment cet arôme et qui prolongent l'expérience de la cérémonie du thé en proposant une sorte de passerelle entre la culture grecque et la culture chinoise.


Chacun est une petite merveille, en particulier une crème brûlée servie dans une coque de petite orange, un pur bonheur gustatif que je verrais bien à la carte de la boutique-traiteur, pourvu de lui donner un nom, et pourquoi pas Crème des Hespérides ?

Le jasmin est, dans la symbolique des fleurs, synonyme de pureté, de simplicité, de modestie et de force, toutes qualités qu'on retrouve dans cette orange.

L'accord était également très réussi dans des bouchées à la poire ou au coing, présentées en damier.
Il touchait encore au sublime avec ce cratère chocolaté au matcha qui a régalé les invités, pour la plupart surpris de découvrir de telles associations.
Une cérémonie du thé était organisée pour rendre cette fin de journée immersive. Chacun reçut un sachet de thé s'accordant avec son signe astrologique … bien entendu chinois et dont voici quelques exemplaires :
Voilà une originales idée de cadeau ! Les surprises se poursuivaient avec une boisson pétillante elle aussi parfumée au jasmin, mais associant le miel de Crète avec à propos.
Et une ligne de produits de beauté témoignait de la créativité chinoise sans limite. Je ne peux pas en dire plus, n'ayant pas eu l'occasion de la tester mais j'imagine qu'elle se situe dans un axe proche de ce qui est fait avec le raisin, la pomme ou le chocolat par d'autres grandes marques.

Personne n'avait envie de refermer cette parenthèse hors du temps autour de l’art du thé, ponctuée d’échanges et de découvertes et d'échanges avec les membres d'une famille de passionnés de huit générations dont la plus jeune héritière avait fait spécialement le voyage jusqu'à nous. Si elle est attachée à l'authenticité elle n'entend pas s'enfermer dans le passé comme le prouve le développement de la marque dans l'univers des cosmétiques.
Les boutiques comme les restaurants Mavrommatis distribuent déjà ce thé vert au jasmin, issu des montagnes de Fujian, très précisément de la ville de Fuzhou du Comté de Luoyuan, à environ deux heures de Shanghai. Le choix s'élargit avec un thé blanc et un thé Oolong Tieguanyin, tous en partenariat avec Chunlun Tea.
 
Le thé est une boisson ancestrale, connue pour être un excellent antioxydant, revigorant, stimulant pour le système immunitaire et par son effet apaisant, le thé vert au jasmin parvient à diminuer les tensions de la vie moderne.

Je rappelle que, pour en ressentir les bienfaits, la meilleure méthode consiste à l'infuser dans une eau à peine bouillante à 85° pour obtenir un breuvage d'une jolie couleur rosée, sans  aucune amertume, au parfum très marqué, réellement exceptionnel, provoquant la surprise. 

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de © Chunlun Tea que je remercie.

jeudi 29 janvier 2026

Maison & objet fait le bilan de l'édition de janvier 2026

En janvier, le monde s’est retrouvé à Paris pour une édition Maison & Objet dont l'évolution a été à la hauteur des promesses et qui fut remarquée par sa programmation ambitieuse, ses scénographies immersives et la richesse de son offre, avec 2 294 marques implantées dans 49 pays différents, dont 543 nouveaux exposants, ce qui se sentait dans les allées.

Je commencerai par ce qui pourrait être considéré comme un détail mais qui n'en est absolument pas un. Julie Pradier, responsable stratégie (ci-dessus entre Guillaume Prot, le directeur du salon, et Vincent Lhoste, le directeur général) avait promis lors de la conférence de presse de clôture de la session de septembre dernier que les espaces de repos seraient multipliés.
Les visiteurs les ont manifestement fort appréciées. Elles étaient aisément repérables, bien réparties et différemment décorées, relançant le souhait d'en apprendre davantage sur les exposants qui s'impliquent dans l'animation du salon.  
Avec près de 67 300 visiteurs uniques (92 776 visites au total, témoignant de l'intérêt à venir plusieurs fois, trois fois d'ailleurs pour ce qui me concerne) les marchés italien, belge et espagnol poursuivent leur dynamique de croissance, avec une progression particulièrement marquée pour la Chine (+30 %), illustrant l’attractivité renouvelée de l’offre à l’international.

Parmi les exposants, l'Amérique latine reste peu présente et l'Afrique moins encore. Des pavillons internationaux notamment de l’Italie, de l’Espagne, de la Tunisie et du Maroc ont révélé les savoir-faire de leurs pays et soulignent que le salon est une marketplace essentielle pour soutenir le développement de leurs marques dans le domaine de la décoration et de l’art de vivre. J'ai apprécié le pavillon du Maroc mais je n'avais pas systématiquement inscrit ce type de stand dans mon parcours, ce que je me promet de faire à l'avenir.
On a vu moins d'américains et de japonais que dans le passé et l'Europe se maintient. La répartition entre visiteurs français (56 %) et internationaux (44%) tend vers un équilibre mais la France est évidemment loin devant quand on regarde les chiffres par pays : 37 000 français ont visité le salon, suivis par 4 000 italiens (l'Italie est d'une manière générale extrêmement dynamique sur le plan commercial) et même si pointe la progression chinoise ces visiteurs ne sont "que" un millier. Mais tous ont adoré se photographier devant l'emblème du salon.

Sans oublier que le salon se prolonge avec MOM (Maison&Objet And More) qui a reçu 3 millions de visites en un an par 385 000 acheteurs professionnels du secteur auprès de 6 000 marques proposant plus de 20 000 produits disponibles à l’achat pendant le salon et tout au long de l’année. MOM et sa marketplace offrent aux acheteurs la possibilité de prolonger leur dynamique d’achat en passant commande sans attendre, dans la continuité de leurs échanges avec les marques. On peut supposer qu'elle prendra bientôt encore plus d'importance.
Le parcours s’est déployé comme en 6 secteurs, Signature & Projects, Decor & Design, Fine Craft - métiers d'art, Fragrance & Wellness, Gift & Play, Fashion & Accessories. Répartie en 7 halls, l’offre a été pensée autour du thème d’inspiration PAST REVEALS FUTURE, s'incarnant dans des installations exclusives signées de différents talents de la scène contemporaine qui, souvent, on fait sensation.
J'ai consacré un article en particulier aux espaces What’s New ? In Hospitality de l’architecte d’intérieur Rudy Guénaire,
What’s New ? In Decor d’Elizabeth Leriche et What’s New ? In Retail de François Delclaux ont accompagné la découverte de l’offre en décryptant les derniers codes de ses secteurs et en donnant leur vision du lien entre passé et futur, avec parfois des exposants que j'avais déjà remarqués sur Museum Connectionsun salon beaucoup plus modeste mais où on décrypte aussi des tendances.
Un autre aux deux espaces imaginés par le Designer de l’année 2026, Harry Nuriev, porté par les valeurs du Transformisme, titre de son manifeste. Une vision futuriste, à la patine silver, en réponse au thème de l’édition Past Reveals Future. Et j'ai trouvé très intéressante l'incarnation de ce credo sur de nombreux stands, ce que j'ai souligné dans un billet spécifique.
Le village Curatio, après une première édition saluée, est revenu pour une seconde saison en dévoilant 60 pièces d’un design sensible, soigneusement sélectionnées par le directeur artistique Thomas Haarmann. Un art de vivre en symbiose a pris forme au cœur du secteur Signature.

Maison&Objet est revenu à ses fondamentaux en célébrant l’artisanat d’exception et le design contemporain, au cœur de son ADN depuis plus de trente ans, ce qui s'est matérialisé par la place grandissante du secteur Fine Craft – métiers d’art.
In Materia par Elizabeth Leriche a repensé le rapport à l’objet. J'ai notamment remarque (ci-dessus : la "Variation" porcelaine/feuille d'or de l'Atelier Douarn, l'oeuvre murale what's left de Thomas Formont et le Vase rond de Cécile Gasc. Les visiteurs ont vibré au contact du bois, de la fibre, du verre, de la terre et de la pierre, tandis que le dinandier Elie Hirsch, adulé des maisons de luxe Dior, Loewe, Schiaparelli, Balmain… a dompté la matière à l’entrée du hall 5A (ci-dessous).
De nouveaux univers ont vu le jour avec le village Manufactures d’Excellence réalisé, pour cette première édition, en partenariat avec EPV, le Réseau Excellence de l’Association Nationale des Entreprises du Patrimoine Vivant. 20 entreprises d’exception se sont prêtées au jeu et ont présenté les plus beaux savoir-faire patrimoniaux français, comme ci-dessous l'Atelier du Vitrail et Jules Pansu (ci-dessous) dont j'avais admiré le travail au dernier Salon International du Patrimoine Culturel.
Je savais que Pet Square faisait son apparition au cœur du secteur Gift & Play, à travers une sélection de marques pointues dédiées aux compagnons à 4 pattes mais je n'ai pas trouvé le temps (ni l'intérêt personnel) d'y jeter un oeil.

Je n'ai pas davantage eu le loisir de suivre un talk mais rien n'est perdu car les replays offrent une seconde chance. Je trouverai de toute évidence des sujets passionnants parmi les 27 conférences qui ont été menées par des experts.

Plus qu’un salon, et comme je l'avais souligné précédemment, Maison&Objet anime une communauté internationale pour connecter, accompagner, inspirer et révéler des visions ambitieuses de l’art de vivre tout au long de l’année. On pourrait résumer ce point par la formule : A Maison & objet tu vas rencontrer des gens que tu ne connais pas et qui ne te connaissent pas … et avec qui tu pourras monter quelque chose.

Subsiste une interrogation à propos de la durée du salon en raison d'une fréquentation moins importante le samedi et le dimanche mais la question n'est pas encore tranchée et la prochaine édition est déjà annoncée du jeudi 10 au lundi 14 septembre 2026 inclus.

Enfin parmi les axes de réflexion abordés au cours de la réunion de presse de clôture il a été question de la démarche constante d'amélioration en terme de recyclage.
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Mes publications sur le salon ne s'achèvent pas avec ce troisième article. Quelques autres sont prévus pour mettre l'accent sur le développement particulier de quelques marques.

mercredi 28 janvier 2026

Grand prince d’Alexia Stresi

J’ai eu la chance de rencontrer Alexa Stresi, à l’invitation de Babelio, que je remercie, et j’ai été conquise, je peux le dire, par sa personnalité, finement interrogée par Pierre Krause. Elle est allée au-delà de la confidence à propos de la genèse de son dernier livre, Grand prince.

Sa sincérité est remarquable et je n’ai pas envie de trahir sa confiance en révélant les dessous de ce roman mais sachez qu’il est très judicieusement construit et que rien n’y est anodin. Je vous incite à le lire, en prenant le temps de le déguster. Je vais malgré tout en dire l’essentiel mais ne comptez pas sur moi pour spoiler la fin qui est … fracassante tout autant que bouleversante.

Commençons par la couverture. Vous y avez peut-être reconnu un exemple de ces tissus d’ameublement assortis aux papiers peints, chargés mais charmants, qui habillaient les murs des intérieurs de vos grands-parents. Il y avait des panneaux semblables chez mes arrières grands-parents, et je me souviens de quelque chose de comparable chez mes parents dans les années 70-80. Tellement éloigné des murs unis d’aujourd’hui.

Le motif appartient à la collection du Musée des Etoffes de Mulhouse. C'est une évocation de l'arbre de vie qui symbolise l’importance des racines et la force de la vie qui se traduit en arabesques et volutes formées par les entrelacs de fleurs, feuilles et branches. Ils rappellent ceux des Indiennes importées en Europe par les comptoirs occidentaux installés aux Indes à la fin du XVI° siècle puis fabriquées par des manufactures locales plus adaptées au goût européen comme Jouy-en-Josas s'en fit la spécialité, et que je vous recommande de visiter.

Alexa Stresi s'est fixé pour contrainte que chacun de ses livres soit différent les uns des autres des autres, quitte à décontenancer le lectorat (ou à en gagner un nouveau …). Le prochain -déjà en cours de confection- ne faillira pas à cette règle.

Ceux qui ont lu Des lendemains qui chantent savent qu'elle y avait rendu hommage à ses grands parents maternels, respectivement chanteur d’opéra et pianiste. Evidemment l'écrivaine avait deux autres grands-parents, paternels, et qui bien que géographiquement proches étaient radicalement différents, plus modestes et très éloignés de la culture.

Ce grand-père était coiffeur pour hommes dans un petit village. Cette grand-mère, tenait la caisse. Etant attachée pareillement aux quatre, il était donc crucial de consacrer un (autre) roman à des gens qui furent incroyablement discrets. En vieillissant j’ai pris la profondeur de leur droiture, ténacité, sans se plaindre sans montrer ce que ça coûtait. Dont le plus grand talent était de faire de la joie avec pas grand chose.

(Elle me rappelle ma propre grand-mère, restée un modèle aujourd’hui, que je cite régulièrement. Elle qui avait dû quitter l'école à 8 ans avait toujours une formule imagée pour commenter ce qui arrivait et aucune expression française n'est plus pertinente pour décrire une situation. Quand par exemple quelqu'un lui opposait qu'elle n'avait pas le droit elle répliquait je prendrai le gauche).

Le personnage de Simone Guillou est librement inspirée de sa propre grand-mère… qui bien sûr n’a jamais reçu de carte postale d’un crapaud en vadrouille. Le livre est très fantaisiste, on ne peut pas le nier mais il faut savoir qu’il aurait pu glisser dans le fantastique. Sauf qu'Alexia a toujours maintenu le cap, ayant à l'avance tout prévu de cette fin absolument imprévisible pour nous lecteurs.

Grand prince n'est pas seulement un hommage familial. Il faut le replacer dans le contexte politique qui nous plombe depuis deux ans. celui de la guerre en Ukraine, des massacres de Gaza, de la peur pour la paix, d'un état de sidération qui nous broie … Comment dépasser l’impuissance si ce n'est en s'appuyant sur la droiture de ces "petites gens" qui continuent leur bonhomme de chemin avec ténacité et vaillance.

Alexia s'est alors souvenue d'un projet de scénario qu'elle avait construit et qu'elle avait dû abandonner (je ne vous en dirai pas les raisons afin de ne pas influencer votre lecture du roman). Simone en était l'épicentre et son histoire est devenue une bulle douce et protectrice dans laquelle je me suis abritée.

L'autrice a tiré le fil du cocon racontant comment trouver le courage de se redresser, parce qu’il n’est jamais trop tard, et que rien n'est jamais fini, écrivant un livre qui  n’est pas à proprement parler un feel-good mais qui a le potentiel pour réconforter.

Elle estime -et elle a raison- que notre société invisibilise les personnes âgées alors que le lien intergénérationnel est crucial et qu'il ne faut tout de même pas grand chose pour l'entretenir. Son message est quasiment politique et on aimerait que son alerte soit largement entendue.

Le roman commence avec la disparition d'une sculpture, au demeurant sans valeur marchande, qui est celle d'un crapaud. Lorsqu'elle reprendra sa place (je ne spoile pas la fin en le disant) elle portera une petite couronne et Simone s'adressera à elle en la considérant comme son prince, une sorte de grand seigneur, métaphore d'une métamorphose.

Ce renouveau est vital parce que la vieille dame est en train de glisser dans la dépression, ce qui à 85 ans peut devenir dramatique. Elle subit le temps qui passe et le reconnait dès les premières pages : ses plaisirs se sont réduits comme peau de chagrin (p. 17). Bien heureuse de n'avoir pas "d'appareil à CD" pour entendre Serge Reggiani vanter sa solitude, magnifique à ce bémol près qu'il faut être tellement en forme pour le supporter qu'on ne l'écoute jamais (p. 114). Elle ne saura rien de son autre chanson, Venise n'est pas en Italie (qui fut aussi le titre d'un immense succès théâtral). Le comportement négligent de son fils n'arrange rien. Son amie de coeur ne parvient pas à la secouer. Seule sa petite-fille a encore le pouvoir de la réveiller mais elle est si loin, si occupée …

Une étincelle inattendue va mettre le feu à la poudre qui lui fera redécouvrir le sel de la vie (un paradoxe pour une ancienne saunière). A la disparition du crapaud s'ajoutent d'autres mystères, avec la réception de cartes postales dont la première a été postée à Venise. La ville est un rêve, un voyage que Simone n’a jamais fait. 

Le lecteur suivra, de chapitre en chapitre une double enquête, sur l'affaire du crapaud et sur la personnalité de Simone dont on sera sidéré par l'ampleur de la noblesse d'âme. On passe de la narration du quotidien millimétré de cette femme aux témoignages et interviews d'une pléiade de personnages très différents, dont un gendarme bien contrit de ne rien trouver.

Grand prince devient le récit d'une aventure inattendue mais révélatrice d'un certain courage quand surgit ce (rare) moment où on se surprend soi-même en bien. Simone entreprendra de faire des choses qu'elle n'a jamais osé entreprendre, et qui peuvent être modestes comme celle de pousser la porte d'une bibliothèque où elle comprendra ce qui anime l'oeuvre de Soulages (ce qui résonne pour moi après cette si belle exposition au Musée du Luxembourg).

Alexia Stresi met le projecteur sur ce qu’il y a de beau et noble dans les petites vies et nous redonne espoir face au désenchantement actuel à travers cette ode à la dignité et à la résilience.

Simone fait régulièrement sourire mais n'est jamais une caricature. Elle ne fait pas "la fofolle" et prendra la juste et bonne décision le moment venu. Elle est bel et bien vivante.
Il y a tout de même un scoop que je peux révéler : des producteurs s’intéressent à cette histoire qui pourrait bien s'incarner sur grand écran, ce qui serait très savoureux à voir pour Alexia qui a tout de même exercé en tout premier lieu le métier de scénariste.

Grand prince d’Alexia Stresi, Flammarion, en librairie depuis le 14 janvier 2026

mardi 27 janvier 2026

Pour un oui ou pour un non

Certains théâtres ne craignent pas de proposer une énième version de Hamlet ou une mise en scène originale d'un Molière que les spectateurs ont déjà vu plusieurs versions. Ce n’est pas le genre du Théâtre de Poche Montparnasse.

Mais pour une fois l’équipe a dérogé à la règle avec Pour un oui ou pour un non qui est de nouveau à l’affiche après avoir remporté un très beau succès il y a presque dix ans déjà. Et comme le soulignait Stéphanie à propos de son père en préambule à la soirée : Tesson aimait les histoires de famille, de langage, de mots. Il aurait approuvé

Je me souviens tout à fait (voir ma critique) de la version jouée en 2017 avec Nicolas Vaude et Nicolas Briançon dans une mise en scène de Léonie Simaga.

Mais le texte de Nathalie Sarraute est si parfaitement construit que je n’ai pas résisté. J’ai découvert ce soir le travail de Tristan Le Doze qui, pour la seconde fois met en scène une pièce de la même autrice, après Enfance en 2023, … sachant qu'il avait présenté d'abord Pour un oui ou pour un non à la Manufacture des Abbesses en mai 2022.

Son écriture est implacable, elle n'est pas pour autant facile. On lit partout que l'essentiel est dans les mots. Il me semble que c'est dans ce qui n'est pas prononcé, dans ce qu'on désigne sous le terme de ponctuation, qu'il faut en chercher les clés. Il est rare de "lire" autant de points de suspension, de guillemets et de points d'interrogation qui, tous, ne participent qu'à ajouter du sens à ce qui semble être des opinions banales ou du moins sans danger, jusqu'à en faire une véritable bombe à retardement.

Si les mots sont des torches, le carburant qui va allumer la mèche c’est la paranoïa, ou la jalousie. Mais il ne faut pas négliger que c’est un jeu tragique qui se joue à deux. Il suffirait que l’un des deux mette court à la surenchère pour que celle-ci se tarisse. Aucun ne dit à l’autre : arrêtes, tu débloques, changeons de sujet. Du moins pas dans cette intention de préserver la relation.

Accompagnée par les lumières de Christophe Grelié, la scénographie de Morgane le Doze est discrète avec une chaise et une servante pour tous éléments de décor, presque autant anonyme que les personnages qui progresseront masqués derrière leur H ou F majuscules.

La confrontation commence par écoute (ton bienveillant) et s'achève sur un non (catégorique et sans appel). Entre temps H1 et H2, puisqu'ils n'ont pas de noms, et pourraient aussi bien être vous et moi, tenteront de comprendre ce qui désunit une amitié vieille de plus de 15 ans. A moins qu'ils ne s'acharnent à détruire une entente devenue pesante. Car on s'apercevra que ce n'est pas un défaut de compréhension qui les oppose, bien au contraire. Ils démontreront que oui est l'opposé de non, et que ce n'est pas le "rien du tout" qu'on voudrait leur assigner dans l'expression Pour un oui ou pour un non, et je ferai observer que la pièce a été créée à New-York en 1985 sous le titre de For No Good Reason par Simone Benmussa.

Le jeu des acteurs est nécessairement savoureux et s'inscrit dans une continuité de travail. Gabriel Le Doze, qui est le père de Tristan, est autant à l'aise dans le tragique que le comique, fait énormément de doublages, ce qui témoigne de son art à jouer avec les intonations. Anne Plumet a déjà été dirigée par Tristan (dans Enfance).

Ce qui est paradoxal c’est qu’on les sent heureux de se confronter, heureux mais modestes. Ils ne sortiront pas de leur personnage, chacun corseté dans son ego car c’est de cela qu’il s’agit en fait, de ce qui fragilise le plus la relation humaine.

Ils ferraillent dans une inlassable partie de tennis, relançant la balle sans relâche. Les revers liftés succèdent aux montées au filet. Coup droit, volée, amortie, contre-amortie, service, cuillère, smash, lob, passing-shot, égalité retrouvée à chaque jeu jusqu'au tie-break qui met fin au combat, les renvoyant dos à dos au terme d'une joute quasi hypnotique dont on n'a pas perdu le moindre mot.
En cheminant du je au il le duo finira par une rupture en forme d'accord : 
- H2 : Oui ou non ? …
- H1 : Ce n'est pourtant pas la même chose …
- H2 : En effet : Oui. Ou non.
- H1 : Oui.
- H2 : Non !

On se dit en sortant que les auteurs contemporains doivent beaucoup à Nathalie Sarraute, Léonore Confino la première qui, elle aussi, rend admirablement comment un couple peut s’emparer du langage comme d’une arme, par exemple dans Les Beaux, en ce moment au Théâtre de la Flèche.
Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute 
Mise en scène Tristan Le Doze
Avec Bernard Bollet, Gabriel Le Doze et Anne Plumet
Lumières : Christophe Grelié
Scénographie : Morgane Le Doze
Au Théâtre de Poche - 75 boulevard du Montparnasse - 75006 Paris
Tél. 01 45 44 50 21
Du mardi au samedi à 21 heures, le dimanche à 17 heures
A partir du 27 janvier 2026
Relâche le 10 février

lundi 26 janvier 2026

Juliette, Victor Hugo mon fol amour

Après plus de 100 représentations en tournée et au festival d’Avignon, la générale de presse de Juliette, Victor Hugo mon fol amour a enfin été programmée à Paris, au Théâtre des Mathurins, le 26 janvier.

Les confidences de cette femme de l'ombre dont le nom est malgré tout célèbre sont touchantes. A la fois amusante, quand Juju évoque son Toto, bouleversante au souvenir de la mort de sa fille, Marie Lussignol exprime toutes les facettes d'une vie palpitante dont on comprend qu’elle ait pu inspirer le grand romancier au point qu’il arrêta d’écrire après sa disparition, ne cultivant plus que l’art d’être grand-père.

Certains s’extasient que François Mitterand ait écrit plus de 1 200 lettres à la femme qu'il a aimée en secret pendant 34 ans. Juliette avait fait bien davantage avec plus de 22 000 courriers (23 650 pour être exacte) au fil d’une quarantaine d’années.

Quinze ans après Anthea Sogno qui m’avait fait découvrir ce personnage, Marie Lussignol, en alternance avec Marguerite Kloeckner, est cette Juliette amoureuse, toujours passionnée, qui inspira toute son oeuvre au grand auteur.
Elle entre dans une chambre d'hôtel où elle trouve refuge pour faire le point, et prendre du recul dans sa situation, prenant le public comme confident. Son jeu est puissant pour exprimer sa conception de l'amour et la manière dont elle subit l’exil (elle accompagne Victor Hugo à Jersey, puis à Guernesey, mais sans partager son toit. Il lui louera une petite maison à portée de vue), la jalousie et les drames intimes. Chaque mot résonne avec sincérité, entre douleur et lumière.

De son vrai nom Julienne Joséphine Gauvain, elle est née le 10 avril 1806 à Fougère. Orpheline de mère quelques mois après sa naissance, de père l'année suivante, elle fut placée comme son frère et ses deux sœurs en nourrice puis dans un couvent de Fougères, avant d'être élevée par un oncle, René-Henry Drouet, dont elle pris le patronyme.

Elle devint, vers 1825, la maîtresse du sculpteur James Pradier, eut avec lui une fille, Claire, qu'il reconnaîtra deux ans plus tard. C'est sur son conseil de Pradier qu'elle tentera une carrière de comédienne, sans rencontrer le succès.

Son atout est une beauté intense qui séduira beaucoup d'hommes, finalement Victor Hugo avec qui elle entretint une passion pendant près de cinquante ans. Le rôle est délicat à interpréter puisqu'il ne fallait pas que l'actrice "dépasse" en quelque sorte le modèle et Marie Lussignol ne fait pas les choses à moitié.

Elle incarne avec justesse celle qui abandonna sa carrière théâtrale pour devenir la victime consentante de son amant. On a du mal à l'imaginer aujourd'hui mais il exigea d'elle une vie cloîtrée, presque monacale, et ses sorties ne seront consenties qu'en sa compagnie, expliquant que cette femme passionnée soit longtemps restée dans l’ombre du génie, bien que leur liaison soit affichée et notoire, y compris de l'épouse du poète et de leurs enfants.
Rien n'empêchera néanmoins l'illustre amant de la tromper régulièrement, d'où son besoin de faire le point aujourd'hui dans cette chambre d'hôtel.

Le spectateur est partagé entre la compassion, l'admiration et une certaine colère en découvrant combien le grand auteur s'est mal conduit à son égard, même s'il l'aida financièrement jusqu'au bout. La très jolie bande-annonce vous en donnera un aperçu. Activez-la en cliquant sur le lien.

La mise en scène est co-signée par la comédienne et l’auteur de la pièce Patrick Tudoret (ci-dessous à gauche à coté des deux comédiennes qui jouent en alternance). Elle souligne avec précision toutes les émotions traversées par cette femme qui s'avère plutôt admirable et qui souffrit beaucoup, parfois en miroir, puisqu'elle aussi perdit un enfant tragiquement.
Le spectacle est programmé le lundi à 19 heures au Théâtre des Mathurins jusqu’au 30 mars 2026 ou plus … 

dimanche 25 janvier 2026

The Sound Of Silence d'Alondra de la Parra et Gabriela Muñoz

The Sound of Silence est un spectacle difficilement classable, entre musique et théâtre.

Intentionnellement sans paroles pour s’affranchir des contraintes de langues, il est conçu pour être compréhensible par tous, à commencer par les enfants.

Ce public était d’ailleurs nombreux le samedi 24 janvier sous le splendide plafond du Théâtre des Champs-Elysées le soir de la Première et j'ai remarqué une forte affluence de mexicains.

C'était aussi la dernière d’une longue série qui amena les deux artistes conceptrices à faire un grand voyage, depuis le Mexique avec quelques haltes en Espagne, pour finalement achever le périple par la France.

Alondra de la Parra a pris la parole, en français mais poursuivit très vite en anglais. Elle expliqua qu’après 12 ans de travail le spectacle prenait fin ce soir et qu'elle était heureuse d’être ici à cette occasion. On la comprit parfaitement quand elle nous promit : Feel, dream, imagine together, and enjoy now !

Si l’orchestre joue un rôle fondamental puisque la musique est un des trois langages qui sont exploités, les musiciens ne voyagent pas avec le spectacle, à l’exception des deux solistes.

A Paris, ce fut l’orchestre Pasdeloup qui était sur scène, avec une formation de taille impressionnante, comprenant plus de cinquante musiciens. Evidemment au sommet de ce qu’on attendait de la formation malgré un temps de répétition restreint, confirmant combien c'est une référence justifiée dans son domaine. Il faut les saluer parce que très souvent ils jouent alors que leur chef d’orchestre est quasiment dans le noir. Et parmi eux les deux solistes, Yorrick Troman, premier violon et Rolando Fernandez, violoncelle solo qui furent chaleureusement salués.

On notera d’ailleurs la mise en scène qui dès le début considère les musiciens comme des acteurs.

Les musiques choisies sont pour beaucoup familières à nos oreilles (voir liste en fin d'article). C’est toujours avec grand plaisir qu’on reconnaît les premières mesures du Vol du bourdon et qu’on s’interroge sur ce que cet air entraînant va accompagner comme image. Ce fut ce soir une nuée d’oiseaux dont la clown orchestra les trajectoires. Quant au dernier morceau, la puissance nostalgique de la Symphonie no 3 de Brahms a été maintes fois démontrée.

Le jeu expressif est le second langage dans lequel Gabriela Muñoz est reine puisqu’elle est Chula the Clown. Le mot mériterait d’être défini. Certes, elle porte un vêtement rigolo, dans un jaune moutarde un peu criard et le maquillage de son visage est blanc, avec des sourcils re-dessinés au pinceau noir. Certes, elle suscite parfois le rire, mais jamais le ridicule. Et surtout la plasticité de son corps et de son visage sont exceptionnels. On lit sur elle comme dans un livre.

Troisième langage, celui des images, celles qui sont projetées et celles que nous formons dans nos têtes. Parce que le spectacle se déroule à la juste vitesse, laissant au spectateur le temps d’intégrer les concepts qui lui sont proposés et de se forger son opinion.

On se souviendra de la scène devenant un aquarium dont on voit flotter la surface, encombrée de bulles et de déchets de crustacés, de l'ombre du violoncelle sous la cloche installée à cour, basculant comme un coquillage dont il serait la perle, du premier violon jouant en haut à jardin, d'un feu d’artifices au-dessus de la ville, d'une architecture futuriste dont Chula serait le soleil, et de la clown, réfugiée sous son parapluie à l’instar de Marie Poppins, se protégeant de la pluie, place qu’occupera à la fin la chef d’orchestre.

On se souviendra aussi de multiples autres moments parce que les thèmes abordés, en particulier l’altérité, la confiance en soi, et dans les autres, l’amour bien évidemment, mais encore la notion d’entraide, l'écologie, chaque tableau étant traité avec un rapport au public extrêmement soigné et pensé.

Nous avons applaudi régulièrement avec force croyant que le spectacle était terminé, surpris de constater qu’un nouvel épisode s’enclenchait. Il y eu ainsi plusieurs rebondissements. Le plus surprenant fut le moment où Chula distribua des fleurs, choisit quatre spectateurs dans le public et en fit des musiciens.

Son visage apparaissait parfois en gros plan, petit miracle de la technologie.

Je ne remarquera qu'au dernier instant le slogan, caractéristique de l’esprit mexicain : vivir es incréidible, signifiant, au cas où on n'aurait toujours pas compris le message qu'il est un hommage à la vie, tout simplement et qui résonne avec force, comme un SOS qui nous est lancé.
The Sound of Silence
Alondra de la Parra direction artistique et musicale
Gabriela Muñoz Chula the Clown
Orchestre Pasdeloup
Yorrick Troman premier violon
Rolando Fernandez violoncelle solo
Rebekka Dornhege Reyes costumes
Mariona Omedes vidéo 

Programme musical :
Debussy The Little Shepherd, extrait de Children’s Corner
Bartók Concerto pour orchestre (2e mouvement)
Rimsky-Korsakov Le Vol du bourdon
Debussy La Mer (1er mouvement)
Jimbo’s Lullaby, extrait de Children’s Corner
Hamilton In the Belly of the Whale
Weber-Berlioz Invitation à la danse (extrait)
Massenet Méditation de Thaïs
Sibelius Concerto pour violon (3e mouvement)
Prokofiev Symphonie no 1 op. 25 (1er mouvement)
Symphonie no 5 op. 100 (2e mouvement)
Ibarra Las Antesalas del Sueño
Brahms Symphonie no 3 op. 90 (3e mouvement) 

samedi 24 janvier 2026

Déjeuner hivernal chez Vendémiaire

Je connaissais ce restaurant que j'appréciais beaucoup. Apprenant son changement de chef je me suis interrogée sur son évolution. Allait-il poursuivre dans la même direction ou opérer un changement de cap ?

Je suis donc revenue chez Vendémiaire. Le contexte était différent, preuve que les lieux sont modulables.

Etant sans doute plus attentive j'ai remarqué cette fois la mention "Brasserie française" revendiquée sur le rideau et sur chaque assiette. Et pourtant, je viens de vérifier avec les photos que j'avais prises en novembre 2024, elles n'ont pas été changées.

La chef pâtissière Asia Goncalves qui avait magnifiquement clôturé mon déjeuner, avec une Tartelette au chocolat Tulakalum 75%, praliné noisette et grué, est toujours là, et plus encore puisqu'elle exerce davantage de responsabilités, secondant le chef, sans abandonner la conception et la réalisation des desserts.

Je gouterai plus tard une tuile de sa conception qui témoigne du mouvement que l'établissement a entrepris.

Plus discret, mais tout aussi important, la playlist qui est diffusée est désormais uniquement composée de chansons françaises (ou du moins francophones car on entend Céline Dion) et c'est fort agréable. Tout à l'heure j'entendrai Stephan Eicher affirmer sa volonté de déjeuner en paix … histoire d'oublier que les nouvelles sont mauvaises.
J'étudie la nouvelle carte en dégustant (en toute modération comme il se doit, sachant que l'abus d'alcool est préjudiciable à la santé) un des cocktails proposé depuis depuis l'ouverture. Le choix n'a pas bougé parce que les propositions sont très abouties en raison du très grand nombre d'alcools français présents chez Vendémiaire, y compris en digestifs.

J'opte pour le Spritz Pampelle qui, avec un Crémant alsacien et une eau pétillante, est une version 100% française du cocktail si connu, presque galvaudé, et qui ici deviendrait quasi gourmand, accompagné d'une vraie tranche de pamplemousse, avec un peu moins d'amertume que dans la version italienne originale.

Pampelle est distillé à Cognac, à partir d'une variété corse de pamplemousse Star Ruby certifié bio, choisie pour l’intensité de sa couleur et sa saveur. Après macération des fruits, une partie est distillée dans des alambics en cuivre, afin de renforcer les arômes naturels d’agrumes. À ceux-ci sont ajoutés des écorces d’autres agrumes comme le cédrat français (mais aussi du yuzu du Japon et du bigarade d’Haïti) puis de l’écorce de quinine, des bitters de racine de gentiane, et l'eau-de-vie.

Je remarque qu'une formule s'est glissée depuis cette semaine dans la carte, sous le nom évocateur de "Brèves de comptoir", née de la volonté d'innover du chef Jeffrey Quetin.

Pensée pour celles et ceux qui souhaitent manger rapidement sans renoncer au plaisir, cette proposition à 25€ comprend un plat, un verre de vin (ou une autre boisson) et un café, autour des grands classiques bistrotiers français : croque-monsieur, soupe à l’oignon ou encore tartare-frites... Une cuisine sincère, accessible, à savourer sur le très beau marbre blanc du comptoir.
Intriguée, j'interroge un client qui semble se régaler d'une soupe à l'oignon qui à elle seule "vaut le détour". Il n'a jamais rien mangé d'aussi voluptueux, et il est vrai que c'est un plat d'anthologie. Je crois que le souvenir de la première cuillerée restera imprimé dans ma bibliothèque gustative.

Le bar est un espace qui se déploie largement et qui peut, avec une offre spécifique, aura une forme d'indépendance. Celle-ci va se renforcer Avec l'ajout de deux rideaux et d'un panneau de bois qui créeront un espace potentiellement privatisable, pour un évènement ou un after-work.
Un autre mord avec appétit dans un croque-monsieur. Invitée à en partager un morceau je comprends ce que Vendémiaire Nadd-Mitterrand (en photo en tête d'article avec Eloi Poch, son directeur de salle) entendait lorsqu'il m'avait annoncé qu'il voulait inscrire "un croque-monsieur intéressant".

Le pain est "signé" Jean-Luc Poujauran, taillé dans la grande largeur du pain, jambon et Comté sont fournis par Chatin. Il est sans béchamel, travaillé avec un beurre foisonné mi beurre demi-sel mi beurre doux, bien marqué, avec une croute colorée finie au four, gourmand et généreux, et un tour de moulin à poivre au dernier instant.
Me voici préparée à découvrir la cuisine du nouveau chef. Jeffrey Quetin (ci-dessus) a travaillé aux côtés de plusieurs chefs étoilés en Belgique et à Paris, notamment chez Maison Rostang**, L’Orangerie** du George V et Le Gabriel*** à l’Hôtel La Réserve, dont il était sous-chef. Je comprend qu'on lui ait confié les rênes de Vendémiaire pour y faire triompher la cuisine française avec exigence, en conciliant tradition et création et je suis impatience d'en découvrir l'interprétation.

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