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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mercredi 10 juin 2026

Ouverture du Fonds Enki Bilal au 22 rue Charlot - 75003 Paris

L'ouverture du Fonds Enki Bilal a eu lieu ce matin, en avant-première, avec une certaine émotion tout autant qu'une joie palpable.

C'est un nouvel endroit que l'on désignera bientôt sous son acronyme, FEB. Je vous recommande d'acquérir le catalogue "Le fond est la forme" bien qu'il déborde le cadre de l'exposition parce que Clémentine Hustin y a travaillé longuement en amont, avant même d'avoir déniché l'espace qui n'est pas une galerie et où rien n'est à vendre, à l'exception d'une lithographie qui est accrochée à l'entrée, un peu à l'écart. Comme elle l'annonce fort à propos l'accrochage, en croisant les techniques, les périodes et les thèmes, met en lumière la richesse, les évolutions et les tensions qui façonnent son travail.
Le hasard est comme toujours amusant : les deux premières toiles de l'accrochage s'appellent Flying Above et Swimming above Fuji-Yama, 2015. Nous sommes au coeur d'un quartier historique, attirant désormais de multiples boutiques et restaurants revendiquant la "meilleure" cuisine japonaise, à deux pas du marché des Enfants Rouges, dans l'ancienne galerie de Denise René, une pionnière en matière d’art abstrait et cinétique, particulièrement avec Vasarely.

Enki Bilal a pris la pose près de l'immense sculpture, Auto-lui-même, un buste de 600 kilos, sculpté par Alban Ficat (unique artiste non japonais à avoir réalisé une sculpture du Studio Ghibli), réalisé par la Fonderie d’art Rosini à Bobigny, appelé à devenir le totem du lieu. Elle ne devrait pas rester seule car son pendant féminin est en projet, illustrant combien la notion de couple est déterminante dans l’œuvre de l’artiste.

Un modèle "réduit" a été moulé par Arnaud Briand, Meilleur Ouvrier de France, au Pré-Saint-Gervais. Le FEB en a été édité 300 exemplaires en plâtre composite noir carbone dont le numéro 1 a été installé dans une niche de l'entrée.

L'artiste est sérieux mais c'est pour mieux masquer l'émotion. Ce fut un grand plaisir de suivre la visite guidée qu'il a faite, ému mais très souriant, commentant, souvent avec un humour très fin, plusieurs de ses oeuvres, toujours avec sincérité, comme s'il les redécouvrait (alors que je parie qu'il a validé chaque cartel, un à un). Il émane du tout une parfaite cohérence -quasi obsessionnelle- dans sa thématique, si bien que deux heures plus tard on ne peut plus le qualifier "d'inclassable", même s'il est une classe à lui tout seul.

Nous sommes donc au sein du Fonds Enki Bilal, à propos duquel l'artiste insiste sur l'orthographe car la lettre "s" change tout. Le mot désigne un ensemble de biens mobiliers et ne signifie ni "totalité" ni "fin". La culture est très en danger, mais elle existe encore. L'accélération des choses risque de mener à un mur alors nous … on accroche (sous-entendu sur le mur). Je n'ai pas mis un centime dans l'affaire, mais bien sûr toute mon énergie et mes originaux.

Interrogé sur ce point il conviendra que comme tous les dessinateurs il a beaucoup vendu, pour mieux vivre, même si avec le recul on peut dire que les prix étaient dérisoires. Parce que la bande dessinée n'était pas encore un art reconnu. Il nous a rappelé un moment charnière, lors d'une vente chez Artcurial, qui a fait entrer véritablement le 9 ème art dans le monde de l'art contemporain.
En effet, une de ses toiles intitulée Bleu Sang s'est vendue 176 910 euros en 2006 dans cette maison de ventes aux enchères. Je signale que ce n'est que depuis octobre 2022 que l'Académie des beaux-arts a ouvert une section de gravure et dessin.

mardi 9 juin 2026

Ce que je conseille au Festival d'Avignon 2026

Je recule depuis quelques jours le moment de donner mes suggestions pour le festival d’Avignon. Parce que la vastitude de l’offre rend l’exercice plutôt absurde.

Mais n’étant pas du genre à me dérober, je vous dirai les spectacles que j’ai aimés et qui, de mon point de vue, sont des valeurs sûres. Ensuite je listerai quelques-unes des créations que je caserais dans mon agenda si j’allais au festival.

La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob est un de mes favoris mais je vous préviens que toutes les séances affichent déjà complet. Si vous êtes parisiens la bonne nouvelle est sa reprise au Théâtre Montparnasse à partir du 29 août.

De toute évidence et dans des genres très différents je peux vous recommander 22 minutes, Bollywood Boulevard, Louison et Monsieur Molière, Génération Barber, Dessiner encore, L’école des femmes, Au coin de ma rue

Et puis Made in France, Etre ou ne pas être aux Corps Saints, interprété par William Mesguich qui joue aussi Des fleurs pour Algernon au Théâtre du Roi René et Gauguin-Van Gogh au Théâtre des Gémeaux où est également programmé Une femme à la mer, et où se donneront aussi Le procès d'une vie, Pourquoi les gens qui sèment et N.O.U.B.A., le dernier spectacle musical des Divalala.

Comment ne pas suggérer aussi Gagnant-Gagnant, Juste Irena, Catoch (qui alterne 3 spectacles d'humour) … ? Je pourrais en donner d’autres mais ils n’en sont pas à leur premier festival, loin de là et on va estimer que je radote.

Avec cette douzaine de cartes vous avez de quoi faire. J’aurais beaucoup aimé suivre toute la programmation du Théâtre des Doms, très tentante cette année, voir Jean-Paul Farré dans Mon roi Lear à l’Ancien Carmel, le Cabaret mythique des Mauvais élèves au Petit Louvre où je serais restée aussi pour Le Spoutntz (mise en scène Delphine Depardieu et Arthur Cachia).

Atelier Théâtre actuel est une halte indispensable. On y jouera L’affaire Petiot, la dernière création de Charlotte Matzneff (qui est la femme qui …) et Ne t’arrête pas de courir (d’après le roman de Mathieu Palain). Tigran Mekhitarian sera dans la peau de Romain Gary pour La promesse de l’aube à La Factory-Roseau Teinturiers (et met aussi en scène l’Avare au théâtre du Chêne noir).

J’aimerais voir la création des Figurants de Delphine de Vigan, mise en scène Valérie Donzelli parce que ce sont deux femmes que j’admire profondément. C’est à La Scala Provence, comme Bigre, Circus Baobab (et encore Croire aux fauves avec Constance Dollé qui aurait pu entrer dans la première liste). Bien sûr A la folie de Catherine Loeb au Roseau-Teinturiers. Je me laisserais tenter par Polar polar au Roi René, et j'en profiterais pour voir aussi Anatomie d'une actrice, qui n'est pas une création mais c'est un des intérêts d'Avignon de pouvoir voir des grands succès qu'on a manqués.

Je ne peux pas être exhaustive et il est probable que j'ai aimé des spectacles que je n'indique pas et qui sont reprogrammés cette année. Vous pouvez faire une recherche par titre dans le rectangle blanc en haut de la colonne de droite du blog.

Dans la présente publication chaque titre de spectacle vous renvoie sur la critique que j'en ai faite. Je ne mentionne par contre pas cette année les horaires, ni tous les lieux, parce qu'il faudrait aussi indiquer les jours de relâche, les périodes d'exploitation, les roulements entre jours pairs/impairs ou première/deuxième quinzaine. Consultez le site de mieux en mieux conçu d'année en année du festival Off. Vous pourrez aussi parfois y visionner des extraits.

Je sais combien l'établissement d'un programme est complexe sachant qu'il y a 229 salles rien que pour le Off. On peut y travailler plusieurs jours surtout si on ne reste pas longtemps et qu'on veut combiner le maximum. Il faut être vigilant aux durées, au temps de marche entre deux théâtres (l'usage d'un vélo est idéal), à la nécessité éventuelle de prendre une navette, à se ménager un temps de pause pour grignoter à l'heure des repas, sans compter qu'il est préférable d'alterner les styles. Il est agréable de terminer la soirée par un spectacle musical.

Dans le In je suis intéressée par Bunker, la nouvelle création de Marion Siéfert (qui sera au festival d'Automne) et très tentée par le spectacle itinérant de Thibault Perrenoud bien que le thème d'Hamlet me semble un peu usé. Et si ce n'était pas le cas ? Après avoir successivement mis en scène ce drame pour quinze, neuf et cinq acteurs, le voilà qui propose maintenant une version qu'il dit être à l’os de la tragédie, mais aussi furieusement joyeuse, aussi brute que jubilatoire, où trois interprètes se partagent tous les rôles.

Je me rattraperai à l'Azimut de Châtenay-Malabry qui le programme la saison prochaine ainsi que Le pas du monde (qui est en toute fin de festival dans la Cour d'honneur) parce que j'apprécie les prouesses acrobatiques du Collectif XY.

Article illustré par une photographie prise pendant le festival en 2019.

lundi 8 juin 2026

Nouveaux accords avec deux vins gris des Coteaux du Vendômois, 100 % Pineau d’Aunis

C'est le moment des vins Gris des Coteaux du Vendômois, produits 100 % du Pineau d’Aunis, cépage rare, particulier, unique et spécifique à sa région.

Aujourd’hui, il n’est d’ailleurs plus guère cultivé que dans cette région - mis à part quelques communes de la Vallée du Cher… car le Cabernet franc l’a supplanté en Anjou. Sa production se répartit sur 140 hectares sur l’aire géographique de l’AOP Coteaux du Vendômois et Vins de Pays (41).

J’ai eu la chance aujourd’hui de pouvoir déguster et faire des associations avec deux d’entre eux :
- Le Gris Bodin 2025 domaine Colin Coteaux du Vendômois BIO
- Le Gris 2025 de Pascal Creuzet des Caves aux Caux

Pierre-François Colin est issu d'une longue lignée de vignerons puisqu'il représente la 9ème génération. Il réussit à maintenir de bons rendements et à maîtriser le mildiou sur les 28 hectares de vigne, sauf en 2021 parce que le gel fut exceptionnel cette année là. Leur spécificité par rapport aux autres vignerons est de ne pas être polyculteurs et longtemps ils furent les seuls en bio. C'est un domaine important puisqu'il exploite un tiers du territoire de l'appellation.
La robe est plutôt foncée pour un gris, rose saumoné, brillante. Le nez est minéral et frais, avec de jolis arômes fruités de fraise, framboise et surtout groseille. La bouche est fondue, gourmande et fraîche avec une petite note mentholée. Il est charnu, avec une belle longueur, sans doute parce qu'il est issu de vieilles vignes plantées en 1920. J’ai choisi de le servir en entrée sur une assiette de fraise, melon, concombre, batavia, relevée d’une vinaigrette composée tant pour tant de jus de citron, huile d’olive et miel, avec un tour de moulin de poivre. Ceux qui aiment pourront ajouter des lamelles d’amande torréfiées.
J’avais préparé en complément des fleurs d’hémérocalles farcies d’un mélange de chèvre frais et de fromage blanc, relevé de menthe douce et de ciboulette. C’est Patricia Laigneau qui m’avait initiée à cette gourmandise dans les très beaux jardins de son château du Rivau. On trouve ces fleurs dans beaucoup de jardin et très franchement c’est un régal. Il suffit de rincer la fleur, l’égoutter, retirer le pistil, remplir avec une cuillère à soupe de farce, resserrer les pétales et fermer en nouant un bin de ciboulette. Quant à la sauce, elle est reprise d'une recette du dernier livre de Lorraine Fouchet.

La robe du second Gris est beaucoup plus claire, évoquant le jus d’une pêche blanche, et correspond davantage à la représentation mentale qu’on se fait de ce vin, ce qui n’est pas un jugement de valeur de ma part. Le nez est lui aussi frais mais le côté fruité tire plus vers la pomme et la poire, avec une note citronnée. La bouche est équilibrée entre fruit, fraîcheur et des épices comme la muscade ou la cardamome. C'est un vin souple, fort agréable.

L'étiquette, fort charmante, quasi romantique, montre la cave telle qu'elle était en 1789. Le nom du domaine fait référence aux remarquables caves percées dans la plaine à même le tuffeau, ayant servi pendant la deuxième guerre mondiale d'abris anti-aériens, et de stockage pour les vignerons.

Pascal Creuzet y pratique une viticulture raisonnée. L’ensemble de l’exploitation est labellisée HVE (Haute Valeur Environnementale), et les vins sont vinifiés avec leurs levures naturelles et le minimum d’intrants.
J’ai associé ce Gris avec un poulet fermier au curry et au lait de coco, avec du riz basmati. Le plat a séduit la tablée. Le secret de la cuisson tient au fait que j’ai utilisé la cocotte Mathon (que j’ai présentée ici), sans aucune matière grasse. La viande a mijoté sur un épais lit d’oignon, avec laurier, branche d’origan et de thym, auxquels j’ai ajouté une tomate. Le poulet était coupé en morceaux mais j’avais (c’est bien meilleur) laissé les blancs sur la carcasse). Lorsqu’il fut bien cuit je l’ai retiré de la cocotte et ai mixé le jus de cuisson avec les oignons et la tomate. J’ai ajouté diverses poudres de curry que j’apprécie particulièrement comme le curry des Philippines, du gingembre, du citrus pepper, et je recommande une pointe de cannelle si vos invités n’y sont pas rebelles. On termine avec une briquette de lait de coco.

On sert la viande arrosée de la sauce, et le riz à part. J’ai ajouté des amandes torréfiées parce que c’est comme on dit "trop bon".
Cette cuvée s’accorde aussi avec un saumon grillé sur le barbecue, et conviendra même à des fromages, faisant de ce Gris des Caves aux Caux une valeur sûre de l’été, avec un remarquable rapport qualité/prix.

dimanche 7 juin 2026

Louison et Monsieur Molière, première mise en scène d’Axelle Masliah

Le mois Molière s'est ouvert avec Louison qui fut un très grand succès en tant que roman pour la jeunesse (Louison et Monsieur Molière de Marie-Christine Helgerson chez Flammarion Jeunesse).

C'est la première mise en scène d’Axelle Masliah après six ans d’assistanat, notamment à la Comédie Française.

Cette histoire vraie raconte le parcours d’une fille de comédiens pour qui Molière écrira un rôle dans sa dernière pièce avant de mourir, Le malade imaginaire. Le dramaturge lui transmettra sa passion pour le théâtre. Elle y gagnera son émancipation.
J’ai beaucoup aimé ce spectacle qui pour moi est un bijou, fort réussi s’agissant particulièrement d’une première mise en scène et qui marquera cette édition 2026 "trentième anniversaire" dont François de Mazière a raison de souligner le rôle de donner la main aux nouvelles troupes.

Le public s’est accordé à encenser Marjorie Dubus qui est une Louison parfaite (comme elle l’était déjà dans le rôle de Cécile Volanges dans Les liaisons dangereuses). Par contre je n’ai pas entendu l’unanimité à propos du jeu de Louise Rebillaud qui endosse le rôle difficile de sa mère. Certains ont été choqués par, disons-le, son hystérie au début de la pièce. Je les renvoie sur le texte. Qu’ils lisent les didascalies et ils constateront que l’auteur exige d’elle des preuves de mauvais caractère, ce qui rend plus savoureux son changement de comportement à la fin, quand elle témoigne affection et reconnaissance à sa fille. Le temps où elle la jugeait laide, la comparant à un singe (d’où l’idée d’imiter cet animal pour attirer l’attention de Molière) est bien révolu.
J’ai lu la pièce in extenso et je n’en ai que plus apprécié la mise en scène et les parti pris dramatiques de cette histoire vraie, quoique méconnue, de la rencontre et de l’amour filial entre une jeune actrice et une icône du théâtre.
Louison, 10 ans, est une fille de comédiens lyonnais qui ne trouve pas sa place entre une mère autoritaire et un père effacé. Quand ses parents sont engagés par le Roi Soleil pour rejoindre la troupe du Palais Royal à Paris, celle de Molière, c’est une rencontre bouleversante entre elle et l’icône. Molière lui écrira le rôle de Louison dans sa dernière pièce avant de mourir : Le Malade Imaginaire. Pour la jeune enfant, c’est décidé, elle sera comédienne. À travers leur passion commune pour le théâtre, ils vont se donner à chacun ce qu’il leur manquait jusqu’alors : la transmission pour l’un, l’émancipation pour l’autre. Un amour filial est né.
Cependant, le rêve de Louison va se voir confronté à la dureté du monde des adultes. La mort fulgurante de son mentor, les dictats de la société, les portes qui se ferment et les injustices vont forger sa détermination à rejoindre la Comédie-Française, 10 ans plus tard, à nouveau aux côtés de ses parents, désormais soutenants, et de son véritable amour. Conquérante, elle tiendra parole à l’enfant qu’elle était, en refusant sa condition et revendiquant ses désirs.
Axelle Masliah connait bien la Comédie-Française où elle a fait sa première collaboration à une mise en scène à l'âge de 22 ans. Comédienne, adaptatrice, désormais metteuse en scène à art entière, la jeune femme cumule (elle aussi) les talents. Sans compter qu'elle est aussi musicienne et chante très joliment.

Sa volonté de respecter la vérité du XVII° siècle sans que le regard du XXI° ne le fige dans un vernis trop lisse est tout à fait atteinte. On s'amuse par exemple à reconnaitre les premières notes du générique de Mission impossible joué à la guitare par le père de Louison.

La pièce démarre dans un décor recouvert par de grands draps, comme avant un lever de rideau, prête à être dépoussiérée. Antoine Milian est connu pour ses collaborations avec Jean-Philippe Daguerre et Charlotte Matzneff. Il a imaginé un dispositif permettant de rapides changements de lieux et d'atmosphères. Son clavecin-tremplin devenant plus tard aussi table ou calèche est une heureuse surprise. A jardin s’empilent tableaux et cadres inquiétants du grenier.

On pouvait faire confiance pour les lumières à Philippe Lagrue, directeur technique à la Comédie-Française pendant plus de 30 ans. J'ai aimé la re-création d'un aspect bougie et les ombres chinoises.

Il y a un formidable travail sur les costumes effectué par Maxence Rapetti-Mauss qui, ayant l'habitude de travailler aussi pour l’opéra, la comédie musicale, la mode et le cinéma a joué avec les références vestimentaires pour composer 15 personnages hauts en couleurs tout en rendant possible de très rapides changements de costumes car ils ne sont que 6 comédiens.
En voici deux exemples avec la réparation du buffet par Guillaumette et Colin pour le jour de la première quand Louison apparait maquillée. Et celle du pensionnat catholique (qui donne l'occasion d'une scène de théâtre d'objets très précis)
C'est aussi une réflexion le métier d’acteur car apprendre un rôle par cœur ne suffit pas tout autant que sur la place du théâtre dans la société de l'époque : Tu ne diras surtout pas que tes parents travaillent au théâtre. Les comédiens sont considérés comme des amuseurs de foire. Et les religieuses jugent que c'est un péché. Tu serais renvoyée tout de suite.

Plus loin on apprendra que Madeleine pourra être enterrée à l'église parce que juste avant de mourir, elle a renoncé à sa vie d'actrice évitant le sort des comédiens. Exclus et jetés dans la fosse commune comme des moins que rien.

Ce spectacle rend admirablement compte de l’état d'esprit, alors que les comédiens étaient bannis par l’église catholique. La mère dominatrice, la notion troupe, le dévouement de Molière, le rôle de la nourrice, l’illettrisme, même chez les artistes (Jean sait lire et fait apprendre ses scènes à sa femme). 
Alors était-ce Mission impossible de devenir actrice ?

Le personnage de Molière nous en apprend les difficultés. Où pourrais-je parler en toute liberté des problèmes du théâtre et de ses finances ? Je n'oserais pas me plaindre auprès du Roi que le prix de mon blanchissage a augmenté comme celui de mes rubans (…) Je me demande parfois si je suis un financier ou un directeur de théâtre. La Cour n'en finit pas d'être exigeante et le Roi semble ignorer que je dois payer mes acteurs.

Jean approuve : C'est un peu la même chose dans notre famille. Jeanne est toujours exigeante. Et le luxe lui plaît. Louison, elle, n'a qu'une idée : Je voulais savoir qui s'inquiéterait pour moi. Monsieur Molière, est-ce que vous avez eu peur de me voir par terre, autant que si c'était du bon théâtre ?
La crise identitaire de Louison est universelle. Alors qu'elle s'estime laide, surtout lorsqu'elle se compare à sa mère et à ses portraits qui encombre le grenier son père tente de la rassurer :  Je ne te trouve pas laide, Louison. Plutôt charmante, en fait. Quelquefois, tu es triste, inquiète, fâchée. Mais, c'est normal ça. Les acteurs ont toutes sortes de sentiments. Ne t'inquiète pas. Dans les comédies, ou dans les tragédies, tu trouveras une place. Tu es notre fille. 

Jeanne, toujours autocentrée, est encore très loin de la comprendre : La sensibilité des acteurs est fragile comme du cristal. Cette enfant brise la mienne.

Par contre Louison surprend sa mère attentive au chagrin de Molière lui annonçant la mort de Madeleine (la soeur d’Armande) et c'est le début d'un retournement des forces en présence. Frosine tempère, à son habitude, et fait une juste analyse de la situation : Le théâtre c'est comme une mosaïque. Madeleine s'occupait de tous les petits carreaux et y ajoutait des couleurs uniques. Elle savait lire les âmes. M. Molière l'adorait. C’est grâce à elle s’il est devenu comédien.  

samedi 6 juin 2026

EIAO de Marin Ledun

Marin Ledun est né en 1975 à Aubenas (Ardèche). Il est romancier, essayiste et auteur de pièces radiophoniques français. Il écrit depuis une vingtaine d’années et on le considère comme une figure majeure du roman noir français, avec pour terrain de prédilection la violence institutionnelle. Et pourtant, sans la présence de EIAO dans le catalogue du Prix Hors Concours que j'ai annoncé il y a quelques semaines je serais passé encore un moment à côté de lui.

Son œuvre s’inscrit de plus en plus clairement dans une littérature engagée, ancrée dans les réalités économiques, politiques et environnementales actuelles. Leur âme au diable (2021) était long de plus de 600 pages pour dénoncer le lobby du tabac. Cette fois le texte est extrêmement resserré, en dessous de la centaine de pages, mais suffisantes pour exhumer un épisode oublié des essais nucléaires qui ont meurtri les Marquises dans les années 1970, après quatre siècles de destin tragique marqués par le colonialisme qui nous est rappelé page 29 et qui, sincèrement font honte : les maladies transmises par les colons, la prostitution, la conversion de force au catholicisme, le bagne, l'interdiction de la pratique artistique du tatouage et des danses traditionnelles.

Comme si ces exactions ne suffisaient pas, les dérives se sont poursuivies au détriment des populations et de la terre en en faisant le théâtre d’essais nucléaires aériens qui ne cesseront qu'en 1996.
Simone Hauata, dix-neuf ans, quitte pour la première fois sa baie natale d’Anaho. Elle débarque en 1972 à Eiao, une des îles des Marquises, embauchée comme cuisinière pour les ouvriers qui travaillent au forage de la terre pour le compte de l’Arvecom. Très vite les rumeurs prétendent que l’entreprise a des liens avec les essais nucléaires que la France mène dans la région, sinon pourquoi y aurait-il tant de légionnaires à surveiller la zone et empêcher tout contact avec l’extérieur ? Certains ouvriers ne sont pas dupes et s’organisent pour essayer de saboter les forages qui détruisent l’île et ses voisines tout en mettant en danger leurs habitants. C’est le cas de Tahi, dont s’épren la jeune femme qui, elle aussi, va entrer en résistance.
EIAO est un titre bref qui dit l’essentiel en résonnant comme un nom de code. Ce qui est très beau c’est l’écriture de Marin Ledun, à la fois concise et poétique, utilisant autant que possible un lexique emprunté à la langue mā’ohi si bien qu’on oublie que le texte a été conçu par un métropolitain qui, d’ailleurs, est né quelques années après les faits. Il faut dire que depuis 2016 et deux séjours à l’occasion de salons du livre dans les îles de Nuku Hiva et Ua Pou, il revient régulièrement aux Marquises et ses deux précédents romans se déroulent dans le Pacifique Sud. Il espère pouvoir continuer de développer des personnages et des histoires ancrés dans ce vaste territoire.

À la fin, Eiao devient un tombeau préservé du feu nucléaire, la promesse d’une fosse commune pour chair contaminée ailleurs, et désormais, aussi, une décharge (p. 78), ce qui n’est pas à proprement parler une fin heureuse. Connaitra-t-on un jour le nombre de victimes qui furent irradiées en Polynésie au nom de la grandeur de l’Etat colonial français ? Sans compter les dégâts sur la faune et sur la flore.

EIAO de Marin Ledun, Au vent des îles, en librairie depuis le 9 janvier 2026
Sélection Hors concours 2026

vendredi 5 juin 2026

Au coin de ma rue, un spectacle qui interroge le point de vue

Je suis allée voir (et écouter) Au coin de ma rue, en avant-première du prochain Festival d’Avignon où il sera programmé par le Théâtre des Doms à Villeneuve en scène du 10 au 20 juillet 2026.

L'aventure a été présentée, après plus d’un an de préparation, au public pour la première fois les 19 et 20 avril 2025, lors du Festival des Arts de la Rue de Huy (Wallonie, Belgique) qui est entièrement gratuit. Le système est désormais bien rodé.

La bande (de joyeux drilles) jouera cet été la formule "Centre culturel", c’est à dire trois fois une heure pour 30 spectateurs chaque fois (sur réservation). Au-dessus de la cabine, une série de chiffres indique si le public aura droit à 3, 4, 5, 7 ou plus d'épisodes.

Voilà un spectacle pour lequel il est impératif que vous réserviez votre place au plus vite, parce que la jauge n’est que de 30 personnes et que cette expérience va, forcément, interroger le regard que vous portez à une scène apparemment banale.

Si vous vouliez en vivre tous les épisodes (un par siège), et qu’il n’y ait que 3 sièges vous auriez 6 combinaisons différentes. Avec 5 histoires on passe à 120. Avec 10 le compteur monte à 3 628 800. Avec 30! (Factorielle 30) on dépasse le milliard de milliard. Autant dire que la probabilité que 2 spectateurs suivent le même parcours est proche de zéro. Et pourtant nous allons partager une expérience à propos de laquelle nous pourrons échanger notre ressenti en nous comprenant.
Nous sommes accueillis, un par un, très chaleureusement par Vincent ZabusNicolas Turon et Valentin Demarcin (le jour de ma venue).

Nicolas, en pull marin, multiplie les blagues, interpelant le public qu'il fait patienter sur le long tapis rouge. Impossible de s'y ennuyer ! Valentin mémorise le prénom de chacun, ce qui lui permettra de faciliter nos déplacements entre les scénettes. Il nous enseigne le fonctionnement du casque bien que le sien ne soit pas relié. C’est simple prenez le casque en dessous de votre assise. Vous avez ici (il mime l'endroit sur son casque -non relié je le répète-) une molette pour en régler le son. Mon voisin ne la trouve pas. Elle est à mi-chemin du cordon, c'est l'amie-molette (ou mimolette). Les belges sont champions en surenchère de jeux de mots.
Le gradin de trois rangées de dix places est installé face à un coin de rue. Toutes les sept minutes, un personnage (Simon Wauters le jour de ma venue) traversera l‘espace public qui compose le décor grandeur nature, devant les spectateurs. Si l’individu effectuera une unique et identique suite de gestes ordinaires, toujours les mêmes, chaque spectateur, muni d’un casque, entendra une histoire différente. Chaque "histoire sonore" éclairera le personnage d’une lumière différente.

A chaque place correspond donc un récit unique, un univers sensible, profond ou léger. Vais-je choisir Solo, le Petit Chaperon Rouge, Mourir demain, La Forêt de l'Esprit ? Valentin conseille une jeune femme : Commence pas sur Instrumental. Elle est super mais … Il me suggère Relaxatif. Je triche un peu en me dirigeant vers le disque rouge correspondant au Maladroit Sentimental, parce que je me souviens très bien de la BD correspondante, découverte dans Spirou (ainsi que deux autres, mais dont j'ai oublié le titre). Je vais pouvoir vérifier la puissance du concept.
Chacun entend la même introduction musicale, The Girl from Ipanema, et  ce qui est drôle c’est que cette chanson a été inspirée par Heloísa Eneida Menezes Paes Pinto, âgée de 17 ans à l'époque, qui avait pour habitude de passer à côté du bar de plage Veloso pour profiter de la mer et du sable chaud. Elle vivait à Ipanema (Rio de Janeiro), mais j’ignore si, comme le personnage principal du spectacle, elle arrivait de la droite.
Le voilà déjà qui surgit … mais ce n'est qu'une illusion, on le comprend vite. C'est que la rue est plutôt passante et elle n'est pas fermée aux parisiens qui vaquent à leurs occupations, à pied, en poussette, à vélo, seul ou en famille. Certains nous ignorent, ou font semblant de ne pas nous voir. D'autres ont le sentiment de gaffer et se pressent soudain. Mais, concentrons-nous, ça commence vraiment.
Je connais l'histoire. Je sais qu'elle est humoristique mais pas franchement drôle. Je remarque un spectateur au second rang faire des gestes bizarres. Mais, dans mon casque, l'histoire est tellement raccord avec ce que je vois que j’oublie que nous n’entendons pas tous la même chose.

Le voilà qui s'en va. C'est déjà fini. Les spectateurs sont invités à changer de place pour écouter une nouvelle histoire. Je voudrais essayer autre chose de différent. T’aimes bien les trucs gore ? Prends Le dépeceur de Mons, c'est très drôle. Saisie d'un doute j'échoue sur L'instrumental pendant que la rondelle rouge est libre.

Des rires éclatent à côté de moi. Je suis un peu jalouse. Un vélo passe. Deux. Il pleuviote. Je ne me souvenais pas du quidam assis sur le banc. Ai-je été distraite la première fois ?

jeudi 4 juin 2026

Rencontre avec Amélie Nothomb, Juliette Nothomb et Laureline Amanieux

La médiathèque de Châtenay-Malabry était à l'origine d'une rencontre autour d'Amélie Nothomb qui eut lieu à la fin du mois de mai dernier en compagnie de sa soeur Juliette, également écrivaine et de  Laureline Amanieux, avec qui elle entretient une relation d'amitié depuis 25 ans.

La manifestation était organisée à l'initiative de Céline Chambon, Responsable du secteur adulte et de sa collègue Dominique, avec le concours de Michèle Lablache Combier, la libraire des Pêcheurs d'étoiles de Fontenay-aux-Roses, ouverte depuis l'été 2019 dans l'ancien Bureau de Poste, où Agnès Varda tourna une des scènes du film Le bonheur (que j'ai chroniqué ici).

Les trois invités furent très intéressantes. Amélie Nothomb est une personne très agréable, extrêmement souriante, s'exprimant avec une franchise exceptionnelle, et un humour singulier. Bien entendu, politesse des reines, elle était arrivée à l'heure, cheveux sobrement nattés, accompagnée de sa soeur Juliette et de Laureline Amanieux, une autrice journaliste qui la connait très bien. Elle a corédigé un livre avec Amélie sur le Japon et fait notamment un portrait d’elle pour France 5. Ce fut elle qui mena l'entretien.

Les deux soeurs ont une sensibilité littéraire affirmée, quoique singulières. Amélie est incisive, originale et son oeuvre est déjà très abondante. Juliette est vive, attentive, gourmande, y compris en cuisine. Je donne à la fin les titres de leurs derniers ouvrages.

Amélie Nothomb a pu surprendre quelques-uns d’entre nous en disant qu’elle était née dans la conviction qu’elle était japonaise, ne distinguant même pas une langue de l'autre. Cette certitude n’était pas unanimement partagée mais la petite fille y croyait totalement. Nous devinons combien son amour pour ce pays est grand lorsqu’elle affirme que le Japon ne ressemble à aucun autre pays. Ses souvenirs sont très précis. Notamment à propos des lieux où elle a vécu avec ses parents. Nous avons habité d'abord à Kobé dans une vraie maison citadine, très petite, avec pour tout jardin juste un pot de géranium. Je vais alors dans une école américaine, plutôt laxiste. Nous avons appris la nostalgie très tôt, par les déménagements successifs.

J'ai été arrachée à ce pays à l'âge de 5 ans et ce fut l'évènement fondateur de ma vie. Elle n’a de cesse d’y revenir. À 21 ans elle achète un aller simple pour Tokyo où elle retrouve toutes ses racines à ceci près qu’elle commence à prendre conscience de son erreur quant à son identité qui se révèle être fausse. Je me suis enfuie piteusement à 23 ans (de mon travail et de mes amours). Je reconquiers désormais cette identité, certes fracturée.

Elle a co-écrit avec Laureline Amanieux Le Japon éternel, voyage sous les fleurs du monde flottant (2024), un beau livre richement illustré d’archives en noir et blanc, où il est question de beauté, de paysages, de nature, On apprend dans le premier chapitre consacré au shintô, qu’il est le seul courant de pensée, né au Japon, avec pour précepte tout ce qui est beau est Dieu. Le sacré peut être partout, pourvu qu'on place au bon endroit le "tori", une porte rouge qui en marque l'entrée.

Sa maman est restée longtemps dans l'ombre de son père, auquel elle consacra un roman. Elle décède le 11 février 2024 et Amélie confie qu’elle est alors incapable de le dire parce que la souffrance la rend muette. Je ne connais qu'une solution : consacrer un livre au problème mais il m'est impossible d'écrire à la première personne du singulier. (…) Les neuf dixièmes relèvent du conte mais le reste a vraiment existé. Sa soeur dira qu’elle a compris que tout était vrai et qu’à la fin, comme chacun, elle a pleuré.

mercredi 3 juin 2026

Etre ou ne pas être de et mis en scène par William Mesguich et Rebecca Stella

Il me semble que William Mesguich m'avait confié il y a trois ou quatre ans son intention d'écrire un spectacle sur son enfance, son lien avec le théâtre et ses relations avec son (célèbre) père. Je savais aussi qu'il voulait absolument que ce soit l'occasion de montrer son potentiel humoristique.

Je ne suis donc pas surprise par le contenu de Etre ou ne pas être que j'ai beaucoup aimé, tout en étant persuadée qu'il n'est pas nécessaire de connaitre la famille Mesguich pour l'apprécier.

On pourrait dire que c'est  l’histoire d’un petit garçon qui rêvait de devenir footballeur professionnel alors que son père ambitionnait de faire de lui un comédien.

L'enfant est soutenu par sa mère au-delà de ce qu'on peut imaginer. Son père, et c'est remarquable, ne cherche pas à le dissuader et à lui mettre des bâtons dans les roues de son rêve. Celui-ci se brise sans aucune intervention familiale. Un accident terrible ruine l'avenir sportif de l'adolescent. Son destin prend alors  "naturellement" un autre tournant. 

William a tout petit fait l'expérience du théâtre. La scène est un "terrain de jeu" qui lui est familier. Il a un atout formidable, une mémoire exceptionnelle qui lui facilite l'assimilation des textes. La personnalité des metteurs en scène pour qui tout le monde éprouve un immense respect ne l'effraie pas. Il les connait depuis sa plus tendre enfance, ce qui ne signifie d'ailleurs pas qu'il n'éprouve pas de respect.

Chez les Mesguich, le père joue au théâtre, le fils joue au football. On peut dire que dans les deux cas c’est une affaire de troupe et d’exhibition devant un public. Daniel, le père, a une définition très ironique du sport  … que je partage volontiers parce que je n’ai jamais compris ce qui motivait à courir à perdre haleine d’un côté et de l’autre d’un terrain en essayant de chiper un ballon à ceux qui cavalent dans l’autre sens. Mais, tout comme lui, je respecte les gens que ça réjouit.

Il a sans doute appelé son fils (unique) William en référence au grand auteur anglais et en rêvant qu’il serait, comme lui, un artiste accompli. Il le pousse sur les planches dès son plus jeune âge. Mais l’enfant a d’autres rêves et ce qui est formidable c’est que la famille respecte sa volonté. On supporte que le long couloir de l’appartement de la rue de Flandres devienne un terrain d’entraînement tout comme on endure que le salon soit un espace de répétitions enfumé.

La prestation de William est jouissive pour qui connait la famille. On retrouve les traits de caractère que l’on a remarqués chez sa mère, qui ne passe pas inaperçue, elle non plus, et qui reste sa première supporter. On se représente tout à fait son père, qui le soutient sans faille alors que manifestement il n’a aucun goût pour l’exercice sportif, encore que marcher avec des santiags en soit un.

La surprise vient de l’humour qui nappe l’ensemble de ce seul-en-scène où William joue tous les rôles et joue (aussi) au football, nous prouvant par là qu’il aurait pu se placer dans la lignée de Platini si ce terrible accident ne l’avait pas amené à effectuer un revirement radical.

Je ne sais pas si le théâtre peut se révéler aussi dangereux qu’un stade mais ce qui est certain c’est qu’on peut avoir de multiples dons, plusieurs vocations et qu’aucune n’est "meilleure" que l’autre. Le destin a voulu que William devienne acteur. Il est certain que je ne l’aurais sans doute pas applaudi au Parc des Princes mais par contre quel bonheur de le voir sur toutes les scènes où il se produit, seul, avec son père (ils ont composé de merveilleux duos) ou avec d’autres comédiens. Quel plaisir aussi de suivre ses mises en scène, toujours éclairées avec un savant savoir-faire.

On connait tous la question, Etre ou ne pas être, et je comprends qu’il ait choisi la plus belle tirade pour titiller le public (et fort habilement illustrée sur l’affiche de Sarah Barzyk) mais William n’a pas de dilemme à résoudre. Il affronte la situation et renverse la tragédie en nous offrant une comédie (on rit beaucoup au cours de la soirée et je recommande la scène désopilante de la voiture) avec tout le sérieux qu’il met à ce qu’il entreprend.

William Mesguich est la démonstration évidente que nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil, comme l’écrivait Shakespeare dans La tempête.

Fichtre ! J’espère que le spectacle sera repris à la rentrée sur une scène parisienne parce que c’est une très belle leçon de vie, d’espoir, tout autant qu’une magnifique déclaration d’amour, de celle que tout parent, père comme mère, rêve de recevoir. D'ici là il sera joué au festival d'Avignon.

La mise en scène est co-assurée par une de ses soeurs, associée aussi à l'écriture, ultime preuve que chez les Mesguich le théâtre est une vraie histoire de famille.
Etre ou ne pas être
De et mis en scène par William Mesguich et Rebecca Stella
Vu au Théâtre des Gémeaux parisiens
A 13h25 au Théâtre des Corps Saints, du 4 au 25 juillet 2026, relâche les 9, 16, 23 juillet

mardi 2 juin 2026

La compagnie Doudous

J’ai reçu La compagnie Doudous à l’occasion d’une masse critique organisée par Babelio. D’après le résumé il s’agissait du texte de deux spectacles pour marionnettes en peluches s’adressant à de jeunes enfants (de 6 à 9 ans).

Si les illustrations pourraient intéresser des maternelles, le texte par contre ne me semble pas du tout accessible à un large lectorat. D’abord parce que le niveau de lexique est très recherché, en toute logique d’ailleurs puisqu’on nous a promis abondance d’expressions choisies de la langue française et un travail poussé sur les assonances.

Ensuite parce qu’il faut un certain niveau de culture -certes populaire- pour savoir qu’une marque de piles a utilisé un lapin dans un spot publicitaire, qu’un chanteur possédait un chien du nom de Mirza, que Rossinante était la jument de Don Quichotte, que le Kong est un restaurant parisien (au-dessus de la Samaritaine) … Bref, personne ne goûtera toutes les subtilités de ces textes, au demeurant petits bijoux littéraires. Je pense que je suis moi-même passée à côté de 20% des références.

Peut-être qu’en spectacle les mimiques des marionnettes font oeuvre de compensation et que l’intonation des comédiens provoque les rires. Cela pose la question de l’objectif de ce petit livre : amuser ou cultiver ?

En tout cas je le recommande par contre aux enseignants de français des collèges et lycées, à condition de demander aux élèves d’entreprendre des travaux explicatifs. Dans un tel contexte l’ouvrage (qui compte tout de même 80 pages) sera le point de départ d’exposés passionnants sur des pans de notre culture.

La compagnie Doudous, par Erell, chez Posidonia jeunesse, en librairie depuis le 15 février 2026

lundi 1 juin 2026

Bollywood Boulevard de et avec Pauline Caupenne

Je recommande Bollywood Boulevard, un spectacle très étonnant et pourtant inspiré d’une histoire vraie. Pauline Caupenne m’a convaincue à hauteur de Katia Ghanty avec Les frottements du coeur dans ce même festival SenS lancé l’an dernier par les Gémeaux parisiens. Et vous savez ce qui lui est arrivé ? Un Molière évidemment !

Vous ne pourrez qu'être conquis par la sensibilité, l’humour, la danse… Cette quête initiatique vaut une séance de méditation !

A 20 ans, Pauline décida de partir vivre en Inde pour donner du sens à sa vie. Arrivée là-bas, elle est devenue (par hasard) actrice à Bollywood ! Elle pensait saisir la chance de sa vie, mais… entre émerveillement, errances spirituelles et désillusions, elle a découvert que l’exil ne suffit pas pour  se réinventer. 

J'ignorais leurs motivations mais j'avais compris, dès la file d'attente qu'il y avait un certain nombre de spectateurs venus parce qu'ils avaient, eux aussi, fait l'expérience d'un voyage en Inde.  Le peu que je savais de ce pays c'était que parfois le touriste ne supportait pas le choc culturel et repartait sans avoir quitté l'aéroport.

La comédienne entre en scène, place des bracelet en offrande sur l'autel situé à Jardin. Inspirez, expirez ! Sa voix est à la fois douce et ferme. L'essentiel et le rien résonnent dans le silence. Sentez les bienfaits des vibrations. Je me surprends à y croire, oubliant que je suis venue voir un spectacle d'humour.

Me suis-je égarée à un cours de yoga ou perdue dans une réunion organisée par une secte ? Mais voilà Pauline Caupenne qui entreprend un dialogue téléphonique avec sa mère dont elle prend l'accent portugais plus vrai que nature.

Il faut savoir se perdre totalement pour se donner soi-même. Manifestement la jeune femme y croit à 100%. Elle veut donner du sens à sa vie et ce voyage n'est pas un caprice alors que sa mère, n'y croyant pas une seconde, lui demande quand elle compte rentrer.

Pauline reste en Inde. Nous la voyons danser et la scène est magnifique, parce que c'est une chorégraphie magnifique et que le travail des ombres est de grande beauté.

Elle est recrutée pour danser et très vite on réalise le hiatus entre la culture indienne et le mode de vie occidental. Par exemple le fait qu'aujourd'hui et demain se disent avec le même mot, provoquant immanquablement des quiproquos. On apprendra des éléments spécifiques, comme l'interdiction faite aux femmes de jouer un rôle au cinéma et le fait que la laïcité n'a aucun sens pour un indien : les dieux se bousculent au portillon.

Ce qui est très drôle c'est la manière de la comédienne de parler franglais : I do des pointes. Plus tard on assiste à une interview télévisée hallucinante parce qu'on devine bien que rien n'est inventé, sur une des musiques emblématiques des films de Chaplin. Pauuline se sent étrangère.

Elle interprète tous les personnages, jusqu'à un vieil homme. Plusieurs scènes sont très savoureuses, la chasseuse de cobra, l'astrologue, le psychologue. Elle salue comme il convient, modestement.

Le gros câlin est le seul réconfort à notre portée d'humain mais ce pays n'est pas idyllique, il suffit de porter attention aux visages des jeunes femmes attaquées à l'acide. On comprend qu'en Inde une vache a davantage de valeur qu'une femme et on apprécie que le spectacle n'occulte pas les sujets difficiles que n'adoucit pas un extrait de l'Impromptu de Schubert (Andante).

Elle joue dans un film qui connait un grand succès et dont on voit un extrait, et il est appréciable que ce soit de vrais scènes. Le succès est au rendez-vous. On lui propose un rôle dans une super production. Pourtant elle renonce : Pardon mais je ne vais pas revenir. je préfère être un diamant brut inconnu qu'une imposture dans un blockbuster.

Elle ajoute que les faits se sont déroulés il y a vingt ans et que depuis elle voit la vie en rose …
J'ai beaucoup aimé ce récit d’autofiction, drôle et insolite, qui célèbre les personnes en recherche d'identité, les anxieux en attente de réponse sur la quête de soi, la famille, le travail; Cie résultat est touchant, frais, dépaysant, exotique, culturel, un brin satirique, intelligemment féministe … et instructif.

Mais peut-être vous faut-il un extrait pour achever de vous convaincre :

Bollywood Boulevard de et avec Pauline Caupenne
Mise en scène : Grégoire Leprince-Ringuet
Spectacle né à La Flèche - Soutien : Adami
Dernière représentation parisienne le 3 juin 2026 à 21 h (avant une reprise probable)
Le spectacle sera repris à la Scala Provence pendant le festival d'Avignon 2026

dimanche 31 mai 2026

Du goût pour le bonheur de Lorraine Fouchet

Chez Lorraine Fouchet tout est bon, comme dans les salades que choisissait la mère de Georges Brassens. Il n’y a rien à jeter.

Si j’avais eu entre les mains Du goût pour le bonheur en version anonyme je lui en aurais sans hésiter attribué la maternité. Elle n’a pas sa pareille pour combiner le fond et la forme. On apprend énormément de choses dans ses romans où le moindre restaurant cité existe vraiment, tout autant que Chatou possède bien une librairie portant le nom d’un livre de Georges Pérec.

L’auteure est la précision incarnée et je la crois sur paroles. Elle n’aborde pas un sujet avant de l’avoir autopsié de la tête aux pieds. Je la lis munie d’un bloc-notes pour y inscrire ses bonnes adresses comme les mots nouveaux que je vais apprendre. Grégoire Delacourt m’a enseigné l’art de lire dans les nuages (la paréidolie). Sophie Prat, dans London 53, m'a appris ce qu'était l'adermatoglyphie qui ne concerne que 4 familles dans le monde entier. Elle m’a éclairé sur l'aphantasie (p. 139), une neuroatypie qui touche 2% de la population et qui n'a été découverte qu'en 2015 (p. 219). Sa méthode d’auto-hypnose (p. 215) pourrait être utile à appliquer  … Quant à la toque elle n’a rien de culinaire dans le lexique juridique (p. 208).

Au début du roman, je ne savais pas encore qui avait le goût du bonheur dans le trio d’enfants que l'on devine assis sur la plage de couverture, mais j’étais déjà saisie par leur vivacité et j’étais volontaire pour partir avec eux. Je me doutais bien que nous irions à Groix, l’île adorée de l’auteure, qui en est devenue la meilleure ambassadrice au monde. Mais c’était surtout le voyage de la vie que je m’apprêtais à entreprendre avec ses personnages.
Rose veut explorer le monde. Oscar souhaite devenir journaliste, Max psychiatre. Ils sont jeunes mais ils ont déjà des objectifs.
Pia, vingt ans, a grandi avec sa mère, Rose, à qui la vie n'a pas fait de cadeau, et son parrain, Max, qu'elle adore. Il est leur pilier et Groix leur port d'attache. Au cours d'un séjour sur l'île, Pia et Max, éternels complices, découvrent à l’occasion d’une fête des voisins qu'ils pourraient devenir fille et père. Cette révélation bouleverse toutes leurs certitudes. Parrain et filleule envisagent de se lancer alors dans une procédure d'adoption sans en parler à Rose, qui de son côté prépare une surprise que Pia n'appréciera guère. Le trio frise l'implosion sous le poids des non-dits lorsque Oscar, le père biologique de Pia, débarque dans l'équation.
Lorraine Fouchet a une autre qualité, celle de ciseler la formulation des expressions des sentiments. Ainsi le corps d’Oscar est secoué de larmes sèches avant de se vider des chagrins retenus (p. 21). Des hommes se posent chez Rose en oiseaux migrateurs (p. 49)

Je ne dirais pas que Lorraine Fouchet est moraliste mais je reçois volontiers ses conseils dont voici un exemple : oublier pour survivre (p. 23).

Elle n’a jamais quitté le stéthoscope et j’adore bénéficier de ses leçons. En matière de santé comme d’art de vivre. Il est utile d’avoir en tête de « se méfier d’une grossesse extra-utérine devant tout malaise d’une jeune fille ou femme non ménopausée. Et d’une rupture de rate devant tout malaise ou douleur abdominale de quelqu’un qui a eu un choc récent (p. 92). Qui sait si ce type de mise en garde ne sauvera pas une vie ? En ce sens je trouve que l’écriture de Lorraine Fouchet a quelque chose de militant. J’ignorais la tradition italienne du tradition du caffe suspeso. On commande un café en en payant un second qui sera plus tard offert à quelqu’un qui aura soif mais pas d’argent (p. 144).

Bien que Rose soit dotée d’une logique d’extraterrestre (p. 126) on distingue nettement la personnalité de Lorraine derrière elle, maternante sans excès. J’ai adoré la vengeance (double vengeance) des bandes plâtrées dont elle explique (p. 191) comment s’en dépêtrer sans appeler un spécialiste.

Dans ce roman, déjà le 27 ème, Lorraine Fouchet sonde les liens familiaux avec sensibilité et précision. La famille que l’on possède, celle qu’on se donne, celle qu’on gagne. Et en matière de droit c’est un roman sur la patience et la détermination. Elle a dû passer des heures à potasser le droit de la famille, qui est une branche du droit privé régissant les relations d'un ensemble d'individus unis par un lien de parenté ou d'alliance.

Elle nous amène à réfléchir sur cette forme de paternité particulière qui place l’adoption au-dessus au parrainage. Chacun des personnages va entreprendre une introspection afin d’en mesurer les enjeux et les changements que la relation risque de subir. Au final on a le sentiment d’assister, par l’enchaînement des témoignages, à la concrétisation d’un nouveau concept, celui de l’adoption réciproque.

Je ne pensais pas que l’obligation alimentaire régentée par l’article 205 du Code Civil était si "large" (p. 141). J’ignorais que la loi française autorisait d’avoir plusieurs pères (p. 55), et plusieurs mères d'ailleurs. Il est inutile de mentionner en note de bas de page l’article de loi correspondant. On peut accorder une confiance aveugle à tout ce qui est énoncé. Lorraine est incollable sur la reconnaissance et sur l’adoption, poussant le détail à nous expliquer la nuance entre gracieux et contentieux (p. 193). À la définition du parquet p. 212 j'aurais ajouté que c’est aussi le nom d’une latte de bois. Vous comprendrez pourquoi dès les premiers chapitres du roman.

Pneu est le mot fétiche d’Amélie Nothomb. Meunier est celui de Lorraine (qui a le goût du champagne en commun avec sa consoeur). On trouve depuis longtemps la playlist des oeuvres musicales citées à la fin de ses romans. Très franchement, elle pourrait aussi ajouter celle de ses recommandations gustatives (Mavrommatis que j’adore tout comme elle, Michocomigato qu’elle me donne envie de tester, Homer Lobster dont j’ai plusieurs fois hésité à franchir la porte …).

Lorraine reconnaît volontiers ne pas être une cuisinière aguerrie mais elle avoue aussi sa gourmandise. Il y a toujours quelque chose à déguster dans ses romans. On retrouve le tchumpot (p. 49) dont elle nous avait donné la recette de Lucette dans Entre ciel et Lou (p. 419). Aujourd'hui ce sera la salade d’Hélène Vanoni, la femme de Damien, le souffleur de verre (p. 245) qui sera partagée en bonus et dont je me suis inspirée pour composer cette assiette.

On prétend que Lorraine Fouchet publie dans la veine du Feel-good, ce qui est réducteur. Ce n’est pas parce que ça finira bien (on le suppose) que ce n’est pas intense et sérieux. Son ancien métier de médecin urgentiste lui a enseigné que la vie n’est pas juste (p. 129) et elle nous transmet cette philosophie, sans doute pour nous inciter à en apprécier le sel. Nous sommes bien d’accord : L’amour ne se découpe pas comme un gâteau, il se multiplie, il est inépuisable (p. 210).

Je me doutais bien que l’Oncle Maurice avait réellement existé et je le supposais membre de la famille de l’autrice. La postface me le confirma. Pour finir j'ajouterai que je ne savais rien des évènements personnels qui ont amené Lorraine à écrire sur le sujet de l'adoption et que, comble des hasards de la vie (que j'adore) j'ai commencé, et terminé, ce roman le jour de la fête des mères.

Du goût pour le bonheur de Lorraine Fouchet, éditions Héloïse d’Ormesson, en librairie depuis le 5 mars 2026

samedi 30 mai 2026

Le 6ème Festival du Chapeau s’est déroulé à Cheverny les 23-24 mai 2026

La première édition du Festival du Chapeau eut lieu au château de Cheverny en 2018. Avec la participation de modistes de grandes renommée et déjà la présence de Miss France.

Après trois belles éditions l’évènement fut suspendu, notamment en raison de la période de confinement qui bouleversa tous les projets.

Il reprit en mai 2024 sur le thème des Jeux, en 2025 autour des fleurs et cette année le défilé mit le Cinéma à l’honneur. Les créations furent de haut niveau et le défilé qui a été lancé à l’Orangerie à 14 h 30 a failli faire tourner les têtes des jurés, rassemblés autour de la comtesse Constance de Vibraye, propriétaire du château de Cheverny, et d’un autre habitué, Cédric Bioche, costumier au Paradis Latin et au Lido, avec bien entendu Hinaupoko Devèze, Miss France 2026 et enfin Philomena d’Orléans, son Altesse Royale Madame la Comtesse de Paris, épouse de Jean d’Orléans, Comte de Paris et chef de la maison d’Orléans, accompagnée de quatre de ses (charmants) enfants dont le plus jeune, Alphonse, a 3 ans.
Prenant son rôle très au sérieux la Comtesse avait rendu visite le matin même aux modistes à qui elle accorda beaucoup d’attention. Elle choisit de porter l’après-midi le modèle Coquelicot, créé spécialement par Olga Lumière pour l’édition 2025 et qui fut primé. Le jury avait été sensible à l’émotion que symbolise cette fleur, symbole de passion et de renaissance au centre d’ondulations qui représentent des ondes lumineuses.
Constance de Vibraye fit bien entendu elle aussi honneur à la chapellerie.

Tout commence bien en amont avec la sélection des participantes (que des femmes pour le moment), le montage des partenariats, et une organisation au cordeau devant prévoir les mannequins (et je leur accorde une mention spéciale pour leurs sourires), une exposition-vente, une installation dans le château qui bien entendu reste ouvert aux visiteurs, et l’accueil des passionnés qui viennent spécialement pour assister au défilé traditionnel dans l’Orangerie. C’est Karine Tourmente-Leroux qui est la cheville ouvrière et sans qui rien ne se ferait aussi minutieusement mais tout se met en place avec les équipes du château qui sont mobilisées elles aussi.
Et je dois applaudir aussi Charles-Antoine de Vibraye qui fut un maître de cérémonie bienveillant, précise et toujours souriant.

Chaque année est particulière et enrichie d’autres évènements. En ce mois de mai c’était la présentation d’un spectacle équestre et l’inauguration d’un parcours olfactif à l’intérieur du château, tous deux à l’initiative de Maximilien de Vibraye et qui ont fait l’objet de publications spécifiques.

Les stands des modistes sélectionnées :
Samedi après-midi et dimanche matin les modistes présentaient leur travail dans les Écuries du château, libérées des chevaux qui profitent en ce moment d’une grande liberté de mouvement et de l’herbe des prés. Les créatrices s’étaient donc installées chacune dans un box, dans une relative intimité, ce qui facilitait les essayages et favorisait les conversations. Le travail de précision était mis en valeur mais pas question de dévoiler à ce stade le moindre bibi qui défilera plus tard. Le secret est de mise mais on sait déjà que quel que soit la taille du modèle il aura pour vocation de "grandir la femme (ou l’homme) en lui offrant de l’allure".

La sélection, d’un niveau devenu international, effectuée par des professionnels, rassemblait neuf modistes, et dont neuf sensibilités différentes, qui ont exposé leur travail le samedi 25 à partir de 14h et le dimanche matin jusqu’à midi :


Aliona Slobodeniuc, une créatrice d’origine moldave installée à Saint-Nauphary dans le Tarn-et-Garonne, après avoir passé trois ans à Caussade, la capitale française du chapeau. Chacune de ses créations est une manière de voir et d’interpréter le monde. Elle présenta L’Ame de velours, Brisé fragmentée, Éclat du jardin, Douceur du château (dans lequel j’ai vu un hommage à Napoléon, que j'ai photographié en backstage). Elle a obtenu l’an dernier un prix Coup de coeur aux Rencontres Internationales des Arts du Chapeau de Chazelles-sur-Lyon en 2025 avec cette coiffe en feutre de poil taupé noir, à petit bord rabattu à l’avant, prolongée de 2 pointes relevées sur le côté. Elle est bordée d’un ruban de gros-grain noir, terminé en petite bride d’attache.
Un œil peint à l’acrylique est appliqué sur un côté : iris bleu, pupille en perles noires, cils faits main en cuir d’agneau imitant les pétales d’un tournesol. Les touches de jaune dans l’iris font référence à la possible perception altérée de cette couleur par Vincent Van Gogh. C’est à la période de création des Tournesols que l’artiste s’est tranché l’oreille gauche, incident rappelé par l’emplacement de l’œil. La modiste a ajouté une broche "tournesol" aimantée, en cuir d’agneau peint, pouvant aussi être portée en boucle d’oreille.

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