Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 8 mars 2026

La maison des femmes, premier film de Mélisa Godet

C'est en partenariat avec la ville de Châtenay-Malabry que le Rex a pu offrir à toutes les femmes, en cette journée spéciale, la projection de La maison des femmes, le premier film de Mélisa Godet.

Elle s'est inspirée de la structure ouverte en 2016, à Saint-Denis, par la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer et qui, depuis, a essaimé dans une trentaine d'autres structures, toutes aussi utiles les unes que les autres car les statistiques ne sont pas à la baisse. 

L'hommage est net, à tel point qu'à la fin c'est la photo de cette chirurgienne et de toute son équipe qui s'affiche sur l'écran.

Mélisa Godet aurait pu choisir une forme documentaire mais elle a travaillé pendant cinq ans avec sa co-scénariste Catherine Paillé à construire une "fiction librement inspirée de la réalité", à partir des parcours hélas bien réels de nombreuses femmes, mais en instaurant juste ce qu'il faut de distance pour respecter l'intimité des situations et rendre le résultat aussi joyeux que juste.

Il n'était pas facile de rendre aussi bien la réalité de la violence subie par les femmes, sans distinction ni d’âge, ni de classe, ni de culture, en se concentrant sur les conséquences, et les solutions. Les problèmes de financement ne sont pas occultés et ajoutent de la crédibilité. Rien n'est acquis et la vigilance doit être constante.

Mélisa Godet est la réalisatrice de la série LT-21 et de deux courts, Tu vas t’y faire et Les Enfants d’Oma. Ici, elle mobilise des acteurs connus avec d'autres moins habituels des écrans autour du combat contre la violence, y compris celle qui infiltre les institutions.

Rien n'est anodin dans ce film, depuis le nom du lieu où est installée cette première Maison des Femmes, au sein de l'hôpital Madeleine Pelletier, première femme psychiatre de France, mais dont le nom n'a été donné qu'à quelques unités d'hospitalisation, jamais en tout cas à un grand établissement.

Son destin fut tragique. Arrêtée en 1939 pour avoir soit-disant aidé une jeune fille de 13 ans, enceinte, à avorter, car violée par son frère, elle fut déclarée coupable, et fut internée. Elle mourra en asile psychiatrique, quelques mois plus tard, d’un accident vasculaire cérébrale.

Le film commence par un groupe de paroles illustrant l'état d'esprit des victimes : on m'a dit que pour avancer faut pardonner. J'ai pas envie.

On suivra le parcours d'une poignée de femmes très différentes, ayant toutes en commun de ne pas avoir vu venir la violence avant qu'elle ne s'installe. J'ai pas compris que ça allait continuer que ça allait devenir normal dira l'une d'elles. Un médecin (Juliette Armanet) expliquera le phénomène de dissociation, lequel commence à être un peu connu.

La cruauté du contexte n'est jamais filmée frontalement. S'il est attentif, le spectateur aura remarqué par exemple qu'une soignante lit un article du Monde alertant sur l'hypothèse d'une nouvelle maladie. Plus tard il ne devrait pas être surpris par le contexte particulier de la période de la pandémie de Covid pendant laquelle les femmes ont été confinées avec leurs bourreaux.

Le film aborde chaque facette de la situation, sans oublier les enfants qui en sont les co-victimes. Il met en valeur le travail du personnel qui demande systématiquement la permission d'examiner les patientes : est-ce que je peux te toucher Coumba ? Le corps médical aurait des leçons à prendre de cette délicatesse qu'on apprécierait de voir appliquée davantage dans notre vie quotidienne …

La difficulté n'est pas occultée et les réponses sont concrètes :
- Comment vous faites pour vous blinder ?
- On porte ensemble.

Le partage et la cohésion d'équipe sont effectivement au coeur du dispositif et il est logique d'assister à des moments de relâchement et de convivialité au cours de pauses dans l'hôpital ou en dehors (même si j'ai trouvé que la consommation d'alcool et de cigarettes n'était pas un modèle positif). Le spectateur lui aussi bénéficie de séquences plus légères, comme par exemple la soirée en cabaret autour de cette chanson Je veux un héros, devenue un véritable hymne à l'héroïsme depuis que Bonnie Tyler l'a enregistrée pour la bande originale du film Footloose (1984) et qu'elle a été reprise par la fée marraine dans le film Shrek 2 (2004) : Je veux un héros ! Et jusqu'au bout de la nuit le suivrai en volant.

Côté victimes, le panel d'actions est large, depuis l'entretien, la mise à l'abri en hébergement d'urgence, les groupe de paroles, les séances de reconquête d'estime de soi par la mise en beauté ou le portrait photographique, et même la reconstruction chirurgicale dans les cas extrêmes. Mais la réparation ne devient pas un slogan.

Le succès est un fil ténu. Il suffirait de perdre une partie du financement, ou qu'un membre de l'équipe soit touché pour que le système s'effondre. La chef de service (Karin Viard, au dynamisme inébranlable) a la solution pour continuer à exister, il faut se marketer.

Il n'y a pas deux mondes qui se feraient face, les victimes et le médical tout puissant et inaltérable. On observe que chacun est potentiellement dans la cible. Une infirmière en dépression l'exprime à son tour : Quand j'y pense, ça parait fou. J'étais forte pour trouver des solutions.

La pression administrative est comparable à celle qui avait été pointée par Eric Toledano et Olivier Nakache dans Hors Normes en 2019 avec Vincent Cassel, Reda Kateb dans un contexte relativement semblable.

Nous sommes dans une fiction où la fin sera heureuse, à un gros bémol près tout de même, tout à fait prévisible. Mais pour l'essentiel l'objectif de changer la vie en mieux est atteint dans la plupart des cas.

La maison des femmes de Mélisa Godet
Avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Juliette Armanet, Pierre Deladonchamps, Laurent Stocker …
En salles depuis le 4 mars 2026

samedi 7 mars 2026

Quel(s) plat(s) associer avec une Recantina ?

J'ai présenté il y a quelques jours des vins du Consortium des vins Asolo Montello que j'ai dégustés, sur Wine Paris, en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.

J'ai longuement parlé dans mon article du 18 février dernier, de l'appellation  d'origine contrôlée (AOC) Asolo Prosecco et plus brièvement de Montello (Montello DOCG et Montello Asolo DOC) qui tous sont produits dans la province de Trévise où les douces collines d'Asolo offrent un cadre enchanteur aux visiteurs et un terroir idéal pour la viticulture.

J'avais brièvement évoqué la Recantina qui est cultivée sur un terroir minuscule et qui constitue une sorte de rareté. C'est un cépage noir autochtone cultivé dans la région de Trévise depuis l'Antiquité qui fut menacé d'extinction au début du XX° siècle.

Il a été été redécouvert il y a environ cinquante ans après une longue période d’oubli, durant laquelle seuls quelques vignerons attentifs ont su en préserver le patrimoine.

Il subsiste aujourd'hui en quelques rangs, principalement dans les régions de Montello et des collines d'Asolo. Le Majo Rosso provient des contreforts du Montello, où il pousse sur un sol minéral et rouge, à l'image du fer de la forge voisine, appelé "majo", qui lui a donné son nom et lui confère son caractère puissant et affirmé. 

Les vignobles de Tenuta Amadio se situe au cœur d'Asolo, en coteaux et les vins sont élaborés dans le plus grand respect de la nature. Authentiques, expressifs et résolument italiens.

Ce cépage tardif est doté d’une bonne résistance naturelle aux maladies, permettant de le cultiver en bio. Il est riche en polyphénols et en anthocyanes, qui lui confèrent une couleur intense, presque impénétrable. La robe du Majo Rosso est d'un rouge intense et profond, aux parfums caractéristiques de fruits rouges, de fruits des bois, de violette et aux notes épicées marquées, voire de musc. En bouche, il est sec, souple, chaleureux et d'une belle acidité. Il est corsé, agréablement puissant sans être tannique.

Case Paolin est une entreprise familiale située à Volpago del Montello (TV), en Vénétie, et s'étend sur environ 18 hectares. Certifiée biologique depuis 2012, elle est gérée par trois frères, Adelino, Diego et Mirco, qui ont hérité de l'entreprise de leur père Emilio dans les années 80.

Il est élaboré par vinification en rouge, avec une macération de 12 à 15 jours à environ 25 °C pour extraire la couleur des peaux. Le vin est ensuite élevé pendant 10 à 12 mois en fûts de 25 hl, puis repose pendant au moins 4 mois en bouteille avant sa commercialisation.

C’est un vin qui fait preuve d'une remarquable aptitude au vieillissement, y compris pour les millésimes difficiles, et qui ne pouvait donc que séduire les oenologues. J'ai été surprise par toutes les qualités organoleptiques de ce Majo Rosso avec lequel je vous propose plusieurs accord vin-mets.

Le premier est un poulet rôti accompagné d'un des plats iconiques de la cuisine italienne, le risotto. Je me suis inspirée de la recette de Grégory Cohen, dans son livre de cuisine italienne. Je l'ai cuisiné très simplement, sans vin blanc, à partir d'un riz Carnaroli, d'oignons fumés, de laurier, revenus dans la très bonne huile d'olive des Pouilles et j'ai utilisé un bon litre de bouillon de poule.

Le secret du risotto est de surveiller l'évaporation pour que le riz gonfle sans attacher. J'ai ajouté l'eau de réhydratation d'une poignée de girolles (parce qu'elle était très parfumée). Ces champignons ont apporté une touche de noblesse au plat.
Si le Majo Rosso accompagne à merveille le gibier il est tout autant parfait sur les viandes blanches, en l'occurrence le poulet rôti.
Le mariage était réussi à la perfection Avec un mélange de saveurs très agréable.
Il s'est accordé très bien aussi avec une cuisse de canard confit et des pommes de terre cuites à l'anglaise. Plus surprenant, il a accompagné un fromage (italien), un gorgonzola crémeux alors que théoriquement on ne sert que des vins blancs sur les fromages.
Majo Rosso, Montello Asolo DOC Bio
AZIENDA AGRICOLA CASE PAOLIN
Via Madonna della Mercede, Volpago del Montello (TV) - IT
E-mail: info@casepaolin.it

vendredi 6 mars 2026

L'Amérique Live USA de Julien Dassin

Julien Dassin sort l'album de sa tournée triomphale aux États-Unis, entre New York, Chicago, Los Angeles, Miami, Seattle et San Francisco où il a fait résonner, pour la première fois, les chansons de son père sur le sol américain.

Le monde entier connaissait ses chansons. On croyait Joe Dassin familier des scènes prestigieuses de son pays natal. Il n'avait cependant jamais fait de tour de chant dans cette Amérique qu'il a célébrée indirectement avec L'été indien ou plus directement dans le titre éponyme.

Je veux l'avoir, et je l'aurai chantait-il alors. Il aura fallu plus de quarante ans pour que le rêve se réalise et que la légende familiale ouvre un nouveau chapitre.

De l'Est à l'Ouest, de Broadway à Hollywood, devant le public conquis des salles combles de New-York, Brooklyn, Los Angeles, San Francisco, Miami, Chicago et Seattle, Julien a rendu hommage à l’univers intemporel de Joe Dassin et d'une certaine chanson française, tout en imposant son propre style, élégant et sincère dans un album enregistré en immersion totale avec les musiciens.

Le résultat est sobre. Les musiques sont très proches des musiques originelles dont on reconnait souvent les intros. On retrouve avec plaisir la célèbre trompette des Champs-Elysées. On connait les paroles sur lesquelles je ne vais pas revenir. Ce qui m'a frappée, outre la dimension "souvenir" c'est la fréquence du thème de la rupture et de la séparation (Salut les Amoureux, Ça va pas changer le monde, Il était une fois nous deux, Dans les yeux d'Emilie …).

La nostalgie du passé et des amours perdus imprègne presque tous les textes. Joe Dassin était par essence "le" chanteur mélancolique, allant jusqu'à interpréter Si tu t'appelles Mélancolie. Et pourtant l'album dégage une certaine force de vie, très agréable à partager.

L'interprétation est fidèle. A tel point que j'ai souvent eu un doute, tant la voix du fils est proche de celle du père. Et pourtant Julien n'est pas dans l'imitation. On ressent la présence du public, bien que plutôt discrète à l'exception des cris accueillant les titres les plus connus. C'est à peine si on entend quelques personnes reprendre les refrains dans une forme de complicité très touchante.

Loin des compilations commerciales, L'Amérique, Live USA, incarne l'interprétation moderne d'un très grand héritage.

L'Amérique Live USA de Julien Dassin
Sortie le 3 avril 2026 chez FGL Productions
L'artiste sera en concert le 16 avril 2026 au Théâtre de la Tour Eiffel à Paris.

jeudi 5 mars 2026

Masterclass Agave Pairing Experience à Wine Paris

Quand j'ai commencé à aller régulièrement au Mexique, il y a neuf ans, j'ignorais la différence entre Mezcal et Tequila. J'ai découvert, avec modération parce que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, le premier dans la région de Oaxaca où j'ai visité une distillerie.

Quelques années plus tard j'ai approfondi sur la Tequila en me rendant dans cette ville. Quand j'en parlais autour de moi à mon retour on ouvrait de grands yeux en jugeant qu'il s'agissait d'alcools forts, sans véritable intérêt gustatif alors je démontrais que c'était des idées reçues.

Il y a eu des progrès mais ils sont encore insuffisant et une master-class de ce type, organisée par Comuna 52, et menée par des spécialistes, était la bienvenue dans le cadre de Wine Paris, et plus précisément au sein de l’espace Be Spririts.

Intitulée Agave Pairing Experience, autrement dit Accord mets & Agave, elle a été menée le 11 février dernier conjointement par Arturo Aguiñaga, MBA Wine & Spirits, et Mercedes Ahumada (ci-contre), cheffe du restaurant parisien Chicahualco, chimiste de formation et héritière fervente de la tradition culinaire préhispanique.

Ensemble ils ont croisé leurs expertises pour analyser les profils aromatiques des distillats d’agave et les principes d’accords, entre mets, spiritueux et cocktails et ont exploré le dialogue sensoriel entre les spiritueux d’agave et la gastronomie mexicaine, en termes de textures, intensité, persistance, puis équilibre entre sucré, acide, salé, amer et umami.

Ils se sont appuyés sur des cas concrets, incluant un cocktail et une dégustation avant d'enchainer avec 3 accords mets-agave en terminant par María Magdalena, qui est le nom donné par la cheffe à son dessert signature. La sélection Comuna 52 nous a permis de découvrir successivement plusieurs distillats d’exception. Mais auparavant deux sortes d'alcool, tous deux réalisés à partir d'agave, nous ont d’abord été proposées pour éprouver la différence de sensation et de texture et réveiller notre palais. Le premier plutôt neutre, le second plus épicé, presque sucré et légèrement fumé.

J’ai appris que contrairement au vin, il ne fallait pas faire tourner le liquide dans le verre au cours d’une dégustation de spiritueux parce qu’on ne fera pas se dégager les arômes mais juste bouger les alcools.
Les différences entre Mezcal et Tequila ont été présentées après les accords mais il me semble plus utile, dans le cadre d’un compte-rendu, de les présenter avant parce que sans être nouveaux, les distillats d'agave ne sont pas bien compris sur les marchés mondiaux et, s'ils sont en croissance, cette progression n'est pas la conséquence d'une meilleure connaissance. Nous français n’avons pas la mémoire de l’agave (ni d’ailleurs du maïs, mais c’est un autre débat). Des mythes subsistent et cette masterclass entendait les démonter. Non, ces alcools ne sont pas "trop complexes, trop fumés, trop difficiles à expliquer et à associer".

Si le raisin est la matière première du Calvados, ici c'est l'agave, qu'on appelle aussi "maguey" qui est utilisée. La Tequila est exclusivement produite à partir de l’Agave tequilana, dite aussi Agave bleue, dans l'État de Jalisco (où se trouve la ville de Tequila) et quelques municipalités des États de Nayarit, Michoacán, Guanajuato et Tamaulipas.

La production du Mezcal est autorisée avec une trentaine de variétés d'agave dans 8 états mexicains : Oaxaca, Guanajuato, Michoacan, Tamaulipas, San Luis Potosi, Guerrero, Durango et Zacatecas qui sont des noms que vous pouvez lire sur les étiquettes et qui sont des régions de production historiques, auxquelles s’ajoute depuis peu l’État de México.

On comprend tout de suite qu'en termes de saveurs et d'arômes la palette sera plus large en Mezcal, d'autant que certains y ajoutent parfois … jusqu'à un scorpion.

Pour l'une comme pour l'autre tout commence dans les champs. La plante a besoin de temps pour grandir avant qu'on la récolte à maturité (de 7 à 30 ans selon les variétés) pour ne garder que le cœur, "la piña" qui ressemble à un gros ananas pouvant peser jusqu'à 70 kilos qui chacune donneront environ 10 litres d'alcool.
La récolte est effectuée par des ouvriers très protégés comme on le voit sur la photo que j'ai prise en plein champ parce que les feuilles sont très coupantes. Les méthodes de production sont codifiées et modernes pour la Tequila, artisanales et ancestrales pour le MezcalJe rappellerai que la Tequila a été la première appellation d’origine au Mexique en 1974 et que donc sa production est définie depuis longtemps sur le plan juridique et commercial. L’AOC Mezcal a été définie en 1994, donc tardivement et après une période d’interdiction légale, particulièrement dans les années 30, ce qui justifia alors qu’on fasse cuire l’agave sous la terre pour ne pas attirer l’attention.

Il en découle que la Tequila est davantage controlée et standardisée, constante, fiable, avec une identité pure, convenant aux cocktails et à la gastronomie alors que le Mezcal (je devrais écrire les Mezcals) offrent davantage de complexité, de variété, et peut se consommer pur ou en gastronomie.

Les producteurs de Mezcal utilisent des piñas qui sont rassemblées traditionnellement pour être cuites dans des "palenques" : des fosses coniques de 2 à 3 mètres de diamètres creusées dans le sol dont les parois sont recouvertes de pierres. Dans les grandes exploitations elles sont acheminées jusqu'au four (souvent vapeur) pour passer en cuisson. D'ailleurs le mot "mezcal" signifie dans la langue amérindienne uto-aztèque nahualt "agave cuite au four".

mercredi 4 mars 2026

Finistère d’Anne Berest

Comme vous l’aurez deviné les "gros" bouquins me rebutent depuis un moment. Alors j’ai retardé le moment d’ouvrir Finistère. J’avais tort parce qu’il se lit quasiment d’une traite, en raison d’une écriture très fluide et peu bavarde.

Ce qui pourrait être un handicap est selon moi une force. Tout n’est pas dit des relations familiales concernant ses aieux, et pour cause puisqu’Anne Berest veut leur être fidèle mais manque de matière. Alors elle suggère. On restera sur notre faim mais on aura eu connaissance de l’essentiel.

On voit très bien Eugène père et Eugène fils cheminer de dos en devisant et on n’a pas besoin de savoir ce qu’ils se disent pour deviner leur attachement. J’ai appris une foule de choses sur la Bretagne dont je n’ai jamais considéré les habitants comme des ploucs (raillerie inventée à partir de la multitude de noms de villages commençant par la syllabe pilou). J’ai beaucoup aimé qu’on me rappelle cela naissance des coopératives agricoles. Et j’ai éprouvé de la tendresse pour cet homme qui préfère le grec à toutes les autres matières, devenant une sorte de voyageur littéraire sans avoir posé le pied sur un bateau.

Certes, l’action ne se passe pas que dans le Finistère et nous sommes finalement plus souvent dans le Quartier latin qu'en Bretagne mais il demeure le cap de cette famille unie où la transmission s’effectue contre vents et marées, s’infiltrant par tous les interstices possibles, jusqu’au resurgir dans le prénom de la fille aînée d’Anne, diminutif de celui qu’elle ignorait que sa grand-mère portait. Ce n’est pas moi dont la fille porte (aussi) le diminutif du prénom de ma grand-mère qui y verrait reproche.

Laissons les méchantes langues critiquer  un manque de style. Ce sont les mêmes qui lui auraient reproché un lyrisme exagéré. La sincérité est évidente et touchante dans sa simplicité. C’est si rare qu’elle impose le respect. 

Finistère d’Anne Berest, Albin Michel, en librairie depuis le 20 août 2025
Finaliste - Prix Renaudot
1ère sélection du Grand Prix du Roman 2025 de l'Académie française
1ère sélection du prix Interallié 2025

mardi 3 mars 2026

Association avec le Côte-Rotie Brune & Blonde de Vidal-Fleury

Je connais plusieurs crus de la maison Vidal-Fleury qui est la plus ancienne maison de la Vallée du Rhône, encore en activité. Elle se dresse au cœur du prestigieux vignoble de Côte-Rôtie, à 30 km au sud de Lyon, sur les bords du Rhône.

Ce vignoble est l’un des plus septentrionaux de la vallée du Rhône, connu pour ses terrasses escarpées et fortement inclinées.

Fondé en 1781, Vidal-Fleury propose l’une des plus larges gammes de Crus de la Vallée du Rhône, dont elle est spécialiste, avec une vingtaine d’appellations parmi les plus prestigieuses de cette Vallée, aussi bien en Blancs qu’en Rouges et même Rosés. Et qui très prochainement va proposer une cuvée bio baptisée l'Aulin (du nom de la rivière qui coule au pied des vignes) en blanc d'une part, en rouge d'autre part, dont je vous parlerai à la fin de ce mois. 

J'ai déjà associé la Chatillonne (Syrah 88%, Viognier complanté 12%) qui, certes, est la  plus noble, et peut être qualifié de véritable étendard de la maison, et qui a de très belles possibilités de garde.

Mais cette fois je voulais me concentrer sur le Côte-Rotie Brune & Blonde, une cuvée réalisée en assemblant Syrah pour 95% et Viognier à 5%, récoltés de vignes issues de parcelles situées au Nord et au Sud de l’appellation, véritables reflet de la qualité du vignoble de Côte-Rôtie. La quasi-totalité des vignes est plantée sur des roches métamorphiques : micaschistes au Nord, leucogneiss au Sud d’Ampuis, migmatites sombres au Sud de l’appellation. 

Les vignes sont exposées plein Sud, baignées de soleil toute la journée et l’influence du relief montagneux alentour apporte de la fraîcheur.

Le millésime 2020 a été marqué par un printemps et un été particulièrement doux et ensoleillés. L’effet conjugué des chaleurs en journée et des nuits qui sont toujours restées fraîches a permis à la vigne de s’épanouir pleinement jusqu’au moment de la récolte. Les vendanges ont été précoces et se sont parfaitement déroulées à partir du 12 septembre 2020.

Elles sont manuelles avec tri des raisins, vinification en vendanges égrappées, fermentation alcoolique sous température contrôlée, deux à trois semaines de cuvaison avec pigeages réguliers et macération post-fermentaire à chaud. L'élevage se fait en fût de chêne pendant deux ans et demi dont 40% de fûts neufs. Ce grand vin pourrait être conservé une dizaine d'années.

La robe est rouge foncée aux reflets carmins. Le nez est intense et complexe, avec très vite des notes de violette, de cassis, d’olives noires puis, et ensuite des notes plus épicées avec le poivre et la muscade. La bouche est riche, pleine de fraîcheur et veloutée avec une finale persistante révélant des notes de torréfaction.
Il se marie avec des plats complexes, tournedos Rossini ou bœuf Wellington mais j'ai voulu l'associer avec une viande cuite en toute simplicité, en choisissant tout de même un tournedos d'une certaine épaisseur.

Comme légume j'ai retenu du potimaron, parce que c'est un légume de saison, que sa texture est moelleuse et me semblait être de nature à se combiner parfaitement avec le soyeux de ce vin. Je l'ai cuit à l'AirFryer comme j'en avais déjà fait l'expérience en janvier dernier. Ce mode de cuisson permet des association viande-légume-vin vraiment intéressantes. Les vins d'exception gagnent encore en puissance quand on les sert sur des viandes et des légumes qui sont le moins transformé possible;

Je n'ai pas osé associer ce Côte-Rotie avec des fromages bien que je sache que le producteur l'annonce envisageable avec le gaperon ou le Saint-Nectaire. En dessert j'ai voulu la encore opérer un contraste en ne misant pas sur le chocolat mais la framboise en coulis sur un cheesecake. C'était parfait. En toute modération comme il se doit sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.
Maison Vidal-Fleury, 48 Route de Lyon, 69420 Tupin-et-Semons
Téléphone : 04 74 56 10 18

lundi 2 mars 2026

Visite de l'incroyable maison rochefortaise de Pierre Loti

Depuis sa réouverture, après une longue restauration, la maison de Pierre Loti enregistre près de 10 000 visiteurs, ce qui représente un très grand nombre de visites puisqu’elles se font en petit comité du fait de la taille des salles.

Il faut comprendre que nous sommes dans la vraie maison de Pierre Loti (1850-1923) et que, comme toutes les maisons charentaises de l’époque, la façade sur la rue semble insignifiante, réservant le faste pour l'intérieur.

Un immeuble adjacent attire l’oeil, récemment acheté et rénové par la ville, ayant appartenu à un entrepreneur de zinguerie, ce qui explique l’architecture du toit, pourvu de statues refaites à l’identique en résine. Si l’ensemble est baroque, l’intérieur est dépouillé, exactement à l’inverse de la maison de l’écrivain.

J’emploie le singulier mais ce sont une dizaine imbriquées, dont deux principales qui communiquent.
Nous commencerons la visite par la maison familiale puis nous descendrons dans la seconde, achetée en 1895, et où ont été réalisés les décors. Je dois au préalable donner le contexte puisque j’ai eu la chance de la découvrir un jour de fermeture (vous ne verrez donc personne sur les photos), en compagnie de Claude Stéfani, qui est conservateur en chef du musée Hèbre et de la Maison de Pierre Loti depuis 2007 à Rochefort. Mon compte-rendu reflète la passion de ce spécialiste et je n’ai pas cherché à compléter longuement ce qu’il m’a dit, si bien que cet article n’est pas exhaustif.
L’entrée s’effectuait par un couloir traversant qui distribuait les pièces sur le coté et menait au fond au jardin. On remarque, côté rue, une seconde porte, dite porte bagnarde, sorte de claustra permettant d’effectuer un courant d’air en toute sécurité pendant les fortes chaleurs estivales, un peu comme on en observe au Mexique.

La famille Viaud, en l’occurrence le grand-père de Pierre Loti, n’a pas dérogé à l’habitude des propriétaires d’étendre leurs bâtiments sur l’arrière au détriment de la cour et du jardin.

Partout les sols sont recouverts d’un parquet à longues lattes de couleur foncée. Une marche minuscule, mais tout de même une marche, sépare la plupart des pièces qui sont de taille modeste par rapport à nos maisons modernes. La Salle Renaissance n’en sera que plus majestueuse, par sa hauteur de plafond, son escalier monumental, ses murs recouverts de tapisseries d’Aubusson et ses dimensions permettant d’accueillir plus de 200 invités.

Pour le moment nous découvrons la première pièce, le Salon Rouge, telle qu’elle est décrite dans le livre autobiographique, Le Roman d’un enfant, qui n’est pas son premier livre (il l’a écrit à 40 ans) à ceci près qu’initialement les murs étaient recouverts d’un papier peint rayé. C’était un intérieur petit-bourgeois avec un mobilier Louis-Philippe assez simple. Tous les membres de la famille étaient musiciens. On remarque un piano forte sur la gauche. On y lit la Bible le soir car le père, Théodore, et la grand-mère aussi, se sont convertis au protestantisme. On pourrait dire que cette religion se transmet par les femmes de la famille. Pierre Loti envisagera même un moment de devenir missionnaire.

Il faut rappeler que le protestantisme était très important à La Rochelle. Le nombre de protestants a beaucoup diminué mais il demeure des poches par exemple dans la presqu’île d’Arvers.
Voici un premier portrait connu de Loti, par Edmond Jean de Pury et le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas très "austère" comme son nom le précise, Pierre Loti en guerrier arabe de fantaisie (1895).
 
Pierre Loti est alors âgé de 45 ans. Il pose debout, une main sur la hanche et l'autre tenant un poignard dans un étui serti de pierres semi-précieuses. Il porte un pendentif à pierre verte sur une chemise blanche et un casque à cornes sur la tête.
Sur le mur adjacent, et au-dessus du piano forte, trois portraits peints par Marie Bon née Viaud (1831-1908), la soeur aînée de vingt ans de plus, peintre de portraits et de miniatures. A l’extrême droite Théodore Viaud (1804-1870), au milieu : Nadine Texier (1810-1896) et à gauche son autoportrait. Plus loin elle a fait ici le portrait de son frère en enseigne de vaisseau, à Rochefort, en 1873 (à gauche) tandis qu'a-dessus de la commode c'est de nouveau Edmond Jean de Pury qui nous montre Pierre Loti en grande tenue de lieutenant de vaisseau (à l'âge de 45 ans) avec épaulettes. On remarque la croix de la Légion d'Honneur.
Il y a aussi (non photographié) un tableau représentant Gustave Viaud (1836-1865), chirurgien de marine, son aîné de quinze ans, qui eut la mer pour sépulture et dont Pierre Loti sera inconsolable. C'est une clef majeure et méconnue expliquant pourquoi il va s'inscrire dans le sillage du frère adoré, devenant officier de marine, cultivant le goût des ailleurs et partant sur ses traces, notamment à Tahiti où il trouvera son nom de plume, Loti, qu'on pense être une déformation d'un mot polynésien signifiant laurier. ll est probable qu'il orienta également plusieurs livres.

La pièce a aujourd’hui quelque chose de m’as-tu-vu et d’opulent, ce qui est en fait la conséquence de deux deuils et d'une revanche à prendre. Le garçon vivait dans une sorte de cocon très protégé. Il faut souligner qu’il n’entra que tardivement à l’école, après avoir bénéficié d’un enseignement à la maison. Mais à 15 ans son univers s’écroule. Son frère ainé, qui n’était pas un modèle de sagesse car il était patachon et très bon vivant, mais qui lui donna le virus de l’exotisme, et qui avait été affecté en Cochinchine, est rapatrié sanitaire et meurt.

Il perd aussi Lucie Duplais (1842-1865) épouse Veillon, dite Lucette, sa grande amie d'enfance, avec laquelle il jouait à La Limoise à Échillais et qui revient de Guyane pour mourir en France.

Julien perd alors la foi et restera athé tout le restant de sa vie. Et surtout, il est désormais obsédé par la mort qui l’effraie d’autant plus qu’il ne croit plus en Dieu et que donc elle mène à un gouffre sans fond. Cela conditionnera la plupart des "décors" qui sont autant de bulles spatio-temporelles mémorielles, avec une très forte valeur de ressassement.

Cette pièce, refaite par Loti en 1885, exprime par contre une volonté de revanche par rapport à son père, Théodore, qui était trésorier secrétaire à la Mairie de Rochefort. Un jour on s’aperçoit de la disparition de titres censés être conservés dans le tiroir de son bureau et il est accusé de vol. Il sera emprisonné. L’affaire se conclura faute de preuves par un non-lieu mais il sera malgré tout condamné pour négligence et devra rembourser une somme considérable. La vie familiale bascule alors. Il faut louer l’essentiel de la maison à des étrangers et tout le monde s’entasse à l’arrière de la cour.
En 1870 son père meurt et dès que Loti en aura les moyens il rachètera la maison à sa mère. La honte demeure. Le décorum du Salon Rouge peut être interprété comme une sorte de revanche sociale. Il cherche à démontrer à tout Rochefort que Julien Vaud est devenu quelqu’un. Le plafond y est orné de ses armoiries (fabriquées, évidemment) qu’on retrouvera dans les Salles Gothique et Renaissance.

Nous passons dans le Salon Bleu, aménagé pour son épouse dans un style bourgeois classique des années 1890 (non photographié) avec un mobilier Louis XVI. Il suffit d'écarter légèrement le rideau qui la sépare de la Salle Renaissance pour ressentir l'effet saisissant de la théatralisation des lieux :
Nous la traverserons plus tard, en redescendant de l’étage. Allons d'abord dans la Pagode Japonaise, aménagée en 1886 dans l’ancienne salle à manger, en y rassemblant des acquisitions réalisées surtout à Nagasaki. Elle fut démantelée en 1923 (la salle chinoise le sera en 1929). Peu de temps avant de mourir, Pierre Loti laissa à l’unique fils qu’il avait reconnu, Samuel, ce qu’il appela "ses volontés suprêmes" précisant ce qu’il pouvait (devait) conserver, et ce qu’il convenait de détruire. Pour Loti l’essentiel est ce qui touche à l’intime et donc on garde ou on brûle. Il lui avait dit qu’il pouvait "virer" les décors de cette pagode. Mais Samuel ne respectera pas complètement les volontés de son père. 

Nous sommes plutôt dans une évocation de ce que fut cet espace, dans lequel ont pu reprendre place des objets qui étaient jusque là au musée Hèbre voisin ou qui ont été donnés par des collectionneurs. Ce qui nous est donné à voir est "le" Japon de Loti qui, à l’inverse de Claude Monet ou des Frères Goncourt, n’avait aucun intérêt pour les estampes. Visitant les lieux après sa mort, Sacha Guitry, qui était grand admirateur de l’écrivain, moins du décorateur, conclura avec le sarcasme qu’on lui connait : ce qui était là-bas au plafond est ici au sol et vice versa.

De fait, Loti, qui découvrit le Japon alors qu'il s'ouvrait tout juste aux occidentaux, est séduit par le style tokuyonama rouge, noir et or. L’écrivain est fasciné par un Japon somme toute un peu kitsch et décide un aménagement composite (non photographié).

Au cours de son premier grand voyage, en 1872, Julien Viaud, jeune aspirant qui ne s'appelle pas encore Loti, avait commencé à découvrir un monde radicalement différent de celui qu’il connaissait, aux antipodes de l’Occident, en particulier l’Ile de Pâques. Comme tous les officiers de marine il est un peu anglophobe. Mais il n’aime pas non plus la Révolution industrielle. Ce qu’il recherchera toute sa vie ce sera l’authentique (même s’il en fera des restitutions). Il le trouvera en Bretagne et au Pays Basque, et dans le Pacifique, même si les cultures y sont (un peu) évanescentes.

Son parcours fait aussi penser à Chateaubriand qui voyagea beaucoup mais dont il retracera le souvenir par le biais de parcs et jardins.

Nous montons au premier étage dans ce qui fut à l’origine l’atelier de peinture de sa soeur et que Loti transforma en Salle Gothique, qu'il fut impossible de reconstituer à l’identique en l’absence d’archives. Le travail a été effectué à partir de photographies pour lui rendre l’aspect qu’elle devait avoir à la mort de Loti en 1923. Au-dessus se trouve la Chambre espagnole (qui ne se visite pas) où dormaient ses hôtes de marque comme Sarah Bernhardt et Lucette Adam.
Le plafond est davantage moyenageux que médiéval. Le travail de restauration y fut énorme en raison de la quasi destruction de plusieurs poutres par les termites. Les armatures en pierre taillée proviennent du clocher de Marennes d'Oléron dont il a racheté les remplages.

dimanche 1 mars 2026

Le Domaine d'Ibry a présenté sa cuvée Ibryété à Wine Paris

J’aurais pu servir la Cuvée des Amis pour accompagner ce plat délicieux, que l’on mijote pour régaler une poignée d’invités. J’aurais aussi pu l’associer avec la Cuvée Marianne parce qu’il est habituel de proposer un vin un peu corsé avec la Pluma.

Sauf que nous sommes entrés dans une période où on a envie de consommer avec davantage de modération. Alors j’ai pensé à la nouvelle proposition du Domaine d’Ibry, s’appuyant sur son nom et son savoir-faire pour imaginer une cuvée qu avec seulement 9° est moins haute en alcool.

Ibryété car tel est son nom, est la promesse de la saveur sans l’ivresse, pourvu bien entendu de la boire sans excès car, il faut le redire, l’alcool est dangereux pour la santé.

Et puisque j’étais dans l’originalité j’ai osé le rosé, preuve s’il en fallait que ce n’est pas une bouteille réservée à l’été, malgré un nom qui y fait référence. Il était intéressant de marier un plat fort en goûts (je l’écris au pluriel car viande comme sauce sont puissants) avec une boisson qui ne prenne pas une position dominante mais qui, au contraire, emmène le palais vers des saveurs complémentaires du fait d'une caudalie assez longue.

L'Ibryété rosé, résultat d'un assemblage de Syrah et de Floréal (ce cépage nouveau, résistant bien aux maladies, ce qui permet de limiter grandement les traitements, et que j'avais présenté ici), et que j'avais découvert à la dernière édition de Wine Paris, m'a semblé idéal pour l'occasion. Sa teinte est presque grisée, couleur pomelo.
J’ai joué le jeu jusqu’au bout en sortant une paire d’assiettes carrées, évoquant un grill (alors que ce n’en sont pas du tout) et même des verres atypiques, rompant avec les codes habituels et soulignant la couleur andrinople.
Ce vin est un vin de repas même s'il est agréable sur une tranche de pain grillé et du houmous. C'est avec des plats un peu corsés qu'il révèle tout son potentiel. Il s'est très bien comporté aussi avec des fromages de la région et même une salade de fruits (ananas, pomme, poire, mandarine, jus de citron vert, menthe bergamote).
Il existe aussi en blanc, à partir d'un assemblage de Floréal et de Grenache, et je l'ai alors associé avec une entrée goûteuse et colorée. Des tranches fines de betterave rouge crapaudine (la meilleure selon moi), du concombre et un couscous de chou-fleur (le légume est râpé cru), avec une fausse mayonnaise faite avec jus de citron vert, moutarde et battue à l’huile d’olive.
Il a aussi accompagné une langue de boeuf.
J'avais fait tremper la viande dans l’eau froide une nuit. Je l’ai ensuite blanchie 5 minutes à l’eau bouillante claire. Enfin elle a cuit plus d’une heure à la cocotte minute dans une eau avec un demi-verre de vinaigre, un oignon, une demi-tige de céleri, deux carottes, une feuille de laurier, du gros sel.

 E, guise de sauce des cornichons aigre-doux en petit morceaux (je n’avais pas de câpres), deux blancs d’œuf dur hachés, les jaunes ayant été écrasés avec de la moutarde et délayés avec l’huile d’olive.

En dessert, une tarte aux poires très croustillante parce que la pâte a été cuite dans un moule perforé.
J’avais fait la pâte moi-même (50 grammes de margarine, mélangée à 100 grammes de farine, une pincée de sel, un quart de verre d’eau, repos 24 heures) et j’avais cette fois ajouté de la poudre de cannelle.
 Les poires, des conférences, ont été précuites dans une eau bouillante parfumée de deux tiges de menthe bergamote. Elles ont été posées, une fois refroidies, coupées en deux ou en quatre, et placées tête-bêche sur une préparation de poudre d’amande/beurre/sucre/ un oeuf battu.
Cuisson 25 minutes à 180 degrés. En décoration une minuscule feuille de menthe bergamote au bout de chaque fruit.

Domaine Saint-Georges d’Ibry - 34290 Abeilhan - tel : 04 67 39 19 18

samedi 28 février 2026

La 51 ème Cérémonie des César

Tout le monde dira que cette soirée a été réussie. Il est vrai qu’il y eu des moments mémorables et que Benjamin Lavernhe fut un des meilleurs maîtres de cérémonie.

On reprocha à Camille Cottin le ton autoritaire de son discours qu'elle termina en déclarant ouverte la 51 ème cérémonie des César la tête haute et le coeur battant. Si beaucoup de gens ont compris que les lunettes de soleil étaient une allusion au problèmes ophtalmologiques récents du président Macron, fallait-il y entendre un autre sous-entendu dans ce cri du coeur ? Toujours est-il que la société de production Haut et Court faisait l'objet de 17 nominations. Elle en gagnera 3.

Car, effectivement, le nombre de nominations n'est pas un gage d'obtention de statuettes. Ainsi Nouvelle vague, nominé 10 fois n'en reçut "que" 4.

Partir un jour ne monta jamais sur le podium malgré 4 nominations. Même résultat pour L'épreuve du feu, et La venue de l'avenir, qui avaient chacun 3 nominations. Enfin Chien 51, Ma mère Dieu et Sylvie Vartan et La pampa, comme Un simple accident, qui en avaient chacun 2, sont repartis eux aussi bredouilles.

Par contre, Le chant des Forêts, nominé 2 fois est 2 fois honoré. Et il a suffi d'une nomination à Un ours dans le Jura pour que Franck Dubosc reçoivent (enfin!) son premier César.

Ceci pour dire combien le stress doit être à son maximum dans la salle, rendant la longueur de la soirée très pesante. Alison Weeler aborda habilement la question de la légitimité des nominations, revenant sur le mépris à l'égard des "enfants de …" puis sur la mésaventure de Benjamin Lavernhe, capable de tout jouer, même un abbé Pierre innocent, garantissant d'aller tout droit vers le César sauf que je ne vous redis pas le scandale et, si vous l'ignorez, je vous encourage à revoir le replay), l'implorant de promettre d'être plus vigilant à l'avenir à propos du biopic de Jack Lang (blague évidemment), après avoir rendu indirectement hommage à l'audace de Corinne Masiero et en interpelant la ministre nommée depuis "juste" deux heures.

S'il y avait une personne détendue c'était par contre bien Jim Carrey dont le sourire ne quitta jamais le visage et qui s’exprima dans un français quasi impeccable, directement hérité de son aïeul malouin qui émigra pour le Canada il y a très longtemps, privant ainsi notre pays d’un immense acteur. Quelle chance que la famille de Benjamin n’en ait pas fait autant.

On retiendra son évocation de la carrière de l’acteur. Après avoir porté "le" masque à son visage et un numéro de quick-change il apparu en costume jaune vif et l’incarna sans le copier. Du grand art.

J'ai vu et apprécié 12 des films nominés et qui représentaient un peu plus de la moitié des nominations. Si je fais le calcul en nombre de statuettes, ils correspondent à 54% ce qui est identique. Je rappelle en fin d'article la liste des nominations en précisant les lauréats et j'ai ajouté les liens vers les critiques des films que j'ai vus, et que vous pouvez aussi retrouver en suivant la catégorie 7ème art.

Les récompenses furent à la hauteur du cinéma français malgré les "oubliés" que j'ai cités plus haut, tout autant que les excellents films que sont Black Dog et La chambre de Mariama.
On eu droit à une séquence extrêmement drome pour accompagner la remise du César des costumes par Marina Hand et Pauline Clément, si drôles en remettantes du César du Meilleur Costume à Pascaline Chavanne, pour son travail dans Nouvelle Vague de Richard Linklater qui reçoit aussi deux autres César "techniques", le meilleur montage pour Catherine Schwartz et la meilleure photographie pour David Chambille

Il n’empêche que j’ai ressenti une atmosphère franchement déprimée. J’en veux pour preuve qu’à l’exception d'une tenue toute l’assistance n’était vêtue que de noir et blanc. Était-ce précisément un hommage inconscient à Nouvelle vague ? Ou la consigne figurait-elle sur l’invitation mentionnant ce dress code particulier ?
Regardez la photo dite de famille des lauréats et vous constaterez que ce que je dis est vrai. Seule Léa Drucker, qui après le Brigadier remporte un César, porte une robe bleue, mais si foncé qu’elle est très proche du noir. Le cinéma était-il donc en deuil ?

Il est vrai que la situation internationale est dramatique. Il a souvent et à juste titre été question de l’Iran mais ce n'est pas pour autant que les votants ont choisi Un simple accident. Il y a de quoi être perplexe à propos de l'intervention de l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani qui, à l'occasion de la remise du César du meilleur scénario original, a parlé avec coeur de son pays d’origine. "Le système a tué des dizaines de milliers de personnes de la manière la plus brutale", et c'est "un cycle qui se répète depuis des années (…) Le pays tout entier est en deuil (…) Les survivants dansent avec leur douleur pour que les bourreaux sachent qu'ils peuvent tuer les corps, mais qu'ils ne peuvent pas toucher les âmes."

Les critiques à l’encontre de l’usage de l’intelligence artificielle ont été récurrentes, comme si on craignait qu’elle fasse demain perdre son authenticité au 7ème art.

Vimala Pons, en robe Courrèges dessinée par Nicolas de Felice qui faisaitt un spectaculaire effet maillot de bains et qui mettait sa musculature admirablement en valeur, meilleure actrice dans un second rôle, a dédié ce César à tout ce qu'il y a de joyeux en nous et on en a bien besoin pour faire face à ce qui arrive.

Emmanuel Curtil, la voix française de Jim Carrey, a profité de la soirée pour défendre le doublage au cours d'une séquence émouvante.

J'avais naturellement apprécié les remerciements de Nadia Melliti, César de l'espoir féminin pour son rôle dans La petite dernière, qui eu le mérite d'intervenir la première et dont on saluera le doublé avec la récompense obtenue à Cannes. Elle a surpris tout le monde en associant celles et ceux "qui veillent à notre bien-être physique et mental au quotidien : les agriculteurs, le personnel médical dans les hôpitaux, ainsi que les professionnels de l’éducation".

Au-delà de ces anecdotes plusieurs moments ont souligné des points cruciaux et essentiels comme la spécificité française rappelée par Camille Cottin permettant le financement des longs métrages s à petits budgets par les films à gros succès, par l'intermédiaire du CNC et de la taxe permettant d'accorder des avances sur recettes. Espérons que cela suffise à ce que le 7 ème français redevienne "great again" !

vendredi 27 février 2026

Ma cuisine italienne, Bella Gigi ! de Grégory Cohen

A force de vous parler des vins italiens que j'ai dégustés sur Wine Paris vous êtes probablement curieux que j'aborde la cuisine.

Après Yalah, Grégory Cohen a poursuivi la balade gourmande au rez-de-chaussée du Food Court One Place qu’il a imaginé à Rungis. Nous voici maintenant à Bella Gigi et, en refermant le livre, je me dis qu’il serait très difficile de faire à la fois plus simple et davantage italien.

Tout s’explique quand on sait qu’il a des origines italiennes par son grand-père, qu’il a de nombreux amis italiens, dont le chef Denny Imbroisi à qui il rend hommage en reproduisant sa recette de Vitello Tonnato (page 39), qu’il adore cette cuisine généreuse, à laquelle il doit (peut-être) sa qualification à un casting avec les Gnocchi di patate (page 93).

On retrouve dans ce livre le ton familier et encourageant du précédent, poussant le cuisinier timide que vous êtes peut-être à se lancer pourvu d’acheter (de préférence au marché) d’excellents légumes. Gregory donne systématiquement des alternatives au cas où on n’aurait pas sous la main l’ingrédient idoine. Il propose souvent des accords mets-vins. 

Et surtout il explique le pas à pas de la confection des pâtes fraîches (page 8) et de la pizza (page 10), comme à la maison, ce qui n’est pas compliqué pourvu qu’on ait envie d’y consacrer quelques petites minutes. Cela fait longtemps que je me suis mise à faire moi-même les pâtes et je n’en reçois que des compliments. Si je fais (aussi) ma propre pâte brisée   je n’ai pas encore songé à faire celle de la pizza. Je promets de me lancer.

Quelques pages plus loin on trouvera les modes de préparation qui font la gloire de la cuisine italienne : a la carbonara, surtout sans crème (page 71), all'amatriciana, autrement dit pimentée (page 95).

Les pizzas sont classiques, sobres, et appétissantes. On est dans une Italie authentique et familiale.

Il ne fait pas l’impasse sur cette spécialité vénitienne qui est devenue un phénomène de mode, le Spritz mais il en suggère une revisite intéressante en substituant l’Apérol au Limoncello (page 187).

Il a rassemblé des recettes qui font la part belle au pain, et c'est en toute logique que la première du livre est celle de la bruschetta incontournable en Campanie (page 15), sans oublier la soupe si traditionnelle (mais insuffisamment connue) Riboleta de Toscane (page 49). Vous aurez deviné combien la cuisine italienne est avant tout une cuisine régionale et Grégory Cohen fait référence à l'origine géographique de la recette pour la plupart d'entre elles. Il m'a semblé que la Vénétie y avait une place de choix.

Il est tout à fait dans l’air du temps en accordant la part belle aux végétariens, qui seront comblés par de grands classiques de la cuisine italienne.

Côté desserts, la liste est un peu réduite mais les plus emblématiques sont bien là : tiramisu, panna cotta et cannoli. Il aurait pu ajouter le baba de Naples d’autant qu’il a participé à l’élaboration de 4 rhums de Madagascar parfumés (au café, au chocolat, au poivre et à la vanille) sous la marque au nom de Mad, dont on appréciera le jeu de mots avec la folie. Et surtout qu’il le réussit très bien, preuve en image :
Il ne mentionne pas les cantucci (mais vous pouvez suivre ma recette) préférant les amaretti en justifiant son choix par sa gourmandise légendaire.

Evidemment on pourra préférer, et ce n’est pas antinomique, se régaler en goûtant les plats devant le joli comptoir de Bella Gigi.

Une question me brûle les lèvres sachant que le chef a longtemps vécu aux Etats-unis : Y aura-t-il un troisième opus avec Ma cuisine new-yorkaise, Schmatz !?

Ma cuisine italienne, Bella Gigi ! de Grégory Cohen, Éditions Leduc, en librairie depuis le 2 octobre 2025

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)