Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 23 octobre 2026

Comment te dire ? de Genevieve Kingston

C’est une de mes amies bibliothécaires qui m’a conseillé Comment te dire ? de Genevieve Kingston. Les premiers chapitres de ce livre m’ont profondément émue et je ne dirai pas que c’est une lecture facile. Et puis, comment vous dire … je n’ai pas réussi à rester focalisée sur l’histoire dont je savais l’issue.
L'autrice avait presque 12 ans lorsque sa mère, Katrina, est décédée d'un cancer du sein agressif à l'âge de 47 ans. Se sachant condamnée, sa mère a préparé pour elle et son frère un coffre rempli de lettres intimes, de cassettes et de cadeaux, conçus pour les accompagner et les guider à chaque grand moment de leur existence (comme les anniversaires ou les étapes clés de la vie) jusqu'à leurs 30 ans.
L’idée est excellente. Je l’avais moi-même appliquée lorsque j’étais une jeune maman mais dans des circonstances qui n'étaient pas dramatiques. Je devais m'absenter quatre jours pour aller au bout du monde, sur l'ile de la Réunion, pour mon travail. Mes enfants, alors 3 et 4 ans, restaient avec leur papa. Il n'y avait pas de téléphone portable à l'époque, pas plus que WhatsApp ou autre moyen d'appeler en video. Et puis il y avait le handicap du décalage horaire. Je m'étais munie de jolies cartes postales des principaux sites à l'office du tourisme parisien et j'avais écrit d'avance un petit texte encourageant sur chacune d'elles. Ainsi, chaque soir, la boite aux lettres était ouverte et les enfants découvraient ce que j'avais été censée faire la veille avec la preuve que je pensais à eux.

L'ouvrage de Geneviève Kingston est difficilement "critiquable" puisqu'il s'agit d'une histoire vraie, et tout à fait digne de respect. J’y ai retrouvé une manière douce-amère (me semble-t-il très américaine) d’aborder le deuil comme l’avait fait Joyce Maynard dans Un jour tu raconteras cette histoire, avec un dosage qu’on qualifierait de sucré-salé en cuisine.

Je devine la difficulté à traverser une telle épreuve quand elle commence alors que vous n'êtes qu'un tout jeune enfant. Il y a des femmes qui, comme Litzie Pérez, chercheront à maintenir jusqu'au bout l'image d'une maman forte et joyeuse, tel que Roland le raconte dans Bonne fête des mères, papa ! Il y en a d'autres, comme l'héroïne du roman de Geneviève Kingston, qui assument leur maladie tout en cherchant à rester auprès de leurs enfants d'une autre manière après leur mort.

Je ne sais pas quelle est la meilleure façon d'aider les gens que l'on aime au-delà de notre absence. Il me semble qu'on fait ce qu'on peut. Et c'est déjà beaucoup. Cela étant il y a des livres admirables sur le deuil. En voici quelques-uns que j'ai chroniques et, en suivant ce lien, vous pourrez vous constituer une liste dans laquelle puiser si nécessaire (à lire avec modération pour maintenir un certain niveau d’optimisme) notamment Une année douce-amère.

Je me dis que je devrais réorganiser ma bibli par thèmes plutôt que par éditeur.

Comment te dire ? de Genevieve Kingston, traduit par Hélène Cohen, chez Robert Laffont, en librairie depuis le 8 janvier 2026
Sélection du Grand Prix des lectrices de ELLE

jeudi 22 octobre 2026

Déni de Sophie Cottin

Comment pourrais-je vous dire qu’il faut absolument que vous alliez voir Déni au Théâtre de Paris ? On ne m’a pas interdit de vous en révéler le sujet mais j’ai tellement apprécié de ne rien savoir de l’intrigue que je ne vais pas vous priver du choc de la révélation du sujet de la pièce.
Un jeune couple à l’avenir radieux est contraint de tout réenvisager en l’espace de quelques heures, et prendre une décision qui pourrait bouleverser leur vie à jamais.
Alix semble avoir tout pour être heureuse : un métier qu’elle aime, un amour solide, un avenir qui se dessine à New-York. Jusqu’à ce qu’un soir d’été, tout bascule. Une soirée romantique qui vire à l’incompréhensible. En quelques heures, la vie de la jeune femme se fissure, se bouscule, surtout face à Romain, son compagnon déboussolé. Heureusement elle peut compter sur son grand-père Papini, son grand-père et sur deux autres personnes qui vont lui permettre d'affronter ce que sa raison refuse d’admettre.
Entre tension et tendresse, humour et vertige, Déni explore la fragilité de nos certitudes, la puissance du réel quand il s’invite sans prévenir, et la force insoupçonnée qu’il faut pour renaître quand tout s’effondre sans crier gare.
Je peux tout de même dire que c’est une histoire d’amour, au sens large, entre un homme et une femme, un grand-père et sa petite fille, au sein d’une famille un peu éclatée. Qu’on en sort avec des interrogations du style, qu’aurais-je fait à la place d’Alix, mais aussi de Romain, et puis serais-je restée chez moi si ma fille m’avait téléphoné pour appeler à l’aide ? Je suis bien placée pour répondre non car je me suis précipitée au Mexique quand la mienne m’a réclamée auprès d’elle. Mais chacun agit comme il peut, non ? 

Je peux ajouter qu’Alix est interprétée par Salomé Villiers que j’ai déjà applaudie dans de multiples rôles (et mises en scène), qu’elle fut l’incroyable Montespan (moliérisée), et qu’elle joue ici une partition délicate, imaginée par Sophie Cottin et mise en scène par Raphaëlle Cambray qui est aussi sa complice sur la scène. Avec d’autres acteurs tout autant excellents, Thomas Gendronneau, Michel Papineschi et Geoffrey Couët.

Raphaëlle Cambray avait obtenu en mai 2025 le Molière de la Comédienne dans un second rôle pour son interprétation de Simone dans Du charbon dans les veines de et mis en scène par Jean-Philippe Daguerre. Cette année là Salomé Villiers était nominée dans la même catégorie pour son rôle dans Les liaisons dangereuses d'Arnaud Denis d'après Pierre Choderlos de Laclos - Mise en scène Arnaud Denis.

Thomas Gendronneau a quant à lui obtenu le Molière de la révélation masculine en 2023 pour son rôle de Glenn Gould dans la pièce Glenn, naissance d'un prodige écrite et mise en scène par Yvan Calbérac. En 2025 son nom a été mentionné en tant que compositeur pour le spectacle The Loop de Robin Goupil, qui a reçu le Molière de la meilleure comédie. Rien d'étonnant à ce qu'il assure aussi la musique de Déni.
Déni de Sophie Cottin
Mise en scène par Raphaëlle Cambray
Avec Salomé Villiers, Thomas Gendronneau, Raphaëlle Cambray, Michel Papineschi et Geoffrey Couët

mercredi 21 octobre 2026

L'huile d'olive extra vierge et l'avocat biologiques du programme Avolio sur la table Mavrommatis non loin du poulet Pindos

J’ai découvert l’huile d’olive vierge extra biologique et les avocats biologiques européens produits en Crète par le biais d’un dîner imaginé par la Maison Mavrommatis, mettant admirablement ces deux produits en lumière. C’est le programme européen Avolio,  qui sera présent au SIAL, qui les promeut en soulignant leur origine européenne et leur caractéristique biologique.

Au cours d'une autre soirée la Maison Mavrommatis a confirmé son soutien (déjà exprimé l'an dernier ainsi que j'en parlais ici) cette fois à l’égard de l’élevage grec à travers un dîner mettant en valeur le Poulet de Pindos, produit par la coopérative avicole de Loannina, située dans la région montagneuse de l'Épire, en Grèce.

Les deux soirées ont commencé par un rappel du contexte et des caractéristiques des produits, notamment le caractère bio des avocats et de l'huile. Un atelier de cuisine les a mis en valeur dans la réalisation d'un guacamole grec auquel j'ai été très attentive et que j'ai apprécié, bien qu'il soit très différent de ceux auxquels le Mexique m'a habituée.
La cuisinière a ajouté un kéfir au lait de chèvre bio et a obtenu une texture très veloutée en mixant longuement la préparation (alors les mexicains utilisent le pilon en veillant à laisser des morceaux). Elle n'a évidemment pas employé d'huile d'avocat mais l'excellente huile d'olive Avolio à la saveur herbacée.
Il a été servi sur des toasts et sous une tranche d'halloumi grillé qui faisait lui aussi toute la différence.
Mais comme la gourmandise est sans limite nous avons (aussi) apprécié quelques bouchées apéritives avant d'enchainer sur un Tataki de thon, Crémeux d'avocat de Chania BIO à la coriandre, perles d'huile d'olive de Crète qui s'est révélé aussi délicieux que superbe.

mardi 20 octobre 2026

Le radeau de la méduse, interprété par Anne Cangelosi

Je n’avais pas encore vu le spectacle d’Anne Cangelosi mais je connaissais plutôt bien l’histoire du Radeau de la Méduse peint par Théodore Géricault (1791-1824) en 1818 alors qu'il n'a même pas trente ans.

En effet, la Maison des Arts d'Antony (92) avait décidé d’honorer le bicentenaire de la très célèbre oeuvre d'une manière assez originale en 2018 à travers une exposition intitulée Le radeau de Géricault 1818-2018.

Une reproduction du tableau était exposée dans la salle du premier étage, mis à disposition par le musée des Beaux-arts de Bordeaux, et permettait de revoir la scène que l'on pense connue de tout le monde, même si le tableau prêté était de dimensions réduites par rapport à l'original qui reste au Louvre.

Celle qui est accrochée derrière la comédienne est d’une taille encore plus modeste. Et il est utile de rappeler que l’œuvre mesure 4, 91 mètres de haut sur 7,16 mètres de large. Le voir de près est une expérience toute particulière … à faire au musée du Louvre (salle 700, au 1er étage de l'aile Denon).
Le spectacle est intéressant par son côté explicatif tout autant que par son aspect humoristique. La comédienne a un rapport au public totalement naturel et réussit à fasciner l'auditoire du début à la fin tout en n'étant absolument pas donneuse de leçon.

Elle a une manière personnelle de décrypter les choses : On montre la souffrance, le drame, la mort pour émouvoir, donc c'est romantique.

Elle créé constamment des oxymores en confrontant des faits réels, comme par exemple la superficie de la salle où le tableau est exposé (37 mètres carrés) avec la surface moyenne d'un appartement parisien. Elle tire un fil directeur original sous la forme d'une interrogation : Où sont les femmes ? avec la certitude de capter et de captiver son auditoire. 

Le  spectacle fourmille d'anecdotes tout autant que de sujets de réflexion très sérieux. J'ai ainsi appris que le tableau noircissait au fil du temps si bien qu'il sera un jour comparable à une oeuvre de Pierre Soulages.

Anne Cangelosi n'exerce pas dans la vraie vie le métier de conférencière, mais on pourrait le croire. Et si c'était le cas les musées auraient davantage de public.

Il faut l'entendre raconter la manière de procéder de Géricault qui y consacra près de deux ans à ne peindre que cette horreur (c'est elle qui le dit), à partir non pas de modèles vivants mais de cadavres que lui fournissait l'hôpital voisin. Elle continue et on entend les vagues. Nous sommes proches du chavirement. On sursaute au cliquetis d'un sabre prêt à faire de nous de la chair à pâté.

On rit tout autant qu'on s'épouvante et c'est ce qui fait la saveur de ce début de soirée. Jusqu'à ce que, tout de même, une petite voix nous chuchote qu'en matière de naufrage notre société n'a pas de leçon à donner. Nos dirigeants valent-ils mieux que les incompétents nommés par le roi et que le peintre cherchait à dénoncer ?

Et si ce spectacle créé en 2023 était (encore) un spectacle d'actualité ? Il est en tout cas  de salut public au motif que ceux qui ne connaissent pas leur histoire s'exposent à ce qu'elle recommence… comme l'écrivait Elie Wiesel, mais comme a pu aussi le dire à leur manière Winston Churchill ou Karl Marx.

On tâchera de s'en souvenir pour honorer le diplôme avec lequel repart chaque spectateur.

Le spectacle mérite le label "art et histoire" qu'on attribue aux cités de caractère. Il est à sa troisième saison parisienne après 4 festivals d'Avignon, et déjà la perspective d'un 5ème. Et il est éligible aux Molières. 
Le radeau de la méduse de Alexandre Delimoges
Avec Anne Cangelosi
À la Comédie Bastille
5 Rue Nicolas Appert, 75011 Paris - 01 48 07 52 07
Jusqu’au 29 décembre 2026, le Lundi à 18h30
Samedi des vacances scolaires à 15h

lundi 19 octobre 2026

Yu Nishimura, Hélène Fauquet et Mungo Thomson exposent à Lafayette Anticipations

J'ai découvert la Fondation Lafayette Anticipations à l'occasion de la visite presse des expositions de Yu Nishimura, Hélène Fauquet et Mungo Thomson. 

Il m'est d'autant plus agréable d'en parler que l'ensemble est remarquable et que l'accès est entièrement gratuit pour les visites individuelles et les expositions, y compris les visites guidées (sur réservation ou au guichet).

Ce sont 3 expositions qui ont lieu pour la première fois chez Lafayette Anticipations en ce début de saison automne-hiver et que le directeur, Clément Delépine (ci-dessous à droite d'Elsa Coustou), nous a introduites :

1 . Towards a Sea de Yu Nishimura


Né en 1982 à Kanagawa, au Japon, où il vit et travaille, Yu Nishimura s'attache à saisir le fugace tout en sublimant le banal, en utilisant l'huile ou la tempura. Il travaille le portrait d'une manière très personnelle comme nous le verrons au cours du parcours qui est pensé comme une promenade méditative et qui fut présenté par la commissaire Elsa Coustou.

Ses œuvres sont entrées dans les collections de plusieurs institutions comme le Guggenheim Museum (New York) mais aussi à Paris le Centre Pompidou, le Musée d’Art Moderne de Paris, ou la Collection Pinault. Cependant, Towards a Sea est la première exposition monographique institutionnelle en France du peintre japonais et elle est de grande envergure. Elle réunit un corpus d'une cinquantaine d’œuvres, du dessin à la peinture de grand format, réalisées ces dix dernières années, dont certaines sont des prêts exceptionnels et d'autres spécialement conçues pour l’occasion et par conséquent jamais encore montrées à un public.

C'est donc la première fois aussi que l'artiste a un regard sur ses oeuvres passées et qu'il les confronte à ses oeuvres récentes en ayant choisi un titre qui soit ouvert à nos propres expériences. On remarquera combien la mer est présente, ou cachée, derrière le motif. Visages et paysages se superposent sans jamais se confondre à travers un jeu de distances qui font dialoguer les images.

Les oeuvres sont de proportions très diverses et leur accrochage instaure des relations particulières en raison de leurs rapports de tailles et de la distance qui les sépare. Voilà pourquoi j'ai ponctué l'article de plans d'ensemble et que j'ai systématiquement mentionné les dimensions des toiles.
 Factory, peinte en 2018, huile sur toile, 65,52 × 80,3 cm. Courtesy de l'artiste 

Scruter cette usine de ciment place le visiteur en situation de doute. On a l'impression que le paysage se teinte de l'atmosphère. La figure humaine en est absente alors que la présence proche de Meow (non photographié) est très proche. Cette huile de dimensions modestes, au format carré  de 27,3 cm représente un chat qui est omniprésent dans l'univers du peintre.

Ayant pour habitude de brouiller les frontières de l'identité il peut d'ailleurs représenter cet animal en ébauchant une silhouette canine ou le placer à ses côtés comme ci-contre, dans Just one, 2021, tempura sur toile, 83 x 100 cm, Courtesy de l'artiste et Crèvecœur, Paris. On notera l'humour du peintre qui désigne le chat par son miaulement et le chien également par son cri puisque One signifie aboiement en japonais.

Il a employé une tempura traditionnelle à l'oeuf pour lier les pigments et l'eau. Le chat est encore présent dans le portrait ci-dessous, lequel évolue en paysage.
Gaze, 2023, huile sur toile, 145,5 × 112 cm, Courtesy de l'artiste et Crèvecœur, Paris et qui a été utilisée comme visuel pour l'affiche de l'exposition)
Synopsis, 2023, huile sur toile, 194 × 162 cm, Courtesy de l'artiste et Sadie Coles HQ, Londres
Et détail de Projection, 2022, huile sur toile, 45,5 × 53 cm, Courtesy de l'artiste et Sadie Coles HQ, Londres

A l'instar de Gaze, ce type de tableau, tout comme Synopsis, qui se trouve dans la salle suivante, est propice à imaginer toute une narration. Et il est tentant aussi de le mettre en regard d'un autre tableau. Le peintre s'intéresse à des éléments ténus sur lesquels sa peinture peut donner le sentiment de zoomer. Une silhouette d'oiseau peut apparaitre sur une figure humaine comme ici sur Projection. Un ciel bleu débordera d'un toit d'un immeuble sur Summer clouds (non photographié)

Plus loin le bouquet de Flowers in blue vase, composé d'anémones elles aussi évanescentes, témoigne de leur proche flétrissement. Yu Nishimura peint régulièrement des vases et les fleurs sont toujours présentes dans son environnement.
Il a peint spécialement pour l'exposition Filtration, 2026, huile sur toile, 218,2 × 291 cm, Courtesy de l'artiste et Crèvecœur, Paris. On y remarque autant l'action conjointe de la lumière naturelle de son atelier et du souffle du vent.

dimanche 18 octobre 2026

Les Misérables, adaptés et réalisés par Fred Cavayé

J'entends (presque) les critiques qu'on va faire aux Misérables : trop long, trop de violence, physique et psychique, des cascades à gogo, des paysages reconstitués en image de synthèse, une musique d'opéra sur d’horribles massacres … un film "facture série Netflix". 

N'empêche que j'ai trouvé que le scénario de Fred Cavayé (qui nous épargne le fameux "nez dans le ruisseau" et les références aux philosophes) était bien ficelé. Il y a des images percutantes comme par exemple Javert frottant sa montre (sans divulgâcher le fil de la narration).

Je n'avais jusque là aucune idée du chantier de démolition de la Bastille, ni évidemment conscience du charnier de la bataille de Waterloo. Même si ce sont des fresques historiques artificielles elles stimulent efficacement notre imagination et touchent notre sensibilité.

Les chorégraphies des scènes de combat sont très bien pensées et puissantes. 

Et surtout j'ai été cueillie par la qualité de l’interprétation. Vincent Lindon (Jean Valjean) et Louis Peres (Jean Valjean jeune), Benjamin Lavernhe et Camille Cottin (les horribles époux Thénardier), Noémie Merlant (merveilleuse Fantine), Megan Northam et Vassili Schneider (Cosette et son amoureux Marius), Tahar Rahim (redoutable Javert), Marie Colomb (Eponime) vont devenir inoubliables dans ces rôles. Il y a forcément au moins un César en vue … 

Hélas, les mots de Victor Hugo résonnent encore bruyamment : c’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches … même si aujourd’hui une journée de travail permet de s’acheter plus qu’une miche de pain.

Vous pourrez toujours estimer que rien ne vaudra la lecture du roman, ce que le film aura peut-être réussi à provoquer.

Sortie en salles le 14 octobre 2026.

samedi 17 octobre 2026

Jalisco, le Mexique autrement

Je croyais bien connaitre l'Etat de Jalisco où j'ai voyagé en 2020 (en allant de Guadalajara à Tequila, Sayulita et Puerto Vallarta en janvier 2020) mais j'ai découvert de multiples autres richesses au cours d'une soirée qui se révéla aussi bien une expérience gastronomique que patrimoniale, organisée conjointement par Jalisco et Aeroméxico.

Si je n'emploie pas le terme "folklorique" c'est parce que les Français associent souvent ce terme à des coutumes en voie de disparition. Il faut savoir que si Frida Kahlo les a faits connaitre à l'étranger (et que nous avons eu la chance de voir au Palais Galliera il y a 4 ans), l'usage des vêtements traditionnels est quotidien au Mexique. Certes, chaque région a sa spécificité mais on croise fréquemment partout dans le pays des femmes en jupe volantées et en blouse brodées, surtout fleuries, et pas seulement les jours de fêtes. On peut d'ailleurs les acheter sur les marchés.

Je vous recommande la visite de l'admirable (et gratuit) Museo Textil de Oaxaca situé dans le centre historique de cette ville mais nous sommes près de 1000 km au sud de la région dont il est question dans cet article. Le Mexique est un pays très grand et c'est une chance qu'il soit bien desservi par Aeromexico.

Pardonnez moi d'insister mais l'immense sombrero des Mariachis n'est pas là pour faire joli. C'est un des éléments du traje de charro (le costume du cavalier de l'époque coloniale) fabriqué à l'origine en feutre de laine épais ou en poil de lièvre rigide, si solidement qu'il protégeait le cavalier des branches d'arbres ou amortissait les chocs en cas de chute de cheval. C'est après la Révolution mexicaine (au début du XX° siècle) qu'il s'est orné de broderies de fil d'or ou d'argent, comme on le connaît aujourd'hui.

Je pourrais consacrer un article entier au costume des musiciens et en particulier aux caractéristiques techniques de leur chapeau. Je dirai quelques mots de cette musique plus bas, car nous avons eu la chance d'en écouter un récital, en toute légitimité puisque ce genre est né dans l'Etat de Jalisco avant de s'exporter dans tout le pays. Je soulignerai cependant tout de suite que cette musique a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2011.

La richesse patrimoniale de Jalisco est telle qu'une soirée ne suffit pas à aborder tous les sujets. Je vous souhaite de vous rendre sur place car rien ne vaut d'aller à la rencontre des habitants pour en comprendre les coutumes et le mode de vie. La chose est désormais rendue plus facile avec la création d'une nouvelle liaison aérienne directe entre Paris et Guadalajara (la capitale de cet Etat), à raison de trois vols hebdomadaires.

Situé dans l’ouest du Mexique, le Jalisco est l’une des destinations qui incarnent la richesse culturelle et la diversité du pays. Une des premières spécificités est d'être elle berceau de la tequila (mais le mot est masculin en espagnol) et se décline en plusieurs types : blanco, reposado, añejo. Pour en savoir plus je vous renvoie à une master-class que j'ai suivie en mars dernier à Wine Paris.

Un cocktail de bienvenue fut proposé en début de soirée, à consommer entièrement toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé. Soit la classique Margarita, soit une Paloma à la fraise qui fut mon choix parce que ça me rappelait de multiples souvenirs et que cette boisson n'est pas fréquente en France.

On pouvait aussi découvrir l'Agua de Jamaica, une infusion florale d'hibiscus très populaire au Mexique (et en Afrique sous le terme de bissap).

Plusieurs spécialités culinaires ont circulé entre les invités, là encore typique de la cuisine traditionnelle que l'on consomme dans cet Etat, mais revisité en bouchées pour convenir à une soirée. Il y eut un Ceviche de poisson très parfumé, avec comme il se soit quelques pluches de coriandre. Un petit pain garni de porc arrosé de sauce tomate, rappelant, en version réduite, la Torta Ahogada caractéristique de la cuisine de rue de Guadalajara.
La birria de los Altos (les hauts plateaux de Jalisco) fut déclinée en effilochée de boeuf au lieu de la traditionnelle version à jeune chèvre sauvage. La plupart des convives a aussi découvert le Pozole de mais blanc, qui est un bouillon originaire de l'État voisin de Guerrero (et le meilleur que j'ai consommé était préparé à Taxco) mais servi partout dans le pays.
Un tamal circula en guise de dessert, débarrassé de la feuille de maïs dans laquelle il a cuit. Il en existe autant de version que de région. Ainsi dans le Yucatan, au sud il est plutôt enveloppé dans une feuille de bananier. Et pour finir un bâtonnet glacé (helado) de Chapala qui était d'une douceur raffinée.
Sur le plan touristique Jalisco possède des sites extraordinaires. Le lac Chapala est le plus étendu de tout le Mexique. Un petit film nous a fait traverser les paysages.
Michelle Fridman Hirsch, la Secrétaire au Tourisme de l'État de Jalisco était venue pour présenter l'offre touristique, culturelle et gastronomique. Il faut dire que le Salon du Tourisme se déroulait en parallèle Porte de Versailles. Elle a insisté sur la variété de l'offre, sur son authenticité et sur sa représentativité des principales caractéristiques mexicaines, justifiant le slogan "Jalisco c'est le Mexique" (Jalisco es México).

vendredi 16 octobre 2026

40 ans d'histoire de la mode au Musée des Arts décoratifs

Me revoici au Musée des Arts décoratifs pour une autre exposition (je vous recommande celle qui est consacré à la haute couture thaïlandaise qui ferme prochainement) pour célébrer le quarantième anniversaire du musée des Arts de la mode, institution sœur puis partie intégrante du musée des Arts décoratifs.

Sa création en 1986 marqua l’entrée officielle de la couture dans le domaine culturel et le champ des arts. Seule à préserver les collections nationales de mode, l’institution réunit alors deux associations qui participent activement à la reconnaissance du vêtement comme objet de patrimoine : les collections textiles de l’Union centrale des arts décoratifs et celles de l’Union française des arts du costume. J'ai listé en fin d'article  les différences avec le Palais Galliera, dont je rends régulièrement compte des expositions.

En 40 ans, le musée a organisé plus de 70 expositions de mode ou de textile. La Nef accueille des œuvres exceptionnelles des collections, témoins de ces événements qui ont façonné l’histoire de la mode, de la société et des savoir-faire. Les équipes du musée ont sélectionné une silhouette par année et ce sont donc 40 mannequins qui portent des créations emblématiques qui ont marqué l'époque. je suis sûre que vous direz devant certaines : mais oui, … je connais !

L'exposition nous invite aussi, et ce n'est pas le moins intéressant, à découvrir les coulisses de la mode en nous transportant dans l’atelier de couture, de l’idée initiale au défilé, et à comprendre l’envers du décor, notamment en matière de conservation des œuvres, ce qui est une des missions essentielles du musée.

A comprendre aussi comment s'organisent les acquisitions, de gré à gré ou par enchères publiques (volontaires ou judiciaires), mais aussi par don (manuel ou notarié), avec effet immédiat ou différé, à l'initiative du propriétaire ou de ses héritiers, à moins que ce ne soit sur sollicitation des équipes de conservation auprès de particuliers, du grand public au grand collectionneur, des maisons de couture, des créateurs ou des entreprises.

L'ordre d'apparition des silhouettes n'est pas chronologique. La première à nous accueillir est  l'ensemble Bohemian, Lady San (kimono, robe) de John Galliano, Paris, haute couture printemps-été 1998 en satin faconné, vison, lamé et crêpe satin.

Il avait célébré le 30 ème anniversaire de l'ouverture du musée des Arts de la mode dans une exposition intitulée "Fashion Forward" 3 siècles de mode (1715-2016) qui retraçait l'essentiel de la création, du XVIII siècle à nos jours, à travers une sélection foisonnante d'œuvres fameuses et emblématiques de chaque époque. Y figurait ce majestueux manteau kimono, illustrant la liberté avec laquelle John Galliano mêle des inspirations éclectiques d'autres cultures, créateurs et époques.

Juste à côté la robe, en crêpe de soie, taffetas de soie, jersey de fibres synthétiques, qui a sans doute le plus marqué l'histoire du cinéma et qui restera la tenue la plus iconique de Mireille Darc. Elle la porta gracieusement dans le film Le Grand Blond avec une chaussure noire (Yves Robert, 1972). Très sage vue de face, choquante quand l'actrice tourne le dos à la caméra, ce que le visiteur est invité à faire pour apprécier le vertigineux, et jusque là insoupçonnable, décolleté laissant voir la naissance des fesses. On notera la demi-ceinture de chaine ajoutée par le couturier Guy Laroche pour maintenir le tissu sur les hanches.

Remontons dans le temps avec une robe à la française, en taffetas de soie chiné à la branche, datant de 1760, qui incarne l'élégance du XVIII° siècle, portée sur des paniers élargissant les hanches et un corps à baleines, ancêtre du corset. Elle a été montrée au public dans la première exposition du musée des Arts de la mode, en 1986. Intitulée Moments de mode, celle-ci retraça l'évolution de la silhouette de la fin du XVI° siècle aux années 1940.

A sa gauche, le velours de soie noir dans lequel Thierry Mugler tailla la robe Embarquement immédiat fait autant sensation que celle de Guy Laroche pour le défilé haute couture automne-hiver 1987-1988.

Cette robe était présente dans l'exposition Thierry Mugler, Couturissime (septembre 2021-avril 2022) regroupant 140 à 150 tenues de prêt-à-porter et de haute couture, costumes de scène, croquis, archives, vidéos et clips (notamment Too Funky ou l'univers du parfum Angel) au sein d'une rétrospective pluridisciplinaire rendant hommage au couturier, metteur en scène, photographe et parfumeur Thierry Mugler, retraçant sa carrière de 1973 à 2014. Il reste célèbre pour ses silhouettes féminines sexualisées et pleines de fantaisie. Dans la collection "Les Aviateuses", plusieurs tenues jouent sur le contraste entre une première apparence sage et un dos très audacieux, à l'image de ce grand décolleté garni de fleurs artificielles.
Sur ce cliché on peut voir à gauche une tenue de danse de  Jean-Paul Gaultier pour  la chorégraphe Régine Chopinot et à droite un bustier sur un jupon d'Hussein Chalayan tandis qu'au fond, à gauche, on aperçoit la merveilleuse création de Valentino de couleur rose qui illustre le parcours de visite tout comme le gros plan de l'affiche.

La tenue de danse (corset, cagoule, composé en satin de soie matelassé et surpiqué, satin de coton, applications, métal, maille de coton, tulle mécanique de fibres synthétiques, satin de coton, ouate) a été portée par la danseuse Monet Robier en 1985 pour le Ballet Le Défilé, passage "Manque d'air".

Jean-Paul Gaultier a réalisé les costumes de 14 ballets chorégraphiés par Régine Chopinot, de "Délices" en 1983 jusqu’à "Soli-Bach" en 1994. Le plus connu d'entre eux, Le Défilé (1985), était une œuvre hybride et marquante, entre danse et mode. Les tenues, données pour la plupart au musée, constituent une exception remarquable au sein des collections, puisqu'il s'agit de costumes de scène. Elles ont fait l'objet d'une retrospective en 2007. On y retrouve le style caractéristique du créateur de mode, entre humour et audace technique : le jeu du dessus-dessous, les surpiqûres ou encore le tutu, autant d'éléments qui participent du geste chorégraphique.

À la frontière entre architecture et design, Hussein Chalayan déploie une mode intellectuelle, où le vêtement devient un support de réflexion politique et sociale. Une exposition, en 2011, intitulée Hussein Chalayan, Récits de mode, explorait sa démarche expérimentale, marquée par l'emploi inventif des technologies et un engagement face aux enjeux de son époque.

Ici on a retenu un bustier, jupe, jupon en faille de soie surpiquée et baleinée, toile de coton, toile de coton, tulle de coton enduit présenté à Londres, en prêt-à-porter, au printemps-été 2000. Inspirée des corps à baleines du XVIII°, elle a défilé parmi des créations gonflables ou téléguidées et d'autres qui déconstruisaient le vestiaire historique. Au moment du final, cinq mannequins vêtus d'ensembles similaires - dont celui-ci -, disparaissaient, comme aspirés dans le sol. On peut en voir la vidéo dans la salle adjacente.
Place maintenant au rose avec plusieurs créations de Valentino, Schiaparelli et Iris van Herpen.

jeudi 15 octobre 2026

Masterclass sur les AOC Beaumes-de-Venise

Margot, l'ultra dynamique, tout autant que compétente, fondatrice de Rouge aux lèvres avait organisé ce soir chez Archives (6 rue de l'Ouest- 75014) une Masterclass présentant le travail de vignerons qui font bouger les lignes des appellations Beaumes-de-Venise.

Elle a été épaulée par Théo Xavier, fondateur et vigneron du domaine familial Raboly en 2022 et Eloïse Bouzid, chargée de la communication pour l'appellation.

Il existe deux AOC dans ce vignoble qui se niche dans le Vaucluse, au pied des spectaculaires Dentelles de Montmirail, entre reliefs calcaires, terres blanches, grises, rouges et blondes, sous un climat résolument méditerranéen.

Et bientôt peut-être pourrons-nous célébrer une troisième AOC, mais il est trop tôt pour en parler. Pour l'heure, nous nous focaliserons celles qui existent et qui s'inscrivent dans deux styles très différents. Bien entendu, en toute modération sachant que l'abus d'alcool nuit gravement à la santé.
Nous sommes en pleine période de la campagne annuelle mondiale de sensibilisation des femmes au dépistage du cancer du sein. Le responsable d'Archives avait donc imaginé un cocktail de bienvenue en l'honneur d'Octobre rose et de Beaumes-de-Venise.

La recette : 6 cl de Beaumes-de-Venise bien frais, 3 cl de tonicités, 2 cl de jus de pamplemousse rose pressé, 1cl de sirop d'hibiscus, quelques glaçons.

On frappe 10 secondes le vin, le jus, le sirop et les glaçons. On filtre et complète avec le tonic. On décore d'une feuille de basilic frais.

Margot a effectué d'abord, et en toute logique, une présentation de la situation géologique. Elle a levé l'ambiguïté du nom qui n'a rien à voir avec l'Italie. Il résulte de la combinaison de "Beaumes", qui signifie grotte en provençal parce qu'il y a de nombreuses cavités creusées dans la roche, et "Venise", qui est une déformation linguistique de "Venisse" (le Comtat Venaissin, ancien territoire papal dont faisait partie le village). Les vignes bénéficient du souffle du mistral qui leur évite bien des maladies.

Il y eut 7 papes qui, de 1309 à 1377, ont régné légitimement depuis la Papauté d'Avignon avant que le siège ne soit ramené à Rome : Clément V, Jean XXII, Benoît XII (qui lance la construction du Palais des Papes), Clément VI, Innocent VI, Urbain V et Grégoire XI. Pour aller souvent au festival d'Avignon je me suis trouvée au Cloître Benoît XII, situé au cœur même du Palais des Papes, qui accueille régulièrement des spectacles ou des rencontres et au Verger d'Urbain V. Je connais aussi l'avenue Jean XXII à Monfavet. Alors, plus tard dans la soirée, lorsqu'on demanda de citer des noms de papes pour gagner une bouteille, j'ai pu facilement remporter le lot.
Puis nous avons enchainé avec la dégustation proprement dite, en commençant par les rouges avec le Domaine des Garances AOC Beaumes-de-Venise Alazard 2024. 

mercredi 14 octobre 2026

L’Ecole des femmes mise en scène par Robin Renucci

Je suis allée voir L’Ecole des femmes mise en scène par Robin Renucci avec un peu d’inquiétude. Allais-je aimer cette version et que pourrais-je en dire de positif après avoir été si enthousiaste à propos de celle de Frédérique Lazarini il n’y a pas six mois ?

Que du bien ! Si j’osais une comparaison culinaire je dirais que ce sont deux plats proposés avec des parfums différents, de l’ordre de ceux entre lesquels on n’arrive pas à choisir.

Comparaison n’est pas raison et je ne vais pas me lancer dans cet exercice stupide. Ma seule recommandation est de vous conseiller d’aller voir les deux. Vous vivrez deux très belles soirées.

Molière ne décrit pas l’endroit où Arnolphe séquestre la toute jeune Agnès mais on comprend que le "logis" est isolé, que les deux gardiens doivent en maintenir la porte close mais qu’il y a tout de même un balcon, donc une ouverture possible sur le monde. Robin Renucci a eu la très bonne idée de faire de ce lieu un vrai personnage qui respire (la fumée s’échappe de la cheminée tout au long de la représentation), qui ronfle, qui tousse (à s'en décrocher une latte de temps en temps), qui s’énerve (on devine le feu à l’intérieur), qui s’étonne (et la loupiote de l’entrée clignote).

Lisa Navarro, la scénographe, a ainsi conçu un dispositif évolutif qui, au départ s’apparente à une maison de bois isolée du sud américain, avec un porche sous lequel on aimerait se balancer dans un rocking-chair comme on a pu en voir dans la filmographie de Spielberg (La couleur pourpre par exemple), annonçant donc une grande histoire avec de multiples rebondissements. À la fin, ce ne seront que ruines mais Agnès sera sortie de sa chrysalide.

On remarque évidemment les godillots accrochés par leurs lacets au fil électrique. Le "shoe tossing" est souvent associé aux Etats-Unis à la mémoire d'une personne décédée à proximité mais en Australie on lance des chaussures pour marquer un moment important et je regrette de ne pas avoir noté l'instant où Agnès les décroche, sans nul doute quand elle a commencé à s'affranchir de la tutelle d'Arnolphe.

Tout est signifiant et c'est un des plaisirs de ce spectacle qui ne prend pas le spectateur pour un ignare. Horace entre à jardin avec un vieux transistor diffusant Every Breath You Take de The Police (composé et chanté par Sting en 1982). On pense alors que c'est un signe de joie du jeune homme parce que l'air est entrainant et qu'il a marqué la jeunesse de nombreux spectateurs. Cet anachronisme n'est pas anodin. Il faut être attentif aux paroles. Elles décrivent à la perfection les obsessions de contrôle d'Arnolphe, ce qui justifie tout à fait qu'Agnès se débarrasse de l'objet dans la poubelle à la fin du spectacle.

Il parait que le metteur en scène a voulu représenter la peur masculine de perdre le contrôle face à l'émancipation des femmes. Si le sujet était déjà d'actualité en 1662 quand Molière a commencé à écrire la pièce il continue de résonner de nos jours.

Arnolphe (François Morel) réagit en se défendant et avec une certaine agressivité, perçue plus ou moins par le public. Ici, à Antony, son comportement a été compris au second degré, et le rire l'a emporté sur l'indignation alors que j'ai entendu dire que ses tirades furent souvent huées lors des représentations aux fêtes nocturnes du château de Grignan l'été dernier. Il faut dire que le comédien aura été souvent très proche des spectateurs, les prenant en quelque sorte à témoin, et parvenant habilement à les amadouer.

Les costumes de Benjamin Moreau s'inspirent de l'univers du néoréalisme italien et ont été coupés dans des tissus dont les teintes s'accordent avec le décor. On remarquera que la tenue d'Agnès (Juliette Cahon) est sans doute celle qui évolue le plus, symbolisant sa libération du carcan éducatif imposé par son tuteur.

Il faut saluer l'admirable travail de composition des comédiens, faisant oublier que certains d'entre eux jouent plusieurs rôles.
Il ne faut pas manquer ce spectacle qui se joue du 13 au 17 octobre au Théâtre Firmin Gémier / Patrick Devedjian d'Antony (92) mais aussi les 30 et 31 janvier à L’Onde de Vélizy-Villacoublay (78), avec entre les deux une longue tournée en région.

L'École des femmes de Molière
Mise en scène de Robin Renucci
Avec François Morel, Juliette Cahon, François Deblock, Luc-Antoine Diquéro, Sven Narbonne (en alternance avec Simon Alopé), Chani Sabaty, Igor Skreblin.

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