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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 24 avril 2026

La femme de ménage de Freida McFadden

La femme de ménage est un énorme phénomène littéraire, cumulant un nombre considérable de lecteurs dont je viens de rejoindre la cohorte. Et je suis en passe de me glisser dans les premiers rangs des fans de cette mystérieuse autrice américaine. 

Freida McFadden a en effet longtemps cultivé le secret autour de son identité réelle.

Il a pris fin lors d’une interview accordée à USA Today, datée du jeudi 9 avril, tordant le cou aux spéculations prétendant un collectif d’auteurs masqués derrière une identité fictive. Sara Cohen exerce comme médecin spécialisée dans le traitement des troubles cérébraux. Elle a utilisé un pseudo pour éviter toute interférence entre son travail à l’hôpital et son succès en librairie. Elle continuera néanmoins à publier sous son nom de plume, devenu une marque littéraire à part entière.

Je rappelle qu’après la trilogie autour de La femme de ménage, elle a enchaîné avec Le Boyfriend, La locataire et L’intruse, devenant très vite une personnalité majeure du thriller contemporain. Dans la foulée de sa parution, La femme de ménage a fait l'objet d'une adaptation cinématographique éponyme avec Sydney Sweeney dans le rôle principal, qui ne me tente pas après en avoir visionné la bande-annonce. Je ne sais d'ailleurs pas si je vais avaler tous ces succès mais je dois confesser que j’ai pris un énorme plaisir à la lecture du premier opus.
Millie, une détenue libérée après dix ans de prison et sans emploi, parvient à se faire embaucher comme employée de maison dans une riche famille new-yorkaise. Cette nouvelle situation, où elle est à la fois femme de ménage, cuisinière et accompagnatrice de Cecelia, la fille de la famille, lui paraît tout d'abord être une chance formidable, avant que sa très aimable patronne, Nina Winchester, ne se révèle finalement instable et toxique. La bienveillance de son époux Andrew, "d’une beauté dévastatrice", permet à Millie de supporter la situation et de surmonter les rumeurs selon lesquelles sa patronne aurait tenté de noyer sa propre fille, mais son malaise s'accroît lorsqu'elle découvre que la chambre qu'on lui a allouée ne ferme que de l’extérieur.
Pour un premier roman c'est un coup de maitre, comme le fut en son temps la saga Potter. On peut bien le qualifier de populaire ou prétendre non sans ironie qu’il s’inscrit dans un "contrat de divertissement", l’intrigue est bien ficelé, il enchaine de vrais rebondissements, avec un style tout à fait correct mais d’une simplicité fort agréable. C’est un grand succès de librairie mondial, ce qui impose le respect. Rien qu’en France il s’en est vendu plus de 630 000 exemplaires en une année, avec semble-t-il un lectorat total de 2,5 millions d'exemplaires vendus en France pour le livre initial de la série et son éditeur confie qu'il ne pouvait s'attendre à un phénomène d'une telle ampleur.

The Housemaid a été distingué à deux reprises par l'Association internationale des auteurs de thrillers : en 2023, il est élu au titre de roman ayant reçu la meilleure critique, et en 2024, il est nommé parmi les cinq meilleurs livres audio.

La femme de ménage de Freida McFadden, publication originale sous le titre de The Housemaiden 2022, City Éditions pour l'édition française, traduction de Karine Forestier, en librairie depuis 2023

jeudi 23 avril 2026

Mon grand frère et moi de Ryôta Nakano

C’est une amie qui m’a entraînée au Cinéma des cinéastes. L’endroit est particulier. Il abrite un bar-restaurant caché car il faut le connaitre pour avoir l’idée de s’y installer, au premier étage. Et pourtant cette adresse confidentielle est accessible sans ticket de cinéma, par un escalier discret dans le hall, loin du tumulte de la Place de Clichy.

Installé dans l'ancien cabaret du Père Lathuille (où se produisirent des célébrités comme Maurice Chevallier ou Lucienne Boyer), sous une fresque dédiée à Méliès et Loïe Fuller (dont j’ai photographié un morceau), c'est un lieu où l'on vient aussi bien dîner en groupe que prendre un verre dans un décor fin XIX°, avec velours et lumières tamisées.

J’ai à peine eu le temps de deviner que la carte des cocktails comportait des suggestions originales, que celle des tapas était gourmande. Tout m’a tenté dans cet endroit hors du temps mais, bien que chroniqueuse culinaire, je n’étais pas venue pour ça.

Le Cinéma des cinéastes est fidèle à son nom. Il appartient à 220 producteurs, auteurs, réalisateurs qui ont la volonté de porter haut le 7ème art. Son directeur s’efforce donc d’y présenter depuis 1997 toutes les cinématographies. Ce soir là ce sera, pour la première fois, un réalisateur japonais, Ryôta Nakanoqui arrivera un peu plus tard pour débattre de Mon grand frère et moi une fois que nous l’aurons visionné. Il n’est pas encore sorti en France et je n’avais rien lu à son propos.
Entre Riko et son frère aîné, rien n’a jamais été simple. Même après sa mort, il continue de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants… et un fils ! Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences, et redécouvre peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’aurait cru.
Il y a, pour nous européens, quelque chose de l’ordre du documentaire en ce sens que nous ignorons les coutumes japonaises en matière d’enterrement, comme par exemple l'usage du blanc en tant que couleur sacrée. Les fleurs blanches sont symbole de pureté. La mort est une transition et n'inspire pas les mêmes sentiments qu'en Occident. Cela peut sembler anecdotique de le dire mais certaines scènes ont un aspect cocasse pour qui ne connait pas cette civilisation, comme la coutume de déjeuner pendant la crémation. On récupère ensuite les fragments d'os avec des baguettes rituelles pour les rassembler et les placer dans une urne en commençant par ceux des pieds et en remontant jusqu'au crâne avec les cendres. Heureusement, la caméra est toujours discrète et bienveillante, et la durée du film, supérieure à deux heures, permet de prendre le temps

Le film débute dans le silence, sans même une musique d’accompagnement. Le piano n'interviendra que bien plus tard, lorsque la mère, face au miroir, réalisera la gravité de la situation, bien après l'annonce du décès de son frère, par téléphone, où la conversation s'est enclenchée avec la formule traditionnelle moshi moshi qui signifie littéralement  "je parle, je parle", et sous-entend "allô, vous m'entendez ?" 

L'intrigue se met en place quand le fils de Riko fait ses devoirs dans sa chambre et qu'il tombe fortuitement sur un livre (écrit par sa mère) dont le prologue mentionne C’est un refuge, pas un fardeau.

La formule est opaque pour le moment. On la retrouvera au dernier plan, lorsqu’il refermera le roman qui est aussi un témoignage. la façon de tenir le livre a de quoi intriguer. Il faut savoir que dans ce pays, les livres se lisent de haut en bas, de droite à gauche, comme l'écriture japonaise qui se trace traditionnellement à la verticale. Cette façon d'écrire s'appelle le tategaki ... si bien qu'en ouvrant le roman à l'envers de notre sens de lecture il n'est pas à la fin mais au début de l'histoire.

Cela s’explique de manière historique, à une époque où l'on écrivait au pinceau et à l’encre : le pinceau dans la main droite et le rouleau de papier dans la main gauche. Il était beaucoup plus pratique d’écrire de droite à gauche pour éviter d'endommager ce qu'on avait tracé. Voilà d'ailleurs pourquoi, en France, on garde ce sens de lecture pour les mangas car ce serait un travail colossal de réordonner les vignettes. C’est aussi le meilleur moyen de respecter l’œuvre originale.

C'est aussi pour une raison pratique qu'on verra les voitures rouler sur la gauche. L'origine remonte à l'époque féodale, lorsque les samouraïs portaient leur épée sur le côté gauche du corps et qu'il aurait été dangereux de se croiser en circulant sur le côté droit. Cette tradition s'est maintenue et a été renforcée par l'influence britannique lors de la construction des premiers chemins de fer japonais au XIX° siècle. (En France aussi, hormis en Alsace, les trains roulent à gauche). Et si nos voitures se déplacent du côté droit la responsabilité en incombe à Napoléon Ier qui a rendu ce sens de circulation obligatoire en 1804.

Il n'empêche que le réalisateur fera de multiples flash-backs que, parfois, nous aurons du mal à comprendre car beaucoup sont des sortes d'hallucinations, ou disons des évocations des membres de la famille et de souvenirs vécus … ou rêvés.

C'est ce qu'on appelle au Japon le Omokage : le visage qui reste, au réveil d'un songe ou accroché à un souvenir... Riko en est troublée : son grand frère, pourtant disparu, n'a de cesse de lui rendre visite au quotidien... et il se permet toutes sortes de facéties, parce que dans le cinéma de Nagano tragédie et comédie sont indissociables.
On a au Japon un autre rapport à la fatalité. Lorsqu'il discuta avec la salle le réalisateur reconnut que, culturellement, la mort n’est pas joyeuse dans son pays mais qu'il a voulu en imprégner son film : L’être humain n’est jamais aussi humain que lorsqu’il se débat dans ses émotions. Les larmes et le rire ne sont pas contradictoires et peuvent coexister.

On ne fait pas la bise ni ne serre la main. On se limite à un hochement de tête ou – plus authentiquement -une courbette appelée ojigi, formelle mais très codifiée (l’inclinaison dépasse rarement 30°, sauf pour exprimer un respect exceptionnel). Les salutations s’accompagnent souvent de mots de politesse comme "sumimasen" (excusez-moi) et "arigatou gozaimasu" (merci beaucoup). L’évitement du regard est un signe de modestie ou de respect, surtout envers les aînés. La communication japonaise privilégie l’implicite : les non-dits, les silences. Que ce soit en couple ou en famille, les signes d’affection sont généralement réservés à la sphère privée. Les accolades, bisous ou grandes effusions en public sont proscrits, y compris entre une mère et son enfant. Le consensus, la retenue d’émotions et la modestie sont des piliers de la société japonaise. Il n'est pas d’usage d’exprimer directement son avis, pour éviter toute forme de confrontation. 

On se déchausse quand on rentre chez quelqu’un, dans un restaurant traditionnel, certains temples ou tout endroit pourvu de tatamis. Un espace est aménagé à l’entrée pour les chaussures et on peut y enfiler des chaussons ou rester en chaussettes. Le respect de l’hygiène est un pilier du mode de vie japonais.

La nourriture est un aspect important, on le remarque dans le film. On ne plante pas les baguettes dans un bol de riz car ce geste évoque le rituel funéraire. Mâcher bruyamment est mal vu, sauf pour les nouilles qui sont aspirées bruyamment pour signifier que l'on apprécie le plat.
Comme c’était déjà le cas dans La Famille Asada (2020), Ryota Nagano évoque de nouveau le souvenir traumatisant du séisme de l’Est du Japon, à Fukushima le 11 mars 2011. Le personnage du frère a déménagé dans la ville de Tagajō, dans la préfecture de Miyagi, une région qui a été gravement touchée par le Tsunami où le réalisateur s’est rendu pour effectuer des repérages et réaliser des interviews.

Il a confirmé avoir adapté un livre racontant le décès d'un frère et que c'est lui qui a décidé de le faire régulièrement apparaître. Le scénario est pour moitié tiré du livre, pour un tiers des échanges que le réalisateur a eu avec l’autrice et les 20% restant appartiennent au cinéaste.

Dans la "vraie" vie, le grand frère est très paumé, fauché, mais très aimé, surtout par les femmes. Derrière ses défauts il avait des qualités. Or, si on ne réussit pas, on n’est rien, non ? interroge-il.

Il reconnait ne pas souhaiter laisser une part d’improvisation à ses acteurs et écrit leurs rôles à la virgule près. Le comédien qui interprète le grand frère a la réputation d’improviser mais cette fois il ne l’a pas fait, disant que lorsqu’un scénario est bon c’est inutile.

Derrière les situations cocasses et les fantômes bienveillants, Mon grand-frère et moi célèbre la réconciliation, en premier lieu avec ce frère "dissident" mais aussi avec tout ce qu’on pensait avoir perdu en chemin. Il ne s'agit ni de pardon ni de faiblesse mais de reconnaitre qu'il peut y avoir des qualités derrière les défauts. Et si Riko en veut tant à son frère, c’est peut-être moins pour sa désinvolture que pour la liberté qu’il incarne et dont on la sent un peu jalouse. Jusqu'à ce qu'elle comprenne que ce grand frère est un refuge, pas un fardeau.


Mon grand frère et moi de Ryôta Nakano
Avec Hikari Mitsushima, Joe Odagiri, Ko Shibasaki
Vu le 7 avril 2026 au Cinéma des cinéastes- 7 avenue de Clichy - 75017 Paris
Sortie annoncée en France pour le 6 mai 2026

mercredi 22 avril 2026

Marilyn Monroe à la Cinémathèque

Une fois traversé son visage imprimé sur le rideau en lamelles, et si vous faites le (petit) effort de déchiffrer les cartels de l'exposition qui vient de démarrer à la Cinémathèque, sobrement intitulée Marilyn Monroe, et de visionner les extraits de ses films vous comprendrez combien l'impitoyable système des studios pendant sa courte carrière d'actrice à Hollywood (1946-1962) a pesé sur ses épaules. Vous serez alors épaté par son naturel et son talent.

Elle fut injustement déconsidérée, comme interprète, et ceux qui l'adulèrent en tant que star ne lui rendirent pas service puisqu'ils furent incapables de la soutenir.

Elle a été broyée par le système jusqu'à en mourir très jeune : elle n'avait que 36 ans !

L'exposition présente une vraie actrice qui incarne et compose des rôles à l'écran et qui donne envie de visionner entièrement sa filmographie. Sa beauté et son naturel sont manifestes dès ses premières apparitions.

Norma Jeane est découverte par un photographe pendant la guerre alors qu'elle travaille à l'usine. Devenir mannequin lui permet d'être indépendante financièrement, de divorcer et d'échapper à sa condition d'ouvrière.

La pin-up incarne les enjeux de son temps. Figure patriotique pendant la guerre, elle symbolise davantage le potentiel domestique dans les années 1950. Elle est jeune, blanche et enjouée, érotisée sans être vulgaire et jamais individualisée. Elle est un idéal féminin caractérisé par une forme de naïveté sexuelle. Le visiteur est soumis à de forts contrastes, entre des photographies éclatantes de simplicité et de vitalité et d'autres d'une sophistication extrême. On retrouvera le même décalage entre la Marilyn en jean et la star en robe de mousseline.
Le pantalon et la blouse en soie de la garde-robe personnelle de Monroe, années 1950 provient d'une boutique Jax tenue et dirigée par Jack Hanson (qui en ouvrit deux au début des années 50 : une à Beverly Hills et une à New York, près de l'appartement où vivait Marilyn).

Pourtant les studios exploitent d'emblée la figure de pin-up dans les films de Monroe, mais aussi dans toutes ses apparitions publiques. Les critères de la Mmm Girl -slogan promotionnel des studios- sont simultanément repris par la presse puis par ses premiers biographes.

mardi 21 avril 2026

Accord met-vin avec le Thirsty Owl Wine Co. Diamond 2014 des Finger Lakes

C'est à Wine Paris, sur le stand des vins de l'Etat de New-York, que j'ai découvert notamment le Diamond de Thirsty Owl Wine, cuvée 2024.

Il n'y a pas que l'étiquette qui a attiré mon attention. C'est surtout la saveur de ce cépage que nous ne connaissons pas en France et pour lequel on manque de références organoleptiques qui le rend intéressant à tenter d’associer avec un plat.

Goûter ce vin de table doux, comprendre et apprécier son histoire, lui confère un charme indéniable et c'est un vin d'une qualité exceptionnelle.

La robe est jaune citron pâle. Le nez est aromatique et complexe : d’abord des arômes de grappes de raisin fraîchement cueillies suivis de notes de fruits mûrs, miellées, herbacées et florales.

En bouche, des notes de pêche et de poire se révèlent, avec une acidité typique de l'État de New York. La minéralité est marquée, évoquant les hydrocarbures. La finale est douce, débordante de saveurs et d'arômes de raisin frais.

On y reconnaît la caractéristique gustative de certaines espèces de vignes américaines et du vin qui en est issu, qui est généralement perçue de manière négative en Europe (au Japon, cet arôme souvent est toutefois considéré comme agréable). Il est souvent décrit comme intense et déplaisant, accompagné d'une note sucrée, d'apparence artificielle, qui rappelle le jus de raisin et les fruits trop mûrs. L'odeur et le goût évoquent des associations animales et terreuses rappelant un terrier de renard, la fourrure mouillée et la terre humide, la root-beer et une pointe de sassafras.

Les œnologues américains emploient le nom de foxton (ou foxtaste, autrement dit goût de renard).

Je pourrais résumer en deux mots la sensation à la dégustation, étrange je l'avoue, de cire d'abeille, totalement inédite avec les vins français si on excepte l'hydromel. Les néophytes pensent que du sucre a été ajouté, et pourtant non, pas plus que les alsaciens ne supplémentent leur Gewurtztraminer. Il présente seulement 5,6 % de sucre résiduel.

On aime ou on aime pas, et personnellement j’apprécie, bien entendu en toute modération sachant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé comme nous le rappelle l’histoire du nom de la compagnie. On raconte en effet que Ted Cupp, fondateur et "visionnaire" du domaine viticole (le père de Jon qui le dirige aujourd’hui), avait un peu trop bu un soir et, qu’en rentrant chez lui, il crut apercevoir un "grand hibou assoiffé" dans les vignes. Il décida alors de donner ce nom à son entreprise.

Il est issu d'un cépage trop souvent méconnu, probablement parce qu'il donne généralement des vins doux, souvent qualifiés de "violents" au goût de raisin. Autrefois, Pourtant, ces arômes de raisin ont connu un véritable regain de popularité ces dernières années, et ce vin est une véritable réussite !

Je l’ai immédiatement imaginé sur des recettes créoles, un poulet New-Orléans, des plats cajuns ou mexicains, un colombo (ci-dessous à gauche). Mais j’ai cherché une autre association et je dois dire qu'un risotto aux morilles a parfaitement matché, en accompagnement d'un saumon cuit vapeur. L'assiette est "décorée" de fleurs de bourrache et feuilles de menthe bergamote qui sont deux végétaux que j'apprécie énormément.
Il fut également idéal avec une tarte aux pommes, mais en saison je le servirai sur des abricots et ce sera encore meilleur.

lundi 20 avril 2026

A voix basse de Leyla Bouzid

À voix basse est le troisième long métrage de Leyla Bouzid. C'est lui que l'AFCAE a retenu comme film-surprise d'avril.

Tourné surtout en Tunisie, ce film français, écrit par la réalisatrice en hommage à sa mère, a été présenté en avant-première le 13 février 2026, en compétition à la 76e Berlinale.
De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, la jeune femme se retrouve confrontée à un secret de famille qui va faire écho à sa propre situation.
L'action se déroule essentiellement dans une sorte de huis clos, au sein d'une (vaste) maison où cohabitent trois générations de femmes. C'est sans surprise que le spectateur comprend le risque de la révélation de son homosexualité dans un pays où elle est encore répréhensible par la loi même si l'opinion commence à évoluer et que, paradoxalement les femmes sont plus épargnées du fait que les institutions susceptibles de les sanctionner ne croient pas ce type de relations possibles et concluent à une plaisanterie.

Faut-il pointer qu'en Tunisie le code pénal prévoit jusqu’à trois ans de prison pour punir les relations intimes entre personnes de même sexe ? On peut comprendre que cela favorise les non-dits.

Lilia est venue accompagnée d'Alice qui compte bien profiter de son séjour pour s'affirmer officiellement dans la vie de sa compagne. Lilia craint la réaction de sa mère et cherche à préserver sa grand-mère, si ébranlée par la mort de son fils chéri.

Les souvenirs reviennent à la surface, joliment évoqués par des apparitions ou plus concrètement par la découverte de courriers qui n'ont jamais été expédiés. Leila va entreprendre un vrai travail d'enquête qui va faire bouger les lignes. La prise de conscience est progressive quoiqu'on devine que le secret n'en était pas véritablement un, même si l'aïeule avait réussi à imposer le mariage à son fils.

Cette contrainte est subtilement racontée par le prisme de photographies qui en disent plus long que bien des dialogues et par une caméra qui s’approche au plus près possible des visages. Et un équilibre délicatement négocié entre la ville et la campagne dans un champ d'oliviers.

Le film se déploie dans une grande sensibilité et un profond respect, parvenant à instaurer une forme d'optimisme. Il est malgré tout dommage (mais je sais que c'est une réalité linguistique) que les dialogues sautent du français à l'arabe, et vice versa, au sein d'une même conversation, voire à l'intérieur d'une phrase, avec pour conséquence la perte de la pensée dans la langue d'origine.

Certaines actrices sont bien connues comme Hiam Abbass qui interprète la mère, et Marion Barbeau (Alice) que l'on avait remarqué dans le film de Cédric Klapisch, En corps. Il est certain qu'on entendra parler de Eya Bouteraa parfaite dans le rôle difficile de Lilia.

À voix basse
Réalisation et scénario : Leyla Bouzid
Avec Eya Bouteraa : Lilia, Marion Barbeau : Alice, Hiam Abbass : Wahida, Fériel Chammari : Hayet, Salma Baccar : mamie Néfissa, Lassaad Jamoussi : Moncef, Karim Rmadi : Daly
Musique : Yom
Date de sortie nationale annoncée pour la France : 22 avril 2026

dimanche 19 avril 2026

Roberta Cecchin : Una Roberta a Parigi

J'en avais entendu parler depuis très longtemps mais n'avais jamais trouvé de créneau pour aller voir Roberta Cecchin, … cette italienne à Paris qui circule à Vespa en portant en bretelle les trois couleurs verte/blanche/rouge de son pays et qui seront celles de son éclairagiste.

L'humorist, pétillante comme le Prosecco,  reconnue pour son regard affûté et son énergie scénique, propose au Grand Point Virgule son spectacle Una Roberta a Parigi devant un public conquis d'avance, et pour cause puisque la salle était pour moitié occupée par des italiens … qui étaient ravis d'interagir avec leur compatriote tout au long du spectacle.

Il s'agit d'une édition spéciale de la version d'origine, au cours de deux soirées, les 9 avril et 3 juin 2026, pour célébrer sur scène l’amitié entre Rome et Paris (j'en précise le contexte en fin d'article). Le public peut à cette occasion découvrir ou redécouvrir le regard humoristique d’une artiste dont le parcours se construit entre l’Italie et la France.

Elle a en effet ajouté à son woman show un nouveau sketch qu'elle teste en ce moment et qui a été écrit à l’occasion des 70 ans du jumelage officiel entre les deux capitales européennes. Pour cette édition spéciale, certains passages ont été adaptés afin d’évoquer les références historiques et culturelles qui les approchent. Le spectacle propose ainsi des clins d’œil à la culture parisienne, à la culture romaine, ainsi qu’aux symboles qui caractérisent cette relation entre les deux villes.
Bien sûr elle raconte également son histoire d'Italienne qui débarque à Paris sans parler français, et qui se retrouve confrontée aux interminables querelles à propos de la langue, de la cuisine et des coutumes. Amoureuse de l’Italie, passionnée de Paris (elle est devenue citoyenne française en 2022), elle nous initie sur les différences culturelles en termes d'apéro, de bise, de drague, de bidet, de taille d'appartement, de culottes, sans oublier la (bonne et unique) manière de cuisiner les pâtes Carbonara et notre penchant ridicule pour les pizzas "chèvre et miel" (n'empêche que sans nous les indiens seraient passés à côté de leur désormais spécialité de Cheese naan). Il sera tout de même utile de savoir qu'en Italie on ne se fait pas la bise à tout bout de champ, on se serre la main.

Munie d'un tableau d'orthophoniste elle va détailler les différences de prononciation et dénombrer les voyelles d'un côté et de l'autre en nous alertant que, non, l'italien ce n'est pas du français avec des a ou o à la fin. Et elle nous rappelle au passage que jusqu'en mars 1861 (date de la proclamation du royaume) on y parlait 250 langues différentes.

Elle se moque de nos travers (il est vrai que nous croyons dur comme fer que Panzani est une marque italienne) autant que de ceux de son pays d'origine. Jusqu'à son patronyme. Roberta, nous dit-elle est un prénom vieux et moche en français, à consonance masculine malgré son a final. Quant à Cecchin, il ne se termine pas par une voyelle alors qu'on le prononce Tche-chi-ne.

Depuis sa création, Una Roberta a Parigi a déjà dépassé 215 représentations dans sept pays et dans plus de 50 villes. La mise en scène de la "seule humoriste italienne proposant un spectacle en français en tournée en France" est assurée en collaboration avec l’artiste italien Stefano Pepemauropar Christophe Averlan qui, en plus de son activité d'auteur et de réalisateur, a cofondé une boîte de coaching pour acteurs et actrices. Il a travaillé. 

Roberta Cecchin : Una Roberta a Parigi
Mise en scène Christophe Averlan
Le grand Point Virgule, 8 bis rue de l'Arrivée 75015 Paris
jeudi 9 avril et mercredi 3 juin à 19 h15
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"Seul Paris est digne de Rome ; seule Rome est digne de Paris". L'affirmation a scellé en 1956 le jumelage exclusif qui unit les deux capitales européennes dont les maires ont renforcé leurs liens en 2022 afin de relancer les voyages culturels.

samedi 18 avril 2026

Potiche dans la mise en scène de Charles Templon

Très forte est la probabilité d’avoir déjà vu Potiche, soit au cinéma avec le film de François Ozon (2010) où Catherine Deneuve interprétait le rôle titre en compagnie de Gérard Depardieu et Fabrice Luchini, ou au théâtre, bien que la création du rôle titre par Jacqueline Maillan remonte tout de même à 1980.

On connait tous l’histoire dont il est impossible de ne pas avoir visionné un extrait de l’une ou de l’autre version.

Nous voici au Théâtre Libre, à deux pas du théâtre Antoine où l’immense Maillan officiait. Par chance la comédie pétillante écrite par Barillet et Grédy il y a plus de 45 ans reste tout à fait entendable, ce qui dénote que nous n’en avons pas fini avec le machisme bien que les femmes ne se laissent plus cantonner à une telle vision (sauf peut-être une certaine épouse d’un certain président outre-Atlantique mais là n’est pas la question. Et c’est sans doute au final une idée judicieuse que d’avoir quasiment repris le décor d’origine, tout à fait daté et ponctué de parapluies. On est en terrain de connaissance …
Dans la ville tranquille de Sainte-Gudule, rien ne semble pouvoir troubler la vie bien rangée de la famille Pujol. Et pourtant… Quand Robert, patron austère d’une usine de parapluies, est victime d’un malaise, son épouse Suzanne se voit contrainte de reprendre les rênes de l’entreprise. Docile et dévouée, Suzanne se révèle finalement une cheffe d’entreprise brillante et inattendue !
Au-delà du décor la super bonne idée est d’avoir fait une distribution au petits oignons, ce qui a sans doute pesé dans la nomination de la pièce aux prochains Molières au au titre de Meilleure Comédie. Avec en tête Clémentine Célarié qui combine intelligemment comédie et sérieux.

On ne se souvient pas de Patricia Karim qui était la Nadège d’origine. Par contre Karin Viard avait fait du personnage une parfaite secrétaire dans la version cinématographique. Ici c’est  l’excellentissime, Hugo Bardin alias Paloma (remplacée dans le rôle de Nadège par Kameliya Stoeva le 23 avril), qui fait le job et qui aurait bien mérité une nomination comme Molière de la révélation. Quel vent de folie douce !

Philippe Uchan, Jérôme Pouly, Benjamin Siksou, Alexie Ribes et Valmont Folcher se donnent admirablement la réplique avec une belle énergie et une complicité évidente … jusqu’aux lapsus et petits incidents rattrapés avec une dextérité jouissive.

On se surprend à trouver que des répliques cultes qui n’ont (malheureusement) pas tant que ça vieilli :
- Ton avis ? Tu as un avis ? Je te demande de partager le mien.
- Je n’ai pas à m’excuser d’être femme.

Côté bande-son, on s’amusera de reconnaître le générique d’Aujourd'hui madame, qui était d’ailleurs utilisé dans le film, et qui « date » l’époque. Ce magazine destiné aux femmes au foyer, ces fameuses « ménagères » a été diffusé sur la deuxième chaîne de 1970 à 1982. Le grand succès de Dalida, véritable ode à la liberté, qu’est Laissez-moi danser, lui fait en quelque sorte contrepoint.

On entend bien à la fin que la France est une grande baraque qui manque de femmes au pouvoirOn pourrait reprocher à Charles Templon de n’avoir pas osé dépoussiérer les dialogues en écrivant une adaptation qui aurait résonné avec les préoccupations actuelles. Et pourtant je lui donne raison. Tout en conservant l’action en 1977 le réalisateur avait glissé dans son film des allusions politiques contemporaines à la sortie du long métrage (se moquant aussi bien de Sarkozy que deSégolène Royal) qui ont terriblement mal vieilli, si bien qu’il en devient incompréhensible. Le journal La Croix avait d’ailleurs titré cruellement à l’époque Potiche un film cruche.

On remarque malgré tout que si au début le chemisier de Suzanne la confond avec le tissu vert des coussins du canapé, signifiant combien elle est ravalée à un niveau d’objet, à la fin elle resplendit en rouge alors que le mari a revêtu un blouson … vert.

Elle est brillamment ressuscitée au Théâtre Libre jusqu’au 14 juin 2026 où le rire contamine la salle entière et ça fait du bien sans prendre la tête.
Potiche de Barillet et Grédy
Mise en scène : Charles Templon assisté de Félix Beaupérin
Avec Clémentine Célarié , Hugo Bardin (Paloma), Philippe UchanJérôme PoulyBenjamin SiksouAlexie Ribes et Valmont Folcher
Lumières : Denis Koransky assisté Mathilde Monier
Décors : Nicolas Delas
Costumes : Emmanuelle Youchnovski assistée de David Rossini
Création sonore : Côme Ranjard, Benjamin Siksou, Camille Vitté 
Perruques : Dorian Jollet
Au Théâtre Libre - 4 bougnats de Strasbourg - 75010 Paris
Du 12 février au 14 juin 2026

vendredi 17 avril 2026

Annonce de la Sélection Hors Concours 2026

(mis à jour le 30 avril 2026)
Je suis le Prix Hors concours depuis sa naissance, il y a plus de dix ans désormais. C'est au Festival du livre, qui se tient au Grand Palais, 7 Avenue Winston Churchill, 75008 Paris que Gaëlle Bohé avait choisi d'annoncer les titres de la sélection 2025.

Ce festival, qui se déroulera sur trois jours jusqu'au 19 avril 2026, a pour thème le voyage et pour invitée d'honneur la bande dessinée, en annonçant rencontres, lectures, dédicaces et expériences inédites pour célébrer la lecture et la BD sous la verrière et dans le Salon Seine. 

Le festival annonçait plus de 1 200 auteurs, 450 maisons d’édition et 14 pays en promettant la diversité des cultures et des récits à travers une programmation riche et accessible à tous mais force est de constater que des acteurs majeurs du livre sont absents. N'oublions d'ailleurs pas l'appel au boycott qui avait été lancé par le syndicat de la librairie française, qui fédère près de 850 librairies, en raison du partenariat avec Amazon et mettant en cause la cohérence du Syndicat national de l'édition. L'e-commerçant s'est, depuis, retiré de la manifestation.

Le Grand Palais est magnifique mais horriblement bruyant, déconseillé aux agoraphobes, et la signalétique y est très compliquée malgré un nombre considérable de bénévoles (ne sachant pas tous lire le plan).

J'ai été surprise par l'abondance des lectrices de romance, considérablement majoritaires, faisant d’énormes queues pour des dédicaces. Par la faible représentation des enfants, mais il est vrai que nous en sommes pas au Salon de Montreuil.

Une exposition était dédiée à la romance (ceci expliquant donc cela) et une autre au 9ème art où je en fus pas surprise de retrouver, presque en chair et en os, du moins en habits, la Bécassine du film réalisé en 2018 par Bruno Podalydès.

Beaucoup de rencontres affichaient "complet" mais, vus d'en haut, les espaces n'étaient pas non plus gigantesques.

Les stands des éditeurs un peu conséquents m'ont semblé bouclés comme des forteresses et les équipes occupées à discuter entre elles n’étaient pas accessibles.

Heureusement que les "petites" maison, entendez par là l'édition indépendante, sont présentes avec parmi elles 16 qui s'avèreront avoir été sélectionnés pour le Prix Hors Concours, soit près de la moitié des 40 candidats, ce qu'il faut rapprocher de l'aide de la Région Ile-de-France qui en rassemblent beaucoup sur ses 4 grands kiosques représentant une surface totale de 112 m².

Hors Concours est une académie vivante, vibrante, qui oeuvre pour le collectif. Le Prix reste dédiée au soutien et à la promotion de l’édition indépendante d’autant plus nécessaire après le limogeage d'Olivier Nora chez Grasset. On constate que l’actualité rappelle à quel point il est important de conserver la diversité littéraire.
La salle de la Reine fut le lieu idéal pour Anne-Laure Linay, éditrice, conseil et suivi éditorial (depuis 2023, ci-dessus à l'extrême droite) pour annoncer les couleurs de la bibliothèque 2026, dans des tonalités de rose et de rouge tout à fait raccord -mais c'est un pur hasard- avec l'affiche du festival. Elle sera disponible fin juin et espérons qu'elle donne envie de vibrer et surtout de garder l’esprit libre. A noter qu’elle existera désormais en langue anglaise, et on peut imaginer que cela donnera envie à d’autre pays d’acheter les droits des ouvrages y figurant.
Il fut rappelé que les grands gagnants avaient été annoncés le 25 novembre dernier à la Maison de la Poésie : 
Karim Kattan (à gauche) pour L’Éden à l’aube, publié aux éditions Elyzad
La mention du public revenait à Justine Arnal (à droite) pour Rêve d’une pomme acide, publié par Quidam éditeur.
Il restait à annoncer le coup de coeur des clubs de lecture dont Clara Piccinno (ci-dessus en veste noire) est administratrice et coordonnatrice. Ce fut Sans nouvelles depuis Drancy de David Hury, aux éditions Riveneuve.
Il était en lice avec 4 autres finalistes :
- Trois noyaux d'abricot de Patrice Guiaro, Au vent des iles
- Le coeur quand il explose de Claire Griois, chez Quartier libre
- Les sacrifiés de Myab de Luce Belmontec, chez Caméléon
- Ne reste que la nuit de Rose Maillai, éditions du Gros Caillou

Si on considère les 5 livres retenus pour le Prix et qu'on les ajoute à ces 5 là ce sont donc 10 livres qui sont distingués, soit une proportion de 1 sur 4.

Nous attendions tous l'annonce de la sélection. Les organisatrices ont souligné que l'objet-livre est de plus en plus beau au fil des années, traduisant un travail d'édition soigné. Il y eut 60 candidatures présentées par les éditeurs. 40 ont été retenus.

Elles ont convenu que cette année les coups de coeur ont été nombreux, facilitant en quelque sorte leur travail puisqu'il était inutile de soutenir l'un ou l'autre, leur inscription allant de soi. A ceci près que lorsque leur nombre dépasse la quarantaine il faut bien trancher. L’arbitrage s’effectue alors selon des critères tels que la répartition Paris/région, entre sujets, les âges des auteurs… autant d'éléments qui tout en étant objectifs peuvent sembler injustes pour les refusés.

La sélection 2026, par ordre alphabétique d'éditeur s'établit comme suit :

* Julien Thèves, Ils étaient de l’Est (Abstractions)
* Gracia Bejjani, Sobhiyé - Corps de femmes (Accro éditions)
* Virginie Delache, Tous les trains du monde (Akinomé)
* Nicolas Rouillé, Laâyoune, en attendant (Anacharsis)
* Serge Airoldi, Signora Sarfatti (L’Antilope)
* Régis Quatresous, Nourritures (L’Atelier contemporain)
* Saïna Manotte, Un zakari et une danse (Au maximum)
* Marin Ledun, EIAO (Au vent des îles)
* Samira El Ayachi, Madame Bovary, ma mère et moi (Éditions de l’Aube)
* Magali Desclozeaux, Le Folioscope (Azoé éditions)
* Nathalie Garnaud, Les Cahiers de Madame Durosier (Le Baiser du frelon)
* Mariana Alves, La Classe et la fonction (Chandeigne & Lima)
* Tine Laclos, Les Enfants d’Ossibova (La Contre Allée)
* Sujee Godard, Le Joli-bois (Double ponctuation)
* Bruno Doucey, Où que j’aille (Emmanuelle Collas)
* Violaine Lison, Lequel de nous portera l’autre ? (Esperluète)
* Ariane, Les Abeilles bleues (Forgotten Dreams)
* Hélène Lotito, Comme pour se battre (Fugue)
* Stéphane Desienne, La Fille qui sauva Hiroshima (Gephyre)
* Charlotte Barberon, En plein ventre (HD Ateliers)
* Claire May, Rêves d’azote (Hélice Hélas)
* Léa Arthemise, Une île à l’envers (Héliotrope)
* Marie Hapax, Cordon sanitaire (Intervalles)
* Franck Gérard, Les Jacinthes ne fleurissent pas dans le désert (Éditions du Jasmin)
* Philippe Lubrano Lavadera, Fragments d’en bas (Éditions de la Lanterne)
* Marie-Paule Istria, Sur qui tombe la nuit (Livres agités)
* Claire Vesin, Le Lotissement (La Manufacture de livres)
* Catherine Gucher, Rose, Marie & Dalida (Le Mot et le reste)
* Isabelle Sallé, Katanga : aux sources du mal (Novice)
* Gilles Bindi, Les Griffards anonymes (Éditions Olni)
* Matthieu Lefèvre, Mon prénom est fiction (Perspective cavalière)
* Sophie Prat, London 53 (Quartier libre)
* Madeleine Allard, Une fenêtre par où s’échapper (Québec Amérique)
* Luc Blanvillain, Eux deux (Quidam)
* Hafid Aggoune, Le Mari de la comtesse de Ségur (Reconnaissance)
* Tiphaine Mora, Mal de terres (La Rémanence)
* Denis Lemasson, Les Colonies Intérieures (Rue de l’Échiquier)
* Marc Roussel, Mauvaise gloire (Sama éditions)
* Laura Gamboni, Aux gens qui doutent (Slatkine)
* Julie Moulin, L’Insulation (Thierry Marchaisse)

jeudi 16 avril 2026

Le poulet de Pinde dans un menu étincelant

Après la pomme et le poivron, la maison Mavrommatis continue à promouvoir les produits grecs de qualité. Cette fois il s'agissait du Poulet de Pinde (Pindos en grec) que nous étions invités à découvrir au Laurier Maison Mavrommatis.

Mais d'abord, et comme toujours dans un de leurs établissements, nous avons été accueillis avec beaucoup d'attention. On nous proposa eau, jus de fruits ou vin, en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.
Un plateau de merveilleux amuse-bouches surgit comme par magie, composé des mythiques olives "Kalamata - sablé parmesan, romarin, citron de Menton" et d'autres gourmandises salées.

Pour accompagner ces merveilles j'ai choisi un vin blanc sec produit par le Domaine Nerantzi. Il est réalisé avec l' Asprouda, un cépage indigène extrêmement rare, préservé et cultivé exclusivement dans ce domaine, à Pentapolis, dans la région de Serres. 

L'histoire de vin a commencé en 1998, lorsque le cépage a été identifié comme cépage local et que sa culture a commencé. Dès lors, son ascension a été fulgurante et est couronnée de multiples récompenses et de distinctions. Son succès est l'affaire d'une femme, Evanthia Mitropoulou , qui a fait des études d'œnologie en Bourgogne. Elle est parvenue à créer un vin qui reflète parfaitement le microclimat de la région. Ce cépage vif et aromatique a mûri pendant quatre mois en fûts de chêne de 500 litres. Un vieillissement de deux ans en bouteille a forgé sa complexité, son équilibre et ses arômes.

Joliment doré à l'oeil il révèle un nez dominé par des arômes d'agrumes confits, d'orange amère et de kumquat. En bouche on dénote l’abricot sec, la pomme douce, la poire, le miel et la cannelle avec malgré tout une minéralité subtile, et une acidité fraîche. la finale est longue et agréable.

Il s'accorda aussi avec une jolie assiette de bouchées chaudes délicieuses composée, de bas en haut, avec des boulettes de Melitzanokeftédès - friture d’aubergine au kasseri (fromage de brebis) et aneth, d'Eliopita - feuilleté aux olives Kalamata, tomate séchée et manouri (fromage frais de brebis), de la traditionnelle Spanakopita - feuilleté aux épinards, féta et aneth et des non moins celèbres Keftédès - boulette d’agneau et de veau à la menthe.

Je ne vais pas écrire que le menu qui suivit, pensé autour du fameux poulet, était d'un niveau étoilé par je dois respecter la législation mais j’aurais pu.
Avant de vous le décrire, je reviens sur les caractéristiques du poulet PINDOS, produit par la Coopérative Agricole d’Élevage de Volailles d’Ioannina de haute qualité dont elle assure la promotion au travers d'une campagne de trois ans qui était décrite dans le film institutionnel que nous avons regardé et que vous retrouverez sur leur site.

Il en ressort que cette coopérative est depuis 67 ans leader de l’élevage de volailles en Grèce et occupe la première place dans le cœur des consommateurs. Tout a commencé en 1958, lorsque 7 agriculteurs de la région d’Ioannina ont décidé de se lancer dans la production de volailles pour compléter leurs revenus. Ils sont aujourd'hui 600 producteurs membres, et c'est  la plus grande coopérative du pays, la plaçant en position de leader de l’élevage de volaille en Grèce.

Les poules sont élevées dans des fermes montagneuses dans un paysage complètement naturel, nourries avec des aliments 100% végétariens. Les spécifications et les réglementations européennes sont bien entendu respectées à chaque étape de la production, aussi bien en matière de sécurité et de haute qualité des produits, que d'engagement social actif et de reconnaissance d’organisations significatives. Associées à un goût inégalé ceci explique pourquoi la confiance des consommateurs a été gagnée.

Le secteur avicole européen répond ainsi à la demande mondiale croissante de poules de qualité exceptionnelle, riches en protéines et en autres nutriments bénéfiques pour la santé, donc sans graisse, tout en respectant des réglementations strictes en matière de sécurité alimentaire, de bien-être animal et de protection de l’environnement.

Le goût s’explique par les pratiques agricoles traditionnelles et un nourrissage exclusif avec des aliments 100 % végétariens certifiés de l’agriculture biologique. Les poules sont élevées lentement et naturellement pendant 65 jours, et en plein air, à une altitude de plus de 700 m, offrant une viande totalement saine, sans graisse et avec une saveur unique des montagnes.

L'entrée annonçait un Pâté en croute printanier de volaille de Pindos, condiment au kéfir, aux herbes et à l'épine-vinette.

mercredi 15 avril 2026

Voyage en milieux humides au Parc Zoologique de Paris

Le Parc Zoologique de Paris a fêté son dixième anniversaire le 12 avril 2024 au cours d'une saison mettant en lumière le rôle du Parc pour la protection des espèces menacées avec une dizaine d'actions dans les 5 biozones du parc.

Ils illustrent l’engagement scientifique puissant et original du Muséum d'histoire naturelle en termes de recherche et conservation. Si le zoo émerveille, il a aussi la force d’action d’une institution pluricentenaire, détentrice d’une solide expertise.

Le site a bien changé depuis sa réouverture. Une véranda de glycine embaume l'entrée. Le côté minéral s'est estompé. Les plantes ont poussé. Avec la conséquence que les animaux, certes plus nombreux, ont plus de possibilité pour se cacher. 

L'accent est porté cette année sur le Voyage en milieux humides. Le Parc zoologique de Paris (que par raccourci je nommerai Parc) participe à une campagne européenne dédiée aux zones humides (dont je donne la définition en fait d'article pour ne pas alourdir le texte) et nous invite à explorer ces milieux entre terre et eau riches en biodiversité et malheureusement parmi les plus menacés. 

Un parcours d’exploration a été mis au point à travers le Parc, avec plusieurs escales pour découvrir la diversité des milieux humides du monde et leurs espèces emblématiques. Ces écosystèmes sont en danger parce qu'environ 21% de leur surface totale a disparu depuis le XVII°. Pierre-Yves Bureau, Directeur du Parc, a souligné qu'elles représentent aujourd'hui 6% de la surface terrestre et accueillent près de 40% des espèces végétales, comme animales, de notre planète. Ils abritent 50% des oiseaux et 30% des espèces végétales remarquables et menacées.

De mon point de vue l'intention est davantage de sensibiliser que d'émerveiller et surtout de motiver à soutenir les actions vitales entreprises par le muséum d'histoire naturelle dans la préservation d'écosystèmes fragiles et ô combien essentiels.

Pour compléter, on peut se rendre à l’Aquascope, pour y voir une sélection de spécimens, en particulier des insectes, et d’objets issus des collections du Muséum national d’Histoire naturelle. L'idée était bonne mais le petit chalet est au bout du parc et finalement très décevant parce que les vitrines sont totalement à contre-jour. et que les cartels en deviennent illisibles. pourtant j'ai apprécié qu'on y présente un bec de spatule, deux visons, une musaraigne, une chauve-souris et qu'on y retrouve la cistude dont il sera question plus loin. Dehors un immense hôtel à insectes devrait permettre de voir des osmies, des chrysopes, des coccinelles …

Juste à côté, et en bordure de la vaste aire de pique-nique, un parcours pieds nus a un certain intérêt pour les enfants, leur faisant découvrir ce que sont le sable de la savane africaine, l'humus de la forêt humide, les rochers volcaniques. Evidemment on se lave les pieds à la sortie. Enfin un livret-jeu pour observer, s’interroger et explorer les milieux humides de manière ludique en famille a été conçu pour les 6 ans et plus.

Dans la mesure où le visiteur ne sera pas exclusivement focalisé sur cet aspect son parcours s'adaptera aux horaires de nourrissage qui garantissent de voir les animaux, surtout s'il vient en famille. Notre circuit suivait une autre logique et nous avons commencé par la Serre Tropicale qui, étant toujours abritée, offre d'ailleurs une protection aussi bien contre la pluie que les rayons ardents du soleil estival. Mais il y fait une chaleur humide typique de cet écosystème et là aussi la végétation s'est développée ce qui fait qu'on aperçoit plus difficilement certains oiseaux, surtout ceux qui sont en liberté. Pourtant on peut y trouver 40% des espèces présentées dans le Parc.

Impossible évidemment de manquer le Lamantin des Antilles  (Trichechus manatus manatus) qui est le plus gros mammifère vivant en eau douce, de deux mètres de longueur, sur un vaste territoire, de l’Est des États-Unis au Nord Est du Brésil et que le vétérinaire, Alexis Lécu, directeur scientifique du Parc nous a présenté.

Strictement herbivore, il se nourrit d’algues et de plantes aquatiques et peut passer 6 à 8 heures par jour à s’alimenter, ingérant jusqu’à 50 kg de végétaux. Il est amusant à serrer un coeur de salade entre ses nageoires pour le porter à sa bouche que les soigneurs-plongeurs lui ont apporté par guirlandes. Il se régalera aussi de betteraves, de pommes de terre cuites, de céleri branche … sans perturber ses compagnons poissons qui eux sont carnivores.

Il a besoin d’eau douce pour s’hydrater. Ses vibrisses (poils sensoriels sur le museau et le corps) lui permettent de percevoir les vibrations et de s’orienter, y compris dans des eaux peu visibles ou troubles. L’espèce a fortement décliné sur une partie de son aire historique, particulièrement aux Petites Antilles, sous l’effet de pressions humaines (trafic maritime, pêche, dégradation de la qualité de l’eau, destruction des herbiers). Classée Vulnérable (UICN) et comptant moins de 3000 individus au monde, la sous-espèce est intégrée à un Programme de conservation ex-situ de l’EAZA (EEP), auquel participe le Parc zoologique de Paris, qui accueille 3 lamantins, afin d’améliorer les connaissances et les méthodes de suivi et de soutenir un projet de réintroduction en Guadeloupe.

L'apparition d'algues est favorisée dans le bassin par la luminosité et la chaleur de l'eau (24 °C). Même si ces algues font partie de l'environnement naturel des animaux, les soigneurs les aspirent régulièrement pour éviter qu'elles ne deviennent envahissantes. Au zoo comme dans la nature, les algues se développent aussi sur le dos des lamantins. Leur peau se renouvelle vite, ce qui les aide à s'en débarrasser. On peut aussi les voir entre deux repas se frotter contre les racines immergées pour "faire peau neuve".
Le Caïman nain de Cuvier (Paleosuchus palpebrosus) est le plus petit de tous les caïmans et on a du mal à considérer l'animal ci-dessus comme un adulte. Olivier Marquis, le curateur reptiles/amphibiens/ arthropodes du Parc nous explique qu'il est à l'aise sur l'arbre comme dans l'eau. C'est une espèce forestière de Guyane, qui vit dans des milieux ombragés, peu exposés au soleil, mais avec de l'eau.

mardi 14 avril 2026

Visite des tours de Notre-Dame

J'aurais pu focaliser cet article sur l’escalier à double révolution en chêne massif dessiné par Philippe Villeneuve, l’architecte en chef de la restauration de Notre-Dame, parce que c'est un chef d'oeuvre mais je préfère commencer "en douceur" en vous rassurant sur l'exercice qui, de loin, s'apparente à une prouesse sportive. Je veux parler de l'ascension des Tours de Notre-Dame dont le nouveau parcours de visite a été inauguré le 19  septembre 2025.

Je mesure ma chance d'avoir eu l'opportunité d'en avoir fait une visite exclusive avec cet architecte et Marie de Laubier, directrice des monuments de l’île de la Cité, parmi un groupe de Journalistes du Patrimoine et je vous renvoie à leur site pour en savoir davantage sur la restauration du monument. En particulier l'article de Catherine Lalanne qui a suivi l’intégralité du chantier pour Le Pèlerin. Bien entendu, vous trouverez d'autres publications, plus détaillées, sur le site de l’hebdomadaire.

Rendez-vous avait été donné au pied de la Tour Sud (à droite quand vous êtes face à la cathédrale) à une heure très précise parce que les montées sont limitées en nombre pour des raisons évidentes de sécurité (il faut d'ailleurs réserver son créneau de quart d'heure en quart d'heure). L'émotion était palpable pour tous ceux qui se rappelaient de cette fin de journée du lundi 15 avril 2019 et dont chacun avait un souvenir particulier. Pour ma part j'avais appris la nouvelle par une notification venant de l'étranger alors que je me trouvais aux Invalides pour la représentation d'une pièce de théâtre, Le désir attrapé par la queue et la visite en avant-première de l'exposition Picasso. L'information s'était propagée avec effroi alors que nous vérifions nos sources, tant c'était incroyable.

Nous étions prévenus que l'ascension nécessitait une bonne condition physique en annonçant  424 marches (donc 848 au total, auxquelles il faut ajouter celles du RER si on ne prend pas garde à le quitter par l'ascenseur qui émerge au 2 rue Xavier Privas et que je recommande tout particulièrement, et puis celles d'un retour arrière parce que les premiers d'entre nous étaient montés trop haut, trop vite, oubliant de s'arrêter en salle dite basse, soit une addition qui frôle le millier de marches).

Vrai et faux parce que très franchement la régularité des marches et le fait qu'il n'y ait qu'un seul sens de circulation (on monte par une tour, on redescend par une autre) atténue l'effort pourvu de progresser régulièrement. Et surtout, des indications mentionnent régulièrement où l'on se situe dans le parcours ce qui a un effet très encourageant. Vous remarquerez que sur l'exemple ci-contre il "ne" reste que 246 marches à grimper, sachant que les 178 premières n'ont pas provoqué d'essoufflement. Il existe aussi des bornes SOS pour appeler à l'aide en cas de besoin.

Enfin des arrêts intermédiaires ont été prévus qui permettent de "découper" le trajet en plusieurs étapes mais il n'est pas question pour autant d'y prendre racine, leur capacité d'accueil étant limitée à vingt personnes.

En dernier recours le personnel présent prévient de la difficulté de l'ascension du dernier étage par un escalier de pierre (plus étroit) et proposent de le court-circuiter en traversant directement la cour des Citernes, ce qui malgré tout prive du panorama du sommet à 260°.

C'est vraiment une "excursion" que je recommande. D'abord pour l'émotion de retrouver la cathédrale quasi comme on la connaissait, avec la vue saisissante sur la flèche restaurée et sur les silhouettes d'une hauteur 3,4 mètres des 12 statues des apôtres et 4 évangélistes réalisés par le sculpteur Geoffroy de Chaume à la demande de l'architecte Viollet-le-Duc en 1857, (par chance préservées puisqu'elles avaient été déposées juste avant l'incendie  en avril 2019 et rénovées entre 2019 et 2021 en Dordogne). L'une d'elles en particulier est émouvante, celle de Thomas -saint patron des architectes- aux traits de Viollet-le-Duc.

La flèche médiévale avait été démontée à la Révolution. Une nouvelle fut réalisée à partir de 1858, sous la direction de Viollet-le-Duc. C'est elle qui s'est effondrée lors de l'incendie de 2019, avant d'être fidèlement rebâtie en chêne et en plomb.

Leurs ombres se découpent joliment sur l'ardoise et on comprend que le remplacement des vitraux de six chapelles sur sept du bas-côté sud soit jugé scandaleux. L’hypothèse de leur remplacement n’a jamais été examinée par la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture parce qu'ils n'ont pas été détériorés par la catastrophe même si le chantier de restauration a intégré leur nettoyage et leur consolidation.

Ils composent un ensemble cohérent conçu par Viollet-le-Duc, en fidélité à l’origine gothique de la cathédrale et quel que puisse être le talent de Claire Tabouret, connue pour être proche du collectionneur (et mécène) François Pinault, est-il acceptable que la volonté d'un président de la république soit supérieure au Code du patrimoine car évidemment ces vitraux sont "classés" ? L'histoire dira s'ils seront remplacées en décembre 2026, pour d'ailleurs la "modique" somme de 4 millions d'euros qui auraient pu être utilisés autrement.

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