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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 19 mai 2026

Le lotissement de mon enfance

A peine avais-je refermé Le lotissement de Claire Vesin que mes propres souvenirs sont revenus comme un film laissé sur pause.

Je vous ai promis de vous le raconter, ce que je fais aujourd'hui, sans illustrer l'article de la maison de mes parents, bien qu'elle existe encore, qu'elle est très bien entretenue, et attrayante, même si, à en juger par les images que j'ai consultées sur le web elle semble plus petite que dans ma mémoire.

Vous n'alliez pas imaginer que j'allais illustrer cette publication avec un cliché de l'endroit, dont je ne donnerai pas davantage l'adresse exacte. J'ai choisi une image que j'ai prise récemment à Disneyland, de l'attraction It's a small world, parce qu'à bien y réfléchir l'endroit était une sorte de microcosme paradisiaque. 

Dans le lotissement de mon enfance, dix ans plus tôt que dans le livre, chaque maison était différente, ce qui pimentait les promenades du soir qui auraient pu vite devenir rébarbatives pour la gamine que j’étais. Faire le tour du quartier avec notre petite chienne ne fut jamais une corvée.

Comme la mère de l'héroïne, Maman aussi y jouait un rôle de premier plan, mais elle n’était pas dominatrice. Toujours prête à rendre service, elle y était très populaire. On sortait sur le pas de sa porte en la voyant venir. On avait toujours un service à lui demander, une question à lui poser. Je réalise qu'elle aussi prenait du Valium. Etait-ce une manie des médecins pour anesthésier la conscience féminine et/ou leurs envies d'émancipation ?

Les plus proches voisins étaient les seuls à posséder une télévision devant laquelle nous regardions La piste aux étoiles, … en noir et blanc. Mes parents étaient les seuls à 300 mètres à la ronde -et pour des raisons liées au travail de mon père- à posséder le téléphone (qui n’était pas encore automatique) ce qui provoquait certains jours un vrai ballet d’aller et venues que j'ai déjà raconté dans "Téléphoner dans les années soixante".

Un immense et généreux abricotier ombrageait le jardin d’en face. Une simple porte séparait notre cour de celle d’une autre voisine chez qui nous allions sans prévenir. C'est dans leur garage que, dans les dernières années, je connus ma première surprise-partie.

Tous les propriétaires avaient fait construire en même temps, achetant leur terrain en bénéficiant de prêts à taux avantageux, pourvu de se "serrer la ceinture" et de terminer soi-même leur pavillon (avant de les agrandir bien des années plus tard). Le besoin de logements était crucial, l’agglomération sénonaise passant de 22 257 habitants en 1946 à plus de 30 000 en 1965, et on vit bientôt s'élever des immeubles dans la première Zup de Bourgogne à voir le jour fin 1960 (zone à urbaniser par priorité, à l'origine). Un hypermarché GEM à l'architecture oblique sortit de terre en 1970 à quelques centaines de mètres de chez nous. Conçu par Paul Parent, il est le seul en France à avoir été classé monument historique (en 2011, aujourd'hui d'enseigne Carrefour).

Longtemps après que ma famille avait déménagé, j’avais revu un des habitants. Il avait été le meilleur ami de mon père. Ensemble ils avaient installé le chauffage central dans le pavillon de l'un, puis de l'autre. Lui et sa femme avaient, comme mes parents, deux enfants, mais un peu plus grands. Les premières années, ils n'avaient pas de voiture et c'était dans celle de mon père qu'on partait pique-niquer le dimanche dans la proche campagne. Sa femme prêtait des revues féminines à ma mère qui me laissait les feuilleter.

Lorsqu'on la surprenait à descendre l'escalier avec sa mini robe vert pomme (c'était la mode) on savait qu'elle partait rejoindre un amant fortuné, médecin renommé. C'était de notoriété publique mais puisque que son mari ne se plaignait de rien personne n'allait être plus royaliste que le roi et on ne faisait jamais de commentaires. J’ai appris un jour la mort prématurée et plutôt tragique de cette femme, suite à un AVC. Quand j’ai revu son mari j’ai été surprise de le trouver en compagnie d’une autre femme. Elle était l’opposé de la première, timide, simple et ménagère, manifestement amoureuse. Cela m’avait semblé incongru, comme si je l'avais pensé incapable de connaitre un foyer paisible, même si je m'en réjouissais pour lui qui était la bonté même.

La maison de mes parents, bâtie dans un angle, bénéficiait curieusement de deux adresses, chacune dans une rue différente mais toutes deux portaient le nom d'un grand médecin et d'un chirurgien renommé. Personne n'y avait vu d'indice annonciateur de la construction d'un l'hôpital dans les champs voisins. Le lotissement était encore -et plus pour longtemps- un immense terrain de jeux qui se prolongeait par des pâturages pourvu qu’on s’aplatisse en rampant sous les barbelés de leur clôture. 

La seule interdiction concernait la petite rivière qui coulait à découvert en formant une frontière naturelle que les adultes estimaient plus dangereuse que la rue demi-circulaire qui en quelque sorte isolait le quartier. Contrairement à Mare-les-Champs, nous y vivions en bonne intelligence, respectant les différences des uns et des autres, et nous étions heureux.

Mais, comme dans cette petite ville (néanmoins fictive) le cadre n’a pas été épargné par les poussées architecturales anarchiques de logements collectifs et l’empreinte apaisante de la nature s’y est effacée.

Si vous appréciez ce style d'écriture, d'autres "nouvelles" ont été régulièrement publiées dans le blog.

lundi 18 mai 2026

Le Lotissement de Claire Vesin

Un lotissement, des enfants, un accident, les années 85. On pense immédiatement à Olivier Adam. A toute la vie devant nous. C'est inévitable.

Nous ne sommes pas en Essonne, à Juvisy mais à 17 km de Paris, à Mare-les-Champs, une bourgade fictive du Val de Marne, dont le nom est proche de bien des communes de région parisienne. Le village est comme un microcosme, que dis-je, une cocotte-minute. 

La construction, je devrais dire l'échafaudage du Lotissement est remarquable et je ne vois rien d'étonnant à ce que le livre de Claire Vesin soit déjà sélectionné et finaliste de nombreux prix littéraires. C'est amplement mérité.

Quel art pour se glisser dans le cerveau de ses personnages, à commencer par sa mère (p. 35) et dont elle fait elle-même partie, avec juste ce qu'il faut de détachement pour conserver une place d'autrice.

C'est le troisième livre de la Sélection 2026 Hors Concours que je découvre et c'est un troisième coup de coeur. J'ai beaucoup apprécié ce roman. Et pourtant j'ai été très troublée. Par son déroulement tragique, auquel on ne peut pas rester insensible.

Mais aussi par mes propres souvenirs qui sont revenus, à peine le livre refermé, comme un film laissé sur pause. Dans le lotissement de mon enfance, dix ans plus tôt que dans le livre de Claire Vesin, il s'est produit quelque chose qui aurait pu évoluer d'une manière semblable mais chaque maison y était différente … et puis c'était la "province". Etaient-ce des raisons pour préserver l'intimité de chacun ?

Vous en jugerez demain car, promis, je vais m'atteler à vous décrire la situation.

Claire Vesin situe l'action au milieu des années 1980 et sa reconstitution est si minutieuse que je serais surprise d'apprendre qu'elle n'y a jamais mis les pieds. On la croise petite fille, admirative d'Elise, sa (presque) camarade de classe, la fille un peu rebelle de la très respectable Béatrice, mère et surtout femme exemplaire, qui règne en dominatrice sur tout le quartier où elle oeuvre à créer patiemment une petite civilisation (p. 192).

Arrive Suzanne une charmante institutrice venue tout droit des Antilles, dont la jeunesse et la beauté ne seront pas des atouts, et qui va avoir un peu de mal à se faire à cette nouvelle vie. Férue de poésie elle va en distribuer chaque jour à la volée, et c'est une belle idée de nous avoir listé les références en fin d'ouvrage. La société est peu tolérante à la différence, qu'elle soit d'ordre physique (Suzanne a la peau noire), intellectuelle (Jérôme, le fils d'Agnès, est un enfant "différent") … ou encore de mode de vie (être célibataire n'est pas bien vu).

Se pourrait-il que dans un tel contexte, être amoureuse soit une tragédie ou une bénédiction ? (p. 192)

La suprématie de l'homme sur la femme est implacable. Un "bon" docteur s'emploie à assommer le cheptel (quel mot affreux pour désigner sa parentèle féminine) avec un cocktail de Valium et de Temesta que les femmes prennent comme des hosties.

Mais le train de la liberté est en route. Le dérapage est proche. Le lecteur l'a compris dès le prologue. On sait comment ça se termine dès la page 16. Les drames se succédaient depuis quelques semaines : l’accident de ma maîtresse, Mme Bourgeois, qui avait signé la fin de l’année scolaire, puis le décès du garagiste François Belge, le père de mon ami Jérôme. Et maintenant, le feu chez les Mondessert, Elise emmenée à l’hôpital, grièvement brûlée. (…) À qui le tour maintenant ?

Il n'est plus question d'arrêter l'escalade mais de comprendre où se situent les responsabilités. Le moment est venu de tirer au clair ce qui s'est réellement passé en 1986 à Mare-les-Champs, village pavillonnaire paisible de la banlieue parisienne.

Le sujet était déjà en soi passionnant. Claire Vesin y ajoute une dimension supplémentaire en convoquant les bouleversements qui secouent la société de cette époque : Le Pen à L’Heure de vérité, la construction des HLM, la catastrophe de Tchernobyl, la peur panique des attentats parisiens dont sa mère croit être à l'abri à Mare-les-Champs qui lui apparait comme un havre de paix, le tout sur fond de succès chanté par Balavoine. Bref, des années qu’on aurait tort de voir idylliques (bien que vous constaterez en me lisant demain que c'est grosso-modo ce que je pense avoir traversé, … dix ans plus tôt).

Elle nous fait revivre tous ces moments que nous avons oubliés. On se sent proche de la narratrice, surpris de penser comme elle. Tout a été englouti par le temps, comme mes souvenirs de cette vie (p. 114). Ce personnage devient archéologue pour autopsier chaque couche sédimentarisée, à la fois à grande échelle et à celle du lieu de vie dont patiemment elle met à nu les faux-semblants et dénoue chaque secret.

Il se pourrait que sa mère, qui travaille dans un cabinet de comptabilité et qui est mal dans sa peau, soit au premier rang des responsables. Serait-elle coupable de n'avoir rien vu des présages (p. 39) ?

Le lecteur ne veut pas être en reste et va analyser le moindre signe. Claire Vesin ne nous facilite pas la tâche. Elle fait les comptes, cherche les coupables. Ce qui est original c'est qu'elle écrit sur deux temps narratifs, celui de l’année scolaire 85-86 qui déroule la chronologie des faits et celui de notre époque pendant laquelle elle retourne sur les lieux et mène l’enquête. Le témoin principal est Agnès, l'amie de sa mère, employée dans le cabinet médical du généraliste qui abrutit ses patientes de tranquillisants. 

Claire Vesin est née en 1977 à Champigny-sur-Marne. Après une adolescence aux États-Unis et des études de médecine à Paris, elle décide d’exercer en banlieue parisienne, où elle vit aujourd’hui. Elle a publié Blanches en 2024 (Prix du livre La Tribune, Prix Europe 1-GMF, Grand Prix Littéraire de l’Académie nationale de Pharmacie). Le Lotissement est son deuxième roman.

Le Lotissement de Claire Vesin, à La Manufacture de livres, en librairie depuis le 21 août 2025
Sélection du Prix Jésus Paradis 2026, finaliste du Pris Le livre à Metz/Marguerite Puhl-Demange, finaliste du Prix Horizon du 2ème Roman de la ville de Marche-en-Famenneen, sélection du Prix du 3 mars des lecteurs de la librairie Le bruit des mots, finaliste du Prix Jean Amila-Meckerten, sélection du Prix littéraire des promesses, Sélection Hors Concours 2026

dimanche 17 mai 2026

La cuvée Margot du vignoble Brazilier

J'avais goûté la cuvée Margodu vignoble Brazilier il y a quelques années à l'occasion d'une dégustation assez large et si je l'avais appréciée je ne m'étais pas attardée.

C’était ma première vraie rencontre avec les vins des coteaux du Vendômois, que je connais désormais mieux et que j’apprécie énormément, bien entendu néanmoins en toute modération sachant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

A l'époque j'avais été séduite par les cuvées Rochambeauun assemblage de Cabernet franc et de Pineau d'Aunis, issu d'une vendange très riche, ce qui lui confère des arômes de fruit très mûrs, et Ocre Jeanne, un blanc issu de Chenin, élevé en fûts pour transcender sa sucrosité et apporter des notes de fruits bien mûrs de pomme. Son côté discrètement mentholé, contrebalançant la puissance de ce blanc, m'avait intriguée. Et j'avais trouvé charmant le jeu de mots avec le prénom de sa fille Jeanne. Et puis l'aspect vieilli de l’étiquette est particulièrement réussi. 

J'ai redécouvert Margot sur Wine Paris où ce fut un de mes coups de coeur, bien que je n'en ai pas parlé longuement dans l'article récapitulatif parce que je préférais le faire après l’avoir associé à un ou plusieurs plats.

Je m'y suis intéressée aussi pour la "petite" histoire parce que Benoit Brazilier est père de trois filles. Je savais que Jeanne avait sa cuvée mais je n'ignorais que la seconde s'appelle Margot et que la troisième, Madeleine, a elle aussi une cuvée la célébrant.

Elaborée à partir de 70% de sauvignon et 30% de chardonnay, produite par des vignes de 25 ans poussant sur un terroir argilo-silex, elle est  élevée six mois sur lies fines en cuve béton, pour d’une part préserver la fraîcheur du fruit mais aussi lui amener une pointe de richesse et de complexité aromatique.

L'étiquette d'un enfant soufflant malicieusement sur un pissenlit monté en graines évoque le printemps, la fraicheur … 

Si la cuvée Rochambeau exprime des arômes de fruits très mûrs et d’épices, Margot est un vin rouge à la robe claire, pur Pineau d’Aunis, issu de vignes d'une quarantaine d'années, installées sur un sol argile-calcaire. Il est juteux, avec d'agréables arômes de petits fruits rouges cueillis à pleine maturité et des notes délicates florales et épicées. Il est léger… faisant de cette cuvée une alternative très intéressante pour ceux qui cherchent de la fraicheur et de la légèreté sans avoir envie d'opter pour un rosé. Il aura tout à fait sa place sur une table estivale.
Voilà pourquoi je l'ai associé à un carpaccio de boeuf au basilic, accompagné d'une salade de mâche, d'endive et de tomate. Et si ce vin rouge est "léger" il a une robe profonde et il n'est pas sans caractère, loin s'en faut, donnant l'impression qu'on croque littéralement dans une cerise Bigarreau Napoléon (dite Cœur de Pigeon) légèrement épicée.
Il a été élevé sans passage en bois, pour préserver la pureté aromatique. Par conséquent les tanins sont souples, permettant de l'associer à toutes sortes de charcuteries, et autorisant qu'on fasse tout le repas avec ce vin, y compris sur un plateau de fromages. En dessert ce fut une salade de fruits servie avec des tuiles au chocolat. Sachez enfin qu'en cas de grande tablée Margot existe en magnum.

samedi 16 mai 2026

La Vénus électrique, un film de Pierre Salvadori

Quelle chance d'avoir pu voir La Vénus électrique que j'avais malencontreusement loupé le soir de la cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes 2026.

Ce film y avait été projeté hors compétition, en simultané en avant-première dans 900 salles de cinéma, lui offrant une très large audience. Il fallait être à la hauteur et il le fut. Je trouve d’ailleurs regrettable qu’il soit techniquement écarté du palmarès. Restent les Césars …

Dans le Paris de la Belle Époque, la Foire du Trône attire un public en attente de sensations fortes. L’attraction Venus Electrificata, présentée par Titus (Gustave Kervern) promet le coup de foudre. Suzanne (Anaïs Demoustier), exécute un numéro spectaculaire et qu’on devine dangereux pour peu que l’assistant envoie une décharge trop puissante. Les mains de la jeune femme portent d’ailleurs des traces de brûlure. Elle doit continuer le numéro pour éponger ses dettes. Alors qu’elle s’est introduite dans la roulotte d’une voisine médium pour y voler de la nourriture elle est interpelée par Antoine (Pio Marmaï), peintre fortuné, désireux de communiquer avec sa bien-aimée Irène (Vimala Pons), morte par accident quelques années plus tôt. Suzanne, prise au dépourvu, bluffe l’homme qui lui donne une somme d’argent conséquente. C’est l ‘engrenage.

Suzanne va régulièrement se rendre au domicile du peintre pour des séances de spiritisme. Elles auront pour conséquence heureuse de lui redonner la force de peindre, ce qui réjouit son marchand d’art et ami Armand (Gilles Lellouche). L’illusion est parfaite mais la supercherie devient vérité dans une spirale de quiproquos, de confidences et de révélations.

J’ai beaucoup aimé l’évocation de l’univers de la fête foraine, que nous n’avons pas pour habitude de voir associé à celui de la peinture (qui est pourtant elle aussi dans le registre de la magie). Le spectateur passe de Montmartre que l’on reconnaît furtivement au dédale des baraques. C’est un film d’époque qui offre de superbes reconstitutions, tournées dans des roulottes restaurées et conservées en Uzège, à Saint-Quentin-la-Poterie. Les mêmes qui avaient été utilisées pour le film Chocolat, ou Itinéraire d’un enfant gâté.

Ce sont plusieurs histoires d’amour qui s’imbriquent. C’est aussi ce que j’appellerais un thriller romantique qui mêle (et emmêle) plusieurs niveaux de narration, une révélation en entraînant une autre ou son contrepied dans un flash-back qui fait progresser une narration qui devient haletante, faisant craindre une fin à la manière de Roméo et Juliette une fois que nous serons tous passés de l’autre côté du décor.

Pierre Salvadori, le réalisateur de Comme elle respire en 1998, réussit (encore une fois) un film en tirant le fil du mensonge. Il retrouve son compositeur fétiche Camille B qui a habilement intégré des sons de foire à l'instrumentation et qui, au générique de fin, emploie à bon escient « Venus » de Shocking Blue (1969) : A goddess on a mountain top / Was burning like a silver flame / The summit of beauty and love / And Venus was her name

Une déesse au sommet d'une montagne / Brûlait comme une flamme d'argent / Le sommet de la beauté et de l'amour / Et Vénus était son nom

La Vénus électrique de Pierre Salvadori
Avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern …

vendredi 15 mai 2026

Une femme à la mer avec Nathalie Lucas

Pour moi Florence Arthaud avait deux caractéristiques, celle d'avoir été la première femme à remporter la mythique course en solitaire en 1990. Et d'être Flo, l'héroïne célébrée par Pierre Bachelet avec qui elle a interprété 3 chansons.

Je ne savais rien de ses (nombreux) accidents car elle les enchaîna. Elle avait des séquelles d’un accident de la route qui l’avait plongée dans le coma à 17 ans et qui provoqua une paralysie partielle. Elle avait fait une fausse couche avant l'arrivée de la fabuleuse victoire de la Route du Rhum. Elle mourut avec neuf autres personnes, dont plusieurs sportifs français, dans un double accident d'hélicoptères en Argentine sur le tournage d’une émission. C'était le 9 mars 2015. Exactement dix jours avant la sortie en librairie de Cette nuit, la mer est noire, qui est le récit de sa chute en mer, aux éditions Arthaud.

Je n’avais pas entendu parler de ce naufrage, quelques années auparavant, en octobre 2011, le lendemain de son anniversaire, quand elle tomba de son bateau en pleine nuit alors qu'elle naviguait seule et tranquille, revenant de Rome après une croisière en solitaire en Méditerranée.

Je ne suis pas venue voir Une femme à la mer en mémoire de cette femme prodigieuse (dont on a bien raison de projeter le portrait à la fin du spectacle) mais pour assister à la performance de Nathalie Lucas qui est une comédienne que j’aime beaucoup.

Le terme d'exploit ne serait pas exagéré. Peu de personnes sont capables de rester suspendues en l’air aussi longtemps comme l’exige le dispositif scénique imaginé par Stéphane Cottin pour restituer le cadre de l'évènement.

Stéphane est un excellent vidéaste qui utilise ce média avec une justesse qui est toujours au service de la cause. Ses images ne sont jamais gratuites. Et en plus elles sont belles et magnifiquement accompagnées par les lumières de Moïse Hill. On voit vraiment Florence, alias Nathalie, faire une chute dans l’eau de mer en projetant des myriades de gouttelettes. Comme nous savons qu’elle en réchappa on ne s’inquiète pas beaucoup mais, et c’est tout l’art de l’interprétation de la comédienne, elle est si crédible qu’on se demande si elle va s’en sortir, comment, et dans quel état.

Bravo pour nous placer face à un suspense haletant ! Quelle émotion quand l’hélicoptère arrive. Surtout quand on sait que cet engin sera à la fois son sauveur et la cause de son ultime tragédie. Comme le destin peut être étrange !

Disposant d'une lampe frontale et d'un téléphone portable, Florence Arthaud parvint, malgré l'absence de ses lunettes, à appeler sa mère qui prévint son frère. Le CROSSMED est alors alerté, et trois heures vingt minutes après son appel de détresse, elle est récupérée par le biais de la géolocalisation de son téléphone. Consciente mais en état d'hypothermie, restitué à la perfection par la comédienne, elle est hélitreuillée vers l'hôpital de Bastia et en sort le lendemain.

Nathalie Lucas joue avec sensibilité toutes les facettes du personnage, tendre et vulnérable, ayant recueilli un petit chat avant de partir, forte et courageuse aussi.

L'histoire (vraie) est d'autant plus crédible que nous ne pouvons pas blâmer la sportive. Nous commettons tous des erreurs en oubliant les règles pourtant essentielles. Boucler sa ceinture, ici s'assurer avec le harnais, omettre le gilet de sauvetage (ou le casque lorsqu'on repense à Coluche) … On ne le dira jamais assez. La sécurité ne se discute pas, même par mer calme. Et il faut une résistance hors du commun pour se sortir de la catastrophe annoncée.

Florence fait face courageusement, méticuleusement, en se débarrassant de ses bottes roses fétiches qui prennent l'eau, et qui ne sont pas faciles à retirer. La force physique ne suffira pas, la navigatrice le sait bien. Elle a perdu tant d'amis en mer dont les noms s'imposent à sa mémoire et qu'elle pense bientôt rejoindre … Dans ces cas là, rien n'est possible sans un minimum de chance. Disposer de sa lampe frontale … et d'un portable étanche (qu'elle venait d'acheter), pourvu que quelqu'un réponde à son appel.

Nous vivons avec Nathalie Lucas ces trois heures d'angoisse, de détermination et de courage que n'aurait pas renié le célèbre docteur Coué. Nous entendons au loin les conversations étouffées ponctuées de rire des estivants dînant sur la plage de Macinaggio du Cap Corse. Nous craignons pour Bilka, moussaillon impuissant sur l'Argade II qui s'éloigne à la vitesse de 5 noeuds parce qu'il est en pilotage automatique. Nous savons qu'une solution interviendra, mais laquelle ?  Quel bateau de pêcheur pourrait la repérer ? 

La soirée devient alors l'occasion de nous donner une leçon d'espoir.

Au début la musique agréable évoquait un certain exotisme (très belle bande sonore de Cyril Giroux). La nuit recouvre une surface scintillante, rendant l'instant magique et hors du temps. La mer s'étend, calme et paisible, sur la toile de fond du théâtre. C'est une nuit idéale pour naviguer seul et tranquille. Pas tout à fait seule puisque la sportive vient de recueillir un chaton. Pas tout à fait tranquille puisqu'une "petite" vague imprévue la déséquilibre et la jette à l'eau.

Le bateau s'éloigne. La mer promet de devenir son tombeau. Il est près de minuit. Le public est plongé dans un noir aussi profond que celui de cette nuit là, dans le terrible silence de la mer comme du ciel. Florence va mourir.

C'est l'instant du mea culpa, de reconnaitre une vie entière vécue dans l'excès, de s'interroger sur la question de Dieu et d'éprouver la peur avant que les réflexes (et les leçons apprises) ne s'imposent. Se débarrasser de ses bottes. Economiser l'énergie pour flotter le plus longtemps possible en se maintenant dans une espèce de survie animale.

Mais comment positiver quand on sait qu'on n'a quasiment aucune chance, étant à 30 km de la côte la plus proche, dans une eau tout de même un peu froide (12 degrés) ? Florence tente de faire la planche mais coule. Alors elle nage et relativise "surtout ne pas paniquer", se rappeler ses capacités surhumaines de résistance après son accident de la route.

On dit parfois être dans un état second lorsqu'on doit faire face à une situation exceptionnelle. Pour rendre le cocasse de la situation, Stéphane Cottin lui a proposé un dispositif scénique la suspendant dans les airs (et nous donnant l'indice de l'intervention de l'hélitreuillage). Nathalie flotte donc au-dessus de la scène, retenue par des sangles dont elle sait qu'elles deviennent dangereuses pour sa propre santé au bout d'une heure. Elle aussi "reste dans l'action tout en économisant ses forces".

On sent que ça ne va pas suffire. Déjà l'eau s'infiltre par son nez. Elle commence à ressentir l'ivresse des profondeurs. Elle va s'endormir et mourir sans souffrance. A moins que … elle ne songe à sortir son portable et composer au petit bonheur la chance un numéro enregistré à la lettre M … comme maman.
La suite, on la connait. L'exemple est magnifique et doit nous inspirer. Bravo à ces deux femmes d'exception !
Une femme à la mer d'après l'adaptation de Jean-Benoît Patricot du livre "Cette nuit la mer est noire" écrit par Florence Arthaud en collaboration avec Jean-Louis Bachelet aux éditions Arthaud
Mise en scène & scénographie : Stéphane Cottin
Avec : Nathalie Lucas
Lumière : Moïse Hill
Création sonore : Cyril Giroux
Costumes : Chouchane Abello-Tcherpachian
Technique de vol : Marc Bizet MBTA
Avec les voix de Frédérique Tiermont, Julie Delarme et Marc Citti
A partir de 12 ans
Au théâtre des Gémeaux parisiens, 15 rue du Retrait - 75020 Paris
Les samedi 2, mardi 5 et lundi 11 mai puis le samedi 23 mai à 15 h et le mercredi 27 mai à 21 h
Au théâtre des Gémeaux - 84000 Avignon à 11h 40
Du 4 au 25 juillet relâche les 8, 15 et 22 juillet 
Reprise aux Gémeaux parisiens à partir du 19 septembre 2026

jeudi 14 mai 2026

La Basilique Sainte Marie-Madeleine de Vézelay (Yonne)

Nous l'avions aperçue de loin à notre arrivée dans la région. Sa situation sur la colline éternelle la place en majesté et on comprend immédiatement qu'elle soit devenue un haut lieu de la chrétienté depuis le Moyen Âge, reconnue également dans le monde laïc comme chef d'oeuvre de l'art roman par l’UNESCO.

Rendez-vous avait été pris pour la visiter le lendemain matin. La nuit était claire. Difficile de résister malgré l’effort de grimper la rue Saint-Etienne qui devient rue Saint-Pierre pour la contempler.

La basilique Sainte Marie-Madeleine est simple et imposante, de jour comme de nuit. Elle s’appelle basilique sur décision papale parce qu’elle abrite les restes d’une sainte (bien que le corps ne soit pas entier) et parce que c’est un lieu de pélerinage.

Il faudrait des heures et des heures, des pages et des pages, pour restituer l'exhaustivité de chaque détail. Le présent article n'y prétend pas.

… article en cours de rédaction …

mercredi 13 mai 2026

La cérémonie d'ouverture du festival de Cannes

La cérémonie d'ouverture de la 79 ème édition du Festival de Cannes était retransmise hier en direct sur les antennes et le site de France Télévisons à partir de 19h.

J'ai sincèrement ragé de ne pas pouvoir la regarder en direct tout autant que devoir attendre pour découvrir La Vénus électrique qui était exceptionnellement projetée ce soir là non seulement au palais des festivals et dans 900 cinémas.

Je m'étais engagée ailleurs et je n'ai pas pour habitude de me dédire … Mais vive le replay et félicitations à Eye Haïdara qui succède brillamment à Laurent Lafitte. Bravo pour sa prestation, sans faute, effectuée dans une robe taille basse, à la fois élégante structurée et simple, embellie de bijoux Messika.

Elle est entrée en scène avec grâce, reprenant les paroles de la chanson de Claude Nougaro sur l'écran noir de mes nuits blanches, moi je me fais du cinéma. Elle a poursuivi en nous lançant au vol des réflexions à méditer comme celle -ci : Rire est une forme de courage qu’on sous-estime un peu. 

Elle nous a offert beaucoup de très beaux moments en particulier lorsqu'elle a repris les plus célèbres répliques de films cultes qu'elle a restituées avec le ton, l'accent, l'intention idoine … si bien que le public l’a écoutée bouche bée.

J'ignore si elle a pris un tel risque en songeant à la phrase de Jean-Luc Godard, on ne fait pas un film pour être prudent, dont elle nous a rappelé qu'il avait une phrase pour tout. 

Elle a, bien plus intelligemment que ne l'ont fait les présentateurs de la soirée des César et des Molières, fait comprendre ce que c'est qu'être roi le temps d’une soirée avant de lire les critiques dont elle déclina les nuances, très bonne, bonne, savante, hermétique, cinglante, magnifiquement accompagnée par le violon de l'Américaine Miri Ben-Ari.
Elle a rendu un hommage pudique à Nathalie Baye et discret, voire subliminal à Claude Lelouch que nous avons vu sourire dans la salle.
Elle a accueilli dignement Park Chan-Woodle cinéaste qui a  fait de la violence un art en lançant un montage d'extraits qui donnait envie de passer la nuit devant une rétrospective.

Une palme d'honneur a été remise, sans attendre les résultats du palmarès, au réalisateur néozélandais Peter Jackson (Le seigneur des anneaux) surpris de cette distinction en minimisant (ou justifiant) son mérite :  je ne fais pas des films qui peuvent gagner une palme.

Ce n’est pas le cinéma de mon cœur mais je suis admirative de son talent comme il l’est des Beatles. Et ce fut un plaisir de le voir fredonner Get Back (qu'il connait visiblement par coeur) dans la remarquable reprise de Theodora et Oklou.

Jane Fonda a fait une entrée remarquée dans une somptueuse robe longue Gucci noire à sequins, sublimée par une parure Pomellato. Le cinéma a toujours été un acte de résistance parce que nous racontons des histoires et les histoires représentent ce qui construit une civilisation, a estimé l'Américaine, tandis que la Chinoise Gong Li célébrait un art qui transcende les langues, les cultures et les générations et s'adresse à ce que nous partageons tous, les émotions humaines.
Célébrons l'audace, la liberté et l'acte féroce de la création dit Jane en conclusion et sous les applaudissements.

L'Aquarium, extrait du 7ème mouvement du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns va résonner chaque soir de montée des marches jusqu'au samedi 23 mai.

Pour la "petite" histoire c'est Gilles Jacob qui la choisit en 1983 pour ponctuer certains moments alors qu'il était délégué général du festival. L'ayant découverte dans Les Moissons du ciel (prix de la mise en scène pour Terrence Malick au festival en 1979) il pensait le morceau avait été composé par Ennio Morricone. C'est son fils, plus mélomane que lui, qui lui révéla le nom de l'auteur, lequel n'aimait pas cette suite, composée en 1886. il ne voyait aucun avenir à cette drôlerie que faite pour le Mardi gras et qui ne sera pas publié, loin de se douter qu'un siècle plus tard ce sera devenu la musique emblématique d'un grand festival de cinéma, art dont l'origine remonte à 1895.

mardi 12 mai 2026

Yann Kebbi, lauréat de la première édition du Prix Françoise Cauvin-Monet – Académie des beaux-arts, expose Galerie Vivienne

La Galerie de l’Académie des beaux-arts, au sein de la Galerie Vivienne, présente dans sa nouvelle exposition les travaux de Yann Kebbi, premier lauréat (2025) de la première édition du Prix Françoise Cauvin-Monet – Académie des beaux-arts.

Une rencontre a eu lieu en présence de l’artiste et fut l’occasion de découvrir un ensemble d’œuvres révélant la diversité de sa pratique, où dialoguent dessin, peinture, eau-forte, collage, stylo et gravure. L'homme aime combiner les techniques pour mieux exprimer ce qu'il ressent et il apprécie particulièrement le livre, en tant que media, comme il l'a démontré avec l'opus consacré à Las Vegas qu'il a illustré pour la collection Travel Book de Louis Vuitton et dont un extrait est repris sur le mur du fond (Luxor Casino Hotel, Lobby, crayon et stylo à bille de couleur sur papier, 70 x 24 cm, 2022)
On pourra admirer l'oeuvre dans son entièreté sur le mur adjacent, avec quelques autres de la même série :

Treasure Island Casino Hotel, 2022,
crayon et stylo à bille de couleur sur papier, 70 x 24 cm
The Fremont Street expérience, 2022,
crayon et stylo à bille de couleur sur papier, 70 x 24 cm

Le livre rassemble une série de dessins élaborés à partir de carnets réalisés sur le motif, puis recomposée en atelier selon une logique panoramique, car la richesse des sujets observables à Las Vegas est considérable, afin de restituer une vision dense et stratifiée de la ville. Le trait, à la fois incisif et instable, s'accompagne d'interventions colorées qui restituent la saturation lumineuse et l'intensité thermique propres à cet environnement artificiel.

lundi 11 mai 2026

22 Minutes de Benoit Solès

La première de 22 minutes a eu lieu ce soir au Théâtre des Gémeaux parisiens dans le cadre du festival SenS et c’était génial. Tout simplement. Benoit Solès nous offre un nouveau chef-d’œuvre, sans aucun doute ! 

On savait qu’il a du talent, que c’est un vrai auteur, un excellent comédien. Celui qui a tant convaincu avec La machine de Turing ne pouvait pas décevoir avec sa nouvelle création.

Recevra-t-il une nouvelle fois deux Molières comme en 2019 (celui du Comédien et celui de l'auteur) et la pièce sera-t-elle également récompensée au titre de meilleure mise en scène et meilleur spectacle privé ? Il est de toute évidence trop tôt pour le dire (et le fait que ce soit un seul-en-scène ne plaide pas vraiment dans ce sens) mais je peux vous assurer que je n'avais pas ressenti une telle émotion depuis un certain temps.

22 minutes est sensible et puissant au-delà de ce à quoi je m’attendais. Benoit Solès y signe le portrait humain d’un homme a priori monstrueux puisqu'il a assassiné un homme sur ordre et de sang froid et qu'il a tenté de tuer Jean-Paul II. Il nous entraîne au bout du monde pour traverser les épreuves d'Ali Ağca qui ne fut pas "seulement" celui qui a tiré à deux reprises sur le pape. Il réussit à faire vaciller nos idées reçues et à nous bouleverser.

Le titre de la pièce fait référence à la durée de l’entretien historique entre le pape Jean-Paul II et le jeune Turc qui tenta de l’assassiner le 13 mai 1981, place Saint-Pierre, à Rome et qui eut lieu en prison, deux ans après les faits. C'est un seul en scène intense dans lequel Ali prend la parole. Non pour se justifier, mais pour remonter le fil d’un parcours qui mène un enfant humilié à la violence politique. Je n'avais jamais entendu parler de la radicalisation de cette manière.

Le contenu réel de l'entrevue entre le pape et son agresseur est inconnu. Benoit Solès a précisé que tout ce qui relève de l’enfance d’Ağca, sa vie intérieure, ses souvenirs, ses visions, ses associations symboliques, est une construction dramatique. Les scènes du village, la maison, la mère, le père, les épisodes initiateurs (la barrière, la fronde, le caillou noir...) relèvent de la fiction. Les personnages de Fatima et Rachel sont inventés. Il n'empêche que le récit qui nous est soumis est au service d'une histoire fascinante où se confrontent violence et pardon, foi et doute, et qui donc fait réfléchir sur d'autres affaires … sans pour autant juger ou cautionner, excuser ou comprendre, et encore moins condamner.

On espère toujours qu'une rédemption soit possible, même si sa probabilité est mince. Benoit Solès en fait la brillante démonstration.

Le spectacle commence en pleine lumière, peut-être pour nous rappeler que nous sommes au théâtre et que ce qui suis est certes inspiré de la réalité, mais tout d même une fiction, si bien que nous allons accepter le contrat et valider notre position de spectateur prêts à tout entendre, sans discuter (mais non sans réfléchir). 

La survie de Jean-Paul II fut-elle un miracle ? En tout cas la vie du personnage principal est malheureuse, scandée par la douceur de sa mère et la violence de son père. Ce n'est pas un caillou qui saura le protéger des mauvaises influences. 

Dans sa famille il existe un rite d'initiation qu'on doit réussir à 13 ans, consistant à sauter sur une barrière. Loupé ! Les voix résonnent en écho ou s'assourdissent. On appréciera le très beau travail sur le son de Marc Demais qui plus tard évoquera avec sensibilité l'atmosphère des prisons de Midnight Express, le film culte d'Alan Parker, inspiré de faits réels étant déroulé en Turquie dans les années 70 et sorti en 1978. Denis Koransky a l'art d'éclairer la scène avec justesse et sensibilité, employant des pinceaux lumineux et de la lumière rouge lorsque cela est porteur de sens.

Le décor est minimaliste : un tapis, une chaise, sans effet inutile. Le jeune garçon devenu jeune homme sera recruté par les Loups gris et suivra "l'école du terrorisme" sans en avoir complètement conscience. L'ordre est de ne pas discuter et il exécute.
Je ne vais pas raconter chaque épisode mais leur enchaînement est haletant (il est probable que le spectacle soit très sportif pour le comédien) et je donnerai juste le début : Ali prend la parole pour interpeller le public et raconter son histoire, de l’enfance à sa libération, après trente années de prison. Né dans la misère, Ali grandit entre un père autoritaire, une mère aimante, une amie idéalisée et un profond sentiment d’humiliation. Très tôt, il développe une fascination pour la violence et un désir de reconnaissance. Sa rencontre avec les Loups-Gris, organisation ultra nationaliste turque, lui offre une identité, une appartenance, une cause. Ali assassine un journaliste, est condamné à mort, puis s’évade. Envoyé en Iran, il est désigné pour assassiner le pape. Sous différentes identités, il traverse l’Europe jusqu’à Rome. La veille de l’attentat, sa rencontre avec Rachel, une jeune femme juive, introduit une fissure dans son parcours.
La question du pardon est bien entendu centrale et les mots sont choisis : sans le pardon je serais prisonnier dit le pape. Perpétuité ne signifie pas éternité. Il n'empêche qu'Ali pourra le regretter amèrement : la violence a-t-elle donné un sens à ma vie ? Non, elle m'a tout pris.

Espérons que s'il reste un peu de lumière à trouver il soit possible pour tous les Ali de terre de s'en saisir.

22 minutes est un spectacle dont vous allez (beaucoup) entendre parler et longtemps. Pour le moment il est à l'affiche du festival SenS aux Gémeaux avec plusieurs autres (excellents) seuls en scène. Cet été au festival off d’Avignon à Théâtre actuel et sans nul doute à la rentrée dans un théâtre parisien. 
Ceux qui me connaissent savent que je ne m’enthousiasme jamais à la légère. Croyez ma recommandation sur parole. 22 minutes va compter dans le paysage artistique !

22 minutes de et avec Benoit Solès
Collaboration artistique Sophie Nicollas et Anne Plantey
Lumière Denis Koransky
Musique et création sonore Marc Demais
À partir de 12 ans
Au théâtre des Gémeaux parisiens, 15 rue du Retrait - 75020 Paris
Les lundis 11 et 18 mai à 21 h
Mercredi 20 et vendredi 22 à 19h
A Théâtre actuel - 80 rue Guillaume Puy - 84000 Avignon
Du 3 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet à 10h 

dimanche 10 mai 2026

L'ermitage de La Cordelle, description et histoire # 1

J’ai commencé le récit de 48 heures en Bourgogne par vous décrire le château de Chastellux parce que historiquement les propriétaires en furent les bienfaiteurs mais le but de mon voyage était plus modestement l'ermitage de La Cordelle. En pleine nature, au pied de la colline éternelle de Vézelay, à laquelle je consacrerai une publication particulière.

Le chantier de rénovation et d’agrandissement qui y a été lancé méritera un article spécifique mais je ne voudrais pas restreindre l’endroit à des tranchées, des échafaudages et une bétonnière. Les photos qui illustreront le présent texte éviteront le plus possible ces détails qui ne sont que transitoires sachant que la fin des travaux est prévue pour l'été 2027.<

Si vous voulez venir par le train il vous faudra compter deux heures depuis Paris-Bercy, en prenant un direct qui, étant omnibus, s’arrête partout et prend son temps. Sur la fin, il roule sans bénéficier du réseau électrique. A la descente en gare de Sermizelles vous ne rencontrerez personne à moins d’y être attendu. Le bâtiment y est définitivement fermé et ne comptez surtout pas y acheter votre billet retour à un guichet.

Pourtant la région est loin d’être déserte et nous ne sommes qu'à une quarantaine de km d'Auxerre. C’est un point de convergence très fréquenté par les randonneurs (la campagne s’y déploie en de splendides vallons très verts) comme par les pélerins depuis des siècles.
Admettons que vous ayez fait une halte à la basilique Sainte-Madeleine. Vous aurez le choix pour rejoindre La Cordelle. Soit par la rue qui part de la place devant la basilique, par la Porte Neuve, qui date tout de même du XVI° siècle car elle remplace une ancienne porte du XIV°, pour franchir la tour des Remparts, celle-là même où fut tournée une des scènes mythiques de La grande vadrouille (en faisant croire qu'il s'agissait de Meursault, autre bourgade bourguignonne) et suivre le Chemin de Saint Jacques, qui est la route indiquant la direction de la chapelle de la Cordelle.
Je cite aussi ce film parce que c'est une formidable histoire d’amitié, qui fut longtemps le plus grand succès du cinéma français avec un nombre record de 17 millions d'entrées, sans compter évidemment celui des téléspectateurs … tant il a fait l'objet de rediffusions.

Soit le chemin de pierres qui descend abruptement dans le prolongement de la rue des Poichots après avoir contourné la basilique. J'ai beaucoup aimé ce trajet qui est propice à admirer une nature généreuse, presque sauvage, et qui fait en quelque sorte transition entre le monde moderne et un espace dédié au recueillement.

On arrive sur la croix qui marque encore le départ de la seconde croisade, en présence de Louis VII et de la reine Aliénor, le 31 mars 1146, jour de Pâques, devant une foule estimée à 100 000 personnes venues écouter le prêche de Saint Bernard.
La chapelle, construite par les bénédictins de Vézelay, consacrée en 1152, commémore l’évènement. Elle est dédiée à la Sainte Croix, mais elle est surnommée La Cordelle en référence au cordon à trois noeuds des moines franciscains. L’ermitage y fut fondé en 1217 par deux frères envoyés d'Italie par saint François et c’est la première implantation franciscaine en France. Il est troublant d'apprendre que le roi Saint Louis est venu 3 fois.

Il n'est point nécessaire (jusqu'à nouvel ordre) de prendre rendez-vous. La porte n'est jamais fermée à clé, ce qui peut provoquer une première surprise pour nous parisiens. Sous le porche, une affiche annonce la bienvenue : en ce lieu de retrait, des frères vivent le silence et la prière selon la Règle des ermitages écrite par saint François d'Assise au XIll° siècle.

Vous pouvez communier à leur prière par votre silence, leur confier vos intentions dans le tronc des cartes postales, et participer à leur prière commune :
•  8h 00 : Laudes et Messe (Messe à 8h 30 le dimanche habituellement)
• 12h 15 : Office du milieu du jour
• 18h 30 : Vêpres (suivies d'une heure d'Adoration le jeudi)
• 20h 30 : Complies (sauf le jeudi)

Il est aussi précisé que le mardi est une journée dite "de désert", sans aucune prière commune. On vient donc en premier lieu ici pour prier mais l'accueil est sans condition et s'adresse à des gens de toutes religions. Notre situation de journalistes en reportage est un peu particulière et le soir de notre arrivée (alors que nous venons de nous installer dans un hôtel) il est prévu que nous partagions le repas des franciscains.

J'ignore alors qu'ils ne sont que trois Fr. Eric Moisdon, gardien de La Cordelle depuis 2019, Fr. Patrice Kervyn, après avoir été chapelain à la chapelle Notre-Dame du Haut à Ronchamp jusqu'en 2019 et Fr. Jean-Paul Arragon arrivé à l’été 2023. Ils ne se sont pas choisis mais vivent ici en harmonie et seront bientôt rejoints par un quatrième.

Il est habituel dans cet ordre de se regrouper en tout petit couvent, voire autrefois dans une grotte, pour se reposer après une période d'évangélisation. Dans la règle rédigée par saint François il est prévu que, à tour de rôle, 2 frères soient affectés à l'accueil et les 2 autres à la prière et la solitude.

J'apprends aussi que le silence n'est pas une règle imposée. Je découvrirai d'ailleurs à cet égard une communauté très ouverte d'esprit avec laquelle il fut très agréable de dîner, encadré par les Vêpres et les Complies que nous avons suivies sans y être le moins du monde obligés.

La simplicité des frères permet de se sentir intégré immédiatement et sans discours, nous offrant de connaitre des moments un peu "hors du temps" pour nous qui vivons à un autre rythme. 

samedi 9 mai 2026

Les Silencieuses d’Anna Mc Partlin

J’ai reçu Les Silencieuses d’Anna Mc Partlin dans l’optique de faire une interview de l’autrice à l’occasion de son passage à Paris. Cela n’a pas pu s’organiser mais la qualité de son ouvrage mérite que j’écrive à son propos.

Dans une Irlande encore étouffée par le poids de l’Église et du patriarcat, Mary Shea, l’une des rares femmes policières, est associée à une enquête sur la mort atroce d’un bébé retrouvé par un matin glacé de janvier 1980 sur une plage du Comté de Kerry. Très vite, l’affaire révèle un système qui contrôle, juge et fait taire les femmes. À travers cette histoire, c’est toute une génération de femmes invisibilisées qui est mise en lumière.

Mary Shea, jeune garda de la police locale fut la première sur les lieux. La découverte du corps d’un nouveau-né abandonné au creux d’une dune la bouleverse. Elle lui donne un prénom et jure d’élucider cette affaire que ses collègues auraient tôt fait de classer, en s’appuyant sur des arguments misogynes.

Jusque là bien qu'elle est soit "garda" son travail a consisté essentiellement à préparer le thé, faire le ménage, taper les rapports, répondre au téléphone … endurer les moqueries, les remarques blessantes, les mains aux fesses.

Très vite, l’affaire prend une ampleur nationale : une équipe d’enquêteurs de Dublin est dépêchée sur place. Mais dans le Kerry, les secrets se taisent et les langues ne se délient pas facilement. Seule Mary, qui connaît mieux que quiconque les usages de sa ville, parvient à convaincre certaines femmes de témoigner. Impressionné, l’inspecteur Matt Foley, chargé de l’enquête la plus décisive de sa carrière, demande que Mary l’assiste.

On parle d’elle comme si c’était une gamine, mais elle impressionne. Elle a du caractère, ce qui lui vaut la réputation de n’être "pas facile". C'est un personnage attachant, que l'on sent admirative d'un père d'une froide sévérité (mais cependant honnête pour ce qui concerne les affaires qu'il a traitées étant lui-même dans la police) et d'une mère qui la conforte dans son désir d'émancipation. Je ne pourrais pas être plus fière de toi (p. 42) lui dit-elle apprenant son incorporation dans la police. Son soutien sera déterminant.

À mesure que l’investigation avance, les certitudes s’effritent. Dans cette petite ville où règnent les non-dits, où chaque foyer semble abriter une part d’ombre et chaque habitant dissimuler une vérité, une question obsède Mary : qui a pu commettre l’impensable ?

J’ai été captivée par cette histoire qui permet de comprendre le poids de la chape de plomb subie par les femmes en Irlande dans les années 80. À tel point que si vous me demandiez de décrire les costumes féminins je ne verrais que des robes longues et grises, au-dessus de bottines. On a le sentiment que nous sommes encore dans le XIX° siècle de Gustave Flaubert, Victor Hugo ou Guy de Maupassant.

L'enquête est difficile et connait plusieurs rebondissements. J'y ai appris qu'il était possible que par suite d'une superfécondation hétéropaternelle on pouvait attendre simultanément deux enfants de deux pères différents mais cet argument pourrait tout autant servir une chasse aux sorcières. Mary n'y croit pas et elle va reprendre chaque élément de l’enquête.

Anna McPartlin a écrit précédemment Les Derniers Jours de Rabbit Hayes, salué par la critique et les lecteurs lors de sa parution en 2016. Elle est co-créatrice et productrice exécutive de la série policière The Gone. Elle signe ici son premier roman policier qu’elle a construit en s’inspirant de faits réels qui l'ont profondément marquée durant sa jeunesse parce qu’elle vivait adolescente dans le Kerry.

Elle s’est souvenu de la chasse aux sorcières dont les femmes enceintes, en particulier les célibataires, ont été la cible. L’une d’elle, qui n’était pas la coupable, a vu sa vie détruite alors que l’affaire n’a encore jamais été élucidée à ce jour (ce qui n’est pas le cas dans le roman). Cependant une autre des conséquences fut que l’ensemble des irlandaises a fait corps pour que la misogynie qu’elles subissaient cesse enfin.

L’autrice reconnaît avoir donné à son héroïne, Mary Shea les principaux traits de caractères des femmes de sa famille, plutôt rebelles, dans le sens positif du terme comme sa tante, sa mère, sa grand-mère … Elle dresse aussi le portrait d’un pays à une époque de bascule. le résultat est captivant, engagé, et assurément féministe.

Les Silencieuses d’Anna Mc Partlin, traduit de l’anglais (Irlande) par Valérie Le Plouhinec, éditions du Cherche Midi, en librairie depuis le 16 avril 2026 

vendredi 8 mai 2026

Le château de Chastellux # 2

(article remanié à la demande du propriétaire des lieux)
J'ai eu l'occasion de participer, les 6 et 7 mai derniers, avec trois autres journalistes de l’AJP, à un voyage de presse à La Cordelle qui est implantée au pied de la colline de Vézelay.

C'est Bettina de Cosnac, secrétaire générale de l’AJP, qui avait organisé le planning dont l'objectif était de découvrir l’important travail de rénovation du plus ancien ermitage franciscain de France. S'il existe encore aujourd'hui c'est en partie grâce au soutien bienfaiteur des propriétaires du château de Chastellux, depuis 800 ans, ce qui explique que mon premier article soit dédié à ce monument.

Etant moi-même originaire de Bourgogne je consacrerai une publication à ce que j'ai intitulé "Vézelay par mont et par vaux" pour y parler de diverses choses à voir dans la région. Un autre sera focalisé sur la basilique Sainte-Madeleine de Vézelay, que nous avons visitée en compagnie d'une théologienne. J'aurai abordé bien entendu auparavant la question de la rénovation et de l'agrandissement de l'ermitage de La Cordelle.

Le trajet depuis Paris-Bercy compte moins de 200 km et dure plus de deux heures, mais il est direct. Sur la fin, le train roule sur des rails sans bénéficier du réseau électrique et les habitants espèrent conserver la ligne encore longtemps. On peut se demander pour combien de temps encore … Nous sommes arrivées en gare de Sermizelles après avoir traversé une campagne superbe, très vallonnée, dominée par les hautes falaises des Rochers du Saussois, bien connues des férus d'escalade car elles surplombent la vallée de la Cure d'une hauteur d’une cinquantaine de mètres.

De là nous avons rallié Chastellux (le village porte le nom de la famille châtelaine ou plutôt la famille a pris le nom du lieu où elle s'est installée comme il était de coutume) qui se trouve à une quinzaine de km d'Avallon, en bordure du Morvan.

Il est probable qu'il n'existe que 4 à 5 familles qui ont pu conserver leur château depuis plus de mille ans comme l'ont fait les Chastellux. L'édifice a toujours été habité comme en témoigneront la série de ronds de serviette posés sur une desserte, si on excepte la période d'exil consécutive à la Révolution avec le pillage en 1793 (meubles brûlés, archives saisies) et sa vente par les Révolutionnaires.

C'est le Comte Philippe de Chastellux qui nous accueillit en haut d'un joli escalier évoquant celui de Fontainebleau.

jeudi 7 mai 2026

Un pas de côté de et mis en scène par Anne Giaffreri … sur France 3

Je n’avais pas vu Un pas de côté qui avait démarré au Théâtre de La Renaissance à partir du 18 septembre 2025. Ce n’était pas la première fois qu’on réunissait sur les planches Isabelle Carré et Bernard Campan. Le sujet avait déjà été traité maintes fois et cette pièce ne figurait pas dans mes priorités. 

Par contre je ne me sentais aucune excuse de ne pas la regarder puisqu’elle figurait dans le (joli) programme de France télévision encadrant la 37 ème cérémonie des Molières, avec en outre l’opportunité de la voir en replay. Et je signale que vous pouvez voir ou revoir dans le cadre de l’édition 2026 de la semaine Coups de théâtre :

- Du charbon dans les veines (France 4) Triomphe de la dernière cérémonie des Molières 2025 avec cinq récompenses, Du charbon dans les veines s’impose comme une pièce incontournable, saluée pour son émotion et son authenticité.
- Le repas des fauves (France 4)
- Le huitième ciel (France 5) 
- Bungalow 21 (France 2)
- Une idée géniale (France 3), créée à la rentrée 2022 au théâtre Michel, Molière 2023 de la meilleure comédie de l’année. Avec Sébastien Castro, José Paul, Laurence Porteil et Agnès Boury (Molière 2023 de la meilleure comédienne dans un second rôle). Sébastien Castro a écrit un vaudeville dans la pure tradition de Feydeau où les portes claquent dans une succession de quiproquos souvent absurdes et donc très drôles. Il a imaginé une histoire avec deux sosies dont l'un a un frère jumeau qui apparaissent et disparaissent comme par magie face (grâce aux trucages inventifs du décorateur Jean Haas, aux costumes malins de Juliette Chanaud) à un homme imperturbable et une voisine délicieusement loufoque. On passe la soirée à rire !
- L’école de danse (France 5)

Sans oublier la Cérémonie des Molières (France 2) dont j'ai fait le compte-rendu.

Le personnage de la clocharde (Hélène Babu un peu trop bien habillée pour être crédible d’autant que les plans serrés ne laissent aucun doute sur le fait que c’est la même comédienne qui est aussi la femme de Vincent) m’a un peu agacée. Elle est caricaturale et sa combine pour racketter un euro n’est pas très fine. Le début ne m’a donc pas emballée mais je suis restée devant mon poste.

Je me suis laissée prendre au jeu parce que les deux comédiens principaux composent un duo très sensible dont on a envie de partager l’histoire. Evidemment il n’y a pas grand chose de nouveau dans l’intrigue. Ce n’est pas la première fois qu’on tente de faire croire à l’amitié possible entre un homme et une femme au détour d’une crise de la cinquantaine. Mais les scènes s’enchaînent prestement devant un décor bucolique dans la scénographie réussie d’Alain Lagarde. L’évocation d’un jardin sauvage est fort agréable.

Gravitent autour d’eux l’épouse au regard affuté (encore Hélène Babu) un mari gravement dépressif (Stanislas Stanic qui est aussi le collègue amateur de ragot) et puis, plus originaux, un très jeune couple qui s’est manifestement rencontré via les réseaux sociaux et qui traverse l’espace régulièrement, illustrant le tourbillon de la vie.

La fin est attendue et rien ne vient contredire un destin qui, décidément, n’est pas favorable à la femme. La morale de l’histoire qui nous est présentée est un peu désespérante. J’aurais attendu une autre chute de la part de l’autrice. Avec par exemple un retournement de situation qui aurait laissé sur le carreau ce Vincent à qui tout réussit. Son collègue (qui a tout deviné) aurait pu séduire son épouse … illustrant l’adage tel est pris qui croyait prendre.

Il n’empêche que c’est bien interprété, très bien filmé, et que j’ai passé une bonne soirée au théâtre, … ce soir. J’ajoute que c’est une énorme chance pour le public d’avoir ainsi accès à des spectacles de qualité sans devoir affronter les transports en commun ou "monter" à Paris.

Un pas de côté de et mis en scène par Anne Giaffreri
Avec Isabelle Carré et Bernard Campan, Hélène Babu Stanislas Stanic
Assistante mise en scène : Kelly Gowry / Scénographie et vidéo : Alain Lagarde / Assistante vidéo : Manon Boucher / Costumes : Cécile Magnan / Lumière : Christian Pinaud

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