
Me revoici au
Musée des Arts décoratifs pour une autre exposition (je vous recommande celle qui est consacré à la
haute couture thaïlandaise qui ferme prochainement) pour célébrer le quarantième anniversaire du musée des Arts de la mode, institution sœur puis partie intégrante du musée des Arts décoratifs.
Sa création en 1986 marqua l’entrée officielle de la couture dans le domaine culturel et le champ des arts. Seule à préserver les collections nationales de mode, l’institution réunit alors deux associations qui participent activement à la reconnaissance du vêtement comme objet de patrimoine : les collections textiles de l’Union centrale des arts décoratifs et celles de l’Union française des arts du costume. J'ai listé en fin d'article les différences avec le Palais Galliera, dont je rends régulièrement compte des expositions.
En 40 ans, le musée a organisé plus de 70 expositions de mode ou de textile. La Nef accueille des œuvres exceptionnelles des collections, témoins de ces événements qui ont façonné l’histoire de la mode, de la société et des savoir-faire. Les équipes du musée ont sélectionné une silhouette par année et ce sont donc 40 mannequins qui portent des créations emblématiques qui ont marqué l'époque. je suis sûre que vous direz devant certaines : mais oui, … je connais !
L'exposition nous invite aussi, et ce n'est pas le moins intéressant, à découvrir les coulisses de la mode en nous transportant dans l’atelier de couture, de l’idée initiale au défilé, et à comprendre l’envers du décor, notamment en matière de conservation des œuvres, ce qui est une des missions essentielles du musée.
A comprendre aussi comment s'organisent les acquisitions, de gré à gré ou par enchères publiques (volontaires ou judiciaires), mais aussi par don (manuel ou notarié), avec effet immédiat ou différé, à l'initiative du propriétaire ou de ses héritiers, à moins que ce ne soit sur sollicitation des équipes de conservation auprès de particuliers, du grand public au grand collectionneur, des maisons de couture, des créateurs ou des entreprises.
L'ordre d'apparition des silhouettes n'est pas chronologique. La première à nous accueillir est l'ensemble Bohemian, Lady San (kimono, robe) de John Galliano, Paris, haute couture printemps-été 1998 en satin faconné, vison, lamé et crêpe satin.
Il avait célébré le 30 ème anniversaire de l'ouverture du musée des Arts de la mode dans une exposition intitulée "Fashion Forward" 3 siècles de mode (1715-2016) qui retraçait l'essentiel de la création, du XVIII siècle à nos jours, à travers une sélection foisonnante d'œuvres fameuses et emblématiques de chaque époque. Y figurait ce majestueux manteau kimono, illustrant la liberté avec laquelle John Galliano mêle des inspirations éclectiques d'autres cultures, créateurs et époques.
Juste à côté la robe, en c
rêpe de soie, taffetas de soie, jersey de fibres synthétiques, qui a sans doute le plus marqué l'histoire du cinéma et qui restera la tenue la plus iconique de Mireille Darc. Elle la porta gracieusement dans le film Le Grand Blond avec une chaussure noire (Yves Robert, 1972). Très sage vue de face, choquante quand l'actrice tourne le dos à la caméra, ce que le visiteur est invité à faire pour apprécier le vertigineux, et jusque là insoupçonnable, décolleté laissant voir la naissance des fesses. On notera la demi-ceinture de chaine ajoutée par le couturier Guy Laroche pour maintenir le tissu sur les hanches.
Remontons dans le temps avec une robe à la française, en taffetas de soie chiné à la branche, datant de 1760, qui incarne l'élégance du XVIII° siècle, portée sur des paniers élargissant les hanches et un corps à baleines, ancêtre du corset. Elle a été montrée au public dans la première exposition du musée des Arts de la mode, en 1986. Intitulée Moments de mode, celle-ci retraça l'évolution de la silhouette de la fin du XVI° siècle aux années 1940.
A sa gauche, le velours de soie noir dans lequel Thierry Mugler tailla la robe Embarquement immédiat fait autant sensation que celle de Guy Laroche pour le défilé haute couture automne-hiver 1987-1988.
Cette robe était présente dans l'exposition Thierry Mugler, Couturissime (septembre 2021-avril 2022) regroupant 140 à 150 tenues de prêt-à-porter et de haute couture, costumes de scène, croquis, archives, vidéos et clips (notamment Too Funky ou l'univers du parfum Angel) au sein d'une rétrospective pluridisciplinaire rendant hommage au couturier, metteur en scène, photographe et parfumeur Thierry Mugler, retraçant sa carrière de 1973 à 2014. Il reste célèbre pour ses silhouettes féminines sexualisées et pleines de fantaisie. Dans la collection "Les Aviateuses", plusieurs tenues jouent sur le contraste entre une première apparence sage et un dos très audacieux, à l'image de ce grand décolleté garni de fleurs artificielles.

Sur ce cliché on peut voir à gauche une tenue de danse de Jean-Paul Gaultier pour la chorégraphe Régine Chopinot et à droite un bustier sur un jupon d'Hussein Chalayan tandis qu'au fond, à gauche, on aperçoit la merveilleuse création de Valentino de couleur rose qui illustre le parcours de visite tout comme le gros plan de l'affiche.
La tenue de danse (corset, cagoule, composé en satin de soie matelassé et surpiqué, satin de coton, applications, métal, maille de coton, tulle mécanique de fibres synthétiques, satin de coton, ouate) a été portée par la danseuse Monet Robier en 1985 pour le Ballet Le Défilé, passage "Manque d'air".
Jean-Paul Gaultier a réalisé les costumes de 14 ballets chorégraphiés par Régine Chopinot, de "Délices" en 1983 jusqu’à "Soli-Bach" en 1994. Le plus connu d'entre eux, Le Défilé (1985), était une œuvre hybride et marquante, entre danse et mode. Les tenues, données pour la plupart au musée, constituent une exception remarquable au sein des collections, puisqu'il s'agit de costumes de scène. Elles ont fait l'objet d'une retrospective en 2007. On y retrouve le style caractéristique du créateur de mode, entre humour et audace technique : le jeu du dessus-dessous, les surpiqûres ou encore le tutu, autant d'éléments qui participent du geste chorégraphique.
À la frontière entre architecture et design, Hussein Chalayan déploie une mode intellectuelle, où le vêtement devient un support de réflexion politique et sociale. Une exposition, en 2011, intitulée Hussein Chalayan, Récits de mode, explorait sa démarche expérimentale, marquée par l'emploi inventif des technologies et un engagement face aux enjeux de son époque.
Ici on a retenu un bustier, jupe, jupon en faille de soie surpiquée et baleinée, toile de coton, toile de coton, tulle de coton enduit présenté à Londres, en prêt-à-porter, au printemps-été 2000. Inspirée des corps à baleines du XVIII°, elle a défilé parmi des créations gonflables ou téléguidées et d'autres qui déconstruisaient le vestiaire historique. Au moment du final, cinq mannequins vêtus d'ensembles similaires - dont celui-ci -, disparaissaient, comme aspirés dans le sol. On peut en voir la vidéo dans la salle adjacente.
Place maintenant au rose avec plusieurs créations de Valentino, Schiaparelli et Iris van Herpen.