Cette réflexion m’est venue parce que s’il n’avait pas continué à porter la blouse grise de l’enseignant du siècle dernier il est tout à fait le personnage et il nous en offre un portrait fascinant en nous le révélant au travers de textes qu’il a merveilleusement agencés puisqu'on ne sent pas de rupture de style.
De la campagne d’Italie à son exil à Sainte-Hélène – de la gloire de Bonaparte à la chute de l’empereur – il ressuscite l’épopée de l’une des figures les plus ambiguës de notre Histoire en lui redonnant toute sa splendeur. Il traverse cette existence vouée à la conquête et au pouvoir, qui inspira autant les historiens que les écrivains et dans la peau duquel les artistes ont été nombreux à se glisser ou à rêver de le faire.
Maxime a d'ailleurs interprété deux fois le rôle de Napoléon : dans la pièce La Conversation de Jean d’Ormesson (Prix Charles-Oulmont du comédien en 2012) et dans la série La Guerre des Trônes, Le Clan Bonaparte pour France TV, en 2024.
Pour cette création au Poche Montparnasse il a puisé notamment dans le répertoire de Victor Hugo, François-René de Chateaubriand, Léon Tolstoï et bien sûr de Jean d’Ormesson. Et il faut signaler que le recueil Napoléon de Maxime d’Aboville, à partir duquel a été conçu le spectacle, est édité à l’Avant-Scène, disponible au bar du Théâtre.
Ce qui est formidable c'est que le comédien est naturel à chaque âge de la vie de l'illustre homme, y compris lorsqu'il en reprend les postures les plus mémorables, semblant par exemple brandir un étendard ou le bras glissé contre son estomac. Simple et efficace, sans mise en scène alambiquée, au centre d'une sorte de drapeau tricolore, conçu par Marguerite Danguy Des déserts, dont le blanc s'efface pour mieux mettre le héros en valeur.
On est presque embarqué dans l'action, au bord de nous lever pour suivre ce leader hors du commun au pied des pyramides. On renonce en apprenant combien de soldats il abandonna à leur terrible sort, même s'il semble manifester un peu de compassion (beaucoup de réformes hospitalières auront d'ailleurs lieu sous son impulsion).
Evidemment le récit ne saurait être exhaustif. Le projecteur se braque sur les aspects les plus caractéristiques. Le comédien souligne ainsi, bras croisés, mais avec un air de domination, combien l'illégalité poursuivra Napoléon comme un fantôme. Il considère que sa seule faiblesse aura été sa famille, et surtout Joséphine dont il raconte, au moyen d'un texte malicieux, comme Jean d'Ormesson excellait à en produire, une affaire de châle hissée au niveau de celle du collier de la reine qu'il interprète savoureusement, provoquant des rires dans le public. Le prénom de son grand amour sera le dernier mot qu'il prononcera sur l'île d'Elbe.
Pour le moment, il sera bientôt au sommet de sa gloire. Arrive Marengo (dont on nous fait grâce du poulet), la reconquête de l'Italie. La sarabande d'Handel peut résonner. On entendra plusieurs fois résonner ses cordes.
Le voilà méditant, les mains dans le dos, réfléchissant sans doute à un concept qui sera maintes fois repris par ses successeurs, la voie du mérite promettant à chacun de réussir selon ses talents.
L'homme est fait de contradictions. Le comédien emprunte une formule à Jean d'Ormesson. J'ai l'imagination républicaine et je suis monarchique, … ce que Chateaubriand avait écrit auparavant à son propos : Je suis républicain par nature, monarchiste par raison, et bourbonniste par honneur.
Le dilemme napoléonien est le reflet de la démesure de son ambition et nous constaterons bientôt que la politique est la forme moderne de la tragédie. Décidément Jean d'Ormesson voit juste ! Mais pour le moment le pape arrive pour le couronnement dont le désormais "grand" homme se chargera lui-même avant de sacrer également Joséphine impératrice.
Le stratège d'Austerlitz subira un coup de Trafalgar, et surtout la Bérézina, tous deux synonymes de catastrophes. Le poème de Victor Hugo, Il neigeait, est superbe et son interprétation bouleversante. Suivra Waterloo … On connait la suite sur laquelle le comédien ne s'apesantit pas vraiment, sans doute en obéissant à Chateaubriand se plaignant qu'après avoir subi le despotisme de sa gloire il faudrait subir le despotisme de sa mémoire.
Maxime d'Aboville a choisi pour l'affiche une représentation à cheval de Bonaparte, premier consul, franchissant le Grand Saint-Bernard, 20 mai 1800 peinte par David, et qui se trouve au Château de Versailles. Il achève le spectacle avec l'ombre de sa silhouette.
Et avec elle l'épopée mythique d'un homme que les guerres et le nombre de morts ne permettent pas pour autant d'ériger en héros mais qui aura permis à la France de compter 130 départements et de rassembler 120 millions d'hommes parlant 8 langues différentes. Le cours d'histoire n'est peut-être pas exhaustif mais nous avons reçu une bonne leçon.
Napoléon, conçu et interprété par Maxime d’Aboville
Textes de Victor Hugo, Chateaubriand, Tolstoï et Jean d’Ormesson
Décor : Marguerite Danguy Des déserts
Lumières : Dorian Mjahed-Lucas
Photographies : Sébastien Toubon
Photographies : Sébastien Toubon
À partit du 31 août 2926
Le lundi, le lundi seulement à 19 heures
Au Théâtre de Poche-Montparnasse
Le lundi, le lundi seulement à 19 heures
Au Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse - 75006 Paris