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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mercredi 14 octobre 2026

L’Ecole des femmes mise en scène par Robin Renucci

Je suis allée voir L’Ecole des femmes mise en scène par Robin Renucci avec un peu d’inquiétude. Allais-je aimer cette version et que pourrais-je en dire de positif après avoir été si enthousiaste à propos de celle de Frédérique Lazarini il n’y a pas six mois ?

Que du bien ! Si j’osais une comparaison culinaire je dirais que ce sont deux plats proposés avec des parfums différents, de l’ordre de ceux entre lesquels on n’arrive pas à choisir.

Comparaison n’est pas raison et je ne vais pas me lancer dans cet exercice stupide. Ma seule recommandation est de vous conseiller d’aller voir les deux. Vous vivrez deux très belles soirées.

Molière ne décrit pas l’endroit où Arnolphe séquestre la toute jeune Agnès mais on comprend que le "logis" est isolé, que les deux gardiens doivent en maintenir la porte close mais qu’il y a tout de même un balcon, donc une ouverture possible sur le monde. Robin Renucci a eu la très bonne idée de faire de ce lieu un vrai personnage qui respire (la fumée s’échappe de la cheminée tout au long de la représentation), qui ronfle, qui tousse (à s'en décrocher une latte de temps en temps), qui s’énerve (on devine le feu à l’intérieur), qui s’étonne (et la loupiote de l’entrée clignote).

Lisa Navarro, la scénographe, a ainsi conçu un dispositif évolutif qui, au départ s’apparente à une maison de bois isolée du sud américain, avec un porche sous lequel on aimerait se balancer dans un rocking-chair comme on a pu en voir dans la filmographie de Spielberg (La couleur pourpre par exemple), annonçant donc une grande histoire avec de multiples rebondissements. À la fin, ce ne seront que ruines mais Agnès sera sortie de sa chrysalide.

On remarque évidemment les godillots accrochés par leurs lacets au fil électrique. Le "shoe tossing" est souvent associé aux Etats-Unis à la mémoire d'une personne décédée à proximité mais en Australie on lance des chaussures pour marquer un moment important et je regrette de ne pas avoir noté l'instant où Agnès les décroche, sans nul doute quand elle a commencé à s'affranchir de la tutelle d'Arnolphe.

Tout est signifiant et c'est un des plaisirs de ce spectacle qui ne prend pas le spectateur pour un ignare. Horace entre à jardin avec un vieux transistor diffusant Every Breath You Take de The Police (composé et chanté par Sting en 1982). On pense alors que c'est un signe de joie du jeune homme parce que l'air est entrainant et qu'il a marqué la jeunesse de nombreux spectateurs. Cet anachronisme n'est pas anodin. Il faut être attentif aux paroles. Elles décrivent à la perfection les obsessions de contrôle d'Arnolphe, ce qui justifie tout à fait qu'Agnès se débarrasse de l'objet dans la poubelle à la fin du spectacle.

Il parait que le metteur en scène a voulu représenter la peur masculine de perdre le contrôle face à l'émancipation des femmes. Si le sujet était déjà d'actualité en 1662 quand Molière a commencé à écrire la pièce il continue de résonner de nos jours.

Arnolphe (François Morel) réagit en se défendant et avec une certaine agressivité, perçue plus ou moins par le public. Ici, à Antony, son comportement a été compris au second degré, et le rire l'a emporté sur l'indignation alors que j'ai entendu dire que ses tirades furent souvent huées lors des représentations aux fêtes nocturnes du château de Grignan l'été dernier. Il faut dire que le comédien aura été souvent très proche des spectateurs, les prenant en quelque sorte à témoin, et parvenant habilement à les amadouer.

Les costumes de Benjamin Moreau s'inspirent de l'univers du néoréalisme italien et ont été coupés dans des tissus dont les teintes s'accordent avec le décor. On remarquera que la tenue d'Agnès (Juliette Cahon) est sans doute celle qui évolue le plus, symbolisant sa libération du carcan éducatif imposé par son tuteur.

Il faut saluer l'admirable travail de composition des comédiens, faisant oublier que certains d'entre eux jouent plusieurs rôles.
Il ne faut pas manquer ce spectacle qui se joue du 13 au 17 octobre au Théâtre Firmin Gémier / Patrick Devedjian d'Antony (92) mais aussi les 30 et 31 janvier à L’Onde de Vélizy-Villacoublay (78), avec entre les deux une longue tournée en région.

L'École des femmes de Molière
Mise en scène de Robin Renucci
Avec François Morel, Juliette Cahon, François Deblock, Luc-Antoine Diquéro, Sven Narbonne (en alternance avec Simon Alopé), Chani Sabaty, Igor Skreblin.

mardi 13 octobre 2026

Lancement du 42e Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis

Les enfants aussi ont leur rendez-vous littéraire. C'est le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, dit SLPJ, qui va prochainement avoir lieu, du 25 au 30 novembre prochains au Paris Montreuil Expo (128, rue de Paris, à Montreuil).

Le salon est systématiquement gratuit pour tous sur présentation d’un billet à télécharger sur la billetterie en ligne : billetterie.slpj.fr. La gratuité totale du salon est le premier geste d’accueil (on peut et il est préférable de réserver ses créneaux de visite à l’avance). 

La conférence de présentation a eu lieu ce matin dans le Grand auditorium de la BnF site François-Mitterrand et a été ouverte par l'inévitable discours de Gilles Pécout, président de la BnF-Bibliothèque nationale de France. Il a fait l'annonce d'une exposition intitulée De Mimi Cracra à L'Alphabet fou : Agnès Rosenstiehl, 60 ans de création, qui se tiendra à la Galerie des donateurs de la BnF du 3 novembre 2026 au 25 janvier 2027.

Cet événement d'envergure a  été rendu possible grâce à un don exceptionnel effectué par Agnès Rosenstiehl en 2025 de plus de 700 planches originales et travaux préparatoires offerts au Centre national de la littérature pour la jeunesse (CNLJ) parmi lesquels on retrouve évidemment son célèbre personnage de Mimi Cracra.

Je dois à cet égard souligner que la BnF François-Mitterrand dispose d'une salle dédiée à la jeunesse, la salle I, qui abrite le CNLJ. On peut aussi y consulter (sur demande) le fonds historique de La Joie par les livres et du dépôt légal depuis 1995.
L'accès y est gratuit du mardi au dimanche (oui, dimanche inclus) pour les enfants de moins de 14 ans accompagnés d'un adulte muni d'un titre d'accès (Pass BnF lecture/culture ou ticket d'entrée). Un espace de lecture a été pensé pour les enfants qui sont très bien accueillis. On peut lire avec eux la centaine des livres essentiels pour les tout-petits et qui sont toujours disponibles puisque exclus du prêt.

La matinée a été marquée aussi par les prises de parole de Nils C. Alh, directeur général du Salon, et de son équipe, ainsi que de Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, le Département, co-producteur du Salon, et qui s'est voulu rassurant quant au soutien financier du département.

J'en retiens que la nouvelle direction va œuvrer dans le prolongement de la formidable vie tracée par Sylvie Vassalo avec ses équipes. Que la 42 ème édition sera placée sous le thème : Aux frontières du réel, avec la promesse d’éclaircir le brouillard du monde pour apprivoiser le mystère du réel et satisfaire le besoin de rationalité de l’enfant.

Le programme se déclinera sur 16 espaces. Il y aura évidemment des lectures, des entretiens, des rencontres, des performances, des parcours de visite (notamment le vendredi et le lundi), une ouverture à l’international vers 10 autres pays, des expositions …

Parmi les initiatives, je signale le chèque-livre pensé pour que chaque jeune reparte avec un ouvrage. Et aussi le programme d’accessibilité universelle avec le prêt de lunettes pour les hyper visuels, de casques antibruit, de jeux antistress et surtout, plus original, un espace d’hypostimulation nommé La Bulle. J'ajoute que ce type d'endroit devrait être systématique dans tous les salons, voire les musées, comme cela se fait déjà au musée de la Marine.

Je voudrais signaler la mobilisation de 80 éditeurs jeunesse avec les enfants de Gaza par l’intermédiaire de Gaza, eux c’est nous, un récit de Marie Desplechin, illustré par Serge Bloch, pour raconter et comprendre le conflit israélo-palestinien et agir en faveur des droits des enfants, comme elle l'avait précédemment fait avec Sothik, un enfant victime de la guerre au Cambodge.

On attend 200 000 personnes de tous âges et tous horizons dont 30 000 viendront collectivement (1200 groupes), 400 maisons d’édition.

L’atelier Des livres à soi, qui existe désormais dans toute la France depuis dix ans proposera des ateliers créatifs aux familles et des histoires théâtralisées.   

Giulia de Sia et Romain Pageard nous ont offert des parenthèses musicales autour de textes de François Place et de Bérengère Cournut et nous ont permis d'entendre des extraits de :
- Monopolis, tiré de l'opéra rock Starmania, composé par Michel Berger et écrit par Luc Plamondon
- Pierre et le Loup de Prokofiev
- Le poème symphonique Ainsi parlait Zarathoustra (op. 30), composé en 1896 par Richard Strauss et inspiré de l'œuvre de Friedrich Nietzsche. On se souvient que le crescendo du mouvement d'ouverture intitulé "Lever de soleil" (Einleitung), a été utilisé par Stanley Kubrick pour marquer les étapes majeures de l'évolution humaine et de l'univers dans son film en 2001 : l'Odyssée de l'espace.
- Kirikou, composée et interprétée par le célèbre chanteur sénégalais Youssou N’Dour pour le film d'animation Kirikou et la Sorcière (sorti en 1998), réalisé par Michel Ocelot.
On a pu feuilleter les lauréats des Pépites 2026 choisis parmi une sélection de 20 ouvrages. J’ai une tendresse particulière pour L’histoire de la cafetière de Anne Herbauts, chez Casterman parce que j'ai rencontré cette autrice pour la présentation des nouveautés de l'automne 2026 avec Contez sur nous (Ecole des loisirs) au mois de juin dernier.
Le prochain rendez-vous sera l'occasion de l’annonce le 5 novembre de l’artiste qui recevra La Grande Ourse pour la singularité de son œuvre, avec la mission de continuer à faire briller le ciel de la littérature jeunesse.

Ce seront ensuite des webinaires Histoires d’histoires jusqu’au 12 novembre et des actions en lien avec les éditeurs qui organiseront une cinquantaine de webinaires le 19 novembre. 

Nous nous sommes quitté en formant le vœu que ce salon soit " le lieu du lien" du 25 au 30 novembre .. et au-delà.

Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis
26 nov. –1er décembre 2027
Au Paris Montreuil Expo (128, rue de Paris, à Montreuil).
Tél. : 01 55 86 86 77
Plus de renseignements sur : slpj.fr
Adresse administrative du SLPJ : 3 rue François Debergue, 93100 Montreuil

Cet article est illustré par le visuel du salon, réalisé par Mariachiara Di Giorgio, pour l’édition italienne de Victoria rêve de Timothée de Fombelle (Victoria sogna, Terre di mezzo Editore, 2017). 

lundi 12 octobre 2026

C’était çà ou mourir de Thélyson Orélien

Voilà, je referme C’était çà ou mourir et sincèrement, la lâcheté de l’éditeur canadien est tellement minable que j’aurais aimé vous dire que c’est un grand roman. Mais, je ne le peux pas.

Il est très difficile d’avoir un jugement objectif. Disons que je me suis sentie dans une position comparable à celle qu’on éprouve après avoir acheté (assez cher) un gâteau chez un pâtissier qui m’a été recommandé et dont je m'aperçois (souvent par hasard) qu'il se fait livrer la nuit, par camion banalisé, la majeure partie de sa production soit disant artisanale.

A croire qu'il faudra bientôt apposer le label "écrit par un être humain sans le recours d’une IA" sur les livres qu'on pourra alors estimer authentiques.

On pourra dire que j’ai été influencée par toute l’affaire. Il est vrai que je l’ai lu en recherchant les traces de l’infiltration d’une IA. Que j’ai remarqué, mais n’importe quel lecteur attentif en aurait été surpris, combien il est question de mensonge, ce qui finit par être le vrai sujet du livre, avec le rire, qui est le propre du clown.

La clé est peut-être à débusquer page 101 : On joue tous. Même ceux qui croient être sincères. Le problème, c'est quand ton jeu devient ton seul langage (…). J'ai fait semblant de suffoquer, de crier (…). Et quelqu'un m'a lancé une pièce en criant : Bravo ! C'est trop vrai ! (…). Je continuais. Je n'avais plus que çà à vendre.

Oh, comme j’aurais aimé que Thélyson Orélien fasse une déclaration audacieuse au cours d’une conférence de presse de clarification en déclarant qu’il avait voulu démontrer qu’un grand juré pouvait être berné à l’instar des autorités chargées de freiner la progression des migrants. Il y avait matière, en se situant dans la lignée de celui qui avant lui avait déjà réussi à leurrer tout le monde, à savoir Emile Ajar, ou si vous préférez Romain Gary.

Il a bêtement fui et du coup laissé le champ libre aux loups qui ont tous hurlé entre eux.

Mon principal reproche, en terme littéraire, c'est l'absence de suspens, à l’inverse par exemple d’Adeline Dieudonné qui, tout en révélant l’issue fatale de Dans la jungle, réussit à maintenir son lecteur en alerte constante. Le titre du canadien annonce et prévient que l’exil sera réussi, et il l’est. 

La traversée du Brésil sur près de 6000 km "tient" en deux pages et il n'est pas cohérent qu'il soit passé par Teresina si la traversée a bien commencé à Recife où il écrit avoir volé le fameux sac Carrefour (p. 103),lequel d'ailleurs m'a fait pensé à celui dont le personnage principal de Homère Kebab ne se départit jamais, tant il est vrai -effectivement- que tous les migrants voyagent avec des sacs en plastique. 

Je connais très bien le Mexique et je n’ai pas retrouvé la moindre évocation sensible de ce qui fait la spécificité de ce pays et qu'il dit pourtant être mythique (p. 118). L’extrême bienveillance des habitants, les survivances des croyances indiennes, et surtout les couleurs qui y sont éclatantes. On ne peut pas l’avoir traversé sur plus de 3000 km sans avoir été frappé par ça.

J’ai débusqué des incohérences dans le fond  (comment se fait-il qu'il dispose tout à coup d'un téléphone portable pour télécharger une application afin de pouvoir entrer aux Etats-unis ?), comme dans la forme, des répétitions incongrues (et qui ne sont pas de l’ordre de la poésie). Certes il y a de belles formulations. La jungle du Darién qui se trouve à la frontière entre la Colombie et le Panama est une route migratoire très périlleuse empruntée par des centaines de milliers de personnes cherchant à remonter vers le nord et il est vrai que ce que j'ai lu m'a glacé le sang. Francesco, un autre migrant, la qualifie de "purgatoire". Pas l'enfer parce qu'en enfer, tu sais que tu es mort (p. 141). Malheureusement Thélyson emploie plusieurs fois par la suite cette même métaphore en écrivant à propos d'une autre zone que "Et là, l'enfer a démarré" (p. 157), puis "Et tu marches vers l'autre enfer" (p. 166).

Vous me direz que ce sont des détails, sauf que ce mot, enfer, n'est pas anodin et ne doit pas être employé sans intention particulière. Et surtout pas par un personnage qui s'exprime à la première personne (laissant entendre qu'il a vécu ce qu'il relate) en s'adressant à son lecteur en le tutoyant. Thélyson épilogue qu’il a eu recours au récit de migrants pour composer son ouvrage qui n’est donc pas tant que çà une oeuvre personnelle de fiction.

Quand on le lit en sortant de la projection des Misérables, c’est vraiment pas de chance. Thélysson n’est pas Victor Hugo, n'en déplaise à Luz qui, invité comme Thélyson Orélien dans l'émission de la rentrée littéraire de septembre 2026 animée par Augustin Trapenard, s'enthousiasme à les comparer. Je prends le pari que son  "oeuvre" ne traversera pas les siècles.

Les Goncourt se sont faits avoir par le fond, qu’ils ont privilégié à la forme dans un premier temps. Ils avaient entre les mains une histoire qui "méritait" le Prix, et puis ils l’ont conspué précisément pour… la forme.

Mais au fait qui a débusqué le pot aux roses ? Un délateur courageuse anonyme. 

En attendant, c’est un succès, quoique un peu relatif, avec 100 000 exemplaires vendus contre 200 000 pour Je voulais vivre d'Adélaide de Clermont Tonnerre (publié lui aussi aux Éditions Grasset), et qui fut Prix Renaudot. Conclusion, beaucoup en parleront sans avoir fait l’effort de le lire.

Quant à la question de la preuve de son écriture par une IA en raison de la présence de métadonnées dans son fichier numérique on peut prédire que les prochains utilisateurs seront plus malins.

Pour finir, je donne aujourd’hui la parole à cet auteur, que j’ai retranscrite de son interview à La grande librairie dont il est question plus haut : C’est pas mon histoire autobiogaphique très directe mais je peux dire en quelque sorte que c’est mon histoire dans l’émotion parce que j’ai vécu une forme d’exil, peut-être pas de la même manière. C’était peut-être (il emploie le passé et non le présent et vous remarquerez que sa syntaxe n'est pas des plus élégantes) mon histoire qui rencontre l’histoire d’autres gens.

Revoir l'émission en replay apporte un éclairage particulier. Ce livre est un évènement, disait Yannick Haennel (encore un nom donné pour le Goncourt). Ça n’a jamais été écrit avant. Quand il y a une langue comme ça pour dire l’indicible alors la langue n’a pas le dernier mot.

Livre prodigieux, commentait Amélie Nothomb qui ajoutait c’est un tour de force. Hugolien disait Luz on a besoin d’un livre comme le vôtre pour se sentir ensemble.

C’est une grande chance de voir émerger une plume comme la vôtre, concluait Trapenard.

Comment se sentent-ils tous aujourd'hui d'avoir à ce point été bluffés ? Anne Godard, invitée elle aussi ce soir là (et elle aussi en lice pour le Goncourt), a prudemment refusé de faire le moindre commentaire quand je l'ai rencontrée quelques jours plus tard pour son livre Nous aussi.

Il faut peut-être aussi rappeler que c’est le très réputé Olivier Nora qui est à l'initiative de la venue de Thélyson Orélien chez Grasset. Il a personnellement négocié les droits pour la France auprès de la maison d'édition québécoise Boréal. Savait-il alors que son propre contrat allait être révoqué ? Aurait-il cherché à jouer un bon tour à ses patrons ? Car il est difficile de croire qu’un homme de son expérience n’ait pas remarqué les failles dans l’écriture. Evidemment, au moment du départ d’Olivier Nora, l’écrivain québécois avait affirmé publiquement son soutien à l’éditeur.

Avoir plaidé une cabale raciste et haineuse liée à ses origines haïtiennes n’a pas aidé à asseoir la défense de Thélyson Orélien lorsqu’il a bien été obligé de convenir qu’il avait d’une part effectué de multiples plagiats auparavant et que d’autre part il avait effectivement utilisé l’IA. Qui pourra le croire quand il affirme que ce ne fut que partiellement ?

Toujours est-il qu'il y eut un avant et qu'il y aura un après. Le monde de l'édition, déjà fragile, n'avait pas besoin d'une telle tempête.

C’était çà ou mourir de Thélyson Orélien, publié le 9 mars 2026 aux édition du Boréal (Canada) et le 19 août 2026 chez Grasset

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Thélyson Orélien a quitté Haïti en 2010, à la suite du violent séisme qui a frappé le pays en janvier de cette même année et a détruit sa maison familiale. Ses proches et des membres de sa famille (notamment un grand-oncle) déjà établis au Canada l'ont aidé à effectuer les démarches et obtenir un visa ainsi qu'un titre de séjour.

Il a rejoint le continent nord-américain par les voies régulières de l'exil légal, en transitant d'abord par la République dominicaine, puis par les États-Unis, avant d'arriver à sa destination finale au Canada (s'installant dans un premier temps à Montréal, au Québec).

dimanche 11 octobre 2026

Cuire un gâteau dans un Airfryer

J'ai déjà dit il y a quelques mois tout le bien que je pense de l'Airfryer pour cuire des légumes, et griller de la viande. L'appareil étant "un peu" encombrant je trouverais dommage de ne pas savoir l'utiliser pour les desserts. Les premières tentatives, le l'avouais dans cet article, n'étaient pas concluantes.

Le premier souci est de disposer d'un moule, de préférence métallique, de la taille correspondant au volume du tiroir. Or, j'avais plutôt des modèles de grande capacité. Jusqu'à ce que je retrouve un moule à savarin, muni d'un cylindre central qui permet très bien à l'air de circuler.

J'ai donc entrepris la recette d'une babka pascale au citron (p. 331 du livre de Audrey@chocmiel, L'art de l'airfryer, Une année à petit prix.

On fouette 4 œufs (j’en avais 5) avec 100 grammes de sucre jusqu’à doubler de volume. On ajoute alors les farines tamisées (180 de blé et 50 de maïzena) et un sachet de levure. Puis 160 grammes de beurre (mais j’ai mis moitié margarine) et un jus de citron.
On verse alors dans le moule à savarin beurré d’environ 20 cm de diamètre. On met à cuire 30 minutes à 170°. Le résultat était correct en terme de goût mais trop cassant pour être démoulé. Peut-être aurait-il été préférable que le moule soit huilé et non beurré.

Je ferai d’autres expériences en adaptant la température. Il me semble qu’il faut la réduire de 10 à 20 °C par rapport à ce qu’on programme dans un four traditionnel et diminuer le temps de cuisson d'environ 20 % tout en surveillant régulièrement car l’Airfryer étant plus petit qu’un four il cuit plus vite.

Il semblerait que 160 °C puisse convenir en général afin de ne pas brûler le dessus du gâteau avant que l'intérieur ne soit cuit. Certains utilisateurs préchauffent l’appareil pendant environ 3 minutes à la température de cuisson avant d'enfourner.

Il est probable que le résultat est meilleur si on peut se satisfaire d’un moule rempli-le aux 3/4 pour faciliter la circulation de l'air chaud et saisir correctement la préparation.

Enfin, comme avec un four classique, il est prudent de ne pas ouvrir le tiroir trop tôt afin d’éviter une baisse brutale de la température.

Il est parfois recommandé de retourner le gâteau (si c’est possible) afin qu’il dore aussi bien sûr le dessus que le dessous si l’appareil n’a pas de double résistance. On a aussi le choix d’augmenter la température jusqu’à 200° pour les 5 dernières minutes.
J’ai préparé un autre jour une Portikalopita, ce gâteau à l’orange dont les grecs raffolent. Le résultat fut satisfaisant (j'en donnerai la recette ultérieurement) mais je suis certaine qu’il aurait été supérieur dans un four traditionnel. Je vais donc poursuivre les expérimentations.

samedi 10 octobre 2026

Haute couture et tradition à la Cour de Thaïlande au musée des Arts décoratifs

Je ne suis pas particulièrement attirée par les robes de princesse mais lorsqu’elles sont le résultat d’une alliance entre tradition, patrimoine et créativité je ne peux qu’écarquiller les yeux et saisir la chance que nous offre le musée des Arts décoratifs de présenter La mode en majesté.

C'est une exposition qu’il est urgent de découvrir car elle vit ses derniers jours. Elle est consacrée à la haute couture et aux traditions à la Cour de Thaïlande réunissant plus d’une centaine de tenues et d’accessoires exceptionnels appartenant aux garde-robes royales, et mettant en avant les huit formats de costumes traditionnels thaïlandais conçus par Sa Majesté la Reine Sirikit en collaboration avec une équipe d’historiens et de créateurs locaux thaïlandais.

Elle s’inscrit dans le cadre des célébrations du 340 ème anniversaire de la première relation diplomatique et du 170 ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la Thaïlande.

Elle met aussi en lumière plus de trente années de collaboration entre Sa Majesté la Reine Sirikit et le créateur de mode Pierre Balmain, ensuite avec son successeur Erik Mortensen, poursuivies avec Dior et Valentino, et bien entendu toujours la maison de broderie Lesage.

Après avoir hésité à mentionner la composition des modèles qui m’ont le plus séduite j’ai choisi de les faire figurer sans trop de commentaires puisque ni vous ni moi ne sommes spécialistes. L’essentiel à retenir est qu’ils sont en tissus précieux, principalement une soie, souvent richement brodés de fils métalliques, perles et sequins.

Le parcours met en valeur des robes dont la structure est tout à fait "parisienne" comme cette robe du soir, exécutée en 1960 par Pierre Balmain (français, 1914-1982) en satin de soie, dentelle de coton, fils métalliques, raphia synthétique, perles et paillettes, brodées par la maison Lesage.
Elle est un exemple classique des grandes robes de bal produites par Balmain au milieu des années 1950. Elle fut portée par S.M. la reine Sirikit à l'occasion d'une visite officielle au palais royal de Bruxelles, en octobre 1960.
Ce qui frappe au fil des salles, c’est la manière dont certaines robes ont été conçues, comme les exemples ci-dessus, évoquant les costumes traditionnels thaïlandais officiels dont il existe huit styles de Chud Thai. On remarque sur chacune un long drapé fixé en écharpe sur l’épaule gauche avant de retomber dans le dos. La jupe est longue, tubulaire, drapée, dont les bordures sont brodées. Une large ceinture serre la taille et se ferme avec un médaillon plutôt imposant, en or ciselé, incrusté de pierres précieuses.

Quand la soie intègre des fils d'or ou d'argent il prend le nom de brocart (le Pha Yok). Ils sont fabriqués dans des villages par des femmes qui tissent quand elles ne travaillent pas dans les champs. Sa Majesté la reine Sirikit les trouvait très beaux et les a utilisés pour réaliser certaines de ses tenues, ce qui a permis que la technique parvienne jusqu'à nous. Et aussi que des milliers de femmes vivent de leur travail parce que la reine s'est intéressée à leurs conditions de vie. Elle a d'ailleurs encouragé les artisanes à améliorer leurs techniques et la qualité de leurs tissus pour répondre aux attentes du marché.

Il est évident que ses apparitions officielles à l’étranger ont contribué à la notoriété des textiles et productions artisanales thaïlandaises. J'ai appris que le gouvernement avait choisi la date anniversaire de cette reine, le 12 août, pour célébrer la Journée nationale du textile thaïlandais, en reconnaissance de son action.

L'ikat est une technique unique et complexe pour créer des motifs colorés. On teint les motifs sur le fil avant le tissage. Sa Majesté la reine Sirikit a demandé à ce qu’on les associe dans ses tenues à d'autres matériaux comme des perles ou même des ailes de scarabées. On reconnaît l'ikat à l'effet un peu flou que cette technique donne aux motifs. 
         


En voici (à gauche) un exemple datant de 1983 où l’écharpe a été totalement réinventée par le grand couturier Erik Mortensen (danois, 1926-1998) pour Balmain et qui fut portée par S.M. la reine Sirikit lorsqu'elle présida, en compagnie de S.A.R le prince Philip duc d'Edimbourg, un gala de charité en faveur du World Wildlife Fund à l'hôtel Oriental de Bangkok, le 13 octobre 1983.

Sur cette autre tenue, plus récente (à droite), la création est une nouvelle fois très nette, associant tradition et modernité, abandonnant l’écharpe mais maintenant la ceinture. Nous sommes en 2022 et elle a été faite par Tirapan Vanarat (thaïlandais, né en 1950) pour TIRAPAN, en soie unie, brocart de soie, fils métalliques, et perles.

Elle a été portée par S.M. la reine Suthida lorsqu'elle accueillit les chefs d'État et de gouvernement, au cours de la réception royale donnée dans le cadre du 29 ème sommet de l'APEC, dans la salle du trône Chakri Maha Prasat du Grand Palais (Bangkok), le 18 novembre 2022.
D’autres encore sont plus stylisées mais tout autant gracieuses. Le parcours s’achève sur des pièces plus contemporaines comme celles-ci :
 
A gauche une robe du soir, 2024 de Sirivannavari (Thaïlande, créée en 2005) pour laquelle S.A.R. la princesse Sirivannavari a puisé encore une fois dans le répertoire des tenues traditionnelles thaïlandaises. Les motifs reprennent ceux des bordures kruai choeng, propres aux textiles traditionnels thaïs. Le plissé frontal, lui, rappelle le costume national, ici épuré au profit d'une silhouette moderne. Une broderie complexe de perles, de sequins et de fils métalliques est méticuleusement disposée en motifs transversaux, apportant profondeur, mouvement et une opulence raffinée à l'ensemble.

A droite, un ensemble de deux pièces inspiré du Chud Thai (huit formats), 2025, toujours de Sirivannavari qui cette fois s'inspire du costume masculin Raj pattern (Raj pattan), instauré par S.M. le roi Chulalongkorn (Rama V) dans le cadre de la modernisation du costume de cour à la fin du XIX° siècle. La silhouette traditionnelle est revisitée et rehaussée d'une broderie en relief évoquant la fleur phutson (gardénia).

vendredi 9 octobre 2026

Dîner autour des Champagnes Vaucelle à La Bonne Franquette

Une fois les vendanges terminées avec satisfaction malgré le stress du contexte climatique (et je rappelle qu'il est interdit d'arroser en Champagne), Thomas Cheurlin a voulu inviter ses clients à une dégustation des principales cuvées de Champagne Vaucelle (mais il y eu quelques autres surprises au cours de la soirée) et a eu la gentillesse de faire signe à quelques journalistes pour l'occasion.

C'est ainsi que j'ai pu vérifier hier soir, en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, mon opinion sur les cuvées que j'avais déjà découvertes l'année dernière au cours d'une journée passée dans la Côte des Bar et dont je rendais compte dans cet article que je vous encourage à lire, préférant ne pas me répéter.

Mon avis n'a pas évolué, mais il s'est malgré tout affirmé à leur égard :
- Les Vallons - Brut Sans Année, dont j'apprécie le fruité que lui confère la majorité de Pinot Noir (et je m'aperçois que je suis moins encline à préférer un champagne qui serait tout Chardonnay bien que le dîner me fera changer d'opinion),
- Rosé - Le Suchot - 100 % Pinot Noir - qui embaume la groseille
- Terre Natale - Blanc de Noirs - 100% Pinot Noir 
- Terre Nacrée - Blanc de Blancs -100% Chardonnay 
- Terre de Nuances, cuvée éphémère : cuvée numérotée, limitée et qui changera tous les ans en fonction du travail en cuverie. J'ai une prédilection pour le 100% Blanc Vrai (Pinot Blanc) mais je sais que la cuvée se restreint quantitativement et qu'elle ne sera pas reconduite. Je garderai longtemps en mémoire qui ses jolies notes de champignon, d’hydromel et de cire d’abeille.
- Cuvée des Ambassadeurs qui est la cuvée prestige de la maison, réalisée à partir de vins sélectionnés strictement en fonction de la vendange. L'assemblage, classiquement 80% Pinot Noir et 20% Chardonnay, pourra varier en fonction de l'année.

Ce qui était nouveau, et c'est vraiment un plus, c'est que chacune de ces cuvées est complétée avec une liqueur de dosage maison, signature de Vaucelle. Depuis 2026, Thomas Cheurlin élabore ses propres liqueurs de dosage, selon des recettes confidentielles pensées pour respecter la personnalité de chaque vin. Vieillies en dames-jeannes dans le "Paradis" de la Maison, elles gagnent progressivement en complexité et en harmonie.

Cette démarche artisanale permet d’affiner l’équilibre du champagne, de prolonger son expression aromatique et de révéler son identité sans jamais la masquer. Sa vision du dosage est fidèle à la tradition champenoise mais elle est personnelle et ouvre donc de nouveaux horizons.

Il avait choisi La Bonne Franquette pour cette soirée qui fut marquée par un grand raffinement. Je rappellerai à ceux qui l'auraient oublié que c'est là, en haut de al Butte Montmartre, que Vincent Van Gogh a peint son célèbre tableau "La Guinguette".

L'endroit était à la fin du XIX° siècle et au début du XX° siècle un rendez-vous d'artistes où se retrouvaient Pissarro, Sisley, Cézanne, Toulouse-Lautrec, Renoir, Monet, Zola … Edith Piaf y débuta comme chanteuse et la musique est restée importante chaque soir.

Luc Fracheboud (ci contre à gauche en discussion avec Thomas Cheurlin) avait goûté précédemment les vins et suggéré des accords qui se sont révélés audacieux tout autant que pertinents.

Un Tataki de thon fut servi avec le Champagne Vaucelle, Terre Nacrée - Blanc de Blancs - 100% Chardonnay. Comme quoi on peut fort bien sortir des sentiers battus en allant sur des plats exotiques.
Ensuite un Filet de veau aux girolles s'accorda avec le Champagne Vaucelle Terre Natale, Blanc de Noirs 100 % Pinot Noir.
Thomas, désireux de surprendre ses convives, servit lui-même un verre de Santenay vieilles vignes 2023 (qui est aussi une de ses productions, et qui est élaboré avec du Pinot noir) à qui voulu le découvrir bien que l'association avec Terre Natale soit parfaite.

Pour le dessert le Champagne Vaucelle Rosé - Le Suchot - 100 % Pinot Noir fit merveille sur un Sorbet citron-basilic-fraise.
Pour terminer, ceux qui le souhaitèrent, purent sacrifier à la tradition avec un doigt de Ratafia Maison Thomas Cheurlin, une Liqueur à base de moût de raisin (Pinot noir) et d'alcool.

Ce fut un plaisir renouvelé de pouvoir discuter avec Thomas Cheurlin, Jeremy Bovy, le responsable commercial France et export, les membres de ses équipes, parmi lesquels on retrouve la fille de Thomas. Cette gamme de champagnes est vraiment à retenir tout autant pour des ambiances festives de fin d'année que pour accompagner un repas dans son entièreté. 

Champagne Vaucelle - Maison Thomas Cheurlin
17 Grande Rue, 10110 Celles-sur-Ource - +33 (0) 03 25 38 50 26
La Bonne Franquette - 2 rue des Saules ou 18 Rue Saint-Rustique - 75018 Paris
 01 42 52 02 42

jeudi 8 octobre 2026

Ukraine, le mal qui reste, photographies de Guillaume Herbaut

L’académie des Beaux-arts a inauguré une nouvelle exposition, très artistique tout autant qu’émouvante, intitulée Ukraine, le mal qui reste, qui a été présentée à la presse par Guillaume Herbaut et Sylvie Hugues.

On connait ce photographe qui avait précédemment été finaliste du prix en 2018, attribué cette année-là à FLORE. Guillaume Herbaut est le lauréat 2024 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière - Académie des beaux-arts, doté d’un montant de 30 000 euros, et qui a pour spécificité, parmi la soixantaine de prix accordés par l’académie des beaux-arts, d’être une bourse à projet et qui est bisannuel. Ainsi Sophie Zénon, la lauréate de l’édition 2026, choisie par le jury réuni le 10 septembre dernier, parmi 21 candidatures présélectionnées cette année, ne restituera son projet Odyssée Végétale, qu’à l’automne 2028, elle aussi sous la forme d’une exposition au Pavillon Comtesse de Caen de l’Académie des Beaux-arts.

Ce "temps long" est une donnée importante pour un photographe, qui plus est lorsqu’il s’agit de rendre compte de la trace d’un conflit armé. Il faut avouer que la guerre en Ukraine est devenue un des sujets d'actualité si quotidien qu'on n'y prête sans doute pas suffisamment attention. Or cette guerre est terrible, pas seulement par les dégâts matériels qu'elle fait aujourd'hui mais peut-être surtout par les séquelles humaines et profondes qui vont subsister très longtemps. C'est précisément ce que Guillaume Herbaut s'attache à faire ressentir et qui soulignait être très honoré d’exposer ici.

Sylvie Hugues est correspondante de l'Académie des beaux-arts depuis février 2001 pour la photographie. Elle a précédemment assuré le commissariat des expositions de Pascal Maitre et de FLORE mais se définit davantage comme curatrice que commissaire. Elle a cherché ici à installer une ambiance propice au recueillement, en adaptant les lumières des salles, la taille des oeuvres, en privilégiant un grand format et un encadrement d’une grande sobriété. On la voit en pleine discussion avec Guillaume Herbaut devant la photographie prise à Kryvyt Rih en avril 2925 d'une aire de jeu où neuf enfants ont été tués par un missile balistique Iskander russe le 4 avril 2025. Le bombardement a fait 19 morts et plus de 68 blessés dont 12 enfants.

Le photographe se rend en Ukraine chaque année depuis 2001, sauf pendant le Covid. Ce fut son premier contact avec les ruines de l’empire soviétique. On en vit aujourd’hui les soubresauts car les relents d’impérialisme provoquent les guerres. Il a suivi les événements de 2004 et 2014, la résistance ukrainienne, l’annexion de la Crimée, l’entrée de la Crimée dans la guerre. Alors qu’on oublie la guerre je témoigne en revenant sur la ligne de front. Il a remarqué l’accélération de 2022. Et s’est trouvé confronté à la problématique de la représentation de la guerre. On entend tous les jours le nombre de morts. Les choses se répètent. Si on a déjà couvert 15 bombardements, comment parler du seizième ?

L'arrivée des drones à tout changé. Ce conflit est un laboratoire pour les prochaines guerres. Il a vu son premier drone en 2023 à 20 km des premières lignes. (les tirs de roquettes étaient d'ailleurs aussi à craindre). Puis les Shaheds de conception iranienne (qui sont des drones d'attaque unidirectionnels, souvent qualifiés de "drones kamikazes"), massivement utilisés par la Russie en Ukraine depuis l'été 2022.

Puis les FPV qui ont fait basculer le conflit. Le danger n’est plus le tir de roquette ou d’un sniper. Aujourd’hui à 50 km du front on est déjà en danger de mort. La ligne de front est désormais inaccessible pour les photographes. Les soldats sont largués à 17 km et doivent la rejoindre en marchant.
Nous, photographes de presse, nous ne sommes plus les premiers témoins. Ce sont d’abord les victimes, des "amateurs", qui filment eux-mêmes les combats avec leur téléphone. On tue désormais en direct et les images sont ensuite diffusées sur une musique. Le travail du photographe professionnel s'en trouve questionné. Du coup c’est le hors champ, la société civile, les traumas qui vont durer, que j'ai voulu raconter. Et je suis heureux d'avoir pu mener mon travail avec une grande liberté d’expression.
En mai 2022 une des premières personnes qu'il rencontre, à Andriïvka, un village occupé à 50 km de Bouchka, est un ancien chauffeur-routier, enlevé par des soldats russes. Torturé, déclaré mort, puis retrouvé vivant parmi des cadavres, il revient enfin chez lui après vingt jours de détention en Russie. Découvrant sa maison détruite par l'explosion d'un char russe il semble crier d'horreur mais aucun son ne sort de sa bouche, à l'instar du tableau Le cri d'Edvard Munch. La douleur qu'il exprime incarne pour lui le mal qui reste.
C'est ce cliché qui a été retenu pour faire la couverture du hors-série photographie de la Revue des deux mondes, parue le 8 octobre 2026. Quant à moi j
'ai pensé au livre d'Andreï Kourkov, Les abeilles grises, qui m'avait bouleversée.

Quand il avait présenté le projet il croyait que la paix serait revenue au moment de le réaliser. Non seulement il n’y avait pas d’amélioration mais de fut pire. En conséquence il a voulu intégrer deux tablettes au début du parcours.
Sur l'écran de gauche, DeepStateMap, une carte interactive ukrainienne indépendante, suit l'évolution du contrôle territorial et de la ligne de front pendant la guerre en Ukraine, à partir de renseignements issus de sources ouvertes (OSINT).

Sur celui de droite, Air Alert qui est une application que tous les ukrainiens ont dans leur poche sur leur smartphone pour suivre les alertes aériennes en temps réel. Elle a été lancée en 2022 pour prévenir des attaques de missiles et de drones dans chaque région. Pendant la visite presse nous avons entendu à trois reprises les sirènes accompagnant les notifications.

Plus loin il a intégré des vidéos prises par les soldats ou leur famille. Comme celles de Vitaly Koliadenko, 25 ans, soldat ukrainien ayant passé trois ans dans des prisons russes (à Rostov, Kamyshin et finalement Borisoglebsk) après son arrestation en 2022 sur le front de Marioupol. Il raconte les coups et les électrochocs qui laissent la peau des jambes noircie, mais qui doivent être cachés aux observateurs ou lors du tournage de vidéos envoyées aux familles. Il raconte également les rations de nourriture insuffisantes et le contrôle du poids des détenus pour éviter les décès par inanition. On voit son visage changer au fil du temps. Le comble du supplice aura été d'être obligé de témoigner à destination de sa famille que tout allait bien alors qu’il venait d’être horriblement torturé.

mercredi 7 octobre 2026

La Semaine des Autres Modes à Paris

En marge de la Paris Fashion Week, qui s’est achevée hier, UAMEP a lancé la 6ème édition de la Semaine des Autres Modes à Paris, un rendez-vous devenu incontournable pour ceux qui considèrent que la transition écologique et une société plus inclusive priment sur la consommation.

C'est donc avec un fort intérêt que je suis allée au Consulat Voltaire, qui est un des partenaires (avec notamment le soutien de Fashion Revolution France et de La Cour des Icônes), à l’ouverture artistique de la manifestation au cours d'une soirée qui a fait se rencontrer l’art, la musique, la culture et bien entendu la mode, au cours d'une soirée animée par la dynamique Arielle Lévy, qui est à l'initiative du collectif, créé à l'origine pour dénoncer l’arrivée de Shein au BHV et défendre un modèle de consommation responsable.

J'y ai suivi un défilé où, certes, manquait la grande Catherine, mais qui était réjouissant par la qualité des modèles présentés, pratiquement tous tout à fait "portables" et surtout en accord avec mes valeurs profondes. J’adore la mode (ce fut le sujet d'un des tous premiers articles du blog) mais je n'en suis absolument pas esclave. Ce que j'ai vu m’a donné envie de repousser la porte d’une boutique. La démonstration a été faite que la mode responsable peut être belle (et accessible en terme de prix d'ailleurs).

En fait c'est plutôt de la confection que je suis attentive et admirative. Alors, forcément je fus sensible à l'accrochage de silhouettes réalisées par les membres du collectif. Parmi elle, à gauche, une robe brodée devant (et derrière) par Anne Sailor, créatrice spécialisée dans le patch, la broderie et la customisation éco-responsable.
Et ce dos de blouson en jean, hommage textile à la célèbre cinéaste de la Nouvelle Vague, sur lequel Céline Dupuy a recréé de manière stylisée le visage iconique d'Agnès Varda (reconnaissable entre mille à sa coupe au bol bicolore), en utilisant une technique de mosaïque textile ou patchwork inversé, d'autant plus pertinent que la réalisatrice a prôné l'art de la récupération dans son documentaire "Les Glaneurs et la glaneuse" dont je vous recommande le visionnage.

Sur la mezzanine, Marie Meerson exposait des photos des membres du collectif "habillés" dans un textile qu'elle a dessiné pour la Semaine.
On reconnait à gauche Marcia De Carvalho, la fondatrice de Chaussettes orphelines dont l'entreprise va fêter ses 18 ans, et Arielle Lévy.

Nous nous sommes rassemblés pour la projection de Manifeste, le défilé des 25 ans de Naco Paris, pionnier de l'upcycling, qui avait été présenté à La Fabrique, à Toulouse. Tout méritait d'être souligné, non seulement les vêtements, mais les mannequins, la musique, la manière de marcher, lentement et suivant des lignes brisées qui permettaient de véritablement voir les créations sous toutes les coutures.
 
Naco Paris est un artiste et un créateur emblématique, partenaire historique de UAMEP dont le travail et les défilés manifestes infusent les événements du collectif.

Place ensuite au défilé de clôture, sous la direction artistique d’Audrey Jehanno, journaliste et styliste, qui fait admirablement se croiser la mode, l’image et la culture. Avec la musique live de Krivers.
Nous avons ainsi pu applaudir des sacs brodés de Sophie Cano, des mi-bas de Chaussettes Orphelines, une jupe de rubans assemblés de Lena Hoschek et deux autres robes.
Il y eu aussi Maison Louis, et Les toiles bleues de Nîmes …
La Suite Jenny Sacerdote…
 Gaelle Constantini et La Suite Jenny Sacerdote…
… Les toiles bleues de Nîmes, et Gaelle Constantini …
… SKFK …

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