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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

jeudi 10 septembre 2026

Les marchands d'étoiles d'Anthony Michineau

Je suis sans doute très naïve, ou trop premier degré, mais je n'ai compris le titre de la pièce que le lendemain tant le mot "étoile" est pour moi positif. Je m'attendais à une pièce porteuse d'optimisme et j'ai découvert un coup de projecteur sur de la grande tragédie.

Je ne suis pas la seule spectatrice à être sortie plus bouleversée qu'amusée par ce spectacle qui est pourtant effectivement pimenté de scènes qui provoquent le rire. Mais le sujet, lui, ne prête pas vraiment à la fantaisie.

Pourtant la bande-son accueillant le public installe une joyeuse ambiance. Berthe Silva chante "Frou-frou", créée en 1897 et Maurice Chevalier enchaine avec "Prosper Yop la Boum", qui est plus récente (1935).
Nous voici dans un dépôt de tissus parisien, un soir d'inventaire de juin 1942, et il s'agit de faire vite pour ne pas sortir après le couvre-feu imposé par la guerre. Car malgré tout la vie poursuit son cours. 
Raymond Martineau, le patron, ne réussit pas imposer son autorité à sa fille. A sa femme non plus, d'ailleurs. 
Et puis il y a aussi Joseph, son plus jeune employé, dont le père est breton mais dont on apprend brutalement que la mère est juive. 
Et enfin il y a Louis, son plus vieil employé, dont le nouvel ami pourrait bien être un collabo de la pire espèce.
 Mais à part ça… la vie poursuit son cours
Vous savez tout, ou presque. Les voilà qui entrent en scène, s'activent, s'invectivent un peu. L'atmosphère est bon enfant. Mais surviennent les premiers grincements.
Rien de grave, mais tout de même. La situation se complexifie de fil en aiguille. Heureusement, il y a Marcel, toujours prêt à "dissiper les malentendus" au prix de quelques billets. L'homme devient gourmand. Il tape et retape à la porte de l'atelier, flairant la bonne affaire.

Il s'incruste, devient harcelant, donne furieusement envie de le remettre à sa place sauf que le provoquer n'est pas un acte de résistance, mais juste une connerie.

Régulièrement une scène apporte un souffle récréatif et il se pourrait que plusieurs deviennent cultes à l'instar du Père noël est une ordure. La blague sur Hitler est plutôt drôle mais ne gomme en rien le caractère odieux de cet homme.

Sera-t-il possible de faire cesser le chantage ? Et si oui, à quel prix ? Qui en aura le courage ? 

Quand Yvette, la mère de famille estime qu'en temps de guerre on est juste tributaire du hasard d'une bonne ou mauvaise situation la salle se tait, songeuse.

Anthony Michineau a écrit des dialogues qui claquent à chaque réplique et qui continuent, quatre-vingt dix ans après les faits, à nous interroger sur le pourquoi du comment des horreurs de la guerre, lorsque la lâcheté l'emporte sur le courage.

Il interprète le rôle de Louis, le plus vieil employé, celui en qui on a toute confiance, et auquel il insuffle toute l'ambiguïté nécessaire.

Le spectateur ne sait quel parti adopter. Bien évidemment pas celui du maître chanteur mais peut-on soutenir ceux qui ont fait fortune en approvisionnant l’ennemi en tissu de couleur jaune ?

Et cette question insidieuse de s'interroger sur le risque que l'histoire puisse se répéter.

La pièce a été acclamée au festival d'Avignon en 2023 comme en 2024. Elle a été nominée à quatre titres aux Molières en 2025 : meilleur auteur francophone, meilleur spectacle de théâtre privé, meilleur second rôle masculin (pour Anthony Michineau) et meilleur premier rôle dans un spectacle de Théâtre privé, que reçut Guillaume Bouchède pour son rôle de père.

Ce n'était pas lui qui jouait ce soir. Une alternance s'opère entre des comédiens qui sont tous brillants, qu'on se rassure.
Les marchands d'étoiles d'Anthony Michineau
Metteur en scène : Julien Alluguette
Avec Nicolas Martinez (ou Romain Thunin), Guillaume Bouchède (ou Eric Collado), Anthony Michineau (ou Thibaut Gonzalez), Julien Crampon (ou Vianney Fayard), Stéphanie Caillol (ou Clotilde Daniault) et Axelle Dodier (ou Justine Teulié). 

Scénographe : Georges Vauraz Affiche : Florian Le Priol 
Création sonore : Yohann Roques
Au Théâtre du Splendid
48 rue du Faubourg Saint-Martin - 75010 Paris
Du mardi au samedi à 19 heures

mercredi 9 septembre 2026

A la découverte de The House of Us Spirits

J’ai eu l’opportunité de rencontrer des producteurs américains venus spécialement des États-Unis pour partager leur passion et leur savoir-faire dans l’atmosphère feutrée d’un speakeasy parisien au charme clandestin, évoquant la prohibition des années 1920, lorsque la vente d'alcool était totalement interdite.

La soirée, baptisée "House of U.S. Spirits" eut lieu pour la seconde fois à l'initiative du Distilled Spirits Council of the United States (DISCUS) et fut placée sous le signe de la découverte, de l’échange et de la convivialité.

Rendez-vous nous avait été donné au sous-sol du Bar Nonsense, 3 rue du Mont-Cenis - 75018 Paris.

Nous n’étions pas à proprement parler dans un bar caché ou clandestin quoique le look du barman, Constantin, soit plutôt raccord avec cet esprit. On ne peut pas dire non plus que nous avons fait l’effort de parler à voix basse selon la recommandation de l’époque. L’entrée se faisait sans mot de passe mais tout de même sur invitation, et l’ambiance était jazzy à souhait.

La prohibition est loin mais on sait que l’abus de l’alcool est dangereux pour la santé, et qu'il convient de consommer avec modération. Sans goûter à tout cette édition m’a permis de découvrir de belles marques et de nouveaux univers. Ce fut une occasion pour approfondir mes connaissances en terme de spiritueux américains, à l’instar de celle-ci, consacrées aux whiskys de Virginie.

Une des originalités fut de construire la dégustation autour d'accords entre fromages, alcools et cocktails, histoire de pousser un peu plus loin encore la lecture des spiritueux présentés. Je connaissais Charlène Bouy, la patronne de la crèmerie-fromagerie Charlicot située au 6 rue de la Folie Méricourt dans le 11e arrondissement de Paris et qu’elle a baptisée du surnom que lui donnait son père dans son enfance. J’y avais déjà succombé à plusieurs fromages alors que je me rendais à la Folie Théâtre qui se trouve juste à côté, au même numéro de cette rue, mais dans la cour. J’y ai chroniqué plusieurs spectacles.

Après des années passées dans la finance, elle a tout plaqué pour suivre une formation et des stages auprès d'artisans fromagers avant d'ouvrir sa propre boutique en 2015. Elle l’a pensée comme un appartement chaleureux ou une grande cuisine ouverte, associant une belle sélection de fromages (plus d'une centaine de références), du vin et de la charcuterie locale. Elle est également active au sein de l'Union des Fromagers d'Île-de-France et formatrice pour l'École Française du Fromage.

Il serait prétentieux de prétendre que j'ai acquis une compréhension approfondie de la richesse et de la diversité des terroirs américains, ainsi que du savoir-faire artisanal, souvent transmis de génération en génération, qui façonne ces spiritueux exceptionnels.

Mais la sélection premium de whiskeys américains, de bourbons et d'autres spiritueux était vraiment remarquable à travers 12 marques participantes qui chacune présentait plusieurs produits :  Proof and Wood, Middle West, Old Elk, Virginia Distillery, Hush & Whisper Distilling Co., BroVo Spirits, Maker’s Mark, Jim Beam, Jack Daniel’s, Woodford Reserve, Karahiyo Cocktail et Westland Whiskey.

Sans goûter chaque marque, et sans découvrir tous les spiritueux de chaque marque goûtée, je peux dire que j'ai fait de belles découvertes. Les voici, selon un ordre qui n'a rien d'un classement.

Le hasard, qui fait sans doute bien les choses, a voulu que je goûte 5 des 6 marques actuellement distribuées en France : Virginia Distillery, Maker’s Mark, Jack Daniel’s, Woodford Reserve et Westland Whiskey, sachant que je n'ai pas eu le temps de m'arrêter chez Jim Beam.
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Je me suis d'abord orientée vers ce que je connaissais, Jack Daniel's et son flacon carré très reconnaissable introduit en 1897. C'était logique puisque c'est la plus ancienne distillerie enregistrée des États-Unis, fondée en 1866 à Lynchburg par Jasper Daniel. Cependant j'ai goûté une autre marque du même groupe, Woodford Reserve :
Née en 1812 au cœur de Versailles, dans le Kentucky, Woodford Reserve incarne l’excellence du whiskey américain. Classée site historique national, la distillerie perpétue un savoir-faire artisanal d’exception sous l’égide de la Master Distiller Elizabeth McCall. Sa singularité repose sur une maîtrise absolue des cinq piliers aromatiques : de la sélection rigoureuse des grains au vieillissement en fûts de chêne neuf brûlés, en passant par une triple distillation en alambics en cuivre. Chaque flacon offre une complexité rare, transformant la dégustation en une expérience sensorielle sophistiquée.

Mon choix s'est porté sur le Woodford Reserve Distiller Select dont j'ai apprécié les arômes de vanille, de bois de chêne un peu toasté, les douces nuances d’épices, de cacao et de fruits secs en bouche et la finale longue et chaleureuse, légèrement sucrée.
Je l'ai trouvé parfait avec la vieille mimolette et plus tard j'ai approuvé le choix de Constantin de le suggérer pour son cocktail Old Fashioned, composé de Whisky américain, sirop d'érable, Agostura et Orange amère pour un résultat épicé, gourmand et agrumé.
Autre marque provenant du Kentucky, Maker’s Mark cultive depuis 1953 une approche du bourbon authentiquement artisanale (catégorie des bourbons premium). Dès l’achat de leur distillerie, Bill Sr. et Margie Samuels ont imaginé ensemble un whisky aussi reconnaissable par son style que par son goût. C'est Margie qui façonna l’identité de la maison, en scellant, comme on peut le voir sur la photo, chaque bouteille à la main d’une cire rouge devenue emblématique.
La singularité du goût est imputable à Bill Sr. qui, plutôt que d’utiliser du seigle, préfère le blé rouge d’hiver, qui apporte au bourbon plus de souplesse et de rondeur. Cette recherche d’un goût équilibré se poursuit durant le vieillissement, avec des fûts déplacés dans les chais afin de favoriser une maturation régulière et harmonieuse. Une exigence qui s’accompagne d’une forte conscience environnementale, aujourd’hui ancrée dans l’identité de la maison et reconnue par sa certification B Corp.

J'ai apprécié les notes délicatement boisées avec des nuances de caramel et de vanille, la douceur, l'équilibre et la finale crémeuse. Voilà pourquoi il peut s'associer avec un Brie. Quant au 46, vieilli 9 semaines de plus en fut de chêne français, il se révéla superbe avec le Langres.

mardi 8 septembre 2026

Adieu monde cruel de Félix de Givry

Adieu monde cruel est un film franco-belge dont le thème colle parfaitement à celui de la 24 ème édition du festival Paysages de cinéastes mais, étant donné la proximité de sa date de sortie, le 9 septembre, il ne pouvait pas faire partie de la sélection de longs-métrages en compétition.

Il fut projeté une fois, et en avant-première, mais il sera très prochainement de nouveau à l’affiche du Rex de Châtenay-Malabry (92).

À l’origine, ce sont de véritables lettres de suicide publiées dans la presse américaine à la fin du XIX° siècle qui popularisèrent en quelque sorte l’expression que le réalisateur a choisi comme titre.

La formule est ensuite devenue familière. Elle est présente dans Le Kid de Charlie Chaplin comme dans beaucoup de dessins animés, où d’ailleurs le héros exprime souvent un désespoir exagéré face à des situations anodines et rate systématiquement son suicide. Si bien que la formule a souvent été parodiée, notamment par Les Simpson ou Bob l'Éponge.

Dans leur opéra-rock mythique The Wall (1979) les Pink Floyd lui redonne son premier sens. Goodbye Cruel World  y est une chanson très courte mais d'une forte intensité dramatique annonçant que le héros décide de se couper définitivement du reste de l'humanité. On peut voir dans le costume (et la coiffure) du jeune Otto une évocation de ce contexte même si nous allons vite constater que lui aussi loupe son suicide sans que l’on soit dans une forme de comédie. On peut se demander a posteriori s’il avait l’intention de mourir ou simplement de disparaître.

Rien n’est donné à voir dans la toute première scène d’introduction. La course poursuite est filmée en panoramique dans la nuit noire comme une carte géographique qu’on déploie alors que retentissent les appels à l’aide du garçon qui très vite se tait pour ne pas se faire repérer. Otto est une victime du harcèlement scolaire mais celui-ci restera hors champ. J’ai beaucoup apprécié qu’on en soit dispensé pour se focaliser sur les conséquences.

En nous prévenant que «ce film commence d’une certaine façon par la fin» on nous interdit l’interprétation immédiate et dirige notre pensée. La question n’est plus de chercher à savoir pourquoi il a été harcelé ni par qui exactement. L’heure n’est pas aux règlements de comptes mais à la manière de se reconstruire après un traumatisme.

Paradoxalement, ce sera la douceur qui va le plus imprégner le film. Les cinéphiles reconnaîtront la voix off au timbre et à la prosodie si reconnaissables, tendre et apaisante, qui va régulièrement intervenir en commentaire. Françoise Lebrun est une figure légendaire, notamment célèbre pour son rôle de Veronika dans La Maman et la Putain, ce qui laisse penser que le réalisateur a voulu rendre hommage à la Nouvelle Vague à travers ce premier film.

Le garçon aurait pu décider de laisser une lettre d’explication collective (par exemple à sa mère, à charge pour elle de la transmettre à l’école) puisque chacun des élèves de sa classe de 3ème recevra le même texte mais il choisit de rédiger 52 enveloppes et de les envoyer par la Poste. C’est encore en voix off qu’on en découvre le contenu et la justification, "Parce que la mort c'est juste une fois, et la vie c'est tous les jours…" alors qu’à l’image le collège nous est montré, vide de sa présence.

Il accuse globalement l’ensemble de ses camarades, à l’exception d’une certaine Léna … qui va jouer ensuite un rôle décisif en lui venant en aide. Mais pour le moment Otto part tranquillement, libère son furet dans les bois et saute depuis un pont ferroviaire métallique désaffecté  dans les eaux tourbillonnantes de la Touques, un fleuve côtier qui traverse la ville de Lisieux où se déroulent de nombreuses scènes.

On est surpris de le voir réchapper de cette violente chute et Otto va boiter pendant les premiers jours de sa cavale. À l’instar des Pink Floyd, Otto franchit une frontière entre le monde hostile du collège et le début de sa vie de fantôme. On appréciera la métaphore de se "jeter à l’eau" dans un nouveau monde où il sera compliqué de s’organiser pour survivre, mais différemment.

Nous sommes au tout début de l’automne. La nuit va tomber vers 18 h 30, ce qui va d’ailleurs faciliter sa disparition. Otto apprend sa disparition par la radio et qu’on l’a cherché "partout". Il est contraint de manger des restes dans des poubelles et il m’a semblé que c’était celles de l’hôtel restaurant où travaille Léna, la fille de la propriétaire de l’hôtel de la Basilique.

Léna le reconnait et va lui apporter son aide. Jusqu’à ce que la voix off qualifie la mise en scène de la fugue de « jeu dangereux ». Ce qui ne devait être au départ qu'une farce vengeresse et un appel à l'aide face au harcèlement scolaire pourrait évoluer en un engrenage fatal en échappant au contrôle des adolescents. la fuite devrait-elle devenir définitive ?

Otto réalise l’ampleur de son geste : "Après ce que j'ai fait, je pourrai jamais rentrer chez moi". Léna demeure positive : "Il peut pas se passer que des choses mauvaises. J'y crois pas. Il y a forcément des choses belles qui vont arriver aussi".

Après plusieurs péripéties que je ne raconterais évidemment pas, et quelques incohérences mais acceptables puisque nous sommes dans l’univers du conte, le spectateur est prévenu que la fin n’est pas tout à fait la fin alors qu’Otto reconnait qu’il a voulu devenir quelqu’un d’autre parce qu’il n’arrivait pas à être lui.

Félix de Givry filme superbement la ville de Lisieux (Normandie), un centre ville accidenté (alors que je croyais la région plane) et ses environs jusqu’à Trouville-sur-Mer. Il utilise la symbolique religieuse avec discrétion, avec la présence du parvis de la cathédrale Saint-Pierre et de la Basilique Sainte-Thérèse, cette humble sainte qui ne voulait que "faire le ciel sur la terre".

Il achève son film sur un dénouement suspendu (justifiant que la fin ne soit pas tout à fait la fin) avec un envol de ballons blancs au-dessus des toits, scellant l’abandon de sa vie de fantôme, donnant l’occasion de filmer un joli jeu de cache-cache avec sa mère qui ne le dénonce pas et accepte silencieusement la décision de s'émanciper et de quitter la ville. Espérons qu’il deviendra effectivement quelqu’un d’autre. peut-être un cinéaste puisque Félix de Givry a déclaré en interview combien il s’était inspiré de ses années de collège qu’il a vécues comme un bagne.

Adieu monde cruel a été présenté, hors compétition, en clôture de la Semaine de la critique lors du Festival de Cannes 2026.

À propos des comédiens Jane Beever est une Léna très juste. Otto est Milo Machado-Graner qui a commencé en 2021 dans le rôle du fils du psychiatre, interprété par Frédéric Pierrot, pour la série télévisée, En thérapie, diffusée sur Arte.Puis il incarne Alexandre, aux côtés de son frère Solàn, dans En attendant Bojangles. Deux ans plus tard il est Daniel, le formidable fils malvoyant de Sandra, dans Anatomie d'une chute, Palme d'or de Cannes 2023.

La musique est composée par Arnaud Toulon, qui retrouve Félix de Givry après Arco (2025), film d’animation d’Ugo Bienvenu, qui obtint le César 2026 dans sa catégorie. Félix de Givry en était co-scénariste et producteur et Ugo est producteur d’Adieu monde cruel.

Adieu monde cruel de Félix de Givry
Scénario : Félix de Givry et Marie-Stéphane Imbert
Musique originale : Arnaud Toulon
Avec Milo Machado-Graner, Jane Beever, Françoise Lebrun (la narratrice), Emmanuelle Destremau, Maïa Sandoz, Erwan Kepoa Falé …

Film de clôture de la Semaine de la Critique 2026

lundi 7 septembre 2026

Le musée de la Toile de Jouy met en valeur le travail d’Amédée Couder

J'ai visité Le Musée de la Toile de Jouy il y a trois ans à la suite de laquelle j'ai publié un article très complet sur, d'une part, l'exposition capsule Paul et Virginie et sur celle qui était intitulée Motifs d'artistes, et sur le parcours historique du musée reprenant tout le processus de fabrication.

Je reviendrai en fin d'article sur l'éblouissant parcours de Christophe-Philippe Oberkampf dont Daniela Ortenzi-Quint, élue depuis 2014 et aujourd'hui première adjointe au maire de Jouy-en-Josas, nous a retracé la biographie dans les grandes lignes.

L'essentiel de cette publication est consacré à un des designers mis en valeur dans Motifs d'artistes, Amédée Couder (1800-1864) auquel une exposition spécifique est consacrée en ce moment, Amédée Couder, dessinateur pour étoffes. Aux sources du design textile au 19e siècle .

Elle met en lumière le travail de dessinateur qu'il a effectué pour les manufactures d’impression textile et notamment pour celle de Jouy au début du 19e siècle. A l’aune de l’essor industriel de la France, l’artiste est ainsi connu pour avoir transposé les motifs tissés de palmettes et boteh des châles cachemires, très à la mode au 19e siècle, pour l’impression sur étoffes, ce qui prouve qu'on aurait tort de restreindre la Toile de Jouy aux toiles de scènes à personnages.

Certes, elles l'ont rendue célèbre, mais qui n’ont représenté qu’une toute petite part de sa production estimée à plus de 30 000 motifs, pour l'essentiel floraux ou géométriques (créés durant la période d'activité de la manufacture Oberkampf entre 1760 et 1843), même si le musée lui aussi leur consacre la priorité comme en témoignent les motifs sur les parasols, la vaisselle et le mobilier de jardin (édité par Les Gambettes).

L’affiche est une métaphore très réussie pour dire combien le dessin est à l’origine de la création textile, ici le cachemire, mais c’est vrai pour tous les styles.

Le motif cachemire fut la spécialité de Couder. Il tire son nom d'étoffes produites dès le XV° en Inde et Perse (actuelle Iran) à partir de fibres cachemire (race de chèvre de la région) portées à la fois par les hommes en turban et drapé par les femmes. La mode s'est répandu en Angleterre (qui domine l'Inde) puis en France sous l'impulsion de l'impératrice Joséphine.

L'exposition retrace le parcours d'un des premiers représentants du métier de designer textile qui, de dessinateur industriel va devenir indépendant en fondant un cabinet de création de motifs destinés à l’industrie et aux manufactures textiles et décoratives, où travaillaient de nombreux artistes. Il aura été le premier à être cité dans la presse en 1823 et exercera ses talents dans le textile mais aussi le tissage et l'orfèvrerie.

Sept ans plus tard il a embauché une centaine d'élèves qui deviendront des ouvriers, des collègues et dont certains n'hésiteront pas à le plagier. Voilà sans doute pourquoi il mourra dans la misère, rattrapé par ses concurrents, pour la plupart des anciens élèves. mais il aura planté les premiers jalons du design textile industriel.

Le premier châle qui est présenté est un Châle Ispahan, 1834, Textile (soie et laine cachemire tissées) de la Manufacture Gaussen Aine et cie. Il a été dessiné par Couder juste après la création de son atelier de dessin pour les manufactures marquant le développement de sa carrière. Il le propulse sur le devant de la scène, dès son exposition en 1834, en raison de son iconographie originale qui lance une mode appelée "châle Renaissance".
Couder a puisé son inspiration dans des manuscrits illuminés persans consultés à la Bibliothèque Royale pour rompre avec le décor traditionnel de boteh (palme) des châles cachemire. Il crée une composition inédite faite de motifs architecturaux (minarets, tours à coupole) et de riches parterres floraux stylisés et colorés, ainsi que de lettres arabes. Ce châle porte ainsi le nom de l'ancienne capitale de la Perse (actuel Iran) : Ispahan. La signature de l'artiste n'est cependant pas facile à repérer.
A côté, un dessin réduit d'un châle brodé en cachemire, antérieur à1823, exécuté à la plume, la gouache et le crayon de papier et appartenant au Musée des Arts et Métiers, témoigne de la finesse de création. On remarque que les motifs floraux sont stylisés sous la forme de motifs de beauté qu'on désignera en France sous le nom de palmette et qui évoluera avec le temps vers davantage de complexité.
L'exposition Motifs d'artistes présentait déjà ce Châle carré à double pointe en soie et laine de cachemire tissées, attribué à Amédée Couder, de la Manufacture Lagorce fondée par le fabricant Jean-César Lagorce (1786-1820) auquel le jeune Amédée (dont le frère était peintre d'histoires), formé par son père au dessin des broderies dès l'âge de dix ans, avait vendu son premier dessin de châle en 1810Son attribution à Couder repose sur l'analyse de son décor et des formes serpentines de la palme, au moment où les fabricants cherchent à se détacher des formes indiennes. 

dimanche 6 septembre 2026

Un jour sans femme de Laetitia Colombani

L’Iconoclaste serait-il en voie de devenir un éditeur féministe? Plusieurs de ses dernières publications éclairent la cause des femmes. Après La bonne mère, je me suis plongée dans Un jour sans femme.
Islande. À la mort de sa meilleure amie, tuée par son compagnon, Katla se lance un défi inédit : organiser une grève des femmes dans le monde entier, pour dénoncer les violences et les inégalités.
Au Japon. Michiko, jeune salariée enceinte, est harcelée par son patron.
Au Salvador. Ana María, ouvrière à l'usine, se bat pour sa fille, condamnée à trente ans de prison pour suspicion d'avortement et lutte contre l’injustice sociale.
Au Sénégal. Hawa, urgentiste, tente de sauver une enfant victime d'excision quand le trauma de son passé ressurgit.
Ces femmes ne se connaissent pas, mais toutes vont décider un jour de dire non.
Elles ne sont que quatre mais on a le sentiment d'en entendre des centaines, et bien davantage à la fin.

Laetitia Colombani s’est inspirée de la grève des femmes qui a eu lieu en Islande le 24 octobre 1975. Ce jour-là, neuf islandaises sur dix se sont arrêtées de travailler dans les usines, au bureau et à la maison. Elles ont réussi un tour de force qui a changé les lois et la vie politique de leur pays. Ainsi l’Islande a voté une loi instaurant en 2017 une parfaite égalité des salaires entre hommes et femmes et les entreprises qui l’appliquent à la lettre ont de meilleures performances. 

Ensuite c’est une femme qui, pour la première fois au monde, a été démocratiquement élue au suffrage universel direct. Vigdís Finnbogadóttir a marqué l'histoire mondiale. Elle fut présidente de 1980 à 1996. Ce ne fut pas un épiphénomène puisque c’est une autre femme, Halla Tómasdóttir, qui est à la tête de ce pays depuis 2024.

Ce roman est passionnant déjà sur le plan sociopolitique, s'appuyant sur des faits réels qui sont souvent glaçants. Les conditions de travail au Salvador sont épouvantables. Elles le sont aussi à l’autre bout du monde, au Japon, et particulièrement pour les femmes enceintes, honteuses de l’être parce que la grossesse impacte négativement la productivité de leur entreprise. Du coup, porter le badge rose et blanc des femmes enceintes peut aussi bien leur faciliter la vie qu’être perçu comme digne de vanité. La condition de la femme semble paradoxale dans ce pays où l’ambition d’une fille passe pour de l’arrogance.

Si le propos de Laetitia Colombani est ouvertement féministe il n’oppose pas les unes contre les autres. Le roman traite de condition humaine, au sens large, et cherche à démontrer que tout le monde sortira grandi par l’égalité. Beaucoup d’hommes y apparaissent d'ailleurs avec de fortes qualités. On va réaliser que chaque femme peut trouver du soutien auprès d'un homme et que celui-ci la respecte.

En alternant les voix des quatre héroïnes principales ce roman choral, traversé par plusieurs drames, témoigne aussi de la puissance des solidarités invisibles, en démontrant qu'une seule journée peut suffire à faire basculer l’Histoire.

La lecture de ce livre est donc essentielle. Comme le dit la jeune islandaise : Celui qui veut trouve un moyen. Celui qui ne veut pas trouve une excuse (p. 24).

Réalisatrice, scénariste et romancière, Laetitia Colombani a été révélée en 2017 avec La Tresse, succès mondial traduit en plus de quarante langues. Elle propose une écriture accessible et engagée, attentive aux destins de femmes. Avec Les Victorieuses puis Le Cerf-volant, elle a confirmé son goût pour les récits de femmes qui se relèvent et prennent leur destin en mains. Puisse-t-elle avoir vertu d'exemple !

Un jour sans femme de Laetitia Colombani, L'Iconoclaste, en librairie depuis le 7 mai 2026

samedi 5 septembre 2026

Quelques mots d'amour, second film réalisé par Rudi Rosenberg

C'est Quelques mots d'amour, le second film réalisé par Rudi Rosenberg, dont c'est le deuxième long métrage, et qui a été présenté dans la section "Un certain regard" au Festival de Cannes 2026, qui a été choisi pour la soirée d'ouverture du festival Paysages de cinéastes dont le thème de la 24 ème édition est l'adolescence.
Sarcelles, 1995. Erika fait de son mieux pour élever seule ses deux enfants mais la quête obsessionnelle de son aînée Abigaëlle pour retrouver son père va bouleverser tout l'équilibre de la famille.
La gamine se persuade que son père, qu’elle n’a jamais connu, l’aime en silence quelque part. Lorsqu’elle se met en tête de le retrouver, Erika se sent obligée de l’aider, tout en cherchant à la protéger.
En grandissant, la quête d’Abigaëlle se transforme en obsession, entraînant avec elle sa mère, sa meilleure amie, et tout son entourage.
La première scène est troublante car on connait la voix singulière et rocailleuse de la gardienne d'immeuble sans pour autant reconnaitre son visage. C'est Liliane Rovère, (la célèbre Arlette Azémar de la série Dix pour cent) qui nous offre un caméo vocal. On aperçoit la silhouette du père à une fenêtre, confirmant que son existence n'est pas un fantasme. Son refus d'accepter tout contact avec son ancienne compagne (Hafsia Herzi) et la fille qu'ils ont eu ensemble est malheureusement très net mais totalement inacceptable par l'enfant.

Erika a toujours su qu'il ne souhaitait pas de cette paternité et accepte la situation. Abi ne peut y croire. Elle est même persuadée que sa mère cherche à l'écarter de son père. La petite fille (Ella Bedoucha pour le rôle à 7 ans) est touchante de spontanéité et d'authenticité, en particulier lorsqu'elle lui écrit, tout autant que sa copine qui après l'avoir lue lui promet "Ton père va te donner une chance".

Bien qu'il comprenne l'importance de cette quête pour la gamine, le spectateur est totalement du côté de cette maman célibataire qui fait de son mieux pour soutenir sa fille tout en essayant de lui faire entendre raison. C'est la meilleure mère possible, s’efforçant de maintenir le cap et l’autorité avec beaucoup d'empathie est de compréhension. A tel point qu'elle cède devant le désir d'Abi d'adopter un chien trouvé dans la rue, malgré les complications que cette arrivée va causer.

Elle va jusqu'à solliciter les conseils d'un psy qui, plein de bon sens, lui répondra : montrez lui que vous êtes de son côté.

Avec un tel sujet, qui doit concerner une large audience, Rudi Rosenberg aurait pu construire un film hyper sérieux, triste, voire pathétique. Mais le rire permet de faire craquer des barrières. Le réalisateur insuffle du sourire dans presque chaque scène. On sourit aussi en entendant résonner la comédie musicale Les Dix Commandements que le jeune garçon écoute à plein tube. Le personnage du psy est totalement "insensé", recevant ses patients dans une pièce qui ne garantit pas l'intimité minimale. Mais ce qu'il dit est néanmoins juste.

Il y a des retournements de situation inattendus, notamment avec le chien qui nous fera verser une larme. Vous les découvrirez par vous-même. Et vous comprendrez qu'à défaut de mots on pourra peut-être recevoir des preuves.

Il faut signaler un casting plus vrai que nature, auprès des habitants de Sarcelles. Hafsia Herzi est la seule comédienne professionnelle, ce qui confère au film un aspect presque documentaire. Sa patience (elle aussi a commencé sans avoir fait d'école) et son immense professionnalisme (y compris dans la direction d'acteurs puisqu'elle est elle-même une excellente réalisatrice) a sans doute permis la justesse de jeu des enfants, Aïdan Djouadi et Mateo Danila pour interpréter son fils Yoni à 5 et 12 ans, Charlie Lugassy et Eden Sarfati pour Chloé, l'amie d'enfance de sa fille à 7 et 14 ans et bien entendu Nour Salam qui est Abigaëlle à 14 ans, et qui est elle aussi une petite exception car elle était déjà en agence, mais sans avoir une forte expérience.

Quand on sait qu'il est interdit de faire tourner les enfants à de multiples reprises et que donc Hafsia a interprété plusieurs scènes en donnant la réplique à une personne imaginaire ou un assistant on ne peut que saluer son travail car rien ne laisse supposer de telles contraintes de jeu.

Le film est un bijou de pudeur, de tendresse et de naturel. Il est autant sensible que personnel. Nul doute que Rudi Rosenberg est un cinéaste à suivre. Carline Diallo, la déléguée générale du festival, ne pouvait pas mieux choisir pour la soirée d'ouverture de cette édition consacrée à l'adolescence.

L’an dernier nous avions découvert, dans un genre semblable, Des preuves d’amour, qui avait intégré la compétition longs-métrages.

Quelques mots d'amour, réalisé par Rudi Rosenberg
Scénario : Rudi Rosenberg en collaboration avec Bruno Tracq
Avec Hafsia Herzi, Nour Salam, Ella Bedoucha, Aïdan Djouadi, Mateo Danila, Charlie Lugassy, Eden Sarfati  …
Sortie nationale 28 octobre 2026

Les critiques des films en compétition seront publiées un peu avant la date de leur sortie nationale mais le bilan de l'édition (prévu dans une semaine) les évoquera bien entendu. 

vendredi 4 septembre 2026

Hemingway de Pascale Moine-Frémy

J’ai beaucoup aimé le portrait qu’une femme nous propose d’Hemingway. Le texte dit l’essentiel et offre des possibilités de jeu qui révèlent l’ampleur de la palette du comédien. Bien qu’il s’agisse d’un seul-en-scène, Pascale Moine-Frémy n’a pas lésiné sur le nombre de personnages et Jérome Paquatte les interprète tous brillamment.

La prouesse n’est peut-être pas tant d’être un Ernest Hemingway (1899-1961) tout à fait crédible (il en a la stature et la similarité physique est surprenante) mais de faire vivre à lui tout seul  chacun des autres personnages en jouant seulement sur la voix et l’attitude sans avoir recours à un costume ou un accessoire, y compris pour les personnages féminins, allant jusqu’à les faire interagir à travers des dialogues.

Le déroulé ne suit pas systématiquement l’ordre chronologique, ce qui rend l’exercice plus vivant en permettant de relier les faits entre eux et de construire une logique à un parcours de vie hors du commun. 

Quand nous nous installons sur les gradins, nous sommes accueillis par le roulis des vagues qui scande le cliquetis de la vieille machine à écrire. Le son a toute son importance et bientôt la musiques va tenir une place importante. Le décor est sans surprise mais il fonctionne à la perfection. Tous les marqueurs y sont : pergola avec claustra et voilages, du mobilier en bambou, flacon d’alcool, téléphone, machine à écrire ancienne … jusqu’à une canne à pêche au gros. 
Nous sommes à Cuba en 1954 quand le grand homme apprend qu’il est lauréat du prix Nobel de littérature et qu’il nous invite à louer l’homme capable d’écrire 40 fins différentes du Vieil homme et la mer pour n’en garder que la meilleure. On apprendra plus tard qu’il aurait pu mourir noyé (la 27 ème issue).

Le célèbre morceau, Ay mi Cuba, de Berny More, achève de nous mettre dans l’ambiance. Les autres musiques seront les tubes de l'époque : Louis Armstrong, Miles Davis, Ibrahim Ferrer, Omara Portuonda, Maurice Chevalier. Quel plaisir en particulier d’entendre la très belle chanson écrite en en 1947 par le compositeur cubain Osvaldo Farrés : siempre que te pregunto que como cuando, siempre me responde quizas, quizas, quizas …

Je suis un inventeur d’histoires. La fiction est plus flamboyante que la réalité. Il répétera plusieurs fois son mode opératoire au cours de la soirée. "Ecrire pour vivre mieux, plus fort, en fictionnant son existence". Pour le moment il joue une scène de son best-seller, imposant une lutte entre l’homme et l’animal, mimant les protestations du pêcheur et le coupant en revendiquant son statut d’auteur pour avoir le dernier mot en se moquant, j’aurais pu te choisir l’espadon

C’est la sublime musique de Miles Davis - Sketches of Spain qui nous enveloppe dans une lumière bleue. Elle est un peu postérieure à l’époque puisqu’elle a été composée en 1960 mais l’arrangeur, Gil Evans, s’est directement inspiré du Concierto de Aranjuez, une œuvre classique composée par Joaquín Rodrigo en 1939 grâce à son amie et compagne de l'époque, l'actrice Beverly Bentley. Le second mouvement de ce concerto est devenu la pièce maîtresse et le point de départ de l'album et nous l’entendrons à d’autres moments.

Sa mère intervient régulièrement; Elle le prévient que "la vie est une lutte tragique, perdue d’avance". Les faits lui donneront raison. Mais pour le moment on ressent combien les relations entre sa mère et lui sont tendues. J’écris pour passer ma colère … qui vient de toi, une culpabilité que je traine à cause de toi !

Il aurait été impensable de faire l’impasse sur l’alcoolisme de l’écrivain. L’autrice l’évoque avec humour : Quand je bois du vin je suis français, du rhum je suis cubain, de la bière je dois être irlandais. Il nous donne sa recette précise du Daïquiri (à ne consommer qu’avec modération) : 2 doses et demi de Bacardi, 2 jus de citron vert, le jus d’1/2 pamplemousse et 6 gouttes de marasquin, qui en serait l’ingrédient secret. Il double les doses, justifiant le surnom de Papa Doble, donné à ce cocktail, et s’emmêle un peu en comptabilisant le nombre de verres bus la veille, estimé à 32. Plus tard il nous parlera de Fitzgerald, son pote de beuverie.

On le devine un peu paranoïaque quand le téléphone sonne, lui faisant craindre un appel du FBI. Ce n’est "que" son banquier lui laissant le choix entre la vente de son voilier ou d’un tableau de Miro pour éponger ses dettes.

Chicago 1920. Le voilà prenant des notes dans un bar où il reçoit aussi son courrier alors que résonne la trompette de Duke (Ellington) quand il tombe face à face avec un certain Alphonse … Capone, comptable. La conversation exerce un effet dopant sur sa détermination à écrire.

L’homme a des valeurs. Pour coucher il faut épouser alors il se mariera 4 fois. Ses épouses l’aideront aussi. A écrire, à relire, à dactylographier. Mais nous voici en août 44 quand Hemingway le journaliste libère Paris et retrouve les héros du moment… qui tous entonnent Le chant des partisans). Il célèbre Paris martyrisé et sans aller jusqu’à la glorifier il nous dit aimer la guerre parce qu’elle oblige à se surpasser.

Il raconte les moments passés avec le photographe Robert Capa (1913-1954) en Espagne où il était correspondant de guerre. On le retrouve place de la Concorde dans l’ambiance de fête de la Libération, toujours prêt à déboucher une bouteille : "Je vénère la vie en buvant. Allons place Vendôme libérer la cave du Ritz. Il doit rester quelque chose de ses 140 000 bouteilles". L’ambiance est joyeuse, illustrée par la musique typique des années folles.

On apprendra qu’il écrivait les lettres d’amour de Miro à la Closerie des lilas et que l’artiste le payait en tableaux, ce qui explique comment il a pu acquérir de telles oeuvres. Mais le bonheur est de courte durée. Son grand ami Robert Capa est mort sur une mine en Indochine. Il écrira en son hommage une fiction inspirée de la guerre civile espagnole dont le héros porte le même prénom. On y retrouve des scènes inspirées des photographies de Capa prises pendant le conflit républicain pour retranscrire avec un réalisme saisissant l'atmosphère des maquis, la dureté des combats et les visages des soldats espagnols.

La guerre est un sujet récurrent. Mais surtout l’écriture et dans un flash-back savoureux le voici en 1924 se glissant dans la peau de la célèbre collectionneuse d'art Gertrude Stein lui prodiguant une leçon en compagnie de la libraire et éditrice américaine Sylvia Beach (fondatrice de la célèbre librairie parisienne Shakespeare and Company). : Ton écriture est invendable. Inspire-toi de Chanel. Fais pareil avec les mots.

Est-ce à elles qu’il doit d’être arrivé -en littérature- à la plus grande sobriété ? Lisez, déclamez, vous comprendrez, suggère-t-il à un jeune journaliste venu l’interviewer à l’occasion du Nobel.

Ernest Hemingway n’est pas que le héros qui traversa les champs de bataille ou qui fut couronné à Stockholm ni un être affectionnant les excès en tous genres. C’est aussi un homme qui a effectué deux séjours en hôpital psychiatrique et subi des séances d'électrochocs nous le montrant sous un jour extrêmement touchant. Il a été rattrapé par un mauvais capital génétique, dont la démence était la conséquence d’une maladie héréditaire qui le conduisit à se donner la mort à Ketchum (USA) en 1961 alors même qu’il voulait vivre à tout prix.

J’ai une certaine appétence pour les biopics … quand ils sont bien faits et celui que propose Pascale Moine-Frémy est particulièrement juste quoique librement inspiré de la vie d’Ernest Hemingway. La pièce (éditée chez L’Harmattan) a été crée en juillet 2025 pendant le festival d’Avignon. L’été 2026 elle a subi quelques ajustements et la mise en scène fort intelligente d’Elie Rapp, dont il faut saluer que c’est sa première mise en scène d’un seul-en-scène. Le succès a permis de la présenter sur une scène parisienne, en l’occurrence le Lucernaire.

Jérome Paquatte nous en aura donné un portrait très émouvant, joué tout en nuances, et qui donne, évidemment, envie de relire son oeuvre en étant plus attentif aux détails.
Hemingway de Pascale Moine-Frémy
Mise en scène Élie Rapp
Avec Jérome Paquatte
Lumière Dan Imbert
Au Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris
Du 2 septembre au 8 novembre 2026
Du Mercredi au samedi à 21 h, Dimanche 17 h 30
À partir de 10 ans

jeudi 3 septembre 2026

Le cas Dominique de Françoise Dolto, adapté et mis en scène par Nathalie Boutefeu

Quiconque s’intéresse à la psychanalyse et/ou aux enfants, a entendu parler du Cas Dominique que Françoise Dolto a publié en 1985 (Ed. du Seuil, Points). Un cas d'école puisque la cure n'aura duré que 12 séances.

Cependant le travail d'adaptation de Nathalie Boutefeu, très respectueux du texte d'origine, rend la pièce de théâtre tout à fait accessible à chacun. Je suis allée la voir au Théâtre du Chariot, un lieu administré par un collectif d'artistes et qui présente sa troisième saison.

On y est bien accueilli avec la promesse de nous étonner. En effet, en l'occurrence pour ce spectacle, si le fond est bien entendu fort intéressant la forme ne l'est pas moins.

Le choix du décor se concentre sur la pièce inspirée de celle où la célèbre psychanalyste recevait les enfants. On y voit un bureau, des jeux, un téléphone. A jardin une chaise symbolise la salle d'attente. Les murs noirs deviennent parfois des espaces où Dominique pourra dessiner. On le verra aussi régulièrement modeler, ce qui apporte une dimension complémentaire aux paroles. Les costumes s'inscrivent dans l'époque des années 60 en toute simplicité. On retrouve aussi Dolto avec sa célèbre blouse et de gros colliers.
Dominique a 14 ans quand sa mère confie à Françoise Dolto le soin de "son enfant fou". Sur le plateau, nous suivons pas à pas ces échanges, laissant apparaître une enquête sensible, un dialogue tour à tour obscur, incompréhensible, poétique, puis clair, évident révélant l’histoire d’une famille profondément dysfonctionnelle dont Dominique cristallise toutes les folies.
Le verdict de Françoise Dolto tombe dès la première séance : Cet enfant n'est pas débile mais psychotique annonce-t-elle à la mère qui ne semble pas vraiment comprendre. L'adaptatrice est parvenue à respecter des termes adéquats sans perdre le spectateur en explications trop techniques. On n'entendra pas, et ce n'est qu'un exemple, que  les enfants "sont soumis à la fois à des pulsions sexuelles saines et à l’absence d’une castration structurante venue de leurs parents en réponse à leur appel demeuré incompris" (p. 179 du texte d'origine).

Mais on comprendra comment la thérapeute traque la vérité cachée grâce au "fil des associations du langage parlé" (p. 200) quitte à ce qu'un lapsus inopiné se glisse entre les dialogues par inadvertance, sans doute en raison de la concentration des comédiens, obnubilés par le désir de bien faire.

Il faut dire qu'ils parviennent à être plus vrais que vrai. Nathalie Boutefeu est cette mère d'apparence coincée, incrustée dans le déni, que l'on devine très vite incestueuse. Ses apparitions sont brèves et son interprétation est fort juste. Bernadette Le Saché, qui est une comédienne très connue, parvient immédiatement à faire oublier ses rôles précédents pour être Dolto, telle qu'on en a conservé l'image, et on comprend que sans elle la pièce n'existerait pas. Elle parvient admirablement à restituer l'approche de Dolto à la fois intuitive et savante. N'oublions pas que si la psychanalyse pour enfants est née en 1920, notamment grâce aux travaux d'Anna Freud, elle est encore très "jeune" en France dans les années 60.

Quant à Lucas Bottini il incarne un Dominique (prénom épicène au demeurant) auquel on croit totalement, faisant évoluer son personnage au fil de la cure. Le trio est remarquable.

Aucun reproche à faire à la mise en scène qui installe une atmosphère d'écoute propice à la compréhension des tensions. La présence du père intervient par le biais de conversations téléphoniques (on aura reconnu avec plaisir la voix de Mathieu Amalric) qui permettent de préserver le peu de positif possible avec lui, bien qu'il soit le premier responsable de l'arrêt des séances.

Nathalie Boutefeu signe un spectacle d'une grande intelligence, probablement nourri de sa propre expérience car elle se souvient d'un oncle schizophrénique qui hélas n'a pas eu la chance de rentrer Françoise Dolto. On comprend que sa découverte du Cas Dominique a alimenté son désir d'en faire une adaptation. Tout y est limpide sans qu'on puisse soupçonner un travail qui aura (au moins) nécessité trois ans.

On vit un beau moment de théâtre qui en outre résonne avec force dans l'attention portée aux situations de maltraitance infantiles hélas trop fréquentes.
Le cas Dominique de Françoise Dolto
Adaptation et mise en scène Nathalie Boutefeu
Avec Lucas Bottini, Nathalie Boutefeu, Bernadette Le Saché
Au Théâtre du Chariot
77 Rue de Montreuil, 75011 Paris
Du 3 au 27 Septembre 2026
Du jeudi au dimanche à 19 heures
Tous publics à partir de 14 ans

mercredi 2 septembre 2026

Le Schpountz, mis en scène par Delphine Depardieu et Arthur Cachia

Il y a deux ans, Arthur Cachia nous bouleversait par son interprétation dans Naïs de Marcel Pagnol. Alors quand j’ai su qu’il jouerait le Schpountz et qu’il mettrait en scène la pièce, avec Delphine Depardieu j’ai voulu me précipiter mais je n’ai pas réussi à caser le spectacle dans mon emploi du temps en juin dernier dans le cadre du Mois Molière et encore moins pendant le festival d’Avignon (où je ne suis ps allée).

J’étais par contre au Lucernaire le soir de la première parisienne et j’ai été conquise. Décidément lui et son équipe sont vraiment faits pour monter cet auteur. Et ça tombe bien puisque sa compagnie, qui s’est créée en 2024 à Marseille autour du Festival A la Bonne Mère, s’est fixé l’objectif de proposer chaque année une pièce de Marcel Pagnol. Naïs fut la première et ils poursuivent avec Le Schpountz, rarement montée au théâtre et qui est pourtant sans aucun doute l’oeuvre la plus représentative de Pagnol.

Le résumé présente le personnage principal, Irénée, comme étant un modeste garçon épicier travaillant dans la boutique de son oncle dans les environs de Marseille. Nous comprendrons vite qu’il ne s’investit pas vraiment dans le commerce et que, s’il est de condition modeste, il a beaucoup d’ambition, étant persuadé d’être prédestiné pour devenir une très grande vedette de cinéma et par là-même de réussir à faire fortune.

Le hasard semble lui donner raison quand il rencontre une équipe de cinéastes venue dans la région pour des repérages. On les découvre méprisants et prêts à rire du rêve d’Irénée. On dirait aujourd’hui qu’il vont en faire leur tête de turc, le menant en bateau jusqu’à lui signer un faux contrat de comédien. Seule la scripte tente de le mettre en garde mais rien ne peut lui ôter l’idée de la tête qu’il tient sa chance. Pas davantage les avertissements de ses proches. Il monte à Paris et se présente aux studios.

Arthur Cachia incarne un garçon plus maladroit qu’arrogant, plus téméraire qu’orgueilleux. Il campe un personnage touchant dont on admire le courage lorsqu’il comprend qu’on s’est moqué de lui. Il n’est pas si Schpountz qu’il en a l’air puisque tout finira comme dans le meilleur des contes de fée.

Dans la pièce plusieurs sont victimes d’une opinion caricaturale. L’oncle épicier semble intransigeant, clamant qu’il faut travailler pour vivre à un neveu qui n’est pas seulement bon à rien mais mauvais en tout. Ils sont aussi têtus l’un que l’autre, aucun ne voulant démordre de son a priori.

Irénée découvrant l’ampleur de la supercherie aura un sursaut d’amour propre, se défendant, moi j’ai pas marché une seconde.

La pièce de Pagnol tord le cou à de nombreux a priori. A commencer sur le monde du cinéma qui ne semble pas offrir de carrière sérieuse. C’est une leçon de vie car Irénée fera preuve de courage, de ténacité et d’intelligence dans son poste d’accessoiriste. C’est enfin une très belle histoire d’amour et un regard tendre sur les valeurs familiales.

Cette fable est aussi une sorte de réhabilitation de l’image du comique (jusque là dénigré au profit de l’acteur de tragédie), en général, érigeant l’art de faire rire en vertu.

C’est aussi l’occasion d’interpréter un rôle difficile mais ô combien merveilleux, celui du Schpountz et il faut bien du talent pour dire Tout condamné à mort aura la tête tranchée de tant de façons différentes … à l’instar de Cyrano dans la tirade des nez.

Les répliques suffisent à notre bonheur. Nul besoin d’en "rajouter" avec des décors compliqués. C’est le parti-pris choisi par les deux metteurs en scène et c’est parfait. La distribution est idéale. Arthur Cachia est un Schpountz Encore plus réussi que le créateur du rôle, Fernandel. Les cinq autres comédiens se glissent habilement dans les douze autres personnages.

Chaque entrée de Patrick Chayriguès apporte une nouvelle surprise. Axel Blind semble pouvoir tout jouer. On comprend qu’il enseigne le théâtre et que Delphine Depardieu ait fondé en 2023 avec lui (Charles Bonnier et Arnaud Dernis) l'Académie Aparté (Académie professionnelle des arts pour le rayonnement du théâtre et de l'enseignement), une école de formation aux métiers de l'acteur.

Récompensée à juste titre la même année d’un Molière et du Prix du brigadier pour son rôle dans Les Liaisons dangereuses, elle signe sa première mise en scène et il faut espérer que beaucoup d’autres suivront.

La (mauvaise) blague aurait pu s’achever sur un drame comme tant d’autres situations de harcèlement. La tendresse s’infiltre dans le scénario avec le personnage empathique de la scripte interprétée avec finesse par Milena Marinelli (qui nous fait aussi la démonstration qu’elle peut endosser le rôle de la starlette).
Le rythme ne faiblit pas. Les émotions non plus, suscitant l’enthousiasme des spectateurs qui redécouvrent un grand classique immortalisé au cinéma, dépoussiéré et toujours d’actualité en terme de leçon de vie.

Comme le rappelle Sylvain Chomet dans son film Marcel et Monsieur Pagnol, c’est sur le tournage d’Angèle que Marcel Pagnol eut l’idée d’utiliser une anecdote réelle pour faire un nouveau film. Et pour ceux qui voudraient percer le mystère de l’origine du terme, il aurait été imaginé par son directeur de la photographie. D'origine ukrainienne, et connaissait la langue allemande il se serait inspiré du mot Spund, signifiant "bouchon" et par extension, "enfant" ou "homme simplet", facile à embobiner.. 
Le Schpountz de Marcel Pagnol
Adaptation d’Arthur Cachia
Mise en scène par Delphine Depardieu & Arthur Cachia
Avec : Arthur Cachia, Axel Blind, Milena Marinelli, Simon Gabillet, Jean-Benoît Souilh, Patrick Chayriguès
Costumes : Marion François
Lumières : Didier Brun
Musique et Son : Polérik Rouvière.
Au Lucernaire du 2 septembre au 10 janvier 2027
Du mercredi au samedi 19 h, dimanche 16 h

mardi 1 septembre 2026

Prélude de Pan lu par Maxime Lombard

On nous avait annoncé Prélude de Pan comme une lecture mais ce fut bien davantage. Maxime Lombard connait le texte par coeur (comme les trois autres nouvelles qui composent Solitude de la Pitié, publiées en 1932) et ne le tient à la main qu’en soutien.

Stéphanie Tesson, directrice du Théâtre Poche Montparnasse, est à l’origine de cette aventure. Ensemble ils ont parcouru les textes de jean Giono pour finalemetn retenir celui là, pour son côté fantastique, mais aussi parce que la nouvelle permet d’interpréter les différentes péripéties imaginées par l’écrivain.

Certes, la mise en scène est davantage une mise en espace (d’ailleurs personne ne s’en arroge la paternité) mais l’interprétation prime. Quand on est dans l’univers du conte, nul besoin d’artifice pour faire exister les personnages.

La musique de l’accordéon d’ Olivier Depoix  se superpose sur le chant des cigales à mesure de l’entrée des spectateurs qui sont en quelque sorte conviés à prendre place dans un café, quelque part en Provence.

Trois tables de bistrot, des chaises anciennes, vert céladon ou oranges, peinture écaillée, une guirlande lumineuse, un pichet, quelques verres. Maxime trinque avec son ami Gérard Bonnet, venu en voisin, et dont la présence symbolise toute une assemblée.

Jean Giono a écrit à partir de ses souvenirs d'enfance à Manosque au début du XX° siècle et Maxime Lombard a eu la chance de l’entendre dans le café de son grand-père. Son interprétation est naturelle et son accent provençal participe à l’ambiance.

Evidemment les mots sont magnifiques, écrits par la plume d’un poète qui savait merveilleusement restituer l’atmosphère un peu oppressante des fêtes de village quand l’alcool et la chaleur, faisant tourner les têtes, permettait d’oser régler ses comptes.

Cette époque a ceci de commun avec la nôtre que la météo est une source constante d’inquiétude. On craignait un orage le soir de la fête votive. On se méfiait, mais allez donc arrêter l’eau … interroge le conteur qui décrit le souffle du vent et le ciel obscurci de nuages pesant sur l’assemblée comme une main. 
Le comédien peut bien sourire. On comprend qu’il évoque un mystérieux perturbateur qui a décidé de mettre en garde les convives sur la nécessité de respecter la nature, en l’occurrence ici les animaux qui sont des êtres vivants et surtout pas des souffre-douleurs. Il le fait par le biais d’une fable dans laquelle un bûcheron, par jeu, maltraite une colombe. Pour le punir, l’homme qui sait parler le langage des colombes à un oiseau qui lui répond de sa voix tristesèmera le désordre, l’excès et le chaos, transformant la traditionnelle et joyeuse fête du village en une orgie obscène qui exaltera les instincts bestiaux des hommes.

Si le titre de la nouvelle fait référence à Pan, le fils d’Hermès, c’est parce qu’il est le dieu grec de la nature, de la chasse et de la musique, ainsi que le protecteur des pâturages, des bergers et des troupeaux. Il était donc logique de le choisir pour rendre justice à une colombe maltraitée, qui plus est symbole de la paix et qui, naturellement est présente sur la très belle affiche du spectacle.
Pan est capable d’une colère effroyable, susceptible de provoquer la "panique" pour désigner une terreur soudaine et irrationnelle. Et c’est bien ce qui nous est décrit ce soir là.

Et comme un bonheur n’est jamais seul, une seconde lecture nous fut offerte, Jofroi de la Maussan, tirée du même recueil, Solitude de la pitié, publié en 1932 aux Editions Gallimard. mais il est plausible que lundi prochain ce sera un autre texte en seconde position.

Jean Giono avait l’habitude de réunir famille et amis pour des lectures de ses textes. Maxime Lombard fait revivre ce rituel, où l’écriture, portée par l’accent du pays se fait musique, tout en offrant un conte d’avertissement qui résonne avec les préoccupations écologiques contemporaines alors que l’accordéon présent tout au long du récit, joue un air traditionnel de tarentelle.
Prélude de Pan de Jean  Giono (in Solitude de la Pitié, 1932, Éditions Gallimard)
Lecture interprétée par Maxime Lombard
Création musicale et accordéon : Olivier Depoix 
Lumières : Dorian Mjahed-Lucas
Photographies : Sébastien Toubon
Du 31 août 2026 au 2 novembre 2026
Le lundi, le lundi seulement à 21 heures
Au Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse - 75006 Paris

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