Il s'agit d'un premier long métrage en solo après un court métrage Lili, toute seule (Duo li) qui a remporté le Prix Découverte Leitz Ciné de la semaine de la Critique au Festival de Cannes 2021.
On apprendra, en lisant le générique de fin, que la réalisatrice chinoise le dédie à sa grand-mère paternelle, et pour cause puisqu'il est inspiré de sa propre situation bien que la réalisatrice ait transposé l'histoire.
Une jeune Chinoise grandit de ses 6 ans à ses 18 ans entre trois familles, qui lui donnent chacune un nouveau nom et une nouvelle vie. En quête d'appartenance et d'amour, elle doit affronter le poids de son passé et l'incertitude de son avenir, jusqu'à ce qu'elle trouve sa propre voie.
Le titre original en chinois, Wu ming nü hai, signifie littéralement "Fille sans nom" et la version anglaise a choisi A Girl Unknown. La France a opté pour un titre plus politique mais qui, faute d'explication, reste incompris.
L'année exacte de naissance de la petite fille n'est pas explicitement mentionnée mais l'histoire se déroule à la fin du XX° siècle alors que la politique de l'enfant unique (1979-2015) a été instaurée pour freiner la croissance démographique.
Le deuxième enfant était interdit sous peine de lourdes amendes et de sanctions administratives, ce qui a d'ailleurs eu des conséquences démographiques et un déséquilibre hommes-femmes. Aujourd'hui les couples ont le droit d'avoir jusqu'à trois enfants, et les restrictions historiques ont été totalement levées en 2021.
Zou Jing n'a appris la vérité à propos de la naissance de sa grand-mère, née en 1936, et qui l'a en partie élevée, seulement après sa mort. Elle découvre alors qu'elle avait été abandonnée juste après sa naissance et adoptée par une famille d'un autre village. Elle a aussi précisé lors de ses entretiens au Festival de Cannes s'être inspirée de témoignages de jeunes femmes nées à la fin des années 1980 et qui ont grandi durant la période complexe de l'enfant unique.
Pour supporter un tel poids il faut nécessairement faire preuve d'une force extraordinaire. Voilà pourquoi elle donne à son héroïne vitalité et résilience, comme elle a supposé que sa grand-mère possédait, ce qui ne l'a pas empêchée d'ajouter des éléments qu'elle avait elle-même vécu petite fille.
Le film couvre toute la décennie des années 1990 jusqu'au début des années 2000 et retrace le parcours de cette jeune fille de ses 6 ans à ses 18 ans. Le spectateur ne sait pas vraiment qu'elle est dans une famille adoptive au début du film (et à ce titre on peut estimer qu'il manque quelques inter-titres résumant la situation mais la réalisatrice a peut-être omis de le faire pour éviter toute censure).
Il n'y a pas non plus de mention de dates, ni de lieux. J'explique en fin d'article ce qu'il faut savoir pour comprendre l'histoire (et que nous avons reconstitué en discutant entre spectateurs à la sortie). Libre à vous de ne pas le lire si vous voulez découvrir le film par vous-mêmes, quitte à y revenir après la projection.
Le film a été entièrement tourné dans la campagne puis dans une grande métropole de la province du Guangdong, située dans le sud de la Chine (au nord de Hong-Kong) bien que la région ne soit pas clairement mentionnée. C'est dans les vastes zones industrielles de la région que se situe l'usine de vêtements où elle finit par chercher son émancipation. Le choix est logique car le Guangdong fut le cœur historique de l'explosion économique, de l'urbanisation massive et des usines textiles en Chine à partir des années 1980 et 1990.
Ce film a plusieurs particularités qui font son originalité. D'abord la lenteur, associée à des plans très longs, souvent fixes, qui s'étirent, y compris la musique sur le générique de fin, alors que les dialogues sont peu bavards. On n'explique jamais rien à l'enfant et donc quoi de plus logique que, à de rares exceptions près, les émotions demeurent contenues. Comme cette larme unique qui coule sans bruit le long de la joue de la petite fille découvrant son père mort.
Il y a beaucoup d'images superbes, comme celle-ci jouant sur le reflet. Je signale à cet égard que la réalisatrice cosigne le montage, ce qui témoigne de son engagement sur le résultat final.
Zou Jing a choisi de prendre le parti des femmes. Tout le film est construit à travers leur regard. Dans cette société pourtant fortement patriarcale c'est l'épouse qui est le pilier inébranlable et qui prend les décisions tandis que le mari est toxique ou cherche souvent à fuir ses responsabilités (quand il ne meurt pas).
De multiples métaphores reviennent régulièrement :
- la présence de l'eau avec des séquences magnifiques dans la campagne du début ou en bord de mer à la fin. C'est aussi la pluie, et les larmes …
- les voilages qui régulièrement se soulèvent, comme pour indiquer une réalité partiellement visible.
- le fil et le tissage qui sont sans doute pour moi le plus caractéristique de l'oeuvre. On connait le mythe d'Ariane. Ici il est décliné dans chaque famille.
. C'est, dans la première famille, le fil du cerf-volant. Puis le jeu de l'élastique, un grand classique incontournable des cours de récréation. Deux enfants sont face à face et tendent un grand élastique noué en boucle derrière leurs chevilles. La petite fille réalise une série de sauts (sauter au milieu, à l'extérieur, sur les fils) sans se prendre les pieds dedans, sans faire de faute, et selon des combinaisons de plus en plus complexe.
. C'est dans la seconde le jeu de ficelle (ou de cat's cradle, berceau du chat) avec uu brin de laine nouée cette fois entre les poignets, on crée des formes géométriques comme l'échelle de Jacob, la tour Eiffel ou la tasse à thé et on peut compliquer les choses en passant le fil d'une paire de mains à l'autre comme elle le fait avec sa mère adoptive.
. Ce sont enfin les bobines de fil de l'atelier de tissage où, dans un moment de fatigue et de lassitude extrême elle regrette : si seulement notre monde était irréel, il pourrait être juste.
La deuxième fille de Zou JingAvec : Li Gengxi : Wang Juan / Wu Lian; Shen Jiani : Ding Meishuang; Feng Zu : Wang Weiqiang; Cao Ruofan : Lin Juan / Wang Juan jeune
Prix Fondation Gan à la Diffusion
Prix FIPRESCI
Film est en compétition dans la Semaine de la critique lors du festival de Cannes 2026.
Prix FIPRESCI
Film est en compétition dans la Semaine de la critique lors du festival de Cannes 2026.
Sortie nationale prévue en France le 27 janvier 2027, date sujette à modification
Photos Pyramide Films
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Ce qu'il faut savoir pour comprendre l'histoire (et que nous avons reconstitué en discutant entre spectateurs à la sortie).

