
Je traverse régulièrement
Rochefort pour me rendre sur
l'Ile d'Oléron (à propos de laquelle j'ai publié de
nombreux articles). Je suis sensible au souvenir des demoiselles imaginées par le cinéaste Jacques Demy. J'en connais le musée des métiers et commerces d'autrefois, le conservatoire du bégonia et je raconterai bientôt la visite exceptionnelle que j'ai pu faire de
la maison de Pierre Loti, magnifiquement restaurée.
Je n'imaginais pas être concernée par les thermes et c'est à l'occasion des derniers Thermalies que j'ai fait la connaissance de sa directrice. J'ai appris alors que le thermalisme n'était pas exclusivement réservé aux personnes désireuses de se soigner même si la différence entre thermalisme et thalassothérapie reste essentiellement d’ordre médical pour la première alors que la seconde est davantage orientée vers le bien-être. Les établissements thermaux utilisent une eau prélevée très profondément, et qui est ancienne (30 à 50 000 ans), stable en température comme en composition chimique. L’efficacité de ses minéraux doit être reconnue et avoir été validée sur le plan médical.
A l’inverse la thalassothérapie emploie une eau en général marine, mais qui est une eau de surface, instable et contenant des éléments vivants. Elle n’a aucune propriété médicale prouvée. L’eau thermale soignera des pathologies chroniques dont elle diminuera surtout la période entre deux récidives même si une amélioration peut aussi être notée pendant la cure.
Pour ne pas alourdir la lecture, c’est en fin d’article que je rappellerai quelle est la marche à suivre au préalable à toute cure thermale conventionnée, qui est commune à tous les établissements et dont la durée est de 18 jours.
On entrait autrefois par la grande porte un peu plus bas, vers le port, au-dessus de laquelle est encore écrit THERMES en lettres capitales, et qui conduit aujourd’hui aux bureaux. Mais depuis les grands travaux de rénovation et d’extension l’accueil a lieu sous le grand dôme au 15 avenue Camille Pelletan.
Ici on peut s’informer pour une prochaine cure, prendre rendez-vous ou, si on suit déjà un parcours de soins, s’arrêter au stand de la Bibliothèque pour tous afin de se munir d’une bonne lecture pendant les temps d’attente, ou après les soins.
Comme tous les établissements qui prodiguent des soins où l’eau est l’élément principal vous passerez par une salle faisant office de vestiaire et l’espace d’un instant vous pourriez vous croire à l’entrée d’une piscine, à ceci près qu’on vous remettra un peignoir (confortable), deux serviettes et des claquettes antidérapantes (sauf si vous avez les vôtres) et une charlotte, bien utile pour protéger vos cheveux au moment des douches. En quelque sorte vous pouvez arriver avec simplement votre maillot de bains.
Quelle que soit l’orientation thérapeutique, vous commencerez toujours par le chaud et terminerez par le froid. Pour ma part j’ai enchainé 4 soins qui n’avaient pas de but thérapeutique mais qui pouvaient malgré tout avoir un effet positif, sachant que j’avais consulté mon médecin référent afin de produire un certificat médical d’absence de contre-indication aux soins thermaux.
Les thermes de Rochefort sont, depuis dix ans, certifiés Aquacert, ce qui garantit entre autres la sécurité sanitaire et de bonnes pratiques de mise en oeuvre des soins. L’équipe permanente est de l’ordre d’une quarantaine de personnes, pouvant atteindre un pic de 125 en pleine saison. L’établissement est d’ailleurs ouvert le matin dès 5 h 45, ce qui témoigne d’un planning millimétré pour soigner 15 642 personnes l’an dernier, majoritairement en rhumatologie (et pourtant l’eau est très efficace en dermatologie mais Rochefort est peut-être moins connue pour cette orientation), et avec seulement 400 en courts séjours.
Une cure de boisson permettra un apport massif de sels minéraux et d’oligo-éléments mais la quantité à ingérer quotidiennement demeurera moyenne (entre 50 et 200 ml). Je n’ai pas goûté cette eau qui est pompée à 873 mètres de profondeur, naturellement chaude, légèrement gazeuse, de couleur bronze clair, très minéralisée, de saveur m’a-t-on dit âpre et ferrugineuse.
La grande spécialité de Rochefort est l’application de boues thermales, plus précisément des cataplasmes de péloïdes de Rochefort qui ont une triple action, antalgique, anti-inflammatoire et désinfiltrante. Seule la ville de Dax propose ce type de soins, mais bien entendu avec des boues qui ne sont pas les mêmes. A Rochefort les sédiments fluvial-marins argileux riches en micro-algues sont prélevées dans un méandre de l’estuaire de la Charente, dans un site protégé, du côté opposé au fort courant de manière à recueillir le matériau le plus pur possible. Elles sont ensuite placées en macération dans de l’eau thermale à 40° provenant directement du griffon pendant trois mois afin de mâtures la boue qui devient péloïde et qui ressemblera à une crème de beauté, très pure, avec un peu de plancton thermal. Comme vous vous en doutez des analyses bactériologiques régulières sont menées afin de garantir le produit.
La fabrication sur place est une première spécificité. Dans la grande majorité des autres établissements on emploie de l’argile qui provient souvent d’Allemagne et qui a trempé dans l’eau pendant quelques jours. De ce fait la concentration des boues de Rochefort est 10 à 20 fois supérieure à l’eau thermale, ce qui explique sans doute les résultats qui sont au-dessus des normes. Ajoutez à cela je l’eau thermale de Rochefort est elle aussi plus efficace du fait de sa complexité qui la rend inclassable.

Chaque curiste aura ses cataplasmes personnels (marqués à son nom) qui seront appliqués sur les zones douloureuses selon la prescription du médecin thermal chacun des 18 jours de sa cure. Les bandes poreuses sont suffisamment larges et longues pour couvrir une épaule, entourer un genou ou un poignet, sachant qu’avec un lot de 7 l’agent thermal pourra traiter plusieurs zones, la première étant la colonne vertébrale. Au bout des 18 utilisations les bandes partiront à l’incinération et généreront de la chaleur utilisée en ville.
Ce qui surprend ce n’est pas l’odeur (je ne me souviens pas de quelque chose en particulier), mais la chaleur parce qu’une température de 47 degrés procure une forte sensation mais elle est indispensable aux actions physiques, chimiques et biologiques consécutives à la pénétration percutanée des éléments de l’eau thermale et des péloïdes, comme les sels minéraux et les oligo-éléments, notamment des fluorures, bromure, fer, strontium, bore et lithium …
C’est parti pour 15 minutes d’action, alors que vous êtes allongé, le peignoir recouvrant votre corps comme un couvercle. Libre à vous de vous assoupir ou de regarder les nuages car une image de ciel lumineux gomme astucieusement l’impression d’enfermement qu’on pourrait ressentir dans le box.