Publications prochaines :

Comme promis les 70 articles des spectacles vus aux festivals d'Avignon In, Off et If ont été publiés (mois de juillet). Ont suivies les critiques de la rentrée littéraire (mois d'août). Le rythme de publication a repris un rythme normal à partir de septembre avec l'alternance culturelle/culinaire habituelle.

lundi 30 janvier 2023

La valeur des rêves de Marie Lebey

Marie Lebey réussit brillamment à nous offrir un roman qui soit autant divertissant que sérieux, admirablement documenté sur les pratiques du monde de l’art.

Elle connait manifestement tout de la manière de travailler d’un commissaire-priseur et sait parfaitement que, si la valeur augmente avec le nombre des années, il est cependant essentiel de pouvoir garantir l’origine de ce qui, sans cela, ne serait qu’un assemblage de ferraille.

Elle s'est inspiré d'une histoire vraie, la vente en juillet 2020 d'une oeuvre d'Alexander Calder (1898-1976), datant de 1963, lourde de 800 kilos et haute de trois mètres et demie, estimée entre 2, 5 et 3, 5 millions d'euros et qui finalement a été adjugée plus de 4,9 millions d’euros à un collectionneur européen après avoir décoré pendant 57 ans une résidence VVF (Village Vacances Famille) dédiée au tourisme social, à La Colle-sur-Loup (Alpes-Maritimes), près de Cannes, reprise par une filiale du fonds d'investissement Groupe Caravelle, le groupe Belambra Clubs, lequel fut l'heureux bénéficiaire de la vente. L'opération fut réalisée par la célèbre maison de ventes Artcurial qui exposa la sculpture quelques jours en bas des Champs-Elysées dans la cour de l'hôtel particulier qui abrite son siège.

L'événement était considérable puisque c'était la première fois qu’un stabile monumental de Calder de cette envergure était présenté aux enchères en France. Apparemment on avait oublié la valeur de l'objet puisqu'il servait à faire sécher les maillots de bain au bord de la piscine où il avait été installé.

Ces seuls éléments sont en eux-mêmes suffisamment extraordinaires pour donner matière à un roman.  Mais qu'on ne s'y trompe pas, l'argent n'est pas le thème principal de ce livre, subtilement intitulé La valeur des rêves.

Marie Lebey va plus loin en restituant la genèse de l'arrivée du stabile et en redonnant vie à cet immense artiste que fut Calder et dont j'ai eu la chance de découvrir le mode opératoire à travers une exposition passionnante, organisée en 2009 au Centre Pompidou intitulée Le cirque de Calder.

J'avais alors appris que c’était Jean Arp qui avait trouvé le nom de Stabile pour désigner un certain type de sculptures de l'artiste, ce que Marie Lebey ne manque bien entendu pas de signaler.

A une autre occasion j'avais pu admirer un stabile mobile en forme de spirale à l’Unesco. Sans être spécialiste, l'univers de Calder m'était familier et j'ai beaucoup aimé la manière dont l'auteure redonne vie au géant américain mais aussi à son proche entourage et à ceux qui ont permis que ses sculptures deviennent des œuvres monumentales comme les artisans fondeurs de l'usine Biémont, chaudronnerie, tôlerie et tuyauterie tourangelle à Tours. Calder leur apportera ses maquettes en aluminium pour qu'elles y soient reproduites agrandies.

Je savais que l'homme s'était installé avec Louisa son épouse en 1953 dans l'Indre, à Saché, 1 200 habitants, une petite bourgade tourangelle située tout près d'Azay-le Rideau, qui avait abrité Balzac un siècle plus tôt et où vit encore aujourd'hui la fille d'André Breton, artiste elle aussi. Il eut plusieurs maisons dont l'une d'elle fut baptisée "François 1er" et plusieurs ateliers. Il avait lui-même dessiné le plus grand au début des années 60, à côté de la plus grande maison, avec une verrière, pour vivre immergé au coeur de la nature, en haut d'un coteau. Il utilisa un appentis pour peindre. Ce fut la Gouacherie qui, elle aussi est présente dans le roman.

Les différents bâtiments (François Ier, la Gouacherie) ont été rachetés par des propriétaires privés. Ils ne se visitent pas. L'atelier et la maison sur la colline non plus. Mais depuis 1989 l'atelier principal est dédié à la création contemporaine et a pour vocation d’accueillir des artistes de toutes nationalités pour trois mois en résidence à la fin de laquelle une visite d'atelier est proposée présentant les projets réalisés. Voilà, en dehors des journées du Patrimoine, une occasion supplémentaire de visiter cet atelier situé 12 Route du Carroi à Saché (37190), sans oublier de jeter un oeil à l'énorme Totem dont le pied évoque le clocher du village et dont les disques bleu et orange fixés à chaque bout d'une perche tournent au gré du vent qui souffle sur la place principale.

Loin de moi l'envie de vérifier chacun des faits avancés par Marie Lebey mais savoir que tout est rigoureusement exact (hormis peut-être ce nom de Moustipic qu'elle emploie pour désigner le chef d'oeuvre) donne un charme supplémentaire à son septième roman qui peut fort bien se lire sans rien savoir des arcanes du monde de l'art contemporain. Les personnages inventés sont autant pittoresques que le sculpteur qui est finalement le héros principal. Et surtout c'est formidablement bien écrit, d'une plume vive  qui compose des chapitres courts qui se dévorent facilement. Nul besoin d'être érudit pour apprécier cette histoire qui se termine sur une jolie pirouette.

La valeur des rêves de Marie Lebey, Editions Leo Scheer, en librairie le 1er février 2023

vendredi 20 janvier 2023

Oracle des animaux de pouvoir de Joëlle Chautems

J’étais dubitative quand on m’a offert cette boite, certes charmante, en me promettant de trouver, grâce aux cartes qu’elle renferme, les réponses aux questions existentielles qui peuvent nous tracasser, mes amis, ma famille et moi.

Aujourd’hui je suis convaincue que ce coffret peut réellement aider la majorité d’entre nous. J’ignore comment cela fonctionne mais à chaque fois que nous l’avons utilisé, car mes proches en furent bénéficiaires, le résultat fut tout à fait intéressant.

Cet Oracle des animaux de pouvoir a donc séduit les personnes prédisposées à y croire comme les sceptiques.

Je signalerai un seul bémol : il faut accepter de passer un très long moment à lire le livret de présentation (lequel gagnerait à être un peu condensé car plusieurs idées se répètent et il devient véritablement intéressant à partir de la page 38) avant de se lancer dans l’usage proprement dit des cartes. Cela étant, je comprends tout à fait qu’il soit malsain de se précipiter en espérant trouver des réponses toutes faites à nos interrogations.

Et Joëlle Chautems a sans doute raison de justifier ses motivations et d'expliquer quelles relations elle entretient avec le druidisme qu'elle pratique depuis plus de 17 ans.
Composé donc d’un livret explicatif, cet oracle fonctionne avec 47 cartes qui chacune représente un animal. Les illustrations sont suffisamment expressives pour qu’on reconnaisse l’animal et pourtant elles sont oniriques. Par la finesse des illustrations de Lucie Crousaz elles réussissent remarquablement à toucher autant les adultes que les enfants. Un des points positifs est d’ailleurs que cet oracle soit destiné aussi bien aux adultes qu’aux enfants, sous la supervision d’un parent.

D’abord, et ce n’est pas la moindre de ses qualités, il fournit de nombreuses informations sur le mode de vie des animaux et ce qu’ils peuvent nous apprendre. Il est donc un excellent outil de compréhension de la faune présente en Europe. L'auteure souligne qu'elle a dû choisir des animaux familiers des européens. Cependant je l’ai employé sans souci au Mexique où la plupart sont également connus.

J'ignorais que, dans le druidisme, on considère que chaque être humain est né avec un animal qui va l'accompagner durant toute sa vie. On parle alors d'animaux de pouvoir, qui sont des protecteurs et des initiateurs. Mais d'autres animaux peuvent intervenir tout au long des étapes de la vie.

Sur la carte on peut lire le nom de l'animal et une phrase qui résume son action. Pour en savoir davantage il faut se reporter au livret et j'ai regretté qu'il n'y ait pas d'index parce que le classement pat famille n'est pas toujours évident. S'il est facile de chercher la mésange parmi les oiseaux j'ignorais par exemple si le lézard était classé avec les batraciens … ou les reptiles.

Dans le livret on trouvera des détails sur le mode de vie de l'animal et -c'est là toute la valeur ajoutée de l'oracle- des explications sur la médecine qui l'accompagne, le terme devant être compris comme l'énergie qu'il a la faculté de transmettre. La fiche se termine avec quelques questions qui sont autant de pistes de réflexion.

Bien entendu l'auteure prévient que les "prescriptions" ne doivent pas être prises à la lettre et ne remplaceront jamais l'avis d'un professionnel de santé. Il n'empêche que même un effet dit "placebo" est toujours bon à prendre. Quant au rituel préconisé libre à chacun d'établir le sien.

Plusieurs tirages sont possibles, à commencer par le plus simple consistant à énoncer une question puis à retourner une carte et à lire le texte correspondant à l'animal. J'ai été surprise par la justesse de ce que j'ai lu. Voilà pourquoi je n'ai pas de frein à le recommander. Les cartes permettent de trouver son allié du jour, de découvrir son animal de pouvoir ou son animal ancestral, ou encore d'activer son bouclier animal, à condition peut-être de ne pas "trop" leur en demander, d'accepter de se remettre en cause et d'évoluer.

Suite à une formation de droguiste-herboriste, Joëlle Chautems pratique la géobiologie depuis 2005. Elle a été initiée au druidisme la même année et se passionne pour les traditions de nos ancêtres celtes. Après 17 ans d’étude elle a été nommé druidesse d’Helvétie… Elle vit en Suisse où elle partage son temps entre les formations qu’elle donne au sein de son école Eorian, les expertises de géobiologie, les balades en nature, le jardin et ses animaux, l’écriture, l’étude, les soins et les voyages et sa vie de maman de deux petites filles.

Le numéro de téléphone où il est possible de la contacter par Whats'app ou sms pour toute question, ou prise de rendez-vous est mentionné dans le livret.

Oracle des animaux de pouvoir de Joëlle Chautems, illustrations de Lucie Crousaz, Editions Favre, novembre 2022

vendredi 13 janvier 2023

Au long des jours de Nathalie Rheims

J’avais, il y a quelques semaines, donné le conseil d’avoir toujours un (bon) roman dans son sac quand on voyage en train. Ça n’avait pas loupé. Le mien (de train) fut encore en retard ce jour-là mais j’étais en bonne compagnie avec M. et Nathalie Rheims dont j’avais reçu, la veille, le 23ème livre en avant-première.

Je ne pouvais en raconter davantage à l’époque, devant attendre la sortie de Au fil des jours en librairie le 11 janvier pour en parler sur le blog.

J’étais malgré tout autorisée à dire que j’avais beaucoup aimé ce texte, très autobiographique, sensible, dans lequel l’auteure revient sur ses années de comédienne et qui correspondent à celles où j’étais attachée de presse dans un théâtre national. Alors forcément, beaucoup de noms m’ont parlé et ont ravivé mes propres souvenirs. J’ai souri à l’évocation de Colette Godard, la papesse de la critique dramatique dans le Monde (p. 24). Il est vrai que l’annonce de son arrivée était autant une bonne nouvelle que le risque d’une catastrophe. Et je me rappelle qu’il était indispensable de lui obtenir une certaine chambre, toujours la même, dans l’hôtel de Rohan, proche de la cathédrale de Strasbourg.

C’est en retrouvant, au fond d’une boite, un Polaroid pris par sa sœur Bettina (l’immense photographe) à la fin des années 70 quand Nathalie n’a que 18 ans qu’elle se décide à convoquer ses souvenirs et à nous raconter une période de sa vie alors qu’elle tombe amoureuse d’un homme plus âgé, aux cheveux noirs et bouclés, qui affiche un  large et irrésistible sourire et dont le visage m’est immédiatement familier. Et pour cause puisque j’étais fan des textes de ses chansons et de sa voix. Il chantait Comme un p'tit coquelicot, et Un jour tu verras (paroles p. 36), que je pourrais encore fredonner par coeur et que j’aime particulièrement. Par contre, j’ai découvert Faut vivre, que je ne connaissais pas, et dont j’ai appris qu'elle était sa préférée :
Malgré le cœur qui perd le nord
Au vent d’amour qui souffle encore
Et qui parfois encore nous grise
Faut vivre 

Son nom n’étant jamais cité, je resterai discrète. De toute façon, c’est la manière de raconter l’histoire qui importe bien davantage que de savoir de qui il s’agissait. On se contentera de quelques mots, … entre mes 18 ans et ses 55 ans, le temps s'était désagrégé comme s'il avait percuté une force supérieure et nous avait projetés, tous les deux, dans un autre espace où rien n'avait plus d'importance (p. 28).

Ce roman aurait pu être nostalgique mais il ne l’est pas du tout et il me semble qu’il n’est pas nécessaire d’avoir connu cette période pour l’apprécier. C’est une de ses grandes qualités.

La clé pour comprendre le titre du livre nous est révélée p. 95 :
Au long des jours
Je fais l'âme et l'amour
La haine et la tendresse
Et je cours les princesses
Jusqu'à ce qu'amour cesse

Au long des nuits
J'engrange les souvenirs
Les villes et les gares
Les femmes et les rues
Les ombres et les charmes

Et je cherche à amer
La vie comme un poème
Sans souci des soucis
Et à dire "Je t'aime"

Nathalie poursuit : C'était exactement ça. C'était notre histoire. Du moins, c'est ainsi que je l'entendais. Je décidai que si, un jour, j'écrivais un récit pour nous raconter, il porterait le titre de cette chanson.

Le cliché retrouvé a fait remonter les émotions que Nathalie Rheims a traversées au cours de cette relation amoureuse, qui aura duré un an, avec cet artiste hors du commun dont on devine la présence à chaque page. Et pourtant ce texte n’est pas un récit qui aurait été écrit dans un souci de témoignage.

Il est probable que ce que l’auteure nous confie à propos de sa passion pour le théâtre (p. 22) est plus rigoureusement exact que ce qu’elle raconte de sa relation, abordée toujours avec pudeur. Mais encore une fois, l’intérêt de cet ouvrage est de nous faire partager des émotions plus que des faits. La démarche est d’autant plus touchante qu’alors elle confesse qu'elle n'a personne avec qui partager se joies et ses peines, pas d'amies, ni son père, lui-même découchant très fréquemment (p. 75).

Nathalie n’a que 18 ans mais elle est déjà comédienne et joue chaque soir dans une pièce mise en scène par Jorge Lavelli avec Maria Casarès pour partenaire. Elle fait revivre la personnalité de cette grande actrice (à laquelle une magnifique exposition était consacrée cet été pendant le festival d’Avignon). Elle nous confie que Maria lui offrit le soir de la générale une bague de forme carrée en onyx (qu'elle décida de porter pour toujours). Son geste l'avait bouleversée. Un petit mot l'accompagnait : Sois heureuse, signé, Maria.

La chanson française des années 1950-1960 n’a pas de secret pour elle et, comme beaucoup d’autres personnes, elle voue une vraie passion aux textes dits  « engagés », écrits par des artistes qui avaient su résister grâce à leurs textes immortels.

Ce n'était pas pour elle un art mineur, mais au contraire, « un art majeur, parmi les plus difficiles, car il fallait, pour une chanson réussie, la conjonction miraculeuse d'un texte, d'une mélodie, la personnalité et la voix d'un interprète, le tout ramassé en un temps très court. En moins de trois minutes, une chanson devait raconter une histoire, au même titre qu'un roman, une pièce de théâtre ou un film, et laisser, à celui qui l'écoutait, un souvenir indélébile » (p. 23). Elle donne pour exemple l'Orage de Brassens qu’elle avoue se passer en boucle.

Elle revient sur l’importance d’une troupe de théâtre d’agit-prop créée dans les années 30 sous le nom de Groupe Octobre dans laquelle se trouvait Jacques Prévert, Jean Dasté, Jean-Louis Barrault, son amoureux, et même (c’est moi qui l’ajoute) … une certaine Margot Capelier qui deviendra la première directrice de casting et que j’ai souvent vue au théâtre, à la recherche de nouveaux talents pour le cinéma.

Fragilisé par une série de deuils, M. était mélancolique et sombre (p. 62). Nathalie éclaire le contexte dans lequel il a créé ses plus belles chansons : En devenant chanteur, je perdis le goût du bonheur (qui est la phrase ouvrant le P'tit coquelicot). Elle reviendra sur ce point plusieurs fois, cherchant à analyser le processus, tout en admettant que chanter la joie n'a jamais eu grand succès.

Plus loin, elle dénoncera combien cet univers est devenu une histoire de gros sous (p. 135). On sera alors à l'apogée des yés-yés. A la fin des années 70, c'est en effet le triomphe des magazines comme Salut les copains, Paris Match, Elle et Télé 7 jours qui étaient dans le giron de Daniel Filipacchi, le fils d'Henri, qui avait pourtant lui-même entretenu des relations étroites avec le Groupe Octobre. Et on attendait avec impatience Starmania … qui revient aujourd’hui en force !

Et alors que la trajectoire de M. a glissé du théâtre vers la chanson, Nathalie bifurquera quant à elle des planches vers l’écriture.

Au long des jours de Nathalie Rheims, Editions Léo Scheer, en librairie le 11 janvier 2023

lundi 2 janvier 2023

Feliz año 2023

J’écrivais il y a quelques jours comment on souhaite Joyeux Noël au Mexique où je me trouve actuellement. On ne dit pas Bonne année mais Joyeuse année (en écho sans doute au Joyeux Noël).

Dans ce précédent billet j’indiquais quel type de décoration on pouvait voir dans les sapins … en signalant que je n’avais remarqué que des spécimens artificiels.

Pourtant, il existe à Mexico depuis le début des années 2000, plusieurs pépinières de sapins de Noël, qui offrent la possibilité de choisir et de couper l'arbre qui s'adapte le mieux à chaque appartement, une option qui a l'avantage d'aider à la survie des producteurs mexicains et à la protection de l'environnement.

Ces plantations ont remplacé les champs de maïs et d'aveine, sur le versant du volcan Ajusco, parce que ces deux cultures ont cessé d'être rentables, et qu’il a fallu chercher une autre façon de rendre les terrains productifs.
Mais ne cherchez pas le Nordmann qui est très prisé en France. C’est l'espèce Ayacahuite qui est cultivée au Mexique, en premier lieu d’ailleurs pour alimenter les usines de pâte à papier.
Et voici quelques exemples de sapins que j’ai admirés au cours de mon voyage, situés (de haut en bas) à Huasca de Ocampo, Queretaro (deux photos), Tequisquiapan, Pátzcuaro, Los Cabos, San Miguel Regla et San Miguel de Allende.

mardi 27 décembre 2022

Noël au Mexique

Si vous décidez de passer Noël au Mexique essayez d’arriver le 16 décembre parce que dans ce pays les festivités commencent ce jour là et s’arrêteront 9 jours plus tard.

C’est la cinquième année que je passe la fin de l’année dans ce pays et j’ai déjà eu l’occasion de parler de plusieurs coutumes, notamment celle des posadas, consistant à se regrouper en famille entre amis ou même entre voisins chaque soir (jusqu’à Noël) pour commémorer la Nativité. On rejoue ainsi les voyages qu'effectuaient Joseph et Marie avant la naissance de Jésus. La moitié des convives reste à l’intérieur d’une maison tandis que les autres supplient de pouvoir rentrer. Les demandes sont faites en chansons et précèdent un repas convivial.

En fin de soirée les enfants tapent, les yeux bandés, avec un bâton sur la piñata, sorte d’énorme étoile à sept branches, autant que de péchés capitaux, pour faire exploser le papier mâché et libérer les friandises sur lesquelles ils se jettent.

Le Réveillon proprement dit a lieu le 24 décembre. On se souhaitera alors ¡Feliz Navidad! en s’embrassant et on chantera les chants traditionnels. Parfois le Père Noël, qui s’appelle Santa Claus (du fait de l’influence américaine) apporte des cadeaux dans la nuit. Mais le plus souvent il convient d’attendre le 6 janvier car dans les cultures hispanophones, les Rois Mages sont les plus importants et ce sont eux qui gâtent les enfants sages.

Contrairement à la France qui prolonge toujours les traditions quelques jours, pour les mexicains quand ce n’est plus l’heure, c’est plus l’heure. Ainsi la couronne des Rois sera proposée quelques jours avant le 6 janvier mais vous ne la trouverez plus les jours suivants dans les pâtisseries.
La plante traditionnelle par excellence n’est pas le houx mais la Noche Buena (littéralement Belle Nuit, qui est en fait un poinsettia) qui est absolument partout, même autour des crèches.
Des suspensions d’ampoules multicolores sont tendues entre les maisons et au-dessus des restaurants. Quant au sapin, il existe, il me semble toujours artificiel, garni souvent de fleurs en papier, et de guirlandes lumineuses. Il peut cohabiter sur les place des villages avec une crèche monumentale, comme ci-dessus à La Paz (Basse Californie) ou ci-dessous à Huasca de Ocampo (état de Hidalgo).
D’ailleurs la religion est totalement intégrée à la vie, sans aucune gêne, et sans qu’on reproche à qui que ce soit un manquement à la laïcité.

Ainsi les personnages de la Nativité sont intégrés en décembre dans le spectacle du ballet folklorique de Mexico (Ballet Folklorico) où personne ne s’étonne de voir les Rois Mages traverser la scène en effectuant leurs salutations en direction de Marie et de Joseph qui assistent à la majorité de la représentation avec leur nouveau-né dans les bras, et qui bien entendu saluent à la fin.
Depuis plus de 60 ans ce spectacle a pour spécificité de représenter les danses des cultures traditionnelles du pays, bien entendu par des artistes portant les costumes traditionnels mexicains de multiples régions (environ une soixantaine sont au répertoire). Il a été fondé par Amalia Hernandez en 1952 avec à l’origine seulement huit danseurs. Cette femme s'est consacrée à sauver les danses mexicaines traditionnelles qui avaient été perdues au fil du temps et a fait un effort pour améliorer leur qualité.

Le ballet s'est consolidé en 1959, lorsque le président Adolfo López Mateos a demandé à ce groupe de devenir l'un des ambassadeurs naturels du Mexique. Il a représenté le pays cette année-là aux Jeux panaméricains qui ont eu lieu à Chicago avec alors une cinquantaine de danseurs.

Il se produit depuis dans le monde entier. A Mexico il est basé au Palacio de Bellas Artes (Palais des Beaux-Arts) sauf à certaines occasions particulières, comme c’est le cas à Noël où il s’installe alors dans le cadre du Castillo de Chapultepec où je l’ai vu le 26 décembre.

En une soirée on passe en revue les diverses traditions des différentes populations mexicaines, aussi bien celles de l’ancien empire maya qui vivent encore dans la Péninsule du Yucatán que celles de la culture cow-boy issue de la culture espagnole sans oublier la pinata.
Le spectacle est reconnu mondialement pour sa qualité et son niveau d’exigence, récompensé par de nombreux prix dont le célèbre Tiffany Award à New York en 1992.

mercredi 21 décembre 2022

La baleine tatouée de Witi Ihimaera

La baleine tatouée m’a été annoncée comme étant un conte écologique et un hommage à la culture maorie, enjoué et malicieux, où les baleines, une vieille dame délicieusement indigne et une petite fille éclairent le destin des hommes.

C’est exactement cela. Avec une immersion dans une culture que l’on connaît peu sous nos latitudes, et qui sait combiner les mythes, une certaine modernité, un soupçon de magie, et des touches d’humour qui sont très agréables.
Élevée dans l'amour et le respect des traditions ancestrales, Kahu est jeune, intrépide et sans doute enfant prodige. Mais … c’est une fille et Koro Apirana, le chef d'un village situé à Whangara sur la côte Est de la Nouvelle-Zélande. Même s’il est son grand-père adoré, le patriarche se refuse à l'idée d'imaginer qu'un individu qui n’est pas de sexe masculin puisse un jour lui succéder. Il demeure obstinément inflexible dans ses croyances, et semble insensible aux démonstrations d'affection de Kahu qui, du fait de son sexe, n’a pas le droit d’aller à l’école. Et quand des baleines s'échouent sur la plage du village, il établit un lien direct entre cette catastrophe et l'ambition de sa petite-fille.
Par chance, la jeune fille bénéficiera du soutien de son oncle et de sa grand-mère, l’impétueuse Nani Flowers, toujours prête à menacer son vieux mari de divorcer. Leurs querelles sarcastiques sont amusantes. On s’y croit alors qu’on perçoit que leurs codes relationnels sont différents des nôtres.

Le roman commence comme un conte nous faisant entendre une voix nous racontant les temps anciens avant d’alterner avec des passages de la « vraie » vie, conçus à partir de faits totalement imaginaires. Néanmoins on remarquera l’allusion irradiation de Mururoa. Quand « un éclair foudroyant avait ébouillanté la mer et un redoutable tsunami sonore avait fait saigner leur oreille interne, provoquant des failles dans le lit de l’océan » (p. 57). Mais l’humour prend régulièrement le dessus. Par exemple (p. 113) : Si je m’approchais de l’eau c’était de préférence dans une baignoire où j’étais sûr de la trouver chaude. (À l’inverse de l’eau de mer).

Ce qui est particulièrement réussi dans cette œuvre c’est la simplicité d’une écriture qui, sans être excessivement militante, parvient à transmettre la vision d’un monde qui a encore la capacité de rester lié à la nature et d’entretenir des croyances ancestrales, en portant les valeurs d’un peuple trop longtemps opprimé. Il rend hommage à la culture maorie, tout en affirmant la nécessité de transcender les traditions. C’est un manifeste en faveur du courage, de l’espoir, et la démonstration de l’importance des liens entre les générations, en affirmant la puissance des femmes.

Chaque partie se clôture avec la formule « Ainsi soit fait » et la saison suivante lance un nouvel épisode, parfois à plusieurs années d’écartLe récit accorde une large place aux éléments et aux animaux. Il est ponctué de termes empruntés à la langue maori, toujours traduits dans le cours du texte. Sauf le mot « moko » désignant le tatouage en forme de spirale sur le front de la baleine comme nous l’apprend le glossaire qui figure à la fin. Parmi les termes importants on notera Koto (vieil homme, grand-père, papy), Tohorà (baleine), et Pito (cordon ombilical) que la coutume impose d’enterrer dans un endroit précis.

Il nous adresse un message en forme d’avertissement. Autrefois la pêche était une activité sacrée. L’homme était alors en parenté avec les habitants de l’océan, et de la terre avec la mer (p. 42). Mais avec le vieillissement du monde, au fur et à mesure que l’homme négligeait sa part de divinité, il perdit aussi le pouvoir de parler aux baleines (p. 44).La scène de boucherie de 200 baleines d’une espèce en voie de disparition s’apparente à une alerte et fustige l’arrogance de l’homme qui s’imagine pouvoir être au-dessus des dieux… Kahu a intégré la « menace » : si la baleine vit, nous vivrons. Et en gagnant l'amitié de la baleine tatouée qui pleure l’homme qui la dompta et la chevaucha jadis… Kahu réussira à accomplir son destin et prouver à son grand-père qu'être fille n'est pas une malédiction… 

Auteur majeur de la littérature maorie, l’écrivain néo-zélandais Witi Ihimaera (né en 1944) est un formidable conteur très primé, mais encore peu connu en France, même si La baleine tatouée nous a permis de découvrir son talent et d’asseoir une renommée désormais internationale. Ancien diplomate, professeur d'anglais à l’université d'Auckland, en Nouvelle-Zélande, membre du peuple Te Aitanga-a-Mahaki, il s'est imposé sur la scène internationale avec des nouvelles puis des romans mettant en scène les confrontations entre la société maorie et celle des Pakehas, autrement dit des blancs. Il est le premier romancier maori à être traduit.

La réalisatrice Niki Caro a effectué en 2002, une adaptation cinématographique de ce roman : Paï, L’élue d’un peuple nouveau, sortie en France en 2003 et qui a été distinguée dans de nombreux festivals. Ce succès aurait semble-t-il décidé les studios Disney à en faire sa propre version, en 2016, Vaiana, la Légende du bout du monde.

La baleine tatouée de Witi Ihimaera, traduit de l'anglais (Nouvelle Zélande) par Mireille Vignol
Au Vent Des Iles, en librairie depuis le 3 Mars 2022
Sélectionné dans le cadre du Prix des Lecteurs d’Antony 2023
Lu en format numérique de 147 pages

vendredi 16 décembre 2022

Mathilde s'en va-t-en mer… de L.-J. Wagner.

J'écrivais en août 2020 combien j’avais hâte de découvrir quelle nouvelle intrigue L.-J Wagner allait nous tricoter après Gangrène.

Deux ans plus tard, voici donc son second roman. Cette fois, on change d'âge. Son héroïne (encore une femme) a l'âge de Pierrette Dupoyet, cette grande comédienne que j’ai découverte (trop tard, je le confesse) au Festival d’Avignon cet été.

Si je la cite c’est qu’elle est triplement légitime. Outre l’âge du personnage principal, elle a conçu un spectacle exceptionnel sur le combat à mener contre les violences conjugales (qui est un des thèmes traités dans le roman) et elle a prêté sa voix à la bande-annonce du livre.

Mathilde s'en va-t-en mer... est annoncé comme un roman feelgood autour des amours entre seniors, ce qui est tout à fait cela comme point de départ pour raconter une reconstruction hors du commun. L’auteur confesse y avoir mis une pointe d'emprise masculine, mais je dirais que tous les personnages masculins ne sont pas dans une optique de domination.
Mathilde, 72 ans, vient de perdre son mari, Hector. Pour se changer les idées, elle décide de s'offrir une croisière un peu particulière consacrée au troisième âge, "Les Séniors de l'Anneau", à destination de Los Angeles... Chaque participant doit se déguiser en personnage de littérature de fantasy. Cela tombe bien, Mathilde est une grande admiratrice de la saga magique "Ally Foster".
Tandis qu'elle retombe en adolescence, s'amuse et se fait pour la première fois des amis, sa fille Manon découvre dans la maison de son enfance, un curieux document : un journal dans lequel sa mère lui raconte les cinq décennies plutôt houleuses qu'elle a passées auprès de son père. Et pendant que Mathilde se libère de son passé, Manon s'engouffre dans le sien. Mère et fille pourront-elles enfin se comprendre et se retrouver ?
Il est question de résilience et d’émancipation, l’une étant liée à l’autre, toutes deux étant les bases d’une reconstruction. Mais aussi de transmission.

L’analyse de l’emprise est très bien vue, et il est agréable de la découvrir sous un angle différent de ce qu’on a pu déjà voir dans les romans ou les films traitant de la perversion narcissique. Le parallèle avec le monde de la fantasy apporte une immense bouffée d’oxygène et il n’est pas indispensable d’avoir avalé toute la saga Harry Potter pour suivre le déroulé des aventures de Mathilde. On applaudit à sa libération aussi bien physique que psychologique. On espère la happy-end qu’elle mérite mais rien n’est sûr, même dans le monde de la fiction.

J’ai apprécié les clins d’œil aux autres écrits de L.-J. Wagner (p. 312-313). J’ai juste regretté que les étapes de la croisière, et particulièrement celle qui a été faite à Puerto Vallarta au Mexique n’aient pas davantage été détaillées. Il faut dire que cette ville, que j’ai visitée il y a deux ans était fort bien choisie puisqu’elle a abrité les amours tumultueuses de Richard Burton et de Liz Taylor (dont j’ai photographiée la superbe maison ci-dessous) :
En alternant les épisodes d’un présent frivole et distrayant avec des flash-backs terribles, l’auteur apporte de la légèreté à une histoire qui est à peine imaginable. Le lecteur entrera petit à petit dans le mécanisme et comprendra comment on peut supporter l’insupportable pendant des années, quel que soit le milieu social dans lequel on évolue, ce qui est d’ailleurs vrai aussi pour des hommes.

Ce qui est également très bien conçu par l’auteur c’est l’articulation entre le rôle qu’on endosse, soit par obligation, soit par jeu, et la réalité des relations. Les masques qu’on porte dans la vraie vie ne sont-ils pas plus faux que ceux qu’on choisit pour s’amuser, comme on le fait parfois sur les réseaux sociaux. Ce roman est une plongée dans la recherche de la vérité de chacun. Ce serait un sujet et un cadre parfaits pour une série Netflix.

Comme quoi le monde de l’auto-édition recèle des pépites. Vous pouvez commander l’ouvrage ici.

Mathilde s'en va-t-en mer… de L.-J. Wagner, illustration de couverture de Sarah Belmas

lundi 12 décembre 2022

Robert Doisneau, À l'imparfait de l'objectif, à la Maison des arts d'Antony (92)

Nous connaissons tous la majorité des photos de Robert Doisneau (1912-1994) qui est sans nul doute le plus populaire des photographes français du XX° siècle et l’un des représentants majeurs du courant humaniste, mouvement que la Maison des arts d’Antony (92) met en valeur depuis son ouverture en 1992.

Mais, outre le fait que c’est toujours un plaisir de les revoir, l’exposition proposée jusqu’à la fin de l’année, est une occasion de sortir un peu des clichés habituels et de se rendre compte que le photographe a immortalisé (aussi) des scènes de la vie quotidienne des années 80-90 et pas seulement des enfants ou des amoureux.

On doit le titre de l’exposition au talent de Jacques Prévert, qui connaissait très bien son ami, à qui il avait dit un jour : "C'est toujours à l'imparfait de l'objectif que tu conjugues le verbe photographier".

Il n’y a que des photos. Que du noir et blanc (alors que le photographe a fait aussi des clichés en couleur absolument magnifiques) mais qui racontent tant ! 

Bien entendu les années 45-55 ne sont pas oubliées mais on en découvre de bien plus récentes, tout autant étonnantes, comme ce chien à roulettes immortalisé à Paris en 1977.
Je ne me souvenais pas qu’il avait autant photographié d’attrister, mais je n’ai as été étonnée qu’il les ait mis en scène. Jacques Tati (1907-1982) et son vélo du film Jour de fête, en pièces détachées à ses pieds, illustre bien l’humour des deux hommes. Voilà pourquoi je l’ai choisie pour la placer en tête de cette publication.
La fête foraine était quasi permanente à Paris dans les années 40-50. C’était donc un sujet familier. Elle a toujours fasciné le photographe qui l’a souvent immortalisée comme quasiment tous les photographes humanistes. Il s’intéressait autant aux forains qu’aux visiteurs. A propos des premiers, dont il était admirateur des prouesses physiques, il écrivit dans son livre qu’ils lui apprirent l’art de composer avec le provisoire.
Cette photo, intitulée Trépidante Wanda, a été prise boulevard Saint-Jacques, non loin du domicile de Brassaï qui l’a photographiera lui aussi. le regard de Doisneau révèle deux éléments opposés, de valeurs ou de symboliques différentes, l’espace public (extérieur) de la file d’attente qui est en pleine lumière, et à gauche l’espace privé de l’intérieur de la baraque qui est dans la pénombre, le chien se trouvant à la jonction des deux, renforçant le contraste entre les deux mondes.

Dans d’autres clichés on remarquera l’opposition entre le bien et le mal, le sacré et le profane, beau et laid, art populaire et raffiné etc …
Le Mimosa illustre un autre des thèmes récurrents de Doisneau, celui des bistrots et du monde des travailleurs où la délicatesse de la fleur contraste cette fois avec la rusticité des lieux, imprégné de l’odeur du tabac et de celle de la serpillère à pinard comme le disait le photographe en commentaire.
Le manège de Monsieur Barré, sans être installé dans le périmètre d’une fête foraine, appartient malgré tout à cet univers. Il était implanté en face de la mairie du XIV° arrondissement de Paris. Le propriétaire a longtemps été méfiant, s’imaginant que Robert Doisneau allait copier son modèle. Il lui fallut gagner la confiance de ce Facteur Cheval de l’art forain qui avait utilisé uniquement du métal de récupération pour le construire.
Parmi les artistes qu’il photographia il y eut Picasso, Colette, Juliette Gréco, et moins connu, Jean Fautrier (1898-1964, ici en 1960), peintre, graveur et sculpteur qui a retenu mon attention car il était châtenaisien et a vécu dans sa maison de l’Ile verte où j’aime tant me promener (ci-dessus).
Pour ce portrait c’est la simplicité de la pose, du type de celle que l’on prend pour converser avec un ami, qui contraste avec la théâtralité de l’arrière plan où le regard se pose sur un landeau.
Cette photo de mariage a été prise dans le Poitou où la coutume voulait que la noce parcourt à pied la distance entre la ferme et l’église et qu’à chaque fois que les mariés rencontraient deux chaises assemblées par un ruban noué la jeune femme coupe le ruban alors que son père dépose un peu d’argent dans une corbeille.

"Pêcheur d’images", Robert Doisneau aimait arpenter les rues de Paris et de sa banlieue, attendant patiemment les histoires que les passants voulaient bien "raconter" devant son appareil photo, quitte à demander ensuite à des figurants de prendre la pose pour saisir, non pas une version idéalisée de la réalité, mais en sublimer au contraire toutes les imperfections. Il donne ainsi à voir la beauté et la simplicité de l’ordinaire et témoigne des évolutions sociales du siècle dernier, avec malice, tendresse et souvent une pointe d’ironie.

Conçue avec l’Atelier Robert Doisneau géré par les filles de l’artiste Francine Deroudille et Annette Doisneau, l’exposition présente 80 œuvres parmi les plus célèbres du photographe, principalement prises entre les années 1940 et les années 1960. Un coin lecture a été installé au rez-de-chaussée avec une imposante collection de livres de photographies pour en apprendre davantage sur cet homme exceptionnel.

En complément, je vous invite à lire un article sur une précédente exposition de Doisneau dans laquelle je parle de sa manière de travailler.  Enfin n’oubliez pas le sous-sol où un club photo s’est inspiré des clichés d’enfants les plus célèbres pour les « actualiser » en demandant aux enfants du centre de loisirs voisin de se placer à l’identique devant l’objectif. Le résultat est très intéressant, mais démontre que, à l’instar de la cuisine, il ne suffit pas d’avoir la recette pour réussir le plat à la perfection.
Robert Doisneau, À l'imparfait de l'objectif
Maison des arts - 20 rue Velpeau - 92160 Antony - 01 40 96 31 50 
Entrée libre jusqu'au 31 décembre 2022

jeudi 8 décembre 2022

Le torrent, un film de Anne Le Ny

Le générique du film Le torrent se déroule alors que la caméra remonte le cours de l’eau et s’arrête sur une bottine noire qui flotte comme une pauvre feuille morte. On a compris. Il suffira de savoir à quel pied elle appartient pour avoir confirmation de la fin tragique de sa propriétaire.

Anne Le Ny ne joue pas avec les nerfs du spectateur. Elle lui donne toutes les informations. Et pourtant bien malin qui découvrira comment le film se finira.

Cette excellente comédienne (qui interprète le rôle de là capitaine de gendarmerie dans le film) est aussi une réalisatrice hautement psychologue.

Elle nous donnait une leçon de bonheur dans On a failli être amies. Ici elle renoue avec son art d’analyser les relations familiales en explorant la question de la culpabilité dans un enchaînement de mauvais hasards qui tourne mal.
Lorsqu’il découvre que Juliette, sa femme, le trompe, Alexandre est dévasté. Fuyant la confrontation, Juliette quitte précipitamment la maison. Alors qu’il cherche à la rattraper, celle-ci prend peur et fait une chute mortelle dans un ravin... Pris de court, Alexandre décide de ne pas alerter la police. Le lendemain, réalisant qu’il risque d’être accusé du meurtre de sa femme, Alexandre panique. Lison, sa fille de 18 ans, effrayée à l’idée de perdre son père, se laisse convaincre et ment pour le couvrir. C’est le début d’un terrible engrenage...
Chaque personnage a ses failles. Le père est un peu frimeur, juste de quoi agacer la capitaine et surtout le père de la victime. Et pourtant il n’est pas antipathique, même s’il est dans la toute puissance, et relativement peu attentif aux besoins de son entourage : je fais de mon mieux, le mieux que je peux, dit-il, et on sait que c’est vrai parce qu’il n’a aucune mauvaise intention.

La jeune-fille est prise dans un conflit de loyauté au bénéfice de son père qui l’amène à enchaîner les mensonges. On sent que Lison prend très souvent sur elle pour ne pas se plaindre. Sa place auprès de son père est réduite et elle peut éprouver le désir inconscient de voir disparaître sa belle-mère. L’élément déclencheur du drame peut être interprété comme un acte manqué, mais il est en tout cas la conséquence d’un mensonge.

C’est là que le film devient particulièrement intéressant puisque la jeune fille (excellente Capucine Valmary) est elle-même piégée par un mensonge. La vérité est-elle pour autant la meilleure solution ?

Lison découvre la trahison et fait soudain l’apprentissage du monde des adultes. Elle est désemparée et va devoir chercher en qui elle peut avoir confiance, en découvrant l’altérité, approcher la souffrance de ce petit frère qui jusque là était un rival, comprendre la personnalité de sa belle-mère, et faire œuvre d’empathie à l’égard des parents de celle-ci pour sortit du piège qu’elle a elle aussi contribué à monter. Cette famille recomposée qui semblait avoir trouvé un équilibre parfait se révèle tout à fait dysfonctionnelle et devra se reconstituer ou se dissoudre définitivement.

Tourné dans les Vosges, j’ai reconnu des paysages qui me sont familiers, et même la gendarmerie qui apparaissait dans le film Perdrix. Les images des inondations sont bien entendu des vues aériennes en conditions réelles et ajoutent de la tension dramatique, en renforçant les aspects angoissants et mystérieux, de même que la superbe vue plongeante sur le lac depuis la terrasse de la maison, de même que les nappes de brouillard, si fréquentes dans la région.

Un excellent film qui traite de la nécessaire reconstruction après un cataclysme.

Le torrent, un film de Anne Le Ny
Avec André Dussolier, José Garcia., Ophelia Kolb, Capucine Valmary, Anne le Ny
En salles depuis le 30 novembre 2022

mardi 6 décembre 2022

Cheverny est aussi une appellation

Cheverny est le nom d’un superbe château qui a fait l’objet de plusieurs articles. C’est aussi une AOC que j’ai goûté en blanc et en rouge, mais je sais qu’il existe aussi en rosé.

Je l’avais découvert lorsque j’ai vécu en Région Centre. Je l’ai retrouvé à l’occasion d’une de mes visites à Cheverny même.

Il existe plusieurs vignobles mais c’est particulièrement de la cuvée sélectionnée par l’Orangerie du château de Cheverny dont je vais vous parler aujourd’hui.

J’apprécie l’élégance du flacon, avec la très jolie étiquette avec la silhouette du château et le nom Marquis de Vibraye Appellation Cheverny controlée.

L’année prochaine il est probable qu’il existera une cuvée estampillée différemment puisqu’un vignoble a été planté dans l’enceinte du parc au printemps 2018. La superficie de 1, 5 hectare promet 10 000 bouteilles de vin blanc. A conditions que les vignes ne subissent pas un épisode gélif comme ce fut le cas au printemps dernier.

Jusque là, le vin servi à l’Orangerie restera celui qui est mis en bouteille par la Cave Coopérative des Vignerons de Mont-Près-Chambord qui fut créée en 1931 et qui se situe au coeur du vignoble du Cheverny, entre Loire et Sologne, côtoyant de prestigieux châteaux tels que Blois, Chambord et bien évidemment Cheverny.

Le blanc est 80% Sauvignon, 20% Chardonnay. Il s’apprécie, en toute modération pour ses notes d’agrumes et de fruits exotiques. Il est frais et long en bouche, idéal pour accompagner poissons et fruits de mer.
Je l’ai servi avec des beignets de cabillaud. Mais j’aurais pu tout aussi bien choisir un plat de charcuterie ou même, en version végane, avec un pâté de pommes de terre accompagné d’une salade comme on le fait encore en Sologne.
L’étiquette est identique en version rouge. Cette fois l’association s’établit entre Pinot noir à 60% et Gamay à 40%. Ce vin aux notes de petits fruits rouges est rond et fruité en bouche tout en étant sur un registre de fraîcheur, sans doute en raison de la présence de Gamay.

Il a réveillé un jambonneau cuisiné avec des lentilles. Servi entre 13 et 15°, il est agréable pour accompagner les plats de terroir sans les alourdir.
Comme le velouté de potimarron ou le Parmentier de canard qui figurent au menu de l’Orangerie de Cheverny.

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