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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

lundi 27 avril 2026

Nino de Pauline Loquès

Les Césars ont du bon. Sans la double récompense, pour la réalisatrice, Pauline Loquès dont c’est le premier long métrage et pour Théodore Pellerin en tant que meilleur espoir je n’aurais sans doute pas vu Nino, en raison du thème qui me semblait un peu noir.
Dans trois jours, Nino, jeune parisien, qui devrait fêter joyeusement ses 28 ans, devra affronter une grande épreuve. D’ici là, le corps médical lui a imposé deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à traverser Paris, le pousser à renouer avec les autres et peut-être avant tout avec lui-même.
J’ai énormément apprécié la manière que Pauline Loquès a de filmer cet espace-temps entre l’annonce (tellement maladroite) de la maladie au jeune homme et le début du traitement. Elle parvient à nous faire ressentir la lenteur avec laquelle les journées s’enchaînent malgré la précipitation provoquée par la situation. C’est très agréable pour le spectateur qui a le temps de réfléchir, et de ressentir la palette d’émotions jouées par le comédien qui n’en fait jamais trop.

Seule la mère, interprétée par Jeanne Balibar, est une actrice connue mais son décalage est si naturel qu’elle en devient touchante. Le tour de force est qu’on se surprend à se sentir proche de tous les personnages, jusqu’au personnel médical dépassé par la charge de travail ou au contraire profondément humain. La scène finale est à ce titre un monument de pudeur.

Si Pauline Loquès réussit si brillamment c’est parce qu’elle était motivée par le perte d’un proche d’un cancer à 37 ans, et à qui elle dédie le film. Elle n’en raconte cependant pas le parcours. Les questions qu’elle nous soumet sont peu abordées au cinéma : la révélation de la maladie, son annonce à l’entourage, le choix de la "personne de confiance" exigée par l’hôpital, l’emploi du temps des heures de répit avant la course pour la vie, la hiérarchisation des priorités, la "dette" à l’égard de quelqu’un qu’on aurait contaminé malgré soi …et qu’on préviendra avec pudeur par quelques lignes sur une carte postale rose mentionnant Yes, you can.

Nino est comme assommé par l’annonce de sa maladie. Il semble souvent à côté de ses pompes, la perte de ses clés le condamnant à errer. Chaque détail prend tout son sens. Et la réalisatrice a l’art de glisser des détails de notre vie quotidienne comme l’obligation de consommer pour avoir le droit d’aller aux toilettes dans un bar, la façon d’accueillir dans les hôpitaux, l’anniversaire surprise … sans pour autant négliger des sujets de fond comme la question de la parentalité qui est très présente chez les femmes, moins coté masculin, et pourtant Nino est confronté à la préservation de ses chances de fertilité.

L’annonce de la maladie provoque une réflexion très existentielle, du type "Si je m’en sors qu’est ce qui m’attend pour le reste de ma vie ? " ou encore "Est-ce qu’on peut tomber amoureux quand on vient d’apprendre une telle nouvelle ?"

Il y a plusieurs très jolies scènes. Je citerai celle où Zoé, son amie d’enfance, lit avec pudeur et générosité un passage de Venus erotica de Anaïs Nin (et je vois dans ce choix un jeu de mots avec le prénom de Nino). Le moment était périlleux mais il est magnifiquement interprété.

En contraste à la scène d’introduction et à la maladresse de l’oncologue, le film se clôture en montrant que l’hôpital peut aussi être une zone de douceur. La première séance de chimiothérapie se passe dans une pièce qui est pensée comme une chambre de maternité. L’infirmière pose une main sur l’épaule. Elle fixe un bracelet en murmurant que c’est comme pour un nouveau-né. Ça fait écho à la séquence où sa mère raconte sa naissance.

Nino revient à la vie en faisant face à sa mortalité, comme le suggère la dernière chanson, I’ll be alive. On peut considérer que la fin est ouverte aussi bien sur le plan médical que sentimental.

Théodore Pellerin est un comédien québécois jusqu’alors -presque- inconnu en France (il est Jacques de Bascher dans la série "Becoming Karl Lagerfeld") et qui joue sans accent. Il faut aussi souligner la délicatesse de l’interprétation de son ami, joué par William Lebghil qui dégage une grande tendresse alors qu’on a (trop) l’habitude de l’enfermer dans des rôles comiques.

Le film a reçut de multiples prix depuis qu’il a été montré la première fois à la Semaine de la critique à Cannes en mai dernier : prix d’interprétation à Théodore Pellerin, Prix Pierre Chevalier, Prix d’Ornano-Valenti au dernier festival de Deauville … et César du Meilleur Premier Film comme du Meilleur Espoir masculin.

Nino un film de Pauline Loquès
Scénario Pauline Loquès, avec la collaboration de Maud Ameline, 
Avec Théodore Pellerin, William Lebghil, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar
En salle depuis le 27 septembre 2025..

dimanche 26 avril 2026

Le mois Molière de Versailles fête sa 30 ème édition

La tradition de se retrouver au Café Plume a été honorée pour présenter le futur programme et fêter la 30eme édition du festival de théâtre et de musique de Versailles, le Mois Molière.

François de Mazières, qui en est le créateur, en retrace l’histoire à travers un ouvrage, sobrement intitulé 30 ans, mettant en valeur, pour chaque année, un spectacle, une troupe et un lieu. Avec très probablement un cliché de la première édition, ouverte le 1er juin 1996 par Francis Perrin habillé en Sganarelle.

La Cour de la Grande Écurie va redevenir chaque soir dès le samedi 30 mai et tut au long du mois de juin 2026 le point de rassemblement du public un peu comme l’est celle du Palais des Papes d’Avignon, quoique plus modeste avec ses 650 places en gradin.

La manifestation a pour caractéristique de faire appel à une sorte d’esprit de troupe, à l’instar de ce que faisait Molière à son époque, pour composer un festival de qualité mais populaire et fidèle à ses valeurs parce qu’il ne faut pas se cacher que le In d’Avignon fait référence à une certaine culture théâtrale.

Ce seront encore plus de 100 000 spectateurs, toujours très enthousiastes, qui seront heureux d’assister aux 350 spectacles, de découvrir les créations des 12 compagnies en résidence à un tarif sans doute inégalé dans aucun autre lieu. Les spectacles sont majoritairement en entrée libre (ils restent tous gratuits pour les enfants pour qui d’ailleurs on réserve les premiers rangs) et le maximum sera de 4 euros dans la cour de la Grande écurie.

Une quinzaine de spectacles ont été présentés par les artistes s’étant déplacé ce matin :

Le mois s’ouvrira avec Louison qui fut un très grand succès en tant que roman pour la jeunesse (Louison et Monsieur Molière de Marie-Christine Helgerson chez Flammarion Jeunesse). Ce sera la première mise en scène d’Axelle Masliah après six ans d’assistanat, notamment à la Comédie Française. Cette histoire vraie raconte le parcours d’une fille de comédiens pour qui Molière écrira un rôle dans sa dernière pièce avant de mourir, Le malade imaginaire. Le dramaturge lui transmettra sa passion pour le théâtre. Elle y gagnera son émancipation. 

François de Maziere est un excellent auteur de théâtre. J'avais beaucoup aimé Le géniteur, créé en juin 2024 au Conservatoire de Versailles, mis en scène par Nicolas Rigas avec Mylène Bourbeau, Martin Loizillon et Salvatore Ingoglia. Cette fois il s’est intéressé au parcours d’Olympe Audouard, née en 1832, première femme journaliste, aventurière et figure majeure du féminisme qui voyagea dans le monde entier. C’est Martin Loizillon qui en assurera une mise en scène toute en émotion.

Le roman de Mathieu Palain, auteur prolixe des éditions de l’Iconoclaste, Ne t’arrête pas de courir, sera mis en scène par Tristan Petitgirard. Il démontrera comment un athlète promis à la gloire a mis son avenir en danger en cédant à ses addictions. Mais aussi qu’on peut chuter et se relever.
Et Emmanuel Besnault (à droite) adapte, met en scène et joue Le Grand Meaulnes (encore au Lucernaire jusqu’au 14 juin) dans lequel il invite le spectateur à construire son bonheur au présent plutôt que de vivre par procuration et adapte et met en scène Dom Juan dont il n’a gardé que ce qui concerne les questions d’emprise et d’empathie.

Stéphanie Tesson et Phénomène et cie investiront une nouvelle fois le Potager du Roi pour y lire Perceval et ressuscitera la farandole des Fantaisies potagères déjà à l’affiche depuis 2003. J'ai encore en tête son petit air de Maupassant … et le lieu est magique.
Une fois n’est pas coutume. Ronan Riviere monte une pièce du répertoire français, La seconde surprise de l’amour de Marivaux où deux aristocrates en deuil amoureux seront plongés dans une embrouille amoureuse.

Marie Wauquier (à gauche)jouera dans Les Justes (encore au Poche jusqu’au 3 mai) dans la mise en scène de Maxime d’Aboville.
Charlotte Mazneff (à droite) revient avec deux mises en scène. Elle va créer l’histoire vraie de L’affaire Petiot que Philippe Touzet a choisi de raconter du point de vue du commissaire Massu (qui inspira à Simenon le personnage de Maigret) sous l’angle de la transmission à son jeune adjoint. 

Elle mettra aussi en scène Le cercle de craie caucasien avec sans doute plus d’intimité que dans la version montée par Demarcy-Motta au Théâtre de la ville. Ce sera la célébration de la manière dont un faible prend en charge plus faible que lui dans l’esprit du théâtre de tréteaux.

Avec La danse du caméléon, Éric Bouvron démontrera qu’il n’a pas oublié l’Afrique d’où il vient. 

Si La belle Hélène et les garçons, créé l’an dernier, reviendra et clôturera le mois, Nicolas Rigas mettra en scène L’auberge du père tranquille d’après le roman de Philippe Karelle.
 
Sophie Forte nous révélera qui est la vraie Marilyn (Monroe) dont je rappelle l’exposition très sensible de la Cinémathèque. C’est Alice d’Arceaux, avec qui elle a joué dans Mon Isménie qui l’incarnera en compagnie de Guillaume Nocture qu’on a pu saluer dans le très réussi spectacle musical Génération Barber (que Sophie met en scène et qu’on retrouvera au festival d’Avignon à l’Arrache cœur).

Peut-être faut-il rappeler que ce festival existe aussi par la bonne volonté des 200 bénévoles qui se partagent un gros travail, grâce à la collaboration active des équipes techniques de la ville et à la possibilité de repli dans le Théâtre équestre de Bartabas en cas d’intempérie dans la Cour des grandes Écuries.
Vous trouverez tous les renseignements et surtout la programmation complète, y compris en musique, sur le site du Mois Molière. Pour les spectacles à la Grande Écurie, les réservations seront ouvertes le mercredi 20 mai à 12h pour les spectacles du 30 mai au 14 juin et le mercredi 3 juin à 12h pour ceux du 15 au 30 juin.

Je signale que certains des spectacles du Mois Molière seront joués (aussi) au festival SenS du théâtre des Gémeaux parisiens dans le courant du mois de ma, en particulier Rosy & moi mis en scène par Eric Bu, Etre ou ne pas être, adapté et mis en scène par William Mesguich.

Beaucoup seront également joués au festival Off d'Avignon cet été.

Café plume 164 Rue Saint-Honoré, 1 Rue Jean-Jacques Rousseau, 75001 Paris

samedi 25 avril 2026

Je fais ma propre pâte à pizza

Puisque je réussis à faire de la (bonne) pâte à tarte pourquoi ne me lancerais-je pas dans la pizza ?

Avouez que la photo en tête de cet article apporte une réponse positive à la question !

Je me suis appuyée sur les conseils de Grégory Cohen assurant dans son dernier livre consacré à la cuisine italienne que faire sa pâte à pizza maison est un véritable plaisir et la garantie d’une base moelleuse et croustillante.

Il recommande (p.10) de mélanger 500 g de farine tipo 00 avec 10 g de sel dans un saladier. D’y faire un puits au centre et d’ajouter 10 g de levure fraîche (ou 5 g de levure sèche) préalablement délayée dans 300 ml d'eau tiède. D’incorporer ensuite progressivement l'eau à la farine tout en mélangeant à la main ou à l'aide d'un robot. D’ajouter 30 ml d'huile
On forme une boule qu’on place dans un saladier légèrement huilé (alors vraiment légèrement). On couvre d'un linge humide (c’est en recopiant la recette que je remarque ce détail, preuve que ça fonctionne aussi avec un torchon sec) et on laisse reposer 1 à 2 heures à température ambiante, jusqu'à ce qu'elle double de volume.

J'ai évidemment mis mon grain de sel dans le processus. Outre les détails mentionnés entre parenthèses j’ai ajouté du thym et franchement c’était une très bonne idée. Et surtout j’ai appliqué deux recommandations. D’abord j’ai laissé reposer la pâte au réfrigérateur pendant 24 heures, ce qui a eu pour effet de ralentir la fermentation et de développer les saveurs. Ensuite j’ai procédé en plusieurs temps pour la cuisson en ajoutant les garnitures au fur et à mesure pour éviter de détremper la pâte comme on le constate sur les photos.

En théorie on doit aplatir la boule de pâte (environ 250 g pour une pizza de 30 cm) avec les mains en étirant doucement la pâte en partant du centre vers les bords pour obtenir une épaisseur uniforme, en veillant à ne pas trop écraser les bords pour conserver une croûte moelleuse. Je n’ai pas suffisamment de dextérité pour y parvenir et j’ai trouvé que la pâte était très (trop) grasse. J’ai donc posé une feuille dextérité papier sulfurisé dessus et j’ai employé le rouleau à pâtisserie. La technique fonctionne très bien.

Ce fut plus facile de soulever la pâte pour la poser sur la plaque de cuisson. Comme on le constate sur les photos j’avais choisi la forme rectangulaire d’une pizza al taglio, typique de Rome.

J’ai d’abord badigeonné de sauce tomate et ai disposé des rondelles d’oignon (fumé, que j’avais ramené du Nord de la France). J’ai enfourné à 240 degrés pour 4 minutes, pendant lesquelles j’ai préparé les autres ingrédients : des rondelles d’aubergines confites, des olives de Lucques dénoyautées, des tranches de tomate fraîche, des champignons, de l’ail confite, du thon émietté, des feuilles d’ail des ours.
Dans un second temps la pizza garnie de tomates et de champignons est repartie en cuisson pour 2 minutes. Deux autres minutes suffirent pour olives, aubergines et thon.
Enfin j’ai placé les feuilles d’ail des ours (sans repasser au four) et nous l’avons dégustée avec une simple salade d’endives et un verre de Valpolicella bio, Yperico, de la Cave Valentina Cubi installée à Fumane, résultat d'un assemblage entre Corvina, Corvinone, Rondinella et Molinara, en toute modération sachant que l’abus d’alcool nuit à la santé.
J’ai consacré un article entier aux vins de l’AOP Valpolicello ici.dans lequel je donne les caractéristiques de l’Yperico.
En Italie, il arrive qu’on utilise aussi la pâte à pizza tout à fait différemment. Par exemple pour faire des petits pains farcis. Ou encore des "roulés". Dans ce cas on l'étale sur 1 cm d'épaisseur et on la recouvre de purée de tomates ou de ce qui tente (ici j'ai posé des rondelles d'oignons précédemment cuites et de la mozzarella. On roule en un épais rouleau, puis on coupe des tranches de 2 cm d’épaisseur que l'on aligne sur une plaque de cuisson recouverte d'une feuille de papier sulfurisée. On laisse reposer 10 minutes pour que la pâte lève à nouveau. On cuit au four pendant quelques minutes.
Cela donne des portions plus petites, presque des friandises. C’et une option quand on prépare de la pâte en quantité abondante et cela peut constituer un surprenant accompagnement d’apéritif entre copains.
Pour finir quelques (autres) conseils :
si la pâte est trop collante, saupoudre d'un peu de farine ; si elle est trop sèche, ajoute un filet d'eau tiède,
-  le four doit être préchauffé correctement à la bonne température,
- éviter de surcharger la pizza en garniture pour éviter qu'elle ne devienne molle (ou alors cuire en plusieurs temps)
- toujours ajouter des ingrédients frais et de saison (basilic, roquette, etc.) après la cuisson pour préserver leur saveur.

vendredi 24 avril 2026

La femme de ménage de Freida McFadden

La femme de ménage est un énorme phénomène littéraire, cumulant un nombre considérable de lecteurs dont je viens de rejoindre la cohorte. Et je suis en passe de me glisser dans les premiers rangs des fans de cette mystérieuse autrice américaine. 

Freida McFadden a en effet longtemps cultivé le secret autour de son identité réelle.

Il a pris fin lors d’une interview accordée à USA Today, datée du jeudi 9 avril, tordant le cou aux spéculations prétendant un collectif d’auteurs masqués derrière une identité fictive. Sara Cohen exerce comme médecin spécialisée dans le traitement des troubles cérébraux. Elle a utilisé un pseudo pour éviter toute interférence entre son travail à l’hôpital et son succès en librairie. Elle continuera néanmoins à publier sous son nom de plume, devenu une marque littéraire à part entière.

Je rappelle qu’après la trilogie autour de La femme de ménage, elle a enchaîné avec Le Boyfriend, La locataire et L’intruse, devenant très vite une personnalité majeure du thriller contemporain. Dans la foulée de sa parution, La femme de ménage a fait l'objet d'une adaptation cinématographique éponyme avec Sydney Sweeney dans le rôle principal, qui ne me tente pas après en avoir visionné la bande-annonce. Je ne sais d'ailleurs pas si je vais avaler tous ces succès mais je dois confesser que j’ai pris un énorme plaisir à la lecture du premier opus.
Millie, une détenue libérée après dix ans de prison et sans emploi, parvient à se faire embaucher comme employée de maison dans une riche famille new-yorkaise. Cette nouvelle situation, où elle est à la fois femme de ménage, cuisinière et accompagnatrice de Cecelia, la fille de la famille, lui paraît tout d'abord être une chance formidable, avant que sa très aimable patronne, Nina Winchester, ne se révèle finalement instable et toxique. La bienveillance de son époux Andrew, "d’une beauté dévastatrice", permet à Millie de supporter la situation et de surmonter les rumeurs selon lesquelles sa patronne aurait tenté de noyer sa propre fille, mais son malaise s'accroît lorsqu'elle découvre que la chambre qu'on lui a allouée ne ferme que de l’extérieur.
Pour un premier roman c'est un coup de maitre, comme le fut en son temps la saga Potter. On peut bien le qualifier de populaire ou prétendre non sans ironie qu’il s’inscrit dans un "contrat de divertissement", l’intrigue est bien ficelé, il enchaine de vrais rebondissements, avec un style tout à fait correct mais d’une simplicité fort agréable. C’est un grand succès de librairie mondial, ce qui impose le respect. Rien qu’en France il s’en est vendu plus de 630 000 exemplaires en une année, avec semble-t-il un lectorat total de 2,5 millions d'exemplaires vendus en France pour le livre initial de la série et son éditeur confie qu'il ne pouvait s'attendre à un phénomène d'une telle ampleur.

The Housemaid a été distingué à deux reprises par l'Association internationale des auteurs de thrillers : en 2023, il est élu au titre de roman ayant reçu la meilleure critique, et en 2024, il est nommé parmi les cinq meilleurs livres audio.

La femme de ménage de Freida McFadden, publication originale sous le titre de The Housemaiden 2022, City Éditions pour l'édition française, traduction de Karine Forestier, en librairie depuis 2023

jeudi 23 avril 2026

Mon grand frère et moi de Ryôta Nakano

C’est une amie qui m’a entraînée au Cinéma des cinéastes. L’endroit est particulier. Il abrite un bar-restaurant caché car il faut le connaitre pour avoir l’idée de s’y installer, au premier étage. Et pourtant cette adresse confidentielle est accessible sans ticket de cinéma, par un escalier discret dans le hall, loin du tumulte de la Place de Clichy.

Installé dans l'ancien cabaret du Père Lathuille (où se produisirent des célébrités comme Maurice Chevallier ou Lucienne Boyer), sous une fresque dédiée à Méliès et Loïe Fuller (dont j’ai photographié un morceau), c'est un lieu où l'on vient aussi bien dîner en groupe que prendre un verre dans un décor fin XIX°, avec velours et lumières tamisées.

J’ai à peine eu le temps de deviner que la carte des cocktails comportait des suggestions originales, que celle des tapas était gourmande. Tout m’a tenté dans cet endroit hors du temps mais, bien que chroniqueuse culinaire, je n’étais pas venue pour ça.

Le Cinéma des cinéastes est fidèle à son nom. Il appartient à 220 producteurs, auteurs, réalisateurs qui ont la volonté de porter haut le 7ème art. Son directeur s’efforce donc d’y présenter depuis 1997 toutes les cinématographies. Ce soir là ce sera, pour la première fois, un réalisateur japonais, Ryôta Nakanoqui arrivera un peu plus tard pour débattre de Mon grand frère et moi une fois que nous l’aurons visionné. Il n’est pas encore sorti en France et je n’avais rien lu à son propos.
Entre Riko et son frère aîné, rien n’a jamais été simple. Même après sa mort, il continue de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants… et un fils ! Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences, et redécouvre peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’aurait cru.
Il y a, pour nous européens, quelque chose de l’ordre du documentaire en ce sens que nous ignorons les coutumes japonaises en matière d’enterrement, comme par exemple l'usage du blanc en tant que couleur sacrée. Les fleurs blanches sont symbole de pureté. La mort est une transition et n'inspire pas les mêmes sentiments qu'en Occident. Cela peut sembler anecdotique de le dire mais certaines scènes ont un aspect cocasse pour qui ne connait pas cette civilisation, comme la coutume de déjeuner pendant la crémation. On récupère ensuite les fragments d'os avec des baguettes rituelles pour les rassembler et les placer dans une urne en commençant par ceux des pieds et en remontant jusqu'au crâne avec les cendres. Heureusement, la caméra est toujours discrète et bienveillante, et la durée du film, supérieure à deux heures, permet de prendre le temps

Le film débute dans le silence, sans même une musique d’accompagnement. Le piano n'interviendra que bien plus tard, lorsque la mère, face au miroir, réalisera la gravité de la situation, bien après l'annonce du décès de son frère, par téléphone, où la conversation s'est enclenchée avec la formule traditionnelle moshi moshi qui signifie littéralement  "je parle, je parle", et sous-entend "allô, vous m'entendez ?" 

L'intrigue se met en place quand le fils de Riko fait ses devoirs dans sa chambre et qu'il tombe fortuitement sur un livre (écrit par sa mère) dont le prologue mentionne C’est un refuge, pas un fardeau.

La formule est opaque pour le moment. On la retrouvera au dernier plan, lorsqu’il refermera le roman qui est aussi un témoignage. la façon de tenir le livre a de quoi intriguer. Il faut savoir que dans ce pays, les livres se lisent de haut en bas, de droite à gauche, comme l'écriture japonaise qui se trace traditionnellement à la verticale. Cette façon d'écrire s'appelle le tategaki ... si bien qu'en ouvrant le roman à l'envers de notre sens de lecture il n'est pas à la fin mais au début de l'histoire.

Cela s’explique de manière historique, à une époque où l'on écrivait au pinceau et à l’encre : le pinceau dans la main droite et le rouleau de papier dans la main gauche. Il était beaucoup plus pratique d’écrire de droite à gauche pour éviter d'endommager ce qu'on avait tracé. Voilà d'ailleurs pourquoi, en France, on garde ce sens de lecture pour les mangas car ce serait un travail colossal de réordonner les vignettes. C’est aussi le meilleur moyen de respecter l’œuvre originale.

C'est aussi pour une raison pratique qu'on verra les voitures rouler sur la gauche. L'origine remonte à l'époque féodale, lorsque les samouraïs portaient leur épée sur le côté gauche du corps et qu'il aurait été dangereux de se croiser en circulant sur le côté droit. Cette tradition s'est maintenue et a été renforcée par l'influence britannique lors de la construction des premiers chemins de fer japonais au XIX° siècle. (En France aussi, hormis en Alsace, les trains roulent à gauche). Et si nos voitures se déplacent du côté droit la responsabilité en incombe à Napoléon Ier qui a rendu ce sens de circulation obligatoire en 1804.

Il n'empêche que le réalisateur fera de multiples flash-backs que, parfois, nous aurons du mal à comprendre car beaucoup sont des sortes d'hallucinations, ou disons des évocations des membres de la famille et de souvenirs vécus … ou rêvés.

C'est ce qu'on appelle au Japon le Omokage : le visage qui reste, au réveil d'un songe ou accroché à un souvenir... Riko en est troublée : son grand frère, pourtant disparu, n'a de cesse de lui rendre visite au quotidien... et il se permet toutes sortes de facéties, parce que dans le cinéma de Nagano tragédie et comédie sont indissociables.
On a au Japon un autre rapport à la fatalité. Lorsqu'il discuta avec la salle le réalisateur reconnut que, culturellement, la mort n’est pas joyeuse dans son pays mais qu'il a voulu en imprégner son film : L’être humain n’est jamais aussi humain que lorsqu’il se débat dans ses émotions. Les larmes et le rire ne sont pas contradictoires et peuvent coexister.

On ne fait pas la bise ni ne serre la main. On se limite à un hochement de tête ou – plus authentiquement -une courbette appelée ojigi, formelle mais très codifiée (l’inclinaison dépasse rarement 30°, sauf pour exprimer un respect exceptionnel). Les salutations s’accompagnent souvent de mots de politesse comme "sumimasen" (excusez-moi) et "arigatou gozaimasu" (merci beaucoup). L’évitement du regard est un signe de modestie ou de respect, surtout envers les aînés. La communication japonaise privilégie l’implicite : les non-dits, les silences. Que ce soit en couple ou en famille, les signes d’affection sont généralement réservés à la sphère privée. Les accolades, bisous ou grandes effusions en public sont proscrits, y compris entre une mère et son enfant. Le consensus, la retenue d’émotions et la modestie sont des piliers de la société japonaise. Il n'est pas d’usage d’exprimer directement son avis, pour éviter toute forme de confrontation. 

On se déchausse quand on rentre chez quelqu’un, dans un restaurant traditionnel, certains temples ou tout endroit pourvu de tatamis. Un espace est aménagé à l’entrée pour les chaussures et on peut y enfiler des chaussons ou rester en chaussettes. Le respect de l’hygiène est un pilier du mode de vie japonais.

La nourriture est un aspect important, on le remarque dans le film. On ne plante pas les baguettes dans un bol de riz car ce geste évoque le rituel funéraire. Mâcher bruyamment est mal vu, sauf pour les nouilles qui sont aspirées bruyamment pour signifier que l'on apprécie le plat.
Comme c’était déjà le cas dans La Famille Asada (2020), Ryota Nagano évoque de nouveau le souvenir traumatisant du séisme de l’Est du Japon, à Fukushima le 11 mars 2011. Le personnage du frère a déménagé dans la ville de Tagajō, dans la préfecture de Miyagi, une région qui a été gravement touchée par le Tsunami où le réalisateur s’est rendu pour effectuer des repérages et réaliser des interviews.

Il a confirmé avoir adapté un livre racontant le décès d'un frère et que c'est lui qui a décidé de le faire régulièrement apparaître. Le scénario est pour moitié tiré du livre, pour un tiers des échanges que le réalisateur a eu avec l’autrice et les 20% restant appartiennent au cinéaste.

Dans la "vraie" vie, le grand frère est très paumé, fauché, mais très aimé, surtout par les femmes. Derrière ses défauts il avait des qualités. Or, si on ne réussit pas, on n’est rien, non ? interroge-il.

Il reconnait ne pas souhaiter laisser une part d’improvisation à ses acteurs et écrit leurs rôles à la virgule près. Le comédien qui interprète le grand frère a la réputation d’improviser mais cette fois il ne l’a pas fait, disant que lorsqu’un scénario est bon c’est inutile.

Derrière les situations cocasses et les fantômes bienveillants, Mon grand-frère et moi célèbre la réconciliation, en premier lieu avec ce frère "dissident" mais aussi avec tout ce qu’on pensait avoir perdu en chemin. Il ne s'agit ni de pardon ni de faiblesse mais de reconnaitre qu'il peut y avoir des qualités derrière les défauts. Et si Riko en veut tant à son frère, c’est peut-être moins pour sa désinvolture que pour la liberté qu’il incarne et dont on la sent un peu jalouse. Jusqu'à ce qu'elle comprenne que ce grand frère est un refuge, pas un fardeau.


Mon grand frère et moi de Ryôta Nakano
Avec Hikari Mitsushima, Joe Odagiri, Ko Shibasaki
Vu le 7 avril 2026 au Cinéma des cinéastes- 7 avenue de Clichy - 75017 Paris
Sortie annoncée en France pour le 6 mai 2026

mercredi 22 avril 2026

Marilyn Monroe à la Cinémathèque

Une fois traversé son visage imprimé sur le rideau en lamelles, et si vous faites le (petit) effort de déchiffrer les cartels de l'exposition qui vient de démarrer à la Cinémathèque, sobrement intitulée Marilyn Monroe, et de visionner les extraits de ses films vous comprendrez combien l'impitoyable système des studios pendant sa courte carrière d'actrice à Hollywood (1946-1962) a pesé sur ses épaules. Vous serez alors épaté par son naturel et son talent.

Elle fut injustement déconsidérée, comme interprète, et ceux qui l'adulèrent en tant que star ne lui rendirent pas service puisqu'ils furent incapables de la soutenir.

Elle a été broyée par le système jusqu'à en mourir très jeune : elle n'avait que 36 ans !

L'exposition présente une vraie actrice qui incarne et compose des rôles à l'écran et qui donne envie de visionner entièrement sa filmographie. Sa beauté et son naturel sont manifestes dès ses premières apparitions.

Norma Jeane est découverte par un photographe pendant la guerre alors qu'elle travaille à l'usine. Devenir mannequin lui permet d'être indépendante financièrement, de divorcer et d'échapper à sa condition d'ouvrière.

La pin-up incarne les enjeux de son temps. Figure patriotique pendant la guerre, elle symbolise davantage le potentiel domestique dans les années 1950. Elle est jeune, blanche et enjouée, érotisée sans être vulgaire et jamais individualisée. Elle est un idéal féminin caractérisé par une forme de naïveté sexuelle. Le visiteur est soumis à de forts contrastes, entre des photographies éclatantes de simplicité et de vitalité et d'autres d'une sophistication extrême. On retrouvera le même décalage entre la Marilyn en jean et la star en robe de mousseline.
Le pantalon et la blouse en soie de la garde-robe personnelle de Monroe, années 1950 provient d'une boutique Jax tenue et dirigée par Jack Hanson (qui en ouvrit deux au début des années 50 : une à Beverly Hills et une à New York, près de l'appartement où vivait Marilyn).

Pourtant les studios exploitent d'emblée la figure de pin-up dans les films de Monroe, mais aussi dans toutes ses apparitions publiques. Les critères de la Mmm Girl -slogan promotionnel des studios- sont simultanément repris par la presse puis par ses premiers biographes.

mardi 21 avril 2026

Accord met-vin avec le Thirsty Owl Wine Co. Diamond 2024 des Finger Lakes

C'est à Wine Paris, sur le stand des vins de l'Etat de New-York, que j'ai découvert notamment le Diamond de Thirsty Owl Wine, cuvée 2024.

Il n'y a pas que l'étiquette qui a attiré mon attention. C'est surtout la saveur de ce cépage que nous ne connaissons pas en France et pour lequel on manque de références organoleptiques qui le rend intéressant à tenter d’associer avec un plat.

Goûter ce vin de table doux, comprendre et apprécier son histoire, lui confère un charme indéniable et c'est un vin d'une qualité exceptionnelle.

La robe est jaune citron pâle. Le nez est aromatique et complexe : d’abord des arômes de grappes de raisin fraîchement cueillies suivis de notes de fruits mûrs, miellées, herbacées et florales.

En bouche, des notes de pêche et de poire se révèlent, avec une acidité typique de l'État de New York. La minéralité est marquée, évoquant les hydrocarbures. La finale est douce, débordante de saveurs et d'arômes de raisin frais.

On y reconnaît les caractéristiques aromatiques de certaines variétés issues de vignes américaines. Ce profil, singulier et expressif, se distingue par des notes intenses de raisin frais, de fruits mûrs et une touche délicatement sucrée évoquant certains jus de raisin bien mûrs.

Selon les sensibilités culturelles, cette palette peut être perçue différemment : si elle surprend parfois en Europe par son originalité, elle est en revanche particulièrement appréciée dans d’autres régions du monde, comme au Japon, où elle est associée à une expression riche et gourmande.

Le nez et la bouche développent des nuances complexes, mêlant des notes fruitées généreuses à des accents plus sauvages et naturels, qui rappellent le caractère authentique du terroir et de la vigne. Cette typicité, que les œnologues qualifient par le terme de "foxton" ou "foxtaste", constitue une véritable signature sensorielle, recherchée par les amateurs pour son identité unique.

Je pourrais résumer en deux mots la sensation à la dégustation, étrange je l'avoue, de cire d'abeille, totalement inédite avec les vins français si on excepte l'hydromel. Les néophytes pensent que du sucre a été ajouté, et pourtant non, pas plus que les alsaciens ne supplémentent leur Gewurtztraminer. Il présente seulement 5,6 % de sucre résiduel.

On aime ou on aime pas, et personnellement j’apprécie, bien entendu en toute modération sachant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé comme nous le rappelle l’histoire du nom de la compagnie. On raconte en effet que Ted Cupp, fondateur et "visionnaire" du domaine viticole (le père de Jon qui le dirige aujourd’hui), avait un peu trop bu un soir et, qu’en rentrant chez lui, il crut apercevoir un "grand hibou assoiffé" dans les vignes. Il décida alors de donner ce nom à son entreprise.

Il est issu d'un cépage trop souvent méconnu, probablement parce qu'il donne généralement des vins doux, souvent qualifiés de "violents" au goût de raisin. Autrefois, Pourtant, ces arômes de raisin ont connu un véritable regain de popularité ces dernières années, et ce vin est une véritable réussite !

Je l’ai immédiatement imaginé sur des recettes créoles, un poulet New-Orléans, des plats cajuns ou mexicains, un colombo (ci-dessous à gauche). Mais j’ai cherché une autre association et je dois dire qu'un risotto aux morilles a parfaitement matché, en accompagnement d'un saumon cuit vapeur. L'assiette est "décorée" de fleurs de bourrache et feuilles de menthe bergamote qui sont deux végétaux que j'apprécie énormément.
Il fut également idéal avec une tarte aux pommes, mais en saison je le servirai sur des abricots et ce sera encore meilleur.

lundi 20 avril 2026

A voix basse de Leyla Bouzid

À voix basse est le troisième long métrage de Leyla Bouzid. C'est lui que l'AFCAE a retenu comme film-surprise d'avril.

Tourné surtout en Tunisie, ce film français, écrit par la réalisatrice en hommage à sa mère, a été présenté en avant-première le 13 février 2026, en compétition à la 76e Berlinale.
De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, la jeune femme se retrouve confrontée à un secret de famille qui va faire écho à sa propre situation.
L'action se déroule essentiellement dans une sorte de huis clos, au sein d'une (vaste) maison où cohabitent trois générations de femmes. C'est sans surprise que le spectateur comprend le risque de la révélation de son homosexualité dans un pays où elle est encore répréhensible par la loi même si l'opinion commence à évoluer et que, paradoxalement les femmes sont plus épargnées du fait que les institutions susceptibles de les sanctionner ne croient pas ce type de relations possibles et concluent à une plaisanterie.

Faut-il pointer qu'en Tunisie le code pénal prévoit jusqu’à trois ans de prison pour punir les relations intimes entre personnes de même sexe ? On peut comprendre que cela favorise les non-dits.

Lilia est venue accompagnée d'Alice qui compte bien profiter de son séjour pour s'affirmer officiellement dans la vie de sa compagne. Lilia craint la réaction de sa mère et cherche à préserver sa grand-mère, si ébranlée par la mort de son fils chéri.

Les souvenirs reviennent à la surface, joliment évoqués par des apparitions ou plus concrètement par la découverte de courriers qui n'ont jamais été expédiés. Leila va entreprendre un vrai travail d'enquête qui va faire bouger les lignes. La prise de conscience est progressive quoiqu'on devine que le secret n'en était pas véritablement un, même si l'aïeule avait réussi à imposer le mariage à son fils.

Cette contrainte est subtilement racontée par le prisme de photographies qui en disent plus long que bien des dialogues et par une caméra qui s’approche au plus près possible des visages. Et un équilibre délicatement négocié entre la ville et la campagne dans un champ d'oliviers.

Le film se déploie dans une grande sensibilité et un profond respect, parvenant à instaurer une forme d'optimisme. Il est malgré tout dommage (mais je sais que c'est une réalité linguistique) que les dialogues sautent du français à l'arabe, et vice versa, au sein d'une même conversation, voire à l'intérieur d'une phrase, avec pour conséquence la perte de la pensée dans la langue d'origine.

Certaines actrices sont bien connues comme Hiam Abbass qui interprète la mère, et Marion Barbeau (Alice) que l'on avait remarqué dans le film de Cédric Klapisch, En corps. Il est certain qu'on entendra parler de Eya Bouteraa parfaite dans le rôle difficile de Lilia.

À voix basse
Réalisation et scénario : Leyla Bouzid
Avec Eya Bouteraa : Lilia, Marion Barbeau : Alice, Hiam Abbass : Wahida, Fériel Chammari : Hayet, Salma Baccar : mamie Néfissa, Lassaad Jamoussi : Moncef, Karim Rmadi : Daly
Musique : Yom
Date de sortie nationale annoncée pour la France : 22 avril 2026

dimanche 19 avril 2026

Roberta Cecchin : Una Roberta a Parigi

J'en avais entendu parler depuis très longtemps mais n'avais jamais trouvé de créneau pour aller voir Roberta Cecchin, … cette italienne à Paris qui circule à Vespa en portant en bretelle les trois couleurs verte/blanche/rouge de son pays et qui seront celles de son éclairagiste.

L'humorist, pétillante comme le Prosecco,  reconnue pour son regard affûté et son énergie scénique, propose au Grand Point Virgule son spectacle Una Roberta a Parigi devant un public conquis d'avance, et pour cause puisque la salle était pour moitié occupée par des italiens … qui étaient ravis d'interagir avec leur compatriote tout au long du spectacle.

Il s'agit d'une édition spéciale de la version d'origine, au cours de deux soirées, les 9 avril et 3 juin 2026, pour célébrer sur scène l’amitié entre Rome et Paris (j'en précise le contexte en fin d'article). Le public peut à cette occasion découvrir ou redécouvrir le regard humoristique d’une artiste dont le parcours se construit entre l’Italie et la France.

Elle a en effet ajouté à son woman show un nouveau sketch qu'elle teste en ce moment et qui a été écrit à l’occasion des 70 ans du jumelage officiel entre les deux capitales européennes. Pour cette édition spéciale, certains passages ont été adaptés afin d’évoquer les références historiques et culturelles qui les approchent. Le spectacle propose ainsi des clins d’œil à la culture parisienne, à la culture romaine, ainsi qu’aux symboles qui caractérisent cette relation entre les deux villes.
Bien sûr elle raconte également son histoire d'Italienne qui débarque à Paris sans parler français, et qui se retrouve confrontée aux interminables querelles à propos de la langue, de la cuisine et des coutumes. Amoureuse de l’Italie, passionnée de Paris (elle est devenue citoyenne française en 2022), elle nous initie sur les différences culturelles en termes d'apéro, de bise, de drague, de bidet, de taille d'appartement, de culottes, sans oublier la (bonne et unique) manière de cuisiner les pâtes Carbonara et notre penchant ridicule pour les pizzas "chèvre et miel" (n'empêche que sans nous les indiens seraient passés à côté de leur désormais spécialité de Cheese naan). Il sera tout de même utile de savoir qu'en Italie on ne se fait pas la bise à tout bout de champ, on se serre la main.

Munie d'un tableau d'orthophoniste elle va détailler les différences de prononciation et dénombrer les voyelles d'un côté et de l'autre en nous alertant que, non, l'italien ce n'est pas du français avec des a ou o à la fin. Et elle nous rappelle au passage que jusqu'en mars 1861 (date de la proclamation du royaume) on y parlait 250 langues différentes.

Elle se moque de nos travers (il est vrai que nous croyons dur comme fer que Panzani est une marque italienne) autant que de ceux de son pays d'origine. Jusqu'à son patronyme. Roberta, nous dit-elle est un prénom vieux et moche en français, à consonance masculine malgré son a final. Quant à Cecchin, il ne se termine pas par une voyelle alors qu'on le prononce Tche-chi-ne.

Depuis sa création, Una Roberta a Parigi a déjà dépassé 215 représentations dans sept pays et dans plus de 50 villes. La mise en scène de la "seule humoriste italienne proposant un spectacle en français en tournée en France" est assurée en collaboration avec l’artiste italien Stefano Pepemauropar Christophe Averlan qui, en plus de son activité d'auteur et de réalisateur, a cofondé une boîte de coaching pour acteurs et actrices. Il a travaillé. 

Roberta Cecchin : Una Roberta a Parigi
Mise en scène Christophe Averlan
Le grand Point Virgule, 8 bis rue de l'Arrivée 75015 Paris
jeudi 9 avril et mercredi 3 juin à 19 h15
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"Seul Paris est digne de Rome ; seule Rome est digne de Paris". L'affirmation a scellé en 1956 le jumelage exclusif qui unit les deux capitales européennes dont les maires ont renforcé leurs liens en 2022 afin de relancer les voyages culturels.

samedi 18 avril 2026

Potiche dans la mise en scène de Charles Templon

Très forte est la probabilité d’avoir déjà vu Potiche, soit au cinéma avec le film de François Ozon (2010) où Catherine Deneuve interprétait le rôle titre en compagnie de Gérard Depardieu et Fabrice Luchini, ou au théâtre, bien que la création du rôle titre par Jacqueline Maillan remonte tout de même à 1980.

On connait tous l’histoire dont il est impossible de ne pas avoir visionné un extrait de l’une ou de l’autre version.

Nous voici au Théâtre Libre, à deux pas du théâtre Antoine où l’immense Maillan officiait. Par chance la comédie pétillante écrite par Barillet et Grédy il y a plus de 45 ans reste tout à fait entendable, ce qui dénote que nous n’en avons pas fini avec le machisme bien que les femmes ne se laissent plus cantonner à une telle vision (sauf peut-être une certaine épouse d’un certain président outre-Atlantique mais là n’est pas la question. Et c’est sans doute au final une idée judicieuse que d’avoir quasiment repris le décor d’origine, tout à fait daté et ponctué de parapluies. On est en terrain de connaissance …
Dans la ville tranquille de Sainte-Gudule, rien ne semble pouvoir troubler la vie bien rangée de la famille Pujol. Et pourtant… Quand Robert, patron austère d’une usine de parapluies, est victime d’un malaise, son épouse Suzanne se voit contrainte de reprendre les rênes de l’entreprise. Docile et dévouée, Suzanne se révèle finalement une cheffe d’entreprise brillante et inattendue !
Au-delà du décor la super bonne idée est d’avoir fait une distribution au petits oignons, ce qui a sans doute pesé dans la nomination de la pièce aux prochains Molières au au titre de Meilleure Comédie. Avec en tête Clémentine Célarié qui combine intelligemment comédie et sérieux.

On ne se souvient pas de Patricia Karim qui était la Nadège d’origine. Par contre Karin Viard avait fait du personnage une parfaite secrétaire dans la version cinématographique. Ici c’est  l’excellentissime, Hugo Bardin alias Paloma (remplacée dans le rôle de Nadège par Kameliya Stoeva le 23 avril), qui fait le job et qui aurait bien mérité une nomination comme Molière de la révélation. Quel vent de folie douce !

Philippe Uchan, Jérôme Pouly, Benjamin Siksou, Alexie Ribes et Valmont Folcher se donnent admirablement la réplique avec une belle énergie et une complicité évidente … jusqu’aux lapsus et petits incidents rattrapés avec une dextérité jouissive.

On se surprend à trouver que des répliques cultes qui n’ont (malheureusement) pas tant que ça vieilli :
- Ton avis ? Tu as un avis ? Je te demande de partager le mien.
- Je n’ai pas à m’excuser d’être femme.

Côté bande-son, on s’amusera de reconnaître le générique d’Aujourd'hui madame, qui était d’ailleurs utilisé dans le film, et qui « date » l’époque. Ce magazine destiné aux femmes au foyer, ces fameuses « ménagères » a été diffusé sur la deuxième chaîne de 1970 à 1982. Le grand succès de Dalida, véritable ode à la liberté, qu’est Laissez-moi danser, lui fait en quelque sorte contrepoint.

On entend bien à la fin que la France est une grande baraque qui manque de femmes au pouvoirOn pourrait reprocher à Charles Templon de n’avoir pas osé dépoussiérer les dialogues en écrivant une adaptation qui aurait résonné avec les préoccupations actuelles. Et pourtant je lui donne raison. Tout en conservant l’action en 1977 le réalisateur avait glissé dans son film des allusions politiques contemporaines à la sortie du long métrage (se moquant aussi bien de Sarkozy que deSégolène Royal) qui ont terriblement mal vieilli, si bien qu’il en devient incompréhensible. Le journal La Croix avait d’ailleurs titré cruellement à l’époque Potiche un film cruche.

On remarque malgré tout que si au début le chemisier de Suzanne la confond avec le tissu vert des coussins du canapé, signifiant combien elle est ravalée à un niveau d’objet, à la fin elle resplendit en rouge alors que le mari a revêtu un blouson … vert.

Elle est brillamment ressuscitée au Théâtre Libre jusqu’au 14 juin 2026 où le rire contamine la salle entière et ça fait du bien sans prendre la tête.
Potiche de Barillet et Grédy
Mise en scène : Charles Templon assisté de Félix Beaupérin
Avec Clémentine Célarié , Hugo Bardin (Paloma), Philippe UchanJérôme PoulyBenjamin SiksouAlexie Ribes et Valmont Folcher
Lumières : Denis Koransky assisté Mathilde Monier
Décors : Nicolas Delas
Costumes : Emmanuelle Youchnovski assistée de David Rossini
Création sonore : Côme Ranjard, Benjamin Siksou, Camille Vitté 
Perruques : Dorian Jollet
Au Théâtre Libre - 4 bougnats de Strasbourg - 75010 Paris
Du 12 février au 14 juin 2026

vendredi 17 avril 2026

Annonce de la Sélection Hors Concours 2026

(mis à jour le 30 avril 2026)
Je suis le Prix Hors concours depuis sa naissance, il y a plus de dix ans désormais. C'est au Festival du livre, qui se tient au Grand Palais, 7 Avenue Winston Churchill, 75008 Paris que Gaëlle Bohé avait choisi d'annoncer les titres de la sélection 2025.

Ce festival, qui se déroulera sur trois jours jusqu'au 19 avril 2026, a pour thème le voyage et pour invitée d'honneur la bande dessinée, en annonçant rencontres, lectures, dédicaces et expériences inédites pour célébrer la lecture et la BD sous la verrière et dans le Salon Seine. 

Le festival annonçait plus de 1 200 auteurs, 450 maisons d’édition et 14 pays en promettant la diversité des cultures et des récits à travers une programmation riche et accessible à tous mais force est de constater que des acteurs majeurs du livre sont absents. N'oublions d'ailleurs pas l'appel au boycott qui avait été lancé par le syndicat de la librairie française, qui fédère près de 850 librairies, en raison du partenariat avec Amazon et mettant en cause la cohérence du Syndicat national de l'édition. L'e-commerçant s'est, depuis, retiré de la manifestation.

Le Grand Palais est magnifique mais horriblement bruyant, déconseillé aux agoraphobes, et la signalétique y est très compliquée malgré un nombre considérable de bénévoles (ne sachant pas tous lire le plan).

J'ai été surprise par l'abondance des lectrices de romance, considérablement majoritaires, faisant d’énormes queues pour des dédicaces. Par la faible représentation des enfants, mais il est vrai que nous en sommes pas au Salon de Montreuil.

Une exposition était dédiée à la romance (ceci expliquant donc cela) et une autre au 9ème art où je en fus pas surprise de retrouver, presque en chair et en os, du moins en habits, la Bécassine du film réalisé en 2018 par Bruno Podalydès.

Beaucoup de rencontres affichaient "complet" mais, vus d'en haut, les espaces n'étaient pas non plus gigantesques.

Les stands des éditeurs un peu conséquents m'ont semblé bouclés comme des forteresses et les équipes occupées à discuter entre elles n’étaient pas accessibles.

Heureusement que les "petites" maison, entendez par là l'édition indépendante, sont présentes avec parmi elles 16 qui s'avèreront avoir été sélectionnés pour le Prix Hors Concours, soit près de la moitié des 40 candidats, ce qu'il faut rapprocher de l'aide de la Région Ile-de-France qui en rassemblent beaucoup sur ses 4 grands kiosques représentant une surface totale de 112 m².

Hors Concours est une académie vivante, vibrante, qui oeuvre pour le collectif. Le Prix reste dédiée au soutien et à la promotion de l’édition indépendante d’autant plus nécessaire après le limogeage d'Olivier Nora chez Grasset. On constate que l’actualité rappelle à quel point il est important de conserver la diversité littéraire.
La salle de la Reine fut le lieu idéal pour Anne-Laure Linay, éditrice, conseil et suivi éditorial (depuis 2023, ci-dessus à l'extrême droite) pour annoncer les couleurs de la bibliothèque 2026, dans des tonalités de rose et de rouge tout à fait raccord -mais c'est un pur hasard- avec l'affiche du festival. Elle sera disponible fin juin et espérons qu'elle donne envie de vibrer et surtout de garder l’esprit libre. A noter qu’elle existera désormais en langue anglaise, et on peut imaginer que cela donnera envie à d’autre pays d’acheter les droits des ouvrages y figurant.
Il fut rappelé que les grands gagnants avaient été annoncés le 25 novembre dernier à la Maison de la Poésie : 
Karim Kattan (à gauche) pour L’Éden à l’aube, publié aux éditions Elyzad
La mention du public revenait à Justine Arnal (à droite) pour Rêve d’une pomme acide, publié par Quidam éditeur.
Il restait à annoncer le coup de coeur des clubs de lecture dont Clara Piccinno (ci-dessus en veste noire) est administratrice et coordonnatrice. Ce fut Sans nouvelles depuis Drancy de David Hury, aux éditions Riveneuve.
Il était en lice avec 4 autres finalistes :
- Trois noyaux d'abricot de Patrice Guiaro, Au vent des iles
- Le coeur quand il explose de Claire Griois, chez Quartier libre
- Les sacrifiés de Myab de Luce Belmontec, chez Caméléon
- Ne reste que la nuit de Rose Maillai, éditions du Gros Caillou

Si on considère les 5 livres retenus pour le Prix et qu'on les ajoute à ces 5 là ce sont donc 10 livres qui sont distingués, soit une proportion de 1 sur 4.

Nous attendions tous l'annonce de la sélection. Les organisatrices ont souligné que l'objet-livre est de plus en plus beau au fil des années, traduisant un travail d'édition soigné. Il y eut 60 candidatures présentées par les éditeurs. 40 ont été retenus.

Elles ont convenu que cette année les coups de coeur ont été nombreux, facilitant en quelque sorte leur travail puisqu'il était inutile de soutenir l'un ou l'autre, leur inscription allant de soi. A ceci près que lorsque leur nombre dépasse la quarantaine il faut bien trancher. L’arbitrage s’effectue alors selon des critères tels que la répartition Paris/région, entre sujets, les âges des auteurs… autant d'éléments qui tout en étant objectifs peuvent sembler injustes pour les refusés.

La sélection 2026, par ordre alphabétique d'éditeur s'établit comme suit :

* Julien Thèves, Ils étaient de l’Est (Abstractions)
* Gracia Bejjani, Sobhiyé - Corps de femmes (Accro éditions)
* Virginie Delache, Tous les trains du monde (Akinomé)
* Nicolas Rouillé, Laâyoune, en attendant (Anacharsis)
* Serge Airoldi, Signora Sarfatti (L’Antilope)
* Régis Quatresous, Nourritures (L’Atelier contemporain)
* Saïna Manotte, Un zakari et une danse (Au maximum)
* Marin Ledun, EIAO (Au vent des îles)
* Samira El Ayachi, Madame Bovary, ma mère et moi (Éditions de l’Aube)
* Magali Desclozeaux, Le Folioscope (Azoé éditions)
* Nathalie Garnaud, Les Cahiers de Madame Durosier (Le Baiser du frelon)
* Mariana Alves, La Classe et la fonction (Chandeigne & Lima)
* Tine Laclos, Les Enfants d’Ossibova (La Contre Allée)
* Sujee Godard, Le Joli-bois (Double ponctuation)
* Bruno Doucey, Où que j’aille (Emmanuelle Collas)
* Violaine Lison, Lequel de nous portera l’autre ? (Esperluète)
* Ariane, Les Abeilles bleues (Forgotten Dreams)
* Hélène Lotito, Comme pour se battre (Fugue)
* Stéphane Desienne, La Fille qui sauva Hiroshima (Gephyre)
* Charlotte Barberon, En plein ventre (HD Ateliers)
* Claire May, Rêves d’azote (Hélice Hélas)
* Léa Arthemise, Une île à l’envers (Héliotrope)
* Marie Hapax, Cordon sanitaire (Intervalles)
* Franck Gérard, Les Jacinthes ne fleurissent pas dans le désert (Éditions du Jasmin)
* Philippe Lubrano Lavadera, Fragments d’en bas (Éditions de la Lanterne)
* Marie-Paule Istria, Sur qui tombe la nuit (Livres agités)
* Claire Vesin, Le Lotissement (La Manufacture de livres)
* Catherine Gucher, Rose, Marie & Dalida (Le Mot et le reste)
* Isabelle Sallé, Katanga : aux sources du mal (Novice)
* Gilles Bindi, Les Griffards anonymes (Éditions Olni)
* Matthieu Lefèvre, Mon prénom est fiction (Perspective cavalière)
* Sophie Prat, London 53 (Quartier libre)
* Madeleine Allard, Une fenêtre par où s’échapper (Québec Amérique)
* Luc Blanvillain, Eux deux (Quidam)
* Hafid Aggoune, Le Mari de la comtesse de Ségur (Reconnaissance)
* Tiphaine Mora, Mal de terres (La Rémanence)
* Denis Lemasson, Les Colonies Intérieures (Rue de l’Échiquier)
* Marc Roussel, Mauvaise gloire (Sama éditions)
* Laura Gamboni, Aux gens qui doutent (Slatkine)
* Julie Moulin, L’Insulation (Thierry Marchaisse)

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