Il me tardait de découvrir le travail de mise en scène, que j’imaginais respectueux du livre, puisque c’était l’auteur qui l’avait entrepris. Le résultat m’a convaincue au-delà de mes espérances comme la salle entière qui n’en finissait pas d’applaudir à la fin.
C’est que le fond bouleverse, et que la forme est séduisante. Alors ne manquez pas de venir voir les excellents comédiens qui, bien qu’au nombre de quatre, parviennent à faire vivre de nombreux personnages, notamment grâce à l'inventivité de leurs expressions scéniques.
Chloé et Antoine s’aiment malgré leurs désaccords. Elle, militante écologiste, appelle à la désobéissance civile ; lui, devenu préfet, est chargé de maintenir l’ordre. Tout se complique lorsque Chloé projette une action sur la zone même qu’Antoine doit défendre. Aucun des deux ne veut renoncer, convaincu que la justice est de son côté. Mais comment tenir ensemble quand les règles ne font plus consensus ? Les réunions publiques, plateaux média et tribunaux deviennent l’arène du combat porté par cette Antigone d’aujourd’hui. Face à eux, nous ne sommes plus des spectateurs mais des citoyens qui s’interrogent.
Le spectacle étant cohérent avec le texte, des pans entiers de mon précédent article restent valides et je ne peux que les reprendre. Je ne vais tout de même pas me plagier. Cependant je renvoie en fin d'article ce qui concerne le symbole de la Semeuse qui apparait sur l'affiche. Pour le reste de l'analyse du texte je vous invite à relire ce que j'en disais en juillet 2025.
En présentant ces deux figures mythiques de la mythologie grecque, animées par la justice, l’artiste creuse manifestement le même sillon et cette image fait davantage écho avec le titre de sa nouvelle pièce.
J’avais tout de suite pensé à la chanson iconique de William Sheller et trouvé le jeu de mots intéressant entre les gens qui s'aiment et ceux qui sèment. Ne parle-t-on pas d’ailleurs en amour, comme en rhétorique, de "semer la petite graine" ?
Le texte de Sébastien Bizeau est d’une très grande intelligence, démontant les éléments de langage -non seulement les mots aussi le phrasé et le ton- qui masquent le vrai enjeu aussi bien du côté institutionnel que syndicaliste, et même des défenseurs de l'environnement, sans oublier les médias qui ont une grosse part de responsabilité. Il réussit en 75 pages à condenser l’essentiel du débat (je pourrais écrire "combat") entre écologie et économie tout en posant sur la table les enjeux et les moyens de lutte possible de cette véritable confrontation entre pot de terre et pot de fer. Chacun est muré dans sa logique, qu'il s'agisse des politiques, préfet ou ministre, ou des combattants écologistes, sans oublier les syndicalistes.
De multiples répliques sonnent tellement justes ! Il est si vrai par exemple que nous perdons notre vie à la gagner … Les mots résonnent plus vivement encore après les canicules estivales et sans changer la moindre réplique il est évident que certaines ne sont pas prononcées avec la même intention qu'il y a deux ans. Entend-on davantage aujourd'hui que bientôt 3 milliards et demi de personnes ne pourront plus vivre là où ils se trouvent en ce moment ?
Est-ce que ce spectacle ralliera les millions de gens qui doutent ? Il faut le souhaiter, toutes proportions gardées.
L'équipe aura réussi en tout cas à nous distraire (car le spectacle est loin d'être attristant) et aussi chanter en choeur, transformant à plusieurs reprises le théâtre en karaoké géant.
On écoute avec attention la scène 5 de l'acte IV de Bérénice et on repart en interrogeant la place de notre conscience dans les choix que nous faisons individuellement et à mesurer le prix du bonheur. Bravo pour ce spectacle audacieux !
J'écrivais en 2022 qu'il fallait retenir le nom de cette compagnie Hors du temps, et je maintiens mon avis.
Avec Gaspard Cuillé ou Paul Martin (ci-dessus, dont c'était la première le soir de ma venue), Matthieu Le Goaster, Sana Puis et Nastassia Silve
Création sonore : Iris Lainé et Création vidéo : Pierre MonchyDécors : Raphaël Guinamard et Costumes : Claire Jacob
Lumières : Raphaël Bertomeu
Illustration : Pénélope Belzeaux
Au Théâtre Lepic - 1 avenue Junot - 75018 Paris - : 01 42 54 15 12
Depuis le 9 septembre 2026
Depuis le 9 septembre 2026
Du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h
A partir de 12 ans
Le texte du spectacle a été édité par L’Avant-Scène Théâtre
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Je décryptage de l’affiche renvoie à la Semeuse qui a illustré de nombreuses séries de timbres-poste et qui fut gravée par Louis-Oscar Roty (ainsi que le revers de cette pièce : un flambeau de branches d’olivier) et qui se trouvait sur les pièces en argent dites "Semeuses" de 50 centimes, 1 franc et 2 francs, émises sous la III° République, plus précisément entre 1898 et 1920. Je suis trop jeune pour l’avoir connue mais je me souviens très bien de la pièce de 1 franc Semeuse version 1960 de valeur d'un (nouveau) franc, qui aura été frappée de 1960 à 2001 jusqu’à l’emploi des euros.
C'est une allégorie de Marianne, ou de la République française, illustrant le rayonnement des idées républicaines diffusées par la France dans le monde et l'esprit de liberté. Cette image de la République deviendra l'une des figures emblématiques de notre mythologie nationale, à l’instar du buste de Marianne et de l’arbre de la liberté et que l’on retrouve toutes les trois sur les faces nationales de l’euro frappé en France.L’avers de la pièce représente une femme marchant pieds nus dans une plaine, habillée d'une robe vaporeuse et d'un tablier, coiffée d'un bonnet phrygien, portant d'une main un gros sac et semant de l'autre, alors que le soleil se lève sur la ligne d'horizon et que le vent souffle dans ses cheveux et fait flotter sa robe. Son regard tourné vers la gauche, indique qu'elle sème à contre-vent.
