Après plus de 100 représentations en tournée et au festival d’Avignon, la générale de presse de Juliette, Victor Hugo mon fol amour a enfin été programmée à Paris, au Théâtre des Mathurins, le 26 janvier.
Les confidences de cette femme de l'ombre dont le nom est malgré tout célèbre sont touchantes. A la fois amusante, quand Juju évoque son Toto, bouleversante au souvenir de la mort de sa fille, Marie Lussignol exprime toutes les facettes d'une vie palpitante dont on comprend qu’elle ait pu inspirer le grand romancier au point qu’il arrêta d’écrire après sa disparition, ne cultivant plus que l’art d’être grand-père.
Certains s’extasient que François Mitterand ait écrit plus de 1 200 lettres à la femme qu'il a aimée en secret pendant 34 ans. Juliette avait fait bien davantage avec plus de 22 000 courriers (23 650 pour être exacte) au fil d’une quarantaine d’années.
Quinze ans après Anthea Sogno qui m’avait fait découvrir ce personnage, Marie Lussignol, en alternance avec Marguerite Kloeckner, est cette Juliette amoureuse, toujours passionnée, qui inspira toute son oeuvre au grand auteur.
Elle entre dans une chambre d'hôtel où elle trouve refuge pour faire le point, et prendre du recul dans sa situation, prenant le public comme confident. Son jeu est puissant pour exprimer sa conception de l'amour et la manière dont elle subit l’exil (elle accompagne Victor Hugo à Jersey, puis à Guernesey, mais sans partager son toit. Il lui louera une petite maison à portée de vue), la jalousie et les drames intimes. Chaque mot résonne avec sincérité, entre douleur et lumière.
De son vrai nom Julienne Joséphine Gauvain, elle est née le 10 avril 1806 à Fougère. Orpheline de mère quelques mois après sa naissance, de père l'année suivante, elle fut placée comme son frère et ses deux sœurs en nourrice puis dans un couvent de Fougères, avant d'être élevée par un oncle, René-Henry Drouet, dont elle pris le patronyme.
Elle devint, vers 1825, la maîtresse du sculpteur James Pradier, eut avec lui une fille, Claire, qu'il reconnaîtra deux ans plus tard. C'est sur son conseil de Pradier qu'elle tentera une carrière de comédienne, sans rencontrer le succès.
Son atout est une beauté intense qui séduira beaucoup d'hommes, finalement Victor Hugo avec qui elle entretint une passion pendant près de cinquante ans. Le rôle est délicat à interpréter puisqu'il ne fallait pas que l'actrice "dépasse" en quelque sorte le modèle et Marie Lussignol ne fait pas les choses à moitié.
Elle incarne avec justesse celle qui abandonna sa carrière théâtrale pour devenir la victime consentante de son amant. On a du mal à l'imaginer aujourd'hui mais il exigea d'elle une vie cloîtrée, presque monacale, et ses sorties ne seront consenties qu'en sa compagnie, expliquant que cette femme passionnée soit longtemps restée dans l’ombre du génie, bien que leur liaison soit affichée et notoire, y compris de l'épouse du poète et de leurs enfants.
Rien n'empêchera néanmoins l'illustre amant de la tromper régulièrement, d'où son besoin de faire le point aujourd'hui dans cette chambre d'hôtel.
Le spectateur est partagé entre la compassion, l'admiration et une certaine colère en découvrant combien le grand auteur s'est mal conduit à son égard, même s'il l'aida financièrement jusqu'au bout. La très jolie bande-annonce vous en donnera un aperçu. Activez-la en cliquant sur le lien.
La mise en scène est co-signée par la comédienne et l’auteur de la pièce Patrick Tudoret (ci-dessous à gauche à coté des deux comédiennes qui jouent en alternance). Elle souligne avec précision toutes les émotions traversées par cette femme qui s'avère plutôt admirable et qui souffrit beaucoup, parfois en miroir, puisqu'elle aussi perdit un enfant tragiquement.
Le spectacle est programmé le lundi à 19 heures au Théâtre des Mathurins jusqu’au 30 mars 2026 ou plus …






















































