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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 31 mai 2026

Du goût pour le bonheur de Lorraine Fouchet

Chez Lorraine Fouchet tout est bon, comme dans les salades que choisissait la mère de Georges Brassens. Il n’y a rien à jeter.

Si j’avais eu entre les mains Du goût pour le bonheur en version anonyme je lui en aurais sans hésiter attribué la maternité. Elle n’a pas sa pareille pour combiner le fond et la forme. On apprend énormément de choses dans ses romans où le moindre restaurant cité existe vraiment, tout autant que Chatou possède bien une librairie portant le nom d’un livre de Georges Pérec.

L’auteure est la précision incarnée et je la crois sur paroles. Elle n’aborde pas un sujet avant de l’avoir autopsié de la tête aux pieds. Je la lis munie d’un bloc-notes pour y inscrire ses bonnes adresses comme les mots nouveaux que je vais apprendre. Grégoire Delacourt m’a enseigné l’art de lire dans les nuages (la paréidolie). Sophie Prat, dans London 53, m'a appris ce qu'était l'adermatoglyphie qui ne concerne que 4 familles dans le monde entier. Elle m’a éclairé sur l'aphantasie (p. 139), une neuroatypie qui touche 2% de la population et qui n'a été découverte qu'en 2015 (p. 219). Sa méthode d’auto-hypnose (p. 215) pourrait être utile à appliquer  … Quant à la toque elle n’a rien de culinaire dans le lexique juridique (p. 208).

Au début du roman, je ne savais pas encore qui avait le goût du bonheur dans le trio d’enfants que l'on devine assis sur la plage de couverture, mais j’étais déjà saisie par leur vivacité et j’étais volontaire pour partir avec eux. Je me doutais bien que nous irions à Groix, l’île adorée de l’auteure, qui en est devenue la meilleure ambassadrice au monde. Mais c’était surtout le voyage de la vie que je m’apprêtais à entreprendre avec ses personnages.
Rose veut explorer le monde. Oscar souhaite devenir journaliste, Max psychiatre. Ils sont jeunes mais ils ont déjà des objectifs.
Pia, vingt ans, a grandi avec sa mère, Rose, à qui la vie n'a pas fait de cadeau, et son parrain, Max, qu'elle adore. Il est leur pilier et Groix leur port d'attache. Au cours d'un séjour sur l'île, Pia et Max, éternels complices, découvrent à l’occasion d’une fête des voisins qu'ils pourraient devenir fille et père. Cette révélation bouleverse toutes leurs certitudes. Parrain et filleule envisagent de se lancer alors dans une procédure d'adoption sans en parler à Rose, qui de son côté prépare une surprise que Pia n'appréciera guère. Le trio frise l'implosion sous le poids des non-dits lorsque Oscar, le père biologique de Pia, débarque dans l'équation.
Lorraine Fouchet a une autre qualité, celle de ciseler la formulation des expressions des sentiments. Ainsi le corps d’Oscar est secoué de larmes sèches avant de se vider des chagrins retenus (p. 21). Des hommes se posent chez Rose en oiseaux migrateurs (p. 49)

Je ne dirais pas que Lorraine Fouchet est moraliste mais je reçois volontiers ses conseils dont voici un exemple : oublier pour survivre (p. 23).

Elle n’a jamais quitté le stéthoscope et j’adore bénéficier de ses leçons. En matière de santé comme d’art de vivre. Il est utile d’avoir en tête de « se méfier d’une grossesse extra-utérine devant tout malaise d’une jeune fille ou femme non ménopausée. Et d’une rupture de rate devant tout malaise ou douleur abdominale de quelqu’un qui a eu un choc récent (p. 92). Qui sait si ce type de mise en garde ne sauvera pas une vie ? En ce sens je trouve que l’écriture de Lorraine Fouchet a quelque chose de militant. J’ignorais la tradition italienne du tradition du caffe suspeso. On commande un café en en payant un second qui sera plus tard offert à quelqu’un qui aura soif mais pas d’argent (p. 144).

Bien que Rose soit dotée d’une logique d’extraterrestre (p. 126) on distingue nettement la personnalité de Lorraine derrière elle, maternante sans excès. J’ai adoré la vengeance (double vengeance) des bandes plâtrées dont elle explique (p. 191) comment s’en dépêtrer sans appeler un spécialiste.

Dans ce roman, déjà le 27 ème, Lorraine Fouchet sonde les liens familiaux avec sensibilité et précision. La famille que l’on possède, celle qu’on se donne, celle qu’on gagne. Et en matière de droit c’est un roman sur la patience et la détermination. Elle a dû passer des heures à potasser le droit de la famille, qui est une branche du droit privé régissant les relations d'un ensemble d'individus unis par un lien de parenté ou d'alliance.

Elle nous amène à réfléchir sur cette forme de paternité particulière qui place l’adoption au-dessus au parrainage. Chacun des personnages va entreprendre une introspection afin d’en mesurer les enjeux et les changements que la relation risque de subir. Au final on a le sentiment d’assister, par l’enchaînement des témoignages, à la concrétisation d’un nouveau concept, celui de l’adoption réciproque.

Je ne pensais pas que l’obligation alimentaire régentée par l’article 205 du Code Civil était si "large" (p. 141). J’ignorais que la loi française autorisait d’avoir plusieurs pères (p. 55), et plusieurs mères d'ailleurs. Il est inutile de mentionner en note de bas de page l’article de loi correspondant. On peut accorder une confiance aveugle à tout ce qui est énoncé. Lorraine est incollable sur la reconnaissance et sur l’adoption, poussant le détail à nous expliquer la nuance entre gracieux et contentieux (p. 193). À la définition du parquet p. 212 j'aurais ajouté que c’est aussi le nom d’une latte de bois. Vous comprendrez pourquoi dès les premiers chapitres du roman.

Pneu est le mot fétiche d’Amélie Nothomb. Meunier est celui de Lorraine (qui a le goût du champagne en commun avec sa consoeur). On trouve depuis longtemps la playlist des oeuvres musicales citées à la fin de ses romans. Très franchement, elle pourrait aussi ajouter celle de ses recommandations gustatives (Mavrommatis que j’adore tout comme elle, Michocomigato qu’elle me donne envie de tester, Homer Lobster dont j’ai plusieurs fois hésité à franchir la porte …).

Lorraine reconnaît volontiers ne pas être une cuisinière aguerrie mais elle avoue aussi sa gourmandise. Il y a toujours quelque chose à déguster dans ses romans. On retrouve le tchumpot (p. 49) dont elle nous avait donné la recette de Lucette dans Entre ciel et Lou (p. 419). Aujourd'hui ce sera la salade d’Hélène Vanoni, la femme de Damien, le souffleur de verre (p. 245) qui sera partagée en bonus et dont je me suis inspirée pour composer cette assiette.

On prétend que Lorraine Fouchet publie dans la veine du Feel-good, ce qui est réducteur. Ce n’est pas parce que ça finira bien (on le suppose) que ce n’est pas intense et sérieux. Son ancien métier de médecin urgentiste lui a enseigné que la vie n’est pas juste (p. 129) et elle nous transmet cette philosophie, sans doute pour nous inciter à en apprécier le sel. Nous sommes bien d’accord : L’amour ne se découpe pas comme un gâteau, il se multiplie, il est inépuisable (p. 210).

Je me doutais bien que l’Oncle Maurice avait réellement existé et je le supposais membre de la famille de l’autrice. La postface me le confirma. Pour finir j'ajouterai que je ne savais rien des évènements personnels qui ont amené Lorraine à écrire sur le sujet de l'adoption et que, comble des hasards de la vie (que j'adore) j'ai commencé, et terminé, ce roman le jour de la fête des mères.

Du goût pour le bonheur de Lorraine Fouchet, éditions Héloïse d’Ormesson, en librairie depuis le 5 mars 2026

samedi 30 mai 2026

Le 6ème Festival du Chapeau s’est déroulé à Cheverny les 23-24 mai 2026

La première édition du Festival du Chapeau eut lieu au château de Cheverny en 2018. Avec la participation de modistes de grandes renommée et déjà la présence de Miss France.

Après trois belles éditions l’évènement fut suspendu, notamment en raison de la période de confinement qui bouleversa tous les projets.

Il reprit en mai 2024 sur le thème des Jeux, en 2025 autour des fleurs et cette année le défilé mit le Cinéma à l’honneur. Les créations furent de haut niveau et le défilé qui a été lancé à l’Orangerie à 14 h 30 a failli faire tourner les têtes des jurés, rassemblés autour de la comtesse Constance de Vibraye, propriétaire du château de Cheverny, et d’un autre habitué, Cédric Bioche, costumier au Paradis Latin et au Lido, avec bien entendu Hinaupoko Devèze, Miss France 2026 et enfin Philomena d’Orléans, son Altesse Royale Madame la Comtesse de Paris, épouse de Jean d’Orléans, Comte de Paris et chef de la maison d’Orléans, accompagnée de quatre de ses (charmants) enfants dont le plus jeune, Alphonse, a 3 ans.
Prenant son rôle très au sérieux la Comtesse avait rendu visite le matin même aux modistes à qui elle accorda beaucoup d’attention. Elle choisit de porter l’après-midi le modèle Coquelicot, créé spécialement par Olga Lumière pour l’édition 2025 et qui fut primé. Le jury avait été sensible à l’émotion que symbolise cette fleur, symbole de passion et de renaissance au centre d’ondulations qui représentent des ondes lumineuses.
Constance de Vibraye fit bien entendu elle aussi honneur à la chapellerie.

Tout commence bien en amont avec la sélection des participantes (que des femmes pour le moment), le montage des partenariats, et une organisation au cordeau devant prévoir les mannequins (et je leur accorde une mention spéciale pour leurs sourires), une exposition-vente, une installation dans le château qui bien entendu reste ouvert aux visiteurs, et l’accueil des passionnés qui viennent spécialement pour assister au défilé traditionnel dans l’Orangerie. C’est Karine Tourmente-Leroux qui est la cheville ouvrière et sans qui rien ne se ferait aussi minutieusement mais tout se met en place avec les équipes du château qui sont mobilisées elles aussi.
Et je dois applaudir aussi Charles-Antoine de Vibraye qui fut un maître de cérémonie bienveillant, précise et toujours souriant.

Chaque année est particulière et enrichie d’autres évènements. En ce mois de mai c’était la présentation d’un spectacle équestre et l’inauguration d’un parcours olfactif à l’intérieur du château, tous deux à l’initiative de Maximilien de Vibraye et qui ont fait l’objet de publications spécifiques.

Les stands des modistes sélectionnées :
Samedi après-midi et dimanche matin les modistes présentaient leur travail dans les Écuries du château, libérées des chevaux qui profitent en ce moment d’une grande liberté de mouvement et de l’herbe des prés. Les créatrices s’étaient donc installées chacune dans un box, dans une relative intimité, ce qui facilitait les essayages et favorisait les conversations. Le travail de précision était mis en valeur mais pas question de dévoiler à ce stade le moindre bibi qui défilera plus tard. Le secret est de mise mais on sait déjà que quel que soit la taille du modèle il aura pour vocation de "grandir la femme (ou l’homme) en lui offrant de l’allure".

La sélection, d’un niveau devenu international, effectuée par des professionnels, rassemblait neuf modistes, et dont neuf sensibilités différentes, qui ont exposé leur travail le samedi 25 à partir de 14h et le dimanche matin jusqu’à midi :


Aliona Slobodeniuc, une créatrice d’origine moldave installée à Saint-Nauphary dans le Tarn-et-Garonne, après avoir passé trois ans à Caussade, la capitale française du chapeau. Chacune de ses créations est une manière de voir et d’interpréter le monde. Elle présenta L’Ame de velours, Brisé fragmentée, Éclat du jardin, Douceur du château (dans lequel j’ai vu un hommage à Napoléon, que j'ai photographié backstage). Elle a obtenu l’an dernier un prix Coup de coeur aux Rencontres Internationales des Arts du Chapeau de Chazelles-sur-Lyon en 2025 avec cette coiffe en feutre de poil taupé noir, à petit bord rabattu à l’avant, prolongée de 2 pointes relevées sur le côté. Elle est bordée d’un ruban de gros-grain noir, terminé en petite bride d’attache.
Un œil peint à l’acrylique est appliqué sur un côté : iris bleu, pupille en perles noires, cils faits main en cuir d’agneau imitant les pétales d’un tournesol. Les touches de jaune dans l’iris font référence à la possible perception altérée de cette couleur par Vincent Van Gogh. C’est à la période de création des Tournesols que l’artiste s’est tranché l’oreille gauche, incident rappelé par l’emplacement de l’œil. La modiste a ajouté une broche "tournesol" aimantée, en cuir d’agneau peint, pouvant aussi être portée en boucle d’oreille.

vendredi 29 mai 2026

Le Château du Rivau #2 le château et l'exposition Métamophoses

Je vous ai emmené en promenade dans les jardins du Château du Rivau, construit en 1442 par Pierre de Beauvau, alors grand Chambellan de Charles VII, classé désormais Monument Historique.

Revenons dans la cour des anciens communs et dirigeons-nous vers la fontaine, une des plus vieilles du Val de Loire.

Nous passons ensuite sur un vrai pont-levis pour pénétrer dans l'enceinte médiévale du château qui évoque déjà la Renaissance par ses fenêtres "empilées" les unes au-dessus des autres.

Mon intention était de me focaliser sur les oeuvres exposées dans le cadre de Métamorphoses mais fut-ce par goût personnel ou parce que Patricia Laigneau, propriétaire et curatrice de l'exposition, s'y attarda particulièrement (ce qui se comprend) je m'aperçois que je dispose surtout de photographies de celles qui composent la "Collection Château du Rivau". Cet article restera donc longtemps encore d'actualité. Et pour mieux apprécier les oeuvres je recommande de cliquer sur la première photo puis de les faire défiler une à une.

Mettre l’Histoire de l’art au présent est le credo de Patricia Laigneau, commissaire de l’exposition, qui invite les visiteurs à une traversée de l’histoire de l’art du passé grâce au regard créatif et espiègle des artistes de notre temps ! À partir de détournements et recyclages d’œuvres clés de l’histoire de l’art de la Renaissance, les secrets des grands peintres du XVI° et des merveilles des cabinets de curiosités se découvrent sous un angle inédit, entre humour et émerveillement.
Une grande sculpture d’une grenouille Xenopus laevis (une espèce largement utilisée dans la recherche scientifique) créée par Bryan Crocket en 2024 est accrochée sur le mur.
Xenomorph (Loire) fait partie d’une série de sculptures de grenouilles réalisées à partir de déchets provenant de grands fleuves urbains, tels que la Seine à Paris, l’East River à New York et maintenant la Loire. L’artiste américain est fasciné par le fait que ces batraciens n’ont aucune barrière entre leur corps et leur environnement. Ils respirent par la peau, ce qui les rend très sensibles à la pollution et aux changements environnementaux. En créant ces sculptures de grenouilles surdimensionnées, Crockett souhaite transmettre l’idée que, comme la grenouille, nous sommes également affectés par la contamination des eaux environnantes.

Nous commençons par la chapelle qui a longtemps servi d'espace de stockage pour le grain, si bien que n'ayant pas été habitée elle a conservé au sol un pavage de silex qui est désormais rare dans la région. On y célèbre aujourd'hui la tradition des portraits
Les représentations des anciens seigneurs du Rivau du XV° peints par Hyacinthe Rigaud (le portraitiste du Roi) dialoguent avec les portraits de notre époque à travers différents médiums comme la photographie (superbe photo de la famille actuelle prise en 2007 par Valérie Belin dont je signale l'entrée à l'académie des beaux-arts).
Il y a aussi la tapisserie, avec le détournement du célèbre portrait du roi François Ier par Clouet (le seigneur du Rivau était son grand écuyer à la Renaissance) enrubanné par l’artiste allemand Volker Hermes dans un esprit iconoclaste avec une œuvre textile intitulée François, appartenant à la série Portraits Cachés, 2025

L’artiste autrichien Arnulf Rainer a recouvert de peinture le portrait de Rembrandt. Enfin Jean-Baptiste Caron invite à effleurer de son souffle un miroir, pour y faire apparaître une phrase-rêve avant de la voir disparaître aussitôt.
Luke James Guardian propose un portrait en terre cuite inspiré du masque africain. Dans le cabinet de curiosités on remarquera sur la table notamment la vanité de Céline Cléron sur une palette à la forme d’un crâne.
Il ne faut pas manquer la superbe collection d’albarelli, des pots à pharmacie cylindriques en majolique. Face à notre surprise, Patricia Laigneau nous expliqua que les trophées présentés dans la salle sont d'origine espagnole et que dans ce pays on a pour habitude de les cirer. Enfin on s'amusera de voir (enfin!) un paon …
La salle du Grand Logis reflète la passion pour l’art cygénétique. De très nombreuses pièces de la collection du Rivau y questionnent l’art du trophée qui signifiait autrefois gloire et puissance alors que nous prônons aujourd’hui le respect de la vie animale.
On retrouve Marie Cécile Thijs (Black unicorn, 2013) qui expose deux tableaux dans l’exposition Licornes! au musée de Cluny, et à laquelle répond la licorne émaillée de céramique de Margaux Laurens Neel alors que la nature morte en céramique de François Chaillou reconstitue une scène de "massacre".
À côté de la licorne, est posée une sorte de vitrine dans laquelle sont disposés des daguets peints en blancs. On dirait une forêt miniature. La Châsse chasse sucrée de Karine Bonneval est un reliquaire, sa forêt d'un blancheur étincelante est en fait un ossuaires d'andouillers de chevreuils en sucre moulé

jeudi 28 mai 2026

Une soirée à Cheverny sous le signe du parfum

Quand le château inaugure un parcours olfactif, la création d’un bijou, célèbre les chevaux et annonce le 6ème festival du chapeau …

Quelle que soit la date de votre venue à Cheverny vous avez l’assurance de ne pas connaitre l’ennui. L’automne y est très agréable. Noël y est célébré avec faste. Pâques tout autant. Les jardins sont magnifiques en toutes saisons, avec un point d’orgue au printemps lorsque les tulipes colorent un ou plusieurs rubans traversant le parc. Le parc boisé est composé d’arbres remarquables dont un séquoia géant de 1870.  Bientôt les allées embaumeront la fragrance des tilleuls. Les 370 arbres fruitiers du Jardin Sucré, le 6ème du domaine, vont sans doute offrir de belles récoltes en cette sixième année de croissance.

J’aime particulièrement le Jardin des Apprentis, ainsi nommé en hommage aux dix jeunes qui ont participé il y a vingt ans déjà à sa création (avec parmi eux Sami, devenu depuis Chef jardinier) dans le cadre d’un chantier de réinsertion. Conduisant du château à l’Orangerie il est rafraîchi par une fontaine d’où s’échappent les coquelicots géants conçus par Alexis Boyer.
De l’autre côté, entre la Salle des Trophées et le chenil, s’étend le Jardin potager et bouquetier, indispensable pour nourrir la table du château et décorer les salles.
La rose Cheverny s'y épanouit en ce moment. Elle a été créée par les Jardineries Georges Delbard en 2017 et a remporté de nombreux prix.
Il ne faut pas manquer le Jardin de l’amour qui accueille six grandes oeuvres du sculpteur suédois Gudmar Olovson (1936-2017) pour célébrer la vie, la famille et bien sûr l’amour. C’était un ami proche des propriétaires et on peut voir son buste exposé dans la salle à manger du château. Enfin les enfants pourront jouer à s’égarer dans le layrinthe de lauriers du Caucase.

On peut aussi profiter de l’été pour une promenade en barque, visiter l’exposition sur les Secrets de Moulinsart puisque, faut-il le rappeler, le château a servi de modèle à Hergé pour dessiner celui de Tintin. Quant aux amateurs de Lego ils seront heureux d’admirer plusieurs productions grandeur nature dans le Chateau ou en salle des Trophées.

C’est déjà beaucoup (je l'ai abondamment détaillé dans de précédents articles) mais il y a aussi un spectacle équestre (auquel j'ai consacré une publication spécifique) et un parcours olfactif dans les salles du château, ceci à l’initiative de Maximilien de Vibraye.

La soirée avait commencé samedi 23 mai par un accueil charmant autour d’une citronnade et d’une gougère aux fines herbes avant qu’on ne s’installe dans le nouveau manège pour suivre une version spéciale de la "Rencontre entre l’homme et le cheval", protégés du soleil par les parapluies grand format du mariage d’Isaure et d'Henri, et rafraîchis par un petit vent coquin qui décoiffa plusieurs fois les cavalières.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers le château où une haie d'honneur de trompes résonnaient dans la lumière déclinante du soir.
Le parcours olfactif est une réalisation ambitieuse, composée de neuf parfums uniques, présentée sous cloche, par la société Istòria, mêlant références historiques et créations conceptuelles pour raconter Cheverny par l’odeur, en respectant son histoire tout en lui donnant une expression contemporaine. Ce sont Inès Brulin et Olivier de Perthuis, designers olfactifs, qui ont élaborés ces parfums originaux à Grasse avec des matières premières de haute qualité.
Maximilien de Vibraye, futur repreneur du château de Cheverny, retraça la génèse de cette nouvelle aventure qui est née de son souhait d’intégrer une nouvelle facette à la visite du château. Passionné par le parfum et son pouvoir évocateur, il a porté la direction et la cohérence de ce parcours olfactif, après une première édition test à Noël et obtenu le feu vert de ses parents qu'il a vivement remerciés pour leur confiance.
Avant de nous engager à entreprendre ce voyage olfactif, un bijou exceptionnel réalisé en vermeil a été dévoilé par Charles Souchon, dit Ours, venu en voisin. C’est une pomme de senteur imaginée par la joaillière parisienne Marie Deambrosis en s’inspirant directement des poignées de porte de la salle d’armes, dont elle a repris la silhouette pour en faire un véritable astre miniature : le volume rayonnant évoque le cœur du soleil et les perforations diffusent le parfum tel une lumière invisible.

mercredi 27 mai 2026

Le Chant des Forêts, l'envoutant documentaire de Vincent Munier

Il suffit de regarder Le Chant des Forêts, l'envoutant documentaire de Vincent Munier, pour approuver le jury des César de lui avoir accordé une récompense cette année.

Ce film est un documentaire qui a presque les codes d'un film de fiction. D'une durée voisine de 1 heure 30, tourné dans les Vosges, berceau de la famille Munier, il restitue la poésie des souvenirs tout autant que la beauté, encore palpable, d'une nature magnifique.

Certes il ne fait pas appel à des comédiens professionnels mais il a eu la bonne idée de scénariser le film en associant son père et son fils. Nous guettons comme eux les animaux à l'affut dans un abri camouflé ou nous les surprenons en discussion dans l'intimité d'une cabane éclairée au fond des bois, comme dans un conte.

La forêt se révèle lentement et progressivement pendant l'affichage du générique, tandis que s'élèvent les brumes matinales. Notre oeil est en apprentissage de décryptage, et parfois l'image est à la limite du visible, nous faisant ressentir l'adrénaline du guetteur.

Le documentaire n'est pas que dans le merveilleux. La réalité n'est pas occultée. On apprend que le Grand Tétra (dont le cri est si étonnant) a disparu de nos forêts (et pour le filmer il a fallu que l'équipe se déplace en Norvège).

Mais pour l'essentiel c'est un émerveillement que l'on ressent face à une nature sylvestre magnifique, composée de conifères, sous-bois, lichens, qui abritent un peuple animal qu'on entend avant de le voir. Le réalisateur joue au maximum avec les lumières et les ombres de l'aube et du crépuscule. Les images ne sont pas offertes au spectateur sans contrepartie. Il faut faire l'effort d'accepter le flou, les mises au point hasardeuses … pour mieux apprécier la silhouette d'un cerf dont le brame nous aura effrayé.

Les prises de son sont précises et participent à la création d'émotions. j'ai retrouvé le plaisir (et le frisson) de nuits passées en forêt d'Orléans à la période de comptage des cerfs quand, avec d'autres "volontaires" nous étions postés à divers croisements avec la mission de noter les horaires des brames et de passage de ces grands animaux.

Le résultat est sublime. Le chant des forêts nous offre des images magnifiques d'écureuil et de renard, d'une biche traversant un étang accompagnée de son faon, d'oisillons grand duc et de hiboux. Faune et flore y semblent encore intacts mais il ne faut pas oublier les menaces environnementales, apprécier ce bonheur et surtout le protéger.

Le Chant des Forêts
Un film réalisé par Vincent Munier qui en a écrit le scénario
Avec Vincent Munier, Michel Munier (son père), Simon Munier (son fils)
Musique : Warren Ellis, Dom La Nena, Rosemary Standley
Photographie : Vincent Munier, Antoine Lavorel, Laurent Joffrion
Son : Romain Cadilhac, Marc Namblard, Olivier Touche et Olivier Goinard
Montage : Laurent Joffrion, Vincent Schmitt
Sur grand écran depuis le 17 décembre 2025

mardi 26 mai 2026

Je suis allée au Château du Rivau #1 les jardins

Il y a trois bonnes raisons de vous rendre au Chateau du Rivau si vous aimez les vieilles pierres, les jardins insolites et/ou l’art contemporain.

En effet, situé en Touraine, sur la commune de Lémeré (Indre-et-Loire) et inscrit parmi le réseau des grands sites patrimoniaux de la Loire, le domaine se compose d’une forteresse seigneuriale remontant au XIII° siècle et d’un logis Renaissance classées Monuments Historiques, avec un pressoir original, organisé autour d’un patio comme en Bourgogne et non creusé dans la roche comme c’est fréquent dans la région.

Il réunit l’architecture médiévale et Renaissance, l’art des jardins, l’art contemporain auquel ceux qui ont la chance d’y séjourner ajoutent l’art de vivre.

Je vous emmènerai un prochain jour visiter les bâtiments, admirablement restaurés, et nous nous attarderons sur l’exposition temporaire d'art contemporain qui se poursuit jusqu’au 1er novembre 2026, tout en pointant quelques oeuvres de la collection permanente.

Si vous souhaitez "tout" savoir à propos du Riveau consultez le site qui est très bien fait et où tout est détaillé avec précision.

Aujourd’hui, nous allons arpenter les différents espaces extérieurs qui doivent beaucoup à la détermination et la compétence de Patricia Laigneau, propriétaire des lieux depuis 1992 avec son mari Eric. Car il fallut bien du courage et de l’imagination pour redonner un cadre bucolique à un endroit qui avait été laissé à l’abandon et qui était exploité en tant que ressource agricole. Désormais les jardins sont labellisés Jardins remarquables et composent un écrin à un parc d’une vingtaine de sculptures contemporaines monumentales.

Jardin botanique mais aussi jardin de sculptures, les pièces monumentales de Pierre Ardouvin, Lilian Bourgeat, Laurent Pernot, Jean-Pierre Raynaud, Philippe Ramette, Fabien Verschaere... font écho à la collection d’œuvres d’art exposée à l’intérieur du château : Jan Fabre, Théo Mercier, Julien Salaud, Jeff Koons ... et qui seront détaillés ultérieurement dans un second article.
Il faut resituer le domaine dans une région vallonnée, très verte, marquée par la fameuse douceur de vivre tourangelle. L’arrivée s’effectue par une route de campagne tranquille qui évoque un peu la Toscane et la première impression est olfactive. Patricia Laigneau a été bien inspirée de convertir un dépotoir en un massif de lavandes et de santolines qui nous accueille avec plus d’originalité qu’un parterre de buis.
On estime la superficie du domaine initial des Beauvau au nombre de pigeons que pouvait accueillir le pigeonnier, 1200, donc 2500 hectares en appliquant le droit seigneurial. Une fois passé le portail Renaisssance, nous entrons dans l’enclos de la cour des communs qui s’appelait autrefois Cour des Servitudes et qui, elle aussi, se trouvait dans un état pitoyable.
Il était évident pour Patricia Laigneau de rendre hommage à un homme de la région, l’humaniste et bon vivant Rabelais, connu pour sa formule, l’appétit vient en mangeant, la soif en buvant. Voilà pourquoi le potager porte le nom de Gargantua. Il a reçu le Grand prix du potager innovant en 2017, et il est depuis 2013 Conservatoire du Patrimoine Légumier de la région Centre-Val de Loire. Il va de soi qu'il est cultivé selon les bons principes pour la préservation de la planète. J'adorerais y faire un stage …
Des variétés méconnues ou qui risquent de disparaitre y sont cultivées afin d’être reproduites et partagées avec d’autres jardins comme le Chou navet jaune de Saint-Marc, le Céleri violet de Tours, le Haricot Barangeonnier, le Flageolet de Touraine, la Sucrine du Berry et la Citrouille de Touraine.
A la fin de l’été on verra entre les fleurs des légumes à développement digne de Pantagruel : artichauts, potirons, citrouilles et autres cucurbitacés dont la collection est proche d’une cinquantaine de variétés, parmi lesquelles le Potiron rouge d’Etampes ou le Bleu de Hongrie, le Gros jaune de Paris, la Galeuse d’Eysine, la Courge Marina di Chiogga, la Melonette Jaspée, la Courge Spaguetti ou le Turban d’Aladin, pouvant tous être dégustés dans les deux restaurants. Par contre la Citrouille de Touraine, la Calebasse d’Hercule, la Courge Eponge ou le potiron Jack O’ Lantern ne seront présents qu’à des fins décoratives.
Ce qui frappe le plus, en ce mois de mai, c’est la profusion de roses avec 3000 pieds de 512 variétés, dont certaines sont des variétés anciennes, très odorantes. On admire parmi elles le rosier liane Château du Rivau Everive, créé par André Ève capable de monter jusqu’à près de 7 mètres de hauteur.
Les rosiers sont des couvre murs idéaux pour les douves du château (dont la pierre blanche réfléchissait une lumière éblouissante) ou pour embellir les grands arbres. Élu "Fleur de l'année 2005" par les lecteurs de Rustica, les fruits abondants du rosier liane Château du Rivau font le bonheur des oiseaux. Et je peux vous dire que le concert est incessant.
  
Les roses les plus parfumées sont celles des rosiers galliques mais ceux-ci n’étant pas remontants (ils ne fleurissent qu’une fois dans l’année) ils ne sont pas les plus plantés. Je ne résisterai pas au cours de la matinée à prendre ces fleurs en photo et je vous les montre tout de suite avant de reprendre le parcours.

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