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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 3 mai 2026

Accord avec le Château Capet Guillier Saint-Emilion Grand Cru qui plus est cuvée 2019

J'ai revu avec grand plaisir, et sans l'avoir anticipé, Angélique Picard – Oenologue 
au Château Patache d’Aux en Médoc avec qui j'avais fait connaissance au cours de la soirée de Rouge aux lèvres mettant en lumière des femmes vigneronnes.

Elle m'y avait fait déguster, en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, la cuvée 2019 du Château Patache d’Aux, que j'ai de nouveau goûté au Grand Tasting le 13 avril dernier … après le Sauvignon blanc des Chevaux de Patache d'Aux 2024.

Angélique façonne au Château Patache d’Aux des vins élégants, structurés, auxquels je n'ai aucun reproche à faire.
Mais c'est un autre vin qui m'a semblé conjuguer le mieux la tradition bordelaise et la contemporanéité. Il s'agit du Château Capet Guillier Saint-Emilion Grand Cru, qui plus est cuvée 2019.
Château Capet Guillier se situe sur la commune de Saint Hippolyte, aux portes de Saint-Emilion. Le vignoble d’une quinzaine d’hectares se dote de cépages emblématiques du libournais : Merlot, Cabernet Franc et Malbec. Les vignes de Château Capet-Guillier se situent sur la côte sud de Saint Émilion qui bénéficie d’une exposition parfaite sur un terroir de molasse du Fronsadais avec son calcaire actif. Son drainage naturel et ses pentes en font un endroit idéal pour la culture du Merlot, le cépage roi de la propriété avec sa richesse aromatique, sa couleur et son croquant. Vient s’ajouter le Cabernet Franc dont le bouquet frais et les tanins soyeux contribuent à construire une structure parfaite. 

Cette cuvée (comme d'ailleurs le second vin du château Tour de Capet mais que je n'ai pas gouté) est exploitée et vendangée avec soin, vinifiée au cœur d'un même chai de vinification et d’élevage, au Château Capet-Guillier. Les raisins sont vinifiés en cuves en bois tronconiques et par la suite élevés en barriques de chênes français (50% en barriques neuves, 50% en barriques d’un vin) entre 12 à 16 mois.
Je l'ai présenté sur des brochettes d'agneau, les premières du printemps, donc celles qu'on apprécie le plus pour peu qu'on les déguste avec un vin aux tannins soyeux.

N'aimant pas l'agneau "trop" cuit j'intercale la viande avec des tranches d'oignons et de poivron que j'ai pré-cuits au micro-ondes et des champignons-boutons qui ont macéré dans l'huile. J'ajoute dans les assiettes des fleurs d'ail des ours qui sont de saison et qui apportent une saveur à la fois piquante et douce.
Château Capet-Guillier est une cuvée emblématique et caractéristique des Grands Crus de Saint Emilion, issue d’une sélection intra parcellaire rigoureuse. La robe est profonde et intense, déclinant des reflets violacés. Le nez offre des parfums de fruits noirs croquants, sublimés par un bouquet frais et des saveurs de sous-bois. La bouche est structurée et riche avec une finale longue et croquante. Certes (et heureusement) les tanins sont présents (mais absolument pas agressifs) et ils se bonifieront avec le temps. C'est une cuvée de garde, représentative des grands vins de Saint Emilion.

En 2019, le printemps a été très humide et plus frais qu’en 2018 avec trois matinées de gel, phénomène de plus en plus fréquent sur le vignoble bordelais mais qui n’a engendré aucun dégât sur la propriété. A suivi un été marqué de quelques petites pluies qui ont été bénéfiques au vignoble mais la saison fut dans son ensemble caniculaire, avec des températures avoisinant parfois les 45°C. Quelques précipitations en septembre ont permis de limiter le degré alcoolique et d’affiner la structure tannique. Les rayons de soleil qui ont suivi ont assuré un bon état sanitaire des vignes.

S'agissant de ce millésime le fruit noir est très présent,  cerise mûre et cassis, les épices également. J'ai apprécié l'élégance de ce vin et sa finesse tannique qui ont participé au succès du déjeuner.

Il faut signaler que la propriété - qui appartient désormais à Antoine Moueix- a débuté sa conversion bio sur le millésime 2020, une démarche logique et naturelle pour un château et des hommes engagés. Des pratiques biodynamiques sont également mises en place depuis 2021.

Château Capet Guillier Saint-Emilion Grand Cru 2019
AOC : Saint Emilion Grand Cru
Assemblage : 90% Merlot, 10% Cabernet-Franc
Température de service : entre 14 et 16 degrés
Potentiel de garde : entre 5 et 15 ans
Château Patache d'Aux - 1 rue du 19 mars 1962 - 33340 Begadan

samedi 2 mai 2026

London 53 de Sophie Prat

J'ai rencontré Mathilde Bonte-Joseph, éditrice et fondatrice des éditions Quartier Libre, à l'occasion du Festival du Livre de Paris, juste après l'annonce des finalistes du Prix Hors concours 2026.

J'avais remarqué que London 53 figurait dans la liste et j'avais souhaité en savoir un peu plus sur ce livre qui se trouve être un premier roman, écrit par Sophie Prat.
L'histoire se passe à Audruicq, près de Calais dans les années 2010. Josiane, esthéticienne, y mène une vie aussi lisse que la peau qu’elle promet à ses clientes. Sa meilleure amie réussit à la convaincre de faire avec elle un grand voyage à l'étranger. Le jour où elle demande son passeport biométrique, elle fait une découverte qui la bouleverse… Administrativement tout se complique, mais c’est surtout Josiane qui vacille. Peu à peu, le quotidien se craquelle, les souvenirs refont surface, révélant la femme qu’elle n’a jamais cessé d’être.
Quartier libre est une maison d'édition indépendante de littérature générale, très jeune puisque créée en janvier 2025, par une femme de solide expérience comme éditrice en littérature jeunesse, et qui a vocation à publier de la littérature francophone contemporaine et à révéler de nouvelles plumes en accord avec la promesse de soutenir des "voix nouvelles qui ravivent le réel". La ligne éditoriale est donc construite autour de textes littéraires qui allient l'intime et l'universel.  La maison publie relativement peu de textes afin d'accompagner auteurs et autrices, souvent primo-romanciers, en amont de leur publication, et de défendre leurs livres au mieux.

Le tout premier roman publié par Quartier Libre fut un premier roman, écrit par une jeune scénariste de cinéma, Claire Griois, Le cœur quand il explose, un long monologue adressé à un amour disparu à la suite de violences policières. Il fut présent à la Première sélection du Prix Aznavour 2025, au Festival du premier roman et des littératures contemporaines 2026, et dans la Sélection du Prix Hors Concours 2025 où il se classa parmi les 5 finalistes des coups de coeur des clubs de lecture.

La présence de London 53 dans le catalogue de cette maison d'édition ne me surprend aucunement. J'éprouve énormément d’enthousiasme pour ce texte dont la qualité littéraire est immense. A tel point qu'il est difficile d'imaginer que c'est un premier roman. Commencer à plonger dans la lecture des auteurs sélectionnés pour Hors Concours avec ce livre place la barre très très très haut.
Il m’arrive de raconter (un peu) un roman dans le but de vous convaincre de l’ouvrir. Cette fois je me freine parce que je ne voudrais pas émousser votre envie de découvrir l'histoire extra-ordinaire qui nous est racontée et dont le titre porte celui d'un vernis à ongles que je croyais ne pas connaitre alors que j’avais simplement oublié que j’en avais un exemplaire.

Est-ce parce que l’action se déroule dans le Nord, parce que le personnage principal est une femme, et qu’elle aussi en quelque sorte tient boutique mais je me suis sentie immergée dans un univers proche de celui de la mercière de Grégoire Delacourt ?

En terme de contexte il y a en effet quelque chose de La liste de mes envies, ou de Vénus beauté … En terme de style on est proche de Marie-Hélène Lafon, de Florence Seyvos, de Joyce Maynard … d'auteurs/trices qui subliment le quotidien.

Toujours est-il que j’ai adoré ce livre qui est admirablement écrit, composé comme une oeuvre d’art. Sophie Prat a le talent d’une naturaliste.

London 53 ne dénonce pas un monde de violences, ne secoue pas les consciences, ne bouleverse pas nos préjugés, ne remet pas en cause notre mode de vie. Ce roman fait bien plus. Il nous invite à changer de peau.

Née en 1975 et vivant à Paris, Sophie Prat a fait des études d'histoire médiévale avant de s'engager pour la défense de la culture électronique et de participer à l'organisation de la première Techno Parade en 1998. Grande voyageuse, conceptrice-rédactrice free-lance depuis 10 ans, elle se forme aujourd'hui à la biographie hospitalière.

London 53 de Sophie Prat, Editions Quartier libre, en librairie depuis le 11 mars 2026

vendredi 1 mai 2026

Et pourquoi pas un Corn Bread ?


Je crois bien que c'est la visite de l'exposition d'Henry Taylor au musée Picasso en début de mois combinée à une invitation à une pendaison de crémaillère dans un jardin qui m'a poussée à me lancer dans l'expérience d'un Corn Bread.

Le peintre a réalisé un tableau montrant le plat à sa sortie du four et s'il a encadré les lettres COR et A c'est parce qu'elles composent le prénom de sa maman.

Voilà un plat emblématique de la Soul Food du sud des États-Unis, associée aux traditions culinaires afro-américaines depuis les années 60, et qui est encore un mouvement culinaire très populaire de nos jours, comme le poulet frit, les macaronis au fromage, le chou vert, les gombos panés et frits … 

Le pain de maïs était préparé depuis des siècles par les amérindiens qui étaient les populations autochtones, bien avant l’arrivée des chercheurs d’or qui se sont approprié la recette. La farine était locale et moins chère que celle de blé. C'est un dessert populaire au Mexique où on l’appelle Pan de Elote (gâteau de maïs) alors que pas du tout aux USA bien qu’il contienne du sucre. On le propose en accompagnement d'une viande grillée ou d'un plat en sauce. Il est donc idéal pour un barbecue.

Une scène mémorable du film La ligne verte, adapté de l'oeuvre de Stephen King, montre Paul Edgecombe (Tom Hanks), le gardien de la prison, offrir ces petits pains de maïs (faits par sa femme) au détenu John Caffey (Frank Darabont). Une autre scène culte se déroule dans le film Life (dont le titre français est Perpète) réalisé par Ted Demme, en 1999 avec Eddie Murphy et Martin Lawrence montre une bagarre dans le pénitencierdu Mississippi dans les années 1930 suite à la convoitise d'un morceau de corn bread par un détenu à un autre.

Le cornbread peut être soit frit, soit cuit à la vapeur, soit cuit au four, comme je vous en livre la recette aujourd'hui, en préconisant moitié farine de maïs (que j'ai ramenée du Mexique) et moitié farine de blé, pour un résultat plus proche de nos habitudes culinaires parce que la farine de maïs est granuleuse, un peu comme la polenta quoique en bien plus fin. Il peut se manger dès la sortie du four ou réchauffé le lendemain, voire à température ambiante.

J'ai adapté les proportions à 3 oeufs ce qui m'a demandé :
- 420 grammes de farine (moitié maïs, moitié blé)
1 cuillère à café de levure chimique ou de bicarbonate
- 150 grammes de beurre mou
- 160 de sucre
- 350 ml de babeurre/lait fermenté/lait Ribot

J'ai fait fondre le beurre que j'ai fouetté avec les œufs entiers et le sucre. Puis le lait qui aurait dû être fermenté (j'avais ajouté un jus de citron, ça n'a pas marché, mais sans nuire pour autant au résultat).

J'avais à part mélangé les farines et la levure. J'aurais mis une pincée de sel si je n'avais pas utilisé du beurre demi-sel. J'ai incorporé le contenu des deux saladiers en trois fois jusqu’à obtenir un appareil homogène (et pour une fois j'ai employé la feuille K de mon robot). Le four a été placé en préchauffage à 175°.

J'ai versé dans un moule carré de 25 cm sur 25 cm, mais on peut prendre un rectangulaire de surface équivalente, beurré et fariné… Je n'ai en tout cas jamais vu de Corn bread dans un moule rond.
J'ai enfourné pour une quarantaine de minutes jusqu'à ce qu'il soit doré sur le dessus. Il se découpe en carrés avec un couteau à pain. Si ma photo témoigne d'un résultat esthétiquement "moyen" c'est parce que j'ai voulu le démouler trop tôt et qu'il s'est brisé. Il faut soit le découper dans le moule soit placer un torchon dessus avant de démouler … à moins que j'ai insuffisamment beurré le moule. On peut aussi par précaution verser la pâte sur du papier sulfurisé.

jeudi 30 avril 2026

Catoch dans Sexe, Karma & Baklava

Je suis retournée voir Catoch dans son nouveau spectacle, Sexe, Karma & Baklava. Je l'ai vue le 28 avril mais la prochaine représentation n'aura lieu que le 6 juin, avant que l'artiste prenne ses quartiers d'été au festival d'Avignon.

Catoch est une fidèle. A son public à qui elle offre régulièrement un nouveau spectacle si bien qu’elle ira au festival d’Avignon avec trois propositions.

A "ses" théâtres puisque son camp de base reste aux Étoiles dans le Sud et au théâtre Le Bout à Paris.

A l’Alsace dont elle garde l’accent même s’il s’allège.

A son mari aussi et qui est un des héros de Sexe, Karma et Baklava, au titre du sexe et de la baklava, qui nous est annoncé comme une ode à l'émancipation féminine. Crue, sucrée-salée et saupoudrée d'humour ! Moi, je dirais plutôt saupoudrée d'amour.

Si le titre de ce nouveau spectacle vous a alléché par le mot karma je vous préviens que vous allez être déçu parce qu’il n’en guère question, ou alors plutôt dans une version longue qui peut d’ailleurs s’organiser si vous êtes programmateur ou si vous souhaitez organiser une soirée dans un cadre privé (une fête de village, associative …) et pourquoi pas alors enchaîner pour une intégrale. L’humoriste a de la souplesse et de la ressource. Et surtout un excellent rapport au public qu’elle met dans sa poche en quelques secondes.

Je ne vais pas spoiler mais je vais tout de même donner la réponse à la première question qui l’assaille à la sortie : oui tout ce qu’elle raconte dans son spectacle est vrai. Il faut, derrière l’interrogation du public, lire une forte admiration pour la capacité de rebondissement de cette femme qui n’est pas née à l’époque des réseaux sociaux (elle le confiait déjà dans 1965) et qui s’est formée sur le tas pour ce qui est de la sexualité, comme elle le souligne.

Un tas d’illusions qui se sont écroulées, et de rêves plus ou moins réalisés, parce que plus ou moins réalistes. Si on veut bien être honnête, on pourrait en dire autant de nos aventures. En voulez-vous des bribes ? Le temps que ça nous a pris -à nous qui n'avons pas appris l'estime de soi- pour cesser d'être "gentille" avec les garçons

Disons alors qu'elle aborde en filigrane les grands bouleversements sociaux, de la naissance du développement personnel à l'émergence du mouvement metoo, en passant par les enjeux de la santé mentale et la disparition des compartiments dans les wagons SNCF.

Mais là où elle est la plus touchante c’est lorsqu’elle nous apprend quelle conséquence le chagrin d'amour a eu sur elle, l’entraînant dans la boulimie dont elle souligne que c’est une maladie terrible qui conduit à la détestation de soi et qui n’a rien à voir avec la fringale, encore moins avec la gourmandise et que la bouffe est la seule drogue en vente libre.

Des extraits de chansons (connues) ponctuent fort agréablement la soirée qui se clôture sur le tube "Femme Libérée" interprété en 1984 par le groupe Cookie Dingler recommandant Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile… 

Il est probable qu’au quatrième spectacle on n’ignorera plus rien de sa vie.

Sexe, Karma & Baklava de Catherine Sandner
Avec Catherine Sandner, alias Catoch
Mise en scène : Nathalie Vrd
Au Théâtre Le Bout, 6 rue Frochot
Le 6 juin 2026 à 21 h 30

mercredi 29 avril 2026

Accord avec le Janus, coteau du Loir du Domaine de Cézin 2023

Quand j'ai participé à une soirée organisée par Rouge aux lèvres et célébrant des femmes du vin il était trop tard pour découvrir le Janus, coteau du Loir du Domaine de Cézin d'Amandine Fresneau.

La vigneronne qui est aussi membre de Terra Vitis était intervenue sur les questions de carrière et de transmission.

Ayant une passion pour le Pineau d'Aunis dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises dans le blog (ici), j'avais proposé de réaliser un accord particulier avec ce vin qui est un Rouge d'assemblage de Pineau d'Aunis 70%, Gamay 20%, Cabernet Franc 5% et Côt 5%.

Le Côteau du Loir Rouge, cuvée Janus, est un vin élégant et atypique, parce qu'il est né de cet assemblage de quatre cépages. Sa robe est claire, de couleur changeante selon que la lumière le traverse ou arrive en aplomb. Elle prend alors un reflet rouge cramoisi très original que certains qualifient de "grenadine".
Ce que j'ai le plus apprécié c'est son côté gourmand mais léger, avec des arômes fruités et floraux qui s'accompagnent progressivement de notes épicées, rendant cette bouteille tout à fait polyvalente.

Si nous étions en hiver je la verrai bien sur une tartiflette mais étant au printemps elle va se déguster, certes en toute modération sachant que l'abus d'alcool nuit à la santé, sur un des premiers barbecues. En commençant par une salade de mâche.
Nous avons apprécié le Janus sur une brochette de mouton/poivron/champignon/oignon servie avec spaghettis et petits pois, carottes mais aussi sur une portion de travers de porc grillée, petits légumes et gratin dauphinois. Il aurait aussi convenu sur des plats conviviaux comme la paella ou le couscous.
J'aime particulièrement sa saveur de groseille et sa finale évoquant les champignons.

Je signale que le domaine peut être visité, ainsi que leurs caves troglodytes, qu'une matinée dans les vignes est prévue le 15 mai (d'autres dates sont déjà programmées), des portes ouvertes au domaine les 6 et 7 juin prochains de 10 à 19 heures, et bien d'autres choses encore dont vous trouverez l'annonce sur le site du domaine.

Coteaux du Loir Rouge Janus 2023
Domaine de Cézin - Famille Fresneau
22 rue de Cézin - 72340 Marçon - contact@domainedecezin.fr

mardi 28 avril 2026

Rome en version Off … par les Guides Michelin

J’ai tellement apprécié les guides verts pour leur quasi exhaustivité que la nouvelle formule de Michelin me déroute littéralement. L’équipe éditoriale a pensé qu’il serait judicieux de proposer une vision à contre-courant de l’excursion touristique. Enfin pas tout à fait parce qu’il me semble que c’est justement très tendance de ne pas faire comme tout le monde.

Quoiqu’il en soit la promesse de la collection Off de "voir moins pour voir mieux" était tentante et je l’ai creusée avec le volume consacré à Rome. Je pensais d’ailleurs que la formule concernait essentiellement des villes … et j’aurais été curieuse de feuilleter le Paris et le Berlin pour me faire une idée plus précise mais il n’existe que Londres et New-York.

Pour le reste ce sont des régions comme la Bretagne ou la Sicile ou des pays comme Écosse, Norvège ou Japon, qui est une des destinations phares en ce moment.

C’est très ambitieux de traiter le concept à hauteur d’un tel endroit où la culture est si différente de la nôtre qu’il y a beaucoup à expliquer en amont. Or le principe de ces guides Off restreint le carnet pratique à deux pages, situées à la fin. L’index des lieux cités existe bel et bien mais il n’est utilisable que si on sait ce qu’on cherche, ce qui va à l’encontre du principe de sillonner autre chose que les sentiers battus.

Je ne sais pas trop comment on peut utiliser un ouvrage d’une telle facture (évidemment vous pourrez m'objecter que le site de l’éditeur propose une dizaine d’autres guides sur cette même destination). Il semble qu’il faille tout lire, puis relire, et sélectionner ses points de chute. L’absence de plan impose qu’on jumelle avec un guide "classique" pour se repérer. La cartographie est rudimentaire, effaçant les artères de circulation, et gommant toute indication de distance. Difficile dans un tel contexte de se rendre compte du temps qu’il faut pour rallier un point à un autre. Vous ne trouverez pas davantage d’indication de jours d’ouverture des monuments ni le moindre tarif.

L’auteur reste vague quand il mentionne des horaires : tôt le matin … aux heures actives … à l’apéritivo (p. 19 consacrée à la Piazza Navona) et je me suis demandé d’ailleurs si les commentaires se rapportaient uniquement à cette place ou pouvaient s’appliquer à la ville dans son ensemble.

Je suis très souvent restée sur ma faim, cherchant à retrouver des endroits mis en lumière dans la superbe exposition Renaissance présentée en ce moment à Paris. On me suggère d’aller chez Lela pour y trouver un cadeau de dernière minute. On me vante "les objets du quotidien, idées amusantes pour la maison dans une boutique déco en gris et blanc (vous conviendrez que cet indice est inutile), truffée de jolies trouvailles". Je ne me représente pas du tout ce que ça peut être. Admettons qu’au cours de mon périple l’envie me prenne de me rendre chez Lela son nom ne figurant pas dans l’index je devrais consulter Internet pour avoir les informations nécessaires. Mais peut-être que ce guide s’accompagne d’une application complémentaire …et qui m’aura échappée.

L’usage de cet ouvrage devient particulier. Muni de plusieurs crayons de couleur on cochera les lieux qui nous font de l’œil, on soulignera les adresses des points de restauration qui font saliver, on ajoutera les horaires d’ouverture, et dans un second temps on établira des emploi du temps. Il se pourrait qu’il faille avoir un bon mois devant soi pour tout voir. Ou être un français habitant Rome …

Mais on peut aussi le considérer comme le carnet de voyage d’un esthète et l’employer pour rêver à un périple qu’on entreprendra peut-être un jour ou se souvenir de moments agréables passés autrefois dans cette ville.

Je dois pour finir exprimer un compliment sur les illustrations photographiques, absolument admirables. Il est rare de feuilleter un guide qui soit aussi homogène sur la qualité et l’originalité des prises de vue alors que la longue liste des crédits photo ne fait pas de doute sur l’origine des clichés. Il se dégage une sorte de romantisme nostalgique absolument magique qui est sans doute la conséquence d’un traitement spécial que je salue. On devine néanmoins que nous ne verrons pas Rome avec les mêmes yeux parce que les rues et les places sont  quasiment toujours vides. A moins d’appliquer le conseil de se rendre devant la Fontaine de Trevi entre 7 et 8 heures du matin (p. 89) pour y vivre "l'illusion d’un océan surgissant des rochers".

Les très minuscules numéros blancs sur fond noir sont très peu lisibles pour qui a passé l’âge de 40 ans (les éditeurs devraient tout de même savoir que la plupart des "jeunes bank"  presbytes ne portent pas de lunettes) compliquant les repérages.

Il y a des maladresses de fabrication, en particulier concernant les textes imprimés sur les pages de droite. Ainsi par exemple p. 175 on ne peut pas lire le contenu correctement parce qu’il est mal positionné. Il faut écraser le livre alors que la marge de droite est vide sur 5 cm. C’était déjà le cas p. 151 alors qu’on disposait d’un espace blanc sur plus de 10 cm de hauteur. Cela étant, toutes ces marges disproportionnées permettent d’ajouter des notes personnelles, mais cela va néanmoins à l’encontre des mes principes de respect de l’objet-livre.

Rome, voir moins, voir mieux, guide Michelin
En librairie depuis le 12 septembre 2025

lundi 27 avril 2026

Nino de Pauline Loquès

Les Césars ont du bon. Sans la double récompense, pour la réalisatrice, Pauline Loquès dont c’est le premier long métrage et pour Théodore Pellerin en tant que meilleur espoir je n’aurais sans doute pas vu Nino, en raison du thème qui me semblait un peu noir.
Dans trois jours, Nino, jeune parisien, qui devrait fêter joyeusement ses 28 ans, devra affronter une grande épreuve. D’ici là, le corps médical lui a imposé deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à traverser Paris, le pousser à renouer avec les autres et peut-être avant tout avec lui-même.
J’ai énormément apprécié la manière que Pauline Loquès a de filmer cet espace-temps entre l’annonce (tellement maladroite) de la maladie au jeune homme et le début du traitement. Elle parvient à nous faire ressentir la lenteur avec laquelle les journées s’enchaînent malgré la précipitation provoquée par la situation. C’est très agréable pour le spectateur qui a le temps de réfléchir, et de ressentir la palette d’émotions jouées par le comédien qui n’en fait jamais trop.

Seule la mère, interprétée par Jeanne Balibar, est une actrice connue mais son décalage est si naturel qu’elle en devient touchante. Le tour de force est qu’on se surprend à se sentir proche de tous les personnages, jusqu’au personnel médical dépassé par la charge de travail ou au contraire profondément humain. La scène finale est à ce titre un monument de pudeur.

Si Pauline Loquès réussit si brillamment c’est parce qu’elle était motivée par le perte d’un proche d’un cancer à 37 ans, et à qui elle dédie le film. Elle n’en raconte cependant pas le parcours. Les questions qu’elle nous soumet sont peu abordées au cinéma : la révélation de la maladie, son annonce à l’entourage, le choix de la "personne de confiance" exigée par l’hôpital, l’emploi du temps des heures de répit avant la course pour la vie, la hiérarchisation des priorités, la "dette" à l’égard de quelqu’un qu’on aurait contaminé malgré soi …et qu’on préviendra avec pudeur par quelques lignes sur une carte postale rose mentionnant Yes, you can.

Nino est comme assommé par l’annonce de sa maladie. Il semble souvent à côté de ses pompes, la perte de ses clés le condamnant à errer. Chaque détail prend tout son sens. Et la réalisatrice a l’art de glisser des détails de notre vie quotidienne comme l’obligation de consommer pour avoir le droit d’aller aux toilettes dans un bar, la façon d’accueillir dans les hôpitaux, l’anniversaire surprise … sans pour autant négliger des sujets de fond comme la question de la parentalité qui est très présente chez les femmes, moins coté masculin, et pourtant Nino est confronté à la préservation de ses chances de fertilité.

L’annonce de la maladie provoque une réflexion très existentielle, du type "Si je m’en sors qu’est ce qui m’attend pour le reste de ma vie ? " ou encore "Est-ce qu’on peut tomber amoureux quand on vient d’apprendre une telle nouvelle ?"

Il y a plusieurs très jolies scènes. Je citerai celle où Zoé, son amie d’enfance, lit avec pudeur et générosité un passage de Venus erotica de Anaïs Nin (et je vois dans ce choix un jeu de mots avec le prénom de Nino). Le moment était périlleux mais il est magnifiquement interprété.

En contraste à la scène d’introduction et à la maladresse de l’oncologue, le film se clôture en montrant que l’hôpital peut aussi être une zone de douceur. La première séance de chimiothérapie se passe dans une pièce qui est pensée comme une chambre de maternité. L’infirmière pose une main sur l’épaule. Elle fixe un bracelet en murmurant que c’est comme pour un nouveau-né. Ça fait écho à la séquence où sa mère raconte sa naissance.

Nino revient à la vie en faisant face à sa mortalité, comme le suggère la dernière chanson, I’ll be alive. On peut considérer que la fin est ouverte aussi bien sur le plan médical que sentimental.

Théodore Pellerin est un comédien québécois jusqu’alors -presque- inconnu en France (il est Jacques de Bascher dans la série "Becoming Karl Lagerfeld") et qui joue sans accent. Il faut aussi souligner la délicatesse de l’interprétation de son ami, joué par William Lebghil qui dégage une grande tendresse alors qu’on a (trop) l’habitude de l’enfermer dans des rôles comiques.

Le film a reçut de multiples prix depuis qu’il a été montré la première fois à la Semaine de la critique à Cannes en mai dernier : prix d’interprétation à Théodore Pellerin, Prix Pierre Chevalier, Prix d’Ornano-Valenti au dernier festival de Deauville … et César du Meilleur Premier Film comme du Meilleur Espoir masculin.

Nino un film de Pauline Loquès
Scénario Pauline Loquès, avec la collaboration de Maud Ameline, 
Avec Théodore Pellerin, William Lebghil, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar
En salle depuis le 27 septembre 2025..

dimanche 26 avril 2026

Le mois Molière de Versailles fête sa 30 ème édition

La tradition de se retrouver au Café Plume a été honorée pour présenter le futur programme et fêter la 30eme édition du festival de théâtre et de musique de Versailles, le Mois Molière.

François de Mazières, qui en est le créateur, en retrace l’histoire à travers un ouvrage, sobrement intitulé 30 ans, mettant en valeur, pour chaque année, un spectacle, une troupe et un lieu. Avec très probablement un cliché de la première édition, ouverte le 1er juin 1996 par Francis Perrin habillé en Sganarelle.

La Cour de la Grande Écurie va redevenir chaque soir dès le samedi 30 mai et tut au long du mois de juin 2026 le point de rassemblement du public un peu comme l’est celle du Palais des Papes d’Avignon, quoique plus modeste avec ses 650 places en gradin.

La manifestation a pour caractéristique de faire appel à une sorte d’esprit de troupe, à l’instar de ce que faisait Molière à son époque, pour composer un festival de qualité mais populaire et fidèle à ses valeurs parce qu’il ne faut pas se cacher que le In d’Avignon fait référence à une certaine culture théâtrale.

Ce seront encore plus de 100 000 spectateurs, toujours très enthousiastes, qui seront heureux d’assister aux 350 spectacles, de découvrir les créations des 12 compagnies en résidence à un tarif sans doute inégalé dans aucun autre lieu. Les spectacles sont majoritairement en entrée libre (ils restent tous gratuits pour les enfants pour qui d’ailleurs on réserve les premiers rangs) et le maximum sera de 4 euros dans la cour de la Grande écurie.

Une quinzaine de spectacles ont été présentés par les artistes s’étant déplacé ce matin :

Le mois s’ouvrira avec Louison qui fut un très grand succès en tant que roman pour la jeunesse (Louison et Monsieur Molière de Marie-Christine Helgerson chez Flammarion Jeunesse). Ce sera la première mise en scène d’Axelle Masliah après six ans d’assistanat, notamment à la Comédie Française. Cette histoire vraie raconte le parcours d’une fille de comédiens pour qui Molière écrira un rôle dans sa dernière pièce avant de mourir, Le malade imaginaire. Le dramaturge lui transmettra sa passion pour le théâtre. Elle y gagnera son émancipation. 

François de Maziere est un excellent auteur de théâtre. J'avais beaucoup aimé Le géniteur, créé en juin 2024 au Conservatoire de Versailles, mis en scène par Nicolas Rigas avec Mylène Bourbeau, Martin Loizillon et Salvatore Ingoglia. Cette fois il s’est intéressé au parcours d’Olympe Audouard, née en 1832, première femme journaliste, aventurière et figure majeure du féminisme qui voyagea dans le monde entier. C’est Martin Loizillon qui en assurera une mise en scène toute en émotion.

Le roman de Mathieu Palain, auteur prolixe des éditions de l’Iconoclaste, Ne t’arrête pas de courir, sera mis en scène par Tristan Petitgirard. Il démontrera comment un athlète promis à la gloire a mis son avenir en danger en cédant à ses addictions. Mais aussi qu’on peut chuter et se relever.
Et Emmanuel Besnault (à droite) adapte, met en scène et joue Le Grand Meaulnes (encore au Lucernaire jusqu’au 14 juin) dans lequel il invite le spectateur à construire son bonheur au présent plutôt que de vivre par procuration et adapte et met en scène Dom Juan dont il n’a gardé que ce qui concerne les questions d’emprise et d’empathie.

Stéphanie Tesson et Phénomène et cie investiront une nouvelle fois le Potager du Roi pour y lire Perceval et ressuscitera la farandole des Fantaisies potagères déjà à l’affiche depuis 2003. J'ai encore en tête son petit air de Maupassant … et le lieu est magique.
Une fois n’est pas coutume. Ronan Riviere monte une pièce du répertoire français, La seconde surprise de l’amour de Marivaux où deux aristocrates en deuil amoureux seront plongés dans une embrouille amoureuse.

Marie Wauquier (à gauche)jouera dans Les Justes (encore au Poche jusqu’au 3 mai) dans la mise en scène de Maxime d’Aboville.
Charlotte Mazneff (à droite) revient avec deux mises en scène. Elle va créer l’histoire vraie de L’affaire Petiot que Philippe Touzet a choisi de raconter du point de vue du commissaire Massu (qui inspira à Simenon le personnage de Maigret) sous l’angle de la transmission à son jeune adjoint. 

Elle mettra aussi en scène Le cercle de craie caucasien avec sans doute plus d’intimité que dans la version montée par Demarcy-Motta au Théâtre de la ville. Ce sera la célébration de la manière dont un faible prend en charge plus faible que lui dans l’esprit du théâtre de tréteaux.

Avec La danse du caméléon, Éric Bouvron démontrera qu’il n’a pas oublié l’Afrique d’où il vient. 

Si La belle Hélène et les garçons, créé l’an dernier, reviendra et clôturera le mois, Nicolas Rigas mettra en scène L’auberge du père tranquille d’après le roman de Philippe Karelle.
 
Sophie Forte nous révélera qui est la vraie Marilyn (Monroe) dont je rappelle l’exposition très sensible de la Cinémathèque. C’est Alice d’Arceaux, avec qui elle a joué dans Mon Isménie qui l’incarnera en compagnie de Guillaume Nocture qu’on a pu saluer dans le très réussi spectacle musical Génération Barber (que Sophie met en scène et qu’on retrouvera au festival d’Avignon à l’Arrache cœur).

Peut-être faut-il rappeler que ce festival existe aussi par la bonne volonté des 200 bénévoles qui se partagent un gros travail, grâce à la collaboration active des équipes techniques de la ville et à la possibilité de repli dans le Théâtre équestre de Bartabas en cas d’intempérie dans la Cour des grandes Écuries.
Vous trouverez tous les renseignements et surtout la programmation complète, y compris en musique, sur le site du Mois Molière. Pour les spectacles à la Grande Écurie, les réservations seront ouvertes le mercredi 20 mai à 12h pour les spectacles du 30 mai au 14 juin et le mercredi 3 juin à 12h pour ceux du 15 au 30 juin.

Je signale que certains des spectacles du Mois Molière seront joués (aussi) au festival SenS du théâtre des Gémeaux parisiens dans le courant du mois de ma, en particulier Rosy & moi mis en scène par Eric Bu, Etre ou ne pas être, adapté et mis en scène par William Mesguich.

Beaucoup seront également joués au festival Off d'Avignon cet été.

Café plume 164 Rue Saint-Honoré, 1 Rue Jean-Jacques Rousseau, 75001 Paris

samedi 25 avril 2026

Je fais ma propre pâte à pizza

Puisque je réussis à faire de la (bonne) pâte à tarte pourquoi ne me lancerais-je pas dans la pizza ?

Avouez que la photo en tête de cet article apporte une réponse positive à la question !

Je me suis appuyée sur les conseils de Grégory Cohen assurant dans son dernier livre consacré à la cuisine italienne que faire sa pâte à pizza maison est un véritable plaisir et la garantie d’une base moelleuse et croustillante.

Il recommande (p.10) de mélanger 500 g de farine tipo 00 avec 10 g de sel dans un saladier. D’y faire un puits au centre et d’ajouter 10 g de levure fraîche (ou 5 g de levure sèche) préalablement délayée dans 300 ml d'eau tiède. D’incorporer ensuite progressivement l'eau à la farine tout en mélangeant à la main ou à l'aide d'un robot. D’ajouter 30 ml d'huile
On forme une boule qu’on place dans un saladier légèrement huilé (alors vraiment légèrement). On couvre d'un linge humide (c’est en recopiant la recette que je remarque ce détail, preuve que ça fonctionne aussi avec un torchon sec) et on laisse reposer 1 à 2 heures à température ambiante, jusqu'à ce qu'elle double de volume.

J'ai évidemment mis mon grain de sel dans le processus. Outre les détails mentionnés entre parenthèses j’ai ajouté du thym et franchement c’était une très bonne idée. Et surtout j’ai appliqué deux recommandations. D’abord j’ai laissé reposer la pâte au réfrigérateur pendant 24 heures, ce qui a eu pour effet de ralentir la fermentation et de développer les saveurs. Ensuite j’ai procédé en plusieurs temps pour la cuisson en ajoutant les garnitures au fur et à mesure pour éviter de détremper la pâte comme on le constate sur les photos.

En théorie on doit aplatir la boule de pâte (environ 250 g pour une pizza de 30 cm) avec les mains en étirant doucement la pâte en partant du centre vers les bords pour obtenir une épaisseur uniforme, en veillant à ne pas trop écraser les bords pour conserver une croûte moelleuse. Je n’ai pas suffisamment de dextérité pour y parvenir et j’ai trouvé que la pâte était très (trop) grasse. J’ai donc posé une feuille dextérité papier sulfurisé dessus et j’ai employé le rouleau à pâtisserie. La technique fonctionne très bien.

Ce fut plus facile de soulever la pâte pour la poser sur la plaque de cuisson. Comme on le constate sur les photos j’avais choisi la forme rectangulaire d’une pizza al taglio, typique de Rome.

J’ai d’abord badigeonné de sauce tomate et ai disposé des rondelles d’oignon (fumé, que j’avais ramené du Nord de la France). J’ai enfourné à 240 degrés pour 4 minutes, pendant lesquelles j’ai préparé les autres ingrédients : des rondelles d’aubergines confites, des olives de Lucques dénoyautées, des tranches de tomate fraîche, des champignons, de l’ail confite, du thon émietté, des feuilles d’ail des ours.
Dans un second temps la pizza garnie de tomates et de champignons est repartie en cuisson pour 2 minutes. Deux autres minutes suffirent pour olives, aubergines et thon.
Enfin j’ai placé les feuilles d’ail des ours (sans repasser au four) et nous l’avons dégustée avec une simple salade d’endives et un verre de Valpolicella bio, Yperico, de la Cave Valentina Cubi installée à Fumane, résultat d'un assemblage entre Corvina, Corvinone, Rondinella et Molinara, en toute modération sachant que l’abus d’alcool nuit à la santé.
J’ai consacré un article entier aux vins de l’AOP Valpolicello ici.dans lequel je donne les caractéristiques de l’Yperico.
En Italie, il arrive qu’on utilise aussi la pâte à pizza tout à fait différemment. Par exemple pour faire des petits pains farcis. Ou encore des "roulés". Dans ce cas on l'étale sur 1 cm d'épaisseur et on la recouvre de purée de tomates ou de ce qui tente (ici j'ai posé des rondelles d'oignons précédemment cuites et de la mozzarella. On roule en un épais rouleau, puis on coupe des tranches de 2 cm d’épaisseur que l'on aligne sur une plaque de cuisson recouverte d'une feuille de papier sulfurisée. On laisse reposer 10 minutes pour que la pâte lève à nouveau. On cuit au four pendant quelques minutes.
Cela donne des portions plus petites, presque des friandises. C’et une option quand on prépare de la pâte en quantité abondante et cela peut constituer un surprenant accompagnement d’apéritif entre copains.
Pour finir quelques (autres) conseils :
si la pâte est trop collante, saupoudre d'un peu de farine ; si elle est trop sèche, ajoute un filet d'eau tiède,
-  le four doit être préchauffé correctement à la bonne température,
- éviter de surcharger la pizza en garniture pour éviter qu'elle ne devienne molle (ou alors cuire en plusieurs temps)
- toujours ajouter des ingrédients frais et de saison (basilic, roquette, etc.) après la cuisson pour préserver leur saveur.

vendredi 24 avril 2026

La femme de ménage de Freida McFadden

La femme de ménage est un énorme phénomène littéraire, cumulant un nombre considérable de lecteurs dont je viens de rejoindre la cohorte. Et je suis en passe de me glisser dans les premiers rangs des fans de cette mystérieuse autrice américaine. 

Freida McFadden a en effet longtemps cultivé le secret autour de son identité réelle.

Il a pris fin lors d’une interview accordée à USA Today, datée du jeudi 9 avril, tordant le cou aux spéculations prétendant un collectif d’auteurs masqués derrière une identité fictive. Sara Cohen exerce comme médecin spécialisée dans le traitement des troubles cérébraux. Elle a utilisé un pseudo pour éviter toute interférence entre son travail à l’hôpital et son succès en librairie. Elle continuera néanmoins à publier sous son nom de plume, devenu une marque littéraire à part entière.

Je rappelle qu’après la trilogie autour de La femme de ménage, elle a enchaîné avec Le Boyfriend, La locataire et L’intruse, devenant très vite une personnalité majeure du thriller contemporain. Dans la foulée de sa parution, La femme de ménage a fait l'objet d'une adaptation cinématographique éponyme avec Sydney Sweeney dans le rôle principal, qui ne me tente pas après en avoir visionné la bande-annonce. Je ne sais d'ailleurs pas si je vais avaler tous ces succès mais je dois confesser que j’ai pris un énorme plaisir à la lecture du premier opus.
Millie, une détenue libérée après dix ans de prison et sans emploi, parvient à se faire embaucher comme employée de maison dans une riche famille new-yorkaise. Cette nouvelle situation, où elle est à la fois femme de ménage, cuisinière et accompagnatrice de Cecelia, la fille de la famille, lui paraît tout d'abord être une chance formidable, avant que sa très aimable patronne, Nina Winchester, ne se révèle finalement instable et toxique. La bienveillance de son époux Andrew, "d’une beauté dévastatrice", permet à Millie de supporter la situation et de surmonter les rumeurs selon lesquelles sa patronne aurait tenté de noyer sa propre fille, mais son malaise s'accroît lorsqu'elle découvre que la chambre qu'on lui a allouée ne ferme que de l’extérieur.
Pour un premier roman c'est un coup de maitre, comme le fut en son temps la saga Potter. On peut bien le qualifier de populaire ou prétendre non sans ironie qu’il s’inscrit dans un "contrat de divertissement", l’intrigue est bien ficelé, il enchaine de vrais rebondissements, avec un style tout à fait correct mais d’une simplicité fort agréable. C’est un grand succès de librairie mondial, ce qui impose le respect. Rien qu’en France il s’en est vendu plus de 630 000 exemplaires en une année, avec semble-t-il un lectorat total de 2,5 millions d'exemplaires vendus en France pour le livre initial de la série et son éditeur confie qu'il ne pouvait s'attendre à un phénomène d'une telle ampleur.

The Housemaid a été distingué à deux reprises par l'Association internationale des auteurs de thrillers : en 2023, il est élu au titre de roman ayant reçu la meilleure critique, et en 2024, il est nommé parmi les cinq meilleurs livres audio.

La femme de ménage de Freida McFadden, publication originale sous le titre de The Housemaiden 2022, City Éditions pour l'édition française, traduction de Karine Forestier, en librairie depuis 2023

jeudi 23 avril 2026

Mon grand frère et moi de Ryôta Nakano

C’est une amie qui m’a entraînée au Cinéma des cinéastes. L’endroit est particulier. Il abrite un bar-restaurant caché car il faut le connaitre pour avoir l’idée de s’y installer, au premier étage. Et pourtant cette adresse confidentielle est accessible sans ticket de cinéma, par un escalier discret dans le hall, loin du tumulte de la Place de Clichy.

Installé dans l'ancien cabaret du Père Lathuille (où se produisirent des célébrités comme Maurice Chevallier ou Lucienne Boyer), sous une fresque dédiée à Méliès et Loïe Fuller (dont j’ai photographié un morceau), c'est un lieu où l'on vient aussi bien dîner en groupe que prendre un verre dans un décor fin XIX°, avec velours et lumières tamisées.

J’ai à peine eu le temps de deviner que la carte des cocktails comportait des suggestions originales, que celle des tapas était gourmande. Tout m’a tenté dans cet endroit hors du temps mais, bien que chroniqueuse culinaire, je n’étais pas venue pour ça.

Le Cinéma des cinéastes est fidèle à son nom. Il appartient à 220 producteurs, auteurs, réalisateurs qui ont la volonté de porter haut le 7ème art. Son directeur s’efforce donc d’y présenter depuis 1997 toutes les cinématographies. Ce soir là ce sera, pour la première fois, un réalisateur japonais, Ryôta Nakanoqui arrivera un peu plus tard pour débattre de Mon grand frère et moi une fois que nous l’aurons visionné. Il n’est pas encore sorti en France et je n’avais rien lu à son propos.
Entre Riko et son frère aîné, rien n’a jamais été simple. Même après sa mort, il continue de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants… et un fils ! Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences, et redécouvre peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’aurait cru.
Il y a, pour nous européens, quelque chose de l’ordre du documentaire en ce sens que nous ignorons les coutumes japonaises en matière d’enterrement, comme par exemple l'usage du blanc en tant que couleur sacrée. Les fleurs blanches sont symbole de pureté. La mort est une transition et n'inspire pas les mêmes sentiments qu'en Occident. Cela peut sembler anecdotique de le dire mais certaines scènes ont un aspect cocasse pour qui ne connait pas cette civilisation, comme la coutume de déjeuner pendant la crémation. On récupère ensuite les fragments d'os avec des baguettes rituelles pour les rassembler et les placer dans une urne en commençant par ceux des pieds et en remontant jusqu'au crâne avec les cendres. Heureusement, la caméra est toujours discrète et bienveillante, et la durée du film, supérieure à deux heures, permet de prendre le temps

Le film débute dans le silence, sans même une musique d’accompagnement. Le piano n'interviendra que bien plus tard, lorsque la mère, face au miroir, réalisera la gravité de la situation, bien après l'annonce du décès de son frère, par téléphone, où la conversation s'est enclenchée avec la formule traditionnelle moshi moshi qui signifie littéralement  "je parle, je parle", et sous-entend "allô, vous m'entendez ?" 

L'intrigue se met en place quand le fils de Riko fait ses devoirs dans sa chambre et qu'il tombe fortuitement sur un livre (écrit par sa mère) dont le prologue mentionne C’est un refuge, pas un fardeau.

La formule est opaque pour le moment. On la retrouvera au dernier plan, lorsqu’il refermera le roman qui est aussi un témoignage. la façon de tenir le livre a de quoi intriguer. Il faut savoir que dans ce pays, les livres se lisent de haut en bas, de droite à gauche, comme l'écriture japonaise qui se trace traditionnellement à la verticale. Cette façon d'écrire s'appelle le tategaki ... si bien qu'en ouvrant le roman à l'envers de notre sens de lecture il n'est pas à la fin mais au début de l'histoire.

Cela s’explique de manière historique, à une époque où l'on écrivait au pinceau et à l’encre : le pinceau dans la main droite et le rouleau de papier dans la main gauche. Il était beaucoup plus pratique d’écrire de droite à gauche pour éviter d'endommager ce qu'on avait tracé. Voilà d'ailleurs pourquoi, en France, on garde ce sens de lecture pour les mangas car ce serait un travail colossal de réordonner les vignettes. C’est aussi le meilleur moyen de respecter l’œuvre originale.

C'est aussi pour une raison pratique qu'on verra les voitures rouler sur la gauche. L'origine remonte à l'époque féodale, lorsque les samouraïs portaient leur épée sur le côté gauche du corps et qu'il aurait été dangereux de se croiser en circulant sur le côté droit. Cette tradition s'est maintenue et a été renforcée par l'influence britannique lors de la construction des premiers chemins de fer japonais au XIX° siècle. (En France aussi, hormis en Alsace, les trains roulent à gauche). Et si nos voitures se déplacent du côté droit la responsabilité en incombe à Napoléon Ier qui a rendu ce sens de circulation obligatoire en 1804.

Il n'empêche que le réalisateur fera de multiples flash-backs que, parfois, nous aurons du mal à comprendre car beaucoup sont des sortes d'hallucinations, ou disons des évocations des membres de la famille et de souvenirs vécus … ou rêvés.

C'est ce qu'on appelle au Japon le Omokage : le visage qui reste, au réveil d'un songe ou accroché à un souvenir... Riko en est troublée : son grand frère, pourtant disparu, n'a de cesse de lui rendre visite au quotidien... et il se permet toutes sortes de facéties, parce que dans le cinéma de Nagano tragédie et comédie sont indissociables.
On a au Japon un autre rapport à la fatalité. Lorsqu'il discuta avec la salle le réalisateur reconnut que, culturellement, la mort n’est pas joyeuse dans son pays mais qu'il a voulu en imprégner son film : L’être humain n’est jamais aussi humain que lorsqu’il se débat dans ses émotions. Les larmes et le rire ne sont pas contradictoires et peuvent coexister.

On ne fait pas la bise ni ne serre la main. On se limite à un hochement de tête ou – plus authentiquement -une courbette appelée ojigi, formelle mais très codifiée (l’inclinaison dépasse rarement 30°, sauf pour exprimer un respect exceptionnel). Les salutations s’accompagnent souvent de mots de politesse comme "sumimasen" (excusez-moi) et "arigatou gozaimasu" (merci beaucoup). L’évitement du regard est un signe de modestie ou de respect, surtout envers les aînés. La communication japonaise privilégie l’implicite : les non-dits, les silences. Que ce soit en couple ou en famille, les signes d’affection sont généralement réservés à la sphère privée. Les accolades, bisous ou grandes effusions en public sont proscrits, y compris entre une mère et son enfant. Le consensus, la retenue d’émotions et la modestie sont des piliers de la société japonaise. Il n'est pas d’usage d’exprimer directement son avis, pour éviter toute forme de confrontation. 

On se déchausse quand on rentre chez quelqu’un, dans un restaurant traditionnel, certains temples ou tout endroit pourvu de tatamis. Un espace est aménagé à l’entrée pour les chaussures et on peut y enfiler des chaussons ou rester en chaussettes. Le respect de l’hygiène est un pilier du mode de vie japonais.

La nourriture est un aspect important, on le remarque dans le film. On ne plante pas les baguettes dans un bol de riz car ce geste évoque le rituel funéraire. Mâcher bruyamment est mal vu, sauf pour les nouilles qui sont aspirées bruyamment pour signifier que l'on apprécie le plat.
Comme c’était déjà le cas dans La Famille Asada (2020), Ryota Nagano évoque de nouveau le souvenir traumatisant du séisme de l’Est du Japon, à Fukushima le 11 mars 2011. Le personnage du frère a déménagé dans la ville de Tagajō, dans la préfecture de Miyagi, une région qui a été gravement touchée par le Tsunami où le réalisateur s’est rendu pour effectuer des repérages et réaliser des interviews.

Il a confirmé avoir adapté un livre racontant le décès d'un frère et que c'est lui qui a décidé de le faire régulièrement apparaître. Le scénario est pour moitié tiré du livre, pour un tiers des échanges que le réalisateur a eu avec l’autrice et les 20% restant appartiennent au cinéaste.

Dans la "vraie" vie, le grand frère est très paumé, fauché, mais très aimé, surtout par les femmes. Derrière ses défauts il avait des qualités. Or, si on ne réussit pas, on n’est rien, non ? interroge-il.

Il reconnait ne pas souhaiter laisser une part d’improvisation à ses acteurs et écrit leurs rôles à la virgule près. Le comédien qui interprète le grand frère a la réputation d’improviser mais cette fois il ne l’a pas fait, disant que lorsqu’un scénario est bon c’est inutile.

Derrière les situations cocasses et les fantômes bienveillants, Mon grand-frère et moi célèbre la réconciliation, en premier lieu avec ce frère "dissident" mais aussi avec tout ce qu’on pensait avoir perdu en chemin. Il ne s'agit ni de pardon ni de faiblesse mais de reconnaitre qu'il peut y avoir des qualités derrière les défauts. Et si Riko en veut tant à son frère, c’est peut-être moins pour sa désinvolture que pour la liberté qu’il incarne et dont on la sent un peu jalouse. Jusqu'à ce qu'elle comprenne que ce grand frère est un refuge, pas un fardeau.


Mon grand frère et moi de Ryôta Nakano
Avec Hikari Mitsushima, Joe Odagiri, Ko Shibasaki
Vu le 7 avril 2026 au Cinéma des cinéastes- 7 avenue de Clichy - 75017 Paris
Sortie annoncée en France pour le 6 mai 2026

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