C'est en partenariat avec la ville de Châtenay-Malabry que le Rex a pu offrir à toutes les femmes, en cette journée spéciale, la projection de La maison des femmes, le premier film de Mélisa Godet.Elle s'est inspirée de la structure ouverte en 2016, à Saint-Denis, par la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer et qui, depuis, a essaimé dans une trentaine d'autres structures, toutes aussi utiles les unes que les autres car les statistiques ne sont pas à la baisse.
L'hommage est net, à tel point qu'à la fin c'est la photo de cette chirurgienne et de toute son équipe qui s'affiche sur l'écran.
Mélisa Godet aurait pu choisir une forme documentaire mais elle a travaillé pendant cinq ans avec sa co-scénariste Catherine Paillé à construire une "fiction librement inspirée de la réalité", à partir des parcours hélas bien réels de nombreuses femmes, mais en instaurant juste ce qu'il faut de distance pour respecter l'intimité des situations et rendre le résultat aussi joyeux que juste.
Il n'était pas facile de rendre aussi bien la réalité de la violence subie par les femmes, sans distinction ni d’âge, ni de classe, ni de culture, en se concentrant sur les conséquences, et les solutions. Les problèmes de financement ne sont pas occultés et ajoutent de la crédibilité. Rien n'est acquis et la vigilance doit être constante.
Mélisa Godet est la réalisatrice de la série LT-21 et de deux courts, Tu vas t’y faire et Les Enfants d’Oma. Ici, elle mobilise des acteurs connus avec d'autres moins habituels des écrans autour du combat contre la violence, y compris celle qui infiltre les institutions.
Rien n'est anodin dans ce film, depuis le nom du lieu où est installée cette première Maison des Femmes, au sein de l'hôpital Madeleine Pelletier, première femme psychiatre de France, mais dont le nom n'a été donné qu'à quelques unités d'hospitalisation, jamais en tout cas à un grand établissement.
Son destin fut tragique. Arrêtée en 1939 pour avoir soit-disant aidé une jeune fille de 13 ans, enceinte, à avorter, car violée par son frère, elle fut déclarée coupable, et fut internée. Elle mourra en asile psychiatrique, quelques mois plus tard, d’un accident vasculaire cérébrale.
Le film commence par un groupe de paroles illustrant l'état d'esprit des victimes : on m'a dit que pour avancer faut pardonner. J'ai pas envie.
On suivra le parcours d'une poignée de femmes très différentes, ayant toutes en commun de ne pas avoir vu venir la violence avant qu'elle ne s'installe. J'ai pas compris que ça allait continuer que ça allait devenir normal dira l'une d'elles. Un médecin (Juliette Armanet) expliquera le phénomène de dissociation, lequel commence à être un peu connu.
La cruauté du contexte n'est jamais filmée frontalement. S'il est attentif, le spectateur aura remarqué par exemple qu'une soignante lit un article du Monde alertant sur l'hypothèse d'une nouvelle maladie. Plus tard il ne devrait pas être surpris par le contexte particulier de la période de la pandémie de Covid pendant laquelle les femmes ont été confinées avec leurs bourreaux.
Le film aborde chaque facette de la situation, sans oublier les enfants qui en sont les co-victimes. Il met en valeur le travail du personnel qui demande systématiquement la permission d'examiner les patientes : est-ce que je peux te toucher Coumba ? Le corps médical aurait des leçons à prendre de cette délicatesse qu'on apprécierait de voir appliquée davantage dans notre vie quotidienne …
La difficulté n'est pas occultée et les réponses sont concrètes :
- Comment vous faites pour vous blinder ?
- On porte ensemble.
Le partage et la cohésion d'équipe sont effectivement au coeur du dispositif et il est logique d'assister à des moments de relâchement et de convivialité au cours de pauses dans l'hôpital ou en dehors (même si j'ai trouvé que la consommation d'alcool et de cigarettes n'était pas un modèle positif). Le spectateur lui aussi bénéficie de séquences plus légères, comme par exemple la soirée en cabaret autour de cette chanson Je veux un héros, devenue un véritable hymne à l'héroïsme depuis que Bonnie Tyler l'a enregistrée pour la bande originale du film Footloose (1984) et qu'elle a été reprise par la fée marraine dans le film Shrek 2 (2004) : Je veux un héros ! Et jusqu'au bout de la nuit le suivrai en volant.
Côté victimes, le panel d'actions est large, depuis l'entretien, la mise à l'abri en hébergement d'urgence, les groupe de paroles, les séances de reconquête d'estime de soi par la mise en beauté ou le portrait photographique, et même la reconstruction chirurgicale dans les cas extrêmes. Mais la réparation ne devient pas un slogan.
Le succès est un fil ténu. Il suffirait de perdre une partie du financement, ou qu'un membre de l'équipe soit touché pour que le système s'effondre. La chef de service (Karin Viard, au dynamisme inébranlable) a la solution pour continuer à exister, il faut se marketer.
Il n'y a pas deux mondes qui se feraient face, les victimes et le médical tout puissant et inaltérable. On observe que chacun est potentiellement dans la cible. Une infirmière en dépression l'exprime à son tour : Quand j'y pense, ça parait fou. J'étais forte pour trouver des solutions.
La pression administrative est comparable à celle qui avait été pointée par Eric Toledano et Olivier Nakache dans Hors Normes en 2019 avec Vincent Cassel, Reda Kateb dans un contexte relativement semblable.
Nous sommes dans une fiction où la fin sera heureuse, à un gros bémol près tout de même, tout à fait prévisible. Mais pour l'essentiel l'objectif de changer la vie en mieux est atteint dans la plupart des cas.
La maison des femmes de Mélisa Godet
Avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Juliette Armanet, Pierre Deladonchamps, Laurent Stocker …
En salles depuis le 4 mars 2026













































