Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mercredi 13 mai 2026

La cérémonie d'ouverture du festival de Cannes

La cérémonie d'ouverture de la 79 ème édition du Festival de Cannes était retransmise hier en direct sur les antennes et le site de France Télévisons à partir de 19h.

J'ai sincèrement ragé de ne pas pouvoir la regarder en direct tout autant que devoir attendre pour découvrir La Vénus électrique qui était exceptionnellement projetée ce soir là non seulement au palais des festivals et dans 900 cinémas.

Je m'étais engagée ailleurs et je n'ai pas pour habitude de me dédire … Mais vive le replay et félicitations à Eye Haïdara qui succède brillamment à Laurent Lafitte. Bravo pour sa prestation, sans faute, effectuée dans une robe taille basse, à la fois élégante structurée et simple, embellie de bijoux Messika.

Elle est entrée en scène avec grâce, reprenant les paroles de la chanson de Claude Nougaro sur l'écran noir de mes nuits blanches, moi je me fais du cinéma. Elle a poursuivi en nous lançant au vol des réflexions à méditer comme celle -ci : Rire est une forme de courage qu’on sous-estime un peu. 

Elle nous a offert beaucoup de très beaux moments en particulier lorsqu'elle a repris les plus célèbres répliques de films cultes qu'elle a restituées avec le ton, l'accent, l'intention idoine … si bien que le public l’a écoutée bouche bée.

J'ignore si elle a pris un tel risque en songeant à la phrase de Jean-Luc Godard, on ne fait pas un film pour être prudent, dont elle nous a rappelé qu'il avait une phrase pour tout. 

Elle a, bien plus intelligemment que ne l'ont fait les présentateurs de la soirée des César et des Molières, fait comprendre ce que c'est qu'être roi le temps d’une soirée avant de lire les critiques dont elle déclina les nuances, très bonne, bonne, savante, hermétique, cinglante, magnifiquement accompagnée par le violon de l'Américaine Miri Ben-Ari.
Elle a rendu un hommage pudique à Nathalie Baye et discret, voire subliminal à Claude Lelouch que nous avons vu sourire dans la salle.
Elle a accueilli dignement Park Chan-Woodle cinéaste qui a  fait de la violence un art en lançant un montage d'extraits qui donnait envie de passer la nuit devant une rétrospective.

Une palme d'honneur a été remise, sans attendre les résultats du palmarès, au réalisateur néozélandais Peter Jackson (Le seigneur des anneaux) surpris de cette distinction en minimisant (ou justifiant) son mérite :  je ne fais pas des films qui peuvent gagner une palme.

Ce n’est pas le cinéma de mon cœur mais je suis admirative de son talent comme il l’est des Beatles. Et ce fut un plaisir de le voir fredonner Get Back (qu'il connait visiblement par coeur) dans la remarquable reprise de Theodora et Oklou.

Jane Fonda a fait une entrée remarquée dans une somptueuse robe longue Gucci noire à sequins, sublimée par une parure Pomellato. Le cinéma a toujours été un acte de résistance parce que nous racontons des histoires et les histoires représentent ce qui construit une civilisation, a estimé l'Américaine, tandis que la Chinoise Gong Li célébrait un art qui transcende les langues, les cultures et les générations et s'adresse à ce que nous partageons tous, les émotions humaines.
Célébrons l'audace, la liberté et l'acte féroce de la création dit Jane en conclusion et sous les applaudissements.

L'Aquarium, extrait du 7ème mouvement du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns va résonner chaque soir de montée des marches jusqu'au samedi 23 mai.

Pour la "petite" histoire c'est Gilles Jacob qui la choisit en 1983 pour ponctuer certains moments alors qu'il était délégué général du festival. L'ayant découverte dans Les Moissons du ciel (prix de la mise en scène pour Terrence Malick au festival en 1979) il pensait le morceau avait été composé par Ennio Morricone. C'est son fils, plus mélomane que lui, qui lui révéla le nom de l'auteur, lequel n'aimait pas cette suite, composée en 1886. il ne voyait aucun avenir à cette drôlerie que faite pour le Mardi gras et qui ne sera pas publié, loin de se douter qu'un siècle plus tard ce sera devenu la musique emblématique d'un grand festival de cinéma, art dont l'origine remonte à 1895.

mardi 12 mai 2026

Yann Kebbi, lauréat de la première édition du Prix Françoise Cauvin-Monet – Académie des beaux-arts, expose Galerie Vivienne

La Galerie de l’Académie des beaux-arts, au sein de la Galerie Vivienne, présente dans sa nouvelle exposition les travaux de Yann Kebbi, premier lauréat (2025) de la première édition du Prix Françoise Cauvin-Monet – Académie des beaux-arts.

Une rencontre a eu lieu en présence de l’artiste et fut l’occasion de découvrir un ensemble d’œuvres révélant la diversité de sa pratique, où dialoguent dessin, peinture, eau-forte, collage, stylo et gravure. L'homme aime combiner les techniques pour mieux exprimer ce qu'il ressent et il apprécie particulièrement le livre, en tant que media, comme il l'a démontré avec l'opus consacré à Las Vegas qu'il a illustré pour la collection Travel Book de Louis Vuitton et dont un extrait est repris sur le mur du fond (Luxor Casino Hotel, Lobby, crayon et stylo à bille de couleur sur papier, 70 x 24 cm, 2022)
On pourra admirer l'oeuvre dans son entièreté sur le mur adjacent, avec quelques autres de la même série :

Treasure Island Casino Hotel, 2022,
crayon et stylo à bille de couleur sur papier, 70 x 24 cm
The Fremont Street expérience, 2022,
crayon et stylo à bille de couleur sur papier, 70 x 24 cm

Le livre rassemble une série de dessins élaborés à partir de carnets réalisés sur le motif, puis recomposée en atelier selon une logique panoramique, car la richesse des sujets observables à Las Vegas est considérable, afin de restituer une vision dense et stratifiée de la ville. Le trait, à la fois incisif et instable, s'accompagne d'interventions colorées qui restituent la saturation lumineuse et l'intensité thermique propres à cet environnement artificiel.

lundi 11 mai 2026

22 Minutes de Benoit Solès

La première de 22 minutes a eu lieu ce soir au Théâtre des Gémeaux parisiens dans le cadre du festival SenS et c’était génial. Tout simplement. Benoit Solès nous offre un nouveau chef-d’œuvre, sans aucun doute ! 

On savait qu’il a du talent, que c’est un vrai auteur, un excellent comédien. Celui qui a tant convaincu avec La machine de Turing ne pouvait pas décevoir avec sa nouvelle création.

Recevra-t-il une nouvelle fois deux Molières comme en 2019 (celui du Comédien et celui de l'auteur) et la pièce sera-t-elle également récompensée au titre de meilleure mise en scène et meilleur spectacle privé ? Il est de toute évidence trop tôt pour le dire (et le fait que ce soit un seul-en-scène ne plaide pas vraiment dans ce sens) mais je peux vous assurer que je n'avais pas ressenti une telle émotion depuis un certain temps.

22 minutes est sensible et puissant au-delà de ce à quoi je m’attendais. Benoit Solès y signe le portrait humain d’un homme a priori monstrueux puisqu'il a assassiné un homme sur ordre et de sang froid et qu'il a tenté de tuer Jean-Paul II. Il nous entraîne au bout du monde pour traverser les épreuves d'Ali Ağca qui ne fut pas "seulement" celui qui a tiré à deux reprises sur le pape. Il réussit à faire vaciller nos idées reçues et à nous bouleverser.

Le titre de la pièce fait référence à la durée de l’entretien historique entre le pape Jean-Paul II et le jeune Turc qui tenta de l’assassiner le 13 mai 1981, place Saint-Pierre, à Rome et qui eut lieu en prison, deux ans après les faits. C'est un seul en scène intense dans lequel Ali prend la parole. Non pour se justifier, mais pour remonter le fil d’un parcours qui mène un enfant humilié à la violence politique. Je n'avais jamais entendu parler de la radicalisation de cette manière.

Le contenu réel de l'entrevue entre le pape et son agresseur est inconnu. Benoit Solès a précisé que tout ce qui relève de l’enfance d’Ağca, sa vie intérieure, ses souvenirs, ses visions, ses associations symboliques, est une construction dramatique. Les scènes du village, la maison, la mère, le père, les épisodes initiateurs (la barrière, la fronde, le caillou noir...) relèvent de la fiction. Les personnages de Fatima et Rachel sont inventés. Il n'empêche que le récit qui nous est soumis est au service d'une histoire fascinante où se confrontent violence et pardon, foi et doute, et qui donc fait réfléchir sur d'autres affaires … sans pour autant juger ou cautionner, excuser ou comprendre, et encore moins condamner.

On espère toujours qu'une rédemption soit possible, même si sa probabilité est mince. Benoit Solès en fait la brillante démonstration.

Le spectacle commence en pleine lumière, peut-être pour nous rappeler que nous sommes au théâtre et que ce qui suis est certes inspiré de la réalité, mais tout d même une fiction, si bien que nous allons accepter le contrat et valider notre position de spectateur prêts à tout entendre, sans discuter (mais non sans réfléchir). 

La survie de Jean-Paul II fut-elle un miracle ? En tout cas la vie du personnage principal est malheureuse, scandée par la douceur de sa mère et la violence de son père. Ce n'est pas un caillou qui saura le protéger des mauvaises influences. 

Dans sa famille il existe un rite d'initiation qu'on doit réussir à 13 ans, consistant à sauter sur une barrière. Loupé ! Les voix résonnent en écho ou s'assourdissent. On appréciera le très beau travail sur le son de Marc Demais qui plus tard évoquera avec sensibilité l'atmosphère des prisons de Midnight Express, le film culte d'Alan Parker, inspiré de faits réels étant déroulé en Turquie dans les années 70 et sorti en 1978. Denis Koransky a l'art d'éclairer la scène avec justesse et sensibilité, employant des pinceaux lumineux et de la lumière rouge lorsque cela est porteur de sens.

Le décor est minimaliste : un tapis, une chaise, sans effet inutile. Le jeune garçon devenu jeune homme sera recruté par les Loups gris et suivra "l'école du terrorisme" sans en avoir complètement conscience. L'ordre est de ne pas discuter et il exécute.
Je ne vais pas raconter chaque épisode mais leur enchaînement est haletant (il est probable que le spectacle soit très sportif pour le comédien) et je donnerai juste le début : Ali prend la parole pour interpeller le public et raconter son histoire, de l’enfance à sa libération, après trente années de prison. Né dans la misère, Ali grandit entre un père autoritaire, une mère aimante, une amie idéalisée et un profond sentiment d’humiliation. Très tôt, il développe une fascination pour la violence et un désir de reconnaissance. Sa rencontre avec les Loups-Gris, organisation ultra nationaliste turque, lui offre une identité, une appartenance, une cause. Ali assassine un journaliste, est condamné à mort, puis s’évade. Envoyé en Iran, il est désigné pour assassiner le pape. Sous différentes identités, il traverse l’Europe jusqu’à Rome. La veille de l’attentat, sa rencontre avec Rachel, une jeune femme juive, introduit une fissure dans son parcours.
La question du pardon est bien entendu centrale et les mots sont choisis : sans le pardon je serais prisonnier dit le pape. Perpétuité ne signifie pas éternité. Il n'empêche qu'Ali pourra le regretter amèrement : la violence a-t-elle donné un sens à ma vie ? Non, elle m'a tout pris.

Espérons que s'il reste un peu de lumière à trouver il soit possible pour tous les Ali de terre de s'en saisir.

22 minutes est un spectacle dont vous allez (beaucoup) entendre parler et longtemps. Pour le moment il est à l'affiche du festival SenS aux Gémeaux avec plusieurs autres (excellents) seuls en scène. Cet été au festival off d’Avignon à Théâtre actuel et sans nul doute à la rentrée dans un théâtre parisien. 
Ceux qui me connaissent savent que je ne m’enthousiasme jamais à la légère. Croyez ma recommandation sur parole. 22 minutes va compter dans le paysage artistique !

22 minutes de et avec Benoit Solès
Collaboration artistique Sophie Nicollas et Anne Plantey
Lumière Denis Koransky
Musique et création sonore Marc Demais
À partir de 12 ans
Au théâtre des Gémeaux parisiens, 15 rue du Retrait - 75020 Paris
Les lundis 11 et 18 mai à 21 h
Mercredi 20 et vendredi 22 à 19h
A Théâtre actuel - 80 rue Guillaume Puy - 84000 Avignon
Du 3 au 25 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet à 10h 

dimanche 10 mai 2026

L'ermitage de La Cordelle, description et histoire # 1

J’ai commencé le récit de 48 heures en Bourgogne par vous décrire le château de Chastellux parce que historiquement les propriétaires en furent les bienfaiteurs mais le but de mon voyage était plus modestement l'ermitage de La Cordelle. En pleine nature, au pied de la colline éternelle de Vézelay, à laquelle je consacrerai une publication particulière.

Le chantier de rénovation et d’agrandissement qui y a été lancé méritera un article spécifique mais je ne voudrais pas restreindre l’endroit à des tranchées, des échafaudages et une bétonnière. Les photos qui illustreront le présent texte éviteront le plus possible ces détails qui ne sont que transitoires sachant que la fin des travaux est prévue pour l'été 2027.<

Si vous voulez venir par le train il vous faudra compter deux heures depuis Paris-Bercy, en prenant un direct qui, étant omnibus, s’arrête partout et prend son temps. Sur la fin, il roule sans bénéficier du réseau électrique. A la descente en gare de Sermizelles vous ne rencontrerez personne à moins d’y être attendu. Le bâtiment y est définitivement fermé et ne comptez surtout pas y acheter votre billet retour à un guichet.

Pourtant la région est loin d’être déserte et nous ne sommes qu'à une quarantaine de km d'Auxerre. C’est un point de convergence très fréquenté par les randonneurs (la campagne s’y déploie en de splendides vallons très verts) comme par les pélerins depuis des siècles.
Admettons que vous ayez fait une halte à la basilique Sainte-Madeleine. Vous aurez le choix pour rejoindre La Cordelle. Soit par la rue qui part de la place devant la basilique, par la Porte Neuve, qui date tout de même du XVI° siècle car elle remplace une ancienne porte du XIV°, pour franchir la tour des Remparts, celle-là même où fut tournée une des scènes mythiques de La grande vadrouille (en faisant croire qu'il s'agissait de Meursault, autre bourgade bourguignonne) et suivre le Chemin de Saint Jacques, qui est la route indiquant la direction de la chapelle de la Cordelle.
Je cite aussi ce film parce que c'est une formidable histoire d’amitié, qui fut longtemps le plus grand succès du cinéma français avec un nombre record de 17 millions d'entrées, sans compter évidemment celui des téléspectateurs … tant il a fait l'objet de rediffusions.

Soit le chemin de pierres qui descend abruptement dans le prolongement de la rue des Poichots après avoir contourné la basilique. J'ai beaucoup aimé ce trajet qui est propice à admirer une nature généreuse, presque sauvage, et qui fait en quelque sorte transition entre le monde moderne et un espace dédié au recueillement.

On arrive sur la croix qui marque encore le départ de la seconde croisade, en présence de Louis VII et de la reine Aliénor, le 31 mars 1146, jour de Pâques, devant une foule estimée à 100 000 personnes venues écouter le prêche de Saint Bernard.
La chapelle, construite par les bénédictins de Vézelay, consacrée en 1152, commémore l’évènement. Elle est dédiée à la Sainte Croix, mais elle est surnommée La Cordelle en référence au cordon à trois noeuds des moines franciscains. L’ermitage y fut fondé en 1217 par deux frères envoyés d'Italie par saint François et c’est la première implantation franciscaine en France. Il est troublant d'apprendre que le roi Saint Louis est venu 3 fois.

Il n'est point nécessaire (jusqu'à nouvel ordre) de prendre rendez-vous. La porte n'est jamais fermée à clé, ce qui peut provoquer une première surprise pour nous parisiens. Sous le porche, une affiche annonce la bienvenue : en ce lieu de retrait, des frères vivent le silence et la prière selon la Règle des ermitages écrite par saint François d'Assise au XIll° siècle.

Vous pouvez communier à leur prière par votre silence, leur confier vos intentions dans le tronc des cartes postales, et participer à leur prière commune :
•  8h 00 : Laudes et Messe (Messe à 8h 30 le dimanche habituellement)
• 12h 15 : Office du milieu du jour
• 18h 30 : Vêpres (suivies d'une heure d'Adoration le jeudi)
• 20h 30 : Complies (sauf le jeudi)

Il est aussi précisé que le mardi est une journée dite "de désert", sans aucune prière commune. On vient donc en premier lieu ici pour prier mais l'accueil est sans condition et s'adresse à des gens de toutes religions. Notre situation de journalistes en reportage est un peu particulière et le soir de notre arrivée (alors que nous venons de nous installer dans un hôtel) il est prévu que nous partagions le repas des franciscains.

J'ignore alors qu'ils ne sont que trois Fr. Eric Moisdon, gardien de La Cordelle depuis 2019, Fr. Patrice Kervyn, après avoir été chapelain à la chapelle Notre-Dame du Haut à Ronchamp jusqu'en 2019 et Fr. Jean-Paul Arragon arrivé à l’été 2023. Ils ne se sont pas choisis mais vivent ici en harmonie et seront bientôt rejoints par un quatrième.

Il est habituel dans cet ordre de se regrouper en tout petit couvent, voire autrefois dans une grotte, pour se reposer après une période d'évangélisation. Dans la règle rédigée par saint François il est prévu que, à tour de rôle, 2 frères soient affectés à l'accueil et les 2 autres à la prière et la solitude.

J'apprends aussi que le silence n'est pas une règle imposée. Je découvrirai d'ailleurs à cet égard une communauté très ouverte d'esprit avec laquelle il fut très agréable de dîner, encadré par les Vêpres et les Complies que nous avons suivies sans y être le moins du monde obligés.

La simplicité des frères permet de se sentir intégré immédiatement et sans discours, nous offrant de connaitre des moments un peu "hors du temps" pour nous qui vivons à un autre rythme. 

samedi 9 mai 2026

Les Silencieuses d’Anna Mc Partlin

J’ai reçu Les Silencieuses d’Anna Mc Partlin dans l’optique de faire une interview de l’autrice à l’occasion de son passage à Paris. Cela n’a pas pu s’organiser mais la qualité de son ouvrage mérite que j’écrive à son propos.

Dans une Irlande encore étouffée par le poids de l’Église et du patriarcat, Mary Shea, l’une des rares femmes policières, est associée à une enquête sur la mort atroce d’un bébé retrouvé par un matin glacé de janvier 1980 sur une plage du Comté de Kerry. Très vite, l’affaire révèle un système qui contrôle, juge et fait taire les femmes. À travers cette histoire, c’est toute une génération de femmes invisibilisées qui est mise en lumière.

Mary Shea, jeune garda de la police locale fut la première sur les lieux. La découverte du corps d’un nouveau-né abandonné au creux d’une dune la bouleverse. Elle lui donne un prénom et jure d’élucider cette affaire que ses collègues auraient tôt fait de classer, en s’appuyant sur des arguments misogynes.

Jusque là bien qu'elle est soit "garda" son travail a consisté essentiellement à préparer le thé, faire le ménage, taper les rapports, répondre au téléphone … endurer les moqueries, les remarques blessantes, les mains aux fesses.

Très vite, l’affaire prend une ampleur nationale : une équipe d’enquêteurs de Dublin est dépêchée sur place. Mais dans le Kerry, les secrets se taisent et les langues ne se délient pas facilement. Seule Mary, qui connaît mieux que quiconque les usages de sa ville, parvient à convaincre certaines femmes de témoigner. Impressionné, l’inspecteur Matt Foley, chargé de l’enquête la plus décisive de sa carrière, demande que Mary l’assiste.

On parle d’elle comme si c’était une gamine, mais elle impressionne. Elle a du caractère, ce qui lui vaut la réputation de n’être "pas facile". C'est un personnage attachant, que l'on sent admirative d'un père d'une froide sévérité (mais cependant honnête pour ce qui concerne les affaires qu'il a traitées étant lui-même dans la police) et d'une mère qui la conforte dans son désir d'émancipation. Je ne pourrais pas être plus fière de toi (p. 42) lui dit-elle apprenant son incorporation dans la police. Son soutien sera déterminant.

À mesure que l’investigation avance, les certitudes s’effritent. Dans cette petite ville où règnent les non-dits, où chaque foyer semble abriter une part d’ombre et chaque habitant dissimuler une vérité, une question obsède Mary : qui a pu commettre l’impensable ?

J’ai été captivée par cette histoire qui permet de comprendre le poids de la chape de plomb subie par les femmes en Irlande dans les années 80. À tel point que si vous me demandiez de décrire les costumes féminins je ne verrais que des robes longues et grises, au-dessus de bottines. On a le sentiment que nous sommes encore dans le XIX° siècle de Gustave Flaubert, Victor Hugo ou Guy de Maupassant.

L'enquête est difficile et connait plusieurs rebondissements. J'y ai appris qu'il était possible que par suite d'une superfécondation hétéropaternelle on pouvait attendre simultanément deux enfants de deux pères différents mais cet argument pourrait tout autant servir une chasse aux sorcières. Mary n'y croit pas et elle va reprendre chaque élément de l’enquête.

Anna McPartlin a écrit précédemment Les Derniers Jours de Rabbit Hayes, salué par la critique et les lecteurs lors de sa parution en 2016. Elle est co-créatrice et productrice exécutive de la série policière The Gone. Elle signe ici son premier roman policier qu’elle a construit en s’inspirant de faits réels qui l'ont profondément marquée durant sa jeunesse parce qu’elle vivait adolescente dans le Kerry.

Elle s’est souvenu de la chasse aux sorcières dont les femmes enceintes, en particulier les célibataires, ont été la cible. L’une d’elle, qui n’était pas la coupable, a vu sa vie détruite alors que l’affaire n’a encore jamais été élucidée à ce jour (ce qui n’est pas le cas dans le roman). Cependant une autre des conséquences fut que l’ensemble des irlandaises a fait corps pour que la misogynie qu’elles subissaient cesse enfin.

L’autrice reconnaît avoir donné à son héroïne, Mary Shea les principaux traits de caractères des femmes de sa famille, plutôt rebelles, dans le sens positif du terme comme sa tante, sa mère, sa grand-mère … Elle dresse aussi le portrait d’un pays à une époque de bascule. le résultat est captivant, engagé, et assurément féministe.

Les Silencieuses d’Anna Mc Partlin, traduit de l’anglais (Irlande) par Valérie Le Plouhinec, éditions du Cherche Midi, en librairie depuis le 16 avril 2026 

vendredi 8 mai 2026

Le château de Chastellux # 2

(article remanié à la demande du propriétaire des lieux)
J'ai eu l'occasion de participer, les 6 et 7 mai derniers, avec trois autres journalistes de l’AJP, à un voyage de presse à La Cordelle qui est implantée au pied de la colline de Vézelay.

C'est Bettina de Cosnac, secrétaire générale de l’AJP, qui avait organisé le planning dont l'objectif était de découvrir l’important travail de rénovation du plus ancien ermitage franciscain de France. S'il existe encore aujourd'hui c'est en partie grâce au soutien bienfaiteur des propriétaires du château de Chastellux, depuis 800 ans, ce qui explique que mon premier article soit dédié à ce monument.

Etant moi-même originaire de Bourgogne je consacrerai une publication à ce que j'ai intitulé "Vézelay par mont et par vaux" pour y parler de diverses choses à voir dans la région. Un autre sera focalisé sur la basilique Sainte-Madeleine de Vézelay, que nous avons visitée en compagnie d'une théologienne. J'aurai abordé bien entendu auparavant la question de la rénovation et de l'agrandissement de l'ermitage de La Cordelle.

Le trajet depuis Paris-Bercy compte moins de 200 km et dure plus de deux heures, mais il est direct. Sur la fin, le train roule sur des rails sans bénéficier du réseau électrique et les habitants espèrent conserver la ligne encore longtemps. On peut se demander pour combien de temps encore … Nous sommes arrivées en gare de Sermizelles après avoir traversé une campagne superbe, très vallonnée, dominée par les hautes falaises des Rochers du Saussois, bien connues des férus d'escalade car elles surplombent la vallée de la Cure d'une hauteur d’une cinquantaine de mètres.

De là nous avons rallié Chastellux (le village porte le nom de la famille châtelaine ou plutôt la famille a pris le nom du lieu où elle s'est installée comme il était de coutume) qui se trouve à une quinzaine de km d'Avallon, en bordure du Morvan.

Il est probable qu'il n'existe que 4 à 5 familles qui ont pu conserver leur château depuis plus de mille ans comme l'ont fait les Chastellux. L'édifice a toujours été habité comme en témoigneront la série de ronds de serviette posés sur une desserte, si on excepte la période d'exil consécutive à la Révolution avec le pillage en 1793 (meubles brûlés, archives saisies) et sa vente par les Révolutionnaires.

C'est le Comte Philippe de Chastellux qui nous accueillit en haut d'un joli escalier évoquant celui de Fontainebleau.

jeudi 7 mai 2026

Un pas de côté de et mis en scène par Anne Giaffreri … sur France 3

Je n’avais pas vu Un pas de côté qui avait démarré au Théâtre de La Renaissance à partir du 18 septembre 2025. Ce n’était pas la première fois qu’on réunissait sur les planches Isabelle Carré et Bernard Campan. Le sujet avait déjà été traité maintes fois et cette pièce ne figurait pas dans mes priorités. 

Par contre je ne me sentais aucune excuse de ne pas la regarder puisqu’elle figurait dans le (joli) programme de France télévision encadrant la 37 ème cérémonie des Molières, avec en outre l’opportunité de la voir en replay. Et je signale que vous pouvez voir ou revoir dans le cadre de l’édition 2026 de la semaine Coups de théâtre :

- Du charbon dans les veines (France 4) Triomphe de la dernière cérémonie des Molières 2025 avec cinq récompenses, Du charbon dans les veines s’impose comme une pièce incontournable, saluée pour son émotion et son authenticité.
- Le repas des fauves (France 4)
- Le huitième ciel (France 5) 
- Bungalow 21 (France 2)
- Une idée géniale (France 3), créée à la rentrée 2022 au théâtre Michel, Molière 2023 de la meilleure comédie de l’année. Avec Sébastien Castro, José Paul, Laurence Porteil et Agnès Boury (Molière 2023 de la meilleure comédienne dans un second rôle). Sébastien Castro a écrit un vaudeville dans la pure tradition de Feydeau où les portes claquent dans une succession de quiproquos souvent absurdes et donc très drôles. Il a imaginé une histoire avec deux sosies dont l'un a un frère jumeau qui apparaissent et disparaissent comme par magie face (grâce aux trucages inventifs du décorateur Jean Haas, aux costumes malins de Juliette Chanaud) à un homme imperturbable et une voisine délicieusement loufoque. On passe la soirée à rire !
- L’école de danse (France 5)

Sans oublier la Cérémonie des Molières (France 2) dont j'ai fait le compte-rendu.

Le personnage de la clocharde (Hélène Babu un peu trop bien habillée pour être crédible d’autant que les plans serrés ne laissent aucun doute sur le fait que c’est la même comédienne qui est aussi la femme de Vincent) m’a un peu agacée. Elle est caricaturale et sa combine pour racketter un euro n’est pas très fine. Le début ne m’a donc pas emballée mais je suis restée devant mon poste.

Je me suis laissée prendre au jeu parce que les deux comédiens principaux composent un duo très sensible dont on a envie de partager l’histoire. Evidemment il n’y a pas grand chose de nouveau dans l’intrigue. Ce n’est pas la première fois qu’on tente de faire croire à l’amitié possible entre un homme et une femme au détour d’une crise de la cinquantaine. Mais les scènes s’enchaînent prestement devant un décor bucolique dans la scénographie réussie d’Alain Lagarde. L’évocation d’un jardin sauvage est fort agréable.

Gravitent autour d’eux l’épouse au regard affuté (encore Hélène Babu) un mari gravement dépressif (Stanislas Stanic qui est aussi le collègue amateur de ragot) et puis, plus originaux, un très jeune couple qui s’est manifestement rencontré via les réseaux sociaux et qui traverse l’espace régulièrement, illustrant le tourbillon de la vie.

La fin est attendue et rien ne vient contredire un destin qui, décidément, n’est pas favorable à la femme. La morale de l’histoire qui nous est présentée est un peu désespérante. J’aurais attendu une autre chute de la part de l’autrice. Avec par exemple un retournement de situation qui aurait laissé sur le carreau ce Vincent à qui tout réussit. Son collègue (qui a tout deviné) aurait pu séduire son épouse … illustrant l’adage tel est pris qui croyait prendre.

Il n’empêche que c’est bien interprété, très bien filmé, et que j’ai passé une bonne soirée au théâtre, … ce soir. J’ajoute que c’est une énorme chance pour le public d’avoir ainsi accès à des spectacles de qualité sans devoir affronter les transports en commun ou "monter" à Paris.

Un pas de côté de et mis en scène par Anne Giaffreri
Avec Isabelle Carré et Bernard Campan, Hélène Babu Stanislas Stanic
Assistante mise en scène : Kelly Gowry / Scénographie et vidéo : Alain Lagarde / Assistante vidéo : Manon Boucher / Costumes : Cécile Magnan / Lumière : Christian Pinaud

mercredi 6 mai 2026

Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert de Franck Gérard

J'ai découvert les Editions du Jasmin par le Prix Hors concours auquel participait Gaëlle Pingault avec Il n'y a pas Internet au paradis. C'était il y a presque dix ans et depuis, cet éditeur ne cesse de proposer des ouvrages qui provoquent de belles émotions.

Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert concourrent année et c'est encore un bouleversement.

Archéologue, voyageur infatigable et Meusien de cœur, Franck Gérard signe ici son premier roman, un texte fort, nourri de ses carnets de voyage, pour raconter avec justesse et humanité le parcours de deux enfants fuyant le Darfour dans les années 2000.

Le thème de la migration n'est pas nouveau mais il est ici traité à hauteur d'enfant et l'injustice de la situation n'en est que plus flagrante.

Nous sommes dans le village d'Hashabad où les mandas veillent sur la famille d'Omanda depuis des siècles, du haut de la montagne Ha Mara. Comme son père et son grand-père, le petit garçon de neuf ans en est persuadé, il sera éleveur de chèvres. Mais le destin en décide autrement lorsqu’au milieu d’une nuit, en 2003, surviennent les Janjawids. La milice violente et massacre hommes, femmes et enfants.

Pour Omanda et son ami Jassim, qui ont réussi à s’échapper, c’est le début d’un long exil qui les mènera du Soudan au Tchad, puis en Libye, en empruntant des chemins toujours plus dangereux parce que les conflits armés sont présents  dans les trois pays.

Je ne souhaite pas en raconter davantage parce qu'il est nécessaire que chaque lecteur fasse la route aux côtés des deux jeunes héros.

Nous sommes contraints d'avancer au rythme de leurs pas. La précision de l'écriture nous fait ressentir la moindre de leurs émotions, leurs espoirs comme leurs peurs. Nous comprenons le poids et le bien-fondé de leurs croyances qui sont toujours respectées. Comme la coutume de jeter quelques grains de mil dans la plaine du haut d'une falaise dans l'espoir que la vie y renaisse (p. 50).

Nous sommes admiratifs de leur détermination. Un Zaghawa apprend à affronter, il n'abondons pas, jamais ! Pourtant le prix à payer est souvent prohibitif. Les enfants doivent non seulement fuir mais aussi subir le racisme (leur peau est foncée) et ils sont souvent exploités par plus puissants qu'eux. Mais ils rencontrent aussi des personnes charitables au cours d'un périple que nous allons trouver "trop long" … parce qu'il ressemble à ce qui se passe réellement dans cette partie du monde dont on parle peu.

L'auteur restitue toutes les ambiances, dans les villages en paix, dans les camps, dans les bourgades régies par l'oppression, avec les massacres, l'odeur du sang, la violence, les coups de feu, les harangues des opportunistes faisant tourner la tête à ceux qui voudraient revenir dans leur pays d'origine. Entre tous ces maux la liberté peut-elle s'enraciner durablement ? Le titre semble dire que non mais peut-on perdre espoir ? Incha' Allah

Jérôme Tubiana, spécialiste reconnu du Soudan et du Tchad, en a écrit la préface, ce qui donne du poids au roman pour nous qui ne connaissons l'histoire qu'à travers ce que les médias classiques veulent bien en dire. A la fin, l'ethnologue reprend son argumentation : ils ne viennent pas en Europe pour des raisons économiques, attirés par un imaginaire eldorado, mais parce qu'ils ont fui une situation qui leur était devenue insupportable en faisant d'eux des victimes (p. 233).

Un glossaire reprend ensuite chacun des termes particuliers dont nous ne connaîtrions pas la signification, malgré de régulières notes de bas de page. Une seule chose m'a manqué : une carte permettant de suivre le trajet.

Les Éditions du Jasmin publient des livres pour la jeunesse, de la petite enfance aux jeunes adultes, et des livres de littérature dans des genres très variés : albums, contes, romans, biographies, polars, poésie, essais… Leur ligne éditoriale vise à faire découvrir à leurs lecteurs les cultures du monde entier.

Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert, de Franck Gérard, Éditions du Jasmin, en librairie depuis le 10 septembre 2025
Sélection du prix Hors Concours 2026

mardi 5 mai 2026

37 ème Nuit des Molières aux Folies Bergère

Je dois approcher la 10 ème cérémonie des Molières. Je suis une habituée mais je reste vigilante à mon arrivée en salle de presse parce que chaque année voit de légères modifications vers davantage de professionnalisme, moins d’improvisation et plus d'encadrement. Je suis malgré tout nostalgique du long tapis rouge marquant les arrivées à la maison de la culture de Créteil, plus glamour que les rues voisines des Folies bergère, encombrées de fourgonnettes policières.

Il est vrai que le quartier a été très marqué par des attentants et que la prudence prime probablement. La soirée reste un moment festif sauf bien entendu pour les déçus privés de repartir avec une statuette et à ce sujet David Castello-Lopèz nous servira un sketch d'anthologie quand le nombre de "loosers" de ce soir aura déjà atteint le nombre de 33, recommandant de ne pas s'auto-applaudir, ce qui rendra "mort de rire" Ahmed Sylla (toujours souriant quelle que soit la vanne). David justifiera son ironie par le fait d'avoir été éligible l'an dernier sans aller jusqu'à la nomination, ce qui lui valut d'être un looser parmi les loosers sans avoir même le droit d'échouer en public. L'échec des autres aujourd'hui m'apaise conclura-t-il.

Il m’a semblé néanmoins que les hommes étaient moins bons "joueurs" que les femmes. J’ai vu des perdants s’éclipser prestement avant la fin. Par contre de grandes artistes non récompensées sont restées jusqu’au bout, même au-delà et leur sourire était rassurant. Elles vont continuer à nous éblouir dans leurs prochains spectacles..

Je me suis réjouie de la réception de plusieurs statuettes. Je n’ai pas à m’en cacher. Katia Ghanty (autrice et interprète des Frottements du coeur, mise en scène Éric Bu), est celle qui m’a le plus emballée. Elle méritait tellement cet honneur et je livrerai plus bas des extraits de son émouvant discours, même si, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit, les autres aussi étaient de haut niveau. A-t-on vu d'ailleurs dans l’histoire des Molières l’attribution d’un prix ex aequo ?

Certes il y a des récompenses qui se partagent, comme celle de la mise en scène entre Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget pour leur formidable travail dans Made in France. Mais ils sont de la même équipe. Ou celui du meilleur auteur, en l’occurrence autrices pour Barbara Lamballais et Karina Testa, avec Le Procès d'une vie qui nécessita 8 ans de travail. Et enfin Valérie Lesort et Christian Hecq qui remportent avec le retour de leur Petite boutique des Horreurs trois ans après une première série à l’Opéra-Comique, respectivement leur 7ème Molière pour elle, 10 ème pour lui, ce qui signifie que le duo n'a pas systématiquement fait coup double. Ce soir, si je suis précise, c’est en fait leur spectacle qui est récompensé au titre de la création visuelle et ils ne sont d’ailleurs pas montés sur la scène.

Reprendre un succès (déjà moliérisé) ne garantit pas systématiquement de nouvelles statuettes. Les trois comédiens d'Art l'apprendront à leurs dépends malgré 4 nominations cette année. Aucune nouvelle récompense ne s'ajoutera en 2026 à celles obtenues à la création en 1995. Mais pour l'heure ils sont confiants et souriants au photo-call. On retrouvera François Morel dans le rôle d'Arnolphe de l'Ecole des femmes tout l'été au festival de Grigan.
J’ai lu que la soirée fut calme. Certes il n’y eut pas d’intrusion d’intermittents. Sébastien Thierry n’est pas réapparu dans le plus simple appareil pour interpeler la ministre. La CGT spectacle n’a pas fait son discours habituel (et qui jamais ne surprend).

La fougue et l'originalité sont venues de Laurent Cherer qui salua l'intermittence qui lui a permis ce pari d'écrire Fin, fin, fin (2 Molières) et qui osa un big-up aux comédies émergentes qui prônent non pas l'entre soi mais l'accessibilité et la culture pour tous, méritant des putains de subvention pour continuer à faire vos spectacles qui sont importants en ces temps politiquement dangereux et anxiogènes.

L’émotion fut au rendez-vous avec l’intervention de Aïla Navidi qui rapporta les mots d'une iranienne pour nous interroger sur les exécutions quotidiennes dans un pays dont on doit souhaiter que le régime tombe un jour.

L’hommage aux disparus fut un très beau moment, avec la chanson de Terry Jacks Seasons in the Sun, réarrangée par Jean-Baptiste Soulard à la guitare et sublimement interprétée par Awa Ly. Qui nous manque le plus de Brigitte Bardot, Nathalie Baye, Tchéky Kario, Joffrey Kles, Lynda Mihoub ou de Bob Wilson ? J’ai remarqué de tristes sourires sur les visages des spectateurs …

J'ai aussi été touchée, et sans doute fûmes-nous nombreux à l'être, si j'en juge par la puissance des applaudissements, par Alex Vizorek opposant théâtre et IA, par le franc parler de Paloma avec une belle phrase pour chacun des nominés, par l'hommage d'Alex Lutz à son père (il est ci-contre avec son fils), de Jérôme Kirscher à sa mère, par Elsa LepoivreJeanne ArènesKatia Ghanty
Marianne Pangos et Samuel Valensi dont les discours ont davantage été orientés sur les causes qu'elles soutiennent que sur leur propre personne.

D'une façon générale il m'a semblé que la majorité des spectacles récompensés portait un appel à la résistance contre de multiples formes de violence ou un hommage à la résilience.

J'ai aussi remarqué la reconnaissance de ceux qui sont passés par le théâtre public même (et surtout) s'ils reçoivent aujourd'hui un Molière pour leur travail dans le privé. A ce titre l'enseignement de Michel Bouquet aura été cité deux fois, par Jérôme Kirscher et par Muriel Robin dont il faudrait se souvenir de chaque mot tant ses paroles seront justes, notamment sur le côté malsain à l'encontre des victimes de viol du projet de loi SURE. Je reprends plus loin les extraits les plus signifiants de leurs discours.

La soirée s’est achevée sur les paroles enflammées de Jean-Christophe Meurisse, Molière du théâtre public pour I Will survive rappelant ce qu’il doit au service public. Quand j'avais 19 ans le théâtre m'a appris à lire, à penser, à être citoyen, amoureux, et m'a réconcilié avec l'humanité. J'espère madame la ministre (elle sourit) que vous allez continuer à tous, là et pas là, nous protéger pour l'avenir.

Juste avant, le discours sensible et percutant d’Anne Bouvier, présidente de l'Adami, valait toutes les déclarations syndicales. Elle a pointé un malentendu entre les artistes et les politiques et une partie du public. Nous avons laissé s'installer une image fausse d'un monde de privilégiés. Le revenu moyen d'un artiste dans le spectacle vivant c'est 590 euros par mois. Nous ne sommes pas là pour nous plaindre mais parfois on oublie ce que représente la culture. On la voit comme un luxe et c'est l'inverse. En 2024 les secteurs culturels ont généré plus de 100 milliards de chiffres d'affaires, plus de 53 milliards de valeur ajoutée à l'économie française. C'est plus d'un million d'emplois, soit 3 fois plus que dans le secteur de l'automobile. Partout en France la culture n'est pas un coût, c'est un investissement qui rapporte. La culture est faite d'artisans qui travaillent avec leurs mains, leur coeur, leur esprit. Elle est l'essence même de l'humanité parce que quand vient le chaos c'est tout ce qu'il reste. Charlotte Delbo a survécu aux camps de concentration en récitant dans sa tête des tirades du Misanthrope (…) alors la sauvegarde de l'humanité c'est cela votre ministère (et la ministre opine). Notre patrimoine premier c'est nous, ne l'oublions pas.

Sans qu'on le lui demande la salle s'est spontanément levée d'un bond. Merci Anne d'avoir mis les mots qui ont davantage leur place en début d'article qu'en conclusion. Puissent ils résonner longtemps !

J'ai suivi la soirée en salle presse et j'ai respecté l'embargo puisque la diffusion se fait en léger différé. J'ai bien entendu pris des notes au fur et à mesure, enregistré mes réflexions. C'est cependant après avoir visionné le replay de l'émission de manière à ne pas vous parler d'un moment qui aurait été coupé au montage puisque Alex Vizorek avait prévenu, avec l'aval de Jean-Marc Dumontet, on se donne le droit de couper les remerciements s'ils dépassent les 45 secondes. Ce fut le cas pour le discours de Jean-Philippe Daguerre qui tenait une dizaine de feuillets entre ses mains, mais il s'agissait peut-être -sans doute- d'un effet convenu et d'une connivence entre eux, même si ce ne fut pas du goût de tous le monde.

Quoiqu’il en soit avec une retransmission de 2 h 47 alors que le conducteur prévoyait 2 h 22 je ne vois pas ce qui a été retranché. La soirée m’a semblé plutôt équilibrée, entre humour et dignité, sérieux et dérision, joie et retenue. Les intermèdes voulus pour distraire n’ont pas du tout occulté la profondeur des paroles des artistes dont la responsabilité en matière d’engagement était tout à fait palpable, y compris jusqu’au Molière de la comédie. Ceci justifierait-il que la soirée ait réalisé la meilleure audience depuis 2015 en attirant 1,2 million de personnes ? Pour mémoire, l'an passé, 779 000 téléspectateurs s'étaient mobilisés le 28 avril 2025.

Revenons maintenant plus en détail sur le déroulé de la cérémonie. 

lundi 4 mai 2026

Connaissez-vous la Maison CHAPEAU K ?

On pourrait croire à une erreur orthographique où la lettre X aurait été remplacée par une autre mais non, rien n’est hasard chez CHAPEAU K, la marque fondée par le designer Laurent Karst en octobre 2025, alliant élégance sur mesure et engagement écologique.

Depuis le logo évoquant une maison blottie sous son toit, métaphore du chapeau, jusqu’à la boite en carton carrée qui abrite chaque création.

Tout est né de la volonté de redéfinir le port du chapeau urbain en y intégrant une prise de main latérale pour bien le placer sur la tête. On aurait pu y voir un effet de style mais c'est d'abord une démarche de designer nourrie par le bon sens et l'observation du quotidien. 

Cette innovation distinctive ajoute une dimension esthétique unique et originale, alliant fonctionnalité, ergonomie et élégance, en visant l'excellence dans chaque détail.

La Maison CHAPEAU K valorise le savoir-faire français en collaborant avec des artisans passionnés. Chaque chapeau est confectionné par Dandurand, un des derniers grands chapeliers français, avec une précision artisanale, utilisant des matériaux de première qualité pour assurer une durabilité et un confort exceptionnel.

Et si je vous en parle aujourd'hui c'est parce que je suis en ce moment en salle presse de la cérémonie des Molières, contrainte au respect de l'embargo quant à l'annonce de la remise des premières statuettes. Je me retiens évidemment de ne pas crier "chapeau l'artiste" à ceux que j'admire. Alors, de fil en aiguille je vais vous raconter l'histoire de cette marque que j'ai découverte il y a une quinzaine de jours.

Le design est épuré et intemporel. Les pièces sont en édition limitée, et pour cause puisqu'elles sont réalisées dans des fins de série de créateurs qui, si elles n’étaient pas utilisées, risqueraient d’être reléguées au rang de déchets industriels, ce qui autorise la marque à affirmer un statut éthique et un positionnement éco-responsable. La conséquence est de ne proposer que des séries limitées et l'étiquette de chaque modèle mentionne un numéro de 1 à 20.

En milieu urbain, la visière d'une casquette se révèle souvent superflue ou encombrante, facilement remplaçable par le port de lunettes. La nuit elle n'est plus nécessaire et réduit de surcroît le champ de vision. D'où la création d'un chapeau au design intemporel sans visière, adapté à toutes circonstances, de jour comme de nuit, en extérieur, en intérieur, au quotidien mais aussi en soirée, s'adressant aussi bien aux femmes qu'aux hommes.

Le bandeau profilé descend sur la nuque, assurant une protection accrue et un maintien idéal. La forme légèrement conique du chapeau épouse la tête de manière naturelle, et on remarquera un discret pli d'aisance sur le dessus pour apporter de la souplesse. La prise de main se fait latéralement et avec naturel pour ajuster le couvre-chef.

Il est semi-rigide, grâce à un entoilage qui le maintient en forme. Il ne s'effondrera pas lorsqu'on l'enlève et qu'on le pose, ou qu'on l'accroche, prenant alors un statut d'objet-sculpture.

Par sa sobriété et sa polyvalence, CHAPEAU K tend à devenir un nouvel archétype contemporain de la modernité. Le créateur donne des noms de ville à ses chapeaux qui s'appellent ici Formentera fleuri),  Tokyo ou Salina (modèles gris), dont la vente s'effectue uniquement par Internet.
Laurent Karst est architecte/designer, diplômé de l’école d’architecture de Strasbourg et en design industriel à la Domus Académy de Milan. En 1995, il fut lauréat du prix Villa Médicis pour une recherche intitulée "mobiliser les déchets industriels un défi lancé à l’architecture et au design". 

Il travailla ensuite comme chef de projet en tant que designer et architecte dans différentes agences internationales d’architecture, notamment au sein de l’agence Jean Nouvel et de l’agence des gares AREP, filiale de la SNCF.

En 2006, il créa Atelier 16 – architectures, agence d’architecture et de design dont un des projet phare est l’aménagement du nouveau Musée des Civilisations du Vin à Bordeaux. Il réalise l’aménagement des espaces commerciaux tels que la boutique du Musée, les bars et la cave à vin, véritable cathédrale présentant 14000 bouteilles, ainsi que le restaurant panoramique. Plusieurs projets de mobiliers et luminaires spécifiques accompagnent cette réalisation prestigieuse et sont édités auprès de fabricants français et étrangers Alki, France – Contrast, Canada – Essilight, France – Jayso, Espagne.

Atelier16 - architectures a également dessiné l’aménagement des cabines du futur paquebot "Le Nouveau France", projet actuellement en recherche de financement et qui sera le fleuron du savoir-faire français en matière de design.

L’agence développe depuis plus de 10 ans une production de maisons et de micro architecture en ossature bois, avec une forte empreinte environnementale. Laurent Karst est aussi appelé régulièrement à produire des conférences sur la question des Interfaces Art/science dans différents contextes universitaires et artistiques.

dimanche 3 mai 2026

Accord avec le Château Capet Guillier Saint-Emilion Grand Cru qui plus est cuvée 2019

J'ai revu avec grand plaisir, et sans l'avoir anticipé, Angélique Picard – Oenologue 
au Château Patache d’Aux en Médoc avec qui j'avais fait connaissance au cours de la soirée de Rouge aux lèvres mettant en lumière des femmes vigneronnes.

Elle m'y avait fait déguster, en toute modération sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, la cuvée 2019 du Château Patache d’Aux, que j'ai de nouveau goûté au Grand Tasting le 13 avril dernier … après le Sauvignon blanc des Chevaux de Patache d'Aux 2024.

Angélique façonne au Château Patache d’Aux des vins élégants, structurés, auxquels je n'ai aucun reproche à faire.
Mais c'est un autre vin qui m'a semblé conjuguer le mieux la tradition bordelaise et la contemporanéité. Il s'agit du Château Capet Guillier Saint-Emilion Grand Cru, qui plus est cuvée 2019.
Château Capet Guillier se situe sur la commune de Saint Hippolyte, aux portes de Saint-Emilion. Le vignoble d’une quinzaine d’hectares se dote de cépages emblématiques du libournais : Merlot, Cabernet Franc et Malbec. Les vignes de Château Capet-Guillier se situent sur la côte sud de Saint Émilion qui bénéficie d’une exposition parfaite sur un terroir de molasse du Fronsadais avec son calcaire actif. Son drainage naturel et ses pentes en font un endroit idéal pour la culture du Merlot, le cépage roi de la propriété avec sa richesse aromatique, sa couleur et son croquant. Vient s’ajouter le Cabernet Franc dont le bouquet frais et les tanins soyeux contribuent à construire une structure parfaite. 

Cette cuvée (comme d'ailleurs le second vin du château Tour de Capet mais que je n'ai pas gouté) est exploitée et vendangée avec soin, vinifiée au cœur d'un même chai de vinification et d’élevage, au Château Capet-Guillier. Les raisins sont vinifiés en cuves en bois tronconiques et par la suite élevés en barriques de chênes français (50% en barriques neuves, 50% en barriques d’un vin) entre 12 à 16 mois.
Je l'ai présenté sur des brochettes d'agneau, les premières du printemps, donc celles qu'on apprécie le plus pour peu qu'on les déguste avec un vin aux tannins soyeux.

N'aimant pas l'agneau "trop" cuit j'intercale la viande avec des tranches d'oignons et de poivron que j'ai pré-cuits au micro-ondes et des champignons-boutons qui ont macéré dans l'huile. J'ajoute dans les assiettes des fleurs d'ail des ours qui sont de saison et qui apportent une saveur à la fois piquante et douce.
Château Capet-Guillier est une cuvée emblématique et caractéristique des Grands Crus de Saint Emilion, issue d’une sélection intra parcellaire rigoureuse. La robe est profonde et intense, déclinant des reflets violacés. Le nez offre des parfums de fruits noirs croquants, sublimés par un bouquet frais et des saveurs de sous-bois. La bouche est structurée et riche avec une finale longue et croquante. Certes (et heureusement) les tanins sont présents (mais absolument pas agressifs) et ils se bonifieront avec le temps. C'est une cuvée de garde, représentative des grands vins de Saint Emilion.

En 2019, le printemps a été très humide et plus frais qu’en 2018 avec trois matinées de gel, phénomène de plus en plus fréquent sur le vignoble bordelais mais qui n’a engendré aucun dégât sur la propriété. A suivi un été marqué de quelques petites pluies qui ont été bénéfiques au vignoble mais la saison fut dans son ensemble caniculaire, avec des températures avoisinant parfois les 45°C. Quelques précipitations en septembre ont permis de limiter le degré alcoolique et d’affiner la structure tannique. Les rayons de soleil qui ont suivi ont assuré un bon état sanitaire des vignes.

S'agissant de ce millésime le fruit noir est très présent,  cerise mûre et cassis, les épices également. J'ai apprécié l'élégance de ce vin et sa finesse tannique qui ont participé au succès du déjeuner.

Il faut signaler que la propriété - qui appartient désormais à Antoine Moueix- a débuté sa conversion bio sur le millésime 2020, une démarche logique et naturelle pour un château et des hommes engagés. Des pratiques biodynamiques sont également mises en place depuis 2021.

Château Capet Guillier Saint-Emilion Grand Cru 2019
AOC : Saint Emilion Grand Cru
Assemblage : 90% Merlot, 10% Cabernet-Franc
Température de service : entre 14 et 16 degrés
Potentiel de garde : entre 5 et 15 ans
Château Patache d'Aux - 1 rue du 19 mars 1962 - 33340 Begadan

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