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mardi 31 mars 2026

L'expo-hommage à Sebastião Salgado par la Ville de Paris

Paris rend hommage au photographe brésilien reconnu internationalement Sebastião Salgado, disparu le 23 mai dernier à l’âge de 81 ans.

Cette exposition est présentée du 21 février au 30 mai 2026 à la Salle Saint-Jean, au sein de l’Hôtel de Ville de Paris. Mais c'est bien davantage puisqu'il y a deux autres parties, complémentaires, concernant d'une part le fils du couple, Rodrigo, et l'engagement dans la fondation Instituto Terra.

Sebastião Salgado, né en 1944 au Minas Gerais (Brésil), se destinait en premier lieu à une carrière d’économiste. Il travailla dans un premier temps pour l’Organisation Internationale du Café à Londres et commença à photographier au cours de ses nombreux déplacements. Très vite, il bascula pour travailler successivement pour les agences Sygma, Gamma et Magnum Photos, avant de fonder sa propre agence avec son épouse en 1994.

C'est elle, Lélia Wanick Salgado, qui est commissaire de l'exposition. Elle a voulu montrer le père aimant qu'il était, le photographe engagée pour des valeurs essentielles à l'humanité et la planète et l’écologiste désireux d'un monde durable.

Brésilien d'origine, il était devenu parisien d'adoption. Le couple s’y était installé en 1969 pour fuir la dictature militaire brésilienne. Il avait photographié l'an dernier la capitale sous plusieurs aspects pour que l'hôtel de ville puisse disposer de belles cartes de voeux. Cette toute récente série, totalement inédite pour le grand public, est exposée ici. Les arbres sont toujours le sujet principal. J'en ai retenu trois :
Parc Montsouris, Paris, France, 2024
Passerelle Michèle Morgan, Canal saint-Martin, Paris, 2024
La Petite Ceinture, Paris, France, 2024

Ces photographies récentes sont présentées à égalité avec les clichés emblématiques (que l'on peut voir grâce à un prêt exceptionnel de la Maison Européenne de la Photographie de cent-quatorze tirages) où l'artiste révèle la beauté du monde avec humanité. l'affiche a été choisie parmi elles, très intrigante car on peut y voir une main alors qu'il s'agit d'un iguane marin (Amblyrhynchus cristatus). Galápagos, Équateur, série Génésis, 2004.
Prière de remerciement au dieu mixe Kioga pour la bonne récolte,
en demandant encore une année de survie, Oaxaca, Mexique, 1980. 

La scénographie est un peu "brouillonne" et ne facilite pas l'appréciation de ces oeuvres magnifiques en raison aussi de l'affluence (malgré la tentative de régulation par réservation préalable).

jeudi 5 février 2026

Installation de Valérie Belin à l'Académie des beaux-arts

La cérémonie s'est déroulée hier, sous la Coupole du Palais de l'Institut de France. Alors qu'elle avait été élue le mercredi 24 janvier 2024 au fauteuil VI de la section de photographie, nouveau fauteuil créé en 2022, Valérie Belin a été officiellement installée par sa consœur Nina Childress, membre de la section de peinture de l'Académie des beaux-arts.

Le cérémonial est extrêmement codé. L'entrée des académiciens est accompagnée des roulements de tambour des musiciens de la Garde Républicaine. Et chacun a sans doute été ému de passer devant la statut de Napoléon Ier en pied, en tenue de sacre, vêtu d'un manteau d'abeilles, couronné de lauriers et portant la légion d'honneur à un collier d'aigles.

Cette oeuvre a été commandée en 1805 par l'Institut à Philippe-Laurent Roland qui l'acheva en 1807, alors que Napoléon Ier venait d'installer l'Institut de France dans le collège des Quatre-Nations, dont la chapelle avait été réaménagée en salle de séances des académies par Antoine Vaudoyer.

La photographe est apparue la première, seule quelques secondes, avant d'être rejointe par ses pairs, dans la superbe tenue d'académicienne réalisée par la Maison de haute couture Alaïa. La veste, pièce centrale du costume, est ornée d’un travail de broderies d’or sur un motif de feuilles d’olivier, symbole de paix, de sagesse et d’éternité, exécuté par la Maison Lesage dont je rappelle qu'elle est à l'honneur dans l'exposition Tisser, broder, sublimer au Palais Galliera.

La queue-de-pie et le pantalon cigarette en lainage noir sont façonnés sur mesure, dans une construction rigoureuse aux lignes nettes et sculpturales. Un chemisier en soie blanche complète l’ensemble.

A l'issue de la séance Monsieur Pierre Rainero, directeur Image, Style et Patrimoine de la Maison Cartier, lui a remis son épée d'académicienne, la 29 ème que Cartier réalise pour un(e) académicien(ne) et c'est dans sa tenue complète que j'ai choisi de la photographier même si je décrirai plus loin cette épée fantastique.
Beaucoup d'invités avaient choisi des vêtements où dominait la couleur verte. Les académiciens étaient tous en habit, tous différents mais dans une magnifique unité. Nous avons été nombreux à sourire des chaussures portées par Yann Arthus Bertrand, contrastant avec le sérieux dont il est (aussi) capable.
Laurent Petitgirard, secrétaire perpétuel, ouvrit la séance avec son humour habituel, mentionnant qu'à un jour près cette cérémonie aurait eu lieu le jour anniversaire de ses trente ans … âge estimé par ses soins, puisqu'il a le privilège d'avoir le droit de le faire.

Valérie Belin est née en 1964 à Boulogne-Billancourt. Elle vit et travaille à Paris. Son parcours artistique a été retracé par Nina Childress dans un discours d'une jolie sensibilité, insistant sur leur timidité respective et le nombre d'occasions manquées de se connaitre avant aujourd'hui.

Il fut ponctué de diapositives illustrant ses propos, à commencer par de charmantes photos de famille. On apprit que la littérature "sauva Valérie de l'ennui scolaire". Elle rappela l'influence de l'art minimal, la volonté de l'artiste développant ses planches contacts dans sa salle de bain entre deux petits boulots, comme tant d'autres étudiants.

Sa première exposition solo a lieu chez Alain Gutharc en 1994. L'achat de plusieurs oeuvres par le FNaC accélère les choses. Elle photographie ensuite des robes de dentelle dans leur boite de conservation ay musée de la dentelle de Calais puis enchaine des séries devenues emblématiques: les miroirs de Venises, Fleurs, Viandes, Bodybuilders …

L'académicienne insista sur la témérité de Valérie, ne craignant pas de se laisser enfermer dans une chambre froide, d'escalader des carcasses de voiture ou de convaincre des femmes marocaines, également sur sa ténacité inventive lorsqu'elle a l'idée de troquer du temps de pause contre la réalisation d'un book. 

Suivent les années 2000 avec des séries iconiques de Transsexuels, de Femmes noires, de sosies et de masques, de Modèles et de Métisses puis de couples avec les Ballroom Dancers. L'accès au numérique change le regard et permet les superpositions à partir de 2006 qui se traduisent par les Têtes couronnées qui conduiront aux Painted Ladies.

N'ayant pas eu de prédécesseur sur le fauteuil qu'elle va occuper Valérie Belin a eu une certaine liberté pour décider qui elle allait honorer. Elle a choisi Eugène Atget dont le centenaire de la mort sera commémoré en 2027. Elle le considère comme étant à l'origine de la photographie moderne dépouillée de tout artifice esthétique et s'employa à nous le démontrer, preuve en images à l'appui.

vendredi 19 décembre 2025

Les Trophées de la 16e édition du FIPC Les Lentilles d'Or 2025

Les Trophées de la 16e édition du FIPC Les Lentilles d'Or 2025 ont été remis sous le haut patronage du ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire et avec le parrainage du ministère de la Culture le lundi 8 décembre dernier.

Unique au monde, ce festival photographique célèbre le regard qui est posé sur le monde culinaire, dans toutes ses dimensions : produits, artisans, chefs, ambiance de marché, art de la table et savoir-faire.

Chaque édition du Festival International de la Photographie Culinaire propose une thématique spécifique, qui inspire les artistes et invite à une relecture contemporaine de l’art culinaire en images. Le thème de cette édition "Jour de marché", célèbre l’univers foisonnant des marchés, des étals, des produits frais, des gestes quotidiens et des ambiances conviviales.

La cérémonie a eu lieu dans cette Salle Sully où je m'étais déjà trouvée pour la remise des Prix d'excellence du Concours général agricole. Elle a été pilotée avec un grand humour par Jean-Pierre PJ Stéphan, le Président fondateur du FIPC.
Claudia Albisser Hund était la photographe officielle du FIPC 2025. Elle avait composé une image illustrant le thème de l'année Jour de marché. Cette photo a été prise en novembre après avoir arpenté des marchés dans le Jura. Elle traduit une ambiance mélancolique annonçant l'approche de l'hiver.

Elle avait remporté en 2023 le Grand prix des Ambassadeurs du produit, avec 3 photos sur le thème du pain, un hommage à la baguette, emblème culinaire de la France. Elle a illustré plus de 100 livres avec ses photos, en particulier un livre sur les biscuits alsaciens de Noël qui a rencontré un gros succès. Elle est passionnée d’épices et d’herbes aromatiques qu'elle cultive dans son jardin. La photographe participe régulièrement à des concours internationaux de photographie culinaire. En 2005, elle avait été récompensée par un prix spécial au Carrousel du Louvre, à Paris, sur le thème "Nourrir le monde". Son travail a été notamment exposé à l’Exposition universelle de Milan en 2015.

Son prochain projet d’exposition s’intitulera "Au bord du chemin". Une proposition en train de mûrir qui mettra le Jura, sa région d'adoption, dans un écrin comme elle sait si bien le faire.

Chaque prix a son jury et porte un regard spécifique et chaque lauréat recevra un cadeau de Fuji et une oeuvre de Sabine Stenert (coordonnées en fin d'article) qui, depuis plus de vingt ans au Four à chaux, et dans un atelier aux dimensions grandioses, assistée de Daniel pour la cuisson de ses céramiques, donne naissance à des objets utilitaires d’une grande finesse dans une terre issue de la Drôme toute proche.

Elle y célèbre aussi la beauté de l'imperfection en donnant vie à des pièces uniques en grès basse température 100% culinaire, colorées de pigments et d’oxydes aux formes organiques, presque poétiques, allant de couleurs vives aux blancheurs si discrètes.

vendredi 12 décembre 2025

Œuvres Inédites de Manuel Álvarez Bravo à la Galerie Carole Lambert

Quand j'ai appris que la Galerie Carole Lambert présentait une exposition exceptionnelle consacrée au maître de la photographie moderne Manuel Álvarez Bravo (1902–2002),  je n'ai eu de cesse que de m'y rendre puisque je revenais d'un séjour au Mexique.

J'avais eu la chance de pouvoir déambuler dans sa maison, ses ateliers, son grand jardin et j'étais interrogative de découvrir des oeuvres inédites.

Effectivement, je n'avais vu aucun de ces tirages sur les murs de ce qui est aujourd'hui un musée-archives, dans le quartier de Coyoacan, et que je décris iciMême l'autoportrait qu'expose Carole Lambert n'y figurait pas et dieu sait que l'artiste en a faits très peu.
Il m'a semblé avoir été réalisé le même jour que le célèbre selfie qu'il a pris à travers les barreaux de la fenêtre du rez-de-chaussée de sa maison en 1980. En tout cas, ce cliché date manifestement de la fin de sa vie.
En réunissant une quarantaine de tirages vintage inédits, Johann Mergenthaler, qui est le commissaire de l'exposition, est parvenu près d’un quart de siècle après sa disparition, à démontrer l’actualité persistante de son regard et la puissance intacte d’une œuvre toujours capable de dialoguer avec notre présent.
La première photographie, Puesto de pepitorias y alegrías, 1980-90 est aussi intrigante que d'un modernisme qui inciterait à la date d'avant-hier. Un visiteur y a vu tout à l'heure des piles de journaux coincées entre des parpaings.

mardi 4 novembre 2025

Augmenta, la nouvelle exposition de Maurice Renoma

Si je n'ai pas pu me rendre au vernissage de l'exposition AUGMENTA de Maurice Renoma qui a eu lieu en fin de journée le mardi 4 novembre j'ai néanmoins eu la chance de la visiter en avant-première et surtout de pouvoir discuter un petit moment avec l'artiste.

C’est avec un peu d’émotion que je suis arrivée au 129 rue de la Pompe dont les vitrines ont conservé quelques traces de collaborations antérieures ou d'anciennes expositions comme  avec ces charmants "Momo" tricotés avec amour, enlacés sur un fauteuil.

Le mobilier est présent depuis 2005 avec la volonté de détourner des pièces de style Louis XV en y incorporant des créations photographiques de Maurice Renoma. Très prisées par les architectes et décorateurs, produites en édition limitée et numérotées, on peut les trouver dans le monde entier dans les intérieurs les plus branchés. 

A l’intérieur de la boutique, le présent fait bon ménage avec le passé. Les murs portent le souvenir de clients illustres. Comme Jane Birkin ou Serge Gainsbourg que Maurice a si élégamment habillé d'un blaser … qui est encore en vente. D'ailleurs je signale aux amateurs de vintage que plusieurs pièces iconiques sont encore disponibles, en boutique ou en ligne.
On y trouve encore davantage que des allusions à Andy Warhol qui fut le premier dans les années 80  à porter cette veste multipoches si pratique pour un photographe et que les baroudeurs de tous poils ont vite adoptée. Il suffit de retourner les blousons et d'en admirer les dos.
Si le noir et blanc dominent la couleur est bel et bien présente par touches et tout à l'heure je remarquerai le foulard au motif Roy Lichtenstein au cou de l'artiste. Preuve, s'il en fallait que Maurice Renoma est définitivement fan du mouvement pop-art américain.
Le public côtoie l’intime en toute simplicité. Le chien de Maurice reste présent en de multiples endroits, par exemple sur le dossier de ce fauteuil, montant la garde au pied de l'escalier. Depuis cinq ans il conduit à un espace de 220 m2 dédié aux rencontres culturelles et artistiques où je vais découvrir Augmenta.

Ce n'est pas la première exposition de Maurice Renoma. Avec celle-ci l’artiste, passionné d’images sous toutes ses formes depuis des décennies questionne notre époque sur l’intelligence artificielle et le transhumanisme.

Il pose une question essentielle qui lui est soufflée par l’accélération technologique : L’humain est-il encore un sujet libre et pensant, ou déjà un objet programmé ? Par une approche artistique transversale et engagée, mêlant photographies modifiées, techniques mixtes et traitements algorithmiques, il interroge les normes, les identités, les mutations sociales et biologiques, avec une vision toujours en décalage, souvent en rupture.
C'est le regard de Focus, sa mascotte bienaimée, qui guide le nôtre dans la première pièce. Ce sera encore lui qui nous intriguera dans la dernière.
Chacun ses mythologies. Celles de Maurice, qu'il s'agisse de chien (d'autruche, de singe ou de cheval) se présentent avec élégance, dans un anthropomorphisme raffiné, portant souvent un costume.

Maurice Renoma donne à voir avec Augmenta un être humain fragilisé, désincarné, en perte de repères. Loin d’une humanité augmentée, c’est une humanité menacée qui se dessine : uniformisée, privée de sa complexité, absorbée dans une réalité instable et artificielle.

lundi 13 octobre 2025

Découverte de la maison du photographe mexicain Manuel Álvarez Bravo à Coyoacan

Il était tentant de retourner visiter la Casa Azul de Frida Kahlo, ou même la maison où Léon Trotsky mourut tragiquement.

Le hasard a voulu que, séjournant à quelques dizaines de mètres, j’avais remarqué un très discret musée, la Casa MAB, à l’ouverture hebdomadaire réduite, mais qui m’avait intriguée. Renseignement pris il s’agissait de la maison d’un des plus grands photographes mexicains, contemporain de Luis Bunel dont il fut photographe de plateau sur plusieurs de ses films, Manuel Álvarez Bravo (1902-2002).

Il faut être (un peu) spécialiste pour reconnaitre la grande reproduction qui signale sa trace sur le mur bleu extérieur avec un de ses motifs récurrents, les linges blancs. Il s'agit d'une oeuvre de 1932 intitulée Las lavanderas sobreentendidas, difficilement traduisibles comme Les lavandières sous-entendues qui a été choisie comme couverture d'un livre paru aux éditions de La Martinière en 2012, L'impalpable et l'imaginaire, présentant de manière thématique, environ 130 photos de Manuel Álvarez Bravo, en les mettant en regard d'une dizaine de photographies de Berenice Abbott, Lola Álvarez Bravo, Graciela Iturbide, Tina Modotti, Paul Strand, Edward Weston.

La visite fut très intéressante. D’abord parce que cette maison est out à fait représentative de l’architecture mexicaine des années 50-60 dont on voit encore de nombreuses traces, jusqu'aux blocs de verre insérés dans les plafonds pour laisser entrer une lumière naturelle zénitale.
On retrouve le même type de jardin à la Casa Azul, les mêmes plafonds de bois et de briques à la Cas Roja, les mêmes murs de pierres volcaniques un peu partout dans le quartier du Quadrant de San Francisco à Coyoacán, la division territoriale située au sud de Mexico où les grandes tours n’ont pas encore remplacées les maisons anciennes. C’est toujours une banlieue pittoresque où il et agréable de flâner. Je rappelle qu’y vécurent autrefois le conquistador Hemán Cortés (dont la maison est aujourd’hui un centre administratif) et de La Malinche, sa maîtresse indienne à qui un spectacle grandiose est actuellement consacré.

Outre l’intérêt architectural, on apprécie l’atmosphère de cette maison, grande mais simple, où l’empreinte des habitants semble être restée en l’état. On ne serait pas surprise d’entendre sa voix nous interpeler, ce qui en soit est assez saisissant. Cette maison a indéniablement une âme et est fascinante. D’ailleurs ce sont les airs préférés de Manuel Álvarez Bravo que l’on entend pendant notre déambulation. Sa passion pour la musique classique était familiale, et il ne manquait jamais d'écouter ses disques entre une courte sieste après le déjeuner et son travail en laboratoire.

Je pensais suivre une visite en français mais ce n’était pas possible ce jour là. Dommage parce que j’ai retenu peu d’informations. Certes de grands panneaux d’information fournissent l’essentiel de ce qu’il faut savoir mais ils ne sont pas traduits, ni en français ni même en anglais. Ce serait formidable que ces textes soient au moins lisibles sur petit livret qu'on aurait entre les mains en passant d’une pièce à une autre Du coup, à moins de très bien comprendre l’espagnol, je vous conseillerais plutôt d’opter pour une visite libre … après vous être documenté auparavant sur cet immense artiste.

Il y a beaucoup à voir. Enormément à lire. Alors forcément, on fait sans doute l’impasse sur l’essentiel.
Côté jardin, on admire les extérieurs sans se douter que l’énorme porte masque un premier patio où se dresse un cactus centenaire. La limite de la dernière éruption volcanique a été conservé et se remarque nettement sur le sol.
Si on contournait alors la demeure principale on pénétrerait dans un espace très vert, et on aurait envie de se poser autour de la table, à l’ombre et dans la fraîcheur des grands arbres.
Un atelier annexe du photographe a été construit au fond. La pièce est minuscule mais on y ressent encore sa présence. On remarquera au fronton de la porte une reproduction d’une fresque que j’avais vue dans le temple des peintures de la zone archéologique de Bonampak en août 2017. Cet ancien site maya de l’Etat du Chiapas dépendait d’un d’un site plus grand, celui de Yaxchilan, situé à une trentaine de kilomètres plus au sud, à la frontière du Guatemala.
De grandes reproductions de photographies ornent les murs. On y reconnaît notamment son célébrissime ami (ci-dessous), en action dans un cliché de 1930 intitulé "Diego Rivera Painting the Reservoir of the Lerma River", mais aussi Man Ray…
On y voit aussi un grand portrait en couleur de Colette datant de 1964 (ci-dessous  à gauche)
Les années ont passé mais la fenêtre à travers laquelle il a pris un célèbre selfie en 1980 est toujours là, sur le mur d'en face, en 2002.
On découvre au fil de la visite plusieurs clichés représentant l'artiste. Par ordre chronologique c'est d'abord Manuel Álvarez Bravo dans la chambre noire de son studio de photographie (Photo : Doris Heyden). Puis celle de María García et de Colette Urbajtel. 
Manuel Álvarez Bravo (1902-2002) fut l'un des artistes mexicains les plus marquants du XX° siècle et l'un des représentants les plus importants de l'histoire de la photographie mondiale. Il est né à Mexico et a vécu dans le centre historique jusque dans les années 1930. Il s'est ensuite installé dans le quartier de San Rafael, pendant la période 1940-1950. Puis dans cette maison, conçue en collaboration avec l'architecte José de la Vega et construite entre 1955 et 1962 qu'il habita de 1960 jusqu'à sa mort en 2002.

Elle a été rénovée par l'architecte Brígida Recamier de 2021 à 2023 pour abriter les Archives Manuel Álvarez Bravo, SC, fondées en 2005 dans le but de préserver la mémoire de la vie quotidienne et du lieu de travail de Don Manuel et de son épouse Colette. étudier et diffuser l'héritage du photographe.
Il y a bien entendu des photos que lui ont dédicacées ses amis, comme celle-ci d'Henri Matisse, prise en 1944 par Henri Cartier-Bresson. On devine combien la peinture était importante pour Manuel Álvarez Bravo qui, dans les années soixante réalise celle-ci en Hollande, en hommage à Claude Monet.
Entrons dans la maison. On est saisi par l'espace qui offre une vision très large sur les murs (couverts de photos et de quelques estampes européennes et mexicaines appartenant à l'importante collection personnelle de l'artiste) et sur l'immensité de sa collection d'objets d'art populaire et préhispaniques. Une série d'ouvrages est placée sur la table circulaire que nous aimerions avoir le temps de consulter.

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