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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
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vendredi 10 mai 2024

La Collection, Rendez-vous avec le sport à la Fondation Vuitton

Parallèlement à l’exposition-événement L’Atelier rouge d’Henri Matisse et à la Rétrospective de l’oeuvre d’Ellsworth Kelly, la Fondation Vuitton présente du 4 mai au 9 septembre 2024 une sélection d’oeuvres de sa Collection autour du sport en résonance avec le passage de la flamme olympique dans le bâtiment tout en  proposant une vision décalée et poétique de ce rendez-vous international.

Ce choix d’oeuvres de la Collection est exposé au deuxième niveau du bâtiment et le moins qu'on puisse dire est que la vision qui nous est proposée est décalée et poétique, assez polyphonique autour de la thématique du sport.

Sont ainsi réunis, de la galerie 9 à la galerie 11, les travaux de cinq artistes français et internationaux : Abraham Poincheval (1972, France), Andreas Gursky (1955, Allemagne), Roman Signer (1938, Suisse), Omar Victor Diop (1980, Sénégal), Jean-Michel Basquiat (1960-1988, USA) et Andy Warhol (1928-1987, USA).

Le parcours commence par Abraham Poincheval avec Marche sur les nuages (2019) dont l'ampleur est littéralement saisissante.  C'est une performance artistique, également sportive car, comme tout ce qu'il fait, il s'est confronté à des conditions de survie très singulières qui ont pu, par le passé consister à demeurer une semaine enfermé dans un rocher de 12 tonnes. Ou rester pour une même durée au sommet d'un poteau d'une hauteur de 20 mètres à l'extérieur d'une gare parisienne.
Dans ce film, l'artiste arpente la canopée des nuages en étant suspendu dans le vide, depuis une montgolfière (que nous ne verrons pas). Sa marche est capturée par des drones et le montage final prend une forme hypnotique.
On devine l'harmonica avant qu'un plan serré nous confirme notre intuition et il est assez fou de le surprendre jouer de cet instrument à plusieurs dizaines de mètres d'altitude.
Sa marche se déploie dans un territoire dépourvu de frontières, composé essentiellement d'air et d'eau à l'heure où ces éléments prennent une valeur extrême en raison des changements climatiques. Aucun élément ne nous permet de savoir où l'expérience s'est déroulée mais je sais qu'il s'agit du Gabon. 
Abraham Poincheval est né en 1972 à Alençon, il vit et travaille à Marseille. Il démontre que l'art est l'endroit de tous les possibles.
Omar Victor Diop s'inscrit dans l'héritage de la photographie de studio africaine. il présente une série d'autoportraits, intitulée Diaspora (2014-2015),où il se met en scène dans des costumes empruntés aux siècles passés, du XVI° au XIX°.
L'originalité, et le rapport avec le sport, est qu'il utilise un accessoire clairement symbolique du milieu sportif : un ballon, un carton rouge, des gants de goal, un sifflet … détournant ainsi l'apparence codifiée des personnages.
On retrouve sans surprise les Olympic Rings (1985) de  Jean-Michel Basquiat  et Andy Warhol qui avaient été présentés il y a un an. Le visage noir ajouté par Basquiat a une force évidente quand on se souvient que les Jeux furent une occasion importante de visibilité pour la communauté afro-américaine.

J'ai été saisie par l'installation avec kayaks (2003) de Roman Signer, un artiste suisse qui s'approprie les objets du quotidien pour les mettre en scène dans ses installations. Les kayaks pendent, en arrêt sur image, comme des saumons en attente de fumaison, soudain immobiles, perdant leur caractéristique première de vitesse. J'ai choisi cette photo pour illustrer l'article en raison de sa force, son humour, et son sens de l'absurde.
La Collection, Rendez-vous avec le sport 
8, avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris
Du 4 mai au 9 septembre 2024 (fermé le mardi) les lundi, mercredi et jeudi de 11 à 20 heures
Vendredis de 11 à 21 h (nocturne le premier vendredi du mois jusque 23 h)
Samedi et dimanche de 10 à 20 h
Sont présentées simultanément L’exposition événement L’Atelier rouge d’Henri Matisse
Consulter le site pour connaître les visites et activités jeune public.

dimanche 5 mai 2024

La rétrospective de l’oeuvre d’Ellsworth Kelly à la Fondation Vuitton

Après avoir parcouru l'Atelier rouge, je vous conseille de poursuivre avec Ellsworth Kelly. Formes et Couleurs, 1949-2015 qui est à l'affiche dans le cadre de "Ellsworth Kelly at 100", célébrant le centenaire de la naissance de l’artiste à travers une exposition itinérante organisée par le Glenstone Museum (Potomac, Maryland) où elle se tient jusqu’au 17 mars 2024.

L'artiste a développé à Paris certaines de ses idées les plus radicales en tant que jeune artiste. L’étape française a donc été adaptée au regard de l’intervention d’Ellsworth Kelly pour l’Auditorium de la Fondation Louis Vuitton. 

C'est la première exposition en France à aborder de manière aussi large l’oeuvre de ce créateur essentiel de la seconde moitié du XX° siècle, tant par sa chronologie que par les techniques qu’elle réunit. Elle regroupe plus d’une centaine de pièces, peintures, sculptures mais aussi dessins, photographies et collages et bénéficie de prêts d’institutions internationales et de collections privées.

Ce n'est pas ce qui apparait sur l'immense cliché en noir et blanc (intitulé Kelly avec Yellow with red triangle -1973- et Blue with Black Triangle - 1973- dans son atelier de Cady's Hall à New-York en 73) qui prépare le visiteur à découvrir l'oeuvre de l'artiste américain. En effet, si la photo avait été en couleurs, on remarquerait, de gauche à droite, le jaune, le rouge et le bleu. Mais dès qu'on a franchi l'entrée de la galerie, les couleurs -saturées- vont éclater, et vous remarquerez qu'elles se reflètent dans le sol et sur les murs.
Le parcours commence et se clôt avec un Spectrum (ci-dessus, composé de 12 panneaux joints peint à l'acrylique sur toile, et qui ne sont pas dans l'ordre de l'arc-en-ciel) qui est sans doute une des oeuvres de sa série la plus connue, commencée en 1953. Ellsworth Kelly est considéré comme l’un des plus importants peintres et sculpteurs abstraits américains. S’étendant sur sept décennies, sa carrière est marquée par l’indépendance de son art par rapport à toute école ou mouvement artistique et par sa contribution novatrice à la peinture et à la sculpture du XX° siècle. Il s’est inspiré de la nature et du monde qui l’entourait pour créer son style singulier qui a renouvelé l’abstraction aux XX° et XXI° siècles.

vendredi 3 mai 2024

L’exposition événement L’Atelier rouge d’Henri Matisse à la Fondation Vuitton

Du 4 mai au 9 septembre 2024, sont présentées simultanément une exposition événement consacrée à L’Atelier rouge (1911) d’Henri Matisse (1869-1954), une rétrospective inédite de l’oeuvre d’Ellsworth Kelly (1923-2015) réunissant peintures, sculptures, photographies et dessins et, dans le contexte des Jeux Olympiques à Paris, une sélection d’oeuvres de sa Collection autour du sport, proposant une vision décalée et poétique de ce rendez-vous international.

Le présent article est consacré à Matisse, L’Atelier rouge, que je recommande de visiter en premier parce qu'elle affute notre regard. On enchainera ensuite avec l'exposition d'oeuvres de la collection puis par celle qui est dédiée à Ellsworth Kelly qui, chacune, font l'objet d'un article dédié.

L’exposition a été conçue par deux conservatrices du MoMA (Museum of Modern Art) et du SMK (Statens Museum for Kunst), avec le concours des Archives Henri Matisse. Elle a été présentée en 2022 à New York puis d'octobre 2022 à février 2023 au Musée national d’art du Danemark à Copenhague, avant d'être proposée au français à la Fondation Louis Vuitton.

Elle est consacrée à la genèse et à l’histoire du chef-d’oeuvre de 1911, l’une des oeuvres emblématiques du MoMA depuis son acquisition en 1949. L’artiste y représente son atelier et les peintures, sculptures et objets décoratifs qu’il contenait à ce moment-là.
Le coeur de l’exposition est constitué de L’Atelier rouge et de six peintures, trois sculptures et une céramique reproduites dans le tableau, réalisées entre 1898 et 1911. Ce qui est original c'est de réunir, et c'est une première, les onze oeuvres présentes sur le tableau depuis qu’elles ont quitté l’atelier de Matisse d'Issy-les-Moulineaux. Elle s’enrichit de documents d’archive inédits et d’oeuvres éclairant le contexte de création et l’aventure de cette peinture.

"L’Atelier rouge, qui a maintenant plus de cent dix ans, est à la fois un point de repère dans la tradition séculaire des peintures d’atelier et une oeuvre fondamentale de l’art moderne", déclare Ann Temkin, conservatrice en chef au MoMA. "Ce tableau demeure une pierre de touche pour tout artiste s’aventurant à représenter son atelier. La décision radicale de Matisse de saturer la surface de l’oeuvre d’une couche de rouge (alors qu'on aurait pu le croire terminé) a fasciné des générations d’artistes, parmi lesquels Mark Rothko et Ellsworth Kelly. Cependant, il reste encore beaucoup à explorer pour ce qui concerne l’origine et l’histoire du tableau".

vendredi 20 octobre 2023

Mark Rothko à La Fondation Vuitton

C’est la première rétrospective en France consacrée à Markus Rothkovitch, dit Mark Rothko (1903 en Lettonie-1970 à New-York) depuis celle du musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1999 et c’est encore) à la volonté de Bernard Arnault que l’on doit le bonheur de la voir à la Fondation Vuitton depuis avant-hier et jusqu’au  2 avril 2024.

Son équipe est parvenue encore une fois à réussir une prouesse, celle de réunir quelque 115 œuvres provenant des plus grandes collections institutionnelles et privées internationales, notamment de la National Gallery of Art de Washington, de la Tate Gallery de Londres et de la famille de l’artiste.

Plus je progresserai dans l'exposition plus je comprendrai que la similarité n'est qu'apparente. Elles sont toutes radicalement différentes. L'accrochage répond au voeu de l'artiste de présenter ses toiles avec le moins de lumière possible. Il voulait que le spectateur se sente en immersion parmi elles. Ce qui est troublant c'est que dans les salles les plus sombres la lumière semble émaner des oeuvres si on se donne la peine d'y demeurer quelques minutes sans bouger, donnant raison à Rothko qui disait : Mon art n’est pas abstrait, il vit et respire (…) Dirait-on d'un sentiment qu'il est abstrait, ou réel ?  (…) La couleur n’est pas ce qui m’intéresse. Ce que je recherche c’est la lumière.

Il privilégiait les grands formats, en les choisissant malgré tout à taille humaine, pour créer un état d'intimité. Il voulait aussi qu'on les regarde en se tenant à 46 cm, ce qui n'est pas possible ici pour des raisons de sécurité. Pourtant le visiteur comprend d'instinct combien il est essentiel d'être proche quitte à faire sonner le dispositif d'alarme.

Etant enseignant (il était professeur de dessin) il devait avoir le sens de la pédagogie et il parle très bien de ses oeuvres. De nombreuses citations sont reproduites au long du parcours. Par exemple :
Je suis devenu peintre parce que je voulais élever la peinture au même degré d’intensité que la musique et la poésie.
Mes tableaux peuvent avoir deux caractéristiques. Soit leur surface se dilate et s’ouvre dans toutes les directions, soit elle se contracte et se referme dans toutes les directions.
À ceux qui pensent que mes peintures sont sereines, j’aimerais dire [...] que j’ai emprisonné la violence la plus absolue dans chaque centimètre carré de leur surface.
Même sans bien connaître l’art contemporain on a surtout de cet artiste prolifique (il ara réalisé 834 oeuvres) la vision d’un tableau où se déploient d’immenses aplats de couleur éclatante. Mais, à ses débuts, le peintre était figuratif. Ce sont ses scènes urbaines, de métro et portraits que nous sommes donc invités à découvrir en tout premier lieu, au sous-sol. 
A gauche Mark Rothko devant le N°7, 1960, photographié par Regina Bogat
A droite, autoportrait de 1936, huile sur toile, 81,9 x 65,4 cm
Bien que ressemblante, cet autoportrait (qui est le seul qu'il ait réalisé) nous en dit moins sur l'homme que la photographie qui semble avoir été saisie sur le vif. Les lèvres sont crispées sur des taches rouges, les mains s'apprêtent à se nouer, le regard fuit derrière des verres sombres, le décor est absent …
Street Scene, 1936-1937, huile sur toile
Les personnages sont le plus souvent anonymes. On ne saura pas qui est le couple en mouvement ci-dessous et on sent parfois l'influence d'Henri Matisse et de peintres cubistes car les corps sont anguleux. La gamme chromatique est ocre, dégageant une certaine tristesse. Le résultat est émouvant, propre à stimuler l'imagination comme le ferait une bande dessinée, en particulier les scènes dans le métro mais il fut croire que l'artiste en était mécontent puisqu'il abandonna la représentation de la figure humaine en se justifiant par ces mots : celle-ci ne convenait pas à mes besoins. Quiconque l'employait, la mutilait.
Un ensemble d'oeuvres réunies sous le nom de "Subways Paintings" ont le métro new-yorkais pour décor dont les particularités architecturale sont mises en valeur pour structurer les compositions en gommant la profondeur. On remarquera que les êtres deviennent eux-mêmes des éléments de décor avant de se fondre dedans. On notera également une proximité avec le mode de représentation de Giacometti (dont on ne sera pas surpris de découvrir une sculpture plus loin dans le parcours) notamment sur Underground Fantasy.
Entrance to Subway, 1938, huile sur toile
Underground Fantasy, 1940, huile sur toile,  87,3 × 118,2 cm

Dans le contexte tragique du début des années 40 Rothko puise dans les mythologies antiques et dans certaines formes totémiques des éléments qui répondraient à la barbarie.
Rites of Lilith, 1945, huile sur toile, 28.9 x 39.2 cm
A droite, The Omen of the Eagle, 1942, huile et graphite sur toile, 65,4 x 45,1 cm. Intitulé Le présage de l'aigle ce tableau fait référence à la Guerre de Troie mais aussi a postériori à la Seconde Guerre Mondiale. Il s'organise comme plusieurs autres autour de trois registres superposés : en haut des têtes répétées en frise, au milieu des ailes qui font écho au titre, lointaine évocation de la Renaissance italienne, en bas des formes organiques moins identifiables. Pour lui le thème dérive de la trilogie d'Agamemnon d'Eschyle. Il a voulu traiter l'esprit du mythe, générique de tous les mythes à toutes les époques.

Cette organisation en trois bandes, horizontales, et parfois verticales, se retrouvera tout au long de son oeuvre.
Hierachical Birds, 1944, huile sur toile 81 x 101 cm
On remarque que la signature est peu marquée, quoique en lettres capitales. Elle se diffuse presque dans la toile, effaçant quasiment le prénom et bientôt n'apparaitra même plus sur les oeuvres. Pour le moment certaines évoquent Vasarely.
Slow swirl at the Edge of the Sea, 1944, huile sur toile, 191,1 x 215,9 cm
La seconde galerie fait place aux multiformes et au début des oeuvres dites "classiques" à partir de fin 1946, d'abord denses et organiques puis composées de couches plus fines alors que les formats verticaux s'agrandissent. Dès 1949 apparait la composition caractéristique aux rectangles superposés, dans une palette lumineuse et translucide. Rothko abandonne alors les cadres (qui jusque là étaient cependant discrets, blancs ou noirs) ainsi que les titres descriptifs au profit d'une numérotation. Il me semble que c'est alors qu'il arrête aussi d'apposer une signature visible.
L'évolution est nette au fils des premières toiles numérotées. Jusqu'à parvenir au séries de trois bandes, de largeurs différentes sur un fond d'une autre couleur. On trouve toutes les teintes, mais beaucoup d'ocre, et des oppositions nettes entre blanc ou argent, et rouge ou rose, séparées par un noir.
N° 7, 1951, huile sur toile, 240,7 x 138,7 cm
Voici la N°5 où l'on prend plaisir à se perdre, tranquillement assis sur le banc qui se trouve opportunément en face. On comprend que cet artiste se soit réclamé être peintre de l'intime. Amateur d'opéra, surtout de Mozart dont il écoutait souvent La flute enchantée il voulait transmettre avec la peinture une émotion comparable à celle qu’on peut éprouver en écoutant de la musique.
Untitled (Red, Black, White on Yellow), 1955, huile sur toile

jeudi 6 avril 2023

BASQUIAT x WARHOL, à quatre mains à la Fondation Vuitton

Une nouvelle exposition à la Fondation Vuitton  est toujours de bonne augure. Le lieu est en soi magique et les choix d’œuvres sont systématiquement exceptionnels, qu’on les aime ou non.

Car en art, le but doit systématiquement être d’abord de comprendre.

J’ai été surprise et vite enthousiaste à la découverte de BASQUIAT x WARHOL à quatre mains que j’ai pu voir en avant-première.

Et si j’ai choisi la photo ci-contre pour figurer en tête de cet article c’est parce qu’elle représente à merveille la complicité qui s’était établie entre les deux artistes qui ont été présentés l’un à l’autre par leur galeriste commun Bruno Bischofberger, dont j’ai eu la chance d’entendre des bribes d’entretien au cours de ma visite.

De 1984 à 1985, Jean-Michel Basquiat (1960-1988) et Andy Warhol (1928-1987) réaliseront environ 160 toiles ensemble, « à quatre mains », dont certaines parmi les plus grandes de leurs carrières respectives, à la fois en termes de notoriété et de dimensions. Témoin de leur amitié et de cette production commune, Keith Haring (1958-1990) parlera d’une « conversation advenant par la peinture, à la place des mots », et de deux esprits fusionnant pour en créer un « troisième, séparé et unique » selon le principe que 1+1=3.

J’ai choisi de vous emmener d’abord voir les oeuvres et ensuite, dans une seconde partie, de donner le contexte de cet accrochage et les conditions qui rassemblèrent les deux artistes. Bien entendu, ce contexte est radicalement différent de celui qui associait Monet et Mitchell qui, eux ne se sont jamais rencontrés et dont j’avais rendu compte ici. L’exposition commence, comme d’habitude, au sous-sol par la galerie 1 où nous découvrirons leurs portraits croisés.
Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol Arm and Hammer II, 1984-1985
Acrylique, encre sérigraphique et bâton d’huile sur toile, 167 × 285 cm
Collection Bischofberger, Männedorf-Zurich, Suisse

Le regard accroche d’abord sur le fond doré dont Andy Warhol était familier et sur lequel il a appliqué côte à côte deux fois le logo de Arm & Hammer, une marque de bicarbonate de soude. Sur le macaron de gauche Basquiat a posé un aplat de blanc sur lequel il a dessiné un portrait du saxophoniste de jazz Charlie Parker, identifié par la date de son décès, 1955, et son instrument qui apparaît comme au centre d’une pièce de monnaie. Il avait un rapport très proche avec la musique et c’était un de ses musiciens préférés (plus loin, en galerie 6, on remarquera une œuvre avec la figure de Billie Holiday). Après avoir raturé les mots « Arm » et « Hammer » de larges coups de pinceau noirs, Basquiat les a recouverts des inscriptions «Commemeritve» (sic) et «One Cent». Ces deux termes ont finalement été biffés par le peintre qui utiliserait cette méthode pour mieux attirer l’œil.

Je remarque que le musicien est mort à 34 ans, épuisé par les excès d’alcool et de drogue, et que Basquiat décèdera d’une overdose à seulement 27 ans.
Jean-Michel Basquiat : Brown Spots (Portrait of Andy Warhol as a banana), 1984
Acrylique et bâton d’huile sur toile, 193 x 213 cm

Un peu plus loin, c’est une toile de Basquiat que je retiens, cette fois sur fond argenté qui évoque la Silver Factory et où on peut d’ores et déjà embarquer un gant de boxe. Et, presque à côté son pendant, le Portrait of Jean-Michel Basquiat as David, par Andy Warhol en 1984, lui aussi sur fond argenté :
Peinture polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile, 228,6 x 176,5 cm
Collection Norman et Irma Braman

Sur l’autre mur, des petites peintures - Dollars ou Lobsters et Crabs - qui seraient les premières « modifications » entreprises par Basquiat sur des toiles mises à sa disposition par Warhol. A ce moment là il se « contente » de gestes assez simples, mais incisifs. Ainsi le dollar peint par Warhol est prétexte à devenir un serpent sur lequel Basquiat écrira (à bon escient)  Don’t Tread on Me, ce qui signifie Ne marche pas sur moi. Basquiat critique ainsi le capitalisme dont Warhol est une incarnation manifeste.

En contournant les oeuvres, on découvrira le « fameux » Polaroïd qui est à l’origine de leur collaboration lorsque, le 4 octobre 1982, Bruno Bischofberger présenta officiellement Basquiat à Warhol. Il avait en effet coutume d’inviter de jeunes talents à la Factory, l’atelier de Warhol. Ce dernier concluait souvent ces rencontres par un portrait. Basquiat ayant maintenant le même galeriste que Warhol, qu’il admire depuis l’adolescence, comme un aîné, un personnage clé du monde de l’art, initiateur d’un langage inédit et d’un rapport original à la culture populaire. Leur vraie rencontre était quasiment naturelle car Basquiat la souhaitait depuis longtemps, depuis qu’il avait réussi à vendre à son ainé deux collages en 1979.

Deux générations les séparent. L’un est au sommet de sa gloire mais en perte de vitesse, l’autre n’est pas encore célèbre mais en ascension permanente. Warhol trouvera avec Basquiat un intérêt renouvelé pour la peinture. Avec lui, il se remettra à peindre manuellement, à très grande échelle. Les sujets de Warhol (titres de presse, logos de General Electric, de la Paramount, des Jeux Olympiques) serviront de structure à de véritables séries qui scandent le parcours.
Andy Warhol, self portrait with Jean-Michel Basquiat, 4 octobre 1982, Polaroïd, 7,3 x 9,5 cm
Collection Bischofberger, Männedorf-Zurich, Suisse
Jean-Michel Basquiat, Dos Cabezas, 1982
Acrylique et bâton d’huile sur toile sur châssis en bois, 152,4 x 152,4 cm

mardi 4 octobre 2022

Exposition Monet-Mitchell à la Fondation Louis Vuitton

Il quitta le monde un an après qu’elle n’y surgisse. Lui, l’homme. Elle, la femme. Deux peintres dont les patronymes commencent précisément par la même initiale, M, comme Monstre, tant leur œuvre est immense.

Initiales 2M aurait pu être le titre de l’exposition. La Fondation Louis Vuitton a choisi, derrière le raccourci de Monet-Mitchell, de présenter en fait deux accrochages. Le premier est une rétrospective de l'oeuvre de Joan Mitchell qui, fort judicieusement, propose de faire mieux connaissance avec l’univers et le parcours de cette artiste disparue il y a trente ans.

Elle refusait la moindre comparaison avec Monet. Était-ce par modestie ? Toujours est-il que ça fonctionne furieusement comme on le constate dans le second accrochage Dialogue Claude Monet-Joan Mitchell.

De Monet, on croit tout connaître. Mais on a pu oublier que la cataracte l’avait privé de la reconnaissance des couleurs bleus et vertes qu’il a tant utilisées. Voilà pourquoi, après 1917, la gamme chromatique de ses peintures se situe dans les jaunes et les rouges. Et curieusement Joan a peint une série qui semble leur répondre.

Après une période parisienne, elle s'installa à Vétheuil, aux portes de la Normandie, et curieusement tout près de Giverny où Monet habita. L’amour de la nature les unit. Pas étonnant de voir la représentation d’arbres chez l’un et l’autre qui, tous deux étaient fascinés par l'eau, lui par celle du bassin aux plantes aquatiques, elle par la Seine, en écho au lac Michigan de son enfance. Et tandis que Claude s’approche de l’abstraction, Joan semble avoir osé la figuration.
Monet avait des gestes rapides mais brefs. Mitchell peignait avec son corps. Il avait le nez sur la toile. Elle l'attaquait avec sa stature de gymnaste, bien que marquée par la maladie, deux cancers et l'arthrose de la hanche.

Le doute est semé progressivement. Dans les étages supérieurs, le regard est conquis par l’harmonie entre les toiles, si bien qu’un œil distrait pourrait se tromper en attribuant un tableau à l’un ou à l’autre. C’est autant Mitchell qui évoque Monet que, et c’est plus original, Monet qui semble annoncer Mitchell.

Les commissaires ont eu la bonne intuition de désencadrer les Nymphéas et de concevoir une scénographie volontairement aérée. Pour la première fois, on pourra admirer dans son intégralité le triptyque de l'Agapanthe (1915-1926) qui jusque là avait toujours été divisé en trois et qui joua un rôle décisif dans la reconnaissance de l’artiste aux USA.
Et pour la première fois aussi, sont exposés un grand nombre des toiles gigantesques de La Grande Vallée de Joan Mitchell.
Quel bonheur de comprendre ce que le monumental peut avoir d’intime lorsqu'il est représentés par ces deux maitres du paysagisme, rapprochés autour d'une même conception de la représentation, que Monet désignait par "sensation" et Mitchell par "feelings". 

Je vous invite à cliquer sur "suivre" pour voir défiler les photos et les commentaires. Soyez attentif au format qui témoigne bien des tailles monumentales. Il se trouve que l'enregistrement de plusieurs heures de travail ayant été effacé je n'ai repris mes textes qu'a minima. Mais l'essentiel y est.

Qu'elle me pardonne mes commentaires et explications, elle qui disait : La peinture se regarde. on n'en parle pas. J'espère surtout vous donner envie d'aller contempler ses oeuvres ! Je vous conseille de préparer votre visite en évitant les heures d'affluence que cette exposition remarquable ne manquera pas de provoquer.
MONET - MITCHELL, Dialogue et Rétrospective
Du 5 octobre 2022 au 27 février 2023
8, Avenue du Mahatma Gandhi Bois de Boulogne, 75116 Paris

samedi 22 février 2020

Le monde nouveau de Charlotte Perriand à la Fondation Vuitton

Bernard Arnault a voulu faire de la fondation Louis Vuitton un lieu de découverte de la création artistique contemporaine. Il a confié la réalisation du bâtiment à l’architecte américain Frank Gehry, et l'ouverture au public a eu lieu en octobre 2014,  Je n’explique pas que je n’y sois pas encore allée mais cette exposition qui se termine le 24 février autour du monde nouveau de Charlotte Perriand (1903-1999) m’en a donné l’occasion. Et j'étais loin d'imaginer que ce serait une de mes toutes dernières sorties avant le grand confinement.

Cette grande exposition, ouverte depuis le 2 octobre dernier, est consacrée à cette femme libre, pionnière de la modernité, et qui fut l’une des personnalités phare du monde du design du XXe siècle en contribuant à définir un nouvel art de vivre.

Il était logique qu'un hommage lui soit rendu. Elle fut une architecte très créatrice et visionnaire et l'exposition aborde parfaitement les liens entre architecture et design.

Elle retrace le travail de cette femme dont l’œuvre anticipe les débats contemporains autour de la femme et de la place de la nature dans notre société. Elle offre aux visiteurs la possibilité d’entrer de plain-pied dans la modernité, grâce à des reconstitution, fidèles scientifiquement, intégrant des œuvres d’art sélectionnées auxquelles on sait que Charlotte Perriand témoignait un grand intérêt et qui incarnent donc sa vision de la synthèse des arts. Le spectateur est invité à repenser le rôle de l’art dans notre société : objet de délectation, il est aussi le fer de lance des transformations sociétales de demain.

Je ne m’attendais pas à une exposition aussi complète et mon emploi du temps ne m’a malheureusement pas permis de la visiter entièrement en y consacrant le temps nécessaire. Je regrette particulièrement de ne pas être allée jusqu’à la Maison au bord de l’eau que Charlotte a imaginée alors qu’elle avait déjà presque 90 ans. J’aurais voulu voir comment elle procure le sentiment que la plate-forme en bois flotte au-dessus des galets. J’ai loupé l’immense "parapluie" vert suspendu par 18 tiges de bambou mais je suis heureuse malgré tout d’avoir pu voir de près l’essentiel des créations que l’on doit à cette femme remarquable, ce qui m’a permis de comprendre davantage la personnalité avec qui j’avais commencé à faire connaissance à l’Institut de France à travers ses photographies il y a dix jours.

mercredi 26 novembre 2014

Conversation féministe à l'Espace Culturel Vuitton

L'Espace culturel Vuitton organise régulièrement des conversations pour apporter un regard complémentaire aux expositions. Aujourd'hui la rencontre se fait en contrepoint de l'exposition In-Situ dont j'ai rendu compte en septembre, entre Mimi Bastille, artiste, membre fondatrice du collectif "Les Répondeuses", Marie-Laure Susini, psychiatre, auteur de La Mutante (Albin Michel, 2014) et Annabelle Gugnon, critique d'art.

La critique d'art (à gauche sur la photo) a commencé en préambule en lisant un article de journal à propos des combattantes kurdes luttant à Kobane. Ce journal disait en substance que la lutte féministe était loin d’être gagnée et que leur guerre se situait avant tout sur le terrain des idées.

Simone Veil avait prévenue il y a quarante ans : Il y aura des reculs, attendez-vous y.

Mimi Bastille a commencé avec les Répondeuses dans les années 70. Elle ne s’attendait pas à ce que ce mouvement fasse l’objet d’une œuvre d’Andrea Bowers. C’est une de ses amies qui l’alerta en lui annonçant la nouvelle. J’ai rappliqué avec joie, nous confie-t-elle avec un humour que nous allons apprendre à apprécier.

Les dates-clés des mouvements féministes

En 1970 (le 26 août) une douzaine de militantes anonymes déposent une gerbe sous l’Arc de Triomphe, à la gloire de la Femme du soldat inconnu. Sur leurs banderoles, il est écrit : Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme. Elles sont aussitôt arrêtées par la police, mais dès le lendemain la presse annonce "la naissance du MLF". Le nom a été déposé comme marque commerciale par la Librairie des Femmes.

En 1971 le "manifeste des 343 salopes" qui ont le courage de dire "Je me suis fait avorter". Toutes ne l'avaient pas fait. Beaucoup ont signé par solidarité.

En 1972 c'est le procès de Bobigny.

En 1974 le Président Giscard d'Estaing demande à Simone Veil de présenter la loi sur l'avortement;

En 1975 démarre le mouvement des prostituées.

En 1976 à la Mutualité le meeting pour obtenir la criminalisation du viol qui n'est alors qu'un délit.

Face à la difficulté d'informer un groupe de femmes décide de "faire un répondeur". c'était une idée très neuve à ce moment là. On venait relever es messages. On les notait sur des petits cahiers. Il a fallu financer le répondeur de manière professionnelle. On a créé le groupe des Babouches qui nous faisait vivre à mi-temps. Et on faisait une fête tous les ans à Wagram avec une affiche comme celle qu'Andrea Bowers a reprise.

Carole Roussopoulos fut la première à filmer, avec une caméra video (là encore c'était pionnier), ce qui a permis de conserver un historique extraordinaire au Centre Simone de Beauvoir. Un de se premiers films s'intitulait : où est-ce qu'on se mai ? signifiant bien que les femmes avaient en quelque sorte été oubliées en mai 68. Et pourtant le mouvement féminise prend racine dans les années 1889, à l'initiative de manifestations de femmes. Cela n'empêche qu'Olympe de Gouges a été guillotinée.

On se libérait de la chape de plomb d'un destin obligatoire. C'était toujours amusant, avec des slogans drôles, dans un fort brassage social, à l'inverse d'autres mouvements révolutionnaires. Puis les Répondeuses se sont un peu effilochées comme d'autres dispositifs.

Si les femmes sont souvent en avant-garde les hommes parviennent à reprendre le dessus. Mimi Bastille s'exprime avec le sourire et une forte bonne humeur mais elle a conscience de choquer sans doute Marie-Laure Susini : elle a toutes les raisons de me foudroyer du regard. Nous n'avons pas le même parcours.

La génération de femmes ayant commencé à bénéficier de la contraception a eu la possibilité de travailler. Elles ne se sont plus identifiées à leurs mères et ont demandé l'égalité professionnelle. C'est en pensant à elles qu'elle a écrit la Mutante.

Quand elle terminait ses études Marie-Laure Susini avait remarqué que la psychiatrie n'attirait pas les hommes. Les concours de médecine étant anonymes elle a pu diriger des services. On cherchait alors à sortir de l'exclusions les malades mentaux, les psychotiques criminels. Elle a beaucoup d'intérêt pour les phénomènes de société.

Devenir sujet de sa vie

Tel était l'objectif des femmes selon Mimi Bastille alors que la femme de la Mutante est un objet de la science. la contraception et la loi autorisant l'avortement ont représenté d'énormes progrès; Aujourd'hui il faut reconfirmer la loi. Du coup le choix de la date de cette conversation est peut-être un hasard total dit Annabelle  mais un hasard éclairé.

mais il est hors de question de restreindre la femme à son rôle de mère. Il ne faut pas oublier qu'une femme meurt tous les 2,5 jours du fait de violences conjugales. Et c'est sans compter les violences sociales, le chômage, qui touche plus les femmes que les hommes. Tout cela fait dire à Mimi qu'on avait sans doute des mères qui rêvaient de devenir ce qu'on était en train de faire. Les jeunes ne se rendent pas compte mais la femme n'a eu le droit d'ouvrir un compte bancaire personnel qu'en 1962.

Etre féministe n'est pas synonyme de harpie

Elle souligne qu'il n'y a pas d'héroïsme rétrospectif à avoir mais une joie toujours forte à en parler. La presse a posé un regard déformant sur le mouvement. Les féministes ont été soupçonnées d'être des sorcières alors que les femmes pourraient leur dire "merci".

Que les jeunes oublient tout cela et on pourrait croire que le statut de la femme soit devenu "normal". Pourtant non. Beaucoup de choses sont étouffées comme les viols dans les collèges.

Elle reconnait que le mouvement comptait beaucoup de divorcées, surtout pas que des homosexuelles contrairement à ce qu'on peut supposer. De plus les homos de l'époque n'avaient pas le coté queer que l'on voit aujourd'hui.

Pourquoi les femmes d'aujourd'hui sont-elles différentes ?

Marie-Laure Susini a étudié la question au travers de trois destins de femmes ayant laissé une oeuvre au temps du patriarcat, réussissant à se faire un nom, arrivant à concilier une ambition professionnelle avec une véritable vie d'amoureuse.

Ce fut le cas de George Sand. Elle se vivait au masculin, choisissant des hommes qui ne pouvaient pas contester son autorité. Ils étaient plus jeunes, ou malades ...

Gabrielle Chanel a incarné l'image de la femme émancipée par la guerre, quittant le corset. Elle a obtenu de son protecteur, Boy Capel, de mettre des fonds dans son entreprise plutôt que de l'entretenir.

Margaret Mitchell appartenait à la meilleure société d'Atlanta. Elle est expulsée de son monde lors d'un bal de charité en 1920 parce qu'elle a dansé une danse apache de cabaret. Elle vivra la passion, sera une femme battue, se mariera. Elle témoigne de la possibilité de se tenir à distance du fantasme de soumission pour en faire une oeuvre, Autant en emporte le vent.

La réussite arrive au prix d'un grand courage, d'insoumission, de rébellion. N'empêche que Mimi Bastille souligne que Marie Curie a reçu deux fois le Prix Nobel mais n'a jamais eu le droit de vote de sa vie. Son aventure avec Paul Langevin a fait scandale.

Une scission autour de la PMA

La Procréation Médicalement Assistée est dénoncée par les féministes. La Gestation Pour Autrui encore plus. Vendre le corps de femmes les scandalise. L'institution du mariage ne leur convient pas. Elles auraient préféré ne pas revendiquer le mariage pour tous.

Pour Marie-Laure Susini il convient de dissocier la procréation de la sexualité. Un enfant nait de la volonté de la mère. Cette autorité est considérable. Toute la société est en train de changer à ce propos.

Lisbeth Salander, l'héroïne de Millenium, est une guerrière. Les jeunes s'habillent comme elle, s'identifiant à un personnage qui n'a plus besoin des hommes.

Elles portent les mêmes jeans que les garçons, apprennent le tir à l'arc et plus la danse ou le piano.

A 35-36 ans elles deviennent des mères qui travaillent. Aux yeux de la psychiatre l'idéal est Marissa Mayer, la PDG de Yahoo qui pose enceinte, prête à accoucher. Elle met en avant son bébé sans montrer le père dans les bureaux de son entreprise. On peut quand même se demander si les femmes ne feraient pas davantage couple avec leur enfant qu'avec leur mari. Ce sont des Vierges à l'Enfant Jésus.

Mimi Bastille est manifestement sur une longueur d'onde différente. En 68 le mouvement féministe demandait des crèches et remettait en question la position des hommes, eux aussi prisonniers, mais d'une image de virilité. On est loin de l'image du matriarcat qui concerne les milieux très favorisés.

Déjà en 1970 elles étaient contre l'excision, se faisaient agresser à cause de leur position mais c'était avant la recrudescence des religions.

Faut-il une famille et des enfants pour être une femme épanouie ?

La psychiatre contourne la question en affirmant qu'on n'a pas à cacher son enfant. Mimi Bastille  souligne combien la planète est trop peuplée et s'érige contre ce modèle semblant dire : rassurez-nous, elle a quand même des enfants.

On ne luttait pas "contre" les hommes mais "pour" les femmes

Les hommes ont tout à gagner à avoir des compagnes libres. Elle regrette qu'on ait toujours besoin de dire qu'il y a un homme dans le coup. 

La psychiatre convient qu'il faut rester vigilante sur le retour de la religion qui va donner bien du travail aux féministes. La contraception et le droit à l'IVG ne sont pas forcément des acquis définitifs. Les religions régulent les interdits et les féministes ont encore (hélas) de beaux jours devant elles. Elle pense que le jour où les hommes disposeront de la contraception il y aura un rééquilibre.

Mimi Bastille s'inscrit en contre. Quand on a trouvé la pilule pour hommes on a focalisé sur les effets secondaires. Comme si la pilule n'avait pas d'effets secondaires pour les femmes ! il faut tout de même savoir que les hommes disposent d'un arsenal mais peu acceptent d'être opérés. Alors que les femmes oui.

La psychiatre est surprise que les jeunes femmes ne traitent plus les hommes comme leurs ainées. elles ont beaucoup d'exigence vis à vis d'elles-mêmes et de leurs partenaires. Il est difficile de les détacher de ces représentations idéales qui circulent sur les réseaux sociaux autour de l'amant exceptionnel, le working dad, gentil aussi ...

A coté de cette image idyllique Mimi Bastille souligne l'existence des tournantes dans les collèges, du machisme, de la permanence de comportements archaïques. On vit dans un monde très contrasté. On ne dit jamais d'un homme qu'il est autoritaire ... mais d'une femme ...

Une juriste intervient pour livrer une statistique. Certes le travail ménager masculin a augmenté mais il n'est que de 10minutes par jour en moyenne.

On observe la répétition des schémas de 10 ans en 10 ans. La femme n'est pas très forte en ce qui concerne le droit pour les femmes.

Un contexte européen favorable

Les associations de femmes allemandes n'ont rien obtenu. Elles s'arrêtent au premier enfant. Elles aimeraient s'appuyer sur l'expérience française. les acquis sont fragiles pourtant. Mimi Bastille voit une faille dans les nouveaux horaires des écoles. C'est une façon très subtile de ramener les femmes à la maison.
L'exposition In Situ se poursuit. Je suis retournée dans le Salon de Médiation pour constater qu'un nouveau collage était proposé aux visiteurs, toujours invités à ajouter un morceau de tissu pour faire avancer l'oeuvre collective.

Espace culturel Louis Vuitton, 60 rue de Bassano, 75008 Paris, 01 53 57 52 03
Site internet: http://www.louisvuitton-espaceculturel.com/
Ouvert du lundi au samedi, de 12h à 19h Le dimanche, de 11h à 19h
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