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mercredi 24 juin 2026

Eux deux de Luc Blanvillain

Eux deux est un des 40 ouvrages figurant dans la bibliothèque du Prix Hors Concours que j'ai annoncée il y a quelques semaines.
Comment créer une bonne histoire en s’inspirant de faits réels dont on est le héros ?
Basile et Grégoire sont les stars d’une série télévisée autobiographique haletante. Leur success-story est un modèle pour tous les scénaristes. Un jour pourtant, Basile rentre chez lui et Jean-Paul Belmondo est assis sur son canapé. Jean-Paul l’attend, lui, personnellement. Il n’est plus de ce monde, mais il a quelque chose à lui dire.
Quand la réalité du roman devient pire que la fiction télévisée, que faut-il écrire ?
Luc Blanvillain est né en 1967 à Poitiers. Agrégé de lettres, il enseigne à Lannion en Bretagne. Il a écrit sur l’adolescence, aime faire se rencontrer les grands mythes littéraires et la novlangue de plusieurs catégories de personnes. Il est l’auteur de Nos âmes seules (Plon, 2015), Le Répondeur (Quidam, 2020) et Pas de souci (Quidam 2022).

Eux Deux est un tableau déjanté de la création télévisuelle contemporaine en général, de la télé-réalité en particulier. On y pratique le scrolling. On est à cheval sur la question du consentement. On est dans la parodie ou le sarcasme, mais en poussant le bouchon si loin qu’il m’est arrivé de décrocher. Je me suis promis en refermant ce roman d’ouvrir d’autres ouvrages pour affiner mon opinion. 

Le niveau de lexique de l’auteur est hors normes, aussi bien en langage soutenu qu’en argot, ce qui en soi est un atout. Il a le sens de la formule mais à force de les multiplier il m’a perdue à de multiples reprises, et ce n’est pas franchement agréable de lire un livre dont une partie du sens nous échappe même si on peut prendre le temps d'aller consulter un dictionnaire. J’ai renoncé à analyser l’hipocoristique bisyllabique (p.114). 

Quel intérêt à multiplier à longueur de journée les termes techniques : side, call-back, essai caméra, plot twist, reversal, game changer, deepfake  et autres threads ? 

On devine à peu près à quoi correspondent des calembredaines (p. 55), l’action d’agonir d’épigrammes cathartiques (p. 23), le verbe trimballer (p. 31), peut-être aussi ourdir (p. 81) et trémuler (p. 85). Qui sait, hormis quelques privilégiés en quoi consiste une éducation à la Summerh
ill (p. 94) et en dehors de certains "territoires" que kichta (p. 80) est employé par les rappeurs pour désigner l’oseille, … pardon … l’argent ? Quant à aposiopèse (p. 148) ou hyper triggering (p. 150) ces expressions n'ont rien déclenché en moi.

Je suis pourtant d’accord avec l’auteur qui reconnaît qu’il est difficile de sourcer toutes les allégations (p. 54) mais il me semble qu’une fois qu’on a compris l’objectif (la critique de notre société) le sujet s’épuise. On devine qu’il va nous inventer un énième retournement de situation et ça n’est plus drôle du tout. 

Voulez-vous que je vous déverse un exemple ? Le synopsis et la beat-sheet provisoire, réduit au ticket clock, déroge au chekhov's gun, argutie, pay-off, plot twist, un reversal ou un game changer, tryharder, une leak (p. 140-141).

Je n’ai pas ressenti d’empathie pour Basile et Grégoire ni lorsqu'ils s'embarquent pour Fleury-les-Aubrais, ville voisine d'Orléans (qui n'a aucun charme) ni pour les plaindre de devoir pondre un putain de scénar à la Monte-Cristo (p. 76). Et si le but est qu’on se moque de ce duo, alors à qui allons-nous nous identifier ? 

Il est plaisant de se cogner à l’évocation de célébrités qui nous sont plus ou moins sympathiques, à commencer par Jean-Paul Belmondo, Noel Mamère ou Michel Blanc, d’apprendre si on l’ignorait que le véritable nom d’Eddy Mitchell est Claude Moine, de voir surgir le désormais célèbre Raphaël Quenard. Croyez-vous que cela intéressera quelqu’un dans cinquante ans ? Il n’est pas nécessaire d’être devin pour prédire la fugacité de ce roman qui commence un premier avril comme une blague. Et c’est dommage.

A défaut de s’interroger sur l’avenir de l’homme, qui est condamné, on a bien compris, on s’interroge sur ce qui pourrait sauver le livre. Sans doute pas l'hypothèse d'une transformation en cafard à la mode de Kafka, ni l’évocation de Schrödinger puisque qu’on nous prévient qu’on se perdra dans la démonstration (p. 195). Ni encore Pascal affirmant un premier mai, comme on l’a si souvent entendu, que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre (p. 225).

On se dit en tournant la dernière page : tout ça pour ça …

Eux deux de Luc Blanvillain, Quidam Editeur, en librairie depuis le 3 avril 2026
Sélection Hors concours 2026

samedi 13 juin 2026

Le Roman de Marceau Miller … de Marceau Miller

C’est par pure curiosité que j’ai abordé Le Roman de Marceau Miller, traduit dans une dizaine de pays, ayant suscité un engouement mondial et qui serait en cours d’adaptation audiovisuelle.

Si la transposition au cinéma peut s’avérer une bonne surprise je dois franchement reconnaître que cette lecture m’a profondément déçue. Quel coup marketing ! Faire fuiter que l’auteur pourrait être Joël Dicker ou Marc Dugain était de nature à exciter le lectorat mais quelles auraient pu être les motivations de ces auteurs à publier anonymement ?

La seule raison plausible est que l’auteur(e) est totalement inconnu(e) et que donc son nom n’aurait pas suscité d’intérêt … encore que ce n’était pas un inconvénient si le roman avait été bien écrit. Le Prix de Flore a souvent été attribué à des premiers romans. Et il est fréquent que des premiers romans soient de grands succès.
Marceau Miller est un auteur célèbre et envié, hanté par le souvenir de sa sœur disparue. Est-ce une raison pour défier régulièrement le danger à bord d’un avion, d’un bateau ou en escaladant les montagnes qui entourent le lac Léman ? Il contemple sa chute du sommet de la dent du Vélan dans un prologue qui ne laisse aucune place au doute : on a provoqué l’accident.

Sa femme Sarah a la prémonition d’un meurtre et va se lancer à corps perdu dans une enquête qui lui révélera que son entourage n’est pas si bienveillant qu’elle le pensait. Où se trouve le manuscrit intitulé Le roman de Marceau Miller dans lequel son mari aurait révélé plusieurs secrets ?
Taire la vérité quand elle touche l'âme est le poison le plus lent et le plus toxique qui soit (…) Le temps est venu de briser les miroirs. L’ennui est que nous ne sommes pas dans la grande littérature. L’éditeur signale juste que "Scénariste et écrivain, Marceau Miller publie pour la première fois sous cette identité" ouvrant la piste d’un ghostwriter qui hésite à sortir de l’anonymat. Je me suis demandé au fil des pages (et des répétitions) si certains chapitres n’avaient pas été rédigés avec le recours à l’intelligence artificielle.

La psychologie des personnages est sommaire. Les descriptions sont d’une banalité affligeante comme celle-ci, à propos de la couleur des murs qui n’a absolument rien de particulier : Marceau descend l'escalier repeint en blanc, couleur dominante de notre intérieur (p. 17). Et pourquoi dater l’accident en 2021 puisque rien n’est dit du contexte socio-politique-économique de l’époque ?

Quand ce n’est pas insipide, c’est excessif. Je roule vitres ouvertes, enivrée du parfum des haies fraîchement taillées, des gazons entretenus, des mélanges odorants de chèvrefeuille aux notes d'orange, d'héliotrope aux pointes de vanille et de belles-de-nuit aux fragrances tropicales (p. 179).

jeudi 21 novembre 2024

Le syndrome de l’Orangerie de Grégoire Bouillier

J’avais tant entendu parler de ce livre présenté comme l’analyse de la série des Nymphéas peints par Claude Monet que je voulais comprendre ce que Grégoire Bouillier avait décrypté de ce chef d’œuvre.

On me l'avait vendu comme une enquête passionnante et virtuose toute en imbrications et superpositions de temps, de personnages célèbres, de lieux, à partir des toiles Nymphéas de Monet.

Si je me souvenais parfaitement des tableaux que j’ai admirés récemment aussi bien à la fondation Vuitton qu’au musée Marmottan Monet, il ne me restait que la vague impression d’une immensité de bleu troué de taches roses et vertes dont j’ignorais si je l’avais vue à la National Gallery de Washington (qui dispose de 28 oeuvres, dont Le Pont) ou au Musée de l’Orangerie que je n’étais plus certaine d’avoir visité.

Le sujet était passionnant car il est effectivement troublant de savoir que l’artiste avait pu peindre 97 mètres linéaires en délayant (le mot plairait à Grégoire Bouillier) le même thème pendant plus de trente ans. Une telle obsession méritait qu’on se penche dessus, au risque d’y sombrer. Le musée de l’orangerie devient pour lui une scène de crime. Il raconte son cheminement (intellectuel) avec humour en faisant preuve d’un lexique très contemporain, sans craindre la moindre vulgarité.

Certes, il y a de l'amusant dans l'échafaudage de Bouillier. Par exemple quand il décrypte (p. 70) la première apparition du professeur Tournesol en 1944 dans Le Trésor de Rackham le Rouge quand il vient sonner proposer à Tintin un petit sous-marin en forme de requin pour explorer sans danger les profondeurs de l'océan. 
Il en déduit (quelle imagination !) que si les Grands Panneaux cachent un Grand Secret, s’ils sont comme le professeur Tournesol qui, sous son déguisement, dissimule un fantôme du passé, il va le découvrir. Car la méthode est infaillible. Elle a fait ses preuves. Elle possède l’œil et le bon. (Tonnerre de Brest et foi de bachibouzouk).

Si on est tout à fait honnête, on se lasse de toutes les pistes empruntées par l’écrivain, y compris la traversée d’Auchwitz-Birkenau dont je n’ai pas compris le sens, peut-être parce que j’ai moi-même arpenté ce camp qui m’a laissé une horrible vision : tout y semble entretenu de telle sorte qu’il suffirait d’un (autre) fou pour qu’il reprenne son activité mortifère, malgré la verdure de l’herbe semée de pâquerettes le jour de ma venue.
C’est peut-être ce contraste qui a frappé Grégoire Bouiller en l’inversant aux Nymphéas. Sous la beauté de la composition se cacherait donc une pourriture ? Ce serait en premier lieu les morts d’une autre guerre mondiale, la première, puisque Monet offrit son travail à la France le 12 novembre 1918, au lendemain d’un armistice qu’il voulait célébrer. Et oui il a raison de voir que dans nymphéa, il y a le mot hymne (p. 35). Également de pointer que peindre 400 nymphéas, que jamais il n’appela nénuphars, c’est bien plus qu’une tocade (p. 86).

Toujours est-il que le voyage autobiographique que nous livre l’auteur s’étire comme la lave d’un volcan qui n’en finirait jamais de lancer de nouvelles cendres. Quant aux pistes d’explication que l’écrivain nous offre comme si c’était les siennes, je n'ai pas eu besoin de faire une enquête comparable à celles que lancent les profilers aguerris. Tout est expliqué au musée de l’Orangerie et de nombreux ouvrages ont déjà abordé ce thème, comme par exemple Deux remords de Claude Monet de Michel Bernard, paru à La Table Ronde en 2016.

Grégoire Bouillier ne pouvait pas l'ignorer mais il a cependant beaucoup investigué sur Internet. Il l’écrit noir sur blanc en nous rappelant la phrase d’André Breton : L’imaginaire, c’est ce qui tend à devenir réel (p. 186). Est-ce que cela justifie que nous prenions pour argent comptant les hypothèses que l’auteur échafaude ? Même et surtout lorsqu’il les tricote avec des faits avérés ? Même aussi en argumentant avec Beckett qui disait que tous les tableaux sont des "aveux" (p. 132) ?

Il m'avait donné la nausée en alternant ses réflexions sur Auchwitz et Giverny (que je connais aussi) en prétendant avoir songé qu’Auschwitz-Birkenau avait été une tentative absolument machiavélique d’effacer le jardin de Claude Monet (p. 152).

Est-ce bien utile aussi de s’appesantir sur ses énervements concernant (je le cite et vous remarquerez le style familier de ses termes) : cette "famille polonaise", à propos de laquelle je n’ai rien découvert sur Internet, pas même son nom, pas même la date de son installation dans la villa ? Pas même un post fielleux, une polémique, que dalle ! Bizarre, non ? Alors que le moindre pet-de-nonne dégénère en buzz planétaire ? (J’espère que le site Fortitude ne raconte pas des cracks ! En plus d’avoir l’air idiot, j’aurais l’air malin !) Si je m’écoutais, je mènerais bien ma petite enquête sur les mystérieux occupants de la "villa Höss".  (p. 191).

Il en rajoute une couche plutôt vulgaire un peu plus loin : fuck la famille, qu’elle aille se faire foutre, qu’elle crève, comme tous ces connards du Salon et tous ceux qui semblent sur Terre uniquement pour vous mettre des bâtons merdeux dans les roues (p. 204).

Des parenthèses, des mots du langage parlé, carrément orduriers, Grégoire ose tout, pensant sans doute que de son accumulation de pistes il finira par tirer le bon fil. Il m'est inutile de patienter jusqu'à l’ultime page pour brûler d’une envie dévorante, claquer le clapet de mon IPad (je lis en numérique) et partir pour l’Orangerie.
De retour, et un peu déçue, sans doute parce que les élucubrations de Grégoire Bouillier avaient brouillé ma fraicheur je dirais malgré tout qu'il est néanmoins intéressant de constater (je cite encore et toujours l’auteur) : Monet est à la fois simple et radical. Actant la mort de Camille, il supprime toute présence humaine dans sa peinture. (Pas de quartier !) Il fait le vide dans ses tableaux. Parce que personne ne peut remplacer Camille. Ce n’est peut-être pas conscient (p. 217).

Mais quand il compare Camille à Ophélie (p. 246) cela ne m'étonne pas le moins du monde, je me demandais quand cela allait arriver. Pas plus que je hausse le sourcil en lisant : Tout était en ordre et j’allais m’en aller, lorsque la pensée m’a traversé que c’était un nénuphar qui tuait Chloé dans L’Écume des jours de Boris Vian. Un nénuphar ! Vian avait imaginé le cancer sous la forme d’un nénuphar ! (p. 301)

Le roman, car c'est vraiment cela, s'étire sur 432 pages. C'est long, comme les panneaux, et même s'il y a des citations qui méritent d'être notées (vous les découvrirez en cliquant sur "plus d'infos") je ne trouve pas que ce livre mérite le succès qu'on lui accorde.

Le syndrome de l’Orangerie de Grégoire Bouillier, Flammarion, en librairie depuis le 21 août 2024
NB : la première photo n'est pas celle d'un tableau de Monet

mercredi 25 septembre 2024

L’avare de Molière vu par Clément Poirée

Aller voir L’avare de Molière … ce n’est guère original … sauf si, comme celle de Clément Poirée, la proposition artistique sort des chemins  classiques. Et la sienne m’enthousiasmait.

Je m’étais préparée à la représentation. J’avais joué le jeu. Depuis plusieurs jours j’écumais les placards à la recherche de l’objet (inscrit sur la wishlist reçue par mail). Le jour J j’avais amené deux grands sacs de vaisselle, de livres à la couverture chatoyante, de CD dont la musique me semblait avoir une certaine pertinence avec le sujet et de vêtements qui pouvaient -de mon point de vue- servir de costumes. Ce n’était que des choses auxquelles "je tenais" mais dont j’étais prête à me séparer pour la bonne cause.

En fait, je n’avais pas bien compris le concept, croyant à une production "zéro achat" réalisée à partir de recyclage. En réalité, l’équipe n’emploie pas exclusivement (comme c’est pourtant annoncé) ce qui est apporté par les spectateurs. Elle dispose aussi de réserves et de matériaux indispensables pour certaines scènes, comme les immenses sacs plastiques noirs qui feront un rideau de scène. Et je ne pense pas que les perruques soient créées spécialement chaque soir, modifiées peut-être …

Les concepteurs, présents sur scène, (on les appelle "les tabliers" en raison de leur uniforme gris foncé) trient la récolte en fonction d’objectifs qu’ils ont déjà en tête, cherchant le motif, la matière, la couleur dont ils ont besoin. Ils utiliseront les vêtements, non pas tels que ni légèrement transformés, mais comme matériau de base. Ne vous étonnez donc pas de constater que votre charmant blouson en jean délavé a perdu ses manches et est bombé de peinture argentée. Ne vous désolez pas que ce pantalon que vous adoriez et qui est encore tout à fait portable en l’état soit lacéré en longs rubans. Tout est devenu comme de la glaise et sera modelé, ou éventuellement accroché sur un portant comme pièce de garde-robe. Alors, et uniquement dans ce cas, il aura effectivement une troisième vie dans la ressourcerie dans laquelle il atterrira le lendemain, en l’occurrence La Petite Rockette, 125 rue du Chemin Vert -75011 Paris que, d’ailleurs je connais très bien et apprécie beaucoup. Sinon … poubelle et je parie que c’est un volume impressionnant qui est jeté quotidiennement. Tous vos dons ne seront pas redistribués pour le réemploi solidaire. Il vous faudra l’admettre.
Il est tout à fait logique que Hanna Sjödin (assistée de Camille Lamy et de Malaury Flamand) ait dessiné les costumes dans leurs grandes lignes au préalable et s’y tienne. Maitre Jacques (Laurent Ménoretportera chaque soir un tablier bricolé avec un tissu adéquat mais vivement coloré. Frosine sera toujours en veste d’homme et cravate autour du cou pendant les trois quarts du spectacle qui lui confèreront les attributs du pouvoir. Il suffit de regarder les photos du spectacle sur le site de La Tempête (ou celles des spectateurs prises aux saluts) pour avoir une idée de ce qui est nécessaire pour composer les costumes du jour. À l’exception de celui d’Harpagon qui a un régime de faveur et n’est pas soumis aux restrictions. Il a le sien, qu’il gardera (par avarice ?) et qui sera juste agrémenté d’un chapeau différent chaque soir.

Evidemment, la promesse de partir de zéro à chaque représentation était un objectif inatteignable. On ne peut rien reprocher, d’autant que le résultat est visuellement fort réussi, mais on aurait pu, par exemple, viser davantage le développement durable en faisant vivre les costumes jusqu’à l’usure, au détriment certes du geste créatif. Mais comme cela aurait été intéressant ! 

mardi 5 mars 2024

Trust de Hernan Diaz

Au moment d'ouvrir Trust de Hernan Diaz je sais que c'est un Prix Pulitzer et que donc, si je n'aime pas, il va me falloir me justifier même s'il est loin de faire l'unanimité.
Wall Street traverse l’une des pires crises de son histoire. Nous sommes dans les années 1930, la Grande Dépression frappe l’Amérique de plein fouet. Un homme, néanmoins, a su faire fortune là où tous se sont effondrés. Héritier d’une famille d’industriels devenu magnat de la finance, il est l’époux aimant d’une fille d’aristocrates. Ils forment un couple que la haute société new-yorkaise rêve de côtoyer, mais préfèrent vivre à l’écart et se consacrer, lui à ses affaires, elle à sa maison et à ses oeuvres de bienfaisance.
Tout semble si parfait chez les heureux du monde…
L'éditeur promet au lecteur d'être pris dans un jeu de piste. Il suggère que l'illustre figure pourrait n’était qu’une fiction. Et que,  derrière les légendes américaines, se cacheraient d’autres destinées plus sombres et plus mystérieuses.

J'ai essayé.  J'ai soupiré. Le jeu de piste était-il trop lent à se mettre en place ? J'ai ouvert le livre en plusieurs endroits. par acquis de conscience. Et puis j'ai compris que la rencontre n'aurait pas lieu parce que pour moi le style est plus important que la construction. Mais pour vous peut-être …

Trust de Hernan Diaz, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, Editions de l'Olivier, en librairie depuis le 18 août 2023
Prix Pulitzer 2023
Article illustré par la couverture originale du roman

Liste des livres sélectionnés pour le Prix des Lecteurs d'Antony :

samedi 18 novembre 2023

La passion de Dodin Bouffant, le film de Tran Anh Hung

Par chance il me restait une portion … de pot-au-feu et j’ai pu satisfaire ma fringale en rentrant du cinéma. La passion de Dodin Bouffant ne m’a pas … passionnée, hélas.

Je ne comprends pas que ce film ait reçu le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes. J’ai vu un documentaire, d’ailleurs bien fait, et je pourrais énumérer chacun des ustensiles, plats de cuisson (comme la si caractéristique turbotière en cuivre que j’avais vue chez Mauviel 1830, qui reste la seule entreprise française encore capable de produire aujourd’hui) ou de service (je me suis réjouie de voir à l’honneur un cul noir comme celui dont j’ai hérité de ma mère et qui est en photo ci-contre) avec de bons, voire très bons acteurs (en particulier évidemment Juliette Binoche et Benoit Magimel), mais pas un film.

On ne pourra pas dire que le duo n’est pas crédible. Juliette et Benoit furent considérés, il y a presque 25 ans, comme formant un couple magnifique. Ils étaient alors Georges et Alfred de Musset dans Les enfants du siècle de Diane Kurys (1999). Ils ont eu une fille, Hannah (née en 1999), mais ils se sont séparés en 2003. 

Ce qui est formidable, je le reconnais bien volontiers, c’est que pour une fois le tablier de la cuisinière ne sort pas du pressing. Ses mains sont en action et il faut admettre qu’elle s’y connait, au moins a minima. 

Mais quelle torture de voir tous ces plats nous passer sous le nez. J’espère que le jury des Oscars sera magnifiquement masochiste sinon c’est la statuette qui va passer sous le nez du réalisateur qui avoue volontiers ne pas savoir cuisiner. Si le contraire avait été vrai il n’aurait sans doute pas choisi d’adapter l’historie d’un cuisinier qui n’a jamais existé. C’est un personnage fictif, imaginé par l’historien Marcel Rouff en s’inspirant d’authentiques grands noms de la gastronomie française comme Brillat-Savarin, at qui a écrit le roman "La vie et la passion de Dodin Bouffant, gourmet",

La trame de l’histoire n’est d’ailleurs pas respectée car la cuisinière Eugénie disparait dès le premier chapitre, et est remplacée par une paysanne que le metteur en scène ne fait apparaitre que dans le dernier tiers du film, de manière à développer la relation amoureuse entre Dodin et Eugénie. C’est ce qu’on appelle en cuisine, une revisite.

Comble de l’affaire, je n’ai pas glané le moindre conseil culinaire. Pierre Gagnaire que je respecte infiniment, et qui a sans doute été un excellent auxiliaire sur le film, fait une apparition grotesque. On lui fait lire un menu, engoncé dans un ridicule costume de pâtissier et coiffé de la toque de Maurice Carême. Il ne fait aucun doute qu’il n’a aucun talent pour la lecture, et encore moins pour le métier d’acteur. Si encore il avait été devant un fourneau on aurait compris.

Bref, je me suis royalement ennuyée, pressée d’arriver au bout de ces ripailles qui me soulevaient le coeur. Lorsque la caméra a fait deux fois (oui deux fois, pulvérisant le record de Claude Lelouch) le tour de l’immense cuisine seigneuriale j’ai su que j’allais enfin être autorisée à me lever de table, malheureuse qu'au long de ces 2 heures 15 de belles images je n’ai pas ressenti l’émotion qui m’avait gagnée avec L’odeur de la papaye verte, du même réalisateur Tran Anh Hung.

Le comité de sélection des films présentés aux Oscars a écarté deux longs-métrages exceptionnels, Le Règne animal et Anatomie d’une chute, croyant sûrement donner davantage sa chance à la France avec cette Passion qui en rappelle une autre, celle d’une femme dans Le festin de Babette qui reçut l’Oscar du meilleur film étranger en 1987. Mais celui-là avait un scénario … écrit d’après une nouvelle de Karen Blixen.

Je me suis retenue de quitter la salle au moment de la scène de "dégustation" des ortolans, dont on ne voit pas les convives s’empiffrer, sans doute parce que Pierre Gagnaire a fait une mise en garde de l’interdiction de consommer ces oiseaux protégés. Je connais des chefs qui servent ce mets délicat dans le plus grand secret aux grands de ce monde, soit-disant garants du respect des lois.

Vous retiendrez malgré tout cette affirmation juste du cuisinier jouant au pédagogue : il faut de la culture, de la mémoire pour que le goût se forme. Je dirais qu’il faut surtout goûter et regoûter, suivant la recommandation que j’ai entendue d’un autre chef étoilé, Guy Martin, propriétaire du grand Véfour, il faut avoir gouté au moins seize fois avant d’affirmer qu’on n’aime pas (tel ou tel produit). 

Pour ceux qui voudraient une recette de pot-au-feu réaliste (car celui du chef étoilé exige une tranche de foie gras frais) suivez le lien. Et pour les autres, qui ont pu être choqués par mon emploi du terme de cul noir, il désigne un plat de service épais et par conséquent lourd, dont le fonds est recouvert d'un émail brun foncé obtenu grâce à l'oxyde de manganèse choisi pour la robustesse qu'il procure à la pièce mais aussi pour la modicité de son prix.

L’aspect de cette faïence est généralement grossier parce qu’on utilise de l’argile d'un blanc grisâtre qui se craquelle. Quant à la décoration, elle est souvent naïve, réduite à l’essentiel pour connoter un univers campagnard et humble, ce qui confère un charme rustique à ce plat qui s’accorde très bien avec un pot-au-feu.

La passion de Dodin Bouffant de Tran Anh Hung
Avec Juliette Binoche, Benoît Magimel, Pierre Gagnaire …
D'après le roman de Marcel Rouff, paru en 1924, La Vie et la Passion de Dodin-Bouffant, gourmet, aux éditions Menu Fretin
En salles le 8 novembre
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Article illustré par la photographie d’un pot-au-feu associé en toute modération avec la cuvée anniversaire d’un Pessac Leognan Rouge Chateau de France 2021.

Les vignes de Cabernet Sauvignon puisent leurs ressources dans un terroir de Graves très profondes, parfois sur un sous-sol argilo calcaire. Les raisons sont récoltés manuellement. La vinification s'effectue pendant 7 à 10 jours de fermentation, puis 3 à 4 semaines de macération en cuves de 130 hl et 85 hl. La fermentation malo-lactique a lieu en cuves et l’élevage se poursuit en Barriques neuves (30%) et de un vin pendant 12 mois. Une légère filtration est réalisée avant la mise en bouteille.
La robe est rubis profond. Le nez intense fait immédiatement penser à des fruits rouges (cassis, myrtilles, cerises) et au pain d’épices. En bouche, le vin est sans surprise épicé et réglissé. Ses tanins sont élégants. Les arômes boisés sont très fins, avec une note fumée en finale et une très belle longueur.
C’est un vin de grande garde que les connaisseurs dégustent sur des viandes grillées ou rôties, au cours d’un repas qui se termine avec une poire au vin et aux épices.
Pourtant il confère une noblesse certaine à un plat rustique comme le pot-au-feu, pourvu que les viandes soient savoureuses et que les légumes ne soient pas surcuits.

Pour ce faire je place la viande dans une grand cocotte. Je couvre d'eau à hauteur et porte à ébullition rapidement. J'écume régulièrement pendant 5 min, puis je baisse le feu pour conserver un léger frémissement. J'ajoute le gros sel, les grains de poivre, l'oignon, la tête d'ail et le bouquet garni. Je laisse cuire pendant 1 h 30.
J'ajoute ensuite les légumes (à l'exception des pommes de terre) ainsi que les os à moelle et je poursuis la cuisson durant 1 h.
Je finis en ajoutant les pommes de terre et je laisse se terminer la cuisson (30 min).

Je prélève un peu de jus au terme de la cuisson : s'il n'est pas assez goûteux, j'en retire 1 litre que je fais réduire de moitié. 

Château de France, 98 avenue de Mont de Marsan, 33850 Léognan-Gironde,
contact@chateau-de-france.com

samedi 4 novembre 2023

Last dance, un film de Delphine Lehericey

J’avais été séduite par la bande-annonce de Last Dance, par le sujet et je jubilais d’avance à l’idée de revoir François Berléand sur grand écran.

Vous vous doutez que si je commence ainsi c’est que la déception a pointé tout au long du film qui, malgré un enchaînement de situations cocasses s’essouffle vite derrière ses bonnes intentions. Justement peut-être parce qu’il y en a trop. Et je suis vraiment désolée de l’écrire.
Germain (François Berléand) se retrouve subitement veuf le jour où, dans leur appartement, son épouse Lise (Dominique Reymond) succombe à une crise cardiaque. Inquiets, ses enfants le couvent d’attention et règlent son emploi du temps de telle sorte à n’y laisser aucun vide. Mais le retraité n’a qu’une seule idée en tête : reprendre la place de son épouse au sein d’un cours de danse contemporaine tenu par la performeuse Maria Ribot mélangeant danseurs professionnels et amateurs. Il décide de s'y rendre clandestinement. S'ensuit une série de quiproquos jusqu'à une fin qu'on a deviné heureuse, … forcément.
Tout est prévisible. On sait bien qu’à force d’accumuler les boites en plastique, elles vont dégringoler lorsqu’un proche du vieil homme ouvrira un placard. On devine que ses enfants vont se méprendre sur le sens à donner à la scène d’échauffement qui se déroule dans le salon. Je ne spoile rien. Les gags sont tous prévisibles. 

Un des intérêts de la danse contemporaine est de traduire la pulsion de vie, ce qui est d’ailleurs le thème principal du film, et que faisait merveilleusement intelligemment bien Cédric Klapisch dans En corps, mais ici c’est curieusement poussif. J’ai regretté que les rebondissements soient le fruit de gags, alors qu’il aurait pu y avoir un peu de drama.

On sent la volonté, et elle est à l’honneur de la réalisatrice, de faire un film irréprochable, Alors tout est respectueux. A commencer par La Ribot dont on louera les qualités d’écoute. Elle joue son propre rôle et elle est parfaite. Son credo est admirable : il n’y a pas de limites, que des possibilités. Je ne la connaissais pas et c'est "le" mérite du film de me l'avoir fait découvrir. Et puis c'est aussi un hommage à l'écriture et à son pouvoir de résilience. Mais c'est bien tout.

La mise en scène est convenue. Berléand fait du Berléand, un homme poussif et misanthrope. On ne comprend pas qu'il se sente étouffé par la tendresse et la sollicitude d'une famille qu'on rêverait tous d'avoir. On ne comprend pas son admiration pour Marcel Proust dont il relit l'oeuvre (ennuyeuse, franchement) tout en se goinfrant de madeleines XXL, probablement fournies par la Pâtisserie des Rêves qui en a fait sa spécialité depuis 2012. Elle a été créée par Philippe Conticini dans un moule spécialement agrandi, afin de procurer à un adulte la même sensation qu'il avait eu enfant quand cette petite douceur moulée en coquillage dépassait la paume de sa petite main. C'est bien un des rares moments de poésie du film et il faut connaitre l'anecdote pour l'apprécier.

Je me sens avoir bêtement été influencée par le souvenir que j'avais de la sublime chanson du groupe de rock français formé dans les années 1990,  Kyo "Dernière danse" figurant sur le deuxième opus du groupe intitulé "Le Chemin" sorti en 2003.

Au chant, Benoît Power demande à son ex-petite amie de lui accorder un dernier moment avant une éventuelle rupture définitive : "Je veux juste une dernière danse / Avant l'ombre et l'indifférence / Un vertige puis le silence / Je veux juste une dernière danse", dont une rumeur a été dit que ce titre avait été écrit pour une sœur décédée. Toujours est-il que la chanson a eu un énorme succès et qu'elle a fait l'objet de multiples reprises mais elle est étonnamment absente de la bande-son du film.

Last Dance, film belgo-suisse réalisé par Delphine Lehericey
Avec François Berléand, Dominique Reymond, Maria Ribot …
En France sur les écrans depuis le 20 septembre 2023

samedi 28 octobre 2023

Le consentement, film de Vanessa Filho

Le consentement est l’adaptation cinématographique du livre éponyme de Vanessa Springora. Savoir qu’elle avait collaboré au scénario avec la réalisatrice m’a inspiré confiance et décidé à le voir dès sa sortie.

Paris, 1985. Vanessa a treize ans lorsqu’elle rencontre Gabriel Matzneff, écrivain quinquagénaire de renom, dont la société littéraire connait (et ne réprouve pas) le penchant pédophile. La jeune adolescente devient l’amante et la muse de cet homme célébré par le monde culturel et politique. Se perdant dans la relation, elle subit de plus en plus violemment l’emprise destructrice que ce prédateur exerce sur elle.

J’avais lu le livre et connaissais donc « tout » de cette histoire. J’avais aussi visionné la bande-annonce et j’aurais parié sans en voir davantage que Kim Higelin (Vanessa jeune) pourrait recevoir le César de la révélation féminine tandis que Jean-Paul Rouve (Gabriel Matzneff) livrait une interprétation bluffante, elle aussi susceptible d’être primée.

Mon avis a évolué. La réalisatrice réussit un portrait à charge tout à fait légitimite. Elle dénonce la complicité passive allant parfois jusqu’à la protection dont a bénéficié Gabriel Matzneff (qui conservait sur lui une lettre élogieuse de François Mitterand) qui pouvait ainsi se sentir autorisé à ne rien cacher de ses penchants lorsqu’il était invité à la télévision. Seule Denise Bombardier s’est élevée contre lui et ce moment historique est donné à voir en images d’archives. C’est encre plus fort ainsi.

Souvent les gros plans sont terriblement insistants. Les mises au point créent des halos de flous troublants. L’homme devient de plus en plus prédateur et on mesure combien son rapport à l’écriture est malsain. Mais ce qui m’a le plus choquée ce sont de multiples scènes que j’ai parfois trouvé insoutenables. L’accès de folie de Vanessa soutenu musicalement par l’ouverture de Don Giovanni est totalement bouleversant. La chanson de Barbara, Mon enfance, qui accompagne la séquence d’anniversaire des 18 ans est presque insoutenable. Lire cette référence sur le papier est une chose. L’entendre en est une autre.

Le livre était bouleversant. Le film est violent. Était-ce bien nécessaire d’en passer par là ? Le film est interdit au moins de 12 ans et il n’aura donc aucune action préventive à moins qu’on ne considère qu’il puisse alerter les parents. C’est dommage. Bien entendu je recommande sans réserve la lecture du livre.

Le Consentement, réalisé par Vanessa Filho
Scénario : Vanessa Filho avec la collaboration de Vanessa Springora et François Pirot, d'après le livre de Vanessa Springora
Musique : Olivier Coursier et Audrey Ismael
Photographie : Guillaume Schiffman Avec Jean-Paul Rouve, Kim Higelin, Laetitia Casta, Élodie Bouchez, Lolita Chammah, Josiane Pinson …
En salles depuis le 11 octobre 2023

jeudi 26 octobre 2023

Une année difficile, un film d’Olivier Nakache et Eric Toledano

Quand je pense que j’avais regretté de ne pouvoir le voir en avant-première considérant que ce n’était pas l’urgence cinématographique de l’année, comparativement au si excellent Règne animal ! 

J’ai un grand respect pour l’œuvre d’Olivier Nakache et Eric Toledano qui nous ont livré deux superbes films à message, je veux parler de Hors normes et Intouchables que je ne pouvais qu’avoir des a priori positifs pour Une année difficile même si Le sens de la fête m’avait un peu laissée sur ma faim.

Après avoir conçu leurs films sur des duos c’est cette fois un trio composé de Pio Marmaï, Jonathan Cohen et Noémie Merlant que l’on n’a pas l’habitude de voir dans un registre comique. Jusque là je suis partante.
Albert et Bruno sont surendettés et en bout de course. Leur coup de bol sera de croiser des jeunes militants écolo qui vont leur ouvrir les bras, et surtout leur fournir à manger et à boire gratis. Ces consommateurs compulsifs et pire encore -tricheurs- auraient pu s’amender mais non. Ils vendraient père et mère sans un remords.
J’étais loin, très loin de me douter que j’éprouverais une déception abyssale. Avec eux, malgré Une année difficile tout est bien qui finit bien. On peut avoir un accident mortel et s’en sortir indemne et sans la moindre séquelle (merci la Sécurité Sociale pour la prise en charge des frais) pour ensuite danser la valse sur le Pont Neuf. On peut surconsommer à donf et faire effacer ses dettes. On peut être interdit de casino et gagner des sommes folles (bonus d’après générique). On peut se moquer des écologistes sans conséquence aucune, bien au contraire puisque qu’on a tout à y gagner, même l’amour.

Le réchauffement climatique est sans nul doute une ineptie pour les deux réalisateurs qui ridiculisent les écoresponsables et célèbrent le surendettement et le trafic organisé. C’est une comédie, disent-ils pour se défendre de n’avoir pas voulu glisser de message social ou politique dans leur film. Et ils renchérissent en voulant nous faire croire qu’invoquer la référence de la comédie à l’italienne (comme savait si bien la filmer Ettore Scola) va nous attendrir.

Je n’aurais pas été contre des scènes où la méchanceté aurait été montée en épingle pourvu qu’elle soit mordante sans être méprisante et qu’elle fasse réfléchir à l’instar de Hors normes et Intouchables (tout en accordant une belle place à l’humour) mais cette fois je n’ai pas trouvé ça drôle. Sans doute parce que je n’ai pas le sens de leur fête.

Un seul moment a provoqué une forte émotion, c’est la scène de l’avion arrêté par des militants sur la superbe musique des Doors (The end). On jurerait que l’avion est un personnage et cet anthropomorphisme est troublant. Mais elle fait l’on feu.

On ne saisit pas quel est le point de vue des réalisateurs sur notre époque, ni de quel côté ils se situent. On peut craindre qu’ils soient plus favorables à la société de consommation qu’à un mode de vie raisonné, peut-être parce que ça n’est pas réjouissant.

Le surendettement est un sujet sérieux mais on en parle à notre manière. On a juste voulu rire de sujets d’actualité disent-ils (comme si le réchauffement climatique et la surconsommation prêtaient à s’amuser). On peut donc imaginer que leur prochain long métrage se déroulera en Ukraine, en Russie, en Israël ou en Palestine que les "actualités" nous mettent tous les jours sous les yeux. Oseront-ils en rire pour nous empêcher d’en pleurer ? Heureusement Ken Loach, lui, ne renie pas ses valeurs. Il le démontrera une fois de plus avec The Old Oak à partir du 25 octobre.

Et si vous cherchez un scénario qui tienne la route, lisez Les corps solides de Joseph Incardona. Tous les ingrédients y sont, sans manquer de respect.

Une année difficile, film réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache
Avec Pio Marmaï, Jonathan Cohen, Noémie Merlant …

mardi 10 octobre 2023

L'été dernier de Catherine Breillat

Après dix ans d'absence des plateaux de cinéma Catherine Breillat revient avec L'été dernier dont le synopsis se résume à une avocate renommée mettant en péril sa carrière et menaçant de briser sa famille en ayant une liaison avec son beau-fils de 17 ans.

Formulé ainsi j'étais tentée de voir comment les choses allaient évoluer. Récemment mariée à Pierre (Olivier Rabourdin), Anne (Léa Drucker) emménage avec ses deux filles adoptives dans sa belle propriété, où elle découvre son beau-fils de 17 ans Théo (Samuel Kirchner). Sûr de lui, l’adolescent séduit Anne qui tombe dans ses bras. Voulant mettre fin à cette liaison, elle n’y parvient pas, et Théo tombe à son tour sous l’emprise de la passion, qu’il avoue à son père.

Mais la situation devient critique parce que Anne ment, ce qui est un comble pour une avocate dont la spécialité est -de plus- de défendre des adolescents victimes de violences sexuelles. Elle s'enferre dans le mensonge qui prend une teinte de trahison, à l'égard du mari, du jeune homme et peut-être d'elle-même. Je reconnais que le thème est intéressant mais il m'a extrêmement mise mal à l'aise en cette période où se multiplient les livres et les films sur la question du consentement et de l'inceste. Il me semble qu'on ne peut plus traiter ce thème en ne considérant que l'angle esthétique et artistique.

Je sais qu'il s'agit d'un remake, celui du film danois Dronnigen (2019) de May el-Toukhy, une réalisatrice dano-égyptienne, qui a concouru pour les Oscars sous le titre anglais Queen of Hearts, qui est tout de même plus riche que L'été dernier … Catherine Breillat a poussé le curseur au maximum, faisant d'Anne une femme ambigüe, prédatrice du jeune et impressionnant Théo. Cela va trop loin pour moi et j'ai fini par trouver le temps long (le film ne dure pourtant que 1 h 44) tant j'avais hâte de quitter cette atmosphère malsaine où je n'ai pas vu le moindre sentiment positif.

L'été dernier de Catherine Breillat
Avec Léa Drucker, Samuel Kircher, Olivier Rabourdin, Clotilde Coureau …
Pour les écrans depuis le 13 septembre 2023

mardi 19 septembre 2023

Un métier sérieux de Thomas Lilti

Je suis allée voir Un métier sérieux et très franchement je me suis ennuyée entre les génériques de début et de fin, excellents au demeurant, tant sur la forme que sur la bande musicale.

Je ne dirai pas que ce n’est pas un bon film. Tous les ingrédients nécessaires y sont : des séquences bien construites, des acteurs que l’on aime voir jouer, et qui s’accordent ensemble pour célébrer la belle famille de l’Education nationale. Les clivages entre profs et élèves sont pointés. Les difficultés pédagogiques ou personnelles des personnages servent à construire des scènes plutôt plaisantes.

Alors qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? D’abord, l’entente entre les enseignants est si parfaite qu’elle ne peut pas refléter une réalité. Ensuite, si les séquences abordent de vrais problèmes, leur résolution est factice ou non aboutie. Trop de choses restent en suspens, à l’instar de ces séries (addictives au demeurant) dont chaque épisode s’achève sur une fin ouverte.

Que deviendra le jeune garçon expulsé de l’établissement bien qu’il ait fait des excuses à son professeur, lequel les a acceptées ? A quelle nouvelle péripétie devra faire face cette charmante prof de SVT de la part de son fils indiscipliné ? Et d’ailleurs, pourquoi est-il devenu aussi insupportable ? Les aurons-nous dans un prochain opus ? Le prof de maths parviendrait-il à reconquérir sa compagne ? Ce chef d’établissement si bienveillant aura-t-il une promotion ou se heurtera-t-il à un « vrai » gros souci, de harcèlement par exemple ? Benjamin (Vincent Lacoste) se réconciliera-t-il avec son père (Bouli Lanners, qu’on aurait aimé voir dans une seconde scène) ? Et que s’est-il passé pour installer leur mésentente ? On pourrait même observer que curieusement tous ces enseignants ont des problèmes familiaux à régler. Quant à l’autorité François Cluzet en fait une démonstration caricaturale. 

Je me suis demandé ce que Thomas Lilti avait voulu démontrer ou dénoncer … alors qu’être enseignant, comme l’écrit William Lafleur dans un essai qui vient de sortir chez Flammarion, c’est L'ex plus beau métier du monde.

Personne ne doute que le métier d’enseignant soit sérieux. A tel point qu’une crise de recrutement s’intensifie. Ce n’est pas le seul domaine. La situation est encore plus dramatique dans l’éducation des jeunes enfants puisque nombre de municipalités sont contraintes à fermer des crèches faute de personnel qualifié alors même qu’ils ont annoncé une augmentation du nombre de berceaux disponibles.

J’ai revu récemment Diabolo Menthe dans lequel Diane Kurys dresse un panorama de l’enseignement en 1963 (même si le film est sorti plus de dix ans plus tard). Je conseille cette plongée en arrière. Le milieu enseignant y est très finement observé et les personnages évoluent au cours d’une année scolaire, ce qu’on ne perçoit pas dans Un métier sérieux qui, bien que se déroulant sur le temps scolaire, semble davantage une succession de diapositives qu’un vrai film. Le réalisateur nous avait habitué à mieux dans ses longs-métrages sur le monde médical, notamment Hippocrate.

Il n’empêche que les musiques des génériques sont remarquablement choisies. D’abord le très nostalgique A wonderful world de Sam Cooke sur des images d’archives qui progressivement nous amènent à aujourd’hui. Arrêtons-nous sur les paroles qui ne sont que références à l’enseignement chantées par un garçon qui ne connait pas grand chose à rien en matière d’histoire, de biologie, de sciences mais qui croit que l’amour peut changer le monde. Et puis le dernier morceau, toujours nostalgique et même désuet, Il est revenu le temps du muguet de Francis Lemarque

Un métier sérieux de Thomas Lilti
Avec Vincent Lacoste, François Cluzet, Adèle Exarchopoulos, Louise Bourgoin, William Lebghil, Lucie Zhang, Bouli Lanners
En salles depuis le 13 septembre 2023

mardi 11 avril 2023

Les trois mousquetaires, première partie

Les auteurs ont titré Les 3 mousquetaires. Cela aurait dû m’alerter puisqu’ils sont 4 à se côtoyer, se battre et festoyer. Vous me direz qu’ils ne sont officiellement tous mousquetaires qu’à la fin de ce film qui se termine sur la mention "fin de la première partie" laissant présager une seconde, qui portera sans doute le tire des 4 mousquetaires

Pas vraiment car cet opus est en réalité sous-titré D'Artagnan (donc Les trois mousquetaires D'artagnan) tandis que le suivant sera dédié à Milady, ce qui nous informe -au cas où on en douterait- qu'elle n'est pas morte en tombant à la renverse de la falaise avant de restituer le collier de la reine.

Si je suis ironique c’est parce que, après avoir été influencée par plusieurs personnes l’ayant adoré, je suis arrivée enthousiaste mais que je suis repartie non convaincue. Je n’en dirai cependant pas beaucoup de mal car il remplit le contrat fixé par le producteur malgré des anachronismes et diverses erreurs qui sautent aux yeux.
Vincent Cassel, Romain Duris, Pio Marmaï
©2023 Chapter 2, Pathé Films et M6 FILMS
Les comédiens sont excellents certes (mention particulière à Vincent Cassel et Louis Garrel toujours dans la nuance (même si cependant ce dernier n'a pas l'âge du rôle puisque Louis XIII est censé avoir 25 ans et non 40) et Nicolas Vaude, formidable), souvent sous exploités comme Dominique Valladié qui n’a que quelques mots alors que Marie de Médicis joua un rôle déterminant et que je recommande d’aller vite voir dans Premier amour où elle a le premier rôle.

On désigne dans le film les héros sous le terme de cadets de Gascogne, qui est une dénomination purement inventé par Edmond Rostand dans Cyrano de Bergerac … en 1897 ! Ils interprètent une chanson à la gloire de ces combattants qui n’a de mon point de vue absolument pas sa place dans un film qui se réclame un tant soit peu "historique". Cela étant Alexandre Dumas avait romancé la réalité alors pourquoi pas Martin Bourboulon ?

Ils composent la troupe d'élite du roi, et portaient une casaque bleue à quatre pans ornée de croix blanches fleurdelisées. Nous les avons tous vus ainsi dans les différents films qui ont déjà été produits sur le sujet. Pourquoi donc sont-ils ici habillés d’un manteau bleu marine avec un blason en forme de croix cousu sur l'épaule ? On notera néanmoins que ces manteaux sont toujours dénommés "casaques" dans les dialogues.

Le frère d’Athos porte des lunettes, lesquelles n’ont pas été fabriquées avant le siècle suivant. Pas plus que le parapluie sous lequel Milady s’abrite dans le premier plan.
François Civil, Louis Garrel
©2023 Ben King Chapter 2, Pathé Films et M6 FILMS
Il n’est pas indispensable d’être féru d’histoire pour savoir que la réplique de Richelieu : La reine préfère le déshonneur à la guerre. Elle aura le déshonneur, et nous aurons la guerre rappelle curieusement la parole de Winston Churchill : Le gouvernement avait le choix entre la guerre et le déshonneur ; il a choisi le déshonneur et il aura la guerre.
La cour des Invalides
©2023 Chapter 2, Pathé Films et M6 FILMS
Les décors eux aussi sont parfois anachroniques mais ils sont tellement beaux qu'on pardonnera. Et on saluera que l'intégralité du tournage se soit déroulé en France, et, à part pour un jour en studio, totalement en décors naturels aménagés. On prend plaisir à reconnaitre le Palais du Louvre, l'Hôtel des Invalide, les châteaux de Fontainebleau (Seine-et-Marne), de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) et de Chantilly (Oise), dans le réfectoire de la Maison d'éducation de la Légion d'honneur à Saint-Denis (Hauts-de-Seine) ainsi que la citadelle de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) et le centre-ville historique de Troyes (Aube). 

Mon reproche le plus vif concerne les scènes de combat qui s’enchaînent à toute vitesse sans que -bien souvent- on ne sache qui combat aux côtés de qui, ce qui aurait d'ailleurs été facilité si les mousquetaires avaient arboré la casaque bleu horizon … L’essentiel est de capes et d’épées au détriment du traitement des intrigues qui, du coup, sont seulement prétextes à davantage de bagarres  Les effets spéciaux sont parfaits pour qui aime ce type de film. Du Netflix sur grand écran … d’ailleurs rien d’étonnant à ce que le dernier plan mentionne première partie.

Pas sûr que j'aille voir Les Trois Mousquetaires : Milady, en décembre 2023.

Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan de Martin Bourboulon
D'après Alexandre Dumas, sur un scénario de Alexandre de La Patellière et Mathieu Delaporte
Musique de Guillaume Roussel
Sur les écrans depuis le 5 avril 2023

lundi 14 mars 2022

Le parfum des cendres de Marie Mangez

C’est le premier des livres de la sélection 2022 des 68 premières fois que je reçois par la Poste, avec joie et appréhension parce que Le parfum des cendres m’arrive auréolé de critiques dithyrambiques. Serai-je autant enthousiaste que l’ont été ses précédents lecteurs ?

Ce qui m’a déroutée, ce n’est pas tant le sujet. Après tout, c’est assez passionnant de découvrir un métier, celui de thanatopracteur, dont je ne savais pas grand chose.

Ce ne furent pas non plus les deux personnages principaux. Alice, une jeune anthropologue (est-ce un hasard si l’auteure est plongée elle aussi dans une thèse en anthropologie ?) et Sylvain, cet homme étrange au métier inhabituel, buveur de vinaigre, peu enclin à exprimer ce qu’il ressent et qui, précisément, sent sans cesse toutes sortes d’effluves dont le commun des mortels n’a pas idée. Ses parents peuvent bien dire de lui qu’il est « d’une tranquille absence d’originalité » (p.52). Pour nous il est tout le contraire.

C’est le mode opératoire de Marie Mangez qui m’a heurtée comme le ferait un plat dont les ingrédients se marient mal entre eux. Son humour est trop proche du langage parlé (vous en aurez un exemple frappant p. 68). Quelle idée aussi de donner à Sylvain ce patronyme de Bragonard, si proche du célèbre parfumeur Fragonard qu’il fallait que je me fasse violence à chaque fois pour que mes yeux le lisent correctement, jusqu’à instaurer une sorte de malaise. J’attendais qu’une scène ait lieu dans les hauteurs de Grasse, la capitale française du parfum. Ça n’a pas loupé.

Me revenaient constamment en mémoire des passages du Parfum de Patrice Süskind. J’ai été quasi soulagée qu‘elle ose enfin la référence à Grenouille, qui en est le personnage principal (p. 54). On apprend que c’est le surnom qu’Aude donne à son frère, « affectueusement en référence au héros psychopathe du Parfum capable de discerner les plus infinitésimales nuances olfactives ». Je ne comprends pas qu’il n’y ait même pas la mention du nom de l’auteur en bas de page ou au minimum dans des remerciements en fin de volume. Je trouve cela indécent.

Le moins que je puisse reconnaître est que l’auteure déborde d’imagination et que ce premier roman est d’une grande cohérence. Néanmoins, je suis loin d’avoir réussi à savourer cette lecture.

Nous vivons surtout dans un monde d’images. Il est facile de retranscrire des souvenirs visuels, de les décrire de manière à ce que qu’ils soient partageables, mais les odeurs, si on ne les a jamais senties, sont difficilement racontables. Je le sais bien pour participer régulièrement à des dégustations. Le vin, on y parvient à peu près. Mais allez vous en décrire les nuances de parfums de plusieurs huiles d’olive … ! Et pourtant je m‘y connais en plantes aromatiques, poivres et piments, donc en odeurs dont je maitrise le lexique.

Je connais le patchouli mais pour le caractériser il n’y a pas de doute possible, c’est l’odeur âcre de la balle de ping-pong. Rien à voir avec la description que je lis dans le roman. Très souvent je ne « sentais » pas la même chose. Et la lecture m’est vite devenue insipide. Un comble. Mais il faut dire qu’en ces temps de covid il est devenu banal de perdre le goût et l’odorat.

Je n’ai pas éprouvé d’attachement particulier ni à l’égard de Sylvain dont pourtant la présentation qui nous en est faite devrait inspirer de la sympathie, ni à l’égard d’Alice dont on ne comprend pas bien quelles sont ses vraies motivations à découvrir le métier de thanatopracteur, si ce n’est de récolter des informations qui lui permettront un jour, peut-être, de rédiger cette fameuse thèse d’anthropologie. Mais on verra que lorsque sa directrice de thèse la contacte elle n’a en fait pas avancé sur le sujet.

Sylvain a été follement amoureux d’une jeune femme dont le surnom est Ju’. Evidemment on pense au jus qui signifie le parfum. Les interférences entre le lexique de la parfumerie et celui de la mort sont constantes et c’est ce systématisme qui m’a agacée. Cela commence avec le titre même du roman, démontrant combien Marie Mangez jongle à la perfection avec les deux registres, mais souvent trop bien, comme par exemple Le claquement de la porte avait le parfum du soulagement (p. 59), le cercueil du souvenir (p. 128), Sylvain s’était évaporé (p138), Elle lui colle à la peau comme un baume urticant (p. 141), Ju’ n’était pas en odeur de sainteté (p. 147), la marmelade revenue d’outre-tombe (p. 160), la neuvième symphonie de Beethoven qui martelait héroïquement ses dernières notes (p. 199) … si avec tout ça on n’a pas compris que Sylvain était un mort-vivant …

On remarque très vite que cet homme est hyper compétent dans le domaine de l’odorat et que Alice ne l’est pas du tout. D’ailleurs elle n’a jamais respiré le vétiver (p. 136). Son sens le plus exacerbé est celui de l’ouïe, en réaction peut-être à une enfance auprès d’une mère sourde. Elle connait la musique dont elle pollue le fourgon. La caméra de Marie Mangez s’infiltre tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, tantôt leur tourne autour en adoptant une certaine distance si bien que, très régulièrement, je ne savais plus de « quel côté elle était », ni quel était son parti-pris. Ça tambourinait pas mal et cela devenait fatigant, me rendant la projection difficile, et a fortiori l’identification.

Néanmoins il y a (p. 184) une bascule dans le récit avec la révélation d’un traumatisme qui a affecté Sylvain et je trouve que le roman devient soudain plus intéressant parce qu’il n’y a plus de cache-cache à l’égard du lecteur avec lequel enfin on ne joue plus à faire semblant d’employer par hasard des mots qui seraient posés là comme des indices. D’ailleurs Sylvain, qu’on nous présentait comme maitre dans l’art de la dissimulation devient plus humain.

J’ai tout de même appris un nouveau mot, celui d’abstrus, que Marie Mangez utilise pour qualifier le regard de Sylvain (p. 132). Il signifie une difficulté de compréhension et je dirai donc que Le parfum des cendres aura été pour moi un roman abstrus, mais je me réjouis pour l’auteure de voir la longue liste des Prix pour lesquels son exercice de style est remarqué. Car l’idée de retranscrire les sensations en odeurs comme Rimbaud les lettres en couleurs est intéressante.

Marie Mangez vit à Paris où -et c’est elle-même qui le dit- elle s’efforce de plancher sur sa thèse en anthropologie qui la mène régulièrement sur les rives du Bosphore.

Si ce livre est bien le premier que je découvre dans le cadre de la sélection des il n’est pas le seul que j’ai lu puisque j’avais, à la rentrée, beaucoup apprécié Revenir fils dont j’ai appris qu’il figurait désormais dans le corpus.

Le parfum des cendres de Marie Mangez, Finitude, en librairie depuis le 19 août 2021
Prix Corpus Mortui
Finaliste Prix Jean-Claude Brialy
Sélection Prix Envoyé par la Poste
Sélection Prix Première Plume
Sélection Prix du roman Coiffard
Sélection Prix des lecteurs de l’Escale du Livre
Sélection Prix des lecteurs Esprit large
Sélection Prix du roman Cezam
Sélection Prix Expression
Sélection Prix Libraires en Seine
Sélection Prix Audiolib
Sélection Prix du premier roman de la Ville de Limoges
Sélection Prix du Festival du Premier roman de Chambéry

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