jeudi 15 novembre 2012

Le Festin de Babette sort en blu-ray


(billet mis à jour le 1er décembre)

Le festin de Babette est l’adaptation d’un conte de Karen Blixen dont le titre initial était le Dîner de Babette. Il parut en 1958 dans un recueil intitulé Anecdotes du destin. Gabriel Axel a mis presque dix ans à faire accepter son projet par des producteurs. Il a fallu le succès d’Out of Africa, adapté d’Une ferme africaine,  pour qu’il puisse lancer la réalisation en 1986. Jusque là aucun producteur n'avait osé se lancer dans l'aventure et, malheureusement, celui qui se lança à corps perdu dans la production, et dont ce n'était pas le métier, finit par y laisser sa vie.

Le savoir donne un relief particulier à l'histoire de cette femme qui fut autrefois chef au Café Français, un restaurant de renommée internationale, et qui se ruine en un repas. Mais elle le fait avec panache. Un artiste n'est jamais pauvre dit le personnage, heureuse en réalité d'avoir eu la chance de se surpasser.

A la sortie du Festin de Babette, les programmes culinaires n’avaient alors pas encore investi les programmes télévisés. Ce festin fut une vraie surprise. Si la cuisine est au cœur du tournage, elle n’est pas le sujet principal. Le propos était davantage de démontrer le pouvoir de l’hédonisme dans une communauté régie par la rigueur protestante. Cela nous est suggéré en nuances. N’oublions pas que Karen Blixen a écrit un conte.

Le film n’a pas pour autant d’ambition psychologique. On pourrait résumer le message à comment faire pour mieux vivre. C’est ce qui a ému les spectateurs des années 80. C’est aussi ce qui touchera le public en ces temps qu’on annonce comme allant être marqué par une crise sans commune mesure avec ce qu’on a connu.

Stéphane Audran a été d’emblée séduite par ce rôle qui allait la changer de l’univers un peu sombre dans lequel Claude Chabrol la faisait évoluer. Le réalisateur avait vu la comédienne dans Violette Nozière en 1977 et avait aussitôt estimé que Babette ne pouvait qu'être elle. De son côté Stéphane avait lu la nouvelle de Karen Blixen, l'avait trouvé bien écrite et l'adaptation que le réalisateur avait conçue était selon elle tout bonnement miraculeuse parce qu'elle n'était pas une traduction mot à mot de l'oeuvre originale.

Ce sont quelques phrases du discours de la fin du film qui l'ont décidée à accepter le rôle : la grâce et la vérité se sont rencontrées. La justice et la paix se sont embrassées (...) la grâce est infinie.

Pour ce qui était de la cuisine, elle était déjà à l’aise comme un poisson dans l’eau car, c’est de notoriété publique, Claude Chabrol était autant gourmet que gourmand. Stéphane se souvient, dans l’interview qui est donnée en supplément, qu’elle fut très heureuse devant les fourneaux. Elle ne peut pas affirmer que Babette fut un rôle clé mais elle reconnait que ce fut une étape importante dans sa vie d’actrice

L’histoire était censée se dérouler en Norvège, mais Gabriel Axel a estimé que la désolation des paysages du Jutland cadrerait parfaitement. Le village a été construit spécialement pour le film. Et comme l’action se situe au Danemark (qui a accordé un petit financement) le film est danois. L’oscar est par voie de conséquence danois comme son réalisateur, et Karen Blixen également d’ailleurs.

Le tournage fut harmonieux parce que le réalisateur n’est pas un de ces caractériels qui empoissonne les relations avec les comédiens. Il avait suivi une formation auprès de Louis Jouvet, ce qui avait déteint sur sa façon de diriger les acteurs. L’indication d’un sentiment suffisait à leur faire interpréter leur personnage. Il avait vécu trente ans en France et parlait très bien notre langue, ce qui facilitait les relations avec la comédienne principale.

Ce que l’on sait peu c’est l’implication de Karl Lagerfeld dans le projet. C’est lui qui a dessiné les costumes. Il a su mettre en pratique la remarque de Balzac qui écrivait que le costume était le plus grand des symboles. La cape portée par Stéphane Audran a depuis été donnée au Musée de la cinémathèque.

Sa coiffure, un chignon haut et une couronne de bouclettes est une idée qu’ils ont eu conjointement. 

Gabriel Axel acceptait facilement les suggestions. Le plan montrant Babette en train de réfléchir au bord de la mer est une idée de Stéphane Audran. Comme celui avec lequel on découvre sa petite chambre, utile pour témoigner de sa pauvreté. Le flash-back de Babette sur les barricades de la Commune nous est épargné, l’actrice ne le sentant pas indispensable. Avec le recul elle le regrette.

Le Danemark avait néanmoins un certain exotisme, avec par exemple l’habitude du schnaps de 10 heures qui réunissait toute l’équipe. Pas question d’y déroger. L’habitude est aussi forte que le tea-time des anglais à 17 heures.

Le festival de Cannes a du regretter plus tard de n’avoir pas osé présenter le film en sélection officielle mais « simplement » dans « Un autre regard », ce qui est tout de même moins glorieux. Par contre les américains lui ont fait un accueil triomphant. Il faut savoir que tout ce qui touche à la nourriture est très apprécié outre atlantique. Des repas pantagruéliques ont été organisés dans toutes les grandes villes au moment de la présentation du film, dans cette grande course aux oscars. Et si, parmi les films étrangers, le favori était au départ Au revoir les enfants de Louis Malle, c’est bien le Festin de Babette qui l’emporta haut la main au final.

Le film fait écho avec la sortie plus récente des Saveurs du Palais que j'ai chroniqué en septembre dernier. Les deux héroïnes ont en commun une certaine forme d'abnégation puisqu'après avoir cuisiné pour les grands de ce monde elles prennent davantage de plaisir à satisfaire des personnes plus humbles, toutes deux dans un cadre géographique très austère.

Le Festin de Babette est sorti le 5 novembre en Haute définition, en version originale et en version française. Avec en supplément HD, Le regard de Babette (24 mn) où Stéphane Audran se remémore sa collaboration avec Gabriel Axel et évoque le tournage et la construction de son rôle.

Le 1er décembre j'apprenais que le film serait de nouveau à l'affiche au cinéma à partir du 19 décembre. Je connais plusieurs d'entre vous qui allez être heureux de revivre sur grand écran cet hommage aux plaisirs des sens et à l’inventivité des passionnés de cuisine. 

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