mercredi 22 juin 2016

Dormir cent ans, Texte et mise en scène Pauline Bureau

Il y a des livres dits de littérature jeunesse qui sont tout à fait susceptibles d'apporter un plaisir de lecture à des adultes.

Il y a aussi des spectacles qui sont dans cette veine. Dormir cent ans est tout simplement superbe, intelligent, d'une maitrise que je n'ai pas peur de qualifier d'exceptionnelle.

C'est un spectacle que je verrais volontiers plusieurs fois et qu'il serait dommage de restreindre à un public d'enfants.

Pauline Bureau, dont j'avais vu à la Tempête il y a deux ans la Meilleure part des hommes signe là un travail extrêmement abouti.
Aurore à 12 ans. Elle sent que quelque chose change en elle. Jour après jour, elle se prend en photo pour saisir ce qui se transforme. Théo à 13 ans. Tous les après-midi, il sort de l’école, rentre à la maison et attend seul que son père arrive. Mais, il n’est pas vraiment seul. Il est avec le roi grenouille, le héros de sa BD préférée qu’il est le seul à voir. Aurore se demande ce que cela fait d’embrasser avec la langue. Théo aimerait bien savoir s’il est beau. Elle joue du piano. Il parcourt la ville en skate. Certaines nuits, ils rêvent. Et dans leurs rêves, ils se rencontrent.
Vous croyez savoir l'essentiel mais il vous manque la dimension magique. Une petite fille perdue en forêt compte ses pas, s'installe au piano et chante sa peur du silence. Plus tard elle rencontrera un tigre avec qui elle va apprendre à se battre, à rugir, bref à faire tout ce que les tigres apprennent à leur fille.

Un garçon exprime lui aussi ses doutes : être tout seul quand les autres sont ensemble, ça me fait honte. Il semble passif mais cet état n'empêche pas que des choses arrivent malgré tout. Et c'est sous un saule qu'il va grandir.

Vous verrez un réfrigérateur dont la porte symbolise le passage dans un monde imaginaire, fait de rêve et de cauchemar, dans lequel les personnages évolueront avant de faire le chemin inverse pour revenir dans la réalité ... mais transformés.
Pauline Bureau traduit avec beaucoup de justesse le mal de vivre des ados et comment une histoire d'amour peut commencer entre deux êtres qui se rencontrent sans être un remake à l'identique de la Belle au bois dormant (qui est son histoire préférée).

Toutes les musiques et les chansons sont des créations originales de Vincent Hulot, sauf Because the night que Patti Smith chantait en 1978, qui s'accorde parfaitement avec le coté rock qui imprègne le spectacle.
Trois videoprojecteurs sont employés pour sculpter l'espace et le résultat est enchanteur.

Pour réaliser les scènes avec le tigre Yves Kuperberg s'est inspiré d'un jouet de son fils. Il a dessiné les images qui sont projetées en guise de décor. Il en résulte un monde qui se trouve à la croisée entre une bande dessinée, un album et un espace en trois dimensions. L'espace est extrêmement délimité et pourtant il autorise toutes les projections personnelles auxquelles le spectateur peut se livrer en fonction de ses connaissances. On pourra par exemple penser à l'album d'Anthony Browne, Dans la forêt profonde. D'autres songeront à Alice au pays des merveilles. Et ce ne sont pas les livres où il est question de grenouilles qui manquent.

Dormir cent ans est un spectacle radicalement différent de ce qu'on a vu jusqu'à présent. Il y aura un avant  Il y aura un après. Une chose est certaine : il ne laissera personne indifférent.

Dormir cent ans
Texte et mise en scène Pauline Bureau
Dramaturgie Benoîte Bureau
Texte publié aux éditions Actes Sud-Papiers
Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Marie Nicolle, Géraldine Martineau en alternance avec Camille Garcia
Création et régie lumière Bruno Brinas
Régie vidéo Christophe Touche
Scénographie et réalisations visuelles Yves Kuperberg
Composition effets visuels Alex Forge
Du 14 juin au 12 juillet 2017 (horaires variables)
Au Théâtre Paris Villettte
211, av. Jean-Jaurès -  75019 Paris
A partir de 8 ans

La photo qui n'est pas logotypées  A bride abattue est de Pierre Grosbois

Tournée 2016-2017
28 et 29 sept. le Granit, scène nationale de Belfort
6 et 7 oct. le Préau CDR de Vire
18 au 20 oct. Espace 600 de Grenoble en partenariat avec la MC2, scène nationale de Grenoble
3 au 6 nov. AmstramGram théâtre de Genève - Suisse
10 et 11 nov.  théâtre Romain Rolland, scène conventionnée de Villejuif et du Val-de-Bièvre
13 et 14 nov. théâtre Paul Éluard de Choisy-le-Roi
17 et 18 nov. théâtre de Charleville-Mézière
21 au 23 nov. le Grand R scène nationale de la Roche-sur-Yon
1er et 2 déc. théâtre de Privas
7 au 10 déc. le théâtre scène nationale de Sénart
6 et 17 déc. théâtre la Piscine de Châtenay-Malabry
3 et 4 mai. théâtre du Parc Andrézieux-Bouthéon
23 et 24 mai théâtre la Liberté Toulon
30 et 31 mai le Moulin du Roc, scène nationale de Niort
8 et 9 juin le Parvis, scène nationale de Tarbes

mardi 21 juin 2016

La prétendue innocence des fleurs Franck Calderon et Hervé Moras en Livre de Poche

La prétendue innocence des fleurs bénéficie d'une seconde chance en étant éditée par le Livre de Poche. Le livre a déjà connu un beau succès lors de sa sortie en mai 2015. Le voilà assuré de gagner un public élargi.

Je l'ai commencé un vendredi soir et achevé avant la fin du week-end. Annoncé comme un roman policier, ce qu'il est, l'analyse psychologique des personnages est soignée et la narration suit une trame cinématographique.

Rien d'étonnant puisqu'il est le fruit d'un travail conjoint par un enseignant, Hervé Moras, et un producteur et scénariste de télévision, Franck Calderon, qui a remporté de gros succès d’audience pour plusieurs chaines.

C'est la première fois que les deux compères s'associent pour écrire mais ce ne devrait pas être la dernière.
Cinq iris mauves, cinq lys blancs et deux jacinthes sauvages. Dans quelques heures à peine, le bouquet sera déposé au cabinet du juge d’instruction Marc Ferrer, plongé dans la plus importante affaire criminelle de sa carrière. Marc connaît le langage des fleurs. Il sait que les lys blancs évoquent la pureté et que les jacinthes invitent à l’amour. Pourtant, ces fleurs-là lui inspirent la mort. Celle d’une jeune femme et d’un amour fou disparu huit ans plus tôt…
Le juge va-til se sentir menacé ? Aura-t-il l'envie et le courage de revenir sur les traces du passé ? Se laissera-t-il conduire sur un jeu de piste dangereux ? Il est évident que oui, sinon il n'y aurait pas d'histoire. Mais l'issue finale (peut-être fatale) est un vrai retournement de situation.

J'ai aimé cette histoire. Je ne l'aurais pas lue si vite s'il en avait été autrement. Et j'ai apprécié de retourner à Venise en compagnie de ce juge parfois sympathique, parfois agaçant. Enfin l'emploi du langage codé des fleurs est extrêmement bien construit. Jusqu'au bout.

La prétendue innocence des fleurs, de Franck Calderon et Hervé Moras, Livre de Poche, mai 2016
Prix du premier roman de Draveil.

lundi 20 juin 2016

Jukebox d'émotions avec Miguel-Ange Sarmiento

Programmé initialement pour une soirée, le Jukebox d’Emotions de Miguel-Ange Sarmiento sera encore à l'affiche lundi prochain au Rendez-Vous d’Ailleurs, toujours à 20h.

Le jukebox a rythmé la vie dans les bars et les cafés jusque vers les années 90 et c'est l'arrivée des CD qui a marqué son déclin. C'est toujours un objet mythique, collectionné par de nombreuses vedettes comme Christophe.

En choisissant cet intitulé pour son récital Miguel-Ange annonce qu'il y aura de la nostalgie. En annonçant des émotions il gomme la référence à l'automatisme de ces appareils, dont on sélectionnait les pistes après avoir glissé une pièce de monnaie.

Il cumule les talents, à commencer par la comédie, mais c'est la chanson qui lui procure les plus fortes ... émotions, le mot est dit. La partager sur scène lui est quasiment vital.

Son entrée en scène est facétieuse (on entend sa voix sans le voir et soudain son visage perce le rideau), pour masquer sans doute une appréhension qu'il n'aura pas aussi forte lundi prochain, étant donné le niveau des applaudissements qu'il a récolté ce soir.
Je n'ai pas changé ... j'avais envie de te revenir ... ces paroles de la chanson de Julio Iglésias datent de 1979 et il est certain qu'il a pu l'écouter en boucle sur son mange-disques orange.

Il enchaine avec Padam, Padam, immortalisé par Edith Piaf, alternant fort harmonieusement voix parlée et voix chantée.

Miguel-Ange est réaliste et la présence d'un public nombreux le touche vraiment, en ces jours où des compétitions internationales et des manifestations sollicitent tout le monde. Nous apparaissons à ses yeux comme des résistants. Mais sait-il alors que nous n'avons aucun mérite puisque nous sommes venus pour le plaisir ?

Ainsi soit-il. Ce n'est pas moi qui le dit, mais lui qui chante Louis Chédid. et qui nous fait comprendre soudain que ce n'est pas du cinéma, mais la métaphore joliment dite du choix de sa fin de vie.
Ainsi soit-il / Tel est le nom du film / Travelling sur un corbillard qui passe
(...) Ainsi soit-il / Tel est le nom du film / Alors la caméra zoome arrière 
Et tu r'montes dans l'hélicoptère.

Il poursuit avec une chanson (peu connue) de Françoise Hardy oh je voudrais que tu m'enterres / mais demain je s'rai loin très loin ...

Pas question d'assombrir l'atmosphère. La lumière passe du bleu au rouge et c'est Back in the market of love, qu'il a coécrite avec Alice Bassié qui en a écrit la musique, et Jean-Christophe Déjean les arrangements, façon bossa-nova.
Il chante en français (quasiment sans accent), en espagnol (naturellement) et aussi en italien. Il nous apprend (en tout cas à moi) que Pasolini a été (aussi) auteur de chansons populaires, à propos d'amour, comment pourrait-il en être autrement pour qui disait que ceux qui comme moi ont eu le destin de ne pas aimer selon la norme finissent par surestimer la question de l'amour.

La soirée est émaillée de confidences, de questions-réponses avec le public, sans que ce soit au détriment du tour de chants, bien au contraire. Beaucoup d'humanité se dégage des échanges.

Quand reviendras-tu ? que l'immense Barbara a créé en 1987 n'a pas pris une ride. Et les paroles du Chanteur malheureux de Claude François (1975) ont le potentiel pour nous tirer une larme. Miguel-Ange a raison de le souligner : les plus belles chansons d'amour chantent le désamour.
Non sans humour il voudrait nous faire croire que Non je ne regrette rien d'Edith Piaf serait la seule à être optimiste. Je dirais qu'elle exprime une capacité à la résilience.

Il faut encore avoir du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse écrivait Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra.

Pour finir, une chanson qui parle de départ, Porque te vas, immense tube chanté par Jeanette tout l'été 76, et qui était la musique du film Cria Cuervos de Carlos Saura. Tu m'oublieras disent les paroles.
Rien n'est plus faux comme l'ont démontré les applaudissements adressés aussi au pianiste Nicolas Urtreger.

Il faut espérer une présence plus régulière sur la scène en tant que chanteur. Miguel-Ange ne peut pas être partout. Il doit assurer la tournée du spectacle "Le Front Pop" de Christina Rosmini. Bientôt reprendront les répétitions de "Pasolini Musica", une création conçue et mise en scène par André Roche où il interprète le rôle de Pier Paolo Pasolini. Le spectacle devrait être joué à Paris du 19 janvier au 16 février tous les jeudis au Théâtre de Ménilmontant et ensuite au Festival d’Avignon en 2017.

Jukebox d'émotions, concert de Miguel-Ange Sarmiento
Les Rendez-vous d'Ailleurs
107 rue des Haies, 75020 Paris

dimanche 19 juin 2016

Scènes de violences conjugales

Vous verrez ce spectacle à la rentrée. Il est notamment programmé à La Tempête pour un mois à partir du 11 novembre 2016. J'ai eu l'opportunité de le découvrir au Théâtre le Colombier de Bagnolet, peu de temps après sa création (à Romainville).
Rachida rencontre Liam. Annie rencontre Pascal. Rachida et Liam sont jeunes, issus d’un milieu violent et précaire. Annie et Pascal sont au milieu de leurs vies, issus respectivement de classe moyenne et bourgeoise, tous deux en voie de précarisation. Ils emménagent ensemble dans un meublé, et petit à petit, la violence conjugale va s’installer entre eux.
Le sujet est fréquemment abordé au cinéma (on se souvient du choc provoqué par Polisse), au théâtre (Gelsomina) ou en littérature (La Pudeur des sentiments par exemple).

J'ai le sentiment sur ce thème des violences conjugales tout a été dit. On sait qu'une femme meurt tous les trois jours des coups portés par un homme. On sait que ces violences peuvent toucher aussi les hommes (mais beaucoup moins). On sait aussi que dans chaque classe, de chaque école française, il y a en moyenne 2 enfants victimes d'inceste. On sait. Et pourtant rien ne change. Parce que les actes se déroulent dans la sphère de l'intime. Il sont donc recouverts en quelque sorte par une cape d'invisibilité.

Autant passer au feu rouge est sanctionné autant les infractions de type violences conjugales ne le sont pas systématiquement. Pas vu, pas pris.

Scènes de Violences Conjugales est né du désir de travailler sur ce sujet, pour y décrire la violence faite aux femmes telle qu’elle se pratique aujourd’hui dans le monde, et dont personne n'est à l'abri, dans aucun milieu social. Violences physiques, psychologiques, sexuelles, économiques, administratives, et sociales.

Ce qui a motivé Le Perdita Ensemble à travailler sur ce thème est de démontrer que ce n'est pas une fatalité. Le collectif, installé 14 rue de la convention aux Lilas (93260) est un ensemble d’acteurs, scénographes, administrateurs, diffuseurs, techniciens, musiciens réunis autour de l’écriture de Gérard Watkins, (photo ci-contre) qui en assure la direction artistique depuis 1994. 

Il est allé avec les acteurs à la rencontre de personnes impliquées dans ces souffrances pour se "remplir du sujet" diront les comédiens. A partir de 5 à 6 semaines d'improvisations, d'un travail à la fois intérieur et physique, réaliste et musical, mélangeant récits narratifs, souvenirs, et scènes vécues en direct, le Perdita Ensemble propose une réflexion à cœur ouvert sur les origines de cette violence, et sur sa méthode. Comment elle s'installe, s'insinue, se déploie, et perdure. Elle propose aussi une porte de sortie, par le travail, la parole et l’écoute de l’autre, en suivant à la trace le difficile parcours vers la libération de ses deux héroïnes.

Ils auraient pu monter un spectacle documentaire. C'est un spectacle, tout court. Militant certes, mais avant tout artistique.

J'ai assisté à une représentation dite scolaire et je peux dire que je n'ai pas entendu une mouche voler. Si la discussion qui a eu lieu ensuite était conforme aux clichés, les garçons assis d'un coté, les filles de l'autre, les échanges furent qualitatifs et respectueux.

J'ignore si le théâtre est un vecteur de message, et d'ailleurs quel message. On ne se méfie pas de quelqu'un qu'on aime. Ne dit-on pas fou d'amour ? Le noeud du problème, l'explication (car toute personne sensée veut comprendre) est que la victime est persuadée d'avoir le pouvoir de guérir son agresseur à force de patience, de compréhension etc ... alors qu'il n'y a qu'une réponse possible : partir, le quitter, laisser tomber l'affaire.

Comment mettre en oeuvre un tel projet quand on a rêvé de bâtir un foyer, d'avoir des enfants (qu'on en a le plus souvent) ? On peut s'écarter du violent que l'on croise dans la rue ou le métro, pas de celui qui partage nos jours et nos nuits, toutes nos nuits.

Mais revenons au spectacle. Quoiqu'on ait pu vivre ou subir dans le domaine des violences conjugales (ou du harcèlement dans le monde du travail, qui a beaucoup de points communs) on assiste à une vraie représentation, et une remarquable interprétation, toute en nuances, ponctuée par une musique qui est jouée sur la scène, en direct.

Les comédiens incarnent si bien leurs personnages qu'on oublie qu'on est au théâtre. Le dispositif en trifrontal induit la proximité avec les spectateurs qui se sentent très impliqués. La mise en scène est conçue en conséquence. Le spectacle est bâti en trois temps : la rencontre, l'escalade puis la thérapie. Jusqu'à permettre au public de réaliser que comprendre n'est pas pardonner.

Un dossier pédagogique a été élaboré avec l’aide d’Amandine Maraval, chargée de mission au droit des femmes à la Ville de Bagnolet, et de ses conseillères conjugales, afin de sensibiliser les jeunes dés le lycée.
Le lendemain du spectacle je lis dans la presse :
Un homme de 53 ans a été condamné lundi à un an de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Poitiers pour avoir endommagé, à l’aide d’un pied-de-biche, le pavillon de son ex-femme à Chenevelles (Vienne), rapporte France Bleu Poitou. Son coup de rage a fait tellement de bruit qu’il a réveillé les propriétaires et les voisins qui se sont demandés "comment un homme tout seul peut réussir à détruire une maison". Il a fallu plus de trois heures aux gendarmes pour tenter de convaincre le forcené de descendre de la maison en ruine afin de l’interpeller. Cet homme avait déjà  été condamné pour des dégradations en 2011.

Scènes de violences conjugales
Texte, mise en scène et scénographie de Gérard Watkins
avec Hayet Darwich, Julie Denisse, David Gouhier, Maxime Levêque, Yuko Oshima
Musique Yuko Oshima
11 novembre au 11 décembre 2016 au Théâtre de la Tempête
7 au 11 février 2017 au Théâtre Nationale de Bordeaux en Aquitaine
10 mars 2017 à l’Espace 1789 de Saint-Ouen

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Alexandre Pupkins

samedi 18 juin 2016

Seconde édition du Paris Basque

Après un vendredi soir très festif et très rugby, le Trinquet (qui est aussi le nom d'une surface de jeu de pelote basque couverte entourée de 4 murs dont un mur de frappe) s'apprêtait tranquillement à entamer la seconde journée. Le public arrive au compte-goutte, inquiet sans doute par la météo. Pourtant le programme de cette seconde édition est plus que jamais basque et joyeux.

Le week-end sera rouge et blanc, familial, gustatif et sportif aussi. Les enfants pouvaient s'initier au jokari sans troubler la démonstration de danses basques du groupe Erregetxopitak.

L'espace est vaste. On est ailleurs tout en étant à Paris, miraculeusement calme, et coupé du monde.

C'est le moment idéal pour se croire (un peu) en vacances et déguster (avec modération) un verre inspiré du Spritz qui est en passe de supplanter le mojito. J'apprends d'ailleurs que Marc Jean, le chef barman du Normandy de Deauville a conçu un nouveau cocktail qu’il a appelé The Only Spritz Colette : variante à base d’Aperol (apéritif italien), de morceaux d’orange et, pour remplacer le Prosecco italien, de cidre Cuvée Colette du Domaine Dupont, un cidre sec pas trop sucré mais qui enlève le goût de l’amertume présent dans le Spritz classique.
Ici c'est le Lillet qui fait l'affaire, accompagné de morceaux d'orange, dans une piscine de soda et de glaçons.
Les musiciens du groupe Txaranga ont eu un succès mérité alors que les gradins se remplissaient doucement.
L'entrée de la manifestation est gratuite. Les plats concotés par les chefs se règlent en PYBA, que l'on achète sur place aux caisses jeton.
Ils étaient 13 l'an dernier. ils seront 22 ce week-ends à s'être associés à des producteurs et des vignerons pour proposer une succulente cuisine typique et authentique… à manger sur le pouce, autrement appelée Basco Street-Food.
Parmi les plats réalisés sur place, outre l'assiette de charcuteries d'Eric Ospital et de pain de Jean-Luc Poujauran, on pouvait goûter le Gâteau de pomme de terre au foie gras de canard de Jacques Faussat, qui dirige le restaurant éponyme dans le 17ème.
L'étonnant Pied de porc snacké, chutney de piment doux d’Anglet que Sabine Aguerre, installée à Pottoka (Espelette) a imaginé avec la viande de David Massonde, Bayonnaise des Viandes, Bayonne (64).
Julien Duboué du restaurant et bar à tapas A Noste (Paris 2e) a préparé une Hampe et lepoa de cochon Ibaïama sauce échalote, condiment cassis-gingembre, avec Eric Ospital, charcuterie Louis Ospital à Hasparren (64).
Gérard Lasbarrère de La Cancha (Oloron Sainte-Marie) a imaginé un Wrap de poulet fermier St Sever, poudre de brebis et condiment piquillos, qui a été littéralement plébiscité par les enfants, sans déplaire le moins du monde aux parents.
Cédric Béchade, de l’Auberge Basque (Saint-Pée-sur-Nivelle) avec Jean-Bernard Mendiboure, DIMA Marée à Saint Jean de Luz (64) a préparé une Morue braisée au cacao, girolles à l’arbequina et mousseline de pomme de terre, fleur et feuille de sauge que j'ai beaucoup aimée.
 
Son inspiration a été le terroir (la morue) et le chocolat de Bayonne, mais en cherchant à équilibrer sucré amer, amer salé, avec une sauce chocolat 70%. Le plat est à la carte du restaurant en ce moment, L'auberge basque qui s'appelait déjà ainsi avant son arrivée. 
 
Cédric a été l'un des trois chefs étoilés de Nespresso à Cannes. Chargé d'élaborer un menu en hommage à un film, il avait choisi The Artist de Michel Hazanavicius (Prix d’Interprétation masculine pour Jean Dujardin 2011).
Il m'a raconté qu'il avait déjà un plat en noir et blanc, L’oeuf et l’encornet en noir et blanc, onion rings mais qu'il a du inventer le reste du menu. Des petits pois glacés à la française pour rendre hommage à notre pays, et le Cochon, sauce barbecue, pancake au maïs grillé pour célébrer la cuisine américaine. Enfin un Cheesecake aux fruits rouges présenté de manière à rappeler le film.

Cédric Béchade est originaire du Limousin mais il partage totalement les valeurs du Pays Basque où il se sent chez lui. Ses filles apprennent le basque et lui sait compter jusqu'à vingt. Il parle volontiers de sa manière de cuisiner, par exemple la piperade qui à l'origine rassemblait les légumes du jardin, oignons, tomates, poivrons. Après la guerre on manquait d'oeuf donc on liait les légumes avec du pain et du lait, un peu comme une omelette. Il a repris cette manière de faire en ajoutant des piquillos pour la couleur jaune. A l'entendre c'est tout simple mais quand on visionne le film de la recette on réalise ce qu'il faut de technicité et on se dit qu'il sera plus "simple" d'aller la gouter à l'Auberge basque :

Son dessert signature est la tarte Amatxi (de la grand-mère) une pâte sablée marmelade Tatin, chiboust avec caillé de brebis, sorbet pomme verte et thym citron. Et puisqu'on parle de dessert, revenons au Paris-basque pour se laisser tenter par les glaces et les pâtisseries de la maison Pariès.
Ou par un café gourmand accompagné d'un macaron pamplemousse-citron, d'un crumble noisette-caramel-cacahuètes caramélisées, et d'une caroline lait d'amande-confit de cerise. Ce sont deux amis et associés, le cuisinier Patrick Canal, chef cuisinier du célèbre Café Tournon (Paris 6ème), et le pâtissier Mathieu Mandard, champion de France du Dessert 2004,  qui ont ouvert un bistrot au 30 rue de Montorgueil, à Paris, 01 40 28 44 74 tous les jours depuis le mois de mars de cette année en assurant aussi la vente de gâteaux à emporter sous le nom des Artizans.
Comme l'an dernier il y a aura tout le week-end de la musique, des danses et des initiations aux danses basquesde la pelote basque avec des championnats de France, des démonstrations et de l’initiation. Inspirée du jeu de paume, la pelote basque est un jeu ancestral du Pays Basque où les adversaires s’envoient une balle, soit en face à face, soit en frappant la balle contre un mur.
Et puis des Jeux de Force Basque qui à l'origine étaient des défis lancés par les jeunes basques qui travaillaient dans les champs, les forêts ou encore le bâtiment et qui mesuraient ainsi leur force et leur endurance. On retrouve aujourd’hui parmi les épreuves : les leveurs de pierre, ou de ballots de paille à la poulie, le fameux tir à la corde, aussi appelé Xoka-Tira, et le bûcheronnage à la scie de long, le sciage à deux, où à la hache, avec Herri Kirolari Bai (maillot vert).

Sont aussi prévus du rugby pour les enfants, des jeux du type lancer d’espadrille, et les retransmissions des demi-finales du TOP 14 de rugby et du Championnat d’Europe de football (Euro 2016) avec le match France-Suisse en direct de Lille.

Le Trinquet deviendra une sorte de fan zone plus tranquille que la Tour Eiffel.

Paris-Basque, vendredi 17 juin 2016 de 18h à 2h du matin
Samedi 18 et dimanche 19 de 9h à 2h du matin
Fronton Chiriquo de Cambo
8, Quai Saint-Exupéry, 75 016 Paris

vendredi 17 juin 2016

Une folie au Théâtre Rive Gauche

Peu de gens le savent mais une folie est une maison de villégiature construite par l'aristocratie ou la bourgeoisie à partir du XVIII° siècle en périphérie des villes. C'est aussi, peintes en rouge comme le fond de l'affiche, des pavillons en bordure du canal de l'Ourcq du Parc de la Villette (qui sont actuellement en rénovation).

C'est enfin la résidence parisienne que le docteur Flache s'apprête à vendre avant de prendre sa retraite dans le Sud.

L'homme est psychiatre et il côtoie quotidiennement des personnes dont le trouble du jugement ou du comportement est qualifié de folie. Chacun de ses patients estime que c'est l'autre qui est atteint, évidemment. Le couple que forment Jean-Louis et Missia n'échappe pas à la règle. Chacun lui demande d’examiner son conjoint, qu’il croit devenu fou…

Le médecin, plutôt habile, trouvera en Jean-Pierre le futur acquéreur de son joli pavillon qu'il fera la folie d'offrir à sa désormais épouse en cadeau ... de rupture. Une vraie folie en somme !

Ecrite en 1934 par Sacha Guitry, la pièce aborde un sujet alors tabou, celui du divorce. Et c'est dans cet état d'esprit qu'il faut aller la voir. Un fauteuil comme ceux qui marquent la place du réalisateur sur un plateau de cinéma est disposé coté cour, témoignant de la présence même occulte du grand auteur.

L'hommage que lui rend le metteur en scène Francis Huster est justifié. Cet homme était exceptionnel, capable de composer un Impromptu pour célébrer le mariage du prince Rainier de Monaco avec Grace Kelly en avril 1956 alors qu'il prônait par ailleurs le divorce. Vous me direz qu'avant de se séparer ... il faut s'unir et c'est bien le fil rouge qui se déroule sur la scène du théâtre Rive Gauche. Bénir la rupture, l'idée est drôle.

La mise en scène est resserrée. Le texte est suffisamment puissant pour ne pas avoir besoin d'être appuyé et les comédiens le servent très bien, surtout Olivier Lejeune qui semble une réincarnation de l'auteur, en restituant sur scène son humour et son ironie optimiste.
Sacha Guitry avait le sens de la "petite phrase" et beaucoup sont passées à la postérité. Il ne s'est jamais privé de critiquer le mariage. Il disait avec dérision que deux personnes mariées peuvent fort bien s'aimer, à condition de ne pas être mariées ensemble.

Dans la pièce qui est à l'affiche il dénonce cette manie que les gens ont de vivre deux par deux. Ce qui ne l'empêche pas de doter son personnage principal masculin de talent de séducteur qui "tranquillise" toutes les femmes qui sont sur sa route.

Les rebondissements s'enchainent et je ne vous dirai pas quels sont les "bons" conseils très subversifs que le psy donne à sa clientèle. Ce serait gâcher le plaisir ...

Une folie de Sacha Guitry
Mise en scène de Francis Huster
Avec Olivier Lejeune, Lola Dewaere, Manuel Gélin, Marianne Giraud/ Mathilde Hennekinne, Alice Carel /Odile Cohen.
Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté, 75014 Paris
du mardi au samedi à 21 h, le dimanche à 15 h 30
Relâches exceptionnelles les 24 juin, 7, 19 et 27 juillet, 9 et 19 août 2016

jeudi 16 juin 2016

Laurent Viel, la musique et lui

Laurent Viel continue de porter les Chansons aux enchères au théâtre des Mathurins jusqu'au 9 juillet.

En discutant avec lui on comprend qu'il interprète Edith Piaf, Sylvie Vartan, Dave, Gérard Lenorman ... ou Alain Bashung dont il connait tout le répertoire. Il reconnait adorer depuis toujours les chanteurs dits de variété et avoue être amoureux de Sylvie Vartan. Aucun titre n'arrive par hasard dans son répertoire.

Celle dont l'influence sera déterminante est Barbara que ses parents écoutaient à la maison. Il se souvient encore parfaitement du choc émotionnel que sa voix a provoqué en lui. Il avait 8 ans.

Il osa lui adresser à son domicile de Précy une cassette avec une de ses chansons pour avoir son avis, lequel provoqua un télégramme d'encouragement. Des années plus tard il a eu la chance de la rencontrer en chair et en os, à la fin d'un concert à Mogador. Il pensait qu'elle avait oublié sa chanson mais elle s'en souvenait parfaitement puisque spontanément elle a fait référence à son titre. C'est très bien faut continuer, il faut continuer, lui a-t-elle dit ce soir-là.

La première artiste qu'il ait vue sur scène est Sylvie Vartan qui avec ses paillettes et ses danseurs lui a lancé dans les yeux une poudre qui ne le quittera pas.
Quant à Mylène Farmer il l'a approchée à l'occasion d'auditions quand elle cherchait des danseurs. Et c'est avec le play back de Sans contrefaçon, la chanson qui a confirmé son talent en 1987, qu'il commence son spectacle sur le chevalier d’Eon (mis en scène par Xavier Lacouture) que j'ai vu en avant-première au Forum Léo Ferré d’Ivry-sur-Seine où le chanteur se produit régulièrement, avec les musiciens Nicolas Carpentier et Thierry Garcia.
Laurent est un interprète formidable qui, outre la qualité d’être un excellent chanteur, se glisse dans une autre peau que la sienne. La performance est de taille avec le Chevalier d’Eon car comme vous le savez sans doute ce personnage historique avait plusieurs personnalités. Il fut tantôt homme, tantôt femme.

Si la dame en noir a planté dans son âme planté l'urgence et la nécessité ... à se lancer dans ce métier les choses ne se sont pas enclenchées si naturellement.

Laurent est aussi comédien, ce qui explique d'ailleurs que ses récitals soient particulièrement "interprétés" et toujours mis en scène. Il a suivi les cours d'une école de théâtre, et s'est confronté  dans les années 90 aux grands auteurs, de Sophocle à Jean-Luc Lagarce en passant par Shakespeare, Koltès, Labiche, Brecht, Molière ...

Il a suivi les ateliers Gérard-Philipe de Philippe Duclos, comédien au théâtre comme au cinéma et qui a fait une mise en scène d'un Feydeau.

Le théâtre peut provoquer aussi de grandes émotions. Je partage son point de vue quand il cite à cet égard Joël Pommerat (sa mise en scène de Cendrillon était prodigieuse), Wajdi Mouawad, dont la trilogie a enthousiasmé le Festival d'Avignon, comme le fit Thomas Joly avec Henry VI (et que j'ai eu la chance de découvrir au festival Impatience en 2009, bien avant qu'il ne soit connu), et puis aussi James Thierrée dont le dernier spectacle, la Grenouille avait raison est en ce moment en tournée (allez le voir dans Chocolat si ce n'est déjà fait, il est prodigieux).

Si le solfège ne lui est pas étranger et qu'il peut jouer quelques notes de piano, la musique s'impose à lui surtout comme interprète. Il apprend les mots avec Barbara, Brel et les grands auteurs de théâtre. Pour au final transmettre les émotions en chantant. C'est pourquoi la chanson aura toujours une place centrale dans ses spectacles même s'il reconnait être de plus en plus proche d'occuper une vraie place en tant qu'acteur.

Il a d'ailleurs monté une compagnie, Les Palétuviers, co-dirigée avec Marc Wyseur. Ensemble, ils ont créé "J’ai la mémoire qui chante" en réunissant des témoignages de personnes âgées de la ville de Sceaux, présenté en Avignon en 2002, et qui a compté au moins 150 dates de tournée.

Il est en préparation d'un spectacle pour l'automne 2016 avec Enzo Enzo qu'il connait de longue date mais qu'il a retrouvée récemment .... sur un quai de gare, comme le veulent les hasards de la vie. Sans trop dévoiler le projet on peut dire qu'il sera imprégné de thèmes familiaux qu'illustreront une vingtaine de chansons dans une mise en scène de Christophe Vincent.
Son histoire continue aussi de s'écrire avec Barbara. Il est aujourd'hui en train de travailler avec Claude Fèvre au dernier opus de la collection Chansons à la plume et au pinceau qui sera consacré à la chanteuse avec 43 chansons en écho à des dessins de caricature de Jean-Marc Héran.

Laurent Viel a partagé la scène avec Roland Romanelli pour la Rue de la belle écume. La rencontre a été très forte avec cet accordéoniste qui fut le compagnon de Barbara. Et c'est quasi naturellement qu'ils ont entamé un travail d'écriture qui promet de belles soirées après la fin des représentations de l'Homme en habit rouge qui est un spectacle fort réussi, actuellement au Théâtre Rive Gauche.

Si Brel, Brassens, Dalida, Ferré sont toujours des références, Laurent ne vit pas dans le passé et il aime tout autant les voix de Christine and the Queens, Claire Diterzi ou Camilia Jordana.
Il aime aussi le cinéma, consacrer du temps à ses amis et ... confesse être un grand gourmand. Que des qualités en somme.

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont, respectivement d'Ivan Kann Szpirglas et de Cathy Lohe.

mercredi 15 juin 2016

Huiles et condiments de luxe Oliviers & CO

Vous savez que j'apprécie les huiles d'olive. Il y a régulièrement des articles sur le sujet, avec parfois des recettes surprenantes pour celui qui n'a qu'une image "salée" qui lui vient à l'esprit quand on évoque cet ingrédient. Je repense avec gourmandise à un fondant au chocolat d'Annelyse Chardon.

Je ne souhaite pas particulièrement mettre en avant un producteur ou un autre mais la porte ouverte de la boutique d'Oliviers & Co du 16 de la rue de Lévis, à Paris.

La création d’Oliviers & Co remonte à presque vingt ans. Il était temps que je découvre (un peu) leurs produits. Si l'aventure a commencé dans le village de Mane, au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, c'est en allant sur le terrain, à la rencontre des producteurs, en Provence et dans tout le Bassin méditerranéen, que s’est forgée une image nouvelle de l’olivier, nourrie de la tradition, mais résolument ancrée dans le monde contemporain.

Les sélections qui sont faites témoigne de l'incroyable diversité de terroirs et de goûts. Au final, l’olivier mérite ses grands crus à l’instar de la vigne et du vin. C'est ce que Victoria m'a démontré en me faisant déguster 4 huiles françaises, dont 2 sont produites par le même producteur. Et pourtant les différences sont éclatantes.
On commence par celle qui sort du Moulin la Cravenco d'Antoine Mora avec deux variétés d'olives, Aglandau et Salonenque. Elle est ultra douce, avec un goût très fin et léger. Elle apporte une note  franchement beurrée et un parfum d'amande fraîche. Avec elle on sent le goût de l'amande et de l'olive en tant que fruit. Recommandée sur la lotte ou une sole je la verrais bien sur une association d'avocat et de fraises.

On poursuit avec l'Huile d'olive vierge extra de François Xavier Arnihac de La Vallongue qui est une AOC Provence. Sa personnalité aromatique porte fidèlement le terroir d'Orgon et de Mouries, dans les Alpilles, tout en laissant un souvenir de fraîcheur très herbacée, mais sans amertume. Son extraction est obtenue d'olives Picholine et d'Aglandau. Avec elle on pense davantage à a crème fraiche qu'au beurre. Elle accompagne de nombreux plats de légumes crus ou cuits, les viandes blanches, les poissons et crustacés, les pâtes et le riz.

On continue avec l'huile de Florent Dillies, pour la coopérative oléicole du Moulin de l’Olivette où Jean Giono lui-même apportait ses olives. Si on retrouve les mêmes variétés (Aglandau et Picholine)  on ne ressent absolument pas la même chose, ce qui prouve que le terroir est déterminant. A ce niveau de force l'huile est presque utilisable comme condiment. Son goût très poivré peut faire tousser.

En dernier lieu on revient sur le domaine de La Vallongue, mais pas sur la même parcelle, pour une huile AOP Bio AOP vallée des Baux de Provence. L'Aglandau est accompagnée par la Salonenque. Cette fois la chlorophylle l'emporte avec une grande vivacité. Cette huile très végétale évoque le foin. Elle relèvera tous les plats.

Avec une maman marseillaise et surtout 7 ans et de mai de maison, Victoria est bonne conseillère.  On peut la considérer comme exerçant le métier de "caviste en huile d'olives". Elle recommande de lire les étiquettes jusqu'au bout. Il ne faut pas hésiter à questionner le vendeur et elle m'apprend qu'il faut retenir que la Picholine apporte toujours de la douceur.

On trouve dans la boutique des huiles en provenance de divers pays. Jusqu'à l'Il Fornacino, une huile d'olive toscane combinant pureté de goût, finesse aromatique et longueur en bouche. Oliviers @ Co a remporté une médaille d'or avec celle qui est présentée dans la boutique (et sur le site Internet).

La maison propose une grande variété de produits. J'ai retenu deux associations huile + condiment que j'ai eu l'occasion de tester (et d'approuver).
Dans le petit bidon, une spécialité à base d'huile d'olive et de piment (des piments frais originaires du Chili ou de Calabre sont ajoutés aux olives pendant le pressage, qui a lieu en Italie). On peut l'utiliser  sur des pâtes, une pizza maison ou simplement des œufs brouillés.

Victoria recommande de l'adoucir avec un condiment fruité à la grenade, délicieusement acidulé, avant de le verser sur un carpaccio de boeuf. Quelques grains de grenade participeront à la décoration du plat.
Cette fois c'est un condiment fruité à la mangue, qui pourra être employé sur des nouilles sautées, des viandes blanches, des crevettes, une salade thaï à la mangue, une panna cotta, ou un cocktail ....

Associé avec une huile à base enrichie de citrons frais cueillis verts ajoutés aux olives pendant le pressage, il servira de marinade pour des crevettes décortiquées. On les fera revenir ensuite deux minutes dans une poêle chaude avant de les replonger dans la marinade. On servira avec des morceaux d'avocat et on nappera de marinade.
De nombreuses autres associations accompagnées de fiche-recettes sont proposées en boutiques. Il y a aussi des produits d'épicerie, salés ou sucrés. Des miels par exemple. Voilà une boutique à explorer ... avant de se réapprovisionner ensuite via le site de la marque si on habite un peu loin.

mardi 14 juin 2016

Les grandes jambes de Sophie Adriansen

Quand on la connait on sait que le sujet la concerne. Sophie Adriansen est ce qu'on appelle une "grande fille". Mais ce n'est pas pour autant que son dernier roman pour la jeunesse est totalement le récit autobiographique de ses soucis d'adolescente.

Même si elle nous donne des clés à la fin du livre en nous livrant les sources de son inspiration. Elle glisse auparavant avec beaucoup d'humour qu'elle n'a pas donné son propre prénom à son héroïne (p. 13) comme s'il avait alors pu avoir une dimension prophétique.

En effet Sophie est aussi le nom d'une très populaire girafe, plébiscitée par les bébés, créée par la société Vulli en Haute-Savoie, appelée ainsi parce qu'elle a vu le jour le 25 mai 1961, jour de la Sainte Sophie.

La Grande Sophie est aussi une chanteuse que j'aime beaucoup. On peut tous et toutes se retrouver dans les livres de Sophie Adriansen. Parce que c'est une auteure qui maitrise très bien les ressorts de l'écriture. Que ce soit d'ailleurs dans le domaine littérature de jeunesse comme dans celui qui est plus dédié aux adultes.

Elle passe allègrement de l'un à l'autre, comme nombre d'autres écrivains qui ne sauraient pas choisir (ou qui ne voudraient pas ... ). Je citerai par exemple à Claire Castillon, Martin Page, Olivier Adam, Jeanne Benameur, Anna Gavalda, Christian, Oster, Marie Desplechin ... la liste est longue. J'espère que comme moi vous êtes capable d'apprécier les deux versants.

Certes les codes sont différents mais une grande personne peut trouver un vrai plaisir de lecture et de réflexion dans un livre accessible à de jeunes lecteurs. Je pense notamment à l'excellente Pyramide des besoins de Catherine Solé dont je ne cesse de recommander autour de moi.

Les grandes jambes peut se caractériser comme un récit initiatique sur l'adolescence, la vocation et l'identité.
Marion, collégienne en pleine croissance, est obsédée par la longueur de ses jambes qui n’en finissent pas de s’allonger, rendant la recherche d’un jean qui lui aille bien extrêmement délicate. A l’âge des complexes, des premiers émois amoureux et de la construction de l’image de soi, être hors cadre se révèle parfois difficile, voire douloureux. Comment attirer les regards de Grégory, dont elle est amoureuse, avec un pantalon qui lui découvre les chevilles ? Mais alors que le collège part en voyage scolaire à Amsterdam, Marion profite de cette occasion pour élargir son horizon. Elle approfondit sa passion pour l’art, notamment en découvrant in situ le célèbre tableau de Rembrandt La Ronde de nuit, et met en perspective ces contrariétés d’adolescente née après l’an 2000 en visitant la maison d’Anne Frank.
Les complexes adolescents ne sont pas toujours correctement évalués par les adultes qui pensent que "ça passera". Grandir de 10 cm plusieurs années de suite n'est pas facile à vivre, surtout au début des années collège. On ne passe pas inaperçue en dépassant ses camarades d'une tête. Ce qui est original dans le traitement que Sophie Adriansen a choisi est de lier le complexe à un problème vestimentaire. Comme si le bon habit ferait oublier la différence.

Elle le lie aussi à un TOC, celui de la césure, qu'elle explique page 13. On est sans doute obsédé par les chiffres dès qu'on se sait différent de la moyenne. Rien d'étonnant à ce que Marion se cramponne à la statistique voulant (p. 44) que la hauteur d'un enfant de deux ans, multipliée par deux, prédise sa taille adulte.

Elle dote Marion de plusieurs atouts. Une maman qui la soutient et l'aide à résoudre son problème (tout le monde n'a pas comme alliée une maman qui sait coudre). C'est une "bonne" élève qui se révèlera complètement à l'occasion d'un travail commandé par le professeur d'arts plastiques. Elle se trouvera un point commun avec Anne Frank en visitant sa chambre à Amsterdam. Elle aussi a grandi "trop vite" en prenant 13 cm en l'espace de douze mois.

Et puis elle découvrira qu'elle peut être belle dans le regard de l'autre. Bref, ces Grandes jambes sont à lire à tout âge, comme d'ailleurs le précédent ouvrage de Sophie, Max et les poissons, qui ne cesse de recevoir des récompenses, très méritées.

Sophie Adriansen passera l'été à écrire. Trois nouveaux romans pour la jeunesse devraient sortir sous sa signature en 2017. 

Les grandes jambes de Sophie Adriansen aux éditions Slalom, en librairie depuis le 9 juin 2016.

lundi 13 juin 2016

La dernière idole

Si je vous dis que le spectacle parle de l'idole des jeunes ... enfin de ceux qui le furent ... jeunes.

De toute façon inutile de jouer aux devinettes, vous comprendrez dès l'entrée à qui vous avez affaire. Un personnage à demi avachi sur une table de banquet jonchée de restes, dans l'obscurité d'une fin de soirée et nimbé de volutes de Gitane. Si l'homme était brun on aurait pu parier sur Gainsbourg. Il est blond, c'est Hallyday.

Le propos n'est pas de donner dans le genre biopic. Même si les faits cités sont exacts (dates et lieux de concert, prénoms des collaborateurs, anecdotes ...) l'intérêt est ailleurs. Il s'agit d'abord de démontrer, vu de l'intérieur, c'est à dire du point de vue du chanteur, comment on vit un état de célébrité et l'ivresse de la scène. Choisir la représentation théâtrale plutôt que le récit écrit n'est pas anodin.

Le comédien, prodigieux Pierre-François Garel, est lui-même un artiste et donc forcément lui aussi en état de dépendance par rapport à la scène. Si bien qu'on peut assister au spectacle en adoptant l'un ou l'autre de ces deux angles.

C'est affirmé d'emblée par les premières paroles : ce qui qualifie l'idole c'est le regard.

Je ne m'arrêterai jamais, prévient le chanteur au début de la pièce qui a pourtant du mal à se lever. Je fais mon job dit-il à la fin, juste avant d'évoquer les étoiles qui se sont consumées, en terminant par la dernière à avoir tiré sa révérence, Prince.

Etre une rock star est un état qui n'autorise pas de répit. C'est à peine si on profite réellement de la gloire, des voitures de collection, des honneurs ... On voit une silhouette qui ne s'appartient plus, dopée à l'alcool, la cigarette, aux injections avec de très rares moments de lucidité qui le font mentir à sa femme pour la rassurer. Apparait-il pour autant comme une victime ? Plutôt comme une vanité contemporaine, coté public. Comme un être sous dépendance coté chanteur.

Il n'y a pas pas d'extraits musicaux. Ils ne sont pas nécessaires. Un mot suffit pour évoquer les moments mythiques. On partage néanmoins un joli moment avec love me tender.

A la fin, s'élève puissamment un "Kyrie eleison" autrement dit "Seigneur, prends pitié"alors qu'un déluge de pluie qui devient avalanche symbolique de gravats clôture le spectacle, achevant en quelque sorte l'idole qui paie le prix fort.

Pierre-François Garel est magistral et la mise en scène est implacable.

Le spectacle a été joué au Rond Point en 2013 et dans la grande salle du théâtre Paris Villette en mai. Il sera donné l'an prochain au Théâtre jean Arp de Clamart (92) du 18 au 22 avril 2017. Et cet été on pourra le voir à l'Artéphile (Festival d’Avignon) du 7 au 17 juillet 2016 à 22 h 40

La dernière idole
texte et mise en scène Hélène François et Emilie Vandenameele
avec Pierre-François Garel
création sonore Thomas Beau
régie générale et machinerie Ugo Mechri
création lumière Etienne Exbrayat

dimanche 12 juin 2016

Salade de fruits à ma façon

L'idée est de faire cuire (modérément) des fruits abimés donc achetés peu chers avec une tige de menthe marocaine.

On conserve les plus beaux pour ensuite les incorporer à la soupe de fruits refroidie.

Cela donnera en bouche un mélange de cru et de cuit, de croquant et de fondant.

On décore de quelques feuilles de menthe.

On ajoute un mini palmier.

Ici j'ai pris abricots, brugnons, pomme (en très fines lamelles), rhubarbe (en petits morceaux). Par contre la cerise n'est que crue.

Ravier Appolia.

Messages les plus consultés