mercredi 18 mars 2015

Pommes de terre en feuilleté

Voilà un plat pour 4 personnes qui a été englouti par 2 tellement c'était bon. Une vraie tuerie comme disent les ados.

Ingrédients : des pommes de terre à chair ferme, deux oignons, deux pâtes feuilletées, de la crème fraiche, du sel et du poivre.

J'ai employé un plat carré Appolia très joli. J'aurais pu servir dans ce plat mais comme on a conservé la feuille de papier sulfurisé de la pâte feuilletée ce pâté a été facile à démouler.

Une pâte feuilletée ronde est assez idéale pour tapisser le plat en débordant un peu au-dessus. Il faut la piqueter avec une fourchette pour éviter qu'elle ne gonfle à la cuisson.

Première étape : remplir de minces couches de pommes de terre en les faisant se chevaucher et en alternant de temps en temps avec des rondelles d'oignons. Salez et poivrez régulièrement mais modérément. On peut si on aime ajouter du persil haché.
Terminer avec quelques cuillerées de crème fraiche.

Recouvrir avec la seconde pâte dans laquelle vous aurez découpé un carré à l'exacte mesure du plat. 

A l'aide d'un pinceau, mouiller la bordure de pâte avant de recouvrir par la bordure du premier disque afin d'enfermer complètement les pommes de terre.

Pincer régulièrement les deux épaisseurs de pâte pour bien souder les bords.

Passer un peu de crème au pinceau pour faciliter la dorure de la pâte.

Fare un trou central et chemiser d'un petit cylindre de papier en guise de cheminée.

Cuire une bonne heure à 180° ou 200° (th 7) selon votre four en faisant attention à ce que le dessus ne brûle pas. Poser le cas échéant une feuille d'aluminium.

Dégustez chaud avec une salade et surtout régalez vous ! Cette recette est typique de la Creuse mais bien des régions françaises ont leur propre version.

mardi 17 mars 2015

Une BD à 1 euro ...

Voilà un bon plan en ces temps de morosité.

Les 3 et 4 avril 2015, pour 1 euro, vous pouvez acheter une BD et faire une B.A.  

Pendant 48h, douze éditeurs mettent à disposition 216 000 BD à 1 euro.

Le principe est simple : vous donnez 1 euro à votre libraire, il vous propose une BD au choix parmi les 12 albums participant à l’opération et les éditeurs partenaires, avec Ludic et l’ABF, offrent 50.000 BD à des écoles, collèges, lycées et des bibliothèques.

Je n'ai pas encore choisi le mien ... Peut-être cette Alerte aux Zorkons ...

dimanche 15 mars 2015

Troisième Journée Marmiton

Il y eut une première journée, chaleureuse, un peu désordonnée mais passionnante. Je me souviens notamment d'un atelier photo ou j'ai appris de nouvelles techniques. L'année suivante les organisateurs avaient vu trop large en louant la Citė de la Mode. Ils ne pouvaient pas prévoir qu'une grève des transports allait dissuader bon nombre de visiteurs de venir. Toujours est-il que les ateliers étaient très variés, les intervenants réellement intéressants. Ce fut une belle journée.

Forcément, personne ne doutait que la troisième édition serait d'un niveau encore supérieur. Nous avons déchanté brutalement. Dès 11 heures la file d'attente dépassait une heure trente. L'endroit avait été vu trop juste. L’Espace Pierre Cardin n'est pas immense. Il fallait attendre que les premiers partent pour que d'autres entrent. On avait froid. On s'ennuyait. On croisait des personnes déçues parce que c'était trop bruyant, bondé et que l'on ne voyait rien des démonstrations ...

Pling ! ... Trop drôle : un SMS arrive sur mon portable me rappelant qu'on nous attend nombreux ! Tu m'étonnes !!!! Oh la boulette ! Ce n'est même pas moi qui le dis, mais Marmiton qui avait prévu un atelier (prémonitoire) sur ce thème. Il n'empêche que Anne Demay de Panier de Saison n'a pas démérité. J'en ai gouté une, je ne sais pas par quel miracle, et c'était super bon.

Quand l'heure est enfin venue d'entrer dans la salle j'ai été saisie par le brouhaha et par la cohue. Si je n'avais pas quelque estime pour Christian Duhamel je serais repartie illico sans songer à amortir les 5 euros de droit d'entrée.

Il y avait sans doute des découvertes à faire mais il fallait se faufiler et arriver au bon moment près des tables. Adel, le candidat de Top chef était en pause cigarette, je tâcherai de revenir plus tard. Les stands étaient pris d'assaut. Donnant envie de sortir. Il faisait frais, quasi froid dehors. L'atelier smoomthie ce sera pour l'après- midi, si je suis encore là.

Un seul endroit était vide, la cuisine reconstituée à l'envers. On peut s'y amuser le temps d'une photo mais cela ne meuble pas une journée.

Une bouchée de sandwich du monde conviendra pour calmer la faim du déjeuner. J'avais tort de craindre d'engranger des calories traîtresses. Je suis rentrée at home la faim au ventre.
On peut quand même remercier Laetitia et Claire qui n'ont pas arrêté de rouler des tortillas et de les partager.

Ici c'est un mélange d'ananas, chèvre frais, mangue et coriandre.
Valérie Ramiand du blog La Francesa aux fourneaux a fait une démonstration de burritos végétariens en nos rappelant que ces galettes garnies constituent au Mexique un plat consistant. On les achète roulés dans du papier d'alu pour pouvoir les manger très chauds dans les camions.

La chaine Chipotle commence à s'implanter à Paris notamment sur les Grands Boulevards et dans le quartier de grenelle. Si Valérie condamne l'emploi de l'alu qui est dramatiquement polluant, elle approuve ce type de nourriture qui est équilibré. l'absence de protéines animales est compensé par l'emploi de céréales (le pain) et de légumineuses (haricots rouges).
Elle a préparé un guacamole (prononcer guacamolé) avec chair d'avocat, jus de citron vert, sel et huile d'olive, dont elle tartine la tortilla.
Dessus elle ajoute quelques rondelles de tomates, du maïs doux, des haricots rouges, du cumin (pour donner une saveur de type chili), beaucoup de coriandre pour sa tige citronnée et riche en fer, et de l'oignon rouge qu'elle conseille de faire tremper dans l'eau glacée si on veut en atténuer le coté piquant tout en gardant sa croustillance.
Ensuite elle roule très serré en piquant des bâtonnets de bois pour maintenir le rouleau. On peut réchauffer les galettes entre deux assiettes au-dessus d'une eau bouillante. Si au Mexique on prend une grande galette aujourd'hui elle n'avait que des petites à sa disposition.
Après le Mexique, la Suède avec Anna du site http://annikapanika.com pour une découverte intitulée Koka... à la suédoise qu'elle a proposé avec son amie et complice Birgit de cookingout qui a fait un gâteau de la couronne à la pomme de terre et aux amandes particulièrement délicieux m'a-t-on dit.

Anna a préparé des Dill sill fil avec sérieux et humour, si bien qu'on a autant appris sur son pays d'origine que sur les habitudes culinaires des habitants.

Stockholm signifie étymologiquement ile des bateaux, en réalité un archipel. C'est à ses yeux la plus belle ville du monde. Elle nous a rappelé que c'est un pays aussi grand que la France pour une population égale à celle de Paris. Qu'en raison du climat il y a peu de légumes, en tout cas en terme de variétés parce qu'on n'y manque pas de pommes de terre. A tel point que là-bas on ne dit pas je mets la table mais je mets les patates en route pour inviter la maisonnée à se préparer à manger.

N'allez pas croire qu'on s'y goinfre. En Suède, on mange pour vivre et pas l'inverse. les mamans recommandent à leurs enfants de beurrer le pain Wasa du coté opposé à celui qui a des trous car ce serait trop. On mange beaucoup de fromages mais ils sont tous faits avec du lait pasteurisé. beaucoup de glaces aussi, même en hiver.

et on consomme énormément d'épices : gingembre, cardamome  safran (comme dans la brioche de la sainte Lucie), girofle et cannelle. Pour caricaturer ce qui est salé est servi avec de l'aneth et ce qui est sucré avec des airelles.

Les légumes poussent bien, mais l'été est si bref ... On y achète certains légumes à l'unité, comme l'endive, ce qui fait dire à Anna qu'ici on est "pourri gâté".

On s'y régale de fruits, surtout des baies, comme les fraises des bois, ou la framboise arctique qui est jaune orangée (et qui doit être cuite). Anna se souvient, enfant, avoir cueilli ces fruits en les enfilant sur une paille comme le font tous les petits suédois.

Il y a  énormément de champignons et de pommes. Les concombres, eux, viennent des Pays-Bas. On en mange la peau, comme celle des pommes de terre, en toute logique dans un endroit où les légumes sont une denrée précieuse.

Elle a ponctué la réalisation de sa recette de petites blagues concernant les voisins norvégiens, dont les suédois se moquent comme nous des belges. Ceci étant la recette avançait ... avec comme ingrédients : Ingrédients:

1 pot de hareng marinés à la moutarde
2 Krisprolls
2 c à soupe de mascarpone
1 c à soupe de moutarde de Meaux
10 dl de filmjölk ou lait Ribot ou meme du Fjord (mais attention il n'y a pas de fjords sur les cotes suédoises, et pour cause !)
1g d’agar agar (pas nécessaire avec le Fjord)
1 petit concombre
1 petite betterave
quelques branches d’aneth
On sort les morceaux de harengs du pot et on les coupe en petits morceaux tout en gardant la sauce. Si on utilise autre chose que du Fjord, on fait chauffer la sauce du pot de hareng avec l’agar agar et on réserve.

On mélange le filmjölk ou le Fjord avec la mascarpone, la moutarde (et la sauce à l’agar agar).

On émiette les krisprolls et on les répartit dans les verrines. On ajoute les morceaux de hareng puis la crème. (On met au frais pendant 30 min si on a utilisé l’agar agar).

On coupe en tout petits cubes les betteraves et les concombres que l'on répartit dans les verrines avant d'ajoute quelques brins d’aneth lavés.
Tout au long de la journée, Lesieur et sa Cuisine POP’ulaire formaient des Duos du quotidien,  inattendus, dans le but de surprendre et vous régaler. Une excellente idée sauf que les inscriptions étaient blindées jusqu'à point d'heure. Dommage, j'aurais eu une idée pour employer les nouveautés, pas parce qu'elles sont empilables mais parce que l'huile de sésame est une vraie tentation.
J'aurais volontiers tenté le moelleux à l’huile d’olive, le cake banane et huile de noisette, le pain d’épices caramélisé à la clémentine, l'oeuf poché piperade express et crème de camembert, le duo de chorizo et croûtons, le samossa de volaille à la coriandre sauce relevée et citrons confits, j'en passe et des meilleurs ...
Que dire de plus ? Le vrai plaisir à consisté à revoir des têtes connues, à tailler la bavette comme on dit mais ce n'est pas le but premier d'une telle journée. L'atelier d'Anna m'a donné envie de partir en Suède.

Cette journée ne restera pas dans les mémoires. On est reparti avec le sac de toile rempli par un numéro de Marmiton, ancien bien sûr. Beaucoup d'entre nous l'avaient déjà... Pas sûr que je vais avoir envie de revenir l'année prochaine.

samedi 14 mars 2015

Boesman et Lena

Boesman et Léna est un de ces spectacles dont on se souvient longtemps. On en parle encore peu ... Même s'il a été créé en mai 2014 au festival de théâtre des Abymes en Guadeloupe et repris ensuite en Avignon dans le Off, ce n'est ce soir que la deuxième représentation en région parisienne, au Théâtre de la Tempête.

Le metteur en scène, Philippe Adrien, est d'ailleurs tout près de ses comédiens, au premier rang, comme pour veiller sur eux.

Et quels comédiens ! Christian Julien est Boesman, Nathalie Vairac Léna et Tadié Tuéné, Outa. très justes tous les trois.

On retiendra malgré tout forcément Nathalie Vairac parce que son personnage occupe la scène du début à la fin. Elle porte toute la détermination dont sont capables les femmes africaines, ne perdant jamais espoir. Léna incarne la force et le courage tout en acceptant la domination masculine, allant presque jusqu'à exhiber ses hématomes comme un guerrier le ferait de ses blessures en revenant d'un combat.

C'est en rencontrant une femme comme Léna sur une route qu'Athol Fugard, homme de théâtre sud-africain, blanc, né en 1932, a eu l'idée d'écrire la pièce, pour témoigner de quelque chose qui relève du malheur absolu :
Un petit coup de pouce, et nous voilà sans travail. Un petit coup de pouce, et nous voilà en prison.Un petit coup de pouce et nous voilà en morceaux.Tu veux que je te dise pourquoi ?C’est parce qu’on est les détritus des Blancs.Ils les jettent, mais nous on les ramasse. On les porte ; on dort dedans. On les mange. Maintenant, on est devenus des détritus. C’est des gens, leurs détritus.
Philippe Adrien s'est saisi de ce texte en expliquant qu'il a ressenti l'appel des personnages. L’apartheid dans les années 60 a été source de cruautés insensées et bien des protagonistes se sont retrouvés comme Boesman et Léna en position de bourreaux et de victimes.

L'arrivée du vieux Bantou Outa, qualifié de nègre par les Hottentots, témoigne de ce mouvement de balancier, comme s'il y avait une hiérarchie implicite dans la condition humaine. De la même façon que l'homme estime légitime d'opprimer la femme. La guerre est partout aussi où on ne l'attend pas.

La scénographie et les costumes semblent plus vrais que vrais, faisant oublier que l'on est au théâtre.

La mise en scène évoque bien entendu Brecht et Beckett. On a tous entendu parler de l'apartheid mais on ne l'avait peut-être jamais encore vu d'aussi près, au plus intime de ce qu'ont vécu des gens aussi simples que Léna, constamment renvoyés à un monde de boue par le boss et son bulldozer. On en ressort indigné.

Boesman et Léna de Athol Fugard
mise en scène Philippe Adrien
texte français Isabelle Famchon
Au Théâtre de la Tempête, Salle Copi,
du 13 mars au 12 avril, du mardi au samedi à 20h30
le dimanche à 16h30 (durée 1h10)
Horaire exceptionnel le dimanche 15 mars pour permettre de voir ensuite Tête d'or à 16h30

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont © photo A. Bozzi

vendredi 13 mars 2015

Face Nord par la Compagnie un Loup pour l'homme

Les spectateurs prennent place sur les gradins autour des tatamis couleur de prairie. Pour moi qui connais la Compagnie un Loup pour l'homme je salive d'avance aux prouesses que j'anticipe. D'autres spectateurs s'étonnent de la superficie de l'espace d'évolution. Tu crois qu'ils vont tout occuper ?

De cela je suis sûre. Les deux premiers acrobates entrent en scène, je pourrais dire sur le ring. Leur regard est acéré. Ils se saluent comme des chiens fous et se donnent des accolades bruyantes.

La voix de Kathleen Ferier surprend. Le Kindertotenlieder de Mahler fait entrer dans une autre dimension. 

Tout au long de leur spectacle on sera constamment secoué. Émotionnellement. Ces quatre là sont époustouflants. Même pour les spectateurs qui les ont déjà applaudi. Leur précédent spectacle, Appris par corps s'était achevé il y a six ans sur une partie mémorable de pierre-feuille-ciseaux qui inscrivait déjà leur travail dans les jeux des cours d'école.

Face Nord va plus loin encore. Point n'est besoin de connaitre ou d'avoir soi-même joué à saute-mouton, chat perché ou glacé, colin-maillard pour apprécier les tableaux qui s'enchainent en tuilage.

Qu'ils soient deux ou quatre à se défier le plaisir et les sensations fortes sont là dans une forme de combativité positive. Leur cheminement est un parcours d'obstacles, fait de jeux acrobatiques surprenants et ludiques dont ils inventent sans cesse les règles. Marcher, courir, sauter, attraper, grimper, grimper encore, avancer toujours... en repoussant les limites.

C'est simple ils iront toujours plus haut, plus loin, comme ces enfants qui sautent les marches d'un escalier en ajoutant une de plus à chaque fois dans une compétition amicale mise en scène par Pierre Déaux. Mais quand les enfants sont arrêtés par la peur ces quatre là ne renoncent que lorsque l'un d'entre eux est tombé.

Du coup aucune soirée ne ressemble à une autre. "Savoir que l'on va perdre n'empêche pas de lutter", nous disent ces quatre acrobates qui se mettent avec obstination à l'épreuve et relèvent avec plaisir les défis, nous emmenant en même temps que leurs corps aux limites de leur réalité physiologique et des lois de la physique.

Frédéric Arsenault, Alexandre Fray, Mika Lafforgue et Pierre Glottin flirtent avec le danger. Mais ils savent aussi prendre un peu de repos, sans pourtant relâcher leur attention que ce soit en suivant une ligne imaginaire ou en évitant des obstacles tout autant imaginaires comme seuls les enfants savent si bien le faire. Que ce soit encore à l'occasion d'un jeu de colin maillard qui ne s'achève que lorsque le loup a attrapé les trois moutons. Les spectateurs ne les perdent jamais des yeux parce qu'à tout moment un nouveau jeu peut se déployer.

La Danse Allemande de Schubert résonne après plusieurs enchainements de sauts. La musique intervient en appui comme pour souligner telle ou telle séquence. Parfois elle la précède (voir la liste en fin d 'article)

Ils réinventent la main chaude en mobilisant la totalité de leur corps. C'est à une véritable architecture chorégraphique que nous sommes invités à assister. On se souviendra longtemps de leur arche humaine, réitérée elle aussi jusqu'à ce que chute s'ensuive.
Tantôt partenaires, tantôt adversaires, les quatre protagonistes jouent et s’affrontent dans une partie où le seul but est de ne pas perdre. Bâtisseurs de formes en mouvements, ils poussent, tirent, et finissent par donner naissance à d’incroyables architectures vivantes : voûtes, arcs-boutants, ponts, colonnes de chair et de muscles qui s’érigent sous nos yeux.
Leurs corps sont de véritables chewing-gums jusqu'au final où se déploie une roue dans un mouvement qui semble perpétuel.
Tout est souple et beau. C'est un des spectacles les plus magistraux que j'ai vu à l'Espace Cirque et je recommande de ne pas le louper.
Face Nord jusqu'au 29 mars à l'Espace Cirque d'Antony
Rue Georges Suant – 92160 Antony
Les vendredis 13, 20 et 27 mars, et les samedis 14 et 28 mars à 20 heures
Le samedi 21 mars à 19 heures
Les dimanches 15 et 29 à 16 heures
Et le dimanche 22 à 18 heures

Puis les 14, 16, 17, 19 avril 2015 à l'Académie Fratellini - La Plaine Saint-Denis
et les 22 et 23 avril 2015 Aux Trois T - Chatellerault

De plus les 3, 5 avril 2015 Appris par Corps  sera joué à l'Académie Fratellini - La Plaine Saint-Denis

Références musicales de Face Nord

SCHUBERT : Der Tod und das Mädchen op 7/3 D 531, Deutsche Grammophon 2min
        Christina Ludwig et Irwin Gage, ref 431 476-2
SCHUBERT : Danse Allemande D783, Alfred Brendel, 1min47sec, ref 422 229-2

SCHUBERT : Der Gondelfahrer D.809, EMI, 3min, Choeur et Piano : Wolfgang Sawallisch, ref 724348308825

MAHLER, Kindertotenlieder, DECCA, 4min50sec,  Kathleen Ferrier, Otto Klemperer, ref 425 995-2

SCARLATTI, Sonate en ré mineur K. 141, MIRARE, 2min53sec, Pierre Hantaï, MIR 9918

SCHUMANN Robert, Der Traum op 146 n°3, FNAC MUSIC, 1min37
Choeur Accentus - L. Equilbey  592293

jeudi 12 mars 2015

Chapeaux au masculin chez Crambes à Caussade (82)

Vous devez vous souvenir que je vous ai fait visiter l'atelier de Willy's, spécialisé à Caussade dans le chapeau féminin.

Voici son pendant masculin, avec la société Crambes, qui demeure le principal  fabricant français de chapeaux et casquettes pour hommes. 

Je suis allée dans l'entreprise créée en 1946 par Auguste Crambes à Caussade en Tarn et Garonne (82) où on élabore toujours deux collections par an, printemps/été et automne/hiver.

J'ai compris les techniques de fabrication et sans pouvoir les reproduire moi-même avec une simple machine à coudre je regarde, depuis, les chapeaux d'un autre oeil. Quelle n'a pas été ma  surprise à mon retour de constater qu'il y avait un chapeau Crambes dans ma garde-robe, hérité sans doute de mon père, avec le noeud qui cache le raccord.
Le nom n'est connu qu'à l'intérieur de la profession. Alors que Borsalino comme Stetson ont réussi à associer leur nom à une forme particulière, un peu comme Frigidaire qui fut longtemps un terme pour désigner un réfrigérateur.

Pour Borsalino, c’est en 1857 que dans un modeste atelier Giuseppe Borsalino a conçu un chapeau dont le feutre est fabriqué en poils de lapin. Le modèle le plus emblématique sera le Fedora, porté pendant la Prohibition aux États-Unis, et qui deviendra le chapeau de gangsters par excellence.

Vous me suivez dans cette industrie ?

mercredi 11 mars 2015

Charlotte de David Foenkinos

On en a tellement parlé que je ne me suis pas laissée de prime abord emporter par la vague d'enthousiasme. Le sujet, très grave, ne me tentait pas. Et j'ai, comme vous le savez, toujours un nombre de livres à lire plus grand que ce que mes yeux peuvent suivre.

Et puis j'ai rencontré David Foenkinos parler de sa "rencontre" avec Charlotte et j'ai succombé, moi aussi à ce roman qui retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte.

Née le 16 avril 1917 à Berlin son enfance est marquée par plusieurs tragédies familiales. Avec la montée du nazisme, Charlotte sera exclue progressivement de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice avec Alfred qui est un poète et le professeur de chant de sa belle-mère, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France où son mariage avec Alexandre sera une parenthèse extrêmement joyeuse.

Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin, trois grandes valises, 1900 gouaches, en lui disant : "C'est toute ma vie." Elle sera assassinée à Auschwitz en 1943.

David Foenkinos compose une oeuvre magistrale, le portrait en creux d'une femme exceptionnelle, au destin tragique. C'est aussi le récit de son enquête et d'un envoutement puisqu'il confie que, depuis, il ne peut plus écrire sur rien.

Il n'empêche que le livre m'a déroutée. Je crois que je m'attendais à autre chose. A une biographie, certes imaginaire, mais un peu dans l'esprit de celle qu'il avait faite de Lennon, publiée chez Plon en 2010.

Car l'auteur revient à la ligne à chaque fin de phrase. J'ai accepté cette sorte de poème en prose probablement parce que sa manière de parler du sujet au cours d'une discussion du Premier Salon du Livre organisé par Lire c'est Libre dans la mairie du 7ème arrondissement m'avait parue sincère.

Il s'en explique lui-même (page 71) :

      "Pendant des années, j’ai pris des notes.
      J'ai parcouru son oeuvre sans cesse.
      J’ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.
      J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.
      Mais comment ?
      Devais-je être présent ?
      Devais-je romancer son histoire ?
      Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?
      Je commençais, j'essayais, puis j'abandonnais.
      Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
      Je me sentais à l'arrêt à chaque point.
      Impossible d'avancer.
      C'était une sensation physique, une oppression.
      J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.
  

      Alors, j'ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. "

David Foenkinos a obtenu pour ce livre deux prix littéraires. Le Renaudot. Et le Goncourt des Lycéens. Ce dernier est, nous a-t-il dit, le plus important à ses yeux. Il fut une surprise et un grand bonheur;

J'ai entendu beaucoup de compliments, beaucoup de critiques aussi. Ceux qui attendent une "vraie" biographie ne s'y retrouveront pas. Pas davantage que ceux qui auraient voulu une analyse picturale de son oeuvre. C'est à peine si on perçoit l'évocation de Van Gogh et de Chagall (p. 64) comme deux références. On saura juste que sa peinture est "un éclat de couleurs". Ne comptez pas trouver de reproduction.

Néanmoins, avec le succès du livre, la requête Google avec le nom de Charlotte Salomon est devenue riche de références et je peux inclure un diaporama de ses oeuvres dans cet article :
C'est bien le moins qu'on puisse faire après avoir refermé ce livre bouleversant, aller voir concrètement la peinture de cette jeune femme.

Revenons à son livre, j'attendais des descriptions, autre chose que des anecdotes, et que le récit de l'auteur qui s'apparente à un pèlerinage et qui s'immisce par à coups à l'intérieur d'une scène alors que nous sommes concrètement près de Charlotte. C'est parfois exaspérant.

Pourtant on ne peut pas dire que ce n'est pas intéressant. J'ignorais par exemple les Stolpersteine, des petites plaques dorées au sol, en hommage aux déportés. Devant l'immeuble où habita la famille Salomon, au 15, Wielandstrasse trois plaques ont été scellées en avril 2012. David y fait allusion page 42. par contre je ne suis pas sûre que son envie de monter dans l'appartement ne soit très utile au lecteur ...
Il mêle le présent et le passé qu'il réinvente dans un présent imaginaire, plausible, romancé, qui fait tourner la tête, expliquant (p. 69) comment il a découvert l'existence de Charlotte, par le plus grand des hasards.

C'est inouï de compter le nombre de personnes qui se sont suicidées dans la famille de Charlotte. Sa mère, dépressive, avait l'obsession de devenir un ange.

      Face aux incohérences maternelles, Charlotte est docile.
      Elle apprivoise sa mélancolie.
      Est-ce ainsi qu'on devient artiste ?
      En s'accoutumant à la folie des autres ? (p. 24)

C'est insensé, et pourtant exact, que la plupart des juifs n'ont pas voulu fuir l'Allemagne, comme le père de Charlotte, Albert, qui tenait à rester optimiste en se disant que la haine serait périssable (p. 55), rappelant la phrase de Billy Wilder : les pessimistes ont fini à Hollywood, et les optimistes à Auschwitz.

Charlotte a une chance incroyable de pouvoir intégrer l'Académie, sans doute que sa présence tait une forme de caution. Elle y dessine des natures mortes, des Stilleben, vie silencieuse en allemand. Elle obtiendra le premier prix de peinture (p. 108) mais ce sera Barbara, son amie aryenne qui sera officiellement lauréate.

On apprend peu de choses de sa manière de travailler. Son oeuvre aura été réalisée dans l'urgence. Elle avait à la fin très peu de papier, on la sent dans l'étau de la traque, la peur.

L'aisance des descriptions a posteriori, y compris de scènes qui se sont déroulées dans des lieux où l'auteur n'a pas eu accès est assez vertigineuse. A propos de la relation avec Alfred il écrit : Ils ne sont pas un couple. ils sont des moments d'ailleurs. (p. 110)

Tout semble vrai même si ce n'est pas Charlotte qui s'exprime dans le livre. David Foenkinos excelle dans l'art de la biographie comme si "on y était".

On sent David Foenkinos littéralement habité par cette histoire. Il est allé plusieurs fois à Villefranche-sur-mer où elle a habité et il y retournera tout l'été prochain. Il nous a parlé avec enthousiasme de la plaque qui va être apposée, de l'exposition qui sera organisée et qui va la faire revivre. Il va bientôt rencontrer la fille du milicien qui l'a dénoncée et qui a été bouleversée par le livre.

Quelqu'un lui a dit qu'il était une réincarnation d'Alfred. Cette idée semble lui convenir et il va jusqu'à dire qu'il se sent amoureux de Charlotte. Ajoutant (p. 139) : je voudrais connaitre tous ceux qui aiment Charlotte. Il n'emploie pas le passé mais le présent. On comprend que ses propos dérangent ...

Charlotte de David Foenkinos, chez Gallimard, août 2014

mardi 10 mars 2015

La Nuit du Livre

Le cinéma a les Césars, le spectacle vivant les Molières. On le sait moins mais l'édition a la Nuit du Livre, une manifestation lancée par Elisabeth Chainet en 2003, reprise depuis par Jacques Taquoi, toujours dans l'objectif de donner aux fabricants la reconnaissance qu’ils méritent.

En effet, s'il existe de nombreux prix pour récompenser les auteurs, et quelques autres qui sont attribués à des imprimeurs, aucun ne soulignait encore la parfaite adéquation entre le fond et la forme d’un livre, en approchant l'objet et son édition comme un projet global. Aucun prix ne saluait le travail du fabricant.

Le terme de fabricant n'est pas familier au néophyte. On l'associe à l'imprimeur alors qu'il intervient bien en amont. C'est un personnage clé et son rôle est déterminant dans le processus éditorial puisque sans son travail, il n’y aurait matériellement pas de livre. C'est lui qui transforme un projet en réalité. Il achète le papier, peut suggérer des améliorations techniques, connait les bons prestataires, règle les questions de budget et de délais ... Aussi compétent sur le plan technique (il fera tout de suite modifier un projet de 18 pages puisque ce n'est pas un multiple de 4) qu'humain il fait le lien avec le graphiste, le maquettiste et l'auteur dont il est l'alter ego pratique.

lundi 9 mars 2015

Re-Vue Guesch Patti au Théâtre de l’Atelier

J'ai eu la chance de voir une des deux représentations exceptionnelles de Re-Vue Guesch Patti qui ont été programmées ce soir (et le 16 mars) au Théâtre de l’Atelier.

C'est le premier spectacle chorégraphié par Guesch Patti, artiste singulière et irremplaçable. On la connait comme chanteuse, en raison du phénoménal succès d'Etienne (victoire de la musique en 1998), mais elle a fait ses débuts en danse, à l’Opéra de Paris, et avec Roland Petit. Et elle est particulièrement juste quand elle s'appuie sur les codes de la gestuelle de la danse contemporaine.

Son talent lui aurait permis de faire une carrière dans ce domaine.  Sa volonté de conjuguer le théâtre parlé et la danse est donc tout à fait légitime. Le concept est néanmoins original en France  où l'on aime les étiquettes lisibles.

Pour résumer on peut dire qu'un huis clos rassemble une femme et trois hommes pour composer quatre tableaux dans un espace universel, sensuel, chaud et humide où ils vont s’apprendre, s’interroger, se déchirer, s’apprivoiser pour explorer leurs visages et leurs regards portés sur eux-mêmes.

On pourrait penser que la femme a convoqué les trois hommes. Il y a un règlement de comptes qui autorise de re-voir le passé sans aller jusqu'au bout, puisqu'on "passe toujours à autre chose". C'est l'histoire universel de toutes les femmes qui un jour se demandent pourquoi et comment elles ont pu aimer deux ou trois hommes un peu plus que les autres qui seraient passés dans leur vie et qui brutalement interrompraient le cours de leurs souvenirs d'un "ça suffit" un peu abrupt.

C'est un sujet pour le théâtre. Le texte est volé sur un autoportrait d'Edouard Levé, lui-même photographe aimant beaucoup la danse contemporaine, avec lequel Guesch Patti devait travailler depuis longtemps. Le suicide de cet homme a suspendu le projet. Et puis elle s'est autorisée à le reprendre.

Cette pièce est intrigante à plus d'un titre. Olivier Balazuc, comédien est convoqué comme danseur par Guesch Patti qui elle-même a été danseuse, chanteuse, faisant aussi la comédienne. Le croisement des genres marque décidément cette aventure.

Les deux autres danseurs, Jaime Flor et surtout Vincent Clavaguera (il a travaillé avec Olivier Py dans plusieurs de ses mises en scène d'opéra )sont des danseurs très confirmés, qui ne déméritent pas à jouer. On rentre dans la pièce sans chercher à discerner ce qui se danse et ce qui se joue, pour vivre des actions d'émotions et de violence, de paroles parfois douces, parfois fortes.

Le projet de ce spectacle est le fruit de toutes les identités de Guesch Patti. Elle y a mis la danse, le théâtre, l'amitié, l'amour des textes et d'un certain registre musical (on entend Gavin Bryars, Nine Inch Nail ...). On pourra voir sur scène son autoportrait en creux et je ne doute ni de sa sincérité ni de la quantité de travail pour aboutir à cette interprétation d'une femme à la dérive, si touchante.

Attente, concentration, les spectateurs vivent quelque chose de tendu et de retenu comme une porte qu'on aurait pas osé claquer. Gêne, pudeur, souvenir ...

J'oublie ce qui me déplait.

L'affirmation donne le signal d'une tension et d'une émotion. Le principe de plaisir guide plus ma vie que le principe de réalité. (...) Quand je vois quelque chose d'exceptionnel je pense pendant quelques instants qu'il s'agit d'une illusion.

Les costumes sont insolites, en particulier celui de la danseuse, en pull et jupe de laine. Soit !

Je ne suis pas davantage convaincue par le décor, ou plutôt le non-décor. D'un coté j'apprécie que le public soit dans une situation semblable à celle des comédiens qui répètent leur texte d'abord sur un plateau nu, cerné de murs lézardés, fissurés, donnant à voir sa tuyauterie et la porte du fonds, celle là même par laquelle on introduit les décors. Nous nous trouvons donc dans une sorte d'intimité avec la scène, mais cette manie d'employer le plateau dans une sorte de recherche extrême de simplicité et de dépouillement a ses limites. 

On se dit que ce coté brut de décoffrage est une forme de facilité apparente. Le son s'envole dans les cintres et la représentation est parfois difficile à suivre, surtout quand les niveaux ne sont pas parfaitement réglés. En outre, le fond de scène étant différent d'un théâtre à l'autre il pourra y avoir des surprises inopportunes. Quoiqu'il en soit celui de l'Atelier est assez esthétique, sorte de métaphore d'un lieu intemporel, inachevé qui s'accorde avec cet objet théâtral.

Je n'entrerai pas dans le questionnement de l'appartenance à un genre, la danse ou le théâtre. On peut  néanmoins se demander s'il est très raisonnable d'occuper plusieurs postures, celle d'interprète et celle de metteur en scène (ou chorégraphe). Il me semble que la position est inconfortable même pour quelqu'un qui a énormément appris de grandes chorégraphes comme Carolyn Carlson ou Pina Bausch.

Guesch Patti avait présenté Re-vue sous forme d'ébauche à la Ménagerie de verre et il faut rendre hommage à Didier Long, le nouveau directeur de l'Atelier d'avoir osé accueillir ce projet sans garantie de rentabilité. Guesch Patti a certes retravaillé l'ensemble. Elle consent à dire que c'est encore un Work in progress qui gagnerait peut-être à être remodelé encore. Qui oserait lui dire qu'elle a raison ?

Edouard Levé l'aurait sans doute encouragée dans ce sens, lui qui achevait le texte sur cette phrase ô combien lourde de sens : je cherche ma voie.
Re-Vue Guesch Patti
Les lundis 9 et 16 mars à 20h30
Au Théâtre de l'Atelier, ​1 place Dullin - 75018 Paris 18​​ - 01 46 06 49 24
Avec Olivier Balazuc, Vincent Clavaguera, Jaime Flor, Guesch Patti
D’après l'œuvre d'Edouard Levé, Autoportrait, et selon une conception de Guesch Patti
Dramaturgie Pier Lamandé
Assistanat chorégraphie Darrell Davis
Lumière Séverine Rième
Costumes Michel Ronvaux
A signaler qu'on peut toujours boire un verre ou même "casser une graine" au bar du premier étage à partir de 18 h 30. L'endroit s'appelle le Milk (Mum in her little kitchen)et est ouvert du mardi au dimanche avant chaque représentation.

La carte est sobre mais le patron s'accommode des diverses contraintes qu'on peut lui donner (comme celle d'être végétarien). Les produits sont frais et de saison pour composer des petites choses comme des cakes salés, des tartinades, des planches de charcuterie et de fromages fermiers et quelques desserts. 

Le tout est fait maison.
Réservation possible au 06 09 05 40 00 (et conseillée pour un groupe).


dimanche 8 mars 2015

Mesure de nos jours

Il faut aller au Théâtre de l'Epée de Bois. C'est un de ces lieux que j'affectionne. Parce qu'on s'y sent à l'aise, même si on y vient pour la première fois. Situé au cœur de la Cartoucherie de Vincennes, dans cet espace si propice à la création, au milieu du Bois de Vincennes, dans l’ancienne usine de munitions de l’Armée Française, où cinq entreprises théâtrales ont trouvé leur abri.

Chacune d’entre elles a fait son théâtre dans ces hangars. Le Théâtre de l'Aquarium est métallisé. La Tempête à son caractère propre. L'Epée de bois est, comme son nom l'indique, tout en bois.

Les sièges, comme les murs et le sol de la Salle II (170 personnes), sont entièrement faits en bois. La salle Pierre en accueille 300.

Même l'espace de l'Atelier, où l'on construit les décors, est parfois utilisé pour organiser des spectacles de rue, en raison de sa lumière naturelle, ou encore pour accueillir des associations culturelles.

Le public est surpris dès son arrivée dans le hall. C'est ici que l'on peut se restaurer avant et après le spectacle, dans ce qui ressemble à une guinguette. Parfois, on joue aussi dans cet espace pouvant accueillir 80 spectateurs. 
Mesure de nos jours  a lieu au premier étage, auquel on accède par la mezzanine. Dans la Salle "Studio"dévolue aux petites formes (pour 70 personnes). Dès l'entrée on respire l'atmosphère d'un confessionnal. Un petit bureau sous un faisceau de lumière. Cinq chaises alignées pour accueillir des confidences.
Chaque comédienne arrive sur scène en tenant un livre serré contre elle, et on imagine un missel alors que ce n'est pas cela.

Le parquet grince. Les talons claquent. Ce n'est pas seulement le bois qui s'exprime. C'est le poids des confidences. Elles étaient 48 à revenir avec Charlotte Delbo d'Auschwitz qui se rappelle ce moment où toutes ses compagnes se sont dissoutes dans la foule qui les attendait à l'Hôtel Lutetia.

Charlotte s'interroge, au bord de la folie : si je confonds les mortes et les vivantes, avec lesquelles suis-je ?

Un étrange canon a capella s'enclenche mécaniquement : vous ne croyez pas ce que nous disons parce que si ce qu'on dit était vrai nous ne serions pas là pour le dire. Le canon sonne, s'élevant crescendo jusqu'à ce cri : pourquoi ? Entraînant une réponse implacable : parce qu'ici tout est inexplicable.

On connait aujourd'hui l'évolution du stress post traumatique. Mais quand Charlotte Delbo est revenue on ne savait rien du processus. Comment faire pour survivre ? Comment faire pour vivre à nouveau ? Que faire de ses souvenirs ?

Avec son écriture singulière, Charlotte dit la vie après, quand toute capacité d’illusion et de rêve semble définitivement perdue. Elle dit cette difficulté à s’inscrire à nouveau dans la réalité, à pouvoir à nouveau tisser des liens profonds avec ceux qui n’ont pas fait le même voyage.

Je vivais comme en filigrane, explique-t-elle.

Chacune relate une expérience et toutes sont aussi terribles. Les sourires ne masquent rien de l'horreur. C'était pire qu'être usée. Être vidée de vivre.
Chacune interroge la finalité de ce qu'elle a subi. Cela n'aura servi à rien puisque le monde reste encore à changer. Le fanatisme demeure. Tous ces morts auraient donc été inutiles ? Il faut qu'elle serve notre revenue!

Les mots n'ont plus le même sens. Dire qu'on a peur, qu'on a faim, qu'on a soif, cela n'a pas le même sens maintenant et pour nous.

Ceux qui nous aiment veulent que nous oublions. Mais ce serait atroce !

De quoi faut-il se souvenir et oublier pour sauver sa tête ?

Le texte de Charlotte n'est pas que plainte et désolation, loin de là. Il s'en échappe un humour et une vitalité et humour vivifiante, aussi étrange que cela puisse paraitre.

Aller à un enterrement est une occasion de revoir les vivants.

 La séparation femmes et enfants d'un côté, hommes de l'autre ne m'inspirait pas confiance, analyse l'une des revenantes. J'ai prétendu être adulte. J'ai été placée dans la bonne colonne.

La "bonne" colonne, en ce sens qu'elle n'est pas allée directement prendre la douche dont elle ne serait jamais revenue. On leur avait promis que rien ne serait pareil ( à leur retour). Et elles découvrent que tout est pareil.

Chacune se livrera au public. Elles sont six sur scène, mais elles sont bien davantage ... les récits s'entrecroisant parfois.

De fait j'ai l'impression, moi, simple spectatrice, que je pourrais croiser une de ces dames dans la rue. Rien ne les distingue des personnes "ordinaires".

On frise la confidence authentique. Et on comprend qu'une seule vie ne suffit pas pour soigner un tel traumatisme, qui se répercute donc sur les générations suivantes.
Mesure de nos jours de Charlotte Delbo
(Les Editions de Minuit)
Du 5 au 22 mars 2015, Jeudi et vendredi à 20h30, Samedi à 16h00 et 20h30, Dimanche à 16h00
Mise en jeu et en espace : Claude-Alice Peyrottes Assistante: Maryse Ravéra
Avec Sophie Amaury, Sophie Caritté, Marie-Hélène Garnier, Maryse Ravéra, Maud Rayer, Claude-Alice Peyrottes
Costumes Nicolas Fleury
Régie Marco Leroy
Production et création Compagnie Bagages de Sable 2013, Coproduction Centre Dramatique Régional de Haute Normandie, Théâtre des deux Rives / Rouen
Merci à Elise pour la photo des chaises et à Stéphanie Petitjean pour les deux photos de répétition.

samedi 7 mars 2015

Chapeaux à Caussade (82)

C'est demain la journée de la femme et j'ai eu envie de consacrer un billet à un accessoire qui féminise particulièrement une silhouette même si les hommes en portent aussi (je ferai la visite de Crambes, son alter ego masculin dans quelques jours). Je veux parler du chapeau.

Audrey Hepburn aurait-elle eu autant de mystère si elle n'avait pas tant porté sa large capeline ?

Quand on pense à Jackie on ne l'imagine pas sans son "Kennedy", même s'il n'est rose bonbon dans toutes les mémoires et pas rose vif comme celui que j'ai photographié.

Quant à la simplicité du bibi qu'elle arbora à sa descente d'avion lors du voyage présidentiel en Angleterre en 2009 elle valut à Carla Bruni de remporter le concours de l'année des porteurs de chapeaux ... devant la Reine d'Angleterre, pourtant spécialiste en ce domaine.

Il était signé Dior mais dès le lendemain de sa découverte sur la tête de l'ex-mannequin le téléphone de l'entreprise Willy's ne cessait de sonner à Caussade (82) : vous pouvez nous faire le même ? interrogeait leur clientèle de modistes et de chapelières.

Depuis, il est toujours au catalogue, dans une large déclinaison de couleurs.

L'entreprise réagit très vite à la demande. J'ai eu la chance de la visiter. Depuis l'annexe submergée de rouleaux de tissus, de tulle et de blocs d'aluminium servant à la mise en forme jusqu'aux produits finis, prêts à s'envoler ... pour le Japon par exemple.
Je vous emmène ?

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