dimanche 18 janvier 2015

Croustade apéritive

On est souvent en peine d'une recette pour accompagner l'apéritif, qui soit rapide et qui tranche avec l'ordinaire, en général cantonné à un saucisson hâtivement tranché sur une planchette.

Vous me direz que s'il est accompagné de cornichons français on bascule dans le haut de gamme. Il n'y a plus qu'un producteur en France, la maison Marc, dans l'Yonne, et on peut en croquer sur un des bars des Cantines de Christian Etchebest.

Je vous en parlerai très vite. Ce soir, nous sommes à la maison et il y a urgence. Par chance j'avais sous la main une boîte de Bouchées créatives à garnir Jacquet, une autre de crevettes au calvados Belle-Iloise et il me restait une poignée de crevettes achetées au marché.

J'ai rempli les 16 mini tartelettes croustillantes avec la préparation (qui d'habitude est tartinée sur du pain) et je les ai passées au four cinq minutes. J'ai posé sur chacune un morceau de crevette.

Cette assiette a eu un certain succès.

On ne pense que trop rarement à servir quelque chose de chaud au moment de l'apéritif. J'ai proposé aussi ce soir là un assortiment d'insectes. Oui, vous avez bien lu. Laissez-vous tenter ! Une fois la première appréhension dépassée on y revient.

La seule restriction, et elle n'est pas négligeable, c'est une allergie aux crustacés car les insectes font partie de la grande famille des Arthropodes et sont donc de proches cousins des crustacés (crabes, crevettes etc…).

Mais vous ne pourriez alors pas davantage savourer cette croustade puisqu'elle est à base de crevettes.

samedi 17 janvier 2015

Les souvenirs de Jean-Paul Rouve


Romain a 23 ans. Il aimerait être écrivain mais, pour l'instant, il est veilleur de nuit dans un hôtel. Son colocataire a 24 ans. Il ne pense qu'à une chose : séduire une fille, n'importe laquelle et par tous les moyens. Sa grand-mère a 85 ans. Elle se retrouve en maison de retraite et se demande ce qu'elle fait avec tous ces vieux. Son père a 62 ans. Un jour il débarque en catastrophe. La grand-mère a disparu, évadée en quelque sorte. Romain part à sa recherche, quelque part dans ses souvenirs…

Mis en scène par Jean-Paul Rouve, Les Souvenirs est l'adaptation cinématographique des deux tiers du roman homonyme de David Foenkinos paru aux éditions Gallimard. Les deux hommes ont occulté la fin de l'histoire qui évoquait la vie de Romain (Mathieu Spinosi) avec Louise (Flore Bonaventura). Par ailleurs, d'autres modifications scénaristiques ont été apportées, telles que l'apparition du colocataire (William Lebghil) et l'épaisseur donnée au personnage du père.

Ils se sont manifestement régalés à ciseler les dialogues :
T'as une tête de dépressif un peu comme un écrivain.
Quand le présent n'avance plus, faut mettre de l'essence dans le passé.
N'ayez pas peur du bonheur, il n'existe pas.

Avec une telle philosophie il vaut mieux prendre la vie du bon coté. C'est ce que font chacun des personnages ... mais chacun à leur manière.

Le père (Michel Blanc) fait semblant de se foutre de tout. Je dis au revoir à tellement de souvenirs ici, dit-il en trinquant sans grande conviction avec ses collègues de La Poste Paris-Pigalle au moment de son départ à la retraite.

Le colocataire cherche une fille pour tromper l'ennui. Il nous rappelle ce même Michel Blanc voulant "conclure" à tout prix dans le film les Bronzés.

On dirait que la chanson interprétée par Julien Doré (une très belle surprise) Que reste-t-il de nos amours ? répond aux interrogations de la mère (Chantal Lauby) et redonne un coup de peps à ce titre si célèbre de Charles Trénet.

Il y a de la nostalgie dans l'air. Traduite par le rituel d'anniversaire autour d'un plateau de fruits de mer et d'un fraisier somptueux à la Mascotte de Montmartre, sans pour autant parvenir à égaler le romantisme d'Amélie Poulain dans ce même quartier.

C'est surtout à Etretat que Jean-Paul Rouve nous entraine. On reconnait cette côte normande si sauvage, inoubliable pour qui s'est promené un jour sur ses falaises. La grand-mère y renoue, une dernière fois, avec son enfance. Annie Cordy est parfaite dans ce rôle. On va finir par croire qu'elle a adopté Michel Blanc. C'est la seconde fois qu'elle a ce grand garçon comme fils au cinéma. En 2004, ils étaient déjà liés par le sang dans Madame Edouard réalisé par Nadine Monfils qui m'avait fait le plaisir de m'envoyer quelques clichés du tournage à l'occasion de la publication de ma chronique sur son livre.
Audrey Lamy campe une directrice de maison de retraite que vous allez trouver un peu décalée par rapport à sa fonction. On pourrait penser que c'est une performance d'actrice mais ce type de personnage existe, je vous assure, et dans la vraie vie ce n'est pas drôle du tout d'y être confronté.

Les souvenirs se veut sans doute être une comédie. On aurait pu faire plus grinçant. Peut-on croire à cette classe d'élémentaire qui rassemble des petits anges autour d'une charmante institutrice ... ? Cette vision romantique de l'école est peut-être encore l'apanage de la province ... L'abandon, car c'est le terme juste, de cette grand-mère pétillante dans une "maison de vieux", fut-elle rutilante comme celle qu'on nous montre, ferait déprimer la plus alerte des octogénaires. La liquidation de son appartement, à son insu, est un vrai scandale que le réalisateur nous fait passer pour la normalité.

J'avais trouvé davantage de mordant dans le livre de Xavier de Moulins, Ce parfait ciel bleu, publié au Diable Vauvert en 2012. Plus de profondeur aussi. Je vous engage à le lire.

vendredi 16 janvier 2015

Le restaurant de Xavier Hamon au coeur des Halles Saint François de Quimper

C'est la grande nappe rayée d'inspiration basque qui m'a fait m'arrêter. Y voir un groupe déjeuner sans prendre garde aux allers et venues des acheteurs de fruits et légumes, ce n'est pas banal. L'assiette de présentation du plat du jour, exposée en vitrine, a achevé de me décider.

Ouvert en 1847 à l'emplacement de l'ancien couvent Saint-François, le marché est situé au cœur de Quimper. Seul marché couvert, il a su conquérir sa clientèle en lui proposant des produits diversifiés et de grande qualité.

J'ai mis du temps pour réaliser que la table était celle d'un "vrai" restaurant, largement différent d'ailleurs de ce qu'on trouve dans la région. Pas de galette au menu mais pas franchement non plus de plats uniquement espagnols dans cet endroit baptisé Comptoir des tapas.


C'est que Xavier Hamon conjugue l'ibérique et le breton avec intelligence dans cet espace depuis exactement dix ans. Il sait choisir les meilleurs produits et les cuisiner en composant un menu qui change tous les jours autour de quelques piliers de sa carte comme l'assiette de charcuterie ou la paëlla.

La formule complète est à 20€. Pour 15 € on peut choisir un plat et un dessert. J'ai commencé par un filet de cabillaud, fondant, avec des petits légumes qui s'épanouissaient dans une nage très odorante.

Coté vin le choix est difficile pour qui ne connait pas les vins espagnols : les bierzo, navarre, penedes, yecla… ne me disaient rien mais Laurence, qui sait parfaitement orienter le convive, m'a conseillé un verre de Navarra pour son coté épicé. Le service est assuré "comme au restaurant". L'accueil est assuré pour une trentaine de convives ... voire un  peu plus les jours d'affluence. Et il est toujours possible de prendre la formule "plats à emporter".

La paëlla m'a semblé peu académique alors qu'elle est la réplique d'une spécialité de Murcia. Avec un riz épicé, cuisiné façon risotto, un chorizo parfumé et un poisson cuit vapeur. la seule contrainte est de devoir attendre le plat 20 minutes, preuve que tout cela n'est pas préparé d'avance.
Le plat du jour est vraiment unique. Xavier m'a dit qu'il ne faisait jamais deux fois de suite la même recette. Il achète des produits différents tous les jours, aussi bien des produits importés que faits-maison. Ce sont les bons produits qui m'inspirent, qu'ils soient sur ce marché .. ou pas, m'a-t-il affirmé.

Il s'est tout de même spécialisé dans les plats de poissons, accommodés en se renouvelant sans cesse, car Xavier aime l’improvisation. Les entrées et les desserts figurent un peu plus longtemps à la carte. Aujourd'hui un fondant à la pistache, poire pochée.
Formé à l’école hôtelière de Dinard et après avoir effectué son apprentissage chez différents chefs étoilés, Xavier a exercé pendant dix ans dans le secteur de la santé, en tant qu’infirmier avant de revenir à sa première passion en 2004, dans les halles de Quimper.
Il sélectionne des produits espagnols en direct, effectuant 3 à 4 voyages par an en Espagne, pour dénicher des produits d'épicerie espagnols à forte valeur gustative : huile d'olive, jambons, vins.... La charcuterie ibérique est issue de l’élevage Blàsquez de Guijuelo, reconnu pour la qualité de ses produits. Xavier travaille avec lui directement : lomo, chorizo, saucisson, longanisse, jambon et épaule iberico (race) de bellota (dont l'alimentation est composée de glands). Ses fournisseurs locaux, maraichers, pêcheurs, mareyeurs sont eux aussi triés sur le volet.
Il appartient au réseau international Slowfood depuis 2010, histoire de ne pas se sentir tout seul à travailler comme il le fait.

Il a publié deux ouvrages, Je cuisine mes Tapas, aux Editions Ouest France en avril 2013, qu'il définit comme un livre d'introduction à l'univers des tapas, à leur histoire et qui recense les recettes emblématiques et simples du Comptoir des Tapas.

Et puis, en collaboration avec le photographe Bernard Galeron, Pata negra, Jamon iberico de bellota, aux éditions Palantines en octobre 2013.

Il y a urgence à profiter du restaurant de Xavier Hamon au coeur de ces Halles Saint François parce que dans quelques mois ce vrai lieu de rencontre n'existera probablement plus. Sauf si vous avez envie de venir vous y installer. Il cherche un repreneur.

Xavier ne quitte pas Quimper. Il ouvre un "vrai" restaurant boulevard Dupleix, toujours à Quimper, le Comptoir du théâtre, avec le même état d'esprit et les mêmes exigences. Au service de ses clients, et dans le respect d'un art de vivre. Avec une équipe suffisamment conséquente pour ouvrir le soir et le week-end. Notez l'adresse ! 

Le comptoir des tapas
Du mardi au jeudi de 9h30 à 14h30 et de 17H à 19h30.
Journée continue le vendredi et le samedi de 9h30 à 19h30.
29000 Quimper
tél. 02 98 98 00 81

jeudi 15 janvier 2015

Détails d'Opalka de Claudie Gallay chez Actes Sud


Claudie Gallay nous a habitués à des romans. Elle construit une oeuvre dense, exigeante, où les Déferlantes ont constitué en 2008 un cap décisif. Détails d'Opalka marque une rupture tout en ne créant pas tant que ça la surprise. Ce dernier livre est un récit qui s'apparente à l'essai et qui pourtant, parfois, se lit comme un roman.

Il faut être un tant soit peu amateur d'art contemporain pour connaitre le peintre Roman Opalka. Claudie Gallay a tellement fouillé son oeuvre qu'elle est capable d'en restituer une sorte de biographie, traduisant avec admiration et respect l'engagement si singulier d'un artiste qu'elle n'a pourtant jamais rencontré.

Roman Opalka peignait depuis très longtemps. Il avait les notions du trait et de la couleur. Il avait entrepris des séries de points sur des toiles mais cela ne le satisfaisait pas pour faire du temps la matière sensible de son oeuvre (p. 25).

Un jour de 1965, à Varsovie, attendant une femme qui n'arrivait pas, il ressent pleinement l'ampleur de ce temps qui passe. Il sort son carnet, fait des points comme à son habitude ..., Soudain s'opère le déclic de tracer le chiffre 1 puis 2, 3, 4 et ainsi de suite. On peut considérer qu'alors il ne s'est jamais arrêté même s'il fallut six mois de tentatives avant de formaliser son travail.

Opalka décide de peindre en blanc avec un pinceau n°0 sur des toiles noires de 196 x 135 cm la suite des nombres de un à l'infini. Il intitule chacune de ses toiles Détail. A partir de 1972, il ajoute 1% de blanc à chaque fond d'une nouvelle toile, si bien que les nombres se fondent progressivement dans le support sur lequel ils sont inscrits. Matérialisant également l'érosion du vivant par le temps, il enregistre quotidiennement le son de sa voix prononçant les nombres qu'il est en train de peindre. Une voix qui se transforme au fil des années...

Il saisit aussi la marque du temps sur son propre visage, se photographiant après chaque séance, en étant très attentif à cacher ses émotions, y compris le jour de la mort de son père alors qu'il se sentait submergé par un immense chagrin. Au bout de 40 ans de portraits on voit ... le temps qui a sculpté son visage. Son oeuvre est collée à la vie, la sienne, et par voie de conséquence à la nôtre. 

Il a conscience de prendre la mort, la sienne encore, comme outil pour achever une oeuvre, la sienne toujours. Et cela dans une sorte de bonheur absolu, jusqu'à la fin. Il a imposé sa pensée, comme une danseuse de ballet s'engage lorsqu'elle lâche la barre. Il a sacrifié toutes les autres formes picturales, s'astreignant à ne plus peindre, ni femmes, ni paysages, écartant les couleurs pour ne garder que le noir et le blanc.

Il aimait par dessus tout travailler, et Claudie Gallay se reconnait dans cette exigence.  Opalka était terrifié à l'idée de mourir après avoir terminé une toile et surtout avant d'en avoir commencé la suivante. Comme lui elle connait (p. 55) ce sentiment d'immense vulnérabilité, entre deux romans

Claudie Gallay tient un journal littéraire pour conserver la trace des journées. Si sa "rencontre" avec l'oeuvre d'Opalka a marqué sa vie son livre n'a rien d'intellectuel, contrairement à ce que l'on aurait pu craindre. L'essai qu'elle a écrit restitue la poésie et la simplicité de son oeuvre, pour la mettre au contact de chacun tout en reflétant les points de convergence avec la sienne. Sans doute une des coïncidences heureuses qu'elle a raison de souligner.

Détails d'Opalka de Claudie Gallay chez Actes Sud, avril 2014

mercredi 14 janvier 2015

Le microfar, un concept de gâteau déclinable à souhait avec les Microcakes®

Tout le monde connait le Far que les Bretons réalisent avec des pruneaux.

On peut très simplement s’en inspirer pour préparer dans une série de Microcakes® des desserts en portions individuelles que l’on emmènera en pique-nique.

J'avais trouvé des pommes anciennes sur le marché de Quimper et j'avais fait provision de fruits dont les noms étaient assez poétiques : Jubile, Corail, Reinette d'Armorique, Belle de Boskop, Teint-Frais (toute verte) ...

On m'avait prévenue que toutes ces pommes ne seraient pas bonnes à croquer et qu'il valait mieux cuire celle dont la peau est épaisse.

J'en ai retenu 4 un peu un petit bonheur. Evidées, et cuites dans un four traditionnel avec du beurre demi-sel, du miel et de la gelée de framboise pendant 30 à 40 minutes, elles ont constitué le dessert d'un soir. Nous avions voulu goûter chacune (une fois cuites elles ont quasiment la même texture) et il était resté une moitié de chaque.

J’ai choisi de les recycler en les disposant en morceaux (avec leur peau) dans les Microcakes® en alternant avec des demi-rondelles de brioche et en ajoutant encore un peu de gelée de framboise.
J'ai refermé et nous avons transportés ces récipients dans notre panier de pique-nique (lequel est d'ailleurs une caisse), solidement arrimé à un vélo.
Les petits pots ont été ouverts et dégustés au bord d’une fontaine.
Très exactement à la source du ruisseau de la Trinité, sur la commune de Melgven - 29140
Autres recettes dans un Microcake® Jean Dubost :
Une version sucrée avec une Tatin et des brioches
Et trois autres, salées tomate et thon, timbale de boudin et Microflette

Reportage plus complet sur la Bretagne dans les jours qui viennent.

mardi 13 janvier 2015

Pars avec lui, le dernier roman d'Agnès Ledig

On a beaucoup parlé de l'Amour et les forêts d'Eric Reinhardt, publié chez Gallimard à la dernière rentrée. Moins, me semble-t-il de Pars avec lui, le dernier roman d'Agnès Ledig, qui se trouve en librairie depuis Octobre 2014.

C'est le même thème qui en compose la trame, la violence conjugale exercée par un pervers narcissique sur son épouse démunie, mais fine et intelligente.

Le sujet n'est plus tabou, du moins dans la littérature et les ravages d'une telle relation commencent à être connus, ce qui ne veut pas dire que les victimes puissent encore parvenir à sortir de la situation d'emprise. Il était aussi au coeur de Histoire naturelle, de Nina Leger, chez Lattès que j'avais plébiscité et qui, depuis, a été primé au Salon du premier roman de Draveil (91). L'approche était malgré tout différente puisqu'il s'agissait d'une perverse narcissique qui exerçait sa domination dans le milieu professionnel.

Je n'ai guère envie de m'appesantir sur le livre d'Eric Reinhardt, auteur médiatique, ultra reconnu, et pour cause d'ailleurs. Je l'ai lu d'une manière peu conventionnelle, à environ 75%, et dans le désordre. Parce que cette lecture est souvent insoutenable pour qui connait ce mode de relation. Je me suis interrogée sur les motivations de l'auteur. Cherchait-il à produire "simplement" un roman ou à dénoncer quelque chose ?

Celles d'Agnès Ledig sont parfaitement limpides.

Elle exerce le métier de sage-femme libérale en Alsace. En 2011, son premier roman, Marie d'en haut, a connu un succès immédiat. Ce fut le coup de cœur du Grand prix des lectrices de Femme Actuelle. En 2013, Juste avant le bonheur a obtenu le prix Maison de la Presse et est entré dans la catégorie des best-sellers (160 000 exemplaires vendus en France).

D'ouvrage en ouvrage, Agnès Ledig se focalise sur les mêmes valeurs un peu à l'instar de celles que défend Martin Winckler, notamment dans le Choeur des femmes. On trouvera la comparaison logique : tous deux exercent dans le milieu médical. Ils défendent les mêmes idées à propos de l'avortement, ou de l'implant comme moyen contraceptif. Il y a quelque chose de l'ordre du militantisme dans leurs romans, car ce sont bien de romans qu'il s'agit, et remarquablement écrits qui plus est.

Il y a du fonds (et pas de l'anecdote) et de la forme. Agnès déroule un même mode opératoire. On retrouve avec Pars avec lui des personnages blessés, au sens propre comme au sens figuré d'ailleurs. Le héros masculin était policier dans le premier. Il est pompier dans le dernier. Les jeunes femmes ont du caractère et elles n'ont pas été ménagées dans leurs premières années de vie d'adulte.

Les paysages ont un rôle d'apaisement. La fin est toujours heureuse même si les dégâts qui ont été constatés laissent des cicatrices. L'auteur martèle un message qui est devenu sa philosophie de vie. Elle parle en son nom dans une sorte de prologue : L'amour sans respect n'est pas l'amour. En prendre conscience et le fuir ne constitue ni un échec, ni même une défaite, mais une grande, une très grande victoire.

Elle place des termes semblables dans la bouche de Malou, la grand-mère à la fin du roman : Promets-moi de toujours te respecter et te faire respecter, de vivre de belles choses et de fuir ce qui ne te fait pas de bien.

Le respect c'est ne pas accepter d'être dévalorisé(e) par son conjoint, son patron, par quiconque. Cette injonction devrait entrer dans le crâne de tous les parents ... en lieu et place de sois belle, sois sage et tais-toi.

Il n'y a aucun hasard dans la vie (p. 215). Nous sommes la somme de nos choix.

On comprend alors pourquoi elle alerte le lecteur en affirmant que se poser en victime n'est pas une solution. Mais ce qui est aussi clairement démontré c'est que personne ne peut y parvenir tout seul. L'auteur fait une nouvelle fois explicitement allusion à la compassion par l'étreinte (le Free Hug) qui devrait entrer dans le référentiel du métier d'infirmière, parce qu'on soigne un corps qui abrite une âme (page 21), tout en soulignant le risque de l'attachement qu'elle mentionne en lettres capitales. Elle recommande (page 157) de remarquer trois jolies choses de la journée qui m'ont immédiatement fait penser aux 3 kifs par jour de Florence Servan-Schreiber.

Et surtout, surtout, elle préconise d'écouter la voix intérieure à l'instant où elle suggère pars avec lui dès qu'un ange croise sa route comme le chante de Palmas (page 334). Qu'on soit une jeune fille comme Vanessa (page 308) ou une femme comme Juliette (page 322).

Agnès Ledig connait bien les choses de la vie. Elle les vit au quotidien dans l'exercice de sa profession et elle n'a pas été épargnée elle-même, ce qui a déclenché le processus d'écriture. La lire provoque un double effet. D'abord un plaisir de lecture parce que les trames sont bien ficelées. Je n'insiste pas sur ce point mais vous pouvez me faire confiance. Il y aura forcément parmi Roméo et Juliette, Guillaume et Vanessa, Jean et Malou un couple dans lequel vous aurez envie de vous identifier. Au pire ce sera dans Babette ou Alexandre, ces amis qui sont des personnages secondaires, littérairement parlant, que vous vous reconnaitrez.

On n'a pas besoin d'une mère, on a besoin de l'amour d'une mère (page 258) et il est plus que sous-entendu que cette affection peut être délivrée par quelqu'un d'autre, pourvu qu'on soit en état de la recevoir. Agnès Ledig n'est pas à proprement parler donneuse de leçons. Elle dépeint admirablement l'aveuglement de la femme sous influence victime de violences conjugales sans (surtout pas) explorer le ressort psychologique du conjoint, ou alors à peine en glissant qu'il ne supporte pas que sa victime se détache et faire (presque) ressentir une pointe de culpabilité (page 323). Elle met l'espoir en scène et cela fait un bien fou. Elle est rassurante en pointant qu'on apprend la vie toute sa vie.

Son analyse de l'égalité des sexes est rafraichissante dans la bouche de la très jeune Vanessa : C'est de la foutaise. On a besoin qu'on nous tienne la porte, parce que, quand on nous tient la porte, ça veut dire qu'on nous lâchera pas la main au premier coup de vent. (page 202)

 Pars avec lui, Agnès Ledig, Albin Michel, en librairie depuis Octobre 2014

lundi 12 janvier 2015

Pain(s) brioché(s) ou pas la question mérite d'être posée

Les soldes ne se limitent pas aux vêtements. Vous allez voir ces jours ci les prix de plusieurs denrées alimentaires divisés par deux. Les chocolats bien sûr mais aussi le saumon et le foie gras.

Pour ce dernier se pose toujours la question du pain. Ce n'est pas systématiquement le pain de mie qui convient le mieux. J'ai suggéré une tranche de campagne pour supporter un marbré de foie gras et magret de canard fumé, une des dernières recettes de Comtesse du Barry que j'avais gouté en novembre 2014.

Mais si vous tenez à un pain de mie celui que Harrys a conçu spécialement pour le foie gras est tout bonnement parfait tant il est fondant et brioché. S'il vous en reste il sera délicieux au petit déjeuner avec une gelée de framboises.

La gamme "Beau et Bon" comprend aussi une variété complète qui s'entend avec les fromages et une version gourmande aux céréales que j'apprécie avec le saumon.
Par contre c'est avec des huitres que j'accorde celui qui est destiné à ce poisson. Taille, texture et goût me conviennent tout à fait.
Avec un jus de citron ou du vinaigre à l'échalote sur les fruits de mer et puis sur le pain, du beurre (breton) et des oeufs de lumps. Si on a la chance de déguster en bordure de mer c'est encore mieux mais cela reste très bon quand même de retour en région parisienne.
A cette occasion j'ai détourné l'usage des fromagettes Jean Dubost que je trouve idéales pour saisir la chair de l'huitre. Assorties aux tartineurs et aux cuillères moka elles sont tout à fait tendance.
Pour accompagner, je recommande un Tokay hongrois, en toute modération malgré tout. J'ai déniché celui ci chez un couple de cavistes remarquables, installés à Pont-Aven. Leur boutique s'appelle la Part des anges et je vous en parlerai bientôt.
D'ici là régalez vous. Il en faut parfois peu pour être heureux ...

dimanche 11 janvier 2015

A bride abattue est Charlie

Porter le badge Je suis Charlie, c'est bien, je le fais.

Affirmer son désir que la liberté d'expression, de pensée et de religion soit autre chose qu'un discours mais une vraie volonté, c'est bien, je le fais.

La liberté est une valeur qui n'est vivante que si on vit en paix.

Je pense à cette colombe qui volait, un rameau d'olivier dans le bec. Noé y vit l'annonce de la fin du déluge.

Mon arrière grand-mère élevait des pigeons voyageurs dans le Nord de la France.
J'ai décroché cette mosaïque que j'ai réalisée il y a quelques années pour confier un crayon à ces deux oiseaux.

Puissent-ils écrire le mot liberté dans un ciel pacifié !

samedi 10 janvier 2015

La Galette des Chefs partage avec Charlie-Hebdo

On ne sait plus très bien d’où c’est parti. Toujours est-il que, et sans doute parce qu’il était animé par l’esprit Escoffier, Jean Pierre Biffi a exprimé la volonté de soutenir une cause caritative.

C'était en 2002 et la première Galette des Chefs a été proposée au grand public au pied de la statue de la Liberté, sur l'île aux Cygnes, dans le XV° arrondissement de Paris.

Ce fut ensuite avec Thierry Burlot à la Cristal Room Baccarat. La vraie aventure s'est concrétisée avec l'aide (conséquente) de Potel et Chabot à partir de 2004 sur la place de l'Eglise saint-Germain dans le VI° arrondissement, et elle se réitère depuis,  d’année en année, sous la présidence de Thierry Burlot, toujours avec le soutien de Potel et Chabot.

L’atmosphère est évidemment très sympathique. Et cette édition n'a pas dérogé même si nous avions le coeur lourd, en raison des événements dramatiques qui ont endeuillé le pays. Chacun d'entre nous portait le badge Je suis Charlie.
Comme d'habitude les chefs sont venus eux-mêmes livrer leurs galettes. J'en donnais la liste dans le billet précédent. Ils sont restés un peu plus longtemps que d'habitude. On sentait l'envie de faire plus qu'échanger des vœux entre eux, boire un chocolat chaud (ou un verre de Quincy qui, même avec modération s'avéra excellent) et signer quelques autographes. Beaucoup d’entre eux sont devenus des personnages célèbres. Inversement quelques-uns reconnaissent des acheteurs habitués de la manifestation, qui viennent d’un an sur l’autre pour reprendre avec eux la conversation.

Il existe en effet parmi ces "clients" éphémères des connaisseurs qui s’enquièrent de savoir si tel ou tel chef est déjà passé ou attendu. Quelques-uns réservent une galette en particulier. Celle du Meurice fut très demandée l’an dernier. On aurait dit un bijou. En 2015 Cédric Grolet a voulu une galette des rois aussi légère que généreuse, tout en respectant la tradition. Il l'a enrobée d’un feuilletage léger et croustillant, sublimé par une fine couche caramélisée de sucre de cassonade et de poudre de cardamone noire. Le cœur de frangipane est accompagné de lait d’amande douce et d’amandes torréfiées pour apporter une touche croquante.

Je vous donne des détails pour vous convaincre de ne pas manquer la manifestation en janvier 2016. Car si elle est caritative, elle est aussi gustative. Les galettes de Pierre Gagnaire ont trouvé acquéreur en quelques secondes. Beaucoup d'entre nous n'ont même pas eu le temps de les voir. La galette de Pierre Hermé était une version Ispahan, à la rose en 2014. Cette année ce fut Infiniment citron. Elles sont parties en un clin d'oeil. Eric Kayser avait lui aussi retenu cet agrume pour parfumer la frangipane.

La grande Epicerie en a apporté de forme ronde, traditionnelle et quelques autres, découpées en étoiles.
William Ledeuil a contribué avec des petits financiers réalisé avec de la farine de châtaigne de Corse et parfumés au yuzu frais (magnifique, m'a-t-il dit) des pépinières de Michel Bachès, installé à Eus, dans les Pyrénées orientales et dont j'ai déjà entendu les mérites sur la scène d'Omnivore. Le four de Ze Kitchen Galery est trop modeste pour cuire une série de grandes galettes.
Avec leur crayon pointé vers le ciel comme une bougie ces petits financiers illustraient un message d'espoir. Ils avaient toute leur place à coté de la version gigantesque de Potel et Chabot, classique, avec une frangipane bien épaisse, destinée à être débitée à la portion, avec plusieurs fèves à l’intérieur, pour désigner davantage qu’un seul roi ou reine.

Mais il y en avait aussi au potiron et à la châtaigne pour offrir une alternative salée. 

Après le nom du chef c'est souvent autant le fourrage que la fève qui motive le choix. Il y a même des personnes qui achètent 3 ou 4 galettes différentes spécifiquement pour leurs fèves.
Celle de Potel et Chabot a été conçue spécialement pour l’occasion en 2014 par l’artiste israélienne Mona Oren  (à gauche sur la photo, venue avec ses parents). Elle a créé une fève en forme de toque dont la couleur change chaque année. Blanche en 2014 elle est dorée à la feuille d’or pour l’édition 2015. La plasticienne expose jusqu'au 15 février dans la galerie l'Oeil du vingtième au 24 rue de la Réunion.
On pouvait aussi, et c'était nouveau cette année, choisir une part d'un panettone aussi haut qu'une coiffe de bigoudenne. l'essentiel était composé de galettes familiales, toutes vendues au même prix en fonction de la taille, 20, 30 ou 40 €. Comme vous pouvez le deviner il ne fallait pas tergiverser. A raison d'une vingtaine identiques, tout est parti assez vite. Il ne restait pas une miette quand l'équipe des bénévoles a remballé vers 13 heures. Ce fut pour moi l’occasion de découvrir une recette à laquelle je n’aurais pas songé alors que je connais bien la maison dont elle est originaire.
En effet, Jean-Pierre Clément était missionné par Patrick Pailler, le (nouveau) Chef Pâtissier  de Fauchon, successeur de Fabien Rouillard dont il était l'adjoint, pour effectuer la précieuse livraison de galettes Ananas-Coco.

Ceux qui sont là ce matin ne sont pas tous officiellement membres de l'association Escoffier et porteur du ruban rouge, bleu, mauve ou vert. Mais tous ont en commun la passion de leur métier.  Le bleu honore les gastronomes, le vert les producteurs et le mauve (qui n'existe que depuis 2 ou 3 ans) les gens de la salle.

En accord avec ce que Auguste Escoffier a montré tout au long de sa longue vie, l'Esprit Escoffier, c'est l'égalité entre Disciples, sans distinction de grade, la transmission des connaissances, le respect de la culture et de l'évolution perpétuelle de la cuisine, la recherche et la réalisation d'actions pour une cause caritative.

Bien qu'il fut une véritable star, cet homme est toujours resté humble, défendant farouchement les cuisiniers, ne cessant de transmettre tant par le Guide Culinaire que par ses nombreux articles dans l'Art Culinaire. Il était très soucieux des autres et de la misère. La rédaction de son Manuel pour l'extinction du paupérisme le prouve largement.

Il a développé le concept de brigade, créé des desserts comme la crêpe Suzette ou la Pêche Melba, inventé le menu à prix fixe, fait la promotion des produits de saison (l'idée n'est donc pas neuve) et veillé à ce que les restes de la veille soient offerts à des miséreux.

Il y a beaucoup de malheureux, déplore Jean-Pierre Biffi qui voudrait pouvoir aider plusieurs associations. Le choix des Escoffier s'est porté sur les POIC, question de rencontres ...

L'intégralité des bénéfices de la vente des galettes est donc reversé chaque année au profit des Pseudo Obstructions Intestinales Chroniques (POIC), une maladie orpheline se caractérisant par des symptômes et des signes d'obstruction du tube digestif, sans lésion apparente. Le contexte exceptionnel de janvier 2015 a décidé Jean-Pierre Biffi à partager avec Charlie Hebdo.

S’alimenter est peut-être une évidence pour la plupart d’entre nous. C'est un véritable fardeau pour les enfants atteints du syndrome de Pseudo-Obstruction Intestinale Chronique. Des membres de l'association (on prononce POIC) étaient présents ce matin pour répondre aux questions et faire mieux connaître cette maladie rare. On peut les contacter par mail à l'adresse association_des_poic@yahoo.fr

De nouveaux chefs rejoignent les fidèles. Eugène est de ceux là. Et la présence de son créateur,  Christophe Touchet, est d'autant plus juste qu'il propose dans la boulangerie-patisserie qu'il a ouverte il y a moins de trois semaines des gourmandises avec moins de graisse et surtout moitié moins de sucre que les recettes classiques.

Sa promesse est de satisfaire l'appétit des diabétiques qui sont plus nombreux de 400 000 de plus par an, et lui le premier. Luc Baudin, son chef pâtissier, use de toutes les possibilités sans avoir recours à l'aspartame. Par exemple avec un apport supplémentaire en fibres pour réduire la vitesse de passage du sucre dans le sang et en utilisant du fructose ou du sirop d’agave. Il a une recette de pâte à chou sans beurre avec de la farine de lentilles  Coté boulangerie il emploie des farines spécifiques, toutes moulues à la pierre de meule en gardant le germe. Son adresse est précieuse :11 rue Guillaume Tell, 75017 Paris. Tél : 01 42 27 65 24.
Le temps fort s'est situé aux alentours de 11 heures pour la photo rituelle qui rassemble les participants dans une espèce d'euphorie bon enfant. On est un peu "toqué" sur la place m’a dit une des organisatrices.
L’opération a commencé à 9 heures mais il n'était pas interdit d’arriver plus tôt. Elle s'est déroulée jusque 12-13 heures … on dira jusqu’à épuisement des stocks en quelque sorte. Il y eut 400 à 500 galettes écoulées ce matin dont 150 Potel et Chabot. La comptabilité n'est pas de mise. C'est la générosité qui prime et les chefs ne concourent pas à qui fera plus que l'autre.
Pour ceux qui ne connaitraient pas Potel et Chabot je dirais que c’est un traiteur, installé en plein cœur de Paris et qui a su depuis 1849, rester proche de ses clients.

Né de l’association d’un pâtissier avec un cuisinier, l’entreprise assure des évènements sportifs (comme le tournoi de Roland Garros), culturels, et des Salons dans le monde entier. Pour résumer, ils arrivent, s’installent et le dîner est prêt en un clin d’œil, sans qu’il soit nécessaire qu’il y ait une cuisine sur place. On a même vu leurs buffets sur le Nil. Ils peuvent assurer une réception pour 2 comme pour 3000 convives et bien davantage. C’est ce qui s’appelle du sur-mesure.
Je suis repartie avec la galette que j'avais choisie pour faire plaisir à mon fils qui adore l'ananas. Elle fut réellement surprenante et gourmande, avec sa crème d'amande onctueuse au lait de coco, truffée d'éclats d'ananas caramélisés, parfumée au rhum ambré et à la vanille Bourbon de Madagascar. Le feuilletage était croustillant comme il se doit, agrémenté de zestes citron vert et de noix de coco râpée.
Nous avons découvert une fève carré signé au nom de la maison ... puis plus tard une seconde, en forme de gros coeur doré. Tout un symbole !

vendredi 9 janvier 2015

Le meilleur du monde de Virginia Bart chez Buchet Chastel

Nous revoilà en bord de mer. La Méditerranée de Virginia Bart n'a pas grand chose de commun avec les rivages arpentés par Olivier Adam dans son dernier livre, Peine perdue que j'ai lu en écho.

Question de hasard ... si on veut. Il y a des auteurs dont l'écriture est autocentrée et d'autres qui livrent des récits excentrés. Et cela n'a rien à voir avec le sujet. On peut très bien s'inspirer de faits autobiographiques et en extirper ce qui s'y loge d'universel comme le fait par exemple Jean-Philippe Blondel. Ce sont les meilleurs romans.

Ce titre, le Meilleur du monde, a été choisi en référence à Aldous Huxley, et en réaction, puisque Virginia, pardon Jeanne (espérons que le personnage n'est pas l'auteur, même si l'inverse est sans doute vrai), va rencontrer dans un amour de jeunesse la quintessence d'une sorte de bonheur : je suis la seule femme sur terre et Christophe est le nom et le visage du meilleur au monde.(page 99)
Jeanne a bientôt quarante ans. Elle est mariée avec Nicolas depuis presque vingt ans et vit à Paris où elle est journaliste. Elle est cérébrale, rationnelle, ambitieuse, soucieuse des apparences et impassible. En réalité, elle souffre et elle s’ennuie. La vie lui paraît fade et le vrai bonheur hors d’atteinte. Un soir d’été à Sète, elle retrouve Christophe, son amour de jeunesse. Instinctif, sensuel, dilettante, rebelle, insouciant, il est son contraire.Pourtant c’est le coup de foudre. Pendant quelques mois, Jeanne vit enfin en osmose avec elle-même et avec le monde. Au nom de la promesse d’une vie enfin rayonnante et vibrante, elle décide alors de tout quitter. Mais le merveilleux peut-il durer ?
Le thème peut faire débat. Rien ne dit que cet état heureux durera bien longtemps. La fin est, à cet égard très ouverte.

Dans la première moitié du roman Jeanne se plaint qu'il ne lui soit rien arrivé. Elle désigne par là "ces malheurs et drames qui font avancer". Comme si le lecteur pouvait la consoler d'avoir tout pour être heureuse selon l'expression consacrée. Et ce n'est pas en argumentant qu'elle n'a pas appris le plaisir qu'elle va gagner notre compassion.

Si Virginia Bart avait écrit à la troisième personne j'aurais pu admettre. Mais son "je" n'est pas anodin. Ce livre m'a bousculée par l'enchainement de certitudes plus raides les unes que les autres. Quand bien même Jeanne ne serait pas l'auteure il y a dans son profil beaucoup d'éléments qui font penser à elle, comme cet article publié dans Libération il y a pile 4 ans, commençant par une volée de bois verts à propos de la formulation rituelle des voeux ... rageant contre la vitalité des sexagénaires. Comme c'est petit !

Jeanne (ou Virginia avant elle) séduit son amoureux de jeunesse en lui envoyant copie d'une tribune publiée dans un journal prestigieux (Libé donc) tout en glissant au lecteur la confidence (est-elle nécessaire pour faire progresser l'action ?) qu'écrire sans fautes demandait à Christophe un véritable effort (page 78).

Elle a beau jeu d'avouer (page 95) qu'elle est l'ambition personnifiée, cela ne me la rend pas plus sympathique. L'expression d'un désir d'enfant et d'un rejet de la maternité n'est pas très clair et sa découverte (page 120) de l'amour inconditionnel n'est pas davantage convaincante.

Je ne la cautionne pas davantage quand elle présente d'entrée de jeu (page 26) Jeanne debout sur les tables d'un bar de nuit (...) chargée d'alcool et de cocaïne comme il convient à une personne travaillant dans le domaine des médias et affichant un vernis décadent de bon ton. Elle croit bon d'ajouter : je suis de ceux qui ne se satisfont de rien. Plus loin elle assène qu'elle déteste le réel. Pas étonnant que celui-ci se venge en lui rendant la monnaie de sa pièce.

Je mettrai néanmoins à son crédit une fine analyse des rapports dominants/dominés et un mode opératoire efficace. Espérons qu'après encore un ou deux livres Virginia Bart aura purgé ses démons et qu'elle réussisse à conquérir une vraie liberté  d'écriture.

Le meilleur du monde de Virginia Bart chez Buchet Chastel, en librairie le 8 janvier 2015

jeudi 8 janvier 2015

La Galette des Chefs sera dégustable le samedi 10 janvier

L'Epiphanie a marqué le début de l'année. Rien de plus normal. Lundi je vous racontais un petit moment festif autour d'une galette et d'une bouteille de cidre.

Depuis, des évènements terribles ont endeuillé notre univers et il est difficile d'avoir le coeur léger pour continuer, comme si de rien n'était, à échanger des voeux de Bonne année, Bonne santé. Nous sommes tous Charlie, déboussolés, mais néanmoins déterminé à continuer à vivre, debout, et unis.

La liberté d'expression est une valeur fondamentale. La solidarité aussi. Plusieurs grands pâtissiers et cuisiniers se sont une nouvelle fois mobilisés pour la Galette des Chefs ! Le rendez-vous est donc pris le samedi 10 janvier 2015, entre 9h et 12h, sur la place Saint-Germain des Prés à Paris, dans le 6e arrondissement de la capitale, pour découvrir et déguster leurs créations.

Organisé à l’initiative de l’Association des Disciples d’Auguste Escoffier, avec le soutien de Potel & Chabot, cet évènement, également appelé la Galette du Coeur, se fait au profit des Pseudo Obstructions Intestinales Chroniques (POIC).

Les chefs qui se mobilisent cette année sont (liste peut-être non exhaustive ...) : Pierre Gagnaire, Pierre Hermé, La Maison Kayser, Michel Troisgros, Guy Savoy, L'Hôtel Meurice, Le Shangri-La, Sucré & Cacao (James Berthier), Alain Dutournier, Le Moulin de la Vierge, Potel et Chabot, Poilâne, Hélène Darroze, La Grande Epicerie,  Saint Clair le Traiteur, Le George V, Michel Rostang, Lucas Carton, les Bistronomes, Thierry Burlot, Bakery, William Ledeuil, La Closerie des Lilas, Clerardin, Jean-François Rouquette (Hyatt Vendôme), Jérôme Gagneux (New-York), Boulangerie Thierry (Senlis)...

J'ai tiré au sort une image et c'est celle d'Eric Kayser, au citron de Menton que j'ai pêchée au bout de ma souris mais le choix sera immense. On m'a raconté que des habitués arrivent très tôt le matin sur la place, un peu comme pour une ouverture de soldes. Les galettes sont toutes vendues au même prix, une trentaine d'euros. C'est pour la bonne cause, et c'est beau et bon.
La Galette des Chefs 2015
Le samedi 10 janvier de 9h à 12h
Place Saint-Germain des Prés, 75006 Paris

mercredi 7 janvier 2015

Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong chez JC Lattès

J'ai terminé la lecture de Pardonnable, impardonnable au petit matin, soulagée de laisser les personnages suivre le cours de leur "vraie" vie. Je viens de le terminer ... façon de parler car je pense qu'il va m'accompagner un bon moment. Il y a quelque chose de familier dans cette série de drames en ricochets. Et pourtant ...

Pardonnable, impardonnable, c'était un jeu entre Marguerite et Milo. Seulement un jeu ...

Dans son précédent livre, l'Atelier des miraclesValérie Tong Cuong explorait déjà ce thème du mensonge qui fait aurait la capacité d'être un exhausteur de vérité.

Le sujet du roman, celui du pardon, nous concerne finalement tous de près ou de plus loin. Et j'étais alors loin d'imaginer combien les évènements qui allaient se dérouler cette après-midi allaient donner un écho supplémentaire bien qu'il n'y ait pas de relation de cause à effet à établir.

Il suffit de si peu de choses pour que des vies bifurquent.
Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?
Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?
C'est un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, qui exprime les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes. Le livre à peine refermé j'avais envie de dire merci à Valérie Tong Cuong (et je l'ai fait) parce qu'elle a une manière de parler des secrets et des mensonges qui peuvent gâcher une vie (plusieurs mêmes) d'une façon très particulière, à la fois en situant ses personnages dans la fiction et en les plaçant suffisamment proches de nous pour qu'on puisse se projeter.

Les prénoms lui viennent naturellement, et c'est toujours après coup, m'a-t-elle dit, qu'elle comprend elle-même pourquoi elle les a choisis. Lino voit en Milo sa prolongation. Il rêve que son fils soit celui qu'il n'a pas réussi à être. Aller plus haut, plus loin. Le prénom a donc une fonction d'écho, mais un écho "transcendé".

Les deux prénoms sont d'origine italienne. Lino vient de Lin. Or cette étoffe est fabriquée à partir de la macération des tiges de lin, à même le sol, sous les intempéries, fibres qui sont ensuite broyées, foulées au pied avant qu'on puisse les tisser et les transformer en ce textile plutôt recherché.

Milo est un prénom répandu en Italie, mais qui vient du slave. Il signifie "généreux" ou "aimé" selon les sources...

Quant à la grand-mère, Jean (prononcer "Djine" en référence à l'actrice Jean Seberg). Elle fait elle-même écho à Jean de l'Atelier des miracles.

Valérie s'intéresse depuis longtemps au parcours humain, à la manière dont nous avançons (ou pas) dans nos vies et dans la conscience de nous-même. Travailler sur le pardon était en quelque sorte un passage obligé.

Il y a des circonstances où le silence semble la seule voie possible puisque la voix ne peut s'exprimer : il faut croire que le silence était une évidence pour chacun de nous, pourtant aujourd'hui je sais que c'était une erreur, c'était laisser l'infection se développer en toute discrétion, c'était nous condamner à perpétuité. (p. 64)

Ce roman est un de ceux que l'on a envie de recommander à tous ses amis en prenant garde de ne pas trop en dire. Parce qu'il est important de le vivre à son rythme pour l'apprécier totalement et comme il le mérite.
Valérie Tong Cuong a travaillé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Elle a publié plusieurs romans, dont les très remarqués Providence et L’Atelier des miracles ainsi que des nouvelles. Elle écrit également pour le cinéma et la télévision. Pardonnable, Impardonnable est son dixième roman.

Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong chez JC Lattès, sortie en librairie le 7 janvier 2015.

mardi 6 janvier 2015

Les règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce aux Déchargeurs

Son nom n'est pas facile à mémoriser mais je vais faire un effort. Martin Juvanon du Vachat interprète avec beaucoup de finesse le rôle de la Dame dans la pièce de Jean-Luc Lagarce, Les règles du savoir-vivre dans la société moderne.

Le piano égrène ses petites notes légères alors que le public s'installe. Robe noire, escarpins noirs bouts vernis, longs gants noirs, écharpe de soie rouge, elle est assise le dos bien droit sur une chaise cannée ... sourit ... Elle scrute chaque spectateur de ses yeux bleus, pétillants. En nous accueillant ainsi elle nous "cueille" mais nous ne le savons pas encore.

Soupir. On se regarde. On se jauge. Elle comme nous.

Notre regard n'a pas grand lieu où fuir. Le décor est inexistant, vide. Tout passera par la voix, le corps et les lumières.

Le spectacle tient à un fil, au fil de la vie que la Dame nous dévide en épuisant tous les cas de figure depuis la naissance jusqu'à l'issue fatale. On absorbe ses énumérations comme on buvait autrefois les paroles d'un de ces professeurs d'université si passionné par les hannetons (ou toute autre sujet vers lequel on ne se serait pas senti a priori la moindre affinité) qu'on n'aurait raté son cours pour rien au monde.

Martin nous tient en haleine, se posant en conférencier, en juge, en conseilleur, en prêcheur ou en censeur de ces codes sociaux qui ont régi la société au XIX° siècle et un peu au-delà jusqu'à devenir des clichés. Ce qu'il nous raconte évoque des situations vécues de l'intérieur, remarquées dans les "familles de la haute" comme je l'entendais dans mon enfance, ou encore des scènes qui ont été le sujet de bien des films.

Tout est familier et pourtant déjà si lointain. La musicalité du texte de Jean-Luc Lagarce résonne avec finesse. L'entendre dans un tel dépouillement et interprété par un comédien qui est aussi un danseur est une prouesse et un régal. Ce monologue s'entend comme un dialogue poétique, obéissant à un rythme qui finit par infiltrer le cheminement de nos propres pensées. A tel point que le public ponctuera d'une seule voix quelques affirmations quand le comédien nous y invite d'un geste à peine esquissé.

La pièce a été souvent montée au théâtre, dans des styles très différents, la plupart du temps très illustratifs. Jamais de cette manière quasi hypnotique sans sacrifier l'aspect comique des situations. La mise en scène de François Thomas est à souligner aussi, bien évidemment, ainsi que le travail d'Emmanuelle Philippeau-Viallard sur les lumières. Ce spectacle avait été créé une première fois pour un travail de fin d'études. Il a été joué pour de manière professionnelle au festival d'Avignon. C'est heureux qu'il soit totalement abouti pour être offert ainsi sur une scène parisienne.

Il n'empêche. Il est possible, ... envisageable, que l'interprétation de Martin Juvanon du Vachat fasse date.  On devra y penser, on pensera. Il arrive parfois que cela arrive... Vivre une heure trente de cette qualité ... et rien d'autre.

C'est bien là que je voulais en venir.

Les règles du savoir-vivre dans la société moderne
Mise en scène de François Thomas
A partir du 20 janvier 2015 et jusqu'au 28 février
à 21 h 15 du mardi au samedi aux Déchargeurs
3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris

lundi 5 janvier 2015

Les cidres font leurs bulles autour d'une galette

Je reviens de Bretagne où le mot galette désigne une crêpe au sarrasin. Partout ailleurs, et surtout en ce moment, le terme est synonyme de feuilletage à la frangipane,  de couronne, et de bulles.

On a peut-être l'embarras du choix ... quoique, après Noël et le Nouvel An on puisse avoir envie de quelque chose qui soit vraiment rafraichissant et qui ne fasse pas tourner la tête. Le cidre s'impose, avec toutes ses variétés.

Ce midi c'est une bouteille de cidre fermier et normand dont on a fait sauter le bouchon pour honorer une galette artisanale toute simple mais délicieusement bonne. Ce cidre de Normandie IGP a été pressé par Eric Doré, producteur-récoltant du Pressoir d'Or, à Boisemont 27151.

La convivialité est la première motivation à partager une galette. Alors, même si on pourrait avoir très envie de la choisir chez un boulanger de grande réputation (celle d'Eric Kayser, au citron de Menton est sublime) il n'empêche qu'on a plutôt le réflexe de l'acheter dans son quartier.

Celle d'aujourd'hui venait d'un pâtissier du XIX° arrondissement, la Chti'te Baguette, au 159 avenue Jean Jaurès, et très franchement elle était vraiment simple et savoureuse.

Selon les résultats du Sondage OpinionWay pour les Cidres de France plus d'un tiers des Français fêtent la galette plus d'une fois par an. En moyenne ce sont 3 à 4 galettes que chaque foyer consomme. On réitère son achat sans se compliquer la vie, assumant, pour près de 2 français sur 3, des goûts très classiques en préférant la galette à la frangipane.

85 % acceptent de porter la couronne, mais 68 % trichent en faveur des enfants présents pour qu'ils "tombent" sur la fève. Une personne sur dix fait semblant de ne pas avoir la fève, craignant peut-être comme dans l'ancien temps de devoir "payer la tournée générale". C'est d'ailleurs pour éviter cette mesquinerie que la fève n'est plus un haricot mais un petit trésor de porcelaine qui fait la joie des fabophiles, comme on appelle les collectionneurs.

S'agissant de la boisson on se tourne aussi majoritairement vers le cidre. La tendance est à le préférer doux. Celui qui est dans nos verres témoigne d'un abondant train de bulles qui forme très vite un joli collier en surface. Cette boisson évoque la poire au sirop, le miel d'acacia, la pomme à croquer et quelques fruits exotiques. Sa robe jaune vif et doré est élégante.

Etant donné les proportions de personnes à consommer plusieurs galettes on peut penser que selon les occasions on privilégiera des boissons différentes, comme le champagne (ou mousseux, ou crémant) ou même une boisson chaude 
Pour affiner mes préférences j'ouvrirai un cidre cette fois breton dans quelques jours. En toute modération comme il se doit avec une boisson qui contient de l'alcool.

dimanche 4 janvier 2015

Ce soir ce sera microflette

Après la timbale luzienne et une timbale minute au boudin qui évoquait la Normandie, j'ai utilisé le Microcakes® Jean Dubost pour l'accommoder en revisitant la tartiflette et en appliquant le principe que toutes les régions méritent leur gratin.

Par exemple en Bretagne où pousse le rutabaga et où la viande de porc est excellente on peut disposer une tranche de jambon fumé sur la paroi intérieur de l'instrument, puis alterner les couches de rondelles de légumes (pré-cuites) avec des morceaux de reblochon.

On referme le couvercle et on rouvre après une minute au micro-ondes. Il est plus élégant de démouler. Et comme je disposais de couverts de couleur assortie, je ne me suis pas privée de dresser une jolie table.
Les Microcakes® sont en polypropylène, sans BPA, ni phtalates, et sont de fabrication française, ce qui est à souligner. En terme de coloris les tons sont  "trendy" et leur nom est déjà appétissant : menthe glaciale, pistache, chocolat, mandarine, framboise et cassis.
Un des points forts de cet ustensile est qu'on ne se brûle pas en le sortant du four. Par contre, tous les utilisateurs de micro-ondes le savent, on a toujours intérêt à attendre quelques secondes avant de l'ouvrir (pour éviter tout risque d’éclaboussures). Avant de déguster je laisse tiédir et reposer quelques instants.
Il n'est pas recommandé de cuire une fournée d'un seul coup. Il faut procéder un par un. C'est une question d'organisation. Il est rare de recevoir plus de 6 convives et donc le plat sera tout de même finalisé assez rapidement, car rien n'interdit de préparer d’avance.
On pourra combiner selon le même principe d’autres microflettes selon les goûts de chacun en adaptant les choix aux charcuteries régionales, aux légumes dont on dispose et aux fromages que l'on aime.

Vous trouverez aussi sur le blog une Tatin et quelques autres recettes en versions sucrées et briochées dans un Microcake® Jean Dubost.

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