jeudi 9 octobre 2014

Un clafoutis avec du levain pourquoi pas ...

Cela faisait longtemps que je rêvais de faire quelque chose avec du levain. Parce que ce produit est en quelque sorte magique. Composée pour un tiers de levain (le souci c'est qu'il en faut pour en faire ....) un tiers d'eau et un tiers de farine cette préparation est vivante et c'est fascinant de voir les bulles se former en couche épaisse à sa surface.

Théoriquement on nourrit son levain quotidiennement. Pour en pas être "débordé" par la situation comme le magicien du film de Walt Disney qui, à mesure que retentit la Symphonie fantastique, ne parvient plus à endiguer le versement des seaux d'eau du puits, il faut donc prélever une partie et la remplacer par de l'eau et de la farine en proportions égales.

Quoi faire avec la quantité prélevée ? Du pain bien évidemment, mais il faut songer à ajouter un peu de levure pour obtenir un bon résultat. Le pain ci-dessous a été fait avec une farine de froment de la famille Naulin qui est un des producteurs rencontrés chez Terre fermeEt si la mie est un peu grise c'est simplement due à l'action du levain.
On peut aussi faire des crumpets, ces petites galettes typiques des breakfasts anglo-saxons. On verse dans une poêle chaude une louche d'un mélange tant pour tant de farine et de levain, dans lequel on a ajouté du sucre.
Des milliers de petits trous se formeront en surface, idéaux pour accueillir un miel de qualité comme celui de la famille Chatillon.
Ils récoltent un miel du Morvan toutes fleurs très équilibré, avec un soupçon de caractère donné par la bruyère, adoucie par le trèfle, le bleuet et la ronce. celui ci n'a pas de pissenlit. mais on peut préférer un miel plus "corsé" comme le miel de châtaignier, labellisé Parc naturel régional du Morvan. Farines et miels peuvent se commander sur le site de Terre ferme, et/ou à l'occasion d'une vente en région parisienne.

Moins habituel, mais tout autant facile à réussir, on peut opter pour un clafoutis. J'ai réalisé le mien avec des grosses prunes qui ne me satisfaisaient pas à manger au couteau et que j'ai coupées en deux et disposées dans le fond de mon plat préalablement beurré. J'aime utiliser les plats de cuisson  Appolia parce que leur élégance m'évite de démouler. Ils sont jolis à table.

Voici les autres ingrédients que j'ai utilisés :

185g de beurre
140g de sucre
3 oeufs
200g de farine (j'ai pris cette fois du seigle de Mon Fournil)
100g de levain
1 cuil à café de bicarbonate de soude
75 ml lait

J'ai mélangé d'une part le sucre avec le beurre fondu, d'autre part le levain, la farine et la levure (le bicarbonate). Ensuite j'ai employé le pétrin, vitesse lente pour  préparer la pâte en ajoutant les oeufs, un à un, et battus, et le lait.

J'ai versé sur les fruits et cuit four chaud à 175° une quarantaine de minutes.
L'ensemble a bien gonflé, et craqué joliment. J'ai servi en tranches épaisses, nature, ou avec un fromage blanc saupoudré d'épices (cannelle, muscade, selon les goûts). Et surtout, ce gâteau se conserve plusieurs jours ... à condition toutefois de résister à la gourmandise.

mercredi 8 octobre 2014

Bon rétablissement ! de Jean Becker

Deux mots, un point d'exclamation pour ouvrir la porte d'une chambre d'hôpital ou la fermer.

Jean Becker explore très différemment le domaine, à l'inverse du film Hippocrate que j'ai vu (et très apprécié) il y a quelques jours.

Avec le Malade imaginaire qui est en ce moment à l'affiche du Théâtre 71 on peut dire que le sujet est bien balayé.

Le réalisateur a choisi l'angle de la comédie, voire même celui de la dérision, juste ce qu'il faut de corrosif, en fait pas tant sur l'hôpital que sur la société. Cette manière de parler à la troisième personne est symptomatique du lieu, mais on pourrait en dire autant du monde de la justice, très opaque pour beaucoup, de la petite enfance, de l'école. Combien d'enseignants rendent compte de la journée aux parents en désignant l'enfant par un pronom (im)personnel alors que zouave ne perd pas une miette du discours le concernant ?
Suite à un accident, Pierre, la soixantaine, se retrouve cloué au lit avec une jambe dans le plâtre. Misanthrope au caractère bien trempé rêvant de silence et de solitude, voilà que le monde s’invite à son chevet. Il assiste alors impuissant à la valse quotidienne des médecins, infirmières et personnels hospitalier, puis de ses proches dont son frère Hervé. Au fil de rencontres inattendues, drôles ou touchantes, Pierre reconsidère certains a priori et pose sur les autres un regard différent. Et, contre toute attente, ce séjour à l’hôpital finit par ressembler à une renaissance…
Tout le monde défile dans la chambre de Pierre (Gérard Lanvin) un macho dans lequel se révèle une crème d'homme, capable de toutes les empathies. Ces incursions sont prétextes à parler de l'amour, de l'adolescente, de la cougar, du mari blasé, de l'infidélité, du besoin de figure paternelle (aussi bien pour le flic que pour le jeune prostitué, signifiant bien que cette attente est universelle), des incompréhensions de la vie ...

Bien sûr le grand patron est une caricature, mais il en existe encore.
Bien sûr le kiné est un sadique, mais il est si drôle.
Bien sûr il y a un subtil dosage d'histoire d'amour.

Certes, on peut remarquer un coté "déjà vu", avec l'évocation de Elle et lui (décidément les auteurs auraient-ils tous les mêmes sources d'inspiration .... C'était déjà cela avec 3 coeurs ...) et ces retrouvailles vingt ans après même si c'est l'homme qui est handicapé (momentanément) et pas la femme.

Certes on peut critiquer l'affiche, stupide. Certes, on pourra dire que c'est davantage du théâtre que du cinéma. Mais la fin est tout de même assez bien imaginée. L'animatrice de télévision Anne-Sophie Lapix fait ses preuves comme comédienne, comme d'ailleurs le chanteur Daniel Guichard et l’humoriste Claudia Tagbo campe une infirmière plus vraie que nature. Quant à Jean-Pierre Darroussin (le frère) il est comme d'habitude, très juste. C’est déjà sa deuxième collaboration avec Jean Becker avec qui il a tourné Dialogue avec mon jardinier en 2007, que vous pouvez toujours lire.

Au final le film est comique, mais pas que. Sans aller jusqu'à conclure que c'est un film éblouissant je peux vous prévenir qu'il va vous remuer plus que vous ne croyez et qu'après vous ne regarderez plus un chat de la même façon.

Bon rétablissement ! est l’adaptation du roman éponyme de Marie-Sabine Roger, paru en 2012 (chez Actes Sud) qui elle même cosigne le scénario. C’est la seconde fois que Jean Becker adapte un des ouvrages de la romancière après La Tête en friche.

mardi 7 octobre 2014

Le malade imaginaire dans la mise en scène de Jean Liermier

Ça commence par un cauchemar et ça ne se terminera pas si bien que ça en aura l'air. Tout se passe dans la tête, c'est bien connu mais ce Malade imaginaire témoigne d'un mal être qui reste d'actualité plus de 300 ans plus tard.

Le texte est de Molière, pas un mot de plus, pas un de moins. Ce n'était pas évident pour tout le monde ce soir, ce qui prouve que la prose de cet homme continue, elle, de se bien porter.

On entend tout ... s'étonnant de repérer un julep dans l'énumération des préparations pharmaceutiques facturées à Argan. Si le mot est devenu synonyme de cocktail il était autrefois un excipient à base d'eau distillée, d'eau de fleur d'oranger, de sirop et de gomme arabique.

La création a eu lieu fin 2013 au Théâtre de Carouge-Atelier de Genève que le metteur en scène dirige depuis six ans. Il aime revisiter les classiques afin de les rendre accessibles à tous, aussi bien dans le répertoire de l'opéra que dans celui du théâtre où il s'est déjà confronté à Molière (le Médecin malgré lui, l'Ecole des femmes).

Jean Lermier a fait un réel travail de relecture, insufflant de la fiction partout où se dessinait une brèche afin de donner vie à ce l'imaginaire du spectateur. Reprenant la parole d'une spectatrice je dirais volontiers que çà décrasse.

L'essentiel du décor est articulé autour de trois murs du XVII°, des anges, et des tableaux de maîtres autour de la médecine. Il a été conçu par Jean-Marc Stehlé qui était un grand homme de théâtre, à la fois scénographe et acteur de génie (il est décédé en août 2013). Il lui a livré ses intuitions que le décorateur a  transformées en objets de théâtre. A l'instar du cabinet qui surgit des murs comme une pustule.

Il a concrétisé les visions qui terrorisent Argan en les faisant envahir la scène par deux marionnettes géantes de chirurgiens afin que le spectateur puisse aussi traverser les angoisses du personnage.

On s'amuse aussi beaucoup, de mille petits détails. Le parquet craque comme les convenances. Comme la raideur de la posture d'Angélique (qui est le nom d'une plante aux vertus thérapeutiques), sorte de poupée mécanique qui semble "faire le dos rond" aux injonctions de son père et qui évoque furtivement Peau d'Ane. Comme l'allure très Betty Boop de Béline, la belle-mère, qui adopte les codes de la séduction (robe rouge, talons perchés, postérieur offert) jusqu'à ce que, croyant son mari trépassé, elle relâche la pression, allume une cigarette, souffle au sens propre comme au figuré et tombe le masque.

Comme les Diafoirus revisités mode XIX°. Comme le surgissement d'un ours sur une musique rappelant la ritournelle de Bonne nuit les Petits. Comme la tenue de Toinette, seule femme à porter le pantalon et ... comble de la provocation au théâtre un chemisier vert. N'oublions pas que cette couleur était synonyme de malheur au théâtre et ... que Molière ne s'est pas remis du malaise qui l'a terrassé à la fin de la quatrième représentation.

On n'en finira jamais de s'interroger sur le message que cet homme a voulu transmettre, consciemment ou pas. Car enfin il se critique lui-même de "bon nigaud et d'impertinent" allant jusqu'à railler : "quand il sera malade je le laisserai mourir (...) Je lui dirai qu'il crève !"
Du coup on peut se demander si Argan est véritablement un hypocondriaque. Il a en quelque sorte de bonnes raisons d'aller mal. Il a ce qu'on désignerait aujourd'hui par un déficit de confiance en soi et il est habité d'obsessions dont il ne pourra pas guérir tant que tout le monde trichera autour de lui. Si on y regarde à deux fois on constatera que Cléante prend la place du maître de musique pour pouvoir rencontrer Angélique. Que Toinette se travestit en médecin. Qu'Argan lui-même se fait passer pour mort auprès de sa femme et de sa fille.

Et surtout la mort rôde, fictive ou réelle. Mais malgré cette réalité tragique, ce théâtre reste ludique et le plaisir du jeu est une évidence. Les comédiens sont tous excellents autour d'un Gilles Privat au sommet de sa forme, avec qui Jean Lermier avait déjà travaillé sur L’École des femmes. 
Le malade imaginaire de Molière | mise en scène Jean Liermier | assistante mise en scène Alexandra Thys avec Madeleine Assas, Dominique Catton, Pierre-Antoine Dubey, Philippe Gouin, Jacques Michel, Gilles Privat, Marie Ruchat et Christine Vouilloz
scénographie Jean-Marc Stehlé et Catherine Ranklat | lumières Jean-Philippe Roy | univers sonore Jean Faravel | costumes Catherine Rankl et Patricia Faget | sculpture Marie-Cécile Kolly, Anne Leray et Sylvia Faleni
Au Théâtre 71, Scène nationale de Malakoff
3 place du 11 novembre, 92240 Malakoff
Du mardi 7 au samedi 18 octobre
Les mardis et vendredis à 20 H 30
Les mercredis, jeudis et samedis à 19 h 30, le dimanche à 16 h
Un bar est ouvert 1h avant et 1h après les représentations pour boire un verre, grignoter ou goûter les spécialités maison d'Emilie (que je vous recommande).

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est d photographe Marc Vanappelghem

lundi 6 octobre 2014

Elles étaient en guerre 1914/1918, un film de Fabien Béziat et Hugues Nancy

A travers quatre-vingt-quatorze minutes d'archives c'est un pan plutôt mal connu de notre histoire de France qui se déchire brusquement, pour peu qu'on soit désormais éloigné de grands-parents qui auraient encore la capacité de nous en parler.

Ce documentaire n'a cependant pas provoqué d'énormes surprises pour moi qui ai tant entendu ma grand-mère raconter la vie que les femmes ont menée pendant la Grande Guerre. Elle est née un an après le siècle (en 1901 donc) et elle-même a remplacé son père dans le commerce en gros de fruits et légumes qui faisait vivre la famille dans le Nord de la France.

A treize ans, cette grand-mère avait conquis, sans le vouloir, une forme d'autonomie qu'elle ne "lâcha" pas après la démobilisation. Et pour cause puisque son père ne revint pas. Il fut un des 700 000 morts "pour la France" à Verdun.

Le film de Fabien Béziat et Hugues Nancy nous apprend qu'elles furent des millions à retourner sagement à leurs travaux d'aiguilles pour rendre aux hommes la place qui semblait légitimement leur "revenir". Elles ont mis ensuite des décennies avant de reprendre une place significative dans l'économie salariée. En 1960 il y avait toujours moins de femmes salariées qu'en 1913.
Ce documentaire évoque le rôle de la gent féminine durant la Première Guerre mondiale qu'elles soient célèbres comme Marie Curie, Edith Wharton, Mata Hari ou Rosa Luxemburg, ou anonymes par milliers. A travers leurs parcours croisés, c'est la voix de toutes les femmes plongées dans l'Europe déchirée de 14-18 qui ressurgit. Qu'elles aient été scientifiques, espionnes, militantes, syndicalistes ou institutrices, toutes ont joué un rôle capital hors des tranchées pour reprendre en main le quotidien. La comédienne Nathalie Baye prête sa voix à ce récit, qui retrace la Grande Guerre sous un angle inédit, à travers ces combats féminins et patriotiques.
En tout cas, en France, cette période n'accéléra pas (ou alors de façon marginale) l'émancipation des femmes et notre pays sera le seul, parmi tous ceux impliqués dans les hostilités, à ne pas accorder le droit de vote à ses citoyennes pendant l'entre-deux-guerres. Et à ce que j'entends autour de moi la question de l'égalité hommes-femmes demeure d'actualité.

Et pourtant, la France n'aurait pas pu continuer à tourner en se passant des femmes alors que les hommes étaient au front sur quelque 700 kilomètres et que le bétail était lui aussi réquisitionné. Le film nous montre les femmes dans les champs, dans les usines, sur les chantiers, partout ... Trois ou quatre éléments m'ont étonnée : leurs cheveux étaient systématiquement  emprisonnés dans un fichu, un sourire éclatant illuminait leur visage, les hommes portaient moustache et on les voit effectivement partir avec des tiges de fleurs (ou des petits drapeaux) plantées dans leurs baïonnettes.

Pourtant la vie des munitionnettes comme on les appelait était loin d'être facile. Ces femmes fabriquaient les obus. Cela devait être terrible de produire des armes quand on a pour mission de donner la vie. Le faire sans reconnaissance était une humiliation supplémentaire me semble-t-il. On a compté qu'en une journée chacune soulevait jusqu'à 35 tonnes, oui 35 tonnes. Il a dû y en avoir des tendinites et autres misères articulaires ! Néanmoins aucun nom de femme ne figure, à ma connaissance, sur aucun monument. Rien n'a jamais été érigé en leur honneur ...

Les midinettes obtinrent tout de même une faveur : le samedi après-midi de congé payé. On était encore loin de la semaine des 35 heures !

Je ne dis pas que les hommes n'ont pas payé un lourd tribu. Dix millions de soldats tués, 6 millions d'invalides, ce sont des chiffres insensés. Mais tout de même, il est choquant que les monuments aux morts aient été érigés exclusivement "A nos époux, à nos frères, à nos fils" ... Et ce documentaire pose la bonne question : a-t-on volé aux femmes leur part de souffrance ?

Les réalisateurs ont analysé les archives et proposent une réponse qui parait objective. Ils rappellent que le 7 août il y eut un appel officiel aux femmes françaises pour remplacer les hommes dans les usines, les boeufs dans les champs et répondre "présentes"partout où la main d'oeuvre faisait défaut.

Ils soulignent le rôle de Marie Curie, obsédée par la volonté de sauver des vies, et d'améliorer le sort des blessés. Avec sa fille Irène, âgée seulement de 17 ans, elles ont sillonné les zones de combat avec une camionnette équipée de matériel de radiologie, imposant cette technique aux médecins militaires pour éviter l'amputation à des milliers de soldats. Car tant qu'on ne savait pas repérer les balles et les éclats d'obus on tranchait dans le vif.

Les femmes ont aussi été sollicitées pour entretenir le moral des soldats. Elles sont devenues marraines, sorte de préfiguration de facebook.

Ils n'ont pas écarté ces images d'archives montrant les enfants heureux de leurs jouets, des armes miniatures, pour jouer à la guerre comme leurs ainés. On ne nous cache pas les leçons des institutrices qui enseignent l'honneur et l'instinct de revanche au lieu d'exhorter à la paix. On avait el droit de pleurer un membre de sa famille à condition de rester fier.

On ne cache rien, ni les combats, ni l'emploi du gaz moutarde, ni les boues sanglantes des tranchées. On nous rappelle aussi l'existence des pelotons d'exécution "pour l'exemple" sanctionnant mortellement les déserteurs et ceux qui refusaient cette guerre horrible. On ne pourra donc pas accuser les réalisateurs d'avoir minimisé les douleurs masculines.
J'ai vu ce documentaire en avant-première dans l'amphithéâtre de l'Ecole militaire en présence de l'équipe technique et de production. Il sera diffusé à une heure de grande écoute lundi 13 octobre sur France 3. Ne le manquez pas, ou alors programmez-vous une rediffusion (voir dates à la fin du billet).

Vous serez surpris par le traitement des photographies, le plus souvent dans leur état originel (en noir et blanc). Certaines archives n'ont pas été colorisées sans perdre de leur force historique.

Elles étaient en guerre (1914-1918), un film de Fabien Béziat et Hugues Nancy
Lundi 13 octobre à 20 h 30 sur France 3
Regardable en replay  jusqu'au lundi 20 octobre 2014 à minuit
Rediffusion mardi 21 octobre 2014 à 03:10 toujours sur France 3
En sortant la Tout Eiffel était nimbée de brume, tronquée comme le fut la vérité historique à propos du rôle des femmes ...

jeudi 2 octobre 2014

La boite noire, de Marc Baconnet, aux éditions Cohen & Cohen

Le titre du livre résonne avec celui de la collection, heureux hasard qui fait que le contenant s’accorde avec le contenu. Ce n’est pourtant pas d’une grande originalité.

La boite noire fut le titre d’un film, et d’un épisode de Spirou. L’expression désigne aussi l’appareil photographique et les enregistreurs de données, aussi bien pour les avions que dans les bateaux ou les voitures de course. En psychologie la théorisation de la boite noire est utilisée pour désigner l'être conscient qui répond aux stimulations de l'environnement et dont on ne souhaite pas étudier le fonctionnement interne menant à cette réponse.

Toutes ces explications s'appliquent au roman qui commence avec l’ouverture par effraction ... d’une boite de couleur noire contenant des secrets. Il se poursuit comme un thriller psychologique.

Le personnage principal dénonce (p. 25) ce besoin de tout être humain de laisser des traces (compromettantes) qu’il faudrait effacer en soulignant des exemples de ce qu’on retrouve au moment opportun … c’est-à-dire le pire.

Il va justifier sa position (qui consistera à tout révéler) par le souci de ne pas se rendre coupable de non dénonciation à titre posthume. Il promet donc de faire toute la lumière sur un vol de tableau ce qui est un fait authentique :
La nuit du 11 avril 1934, dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand, un panneau du célèbre polyptique de Van Eyck l’Adoration de l’Agneau mystique est volé, découpé à la scie. Il représentait Les Juges intègres. On ne le retrouvera pas.
Au mois de février 2012 un éditeur reçoit le texte ici publié. Les révélations qu’il contient, écrites de la main même de Pierre Decroix, ambassadeur de France, quelque temps avant sa mort, contredisent toutes les conclusions des enquêtes conduites jusqu’alors."Je préfère que ce soit en me lisant qu’on apprenne la vérité, plutôt qu’en croyant la découvrir dans les approximations de la presse." Mais quelle terrible vérité dévoile ici Pierre Decroix ?
Le lecteur s’interrogera tout au long du roman sur l’identité et les motivations de celui qui a pu (osé) voler le tableau en question. Egalement sur l’existence de l’Autobus aux masques et du Visage aux papillons attribués par l’auteur à James Ensor et qui tous les deux sont nimbés de non-dit. Si l'affaire des Juges intègres est authentique les deux autres tableaux sont nés dans l'imagination de l'auteur.

C'est un autre tableau, du même Van Eyck qui figure sur la couverture. C'est un choix judicieux. D'une part parce qu'il est magnifique. D'autre part parce qu'il évite une forme de pléonasme et suscite la surprise.

Marc Baconnet, agrégé de Lettres classiques, a été inspecteur général de l’Éducation nationale et a présidé la Scène nationale d’Orléans et du Loiret. Écrivain, il est aujourd’hui président de l’Académie d’Agriculture, Sciences, Belles-Lettres et Arts d’Orléans. Il a publié plusieurs ouvrages chez Gallimard. La boite noire est sa première contribution chez Cohen & Cohen.

L’écriture est précise, très documentée, ce qui est légitime s’agissant d’un fait historique. Mais elle est aussi très alerte, La plupart des chapitres se clôturant sur une sorte de formule. Par exemple (p. 30) : Je venais de rencontrer mon rêve et je n’étais pas heureux ; Ou encore (p.40) Je sais maintenant ce qu’il y a entre l’original et la copie, entre la nuit du vol et aujourd’hui. Autant de distance, et de souffrances, qu’entre la paix et la guerre.

Les débuts de chapitre sonnent eux aussi souvent en écho. Ainsi (p. 171) : La vérité ne se démontre pas. Elle se manifeste d’elle-même.  Et encore, (p.147) : Je voulais oublier à tout prix.

Il serait de bon ton de retrouver l'oeuvre. Console, piano, statues, tous ont leurs secrets et représentent une cachette plausible pour peu qu’ils mesurent les dimensions idéales : 9 sur 50 cm. Le lecteur est baladé, c’est bien le terme qui convient, d’Orléans à Berlin, en passant par Beaugency et Bruxelles, jusqu’à Delft et Prague, avec un détour par le village de Gidainville qui, lui, n'existe pas.

Marc Baconnet connait bien le Loiret, lui qui se déclare être un orléanais "pur sang". Son oncle était curé de Gidy et lui inspira quelques chapitres. Des livres ont été réellement cachés dans le clocher de l'église, même s'ils n'ont jamais eu de lien avec l'affaire des Juges intègres.

C'est le tableau qui est à l'origine du livre. L'auteur l'avait vu à Gand sans se douter qu'un panneau avait été volé. C'est à sa seconde visite qu'il remarqua cet élément et l'idée lui vint aussitôt de tisser une histoire à partir de ce fait.

Son héros, Pierre Decroix, a ce défaut de vouloir tout savoir et tout comprendre (p. 85). Son tempérament justifie que le roman existe et l’on se réjouit que le tableau volé soit longtemps demeuré une écharde d’un vieux bois du XV° siècle plantée dans son corps qui se survit au XXI° siècle (p. 203). Il aime les Juges Intègres à la folie et il appliquera d’une bien curieuse manière le précepte qu’il nous glisse (p. 188) : Aimer un chef d’œuvre c’est se séparer de lui. Pour ne pas le tuer.

A moins que ce ne soit pour faire cesser les investigations puisque, comme il l’écrit p. 203 : Le bonheur est de chercher, pas de trouver. Ou encore p. 128 : Seul est vrai ce qu’on n’a pas dit.

A partir du moment où Marc Baconnet avait commencé à écrire un faisceau d'indices sont venus alimenter son travail. Comme l’incident de Bagdad, rapporté p. 204. Mais il lui fallut plus de 4 ans pour le terminer.

Il distille beaucoup de psychologie dans ce roman qui tente d’explorer la notion de culpabilité, directe, et parfois transmise (sommes-nous coupables des agissements de nos parents ?) à propos d’une histoire que tout le monde connait et que personne ne raconte (p.155). On peut aussi s'interroger sur les attrait d'Erika qui parvient à séduire le père et le fils à vingt ans de distance, et sur le degré de haine entre les deux fils. Pour clore le sujet l'auteur a de jolis accommodements avec la morale : Déplacer n’est pas voler (p. 159). 

"ArtNoir" est la première et la seule collection au monde exclusivement consacrée aux thrillers se déroulant dans le monde de l’art : meurtres de peintres, aventures autour d’un tableau disparu, faussaires assassins, l'éventail des thèmes est large pourvu que l'intrigue ait un rapport avec le microcosme artistique.

Chaque auteur construit son roman librement, avec sa personnalité, ses goûts, son style. La longueur des textes et les époques sont indifférentes. Ce ne sont ni la violence des scènes ni le nombre des meurtres qui guident les choix de l'éditeur; mais plutôt la finesse et l’originalité des scenarii qui permettent au lecteur d’entrer dans le cœur du livre sans être aucunement spécialiste de l’histoire de l’art.

La boite noire, de Marc Baconnet, aux éditions Cohen & Cohen, depuis le 15 mai 2014 en librairie

lundi 29 septembre 2014

3 coeurs de Benoît Jacquot

Je venais voir une comédie et c'est une tragédie que j'ai découverte. Mais si parfaitement interprétée que je n'ai pas de regret.

On se dit que le portable a changé la vie des amoureux, qui peuvent être constamment reliés l'un à l'autre. Benoit Jacquot démontre que les soucis de communication demeurent éternels.

Les 3 coeurs en question sont multiples. On pensera aussitôt que c'est le trio composé d'un homme partagé entre deux femmes. Ce sont aussi deux soeurs et leur mère.
Inspecteur des impôts en déplacement dans la petite ville de Valence, Marc (Benoït Poelvoorde) manque de peu le dernier train pour Paris. Il demande à Sylvie (Charlotte Gainsbourg), une jeune femme croisée dans un café, de lui indiquer un hôtel. De confidence en plaisanterie, ils passeront la nuit à errer dans les rues et conviendront de se retrouver à Paris, au jardin des Tuileries, le vendredi suivant, à 18 heures. Le jour venu, Marc, surmené, est victime d'un malaise. Ils n'ont pas échangé leurs numéros de téléphone et il ne peut la prévenir. La jeune femme, désespérée l'attend longtemps puis finit par partir. Il arrivera trop tard. Sylvie renoue avec son compagnon, accepte de le suivre à Minneapolis et laisse sa soeur Sophie (Chiara Mastroianni  s'occuper seule de leur magasin d'antiquités. Un autre jour Marc croise Sophie, qui sollicite son aide pour redresser sa comptabilité. Il tombe amoureux... sans savoir qu'elle est sa soeur. 
Le film est l'histoire d'un rendez-vous manqué. On pense à Elle et Lui, à la rencontre de Terry et de Nickie sur un paquebot, et leur promesse de mettre leur amour à l'épreuve de la séparation. Ils devaient se revoir au au sommet de l'Empire State Building 6 mois plus tard. Terry, pressée de le retrouver, court entre les voitures et est renversée par un véhicule. Lui l'attend en vain. Elle a les jambes paralysées, mais refuse par fierté qu'il en soit informé.

Benoit Jacquot traite un sujet semblable mais du point de vue masculin. Avec des influences d'Alfred Hitchcock avec une montée en puissance d'un infernal engrenage lorsque Marc retrouvera Sylvie, de François Truffaut (avec le recours à une voix off), Claude Chabrol pour sa critique de la bourgeoisie ... La montée en puissance de la musique ajoute au suspense. La fin est terrible quand ils rejouent la scène de rendez-vous raté, comme s'ils étaient au paradis ...

Marion Cotillard avait été pressentie pour le rôle de Sylvie, et Léa Seydoux pour celui de Sophie. Le duo Charlotte Gainsbourg et Chiara Mastroianni est très réussi, d'autant que Chiara est à la ville la fille de sa mère à l'écran, Catherine Deneuve.

Charlotte a toujours une dégaine de lycéenne, même si la ressemblance avec sa propre mère (Jane Birkin) s'accentue. Elle est parfaite dans ce rôle qu'elle interprète avec retenue.

Valence est une ville fantôme représentative de la "province". Sylvie et Sophie y mènent une vie calme et sans grand bouleversement non loin du foyer de leur mère nourricière. On remarquera que les scènes de repas sont répétitives.

Le combat contre un homme politique local et corrompue est une intrigue additionnelle qui n'était peut-être pas nécessaire. 3 coeurs demeurera avant tout le combat d'un homme avec lui-même, aux prises avec une indécision quasi maladive, qui résonne avec sa maladie ... de coeur.

vendredi 26 septembre 2014

C'est la saison de la pâte de coing

Les coings sont des fruits merveilleux pourvu qu'on sache les cuisiner car il est hors de question de les manger cru. N'essayez pas, leur âcreté est insupportable.

Je les aime en tajine, et je vous donnerai bientôt ma recette mais aujourd'hui nous allons préparer une gourmandise à peu de frais. Car la pâte de coing est très facile à réaliser à la maison.

D'abord éplucher les coings, et enlever les graines.

Faire cuire dans très peu d'eau environ dix minutes le temps de les attendrir.

Les égoutter et les mixer.

On pèse alors pour ajouter du sucre dans la proportion de 1 kilo de sucre pour 1, 500 de coings mixés. Penser à mettre du sucre vanillé.
Faire cuire en remuant constamment entre 20 et 30 minutes.

Verser ou étaler sur un papier sulfurisé sur une plaque creuse sur une épaisseur de 1 centimètre.

Laisser sécher à l'air libre en retournant la pâte de fruits chaque jour à partir du troisième jour.

Au bout de 5 jours on peut retirer la feuille de papier et procéder à la manoeuvre sur une grille à pâtisserie.
On coupe ensuite ce qui reste (car vous n'aurez pas résisté à la tentation de gouter régulièrement pour vérifier si la pâte est assez sèche ou déjà archi-sèche) en carrés ou en bâtonnets comme des orangettes.

jeudi 25 septembre 2014

In Situ 1 à l'Espace culturel Vuitton

L'Espace culturel Louis Vuitton poursuit son engagement en faveur des artistes contemporains et donne la parole aux femmes en invitant une artiste internationale durant quatre mois.

Le projet s'intitule In Situ - 1 autour de l’artiste américaine Andrea Bowers qui a pu créer dans une totale liberté et en public depuis le 4 juin dernier.

La présentation de l'exposition finale avait lieu ce soir.

Andrea Bowers est née en 1965 à Wilmington - Ohio, Etats-Unis. Elle vit et travaille à Los Angeles. Elle s’est fait connaître par une oeuvre emprunte de militantisme civique : féminisme, droit des minorités et des travailleurs, lutte contre le réchauffement climatique ou contre le SIDA. Actions, dessins, photographies et installations, son oeuvre tisse un réseau complexe de formes comme autant de questionnements.

Cette artiste ne revendique pourtant pas son militantisme, contrairement à nombre d’artistes pour qui cette attitude constitue une posture médiatique. Néanmoins, invitée à définir ce qu'est la création, l'artiste répond que c'est avant tout un engagement. Elle prélève des images parmi les flyers ou les affiches de manifestations et les coupures de presse, puis elle retravaille des détails ou des personnages au feutre, au fusain, avec des crayons.

Les œuvres finales peuvent être de petits dessins sur fond blanc ou des fresques sur de grands cartons d’emballage.
Une équipe d'assistants ont aidé l'artiste à réaliser les oeuvres, comme celle-ci, "La voix des femmes" pour assembler, coller, dessiner aux marqueurs par petites touches de feutre noir, d'abord avec des Posca, puis des marqueurs dont certains ont une encre à reflets rouges, d'autres bleutés, d'autres enfin d'un noir profond, et qui apparait lorsqu'on s'approche. Elle reprend et amplifie des oeuvres qui ont existé préalablement.

Une série de papillons a été réalisée, représentant le monarque, un papillon qui est devenu l'emblème de la défense de la liberté dans la cause politique, sociale et civique de l'immigration mexicaine aux USA.
Ces cartons, destinés à emballer des chaussures et des sacs de luxe, ont d’ailleurs été récupérés quelques étages plus bas auprès du magasin Vuitton, car Andrea Bowers souhaitait que le studio graphique de Louis Vuitton s'implique dans le projet.

Le plus grand offrait un recto (ci-dessus) et un verso (ci-dessous) avec la mention No one is illegal qui est le slogan des défenseurs des mexicains.
Sur un autre mur un troisième papillon reflétait dans une vitre une pseudo symétrie puisque le texte reproduit se lisait aussi parfaitement sur la partie gauche que sur la partie droite. Il est entoilé sur l'arrière pour pouvoir être accroché de manière invisible.
Le choix des cartons relève totalement de la démarche artistique. Certains sont plus épis que d'autres et leurs tailles diffèrent.
Chaque visiteur pouvait repartir avec la reproduction d'une oeuvre sur carton noir.
La salle dédiée aux animations jeune public relatait elle aussi du type de travail fait sur ce sujet. Le programme de rendez-vous (gratuits) est vaste : conférences, conversations, performances, activités familiales et jeunes publics.
Dans le Salon de Médiation chaque visiteur était invité à ajouter un morceau de tissu pour composer un immense collage et je me suis volontiers prêtée au jeu.

En coursive on peut chercher dans les multiples croquis de l'artiste les prémices des installations qui sont aujourd'hui dévoilées au public.
L'artiste s’attache depuis longtemps à faire ressortir la notion de justice sociale dans son travail, qu’il s’agisse des droits des migrants clandestins ou de ceux des femmes.

C'est ainsi qu'on peut voir Fantani Touré dont une vidéo est projetée en continu. Cette princesse malienne raconte sa lutte pour l’abolition de l’excision et des mariages forcés au Mali. Elle parle face caméra, assise sur un canapé et sa robe flamboyante se détache sur le mur blanc qui sert de fond. On la découvre aussi chanter sur la terrasse en plein ciel ou marcher fièrement dans les couloirs déserts de l’Espace culturel.

Andrea Bowers reprend la parole de cette femme dans sa propre langue (sur fond bleu), en anglais (sur fond rouge) et en français (sur fond jaune) avec cette simple supplique : Ne me diminuez pas !
A signaler un très beau texte de Christine Angot sur le processus créatif, remis à chaque visiteur.

Ce programme inédit d’ateliers ouverts s’étendra de Paris à Tokyo en passant par Munich de septembre 2014 à janvier 2015. Rendre hommage aux femmes d’exception dans diverses disciplines créatives s’inscrit dans la continuité de l’engagement de la Maison. C’est pourquoi trois femmes ont été choisies pour cette première édition.

Si à Paris, c’est l’Américaine Andrea Bowers qui ouvre les portes de son "atelier" aux visiteurs pour partager son expérience de travail in situ, ce sera Min-Jeong Seo à Tokyo et Simryn Gill à Munich.

Espace culturel Louis Vuitton, 60 rue de Bassano, 75008 Paris, 01 53 57 52 03
Site internet: http://www.louisvuitton-espaceculturel.com/
Ouvert du lundi au samedi, de 12h à 19h Le dimanche, de 11h à 19h
Accès libre

mercredi 24 septembre 2014

Le Château des étoiles d'Alex Alice aux éditions Rue de Sèvres

N'étant pas une grande lectrice de BD, n'attendez pas de moi une analyse comparative très poussée. Je vous livrerai juste mon ressenti, ce qui, après tout, représente déjà une jolie performance.

L'univers de la bande dessinée me renvoie à la difficulté de lecture de mes jeunes années, quand je manquais d'expérience pour lire à très grande vitesse. Un tel ouvrage réclame une attention extrême et j'avoue en avoir perdu l'habitude, même si je lis avec énormément de plaisir la plupart des livres que je chronique (sinon je vous prie de croire que j'aurais arrêté depuis longtemps).

J'ai eu envie d'ouvrir Le Château des étoiles parce que c'était une publication de Rue de Sèvres, et qu'une jeune maison d'édition mérite qu'on prenne garde à ce qu'elle entreprend. Et puis il y avait quelque chose d'à la fois merveilleux et familier dans le coup de crayon de l'auteur.

Je me suis demandée si son nom, Alex Alice, était bien le sien ou s'il se vivait comme le frère de plume d'Alice, la jeune expérimentatrice de Lewis Carroll.

Coup de chance, je l'ai rencontré et je peux vous dire que mon intuition était bonne.

Diplômé en 1997 d’ESCP Europe (nouveau nom de l’Ecole Supérieur de Commerce de Paris), Alex Alice ne se destinait pas forcément à la bande dessinée si ce n’est une réelle passion et un indéniable talent dans le dessin. C'est la rencontre avec Xavier Dorison qui sera déterminante. Il se fait remarquer avec sa première série le Troisième Testament (réalisée avec Xavier Dorison) publiée chez Glénat de 1997 à 2000. Il continua sa route en solo avec Siegfried, publié en 2007 chez Dargaud, pour lequel il s'est inspiré de la légende de Nibelung et de l’opéra de Wagner. Entre temps il adapte aussi en BD le célèbre jeu vidéo Tomb Raider pour Fréon.

Le Château des étoiles a été prépublié sous forme de journal (un peu de la même manière que l'Adèle Blanc-Sec de Tardi) avec des éléments historiques et scientifiques qui ne figurent pas dans la version cartonnée. Celle-ci sort aujourd'hui en librairie et à cette occasion une rencontre a été orchestrée avec l'auteur dans un des endroits de la capitale qu'il affectionne,  le Dernier bar avant la fin du monde, rue Victoria, dont le cadre s'accorde parfaitement avec son univers et où il expose jusqu'au 10 octobre. Ce bar reçoit d'ailleurs régulièrement des auteurs et des dessinateurs.
Alexandre, Alex pour ses lecteurs, se sentait ici comme chez des amis ... Tristan, son bambin de fils aussi qui séduisit l'assemblée par ses facéties. Il nous a confié la genèse du Château des étoiles. D'abord en raison de sa fascination pour la conquête spatiale. Grand lecteur de Jules Verne il a été déçu de constater que ses héros se contentaient de faire le tour de la lune et de rentrer sans chercher à prolonger l'aventure.

L'idée que des gens bien habillés débarquent sur une autre planète, offre un contexte sciencefictionnel intéressant, surtout si on le relie à la pensée positiviste. Il faut se souvenir qu'au XIX° siècle les scientifiques écrivaient des poèmes.

Le caractère ultra romantique de Louis II de Bavière, mécène de Wagner, a été le second élément déclencheur.

Louis II représente à ses yeux le précurseur absolu du geek qui serait aujourd'hui perdu dans des mondes virtuels. Mais comme Visconti a réussi magistralement sa biographie en 1972 avec le film Ludwig ou le crépuscule des dieux, il ne pouvait pas être question d'avancer sur ce terrain. Par contre sa personnalité était de nature à pouvoir précipiter un récit.

La visite des châteaux bavarois, qui ont marqué l'enfance de l'auteur, a suggéré le décor de cette histoire qui s'inscrit dans un genre spécial, le merveilleux scientifique. Louis II en a fait bâtir plusieurs. Le plus connu ressemble à une demeure médiévale alors qu'il a été construit en tôle boulonnée, avec les plus grandes technologies de l'époque. Il possédait un ascenseur à vapeur.

La rencontre entre deux visionnaires au caractère très différent, le père Dulac et Ludwig, ne pouvait que provoquer une étincelle.

1869, premier jour des vacances d’été. Un an après la disparition de sa mère à bord d'un ballon de haute altitude, Séraphin Dulac reçoit une lettre "invitant" son père en Bavière. Le carnet de bord de l'exloratrice aurait été retrouvé. Le lendemain, sur le quai de la gare, ils sont attendus...

L’action se situe à une période où la science considérait, à tort, que le vide de l’espace était en fait rempli d’une matière auquel on donnait ce nom : L’éther. Les scientifiques pensaient que cette substance remplissait le vide et transmettait la lumière (théorie mise au rebut par Einstein avec la relativité restreinte).

L’album prend le parti pris qu’un savant puisse arriver à l’utiliser pour élever une machine, un château dans les airs, grâce à cette matière. J’ai aimé le point de départ avec cette envolée d’une femme hors du commun. Les allusions discrètes à d’autres univers, comme les Dupont d’Hergé (p. 14 où l'auteur a hésité à dessiner les mêmes moustaches), l’humour aussi, notamment quand le jeune homme atterrit dans la salle de bains de la jeune fille, Sophie, aussi fantasque que l’héroïne de la Comtesse de Ségur. Elle esquisse un geste outragé qui est traduit par un son dans la bulle suivante : baf, onomatopée habituellement écrite avec deux f. On verra plus tard combien une fille peut être courageuse.

La mère a disparu sans qu’on puisse certifier qu’elle soit morte. Plus tard le dessin rendra admirablement bien cette évocation au moment où son fils (Séraphin, difficile d’imaginer un prénom plus léger) l’imaginera littéralement givrée (p. 26) à mesure qu'il poursuit la lecture de son carnet de notes.

Le geste est ultra soigné, les dessins sont élégants. La forme du canard (p. 30) qui évoque le cygne du blason de Lohengrin, et plus loin une nouvelle version très proche du Concorde.

Les contes disent toujours la vérité (p. 39). Le roi est le seul personnage représenté en gris, symbole évident de sa dépression.

A la fin c’est un véritable feu d’artifices ; tout le monde est sauvé … pour le moment.
Alex est très scrupuleux sur la vérité historique mais il diverge très vite. Tout ce qui se passe dans la BD aurait pu avoir été imaginé au XIX°, dans une forme de logique.

Tout le monde aura compris ce soir que cette réalisation lui aura demandé un travail fou que ce fou de travail a accompli avec l'énergie qui le caractérise : je travaille vite mais il y avait beaucoup de travail. Le projet a demandé deux ans. S'il a pu voir le jour chez Rue de Sèvres c'est parce que son éditrice l'avait contacté bien en amont de la fondation de cette maison d'édition.
Alex est un grand lecteur de BD. En terme d'influence il reconnait avoir été inspiré par Tardi (le Démon des glaces), par Hergé et son dyptique lunaire (Objectif lune, On a marché sur la lune), Alain Ayrolles, qui fut son camarade d'atelier, Franquin (QRN sur Bretzelburg) et Hayao Miyazaki (Le Château de Cagliostro auquel il avoue avoir "piqué" les feux d'artifices), jolie manière de revendiquer une filiation ...

Le lecteur pensera à  Phileas Fogg et à Jules Verne, de toute évidence, mais aussi au créateur de Tom Sawyer, Mark Twain qui le premier a écrit : ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. Egalement à Hugo Cabret et Méliès, à l’extravagant TS Spivet … et plus tard à Sissi et Louis II de Bavière, à tous ces héros pour adolescents capables de rallier aussi les imaginaires des adultes.
Si ses deux séries précédentes étaient destinées à des adultes, avec le Château des étoiles Alex Alice avait le souci de s'adresser à tout le monde, sans exclure les enfants. Cela supposait donc de ne pas présenter les choses avec trop de complexité ou d'employer des mots incompréhensibles.

Et bonne nouvelle ... Alex s'est déclaré prêt à prolonger. Nous ne serons pas surpris de découvrir que les deux albums prévus se transforment en trilogie.

Le Château des étoiles d'Alex Alice aux éditions Rue de Sèvres, sortie en librairie le 24 septembre
Blog de l'artiste : alexaliceblog.blogspot.com/

lundi 22 septembre 2014

Hippocrate de Thomas Lilti

Le jeune médecin refuse la blouse tachée que lui tend l'intendante. Pas de chichi, elle a été lavée. Ce sont des taches propres.

La réplique a son effet comique. Sauf pour les étudiants en médecine (ou en pharmacie) qui ont tous vécu cela. Hippocrate commence avec légèreté mais le film aborde l'hôpital sous un angle inhabituel, celui de la responsabilité (ou de l'impunité) des médecins en situation de faute professionnelle.
Benjamin (Vincent Lacoste) va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père (Jacques Gamblin), rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel (Reda Kateb), est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.
Dire que le réalisateur a voulu dénoncer le féodalisme du système hospitalier français est exact mais j'ai trouvé que c'était avant tout une histoire d'amitié et de fidélité.

Thomas Lilti est médecin et fils et de médecin, comme Benjamin (second prénom du réalisateur). Il fut un étudiant brillant. La médecine lui a en quelque sorte été imposée mais il réussit à mener en parallèle une carrière de réalisateur, tout comme Martin Winckler qui est médecin et écrivain. Il a notamment publié La Maladie de Sachs, Le Chœur des femmes, En souvenir d’André ... qui tous abordent la médecine sous un angle critique, et très humain.

Tout ce qui figure dans son film est donc clairement inspiré de faits réels. Il a d'ailleurs tourné dans un hôpital où il a exercé. Malgré tout, il n'est pas dans une posture descriptive ni caricaturale. On sent que l'hôpital est un lieu de vie avec des ambiances différentes entre les chambres des malades et celles des internes de garde, les salle de soins ou de réunion.

Le service n'est pas gigantesque : 10 chambres, 18 patients, mais certains comptent double ou triple. Benjamin est là pour 6 mois. Il est immédiatement "cueilli" par la détresse d'une anorexique. Tu verras, on s'habitue, lui dit-on pour l'encourager.

Il va enchainer les vexations ou les désillusions. A commencer par une ponction lombaire qu'il ne parvient pas à faire. Suivra une séance de bizutage. Le spectateur est saisi lui aussi par la nature des graffitis à dominante vulgaire et sexiste.  Le contraste entre le bonjour joyeux et l'annonce d'un décès est déroutant. Et les entretiens avec les familles ont de quoi glacer le spectateur. La loi Leonetti ne semble pas réellement appliquée. Le film présente une situation très caractéristique de la médecine française : on ne tient pas compte de l’avis du patient ni de sa famille. Moi qui espérais qu'on avait progressé dans l'humanisation des hôpitaux et que l'annonce d'une grave maladie était désormais codifiée ...

Benjamin vit désormais dans un quasi huis-clos. C'est que lorsqu'on est interne, on passe presque la totalité de son temps à l’hôpital. Les loisirs y sont restreints. On se demande si regarder la série télévisée Dr House est un bon moyen de se changer les idées... A signaler que Martin Winckler en a fait une analyse passionnante.

Il ne fait aucun doute que le scénario est construit sur des faits réels, ou du moins totalement plausibles. Avoir sollicité de vraies infirmières pour interpréter "leurs" rôles fait gagner en authenticité. Le film peut davantage encore dénonce une réalité assez caractéristique de la France en oscillant avec intelligence entre l'entraide et l'abandon, ce qui permet de dénoncer la violence institutionnelle qui renvoie à la solitude.

Il rend hommage aux internes étrangers (à propos desquels il confie qu'ils l'ont beaucoup aidé dans son parcours), en plaçant le personnage d’Abdel au centre du récit.

Certains vivent encore d'espoir : on n'est pas des surhommes, alors si on peut pas compter les uns sur les autres on est foutu. D'autres sont désabusés : c'est pas un métier, médecin, c'est une espèce de malédiction.

Thomas Litli interroge les questions de morale et de conscience par rapport à la loi et à l'éthique à sa manière. La rentabilité pèse aussi dans les prises de décisions. Hippocrate, s'il fait référence au serment, se révèle surtout être un film qui dénonce l'hypocrisie, celle de l'autorité.

Après Hippocrate, on se dit qu'on ne regardera plus un hôpital de la même manière.

dimanche 21 septembre 2014

Comment se faire cuire ... un oeuf dur ...

C'est Michel Trama qui m'a expliqué comment procéder pour écaler un oeuf à très grande vitesse quand j'étais dans son restaurant cet été. J'ai passé plusieurs jours en sa compagnie (cinq articles ont été publiés en juillet sur le blog) et j'ai appris beaucoup de choses, certaines sophistiquées, d'autres simplissimes, ... à condition de les connaitre.

Le truc peut être utile quand on en prépare en quantité pour un pique-nique.

Il suffit de faire un petit trou dans la coquille, du coté le plus arrondi. On perce sans aller trop loin de manière à rester dans la poche d'air.

Ensuite on le glisse classiquement dans l'eau bouillante salée pour 10 minutes.

Chez Michel Trama on prend un morceau de rayon de bicyclette dont un bout est protégé par un bouchon. Comme quoi on peut "bricoler" aussi quand on est trois étoiles Michelin.

Ce truc est aussi employé pour éviter que la coquille n'éclate quand on cuit les oeufs au micro-onde.

samedi 20 septembre 2014

Hetero de Denis Lachaud au Théâtre du Rond-Point

Le Théâtre du Rond-Point propose en ce moment une pièce étonnante, dont le titre Hetero semble une provocation compte tenu des débats passionnés autour de l'homosexualité.

Il n'en est rien. Le sujet concerne la question de la place dévolue aux femmes et aux hommes, mais surtout aux femmes.

Avoir choisi de faire interpréter le texte uniquement par des hommes permet de neutraliser les différences. Le monde devient unisexe mais les rapports de force instaurés par la tradition sont maintenus, avec une violence qui éclate très vite. Et la question de la distribution des rôles au sein du couple et de la société est révélée avec davantage d'acuité. On continuera longtemps de réclamer les mêmes droits et les même devoirs ...

Les personnages sont en quelque sorte masqués derrière un maquillage blanc qui les présente comme ces clowns blancs dont la drôlerie provient de leur rapport à l'autorité, contrairement aux autres clowns qui font rire avec leurs bêtises. On pense aussi au théâtre No, ce qui donne une touche ancestrale.

Vous aurez compris combien ce spectacle peut s'avérer en fait très subversif. Surtout quand l'un des personnages réclame à l'autre : Montre-toi sous ton vrai visage ! La vie est un combat. Comme le souligne le fils : ce que je n'irai pas chercher ne me sera pas donné.

Les détracteurs estiment assister à un long délayage qui ne leur apprend rien, que les dialogues s'enchainent sans surprise et que le sujet s'épuise. Ils se défendent sans doute de regarder en face une vérité très dérangeante.

Denis Lachaud traite les rapports de domination, de dominé-dominant, en se moquant de la démonstration de la toute-puissance et du pouvoir, notamment dans les rapports de couple entre l'homme et la femme. C'est magistral. S'il y a un point cependant sur lequel je ne suis pas d'accord avec lui c'est qu'au final nous assistons davantage à une tragédie qu'à une comédie parce que son second degré évoque cruellement le premier degré dans lequel se débattent bien des couples.

Les stéréotypes sont immuables. Que ce soit entre employeur et employé ou entre mari et femme. La mise en scène de Thomas Condemine, un ancien de l’École du Théâtre national de Strasbourg (promotion 2007) est assez inventive. Le décor, lui aussi en noir et blanc, est intentionnellement composé de panneaux raccordés entre eux par des toiles qui se boursoufflent par moments. La symbolique de la remise en cause du cadre est évidente.

L'air arrive du dehors, porté par de grandes bourrasques inondant littéralement les personnages de couleurs vives. A la fin personne n'est indemne et tout le monde patauge.

La langue de Denis Lachaud rappelle la syntaxe du théâtre antique alimentée par un lexique contemporain, le tout dans un élan poétique très marqué. C'est très fort et les dialogues sont "serrés". Par exemple le consentement du fils est : "Capitaine de mon père, cow-boy de mon papa, je deviens par notre volonté commune le capitaine de mon promis qui sera mon soldat pour la vie."

On reconnait à intervalles réguliers, et dans un tempo parfois différent, le Chœur des soldats du Faust de Gounod dédié à la gloire immortelle de nos aïeux.

Parmi les comédiens, John Arnold, formé au Théâtre du Soleil, et qui a fait ses débuts dans la compagnie d’Ariane Mnouchkine. Il a réalisé avec succès l’adaptation et la mise en scène du roman de Joan Carol Oates, Norma Jean, qui fut créée au Théâtre des Quartiers d’Ivry.

Hetero de Denis Lachaud, mis en scène par Thomas Condemine, au Théâtre du Rond-Point.
Du 17 septembre au 19 octobre 2014, à 20 h 30, dimanche 15 h 30
Salle Jean Tardieu
Avec : John Arnold, Valentin de Carbonnières, Christian Caro, Bertrand Farge, Yvon Martin.
Crédits photographiques : Nicolas Mahut.
Texte publié aux éditions Actes Sud-Papiers

jeudi 18 septembre 2014

J'ai gouté les produits de Terre Ferme

J'ai annoncé l'inauguration de Terre ferme au début du mois de juillet. Je n'avais pas gouté les produits au moment où j'ai rédigé l'article. C'est chose faite depuis, avec 100% de satisfaction, ce qui légitime l'annonce de la prochaine session.

Elle aura lieu Vendredi 10 octobre à partir de 18h30 à Verrières-le-Buisson (91) : salle du Moulin de Grais au 12 rue du Lavoir. Vous me direz que c'est absurde d'écrire un billet qui ne concerne qu'une zone géographique restreinte. Sauf que vous pourrez consulter le site Internet et contacter le fondateur de cette toute nouvelle entreprise et organiser avec lui la venue de ses producteurs dans votre région.

Car Terre ferme est appelée à se développer en raison de la grande qualité des produits proposés et de la convivialité du concept. Le rapport qualité/prix/satisfaction accélère un bouche-à-oreille exponentiel.

C'est une entreprise verriéroise de circuit court alimentaire qui invite des producteurs français (du Morvan, de Bourgogne, de Champagne...) qui font le déplacement pour proposer les produits de leur ferme, avec une transparence totale sur leur savoir faire et sur les conditions d’élevage et d’agriculture. Avec la garantie de produits sains, naturels, authentiques et de haute qualité.

S'il est recommandé de passer commande via Internet auparavant, c'est juste pour s'assurer de trouver sur place les produits que l'on souhaite et pour gagner du temps. Libre à chacun de préférer procéder de manière plus classique, en regardant avant d'acheter. Mais ne vous plaignez pas ensuite de ne pas avoir les chèvres frais que vous venez de gouter. Ils sont si bons qu'ils partent ... comme des petits pains. Vous voilà prévenus.

A l'inverse, il se peut qu'il y ait parfois une différence entre la précommande et le panier final. Marc s'en explique en toute logique : "Les produits des familles Rigollet et Chevalier sont des produits de légumes frais. Par conséquent la livraison est dépendante de la récolte qui est faite juste avant l'événement et spécialement pour les clients de Terre Ferme."

Acheter des produits bio et de bonne qualité, ce n'est pas si original que cela ... mais la façon dont le fondateur Marc Defrance a bâti son projet n'a, à ma connaissance, rien d'équivalent. Ce qui me plait dans l'affaire c'est sa manière de concevoir les choses.

Il ne cite pas des producteurs mais des "familles", et il parle d'eux d'une manière qui force le respect. Marc est toujours présent à chaque vente, faisant le lien entre les uns et les autres, restant constamment à l'écoute des avis, critiques et suggestions.

D'abord les légumes bios de la Famille Chevalier.
Ce producteur vous propose de faire vous-même votre panier de légumes au kilo en fonction des produits qu'il aura apportés, tous de saison comme de bien entendu.

Pour le choix des tomates anciennes et colorées, vous avez la possibilité de laisser le producteur faire l'assortiment.

Quelques exemples de prix :

Produit n°2 : Carottes primeurs à 2,80 €/kg    (en kg)
Produit n°5 : Poireaux à 3,50 €/kg    (en kg)
Produit n°7 : Persil 0,75 € le bouquet    (en bouquets)
Produit n°8 : Tomates olivette à 2,75 €/kg    (en kg)
Produit n°9 : Aubergines à 1 € pièce    (en unités)
Produit n°10 : Poivrons à 5,50 €/kg    (kg)
Produit n°11 : Echalotes à 4,50 €/kg    (en kg)

Ce qui fait la différence, ce n'est pas tant la spécificité "bio". D'autres la garantissent. C'est la fermeté et le goût de leurs légumes. J'ai préparé des poivrons confits (selon la recette que tous les lecteurs connaissent désormais) absolument délicieux.
Et surtout j'ai cuisiné un pot-au-feu à damner une talée entière. On voit sur la photo que les légumes n'ont pas fini en charpie. Même la tomate est restée ferme. Quant à la betterave, que j'ai mise crue, elle a apporté une touche d'originalité pour contrer l'image vieillotte de ce plat qui peut vraiment être un met de rois.
L'un des deux producteurs, Gregory (sur la gauche) est d'origine polonaise et a trouvé mon idée tout à fait adéquate. Son compère Adrien n'a pas osé le contredire.
Surtout quand on prend la viande de la Famille Garruchet (viande bovine & volailles) dont les prix sont très raisonnables. Ainsi l'entrecôte est à 20 euros le kilo. Allez trouver mieux ! Comme les morceaux sont tranchés d'avance et ensachés sous vide, avec une date limite de conservation, on peut prévoir pour plusieurs jours. Je rappelle à cette occasion qu'un restaurateur londonien a été élu meilleur chef avec du boeuf de ... 90 jours. Ne nous précipitons pas pour consommer la viande rouge trop rapidement.
Quant au bouillon de ce pot-au-feu, j'aurais pu en faire des litres et des litres sans qu'on s'en lasse. je pense n'en avoir jamais déguster d'aussi bon.
Vous ne verrez pas non plus le 10 octobre la Famille Nerot dont les vins des Coteaux du Giennois offrent une symphonie de saveurs dans les blancs et dans les rouges. Les premiers avec des arômes de coing, de poire et de fleurs blanches. Les seconds avec une évocations de fruits rouges et de baies noires renforcées de notes poivrées. Ma préférence est allée au 2012 très fruité, très charpenté et pourtant léger. Julie réalise cette prouesse sans doute par la qualité du bois des tonneaux, des futs de chêne pas trop riches en tanin.
Je l'ai servi avec un cassoulet que j'avais préparé à la hâte mais avec gourmandise à partir d'une simple boite de conserve (il n'y avait plus de saucisse de la Famille Bardet, spécialiste en viande porcine, d'où l'intérêt de passer commande auparavant) en y ajoutant une tomate coupée en dés et en le saupoudrant de chapelure avant de le gratiner au four.
En apéritif nous nous étions régalés d'une tartinade de carottes de la Famille Rigollet. Emma s'y connait pour transformer les légumes de son potager pour les rendre encore meilleur. Elle fait des soupes originales comme celle qu'elle mijote avec des orties.
Elle accroche systématiquement une suggestion de recette pour qu'on puisse améliorer encore la préparation.
Sa table avait belle allure avec sa nappe brodée. Tout est dans des bocaux de verres recyclables, qu'elle reprend 50 centimes pièce. Pensez à les lui ramener !
Une idée de ses tarifs :  
Produit n°22 : Soupe 1 Litre à 5,50 € soit, Courgette , ou 7 légumes, Potiron ou encore Pâtisson carotte.
A tester le  Produit n°28 : Ketchup maison 250 mL à 5 €
Je vous ai parlé plus haut des fromages de chèvres. C'est la Famille Bazot qui les prépare. Jonathan m'a expliqué qu'il emploie un litre et demi de lait pour chacun. Le poids du produit fini dépend de  son degré d’affinage, mais le prix demeure identique, toujours 2 € pièce, qu'il soit frais pendant 5 jours) , demi-sec (après au moins 15 jours) ou sec (après au moins un mois d'affinage).
Il peut conserver des fromages 8 à 10 mois mais il ne les vend pas à ce stade. J'ai suivi son conseil d'en glisser un dans un mini bocal de verre avec un alcool pour le consommer à Noël. J'ai choisi un alcool de poire, m'imaginant être originale, alors que c'est exactement ce que fait son père ... Attention il ne s'agit pas d'avoir envie de boire l'eau-de-vie par la suite.
Son troupeau est composé de 90 chèvres en lactation et tout le lait est transformé en fromages.
Vous pouvez aussi rencontrer la Famille Naulin qui s'est spécialisé dans des Produits céréaliers bios. Vincent m'a suggéré de faire du pain en mélangeant des farines de froment et d'épeautre.
Il a pensé aux personnes qui sont allergiques, ou intolérantes au gluten. Il a donc de la farine de petit épeautre, de la farine de sarrasin et des pâtes -très jolies- qui ne leur feront aucun mal. 
Les noms de ses formes sont originaux : Réginettes, Conchéglies, Fusilli ou Campanelles. Il prépare aussi une bière très réussie, en canettes et en fûts.
Je n'ai pas encore tout gouté, notamment il me manque l'expérience des miels. Mais pour le reste je plébiscite.

En résumé voici le calendrier des prochaines ventes :

- Vendredi 10 octobre à partir de 18h30 à Verrières-le-Buisson (91) : salle du Moulin de Grais au 12 rue du Lavoir. Cette vente est la dernière occasion de profiter de beaux paniers de légumes d'été avant l'arrivée de l'hiver.
Au programme :
Paniers de légumes bio de la famille Chevalier,
Fromages de chèvre de la famille Bazot,
Légumes cuisinés de la famille Rigollet,
Produits céréaliers bio de la famille Naulin et Miel de la famille Chatillon.

Les amateurs de viande devront attendre la vente du 14 novembre car les familles Nerot (vin), Garruchet (viande bovine & volailles), Lepoivre (produits de la pomme bio) et Bardet (viande porcine) ne peuvent malheureusement pas être présents à cette occasion.

- Vendredi 14 novembre à partir de 18h30 à Antony (02) au centre André Malraux au 1 avenue Léon Harmel. Tous les producteurs ont déjà répondu "présent" pour ce grand événement.

- Vendredi 12 décembre à partir de 18h30 à Verrières-le-Buisson (91) à la salle du Moulin de Grais au 12 rue du Lavoir. Pour l'occasion il y aura aussi des produits de Noël.

Pour passer commande vous pouvez :
Passer par le site www.terreferme.fr
Ou encore appeler au 06 77 45 13 65
Envoyez vos questions par mail à marc.defrance@terreferme.fr

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