mardi 14 septembre 2021

Hors concours sélection 2021

Pour cette sixième année du Prix Hors Concours dont vous avez encore le temps de découvrir la sélection ici, j’avais six préférences, une fois lus tous les extraits.

La règle est sévère depuis que le nombre de titres à retenir, et uniquement à partir d’un extrait communiqué par l’éditeur, a été restreint de 7 à 5.

6 … c’était un de trop et j’ai durement tranché.

Pourtant c’était bien parti grâce à un changement de méthode. En me basant sur d’autres critères. J’ai d’abord cherché à sélectionner les ouvrages à partir de leurs couvertures. J’en avais 5. C’était parfait. Trop … j’ai eu un doute sur le sérieux de ma démarche.

J’ai pensé que le titre était tout de même déterminant. J’en avais de nouveau 5. Manque de pot cela faisait 10 car ces 5 là s’ajoutaient aux précédents puisque aucun n’appartenait à la première sélection.

Je me suis attachée au nom de l’éditeur parce que j’aime beaucoup ce que font certains. Je suis montée à 8. Deux d’entre eux avaient publié un livre dont j’avais précédemment retenu le visuel ou le titre. Ça ne convenait pas beaucoup mieux.

J’ai repéré les premiers romans puisqu’ils m’intéressent beaucoup depuis que j’ai rejoint l’épopée des « 68 premières fois ». Je pense qu’il faut leur accorder une attention particulière. Ils sont au nombre de 11, un peu plus d’un quart de cette sélection 2021. J’applaudis mais cela ne ne m’avance guère même s’il y a deux titres qui m’avaient cligné de l’œil.

Impossible de m’appuyer sur les noms des auteurs. Outre que les primo romanciers sont de parfaits inconnus, les autres ne me sont pas davantage familiers.

Alors ? Et bien je suis revenue à la méthode classique. J’ai lu tous les extraits, évidemment, et consciencieusement, même si j’avoue avoir un peu zigzagué pour explorer les sous-catégories que j’avais établies.

J’ai ainsi réussi à retenir 6 puis 5 extraits. Et, preuve que ma méthode n’était pas si ridicule que ça, il y a parmi ces 5 là un dont le titre m’avait tapé dans l’œil et deux qui sont publiés par des maisons d’édition que j’avais retenues. Mais, franchement, au visuel, je ne sais pas si ma main aurait eu envie d’en ouvrir un, … si quand même un.

Je ne peux pas communiquer les titres maintenant, il serait impensable de vous influencer, mais je le dirai … Laissez-moi le temps de les lire dans leur intégralité.

lundi 13 septembre 2021

Ouistreham, film d’Emmanuel Carrère

Emmanuel Carrèreadapté le récit Le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas paru en 2010.
Au tournant de la cinquantaine, l'écrivaine Marianne Winckler s’installe près de Caen sans révéler son identité et se fait embaucher dans une équipe de femmes de ménage. Elle va expérimenter le travail intérimaire et approcher la fragilité économique.
Ouistreham ne m’a pas passionnée. Vous direz que c’est parce que j’avais lu le livre (voir ici mon avis en 2011), et que donc je connaissais l’histoire. Mais alors comment expliquer que, reprenant le récit de Florence Aubenas à mon retour du cinéma, je sois encore en train de le relire à deux heures du matin sans ressentir le moindre ennui ?

C’était pour moi un livre choc dont je pensais qu’il avait le pouvoir de faire bouger les lignes en dénonçant les dysfonctionnements, pour commencer ceux de Pôle emploi. Un film aurait eu le potentiel pour aller plus loin. Il est probable que Florence Aubenas s’en inquiétait puisque les tractations ont duré des années avec diverses sociétés de production jusqu’à ce qu’elle accepte finalement en 2015 que ce soit Emmanuel Carrère – écrivain du réel et réalisateur – qui adapte son livre au cinéma.

Pour conserver l'aspect documentaire du récit, le réalisateur décida que tous les rôles soient interprétés par des comédiens non-professionnels, à l‘exception du rôle principal confié à Juliette Binoche qui se disait très motivée par le thème. Que cherchait-il à démontrer ? Que si une journaliste peut se faire passer pour  une femme de ménage, des femmes de ménage peuvent devenir actrices ? Comme si tout le monde était interchangeable … sauf qu’à la fin le mythe de Cendrillon fait long feu.

Le générique revendique une libre adaptation (co-signée par Emmanuel Carrère et Hélène Devynck)… je dirais plutôt une libre déformation. L’engagement sur le ferry ne se fait pas par piston. C’est un épisode clé du livre, qui justifie le titre. C’est violent et simple à la fois (p. 77). La problématique des soins dentaires est autrement plus émouvante dans le roman (p. 108) qui décrit admirablement le gouffre de la précarité sans jamais manquer de respect. Il me semble que plusieurs scènes pseudo romantiques en bord de mer ou sur le ferry ont été ajoutées et contribuent à dénaturer le propos. Mais je ne vais pas me livrer à une étude comparative. Ce ne sont pas les modifications qui m’ont dérangée mais ce sentiment de mensonge. Le livre étant sorti il y a onze ans il était essentiel de pointer pourquoi rien n’a changé alors que le film semble entériner les faits.

Certes, je reconnais des bribes de scène, mais tronquées, expurgées de ce qui fait la qualité de l’écriture de l'auteure, à savoir son humanité.

Le propos devient sur la toile une (mauvaise) comédie dramatique. Je ne parlerai pas de la fin, qui est purement antisociale. Comment les producteurs ont-ils pu valider un tel scénario ?

Il discrédite encore plus largement le monde journalistique que ne le fait France qui, de plus, est magnifique sur le plan cinématographique alors que les images d’Ouistreham n’ont pas de beauté, hormis les premières secondes. Elles sont pourtant signées par le triplement césarisé Patrick Blossier.

Le journalisme dit d’investigation, en prend pour son grade.

J’ai la désagréable impression d’avoir vu quelque chose de mensonger. A l’égard de l’auteure car je ne pense pas qu’elle écrivait "son" livre au fil des journées. Elle est revenue à Caen, dans la même chambre meublée, l’hiver suivant pour le rédiger alors que dans le film elle apparait comme une voleuse de confidences. A l’égard des compagnons d’infortune. A l’égard de la société, car ce film n’est pas daté, ne donne pas de chiffres, n’instruit pas sur la spirale de la précarité autrement que par l’anecdote de la voiture de Cédric … (Philippe dans le livre). Je n’ai pas vu un monde en train de s’écrouler.

J’avais émis des réserves sur la pièce de théâtre inspirée l’an dernier par le roman mais au moins celle-ci était fidèle.

On dirait que le personnage interprété par Juliette Binoche (qui au demeurant y est excellente, là n’est pas la question), est venu par opportunisme en Normandie, avec pour seul objectif de glaner de la matière pour écrire un livre à succès. Il me semble que l’expérience de Florence Aubenas s’inscrivait dans une autre réalité, au retour de sa détention comme otage en Irak pendant cinq mois en 2005.

Le tournage a été rapide, en mars-avril 2019, notamment à Hérouville-Saint-Clair (salle de la Fonderie), Giberville, Ouistreham, Caen (principalement dans le quartier La Guérinière et dans le centre-ville), à Bayeux et à Cherbourg-Octeville. Les scènes embarquées ont été filmées sur un ferry d'une compagnie néerlandaise basée à Rotterdam, la compagnie Brittany Ferries ayant refusé de donner les autorisations en raison de la criante d’une image dégradée de l'entreprise.

Il a été présenté au Festival de Cannes 2021, dans la sélection Quinzaine des réalisateurs (film d'ouverture). La sortie en salles, d’abord prévue en 2021, est reportée au 22 janvier 2022. Il était projeté en avant-première au Festival Paysages de cinéastes.

Photo du film Christine-Tamalet

vendredi 10 septembre 2021

La-gueule-du-loup d’Eric Pessan

Plus je connais Eric Pessan (même si je n'ai sans doute pas lu toute sa production j'en connais énormément) plus je suis exigeante. Va-t-il encore réussir à me surprendre et surtout à me toucher une fois de plus ?

Vous savez aussi combien je suis militante pour la littérature jeunesse dont j’estime que si le texte est bon pour des enfants il le sera aussi pour des adultes.

De fait, quel régal de revivre, certes par procuration, en compagnie d’une jeune fille de 16 ans, un des séjours que j’ai effectués dans la maison de mes arrières grands-parents qui ressemble fort à celle du livre (p. 23). Jo ne s’en rend pas compte mais elle est plus chanceuse que moi car elle profite de l’eau courante dont je devais me passer enfant, et me satisfaire d’une cuvette à demi remplie. Il était hors de question de gâcher la moindre goutte tant il était épuisant de tirer l’eau du puits à la force des bras.

Nous ne savons pas combien de temps nous sommes coincés ici, nous ne savons pas quand nous pourrons revoir papa, nous ne savons pas à quoi ressembleront les prochaines semaines dit la jeune fille (p. 15). J’ai apprécié de replonger dans les premiers mois d’isolement consécutifs à la découverte du Coronavirus même si le terme n’est jamais cité sous ce nom, à l’inverse de Marie-Aude Murail qui le contextualise dans la nouvelle série dans laquelle elle s’est lancée avec son frère Lorris (Angie !  en est le premier opus, paru en mai 2021). On se souviendra de la gravité de la situation en relisant le terme de guerre qui fut tant employé pour la caractériser (p. 39). Eric Pessan parle peu de la crise, qui n’est pas le thème central, mais il souligne l’état de stupeur sidérée qui a saisi tout le monde (p. 114), et la surprise générale, même chez ceux qui avaient l’habitude d’être alertés par une possible pandémie par les films de science-fiction (p. 136).

Jusque là les auteurs n’ont pas semblé à l’aise pour situer une action pendant cette période. Eric Pessan s’appuie sur la crainte de l’inconnu pour justifier l’isolement des personnages à la campagne. Cette retraite, dans La gueule-du-loup, va du coup s’inscrire dans un cadre d’emblée dramatique et justifier la difficulté à trouver du réconfort auprès des amis et des autres membres de la famille.

Une vieille maison isolée n’est jamais très accueillante. On a tous en mémoire une désagréable odeur de renfermé, des craquements de parquet ou de marches d’escalier, quand ce ne sont pas comme pour moi des bruits de débandade de souris faisant rouler des noisettes sur le plancher d’un grenier. Malgré l’angoisse qui se diffuse dès les premières pages, vivre dans la maison inoccupée depuis le décès des grands-parents, deux ans auparavant, n’a pas que des inconvénients. Le confinement est plus supportable à la campagne qu’en ville. Jo peut faire du sport, profiter de la forêt toute proche, et jeter sur un cahier ses essais de poèmes.

Le père, infirmier, est resté en ville et continue à travailler de nuit à l’hôpital. Il est en première ligne en terme de risque pour sa santé. La mère et ses deux enfants sont-ils pour autant en complète sécurité ? Eric Pessan excelle à nous faire peur. À commencer par le nom du lieu si bien (trop bien ?) donné pour sembler (p. 91) être le fruit du hasard. Des phénomènes étranges se produisent. Des bruits inexpliqués. Un animal ensanglanté dans la maison. La peluche préférée de son petit frère Nono disparaît. La-Gueule-du-Loup serait-elle hantée par quelqu’un ou quelque chose ? Et régulièrement surgissent, dans une typographie différente, quelques phrases à propos d’un loup, sans que le lecteur puisse l’identifier, tout en devinant qu’il ne s’agit pas d’un animal mais d’une métaphore.

Chaque personnage est finement traité et les rapports qu’ils ont entre eux sont vraiment intéressants. On ne se situe absolument pas dans les clichés habituels sur les jalousies entre frère et soeur, ni sur les conflits d’adolescents pourrissant la vie des parents. La jeune fille exprime au contraire une empathie sans bornes à l’égard de sa mère tout en affirmant des désirs de liberté et d’autonomie. Cela nous change.

Les fidèles lecteurs remarqueront l’allusion à un fait divers japonais (p. 106), celle à Maurice Sendak, l’auteur de Max et les maximonstres (p. 118) et surtout quelques références à l’appartement de Nantes où habitaient les personnages principaux des premiers romans d’Eric Pessan. Les ciels sont toujours autant présents dans les descriptions. Et l’auteur exprime bien entendu des points de vue que les féministes ne peuvent qu’approuver.

Comme à son habitude il cite un de ses précédents romans (p. 39 et 76). Cette fois c’est Aussi loin que possible, racontant la longue course de deux collégiens, Tony, et Antoine, qui est aujourd’hui dans la classe de la jeune fille et à qui elle va envoyer régulièrement des poèmes construits en alexandrins sous la forme de sonnets, à l’instar de Baudelaire dans Les fleurs du mal, un livre que sa mère n’a sans doute pas retrouvé par hasard.

Je ne dirai rien du sujet du roman car il est important que les lecteurs échafaudent des hypothèses et le cas échéant puissent découvrir par eux-mêmes la terrible vérité. Je ne peux que souligner qu’il est traité ici avec une approche originale.

Le livre est aussi l’occasion d’une réflexion sur l’écriture (p. 31) qui permet de mettre au clair le confus pour rendre les faits plus compréhensibles. La jeune fille exprime cependant ses doutes sur ses capacités littéraires tout en soulignant que la première motivation doit rester celle du plaisir (p.114). Mais l’écriture n’est pas que positive. Les chaînes (p. 57) témoignent combien un texte peut être malsain et représenter une menace.

Enfin j’ai encore une fois appris des choses : le mot paréidolie (p. 21) pour désigner la tendance à humaniser ce qui nous entoure, par exemple en voyant un visage dans une façade de maison, et l’emploi ancien du mot fantôme pour désigner la planchette de bois qui marquait, dans une bibliothèque, l’emplacement d’un livre emprunté (p. 153).

La-gueule-du-loup d’Eric Pessan, collection Médium +, Ecole des loisirs, en librairie depuis le 1er septembre 2021. À partir de 13 ans.

jeudi 9 septembre 2021

Catch ! Dans la mise en scène de Clément Poirée

C’est un sujet formidable pour lancer la rentrée. Clément Poirée a choisi de jouer avec les codes de la représentation. Le titre du spectacle, Catch, fait immédiatement référence à ce sport aux codes extrêmement marqués.

Quiconque a assisté à un match, ne serait-ce qu’à la télévision (et il y en avait souvent quand j’étais jeune), connait la dimension théâtrale des combats. Non seulement dans son déroulement, avec un ring qui évoque le podium d’une scène, un maître de cérémonie aux accents de bonimenteur, un arbitre qui a parfois un air de Monsieur Loyal, et surtout des combattants qui sur-jouent des douleurs qu’ils ne ressentent pas nécessairement, et puis des cris, des figures de style qui s’enchaînent selon une mécanique somme toute très théâtrale. Même le nom des héros s’apparente à des noms de scène.

Le metteur en scène a raison de voir dans le catch un endroit de purgation des passions. Il a sollicité 5 auteurs en leur demandant de réinventer les figures pour qu’elles racontent nos conflits intérieurs et ceux qui agitent la société. L’intention du metteur en scène est de nous permettre de lâcher nos peurs comme nos colères face aux injustices ou à l‘incertitude du futur.

Il nous avait promis des entrées spectaculaires, des coups, et du défoulement dans une ambiance qui ait quelque chose à voir avec le monde forain. Le pari était osé. Il est gagné. La meilleure preuve est que, même si nous étions autorisés à quitter notre place à n’importe quel moment pour nous rafraîchir (c’est vrai qu’il faisait chaud dans le théâtre) et revenir comme bon nous semblait, nous sommes restés majoritairement, pour ne pas perdre une miette du spectacle. Nous avions l’entracte pour nous dégourdir les jambes.
Les extérieurs sont ambiancés en forçant juste un peu l’esprit convivial qui caractérise le Théâtre de la Tempête : les transats et les grandes tablées sont restés, la carriole de Mama Fanta est en place, avec son célèbre jus de gingembre. Il aura suffit de dédier une guérite à la restauration rapide et d'ajouter un stand de pop-corns.
L’entrée du spectacle s’effectue depuis la terrasse, derrière un rideau, coté scène, et on découvre une salle entièrement repensée par le scénographie Erwan Creffavec un vrai ring central, des sofas et des chaises dépareillées, des coussins rouges sur les gradins, encadrés de murals peints.
Il suffit qu'un personnage me scrute derrière son masque de cuir pour que l'illusion soit parfaite et que je me croie au Mexique pour un combat de Lucha Libre.
Mais qu'on ne s'y trompe pas : nous sommes réellement au théâtre, avec des textes très forts de Emmanuelle Bayamack-Tam (qui a écrit la bataille entre Battery Pork VS Prince Charming, et celle entre Black Indian / L’Enfant-Do / L’Indicible), de Hakim Bah (Saturne VS Melancholia VS Kapitaal & son épouse Misandra), de Koffi Kwahulé (opposant KassNoisette VS Priapico & son Majordome), Sylvain Levey (Misandra & Exotico VS Battery Pork & Stronzo Junior) et Anne Sibran (Le Grand esprit des animaux VS Le Sacrificateur Industriel & son Apprenti).

Chaque auteur a son style et pourtant l'ensemble est cohérent. Il ne s'agit pas d'exprimer une préférence.  J'ai aimé tous les "combats" et je salue la performance des comédiens car même s'ils se battent pour de faux, avec la même hémoglobine qu'au cinéma, on se doute que les réceptions au sol ne se font pas sans bleu. Leur énergie est insensée, décuplée peut-être par la frustration d'avoir été privés de jeu pendant les pires mois de la crise sanitaire.
On reconnait Pierre Lefebvre-Adrien (Black Indian, Prince Charming, Le Majordome) que j'avais déjà  tant aimé dans Le bizarre incident du chien. Bien entendu d'autres fidèles de La Tempête,  Eddie Chignara qui est Exotico, Priapico, Louise Coldefy (Saturne, Anonymous, et surtout la généralissime commentatrice prénommée Sabine), Camille Bernon (Misandra, L’Indicible), Bruno Blairet (Kapitaal, Le Sacrificateur Industriel, MC) et Joseph Fourez (Stronzo Junior, Spider-Man, L’Apprenti, Fabien le commentateur), dont je me souviens les avoir vus tous les deux notamment dans A l'abordage (également écrit par Emmanuelle Bayamack-Tam).
Clément Poirée a aussi fait appel à Thibault Lacroix (Melancholia, Battery Pork), qu'il avait dirigé dans Les énivrés, à Clémence Boissé (L’Enfant-Do, KassNoisette), et à Fanny Sintès (Le Grand esprit des animaux, L’Arbitre, MC) qui m'a impressionnée. Elle a une très solide formation comme comédienne et comme circassienne.
La musique, jouée en direct à la batterie (par Silouane Kohler et Franck Pellé) ponctue les tableaux qui s'enchainent en actionnant une gamme de registres : grave, onirique, burlesque … avec de multiples mises en cause en lien avec des préoccupations très contemporaines comme les violences de toutes sortes, le harcèlement et l'écologie. Avec aussi des hommages dont on saisit au vol des paroles empruntées à Victor Hugo (Demain dès l'aube …) ou Louis Aragon (Il n'aurait fallu …)
Côté jeu, on apprécie des évocations -même lointaines- aux concours d'éloquence, au rap et au slam, la mise en valeur des didascalies et de la ponctuation. Il y a fort à parier que deux soirées ne se ressemblent pas tout à fait et on aurait envie de revenir tant le propos est à la fois divertissant et profond.

Catch ! est un spectacle qui marquera la rentrée 2021 et qui fera date.
Catch !  de Hakim Bah, Emmanuelle Bayamack-Tam, Koffi Kwahulé, Sylvain Levey, Anne Sibran
Mise en scène Clément Poirée
Avec Camille Bernon, Bruno Blairet en alternance avec Erwan Daouphars, Clémence Boissé, Eddie Chignara, Louise Coldefy, Joseph Fourez, Stéphanie Gibert, Thibault Lacroix, Pierre Lefebvre-Adrien, Fanny Sintès
Scénographie Erwan Creff et Costumes de Hanna Sjödin
Du 9 septembre au 17 octobre 2021
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvre - 75012 Paris

mercredi 8 septembre 2021

Délicieux, un film d’Eric Besnard

Voilà un film que je ne pouvais pas manquer. Je ne me doutais pas un instant que Délicieux me décevrait à ce point. Il avait tout pour me plaire. Le thème, la genèse de la création du premier restaurant, pour moi qui m’intéresse aux ouvertures. Les comédiens car la distribution m’enchantait, aussi bien Grégory Gadebois qu’Isabelle CarréBenjamin Lavernhe ou même Guillaume de Tonquédec

Rien ne m’a paru vrai dans le scénario qui semble artificiel, exagéré, outrancier, à l’instar de la démesure des perruques du capricieux Duc de Chamfort (Benjamin Lavernhe) dont les caprices sont totalement prévisibles.

Le film se déploie d’ailleurs sans suspense. On se doute dès la première scène que Pierre Manceron (Grégory Gadebois) n’obtiendra pas la reconnaissance souhaitée avec ses « délicieux ». On est persuadé qu’il rebondira plus tard. On devine que la femme qui se présente pour devenir son apprentie (Isabelle Carré) n’est pas là par pur hasard. Sa tenue laisse supposer qu’elle vient d’une certaine classe sociale. Les diverses péripéties sont également sans surprise.

Néanmoins le résultat est élégant et divertissant même si on apprend peu de choses sur les pratiques culinaires d’autrefois. J'ai beau railler les coiffures, je trouve que le travail de Madeline Fontainsur les costumes est remarquable, tout comme il l'était déjà dans La bonne épouse. Mais il est peu réaliste qu'Isabelle Carré puisse porter la même robe du début à la fin, sans l'avoir tachée alors qu'elle est censée cuisiner et qu'elle n'a pas de pressing dans cette campagne reculée.
Coté décors, Bertrand Seitz a fait un exploit. Car comment expliquer que surgissent une profusion de fleurs dans cette France profonde (dont les paysages sont magnifiquement filmées au demeurant), autant de légumes et de viandes d'une diversité à rendre jaloux n'importe quel chef.

La minuscule brigade cuisine un banquet dans un temps record, encore plus vite que les candidats de Top chef. Il est impossible d'y croire. On est dans un univers plus proche d'un conte fantastique de Jacques Demy comme Barbe-Bleue que dans un documentaire qui nous raconterait la naissance du premier restaurant.

Que ce soit une femme qui ait soufflé cette idée à un homme est une idée plaisante mais elle fait pas oublier que la cuisine est un univers extrêmement machiste où le lexique est emprunté à l'armée et où l'obéissance et la soumission font force de loi.

J'ai tout de même apprécié qu'on nous rappelle qu'avant la Révolution les pauvres se nourrissaient (dans le meilleur des cas parce que le pain était une denrée chère) alors que les riches se gavaient en exhibant des tables composées comme des tableaux. Les viandes étaient rehaussées de plumes, comme on pouvait encore en voir au début de notre siècle. L'oeil primait en quelque sorte sur le goût. Jusqu'à ce qu'on abandonne le service à la française (on présente tous les plats entiers en même temps) au profit du service à la russe (un plat après l'autre, avec service à l'assiette). 

On n'a pas oublié le mal que s'est donné Parmentier pour faire admettre la pomme de terre, non pas parce qu'elle poussait sous terre mais parce que les premiers à les cultiver avaient eu la très mauvaise idée d'en consommer les feuilles. Elles sont très toxiques, de même que le vert des tubercules. Et il est exact que l'abondance d'épices servait autrefois à masquer le goût de la viande faisandée.

Mais en réalité, la naissance du premier restaurant ne s'est pas effectuée de façon aussi romantique. Ni bien entendu que ce soit un ancien relai de poste qui se soit transformé en auberge. Et rien ne dit que le premier patron ait été aussi imprégné des valeurs de la philosophie des lumières, notamment le droit à la seconde chance.

Délicieux reste une charmante fable qui fait saliver à de nombreux moments, notamment à la vue de pâtes de fruits, et qui nous rappelle aussi que la vengeance est un plat qui se mange froid.

Délicieux, un film d’Eric Besnard
Avec Grégory Gadebois, Isabelle Carré, Benjamin Lavernhe, Guillaume de Tonquédec …
En salle depuis le 8 septembre 2021

mardi 7 septembre 2021

Attends-moi le monde de Gaëlle Pingault

Agrandis-moi, force la ferveur
Réponds-moi, inspire mes peurs
Porte ma croix juste quelques heures
Donne-moi la foi, inspire mes peurs…


Comment ai-je pu ne pas penser à la chanson de Ben Mazué, J'arrive, que je connais pourtant par coeur ?

Le titre de ce troisième roman de Gaëlle Pingault est à la fois familier et intrigant. Tout autant que les premières pages. Ceux qui connaissent la finesse de ses analyses psychologiques pourront être déroutés de prime abord en s’interrogeant sur le chemin qu’elle prend, louvoyant avec la comédie romantique.

Comment croire que ce qu’elle va nous raconter puisse avoir un soupçon de réalisme ? Son personnage principal s’emballe pour une tombola dont le premier prix est de vivre une année sans mois de novembre. D’abord il faudrait comme elle détester la grisaille et la nuit qui tombe à 16 h 30. Personnellement je ne voudrais pas renoncer aux feuillages empourprés, au chocolat chaud de retour de balade, aux préparatifs des fêtes de fin d’année … mais je ne suis pas Camille, pas tout à fait, car je me suis découvert quelques points communs.

L’héroïne gagnera  ce premier prix. Je ne spoile pas. On le sait très vite. Durant ce mois de non-novembre, un étrange temps suspendu va l’inviter à emprunter quelques chemins inexplorés, tandis qu’alentour, le monde continue son petit manège habituel. En acceptant de perdre ses repères, d’abord un peu hésitante, puis entièrement chamboulée, Camille se laissera porter par l’étrangeté dont jaillira peu à peu la compréhension de sa propre histoire. Voilà ce que nous apprend la quatrième de couverture pour nous motiver à passer outre le coté farfelu du procédé.

Le style est radicalement différent des ouvrages précédents et je sais gré à Gaëlle Pingault de nous, surprendre, nous lecteurs. Je salive d’avance à l’idée d’être une nouvelle fois saisie au prochain, car j’imagine immense sa capacité à se renouveler.

Attends-moi le monde flirte avec le genre fantastique mais son écriture est sensible et touchante. On devine que le sujet, sans être nécessairement vécu a sans doute des résonances personnelles suffisamment fortes. Je ne vais pas vous dire lequel, mais Camille a subi un traumatisme qui concerne beaucoup plus de personnes qu’on ne le croit et dont on ne parle quasiment pas. Je suppose que les médecins estiment que c’est un non-évènement dont il est facile de se remettre. Mais si le corps effectivement oublie vite, l’esprit conserve une cicatrice qu’il faut parfois rouvrir pour mieux la suturer.

Gaëlle traite le sujet sans aucune pathologie (je ne dis pas lequel parce que j’ai apprécié de ne pas le savoir avant de commencer ma lecture). C’est un problème que j’avais rencontré et que j’avais (moi aussi) occulté. Le roman a donc fortement résonné en moi mais sans que ce soit le moins du monde triste ou pénible. Preuve qu’on peut surmonter une épreuve sans avoir besoin de gagner un ticket de tombola. Le passé douloureux s’efface même si on pense que non. Mais il y a d’autres mois que j’aimerais gommer du calendrier. Faut que j’explore pourquoi.

Attends-moi le monde de Gaëlle Pingault, Eyrolles, en librairie le 2 septembre 2021

lundi 6 septembre 2021

Un tesson d’éternité de Valérie Tong Cuong

J’ai retrouvé avec Un tesson d'éternité, la puissance de Pardonnable, impardonnable qui m'avait tant saisie. Il est encore question de la place qu'on occupe (ou qui nous est assignée) et du silence que l'on pose sur des faits dont la gravité condamne en quelque sorte à la perpétuité.

Pas celle de la justice des hommes mais celle du déterminisme, d'abord psychologique, ensuite social, car l'un va rarement sans l'autre.

Là encore on suit le parcours de personnages qui se débattent pour s'extraire de leur condition. La mère semble avoir réussi mais le fils va tomber, entrainant la cellule familiale dans une sorte de noyade, évoquée par le visuel de la couverture.

En effet Anna Gauthier mène une existence à l’abri des tourments entre sa pharmacie, sa villa surplombant la mer et sa famille soudée. Malheureusement le climat social est scruté quotidiennement par les réseaux sociaux. Nous sommes en pleine révolution des gilets jaunes. le moindre écart de conduite peut être fatal.

Disons que son fils Léo ne maitrise pas un geste qui, malgré une gravité incontestable, aurait pu dans un autre contexte être qualifié de dérapage. Ce jeune homme, jusque là sans histoire, est sous le feu des projecteurs et se retrouve aux prises avec la justice. Anna assiste impuissante à l’écroulement de son monde, bâti brique après brique, après avoir mesuré chacun de ses actes pour en garder le contrôle.

La quatrième de couverture parle de "grain de sable faisant voler en éclats les apparences". C'est bien plus que cela. Valérie Tong Cuong nous offre pour cette rentrée un roman vertigineux qui nous aspire sans nous laisser en répit. On vibre à l'unisson avec Anna qui n'est certes pas parfaite mais à qui on voudrait donner l'absolution.

Cette femme se bat depuis l'enfance pour mériter une sorte de tranquillité qu'elle monnaye au prix fort. Sa vie se déroule en cahotant entre imposture et sursis. Elle est parvenue à un équilibre et comme elle on veut croire qu'il existe une bretelle de sortie, que la facture au péage sera modérée (p. 103). Mais la ligne de crête est étroite. C'est ce genre d'illusion qui permet au mécanisme des violences subies dans un cadre conjugal, familial, professionnel ou social de perdurer et qui fait que les victimes supportent l'apnée, à la grande surprise de leur entourage qui plus tard dira mais pourquoi n'as-tu rien dit ?

Léo a compris intuitivement, car dans cette famille la question n'est jamais abordée frontalement, qu'il lui faudrait en permanence justifier qu'il méritait sa place parmi les élus (p. 131). Il va répéter, à sa manière, le schéma mis en place par sa mère. Jusqu'à un jour craquer, parce qu'il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment …

Le jeune homme est incarcéré. Les scènes de parloir sont d'une justesse évidente. Elles éclairent sur cet entre-deux qui se déploie entre la garde à vue et la remise (éventuelle) en liberté. Je le mentionne au conditionnel pour ne pas spoiler l'histoire. Le personnage de l'avocate, froide mais qu'on espère efficace, est sans nul doute conforme à une réalité. Car Valérie Tong Cuong connait bien l'univers carcéral par le biais de concours d'écriture.

L'auteure démontre qu'aucun masque n'est suffisamment occultant pour contrer le déterminisme qui conditionne notre existence. On referme malgré tout Un tesson d'éternité en se repassant le film et en s'interrogeant sur ce qui aurait peut-être pu changer le cours des choses. Notre pensée s'évade au-delà et on considère ce qui se passe autour de nous en nous questionnant sur notre propre responsabilité à supporter ce qu'on voudrait dénoncer.

Un tesson d’éternité de Valérie Tong Cuong, chez JC Lattès, en librairie depuis le 18 août 2021

mercredi 1 septembre 2021

Et pourquoi pas des langoustines ?

Dans mon enfance, les langoustines étaient associées à la fête. Pas celle qui survient inopinément pour marquer un moment de convivialité mais celle qui qui se range dans la catégorie des cérémonies.

Les crustacés étaient disposés en buisson au milieu d’une longue tablée recouverte d’une nappe d’un blanc immaculé et je ne parierai pas que chaque convive bénéficiait d’une quantité identique. Mais l’effet était d’une élégance appréciée par les personnes âgées qui, à la fin du repas, guettaient l’arrivée d’une autre pyramide, composée de choux farcis d’une crème épaisse parfumée à la vanille. Le Croquembouche portait bien son nom car le caramel qui solidifiait l’édifice craquait sous la pression des dents gourmandes.

Je n’avais sans doute pas mangé de langoustines plus de 5 ou 8 fois quand, à l’occasion de vacances en Bretagne, j’en ai redécouvert l’existence. Je suis allée deux ou trois été à Loctudy où on les appelle Demoiselles tant elles y sont quasiment banales. Elle font l’objet d’un tarif spécial pour servir de produit d’appel dans un hypermarché qui achète chaque fin d’après-midi pratiquement toute la pêche.

Les années ont passé et j’ai oublié le goût des langoustines. Leur prix n’est pas très incitatif en région parisienne et je pensais qu’elles étaient compliquées à préparer. Ici, à Oléron, et d'avril à octobre, l’étal du poissonnier en propose à un tarif très incitatif. La marchande explique leur cuisson à ses clients en quelques mots. A force de l’entendre j’ai eu envie de me lancer dans cette modeste aventure.
Compter 500 grammes pour une entrée (j’en ai eu 16 ce qui est très correct). J’ai attendu l’heure du repas pour les cuire afin qu’elle ne soient ni trop chaudes, ni glacées par une conservation au réfrigérateur. La cuisson est ultra simple : 3 minutes à l’eau bouillante très salée et parfumée de quelques feuilles de laurier.
Inutile de les rincer avant de les jeter dans l’eau bouillante. Par contre se posa une question cruciale : à partir de quand comptabilise-t-on un temps aussi court ? Fait-on tourner le minuteur dès la plongée des crustacés ou attend-on la reprise de l’ébullition ? Sachant qu’au bout de 3 minutes l’eau n’avait pas encore recommencé à bouillonner j’ai pensé qu’elles ne seraient pas cuites et j’ai donc prolongé un peu. Au final je dirais 5 minutes à partir du moment où elles sont mises à cuire.
Le secret est, paraît-il, de les égoutter à l’écumoire, sans verser l’eau bouillante dessus et sans les asperger non plus d’eau froide. Il faut par contre les étaler un peu pour qu’elles refroidissent simultanément et naturellement.
Chacun décortique sa portion et consomme avec de la mayonnaise, maison de préférence et enrichie de fines herbes du jardin. Rien de changé de ce côté là.

mardi 31 août 2021

France, film de Bruno Dumont, avec Léa Seydoux dans le rôle-titre

France est le genre de films sur lequel il est difficile de poser une opinion définitive.

Bruno Dumont a-t-il voulu dénoncer la manipulation des émotions des spectateurs par des médias sans scrupules, essentiellement la télévision, ou a-t-il cherché à démontrer la fragilité d’une journaliste pourtant aguerrie à tous les théâtres d’opération ? La réponse est peut-être à chercher dans le titre définitif du film qui initialement était inspiré de Par ce demi-clair matin de Charles Péguy.

France de Meurs (Léa Seydoux) est une journaliste superstar pour une chaîne de télévision en continu. Elle est mariée à Fred de Meurs (Benjamin Biolay), écrivain en manque de succès, alors qu'elle est au sommet d'une célébrité qui lui assure reconnaissance et capital de sympathie auprès du grand public.

Le film commence devant l’Elysée et se poursuit dans le salon de réception, lors d'une conférence de presse d’Emmanuel Macron qui semble dialoguer avec les protagonistes. Mais le générique de fin précisera que le président de la République n'a pas participé au tournage du film et que cette séquence a été réalisée grâce à un montage d'images d'archives. Action … vérité, la caméra tourne autour de ce sujet.

On ne perçoit pas de pression de la part de la direction de la chaîne justifiant la surenchère à laquelle Lou (Blanche Gardin) pousse sa pouliche. On ne connait de celle-ci que son prénom, évoquant l'animal et confirmant l'ambiguïté de sa position auprès de France, oscillant entre assistante, productrice, coach et gourou, à la limite d’être une amie, plutôt sincère d’ailleurs tant ses objectifs sont clairement affichés. On ne peut pas dire qu’elle manipule ou harcèle France qui agit en toute liberté, au sein d’une équipe plutôt soudée.
Le tandem interroge néanmoins. Les motivations de Lou sont opaques. Cherche-t-elle la gloire par personne interposée ? A-t-elle des comptes à régler avec l’autorité ?

Celles de France ne sont pas plus claires. Vue de loin sa vie semble idéale, dans l’appartement-écrin dont elle est le bijou chatoyant. La décoration est ultra contemporaine, avec des plafonds étonnamment noir brillant et des murs lambrissés recouverts de tapisseries anciennes. L’espace est vaste, permettant l’exhibition de sculptures démesurées et de bouquets volumineux composés de fleurs exotiques bien plus originales que l’orchidée comme l’Etlingera Elatior dite rose de porcelaine, ou le Zingiber Spectabile dont la hampe florale ressemble à un nid d’abeille en velours rouge sang.

L’ensemble est d’une sophistication extrême. France apparaît elle-même comme une fleur dans ses vêtements aux couleurs saturées, contrastant avec un visage d’une pâleur presque maladive. Cette femme semble se fondre dans chaque décor (mention spéciale à Erwan Le Gal qui les a choisis et traités), en treillis de camouflage pour filmer la résistance dans un village en ruines, en bleu électrique ou rouge sur le fond jaune vif du studio, en fourreau blanc dans un dîner de charité, en noir et blanc dans un paysage de montagne… les costumes de Alexandra Charles sont toujours en adéquation avec le décor, jusqu’à cette veste en vinyle constellée de petites fleurs, en accord avec les chrysanthèmes des jardinières accrochées devant la fontaine Médicis du Jardin du Luxembourg. A l’inverse, Lou est d’une banalité sobre, en jean et caban noir.
France est une femme-caméléon, maternelle quoique maladroite, sportive sans pratiquer le moindre sport, mariée sans être amoureuse. Elle ne joue pas la comédie et pourtant ses reportages sont des fictions.
Le film interroge donc sur les apparences, lesquelles sont trompeuses. On le sait depuis la nuit des temps mais peut-être qu’à force de triturer la réalité comme si elle était l’argile de la fiction le monde réel serait devenu un monde parallèle. La poupée de porcelaine a bien un coeur et celui-ci se brise plusieurs fois. La première suite à un accident dont elle se reconnaît entièrement responsable, la deuxième par son mari qui la méprise, la troisième par un amant tricheur, et enfin par la vie qui va lui retirer son bien le plus précieux,mais je vous le laisse découvrir.

Sa vie idéale d’icône se lézarde donc au fil de séquences d’une violence sournoise. France, dont le prénom à lui seul mériterait une analyse, ne crie pas (ou très peu) et ne fait pas de crise d’hystérie. Son visage est semblable au masque des statues (on n’oublie pas que Bruno Dumont est le réalisateur d’une Jeanne d’Arc, film pour lequel Christophe avait déjà composé la musique). Seuls ses yeux laissent échapper l’émotion. Il faut admettre qu’elle pleure admirablement (je l’écris sans ironie) et de toutes les manières possibles, discrètement, dignement, en retenant ses pleurs ou à gros sanglots. Il est intéressant que le réalisateur ait choisi ce mode d’expression sans suggérer que ses larmes puissent être de crocodile.
Un des sujets du film concerne ainsi la sincérité. Celle des rapports familiaux quand son fils, pas encore ado, la défie, que son mari la méprise, sans aucune reconnaissance pour celle qui assure le luxe du foyer et lui permet de vivre de son orgueilleuse quête de notoriété en souhaitant devenir écrivain. Celle des rapports amoureux quand son amant la trahit ou cherche à la convaincre de ses sentiments, Et sa propre sincérité envers les personnes qu’elle interviewe et montre à l’antenne. Elle semble libre mais elle est l’outil d’un système médiatique destiné à faire du buzz.

A chaque revers de médaille, France tentera de faire face, en prodiguant de l’empathie, en offrant une compensation financière, en se confiant à un psychanalyste, en suivant une cure dans une clinique spécialisée … puis en reprenant ce travail qui est ce qu’elle sait faire de mieux et qu’elle recommence à l’identique.

Ce portrait de femme pourrait être très réussi s’il n’était pas si long à se déployer. Le film dure 2 heures 13 et je trouve qu’il aurait gagné à être monté de manière plus resserée. Les plans sur les larmes de l’actrice, silencieuseuses où bruyantes, discrètes ou abondantes, limpides ou troubles … dont il y aurait toute une typologie à dresser même si je reconnais que Léa Seydoux pleure divinement ont fini par me mettre mal à l’aise, jusqu’à oublier que c’était une fiction. Je me suis prise de compassion pour ce qu’elle symbolise, ces personnes prises au piège des conventions où la représentation de l’évènement compte plus que l’évènement lui-même.

Comme si la vérité était davantage représenté au cinéma qui pourtant ne triche pas en la promettant. C’est bien le paradoxe que Bruno Dumont cherchait à démontrer. Alors, disons que le pari est gagné !

France, dixième long-métrage de Bruno Dumont, avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay …En salles depuis le 25 août 2021
Présenté en juillet dernier lors du 74ème Festival de Cannes en Sélection officielle.

samedi 28 août 2021

Gelée, confiture ou même coulis de mûres

Personne n’aime les ronces. Tout le monde adore les mûres. Il faut bien supporter les unes avant d’avoir le bénéfice des secondes.
Les buissons prospèrent sur une grande partie de l’île d’Oléron et je me suis engagée à une cueillette en bordure de marais. C’est la fin de la saison. Les fruits sont un peu rachitiques. Ceci explique-t-il cela ou bien est-ce parce que j’ai sous-estimé le temps de cuisson … toujours est-il que mes pots, une fois refroidis, révèlent un contenu plus proche du coulis que de la gelée. Je pourrais refaire bouillonner un quart d’heure mais c’est si bon (peut-être même meilleur) avec une faisselle ou sur une boule de sorbet à la poire que nous allons les consommer tel que.
Le mode opératoire consiste à d’abord laver les fruits pour les débarrasser des petites bestioles et des sortes de poils qui recouvrent les baies. Ensuite on couvre d’eau froide et on laisse attendrir toute une nuit.
  
Le lendemain, on passe au presse-purée pour éliminer les pépins. L’opération peut prendre plusieurs quarts d’heure. Puis on ajoute le sucre dans la proportion de 800 grammes pour un kilo de fruits et un jus de citron. On cuit ensuite à petits bouillons jusqu’à obtenir un nappage sur une soucoupe.

Les puristes pèsent les fruits avant de les couvrir d’eau. Et surtout ils ne jettent pas ce liquide de trempage. Mais j’avais une telle quantité (et pas assez de bocaux) que je ne l’ai pas conservé. J’ai donc repesé ensuite la quantité que j’allais cuire avant d’y incorporer une dose de sucre adéquate sinon le résultat aurait été trop fort en sucre. J’ai pensé que ma façon de faire allait m’assurer une confiture plus épaisse mais peut-être n’ai-je pas assez cuit. C’est difficile d’apprécier pour une première fois. On apprend de ses expériences successives.
Mon conseil serait tout de même de ne pas dépasser le poids initial d’un kilo de fruits (alors que j’en avais cueilli 2 kilos 500) de manière à ne pas être obligé de sacrifier ce jus qui était fort odorant et sans doute riche en pectine.

dimanche 22 août 2021

907 fois Camille de Julien Dufresne-Lamy

Il y a beaucoup de chiffres dans le dernier livre de Julien Dufresne-Lamy. A commencer par le titre 907 fois Camille qui est énigmatique et pourtant aussi simple que la solution d’une devinette.

Une fois découverte (p. 197 si vraiment vous ne pouvez pas tenir jusque là) la réponse sera d’une limpidité exemplaire.

Julien c’est l’auteur de Mon père, ma mère, mes tremblements de terre. Ce roman m’avait cueillie et enthousiasmée.

907 fois Camille est très différent, et pourtant on retrouve la politesse des mots, son sens de la précision et quelque chose qui a à voir avec la délicatesse. L’auteur va crouler sous les demandes de biographie après celle-ci. Je serais éditeur je l’embaucherais comme nègre (même si j’imagine qu’il refuserait).

« Camille naît le 7 octobre 1987 dans le 14e arrondissement de Paris et tout de suite, elle a côtoyé l’impossible. Camille est la fille de Marie, une femme grande, souriante, fragile et de Dominique alias Dodo, un homme grandiloquent et imprévisible qui aime à se faire appeler la Saumure, et qui doit sa célébrité médiatique à ce qu’on appela l’affaire DSK ».

On est souvent dans le fait divers, mais aussi dans le conte, tout au fil de cette biographie qui ne se présente pas tout à fait comme telle. En tout cas on est avide de lire la suite, persuadé qu’il va se passer « quelque chose ». Je déguste et je me prends au jeu de cette attente. Je m’amuse de constater la déception de l’auteur lorsqu’il découvre les gaufres Meert dont on lui a trop vanté le mérite (p. 206). J’ai vécu pareille sensation.

La vérité n’est pas là où on s’attend à la trouver. Le récit est intime, mais pas trop dira Camille (p. 227) aujourd’hui trentenaire. Les révélations concernent surtout l’acte d’écrire et le rôle de l’écriture dans la construction d’un personnage, de fiction ou bien réel. Avec la lancinante interrogation de savoir si avoir un père est oui ou non indispensable pour se construire soi-même, ce qui fait écho d’ailleurs à son précédent ouvrage. On se surprend à relire plusieurs fois un passage tant l’analyse est fine.

Et quand l’auteur s’identifie au sujet il a (p. 167) l’élégance d’inviter Modiano à se prononcer. Il n’hésite pas à convoquer d’autres écrivains dès que nécessaire.

Le rapport à la chronologie est inhabituel car les incursions ne sont pas des flashbacks mais des instants de la vie présente.

Il est aussi question d’amour. Mais quand on aime, a-t-on besoin de compter ? Et a-t-on besoin de preuve (s) d’amour ? A ce titre la fin est une démonstration digne du meilleur des scénarios.

907 fois Camille de Julien Dufresne-Lamy, Plon, en librairie depuis le 18 août 2021

vendredi 20 août 2021

Comment faire une églade en sécurité

L’été s’est la pleine saison des moules, dont on peut se régaler en les cuisant à la marinière, comme je l’expliquais ici, ou en mouclade. Dans ce cas, on retire une de leurs coquilles après cuisson et on les sert à l’assiette, nappées d’une sauce à base de curry et de safran que les cuisiniers charentais ont appris à concocter à partir des épices que les négociants ramenaient de leurs expéditions maritimes à leur retour au port de La Rochelle.

Il existe une autre manière de les consommer, typiquement charentaise, en faisant une éclade, comme on dit sur le continent, ou une églade, comme on la nomme sur Oléron.

Les restaurants ont des espaces dédiés à ce type de cuisson qu’ils recommencent à utiliser car l
es confinements successifs ont drastiquement réduit ce qui est une véritable institution très pratiquée, à l’occasion de la moindre fête de village.

vendredi 13 août 2021

Dans ce monde ou dans l'Autre de Catherine Locandro

Le résumé ne m’avait pas « accrochée ». Sans doute parce que j’avais lu peu de temps auparavant l’excellent premier roman de Bénie soit Sixtine de Maylis Adhémar et que je me souvenais parfaitement du choc du film Les éblouis de Sarah Suco. J’ai donc pris mon temps et je dois dire que les premières pages de Dans ce monde ou dans l’Autre ne m’ont pas convaincues. J’ai poursuivi parce que j’ai lu plusieurs livres de Catherine Locandro et que je n’ai jamais été déçue.

Les chapitres suivants m’ont récompensée. J’ai découvert un livre dont les personnages sont très touchant d’humanité. Le thème de la dérive sectaire est admirablement traité du point de vue psychologique, sans insister trop lourdement sur ce qui est pathologique tout en n’ignorant rien des risques.

L’auteure s’est sans doute documentée avec précision car elle décrit la reconstruction avec une rare justesse. La peur de l’inconnu est parfaitement décryptée (p. 56). Il faut des mois avant de guérir des déséquilibres émotionnels et affectifs, retrouver suffisamment de confiance en soi, sortir du repli sur soi et parvenir à se lier de nouveau. Tout ce qui est mentionné à propos du stress post-traumatique consécutif à un séjour sous emprise est justifié, ce qui fait que ce livre est tout à fait recommandable pour un lectorat d’adolescents.

Les relations entre les personnages sont suffisamment développées pour qu’on n’ait pas le sentiment de lire uniquement le témoignage d’une rescapée. Les faits nous sont relatés par un article du Dauphiné Libéré – Édition Drôme / Ardèche Sud, le 28/05/2019 : 
Les forces de police, alertées sur des dérives sectaires, ont dû intervenir hier dans la vallée de la Volane, au lieu-dit Le Hameau. Sur les trente-cinq habitants et membres de la « Nouvelle Arche », trente-quatre, parmi lesquels le gourou et vingt et un enfants, ont été portés disparus. Ne restait sur place qu’une adolescente : dans un état de santé critique, elle serait restée enfermée plusieurs jours sans nourriture dans la salle dite « de Purification ». 

Abigaëlle se réveille la veille de ses 15 ans à l’hôpital, loin de ceux qu’elle considère encore comme « les siens », entourée de « Rampants ». A son chevet, une infirmière, un psychologue er une policière spécialisés dans ce genre d’affaires vont aider la jeune fille à mettre en mots ce qu’elle a vécu, et faire avancer l’enquête. Le lecteur est tout autant impatient qu’elle de savoir si son amie Appeline est encore vivante, dans ce mondé-ci ou dans l’Autre …
La couverture est onirique, tout à fait évocatrice des deux mondes qui s’opposent. On remarque tout au long de la narration des indices dont la discrétion correspond à la lenteur d’une enquête délicate où le respect de la personnalité d’Abigaëlle est essentiel. L’histoire nous est racontée du point de vue d’une adolescente intelligente, qui dispose intuitivement des clés pour comprendre une réalité qu’elle peine légitimement à accepter. On oublie vite qu’on a un roman entre les mains.

Et qui plus est, on a envie de se plonger (ou de relire) dans les recommandations de lecture qui sont faites au fil des pages.

Dans ce monde ou dans l'Autre de Catherine Locandro, Albin Michel, en librairie depuis le 5 mai 2021
À partir de 13 ans

mercredi 11 août 2021

Ineffaçables de Clarence Pitz

J'avais lu Le crépuscule des éléphants de Guillaume Ramezi publié chez Phénix noir et j'avais reçu Ineffaçables, que je n'avais pas sollicité. J’ai profité du calme du mois d’août pour le lire car ses quelque 600 pages m’auraient effrayée en temps normal. Surtout que je en suis pas très fan du genre policier.

Je dois dire que cela se lit « bien ». Je mets le mot entre guillemets étant donné l’horreur des situations imaginées par les criminels et qui ne sont supportables que parce que nous sommes dans l’univers du roman.
Au lendemain de la vague d’attentats de 2016, des fresques pornographiques apparaissent sur les façades des quartiers populaires de Bruxelles et secouent l’opinion publique.

Épaulé par Fred Boland, jeune recrue immature, l’inspecteur Karel Jacobs est parallèlement confronté à une série de crimes sexuels d’une perversité sans nom. Les sévices s’enchaînent mais les victimes ne se ressemblent pas. Et le duo est rapidement dépassé par une enquête pavée de violence qui l’emmène dans les recoins sensibles de la ville. Samira, jeune mineure émancipée est retrouvée violée en plein coeur de Molenbeek. Sa route croise le chemin de Virgile Plisson, flic infirme relégué à la paperasserie et ancien membre de la cellule tag, prêt à tout pour reprendre du service.

Du folklore estudiantin aux codes du street art, Clarence Pitz nous emmène dans les profondeurs de Bruxelles à travers un thriller rythmé et immersif basé sur un fait divers attesté, celui des fresques clandestines de Bruxelles.
Je comprends tout à fait que l’auteure ait reçu plusieurs prix, Mordus de Thrillers 2020 et le Prix Sang Pour Sang Thriller du Salon de Longperrier 2020. Elle a eu l’excellente idée de combiner la réalité, car les fresques qui constituent les messages de ses personnages principaux existent bel et bien, avec le fruit de son imagination débordante. Le résultat est forcément haletant.

Elle m’a donné envie aussi d’en apprendre davantage sur l’univers du graff. J’ai apprécié de trouver sous sa plume la référence à Philippe Pasqua (p. 481) que j’ai eu la chance de rencontrer et dont je sais combien il cherche à secouer les normes.

Ajoutez à cela des policiers au caractère particulier : Fred, un novice qui apprend vite, Karel, un policier hyper-impliqué qui fait passer son travail avant sa vie de famille, Virgile le placardisé qui va revenir sur le devant des scènes de crime en raison de ses connaissances dans l’univers des murals, Marcel le chef de service tire-au-flanc dont le seul mérite est de laisser carte blanche à son équipe,

On s’attache à ce quatuor un peu bancal qui fait avancer l’enquête par secousses jusqu’au final en apothéose. Les dialogues sont savoureusement ponctués de termes empruntés au parler belge.

Le titre Ineffaçables, fait allusion à l’acceptation des fresques qui participent à la célébrité de Bruxelles mais aussi à la mémoire de crimes anciens par des victimes assoiffées de justice. 600 pages ne sont pas de trop pour découvrir de qui il s’agit.

Il est évident qu’un tel ouvrage motive à partir à la découverte de la capitale belge en levant le nez.

Initialement fondée en 2008, la maison d’édition belge de renommée internationale a commencé en publiant des ouvrages couvrant différents sujets des sciences métaphysiques chinoises (Feng Shui, BaZi, Yi Jing, Astrologie Chinoise,...) du Bouddhisme, du Taoïsme etc. les Editions IFS ont ainsi déjà plus de 100 ouvrages à leur actif.

Dix ans après leur lancement, et à l’occasion d’une réorganisation la maison se rassemble autour de deux grandes collections distinctes :
« Phénix Blanc » consacré à la métaphysique asiatique, la lumière, le taoïsme, le bouddhisme, le bien-être, etc. Et « Phénix Noir » pour le mystère, l’obscurité, le suspens, la littérature noire, … où Clarence Pitz a désormais sa place.

Ineffaçables de Clarence Pitz, Phénix noir, en librairie depuis le 21 avril 2021

lundi 9 août 2021

Lasagnes de courgettes à la toulousaine en cocotte (Mathon)

Il y a quelques jours que j'ai présenté mon nouvel ustensile fétiche, une cocotte Mathon. Je l'ai vite utilisée de nouveau pour accompagner un barbecue avec une énorme marmite de légumes du soleil.

J'étais tellement concentrée sur le résultat que j'en ai oublié de prendre des photos au fur et à mesure. J'ai pensé que je le ferai au moment de servir. Mais quand j'ai soulevé le couvercle, cela embaumait tant que les assiettes se sont tendues et que j'ai encore une fois oublié de dégainer l'appareil photo.

J'avais utilisé des oignons, revenus dans l'huile d’olive, saupoudrés de cumin, lavant d'ajouter l’équivalent d’une aubergine en dés, huit saucisses de Toulouse dorées dans le fond en quelques minutes, et plus tard, une boite de conserve de pulpe de tomates, de l'ail, avant de poser sur le dessus les tranches des aubergines restantes puis des courgettes rondes du jardin, coupées comme les pommes qu’on veut faire cuire Tatin.

Pour finir il y eut une grosse tomate sans la peau (grâce à l'épluche-légumes Microplane). Ne restait qu'à glisser quelques rameaux d’origan.

Cuisson une heure trente. J'ai ensuite laissé refroidir (façon de parler) en plaçant la cocotte jusqu'au lendemain dans le four chaud dans lequel j'avais cuit une tarte aux pommes. Le résultat était superbe à voir. Dommage de n'avoir pas la moindre preuve photographique.

On va penser que je suis de parti pris mais il me semble que ma nouvelle cocotte Mathon a quelque chose de magique. Les légumes ne s'étaient pas du tout transformés en purée malgré une cuisson de plusieurs heures. Ils étaient comme confits et absolument délicieux. Ne restèrent à la fin du barbecue qu'un fond de sauce et quelques saucisses de Toulouse.

Alors j'ai décidé de vérifier cette propriété en accommodant les restes avec des tranches de courgettes posées en lasagnes sur quelques oignons rôtis dans l'huile d'olive. Bien sûr les tranches ont été "revenues" dans la cocotte avant d'être posées sur les oignons. Et cette fois je n'ai pas oublié de photographier.

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