Publications prochaines :

Comme promis les 70 articles des spectacles vus aux festivals d'Avignon In, Off et If ont été publiés (mois de juillet). Arrivent maintenant les critiques de la rentrée littéraire (mois d'août). Merci de votre patience …

samedi 27 août 2022

Les volets verts, film de Jean Becker

Quoiqu'on dise de lui, j'aime tant l'acteur Gérard Depardieu que je ne louperais aucun de ses films. Il m'a encore une fois convaincue de son grand art dans Les volets verts, le dernier long-métrage de Jean Becker, alors que le scénario par contre ne m'a curieusement pas enthousiasmée.

La première scène se passe entre le médecin de famille et Jules Mangin (Gérard Depardieu), acteur au sommet de sa gloire, disons le carrément, montre sacré reconnu pour son talent, et homme totalement incontrôlable au tempérament excessif, alcoolique incapable de se modérer.

La mise en abîme est-elle intentionnelle ? Gérard est plus que naturel dans ce rôle qui lui va à merveille, surtout en ayant pour partenaire Fanny Ardant qui fut celle de La femme d’à côté (François Truffaut - 1981).

Il n’a que 66 ans mais au rythme où il boit son coeur ne tiendra plus très longtemps. L’injonction de se modérer n’est pas supportable pour l’homme qui ironise que sans alcool ni trop d’émotion ça va être la belle vie … L’acteur joue à peine tant il semble lui-même être Jules.

J’ai reconnu des théâtres dans lesquels je vais souvent. Et la salle du Bœuf sur le toit, qui fut un lieu mythique où se retrouvaient les artistes. Sans être très datée, l’action se déroule plausiblement dans les  années 70, alors qu’il était encore permis de fumer dans les restaurants.

Serge Reggiani chantait alors Il suffirait de presque rien, qui parut dans l'album Et puis… sorti en 1968. Écrite par Jean-Max Rivière et composée par Gérard Bourgeois, elle raconte l’amour impossible d’un homme âgé pour une femme plus jeune, exactement ce qui pourrait arriver avec Alice (Stéfi Celma, formidable interprète), la souffleuse du théâtre que l’acteur emmène dans la maison aux volets verts pour découvrir la mer avec sa petite fille. Cette maison qui donne son nom au film dont le scénario est inspiré du roman éponyme de Georges Simenon écrit en 1950.

L’histoire montre le déclin du grand homme, ravagé par l’alcoolisme (il va jusqu’à boire l’eau de toilette) et le rejet de son amour pour sa partenaire dans la pièce qu’ils jouent tous les soirs. Jeanne Swann (Fanny Ardant) lui préfère un « renard argenté » dira-t-il en se moquant. Elle n’ouvre même plus les lettres qu’il lui adresse. Pourtant Jules a des amis. A commencer par le fidèle Félix (Benoît Poelvoordequi rapplique dès qu’il le sonne. Et son habilleuse (Anouk Grimberg), dévouée et probablement amoureuse, jalouse en tout cas de l’intérêt de son patron pour la jeune Alice.

On suit les mésaventures de Jules en espérant soit une prise de conscience qui ouvrirait une voie positive, soit un évènement carrément tragique. Quand on aime, est-ce qu’il ne faut pas toujours espérer ? On peut appliquer au film la question de Jules à propos de ses sentiments à l’égard de Jeanne mais le scénario, pourtant signé Jean-Loup Dabadie s’enlise un peu. C’est dommage.

Restera le souvenir d’une bande-son remarquable, de plusieurs plans de Paris filmé avec tendresse, de la célébration d’un certain art de vivre et quelques scènes où les acteurs sont tous excellents, malgré une partition sans surprise.

Les volets verts, film de Jean Becker
Avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Benoît Poelvoorde, Stéfi Celma, Anouk Grimberg
En salle depuis le 24 août 2022

vendredi 26 août 2022

Les corps solides de Joseph Incardona

J’ai rarement été déçue par un livre publié chez Finitude. Les corps solides est un de mes derniers coups de coeur. Plus encore, ce roman de Joseph Incardona  est un uppercut.

On le classera dans les romans sociaux (comme le dernier Olivier Dorchamps Fuir l'Eden). Il est aussi de la veine de Changer le sens des rivières de Murielle Magellan, Un jour viendra couleur d’orange de Grégoire Delacourt, Feel good de Thomas Gunzig

On pensera aussi à Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron à l’annonce du Jeu (avec un J majuscule). Si je donne tant de références, ce n’est pas du tout pour pointer d’éventuelles similitudes mais une communauté de pensée.

Anna, ancienne championne de surf, vit à l’écart du monde sur la côte Basque avec son fils Léo depuis le décès de son mari en Californie. Chichement mais en équilibre, comme le sportif sur une haute vague. Il suffit de perdre son boulot, pour risquer de se voir saisir son mobile home et lâcher tout le peu qu’elle s’est construit avec patience à l’écart du monde (p. 64). La dégringolade est imminente, entraînant avec elle son fils Léo dans "une succession de chutes, un vertige ininterrompu et, le centre de gravité, le malheur". (p. 53).

A moins d’inverser le cours des choses … mais si l’énergie, le courage, l’obstination et la constance suffisaient, cela se saurait, non ? 

Joseph Incardona a sa touche très personnelle pour raconter, en 27 chapitres estampillés d’un mot, rarement plus, renvoyant aux règnes animal, minéral puis végétal, une fiction qui frôle tant la réalité qu’elle nous prend par les tripes et ne nous lâche pas jusqu’à la fin. On croit l’intrigue cousue de fil blanc mais c’est un fil noir qui nous prend au lasso.

À partir de quand le monde s’est-il complexifié au détriment des individus ? Depuis quand la procédure et la bureaucratie ont pris le dessus sur le bon sens ? (p. 36) La société est bien malade. On le sait et on en fait régulièrement l'expérience a minima mais cette fois on le vit totalement à travers la bascule qui s'opère dans la vie d'Anna et de son fils.

Doit-on en vouloir au destin ou à la société ? Le roman interroge le concept de solidarité, entre femmes, entre personnes de la même classe sociale, et de la fidélité aux amis, aux idées, aux serments, sans oublier les liens filiaux et le respect de la parole donné. L'auteur pose la question (p. 145) : Qui sait si une promesse peut aider à traverser l’enfer ? Il démontre aussi comment, paradoxalement, on en vient à être indifférent à tout à force d'épuisement (p. 209).

Quand l’équilibre est fragile, la précarité n’est pas loin. Le cerveau d’Anna tourne en boucle : il ne s’agit même plus d’imaginer un futur, mais de ne pas perdre le peu qu’elle a réussi à avoir. Réussira-t-elle à force d’énergie, de courage, d’obstination et de constance à se sortir dignement d'une situation fabriquée par des cyniques ? Son expérience du surfing lui sera-t-elle salvatrice ?

Le changement de ton est radical dans la seconde partie, consacrée au Jeu, dont on découvre le règlement à mesure, instaurant ainsi un suspens supplémentaire. Les spectateurs assidus de Koh Lanta découvriront une version plus terrible de l'épreuve des poteaux.

L'auteur a réussi, tout en imaginant une fiction peu probable, et qui s'achève de manière surréaliste, à secouer nos consciences. Du grand art.

Les corps solides de Joseph Incardona, éditions Finitude, en librairie depuis le 25 août 2022

jeudi 25 août 2022

Crédit illimité de Nicolas Rey au Diable Vauvert

Crédit illimité est annoncé comme "premier roman de pure fiction" (on est soulagé de le savoir une fois qu’on l’a lu) de Nicolas Rey, entre polar et comédie de mœurs : délicieusement immoral !
Fils déchu totalement ruiné à l’approche de la cinquantaine, Diego Lambert n’a qu’une seule issue, demander de l’aide à son père, directeur d’une multinationale de céréales. Celui-ci, maitre en manipulation, lui propose 50.000 € s’il accepte de remplacer sa DRH, en arrêt maladie le temps de la restructuration de l’entreprise, et d’effectuer son plan social. Diego accepte et prend les choses en main, mais pas exactement comme son père l’aurait souhaité 
On devine le père et le fils sur la couverture. Le combat sera sans merci, brossé de chapitre en chapitre, courts, suffisamment longs en fait parce que la plume est incisive, facile à lire, l’écriture cinématographique, dans la double veine du roman social et du thriller. 

La description du personnage du père n’attire aucune empathie bien que l’homme, leader incontesté, PDG  reconnu, affichant les meilleurs bilans, estimé par les actionnaires et les salariés (…) inspirait à ses proches une confiance hors du commun" (p. 22). Celle de la société, dont le bénéfice reposait sur l’intoxication de la terre (ce n’est pas nouveau), ne fait pas davantage pitié. On se réjouit même que des lois aient (enfin) été prises pour encadrer les OGM et que les écologistes se manifestent.

On se demande comment le fils du boss va pouvoir se tirer d'affaire "dans le rôle de la pire des putes : celui de liquidateur, au poste de pseudo-DRH, en fait chef du personnel, faisait de moi l’affreux capitaliste qui allait devoir se séparer de quinze salariés. (p. 23)"

Réussira-t-il sa mission ? On peut deviner qu'il boira à notre santé en suivant le principe de Churchill, toujours prêt à déboucher une bouteille de champagne, nécessaire en cas de défaite, indispensable en cas de victoire (p. 33).

L'auteur est ironique envers lui comme envers les autres. C’est du Nicolas Rey pur jus. Il n'y a sans doute pas grand chose d’autobiographique dans ce roman -et c'est notre souhait-si ce ne sont "la barbe de trois jours et des cheveux hirsutes" (p. 23), ses "cinquante ans qui se pointent à toute vitesse (p. 162 "quand atteindre un sixième étage sans ascenseur relève de l’exploit ")

On retrouve avec grand plaisir l'humour qu’on aime chez lui. Par exemple, toujours p. 162 : je prends largement conscience que les cinquante années qui vont suivre (il est optimiste mais passons, souhaitons lui d’être au moins centenaire comme Micheline Presle) vont être largement moins marrantes que les cinquante années précédentes. La mort est un truc franchement détestable. Elle existe depuis la nuit des temps. La partie se termine toujours de la même façon et on ne voit personne se révolter contre çà.

Il nous distrait avec cette histoire assez rocambolesque mais il aborde aussi des thèmes qui sont de plus en plus prégnants dans les actualités, en particulier celui de la misère sociale : on commence par compter ses sous, et c’est déjà trop tard. On descend les marches les unes après les autres. Ensuite, on dégringole (p. 12).

Il me semble qu'il est de plus en plus le fil conducteur de la rentrée littéraire. On le retrouve nettement dans Les corps solides de Joseph Incardona.

Mais lavée dans l'encre de Nicolas Rey, la réalité devient supportable, et même joyeuse.

Nicolas Rey a déjà publié dix romans au Diable Vauvert dont Mémoire courte (Prix de Flore 2000), et avec Emma Lucchini le scénario La Femme de Rio, César du court-métrage 2015. Longtemps chroniqueur sur France Inter, il a créé en 2015 avec Mathieu Saïkaly le duo les Garçons Manqués qui s’est produit dans toute la France. 

Crédit illimité de Nicolas Rey au Diable Vauvert, en librairie le 25 août 2022

mercredi 24 août 2022

Des prunelles à la japonaise

Je profite de mon séjour sur Oléron pour cueillir des mûres et en faire de la gelée … enfin plutôt du coulis car je ne les cuis jamais suffisamment, mais c'est bien aussi bon.

Cette année j'ai subi la double influence de Frédérique Martin et d'Ito Ogawa. Comme quoi lire un roman peut vous pousser dans les broussailles.

J'y ai cherché des prunelles que j'ai préparées, en suivant les conseils de Frédérique. le résultat est japonisant, proche des prunes dites à la japonaise.

Une fois lacto-fermentés, ces fruits être conservés et servis "au naturel", à l'apéritif, à la manière des olives (on pourrait même les ajouter à une huile d'olive douce) ajoutés à une salade ou disposés sur une assiette de hors d'oeuvres. On pourrait aussi les dénoyauter et utiliser la pulpe dans différentes préparations.

Grâce à la fermentation, on peut les garder très longtemps, ce qui permet d'en consommer régulièrement en attendant une prochaine récolte. Dans la tradition japonaise, il suffirait d’en consommer une par jour pour vivre longtemps et en pleine forme …

Le goût de cette prunelle est très particulière. En perdant son astringence, elle gagne en sucre et, bien évidement, en sel. Mais si la saumure n'est pas sur-dosée le résultat est tout à fait agréable.

La lacto-fermentation est une technique de conservation très ancienne que j'avais d'ailleurs pratiquée il y a quelques années. Je ne m'explique pas pourquoi je n'ai pas poursuivi.Elle a l'avantage de conserver les vitamines, voire même d’augmenter la teneur totale en vitamines des aliments lacto-fermentés.

La méthode est simple. On cueille les fruits sauvages dans les haies. On les lave et les sèche rapidement. Puis on les tasse jusqu'à 2 cm du bord dans un bocal de verre de taille adaptée, lavé puis ébouillanté quelques secondes.

On prépare alors la saumure. Il est conseillé de respecter la proportion de 1 volume de sel pour 3 volumes d'eau, ce qui donne une concentration de sel à 25%. Par exemple 200 g de sel d'Oléron (autant prendre celui qui est récolté sur place) pour 600 g d’eau déchlorée (que l’on a laissée plusieurs heures dans un contenant ouvert afin que le chlore s’échappe). On verse cette saumure presque jusqu'en haut du bocal, en veillant à ce que les fruits soient totalement recouverts.
Certaines personnes préfèrent répartir le sel entre les différentes couches de légumes pour mieux en extraire le jus, et compléter par l'eau bouillie et refroidie. Mais je pense que la technique de la saumure assure une meilleure conservation. Le volume qui me fut nécessaire était très exactement de 120 grammes de sel pour un demi litre d’eau.

Quoiqu'il en soit il faudra bien tasser et pencher le bocal pour faire remonter les bulles d'air (car elles provoqueraient du pourrissement). Arrêter le remplissage du bocal à environ 2 cm du bord supérieur : la fermentation produit souvent des bulles qui font s'échapper le liquide. Plus on remplit haut, plus on a de risque de fuites (prévoir une serviette pour poser les pots !)
L’étape la plus délicate consiste ensuite à faire en sorte que les prunelles restent sous l’eau (sinon elles pourriraient). Si on en a un sous la main, on placer le petit panier des pots de cornichons sur les fruits, avant de refermer le couvercle. On le remarque sur le pot de gauche, à sa couleur verte. Certaines personnes utilisent un anti monte-lait en Pyrex (ébouillanté cela va de soi).

Fermer les bocaux, sans serrer, et laisser à l'ombre et à température ambiante deux ou trois jours, pour que la fermentation commence.

Ensuite on les fermera à fond et on les rangera dans un endroit frais, toujours à l'ombre. On peut si nécessaire les transvaser dans des bocaux mieux adaptés (ébouillantés au préalable). Ma préférence va aux bocaux de type le Parfait avec une rondelle de caoutchouc et je n'en avais pas sur mon lieu de vacances. J'en récupère de conserves du commerce de manière à en avoir sous la main de petits volumes.
Le produit sera prêt au bout de trois ou quatre semaines, passées au réfrigérateur, mais autant le laisser un peu plus longtemps : il sera encore meilleur. Réfrigérer le bocal pour éviter qu’il "explose" à l'ouverture (comme une bouteille de bière ou de champagne qu'on aurait secouée).

Vous constaterez que les prunelles sont devenues roses sous l'action du sel. A ce stade, elles peuvent être consommées et soient conservées dans ces bocaux soient mises dans d'autres contenants en les couvrant d'huile d'olive.

On peut avec la même méthode préparer toutes sortes de légumes pourvu qu'ils soient propres et détaillés (râpés, coupés en rondelles, en cubes, en bâtonnets...). Pour un résultat élégant on alternera des couches de légumes différents et ajouter toute sorte d'aromates (ail, oignon, laurier, estragon, graines de moutarde, poivre …). Il faut que les légumes et/ou les fruits soient frais. On ne prendra donc pas ce qui a gelé ou qui aura été congelé.
Une fois que les légumes auront été mangés on pourra rééutiliser le jus de la lacto-fermentation pour remplacer le vinaigre dans une sauce salade ou pour réensemencer de nouvelles lacto-fermentations, un peu comme on le fait avec les yaourts ou le levain.

mardi 23 août 2022

Pour Lily de Marie Desplechin, à l’Ecole des loisirs

N'oublions pas les enfants. La rentrée littéraire les concerne également.

Je leur recommande Pour Lily de Marie Desplechin, tout à fait lisible à partir de six ans, si on est "bon" lecteur
Jérémie, 11 ans, est arrivé dans son collège juste après les vacances de Noël. "Tu te feras de nouveaux amis", lui avait promis sa mère. Mais à cette période de l'année, c'était trop tard, les groupes étaient déjà faits.
Alors, sa mère lui a payé un vélo, un vieil engin avec lequel il sillonne le quartier. C'est peut-être comme ça qu'il va se faire des amis, en croisant par hasard des élèves de sa classe... Lily, par exemple qui est assise deux rangs devant lui ?
Un jour, elle va lui proposer de signer une mystérieuse "validation de reconnaissance"... 
Jérémie ne sait pas trop ce que c'est, mais à l'idée de la signer, il se sent très heureux tout à coup.
Marie Desplechin alterne semble-t-il facilement entre l'univers des adultes est celui de la jeunesse, se situant parfois à la frontière entre les deux, par exemple avec le formidable Enfances co-réalisé avec Claude Ponti et qui devrait accompagner tous les collégiens dans leur cartable de rentrée.

Elle s'intéresse désormais à l'univers de la banlieue, qu'elle peint dans la série "Quartier sensible" où l'on retrouve des figures bien connues. Il y a le gamin sans père qui distribue des coups avant de discuter. La mère aimante mais dépassée qui planque le passé parce que le passé fait mal (p. 120). Et puis un vélo seul compagnon de jeu à ne pas faire d’histoire. parce que s'intégrer dans un nouveau quartier n'est pas chose facile.

Voilà une histoire d’égalité et de loyauté, douce amère, traitée avec un certain humour, qui aborde la question du harcèlement avec subtilité et qui forcément se terminera bien.

Pour Lily de Marie Desplechin, illustré par Olivier Balez, Ecole des loisirs, à paraitre le 7 septembre 2022

lundi 22 août 2022

Zizi Cabane de Bérengère Cournut

Après De pierre et d'os (déjà chez Le Tripode), en 2019, roman baigné d’écologie et de spiritualité dans le monde eskimo qui a révélé son œuvre au grand public, Bérengère Cournut revient cette fois dans nos paysages, ce qui ne l'empêche pas de nous emmener un moment en Amérique du Nord (p. 194).

Elle n’a pas changé de plume pour autant et c’est encore par le biais de la poésie et des contes qu’elle nous parle de l’absence et de la volonté de continuer à vivre.

Chaque chapitre est une voix différente. Tout le texte n’est que conte et poésie mais il est aussi intercalé de vrais poèmes.

Et puis, découvrir au détour d'un poème (p. 108) que celle qu'on croyait être l'eau est devenue le vent pour nous emporter tous / plus loin encore / là où le chagrin et la mort / ne sont plus rien.

Le dialogue est mystérieux et compose une ode aux quatre éléments, entre un père, ses trois enfants, sa belle-sœur, son beau-père (supposé) et sa femme, disparue depuis plusieurs années, dont les noms de chacun sont ultra-signifiants.

Du côté des vivants le désarroi est palpable. Le père cherche comment survivre à tout ça (p. 147). Il fait tout ce qu'il peut pour que la vie suive son cours mais hurlant malgré tout sa détresse : Mais toi Odile où es-tu ? Tu as disparu, et je te sens partout. (…) T’aimer, c’était comme descendre un cours d’eau, je me laissais porter par le courant (…) je n’en peux plus de ton absence. Je n’en sortirai pas.

Le voyage est multiple, surprenant comme l’est le titre, Zizi Cabane, évident lorsqu’on en apprend la signification. Comme l'est aussi la couverture, illustrée d'un tableau d'Astrid Jourdain qui correspond totalement à l'histoire et qui se comprend à la toute fin.

Ce roman est magnifique jusqu'à la dernière ligne de la dernière page, composant une dédicace que l'habitude place logiquement en début d'ouvrage.

Les métaphores sont constantes et de toute beauté. Je n'en retiendrai qu'une : Ils vont à la mer et la mère est là.

Il faut se laisser porter par cette langue d’une richesse inouïe, un peu comme on le fait en bord de mer, sans lutter contre les vagues, avant de nous retirer sur la plage de nos propres souvenirs en admirant le ressac dont le spectacle est infini.

Zizi Cabane de Bérengère Cournut, éditions Le Tripode, en librairie depuis le 18 août 2022

dimanche 21 août 2022

Les jardins de la Boirie à Saint-Pierre-d'Oléron

Je souhaitais depuis très longtemps visiter les Jardins de la Boirie parce que je pensais qu'il s'agissait d'une sorte de Conservatoire de la Sauge.

Il en reste beaucoup comme la Sauge Love and Wishes (ci-contre) mais, sans doute à cause de la canicule, les propriétaires ont mis l'accent sur d'autres plantes. Toujours est-il que le label de Jardin remarquable est pleinement justifié.

Il reste un mois pour vous y rendre car la fermeture annuelle (dont la date est variable en fonction de la fenaison) est programmée en 2022 au 30 septembre. L'endroit sera fermé à l'occasion des Journées du patrimoine, probablement parce qu'il est privé et que son accès est payant, aussi bien pour les adultes que pour les enfants et les groupes.

Par contre il n'est pas nécessaire d'acquitter le prix de l'entrée pour celui qui souhaiterait acquérir des plantes en pot. Il est néanmoins conseillé de se renseigner sur les variétés disponibles.

Voici quelques photos de l'endroit que l'on arpente à son rythme (compter une bonne heure). Outre des plantes magnifiques, dont quelques sauges, on remarquera des succulentes qui sont tant à la mode depuis quelque temps. Des idées d'aménagement et de décoration continuent également de jolies sources d'inspiration.
Il y a aussi quelques bégonias (ci-dessus le Bégonia Rex, sur la table et le Dragon Wing, par terre à droite), ce qui m'amène à vous recommander particulièrement l'exceptionnel Conservatoire national du Bégonia de Rochefort.
Jetons en premier un coup d'oeil sur les sauges. On remarquera plusieurs pots de Sauge Love and Wishes (ci-dessus) mais aussi de Sauge rouge, dont les fleurs ne sont pas si vives qu'on pourrait le croire.
Est-ce pour cela qu'on est tenté de lui préférer la Gogopurple, une Sauge hybride, très florifère, aux fleurs pourpre violacé, qui malheureusement sont sans parfum, de même que ses feuilles sont sans odeur ? Vivace et de forte croissance, cultivable en annuelle, elle atteindra 1 m de haut en quelques mois.
Certains pieds sont rares comme la Sauge amante (ci-dessous à gauche) ce que mentionne l'étiquette. Ses feuilles ressemblent énormément à la Sauge ananas que j'apprécie tant dans mon jardin car ses feuilles et ses fleurs sont consommables et très parfumées. On la voit ci-dessous à droite.
Enfin il y a aussi la Sauge Guarani, d'un beau bleu très florifère (ci-dessous à gauche) jusqu'à l'automne et qui dégage un parfum anisé. A côté, la Sauge Uliginosa (dite Sauge des marais), encore peu connue des jardiniers, dont on devine la hampe florale bleu ciel. Contrairement à la plupart des sauges que l’on connait pour supporter la sécheresse et la chaleur, celle-ci est une sauge des milieux humides : elle est originaire des zones ouvertes et marécageuses d’Amérique du sud. Sa floraison d’arrière-saison permet de fleurir le jardin en automne, jusqu’aux gelées, où elle est une source de nourriture encore disponible providentielle pour les insectes.
Plus curieuse encore, la sauge arbustive Améthyste Lips, dont le coloris varie avec la température. Les fleurs seront soit blanches, soit violettes, soit bicolores selon la saison, et se renouvellent de l'été à l'automne si le sol reste frais. Elle forme rapidement un petit buisson dense, vêtu d'un feuillage aromatique. Cette variété rustique jusqu'à -10°C s'avère robuste, économe en eau et de faible entretien pourvu qu'elle soit placée dans un sol très bien drainé, même médiocre, et qu'elle bénéficie d'une exposition ensoleillée ou mi-ombragée.
La première allée avait évidemment retenu mon attention puisqu'y ai reconnu des volubilis Ipomea Indica de la variété Edith Piaf, aussi beaux que ceux qui se trouvent au Conservatoire des Convolvulacées de Chatenay-Malabry.

samedi 20 août 2022

Le Prix Hors Concours 2022 est lancé

Depuis 2016, l'Académie Hors Concours met en avant autrices et auteurs de littérature francophone et contemporaine, publiés par des maisons indépendantes.

Chaque année, plus de 500 personnes (300 professionnels du livre et 200 du grand public en France et dans le monde) découvrent la sélection réunie dans la Bibliothèque Hors Concours.

J'applaudis sur le fait qu'il y ait 10 premiers romans parmi les 40, soit 25%. Donc de belles découvertes en perspective.

Les éditeur·ices ont choisi un court extrait pour chacune des 40 oeuvres qu'ils présentent. Ils nous invitent à les découvrir, à prendre des notes dans les marges ou à compter sur notre mémoire, mais nous devons garder en tête utile faudra garder uniquement les 5 extraits qui nous auront le plus marqué·e, touché·e, surpris·e.

Cet été encore, j'ai donc feuilleté et re-feuilleté la sélection pour réussir à n'en retenir que 5. Je dois envoyer mon bulletin de vote avant le 30 septembre. Il est encore temps vous aussi de vous inscrire sur le site de l'Académie.

Mon choix n'est pas encore définitif. Il m'en reste 8, preuve que les ouvrages retenus méritent grandement d'être promus.

Mon premier critère demeure l'envie de poursuivre la lecture au-delà de l'extrait qui nous est proposé. mais je sais que je devrai justifier mon choix avec des arguments.

Je compte bientôt en chroniquer quelques-uns en particulier comme je l'ai fait les éditions précédentes.

jeudi 18 août 2022

Biche de Mona Messine

Quelle bonne idée de m’avoir fait suivre Biche de Mona Messine sur mon lieu de vacances !

La connaissance inouïe de l'auteure du monde sylvestre et cynégétique (la forêt et la chasse) dont elle maîtrise le lexique rend ce premier roman d’une puissance envoûtante et d’une maîtrise insensée.

Nul doute qu’on va entendre parler de cette autrice qui défriche, me semble-t-il, un nouveau genre littéraire, à mi-chemin entre hyperréalisme et surréalisme, que beaucoup vont classer dans l’univers du conte.

On suit avec une exaltation particulière les 24 heures en forêt de Alan, le garde-forestier dont on apprendra (p. 167) l’origine de sa vocation, en rapport avec la destinée tragique de Bamby (le faon immortalisé par Walt Disney), Gérald, le chasseur solitaire et son beagle Olaf, Linda, la rabatteuse canadienne, Basile l’adolescent urgemment pressé d’en découdre avec la chasse, Hakim, un charmant petit hérisson qui traverse régulièrement l’histoire (quelle jolie idée de l’y avoir placé et de le désigner par un prénom), sans oublier Biche, et toutes les sœurs de la tribu.

Les biches subiront-elles la traque et les coups de fusil sans jamais résister ? La question est posée page 196. 

Je ne connaissais pas cette maison d’édition indépendante Livres Agités (dont le site est en construction) mais je vais m’y intéresser. Le credo de cet éditeur est de favoriser la naissance des nouvelles voix littéraires de demain, d'autrices qui par leur mots témoignent de leurs temps et imaginent le futur.

Mona Messine cumule les trois qualités essentielles qui lui ont valu d'être repérée : elle est audacieuse, éclaireuse et conteuse. Son récit prône des valeurs féministes, avec une certaine idée de la justice sociale et surtout un regard écologiste.

Le roman sort aujourd'hui en librairie, à quelques jours de l'ouverture générale de la chasse (le mardi 23 août au matin). Prix après-demain … façon de parler, mais me suis-je déjà trompée quand je le pressentais ?

 Biche de Mona Messine, Editions Livres Agités, en librairie le 18 août 2022

mercredi 17 août 2022

Le Conservatoire national du Bégonia de Rochefort

J'ai profité d'un séjour sur l'Ile d'Oléron pour visiter ce que la ville de Rochefort présente comme une véritable vitrine d’écologie tropicale.

La ville a puisé dans les racines de son passé maritime et scientifique pour monter un projet horticole unique. 

La diversité est très large avec 2000 espèces venues de 4 continents, du niveau de la mer à la Cordillère des Andes et près de 1500 hybrides obtenus depuis 1845. Toutes ne sont pas rassemblées dans la jungle tropicale qui s'épanouit sous la serre mais la Collection nationale du genre Bégonia en compte suffisamment pour être unique au monde.

Nous avons tous de cette plante une représentation qui ressemble à celle qui est en photo ci-contre. Mais nous verrons que le bégonia forme l'un des genres botaniques les plus importants du règne végétal. J'ai appris que les espèces se distinguent surtout par leurs feuillages et leur stature, rampantes ou bambusiformes, parce que les fleurs sont toutes identiques, hormis leur couleur.

On a du mal à croire que le Begonia Luxurians (Scheidweiler 1848- Brésil), ci-dessous à gauche, appartient au même genre que celui qui est à côté. Ou encore que cet autre en dessous. 
 
Il est amusant d’apprendre que l’espèce botanique Bégonia doit son nom à quelqu’un qui n’en aurait jamais vu un seul. C’est ce que nous dit le guide qui nous accompagne pour la visite des serres du Conservatoire national du bégonia de Rochefort.

Il s'agit de Michel Bégon qui était notamment urbaniste. On lui doit d’avoir organisé le plan de la ville de Rochefort "au cordeau" à partir de 1648. Mais surtout, cet homme fut intendant dans la Marine sous Louis XIV. J’ai du mal à croire qu'ayant été gouverneur de Saint-Domingue, il n’ait jamais eu l’occasion de se trouver face à une de ces plantes.

Néanmoins, il est vrai qu’il n’accompagna pas Charles Plumier sur le navire qu’il envoya aux Antilles en 1688, alors qu’il était en poste à Rochefort, a priori avec l’objectif de ramener de nouveaux épices. Le botaniste, à qui on doit de considérables découvertes, put à cette occasion remarquer à Saint-Domingue les premiers spécimens, qu’il se contente, à l’époque, de simplement les dessiner, admirablement au demeurant.

Toujours est-il qu’en effet Plumier les appela ainsi pour rendre hommage à celui qui fut en quelque sorte le mécène de la première expédition qui permit l’identification de six nouvelles "plantes herbacées" qu’il nomme Bégonias, mais qu’il ne ramène pas.

Ce n'est qu’en 1777, soit 85 ans plus tard, que quelques plants arrivèrent en Europe, transportés par des anglais. Ce sont des Bégonia Nitida dont l’image figure sur le ticket d’entrée au Conservatoire (à droite, sur fond bleu).

C’était la première fois, dans l’histoire de la botanique, qu’on s’inspirait du nom d’un homme pour désigner une plante en le latinisant et Plumier peut être considéré comme l’inventeur de la dédicace botanique. Il y eut ensuite le fuchsia qu’il dédia au botaniste allemand Leonhart Fuchs (1501–1566), après leur découverte, toujours à Saint-Domingue.

Ce spécialiste de la flore des Antilles a aussi nommé le lobélia pour Mathias de l'Obel, le magnolia pour Pierre Magnol. Quand ce ne sont pas des noms de personnes, Plumier utilise les noms vernaculaires qu'il latinise pour nommer les nouvelles plantes. Ainsi par exemple, il nomme la vainillia, une plante originaire du Mexique découverte en 1571 par Francisco Hernández, Vanilla planifolia

Ses publications naturalistes lui valent l'admiration de ses contemporains, et de successeurs tels que Georges Cuvier (1769–1832). Un genre de frangipanier lui a été dédié par Tournefort et Linné, le genre Plumeria de la famille des Apocynacées.
Le Conservatoire doit son existence à un troisième homme, auquel de nombreux panneaux rendent hommage, Vincent Millerioux qui en a rassemblé d’abord 200 specimens, qu’il a ensuite vendus à la Ville de Rochefort, laquelle construisit en 1988 cette serre de 1100 mètres carrés, la plus grande en Europe consacrée à une seule variété nous dit notre guide. Là encore je suis dans le doute puisque la serre aux Palmiers (ou Palmenhaus) de Vienne, qui abrite un palmier légendaire de 23 mètres de hauteur, est réputée pour être la plus grande avec 4900 mètres carrés de verrière. D’où son classement au patrimoine de l'Unesco depuis 1996 avec le château de Schönbrunn.

Le premier fond de plantes acheté va très vite s’enrichir par dons, achats, échanges avec des collections françaises ou étrangères, permettant à Rochefort de posséder sans doute la plus grande collection de bégonias au monde. A signaler que depuis l’épidémie de Covid le conservatoire n’a pas encore pu reprendre la vente de spécimens. Cela ne saurait tarder. Renseignez-vous.

Les serres abritent un peu plus de 1600 variétés dont 600 sont naturelles, les autres étant le résultat d’hybridations. Toutes sont des plantes dites d’intérieur sous nos climats. Certaines, comme le Bégonia Grandis, qui demande un sol léger drainant, calcaire dans l’idéal, et qui est capable de s’étendre largement,

Le bégonia appartient à une famille qui couvre toutes les régions tropicales du globe. La plupart des plantes présentes ici proviennent de la ceinture tropicale s’étendant du Mexique à la Malaisie (en vert sur la carte ci-dessous). Leur biotope se situe du niveau de la mer à 3800 m d’altitude dans la Cordillère des Andes… On comprend pourquoi ces plantes sont si robustes !

On verra des espèces basses rampantes du Mexique, le tubéreux du Chili, des feuillages colorés de Nouvelle Guinée... Certaines espèces rustiques d’Afrique du Sud, habituées à des climats rudes vivent jusqu’à - 15° C. D’autres peuvent supporter des températures négatives jusqu’à -25° mais elles ne sont pas conservées à Rochefort par manque de place. En effet, la plupart des variétés d’extérieur ont besoin d’une période de repos au sec et dans l’obscurité, et la serre -chauffée- ne pourrait pas les accueillir en hiver.
Les plus florifères sont celles dont le port est érigé, ou encore dit bambusiforme, parce qu’elles forment un buisson de tiges très droites et hautes qui ont une allure de bambous. Elles peuvent atteindre jusque 6-7 mètres de hauteur. Cette disposition leur permet de trouver de la lumière quand elles poussent sous la canopée, puis fleurir et donc se reproduire.
A l’inverse, il existe des formes rampantes, au rhizome plus ou moins épais, qui est une autre forme d’adaptation. Au Costa Rica, on remarque des espèces pouvant développer des tiges de 40 à 50 mètres de longueur, de manière à atteindre la canopée.
A l’inverse la variété la plus petite est le Bégonia foliosa originaire de Colombie et dont la forme est buissonnante. Les plus fins peuvent vivre dans une infractuosité de bois ou de roche au Mexique ou au Guatemala. 

D’une manière générale, le bégonia apprécie d’être à l’étroit, ce qui en fait la plante idéale pour le moindre interstice en pouvant laisser croire qu’elle pousse à même la roche. Le rempotage ne doit pas se faire avant que les racines ne soient vraiment trop serrées, et jamais dans un pot beaucoup plus grand (2 cm de diamètre supplémentaire suffisent amplement), dans un terreau assez riche et bien drainé. On ajoutera du charbon de bois dans la terre pour éviter les moisissures. Un terrarium peut consister une bonne opportunité. Une plante adulte pourra y conserver un développement économique et prostré. 
Nous verrons qu’elles ont divers moyens de s’adapter à la sécheresse. Comme par exemple grâce à la pilosité des feuilles pour capter la rosée matinale. Il est utile de savoir qu’aucune feuille n’est urticante.
Ces plantes ont une longévité remarquable, jusqu’à une cinquantaine d’années, par exemple pour le Bégonia Erytophria, dit nénuphar, qui fut le premier bégonia hybride de l’histoire et dont les feuilles sont rouges (voir un peu plus bas).

Il est important de retenir que ces plantes peuvent ne pas mourir de soif mais que par contre un excès d’humidité leur sera fatal, surtout par les racines. On peut donc considérer qu’il n’est jamais trop tard pour les réimbiber. De plus un manque d’eau créé une situation de stress qui peut inciter la plante à fleurir (pour se reproduire dans une sorte d’instinct de survie).
Elles ont aussi plusieurs méthodes pour capter la lumière. Outre la hauteur des tiges, certaines sont épiphytes, c’est-à-dire qu’elles se développent dans un creux d’arbre, sans lui nuire aucunement. On le constate surtout au Gabon et dans les autres pays d’Afrique tropicale. La variété ci-dessou, mexicaine, peut pousser directement sur la roche.
D'autres disposent de feuilles pigmentées en rouge pour recevoir les faibles rayons des sous-bois malaisiens comme le Begonia Erythrophylla, créé en 1845. Ce très vieil hybride horticole est le fruit du croisement de deux espèces : B. hydrocotylifolia x B. manicata. Ses feuilles sont grandes et charnues, vert foncé brillant au dessus, rouge pourpré au revers, glabres, aux nervures claires. Il s'épanouit d'inflorescences denses de fleurs roses, parfois plus claires, ou blanches si la luminosité n’est pas suffisante, en février, mars. Il est robuste, comme tous les bégonias, de culture facile, en potée ou en pleine terre dans le jardin d’hiver.
 
Begonia Erythrophylla (hydrocotylifolia X manicata)

C'est un pigment nommé anthocyane qui est responsable de la couleur rouge. Il est produit quand le taux de chlorophylle diminue et c’est aussi un moyen de défense contre les insectes. On le constate en automne sous nos climats quand les insectes, sentant le mauvais temps arriver, voudraient passer l'hiver au chaud dans un tronc d'arbre. Pour mieux économiser ses ressources et repousser des hôtes indésirables l’arbre va opter pour la laideur et abandonner un vert attractif pour les insectes. Les acides aminés contenus dans les feuilles migrent alors vers les branches et le tronc pour les renforcer pendant la mauvaise saison tout en ne tentant plus les insectes de se poser sur elles.
On pourrait consommer les feuilles de bégonia, en particulier l’espèce appelée Déliciosa que l’on peut cuire comme de l’oseille (ci-dessus). Elles présentent d’ailleurs le même risque pour les reins en cas de surconsommation (d’où l’intérêt de faire bouillir avant toutes les plantes de type oxalis, dont la rhubarbe qui est de la même famille).

Les périodes de floraison dépendent de la durée du jour. Certaines sont de jours longs, d’autres de jours courts. Dans la nature, la majorité ont des fleurs blanches mais les jardineries privilégient les espèces aux fleurs rouges ou orangées. Il existe cependant aussi une variété à fleurs jaunes.
Tous les bégonias ont les même fleurs, et ont tous le même type de feuilles, alternes et asymétriques de manière à ne pas se superposer et recevoir toute la lumière. Mais comme en témoignent les photographies elles sont loin d'être identiques d'une plante à l'autre.

Les fleurs sont monoïques (comme la courge, le maïs, les conifères sauf le if), et non dioiques (quand les sujets mâle et femelle sont différents comme le kiwi ou le ginkgo biloba), ni hermaphrodites (comme le sont la plupart des plantes avec une fleur unique).
Le développement des fleurs s’effectue deux par deux, à la manière d’un arbre généalogique, pouvant aller jusqu’à une sorte de grappe de 512 fleurs.
Les graines sont microscopiques, semblables à une poussière rouge. Ce sont les plus petites au monde, avec 50 000 graines au gramme.
On voit nettement le fruit sous la fleur femelle (à gauche sur la photo). La fécondation est dite "par duperie" parce que le pollen, nourrisseur, n’est présent que dans les fleurs mâles, plus petites. Mais la beauté et la taille des fleurs femelles attireront ensuite les insectes dont l’abdomen encombré de pollen les fécondera.

Le vent peut aussi faire office de pollisinateur, et la main humaine créé des hybrides (lesquels ne sont pas reproductibles autrement que par bouturage car la nature ne le permet pas). Le bouturage est d’ailleurs le meilleur mode de reproduction, à condition de protéger le plant des courants d’air et des écarts thermiques par une sorte de couvercle, ou de demi-bouteille ouverte.
Conservatoire du Bégonia - 1 Rue Charles Plumier, 17300 Rochefort- Téléphone : 05 46 82 40 30
Visites guidées exclusivement (durée de 45 à 60 minutes maximum). 
Fermé les jours fériés
Pour terminer, …  quelques autres spécimens :

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