dimanche 13 mai 2018

Une tarte à l'abricot et au romarin

J'adore les abricots, et la tarte faite avec ce fruit, quand elle est réussie. Par chance j'ai trouvé une technique que je vais vous donner.

Le secret réside dans l'emploi de la préparation pour pâte brisée sans gluten de Mon fournil que j'ai convertie en version pâte sablée.

Il suffit de mélanger un sachet avec 80g de beurre tempéré coupé en dés, 1 oeuf entier, 60g de sucre et 40 d'eau.

J'utilise toujours des gants en silicone pour malaxer les ingrédients. Je trouve que la chaleur de la main accélère la confection d'une boule qu'ensuite je filme et laisse reposer une demi-heure au réfrigérateur.

J'étale ensuite au rouleau entre deux feuilles de papier sulfurisé. Puis je la place dans un moule rectangulaire à hauts bords spécialement adapté à un mini-four (ultra pratique parce qu'il chauffe très vite et est économique).

Je pique la pâte à la fourchette et dépose les oreillons d'abricots, peau en dessous. Puis je saupoudre généreusement de graines de tournesol (elles sont délicieuses) et de graines de lin (dont le goût est complémentaire aux précédentes), elles aussi Mon Fournil.
Quelques brins de romarin et je cuis une trentaine de minutes à 210°.
Ce dessert a vraiment été apprécié parce que la pâte est friable sans être trop sucrée. Elle a absorbé l'excès de jus des abricots sans se détremper. J'utiliserai donc plutôt cette préparation de Mon Fournil de cette manière plutôt qu'en pâte dite brisée, avec une garniture salée.

L'association entre les abricots et les graines fonctionne à la perfection, de manière plus rapide et plus saine que la frangipane que l'on associe souvent à ce type de fruit.

Couteau Pradel et fourchette à dessert Jean Dubost

samedi 12 mai 2018

L’homme de Grand Soleil de Jacques Gaubil

L’homme de Grand Soleil est un livre très dialogué où rocaille l'accent québécois. Est-ce un roman pour autant ? Sa forme ressemble davantage à un journal de bord et au moment de le refermer j'ai le sentiment d'avoir eu un conte entre les mains, ce qui est loin d'être un reproche.

Sans doute parce que la lecture est scandée par l'hymne grégorienne la plus célèbre qui découpe le texte en trois époques. Veni, creator Spiritus est la première. C'est le titre de l'oeuvre et elle signifie Viens Saint Esprit Créateur, ce qui est tout à fait d'actualité à quelques jours de la commémoration de la Pentecôte. Quiconque a un fond de culture catholique la reconnaitra dès les premières notes.

La deuxième partie, Mentes tuorum visita, est aussi la deuxième ligne de l'hymne et Imple superna gratia, la troisième et dernière.

On remarque souvent des locutions latines, par exemple In cauda venenum. L'allusion à Adam et Eve est nette page 102. Les propos à connotation religieuse, catholique mais pas que, ponctuent le récit. Le respect du Shabbat par son voisin est une sévère contrainte (p. 26) et il a bien de la chance que le médecin ne se soit pas converti car sinon qui effectuerait les tâches qu'il s'interdit de faire ce jour-là ? Les fanatiques ne sont jamais à une contradiction près, et tout est prétexte à Jacques Gaubil pour le souligner.

L'auteur a un sens de l'humour très fin. Il en faut pour donner à son personnage principal la profession de médecin et l'affubler du patronyme de Leboucher. Le village où il se rend régulièrement se situe au nord du Québec, à l'endroit exact où l'immense forêt boréale canadienne a capitulé. La communauté est composée d'une quarantaine de maisons en bois, rouges ou blanches dans un sol gruyère avec des trous remplis d'eau. Nous sommes à Grand Soleil qui, comme son nom ne l'indique pas, est une région de grand froid et qui n'existe sur aucune carte (une de mes amies, québécoise, m'assure qu'il a été inventé pour l'occasion). Personnellement cela me réjouit que tout ait pu avoir été construit parce que l'histoire serait trop troublante si elle était authentique.

vendredi 11 mai 2018

Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce dans la mise en scène Jean-Charles Mouveaux

Nous restons au Studio Hébertot où la programmation présente des pièces très différentes. Après l'humour de 2 Mètres 74 voici l'émotion de Juste la fin du monde.

Je suis venue avec une grande réticence parce que j’avais tellement aimé le film de que je redoutais la déception.

En fait la mise en scène de Jean-Charles Mouveaux m’a emportée sans doute parce qu’il a réussi à restituer la musicalité de la si particulière syntaxe de Jean-Luc Lagarce. Les deux œuvres sont différemment intéressantes.

Je comprends que le spectacle ait été un des grands succès du festival off d'Avignon l'été dernier. En sortant d’Hébertot je n’avais qu’une envie, lire le texte original.

Première bonne idée de mise en scène : avoir utilisé l'escalier coté jardin, et d'où les comédiens descendent un à un et pour s’assoir à cour alors que les spectateurs eux aussi s'installent.
S'il faut en rappeler le contexte je dirais que c'est l’histoire de Louis, un jeune homme d’une trentaine d’années, qui se rend dans sa famille, après de longues années d’absence, pour "annoncer moi même - seulement dire ma mort prochaine et irrémédiable".

Juste la fin du monde résonne comme une expression de l’impossible : Si je fais ça, ce sera la fin du monde ! ? Le public le sait d'emblée, le personnage raconte en prévenant que Plus tard l’année d’après j’allais mourir à mon tour (...) mais il a tenu malgré tout à faire le voyage. Et même si on peut penser que Jean-Luc Lagarce s'est inspiré de sa propre vie pour écrire la pièce (en 1990) elle n'est pas la dernière qu'il ait publiée. Il donne dans celle-ci une parole entière à ce qui reste d'habitude en l'état de non-dits et le moins qu'on puisse dire est qu'ils sont très bruyants.

jeudi 10 mai 2018

2 Mètres 74 de Martine Paillot

2 Mètres 74 est une vraie comédie, et c'est agréable d'assister à un spectacle drôle et si bien écrit. Je ne suis pas sûre que ce soit légion.

Vladimir (Frédéric Jacquotet Pierre (Nicolas Georges) se connaissent depuis vingt-cinq ans. Ils sont devenus des amis et entretiennent chacun des passions diamétralement opposées. Le premier ne vit que pour les courses hippiques, le second vibre pour la musique.

La vie est apparemment mal faite puisque c'est Vladimir qui hérite d'une célèbre pianiste récemment disparue, un objet inattendu, d'exactement 2,74 mètres, matérialisé sur le sol par un contour de chatterton, un peu à la manière d'une scène de crime.

On reconnait la silhouette d’un Steinway de concert, le pur-sang de la musique, très beau mais encombrant. Quand il apprend sa valeur, autour de 100 000 € il le regardera d’un autre œil parce que le vendre pourrait lui permettre de concrétiser son rêve, à savoir déposer ses couleurs. Même si une telle somme ne suffit pas pour acquérir un cheval entier. Il se contentera volontiers d'une part car un cheval de courses se vend en parts de société à plusieurs propriétaires actionnaires.
Pierre est directeur d’agence bancaire. Il est prêt à débourser la somme pour réaliser son propre objectif et quitter un métier qui ne le satisfait pas du tout.

La pièce ferait long feu si la vie était aussi simple. Les deux potes ne se sont jamais livrés à des confidences et le public apprend que l'un comme l'autre ignorait avoir eu un challenger dans le coeur de Jeanne Donati ... que Vladimir consent avoir à peine connue. Le ton monte vite entre eux.

Personne n'est au bout de ses surprises car arrive Alma (comme l'épouse de Gustav Mahler), la fille unique de la disparue. C'est une jeune fille plutôt désorientée mais aucunement triste, qui s’étonne que chacun ait connu sa mère et dont on ne comprend pas que sa mère l'ait déshéritée. Résultat des courses : deux vrais cons.

Une autre partie va se jouer ensuite qui redistribuera les cartes. Impossible d'en dire davantage mais vous pouvez aisément deviner qu'entre rêve et filiation il va falloir faire un choix. Si on peut jouer du piano à quatre mains, on pourra peut-être conjuguer la paternité de la même manière ...

J'ai beaucoup aimé cette pièce en raison du jeu des acteurs, toujours juste, sans verser dans ce qui aurait pu être un mélo. L'écriture de Martine Paillot est finement documentée. Elle connait autant le monde hippique que la scène musicale. Elle a donné au cheval le nom de Peintre célèbre qui a vraiment gagné le prix de l’Arc de triomphe. Des extraits du Concerto numéro 14 de Mozart ponctuent chaque nouvelle scène. L'humour est constant, sans jamais verser dans la facilité. On va de surprise en rebondissement.

2 Mètres 74 a été un succès au festival d'Avignon trois ans de suite et a déjà beaucoup tourné. Mais c'est la première fois que le public parisien peut la découvrir parce que le studio Hébertot a eu la bonne idée de lui ouvrir ses portes.

L'auteure a déjà deux romans à son actif, notamment Le manoir (co-écrit avec Dominique Marny, publié en 1983 chez Olivier Orban), quelques chansons, et de la poésie. Elle a repris le piano il y a dix ans mais s’ennuyait et a décidé alors de s’inscrire à un cours de théâtre près de son domicile. C’est ainsi qu’elle a découvert Frédéric Jacquot2 Mètres 74 est sa première pièce. On espère que ce ne sera pas la dernière.
2 Mètres 74 
De Martine Paillot
Mise en scène de Frédéric Jacquot
Avec Elisa Birsel en alternance avec Leïla Tabaï, Nicolas Georges, Frédéric Jacquot
Du 3 mai au 23 juin 2018
Du jeudi au samedi à 19h
Au Studio Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles, Paris 17ème
01.42.93.13.04

mercredi 9 mai 2018

Au petit bonheur la chance ! d'Aurélie Valognes

Aurélie Valognes a toujours voulu devenir romancière mais elle ne se sentait pas du tout prédestinée à être écrivain. Elle dit elle-même, et c'est à son honneur, venir d'un milieu populaire, où on lisait davantage des livres de poche que des éditions originales, et s'avouait un peu complexée à l'idée d'entrer dans une librairie.

Ses études commerciales l'éloignaient de la littérature. Sa vocation s'est concrétisée à la faveur d'une mutation de son mari à l'étranger (en Italie, à Milan), la contraignant à démissionner de son travail alors qu'un baby-blues l'incitait à se remettre en question, en s'interrogeant sur ce qu'elle allait faire pour elle-même. La perte, du jour au lendemain, d'une cousine, acheva de la décider à vivre son rêve : C’était le grand saut dans le vide. Mais, loin de son pays, c’est aussi plus simple de repartir d’une page blanche, de se réinventer, sans avoir peur d’être jugée.

La jeune femme a pris une sage décision en suivant enfin son instinct. Elle compte aujourd'hui un nombre impressionnant de lecteurs qui se chiffre en millions, presque à égalité avec des plumes célèbres comme Guillaume Musso ou Marc Lévy. Et, si elle est une femme, elle a réussi à conquérir un lectorat masculin important qui représente la moitié de ses lecteurs.

Elle ne craint plus d'entrer dans une librairie. C'est à l'occasion du trentième anniversaire de la Griffe noire que je l'ai rencontrée à Montreuil où elle est accueillie à juste titre comme une star, d'autant que Jean-Edgar Casel et Gérard Collard, les deux responsables de cet endroit devenu mythique, ont créé depuis 2009 le Salon international du livre de poche. Il aura lieu cette année, du 23 au 24 juin 2018, toujours Place des Marronniers à St-Maur-des-Fossés (94100).

mardi 8 mai 2018

La dernière fabrique de pains d'épices de Dijon Mulot & Petitjean

La maison Mulot & Petitjean, fondée en 1796, est la plus ancienne fabrique et boutiques de pain d'épices de Dijon installée en Côte-d'Or (Bourgogne-Franche-Comté).

Sa longue et prestigieuse histoire est l’héritière d’un voyage entrepris par le Mi-kong chinois et le boichet de Marguerite de Flandres, avant d'inscrire le pain d'épices dans le patrimoine gourmand dijonnais.

Rares sont les entreprises françaises comptant comme elle plus de deux siècles d’existence,  comme le groupe Revol Porcelaine drômois (qui a inventé l'aspect  "froissés" de gobelets pour boire le café) ou Peugeot (1810) qui fabriquait alors des moulins à café. Il manque une vingtaine d'année à la moutarderie Fallot pour rejoindre ce groupe.

Etant bourguignonne de naissance j'avais envie depuis très longtemps de visiter cet endroit et d'en comprendre les spécificités. Car il existe autant de recettes de pain d'épices que de ville qui en font. J'apprendrai que celui de Dijon n'a rien à voir avec celui de mon enfance, provenant de chez Dosnon, apiculteur à Villeneuve-sur-Yonne.
C'est le parfum du pain d'épices qui prend d'assaut nos papilles dès l'entrée dans le bâtiment (sauf le week-end parce qu'il n'y a pas de cuisson à ce moment là). On est accueilli dans l'espace dégustation-boutique où un couple d'angelot veille sur l'histoire, le savoir-faire et les produits de la maison.
La visite commence par le bureau où cette fois l'émotion est visuelle et affective. Cette première pièce est sobre, fonctionnelle et a été restaurée dans l'esprit qui régnait dans les années 1910. Elle n'est pas encombrée. Les objets d'époque sont mis en valeur, une vieille malle, d'anciens moules et instruments de découpe dans quelques vitrines...

lundi 7 mai 2018

Les Fourberies de Scapin par la Cie de L’Illustre Théâtre

La Cie de L’Illustre Théâtre dirigée par Tigran Mekhitarian a choisi Molière pour montrer ce dont elle est capable. Elle s'est emparée des Fourberies de Scapin pour en faire une adaptation qu'elle revendique moderne et déjantée, généreuse aussi. 

L’histoire se situe aujourd’hui : un groupe de jeunes se retrouve confronté à un drame qui transformera chacun d’eux en la personne qu’il rêve de devenir. Parmi eux, un Scapin facétieux aidera ses compagnons à résoudre avec ruse et humour leurs intrigues amoureuses, tout en réglant ses propres comptes avec les pères et les maîtres tyranniques.

Le texte classique est néanmoins là, à peine a-t-il subi quelques petites coupes.

C'est toujours une comédie menée au pas de course par un Scapin (Sébastien Gorki) facétieux qui aide ses amis à résoudre avec ruse et humour leurs intrigues amoureuses tout en réglant les comptes avec les pères et maîtres tyranniques.

Mais ce sont aussi des dialogues enrichis par l'expérience que la jeunesse d'aujourd'hui a acquise dans les cités où le drame n'est jamais très loin.

Il faut aller les voir sans tarder parce que dans 10-15 ans ils n'auront plus le même âge. Ils feront encore du théâtre, mais ils le feront autrement. Pour l'heure le message le plus essentiel est de faire un théâtre qui ne soit pas élitiste et qui parle aux gens efficacement, cultivés ou non, immigrés ou français de souche, libres ou détenus ... Surtout tous ceux qui ne vont pas (ou plus) au théâtre.

Le spectacle a remporté un vrai succès en Avignon l'été dernier. La bande était portée par l'envie de faire rire, même si personne n'était prêt à faire des concessions par rapport au fil blanc tracé par Molière.
Depuis, ils ont terminé une première tournée et abordent ces six représentations programmées à l'Epée de bois avec le souhait de se recentrer sur l'histoire et le drame qui est sous-jacent à la comédie. Ils ont déjà plus de maturité et les filles ont davantage de place sur la scène.

La salle de pierre, vaste et imposante, semble conçue pour eux. Quelques dates y sont programmées pour que le public parisien puisse découvrir à quel point Molière demeure contemporain et susceptible de booster le potentiel créatif d'une bande de jeunes nourris par le rap et le rythme.
Il faut se laisser vaincre
Et avoir de l'humanité.

Le metteur en scène ne cache pas son amour pour Molière dont l'intention est claire et évidente, faisant de ce théâtre là une valeur sure. Cela ne l'empêchera pas de commencer à réfléchir bientôt à son futur spectacle, l'Avare.
Pour l'heure il se consacre entièrement aux Fourberies. Le spectacle a bougé depuis Avignon et il y a fort à parier que beaucoup de choses seront différentes l'an prochain quand la troupe prendra ses quartiers de printemps au Théâtre 13. Ils y resteront quatre semaines. Que cela ne vous empêche pas d'aller les voir sans délai, ... pour mieux les revoir ensuite. Leur énergie est communicative et vous apprécierez pour sûr les moments décalés, ... pour peu que vous ayez au moins 7 ans.

dimanche 6 mai 2018

Fugitive parce que reine de Violaine Huisman

Fugitive parce que reine a été modelé dans le terreau ô combien fertile de la vie de Catherine, qui fut la mère de Violaine Huisman

L’auteure se rapproche, au fil de la narration, du bord de la ligne séparant le roman du récit, laquelle m’a semblé nettement franchie dans la troisième partie.

Le début du livre m’avait enthousiasmée. La liberté de ton, la fantaisie allant jusqu’à l’exubérance m’avaient emportée comme une chevauchée fantastique. Quel culot avait cette jeune femme d’avoir osé inventer des personnages aussi barges, la mère surtout, quoique le mari ne soit pas loin derrière, et que le grand-père soit quasiment inénarrable. Bien que.

La réalité dépasse la fiction, je le sais, mais une réalité si fantasque, c'est à peine imaginable, et il est miraculeux d’en sortir... indemne (?). On comprend pourquoi Violaine est rapidement allée poursuivre la construction de sa vie 10000 km plus loin, même si elle s'est ainsi, d’une certaine manière, conformée au vœu maternel puisque parler anglais fut une injonction ressassée par Catherine.

samedi 5 mai 2018

Saltimbanque de Pierre Douglas

Aucun décor dans le studio Hébertot pour accueillir le nouveau spectacle de Pierre Douglas, Saltimbanque, qu'il interprète accompagné par Mathieu Chocat et ses musiciens, Ludwig Bahia à la batterie et le guitariste Pierre Schmitt.

S'il utilise un micro lorsqu'il chante il n'est par contre pas sonorisé quand il raconte son parcours. On sort de la salle avec l'impression d'avoir passé plus d'une heure au coin du feu, en compagnie d'un ami.

Pierre est ce qu'on appelle un show man mais ce moment le montre capable de douceur, voire même de tendresse à l'égard de toutes les personnalités qu'il a imitées depuis 40 ans. Sylvia Roux, la directrice du studio, a eu la formidable idée de lui demander, non pas de faire un récital de plus mais de raconter sa vie. 

Il commence avec la cavalcade entrainante de la bande originale que Michel Polnareff a composée pour le film de Gérard Oury la Folie des grandeurs. C'est que la musique, nous allons l'entendre, joue un rôle déterminant dans la vie de l'humoriste.

C'est à l'âge de 7 ans qu'il a déclaré à ses parents que plus grand il ferait rire. Ses ascendants ne l'ont guère pris au sérieux et ont tenu à lui faire suivre des études malgré des résultats médiocres (c'est lui qui nous le dit) quel que soit le nom (prestigieux ou pas) de l'établissement où ils réussissaient à le caser.

L'option musique qu'il choisit au Bac Technique ne lui permet pas d'obtenir le diplôme malgré un 20 sur 20, lequel ne compensera pas la note catastrophique qui lui est attribuée en physique.

Il entreprend alors malgré tout des études de marketing qu'il achèvera en 1964. La soirée de promotion est dirigée par José Artur qui est déjà le grand animateur que nous avons connu sur France inter. Je veux devenir Tintin lui déclare Pierre.

Il attendra mars 66 pour démarrer dans le journalisme, à Limoges où il fait ses débuts au premier journal télévisé régional de 19 h 40.

Il a rencontré celle qui sera la femme de sa vie, qui pour le moment n'a pas terminé ses études de médecine. Il lui incombe donc de faire bouillir la marmite. Pierre acceptera un poste de représentant (c'était le terme usité à l'époque) chez Primagaz pour se rapprocher de la région parisienne. Il parcourt 200 km par jour en 4 L pour sillonner l'Oise afin de vendre des chauffe-eaux ... y compris à une vielle dame qui n'avait pas l'eau courante (ce n'était pas si fréquent dans ces années là) lui promettant que le jour où ses voisines auront l'eau froide au-dessus de leur évier elle aurait, elle, l'eau chaude.

vendredi 4 mai 2018

Les inséparables mis en scène par Ladislas Chollat

Stephan Archinard et François Prévôt-Leygonie disent écrire en pensant à un décor.

Il est indéniable que celui qui a été imaginé par Emmanuelle Roy (ainsi d'ailleurs que les costumes d'une folle élégance de Jean-Daniel Vuillermoz) contribuent à installer l'atmosphère de la pièce qui se déroule sur deux époques, dans un atelier de peintre en duplex, situé à Montparnasse.

Je ne comprends d'ailleurs pourquoi il n'est pas nominé cette année aux Molières dans la catégorie création visuelle. Il apparait certes, mais pour saluer le travail de mise en scène de Ladislas Chollat qui, s'il obtient la statuette, ne saura jamais à quelle pièce il la doit puisqu'il est tout autant cité pour Le fils.

L'intrigue est assez complexe. Gabriel Orsini (Didier Bourdon) est un peintre renommé en pleine crise existentielle. Dans sa vie, tout fout le camp : faute d’inspiration, il ne peint plus depuis des lustres, malgré le soutien sans faille de Maxime (Thierry Frémont), son fidèle galeriste. Il ne supporte plus sa compagne Célia. Il en veut aussi terriblement à Abel (Pierre-Yves Bon), son fils unique né d’un premier mariage désastreux, d’être devenu trader à New-York… suivant ainsi la voie de Samuel Orsini, le grand-père banquier de Gabriel.

Né de père inconnu, et orphelin de mère (Elise Diamant), Gabriel a été élevé par Samuel, un grand-père austère et implacable, à qui il a toujours voué une haine sans limite. Or, à la veille de ses 50 ans, qu’il s’apprête à ne surtout pas fêter, Gabriel reçoit un cadeau inattendu de la part d’une mystérieuse artiste peintre, d'origine russe, Sacha Khlebnikov (Valérie Karsenti) qui était en vogue dans les années 60 : ce magnifique duplex en bordure de Saint-Germain des Prés.

jeudi 3 mai 2018

Hu Po, cuisine chinoise gastronomique à Dijon

Hu Po signifie ambre en chinois et de fait l'adresse de ce restaurant est précieuse, d'autant que le restaurant n'est pas très remarquable depuis la très belle place de la République.

Cette situation ne l'empêche pas d'afficher complet régulièrement parce que les habitués sont fidèles au déjeuner et reviennent volontiers le soir pour une ambiance plus gastro. Le restaurant qui a ouvert en 2014 s'est taillé une jolie réputation.
Que la capitale dijonnaise ait un restaurant chinois gastronomique m'avait quelque peu surprise. On a tellement l'habitude de ce qu'il faut bien reconnaitre comme étant au pire des bouisbouis, au mieux des cantines exotiques, que la recommandation valait d'être suivie.

Surtout avec une formule déjeuner annoncée aux alentours de 12€ pour entrée-plat-dessert.

La serveuse m'apporta l'ardoise sans chercher à me convaincre de choisir à la carte. C'est rare. Je décidais donc de lui faire confiance pour décider du plat. Par contre je savais que je prendrai la Salade d'émincé de filet mignon parce que j'adore les baies de Sichuan et qu'elle m'avait prévenue de l'assaisonnement du plat.
J'apprécie aussi que les couverts soient complétés par une paire de baguettes que j'ai utilisées par respect pour le cuisinier et par plaisir aussi. L'assiette arrive assez vite. Appétissante.

mercredi 2 mai 2018

Stéphanie Jarroux, Bio et barge ...

Stéphanie Jarroux commence dos au public, une pierre entre ses mains, se plaignant  d'être alignée par Jupiter.

A peine retournée, elle part à la recherche d'un homme qui s'appellerait Pierre. Rassurez-vous elle en trouve toujours. Ce soir c'est même mieux puisque l'heureux élu se nomme Peter et qu'elle pourra tout au long de la soirée l'apostropher en néerlandais, qu'elle parle à la perfection.

Je crois que le jour où elle débusquera sur les gradins un québécois portant ce patronyme Stéphanie sera aux anges.

L'humoriste enchaine les sketchs avec énergie. Elle revendique une bio attitude parfois jusqueboutiste, n'hésitant pas à parler de coupe menstruelle, ce qui est, je pense, totalement inédit. Son propos est militant et drôle, impliquant le public, et même l'ingé-son qui ne parvient pas à retenir son rire.

Elle pratique l'art du détour pour transmettre un message. Sans se laisser arrêter par le moindre tabou. S'il n'en avait tenu qu'à elle c'est un spectacle entier qu'elle aurait pu écrire sur les règles.

L'écologie est un de ses chevaux de bataille et là aussi elle y va franchement. Sans craindre d'avouer que parfois c'est fatiguant d'être bio. Qu'on ne se régale pas vraiment à grignoter des galettes de riz qui ont une saveur de polystyrène.

Qu'il est difficile de mémoriser tous ces (excellents) produits au nom compliqué évoquant des Pokémon comme agar-agar, alfalfa (j'ai vérifié, on devrait dire luzerne mais ce serait moins chic), spiruline, tofu, kamut.

mardi 1 mai 2018

Les blessures du silence de Natacha Calestremé

Il y a des romans qui changent une vie. Les blessures du silence ont ce potentiel.

Natacha Calestremé est une femme qui ne traite que des sujets qui lui tiennent à coeur, quel qu'en soit le mode (cinématographique ou littéraire). Elle aurait pu faire un documentaire sur la perversion narcissique. Elle a choisi de construire une intrigue qui ait autant la vocation de distraire que de faire réfléchir.

En ce sens ce livre est un roman, un vrai, et il est important de le souligner. J'ai éprouvé un grand plaisir de lecture. L'intrigue est très bien construite, irréprochable sur le fond (l'auteur a effectué un travail de recherche plutôt colossal) et captivante.

Les blessures du silence peut donc se lire comme un (très bon) roman policier mais il a aussi pour vocation d'ouvrir les yeux sur un fléau qui touche 1 femme sur 5, et dont les hommes ne sont évidemment pas épargnés.

Natacha connait parfaitement le phénomène d'emprise et la manipulation qui en découle. Elle a pour ambition de déciller les yeux de celles et ceux qui n'ont encore pas compris qu'elles ou ils vont se faire broyer ... tout simplement.

Car dans ce type de situation le sujet a perdu sa lucidité, alors qu'il saurait très bien analyser le contexte pour un de ses proches et lui recommander la (bonne) décision à prendre. Il n'y en a d'ailleurs qu'une seule, la fuite. Mais pour cela il faut d'abord arrêter de se considérer comme plus fort (e) que tout.

Avant cela, et personne ne prétendra que c'est facile, il importe de prendre conscience du phénomène. Il n'y a qu'un évènement extérieur à sa propre vie qui ait cette puissance. La mort de Marie Trintignant a fait réfléchir beaucoup de femmes sur les risques qu'elles encourraient à rester auprès d'un compagnon violent. Dans le roman, c'est une conférence à laquelle la chef de service d'Amandine l'entraîne, après avoir pu se libérer d'une emprise semblable, quoique moins fatale.

L'efficacité de cet élément extérieur est subordonnée à l'état psychologique de l'individu qui ne changera que s'il est prêt à évoluer. Cette conjonction est fragile. C'est bien pourquoi des drames ont lieu tous les jours, et sans qu'on les attribue à la perversion narcissique ... parce qu'elle ne laisse pas de trace et que le (vrai) coupable n'a même pas besoin d'alibi. Il est insoupçonnable.
Amandine Moulin a disparu. Son mari évoque un possible suicide. Ses parents affirment qu'elle a été tuée. Ses collègues pensent qu'elle s'est enfuie avec un amant. Qui croire ? Qui manipule qui ? Connaît-on vraiment la personne qui vit à nos côtés ?
L'intrigue est poignante et déroutante, Natacha Calestremé le reconnait elle-même en employant ce mot sur la quatrième de couverture (où pour la première fois elle assume aussi de revendiquer le sujet traité). De fait le lecteur pataugera un peu dans les premiers chapitres.

La construction, intercalant présent et passé, n'est pas chronologique. Elle est perturbante, sans doute intentionnellement, pour témoigner que dans ce genre de situation personne ne comprend la victime. Ça finit par marcher et on se surprend à ne plus vouloir lâcher le livre, impatient d'en savoir plus.

J'étais assaillie de questions à la fin du premier tiers. Les témoignages sont contradictoires et ne correspondent pas avec la description qui est faite de cette mère de trois petites filles. Puis-je faire confiance à sa détresse ? Son odieux mari est-il coupable comme tout me le porte à croire ? Yoann Clivel se fait-il balader par son supérieur, Filipo, qui ne serait alors pas le bon samaritain qu'il prétend être ? Quel rôle a pu jouer auprès d'Amandine son soit disant ami Roland Beys ?

J'ai mis longtemps aussi à comprendre le sens profond du titre, énigmatique de prime abord. Et ce n'est pas la couverture qui pouvait me renseigner. Si les victimes ne partent pas, reviennent, répètent une vie sentimentale chaotique, et si elles-mêmes ne savent pas pourquoi elles subissent ainsi l'insupportable c'est en raison de ces blessures, qui constituent l'élément fondateur de leur destin. 

lundi 30 avril 2018

Mobile Homes, rencontre avec le réalisateur Vladimir de Fontenay

Vladimir de Fontenay avait écrit un court-métrage alors qu’il était en école de cinéma. Il l’a repris pour en faire un long.

Il est  devenu Mobile Homes qui fut présenté à Cannes l'an dernier à la Quinzaine des réalisateurs puis dans le cadre de Paysages de cinéastes en septembre 2017 et remporta à la fois le Prix du Jury de la Jeunesse et celui du Jury des femmes.

Sa sortie en salle a commencé au début du mois d'avril.

L'idée de départ du film lui était venue alors qu'il conduisait sur les routes de l'État de New York et qu'il était en repérage sur le film d’un ami : J’ai été dépassé par un immense mobile home remorqué par un camion. C’était une vision incroyable. Vu d’en haut, cela avait l’apparence d’une maison, mais en-dessous, rien ne la reliait au sol. Ayant pas mal voyagé de la France à l’Italie, puis aux États-Unis, où j’ai vécu et étudié, cette image a immédiatement résonné en moi : elle symbolisait ma peur d’être déraciné, à la fois libre, mais pris au piège dans le mouvement permanent, sans attaches et fragile.

Il a gardé en mémoire l'appel d'air provoqué par l'engin et en a parlé aussitôt ce soir, avant la projection du film au Rex de Châtenay-Malabry (92) comme d'une image belle, poétique et très contradictoire. Ce n’est pas une maison stable, pérenne où on "fait" famille.

Cette évocation se croise avec celle des équipes de tournage logées en motel pendant un mois avec une autre consommation des hôtels. Et probablement aussi avec des souvenirs d'enfance, quand ses parents l'emmenaient assister à des corridas.

Il a transposé le tout, dans une Amérique marginale, avec des personnages atypiques, fragiles ... à l'instar d'un mobile home. Il a écrit un scénario autour de personnages bataillant avec la nécessité de fuir et malgré tout l'envie de s’enraciner quelque part. Même avec un simple mobile home.

Le court-métrage s'achevait avec le départ d'une mère et de son fils, libérés de l’emprise d'un homme qui avait instauré une relation abusive. La femme était sauvée à son insu par son gamin. Mobile homes est en quelque sorte le développement et la suite de l'aventure.

dimanche 29 avril 2018

Tristesses de Anne-Cécile Vandalem

J'ai vu Tristesses au théâtre Firmin Gémier la Piscine (92)  sans me douter qu'il était programmé quelque temps plus tard sur la scène de l'Odéon.

C'est bien la preuve que les scènes de la banlieue parisienne offrent à leur public des spectacles qui n'ont rien à envier à ce qu'on peut voir dans la capitale.

Le décor est très surprenant, occupant l'entièreté du plateau, lequel est lui-même très vaste. On reconnait des maisons, un petit port de pêche qui doit se trouver quelque part dans un pays scandinave.

Un bourdonnement monte dans le silence. On s'interroge sur ce qui va se produire. La réponse s’affiche sous forme d'un télex sur l’écran qui est tendu en fond de scène, prévenant que l’histoire qui va suivre est entièrement vraie. Elle a commencé les 17 et 18 novembre 2016 sur l’île de Jutland au Danemark. 811 habitants y vivaient de l’élevage en 2005. Deux éleveurs se donnent la mort en 2008 quand ferment les abattoirs.

Mon esprit s’évade aussitôt quelques secondes vers la silhouette de Stéphane Audran drapée sous la grande cape de Karl Lagerfeld traversant la lande avec son panier. J’imagine les rustres qui bientôt seront sur scène. Au fond cette vision n’est pas si fausse.

Tristesses, ce nom s'écrit au pluriel, car il est à la fois celui d’une île scandinave, d’un suspense policier, et d’un symptôme politique. Toute ressemblance avec des faits ayant réellement existé n'est donc pas fortuite.

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