lundi 15 octobre 2018

Une année en enfer, un roman graphique et une exposition

Une année en enfer est une exposition qui est terminée depuis un moment mais le livre qui avait été conçu pour en être en quelque sorte le catalogue continue sa vie avec succès et il faut espérer que d'autres villes, en Belgique comme en France, accueilleront cette exposition atypique qui tient beaucoup de l'installation et qui présente l'avantage de placer le visiteur en complète immersion."

J'étais allée en Belgique à l’occasion du coup d’envoi de la Biennale de Mons 2018-2019, capitale culturelle et dans le cadre du Grand Final du Grand Huit, et particulièrement pour voir la superbe et passionnante exposition d'oeuvres de Niki de Saint Phalle qui, elle se poursuit encore jusqu'à mi-janvier 2019.

Je vous la recommande fortement. Vous marcherez sans doute alors dans la ville, et dans les pas de l'inspecteur Jaunes, imaginé par  Jan Bucquoy (scénariste, mais aussi romancier, réalisateur et artiste belge) et immortalisé par Tito (dessinateur français, auteur des séries Soledad et Tendre Banlieue) qui lui a donné vie.

C'est un anti héros par excellence car il a essuyé deux échecs cuisants, les Tueries du Brabant et l’affaire Dutroux.

À travers 7 albums, publiés entre 1980 et 1989, Daniel Jaunes avait mené des enquêtes dans des villes comme Gand, Bruxelles ou Dinant. L'inspecteur revient sur le devant de la scène après 30 ans d’absence,  pour reprendr du service… dans la cité du Doudou (Mons abrite un musée surprenant dédié aux doudous). C'est Hervé Algrain qui est à l’origine de ce retour, et qui a souhaité mettre en avant les "histoires sombres" de la ville, comme des procès de sorcellerie ou l’affaire du Dépeceur de Mons.

"Les villes mettent en avant leurs aspects positifs, j’ai juste fait l’inverse", explique-t-il. "J’ai toujours considéré que les histoires sombres, qui constituent l’essentiel de la tradition orale, étaient celles qui ont le plus de profondeur et de résonance dans notre culture. Mons est un point de connexion d’histoires sombres sur plusieurs siècles."

Ce passionné de "culture bis et alternative" est éditeur du projet. Il n'a pas hésité à créer sa maison d’édition pour l’occasion en lui donnant le nom très évocateur de Désastre immobile. Il s'est attelé à convaincre Jan Bucquoy et Tito à reprendre du service en plaçant leur inspecteur à Mons, un an avant sa retraite, en 1997, en pleine affaire du "Dépeceur de Mons".

Il leur a bien entendu fourni un dossier volumineux sur Mons, pour que Jan puisse construire un scénario dont la lecture puisse s'effectuer indépendamment des épisodes précédents. Tito s'est rendu régulièrement dans la ville pour s'imprégner de l'atmosphère et faire toutes ses planches d'après nature. Chacune est originale et correspond à un angle qu'il a lui-même observé et retenu. personne n'avait dessiné la Grand-Place, le beffroi ou la collégiale comme il l'a fait.

C'est ainsi que s'est concrétisé Une année en Enfer, sous forme de roman graphique d'environ 110 pages, dont 70 de texte écrit par Jan Bucquoy et 40 d’illustrations de Tito, avec une préface de Jean-Pierre Dionnet

dimanche 14 octobre 2018

Sous la toile de Jheronimus, un spectacle des Colporteurs

Prendre un billet pour un spectacle des Colporteurs, c'est l'assurance d'être surpris.

J'avais été "épatée" par Le bal des Intouchables, découvert à La Villette. Je suis sortie totalement sidérée de la dernière création, au titre qui déjà en soi promet l'étonnement, puisqu'il évoque une oeuvre du peintre de Jérôme Bosh (1450-1516), conservée à Madrid, Musée du Prado, intitulée "Le jardin des délices".

Sidérée par la qualité de la mise en scène, l'inventivité des séquences, la plasticité des artistes, la création musicale (interprétée prodigieusement en direct par Antoine Berland qui révèle tout de son art). Emue aussi parce que chaque tableau est profondément humain, révélant un éventail de sentiments. Touchée enfin par l'annonce liminaire prévenant que nous assistions sans doute à la dernière des dernières représentations de ce spectacle au bout de deux ans de tournée.

Sous la toile de Jheronimus (prononcer Yéronimous) a été créé en première mondiale dans le cadre de la 2ème Biennale Internationale des Arts du Cirque, qui est le plus grand festival du monde dédié à cet art, à Marseille en février 2017, par la compagnie ardéchoise.

Les artistes invitent le spectateur à une réinterprétation de l'un des chefs-d'œuvre du maître flamand, Jérôme Bosch, et de sa vision de l'humanité, en mêlant différents arts circassiens.

"Le jardin des délices" est un triptyque audacieux et d'une liberté de ton incroyable. Selon certains, c’est une vision en trois tableaux de ce que pourrait être le monde s'il n'avait pas été corrompu par le mal. Sur le panneau de gauche, on assiste à la création de l’univers; au centre on découvre l'Humanité pécheresse avant le déluge; enfin à droite, le peintre livre une vision de l'enfer où les pêcheurs subissent la torture.

On comprend en sortant du chapiteau que la France reste considérée comme le berceau du cirque contemporain.


J'ai choisi cet extrait parce qu'il montre (aussi) le travail de création musicale du pianiste.

Il faut bien entendu revenir au tableau mais il n'est pas nécessaire de le connaitre pour apprécier la proposition. Les émotions mises en scène par Antoine Rigot sont universelles.

samedi 13 octobre 2018

Salade exquise et la nouvelle carte de saison d'Exki

Je connais l'enseigne Exki depuis quelques années maintenant. J'ai eu l'occasion d'en parler sur le blog, à l'occasion notamment d'une opération de glanage.

Chez Exki on est adepte du "nudge" et on multiplie les coups de pouce qui inciteront les employés et les consommateurs à adopter de meilleurs comportements en partant du principe qu'il n'y a pas de "petit" geste. Tout compte.

L'enseigne est engagée depuis toujours dans une démarche éco-responsable. Pour encourager ses clients à faire de même elle a créé une Green Card qui permet de récolter des points pour chaque éco-geste réalisé comme : réutiliser un sac, amener son contenant personnel pour son thé ou café, utiliser ses propres couverts… qui valent à chaque fois un coup de tampon "Carotte" sur votre carte. Au bout de six, vous vous verrez offrir une boisson et un cadeau plus important à trente.

Vous ne le savez peut-être pas mais les sandwichs sont vendus avec 20% de réduction à partir de 17 heures; plus tard vous pourrez peut-être bénéficier (dans trois restaurants pour le moment) d'un panier Too good to go. J'ai essayé et j'ai été très satisfaite.

Ce que j'aime particulièrement ce sont les associations gourmandes que l'on doit au chef Olivier Langlet.

J'ai eu la chance de discuter avec lui et d'apprendre quelques astuces. Par exemple ajouter un filet d'huile de colza première pression à froid donnera un goût de noisette. Ajouter du quinoa dans un pain de viande contribuera à l'alléger.

J'ouvre régulièrement le livre de recettes et conseils, l'Almanach des légumes, qui me sert de source d'inspiration pour réaliser par exemple la composition qui illustre cet article.

Je suis dans l'esprit Exki en plaçant de plus en plus les céréales avec les légumes dans une même assiette. La dernière en date était composée de graines anciennes d'épeautre (Mon Fournil), d'aubergines confites, de lamelles de champignons de Paris et de tomme du Jura, de chorizo, de copeaux de cèpe, de Ocni Factory (assaisonnement à tailler pour sublimer les plats). Comme vous le constatez j'ose des associations audacieuses.
Exki c'est 1400 salariés dont 500 en France. La moitié des restaurants est en franchise. Le miracle est de réussir à faire de l'artisanat à grande échelle et d'avoir conservé un actionnariat familial depuis al création en 1999 par trois amis, Nicolas, Frédéric et Arnaud.

La marque belge pourrait avoir comme devise de cuisiner la nature. Avec une norme ISO 22 000 qui est le sommet de la sécurité alimentaire.

Le premier établissement ouvert à Paris est celui du boulevard des Italiens, en 2006, il y a tout de même 17 ans. Le dernier est celui de la rue Rambuteau à Noël dernier. La France compte 12 restaurants. L'expérience américaine ne fut pas concluante parce qu'il était très difficile d'y recruter du personnel de qualité mais la marque compte tout de même 97 restaurants répartis dans 5 pays.

Je suis allée découvrir la nouvelle carte avec plaisir, persuadée d'être surprise par de nouvelles associations légumières. Cette fois, et c'est de saison, ce sont les légumes racines qui sont à l'honneur, et donc betteraves, panais, carottes, navets, céleris et patates douces ...
Parmi les nouveautés on trouvera (ci-dessus) la salade Mc Kinley, quinoa bio, houmous de champignon, céleri, champignon, airelles, noisettes.

vendredi 12 octobre 2018

Aubagne commémore la Grande Guerre à travers trois expositions

La commémoration de la fin de la Grande Guerre est un thème assez transversal qui a inspiré beaucoup de lieux. Aubagne n'a pas échappé à cette vague et on peut y voir quatre expositions, dont trois municipales, abordant chacune des aspects différents et complémentaires.

Elle devait être la "der des der "mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Ce fut la première et pas du tout la dernière. Elle a laissé des souvenirs très violents que la ville d'Aubagne a décidé de célébrer comme beaucoup d'autres communes françaises, chacune à leur manière. Je vous parlerai bientôt des Sables d'Olonne qui ont préféré célébrer le talent d'Otto Dix.

Pour le moment nous irons à la Chapelle des Pénitents noirs. Nous traverserons la rue pour aller voir comment les aubagnais ont vécu la période. Puis nous poursuivrons dans un musée particulier puisqu'il est situé à la Légion étrangère qui est installée dans la ville depuis 1962.

Je vous invite en complément à écouter le podcast de l'émission que j'ai faite sur Needradio et qui comporte quelques interviews originales. Le lien figure à la fin de l'article.
Les éclaireurs du Ciel
Aubagne, c'est la ville où est né Marcel Pagnol, et on pense forcément à La Gloire de mon père. Elle dispose d'une Cité de l’art santonnier, puisque les santons sont une de ses "spécialités". Mais on sait moins que la ville a abrité des hangars où l'on a construit des dirigeables pendant la Première Guerre mondiale. Leur histoire, et les découvertes scientifiques, technologiques qui en ont découlé, rencontre les oeuvres de l'artiste plasticienne Véronique Duplan dans une exposition qui a lieu aux Pénitents noirs, connu également sous le nom de Centre d’art contemporain en proposant une lecture multiple.

Située sur les hauteurs de la vieille ville, la Chapelle des Pénitents noirs tient son nom actuel de la confrérie des Pénitents Noirs (fondée en 1551) à laquelle la commune cède partiellement l'usage de la chapelle. L'actuel bâtiment a évolué entre 1627 et 1728, et c'est en 1784 qu'il a été doté d'une façade néo-classique du XIX° siècle inspirée du Panthéon de Rome, ce qui ne l'empêcha pas, en 1793, de servir d'étable pour les animaux destinés au ravitaillement des troupes du siège de Toulon. Elle fut fermée trois ans en 2011 pour travaux.

Le cadre est propice à la présentation d'objets volumineux et à l'accrochage de très grandes oeuvres, comme celles de Véronique Duplan, une graveuse dessinatrice dont l'association avec le monde des dirigeables a de quoi étonner. Le défi est de faire comprendre que tout est lié dans une grande logique et les créations de cette artiste contemporaine sont en résonance avec la mémoire.

jeudi 11 octobre 2018

Deux stations avant Concorde de Peire Aussane

J'ai reçu Deux stations avant Concorde par la Poste ... comme d'autres premiers romans depuis que je participe au groupe des 68 premières fois.

La couverture m'a tapé dans l'oeil et je l'ai commencé immédiatement, juste pour voir ... et j'ai très vite été accrochée. En bas de la page 44 je découvre l'emploi d'un terme assez rare : Nous différons le moment où elle me dira son inquiétude. Je bénis cet élan de procrastination. Je sais alors que je vais bientôt rencontrer Peire Aussane, parce qu'un tel hasard mérite qu'on aille jusqu'au bout. Je décide de lui proposer d'intervenir dans l'émission La grande Question que je prépare pour Needradio sur la procrastination.

Je poursuis bien entendu la découverte du roman, qui me plait de plus en plus. Je le glisse dans mon sac pour m'accompagner dans le métro, où ... dans une mise en abîme formidable., alors que la rame se trouvait presque à Concorde il a presque failli m'arriver la même aventure que celle qui est décrite dans le livre, je veux parler du vol de téléphone.

Je choisis alors de consacrer une heure entière à cette auteure et à son livre. Je l'inviterai donc dans Entre Voix, qui est disponible en podcast sur la page Replay de la radio (et que j'ai copié à la fin de l'article).

Deux stations ... semble avoir été écrit dans l'urgence. Il fut malgré tout beaucoup retravaillé me dira l'auteure pour mieux atteindre son objectif : J'avais cette volonté de faire un livre rapide, efficace, que l'on dévore, parce que l'action se passe en quelques jours, quelques semaines.

L'écriture de Peire Aussane est comme un parfum. Certains mots ont une note de tête, d'autres des notes de coeur, et d'autres encore des notes de fond. Tout fait sens au fil de la lecture. Nous devinons, nous lecteurs, certains rebondissements et d'autres non. A la fin du livre je suis revenue aux premières pages pour vérifier les indices dont je n'avais pas totalement la certitude.

mercredi 10 octobre 2018

Vagues de renouveau, Estampes japonaises modernes 1900-1960 à la Fondation Custodia

Les expositions se suivent, très différentes, et tout autant remarquables. Je suis allée à la Fondation Custodia voir l'exposition Vagues de renouveau. Estampes japonaises modernes 1900-1960 qui est une occasion exceptionnelle de découvrir, pour l'une des toutes premières fois en France, les créations des artistes témoins de la modernisation du Japon du XX° siècle.

Elle explore l'intérêt des courants artistiques shin hanga et sôsaku hanga à travers plus de 200 œuvres d'une cinquantaine d'artistes. C'est une des nombreuses manières de célébrer l'année du Japon en France.

Les estampes exposées proviennent du musée Nihon no hanga à Amsterdam qui regroupe la collection qu'Elise Wessels a constituée au cours des 25 dernières années. En 1980, lorsqu'elle a commencé à acheter au Japon très peu d'Européens s'intéressaient alors à ces estampes. Et il faut signaler que l'intégralité de cette collection, composée d'un fond de 2000 oeuvres, est une donation au Rijksmuseum d'Amsterdam qui sera effective dans quatre années.

Ger Luijten, le directeur de la Fondation, avait raison d'être fier de présenter le catalogue et de dérouler l'affiche qui allait bientôt envahir les couloirs du métro. Il s'agit d'une production d'une gravure sur bois en couleurs, de 28, 2 x 40,2 cm de Itô Shinsui (1898-1972), datant de 1928 et intitulée Femme se noircissant les sourcils où la couleur rouge est très représentative de l'art japonais. L'artiste aurait choisi comme modèle l'actrice de kabuki Mizutani Yaeko. Ses cheveux sont attachés serrés pour tenir ensuite sous sa perruque. Il faut se souvenir que peu de femmes jouaient au théâtre au début du XX° siècle. cette estampe connut un immense succès, en partie à cause de son format horizontal inhabituel et du contraste entre le fond rouge et la couleur pâle de la chair. Elle s'est trouvée rapidement épuisée.
Le même artiste a été choisi pour la couverture du catalogue, Miroir à main, 1954, qui est une estampe d'inspiration très moderne. la composition, presque abstraite, tire son efficacité visuelle du contraste entre de grands aplats de couleurs aux formes géométriques et des contours fluides.
Cette exposition sera sans doute un choc pour le public français, plutôt habitué à l'art japonais traditionnel. Et ce fut un plaisir de découvrir ces oeuvres en compagnie de la collectionneuse, venue spécialement à Paris et bien entendu, très au fait de l'historie de chacune.
Elise Wessel était esthéticienne de formation et on peut légitimement croire que cet intérêt a influencé ses choix. Sa collection comprend un grand nombre d'oeuvres montrant l'intimité des femmes à leur toilette ou à leu mise en beauté. Elle comprend aussi bien entendu des paysages et des scènes du théâtre Kabuki.

mardi 9 octobre 2018

Hommage à Elzbieta, immense auteure de littérature jeunesse

J’ai régulièrement la chance d’approcher de nombreux auteurs jeunesse, et de pouvoir leur dire -pour les plus âgés d'entre eux- combien leurs albums avaient joué un rôle déterminant dans ma construction, comme dans celle de myriades d’enfants.

Je n’ai jamais rencontré Elzbieta et pourtant s'il existait un panthéon pour les auteurs qui écrivent pour les enfants je la placerais au sommet tant pour la délicatesse de ses dessins, que pour la justesse de ses mots. Les uns comme les autres permettent de comprendre, parfois d’accepter l’insoutenable en apprivoisant les émotions.

Elzbieta a été nominée deux fois pour le Prix Astrid Lingen qui est un Prix international très prestigieux. C'était une personne exceptionnelle qui savait transformer le malheur en art. Elle en a "subi") des malheurs. Son père est mort quand elle était très jeune, Elle a eu des rapports très compliqués avec sa mère, et elle a vécu avec un oncle qui l'a exploitée, elle a été obligée de quitter plusieurs fois le pays où elle vivait, la Pologne et l'Alsace, puis l'Angleterre avant d'arriver à Paris.
Elle a immortalisé le jardin du Luxembourg à travers une très jolie histoire d'amour entre une souris et un merle pleine de poésie et en demi-teintes. Par contre quand elle dessinait un personnage censé représenter sa mère elle s'y prenait avec impertinence et faisait claquer les couleurs. C'était sa manière à elle d'exorciser le manque d'amour dont elle avait tant souffert.

Ce que je retiens surtout c'est un petit album magnifique de poésie et de justesse, conçu en 1993, pour expliquer et dénoncer ce que font les guerres aux hommes. Ça s'appelle Flon-Flon et Musette et il faut l'avoir lu au moins une fois dans sa vie. Et particulièrement au moment où on commémore les armistices.

lundi 8 octobre 2018

Toxique de Françoise Sagan, adapté pour le théâtre par Michelle Ruivo

Certains spectacles me sont plus complexes que d'autres à chroniquer. Je pourrais "faire l'impasse" mais ne parler que de ce qui m'enthousiasme ne serait pas complètement honnête. Il me semble utile au lecteur de percevoir quels sont mes critères de jugement, afin qu'il puisse lui-même se situer.

Le dossier de presse de Toxique précise l'intention de Christine Culerier (qui signe la mise en scène avec Michelle Ruivo) : jouer du Sagan plutôt que jouer Sagan. Je partage ce point de vue. Il aurait été périlleux de prendre ce parti après la formidable interprétation de Caroline Loeb dans Françoise par Sagan, encore très frais dans nos mémoires.

Néanmoins la fragilité de la silhouette de la comédienne, son allure androgyne (il est amusant de constater la cohérence avec son pseudonyme emprunté à Proust, le prince de Sagan), sa coupe de cheveux, sa manière de mimer l'usage de la cigarette (sans néanmoins fumer)... évoquent l'écrivaine. Je lis d'ailleurs ici et là qu'elle incarne Françoise Sagan à travers une adaptation de son journal, rédigé lors de sa cure de désintoxication.

dimanche 7 octobre 2018

La Sonate à Kreutzer

De la musique avant toute chose, et en toute logique, pour cette Sonate à Kreutzer où Jean Marc Barr est surprenant pour nous qui n'avons pas l'habitude de le voir au théâtre. Son léger accent ajoute une part de mystère.

Il signe l'adaptation de la nouvelle de Léon Tolstoï avec Irina Dečermić, qui fut pendant dix-sept ans sa femme et qui joue également dans le spectacle. La mise en abime est troublante et l'idée d'avoir inséré des extraits du journal de Sofia Tolstoï est excellente.

Créée à Belgrade avec succès en 2014 en version anglaise, la pièce a été jouée pour la première fois en français à la Comédie de Picardie à Amiens en octobre 2017. Elle a été reprise pour 12 représentations exceptionnelles au Studio Hébertot où je n'ai pu la voir que le soir de la dernière. Mais je suis persuadée que le spectacle fera l'objet d'une reprise.

La musicienne qui interprète Troukhatchevski, un violoniste à cause duquel le drame surviendra est immensément talentueuse et compte pour beaucoup dans le plaisir du public. Il faut retenir son nom, Tijana Milosevic.

samedi 6 octobre 2018

Exposition Niki de Saint Phalle à Mons

Je suis allée à Mons, à l'invitation du Comité du Tourisme de Wallonie voir l’exposition d’ouverture de la Biennale Mons 2018-2019, qui devrait devenir récurrente, et que je recommande à tous points de vue.

Parce que la Wallonie est une région à découvrir, et j'aurai l'occasion d'en reparler très prochainement parce que la programmation culturelle y est très riche.

Parce que le Musée des Beaux-Arts présente la première rétrospective belge consacrée à l’artiste Niki de Saint Phalle (1930 – 2002) en illustrant, de manière exemplaire, les multiples façons dont l’artiste a concrétisé, en 50 ans de carrière, son désir de devenir l'égale des hommes.

C'est la revendication "Les nanas au pouvoir" qui est affirmée à l'entrée de la salle du musée. Des nanas que l'on voit s'animer dans le jardin du Mayeur. Une autre, énorme et majestueuse est visible de la terrasse.

Rarement dans une telle manifestation, pour ne pas dire jamais, on aura aussi bien relevé le défi de cette artiste qui affirmait volontiers "Ici, tout est possible", citation pour qualifier à l’origine son parc de sculptures monumentales, Le jardin des Tarots, dont il est fortement question dans l'exposition, cet qui marque l'évolution de Niki dans les années 60-70.
Des oeuvres monumentales sont installées en Centre-Ville : dans le jardin du BAM, au jardin du Mayeur et dans le parc du Beffroi. Ces grandes sculptures publiques habitent la ville et font ainsi le lien entre le musée et l'espace public, thématique si chère à Niki.

vendredi 5 octobre 2018

Les secrets de Muriel

Elle s'appelle Muriel Aublet-Cuvelier et vous l'avez sans doute remarquée sur le petit écran puisqu'elle fut finaliste l'année dernière du Meilleur Pâtissier Professionnel sur M6 en 2017.

Elle a travaillé dans des maisons réputées comme chez Des Gâteaux et du pain aux cotés de Claire Damon, ou dans le 5 étoiles Le Peninsula avec Julien Alvarez. Rien d'étonnant à ce qu'on fasse souvent appel à elle pour former des restaurateurs partout en France.

C'est une excellente pâtissière. Mais c'est aussi une personne très impliquée dans le monde associatif, en l'occurrence Médias Handicaps France et cela depuis 2017 aux côtés de Sébastien Proyart et Philippe Radel.
Elle a eu une idée pour aider cette association tout en restant dans son coeur de métier. Elle a convaincu plusieurs grandes marques de s'associer avec elle comme Cacao Barry, Président Pro, Maison Naja (qui fournit les palaces en fruits secs), Les halles Mandar ou Les Vergers de La Silve et les Moulins Toussaint pour pouvoir vendre des desserts de palace à des prix raisonnables puisque aucun ne dépassera 5 euros.

jeudi 4 octobre 2018

Le Prix Gulli pour Le Mot d'Abel de Véronique Petit chez Rageot

Cela fait treize ans que les enfants ont eu aussi leur prix littéraire, présidé par Michèle Reiser, avec le Prix Gulli, lequel n'est pas le seul puisque le Salon de Montreuil décerne des pépites, mais un peu plus tard dans la saison.

La chaine de télévision qui se dit être la "préférée" des enfants ne pouvait pas passer à coté de la littérature jeunesse et tient, en toute légitimité à célébrer l'orthographe, la grammaire, la langue française, et surtout l'imagination.

De janvier à septembre un jury de spécialistes se plonge dans les romans, uniquement de langue française, que les éditeurs lui adresse, après une première sélection puisque chaque maison ne peut envoyer qu'un ouvrage. Ce sont six romans qui sont ainsi sélectionnés à la fin de l'été au terme de comités de lecture sans doute musclés parce que la production est toujours de très bonne qualité.

La littérature jeunesse n'est cependant pas très rose. Elle est le reflet d'une société qui ne va pas très bien et il n'est pas étonnant que chacun des livres sélectionnés parlent de la différence, toujours douloureuse à vivre mais apportant une richesse dans les relations.

C'est Rageot, une des plus anciennes maisons d'édition pour la jeunesse qui est primée. Créée en 1941 elle s'appelait alors Editions de l'amitié.

Le Mot d'Abel remporte à l'unanimité le Prix 2018 mais le jury a voulu, toujours à l'unanimité, couronner un autre coup de coeur, en lui accordant une mention spéciale, Mercredi c'est Papi ! écrit par Emmanuel Bourdier et illustré par Laurent Simon, chez Flammarion Jeunesse, qui traite de la maladie d'Alzheimer, à hauteur de portée d'enfant.

Alessandra Sublet, qui est la marraine de l'édition, a fait lire ce roman à sa fille qui a réussi à comprendre ce que les adultes ne parvenaient pas à lui expliquer et qui arrivait à sa grand-mère. L'auteur se défend pourtant d'avoir pensé à cette maladie en particulier lorsqu'il écrivait. L'histoire lui est venue d'une traite et du coup, le dépasse, a-t-il confié pendant la cérémonie : Je crois qu'il arrive d'une mémoire lointaine, inspiré par une grande tante et que l'on retrouvera dans un autre roman qui est en préparation.

Mercredi c'est Papi ! est un livre facile à lire, à partir de 10 ans. Il est, un peu dans l'esprit du grand auteur Roald Dahl, un hymne à la vie quotidienne, au bonheur simple et à la tendresse.
La question du mot est au coeur du roman de Véronique Petit qui a eu l'idée de la trame alors qu'elle déambulait dans un couloir, et que soudain elle cherchait ce qui était sur le bout de sa langue, et qui pesait son poids de mots puisque c'était "dictionnaire".

Nul doute qu'elle a été inspirée et qu'elle a du consulter cette bible à de nombreuses reprises pour qu'on trouve le mot "enfaîteau" (p. 41) dont j'ignorai la signification de faitière, tuile.

Ce livre, dont je ne veux pas révéler les péripéties, interpelle chaque lecteur, quel que soit son âge. L'auteur file la métaphore qui voudrait que chacun de nous a un mot, qui ne peut pas être un nom propre, qui forge son destin et qui lui est révélé lorsqu'il a environ douze ans mais que l'on peut malgré tout échapper au déterminisme.

Voilà pourquoi le mot ne doit jamais être dévoilé du vivant de la personne, parce qu'il se transformerait en étiquette (p. 38).

mercredi 3 octobre 2018

Skorpios au loin avec Niels Arestrup, Ludmila Mikael et Baptiste Roussillon

Nous sommes en Juillet 1959. Le somptueux yacht d'Aristote Onassis, le Christina O, appelé ainsi en hommage à sa fille, s'apprête à quitter le port de Monte-Carlo pour effectuer une croisière en Méditerranée avec, à son bord, beaucoup d'invités (que l'on ne verra pas). Parmi eux, deux en particulier seront sous les projecteurs : Winston Churchill et Greta Garbo. L’histoire est étonnante. Et pourtant vraie.

Il fallait des acteurs de l'envergure de Niels Arestrup et de Ludmilla Mikael pour interpréter ces deux "monstres" en parvenant à faire ressentir leurs forces mais aussi les blessures d'enfance qui les ont marqués tous les deux. Et entre eux Niklaus, le maitre d'hôtel, a de la présence sans occuper le devant de la scène. Le rôle est subtilement interprété par Baptiste Roussillon.

Le soir de la présentation de saison des Bouffes Parisiens Jean-Louis Benoît disait que c'était la première fois qu'il montait une pièce dite de "conversations", lesquelles sont en général situées dans un salon, ou sur un quai de gare. L'originalité de Skorpios au loin est que l'action se déroule sur un espace en mouvement.

Le méga yacht vogue par un beau ciel d'été vers les côtes de Ligurie et le décorateur Jean Haas a fait en sorte, avec une scénographie néanmoins très simple, de rendre cela palpable parce que le ciel passe de l'ombre au crépuscule et à la nuit.

Le spectateur a d'emblée l'impression de ressentir un léger souffle de vent, suggéré par une douce musique d'orchestre, le bruit des vagues, les cris des mouettes. Churchill est alors dos au public, face à la mer. Il se plaint de n'avoir pas fermé l'oeil de la nuit et s'étonne que le bateau soit encore à quai, à Monte Carlo. Il est encore plus surpris d'apprendre que la "Reine Christine" soit à bord. Le "sauveur du monde libre" s'en dit ébloui. Il faut dire que la pièce est une fantaisie, mot grec signifiant "apparition".
Il a réclamé son matériel de peinture. Le public peut ignorer que l'homme politique avait ce don mais l'actrice, qui est aussi collectionneuse, a vu l'exposition qu'il a faite à New York et le complimente : votre peinture est troublante.

mardi 2 octobre 2018

Qui êtes-vous Elsa Triolet ?

Qui êtes-vous Elsa Triolet ? a été créé il y a deux années déjà au Moulin de Villeneuve de Saint-Arnoult-en-Yvelines (78). C'est la programmation du festival 7, 8, 9 du Théâtre de Nesle qui m'a donné l'occasion de le découvrir.

La salle voutée est un cadre qui pourrait sembler idéal même si le moulin, qui fut la résidence d'Elsa avec Louis Aragon, devait être particulièrement propice à l'émotion.

Le décor est astucieux, permettant à un violoncelliste  (Frédéric Borsarellode jouer derrière un voile -ce qui est d'autant plus justifié que le père de l'écrivaine était musicien, même si son instrument était le piano- et à la comédienne interprétant Elsa d'apparaitre comme par magie, derrière son portrait qui soudain s'anime, comme si elle surgissait de l'au-delà.

Le spectacle nous apprend ses rêves et nous renseignent sur les déceptions de cette femme qui ne m'était connue que comme étant l'Elsa d'un fou ... d'amour, même si je savais que certaines périodes n'avaient pas été aussi roses que la légende le laissait croire.

La mise en scène est construite comme une interview imaginaire entre Elsa et une journaliste qui peine à écrire un papier sur elle. Les questions arrivent au fil des interrogations en fouillant des yeux un tas de brouillons.
Le dialogue s'engage avec l'illustre femme dont on découvre la soif de liberté et la quête d'idéal. Elle fut créatrice de bijoux mais écrire fut sa passion. Elle commença pourtant dans la douleur puisqu'elle dit de son premier livre, publié en français, fut "comme porter un corset de plâtre".

lundi 1 octobre 2018

DUEL Opus 3 avec les virtuoses Laurent Cirade et Nathalie Miravette

DUEL Opus 3 a connu un grand succès en Avignon mais je n'ai découvert ce duo aussi étonnant que détonant à Paris.

Elle (Nathalie Miravette) arrive en robe longue, et lui (Laurent Cirade) en caleçon. Elle doit le tirer par le col pour qu'il accepte d'être sur scène. Le ton est donné, celui d'une scène de ménage qui finira par virevolter harmonieusement.

Il va grincer, couiner, coincer ... les onomatopées s'enchainent mais jamais, ô grand jamais aucune parole ne sera échangée entre les deux virtuoses. Car il en faut du talent pour oser faire ce qu'ils font.

Il va réparer, poncer, clouter son instrument -un violoncelle- alors qu'elle répète à l'envi La lettre à Elise ... évidemment. Les gags se suivent. Des bruits de bottes les stoppent. Ils vont passer les partitions à la déchiqueteuse et plus tard il répondra en brandissant une tronçonneuse. Mais ne croyez pas que la douceur n'ait pas sa place dans le spectacle.

La lumière devient rouge. Il est toréro et la musique prend un air de tango. Tout à l'heure nous entendrons un Love me tender orgasmique.

La musicienne se saisit du piano ... à bretelles, autrement dit de l'accordéon. C'est fou le nombre de voix aigües différentes qui peuvent exister. Le spectacle est renversant ... allant jusqu'à nous donner un air de Carmen à l'envers.

La voilà qui mute et se fait électro-acoustique en portant une robe piano. Jazz, rock, classique et baroque s'accordent enfin.

Voilà un spectacle qui mérite le qualificatif de réalité augmentée. C'est loufoque mais brillant ! Il faut le voir, et le revoir ... et espérer un Opus 4 parce qu'il ne faudrait pas que que le duo abandonne le ring. 

DUEL Opus 3
Avec Laurent Cirade et Nathalie Miravette
Mise en scène de Gil Galliot
Au Théâtre de la Gaité Montparnasse
26 rue de la Gaité - 75014 Paris - 01 43 22 16 18
A partir du 19 septembre 2018
Du mardi au samedi à 19h00, matinée le dimanche à 18h00

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