mardi 19 juillet 2016

Greffeuille, une excellente adresse rue Saint-Denis

Il y a des jours où je me demande si je ne suis pas une girouette. Capable en début de mois d'écrire un article sur le véganisme (sans pour autant exhorter tout le monde à suivre le mouvement) mais capable aussi de vanter un producteur de viande.

C'est que d'une part je ne suis pas catégorique. Que d'autre part aucun excès ne doit être encouragé et qu'enfin je privilégie toujours la qualité.

Ce n'est pas parce que je vais vous parler de la maison Greffeuille que je vais vous dire qu'il faut manger 500 grammes de leur (excellentissime) viande quotidiennement. Pour moi qui ai diminué ma consommation de produits carnés je suis d'autant plus sensible à la qualité et au goût.

L'endroit tient à la fois de l'épicerie fine et du salon de thé un peu branché qui aurait sorti deux tables sur une petite terrasse. On ne dirait pas de loin mais c'est une super adresse. Ce sont surtout les lettres dorées L'ALLAITON qui ont attiré mon oeil.
Parce que c'est le plat que j'ai dégusté il y a quelques jours à l'Ambassade d'Auvergne, toute proche d'ailleurs.
A l'intérieur le coté bonbonnière se confirme visuellement. Mais ce sont bien des conserves en provenance de l'Aveyron qui sont présentées sur la desserte de marbre. Cela fait un an qu'ils proposent à leur clientèle de chefs et de particuliers ces viandes d'exception. Si bien que l'on peut chez soi servir une gambette (en quelque sorte un jarret d'épaule) ou une feuillantine comme au restaurant. Et bien sûr le pavé de gigot ou la souris confite.
La feuillantine est très exactement un millefeuille d'épigrammes, placées en superposition et provenant souvent de plusieurs bêtes. Pour simplifier je dirais que c'est croustifondant avec le gout du lard sans être du cochon cela va de soi.

La viande n'y est pas vendue crue, sauf sur commande. Elle est précuisinée, et sous vide, ce qui est tout de même idéal quand on sait qu'elle réclame plus de 20 heures de cuisson basse température. Je trouve que c'est une adresse en or à l'approche des fêtes, et même toute l'année pour les gourmets. C'est ici que les restaurateurs viennent se fournir. Aucun ne s'en cache. Et si vous n'êtes pas parisien vous avez aussi la ressource de commander via le site Internet.

La finalisation est facile : Sortez la viande du réfrigérateur une heure à l'avance sans retirer l'emballage. Pour une seule pièce de viande, portez à ébullition 2 litres d'eau et comptez 1 litre d'eau par pièce supplémentaire. Lorsque l'eau bout, coupez le feu. Plongez le(s) sachet(s) dans le récipient et couvrez. Patientez au minimum 15 minutes (30 minutes pour l’épaule). Enfin, après avoir retiré votre viande de son emballage, poêlez rapidement toutes les faces ou passez-la sous le grill de votre four. Tranchez, dégustez...

L'allaiton est un tout petit peu plus vieux qu'un agneau de lait et sa viande est plus gouteuse. On l'appelle très exactement l'Allaiton AAA ou triple A, comme Agneau Allaiton d’Aveyron. La haute qualité de la filière a été révélée par des chefs comme Pierre Gagnaire, Michel Bras ou Michel Rostang. Le label rouge est reconnue depuis 30 ans et c'est aussi une IGP. Les éleveurs sont en nombre limité, très exactement 300. Ils s'engagent à respecter un cahier des charges, en contrepartie de l'achat de l'intégralité de leur production.

Rien n'est sous-traité, ni l'abattage ni la préparation ni la cuisson. Tout est contrôlé en interne et c'est une affaire de famille qui remonte à 1589, à Bournazel, un petit village de l’Aveyron. Henri, le grand-père faisait du négoce d’animaux, mais aussi de pommes de terre et de fruits. Michel, leur père et André, leur oncle étaient marchands de bestiaux et commercialisaient des veaux et des agneaux. Jacques, l’aîné, a pris les commandes de la société familiale, et l’a spécialisée dans l’activité ovine à partir de 1984 en s'appuyant sur la tradition d’élevage d’agneaux sous la mère, en bergerie. Son frère Bernard l'a rejoint 15 ans plus tard en rachetant un abattoir. Aujourd'hui le petit-fils Edouard est aux commandes dans la boutique parisienne.
On n'y vend pas que de l’agneau. De nombreux produits de l’Aveyron y sont présents. Tout ce qui peut accompagner la viande comme l’Aligot de l’Aubrac et le haricot tarbais déjà cuisiné, et bien entendu aussi des foie gras, des magrets, des confits, des vins de propriétaires récoltants, et des fromages comme le Laguiole ou le Salers. Et des douceurs comme le gâteau à la brioche de l'Aveyron.
Mais il y a aussi des produits qui viennent d'autres régions comme les cornichons de la Maison Marc que je me plaignais de ne jamais trouver. Je sais maintenant où m'approvisionner. Ce sont les seuls de ma connaissance à pousser en France.

Enfin c'est aussi un restaurant, où l'on déjeune le midi pour un prix très raisonnable avec par exemple une formule à 19, 50 € comprenant entrée-plat-dessert. Le jour de ma venue, le dessert était une panacotta à la rose. Tout change régulièrement et est "évidemment" maison, à une exception près, la tarte aux noix du Périgord, mais si bonne que ce serait un scandale d'en priver les habitués.

Greffeuille, 120 rue Saint-Denis, 75002 Paris, Téléphone : 01 42 36 73 61
De 9 h 30 à 19 h 30 sauf dimanches et lundis

lundi 18 juillet 2016

Lush ... un univers luxuriant haut en couleurs

Si vous ne connaissez pas Lush cela vaut le coup de découvrir. C'est très particulier, très anglais bien sur.

J'ai par hasard poussé la porte de la première boutique française, le spot historique on dira, rue de Buci et j'ai été impressionnée par ... tout en vérité.

D'abord je dois dire, et ce ne sera pas un scoop, que je ne suis pas consommatrice de produits de beauté et de maquillage. Ce qui est très malin chez Lush (qui signifie luxuriant en anglais) c'est que la marque réussit à faire le grand écart en séduisant aussi bien l'adolescente attirée par les paillettes que la personne raisonnable en attente de santé. En tout cas pour ce qui est de la première impression.

Je ne connais pas assez pour me faire une opinion pure et dure de leurs intentions mais je reconnais que sur le plan marketing c'est remarquable. Aussi bien en boutique que sur leur site qui a une FAQ d'anthologie.

La boutique est conçue comme un magasin de bonbons et partout l'invitation à tester, à essayer sur sa peau agit comme un clignotant pour attiser nos pulsions. C'est très gourmand et très imaginatif.
Leur slogan pourrait être "le savon qui fait saliver" ...

De vrais carrés de chocolat, de véritables amandes et de juteuses rondelles de citron sont disposés dans les coupelles qui contiennent les produits comme pour prouver que la fabrication est bien faite à partir d'éléments naturels. On en mangerait ... D'ailleurs la marque joue avec les codes puisque les savons principalement sont moulés dans des formes rappelant des aliments, en particulier les fromages.

Ce qui est particulièrement astucieux c'est le discours à la fois moralisateur exhortant le consommateur à respecter l'environnement et la promesse de plaisir qui en général est plutôt à l'opposé en terme de valeur. Par exemple la vendeuse vous donnera comme petit secret de bonheur le conseil de placer au congélateur la boule de gelée (bleue sur la photo ci-desous) qui deviendra un glaçon et qui fondra avec sensualité sur votre peau sous la douche ... il va sans dire que le passage au congélateur a un indice carbone, ... mais chut on n'en parle pas.

Tout est prévu pour déculpabiliser au moment de l'achat. Si vous pensez qu'il est plus écologique d'acheter en vrac, c'est possible. Mais si vous privilégiez la praticité vous pourrez opter pour des produits qui sont conditionnés dans des pots dont on vous dit qu'ils ont été recyclés. Un chiffre est même apposé au dos indiquant le nombre de fois.

Même si la cliente est encouragée à ramener en boutique ses pots vides (un masque frais est offert en échange de 5 pots vides) il est évident que la marque poursuit une stratégie de développement et que donc tous les pots ne peuvent pas "déjà" avoir été  recyclé plusieurs fois.
La marque clame haut et fort qu'elle se préoccupe de la nature. Parmi les conseils prodigués dans leur brochure, la vérité nue, on recommande de ne pas générer de déchets, en ayant par exemple sur soi un sac pour transporter nos courses à la maison, ce que je fais depuis des années. Mais alors pourquoi emballe-ton tout en boutique dans de grands sacs noirs portant le logo de la marque ? C'est le genre de contradiction qui m'agace en tant que consommatrice quand on me dit faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Car le ton de Lush est extrêmement donneur de leçons.

Cela fait plus d'un an que j'ai expliqué comment faire des Furoshikis en tissu à la manière des japonais pour emballer tout un tas de choses et Lush n'est pas très novateur en le faisant.
Depuis sa création, Lush lutte énergiquement contre les tests sur les animaux en menant des campagnes de sensibilisation. C'est leur premier axe de communication (la promesse figure sur tous les emballages et aucun sachet n'y échappe) : on ne teste pas sur les animaux. Ils emploient des humains volontaires (des anglais consentants). J'objecterai que si c'est bon pour les humains je ne vois pas en quoi ce serait mauvais pour les animaux. A moins d'être allergique aux fruits et légumes en application externe, ce qui est toujours possible.

Je m'interroge d'ailleurs sur ce sujet des tests. Est-ce que les grandes marques alimentaires testent la nourriture sur des animaux ?
En toute logique tout les produits devraient donc être vegan (je vous renvoie à l'article que j'ai écrit à ce sujet il y a quelques jours). Mais non ... et c'est le décryptage du logo qui apporte la réponse. Il y a tout de même 15% de produits d'origine animale. La marque s'en explique en disant ( je cite) : En tant que société végétarienne, nous utilisons volontiers des œufs, du miel, du yaourt et de la lanoline dans nos produits. Afin de respecter pleinement ces critères végétariens, nous nous assurons que nos œufs proviennent de poules élevées en liberté, que le yaourt soit issu de troupeaux biologiques et que notre lanoline soit extraite de la laine des moutons tondus et non destinés à l'abattoir. Je laisse les veganes apprécier.
Alors que les couleurs connotent un univers artificiel et chimique on nous affirme que tout est fabriqué majoritairement à partir de fruits et de légumes frais provenant de petits producteurs (pour dit-on s'assurer de leur qualité et de leur traçabilité alors que ces aspects figurent dans le cahier des charges de toutes les entreprises). S'il est précisé que certains de leurs ingrédients sont issus de l'agriculture biologique et/ou du commerce équitable cela veut bien dire que ce n'est pas systématique.

Lush affirme avoir la fierté de produire les produits cosmétiques les plus "frais" du marché, en indiquant au passage que 65% des produits sont auto-conservés (fabriqués avec des conservateurs naturels comme le sel, citron, beurre de mangue,...) et on me dit que l'on peut ainsi garder un shampoing 6 mois (je ne vois pas en quoi c'est une longue durée). Mais les 35 % restants sont conservés grâce à deux types de conservateurs synthétiques (le methylparaben et/ou le propylparaben) et on a beau me dire que c'est en quantité infime il y a d'autres marques qui revendiquent le "no paraben".
Les vendeuses sont adorables et terriblement engageantes. J'ai essayé quelques produits en boutique. C'est vrai que la sensation laissé par ces barres de massage est agréable. C'est logique avec ce qu'elles contiennent en beurre de cacao.
Les parfums des surprenants savons à la coupe sont surprenants, mais très volatiles. Je les vois davantage comme un cadeau amusant et incongru que comme des produits que j'emploierai au quotidien alors que j'ai l'habitude du plus "naturel" des savons, le savon de Marseille bien de chez nous, et recommandé par les dermatologues.

Lush revendique d'exclure l'huile de palme dévastatrice pour l'environnement. Le savon de Marseille pourrait prétendre à la même qualité.
J'ai quand même osé un shampoing censé être volumateur, dont je ne suis pas franchement satisfaite parce qu'il n'a pas eu l'effet promis, mais que je n'ai pas très envie d'adopter parce que mon shampoing habituel me satisfait davantage.

Créée en 1995, Lush est une marque anglaise de cosmétiques censés êtres "frais faits main" comme on peut le lire au-dessus de l'entrée de chaque boutique.

Le siège social se situe à Poole en Grande-Bretagne. Son déploiement est rapide avec aujourd'hui plus de 830 magasins dans 51 pays.

En conclusion ? Faites vous votre propre opinion. Il y a sans doute une démarche intéressante mais elle n'est clairement pas philanthropique.

Et ce n'est pas la récente affaire du Brexit qui m'a influencée en aucune matière.

Lush, 30 rue de Buci, 75006 Paris- Tél 01 43 25 33 17
Ouvert tous les jours sauf dimanche de 10 h 30 à 20 heures

samedi 16 juillet 2016

Un carnet taché de vin de Charles Bukowski

J'avais très envie de lire Charles Bukowski mais je n'avais pas entendu que du positif à propos de celui qui se désignait lui-même sous le terme de vieux dégueulasse dès 1967. Il appartient à ces auteurs dont on se fait une idée à partir de bribes d'interviews et de passages plus ou moins calamiteux sur un plateau de télévision. L'alcoolisme avéré donne rarement une bonne image, même s'il est devenu au fil du temps un écrivain culte dans le monde entier.

Lisant beaucoup de nouveautés je n'ai guère le temps de fouiner pour exhumer des auteurs dont je ne connais pas l'oeuvre et encore moins celui de vérifier une idée reçue. Le temps passa. La sortie en format poche offre une seconde chance, comme j'ai eu l'occasion de le pointer. Voilà comment le "petit" carnet taché de vin, mais tout de même musclé de quasiment 500 pages m'est arrivé entre les mains.

Ce recueil de chroniques et de nouvelles inédites, publié plus de vingt ans après sa disparition, met en évidence la richesse et la variété de l’œuvre de Bukowski.

L'écriture est explosive comme peut l'être un vin que l'on n'a jamais gouté et dont le cépage nous était jusque là inconnu. Les premières impressions sont très vives. On sent le bonhomme dans l'urgence d'exprimer ce qu'il ressent sans subir le moindre tabou. La poésie domine chaque phrase, rythme les mots, insuffle de la chaleur et une certaine légèreté parfois pour rendre supportable des assertions douloureuses.

Car il faut du courage pour avouer (p. 44) que l'écriture lui est aussi essentielle que son foie ou ses intestins avant de reconnaitre quelques lignes plus tard qu'un homme n'aura jamais assez de vies pour se hisser au sommet de son art. Certaines pages trahissent une angoisse existentielle assez forte que l'autodérision rend supportable.

Comme il le dit lui-même ses mots sont des balles, des rayons de soleil. Je préconise de le savourer comme une confiture de vieux garçon, en de courts mais intenses instants. Mais attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit. Les confessions de Hank (tel était son surnom) contiennent de quoi choquer les oreilles de la moins prude des catins.

Charles Bukowski est né en 1920. Il est mort à San Diego en 1994. Tour à tour postier, magasinier, employé de bureau, son talent d'écrivain a été découvert tardivement. L’ensemble de son œuvre est réunie en trois volumes de la collection Bibliothèque Grasset (Contes et nouvelles, 2003 ; Romans, 2005 ; Mémoires et poèmes, 2007), à l’exception de Le retour du vieux dégueulasse (Grasset, 2014).

Un carnet taché de vin, de Charles Bukowski, traduit de l'américain par Alexandre et Gérard Guégan, Grasset, mars 2015, réédité en Livre de Poche en mai 2016

vendredi 15 juillet 2016

L'Ambassade d'Auvergne

L'ambassade d'Auvergne est ce qu'on appelle un restaurant de tradition implanté depuis 1966 au coeur de la capitale, à deux pas du centre Georges Pompidou.

L’enseigne elle-même est beaucoup plus ancienne puisqu’on retrouve des traces d’une auberge sur place par intermittence dans l’entre deux guerre et même au XIX°ème siècle.

D'apparence conventionnelle, l'endroit s'anime le soir dès que les baies sont ouvertes sur la contre-allée, mettant alors la salle en continuité avec la terrasse.

C'est Didier Desert qui est aux commandes. Cet ancien publicitaire aime la cuisine depuis très longtemps. Ce fut un hobby qu'il pratiquait pour le plaisir, en rentrant du bureau, même très tard, pour évacuer le stress. Il a fallu dix ans avant qu'il ne se décide à faire le grand saut. En changeant de métier et en reprenant ce restaurant il y a dix-huit mois.

Avant tout il a testé son rêve en occupant tour à tour chacun des postes, que ce soit en salle ou en cuisine. Quand il a été rassuré sur sa capacité à supporter cette pression il a continué à apprendre "sérieusement" la cuisine même s'il a toujours eu l'intention d'avoir un chef. Et c'est à l'école Ferrandi qu'il a fait ses gammes, pour comprendre dit-il à quoi ressemble une assiette digne du Michelin.

mercredi 13 juillet 2016

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous de Nathalie Stragier (Syros)

S'il ne m'était pas passé entre les mains (je ne sais même plus à quelle occasion) la couverture de Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous n'aurait vraiment pas retenu mon attention. Et ce n'est pas l'argument de l'éditeur qui promet une comédie à suspense décapante et addictive qui m'a davantage convaincue. Vous me direz que je ne suis pas dans la cible (un lectorat à partir de 13 ans) et que c'est donc normal.

Bof ... comme je pourrais l'écrire si j'avais l'âge requis. Parce que Nathalie Stragier a écrit un livre qui a toutes les qualités pour intéresser un public bien plus large.

L'auteur déploie, d'abord en douceur puis de façon plus musclée, une réflexion fort intéressante sur la question de l'altérité. C'est à dessein que je n'emploie pas le terme d'égalité car il n'est pas question de prétendre à cela en ce qui concerne les hommes et les femmes mais plutôt d'équilibre ou de complémentarité.

Elle pointe toutes les injustices envers les filles, qui seraient des victimes plus ou moins consentantes, ou du moins plus ou moins conscientes, et elle nous interroge en nous proposant la vision d'un monde apparemment plus beau.

Ce monde n'existe pas, ou du moins pas encore. Mais il est incarné par Pénélope qui s'y trouve déjà puisqu'elle vit dans le futur. Après quelques péripéties la jeune fille débarque dans notre espace-temps où elle croise Andrea, une lycéenne bien de chez nous, même si l'action se déroule déjà en 2019, ce qui serait encore le Moyen-Age. Tout est affaire de point de vue. Et quand les sentiments s'en mêlent on a entre les mains un roman très attachant.

Dès qu'on considère notre époque froidement on ne peut qu'être d'accord. Rien n'est parfait et sommes-nous véritablement plus humains qu'il y a deux siècles ? Cette lecture est à la fois joyeuse (on peut même rire à plusieurs reprises), haletante (les actions s'enchainent très bien) et source de réflexion.

La seule faiblesse que j'y ai vue concerne la disparition de la mère d'Andrea, qui demeure une énigme et qui sera peut-être résolue dans le tome 3 qui ne devrait pas tarder.

Impossible d'en dire beaucoup plus pour respecter le suspense et le rythme de la narration, parfaitement maitrisée pour un premier roman et qu'on aurait tort de classer dans le genre science-fiction. Il est bien davantage, comme l'est aussi le roman de Marie Leymarie, Les effets du hasard.

Les personnages sont attachants, les ados comme les adultes (ce papa policier qui élève seul sa tribu est ultra positif) et on a envie de connaitre la suite. Ça tombe bien puisque le tome 2 est déjà sorti, avec une couverture aussi flashy, mais bleue et je ne vais pas estimer que ce sèche-cheveux qui fait figure de revolver n'a pas sa place sur l'une comme sur l'autre.

Si le premier racontait les évènements du point de vue d'Andrea, le second aborde la narration sous la plume de Pénélope. Cette astuce permet de pointer la force de caractère du personnage qui a certes de  (relatives) faibles capacités physiques mais des qualités de coeur impressionnantes. Elle n'hésite pas à s'ouvrir aux autres malgré leurs différences.

Dans ce second volume Nathalie Stragier met davantage l'accent sur ce que le tempérament peut devoir à la nature ou à la culture, autrement dit qu'est-ce qui relève du patrimoine génétique et sur quoi l'éducation peut-elle avoir de l'effet ... Elle démontre fort intelligemment que voyager rend humain, quel que soit le type de voyage qu'on entreprend.

L'écologie et le devenir de la planète demeurent des thèmes sous-jacents auxquels les jeunes sont très probablement très sensibles.

La fin du second tome annonce un nouveau rebondissement. On se demande si les aventures d'Andrea, de Pénélope et de leurs camarades vont s'achever sans drame dans le tome 3. Je fais confiance à l'auteure qui est aussi scénariste pour la télévision et qui depuis plusieurs années invente des histoires pour J'aime lire ou Je bouquine.

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, de Nathalie Stragier chez Syros, en librairie depuis le 7 janvier 2016
Ne retournez jamais chez une fille du passé, mêmes auteur et éditeur, en librairie depuis le 2 juin 2016
Ne dites jamais jamais, prévu pour 2017

mardi 12 juillet 2016

Déjeuner chez DaNilo

Vous ne pouvez pas ignorer que le Spritz est "le" cocktail à la mode ... encore pour quelque temps. A l'inverse du Mojito, longtemps en tête des commandes, il est peu sucré, avec une légère amertume équilibrée par une tranche d'orange fraiche. Quand il est réussi.

Comme chez DaNilo qui est un restaurant italien situé en marge des Champs Elysées, dans quelques rues qu'on appelle le quartier de l’Europe.

Je vous ai déjà parlé de Danilo Bianco parce qu'il a eu l'idée de multiplier ces délicieux petits gâteaux italiens que sont les babas napolitains (cf le billet du 1er juillet) et qu'il appelle les  Baba Nilo.

Je suis revenue chez lui à l'occasion de la dédicace du livre de Stéphanie Pélerin, (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire, publié chez Mazarine, et en librairie le 15 juin 2016, et que j'aime beaucoup (le livre comme l'auteure).

Il a tout à fait sa place en vitrine à coté des excellents produits que le restaurateur vend dans son épicerie-trattoria-restaurant. Et s'il n'y est plus vous pouvez le trouver chez tout bon libraire, comme la Librairie Fontaine Haussmann, au 50 rue Laborde, situé à quelques pas dans le 8ème.

Je vous invite à pousser la porte du DaNilo qui reste ouverte jusqu’à 20 heures, pour permettre de composer un diner improvisé que vous pourrez presque revendiquer comme l'ayant fait vous-même. A l'heure du déjeuner il soulève la vitrine qui donne sur la rue et les clients (très nombreux, essentiellement des habitués) n'ont qu'à tendre la main pour saisir le sac de leur commande.

samedi 9 juillet 2016

Face au Pacifique de Catherine Locandro

J'avais découvert Catherine Locandro avec l'Histoire d'un amour, et dont j'ai eu l'occasion de discuter avec elle.

Face au Pacifique a été écrit bien avant mais il ressort cet été chez Pocket avec une couverture autrement plus juste que celle qui avait été choisie par les éditions Héloïse d'Ormesson (quoique cela puisse se discuter parce que cette première édition mettait ainsi l'accent sur le personnage de Sam).

De mon point de vue la nostalgie romantique que l'on perçoit dans Histoire d'un amour est déjà présente dans ce livre, et avec des ingrédients comparables même s'il ne s'agit alors pas d'un roman inspiré par un épisode réel de la vie d'une célébrité.
Mystérieuse et séduisante, Mona est venue en Californie pour rendre service à sa meilleure amie Marion, et lui ramener de quoi écrire la biographie de Joseph Macard, un pâtissier Français qui a fait fortune sur la côte Ouest, et avec qui elle noue une relation forte. Peu à peu, elle sera prise dans une ronde de personnages à la dérive, qui compose un chassé-croisé fascinant.
Rodeo, le patron du Rodeo's Hell considère la vie comme une longue suite de renoncements (p. 57). Son accident a sans doute impacté sa philosophie et l'a rendu compatissant. Il range Simon dans la  catégorie des hommes fragiles qui s'efforcent d'être les amis des femmes avant d'être leurs amants, et qui sont condamnés à souffrir à cause d'elles (p. 64).

Malgré un mariage plutôt heureux Mona a succombé à un coup de foudre pour Alexandre. Cet amour sans avenir l'a précipitée dans une dépression dont elle commence seulement à se relever mais qui a laissé des traces. Elle ne voit pas les sentiments qu'elle inspire à Simon.

Judy, la patronne du motel où Mona a loué une suite (en fait une chambre avec coin-cuisine et balcon sur le Pacifique) vit comme un cataclysme l'abandon par le père de sa fille Sam. L'affection de Rodeo n'est pas à la hauteur de ses attentes et rien ne calme son inquiétude.

L'auteur, dont c'est le quatrième roman, installe très vite une atmosphère nostalgique et troublante. On s'interroge sur les liens (passés ou à venir) entre les personnages, très dissemblables et pourtant chacun à leur manière en quête de leur vérité. Ils ont tous les nerfs à fleur de peau, sauf peut-être le patriarche mais il a sa part d'ombre lui aussi. Personne ne veut souffrir et pourtant les interactions sont douloureuses.

Mona est face au Pacifique, c'est-à-dire en fait face à elle-même. Le temps est peut-être venu pour elle de chasser ses fantômes pour ensuite mettre à distance son mal-être. Joseph, Rodéo et Simon l'aideront chacun à leur manière à se débarrasser du fardeau de la répétition familiale. A condition qu'elle consente à ce grand voyage qu'est le retour en arrière.

Face au Pacifique de Catherine Locandro, publié aux éditions Heloise d'Ormesson en mars 2009, en Pocket depuis le 7 juillet 2016

vendredi 8 juillet 2016

La chambre aux confitures

J'avais reçu un communiqué de presse m'annonçant l'ouverture d'une boutique de la Chambre aux confitures rue de Buci (Paris) mais je n'avais pas l'intention d'y accorder de l'importance.

Le mail est parti à la corbeille sans que je note qui me l'avait envoyé. Je ne peux pas parler de tout sur le blog et je trouve qu'on peux fort bien faire tout seul ce genre de choses. Ça c'était avant. Avant que je ne passe par hasard quelques jours plus tard devant la devanture et que j'entre ...

Je scrutais un pot de couleur étonnante en vitrine, me demandant comment une confiture abricot-lavande pouvait être aussi blanche quand la vendeuse m'a semblé vouloir me dire quelque chose.

J'ai passé la porte et j'ai été séduite d'emblée. Par le décor qui évoque l'univers de la beauté. Par l'organisation extrêmement radicale et néanmoins bucolique de la boutique. Par la patience de la vendeuse manifestement prête à répondre à toutes les questions.

Et surtout par la possibilité de goûter tout, absolument tout. Autant savoir de quoi on parle. Je me suis donc mise à l'ouvrage. Je n'ai pas plongé une cuillère dans chacun des pots que vous pouvez voir sur la première photo (et il y en a autant sur le coté droit du magasin) mais dans un nombre assez important néanmoins. Et puis j'ai tourné plusieurs couvercles. La bonne odeur et la délicatesse des parfums a fini par me convaincre.
Tout est bon. Très bon. Parfaitement équilibré en fruits et en sucre. Même le marron glacé n'est pas trop sucré. Je ne peux que faire des compliments. Et j'en suis heureuse. Cela m'a franchement réjouie de constater combien on pouvait être créatif avec un produit à la base très simple.

La boutique s'affirme comme une délicieuse épicerie fine, entièrement consacrée à la grande passion de sa fondatrice, Lise Bienaimé, celle de la confiture, qu'elle décline de toutes les manières. En version sucrée évidemment, mais aussi salée, en confit et même en bougie (blanche ... comme celle qui m'avait intriguée en vitrine).

La jeune femme s’inscrit dans la lignée de son arrière-grand-père, Joseph Soulier, qui avait son propre commerce de produits fins, au 139, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. Il y confectionnait ses conserves de fruits sans doute avec un même amour du travail bien fait.

jeudi 7 juillet 2016

Les effets du hasard de Marie Leymarie chez Syros

Je fais une (petite) cure de littérature jeunesse. Si j'avais besoin d'un prétexte je dirais que c'est pour donner de bonnes idées de lecture aux ados histoire de les distraire un moment de leurs tablettes et autres objets connectés. Mais plus honnêtement je peux reconnaitre que lorsqu'un livre est bien écrit peu m'importe la cible.

Je peux m'extasier face à certains albums soit disant adressés à des enfants de moins de 5 ans. La justesse de ton de l'Arbre sans fin de Claude Ponti n'a pas d'égal pour aborder la mort avec un enfant. Comme Max et les Maximonstres de Maurice Sendak pour discuter avec lui des effets de la colère.

La couverture des Effets du hasard se veut sans doute attractive pour une cible ado. C'est toujours assez flashy chez Syros qui espère sans doute retenir l'attention et promettre une certaine facilité de lecture. Je ne suis pas convaincue et ce n'est pas ce qui m'a motivée (je dois convenir que si ce livre n'avait pas fait débat au cours d'une réunion du Comité lecture du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse je n'aurais même pas songé à l'ouvrir).

Ce n'est que maintenant que je remarque le code barre après le nom de l'auteur, sans doute une allusion à la manière dont les parents choisissent leur progéniture sur catalogue. Dans ce meilleur des mondes post XX° siècle il est conseillé de commander son enfant en s'appuyant sur des caractéristiques physiques objectifs, comme la couleur des yeux, et surtout de tenter d'obtenir le meilleur investissement QI/Prix en tentant d'obtenir un enfant ultra intelligent.

On ne s'endette pas pour la vie en achetant une maison mais ... un bébé, que l'on veut parfait, cela va de soi.

En cas de déception, il est garanti qu'on peut rendre l'enfant qui sera en quelque sorte soldé à une autre famille. Dis comme ça le roman semble inhumain alors que cette fiction (ouf, c'en est une), racontée du point de vue d'une adolescente hypersensible, se découvre avec plaisir. Maïa a hautement raison de se demander (de nous interroger) sur la probabilité d'être plus heureux avec un QI d'au moins 132.
Maïa a les yeux noisette, les cheveux châtains, un petit nez légèrement retroussé et un QI de 117. Elle correspond en tous poinst aux critères choisis par ses parents sur catalogue, quinze ans plus tôt. Un soir, elle est abordée par Anthony, un garçon aux yeux verts. Maïa accepte de prendre un verre avec lui, bien qu’il lui semble beaucoup trop intelligent pour elle. Le garçon vit seul avec sa mère ... qui l'a fabriqué elle-même. La situation est impensable pour la jeune fille.
Parce qu'on y traite la question du faux-semblant suivi dans l'espoir de toujours répondre aux attentes. Et c'est bien un aspect universel de la relation parent-enfant. Je me suis souvenue de ma fille me disant, à propos d'un échec à un concours : je sais que je t'ai déçue. Et moi de répondre : non tu ne m'as pas déçue, je suis déçue pour toi. (l'année suivante elle remportait ce concours haut la main)

Les enfants craignent tous de ne pas être aimés pour ce qu'ils sont. Avoir des doutes sur sa filiation fait partie inhérente des questions existentielles de tous les adolescents.

Est-il vrai que plus on rêve, plus on est déçu ? Le processus d'attachement suit-il un schéma immuable ? Tomber amoureux peut-il être considéré comme une maladie bénigne de l'adolescence (p. 20) et se traiter en avalant quelques cachets ? Le sentiment amoureux est-il une addiction dont il faut se préserver ? (p. 45)

Tout en transposant ces questions dans un univers de science-fiction, Marie Leymarie nous fait partager les inquiétudes et les espérances de Maïa, Lily, Anthony. Elle pointe fort justement que pour développer son intelligence un enfant a d'abord besoin d'être aimé. Et elle revisite subtilement le vieil adage de nos parents : passe ton Bac d'abord !

Elle développe aussi une réflexion sur les conditions de vie et l'autonomie qu'on accorde (ou non) à la jeunesse: la liberté est ce qui nous rend humain, alors que la sécurité nous permet seulement de rester en vie (p. 114). Quelles sont les limites que l'on peut franchir par amour, ou par amitié comme va le prouver Lily en prenant de gros risques pour rendre service à Maïa.

Néanmoins les propos qui sont développés ne sont pas si éloignés d'une réalité qui se rapproche à grands pas. La politique sécuritaire rogne sur nos libertés. Des bracelets électroniques de plus en plus sophistiqués mesurent déjà toutes nos actions. Les médicaments "anti–amour" existent, même s’ils ne sont pas commercialisés. Les couples qui ont recours à la Gestation pour Autrui peuvent choisir leurs donneurs sur catalogue (y compris en Europe) et les dérives sont inquiétantes. Mais l'humain restera toujours imprévisible, justifiant le titre de ce livre qui est le dixième écrit par Marie Leymarie.

Née en 1974, l'auteure a suivi des études de russe. Elle a exercé le métier de documentaliste dans les cités de Seine-Saint-Denis et animé des ateliers d’écriture avec des élèves en difficulté. C'est au cours d’un congé parental qu'elle écrit son premier roman et devient traductrice d’anglais.

Les effets du hasard de Marie Leymarie, Syros, en librairie depuis mars 2016

mercredi 6 juillet 2016

La grande panne de Hadrien Klent

Hadrien Klent a conçu La grande panne avec des clés de lecture qu'il donne sur son site mais qui ne sont pas indispensables à connaitre au préalable pour apprécier le roman. Il ne dit pas tout, loin de là puisque son nom de plume est un pseudonyme.

Son premier ouvrage Et qu’advienne le chaos (Attila – 2010 / Le Tripode – 2014 – Collection Météores) était de la même veine.

L'auteur déplace le curseur de notre logique très sensiblement si bien que l'on trouve cette fiction raisonnablement plausible : commençant comme une série catastrophe, déroulant l’agenda d’une cellule de crise, La Grande Panne se transforme peu à peu en un roman mêlant les histoires d’amour aux arcanes du pouvoir, les trahisons amicales aux menaces d’attentat, la surveillance policière aux banalités d’une vie suspendue à l’attente du retour à la normale.

Parmi les personnages (assez hauts en couleurs) on croise :
  • un révolutionnaire qui rêve de mettre en place une insurrection civile,
  • des conseillers qui tentent de contenir les humeurs d’un président de la République désabusé,
  • un écrivain improductif qui observe son île devenue le centre hystérique d’un pays en état de choc,
  • un brocanteur qui se trouve embrigadé malgré lui par un service secret étranger,
  • un journaliste revanchard qui fait le portrait d’une France en apesanteur.
Le point de départ qui s'ancre dans un possible acte terroriste prend appui sur une atmosphère que l'on connait depuis quelques mois, un terreau propice à l'angoisse et à tous les fantasmes. Une explosion dans une mine italienne provoque un immense nuage qui menace de s'enflammer. Une coupure électrique générale est décidée par le Président de la république pour préserver les populations. Préserver ?

On n'aurait pas pensé que le graphite puisse être un élément aussi dangereux. Comme l'anticipe judicieusement l'auteur (p. 82) que le bon vieux graphite des crayons à papier prenne feu à cause de l'électricité d'une ligne haute tension cela peut sentir le complot.

Je n'ai pas cherché à vérifier, préférant me laisser emporter par l'intrigue, si bien construite, émaillée de retournements de situation bien ficelés. L'abandon de la prison ultra sécurisée (mais toute électrique) est savoureuse. Et l'installation du gouvernement sur l'île de Sein est insolite, presque exotique.

L'écriture est parfois hachée, enchainant des propos qui sont à la limite d'un langage parlé, ou disons intérieur, parce que malgré tout le niveau de langue est toujours très choisi. On se sent du coup comme une ombre légère infiltrée entre des protagonistes qui s'épient. On se faufile en abolissant les distances, tantôt sur Sein, tantôt à l'Elysée, ou en Italie ...

Hadrien Klemt connait son sujet et la psychologie des personnages. Il doit sans doute travailler dans les cercles du pouvoir. Qu'importe. J'ai apprécié le roman pour ce qu'il est, une oeuvre de fiction. Tout est intelligemment pensé, de la couverture qui évoque des lignes haute tension, jusqu'à la play-list qui recense les musiques préférées des protagonistes. Avec entre ces deux extrêmes un contenu électrique ! N'oubliez pas d'aller sur le site de l'auteur une fois le livre refermé pour en savoir plus sur la construction de l'intrigue et en apprendre davantage sur le contexte qui sous-tend le roman.

La Grande panne, de Hadrien Klent, Le Tripode, en librairie depuis le 21 avril.
Photo Vincent Le Beux

mardi 5 juillet 2016

Ensoleil'ade Apéritif ou Cuisine, je ne veux plus m'en passer

En général je suis méfiante quand un communiqué de presse m'annonce un produit extraordinaire. Par chance ma curiosité l'emporte malgré tout et je me dis qu'il faut gouter avant de juger. Et cette fois c'est carton plein !

La société Sud'n'Sol a été le pionnier de la tomate mi-séchée marinée qu'elle commercialise sous la marque Ensoleil'ade, ce qui nous ramène un peu avant l'an 2000.

L'entreprise a développé un savoir-faire qu'elle applique depuis à de nombreux légumes. Leur sélection est rigoureuse avant l'étape suivante, consistant à les griller ou à partiellement les sécher, avant de les mélanger à des huiles et des herbes aromatiques caractéristiques des saveurs méditerranéennes.

Les tomates cerises confites sont un régal. Soit nature, soit enfilées sur des mini brochettes pour émoustiller une salade (je les intercales alors avec des morceaux d'artichauts grillés qui sont préparés suivant le même processus), soit encore en ajout à des pâtes ou même du riz. Une fois découvertes on ne peut plus s'en passer. Je parle pour moi.
Préparées à partir de tomates cerise fraîches, découpées en deux, mi-séchées puis mélangées à des huiles et des herbes aromatiques elles sont garanties sans conservateur. Elles sont conservées dans de l’huile de colza, qui permet une conservation 100% naturelle du produit tout en préservant les saveurs des légumes.

Après dégustation, la marinade délicieusement parfumée par les tomates cerise ou par les quartiers d’artichauts et ses épices, peut être utilisée dans les préparations de salades, pâtes… Rien ne se perd.
Je me suis sentie en confiance pour essayer les 3 versions de la gamme légumes à la plancha d'Ensoleil'ade Cuisine. J'ai apprécié qu'il n'y ait ni additif ni conservateur, leur bon goût de légumes cuisinés, certains fondants, et d'autres à la texture légèrement croquante. On peut les consommer à température ambiante, et c'est ainsi que je les ai ajoutés à de la salade verte, un reste de pâtes et quelques quartiers d'oeufs durs. Le plus grand des saladiers Apollia a vite été "nettoyé".
les sachets se réchauffent en 2 minutes au four à micro-ondes et l'assiette est alors une pure gourmandise qui ferait aimer les légumes au carnivore le plus irréductible.

Chaque recette est une combinaison gourmande, originale, pratique, qui évoque la cuisine méditerranéenne sans être trop typée non plus. L'assaisonnement est subtil, et la cuisson presque al dente sans être trop croquante. Je les aime beaucoup simplement nature mais le résultat est excellent aussi pour garnir une omelette.
On nous promet des légumes et du soleil dans les assiettes et avec la météo que nous avons connue c'est un avantage supplémentaire.

Trois mélanges de légumes sont proposés au rayon frais Fruits et Légumes, dans des sachets de 240 g prévus pour 2 personnes avec une DLC de 21 jours :
• Le Mix Provençal (aubergines, courgettes, poivrons,  agrémentés d’oignons)
• Le Mix Printanier (courgettes, carottes, asperges vertes, oignons)
• Le Mix Poivrons (lamelles de poivrons rouges, poivrons jaunes, oignons)
Il est rare que je sois autant ultra enthousiaste mais après avoir prolongé l'expérience en ouvrant quatre des variétés de la gamme Apéritif je suis conquise à 100%.

La Tapena' à base d'olives noires restitue la saveur particulière de la Kalamata que je connais bien. La Tapena' tomates cerise est à peine sucrée.  La Tapena' poivrons rouges frais puis confits n'a aucune amertume. Je l'apprécie tartinée dans un sandwich sous une tranche de jambon et de salade verte.

Le houmous est parfait, bien entendu à base de pois chiches mais absolument pas farineux. Tous sont garantis sans conservateur. Ce sont des alliés pour les apéritifs, salades, sandwiches, pâtes, pizzas, tartes, bruschettas…

Nous les avons aimé "nature" sur du pain frais ou grillé, ou accompagnées de chips (les Bret’s bretonnes soit saveur Tapenade, soit saveur Fromage frais & Fines herbes, avec son subtil parfum de ciboulette et aromates, qui se mêle à l’onctueuse saveur du fromage).
Très vite je me suis mise à oser des combinaisons comme pain de campagne/fromage de chèvre/tapenade poivrons séchés/câpre de Sicile, avec un verre de vin blanc très frais (avec modération). Ou comme pain grillé /houmous/basilic.
Et quand il me reste de la tapenade noire je la délaye avec un vinaigre de framboise pour assaisonner un saumon.
A vous de tester mais je n'ai aucune crainte de recevoir un commentaire négatif. Notre seul point de désaccord concernera peut-être votre préférence en terme de parfum. Il y en a tant. L'houmous à la menthe sera ma prochaine évasion.

lundi 4 juillet 2016

Les garçons ne tricotent pas (en public) de T. S. Easton

Il y a quelques jours je découvrais le roman d'une très jeune italienne, Dans le silence de ton coeur et il me semble que celui de T.S. Easton en est la version masculine.

Les garçons ne tricotent pas (en public) rencontre un vif succès. Mérité certes et je suis tombée moi aussi sous le charme du jeune anglais Ben Fletcher dont j'ai été heureuse de constater que l'exercice du tricot allait contribuer à le remettre sur le bon chemin.

Néanmoins, ce livre a été écrit par un adulte qui a déjà publié une trentaine de livres (sous des pseudos différents), ce qui rend à mes yeux la performance moins touchante que celle d'Alice Ranucci, nettement plus authentique dans son propos.

Il n'empêche que je trouve de multiples qualités à ce roman qui se lit facilement. Il démonte les clichés. A propos de la rédemption consécutive à un épisode de délinquance, et à propos aussi du tricot qui n'est pas un truc de filles. A l'origine il était interdit aux femmes comme on nous le rappelle (p. 57) et -cela je le savais aussi- tricoter est apaisant. Cette activité s'exerce avec lenteur et implique de laisser tomber des pensées obsessionnelles qui nuiraient à la concentration. La moindre erreur se verra et nuira à l'ouvrage.

Le tricot est binaire. Une maille endroit d'un coté est "envers" de l'autre, et réciproquement. Il n'y a que deux choix possibles et ces deux seuls choix offrent une infinité de combinaisons. C'est assez excitant quand on le découvre. Tricoter devient une gymnastique de l'esprit qui permet assez vite de considérer les difficultés sous un autre angle. De ce fait cette activité structure la pensée. Je pourrais donner beaucoup d'exemples puisés en littérature et dans le cinéma mais ce n'est pas le sujet de cette chronique.

Revenons au jeune homme qui après avoir et entrainé par ses potes à voler de l’alcool dans un supermarché, doit suivre un "parcours de probation" pour jeunes délinquants et, choisit dans ce cadre, s'inscrire par défaut… à un cours de tricot parce que les autres propositions lui déplaisent davantage.

Pour que ses parents, ses professeurs et ses copains ignorent cette épreuve ... Ben va se retrancher derrière une série de mensonges qu'il ne pourra plus contrôler quand son activité le conduira à la notoriété.

Hormis la couverture, totalement hideuse, qui se veut peut-être refléter un humour anglais que je ne comprends guère, le livre, écrit sous forme de journal, est très réussi. On y croise une mère prestidigitatrice, un père démissionnaire, des parents qui multiplient les allusions grivoises, une graine d'écrivain cherchant à réitérer le succès de Cinquante nuances de grey, une jeune prof amoureuse d'un footballeur, une vieille dame indigne et d'autres personnages plus déjantés les uns que les autres, qui au final tordent le cou aux stéréotypes.

Le tricot est un loisir qui sombre dans l'oubli et revient à la mode. Ce roman va relancer des vocations.

Les garçons ne tricotent pas (en public), de T.S. Easton, traduit de l'anglais par Anne Delcourt, chez Nathan, en librairie depuis le 10 mars 2016. A partir de 13 ans

dimanche 3 juillet 2016

Fromages (et quelques vins) de Savoie

Modes, tendances, injonctions alimentaires ... j'essaie de faire le tri tout en étant si possible objective ... et sans oublier la gourmandise parce qu'elle fait partie de la vie.

Un des axes que je ne sacrifierai pas c'est en tout cas ce qui touche à notre patrimoine. Sauf si, mais je n'ai pas d'exemple qui me vienne à l'esprit pour la France, il y avait des pratiques vraiment répréhensibles (même si manger des huitres vivantes doit sans doute être immoral).

J'espère ne pas me contredire avec des précédents articles en vous relatant ce que j'ai appris aux dernières rencontres de Cambremer à propos des AOC-AOP de Savoie en matière de fromages. S'agissant du vin, je vous en parlerai avec plus de détail une fois revenue d'un petit périple en vignoble à la fin du mois.

La Savoie était l'invité d'honneur de Cambremer en mai 2016. Cette région n'est pas dans la même situation que d'autres en matière de protection de ses Identifications Géographiques.


Plusieurs fêtes des fromages auront lieu cet été comme tous les ans. Ce sera l'occasion de découvrir les 7 fromages de la région ... et bien entendu aussi la vingtaine de dénominations géographiques et les 3 AO régionales (Savoie, Roussette et Seyssel) en matière de vins car la diversité des vignobles est forte avec des cépages locaux très implantés. Sans omettre l'IGP pommes et poires de Savoie.

La dégustation sera sans doute plus authentique encore sur un des chemins de randonnée répertoriés par le site Fromages de Savoie. Une soixantaine de sites proposent des visites libres ou guidées, des échanges et des rencontres à vivre en coulisses.

Vous constaterez que la Savoie, si blanche en hiver, devient verte en juillet-août, révélant les paysages sous un autre jour. La cohabitation entre agriculture et tourisme n'est pas "naturelle" et le partage du territoire est un sujet polémique. L'allongement de l'enneigement souhaité par les stations influe sur la qualité des fourrages. On oublie que sous la neige se trouvent les pâturages... et que les animaux se nourrissent à longueur d'année.

Le territoire est heureusement favorable à la pousse de l'herbe. Il pleut plus en Savoie qu'en Normandie (je ne devrais peut-être pas le clamer). Les pratiques fromagères y sont historiques autour d'une organisation collective très développée qui n'est pas transférable en Chine. Et tout est mis en œuvre pour garder la flore qui vient de l'animal.

Avec l'emploi de races locales qui ont des caséines particulières, des pratiques d'ensemencement, l'entretien d'une large biodiversité (une prairie de montagne peut contenir 50 espèces végétales), on sait que 50 g de fromage au lait cru contiennent au moins un milliard de bactéries. C'est peut être ce "réservoir" qui va constituer notre immunité de demain.

Les vaches sont de races Tarine et Abondance et les chèvres sont essentiellement de race alpine. Elles sont nourries d'herbe pâturée et de foin. Leur lait confère une texture particulière pour un fromage de chèvre. Il est exclusivement fabriqué par des fermiers depuis le XVII° siècle, à la main et selon une technique unique pour un fromage de chèvre, ce qui lui confère une texture particulière. En effet le Chevrotin est une pâte pressée non cuite à croûte lavée que je vous conseille de goûter. Il est très particulier (et excellent de mon point de vue).

Coté vaches, ce sont les AOP plus connus d'Abondance, Beaufort, Reblochon de Savoie, Tome des Bauges et les IGP Emmental de Savoie et Tomme de Savoie. D'autres goûts, d'autres saveurs que les AOC normandes ... La France est bien le pays des fromages.

samedi 2 juillet 2016

Vivre végane de Gwendoline Yzèbe

Hier j'écrivais que les influences étaient de plus en plus prégnantes en cuisine. Il y en a une qui a le vent en poupe et je reconnais que je ne suis pas encore une adepte, même si l'idée m'est de plus en plus sympathique, c'est le mouvement végan. Sauf que derrière ce mot je ne mettais jusque là que le terme de "végétarien de l'extrême". Ce n'est pas tout à fait cela.

L'idée n'est pas de faire du prosélytisme, de prétendre savoir ce qui est bien ou mal. Mon objectif est de comprendre.

Pour résumer, vivre végane, c’est manger, porter et utiliser des produits qui ne sont pas issus de l’exploitation des animaux. Mais pas que. C'est aussi adopter une attitude altruiste, préserver l’environnement et se soucier de sa santé, parce qu'on réduira le risque de maladies. Et Gwendoline Yzèbe ne manque pas d'arguments pour nous convertir à un tel mode de vie. Ou en tout cas à faire des efforts dans cette voie.

Gwendoline est une trentenaire, journaliste le jour, auteur la nuit,  passionnée d'écriture, de cuisine, de voyages et de sport.

Sa pratique du véganisme est venue petit à petit. Après avoir partagé ses réflexions, ses découvertes et ses bonnes idées sur le blog Un courant de vert, elle les a publiées dans un livre. Son principe de vie est que le monde de demain se construit dès aujourd’hui. Et j'ai découvert que Voltaire avant elle pensait pareillement.

Si on peut être végan et mal manger (p. 70) ce qui est honnête à dire, vivre végane peut ne pas être synonyme de tristesse. Cela peut être au contraire un pas pour vivre mieux, sans forcément faire de gros sacrifices. Cela devient accessible en modifiant un peu nos habitudes, bien entendu en terme d'alimentation (il y a donc des recettes, conseils nutritionnels et guide d’achats), de soins cosmétiques (on trouvera des adresses et blogs) et aussi de vêtements.

Ce qui m'a plu c'est la démarche d'information de l'auteure qui ne cherche pas à convertir à tout prix, seulement à montrer que la cuisine végétale est créative, et qu'on peut abandonner la viande sans être dans la privation.

En effet, j'ai moi-même considérablement diminué ma consommation de produits carnés, sans doute influencée par les affreuses images d'abattoirs infligeant d'horribles sévices aux animaux. J'ai bien compris que la production d'un kilo de viande est plus "couteuse" pour la planète que celle d'un kilo de légumes.

Je sais préparer moi-même mes cornichons et comme vous le savez cuisiner n'est pas une punition. Aucun mérite donc à ne pas consommer de plats préparés. Et ma recette de guacamole est très proche de la sienne.

Certains comportements me sont naturels. J'adore les vêtements dit de seconde main et je suis adepte du recyclage. Couture et tricot ne m'effraient pas. Ce n'est pas sorcier de faire un petit sac où glisser le strict minimum pour sortir : portable, clés et agenda.
Et cela m'amuse d'imaginer les bijoux que j'assortis à mes robes. J'ai ainsi noté que je me trouve sur le chemin sans l'avoir présumé.
Evidemment je déteste le gâchis. Si je le pouvais je me déplacerais uniquement à bicyclette. Et coté cosmétiques je peux difficilement réduire mon impact écologique puisque je ne me maquille jamais. 

Je vérifie systématiquement les étiquettes et suis adepte du made in France. Je sais que l’ouvrier asiatique qui a fabriqué le vêtement vendu 29 € en Occident gagne moins de 20 centimes, et que parfois cet ouvrier est ... un enfant. Sans compter que l'industrie textile est très polluante. A ce titre renouveler sa garde-robe en optant pour un vêtement de seconde main peut être aussi un geste social. D'autant que le vintage est à la mode.
Il y a malgré tout une limite au véganisme. A en croire ce que j'ai lu il ne faudrait pas consommer de laine (naturelle pourtant) parce que les animaux qui la produisent sont maltraités. Mais la fabrication des fibres synthétiques est ultrapolluante. Prôner le recyclage contourne maladroitement les deux écueils.

Il n'empêche que Vivre végane pose de bonnes questions ... et apporte (aussi) de bonnes réponses. je n'imaginais pas que consommer des oeufs, du miel ou des plantes pouvait être sujet à caution. Même si ce n’est pas directement lié au véganisme, l'auteure met en avant un mode de consommation plus responsable et produisant moins de déchets. Dans les annexes, vous trouverez toutes les adresses pour faire du shopping, vous informer davantage et découvrir l’univers de nombreuses blogueuses et nombreux blogueurs.

Vivre végane de Gwendoline Yzèbe, depuis le 15 juin 2016 en Livre de Poche

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