dimanche 18 septembre 2016

Face à la mer de Françoise Bourdin chez Belfond

Quand nous avions abordé le thème de son prochain livre, au moment de la sortie de La Promesse de l'océan, Françoise Bourdin m'avait annoncé que le personnage principal était victime d'un burn-out. Elle tient beaucoup à écrire en étant en prise directe avec les réalités contemporaines et elle a voulu explorer les ressorts de ce qu'on annonce comme le mal du siècle.

Je salue ce principe tout comme sa manière de situer ses romans dans un environnement géographique bien défini. La promesse de l'océan m'avait donné envie d'aller à Erquy, ce que j'ai d'ailleurs eu l'occasion de faire peu de temps après avoir terminé le livre. Cette fois elle suscite un vif intérêt pour Manhattan-sur-Mer (comme l'appelle l'écrivain Christophe Ono-dit-Biot) à savoir Le Havre dont j'ignorais l'inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2005.

J'avais de la cité une image assez négative, comme pour toutes ces villes reconstruites avec une symétrie glaciale après les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale. Et voilà que je me verrais bien scruter l'église Saint-Joseph qui me semble avoir été inspirée par l'Empire State building. Fruit de la collaboration avec l'artiste verrier, Marguerite Huré, elle s'élève majestueusement en bordure d'océan comme un phare culminant à 107 mètres.

C'est à Auguste Perret que l'on doit la reconstruction de la ville et on peut même visiter un appartement-témoin d'époque années cinquante au premier étage du 186 boulevard Clemenceau. Sur ce même boulevard on découvrira une des premières collections impressionnistes de France (Boudin, Monet, Renoir, Sisley, Pissarro, Degas ...) au MuMa, dans une architecture moderne laissant pénétrer la lumière naturelle de l’estuaire. Il faut savoir que Monet a peint au Havre Impression de Soleil levant qui a donné son nom au mouvement pictural. Raoul Dufy a aussi puisé une forte inspiration dans cette ville.

Je m'étonne de n'avoir jamais assisté à une première au Volcan (que je cite régulièrement dans mes chroniques théâtrales et dont Françoise Bourdin m'apprend le surnom de "pot de yaourt" ). D’abord Maison de la Culture (la première créée par André Malraux en 1961), ce bâtiment conçu par l'architecte brésilien Oscar Niemeyer est aujourd’hui une des plus importantes scènes nationales en France.

Le Havre a séduit de nombreux cinéastes (comme Aki Kaurismäki ) et beaucoup d'écrivains y ont planté leur décor. Une promenade littéraire, inaugurée en septembre 2014, atteste de cette inspiration artistique de Linda Lê à Maylis de Kerangal, en passant par Julia Deck.

Je flânerais volontiers dans les Jardins Suspendus et je me sens prête à aller boire un verre à Sainte-Adresse dans ce café joliment nommé Au Bout du monde (p. 49) et qui existe dans la réalité. On peut faire confiance à Françoise. Elle a toujours de bonnes recommandations à faire.

Face à la mer n'est pas un guide touristique. C'est un (vrai) roman qui a toutes les qualités qu'on aime chez cette auteure populaire (ce n'est pas ironique de ma part) : un sujet qui interroge, des personnages au caractère bien trempé mais qui se trouvent à un tournant de leur vie, une famille un peu compliquée, un décor qui a un rôle à jouer.
Mathieu tient une librairie indépendante depuis plus de vingt ans. Il a consacré sa vie à son entreprise, et le succès est là. Un divorce l'a empêché de voir grandir sa fille, Angélique. Mais sa fille est de retour depuis quelque temps et c'est elle d'ailleurs qui intervient quand son père décide de tout plaquer. Malgré sa jeunesse et son manque d'expérience, elle décide de veiller sur la librairie et de motiver chaque jour les employés, quitte à négliger ses études.
Déprimé, apathique, Mathieu a trouvé refuge à Sainte-Adresse, dans la maison de son vieil ami César qui vient de mourir et qu'il a acquise en viager. Tess, sa compagne amoureuse est impuissante à l'aider. Son ex-femme, comme ses quatre frères, ne comprennent pas les raisons de sa crise. Tandis que Mathieu tente de trouver dans son passé l'origine du mal qui l'anéantit, les cousins de César débarquent d'Afrique du Sud, bien décidés à récupérer l'héritage dont ils s'estiment spoliés.
Françoise Bourdin nous a habitué à mettre en lumière un métier. Cette fois c'est celui de libraire, dont elle ne cache pas les faiblesses, consécutivement à la progression des ventes en ligne. Elle en révèle les contraintes économiques mais sans occulter l'angle de la passion et du partage, qui sont des conditions nécessaires pour arriver à tenir face à la concurrence.

A l'instar de Marc Welinski dans Sortie de piste, elle laisse Mathieu s'adresser régulièrement en pensée et même à voix haute à un ami décédé, comme si son âme bienveillante était disposée à lui venir en aide. le thème de l'au-delà semble devenir récurrent.

Dès les premières pages Françoise Bourdin donne une clé pour expliquer la subite dépression de Mathieu, un libraire dont les affaires sont pourtant prospères et dont la petite amie est une adorable jeune femme : il a toujours senti que sa mère ne l'aimait guère et aurait compensé ce déficit par une hyperactivité dont le but aurait été de prouver sa valeur.

J'ai apprécié cette lecture mais je n'ai pas été totalement convaincue par l'analyse du burn-out. Je suis d'accord avec elle quand elle souligne que même les plus forts sont des candidats potentiels. J'approuve aussi qu'elle pointe la grosse incompréhension de l'entourage qui attribue la manifestation à un excès de travail alors que ce n'est qu'un déclencheur.

De là à conclure que la racine est à débusquer dans l'enfance comme si la cause ne pouvait qu'être interne il y a un énorme pas que je ne franchis pas. Et puis il me semble qu'après être descendu très bas au fond du trou Mathieu s'en sort finalement assez vite en repartant de plus belle, ce qui empêche qu'on se projette sur lui. Ce n'est qu'un homme de papier, je l'avais un instant oublié ... ce qu'on peut voir comme une forme d'hommage à l'écriture.

Face à la mer de Françoise Bourdin chez Belfond, en librairie le 15 septembre 2016

samedi 17 septembre 2016

Juste la fin du monde

Que celui qui n'a jamais mis à distances les confidences d'un proche en lui disant que ce n'était pas la fin du monde lève le doigt. On a tous prononcé cette phrase avec ironie ou tendresse, c'est selon.

Même Louis (Gaspard Ulliel) le murmure dans la bande-annonce : ce n'est qu'un déjeuner en famille, c'est pas la fin du monde.

En sortant de la projection du film de Xavier Dolan on n'osera plus faire un tel rapprochement. Cette fois la révélation (qui ne sera peut-être même pas proclamée à haute voix) annonce bel et bien une fin, Juste la fin du monde pour Louis.

A partir de la pièce éponyme de Jean-Luc Lagarce,  écrite en 1990, qui se passe quelque part, il y a quelque temps déjà (nous n'en saurons pas davantage) le réalisateur québécois a conçu un film à la fois très personnel et pourtant respectueux de l'esprit du texte.

On pourrait croire que l'essentiel est révélé en voix off par le personnage de Louis qui indique qu'il est revenu sur ses pas après douze ans d'absence pour annoncer lui-même sa mort prochaine et donner aux autres une dernière fois l'illusion d'être son propre maitre. Voyons comment cela va se passer ajoute-t-il avec une pointe de malice.

La réponse est : "mal", cela se passera mal. Mais pas vraiment de la manière à laquelle on s'attend. Parce qu'aux dialogues textes le réalisateur a ajouté d'autres langages, celui des visages, et particulièrement des yeux, des pommettes, et surtout il a inséré une infinité de gammes de silences magnifiant ainsi la brutalité des non-dits.

A peine le sujet posé une autre voix s'élève alors que le profil de Louis, passager d'un taxi, se découpe en contre-jour sur des paysages d'une banlieue indéfinie et que défile le générique. La chanteuse Camille entonne a cappella  Home Is Where It Hurts qu'elle a enregistré en 2008 sur son quatrième album, Music Hole. Les paroles sont en anglais mais le refrain en français (difficilement perceptible néanmoins) prévient sans détour : A la maison/Dans ma maison/C'est là que j'ai peur.

La musique rythme à la perfection le trajet qui ramène Louis "à la maison". Les paroles anglaises sont explicites une fois traduites. Tout est annoncé.
La maison n'est pas un port
La maison c'est là où ça fait mal
Ma maison n'a pas de coeur
Ma maison n'a pas de veines
Et si tu essaies de la casser
Elle saigne sans tâches
Mon cerveau n'a pas de couloirs
Mes murs n'ont pas de peau
Tu peux perdre ta vie ici.

Et si la singularité de l'écriture de Lagarce peut faire peur, et effrayer par son coté très cérébral, quand on assiste à une de ses pièces de théâtre, sa langue devient tout immensément expressive quand elle est "traduite" par les images de Xavier Dolan. On pardonne à l'auteur français les répétitions, les maladresses syntaxiques. On va même jusqu'à les trouver justifiées.

Ce film est tout bonnement magnifique et on approuve qu'il ait reçu le Grand Prix du Festival de Cannes 2016. Il sort en salles le 21 septembre et je vous le recommande sans réserve.

Je dois ponctuer d'une note de 1 à 10 mes critiques de théâtre pour le site Au balcon. Je n'ai jamais vu la pièce de Jean-Luc Lagarce et je n'ai donc pas eu à l'évaluer mais si je devais attribuer une note au film je donnerais 10.

10 parce que cela ne pourrait être mieux. Comédiens, cadre, décors, lumières, musique, tout est en accord parfait.

Dire d'un film que c'est du théâtre équivaut en général à un reproche. Le spectateur exprime souvent ainsi sa frustration d'avoir été privé de quelque chose, en général de paysages et d'action. Ici les paysages sont intérieurs mais tellement intenses ! Quant à l'action elle existe, violente, contenue, prête à exploser. Chaque plan est captivant et pour une fois on peut apprécier en tant que spectateur que tout ne nous soit pas dit. On a enfin un peu de travail de pensée à faire par nous-mêmes !

Le casting est incroyable (et il est stupidement reproché au réalisateur) mais ce qui l'est davantage c'est l'alchimie entre des personnalités très différentes et néanmoins accordées. On connait tous les comédiens. La mère est Nathalie Baye, qui tourne pour la seconde fois avec Xavier Dolan (puis-je rappeler combien elle est formidable dans Moka, encore sur les écrans ? ). Inutile de souligner le talent de la femme du frère ainé (Vincent Cassel) Marion Cotillard, que l'on découvre toute en nuances, de Léa Seydoux la petite soeur.

Un peu moins Gaspard Ulliel, qui est prodigieux dans la Danseuse, que j'ai chroniqué il y a quelques jours si on a oublié combien il fut l'émouvant Manech d'Un long dimanche de fiançailles, en 2004 et le très tourmenté Yves Saint-Laurent dix ans plus tard.

Il a des airs et parfois une voix évoquant Gérard Lanvin mais surtout un immense charisme.

Comme à son habitude le réalisateur a fait un judicieux choix de musiques additionnelles alors que Gabriel Yared a composé les musiques originales. De Camille à Moby dont le Natural blues (1999) rythme le générique de fin. Là encore le texte (brother was dead ...) est un juste point final.

Entre temps j'ai remarqué l'endiablé Dragostea Din Tei de Ozone pour faire se déhancher la mère et la fille dans la cuisine, Une Miss s'immisce, créée par Françoise Hardy, en 1988 dans une reprise  récente d'Exotica très électronique pour accompagner la descente de Louis dans les nimbes de ses souvenirs. Il y a aussi le romantique Are you with me de Lost Frequencies.

L'atmosphère hystérique du huis-clos familial prend ainsi des demi-teintes. Tout le monde parle mais sans réellement dialoguer. Louis s'évade par la pensée et le spectateur aussi, qui se laisse emporter par les paroles des chansons, par des plans très signifiants et pourtant fugaces : depuis un panneau publicitaire interrogeant sur le besoin de parler au début du film, les phalanges écorchées du frère, les ongles bleus de la mère, la profusion des plats (si parfaitement ordonnés) qui surchargent la table.

La famille de Louis pourrait être (est parfois) la nôtre. Un endroit où l'on voudrait être réconforté et où l'on s'aperçoit que c'est à nous de jouer le rôle du médiateur. Un lieu où dire qu'on s'aime est tout bonnement impensable. Où les émotions filtrent à peine (avec peine) sous les masques. Une grenade dégoupillée dans une guerre dont les enjeux nous dépassent. Un espace qui du coup devient un havre intérieur symbolique qui conduira au détachement qu'il faudra bien accepter.

vendredi 16 septembre 2016

Sortie de piste de Marc Welinski

J'avoue que je n'aurais sans doute pas spontanément ouvert Sortie de piste s'il ne m'était pas arrivé entre les mains. Parce que très franchement la couverture n'est pas attirante. Le visuel comme la couleur mauve ne sont guère tentants.

Et pourtant je dois dire que cette lecture m'a bien accrochée. Sans doute parce que Marc Welinski a un style enlevé qui accroche le lecteur.

Il raconte l'histoire de Moïse Steiner, un chef d’entreprise parisien dont entreprise est au bord du dépôt de bilan et qui se bat pour trouver des investisseurs. Heureusement, il vit un grand amour avec Alice, une parisienne pur jus, exubérante et fantasque, versée dans la méditation, le chamanisme et la cuisine sans gluten. Moïse, ancien militant trotskyste, athée et matérialiste convaincu, regarde d’un œil amusé les engouements successifs de sa nouvelle compagne jusqu’au jour où il est victime d’un accident d’avion. Grièvement blessé, Moïse fait un arrêt cardiaque de 45 minutes durant lesquelles il se voit flotter au-dessus de son corps inerte, allongé sur le tarmac, et entouré par les secouristes. Il vient de vivre une Expérience de mort imminente (EMI). Dès lors, sa vie est changée. Moïse est plus sensible aux choses, aux présences, plus détendu aussi. Ses problèmes professionnels passent au second plan et il n’a qu’une obsession : comprendre ce qui lui est arrivé. Pour ce faire, il rencontre toute une série de personnages hauts en couleurs : un grand acteur de cinéma français, un professeur de philosophie alcoolique, le vieux rabbin de la famille, et plusieurs médecins qui tentent de le convaincre que la science peut tout expliquer.

L'auteur affirme qu'il a travaillé à partir de témoignages authentiques. Mais quand bien même on n'y croirait pas il resterait un livre qui se lit aisément et qui donne à réfléchir, qui plus est avec humour.

L'expérience de mort imminente est un sujet qui n'a pas fini de faire couler de l'encre et de susciter des hypothèses troublantes. Mais d'autres thèmes sont traités avec intérêt dans le livre. Comme le temps qui passe et que l'on aimerait freiner : comment fait-on pour retenir le passé pour qu'il ne file pas entre les doigts comme l'eau vive ? (p. 36) Comme le management des petites entreprises (sujet que l'on retrouve aussi dans Repose-toi sur moi de Serge Joncour) contraintes à chercher de nouveaux investisseurs pour subsister.

Comme aussi les limites que l'on se fixe à supporter (ou pas) l'insupportable (p. 60). Un autre sujet plus sous-jacent traverse le roman, celui du burn-out qui est une forme assez voisine de l'EMI quand on y réfléchit un peu parce qu'il amène à reconsidérer ses priorités.

Loin d'être donneur de leçon ou de chercher à convaincre les lecteurs d'une vérité supéreieure, l'auteur a bâti un vrai roman à rebondissements et aux personnages attachants, notamment celui de l'acteur où je ne peux m'empêcher de voir quelques ressemblances avec Gérard Depardieu.

Marc Welinski a fait carrière dans le domaine des télécommunications et des médias. Sortie de piste est son troisième roman.

Sortie de piste de Marc Welinski, aux Éditions Daphnis et Chloé, en librairie le 15 septembre 2016

jeudi 15 septembre 2016

Orge céleste en risotto

Je ne connaissais pas l'orge céleste, un joli nom plein de promesse qui est une variété d'orge plate commercialisée par Mon Fournil.

Jusqu'à présent j'associas uniquement cette céréale à la bière et je ne savais pas qu'elle contribuait à maintenir un bon taux de cholestérol.

C'est une des plus anciennes céréales à avoir été cultivées. Elle est un peu complexe à préparer.

Du fait qu'elle a conservé son enveloppe elle est un peu "ferme" et ne fondra pas comme le riz qu'on a l'habitude d'employer en risotto.

Mon conseil est de précuire l'orge 15 minutes à l'eau bouillante. Pendant ce temps on fait revenir de l'oignon, blanc ou rouge, à votre convenance, dans une cocotte. 
Puis on ajoute l'orge, un bouillon cube et ensuite de l'eau jusqu'à ce que les grains soit cuits, ce qui impose de gouter de temps en temps. C'est assez long. Il faut bien 45 minutes de mijotage.
Quand, comme moi, on mène plusieurs choses en parallèle, cela peut représenter un handicap. Sauf si on dispose de la cocotte Appolia spécial induction que je qualifierai de magique, parce qu'elle n'attache absolument pas et qu'en plus ses oreilles sont encore froides en fin de cuisson.

A ce stade on peut ajouter des épices, par exemple du raz-el-hanout et des fruits secs pour une version presque dessert. ou alors miser sur un gout plus prononcé, en laissant fondre un beau morceau de Saint-Agur dans la préparation. Inutile surtout de saler.
Après cela on peut se laisser tenter par une autre spécialité de Mon Fournil, toute récente, la pâte brisée sans gluten (à base de farine de riz) pour faire une tarte par exemple aux mirabelles. C'est de saison.
Sur les photos on reconnait un santoku Jean Dubost Pradel. Ce couteau dont le nom signifie en japonais "trois bonnes choses" permet aussi bien de trancher que de ciseler ou émincer. La tourtière et el plat en coeur sont de la marque française Appolia.

mercredi 14 septembre 2016

Le retour des Franglaises à Bobino

Quand on traduit mot à mot de grands standards de la chanson anglo-saxonne (comme pourrait le faire un collégien armé d'un dictionnaire) cela donne forcément des textes de faible qualité littéraire mais à haut potentiel humoristique.

On les confie alors aux Franglaises, qui sont une troupe de douze musiciens-chanteurs-danseurs-comédiens que l'on encourage à forcer le trait ... on obtient un spectacle inventif, décalé, drôle et formidablement réussi.

Une de leurs récompenses fut d'obtenir en 2014 les Mots d’Or de la Francophonie.

Le spectacle commence dans la salle pendant l'installation du public. Puis résonnent les cuivres et la batterie. La mise en scène installe un pseudo radio-crochet où un animateur sollicite les spectateurs en leur donnant pour indice quelques phrases en français, à charge pour lui -cher public- de traduire mentalement en anglais pour deviner le/la chanteuse qui est l'interprète habituel du morceau.

Il y a l'oeil du tigre (qui ne pleure pas  ... private joke aux amateurs de cuisine thaïe). Je reste autour de ville en ville (...) et je fais du très bon pain (cela reste culinaire) ... Je suis le un qui danse dans un rond ...Tu me donnes la fièvre ... Les jolies filles elles veulent s'amuser ...

La salle réussit plus ou moins vite mais en tout cas chacun joue le jeu et se triture les neurones. il n'y a rien à gagner, que du rire et ... des chansons. Les rires fusent de partout.

Une fois découvert le titre est interprété par quelques membres de la troupe. La soirée n'est pas pensé comme un récital mais plutôt comme un enchainement d'hommages théâtralisés et bien évidemment revisités. Chaque chanson prend une nouvelle tournure. Les spectateurs sont conquis.
Les artistes se mêlent parfois au public qui est mobilisé non stop. On pourrait venir plusieurs soirs sans se lasser.D'ailleurs on nous promet un rappel différent chaque jour.

Tout le monde était particulièrement en forme ce soir, pour la reprise (ils disent "viens-retour", que vous aurez compris comme la traduction de come-back) du spectacle qui fut un énorme succès la saison dernière, couronné par le Molière du Spectacle musical.

L'aventure commencée en 2001 n'a cessé de se développer. En  2009 beaucoup de festivals (Francofolies, Le Printemps de Bourges, Avignon...) les ont programmés et l'année suivante les Franglaises devenaient un spectacle complet et tournait un peu partout en France.

La direction de Bobino peut se réjouir. les spectateurs ont manifesté leur joie sans maltraiter les fauteuils. Ils sont restés raisonnables.

Il serait stupide de conclure sur le ton de l'ironie que les anglo-saxons construisent leur succès su des paroles infantiles. une chanson c'est aussi une mélodie, une tonalité, une manière faire vivre les paroles, une voix, une orchestration ... parfois aussi une chorégraphie particulière. Le charisme de l'artiste compte aussi pour beaucoup.
D'ailleurs nos voisins d'Outre Manche pourraient nous renvoyer le micro. Imaginez par exemple la traduction anglaise de J'ai demandé à la lune / Et le soleil ne le sait pas...

Les Franglaises ne sont pas un manifeste anti ceci ou pro cela. C'est du 100% spectacle. Excellent, divertissant et réjouissant. Précieux par les temps qui courent !

Les Franglaises, le Viens-retour
Bobino
14-20 rue de la Gaîté 75014 Paris
Métro : Gaîté (ligne 13) ou Edgar Quinet (Ligne 6)
Du 14 septembre 2016 au 14 janvier 2017
du mercredi au samedi à 21h
séance supplémentaire les samedis à 16h30
Locations 01 43 27 24 24

mardi 13 septembre 2016

Amok de Stefan Zweig avec Alexis Moncorgé

Quand on s'appelle Alexis Moncorgé, qu'on est le petit-fils de Jean Gabin et qu'on a (déjà) reçu le Molière de la Révélation masculine pour le rôle d'Amok la reprise du spectacle, toujours au Théâtre de Poche, représente un nouveau challenge.

Car le public ne vient plus avec la candeur de la découverte. Il fait confiance mais il veut voir de ses yeux la performance. Personne hier soir n'aura douté du talent d'Alexis Moncorgé.

Il peut bien dire avec humilité au moment des saluts que le voyage est différent chaque soir, il ne fait aucun doute que le comédien partage avec la salle un grand moment de théâtre.

Une nuit de mars 1912, sur le pont d’un navire qui file vers l’Europe, pendant que les autres passagers rient, s’amusent et dansent, un homme se tient à l’écart dans une diabolique solitude. Il a un secret trop lourd à porter, dont il se délivrera au cours de la soirée.

Ce jeune médecin fuit la Malaisie où il a exercé cinq ans durant, au milieu de la jungle, jusqu’au jour où une mystérieuse femme "blanche" de la ville est venue solliciter son assistance... mais qui par son orgueil a incité le jeune homme à lui résister. C'est le récit fiévreux d’une course contre la mort où la passion se confond avec la folie, où l’obsession qui l’aliène à une femme ressemble à l’amok, cette sorte de rage humaine dont sont pris soudainement les opiomanes malais...
Le décor se résume à trois caisses de bois, une chaise et un drap. Très vite nous serons sur le pont d'un paquebot, le plancher d'une salle de bal, dans une obscure fumerie d'opium, au chevet d'une femme dans une maison bourgeoise ... Nous la verrons dans ses bras et surtout nous ne lâcherons pas ce jeune médecin littéralement possédé par l'amok, terme désignant une forme d'envoutement qui conduit à la folie en décuplant la charge émotive.

On connait bien les nouvelles de Zweig qui ont toutes en commun la fatalité unissant pour le pire un homme (en général jeune) et une femme (en général adultère et plus âgée)dans une atmosphère lourde de secret. Son talent à explorer l'âme humaine est immense. On pourrait croire avoir tout vu de lui mais l'adaptation d'Alexis Moncorgé est si fine qu'elle restaure l'intérêt pour la dialectique et la psychologie de l'auteur viennois avec bonheur.

Le devoir s'arrête là où on n'a plus le pouvoir de l'accomplir. Qu'aurions-nous fait à sa place ? Choisir entre la raison et la passion n'est pas aisé. Ce ne sont pas des questions qu'on se pose au cours de la soirée, mais après, parce qu'Alexis Moncorgé ne nous laisse pas en paix. Il nous embarque comme rarement un acteur parvient à le faire.

C'est une chance que le spectacle soit repris. Il faut aller le voir, puis attendre patiemment la future création de Chayle et Compagnie en janvier au Ranelagh avec l'Aigle à deux têtes.

S'il est le petit-fils de Gabin la filiation s'arrête là car il n'a pas connu son grand-père et a été élevé parmi les chevaux, loin des feux des projecteurs. Il ne doit son succès qu'à lui-même et à son travail. Il fallait le souligner.

Amok de Stefan Zweig
Adaptation Alexis Moncorgé
Mise en scène Caroline Darnay

Avec Alexis Moncorgé
Chorégraphie Nicolas Vaucher

Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris - 01 45 44 50 21
Représentations du mardi au samedi à 19h, dimanche à 17h30
Jusqu'au 13 novembre 2016

samedi 10 septembre 2016

Sothik de Marie Desplechin et Sothik Hok illustré par Tian

Sothik Hok est né en 1967 dans un village proche de la ville de Kompong Cham. Le Cambodge vient d'entrer dans la tourmente. Il a trois ans quand la guerre civile fait rage, huit ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir.

L'argent est aboli, les livres détruits, la religion interdite, la propriété privée confisquée. L'enfant quittera la maison avec sa famille, abandonnant tout. Le pire n'est pas encore atteint : bientôt Sothik sera retiré à ses parents pour être "éduqué".

Il a passé toute son enfance sous une dictature de plus en plus cruelle. Ce n’est qu’à la fin de la guerre qu’il pourra aller à l’école. L'histoire du petit garçon est une histoire vraie et terrible que Marie Desplechin a recueillie pour aider cet homme à livrer un témoignage d'autant plus poignant que la haine en est absente.

Peut-être parce que la fin est heureuse, toutes proportions gardées, puisqu'il a retrouvé sa famille en 1979.

Marie Desplechin  a présenté ce livre à l'occasion d'une soirée mettant en lumière la rentrée littéraire en littérature jeunesse. Elle a reçu les confidences de Sothik Hok avec qui elle est allée au Cambodge parce qu'elle venait d'accepter de devenir marraine de Sipar, une association qui développe la lecture dans ce pays. Emue par son périple elle l'a encouragée à lui en dire plus. A son retour en France ils ont continué à se parler via Skype.

Par discrétion sans doute elle ne nous a pas dit quelle part lui revient dans l'écriture. Ce qui est admirable c'est qu'on oublie que Sothik est aujourd'hui cinquantenaire. Ses confidences sont exactement celles d'un enfant. Authentiques et bouleversantes car rares sont ceux qui ont survécu sans graves séquelles.
Marie Desplechin situe à juste titre le contexte de l'écriture du livre en rappelant dans le prologue une brève histoire d'un "très vieux pays". Cet ouvrage peut constituer un point de départ pour aborder les faits avec un regard d'historien dans un établissement scolaire du second degré.

Ce n'est pas une fiction et il faudra prévenir les jeunes lecteurs qui pourraient être très émus. Les illustrations de Tian apportent une dimension supplémentaire, comme si c'était une main d'enfant qui avait restauré les souvenirs. Elles ne sont pas trop réalistes tout en n'occultant pas les faits.

De 1975 à 1979 plus de deux millions de personnes ont disparu dans les conditions dramatiques que l'on va découvrir  au fil des pages. C'est parce que l'injustice avait été instituée auparavant en règle  au Cambodge que de telles horreurs ont pu se perpétrer. Avec des riches très riches et des pauvres très pauvres. Et aucun espoir que les choses changent. (p. 20) La promesse de créer une société de l'égalité parfaite, sans argent (remplacé par le troc) ni propriété, ne pouvait que mettre tout le monde d'accord.

Après des études de pédagogie et de littérature en Russie, Sothik Hok a suivi un cursus éducation et formation à Caen (Basse Normandie). Il dirige une organisation qui développe la lecture au Cambodge en créant des bibliothèques et en publiant des livres. Cette organisation porte le nom de l’association française qui la soutient, Sipar.

Sothik de Marie Desplechin et Sothik Hok, illustré par Tian, collection Medium, Ecole des loisirs

vendredi 9 septembre 2016

La danseuse de Stéphanie Di Giusto

La danseuse  a été projetée en plein air pour la soirée d'ouverture du festival Paysages de cinéastes de Chatenay-Malabry (92) en avant-première et en présence de la réalisatrice, Stéphanie Di Giusto.

Elle nous a confié que pour ce film comme pour tout ce qu'elle entreprend tout prend sens à partir d'un geste graphique. Cette fois ce fut un livre d'art dans lequel elle a découvert une toile représentant une femme nimbée dans des voiles. Elle a ainsi découvert le destin extraordinaire de Loïe Fuller, la fille d'un fermier éleveur de bétail dans le grand ouest américain.

Cette histoire vraie, très peu connue, lui a inspiré un film plutôt envoutant qui commence en 1982 alors que Loïe regrette de ne pas savoir danser à une fête de village. Si elle ne maitrise ni les danses de salon ni la chorégraphie classique le contact avec un immense morceau de soie blanche ultra légère va lui donner l'idée d'une sorte de danse en mouvement.

Elle mettra au point une technique très personnelle consistant à faire voler et tournoyer le tissu en le manipulant  avec les bras prolongés de très longues baguettes de bambou glissées dans un tuyauté.

La jeune femme débarque à Paris, précisément aux Folies Bergère  et parvient à passer une audition avec le directeur de l'Opéra de Paris qui, d'abord dubitatif, se rend à l'avais du public qui est conquis par "la mystérieuse fleur de rêve".
Loïe Fuller sera la première à penser une mise en lumière d'un spectacle. Les sacrifices seront énormes car le dispositif lui broie les épaules qu'elle parvient avec peine à soulager par des bains d'eau glacé. Et surtout ses yeux finissent par pâtir de l'incandescence de projecteurs à électricité, technologie révolutionnaire pour l'époque.

Stéphanie Di Giusto rend admirablement l'atmosphère de ce début du XX°siècle et le bouillonnement artistique., un peu hésitant, encore soumis au diktat de l'académisme. Elle nous offre de magnifiques plans séquence qui sont un vrai hommage à la danseuse. On la voit tournoyer et composer des formes éphémères magnifiées par les couleurs des projecteurs.
On s'étonne que cette femme, qui fut admirée par des artistes comme Rodin, Toulouse-Lautrec ou Stéphane Mallarmé a pu ainsi tomber dans l'oubli. Une piste nous est donnée en la confrontant à Isadoran Duncan, une autre américaine (interprétée par Lily-Rose Depp dont on se connaissait pas le talent pour la danse) dont la chorégraphie plus érotique a contribué sans doute à son éclipse.
Le film doit énormément au talent de Sotho qui présente une vraie performance physique puisqu'elle n'a pas été doublée. De plus le film ne bénéficie d'aucuns effets numériques pour rester dans la plus parfaite authenticité. La jeune femme éclate littéralement dans ce rôle (comme dans celui qu'elle interprète dans un tout autre registre dans le film Voir du pays qui sort ces jours-ci). retenez son nom. On va entendre parler d'elle !
Le grand public attendra la sortie officielle, prévue le  28 septembre pour assister au combat scénique que se livrent les deux femmes en opposant deux visions diamétralement opposée d'un même art. Chacun fera son choix entre la souplesse érotique et la force onirique.

Ajoutons que Mélanie Thierry, François Damiens et Gaspard Ulliel sont d'excellents comédiens.

jeudi 8 septembre 2016

L'Ecole des femmes, mise en scène Philippe Adrien

Plus de 50 000 spectateurs ont déjà vu la mise en scène de l'Ecole des Femmes par Philippe Adrien. La création a eu lieu au Théâtre de la Tempête le 12 septembre 2013. Plusieurs tournées ont permis a à un public régional d'assister au spectacle qui a été nominé deux fois aux Molières, en 2014 pour la mise en scène du théâtre public et en 2015 pour la révélation féminine (pour le rôle d’Agnès).

L'exploitation est loin d'être terminée et le directeur du théâtre a eu la bonne idée de la reprendre pour cette rentrée. L'affluence sera sans doute forte sur ces quatre semaines plus pour goûter la vision de Philippe Adrien que pour entendre Molière dont on ne pense pas avoir encore le potentiel de nous étonner.

Et pourtant si ! La meilleure preuve ma été donnée par Philippe Adrien lui-même qui bien que connaissant plus que très bien cette oeuvre n'a pas retenu plusieurs éclats de rire le premier soir de la "reprise". Les comédiens ont perçu cette forme de satisfaction depuis la scène, ce qui les a rassurés, signifiant qu'il sont (toujours) sur la bonne voie.

Manifestement très ému, le metteur en scène a exprimé publiquement le sentiment qu'il avait vécu ce moment de manière inédite : Molière n'en finira jamais de nous surprendre, a-t-il commenté. Les personnages sont là pour nous dire à quel point nous prenons les fantômes qui nous entourent pour de la réalité. Ils sont terrifiants (et nous-mêmes le sommes sans doute aussi) et nous donnent envie de nous enfuir. En nous confrontant à l'être humain effrayé et effrayant, Molière nous démontre, à condition d'écouter le texte différemment, que ce qui est angoissant peut devenir en fait très drôle. Ce que l'on prend dans notre vie quotidienne pour une réalité ne l'est alors pas du tout

La pièce commence par une évocation totalement volontaire de l'Angélus de Millet avec deux jardiniers-paysans qui entretiennent un lopin de terre symbolisant  le printemps de la vie en illustrant la définition que Molière donne de la femme qui serait le potager de l'homme. La dernière scène avec l'arrivée d'Amishs m'a fait penser à un tableau de Grant Wood faisant partie de la collection de l'Institut d'art de Chicago, intitulé American Gothic
Entre temps la misogynie et le sadisme auront fait leur oeuvre sans triompher. C'est au contraire l'amour qui est le grand vainqueur, bien entendu entre les jeunes gens, Agnès et Horace, mais aussi, et c'est peut-être moins habituel de le montrer, dans le coeur d'Arnolphe qui lui dira finalement : faisons la paix, va petite traitresse, et rendons grâce au ciel qui fait tout pour le mieux.
Si bien que le spectacle est aussi noir qu'il peut devenir joyeux. Car qui rit d'autrui doit craindre qu'en revanche on vienne rire de lui.

A l’époque des mariages d’intérêt et des unions arrangées, Molière met en scène l’amour comme une force de libération et d’accomplissement de soi. Le printemps est à vif dans le coeur d’Arnolphe, en proie au démon de midi : le bonhomme est grotesque certes, mais ô combien vivant et captivant !

L'Ecole des Femmes est la première grande comédie de Molière. Elle parait paraît l’année même où Molière épouse Armande Béjart, de 20 ans sa cadette. Il était tentant de projeter l'homme dans le personnage d'Arnolphe. En faisant courir la rumeur que sa femme pouvait être sa fille on a cherché à briser sa carrière.
On retrouve (ci-dessus) des comédiens qui ont déjà joué dans des mises en scène de Philippe Adrien comme Patrick Paroux (Le Dindon), Pierre Lefebvre (Le Dindon, mais aussi formidable dans Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit qui fera elle aussi l'objet d'une reprise du 20 avril au 28 mai 2017).
Egalement Pierre Diot et Vladimir Ant qui figuraient eux aussi au générique du Dindon. Mais tous les comédiens sont excellents, également Valentine Galey qui nous campe une Agnès qui s'éveille à l'amour et au désir en démontrant que l'innocence ne se réduit pas à l'ignorance.
Plusieurs moments sont caricaturés, intentionnellement en provoquant un effet onirique (par exemple la scène de nu à sa toilette) ou comique, jusqu'aux saluts qui sont quelques instants d'arrêt sur image. 
Il faut signaler le remarquable travail de maquillages et de postiches de Sophie Niesseron et Pauline Bry.
Il faut aller voir cette Ecole des femmes qui ne sera sans doute pas reprogrammée l'an prochain. Vous serez fin prêt pour une conversation imaginaire avec la fille de Molière qui démarre le 16 septembre sous le titre du Silence de Molière.
L'Ecole des femmes de Molière
Mise en scène Philippe Adrien
Collaboration artistique Clément Poirée
Au Théâtre de la Tempête
du 6 septembre au 2 octobre 2016
avec Patrick Paroux (Arnolphe, Valentine Galey (Agnès), Pierre Lefebvre (Horace), Joanna Jianoux (Georgette), Gilles Comode (Alain), Pierre Diot (Chrysalde), Raphaël Almosni (Le notaire, Enrique) et Vladimir Ant (Oronte)
Décor Jean Haas et costumes Cidalia Da Costa

En tournée du 19 janvier au 21 janvier 2017 au Volcan - Le Havre (76) puis le 24 janvier au Colisée - Théâtre de Roubaix (59), le 27 janvier à La Lanterne - Pôle culturel de Rambouillet (78), le 31 janvier au Théâtre André Malraux - Rueil Malmaison (92), le 3 février à l'Espace Philippe Auguste - Vernon (27) et le 21 février au Palais des Congrès d'Issy-les-Moulineaux (92)

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Antonia Bozzi ou de Pascal Sautelet.

mercredi 7 septembre 2016

Dis-moi pourquoi de Patrick Besson chez Stock

Voilà un roman qui se lit vite et qui est distrayant, pourvu qu'on le considère au second degré et avec le regard que l'on aurait s'il nous était présenté comme une pièce de théâtre. Les lecteurs exigeants y verront une forme boulevardière de la Cerisaie de Tchekov, ce qui pourrait être considéré aussi comme un compliment.

Je voulais depuis longtemps plonger dans un livre de Patrick Besson, m'interrogeant sur la position d'un homme qui produit des critiques littéraires et qui publie des romans avec succès. Forcément cela me rend exigeante, ... et sévère.

Je ne sais pas combien d'heures de travail ce bouquin aura nécessité mais je l'ai lu en moins d'une après-midi, ce qui est finalement regrettable parce que j'apprécie qu'on fasse davantage que me distraire. un court moment 

Celui qui me prévient (p. 11) que "nos" personnages sont des Pyrénéens, ethnie bien cachée par des montagnes non célèbres et l'éloignement de Paris, fait preuve d'une ironie qui devient communicative puisqu'il m'inclut en employant la première personne du pluriel. Coup de chance que je ne sois pas pyrénéenne car j'aurais pu me vexer en me sentant assimilée aux pauvres autochtones qui vivent dans une région où il n'y a jamais de réseau (ça sent la petite vengeance) ce qui est une vraie plaie pour des phone-addicts qui râlent sans arrêt d'avoir explosé leur forfait.

Dis-moi pourquoi ... quoi ? Y a-t-il quelque chose à comprendre ? On saura quand même (p. 24) que Simone considère Jean-Jacques avec cette haine qu'il y a au fond de l'amour sans que personne, pas plus Sigmond Freud que Sacha Guitry, ait jamais compris pourquoi.

Patrick Besson aurait-il reçu les confidences du célèbre psychanalyste (dont le prénom est quasiment le pendant masculin de sa Simone) comme celle du grand auteur de théâtre ? On ne peut pas répliquer à de telles références.

Les dialogues sont certes savoureux et bien enlevés. Là encore sans appel. Exemple : Trente-et-un-an ,c'est le début de la vieillesse. Tu n'as pas lu Balzac ? (p. 68)

Le propos est un soupçon misogyne, comme je m'y attendais. Exemples : Julie, la femme créé pour la minijupe et les hauts talons (...) les mères sont toujours une version détériorée de leur fille. (p. 35)

Patrick Besson annonce en quatrième de couverture le portrait d’une bourgeoisie décomposée, burlesque, égoïste, morale, et ainsi que le montre la fin du livre, complètement folle. Si c'est pour rire, amusons-nous. A moins de songer à La Soirée perdue d'Alfred de Musset et alors lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer !

Dis-moi pourquoi de Patrick Besson chez Stock, collection La Bleue, en librairie le 7 septembre

mardi 6 septembre 2016

Ma vie de Courgette,

La sortie officielle de Ma vie de Courgette est annoncée pour le 19 octobre mais le film est programmé dans le cadre du Festival Paysages de Cinéastes qui se déroulera du 9 au 17  septembre à Chatenay-Malabry (92).

J'ai eu l'opportunité de le voir en avant-première cet été. J'avais aimé le livre de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette, publié aux éditions Plon en 2002. J'ai adoré le film. Différent mais respectueux de l'univers installé par l'auteur et parfaitement construit et qui m'a fait pensé aux films d'animation de Jean-Rémi Gired.

Le genre est assez inhabituel : c'est un film d'animation en volume ayant nécessité un travail colossal : soixante décors, 54 marionnettes dans trois déclinaisons de costumes, huit mois de tournage, huit autres mois de sonorisation et d'assemblage sur un total de deux ans de fabrication mais qu'importe : le résultat est là. 

Icare, alias Courgette vit seul avec sa mère depuis que son père est parti avec une "poule", c’est ce qu'elle lui a raconté. Et il ne fait pas bon la contredire même si cela semble bizarre. Le garçonnet (il a 9 ans dans le livre) prend des raclées pour un oui pour un non. Un soir Courgette tue accidentellement sa maman alcoolique et va se retrouver au foyer des Fontaines, où il rencontre une petite troupe d’enfants : Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice.
Le gamin est confronté à de nouvelles brimades infligées cette fois par le leader du pensionnat, Simon qui démontrera qu'être dur à cuire et avoir le coeur tendre ne sont pas incompatibles. Mais il est désormais de taille à s'imposer et il fera des rencontres positives déterminantes.

Ce qui fait le succès du film (il a déjà reçu plusieurs récompenses) est d'avoir réussi à restituer la légèreté et la tendresse qui imprégnaient le livre alors que le sujet est grave. On entre très vite dans l'histoire qui me semble pouvoir être regardée en famille. Les adultes remarqueront des détails très fins comme le croquis d'une gallinacé sur le mur de la chambre de Courgette.
Claude Barras a fait appel à Céline Sciamma, la scénariste de Tomboy pour travailler avec lui sur l'adaptation du roman. Il y a quelques variations surtout pour s'adresser davantage aux enfants car le roman était destiné aux jeunes adultes. Les différences ne sautent pas aux yeux et le résultat est très respectueux de l'esprit.

Avoir choisi des acteurs non professionnels pour les voix des enfants confèrent une authenticité supplémentaire. Il faut une bonne oreille pour reconnaitre Michel Vuillermoz (sociétaire de la Comédie-Française) dans le personnage de Raymond, ce flic au grand coeur qui prendra Courgette en affection.
Les marionnettes offrent une réalité décalée dans laquelle les enfant sauront facilité à se projeter positivement, sans ressentir avec tristesse les malheurs qui arrivent à ces enfants. Ce sont l'émotion et la tendresse qui primeront. Les décors sont assez sombres mais c'est pour mieux faire ressortir la vitalité de l'enfance qui éclate de couleurs.

Les cinéphiles considéreront Ma vie de Courgette dans la lignée des grandes épopées telles que HeidiBelle et Sébastien ou Les 400 coups mais c'est d'abord un hommage aux enfants maltraités pour témoigner de la force de résilience possible quand on est entouré d'amis et d'adultes bienveillants. Les contes sont cruels, Ma Vie de Courgette ne l’est pas, ayant la tendresse et la force des récits initiatiques dans un monde qui existe, le nôtre, celui des enfants à qui s’adresse le film.

dimanche 4 septembre 2016

Divines, le film de Uda Benyamina, Caméra d'or à Cannes

Dounia (Oulaya Amamra) et Maimouna (Déborah Lukumuena) sont deux nanas qui n'acceptent pas de rentrer dans le schéma conformiste de leur prof de BEP qui leur promet de devenir agent d'accueil. Dounia refuse de devenir ce qu'elle appelle "un larbin de la société". Elles n'ont pas vu James Dean mais elles rêvent comme lui de vitesse et d'argent. 

Dans une scène filmée avec une caméra en mouvement, les deux copines nous embarquent très vite dans leur virée imaginaire à bord d'une Ferrari. Comme elles ... on se croit à Phuket sous un ciel turquoise, les Ray-ban sur le nez, et on revit nos délires d'adolescents.

Malgré toutes les belles déclarations et les empilements de réformes on sait que l'école ne peut pas se substituer à la famille pour jouer le rôle de contenant, et confronter les jeunes à la réalité en leur fixant des objectifs qu'ils pourront raisonnablement atteindre.

On comprend au début du film que les jeunes filles ont l'habitude de dérober de la nourriture au supermarché. Elles n'ont pas froid aux yeux mais ça n'aurait pas suffi pour allumer la mèche. Sans père, et avec une maman immature auprès de qui elle est une quasi grande-soeur, Dounia n'a aucune limite. Alors quand sa route croise celle de Rebecca la dealeuse (Jisca Kalvanda), à l'autorité fascinante, l'admiration lui fait perdre le sens de la mesure.

Elle veut elle aussi conquérir le pouvoir, pour être respectée et elle est prête à tout pour ça. En premier lieu à oser être riche. Pas pour avoir de l'argent mais pour prouver qu'elle peut en avoir. D'ailleurs elle planque tout ce qu'elle gagne et c'est à peine si un jour elle achète un parfum à sa mère. Maimouna est froussarde et elle a peur des mauvais esprits mais Dounia est son amie et où va l'une l'autre suit.

Dounia n'est pas violente mais elle ne craint pas la violence, parce qu'elle se sent invulnérable. Elle se place à l'égal de Dieu, et surtout elle a une revanche à prendre sur la vie. Le défi est son carburant. On la voit se déplacer comme un chat dans les cintres d'un théâtre, séduire un caïd pour lui voler son argent et c'est avec beaucoup de cran qu'elle assume ses choix. Sans se plaindre et sans se dérober. Plus d'une fois elle s'en sort avec le visage tuméfié mais elle ne s'arrête pas.

Le choix de musiques d'opéra n'est pas fortuit. Les deux filles sont comme ces héroïnes tirées du ruisseau au premier acte, encensées aux deux suivants et en péril au dernier. Avec une fin horrible.

C'est une des forces du film de Uda Benyamina que de nous faire croire un instant que l'histoire pourrait être différente. Ce serait ignorer que la fatalité ne souffre aucune exception. Dounia sacrifie momentanément son futur amoureux (un danseur qui exerce sur elle une puissante fascination) pour accomplir la mission que Rebecca lui a imposée. Elle risque sa vie mais elle gagne la mise. On l'entend téléphoner à Maimouna qu'elle lui a mis sa part de coté (car Dounia est davantage une justicière qu'une criminelle et elle une honnêteté inoxydable), qu'elle s'en va (rejoindre son amoureux) mais qu'elle reviendra. Une fin heureuse aurait été possible au théâtre mais à l'opéra le héros n'échappe pas à la tragédie.

L'histoire se passe dans une de ces banlieues qu'on montre du doigt mais la réalisatrice a construit un conte de mise en garde universel. Pour que les choses tournent autrement il aurait fallu que Dounia choisisse un modèle positif, qu'il soit sportif, artistique ou même politique. Sa rencontre avec Djigui, ce jeune danseur troublant de sensualité, ne suffit pas pour dévier le cours du destin. Que son mentor soit une femme donne encore plus de puissance à la démonstration. Il est rare qu'un film soit porté presque exclusivement par des femmes, et a fortiori sur ce territoire de la violence.

Il a fallu trois ans à la réalisatrice et à Romain Compingt pour ficeler le scénario. Le résultat est à la hauteur, très ancré dans le réel et avec pourtant une part de fiction. Les rebondissements s'enchainent et les niveaux de lecture sont multiples. Le film est tourné comme une comédie musicale, en accordant une grande importance au corps. Les chorégraphies sont magnifiques.

Dounia principalement se confronte au sacré et au divin qui pour une fois est féminin. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2016 le film est récompensé par une Caméra d'or amplement justifiée.

samedi 3 septembre 2016

L'escargot 1903 à Puteaux (92)

Il existe des restaurants qui laissent un souvenir impérissable. L'Escargot 1903 de Puteaux est de ceux-là. Situé à la porte de Paris, en bordure du tramway (que l'on n'entend pas), le caprice serait de le bouder pour sa localisation. Je pourrais défier quiconque de me dire qu'il a été déçu.

Je vais vous raconter un déjeuner exceptionnel pour moi, mais tout à fait "normal" pour l'établissement et je rappelle qu'en cliquant sur la première photo vous ouvrez un diaporama grand format. La cuisine de Paolo Boscaro mérite aussi d'être contemplée.

Mais tout d'abord il faut expliquer ce nom qui n'a rien à voir avec la Bourgogne et qui ne promet pas que ce petit animal soit au menu. C'est tout simplement parce que cette grande maison est située au sommet de la "côte de l’escargot", à l'angle de la rue Sadi Carnot, et qu'elle a ouvert ... en 1903.

Centenaire, mais totalement rénové et modernisé cet établissement pourrait bien très vite se rapprocher des étoilés tellement les plats sont justes, équilibrés, savoureux, et élégants.

Des avant amuse-bouches nous sont apportés, tuile d'amarante ultrafine, graines de courge torréfiées, graines de curry, fourrée d'une crème de poutarde de cabillaud et tartelette légumière aux algues, crème d'avocat, citron yuzu, feuilles d'oxalylfondante et croquante. Je jurerais que le chef connait Alain Passard, dont c'est la spécialité et pourtant non.

vendredi 2 septembre 2016

Politiquement correct de Salomé Lelouch

La Pépinière Théâtre ouvre la saison avec une pièce qui est en quelque sorte d'actualité puisque la première scène se déroule au cours d'une soirée d'annonce de résultats électoraux, ce qui va bientôt agiter nos esprits, si ce n'est déjà commencé.

Politiquement Correct est la troisième pièce de Salomé Lelouch qui après s'être confrontée à l'identité familiale, puis l'identité religieuse (et culturelle) questionne maintenant l'identité politique.

Elle est partie cette fois d'une interrogation osée : une histoire d'amour est-elle possible entre deux personnes qui auraient des opinions politiques diamétralement opposées ? Et si tant est que l'histoire s'enclenche, quelles seraient ses chances de durer ?

L'intrigue est vite résumée : Au soir du 23 avril 2017, c'est un coup de tonnerre pour les uns : l'extrême droite est au second tour de l'élection présidentielle. Coup de foudre pour les autres : Mado et Alexandre se sont rencontrés une heure avant les résultats. Ils ont parlé de tout sauf de politique.  Elle est professeure d'histoire dans un lycée parisien. Il est avocat. Mado est une femme de gauche convaincue. Elle ignore qu'elle vient de tomber amoureuse d'un militant d'extrême droite... La situation est cornélienne.

Sans concerner tout le monde à un tel niveau d'interrogation la pièce pose la question de la place que la politique occupe dans un couple. Et cette fois c'est tout le monde qui est potentiellement concerné.

Le sujet est casse-cou et Salomé Lelouch s'en tire brillamment. Parce que c'est drôle, très drôle, sans craindre la gravité, et que la dimension politique est parfaitement exploitée.
Si Mado ne s'était pas trompée de téléphone elle n'aurait pas rencontré Alexandre. Son amie Andréa, amie marxiste / féministe, a oublié son sac et tombe nez à nez avec le meilleur ami d'Alexandre. Il y a quelque chose de l'Amour et du hasard entre ces quatre là ... en ce sens que les apparences sont trompeuses et que les situations s'enchainent en miroir.
Il faut reconnaitre qu'on ne peut pas d'emblée interroger quelqu'un qui nous plait pour décider de poursuivre ou non une conversation selon que l'on partage ou pas des opinions politiques identiques. Pourtant tout le monde a pu vivre à un moment de sa vie une situation de cette complexité, et qui se traduit avec beaucoup de justesse par la réplique : je ne te dis pas tout mais je ne te mens pas.

Alexandre fait partie de cette extrême droite "dédiabolisée", populiste et prétendument moderne.  C'est ce qui ne le rend pas repoussant et Mado veut effectivement croire qu'il n'est pas raciste, mais nationaliste. Elle ne va pas se rendre compte qu'elle tombe amoureuse d'un militant d'extrême-droite, ce qui raconte peut-être quelque chose sur le glissement de la gauche ou sur celui de l'extrême droite. La jeune femme va devoir définir son identité politique de façon intime, et se positionner entre son héritage et son avenir. À l'image de la France, elle va devoir choisir son camp.
La pièce raconte une histoire d'amour à l'épreuve des passions politiques, mais elle permet aussi de mesurer combien les passions politiques peuvent résister (ou évoluer) à l'épreuve de l'amour.

Nous sommes loin du théâtre de boulevard et des grosses ficelles. Le texte fait rire mais la dialectique est brillante jusqu'à la fin qui tombe comme un couperet, magistralement. On en sort forcément secoué. Et c'est bien une des fonctions du théâtre que de faire réfléchir. 

Politiquement correct
La Pépinière Théâtre
Écrit et mis en scène par Salomé Lelouch
Avec Thibault de Montalembert, Rachel Arditi,
Ludivine de Chastenet, Bertrand Combe et Arnaud Pfeiffer Scénographie Natacha Markoff
Costumes Pierre Mattard
Lumière Denis Koransky
Vidéo Olivier Roset
Du 2 septembre au 5 novembre 2016
Du mardi au samedi à 21h, le samedi à 16h.
01 42 61 44 16

Les photos sont de Ch. Vootz

jeudi 1 septembre 2016

La rentrée littéraire concerne aussi la littérature jeunesse

L'Ecole des loisirs (qui a fêté cette année ses cinquante ans) a choisi la salle mythique du Cine 13 pour présenter sa première conférence de presse de rentrée. Claude Lelouch avait entièrement décoré le lieu à l’occasion du tournage du film Edith & Marcel en 1983 et c'est dans ce même décor qu'on le voit aujourd'hui. C'est sa fille Salomé Lelouch qui a pris la direction de cette salle de spectacle en 2003.

Louis Delas a ouvert la soirée en nous rappelant que la maison demeure une maison d'auteurs et de création qui évolue dans le respect de son ADN en maintenant le cap éditorial dans une dynamique de maintien et de renouvellement avec l'objectif de toucher les lecteurs tout petits comme les jeunes adultes. Et personnellement j'irais jusqu'à ajouter les adultes au sens large.

On peut se réjouir qu'elle soit toujours familiale, donc indépendante, avec la capacité de poursuivre sa politique de projets hors du dictat du court-termisme.

Tous les enfants méritent le meilleur de nous, disait Claude Ponti. Ce credo reste démontré par cette saison 2016/17 avec des titres qui ont en commun d'avoir une identité très forte, mais aussi la volonté de soutenir l'esprit critique des jeunes lecteurs tout en confortant le plaisir de la lecture.

Après une présentation générale de Nathalie Brisac, les auteurs se sont succédés à la table, en compagnie de leur éditeur/trice pour une présentation assez enlevée qui personnellement n'a provoqué qu'une envie ... lire tout ce qui est proposé.

Pour aider les adultes à choisir en connaissance de cause un site dédié aux romans sera en ligne dès demain. On pourra feuilleter, trouver des documents d'accompagnement, télécharger des fiches pédagogiques ...

Susie Morgenstern avec Véronique Haitse
J'ai passé un été formidable nous a-t-elle dit. N'imaginez pas qu'elle a fait un voyage ou qu'elle s'est livrée à une activité de loisirs. Susie a "simplement" écrit tous les jours, parce qu'écrire est son oxygène et que cette gymnastique de l'esprit est ancrée depuis l'enfance. Elle a commencé son journal intime à l'âge de 7 ans.

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