mercredi 27 mai 2015

Les nuits polaires de la Compagnie les Anges au plafond

Les nuits polaires de la Compagnie les Anges au plafond sont programmés du mercredi 27 au samedi 30 mai à 20h30 dans le cadre de la Biennale Internationale des Arts de la Marionnette, au Carré Belle-Feuille de Boulogne-Billancourt (92).

Ce spectacle sera repris au Festival mondial de théâtres de marionnettes en septembre 2015 auquel la compagnie sera artiste associée. Mais ce serait dommage d'attendre jusque là pour profiter de ce superbe spectacle dont mon amie Anne est revenue enchantée.

Je lui ai ouvert les colonnes du blog pour qu'elle en fasse la chronique, afin de ne pas vous priver de cette opportunité d'entrer dans l'igloo de cette compagnie si talentueuse. N'hésitez pas longtemps car le nombre de spectateurs est limité à 33.
Dans un lieu reculé, au cœur de la nuit polaire, un homme seul présente tous les symptômes du Vertigo. Insomnie, perte de repère, il semble sur le point de sombrer. C’est alors qu’arrivent "les copains". Braillards, soiffards, forts en gueule, ils peuplent la nuit polaire de leurs racontars, histoires vraies tellement extravagantes qu’elles passent pour des mensonges. Et l’on découvrira qu’il est parfois dangereux de nommer ses désirs et que les marionnettes peuvent avoir plus d’imagination que leur manipulateur...
Le lieu du spectacle n'est pas commun et il faudra courber la tête en pénétrant dans l'univers particulier installé au milieu de la salle de spectacle.

La magie opère immédiatement en plaçant le spectateur dans l'intimité des artistes, le rendant immédiatement complice de ce qui va lui être raconté.

Le dépaysement est brutal. La surprise est magnifique ! Le vent souffle par rafales à tel point qu'il deviendra réalité. Le public ressent la présence de l'extérieur qui se manifeste par des bruitages évocateurs et la projection d'ombres chinoises renvoyant au monde imaginaire du film d'animation.

Un ciel étoilé éclaire la scène en symbolisant une nuit qui n'en finit pas. Des chants féminins s'élèvent ponctuellement, dont on comprendra plus tard que ce ne sont peut-être que des hallucinations.
Tout cela ne serait que beau décor et jolie ambiance s'il n'y avait pas le jeu très saisissant du comédien-marionnettiste, Brice Berthoud.

Le plus fabuleux reste le spectacle dans l'igloo où le comédien n'est pas seul. Il est accompagné de son coq, Alexandre, et de "voisins" (qui habitent tout de même à plus d'une centaine de kilomètres) qui, à tour de rôle, évoqueront l'inévitable Vertigo qui atteint l'homme inexpérimenté qui s'enfonce dans la nuit polaire.

On se laisse inviter à partager "la folie d'un homme au cours d'une longue nuit d'insomnie". L'incroyable capacité de Brice Berthoud à préciser par son intonation de voix le personnage qui s'exprime, et sa dextérité au maniement subtil des marionnettes permettent de situer le niveau du récit et des dialogues, ce qui relève parfois du défi. Lui, il est le P'tit, celui qui dialogue avec son coq, écoute et répond parfois à ses interlocuteurs-marionnettes.

Le texte est inspiré d'une série de nouvelles d'un auteur danois, Jørn Riel qui s'intitule Racontars Arctiques. Cette adaptation de quelques nouvelles offre un texte drôle, émouvant, insolite qui traite du désir, de l’amitié et de la folie dans ce vaste univers qu’est le Groenland.

Le public a chaudement applaudi le comédien et ses 2 comparses de l'extérieur qui assurent tout le son en direct : bruitages, musiques et chants, offrant un travail artisanal de grande qualité.

J'ai été conquise par tous ces aspects qui en font un spectacle à ne pas manquer !

Des ateliers d’initiation ou de perfectionnement à l’art de la marionnette peuvent être proposés en marge des représentations.

Les Nuits Polaires
Inspiré des Racontars arctiques de Jørn Riel par la Compagnie Les Anges au Plafond
Spectacle de marionnettes et sons d’hiver
du mercredi 27 au samedi 30 mai à 20h30
Carré Belle-Feuille
60, rue de La Belle-Feuille 92100 - Boulogne-Billancourt (01 55 18 54 00)
Métro Marcel Sembat (L9)

Le spectacle a été coproduit par le Théâtre 71 - Scène Nationale de Malakoff, le centre culturel Marcel Pagnol de Bures-sur-Yvette et le Théâtre Jeune Public de Strasbourg.
Contact Compagnie Les Anges au Plafond :
56 rue Paul Vaillant-Couturier - 92240 Malakoff
Rémy Gonthier (administrateur)– 01 47 35 08 65 / 06 76 79 57 96 – angesauplafond@gmail.com
Contact technique : Brice Berthoud - 06 68 47 64 64 – technique@lesangesauplafond.net
Photos Vincent Mauteau

jeudi 21 mai 2015

A 125 ans Opinel a toujours le même tranchant !

L’enfant est attaché à son doudou. L’homme à sa voiture, sa montre, son couteau. Chacun a sa préférence en terme de marque, ou plutôt de design.

Mon père coupait sa viande avec un Laguiole qui lui était exclusivement dédié. Mon frère faisait claquer son Opinel. Petite fille, je n’avais pas d’avis sur la question.

L’intérêt pour la coutellerie est venu progressivement. J’ai rencontré des chefs qui m‘ont expliqué leurs préférences en la matière. J’ai appris que le savoir-faire français était (encore) mondialement reconnu, même si les japonais sont de dangereux challengers.

J’irai cet été dans le berceau de cette fabrication d’exception, dans la région de Thiers, pour visiter l’usine Jean Dubost. Il est prévu que je me rende aussi auprès des ouvrières qui travaillent (encore) à domicile.

J’ouvre les yeux sur un monde dont les horizons s’élargissent à mesure que je m’y intéresse. Vous comprendrez que c’est avec appétit et curiosité que j’ai commencé la lecture du livre que Jean-François Mesplède a consacré à Opinel, très élégamment intitulé Au fil de l’histoire, aux éditions Page d’écriture.
Les photographies de Thierry Vallier sont précises et rigoureuses. Elles dégagent néanmoins une charge émotionnelle à la hauteur de cette saga familiale exceptionnelle. Le choix d'un papier Fedrigoni assure un rendu magnifique.

La double préface m’évoque mon père qui, à l’instar de Paul Bocuse, offrait toujours un couteau accompagné d’une pièce pour que l’heureux bénéficiaire puisse la lui donner et ne pas risquer de couper l’amitié. J’ai entendu aussi les conseils de Michel Desjoyaux dans mon enfance et je sais qu’une lame d’acier ne se lave pas. Un essuyage suffit

Raconter l’histoire d’Opinel c’est faire un voyage en Savoie, dans la vallée de la Maurienne et se plonger dans l’étude d’un arbre généalogique plus que centenaire. La vie ne fut pas rose. On est loin du conte de fées. Mais cette ode au travail, au courage et à la ténacité se découvre avec intérêt.

Quel chemin parcouru en 125 ans !

Joseph (1872-1960) forgeron-taillandier à Albiez-le-Vieux, en Savoie a dessiné et mis au point en 1890 un petit couteau de poche qu'il destinait aux paysans et villageois de sa région.

Très vite, pour répondre à une demande de plus en plus forte, il décida de monter son propre atelier et conçut des machines ingénieuses pour fabriquer à plus grande échelle
En 1897 il commence à produire  la série des douze tailles, les couteaux seront numérotés du N°1 au N°12. Dans le respect de la tradition coutelière ordonnée par Charles IX en 1565 il dépose en 1909 la marque "La Main Couronnée". Cet emblème sera désormais présent sur chaque lame, facilement reconnaissable par tous les clients, y compris les illettrés.
Plusieurs inventions marquent des progrès, en particulier celle du virobloc en 1955 qui bloque la lame en position ouverte, assurant la sécurité de l’utilisateur.

Certaines dates sont maudites, désignant les années noires. D’autres moments sont rétrospectivement heureux, comme 1975, quand Alain Colas sauva sa vie en tranchant le cordage de l’ancre du Manureva enroulé autour de sa cheville. De tels témoignages appartiennent à l’histoire qui s’est construite aussi autour des grands moments que furent les Jeux Olympiques d’Alberville en 1992 ou le centenaire de la Statue de la Liberté en 1986.
Des artistes ont siglé le manche d’un Opinel comme Di Rosa ou Ben. Picasso s’en servait comme outil de sculpture. Max Gallo et Jean-Louis Etienne en ont fait un taille-crayon.

Le livre fourmille d'anecdotes, de citations, et d'informations didactiques sur les étapes de fabrication. avec des photos d'archives étonnantes (page 100 et suivantes).

Si l'Opinel est maintenant décliné en une multitude de couleurs il conserve sa forme qui assure une si bonne tenue en main. Rien ne change, conclut Maurice Opinel ... Et pourtant tout a changé, ajoute-t-il.

On souhaite à la famille et à ses ouvriers de poursuivre à prospérer. Et on espère que les générations futures exprimeront les mêmes émotions à se transmettre leur Opinel de père en fils.

Voilà d'ailleurs une idée de cadeau à l'approche de la fête des pères. Sans oublier pas la petite pièce ...

vendredi 15 mai 2015

Je suis revenue déjeuner au Will, le restaurant de William Pradeleix

J'avais passé une journée en compagnie de William Pradeleix l'été dernier. Et j'avais publié un très long billet sur sa cuisine, inventive, gourmande, colorée, équilibrée et néanmoins et surprenante en terme de saveurs.

Je suis revenue pour goûter d'autres plats. Rien n'a changé coté décor. Le Will est toujours égal à lui-même. Marc travaille toujours en salle, proposant des accord mets vins originaux, n'hésitant pas à recommander un vin blanc d'Afrique du sud en argumentant sur le cépage, un Chenin bien connus des amateurs.

La formule est toujours très avantageuse le midi, pourvu qu'on ne se laisse pas tenter par un plat de la carte. Ils sont si raffinés !

Je ne ferai pas de grand discours cette fois-ci. Il suffit d'aller relire ce que j'avais écrit il y a un an.

Par contre vous allez profiter des photos ...
Tartare de boeuf, mangues vertes, crème à la truffe, gomasio
 
 Asperges vertes, Edamame, lard de Colonnata, condiment citron confit, bean blossom
 Sashimi de daurade, radis croquants, pickles de daikon, avocats, vinaigrette Som Tam
 Saumon saisi au sel de Teriyaki, mousse de fenouil galanga, pommes granny, huile de kaffir
 Joue de porc ibérique, mousseline de petits pois épicés, glaçage à la moutarde façon teriyaki

Maigre rôti raviole crabes shiitake, aubergine thai, écume curry vert, huile de curcuma
La carte des desserts a évolué offrant le choix entre un Nuage coco citron vert, glace gingembre, ananas, ou bien un Compressé de pommes aux agrumes, sponge cake au thé matcha, crumble, crème de fromage blanc, à moins de préférer un Comté 24 mois d'affinage, compotée agrumes.

Mais le Tout choco-sésame -Praliné - Caramel Beurre salé - Sorbet sésame noir demeure pour les amateurs de chocolat. Et ils sont nombreux.
Restaurant Will, 75, rue Crozatier, 75012 Paris
Réservation vivement recommandée : 01 53 17 02 44
Métro : Ledru Rollin
Formules midi : plat du jour à 14 €, formule à 19 € (2 petites entrées et le plat du jour ou le plat du jour et un dessert).
A la carte : entrées à 12 €, plats à 24 € et desserts à 9 €
Le soir Menu dégustation en 4 étapes à 45 €, avec les vins 65 €

mercredi 13 mai 2015

La tête haute, d'Emmanuelle Bercot

La tête haute a été projeté en ouverture du 68ème Festival de Cannes en même temps qu'au Rex de Chatenay-Malabry (92), qui colle si souvent à l'actualité, quand il ne la précède pas.

Emmanuelle Bercot était venue y présenter en avant-première son premier film il y a dix-huit mois, Elle s'en va, déjà tourné avec Catherine Deneuve. Elle nous avait révélé que son prochain projet se situait dans un univers radicalement différent, celui de la délinquance, à travers le point de vue d'un juge pour enfants et d'un éducateur. Elle disait s'être inspirée cette fois d'un oncle éducateur qui organisait des séjours de rupture avec des jeunes.

Il y a peu de points communs entre les deux films, hormis la présence de Catherine Deneuve, dans deux rôles d'ailleurs très différents. Mais est-il nécessaire de chercher des ressemblances entre eux ? Par contre on en trouve, indéniables avec Polisse, le film de Maïwen, dont Emmanuelle Bercot a d'ailleurs co-signé le scénario et avec Mommy, ce qui devrait plaire à Xavier Dolan, membre du jury cannois.

Emmanuelle Bercot réalise là un film très personnel, en traçant la trajectoire chaotique d'un jeune en mal d'insertion avec un regard somme toute plutôt positif.

Le résultat doit beaucoup aux acteurs qui portent littéralement le film. On citera en premier Catherine Deneuve qui excelle dans le rôle de la juge toujours humaine et optimiste malgré les prises de conscience qui s'évanouissent, réaliste quant à la possibilité d'influer le cours d'un destin, sachant parfaitement qu'on ne fait pas de miracle sans l'assentiment des parents.

Sara Forestier campe une mère franchement caricaturale, que le spectateur pourra croire exagérée. Il en existe malheureusement beaucoup comme elle, fatiguée de suivre leur enfant délinquant depuis qu'il sait marcher. Il est facile de conclure qu'avec une autre maman le jeune Malony aurait poussé autrement. La sienne est immature et incapable de lui donner un cadre. Ce seront donc la juge et l'éduc (comme on dit) qui vont s'y coller. Et c'est pas gagné. Parce que chacun a ses fêlures, et l'éducateur (Benoit Magimel) n'y échappe pas même si ses blessures ne sont qu'esquissées.

S'il y a une réplique que le public doit retenir c'est bien : on n'est pas là pour t'aimer, on est là pour t'aider.

Il n'empêche que s'il y a une circulation de sentiments les choses connaitront peut-être une accélération. C'est d'ailleurs sans doute la détermination du personnage de Tess, interprété par Diane Rouxel qui concourt à mettre Malony sur la bonne voie en lui témoignant autre chose que de la violence ou l'excitation de la dérision et de l'interdit.

Malony est l'enfant sauvage qui a poussé comme une herbe folle. Il est magistralement interprété par Rod Paradot dont c'est le premier film, et de toute évidence pas le dernier. On pourrait croire à un documentaire tant ce jeune homme est entré dans le personnage.

Emmanuelle Bercot nous offre un film social mais optimiste, même si beaucoup d'entre vous ne croiront pas à une accalmie durable dans les dernières séquences. En choisissant des musiques classiques elle nous place loin des codes de la violence pour mieux nous la renvoyer. Elle a surtout le mérite de nous mettre le nez sur une réalité qu'il faudra bien un jour se résoudre à panser avec des moyens à la hauteur des problèmes. Car il ne faut pas se leurrer, des juges comme celle qu'interprète Catherine Deneuve ne sont pas légion.

lundi 11 mai 2015

Didier Coly ... l'esprit Costes

Il y a quelques jours je rencontrais Didier Coly. Juste avant qu'il ne s'envole pour Cannes où il aura la responsabilité de plusieurs soirées au Club Costes, sur la terrasse du Mariott, comme il le fait chaque année pour le festival.

Il avait déjà la tête ailleurs, ... songeant déjà au cocktail qu'il allait préparer pour l'équipe de Mad Max et les invités de la première soirée.


Il m'avait donné rendez-vous au Société, qui est un des établissements de Jean-Louis Costes dont il est Chef de Cuisine Exécutif depuis 1999.

Si l'on marche un peu vite, sans lever le nez, préoccupé de ne pas se tordre le pied entre les pavés de la place Saint-Germain, on ne remarquera peut-être pas la façade de la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale et on ne soupçonnera pas qu'elle abrite un restaurant d'exception, comme j'allais le découvrir.

Premier "bon point" : j'aime les endroits un peu confidentiels qui ne clignotent pas pour attirer les touristes. La terrasse qui se trouve en avant-poste est certes repérable mais sans être ostentatoire.

La salle est élégante et néanmoins sobre. Le décor est signé par Christian Liaigre, qui a réussi à conjuguer le goût classique avec un je ne sais quoi de chaleureux et de cosy malgré l'espace. Marbre blanc, fauteuils en cuir et acajou, sculpture en terre émaillée de Gérard Traquandi et luminaires de Stéphanie Balini en formes de poutrelles métalliques, nappe de lin, porcelaine de Bernardaud, chaque objet se doit de figurer parmi les meilleurs de sa catégorie.
En terme de services aussi Costes a pour règle d'avoir une longueur d'avance. Ce n'est pas un hasard si la maison a été la première à doter ses brasseries de voituriers, et si elle a voulu, avant que cela ne devienne courant, que les hôtes puissent se restaurer en écoutant une musique comparable à celle qu'on pouvait entendre dans des endroits branchés comme le Buddha Bar.

Néanmoins, et c'est encore à verser au crédit de l'établissement, la carte est un summum de simplicité et de classe. C'est servi comme c'est écrit, commente Didier Coly qui n'a pas du tout la tête ailleurs et qui surveille tout, mine de rien.

Je commence à comprendre combien Costes fait figure de modèle dans la profession. Quiconque connait l'esprit Costes se sentira chez lui. Les autres, s'ils sont honnêtes, seront convaincus par l'éventail de la carte, la qualité des produits et la maîtrise de la réalisation des plats.

Je n'avais pas prévu d'y dîner mais je me suis laissée convaincre de goûter à quelques spécialités. Je n'ai pas eu besoin de plus de deux bouchées pour réaliser que j'allais tout apprécier. Il suffit de regarder la photo de cette assiette de "laitue, avocat, pamplemousse" pour comprendre la composante de mystère qu'il recèle.
Chaque plat est annoncé en majesté sans qu'aucune majuscule ne soit employée. Y compris pour le "caviar impérial de france" qui, comme son nom l'indique est bien français.
Je suis allée de surprise en surprise que je vais partager avec vous en vous souhaitant de faire par vous-même l'expérience de cette cuisine, dans un des établissements Costes ou, pourquoi pas, sur un terrain déjà presque exotique, la Corse, où Didier Coly s'apprête à participer à l'élaboration d'un dîner d'exception le 30 mai au "K" le restaurant du Kilina Hôtel, dont il m'a donné le menu que je vous livrerai en fin de billet.


dimanche 10 mai 2015

Dependance Day, un roman de Caroline Vié chez JC Lattès

Vous allez penser qu’il faut une énorme dose d’inconscience ou d’insensibilité pour se plonger dans le livre de Caroline Vié en sortant d’un enterrement. J’avais reçu le livre avant de vivre le dernier épisode d’une lourde saga familiale. La paire de charentaises de la couverture me faisait de l’œil depuis quelques jours sur ma table de chevet. Je me suis emparée du bouquin alors que j’avais le moral … précisément dans les chaussettes. Un peu de plus …comme on dit …

Libre à vous de me croire mais loin de me plomber davantage je dois dire que ce roman (car c’en est bien un) m’a plutôt requinquée. C’était trop bien écrit pour que je boude le plaisir à dévorer les aventures de ces mamies que l’on croirait directement décalquées de celles de Faizant, si vous voyez ce que je veux dire.

Cela m'a donné envie de me replonger dans "Les vieilles dames. L’intégrale",  publié chez Michel Lafon en octobre 2013 pour retrouver la plume acérée de Jacques Faizant. Ses rombières bcbg sont intentionnellement odieuses quand les personnages de Caroline Vié  ne doivent qu'à la maladie leurs mots d'humeur qui fusent en traits d'humour ... quoique leur fort tempérament n'arrange sans doute pas les choses.
Elles s’appellent Lachésis, Clotho et Morta, comme les Trois Parques. Elles filent leurs propres vies, entre joies familiales et blessures d’adultère. De génération en génération, surtout, elles se transmettent le même rouet, la même malédiction : l’oubli, la folie, la perte de soi – ce que l’on appelle aujourd’hui Alzheimer. Clotho a dû enfermer Lachésis. Morta, la narratrice, sait qu’un jour elle devra à son tour enfermer Clotho. De mère en fille, le même amour, la même impuissance.
Caroline s’est inspirée des drames qui ont ponctué sa vie de famille (sa mère et sa grand-mère ont été touchées et son père a été souffrant) mais elle a su en extraire tout le potentiel drôlatique et il est immense. Elle a courageusement tricoté ses souvenirs avec ses angoisses assaisonnées de métaphores empruntées au monde des contes. La malédiction se transmet par la quenouille et le rouet. Elle a un nom : Alzheimer, et sa menace est sans doute génétique.

J’y ai retrouvé des épreuves que j’ai moi aussi traversées. Accompagner un de ses proches en maison de retraite est une étape tout bonnement surréaliste. La première à laquelle on fait confiance (bien obligée !) ne fut pas davantage une réussite pour ma mère que pour sa Mémé. Pour moi aussi le sol s’est ouvert un jour sous mes pieds, laissant apparaitre un enfer que je ne soupçonnais pas (… réalisant que ma mère était devenue) un enfant abandonné dans un pensionnat pour vieillardes (p. 51).

Il existe néanmoins des endroits où le personnel est vraiment digne de louanges. Ce sont malgré tout des mouroirs plus ou moins luxueux, même si on s'y exprime en projet de vie. Cela reste compliqué quand ce qu’on redoute le plus devient une réalité. Et je conseille au passage de varier les horaires des visites. C’est très instructif de débarquer à l’improviste.

L'auteur décrit bien les processus et les étapes de la démence sénile, car derrière la dénomination Alzheimer se profilent plusieurs pathologies. J'ai comme elle suivi une formation pour accompagnants. Je dois dire que ce que j'y ai appris m'a beaucoup aidée à comprendre le processus et à anticiper les difficultés. Moi aussi j’ai pressenti l’irréversibilité de la catastrophe en constatant le régime des parents à base de produits périmés depuis des lustres et de surgelés ayant oublié jusqu’à la notion de chaîne du froid (p. 100). Et le verdict a été confirmé pour nous également, quand la solution "maintien à domicile avec auxiliaire de vie" s’est révélée totalement inopérante.
On sait ce que c’est que perdre la tête, dans la famille de Caroline. On a même une expression idoine : être cuit aux patates. (p. 142). Je ne connais qu'une voie pour supporter ce qui est de l'ordre de l'intolérable, se décentrer. Pour Caroline l’humour, noir faut-il encore le préciser, agit comme contrepoint. Ma défense fut l’écriture. Je prenais en notes les délires de ma mère pour parvenir à en évacuer le potentiel dramatique, sans penser que je transformerais peut-être un jour ce matériau. Les pires moments coïncident avec les instants de lucidité, fugaces mais ô combien douloureux, du malade qui réalise son état de déchéance.

Caroline Vié traque la terreur de se perdre dans ses pensées. Elle aborde la question du secret. Il me semble que cette maladie fait sauter certains blocages. Elle découvre que sa mère rêvait de devenir danseuse étoile en la voyant guetter chaque jour le facteur, persuadée qu'il va lui apporter un contrat pour l’Opéra de Paris. La mienne cherchait à se libérer d'une tragédie vécue pendant la seconde Guerre mondiale, je n'ai jamais compris laquelle.

Ce roman est écrit avec des mots justes. Le trait est un tout petit peu forcé, juste assez pour qu’on s’estime heureux de ne pas vivre une réalité aussi dramatique que celle qu'on a sous les yeux. La fatalité dont l’angoisse n’est qu’un avant-goût (p. 186). Elle exprime en quoi connaitre l’avenir ne limite pas la casse.
Ce livre est une vraie distraction tout en représentant une mise en garde bien plus juste qu’il n’y parait. C’est cyniquement drôle. Je me suis même surprise à rire de bon cœur, avec un peu de honte quand je me rendais compte que je n'avais pas connu le pire.

Le titre du roman est directement inspiré de Independence Day, le film catastrophe de Roland Emmerich pour décrire ce qui est ici une catastrophe intime qui se termine dans une fin libre et plutôt rassurante qui vous surprendra, sans verser dans un happy end qui aurait été incompréhensible.

Caroline Vié est l’auteur de Brioche (JC Lattès, 2012). Journaliste de cinéma, elle a longtemps participé à l’émission de Canal +, "Le Cercle", et travaille actuellement au quotidien 20 minutes. Dépendance Day est son deuxième roman. Elle écrit actuellement son troisième, une comédie sur le deuil et le renoncement, qui s'annonce encore plus radical et grinçant. On a hâte de la lire.

samedi 9 mai 2015

J'ai expérimenté les beignets de fleurs d'acacia

Les parcs sentent si bons au mois de mai. Chaque année, je me jure que je me risquerai à faire des beignets de fleurs d'acacia ... Les craintes l'emportent toujours sur l'envie. Par chance je suis tombée sur un billet certes ancien (mai 2007) mais tellement encourageant que j'ai suivi la recette et le mode d'emploi.

Grand merci donc à Lilo de Cuisine Campagne que je vous invite à découvrir à votre tour. Son article est complet, comme je les aime. Vous y apprendrez que l'histoire de l'acacia, qui est en fait un robinier, commence à la cour du roi Henri IV, rendu célèbre auprès des gourmets par sa poule au pot.

Le premier spécimen a été planté en 1601 place Dauphine. Il peut vivre trois siècles et c'est le plus vieil arbre de la capitale. Le miel que les abeilles fabrique avec son pollen est des plus délicats.

Il existe en rose et en blanc, les deux étant comestibles. Enfin il est facile à cueillir. Il suffit de se munir d'une paire de ciseaux pour couper les grappes en laissant un bout de tiges, que l'on ne consommera pas (nous ne sommes pas des girafes) mais qui sera bien utile pour déposer les fleurs dans la friture.

Vous apprendrez beaucoup d'autres choses en lisant Lilo qui qualifie à juste titre ces fleurs de subtil mélange de miel aux accents de bergamote ou de fleurs d'oranger". Voici sa recette, à laquelle je n'ai presque rien modifié.

Lilo préconise une bière blonde. J'en ai choisi une blanche, l'Edelweiss. On a la possibilité d'employer aussi bien l'originale, blond pâle, fraîche, acidulée et équilibrée, dont la pointe d’acidité est contrebalancée par une fraîcheur fruitée et qui révèle en fin de bouche un subtil goût de pomme.

Ou bien Edelweiss Zestes d’Agrumes et Touche de Miel pour l'association entre la fraîcheur acidulée des zestes d’agrumes et la douceur du miel.

Ingrédients :
une vingtaine de fleurs d'acacia (blanches ou roses) - 180 g de farine - 1 oeuf - 50 g de sucre en poudre - 150 ml de lait - 150 ml de bière blonde ou blanche - une pincée de sel - de la Végétaline

1. Dans un récipient à bords hauts, versez la farine, le sel et faites un puits. Ajoutez l'oeuf, le sucre en poudre (inutile d'ajouter un sachet de sucre vanillé si vous conservez votre sucre dans une bouteille avec une gousse) et fouettez au milieu.

2. Incorporez le lait puis la bière. Fouettez quelques minutes pour rendre la pâte bien lisse. Laissez reposer 15 minutes.

3. Pendant ce temps, secouez délicatement les grappes de fleurs pour retirer les petits insectes logés à l'intérieur (encore que après la friture ils ne seront pas bien dangereux).

4. Faites doucement chauffer votre bain de friture (personnellement je préfère la Végétaline pour ce genre de choses, comme le faisait ma grand-mère, mais vous pouvez faire à votre guise ).

5. Saisissez la grappe de fleurs d'acacia par la tige et trempez-la généreusement dans la pâte à beignets. Laissez égouttez quelques secondes et plongez-la dans la friture. Comptez deux beignets dans la friteuse par plus. Faites cuire environ 2 minutes de chaque côté, jusqu'à ce que les beignets soient légèrement dorés.

Je ne recommande pas de saupoudrer les beignets de sucre glace depuis que je sais que ce sucre a un énorme pouvoir sucrant. Dégustez tiède, nature, ou avec des fraises simplement équeutées et coupées en deux, donc sans sucre ajouté.

Et voilà comment nous nous sommes régalés, en nous promettant de recommencer à la prochaine balade à vélo, parce que dans nos parcs et jardins publics ce ne sont pas les robiniers qui manquent.
S'il vous reste des fleurs vous pouvez les égrapper pour embellir une salade verte. Elles se mangent aussi bien crues que frites.

Glycine, lilas, jasmin, lavande, mauve, sureau sont pareillement comestibles ... pour n'en citer que quelques-unes.

vendredi 8 mai 2015

La cour des grandes chez JC Lattès

J'ai lu La cour des grandes sur Ipad pendant mes vacances (qui furent trop courtes mais à ce moment là agréables dans un beau paysage, sous un soleil qui fera défaut quelques jours plus tard).

En progressant dans cette lecture je devenais de plus en plus satisfaite de ma life, estimant parvenir plutôt bien à concilier vie professionnelle, vie familiale et épanouissement personnel.

C'est une des problématiques qui semble la plus difficile à résoudre pour les quatre héroïnes du roman d'Adèle Bréau qui connait bien le sujet pour avoir recueilli des confidences auprès des membres de la communauté du site féminin Terrafemina.com qu'elle a contribué à créer.

Cette expérience lui a donné l'envie d'écrire sur ces amazones qui jonglent entre leurs emplois en essayant de conserver un équilibre amical et amoureux. Elle avait déjà publié en 2013, aux éditions Leduc, Je dis ça, je dis rien, et 200 autres expressions insupportables.

L'auteur habite dans le XVII° mais elle situe ses quatre "working mums" dans le quartier bobo du IX°.
Mathilde, mère de deux petits garçons, est cadre dans une grosse firme pleine de mâles qui l’attendent au tournant. Elle jongle avec les emplois du temps dans une culpabilité constante. Son amie Alice, seconde un restaurant en vue de la capitale, peine à se remettre de sa séparation, malgré le soutien de son ado. Lucie, leur richissime comparse, est à la tête d’une famille nombreuse de trois enfants. Elle est obsédée par la bonne tenue de son bonheur conjugal. Eva, la quatrième, rêve de devenir mère elle aussi.Ces héroïnes made in France, ne rêvent plus de prince charmant, de robe meringuée et d’alliances. Elles n’en ont plus le temps. Elles tentent simplement de maîtriser le tourbillon insensé qui les emporte depuis qu’elles ont dit oui : crèche, école, courses, babysitters, vie sexuelle, carrière, enfants malades, premières rides ... la liste peut encore s'allonger.Dans un Paris de comédie romantique, ces équilibristes à l’aube de la quarantaine rient, explosent, galèrent, textotent, aiment et espèrent, car pour Adèle Bréau les mères de famille auront toujours quinze ans, même une fois entrées dans la cour des grandes.
Ce roman est une parfaite illustration du genre comédie romantique, en toute logique puisqu'Adèle Bréau adore la "chick lit". On se reconnait dans l'une ou l'autre et on débusque les travers de notre entourage. Bien sûr ce n'est pas très original. Depuis les épisodes des Desperated Housewives et autres Sex and the City on a l'habitude de ce genre de clichés. Mais l'auteur assume complètement le fait d'avoir emprunté les codes des séries américaines même si les quatre jeunes femmes ont une vie professionnelle.

Son intention est cependant louable : "Mon but en écrivant 'La cour des grandes' c'était de déculpabiliser les femmes qui jonglent en leur montrant que nous sommes toutes dans la même galère", explique elle sur Terra Femina . "On a beau poster des photos de bonheur familial idyllique sur Intasgram pour faire comme les mamans stars, on a toutes un panier de linge qui déborde chez nous".

Elle connait les statistiques : au moins une femme sur deux affirme qu’avoir eu des enfants a été un frein à sa carrière. La tranche horaire 18h-20h est gérée uniquement par les mères dans 9 foyers sur 10. La moitié ne déjeune pas le midi et 70% assument toutes les tâches ménagères. On se croit phénomène isolé quand on est dans ce contexte de stress permanent et on découvre que c'est le lot commun. D'une certaine manière son livre n'est pas très distrayant car la situation ne semble pas  avoir évolué depuis 20 ans. Encore une certitude qui s'effondre ...

En tout cas tant que les hommes ne modifieront pas nettement leurs comportements. Adèle Bréau en est pleinement consciente. Elle termine l'écriture d'un second volet qui leur donnera la parole. Le roman s'intitulera "Les jeux de garçons". On les attend ... et si elle nous brosse leur vie d'une manière aussi vive que celle de leurs femmes on ne va pas s'ennuyer.

Je signale qu'Adèle Bréau tient aussi (quand elle en a le loisir) un blog où elle n'y va pas avec le dos de la cuillère pour communiquer ses impressions et donner ses avis sur beaucoup de choses, jusqu'à sur la vie du président de la République. C'est ultra décapant et réjouissant !

La cour des grandes de Adèle Bréau chez JC Lattès, depuis avril 2015 en librairie

jeudi 7 mai 2015

Quand je découvre que Aga est un piano ... à la Foire de Paris

La Foire de Paris bat son plein et j'ai accepté de m'y rendre cette année. Je ne suis pas très encline à aller me perdre dans les allées des "marchands du Temple". Pas très envie de me fair alpaguer à tout bout de stand ni de me faire avoir par les diatribes des bonimenteurs.

Il y a tout un pavillon où on peut acheter des petites choses directement en provenance des pays asiatiques ou du Maghreb. On se croirait dans un souk. Même profusion. Même atmosphère, billet d'avion en moins. Pratique pour ramener des souvenirs de vacances qu'on n'a pas pu prendre ! En cadrant les photos serrés on pourrait même faire croire qu'on y était.

Si j'accepte de mettre de côté toutes ces réticences (et le bruit, et la foule ...) je conviens que le Palais des expositions de la Porte de Versailles est un endroit formidable pour aller à la pêche aux nouveautés et surtout pour comparer des lignes de produits sans faire de grands déplacements.

Jusqu'à ma visite je ne connaissais pas AGA. J'ai appris que c'était un fabriquant de pianos ... anglais ... pour la cuisine. Je m'interroge d'ailleurs à propos de l'emploi du terme. Cela semble un mystère. Je remarque malgré tout que l'objet est utilisé par un chef, qu'il soit d'orchestre ou de cuisine. Dans les deux contextes, il s'agit d'un engin sophistiqué et majestueux, plutôt encombrant.

AGA est donc une marque de pianos. On dit que c'est la Rolls Royce des fourneaux, en toute logique pour des anglais. Chef Damien était sur le stand le jour de ma venue, manifestement très heureux de cuisiner sur de tels instruments une série de recettes anglaises comme un Eton mess, qui est un peu l'équivalent anglais de la Pavlova, en plus pratique puisque la meringue est cassée en morceaux.

Il m'a appris que le Salon du blog culinaire de Soissons était équipé en Falcon, qui sont des pianos fabriqués par le même groupe. J'ai donc cuisiné une paire de fois sur de si beaux engins, et je n'y avais pas pris garde, le stress sans doute.

Goûte la tarte aux pommes préparée par Thomas et cuite dans le four AGA m'a-t-il ordonné. Je parie que tu n'en as jamais mangé d'aussi bonne ! C'est vrai et j'ai hâte de participer à une démonstration culinaire de leur boutique de la rue du Bac.

Il parait que tous les anglais un peu gourmets économisent des années pour s'offrir ce joyau et je me suis interrogée soudain sur la marque de celui qui a permis à Babette de préparer son célèbre Festin, me promettant de revisionner le DVD pour apercevoir son nom.

Avec son "coeur de fonte" à accumulation de chaleur, il n'a pas d'équivalent pour assurer une cuisson idéale grâce à la chaleur rayonnante de la fonte massive. Avec ses fours à différentes températures, elle permet de cuisiner plusieurs plats en même temps.

J'ai rencontré une jeune femme qui m'a confié que sa fille de 5 ans adore s'installer à proximité. La cuisine est devenue la pièce centrale de la maison depuis l'installation du fourneau. C'est bien la preuve qu'elle induit un style de vie.
La cuisinière AGA est née en Suède, inventée par un Prix Nobel de physique qui perdit la vue suite à une explosion de gaz. Cet homme, confiné à la maison, remarqua alors les contraintes de son épouse. Il imagina la cuisinière idéale, facile à utiliser, sur laquelle on pourrait tout cuisiner à la perfection.

Les premières ont été commercialisées en Grande Bretagne en 1929. Elles sont devenues des objets cultes. Bien entendu la fabrication s'est déplacée en Angleterre, très précisément à Coalbrookdale, dans la première fonderie au monde, dans une vallée berceau de la révolution industrielle entièrement classée au Patrimoine Mondial de l'Unesco.

Abraham Darby y découvrit la fonte en 1709 en utilisant du coke pour faire fondre du fer.

La fabrication d'une AGA est quasi luxueuse. Le travail ne s'effectue pas en série. Le fer est coulé en fusion dans des moules et l'application de l'émail vitrifié vernissé demande trois jours contre quelques minutes d'émaillage par pulvérisation chez ses concurrents. Rien d'étonnant à ce que sa longévité se compte en dizaines d'années.

Il n'empêche que chaque nouvelle AGA est fabriquée à partir de 70% de fonte recyclée et qu'elle sera elle-même recyclable à 90%.

Elle peut tout cuisiner, jusqu'à une volaille de 13 kilos. Elle dispose de 3 plaques et 5 fours en version "normale", mais il existe depuis peu un modèle "urbain" de 60 cm qui comporte malgré tout 2 fours et une plaque de cuisson. Avec un choix de 14 couleurs pour allier tradition et modernité.

Falcon, qui est la marque grand public, a sorti son millionième piano de cuisson. Ils sont fabriqués depuis 300 ans à coté de Stratford-on-Avon dans une usine dont l'arrière est classé. Cette marque a équipé toutes les cuisines royales d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie et de Russie.

La créativité continue à être de mise dans l'entreprise. Qui se traduit par exemple par un tiroir de pousse à 40° pour le pain sur le modèle Nexus qui se distingue par d'autres équipements très pratiques (un four gril-barbecue intégré, une plancha....)  et un design très contemporain qui lui valut d'être présenté l'an dernier au Grand Prix de l'Innovation de la Foire de Paris.

Une Falcon présente un très bon rapport qualité/prix pour un budget qui est tout de même conséquent. Comptez environ 3 000 € pour un piano que vous pourrez léguer à vos descendants.

Et puisque j'étais tout près du stand regroupant les innovations j'ai remarqué la petite dernière de Brita, la carafe plébiscitée par Yves Camdeborde, et qui a connu un franc succès au dernier Salon du blog culinaire de Soissons.
Il s'agit d'une bouteille filtrante de 1, 3 litre qui tient peu de place sur la table et qui est très ergonomique. Une fois le bouchon ôté et que l'on a rempli le contenant situé à l'intérieur on assiste à une expérience visuelle étonnante pendant la filtration qui s'effectue en direct. L'eau passe d'un contenant à l'autre avec deux niveaux d'eau différents qui finissent par s'harmoniser.

Le disque filtrant semble grossir par illusion d'optique jusqu'à remplir la totalité du diamètre de la bouteille.
Je terminerai par un petit coup de coeur pour eBougie (tout le monde sait que les bougies sont devenues un de mes centres d'intérêts) qui conçoit les bougies comme des accessoires de décoration  dans le respect d'une magie olfactive 100 % française.

J'ai aimé le graphisme surprenant et surtout la délicatesse des fragrances que l'on peut prolonger avec un parfum d'ambiance assorti.

Que l'on choisisse une note majeure ( fleurs blanches, thé vert, ambre précieux, cèdre majestueux, figue de Provence, fleur d'oranger) ou des harmonies comme Fleur du roi, rêve Kashmir, Impératrice des savanes, Plume de paon ou Sagesse nocturne, c'est à découvrir.

Il vous reste quelques jours pour aller à la Foire de Paris. Après ce sera 11 rue du Bac à Paris pour Falcon et Aga, dans les rayons électro-ménager pour Brita, et sur le web pour eBougie.

mercredi 6 mai 2015

Un roman anglais de Stéphanie Hochet, éditions Rivages

Si j'avais encore la possibilité de faire une chronique à la radio j'aurais programmé Un roman anglais aujourd'hui sur les ondes, le jour de sa sortie en librairie.

Je ne suis pas sûre que mes mots traduisent aussi bien que ne l'aurait fait ma voix l'émotion qu'il y a à lire un tel objet. Si on ne connait pas Stéphanie Hochet rien ne laisse supposer qu'il a été écrit à notre siècle.

Je l'ai abordé sans avoir lu le résumé, ce qui m'a permis d'éprouver les mêmes émotions qu'Anna. J'étais prévenue néanmoins par la citation en exergue que le livre a été inspiré de la vie de Virginia Woolf, ce qui franchement n'a strictement aucune importance pour goûter la douceur et la nostalgie qui émanent de ce roman.

Je veux bien croire qu'il était plus honnête de le signifier, intellectuellement parlant, mais n'allez surtout pas croire qu'il faille être érudit pour l'apprécier.

Stéphanie Hochet instaure un climat, une atmosphère ... inédite. Dès les premières lignes nous sommes transportés instantanément en 1917 dans le Sussex et nous ne nous éloignerons jamais d'Anna, la jeune épouse d'un horloger, s'apprêtant à recevoir chez elle une personne pour garder son enfant pendant les heures qu'elle doit consacrer à l'exercice de son métier.

Je ne vais pas moi-même résumer l'ouvrage autrement qu'en empruntant les mots au personnage principal qui le fait très bien : un jeune homme cardiaque entre chez vous, votre enfant l'apprécie et votre femme change, qu'en penser ? (page 136)

La jeune femme analyse chaque détail. Après tout c'est une déformation professionnelle. Habituée à peser les mots dans son travail de traductrice elle subit sans doute plus que d'autres le poids du tabou le plus extrême : front, armées, conflit, guerre (page 51) qui contraignent les gens à s'interroger à propos des contingences matérielles, devenues essentielles comme la nourriture et le chauffage. On sent combien le monde des émotions est habituellement mis à distance, et on se demande si la domination de ce que Stéphanie désigne comme la pensée de la survie ( page 26) fait plus de bien que de mal.

Elle pointe de manière très juste la place que les femmes ont prises dans l'économie pour remplacer les hommes partis au combat (page 23). Sans leurs mains et le cœur qu'elles ont mis à l'ouvrage, le corps de la patrie ne survivrait pas. Et je me rappelle l'excellent documentaire européen de Fabien Béziat et Hugues Nancy pour France 3, Elles étaient en guerre 1914/1918, diffusé en octobre dernier. Elle nous offre aussi des réflexions sans concession sur la condition sociale en Angleterre, qu'il s'agisse de l'opposition entre la bourgeoisie et les mineurs, comme entre les politiques et les soldats.

Le courrier de son cousin John comme celui qu'Anna adresse au ministre de la Guerre sont des modèles du genre. J'ai pensé à la fin de non recevoir que mon grand-père avait reçue quand il annonçait à son patron son retour du front et que celui-ci le remerciait des services rendus à la patrie tout en lui recommandant de rester chez lui parce qu'il avait donné son poste à son propre fils qui lui, avait échappé à la mobilisation.
Son regard sur l'éducation est également remarquable, surtout quand on le resitue dans le contexte. La découverte du "non" par le petit Jack (page 54) est parfaitement amenée. On est convié à son épanouissement dès lors qu'on laisse l'enfant prendre des initiatives et devenir un petit être débrouillard. (page 61)

On découvre de très belles pages sur l'accès d'un enfant à la poésie. Et si je regrette que les poèmes d'Emily Dickinson (page 104) ne soient pas traduits il me semble finalement que ce soit une excellente façon de nous placer dans la position de l'enfant, trop jeune pour comprendre, mais attrapant du sens, digérant les informations. (page 69)
J'ai apprécié cette référence, qui faisait écho à l'une des oeuvres de Karolina Krasouli découverte au Salon de Montrouge avant-hier. L'artiste peint à l'aquarelle des intérieurs d'enveloppes déchirées, faisant penser aux correspondances claustrées de la poétesse.

Stéphanie Hochet analyse sutout le parcours singulier d'Anna en alternant des phrases longues, très étendues, avec d'autres plus brèves où les mots sonnent dans une forme de précipitation. Elle aurait pu titrer Qui est Anna Whig ? En effet elle interroge jusqu'au bout cette question existentielle avec subtilité, encore et encore, même en racontant (page 122) une improbable scène de séduction en pleine rue.

Le récit est au présent, ce qui rend les évènements plus proches, même si on en connaît l'issue. Pas besoin d'une grande culture pour savoir la fin tragique de Virginia, et je ne spolie rien à le signaler car on la sent pleinement vivante.

Anna admire son mari. Mais elle développe progressivement une immense confiance en George qui est rassurant, et fait preuve d'une forte capacité d'écoute. Être perçue comme un être pensant (page 68) cela nous semble quasi naturel mais c'était sans doute singulier dans une Angleterre où les femmes n'avaient pas encore le droit de vote.

On remarque le poids des rituels comme si cela protégerait du danger... On voit bien s'infiltrer le poison dans une scène où l'enfant maladroit distribue les tasses de thé en suivant les inclinaisons de son cœur et non les règles de la bienséance.

La jeune femme semble aux prises avec des démons : Personne pour me mettre à l'abri de moi même (page 88), surtout quand rêver est un luxe (page 99). L'image de George se décalque lentement sur celle de John. Progressivement on note le balancier se déplacer vers un nouvel équilibre, pour prendre un vocabulaire du lexique de l'horlogerie.

Le récit s'achève dans le Warwickshire, non loin de Stratford-sur-Avon où la fin se profile inexorablement : prendre le chemin des disparus. Je vais enfin savoir ce qui leur arrive. (page 153)

Née en 1975, Stéphanie Hochet est écrivain et critique. Elle a publié son premier roman, Moutarde douce (Robert Laffont) à l’âge de 26 ans, puis chez d'autres éditeurs Le Néant de Léon (2003), L’apocalypse selon Embrun (2004), Les Infernales (2005), Je ne connais pas ma force (2007), Combat de l’amour et de la faim (Prix Lilas 2009), La distribution des lumières (Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres 2010 ), Les Éphémérides (2012), Sang d'encre ...

J'avais lu et beaucoup apprécié il y a quelques mois son premier essai,  Éloge du chat . Elle sera le 31 mai au Salon du livre d'Asnières.

Un roman anglais de Stéphanie Hochet, éditions Rivages, le 6 mai en librairie

mardi 5 mai 2015

Des produits de beauté pour une mère et sa fille

Ce n'est pas un sujet récurrent sur le blog mais les questions de beauté y ont tout de même leur place. J'ai apprécié les nouveautés Bourjois lors du dernier Salon du blog culinaire. Et j'avais consacré un article détaillé à la gamme Bio Naïa de Marque Repère avant les vacances d'été.

Le bio prend de plus en plus d'importance, y compris dans la beauté où il commence à damner le pion au "conventionnel". Admirez au passage le lexique : bio versus conventionnel, chez l'esthéticienne, homéopathie versus allopathie chez le pharmacien.

Bref le conventionnel comme ils disent c'est plus de 5000 ingrédients, le plus souvent chimiques (et le cas échéant un peu toxiques) quand le bio doit se limiter à 140. C'est un pari dans un tel contexte de parvenir à faire aussi bien en terme de sensation et de parfum. Mais les progrès sont là et on peut maintenant se chouchouter bio à prix corrects avec par exemple la gamme Bio Naïa, depuis que Marque Repère (il y en a peut-être d'autres) s'est lancé dans l'aventure.
J'avais posté cette photo mystère sur les réseaux sociaux, interrogeant sur son contenu. Il est temps de sortir les flacons de la trousse. Un seul est labellisé bio mais ils sont tous testés sous contrôle dermatologique.

Déroulez l'article jusqu'au bout : un cadeau sans aucune mauvaise surprise vous attend.

lundi 4 mai 2015

Inauguration du 60ème Salon de Montrouge (92)

(nouvelles photos ajoutées le 20 mai 2015)

Je connais assez bien les salons artistiques des environs de la capitale. Celui de Montrouge s'en distingue magistralement. Vu depuis la silhouette de Coluche en salopette, et sous la houlette protectrice de Molière, Boileau, Papin et Lavoisier, dont les statues se dressent à ses pieds, le beffroi fait de l'oeil au passant qui, je l'espère, ne résistera pas à y grimper puisque l'exposition est ouverte, comme le souligne l'affiche, en entrée libre, jusqu'au 3 juin.

Le programme inclut des animations, des visites guidées, des expositions hors les murs ... qui sont offertes pour la première fois et que vous repérerez sur le site dédié.

En tant qu'artiste invité, Jean-Michel Alberola a réalisé l'affiche de la manifestation à partir d'un cliché d'un lustre de l'ancien foyer du Beffroi, ce qui est particulièrement judicieux.

Il présente ses dernières oeuvres l'étage au-dessus du Salon proprement dit qui déploie le travail de 60 artistes émergents, qui bénéficient ici d'un tremplin reconnu au niveau européen.
La scénographe matali crasset (dont le nom s'orthographie sans majuscules) a créé une déambulation (il ne s'agit en aucun cas d'un parcours) ponctuée de chandeliers brandissant les noms des artistes. 

Le processus de sélection reflète le paysage artistique contemporain. Cette découverte suscitera de nombreux coups de coeur. J'ai tenu à vous montrer l'essentiel des miennes ce qui a donné lieu à beaucoup de photos dont voici la première, qui demeure elle aussi dans la métaphore de la lumière avec une évocation du Roi Soleil.

La peinture de Raphaël Barontini est chargée de références. Marqué par la créolisation, son travail renvoie à la langue appartenant à une minorité dominante phagocytant une majorité dominée, dans une ambiance carnavalesque.
Une fois l'article déployé vous pourrez apprécier la diversité des oeuvres en cliquant sur la première photographie pour ouvrir l'ensemble en diaporama.

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