Publications prochaines :

Comme promis les 70 articles des spectacles vus aux festivals d'Avignon In, Off et If ont été publiés (mois de juillet). Ont suivies les critiques de la rentrée littéraire (mois d'août). Le rythme de publication a repris un rythme normal à partir de septembre avec l'alternance culturelle/culinaire habituelle.

jeudi 24 novembre 2022

Le Moulin de Pont Rû, lieu d'accueil et de reconstruction de femmes victimes de violences

J'ai aujourd'hui passé une journée dans un lieu étonnant, à bien des titres. Avec les responsables d'une association innovante, dynamique et à l’écoute... dont certains sont photographiés ci-dessous, mais il faut avoir à l'esprit qu'ils sont 19 salariés, 20 prestataires et 70 partenaires à oeuvrer dans le même sens.

L’association le Moulin de Pont Rû est installée depuis 2018 dans un ancien moulin du XVIII°, qui fut aussi une briqueterie et un bureau d'architectes, au cœur du Vexin, à une heure de bus de la gare RER de Cergy-le-Haut, sur un territoire francilien aux enjeux multiples pour une cause noble et riche en engagement dans l’accompagnement temporaire des femmes victimes de violences et de leurs enfants.

Il ne faut pas oublier que les chiffres sont épouvantables, ce qui justifie, comme le rappelait Xavier Delarue, Préfet à l’Egalité des Chances, que la lutte contre ce fléau soit une des priorités du quinquennat. Une Journée Internationale de lutte contre les violences faites aux femmes a lieu pour mettre en lumière des actions comme celles de cette association.f

Si plusieurs femmes acceptaient de témoigner en nous offrant des sourires radieux, j'ai préféré, pour des raisons évidentes de sécurité, flouter le visage de la seule qui apparait sur le cliché qui se trouve en tête de l'article.

Le travail est immense et ardu. Les résultats semblent très encourageants. Même si ce ne sont pas moins de 50 000 places qu'il faudrait pour accueillir toutes les femmes concernées par ce fléau. Les statistiques le disent : environ 4 femmes victimes de violences sur 10 ne se voient proposer aucune solution quand elles demandent un hébergement ;

S.eules 12% environ des demandes d'hébergement effectuées par des femmes victimes de violences aboutissent à une orientation sur une place adaptée à leur parcours spécifique. Entre 20 000 et 30 000 femmes auraient aujourd'hui besoin d'un logement pour sortir des violences. Et il faut avoir à l'esprit que si la mise à l'abri est essentielle il ne faut pas oublier la reconstruction.
Comme rien ne serait possible sans l'investissement de personnes, je citerai d'abord les fondateurs Alan Caillaud et Nathalie Guillaume (portant un grand foulard à motifs), ainsi que Garance Couturier (veste rouge) qui est la responsable des séjours de ressourcement.
Sans oublier Guila Clara Kessous, artiste de l'UNESCO pour la paix et aujourd'hui Maîtresse de cérémonie (veste noire). Mais encore une fois chaque intervenant mériterait d'être cité, bien que je pense qu'il préfère rester dans une certaine pénombre.

Le domaine a été acheté en 1984 par la fondatrice avec le père de ses enfants et ils ont ensemble accompli un gros travail de rénovation. Les enfants ont grandi. Des évènements heureux et graves se sont succédés. Des années plus tard, cet endroit se transforme et rassemble une équipe bienveillante et formée pour accueillir des femmes victimes de violences afin que leurs difficultés ne soient plus une entrave mais une force.

500 bénévoles sont passés ici depuis 2018 en chantier d'insertion. Chaque salarié a été bénévole avant de devenir permanent. Garance n'échappe pas à ce qui pourrait être une règle. Elle nous a expliqué que l'emploi du temps des femmes dont elle s'occupe s'organise en plusieurs temps. Les matins sont consacrés à l'apprentissage de la gestion des émotions par la relaxation, et des activités de bien-être.

Les après-midis à des ateliers artistiques ou sportifs et au retour à une alimentation saine. L'environnement est propice au ressourcement et à l’expérimentation d’activités hors-normes : boxe, équithérapie, canoë, sauna et bien d’autres encore.

Les soirées s'organisent autour d'un thème. Il y en a notamment une consacrée à un spectacle où les artistes sont les femmes elles-mêmes. Elle conduira en 2023 8 séjours de femmes seules et deux avec enfants.

Cela peut sembler peu et c'est déjà beaucoup car l'association mène beaucoup d'autres actions. Cependant,  comme l'a souligné Alan Caillaud, il existe des rencontres providentielles. Une maison voisine sera prochainement mise à disposition à titre gracieux pour une durée de 15 ans. Le projet est en cours de finalisation (avec le concours de multiples associations, fondations, mécènes et partenaires publics et privés) et permettra bientôt une cinquantaine d'accueil supplémentaires qui pourront s'étaler sur 6 mois.

mardi 22 novembre 2022

Ma Vie en aparté

Bérengère Dautun est une très grande interprète et elle le prouve encore avec rôle écrit et mis en scène pour elle par Gil Galliot.
Edwige, professeure de théâtre dirige une jeune actrice dans Phèdre. On s’aperçoit rapidement que Phèdre a eu une implication dans la vie privée d’Edwige. Un secret dont elle sera obligée de se délivrer. Dans un jeu de miroir permanent — hanté par un souvenir douloureux — les deux actrices naviguent entre le Réel et son Double…
Le texte de Ma Vie en aparté est très riche. On a régulièrement envie de dire "stop" le temps d'en méditer les paroles. Et, bonne nouvelle, il va prochainement être disponible m'a dit Bérengère à l'issue de la représentation.

C'est autant un texte qu'on a envie d'entendre que de lire. Surtout quand on connait bien la comédienne dont le roman Christian Cabrol, mon amour apportait déjà beaucoup de réflexions sur le théâtre.

Il y a dans ce spectacle tous les ingrédients qu'on aime trouver : l'humour (Elle n’est plus toute jeune mais elle a encore beaucoup d’énergie pour son âge), les indices biographiques (Je fais chaque jour ma barre au sol), les réflexions existentielles (L’alexandrin nous oblige à l’humilité) ou philosophiques (Le refus est la source de tous les possibles).

C'est une ode au théâtre, la célébration du spectacle vivant, dans ce qu'il a de plus pur, le jeu des comédiens, sans décor, sans presque d'accessoires, mais avec une bande son et des éclairages conçus pour mettre en relief et en valeur deux belles personnes.

Berengère est accompagnée d'une jeune actrice dont on va entendre parler tant elle joue avec justesse, Clara Symchowicz. Il est vrai qu'elle est à bonne école avec une telle professeure.

Bérengère est capable d'humour mais elle est avant tout une grande tragédienne. Ses mains reflètent des émotions d'une manière qui m'impressionne et me touche.
Dans un va-et-vient constant entre l’être et le paraître, l'auteur interroge sur la vieillesse, sur la mort, sur la peur, d'une telle façon qu'on oublie souvent que nous sommes au théâtre, tant la "vraie" vie en est proche. Ce doit être cela, l'art … Et je retiens cette pirouette que je pourrais reprendre à mon compte : Je n’ai pas eu un trou, j’ai marqué un temps.
Ma Vie en aparté
Texte et mise en scène de Gil Galliot
Bande-son de Pascal Lafa
Lumières de Gil Galliot et Alfred Lev
Avec Bérengère Dautun et Clara Symchowicz.
Au Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles
75017 Paris 
Le lundi à 19 heures, le dimanche à 17 heures

lundi 21 novembre 2022

Master class autour des Vins d’Alsace

Je connais plutôt bien l’univers des Vins d’Alsace, pour avoir assisté à plusieurs master-class et parce que j’ai vécu plusieurs années dans cette région que j’affectionne.

J’ai été invitée aujourd’hui à suivre une master-class, réservée aux professionnels, qui avait lieu à Ground Control (81 rue du Charolais à Paris) sous la forme d’une dégustation commentée de 6 vins autour de la question : La fraîcheur, juste une question de température ? coanimée par Gabriel Lepousez, docteur en neurosciences et chercheur à l’institut Pasteur et Thierry Fritsh, œnologue et conférencier au Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace - CIVA.

Nous avons été accueilli par un des responsables du CIVA qui nous a fait remarquer qu'un véritable vent de fraîcheur s'observait dans les vignes et les caves, dans la dynamique commerciale, et même jusqu'aux étiquettes (auxquelles je serai attentive dans la seconde partie de l'après-midi au moment de la dégustation libre aux tables de 16 producteurs alsaciens, en toute modération cela va de soi).

Il annonça une nouvelle campagne de communication qui devrait témoigner de l'importance de cet axe. Enfin il a confirmé l'organisation du deuxième Salon Millésimes Alsace – DigiTasting® les 27-28 février et 1er mars prochains, réitérant ainsi la formidable expérience imaginée parce que el COVID privait les producteurs des rencontres avec les amateurs et leurs clientèles.

Aucun autre territoire n’offre une telle diversité de sols, au-delà de la douzaine, à tel point qu'il serait impossible de dessiner une carte géologique, si bien que le même cépage donnera des arômes différents à quelques kilomètres de distance. C’est donc peu dire combien les vins d’Alsace peuvent être riches de belles surprises. Thierry Frisch a souligné combien la région faisait référence en terme de vin blanc étant donné l'ampleur de sa gamme.

En terme de cépages, leur nombre a été réduit depuis le Moyen-Age où ils étaient une quarantaine. Mais à la différence des autres régions françaises, l’Alsace demeure riche en variétés. On en compte 7 principaux :
  1. le Riesling, de couleur verte et de robe pâle. Il développe en bouche une petite note fruitée et florale.
  2. le Pinot Blanc reconnaissable à sa robe jaune pâle. Il laisse une note fruitée en bouche sans pour autant aller dans l’excès grâce à sa douce acidité.
  3. le Pinot noird’un rouge très soutenu. Il est fruité et léger avec une note plus prononcée lorsqu’il est vieux.
  4. le Pinot Gris, jaune doré., apprécié pour ses notes assez fumées et sa noblesse.
  5. le Sylvaner, à la robe claire aux reflets verts. Il est assez léger et offre une fraîcheur très appréciable. 
  6. le Muscat, jaune clair, qui reste un vin puissant avec quelques douces notes florales. 
  7. le Gewurztraminer, jaune léger avec des reflets dorés. Gras et corsé, il procure un résultat explosif en bouche avec un arôme original.
Selon Gabriel Lepouzez, la fraîcheur fait référence à des sensations à la fois olfactives, gustatives et tactiles. Ce terme est, au même titre que minéralité, un descripteurs hybride et multi-sensoriel qui peut porter à confusion. Cette Master-class nous invite à préciser notre définition et la perception de la fraîcheur à travers différents profils de vin proposés presque à l’aveugle puisque si le nom nous était communiqué, nous n’avions ni la bouteille ni l’étiquette à disposition. Or on sait combien ces éléments induisent le jugement, ce qui se confirmera plus tard au cours de la journée : côté étiquetage, les vins d’Alsace ont fait des progrès de modernité énormes.

L’ordre de dégustation des 6 vins retenus était imposé, quoi qu’il ne fut pas rigoureusement impossible d’inverser l’un avec l’autre. Il allait de soi que le Crémant serait proposé en fin de dégustation plutôt qu’au début. De même, de toute évidence pour un Vendanges tardives.
Pour commencer, deux AOC Alsace Grand cru Riesling 2018 :

dimanche 20 novembre 2022

Deux mains, la liberté

Il y a eu une certaine pression (amicale, je dois le reconnaitre) pour que je vienne voir Deux mains la liberté au Studio Hébertot qui est, je le précise tout de suite, un excellent spectacle, formidablement bien interprété.  

J’en ai donc vite parlé autour de moi sans me douter que j’allais essuyer une pluie de quasi reproches : mais comment donc, tu ne connaissais pas cette histoire ? ! Tu n’as pas lu le livre de Joseph Kessel, Les mains du miracle (Gallimard, 1960, réédité en Foliio en avril 2013) ?

Les mieux informés invoquaient l’ouvrage de l’historien François Kersaudy dans le livre approfondi qu'il a consacré à l'affaire en 2021. Cette histoire est connue de tout le monde. La meilleure preuve est que ce soi-disant médecin (il était masseur) Felix Kersten, a été cité à 7 reprises pour le Prix Nobel de la paix et ne l’a jamais eu.

Je me suis donc plongée dans de (petites) recherches historiques afin de comparer ma prise de notes à ce que je pouvais glaner comme informations. Il est vrai que les faits sont abondamment documentés et on peut dire que grosso modo Antoine Nouel a respecté la vérité historique.

Ce qu’il faut savoir : Himmler, avec l'aide de Reinhard Heydrich, son adjoint direct de 1931 à juin 1942, porte la responsabilité la plus lourde dans la liquidation de l'opposition en Allemagne nazie et dans le régime de terreur qui a régné dans les pays occupés ; les camps de concentration et d'extermination dépendaient directement de son autorité et il a eu la charge de mettre en œuvre la Shoah. En fuite après la capitulation allemande, il est arrêté par les troupes britanniques, mais parvint à se suicider à l'aide d'une capsule de cyanure au moment même où son identité est découverte, échappant ainsi à la justice.

Felix Kersten, né en 1898 à Tartu (gouvernement de Livonie) et mort en 1960 à Hamm (Allemagne), est un masseur, médecin en thérapie manuelle, qui a soigné des membres de la famille royale des Pays-Bas, ainsi que le chef des SS, Heinrich Himmler. En utilisant son influence auprès de lui il a, entre autres, obtenu la libération de milliers de prisonniers détenus dans des camps de concentration. On estime à 100000 personnes de diverses nationalités, dont environ 60 000 Juifs le nombre de personnes sauvées au péril de sa vie.

Il n’empêche que la personnalité de cet homme de science est pour le moins ambigüe d’autant qu’il a tiré des avantages personnels à l’amitié qu’il a nouée avec Himmler. Sur le plan éthique, on peut s’interroger sur ses motivations puisqu’il n’a pas d’emblée exprimé de quelle manière il attendait rémunération pour ses services. On peut aussi estimer que s’il n’avait pas été guéri de ses souffrances, Himmler n’aurait peut-être pas pu (d’ailleurs le personnage le dit dans le spectacle) travailler aussi bien et avec autant d’efficacité et que donc il y aurait eu moins de victimes. Bref, quoi qu’il en soit, je ne vais pas m'appesantir et ne veux pas refaire l’histoire avec un grand H puisque derrière cette majuscule tout est complexe et tortueux. Je ne veux juger que l’aspect artistique.

Encore une fois, ce spectacle est excellent parce qu’il tient le public en haleine, parce qu’il est fondé sur des faits réels (quoique connus de ceux qui s'intéressent à cette période), ce qui donne à cette trame narrative qui demeure effectivement étonnante et qui a priori pourrait passer comme une affabulation, une cohérence et une crédibilité tout à fait honorables.

J’ajouterai que la création s’inscrit dans une vraie histoire d’amitié. Les trois interprètes se connaissent de longue date. Ils travaillent souvent sur des doublages son. 
C’est le comédien Philippe Bozo (qui interprète Himmler) qui signe la bande-son. Le fait d’avoir choisi une musique assez rythmée, qui évoque les films d’aventure américains, pour accompagner l’entrée du public et de la faire suivre par l’annonce de la libération des prisonnières du camp de Ravensbrück (qui sera attribuée à l’influence de Kersten) est tout à fait judicieux parce qu’on installe un certain côté positif qui correspond à l’esprit que le metteur en scène a sans doute voulu transmettre.

L’image du train, des rails, l’entrée (ultra connue) de Auschwtiz, reconnaissable à l’inscription Arbeit macht frei (qui figurait aussi à Dachau, Gross-Roben et Sachsenhausen) met le spectateur en condition … même s’il ne s’agit pas de Ravensbrück dont l’entrée était différente. J’ignore à quoi correspond le bruit de cloches. Disons qu’il annonce l’entrée des personnages.

Ensuite, la mise en scène est sobre. Les rencontres entre le médecin et son patient peu ordinaire se succèdent avec quelques brefs entretiens avec le secrétaire particulier d’Himmler, dont on a raison de souligner son rôle actif dans le sauvetage des prisonniers. Malheureusement la justice ne lui en saura aucun gré puisque Kersten ne réussira pas à lui éviter la pendaison.

Le jeu des comédiens est intéressant. Les rôles ne sont pas faciles à endosser et aucun ne verse dans la caricature. Même le personnage d’Himmler est très proche de la réalité, notamment au niveau physique, avec sa coupe de cheveu si particulière et ses lunettes rondes. Bien entendu les costumes sont eux aussi irréprochables. En tout cas chacun est crédible et c’est l’essentiel. Le soir de ma venue c'était Éric Aubrahn qui interprétait Brandt mais je suis certaine que Franck Lorrain (que j'ai déjà vu sur scène) est tout autant excellent.

Quelques notes d’humour ponctuent aussi des répliques qui contribuent à alléger un spectacle qui aurait pu être insoutenable étant donné le sujet. Ainsi doit-on d’entendre que les Anglais c’est pas pour rien que Dieu les a mis sur une île.

Je n’ai pas été dérangée par l’aspect exagérement « sympathique » de Himmler, à chaque fois qu’il consentait à des libérations. Le fait qu’il ne veuille pas les accorder toutes mais que son aide de camp majore le nombre fait sourire sans arrière-pensée car on sait bien -à ce moment là- que nous sommes au théâtre. On sait que la réalité fut autrement plus horrible mais on peut la mettre de côté un instant. Si on accepte cette position, on peut alors apprécier les subtilités de jeu et c’est ce pour quoi on est venu. Ou alors, lisons un compte-rendu historique.

Je n’ai pas davantage été choquée par les qualificatifs pompeux du nazi traitant son bienfaiteur de magicien, génie, et même de Boudha magique. L’entendre parler d’amitié sans être contredit est plus malaisant. Et plus tard lorsque s’adressant au public il demande Et vous qu’est-ce que vous feriez à ma place ? … On réfléchit à la question. Aurions-nous trouvé une solution pour que toute cette horreur s’arrête ? Sans doute non, sinon la catastrophe actuelle (de la guerre d’Ukraine) n’aurait pas commencé. Et c’est là aussi que le spectacle résonne dans l’actualité.

Nous sommes sans doute un instant perdus dans nos pensées quand Antoine Nouel regarde ses deux mains et nous parle de liberté alors que le rideau est tiré. On pense à la sublime affiche du spectacle. On croit la représentation terminée et on applaudit. Mais il reste des moments à partager.

L’emploi du Chant des partisans alors que s’égrène la liste de ceux qui survivront est riche d’émotion. Surtout si on sait que la musique a été composée en 1941 par Anna Marly pour devenir l’hymne de la Résistance pendant l’occupation nazie. Deux ans plus tard, ce sont Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon qui écrivirent les paroles. La mélodie, sifflée, devint l’indicatif d’une émission de la France libre diffusée par la BBC. Les jeux de lumière sont eux aussi très réussis.

Le public sera convaincu par le propos autant que par l’interprétation. Il n’y a pas à hésiter à qualifier ce spectacle de nécessaire. Et je suis heureuse de pouvoir d’ores et déjà annoncer sa reprise au Théâtre Lepic à partir du 13 décembre.
Deux mains, la liberté
De Antoine Nouel avec la participation de Frank Baugin
Mis en scène par Antoine Nouel
Avec Antoine Nouel, Philippe Bozo et Franck Lorrain en alternance avec Éric Aubrahn
Lumière : Denis Schlepp
Son et images : Philippe Bozo
Au Studio Hébertot depuis le 1er septembre au
78 bis Boulevard des Batignolles - 75017 Paris 
Du jeudi au samedi à 21 heures
Le dimanche à 14 h 30

vendredi 11 novembre 2022

La fille de Deauville de Vanessa Schneider

Nous ne nous souvenons sans doute pas combien les années 80 furent angoissantes et ponctuées d'actions terroristes plutôt "radicales". Comme si les attentats des années 2015 avaient tout effacé. Je reconnais qu'en terme de nombre de victimes ils furent terribles. Il n'empêche que Vanessa Schneider nous rappelle que la lutte armée a été une voie choisie pour secouer le capitalisme et les classes dirigeantes qui l’incarnent.

Si elle intitule son roman La fille de Deauville c'est sans doute pour partie pour pointer que les femmes ont pris part à ces mouvements qui jusque là étaient plutôt le domaine réservé des hommes. Mais, bien entendu l’auteure analysera aussi finement la psychologie des trois autres leaders du groupe. 

Ils ne sont pas nombreux mais la lutte armée dans laquelle ils se sont engagés met le pays à feu et à sang. Le nom de leur groupe annonce la couleur : Action directe, dite AD. Ils savent tout faire : braquages, attentats à la bombe, et bientôt assassinat. Les terroristes frappent et disparaissent aussitôt en revendiquant leur acte et en programmant déjà le suivant.

Je me souviens de leurs photos placardées partout et de l'énormité des récompenses promises par la Police à qui fournirait des renseignements sérieux. Je me rappelle de leur arrestation en 1987 d'autant plus que je connaissais la région du Loiret où le quatuor s'était planqué.

Joëlle Aubron était l'une des deux femmes. Elle a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de dix-huit ans. Après avoir été opérée d'une tumeur au cerveau, elle est libérée le 16 juin 2004 et sa peine est suspendue (par la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades). Je me rappelle aussi de l'annonce de sa mort des suites de ce cancer, le 1er mars 2006, à l'âge de quarante-six ans.

A signaler Nathalie Ménigon, la seconde femme du groupe, a elle aussi été condamnée à la même peine. Elle a été libérée en août 2008 après plus de 20 ans de prison. Elle souffre des séquelles d'une hémiplégie causée par deux accidents vasculaires cérébraux ayant eu lieu durant sa détention.

Outre l'intérêt historique de ce livre qui reprend avec minutie la chronologie de ces années noires, La fille de Deauville est aussi un roman qui éclaire le parcours d'une jeune femme qui n'est pas née dans des classes sociales défavorisées mais qui deviendra une meurtrière déterminée, notamment celle de Georges Besse, le grand patron de Renault, estimé de tous.

Vanessa Schneider réussit à nous faire comprendre comment cette jeune fille à l'air sage va basculer, malgré tout l'amour de ses parents, dans une folie révolutionnaire dont elle nous donne les clés. On a beau connaitre l'issue, on est happé par cette reconstitution, qui ne prétend pas à l'exactitude au mot près puisque le policier-enquêteur est intentionnellement un personnage de fiction.

Cet homme, italien d'origine, est lui aussi régulièrement animé par des envies de violence (p. 142) qui auraient pu l’amener à dépasser les limites s'il ne s'était pas trouvé en quelque sorte du "bon côté" de l’ordre public. Ce contexte apporte une force supplémentaire au roman et si Vanessa Schneider était une romancière habituelle du genre policier on verrait facilement "son" Luigi Pareno en héros récurent dans un autre opus.

La traque est bien rendue autant du côté des terroristes que des policiers qui, à cette époque, ne disposaient sans doute pas de l'arsenal de moyens qu'ils ont aujourd'hui. On comprend le rôle fondamental des indics, des façons de procéder de la police, sans pour autant révéler des secrets. Luigi Pareno, solitaire et douloureux, méthodique et taciturne, y consacre toute son énergie, sa rage et ses obsessions.

Cette jeune femme à l’air bon chic bon genre, découverte pour la première fois à Deauville, d'où son nom de code, occupe particulièrement ses pensées. Pareno l’observe à distance, des rues de Paris à la cellule de Fleury-Mérogis où elle est un temps incarcérée (mais libérée par grâce présidentielle par François Mitterand après son élection), d’une planque en Belgique au Loiret enneigé où elle se cache avec ses compagnons Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon et Georges Cipriani.

Ses sentiments à son égard semblent ambivalents, entre haine et curiosité. Son métier a un impact important sur la vie affective du policier et cet aspect est un autre des points forts de son livre. Il a très peu d’expérience des choses de l’amour mais on découvre un homme sincère, cherchant à bien faire dans la relation qu'il tente de nouer avec une enseignante, Chantal, elle aussi meurtrie, même s’il n’y parvient pas toujours.

Même si l'auteure n'accorde pas de vraies circonstances atténuantes à la meurtrière, elle nous permet de comprendre son mode de pensée en lui attribuant des réflexions (que l’on repère à la typographie en italiques) conférant ainsi une certaine humanité, en particulier lorsqu'elle s'adresse à ses parents ( p. 207).

Ironie du sort, elle profite de son premier séjour en prison pour passer le bac qu'elle n'avait jamais réussi et entamer des études de philosophie. Elle ne se plaindra de rien à sa sortie. Le roman de Vanessa Schneider appuie sur ses failles mais aussi ses forces, une sorte de courage, à moins que ce soit de l’inconscience. Elle n'en fait jamais un portrait complaisant, la montrant ratant la confiture la plus simple. Mais elle nous dépeint aussi une Joëlle qui a le sentiment de vivre une aventure exaltante. Honnêtement, il y a de quoi.

Plonger dans la lutte armée n’est ni une promenade de santé, ni un barbecue improvisé sur une plage landaise. (…) peu de gens sont intrinsèquement aptes à se lancer dans une guerre. Engager aussi son intégrité physique, son corps, son sang, sa peau et sa sueur nécessite d’abord d’être prêt politiquement, de n’avoir aucun doute sur la justesse de la cause (p. 60)

Vanessa Schneider a un regard de journaliste et apporte un éclairage sur cette période qu’elle nous permet de mieux comprendre. Elle a d'amères paroles pour qualifier la façon déplorable dont les médias traitent l’assassinat de Georges Besse, notamment la tenue clownesque d’un journaliste du JT (p. 218). Elle explique aussi pourquoi le capitalisme était à ce point devenu la bête noire des terroristes. En particulier en raison des licenciements et des fermetures d’usine. Par comparaison, le mouvement des gilets jaunes semble très modéré.

La fille de Deauville de Vanessa Schneider, Grasset, en librairie depuis le 9 mars 2022

samedi 5 novembre 2022

Que vais-je offrir à Noël ?

J’ai eu l’occasion de découvrir cet été en avant-première des objets qui m’ont semblé avoir le potentiel pour être des cadeaux de fin d’année idéaux. Et pourtant il était drôle tout de même d’avoir cette pensée en pleine canicule alors que la perspective de Noël était carrément surréaliste. Voilà pourquoi j’ai attendu pour en parler. Mais, croyez-moi, si j’ai eu un coup de coeur, c'est qu'il était fort.

Il est (très) rare que je me laisse aller à des confidences qui prennent l’allure de préconisations mais j’ai tellement été emballée par quelques objets de l’univers de la cuisine, au sens large, il y a quelques semaines que j’ai pensé que cela valait le coup de les partager, puisqu’elles me trottent encore dans la tête.

Et sinon, il reste l’option abonnement dans une salle de cinéma ou un théâtre.

Je vais commencer par un des articles fabriqués par une marque que j'affectionne, Microplane. Cette fois il s'agit d'un objet qui cadre totalement avec une ambiance festive puisque c'est une très élégante râpe à truffe 2 en 1 avec son manche en noyer huilé. On peut râper une truffe sans la déchiqueter mais on peut aussi la trancher selon l'épaisseur souhaitée. Et bien sûr, en vertu de qui peut le plus peut le moins, elle servira pour tous les aliments fragiles comme les champignons ou même les fraises.

Si la personne de votre coeur n'a pas encore l'ultra fameux testeur iconique employé par tous les grands chefs, sachez qu'il habille son manche de nouveaux graphismes originaux. Désigné sous le nom d'Aquarelle, une nouvelle édition limitée a été conçue pour celui qui se sent l’âme d’un artiste. La lame «signature» de la marque américaine est toujours la même, durable et affûtée à l’extrême pour des résultats incomparables.
Je l’utilise quasi quotidiennement comme les autres râpes, plus larges et mieux adaptées aux légumes.
Chez Kitchen Aid, outre tous les robots ménagers, on trouvera cet hiver un formidable mini-hâchoir capable aussi d’émulsionner. Très astucieux puisque les accessoires se rangent dans le socle. Je l’ai photographié derrière des cookies surmontés d’une crème fouettée à la pistache, faite maison grâce à cet appareil.
J’aime boire le café le matin dans une grande tasse à déjeuner. Ce n’est pas fréquent d’en trouver de jolies comme cette tasse jumbo proposée par la Maison Roussot. C’est une marque d’art de la table et d’objets déco personnalisables réalisés en France. Les créations sont exclusives. Elles sont élaborées dans le studio de design nantais et fabriquées en collaboration avec des artisans français.
Ces mugs à oreilles existent avec des mots classiques comme Liberté ou Chance, ou encore des noms de personnages familiaux. Mais on peut passer commande en en choisissant son texte et l’article deviendra unique. Et pourquoi pas A bride abattue ?

jeudi 3 novembre 2022

Le Soldat désaccordé de Gilles Marchand

Je l’ai déjà avoué, je ne me précipite pas sur un livre (un film, une pièce de théâtre ou une exposition) qui a pour sujet un des grands conflits internationaux. J’ai la guerre en horreur et je n’ai pas du tout envie qu’on me force à me replonger dans ce qui fut (aussi) des souvenirs familiaux.

Je me rappelle trop bien ce que mon grand-père en disait. Coupant court aux confidences et aux apitoiements, il répétait qu’aucune guerre ne valait d’être faite. Qu’aucune bataille ne méritait une médaille. Il avait -en toute cohérence- refusé la Croix de guerre.

Il était cependant patriote, mais il avait été, je crois, écœuré par le comportement de l’état-major et comprenait qu’on ait pu vouloir déserter, non par manque de courage mais dans une sorte de mouvement de rébellion. Plus tard, quand l’amitié franco-allemande fut à l’ordre du jour, le sujet restait encore tabou, mais pour cette même raison que je lis (p. 38) : Heureusement qu’on détestait les boches sinon comment aurait-on fait pour tenir ? (…) si on avait su qu’un boche c’était rien qu’un Français qui parle allemand on aurait eu du mal à continuer à leur tirer dessus.

Si j’ai lu le livre de Gilles Marchand c’est parce que j’ai beaucoup de respect pour cet auteur que je connais depuis qu’il a été remarqué en 2016 par Hors Concours pour son premier roman. J’apprécie son humanité. J’ai décidé de lui faire confiance. Et je n’ai pas été déçue.

J’ai retrouvé cette problématique des soldats traqués pour avoir cherché à éviter les combats dans Le soldat désaccordé et plusieurs aspects dont on ne parle pas beaucoup et qui tenaient à coeur à mon aïeul.
Paris, années 20, un ancien combattant est chargé de retrouver un soldat disparu en 1917. Arpentant les champs de bataille, interrogeant témoins et soldats, il va découvrir, au milieu de mille histoires plus incroyables les unes que les autres, la folle histoire d’amour que le jeune homme a vécue au milieu de l’Enfer. Alors que l’enquête progresse, la France se rapproche d’une nouvelle guerre et notre héros se jette à corps perdu dans cette mission désespérée, devenue sa seule source d’espoir dans un monde qui s’effondre.
Le thème est original et magnifiquement traité. Qui mieux qu’un ancien soldat serait plus compétent pour retrouver un combattant disparu ? A t-il déserté ? Fut-il agent secret ? Est-il mort ou vivant ? Aurait-il perdu la mémoire ? A t-il émigré outre-Atlantique ? Sa disparition est-elle naturelle ?

L’enquêteur connaît parfaitement les arcanes de l’armée et de l’administration. Et pourtant il va découvrir des pans entiers (et sombres) de notre historie nationale. Il sera tout comme nous choqué par le comportement d’un certain docteur Robert, repérant les trouillards et les déserteurs en les soumettant à des électro-chocs.

A l’inverse, il appréciera les confidences du médecin major Adolphe Menu, obsédé par les horaires, mais qui trouva à Joplain un prétexte pour qu’il se repose. Il prendra le temps de savourer avec lui un verre de Pessac-Léognan (p. 72), détail amusant pour moi qui ai découvert cette AOP tout récemment.

A propos de médecine, il pointera combien l’état des hôpitaux est catastrophique en 1941 (p. 200). J’ai appris beaucoup de choses en lisant ce roman et je reconnais que cette lecture est nécessaire pour mieux comprendre ce que fut ce conflit. Si je savais que des soldats anglais, écossais ou belges avaient combattu aux côtés des français, j’ignorais que nous n’avions eu aucune honte à faire appel aux Amérindiens parce que leur allure créait la surprise (p. 123) alors que peu de temps auparavant on les « montrait » dans des foires, sans tenir compte de leur condition humaine.

Il est bon aussi de rappeler quelques chiffres. Leur niveau est monstrueux. La bataille aura coûté aux Français 378 000 hommes (162 000 tués, plus de 101 000 disparus et plus de 215 000 blessés, souvent invalides) et aux Allemands 337 000. Quand on remarque le nombre de disparus on se dit que le sujet choisi par Gilles Marchand est loin d’être exceptionnel. Et on comprend qu’ils furent nombreux à se chercher de part et d’autre.

A ce triste bilan il faut ajouter le nombre de morts par suite de la grippe espagnole, pas moins de 200 000 en France à la fin de la première Guerre Mondiale et 30 à 50 millions à travers le monde, certaines réévaluations montent jusqu’à 100. A titre de comparaison le COVID aurait à ce jour fait 15 millions de victimes dans le monde.

Le décès de la femme du soldat enquêteur par la grippe est donc lui aussi plus que plausible. Outre ces considérations relatives aux conditions sanitaires générales on constate aussi combien le concept de stress post-traumatique n’était pas du tout considéré. C’est manifestement ce dont souffrit Lucie Himmler, figure archétypale des blessés oubliés de la Grande Guerre. Rien d’étonnant à ce qu’elle puisse être considérée comme une sorte de dame blanche, dite « fille de lune » dans le roman.

Gilles Marchand n’édulcore pas la condition des femmes après la guerre. Si la société a été bienheureuse de les solliciter pour remplacer les hommes partis au combat elle n’a pas été tendre avec elles au retour des hommes qui ont réclamé à reprendre leur place, quand ceux-ci étaient suffisamment valides. Si notre héros est devenu enquêteur c’était en premier lieu parce qu’il n’avait plus son emploi : La compagnie trouvait qu’un conducteur manchot, ce n’était pas rassurant pour les passagers (p. 32). Quant à sa femme, elle a fini comme la plupart des autres femmes : reléguée à une tache subalterne.

Le travail de l’auteur est remarquable parce qu’il traite un grand nombre de sujets tout en ne lâchant pas le fil conducteur qui est l’enquête pour retrouver Émile Joplain que le lecteur cherche lui aussi à cerner, car être romantique et poète n’explique pas tout. Ce qui est particulièrement réussi c’est de parvenir à nous captiver (aussi) par cette histoire d’amour entre Émile et Lucie qui, elle aussi est à sa recherche.

Et si la guerre fut partout cruelle elle le fut peut-être avec encore plus d’acuité dans cette région qu’on voulait récupérer à tout prix. Combien d’Alsaciens, enrôlés de force dans l’armée allemande en ont été traumatisés ? On les appela ensuite les « malgré nous ». Mais il y eut aussi ceux qui s’étaient sincèrement senti allemands et qui après la guerre n’ont pas réussi à se réjouir d’être français. Gilles Marchand a raison de les évoquer : En sortant de son bureau, je me suis senti bête, j’ai pris conscience que je ne m’étais jamais réellement posé la question de l’Alsace. Jamais posé la question des Alsaciens. J’avais tué pour récupérer ces régions, j’avais estimé que cela était juste. Et j’avais obéi aux ordres (p. 94).

Ajoutez à tout cela une écriture précise au service de descriptions cinématographiques et d’une histoire d’amour romanesque qui, combinée à une analyse socio-économique parfaitement documentée, compose un bel hommage aux femmes et aux hommes de cette époque sans nous en cacher l’horreur. Et qui nous fait réfléchir sur les épreuves que traversent d’autres pays en ce moment.

Enfin une couverture aussi belle qu’originale qui est tout à fait dans dans le style de cet éditeur.

Le Soldat désaccordé de Gilles Marchand, Aux Forges de Vulcain, en librairie depuis le 19 août 2022

mercredi 2 novembre 2022

Premières urgences, un documentaire d’Eric Guéret

Les questions autour de la santé, et singulièrement des hôpitaux, défraient la chronique très régulièrement.

C’est à se demander si les français peuvent encore avoir confiance dans le système hospitalier en général, dans les urgences en particulier.

Dans un tel contexte, le film d’Eric Guéret est intéressant car ce n’est pas une fiction. Le spectateur suit le premier stage en internat de cinq étudiants en médecine qui intègrent les Urgences de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis (93), en pleine période d'épidémie Covid.

Premières Urgences est une immersion de six mois dans un service qui est, on s’en doute, débordé et victime des restrictions budgétaires. Et comme dans bien des services, c’est la personnalité du patron (ici Mathias Wargon qui bien entendu interprète son propre rôle) qui permet de faire tourner la maison, comme on peut le constater au fil des séquences.

J’ai vu ce film en avant-première. Il sortira sur les écrans le 16 novembre. C’est un documentaire mais il a été conçu de telle manière qu’on s’attache aux personnages principaux, Amin, Evan, Hélène, Lucie et Mélissa, dont on partage les hésitations et les questionnement. Certes, les malades ne sont pas absents mais, pour une fois, c’est le point de vue des soignants qui est privilégié et ce n’est que justice car on remarque combien leur position est complexe.

Après 5 années d’études, ils vont faire ici leurs premiers pas de médecins. Certains veulent être généralistes, d’autres spécialistes, mais tous doivent obligatoirement faire un stage aux urgences. Un passage obligé qu’ils abordent dans un mélange de crainte et d’excitation. Ils vont pour la première fois aller seuls au contact des malades et passer enfin de la théorie à la pratique. Ils ont appris à faire un diagnostic et ont depuis peu le droit de prescrire des médicaments. Mais les urgences c’est l’épreuve du feu. C’est le service par lequel la ville entre dans l’hôpital. Toutes les pathologies et traumatismes y arrivent. 

L’hôpital Delafontaine est situé, comme la moitié du territoire français, au cœur d’un désert médical, et cette question est un axe fort du documentaire, surtout dans une région fortement frappée par la pauvreté. Pour beaucoup de ses habitants l’hôpital est l’unique accès aux soins et cet aspect va dérouter les étudiants.

Nous, ici on fait de l’humanitaire à 5 kilomètres de Paris. Mais heureusement qu’on est là car ce ne sont pas les cliniques privées qui vont s’occuper de nos patients. En plus, un tiers n’ont ni papiers, ni de quoi payer, confie Mathias Wargon à son équipe.

Mathias Wargon, médecin urgentiste et docteur en sciences, est, depuis 2017, à la tête des urgences et du SMUR de l’hôpital Delafontaine. Il est aussi chargé de mission à l’ARS et président de l’Observatoire régional des soins non programmés d’Île-de-France. Il est l’auteur de Hôpital : un chef-d'œuvre en péril paru chez Fayard en avril 2022.

La caméra est présente sans être intrusive. Les émotions ne sont pas mises de côté mais elles restent contenues pour autoriser une proximité sans empêcher un certain recul qui permet l’analyse. C’est un documentaire qui serait alors plus engageant qu’engagé, et c’est un regard très encourageant alors, je le répète, qu’on tire à boulets rouges de tous côtés sur le service public.

Cette expérience particulièrement intense dans l’hôpital public, renforcera ou fragilisera-t-elle leur vocation ? Quelle a été leur motivation à choisir cet hôpital ? Auront-ils envie de devenir urgentistes ? Et si ce n’est pas le cas, cette expérience aura-t-elle une influence sur leur manière d’exercer la médecine ?

A souligner qu’il y a aussi une réflexion sur la pédiatrie qui est au coeur de l’actualité en ce moment.

Premières urgences, un documentaire d’Eric Guéret
Distribué par Haut et Court
Au cinéma le 16 novembre 2022

vendredi 28 octobre 2022

L'homme qui danse de Victor Jestin

J'avais eu un coup de coeur en 2019 pour le premier roman de Victor JestinLa chaleur. J'étais donc prédisposée à aimer le second, L'homme qui danse.
La Plage est le nom de la boîte de nuit d’une petite ville en bord de Loire. C’est là qu’Arthur, dès l’adolescence et pendant plus de vingt ans, se rend avec frénésie. Dans ce lieu hors du temps, loin des relations sociales ordinaires, il parvient curieusement à se sentir proche des autres, quand partout ailleurs sa vie n’est que malaise et balbutiements. Sur la piste de danse, il grandit au gré des rencontres – amours fugaces, amitiés violentes, modèles masculins écrasants. Au fil des ans, il se cherche une place dans la foule, une façon d’exister. Jusqu’où le mènera cette plongée dans la nuit ?
Aller à La Plage est devenu une addiction. Ç’aurait pu en être une autre pour ce garçon mal dans sa peau.  Ce n’est pas pour les scintillements des boules à facettes qu’Arthur s’y rend si régulièrement. Ce qui est particulièrement réussi dans ce roman c’est que l’auteur a construit un personnage qui se force à tenter d’aller mieux et qui n’a trouvé que ce moyen, peut-être parce qu’il est somme toute à portée de main.

Il n’est pas très à l’aise pour danser, c’est le moins qu’on puisse dire mais elle lui apporte malgré tout un certain apaisement : J’ai ressenti précisément pourquoi j’aimais ça (…). Dans la danse, la vie s’ordonnait, se réglait en un système de rythmes et de mouvements dont même les ruptures répondaient à une logique ; c’était comme un quadrillage géant, un filtre familier posé sur ce qui partout ailleurs relevait pour moi de l’immaîtrisable (p. 91).

L’écriture est, comme pour le précédent roman, puissamment masculine, profondément grise, presque désespérée tout en brossant le portrait d’un homme qui évolue malgré tout positivement, mais si peu qu’il semblerait que rien ne changera vraiment. La famille constate les dégâts mais croit bien faire en jouant la carte de l’encouragement et en n’intervenant qu’a minima.

Sa seule amie Alicia, barmaid à La Plage, ne le comprendra pas davantage. Il aurait été évident de son point de vue qu’Arthur fasse de la danse un métier. Mais son mal-être l’emporte : ma vie ne tenait qu’à la boite. (…) J’avais peur de tout, de la rue, du travail, de la paperasse, des questions, des visages inconnus en plein jour. J’étais bloqué. (…) J’avais renoncé au combat. Je savais que ce n’était pas bien. Mais je n’y pouvais plus rien (p. 164).

Le lecteur lui aussi ne peut que suivre le parcours sans prendre parti. Et c’est là que Victor Jestin est très fort car on conserve notre liberté de pensée tout en assistant à ce qui s’apparente, on peut le dire, à une sorte de naufrage. Combien sont-ils ceux qui, comme Arthur, n’ont pas les clés pour devenir « quelqu’un », avoir un métier épanouissant, fonder un foyer qui les écartera de la solitude ?

On pense du coup à ces drames qui font les choux gras des faits divers et qui demeurent inexpliqués quand, à la fin d’une sortie en boite, une relation dérape. Arthur n’est ni meilleur ni pire que les autres, mais il a reçu une solide éducation qui l’éloigne du cynisme et le rend touchant.

Enfin, comme le souligne Victor Jestin, l’univers des boites de nuit s’effondre doucement, comme ont disparu les petits bals des campagnes, au profit de relations nouées sur des sites qui n’apporteront sans doute pas davantage le bonheur à leurs inscrits, lesquels, eux aussi, y reviennent régulièrement, comme les mouches attirées par la promesse de miel.

Victor Jestin a reçu le Prix Blù qui chaque année repère un second ou un troisième roman et qui a pour but de « valoriser une plume audacieuse et inattendue qui deviendra l’incontournable de demain ». C’est exactement l’avenir qu’on souhaite à cet auteur prometteur.

L'homme qui danse de Victor Jestin, Flammarion, en librairie depuis le 24 août 2022
Prix de la Maison Rouge 2022 - Prix Blù Jean-Marc Roberts 2022

jeudi 27 octobre 2022

Et si on cherche un Rouge pour accompagner un curry …

Il y a peu de temps je proposais un Blanc pour accompagner un curry. Je me suis aussi posé la question version Rouge… alors j’ai choisi une AOC Haut-Médoc au nom original, Fabre on the Rocks, qui est un Bordeaux pour le moins différent puisqu’il est 100% Malbec alors que les vignerons voisins vendangent du Cabernet Sauvignon et du Merlot, qui sont les deux cépages les plus représentatifs de la région, comme je l’ai d’ailleurs indiqué récemment, dans un billet consacré à l’AOP Pessac-Léognan.

Je connaissais le Malbec comme cépage présent dans l’AOC Cahors et je dois dire que jusque là je le trouvais trop puissant. Mais ici, au contraire, sa force est son atout.

L’étiquette est très expressive. Vous aurez deviné que le nom qui y figure n’a rien à voir avec l’expression des barmen qui servent un alcool sur des glaçons. Il fait par contre allusion au sol très rocailleux de la butte parsemée de cailloux calcaires où il a été planté et sur lequel il s’épanouit idéalement.

Cette cuvée est Issue de la dernière parcelle de Malbec plantée en 2018. Elle est gourmande et juteuse, un brin rebelle à déguster sur de simples moments de partage. Ainsi, sa fraîcheur et son fruité ont été préférés au boisé. A déguster dans sa jeunesse.

Comme tous les Malbec, il a une robe pourpre intense. Le nez est très expressif, avec des notes de fruits à petites baies, myrtilles et groseilles. Il est ample en bouche, avec des tannins gras et ronds qui s’accorderont avec la puissance féroce du curry pour peu qu’on l’ait laissé décanter une trentaine de minutes et qu’on le serve autour de 16-17°.
Fabre on the Rocks s’accorde aussi avec une soupe de lentilles servie avec un croûton frotté d’un éclat d’ail.
Le Malbec est un cépage très ancien. Il est connu sous le nom de Côt ou Auxerrois à Cahors. Le vin de cette région est réputé pour son côté rustique, avec des notes de gibier et des arômes de raisins secs, de peau de prune et de tabac. Appelé autrefois «vin noir», la forte présence de tannins autorise un très bon vieillissement. Mais sa présence a fortement baissé à cause de la grande vulnérabilité du cépage face au gel. Il reste cependant encore cultivé dans le Sud-Ouest et la vallée de la Loire.

Fameux en France, il a connu un second souffle grâce aux vins d'Argentine dont la qualité n'est plus à démontrer. Il faut savoir que ce cépage est originaire de Bordeaux, et ce sont les immigrés venus d'Europe au milieu du XIXème siècle qui l’introduisirent alors en Argentine où le climat chaud et sec lui convenait parfaitement.

Les Malbecs argentins sont charpentés et riches en tannins, à la belle robe sombre violette. Il développe des arômes de fruits noirs de mûre et de prune, et des notes épicées de poivre et de clou de girofle.
Les Domaines Fabre regroupent plusieurs propriétés familiales depuis cinq générations. Ce sont aujourd’hui Mélanie et Jean-Hubert qui reprennent progressivement la suite de leurs parents, tout en s’appuyant sur leur expérience pour continuer à développer des vins en appellation Haut-Médoc et Margaux. Ils sont désormais engagés dans une démarche environnementale et s’ouvrent à l’œnotourisme.

Domaines Fabre - Lamothe, Cissac-Médoc - 33250 Pauillac - Tel : 05 56 59 58 16

mercredi 26 octobre 2022

La mère à côté de Thael Boost

Je connais (un peu) Thael Boost dont je suis « amie » sur les réseaux sociaux. Nos points de vue s’accordent souvent. C’est donc avec un intérêt particulier que j’ai lu son premier roman tout en redoutant d’en parler ensuite (parce que c’est toujours plus difficile de chroniquer une œuvre de quelqu’un qui ne nous est pas totalement étranger).

Elle nous offre un ouvrage très personnel puisqu’elle raconte l’essentiel de ses rapports avec sa mère, une personne assez fantasque, au caractère bien trempé, et qui s’empêtre dans la maladie d’Alzheimer, cette dégénerescence qui rend double, qu’elle surnomme Schrödinger et dont elle dit aussi que sa conscience refuse de voir. La mère à côté. On en rit (p. 111).

Pourtant si, puisque  La mère à côté est le titre qu’elle a donné à son roman. Le sujet a certes déjà été traité et par chance, il n’est pas l’essentiel du livre. L’important, c’est ce qui reste de la relation fusionnelle entre une fille non voulue par son père, et désirée par sa mère, alors que la mémoire se fait la malle et que tout fout le camp, pour parler comme Rosy.

A l’instar de ce qu’elle publie sur Facebook à propos des frasques de sa maman, et qui sont pour la plupart très drôles, le ton est souvent joyeux malgré la gravité de la situation. Nous sommes nombreux à savoir que nous devrons traverser semblable épopée, soit comme accompagnateurs de nos parents (je n’aime pas le terme d’aidants qui est plutôt galvaudé), soit comme combattants, avec le secours plus ou moins bienveillant de nos enfants, voire même enchaîner les deux postures à quelques années d’intervalle.

C’est dire à quel point nous pouvons nous sentir concernés. Combien de fois ai-je repéré cette manière de donner le change que l’auteure souligne. Les « je ne sais plus très bien, aide-moi. Les réponses au pif et les fulgurances aussi ». J’ai noirci des pages entières des remarques de ma mère, dans lesquelles je cherchais une cohérence que je n’ai jamais établie avec certitude mais j’avais le sentiment qu’elle avait un message à transmettre. Thael aussi a cette sorte de regret de ne pas avoir osé poser toutes les questions, ou du moins de ne pas avoir pu saisir toutes les réponses.

J’ai donc, à multiples reprises, reconnu tantôt ma mère, tantôt ma fille, et me suis sentie entre deux, pas encore à côté mais ça viendra. La lecture est de ce point de vue presque douloureuse. De même que j’ai eu parfois le sentiment de m’immiscer au sein d’une intimité qui me plaçait dans une position d’indiscrète tant la mère -comme la fille d’ailleurs- s’expriment sans filtre.

Et pourtant j’ai adoré ces instants de partage auxquels Thael m’a conviée et j’ai le sentiment d’être une privilégiée de les avoir vécus. Je pourrais jurer avoir pris un verre en terrasse avec elles deux.

Les chapitres sont courts. L’alternance irrégulière entre le présent et le passé dynamise le récit et lui apporte une certaine légèreté. On est tout le temps dans un élan vital. D’ailleurs, alors que je la redoutais, j’ai apprécié que la fin ne soit pas tragique. De toute façon, on la connait. Nul besoin de nous la raconter.

Le livre aborde aussi des sujets qu’on pourrait qualifier de périphériques comme la vieillesse en général et la condition de la femme. Rien ni personne ne nous prépare à cela, la femme âgée n’est pas qu’une petite vieille. La femme âgée est une femme comme les autres (p. 107). Et cette question du nom, dont on se demande pourquoi les politiques ne sont pas  revenus sur la tradition qui prive les femmes de leur patronyme à partir de leur mariage. Et pourtant la loi est formelle : on ne change pas de nom, la preuve en est lorsqu’on vote. On demeure répertorié à son nom de naissance.

Thael Boost vit entre Paris et Nice. Elle est directrice au sein d’un cabinet de conseil et d’expertise comptable. Parallèlement, sa passion du livre l’a conduite à devenir une bookinstagrameuse reconnue dans la sphère des réseaux sociaux.

La mère à côté de Thael Boost, Anne Carrière, en librairie depuis le 13 mai 2022

mardi 25 octobre 2022

Dégustation Château de France Pessac-Leognan

(Mis à jour le 29 octobre 2022)
Très appréciés tant en France qu’à l’étranger, les vins de Pessac-Léognan sont issus d’un vignoble péri-urbain puisque situé seulement à une quinzaine de kilomètres de Bordeaux, sur un terroir unique, dans la région des Graves,.

Voilà pourquoi beaucoup de personnes emploient encore le nom de Graves, qui est antérieur à celui de Pessac-Léognan pour désigner les vins de cette AOC, somme toute récente, puisque c’est Jacques Chirac, alors Premier Ministre du Président François Mitterand qui en signa le décret de création en septembre 1987, avec fonction rétroactive de manière à ce que le cru 1986 puisse en bénéficier.

La famille Thomassin fait aujourd’hui partie des plus anciens propriétaires de l’appellation. Château de France avait été repris en 1971 par Bernard Thomassin et Arnaud (ci-contre) en assure désormais la direction.

Le bâtiment a été édifié sur les fondations d’un ancien manoir dont il conserve la belle cave voûtée… une maison de maître construite à la fin du XVIIe siècle par un procureur. C’est un Conseiller au Parlement de Guyenne, Taffard, qui développe le vignoble au siècle suivant dans une période clef : celle de la naissance de la notion qualitative de Grand Cru.

C’est encore un siècle plus tard, au XIXe siècle, que va se construire la réputation des Vins d’appellation Pessac-Léognan en premier lieu sous l’action de Jean-Henri Lacoste, négociant en tissus d’ameublement, propriétaire du domaine durant 32 ans, créateur du château actuel.

A cette époque, les domaines prennent petit à petit l’appellation de château … et de grandes demeures apparaissent. Jean-Henri Lacoste rénove modestement la sienne : il élimine les ailes formant le U, rajoute de petits pavillons à chaque bout et crée un second étage. Cette chartreuse figure sur l’étiquette des vins Château de France.

Mais quand Bernard Thomassin acquiert le domaine, celui-ci est resté un peu à l’écart du Bordelais viticole comme une majorité des Grands Crus des Graves depuis plus de 50 ans, de 1920 jusqu’aux années 1975. Le Château de France est alors à un tournant historique. Il est désormais le fruit de la rencontre entre une famille et un terroir. Le travail accompli, couronné par la reconnaissance en AOC a permis au Château de France rouge et au Château de France blanc de se partager aujourd’hui les reconnaissances mondiales.

Cette propriété familiale de 40 hectares inclut 4 hectares de Sauvignon et de Sémillon pour la production de vin blanc mais c’est surtout l’AOC Pessac-Léognan rouge qui est produite avec 36 hectares de Cabernet sauvignon et de Merlot.

En raison de la jeunesse (quoique relative) de l’appellation et de son positionnement haut de gamme (souligné par la mention « Grand Vin de Graves » sur chaque étiquette) le Pessac-Léognan est un vin de connaisseurs … chanceux puisque le prix des bouteilles n’a pas bougé malgré, notamment, la multiplication par trois du prix du papier et une progression les salaires de 10%. C’est une vraie prouesse.

Il y a deux méthodes pour déguster un vin. Le goûter en le comparant à d’autres, selon un ordre que le vigneron a établi, ou bien le savourer au cours d’un repas, à condition qu’il soit servi avec un plat qui lui correspond. Dans l’idéal on combinera les deux, et c’est ce que j’ai pu faire, en toute modération, avec cette AOP Pessac-Léognan de Château de France.

Que ce soit l’une ou l’autre méthode, on commence toujours par les blancsChâteau de France en propose deux, qui sont tous deux un assemblage de 80% de Sauvignon et 20% de Sémillon. A noter que le Sauvignon est vendangé le plus tardivement possible pour bénéficier des arômes de bourgeon de cassis.
La première cuvée porte le qualificatif de Coquillas dont le nom et l’étiquette évoquent immédiatement le terroir sur lequel les vignes s’enracinent, un ancien gisement marin datant de plus de 19 millions d’années laissant apparaitre des milliers de coquillages. Que ce soit pour le Blanc comme pour le Rouge, elles poussent sur des graves pyrénéennes très profondes, parfois sur un sous-sol argilo-calcaire. Le sol est pauvre mais l’assemblage de Sauvignon et de Merlot permet de conjuguer une structure tannique à une touche fruitée. Le minéral et le fuit s’accordent aussi bien en blanc qu’en rouge.

Le Château Coquillas est exclusivement élevé en barriques neuves. C’est typiquement la bouteille que l’on partagera entre copains à l’apéritif. Bien que l’année 2021 ait été difficile en raison de gelées, ce millésime est appréciable pour son côté très aromatique. On le présenterait au cours d’un repas sur une viande grillée ou rôtie ou encore avec un fromage de chèvre frais.

Son nez est très harmonieux et doux, d’abricot confit, lychee et fruits à chair blanche, puis de miel. La bouche est joliment structurée, puisque gras et fraîcheur se combinent avec beaucoup d’élégance, laissant place à une finale minérale.
Le Château de France Blanc est plus gastronomique et le 2021 est très tendu, avec une salinité qui fait saliver, et que l’on appréciera tout à l’heure -en 2020- avec le carpaccio de poisson.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)