Avignon 2019

Ayant vu plus d'une centaine de spectacles (entre le Festival d'Avignon, le Off et même celui qu'on appelle le If) il n'était pas possible de dédier un billet à chacun, ou sinon, pendant plus de trois mois, il n'aurait plus été question d'autre chose sur le blog.
Impossible par exemple d'attendre le 1er octobre pour publier des chroniques sur la rentrée littéraire !
J'ai décidé de rassembler tout ce qui concerne Avignon sur le mois de Juillet. Etant plus approfondis que ce que j'ai écrit régulièrement cet été sur la page Facebook A bride abattue ces articles sont très longs à écrire. Je m'aperçois en ce début de septembre, alors que je viens de mettre en ligne celui qui est daté du 14 juillet, que je prends trop de retard sur d'autres sujets dont il est important de ne pas différer davantage la parution. C'est pourquoi les chroniques avignonnaises, qui ont en quelque sorte valeur d'archive, vont désormais s'insérer rétroactivement.
Je vous invite donc à scroller régulièrement pour les lire ou à utiliser la catégorie "Avignon" pour les faire apparaître. Ou encore, et ce serait le plus efficace, à entrer votre adresse mail dans le rectangle blanc "Pour recevoir par mail ... etc".

jeudi 19 septembre 2019

Ursula Burke expose A False Dawn (Un faux espoir) au Centre Culturel Irlandais

Je ne connaissais pas le Centre Culturel Irlandais qui se trouve derrière le Panthéon, ... au 5 rue des Irlandais … Sa programmation culturelle et le nombre impressionnants d’activités qu’il propose m'ont séduite.

Pour commencer je voudrais attirer votre attention sur l’exposition présentée en ce moment en accès libre et jusqu’au 27 octobre. 

Elle s’intitule A False Dawn (Un faux espoir) et présente les oeuvres d’une assez jeune artiste irlandaise, Ursula Burke, que j’ai eu la chance de rencontrer et qui dénonce les abus de pouvoir dans de nombreux domaines de la société occidentale et des systèmes politiques, à commencer bien entendu par son pays, l'Irlande.

Ursula Burke a conçu une exposition qu'elle a voulu immersive et qui combine de manière inédite le dessin, la broderie et la sculpture en porcelaine. Tout est présenté dans une seule immense pièce dont les murs ont été peints spécialement, avec sur trois cotés et de haut en bas des coulures de peinture.

On dirait la photocopie de la photocopie d’un original dont les couleurs se seraient fondues en une seule. C'est la sixième fois qu'elle réalise ce dispositif, initialement peint en noir et blanc, mais l’artiste a choisi cette fois le bleu de Prusse et le résultat est vraiment intéressant. Cette couleur évoque aussi bien un cataclysme de l’ordre de l’inondation qu’un désespoir qui aurait provoqué des flots de larmes.

Le principe du mural est plutôt "naturel" à l'artiste qui a l'habitude d'en voir partout en Irlande du Nord aussi bien à l'initiative des unionistes comme des opposants. Cette oeuvre-ci sera aussi temporaire que les précédentes.
La pièce majeure occupe le quatrième mur, qui est celui qui fait face à l’entrée. Elle y revisite la Villa Livia, une fresque romaine située au musée du Palazzo Massimo à Rome. C'était à l'origine une chambre semi-souterraine, probablement pour les banquets d'été grâce à sa fraîcheur, dans la Villa suburbaine de Livia Drusilla, épouse d'Auguste (près de la Prima Porta). L'oeuvre originale, datée des années 30-20 avant J.-C., révèle un jardin verdoyant, intemporel et exotique, et présente sous son meilleur jour une grande variété de plantes et d'oiseaux, dont pins, chênes, grenades, myrtes, lauriers roses, dattiers, arbousiers, lauriers, buis, cyprès, lierre et de nombreuses fleurs : coquelicots, chrysanthèmes, camomille ... Le résultat fait penser à des scènes de toiles de Jouy, en raison de son monochromisme, de la finesse des détails, et de l’univers bucolique et végétal. L'emploi de la bichromie apporte cependant une note dramatique. Le résultat demeure foisonnant mais la tristesse domine sur l’exubérance.

mercredi 18 septembre 2019

Pompiers de Jean-Benoît Patricot

Je ne savais pas que je pouvais ne pas vouloir.

Au départ, ce qu'on appelle un "fait divers" lu par Jean-Benoît Patricot dans un journal en 2001, puis oublié, repris des années plus tard, déjà monté au Théâtre du Balcon au festival d'Avignon en 2016.

Un pompier peu scrupuleux abuse de la faiblesse d’une jeune femme pour assouvir ses désirs. Il finit par la transformer en objet sexuel qu’il partage volontiers avec ses collègues. La jeune femme en parle à une assistante sociale qui, horrifiée, dénonce le crime. La pièce commence quand les deux protagonistes se trouvent face à face avant le jugement alors qu'ils ne devraient pas communiquer ensemble.

Au tout début il ne fait aucun doute qu'il a abusé honteusement d'elle. Il est haïssable. La magie de la direction d'acteurs est de faire en sorte qu'elle ne soit pas si faible qu'elle en a l'air, ou du moins que la confrontation lui permette -à elle- de comprendre ce qui s'est joué entre eux. Jusqu'à traduire plus fermement ce qui n'était qu'une défense (Je ne savais pas que je pouvais ne pas vouloir) en une véritable affirmation : je ne savais pas que je pouvais dire non.

Evidemment le texte prend une force supplémentaire depuis le mouvement #metoo et toutes les dénonciations de violence faites aux femmes. Il faut l'écouter attentivement. Car les personnages n'ont pas d'identité. Ce sont "un homme" et "une fille", autrement dit cela pourrait être n'importe qui, et cela fait peur. L'intention de l'auteur est de donner du poids aux mots. Par exemple quand il cherche à minimiser leur relation : Tu m’as donné du plaisir, elle réplique : Tu m’as donnée… C’est tout.

On pourrait multiplier ces moments où elle prend le dessus, intellectuellement, elle que l'on dit simplette. Parce que ses sentiments sont purs. Elle a tant besoin d'amour qu'elle pourrait faire n'importe quoi si elle pense qu'on va l'aimer.

Elle se souvient de toute leur histoire, numérotée jusqu'à 21. Et l'homme n'aura grâce de rien. Il pense parvenir à la faire fléchir mais à la fin le spectateur pourrait penser que l'inverse s'est produit.

Elle sait bien que pour être aimée il faut dire oui. Alors elle n'a pas osé (se) refuser. C'est pourtant en affirmant non que peut-être elle sera aimée. Mais avant cela il faudra qu'il ait mal pour ce qu'il a fait, nous sommes bien d'accord.

La mise en scène de Catherine Schaub est si simple qu'on ne la voit pas. Elle est au service du texte, de ce qui est dit et surtout de ce qui est suggéré. Est-ce que les mêmes mots ont le même sens pour chacun ? Est-ce dire oui que ne pas dire non ? C'est du très grand théâtre, servi par deux comédiens exceptionnels, Géraldine Martineau et Antoine Cholet. On sort de la salle extrêmement secoué.

Je rappellerai que Géraldine Martineau était déjà extraordinaire dans Dormir cent ans de Pauline Bureau (Molière du spectacle jeune public 2017) et que je l'ai énormément appréciée aussi cet été dans Déglutis ça ira mieux d’Andréa Bescond et Éric Metayer. On espère que la pièce sera jouée bientôt sur une scène parisienne. C'est encore elle qui avait signé la très sensible mise en scène de La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck à la Tempête en 2017.
Pompiers de Jean-Benoît Patricot
Mise en scène de Catherine Schaub
Avec Antoine Cholet et Géraldine Martineau
Scénographie : Florent Guyot
Lumières de Thierry Morin
Costumes de Julia Allègre
Du 10 septembre au 13 octobre 2019
Du mardi au dimanche à 18 h 30
Relâche les lundi, le 15 septembre et le 1er octobre
Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt - 75008 Paris

mardi 17 septembre 2019

L'affranchie de Pauline Moingeon Vallès


J'aurais voulu voir L'affranchie pendant le festival d'Avignon mais mes horaires de travail n'étaient pas compatibles avec celui du spectacle qui, hasard de la programmation, était à l'affiche à la rentrée au Théâtre de Nesle.

L’Affranchie est l’histoire vraie d’une renaissance, celle d'Alice Albert. A 4 ans, Alice perd sa mère. Elle est alors adoptée par une femme qui a aussi élevé Vincent, ce frère d’adoption avec qui Alice partage un amour fusionnel. A 13 ans, elle tombe enceinte. Elle qui depuis toujours écoute le monde de tout son corps va être internée par cette mère qui n’a jamais su appréhender les singularités d’Alice et qui craint maintenant les préjugés. Aujourd’hui, Alice à 36 ans. Elle recouvre sa liberté et donne rendez-vous à son fils, Nim, qu’elle n’a pas revu depuis leur séparation quand il avait un an. C’est dans l’attente de ce fils qu'Alice se livre à nous et nous offre la parole libératrice et lumineuse d'une femme qui s'éveille. Enfin.

C'est un monologue, mais Pauline Moingeon Vallès, qui en est aussi l'auteure, parvient à faire vivre tous les personnages. Quand elle dit qu'elle a commencé à écrire comme un grand courant d'air le spectateur s'interroge - et je crois qu'il a raison : est-ce l'auteure ou l'interprète qui s'adresse à lui ?

Comme elle est touchante de s'appliquer à suivre l'injonction du philosophe Alain : c'est un devoir envers les autres que d'être heureux. Comme le chemin fut long. On ne peut qu'être touché par l'hypersensibilité qui se dégage du texte et de son interprétation.

Les références aux entretiens cliniques s'enchainent et témoignent d'un passé ponctué d'épisodes difficiles à vivre, même s'il est vrai que la mélancolie c'est le bonheur d'être triste (Victor Hugo). 

La bande-son est choisie avec soin, entre l'Ave Maria interprété par Nana Mouskouri, Sound of Silence de Simon et Garkunkel et J't'Emmène Au Vent de Louise Attaque, le sujet de Pauline Moingeon-Vallès est bien éternel, et pas le moins du monde artificiel. Elle a écrit son texte à partir de témoignages et elle termine avec une chanson qui révèle un autre de ses talents.

Beaucoup d'autres spectacles traitent de la résilience. Celui-ci est particulièrement juste et émouvant. Saluons aussi la mise en scène de Elise Touchon-Ferreira.
Le spectacle a été créé par la Compagnie Z.U.T. (Zineb Urban Théâtre), codirigée par Pauline Moingeon Vallès et Élise Touchon Ferreira, et qui s’installe à Montreuil (93) en 2015. Elle prend alors une nouvelle orientation pour œuvrer en priorité auprès d’un public de quartier en proposant des ateliers artistiques, éducatifs et culturels. ZUT souhaite multiplier les liens avec des structures porteuses de projets autour de l'aide sociale à l'enfance, des structures artistiques qui souhaiteraient développer des ateliers d'écriture autour de sujets sensibles.
C'est peut-être un détail mais la comédienne avait réalisé des cookies à l'intention du public le soir d cela dernière représentation, témoignant de sa sensibilité. et de son sens du partage.

L'Affranchie
De et avec Pauline Moingeon Vallès
Mise en scène de Élise Touchon Ferreira
Le 6 et le 10 septembre 2019 à 19 heures
Au Festival 7.8.9 du Théâtre de Nesle
8 rue de Nesle - 75006 Paris

lundi 16 septembre 2019

La vie scolaire de Grand Corps Malade et Mehdi Idir

J'attendais beaucoup de La vie scolaire, parce que c'était le second film de Grand Corps Malade et de Mehdi Idir et que toute la presse avait crié au génie.

Egalement parce que j'avais vraiment apprécié Patients. Seulement voilà, je ne suis pas autant enthousiaste que je l'aurais voulu, (sans pour autant être déçue, loin de là). En toute logique parce que je connais le sujet de l'intérieur et cela fausse ma perception.

Il faut admettre que le duo, et particulièrement Mehdi Idir qui raconte ici son histoire, soit libre de nous livrer son ressenti sans chercher à être exhaustif sur une année de la vie d'un établissement scolaire de banlieue.

D'ailleurs il s'est permis, et je lui donne raison, de filmer une scène d'apprentissage de la flute alors que cet enseignement n'est plus au programme. Il en gardait un souvenir particulier qu'il voulait partager et c'est bien son droit.
Ceci étant les comédiens, professionnels ou non, sont tous formidables. On ne s'ennuie pas une seconde et l'ensemble est assez juste. Il y a beaucoup de messages directs et indirects à décrypter, ce qui fait que le résultat est riche.

Le titre est polysémique. Il faut avoir un enfant scolarisé dans le second degré ou être "du métier" pour savoir ce que ce terme désigne. La vie maternelle, la vie primaire, la vie universitaire n'existent pas... le travail effectué sous ce label de "vie scolaire" est assuré par les enseignants, ou n'est pas fait.

Pour résumer on peut dire que le ou la conseiller(e) principal(e) d’éducation (CPE) exerce des responsabilités éducatives dans un collège, un lycée ou un lycée professionnel. Il/elle organise le service et contrôle les activités des personnels chargés des tâches de surveillance (autrement dit les pions). Ils sont associés aux personnels enseignants pour assurer le suivi individuel des élèves et procéder à leur évaluation. En collaboration avec les personnels enseignants et d'orientation, ils contribuent à conseiller les élèves dans le choix de leur projet d'orientation.

Il/elle a pour mission d'assurer des relations de confiance avec les familles ou les représentants légaux des élèves, et de contribuer à la qualité du climat scolaire.  Le CPE est donc un interlocuteur privilégié pour les parents d'élèves (signalement des absences et des problèmes liés au comportement, élaboration du projet personnel de l'élève, suivi de la scolarité au sens large...). Il/elle participe à la définition des besoins en matière de gestion de flux d'élèves durant le temps hors classe, élabore la grille des postes permettant une surveillance optimale et conseille le chef d'établissement sur les questions relatives à la sécurité des élèves. Bref le/la CPE est en contact avec tout le monde, adultes et élèves, à l'intérieur comme à l'extérieur du collège. rien d'étonnant à ce que cette personne ait mille choses à faire au même moment.
C'est un poste-clé et il était malin de montrer le quotidien d'un collège depuis ce poste d'observation. La comédienne qui incarne Samia (Zita Hanrot) est remarquable.

Samia est une jeune CPE que l'on dit novice, débarquant de son Ardèche natale dans un collège réputé difficile de la ville de Saint-Denis. Elle y découvre les problèmes récurrents de discipline, la réalité sociale pesant sur le quartier, mais aussi l'incroyable vitalité et l'humour, tant des élèves que de son équipe de surveillants. La jeune femme s'adapte et prend bientôt plaisir à canaliser la fougue des plus perturbateurs. Sa situation personnelle compliquée la rapproche naturellement de Yanis, un ado qui semble renoncer à toute ambition en se cachant derrière son insolence. Elle a flairé son potentiel et va investir toute son énergie à le détourner d'un échec scolaire annoncé et tenter de l'amener à se projeter dans un avenir meilleur. Sa vie a elle changera aussi radicalement.

Si les missions de l’École restent identiques sur l'ensemble du territoire national pourtant la réalité du travail quotidien dépend beaucoup du contexte et de l'historique local, de la composition sociologique des publics accueillis, de la typologie de l'établissement, des moyens (ressources) dont il dispose, ainsi que de la politique et des priorités impulsées par le chef d'établissement.

En cela le choix de l'établissement par les réalisateurs n'est pas anodin. Et le rôle d'interface de la CPE est tout à fait mis en avant. Il m'a semblé que le scénario était très représentatif d'une certaine réalité qu'il faudrait plus de deux heures pour en montrer tous les aspects. 
La vie scolaire demeure un film et pas un documentaire de plus sur les banlieues. Quiconque a travaillé dans le milieu scolaire aura entendu cette petite phrase : individuellement, ils ne sont pas méchants. Le script a été construit de moments vécus ou observés, ou nourris d’anecdotes qui ont été racontées à l'équipe. Il y a un savant cocktail de général et de particulier, de drame et de comédie. C'est ce qui fait la réussite du film.

C'est très malin de commencer par une séquence de cacophonie où le spectateur met un moment à réaliser que les chahuteurs sont ... des enseignants. Le sujet de l'emploi du temps est effectivement une de leurs préoccupations majeures (plus que celui des élèves). Et bien entendu la question des limites, de la nature des sanctions. Quant à la remise des copies, on ne pouvait pas échapper au cliché classique. Par contre le bouchon est poussé très loin dans les scènes de sport.

Il y a plus grave, et le film ne fait pas l'impasse sur le coté social, ni sur la posture de l'échec. L'élève qui pense : et si je ne valais pas mieux que ça n'est pas rare, et cette réflexion soulève l'immense question de la motivation. Comment alors les aider à ne pas gaspiller leur vie ? La chanson de Stevie Wonder Pastime Paradise arrive à point nommé pour que le spectateur s'interroge.

dimanche 15 septembre 2019

Fourmi, un film de Julien Rappeneau

Après Hors normes je voudrais attirer votre attention sur un film qui s'inscrit aussi dans le thème de l’enfance du 18 ème Festival Paysages de Cinéastes de Châtenay-Malabry.

Cette fois c’est le jeune Théo qui endosse la cape de Zorro pour tirer son père, son club de foot, son copain et même l’assistante sociale vers le haut. Théo est petit, mais à l’instar de la fourmi il est solidaire et joue collectif.

François Damiens y est exceptionnel dans le rôle du papa et surtout ce gamin (Maleaume  Paquin) qui sait aussi bien faire l’acteur que jouer comme un grand du ballon rond. Il a la passion pour le football depuis l'âge de sept ans, ce qui lui permet d'avoir un jeu naturel. De plus le réalisateur savait que Maleaume avait déjà une belle expérience du cinéma puisqu'il venait d'interpréter le rôle-titre de Rémi sans famillele film réalisé par Antoine Blossier avec Daniel Auteuil.

André Dussolier campe un entraîneur qui se raccroche aux paroles de grands footballeurs, citant par exemple Pelé : celui qui pense que la victoire ne compte pas ne gagnera jamais rien.
Quelques personnages secondaires sont savoureux comme le niveau de l'entraineur qui n'est guère plus compétent en football qu'en pâtisserie.
Théo aimerait redonner de l’espoir à son père, Laurent, un grand gaillard solitaire et désabusé par la vie, que la séparation et le chômage ont fait basculer dans l'alcoolisme.
L’occasion se présente quand le garçon est sur le point d’être recruté par un grand club de foot anglais. Finalement non sélectionné car jugé trop petit, Fourmi n’a pas le cœur d’imposer une déception de plus à son père. Il se lance alors dans un mensonge qui va rapidement le dépasser… Il ne sera pas le seul à mentir ...

Ce film de Julien Rappeneau est la brillante démonstration que le mensonge peut être un emprunt fait au bonheur, surtout quand on n’en parle à "personne". Julien Rappeneau est un scénariste français. Il est le fils du réalisateur Jean-Paul Rappeneau, le neveu de la réalisatrice de télévision Élisabeth Rappeneau, et le frère du compositeur Martin Rappeneau.

Fourmi est encore à l’affiche du Rex comme du Sélect de la Ville d’Antony jusqu’au 17 septembre.

samedi 14 septembre 2019

Hors normes, un film d'Eric Toledano et Olivier Nakache

Le 18 ème Festival Paysages de cinéastes s’est clôturé ce soir, à l’instar de celui de Cannes -mais oui tout à fait- par une projection du film d’Éric Toledano et Olivier Nakache Hors normes, après la remise du palmarès couronnant particulièrement Papicha.

Mounia Meddour a réalisé ce film en s'inspirant de faits réels qui se sont déroulés à Alger dans les années 90, rendant hommage à des jeunes filles qui voudraient vivre libres, coûte que coûte et malgré le danger, sans devoir quitter le pays qu'elles aiment. La sélection officielle concoctée par Carline Diallo, la Déléguée générale du festival, a respecté la contrainte de retenir uniquement des longs-métrages qui ne sont pas encore sortis en salle mais qui aussi avaient en commun, de célébrer une forte pulsion de vie quelle que soit la situation de crise.

On connaît Éric Toledano et Olivier Nakache pour Intouchables que j’avais découvert en avant-première il y a déjà huit ans. Ils n’ont peut-être pas tout à fait le sens de la fête mais ils ont complètement le sens du social.

Les réalisateurs portent ce film en eux depuis de nombreuses années. Ils connaissent le sujet et depuis longtemps les associations de Stéphane Benhamou et de Daoud Tatou dont le travail est salué dans le film. Les acteurs ont rencontré les personnages réels pour s'imprégner de leur vraie vie et la restituer. Éric Toledano et Olivier Nakache ont pris leur temps, rencontré beaucoup de personnes œuvrant auprès d’enfants autistes et de jeunes en difficulté, et essayé de se poser les bonnes questions à chaque étape. Le film explore ce qu’est la "norme", la "marge", et ce qui la définit.

Ce qui est très réussi avec Hors normes c’est qu’ils atteignent parfaitement l’objectif d’interroger sur ce qu’on appelle pudiquement "la différence". Eric et Olivier n'ont pas peur des mots. Chacun peut la voir au quotidien dans son école, son travail, dans la rue, dans le métro. Par contre les institutions, et je pense particulièrement à l’ASE et à la MDPH, sont loin de faire ce qu’il faut quand il faut. Ne commentez pas en pensant que je ne connais pas le sujet. Je me suis trouvée au cœur du réacteur pendant 18 ans, moins que Bruno et Malik, mais avec des cas lourds à gérer sans moyens. Espérons qu’un tel objet bousculera les consciences.

Ce que j’ai trouvé le plus "hors normes" ce ne sont pas tant les adolescents autistes mais Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Kateb, César du meilleur acteur dans un second rôle avec le film Hippocrate en 2015) qui, à travers leurs associations respectives, font le travail de terrain que les institutions ne devraient pas laisser tomber en vertu de la loi de 2005, laquelle est appliquée de façon déplorable.

Ce film a toutes les qualités d'abord parce que c’est un film et pas un documentaire, comme l'était Rain man en 1989. Le plateau a été ouvert à des autistes, des éducateurs, des personnels soignants. Il est porteur d’une énergie phénoménale, alliant l'émotion est le rire, toujours dans le respect, sans tenir compte de la couleur de la peau ou de la religion, avec un message très simple : laissez-nous exister.

La demande a été entendue des pouvoirs publics qui ont "à titre provisoire et exceptionnel" autorisé Le Silence des Justes à poursuivre son activité". Et j'ai remarqué dans le générique de fin que 5 % des bénéfices seront reversés aux associations. Sans être donneurs de leçon, Eric, Olivier, les comédiens, professionnels ou pas, et les techniciens, éclairent le grand public sur la transformation de la prise en charge des personnes qui ont ce grand trouble de la communication et sur la nécessité de leur rendre la vie normale.

J'ai été amusée de retrouver un début comparable à la course poursuite du premier plan d'Intouchables. Il se dégage de l'émotion mais aussi du rire dans de nombreuses séquences.

Sortie sur les écrans le 23 octobre 2019.

Le festival s'achève mais vous aurez eu la possibilité de voir aussi, hors compétition, trois autres longs métrages où l’enfance est à l’honneur : La vie scolaire de Grand Corps Malade, Ma famille et le loup et puis aussi l’histoire si touchante du jeune petit footballeur Théo dans Fourmi.

Merci à toute l'équipe du festival pour le travail accompli. Rendez-vous est donné aux spectateurs pour les sorties officielles prochaines, notamment sur les écrans du Cinéma Le Rex mais aussi du Sélect de la Ville d'Antony avec Ceux qui travaillent, Papicha, Fahim, bien entendu Hors normes ... et quelques autres.

vendredi 13 septembre 2019

Fahim, de Pierre-Francois Martin-Laval


Fahim est le sixième film de Pierre-Francois Martin-Laval, dont nous nous rappelons comme comédien dans Les Robins des Bois. C’est le prénom de ce petit garçon dont l’histoire, vraie, a inspiré le réalisateur qui dédie le film au vrai Sylvain Charpentier (Gérard Depardieu), décédé il y a quelques années à 54 ans.

l'histoire d'un petit garçon qui failli mourir au Bangladesh de la jalousie provoquée par son talent aux échecs et qui devint français pour ce mérite.

Il commence par des images d’archives de répression tournées au Bangladesh dont j’ignorais le nom de la capitale, Dacca. Nous sommes en mai 2011. Le réalisateur a été tourner des images terrifiantes qui témoignent de la pauvreté, la surpopulation, l’atmosphère. La caméra s’attarde dans la rue sur Fahim, en train de faire une partie d’échecs sur le chemin du retour de l’école. Le regard du gamin fatigué balayant l’échiquier est touchant. Il est manifestement exploité par un parieur qui gagne de l’argent sur le dos de l’enfant qui doit réclamer sa (petite) part. On remarquera ensuite que son père exerce un métier qui témoigne de grandes valeurs humaines puisqu’il est pompier.

On entre avec lui dans la maison après quelques plans intermédiaires qui rappellent le moment tragique où l’enfant faillit être enlevé sous les yeux de ses parents. Ils ont tous les deux promis à leur fils que le voyage est destiné à lui faire connaître un grand maître dans l’art des échecs (la caméra s'attarde sur le livre "un roi clandestin" dont est tiré le scénario...). La scène d’adieu entre la mère et le duo père-fils est particulièrement touchante parce que le spectateur comprend que l’enjeu est tout autre : ensuite on sera tous ensemble promet le mari à sa femme.

Ils vont prendre un autobus, le bac puis payer un passeur pour franchir la frontière avec l’Inde où la corruption est importante on on suit leur difficile voyage et la foire d’empoigne pour monter dans le train. Encore heureux d’avoir une petite place sur le toit. Puis ce sera le tuk-tuk jusqu’à l’aéroport. Le réalisateur fait une ellipse et nous ne saurons pas comment ils obtiennent un billet d’avion ni pourquoi ils atterrissent à Orly. Ce trajet est l’occasion de nous de pointer le grand désir de l’enfant de découvrir la mer (qu’il confond avec les nuages) et l’étonnement de voyager dans un métro aérien sans conducteur.

Pour le père, la France est associée à l’image de la tour Eiffel que l’on voit se profiler derrière lui (et qui plus tard sera le lieu où il se fera arrêter par la police alors qu’il essaiera misérablement de gagner sa vie en vendant des tours Eiffel). Pour l’enfant la France est synonyme de Zidane. Les voici ensuite dans un hôtel qui porte le nom sans doute pas anodin d’hôtel de la paix. La recherche de travail échoue pour le père. Ils dorment bientôt dans la rue mais sont secourus par La Croix rouge en maraude. L'enfant s’étonne de n’avoir pas rencontré le fameux professeur d’échecs et les voilà à Créteil, dans le quartier si reconnaissable à ses immeubles aux balcons en forme de feuilles (qui constituaient le décor du livre Le fou de Hind).
C'était une grande chance de découvrir ce film en avant-première dans le cadre du festival Paysages de Cinéastes. Il sera sur les écrans le 16 octobre. Gérard Depardieu y est, sans surprise, exceptionnel. La première confrontation de l'enfant avec le maitre des échecs révèle son mauvais caractère et la difficulté de communication en raison également de la langue. La scène d’explication de leur motivation à demander l’asile est terrible. D’autres films ont déjà révélé de la malhonnêteté de certains traducteur désireux d'avantager une ethnie plutôt qu’une autre.

Six mois ont passé. Sylvain est toujours bourru comme on s’y attendait. Les échecs ce n’est pas un jeu mais une guerre. C’est un sport violent disait l'immense champion Kasparov. L’entraîneur oblige ses élèves à faire régulièrement une activité sportive pour libérer des hormones qui ensuite favoriseront leur concentration.

Plusieurs anecdotes sont inévitablement présentes dans le scénario comme l’épisode de l’apprentissage du maniement de la fourchette et du couteau, une séquence de danse à la mode Bollywoodienne vécue en rêve.

La secrétaire du club d'échecs (Isabelle Nanty) est le combiné de trois personnes "réelles" : la secrétaire du club, une dame qui les a aidés pour l'administration et une autre qui, après avoir vu son titre de champion sur Facebook, a interpellé sur son cas, en direct sur France Inter, François Fillon, alors Premier ministre.

Le personnage de Sylvain a été confié à Gérard Depardieu sans penser à un autre comédien. Le réalisateur a connu le vrai entraineur de Fahim et a donc dirigé le comédien en connaissance de cause. Quand apparaissent ses photos au générique de fin les spectateurs perçoivent la cohérence du choix. Par contre il fallut des mois de casting dans les communautés Bangladeshi avant de trouver Fahim ... ne savait pas jouer aux échecs.

Certaines répliques de Sylvain sont à double sens comme par exemple celle-ci : il y a plus d’aventure sur un échiquier que sur toutes les guerres du monde. On apprend des termes techniques. Ainsi un match se dit une ronde.
Avec les images du camp de réfugiés de la porte des Lilas, le film devient un film social. Qui pointe des dysfonctionnements dans l’attribution des papiers, qui témoigne de la rigidité des statuts de certaines fédérations, qui montre avec beaucoup de sensibilité la manière qu’ont les parents de ses petits camarades de vouloir l’aider mais qui en fait lui témoignent surtout de la pitié.

Mais tout finira bien. Faim deviendra champion de France d’échec des moins de 12 ans, ce qui lui vaudra d’acquérir la nationalité française et les papiers qui vont avec. Il donne pleinement raison à Sylvain : J’ai vu des nains devenir des géants.

Fahim est l'adaptation du roman "Un Roi clandestin", un récit autobiographique coécrit par Fahim Mohammad, Sophie Le Callennec et Xavier Parmentier, publié en 2014 aux éditions Les Arènes.

Xavier Parmentier, né le 9 décembre 1963 à L'Haÿ-les-Roses et décédé le 30 avril 2016 à Paris des suites d’un cancer du cerveau et de la moëlle épinière, était un entraîneur d’échecs français de nature exceptionnelle. Ayant appris à jouer aux échecs vers l’âge de 12 ans il donne ses premiers cours en tant qu’entraîneur vers l’âge de 17 ans tout en menant parallèlement des études de mathématiques appliquées aux sciences sociales, qu’il arrêtera ensuite pour se consacrer totalement aux échecs. 

Il a commencé sa carrière d'entraîneur en 1983. Il a entrainé de nombreux champions dans les catégories jeunes, parmi lesquels Jonathan Dourerassou, Quentin Loiseau, Aurélie Dacalor, Fahim Mohammad, Marie Sebag, Murtas Kazhgaleïev ou encore Wassel Bousmaha : 13 podiums en France, dont 4 titres de champions de France.

Il a entraîné bénévolement durant des années le jeune Fahim Mohammad, enfant sans papier arrivé du Bangladesh à l’âge de huit ans mais aussi soutenu matériellement, jusqu’à ce que Fahim devienne champion de France des pupilles en 2012 puis champion du monde des scolaires en 2013. La forte médiatisation de cette histoire a permis à Fahim et à sa famille d’obtenir des papiers pour demeurer en France.

Il a également été entraîneur d’entraîneurs, et atteint le grade d’entraîneur d’échecs FIDE, le plus haut niveau mondial pour un entraîneur, en 2006. Passionné infatigable, il donnait encore des cours via Skype sur son lit d’hôpital. Il fut un des meilleurs pour entraîner et repérer des champions.

jeudi 12 septembre 2019

Tu mérites un amour, le premier long métrage de Hafsia Herzi

Un pot de miel fermé ça ne sert à rien dit Ali (Djanis Bouzyani), le confident de Lila (Hafsia Herzi) dans Tu mérites un amour.

La réalisatrice est passionnée par le cinéma depuis très longtemps. Elle a été révélée à 18 ans dans La graine et le mulet (2007) d’Abdellatif Kechiche qui lui valut le César du meilleur espoir féminin, et a joué dans son dernier film Mektoub My Love: Intermezzo.

Elle est venue présenter son travail au cinéma le Sélect d'Antony, auprès de Christine Bauchemin-Flot, et avec Alexandra Maio qui assura auprès d'elle l'assistanat à la réalisation avec panache.

Tu mérites un amour est son premier film en tant que réalisatrice et ce petit bijou a été présenté à Cannes. Elle y joue le premier rôle mais la vraie performance est d'avoir réussi à tenir dans une enveloppe budgétaire de l'ordre de ce qu'on consacre habituellement à un court-métrage et que le film est auto-produit.

Elle s'est entourée de passionnés. De toute évidence c'est toute l'équipe qu'il faut féliciter car on devine l'ampleur des efforts de chacun. Il n'y a pas de poste maquillage, coiffure, décor, régie et tous les techniciens jouent dans le film. La galerie existait réellement et la comédienne y travaillait à temps partiel (la boutique n'existe plus depuis). La patronne du restaurant libertin exerce bien ce métier dans la vraie vie.

Le jeu des comédiens est très naturel mais ne vous y trompez pas : tout a été écrit et pensé en amont, sans laisser de la place à l'improvisation. Cependant la réalisatrice a tenu à privilégier un jeu naturel, en faisant les accidents, les bafouillements, et les fou-rires qui sont tous naturels. Et ce n'est pas parce que le tournage s'est déroulé en 3 fois 5 jours, avec des moyens financiers et techniques proches de ce qu'on connait dans le court-métrage, que le résultat n'est pas un chef-d'oeuvre.

mercredi 11 septembre 2019

Les courts-métrages du festival Paysages de Cinéastes

(mis à jour le 15 septembre 2019)
Le court-métrage est un genre hélas peu représenté dans les salles de cinéma et Carline Diallo, la Déléguée générale du  Festival Paysages de Cinéastes a grandement raison de lui accorder une place importante, tant pour le public scolaire (mais vous pouvez, adultes, venir aux séances) que pour les adultes. C'est une vraie mise à l'honneur.


Il y a eu hier un ciné-contes durant lequel les enfants ont pu découvrir un programme de 4 petits films d'animation sur le ciel et les étoiles, accompagnés par la conteuse Charlotte Gilot.

La compétition jeune public est ouverte aux écoles de la ville qui vont envoyer de nombreuses classes comme chaque année. Je ne signalerai qu’un seul des 4 films, celui qui s’intitule Loups tendres et loufoques et qui est composé de 6 courts-métrages d'animation.
Le regard de l'enfant est guidé par la chouette du cinéma. Ce programme réalisé par Arnaud Demuynck, Producteur et réalisateur de La Chouette du cinéma, commence par deux adaptations d’albums de Mario Ramos, un auteur-illustrateur si talentueux de l’Ecole des loisirs, parti prématurément. Réalisés par Anaïs Sorrentino et Arnaud Demuynck (qui assure aussi le scénario), ce sont C’est moi le plus fort, et C’est moi le plus beau, que j’avais d'ailleurs eu la chance de voir en avant-première il y a quelques jours au cours de la présentation de la rentrée littéraire de cette maison d'édition. On y retrouve l’univers de ses livres, et leur humour décapant, et néanmoins à la portée des enfants dès l’âge de 3 ans.

mardi 10 septembre 2019

Maison et objet, confirmations et découvertes

J'ai passé une journée fort intéressante sur le Salon Maison et Objet. Je n'en doutais pas mais j'ai eu confirmation de la vitalité de la créativité des designers.

J'étais venue prioritairement pour soutenir Zelia qui fut mon invitée sur Needradio et qui était pour la première fois présente ici.

Sa marque Zézette by Montmartre évolue sans cesse. Elle vient d'ajouter des patères à la liste de ses références et ... même quelques pièces de lingerie.

Mais c'est en tablier que défileront des personnalités à l'occasion des vendanges de Montmartre comme les années précédentes. Bien entendu j'en serai avec grand plaisir, en toile matelas, léopard, camouflage ou madeleine hirondelles ...
Récemment les grands chefs Christian Etchebest et Gilles Marchal lui ont donné carte blanche pour leurs lignes de tabliers. J'ai revu aussi avec intérêt des marques que j'apprécie comme Cristel, de Buyer, Berard ou Maison Cisson que j'avais découvert dans la librairie Appétit. L'imagination de la créatrice, Catherine Kerboull est sans limite en matière de fromages et de saucissons ... tricotés, en France ... à Clamart.
Ils sont vegan en quelque sorte. On ne fera que les admirer. pas question de les trancher avec un des couteaux de Jean Dubost de plus en plus tourné vers le développement durable.
La gamme tradition est très complète avec de gauche à droite, le "bec d'oiseau" pour retirer les yeux des pommes de terre, effectuer de petites découpes, et ciseler. Puis l'éplucheur, le couteau d'office, le couteau à légumes. En cinquième position, très utile, le couteau pour trancher finement les tomates ou couper en deux le pain ficelle du petit-déjeuner. Viennent ensuite le beurrier, le couteau de table et le couteau à steack.
La gamme Sacasalades s'élargit. Rien n'est plus pratique et plus malin (et beau aussi) pour conserver plus longtemps les aliments et dans de meilleures conditions que ce soit sur la table comme le pain ou la viennoiserie que dans le réfrigérateur. C'est le leader français et européen en matière de sacs alimentaires de conservation à double enveloppe et coton enduit.
(Cliquer sur Plus d'infos pour voir davantage de photos)

lundi 9 septembre 2019

Tempête en juin et Suite française, d'après Irène Némirovsky

La rentrée théâtrale est au moins aussi bonne que le cru estival avignonnais. Certains spectacles y figuraient déjà comme Suite française qui après deux festivals arrive à Paris mais d'autres sont nouveaux, comme Tempête en juin dont la création a eu lieu ce soir, en avant-première, au Théâtre la Bruyère.

C'est peut-être le texte le plus émouvant écrit par Irène Némirovsky parce qu'on devine qu'il est peu romancé. Et néanmoins les ressorts comiques sont multiples (je ne m'en souvenais pas).

On aurait pu le croire inadaptable au théâtre puisqu'il comporte une quarantaine de rôles. C'était sans compter sur la détermination de Virginie Lemoine et de Stéphane Laporte qui ont admirablement adapté ce roman, comme ils l'avaient fait avec le précédent.

C'était sans compter aussi avec le talent de Franck Desmedt qui passe d'un personnage à l'autre en une fraction de seconde. Il est époustouflant. On a le sentiment que les 39 personnages sont tous sur scène au même moment ... même le chat.

Nous sommes en juin 1940 avec lui (avec eux) sur la route de l'exode et pour ma part il étaient bien plus nombreux encore car se sont joints ma grand-mère, mon grand-père, ma mère, mon arrière grand-mère, leur carriole tirée par leur cheval infatigable. Ne manquait que le chien qui s'était donné pour mission (pleinement réussie) de défendre la maison éventrée par les bombes (mes grands-parents habitaient tout près de la gare de Soissons) où nous pûmes beaucoup plus tard récupérer mobilier, vaisselle et autres effets qu'il n'aurait pas raisonnable d'emporter pendant la fuite.

Ce que nous donne à voir Franck Desmedt (Molière du comédien l'année dernière pour son second rôle dans Adieu Monsieur Haffmann) est prodigieux puisqu'il rend parfaitement le caractère de chacun des personnages, lâche ou courageux, simple ou extravagant, homme, femme ou enfant, jeune ou vieux ... et même tous les autres qui ont été pris dans cette tourmente. Chacun son désastre.

Ce qu'il nous donne à entendre est aussi savoureux et situe l'âge des personnages, sans oublier la radio. Son affirmation "je ne peux pas y croire" est très drôle. Qui s'attendait à rire dans un tel contexte ? C'est une des qualités du spectacle et la tragédie ne perd pas de force car on sait combien elle fut réelle. La plume de l'auteure est sans concession et raille nos comportements. c'est vrai, à bien y réfléchir, qu'il est peut-être stupide d'habiller des morts ... destinés à pourrir sous la terre.

C'est peut-être cet imperméable et la coupe de cheveux, ou parfois la diction, qui font penser à Francis Huster, avec quelques années de moins et un talent augmenté.

J'ajoute que les lumières sont extraordinaires pour sculpter les atmosphères et la musique a été composée "sur mesure" si je puis me permettre.
Tempête en juin étant programmé à 19 heures en semaine (à 15 h le samedi), on peut fort bien enchainer avec Suite française et passer ainsi une soirée Némirovsky. Cet enchainement a été très applaudi ce soir. Le couple s'accorde à merveille.

Tempête en juin, d'après le roman d'Irène Némirovsky
Adaptation Virginie Lemoine et Stéphane Laporte
Mise en scène Virginie Lemoine et Stéphane Laporte
Avec Franck Desmedt
Lumières Denis Koransky
Musique Stéphane Corbin - Création Sonore Vincent Lustaud
A partir du 10 septembre 2019
Du mardi au samedi à 19h00 et matinée le samedi à 15h00
Au Théâtre La Bruyère - 5 rue La bruyère - 75009 Paris
Quant à Suite française, je renouvelle les compliments que je faisais l'été 2018 en Avignon. Les parisiens peuvent s'estimer heureux. La pièce est enfin accessible, et ils pourront en quelque sorte voir "double". A noter un changement de distribution avec l'arrivée de Guilaine Londez.

Suite française, d'après le roman d'Irène Némirovsky
Adaptation Virginie Lemoine et Stéphane Laporte
Mise en scène Virginie Lemoine
Avec Florence Pernel, Béatrice Agenin, Guilaine Londez, Samuel Glaumé, Emmanuelle Bougerol, Cédric revolons ou Gaétan Borg
Lumières Denis Koransky
Musique Stéphane Corbin - Création Sonore Vincent Lustaud
A partir du 10 septembre 2019
Du mardi au samedi à 21h00 et matinée le samedi à 16h45
Au Théâtre La Bruyère - 5 rue La bruyère - 75009 Paris

dimanche 8 septembre 2019

Adam, Papicha et Nuestras Madres

(Mis à jour le 14 septembre 2019)
Second jour de compétition pour moi au Festival Paysages de Cinéastes avec au programme Papicha, Adam et Nuestras Madres. Papicha recevra trois Prix (du Grand Jury, du Public, et de la Jeunesse). Il sortira très bientôt en salles, le 9 octobre 2019.

Tout en respectant la contrainte de retenir uniquement des longs-métrages qui ne sont pas encore sortis en salle la sélection officielle a majoritairement présenté des films qui ont en commun de célébrer une forte pulsion de vie quelle que soit la situation de crise.

Des trois films dont je veux parler aujourd'hui Papicha semble le plus moderne alors que l'action se situe il y a trente ans dans l'Algérie des années 90, à l'époque de la montée de l'intolérance et de la multiplication des attentats, quand l'Algérie est alors une grande salle d'attente où rien ne s'obtient facilement, que ce soit un logement, un travail et même des médicaments.

Nedjma, 18 ans, étudiante habitant la Cité universitaire, rêve de devenir styliste. A la nuit tombée, elle se faufile à travers les mailles du grillage de la Cité avec ses meilleures amies pour rejoindre en taxi clandestin la boîte de nuit où elle vend ses créations aux " papichas ", jolies jeunes filles algéroises. La situation politique et sociale du pays ne cesse de se dégrader. Refusant cette fatalité, Nedjma décide de se battre pour sa liberté en organisant un défilé de mode, bravant ainsi tous les interdits. Y compris celui d'un rassemblement de femmes un vendredi.

Mounia Meddour s'est librement inspirée de faits réels, ce qui donne une force insensée à sa démonstration et on sort bouleversé de la projection. Elle montre des jeunes filles éprises de liberté mais qui veulent rester en Algérie et qui n'ont pas le rêve de l'expatriation. Elles font tout pour vivre "normalement". Elles sont capables de tout, y compris de jouer au football à pieds nus, sur un air d'opéra (magnifique Vivaldi, Il Giustino, Sento in senso). Elles s'habillent comme bon leur semble, malgré les problèmes encourus en assumant le paradoxe : se tirer pour se construire ou prendre une balle.

La réalisatrice, qui dédie son film à la mémoire de son père, pose cette question au spectateur. La réponse est dure à entendre quand on voit comment sont les rescapées. Elle rend hommage à ces jeunes filles qui voudraient vivre libres, coûte que coûte et malgré le danger, sans devoir quitter le pays qu'elles aiment et en démontrant que vivre libre ce n'est pas lutter contre les autres.
J'ai beaucoup apprécié Papicha, mais j'avais été très touchée par la sensibilité de Maryam Touzani (une autre femme et on notera combien leur talent explose en cette rentrée si on considère aussi Tu mérites un amour et Portrait d'une jeune fille en feu).
Avec Adam, elle nous donne à voir un Maroc d'aujourd'hui (alors que peu de choses nous signalent que l'action se passe de nos jours) complètement enkysté dans les tabous où une mère célibataire n'a pas d'autre choix, a priori, que d'abandonner son enfant. Nous voilà confrontés encore une fois, après Ceux qui travaillent, à un cas de conscience car Samia pense que garder son enfant équivaut à le condamner.

Nous sommes pourtant à Casablanca, et pas dans un village reculé. La Médina est admirablement filmée avec son dédale de rues, les bruits d'une vie sociale qui pulse tout au long de la journée. Alors que Samia (Nisrin Erradi) épuisée, erre à la recherche d'un travail ... et d'un gite, se faisant rembarrer de tous dès lors qu'on se rend compte de la taille de son ventre, Abla (Lubna Azabal) prépare la pâte pour réaliser les pâtisseries traditionnelles qu'elle vend dans son échoppe, comme on le faisait au Moyen-Age. Je l'écris sans me moquer. Car sa façon de vivre est touchante. Son atelier donne directement sur la rue et communique avec la maison où elle élève seule, depuis la mort de son mari, une fillette de 8 ans, qui est d'une vivacité incroyable.

Autant la mère est comme figée derrière le masque d'une travailleuse, autant l'enfant est animée par un sourire lumineux. Mais toutes deux sont unies par un immense amour. Peut-être Samia aura-t-elle perçu la puissance de ce sentiment. Pour le moment c'est la perspective de proposer son savoir-faire qui la motive à entrer en contact avec Abla qui, dans un premier temps la repousse : Tu n'as pas à m'aider, juste à partir .... Elle ajoutera un instant plus tard : je ne veux pas de problème.

On remarque Samia acquiescer d'un hochement de tête. Pourtant elle obtiendra le droit de rester quelques jours, le temps de souffler pour mieux repartir. Le temps surtout de démontrer son immense compétence dans la préparation de ses spécialités. Les plans sur les mains qui pétrissent la pâte dégagent de la noblesse autant qu'une scène de prière. On remarquera qu'elle aussi (comme Antoine Russbach) filme beaucoup de dos.
Petit à petit, et grâce à la complicité active de la petite fille, chacune des deux apprivoisera l'autre et lui apportera un souffle de liberté. Car, chacune à leur façon s'est emmurée dans ce qu'elle croit être son devoir.

Abla revivra sa propre grossesse à travers celle de Samia. Rien n'est dit sur les circonstances de la mort de son mari, peut-être a-t-il connu un accident de pêche (on entend plusieurs fois un cri de mouette). On remarque que les femmes sont exclues du cérémonial de l'enterrement, ce qui a du être extrêmement traumatisant pour Abla (qui était alors peut-être enceinte ...) : peu de choses nous appartiennent vraiment, dira-t-elle.

La pâtisserie est devenue son art, et ce sera difficile de le partager avec Samia, mais source de bonheur aussi. Pour les gourmands je précise que les Msemmens sont des crêpes feuilletées à base de semoule. La réalisation de la Rziza (petit turban) ou Razzat al cadi (turban du juge) est très complexe. Elle est préparée à base d’une pâte à Rghayef (pâte à crêpes feuilletées). Il faut savoir filer très finement la pâte en l'enroulant autour de la main fermée, puis l'aplatir pour la cuire à la poêle dans un mélange de beurre et d’huile. Ces crêpes, qui ressemblent à des nids, sont consommées au petit déjeuner ou au goûter avec du thé à la menthe mais elles sont aussi servies au déjeuner ou au dîner, arrosées d’une sauce à la volaille ou à la viande. Voici un lien vers une recette pour celles et ceux qui voudraient se lancer.

Maryam Touzani est autant scénariste que réalisatrice. Elle a écrit ce film avec son conjoint le réalisateur Nabil Ayouch. Doit-on y voir une explication pour justifier la douceur et la justesse des points de vue qui sont démontrés sans s'affronter. Le personnage de Slimani (Aziz Hattab) amoureux transi d'Abla est lui aussi très touchant.
On s'attache vite à chacun que l'on rêve de voir vivre en famille autour de ce petit Adam qui sera peut-être le premier (homme) d'une lignée tolérante envers des femmes qui auront conquis leur liberté et leur égalité. La maternité est parfaitement représentée dans ce qu'elle a de positif et de contraignant aussi. Voilà un film simple, efficace jusqu'au bout, essentiel. C'est un énorme coup de coeur. Date de sortie de ce film franco-belge et marocain : le 4 mars 2020.
L'action de Nuestras Madres se situe en 2018 au Guatemala alors que le pays vit au rythme du procès des militaires à l’origine de la guerre civile qui a décimé la moitié des habitants.

Ernesto, jeune anthropologue à la Fondation médico-légale, travaille à l’identification des disparus. Son travail consiste à aller déterrer les morts pour les rendre à leur famille qui leur accordera une sépulture digne, et qui pourra encaisser une indemnisation. Avant cela il faut enchainer les témoignages et les vérifier car la souffrance exprimée n'est pas garante de vérité.

Un jour, à travers le récit d’une vieille femme, il croit déceler une piste qui lui permettra de retrouver la trace de son père, guérillero disparu pendant la guerre. Contre l’avis de sa mère, il plonge à corps perdu dans le dossier, à la recherche d'une vérité qui lui permettra peut-être d'entreprendre un travail de résilience.

Avec un scénario où la petite histoire rejoint la grande, César Díaz réussit à nous captiver en éclairant un pan méconnu de l'histoire de son pays. Le film sortira en salles le 8 avril 2020.

samedi 7 septembre 2019

Ceux qui travaillent, un film d'Antoine Russbach


Le festival Paysages de cinéastes s’articule autour d’une compétition de 6 longs-métrages, qui ne sont pas encore sortis en salle. La situation est un peu particulière cette année avec Ceux qui travaillent puisqu’il sera à l’affiche dès le 25 septembre. C’est le premier film d’Antoine Russbach. Il est programmé 6 fois et c’est une très bonne occasion de le découvrir.

Les films en compétition ne sont pas choisis par rapport au thème de cette édition (l'enfance cette année) mais on remarquera que dans ce film là les enfants ont une position qui impactent les décisions de leur père puisqu’ils lui annoncent qu’ils refusent de baisser leur niveau de vie.

Je voudrais signaler aussi L’orphelinat qui se passe à Kaboul dans les années 80 et qui raconte la vie de Qodrat, obligé d’intégrer l’orphelinat soviétique de la ville. C’est sans doute un film à situer par rapport aux Hirondelles de Kaboul qui est ou sera prochainement à l’affiche dans les salles.

Revenons à Ceux qui travaillent, porté par un scénario implacable, une réalisation sans faille, et un comédien exceptionnel (on comprend que les frères Dardenne en ait fait leur acteur fétiche). J'ai été très touchée par le personnage de Frank (Olivier Gourmet) pour lequel j'ai éprouvé de la compassion alors que sa conduite est monstrueuse. Cet homme n'est en réalité aimé que par une seule personne, sa plus jeune fille, et c'est d'ailleurs parce qu'elle est subitement malade qu'il est amené à prendre la décision qui lui sera reprochée.

Et puis cet homme n'est lui-même qu'un pantin d'une société capitaliste qui veut toujours plus sans se préoccuper des moyens mis en oeuvre pour satisfaire ce qui, parfois, est plutôt de l'ordre du caprice que de la nécessité. C'est ce que Frank tentera d'expliquer à sa fille à la fin du film en l'amenant à réfléchir sur la manière dont on remplit les rayons de supermarché.
Quel contraste entre le cadre supérieur qui porte costume et cravate au bureau et le père en jogging qui se promène avec sa fille ! Et pourtant, le système est tellement exigeant qu'il n'aura pas pû remettre en question son mode de vie. Et ça aussi c'est touchant ... car il ne faut pas l'oublier, nous sommes dans un film et l'objectif du réalisateur n'est sans doute pas de nous apporter des réponses mais de nous amener à nous interroger sur ce que, nous, nous aurions fait à la place de Frank.

Il me semble, pour ma part, que le refus d'obéir à certaines injonctions et la volonté de vivre en décroissance sont des réponses, même si leur mise en oeuvre est difficile.

Le réalisateur a pris le parti de ne pas souligner les images par une musique. Il soigne ses plans et chacun est porteur de sens. A commencer par l'affiche d'un homme qui regarde au loin à travers la vitre de son bureau, à moins qu'il ne soit en train de voir dans la glace celui qu'il va devenir, évoquant aussi l'expression "pouvoir se regarder dans le miroir" signifiant être en paix avec sa conscience.

L'instant où Frank dévore son sandwich sur l'esplanade de la Plaine de Plainpalais, en plein coeur de Genève, en scrutant une statue n'est pas anodin. Car il s'agit de Frankie, du groupe genevois KLAT, qui représente le personnage créé par Mary Shelley lorsqu’elle séjournait à Cologny (une commune du canton de Genève), chez son ami écrivain anglais Lord Byron. Les artistes ont voulu le représenter en sweat à capuche comme un de ces vagabonds qu'on croise sans les voir.

Le cargo devant lequel Frank s'arrête avec Mathilde est précisément le Cervantès, celui dont il était chargé de permettre l'acheminement au début du film.

Le titre du film est extrait d’une réplique ayant pour objectif de motiver son fils à se bouger : toi qui a l’air d’être un mec intelligent, travailler pour gagner plus, t’en penses quoi ? Tu veux être du côté de ceux qui travaillent ?

vendredi 6 septembre 2019

Ouverture du 18 ème Festival Paysages de Cinéastes Châtenay-Malabry avec le film Demain est à nous

L'ouverture du 18 ème Festival Paysages de Cinéastes de Châtenay-Malabry a eu lieu hier soir dans le cadre magique de la Maison de Chateaubriand, dans le Domaine départemental de la Vallée aux Loups. 

D'accord, quelques gouttes sont tombées, inquiétant Carline Diallo, qui est la déléguée générale du festival, les membres du conseil municipal de Chatenay-Malabry et chacun de nous s'interrogeait. Mais quelle récompense ensuite !

Nous avons pu déambuler dans le parc éclairé comme je n'imaginais pas avoir la chance de le revoir un jour.

Les arbres se découpaient dans des lumières bleues, oranges, vertes.

L'affiche de La nuit du chasseur (1955) était placardée sur la porte d'un souterrain.

Pinocchio attendait Chateaubriand au pied de la Tour Velléda, où l'écrivain aimait se réfugier pour écrire. On pouvait en apercevoir l'ombre, derrière une toile d'araignée. Et entendre Geppetto In Allegria de Fiorenzo Carpi qui appartient à la bande originale du film de Luigi Comencini (1972).
Blanche-Neige (1937) était prévenue qu'elle devait se cacher dans la forêt. Nos ombres se découpaient entre les arbres et plus loin un dragon soufflait. 

Dorothy venait de rencontrer l'Homme en fer-blanc et l'Epouvantail. Elle s'est emparée des chaussures rouges de la mauvaise fée, posées sur le vélo qu'elle allait enfourcher pour aller voir le Magicien d'Oz dans son palais d'Emeraude (1946).
Nous étions enchantés par ce Paysage de lumières tout à fait raccord avec le thème de cette 18ème édition, consacrée à l'enfance.
Nous avons enchainé sur le très émouvant documentaire de Gilles de Maistre, Demain est à nous que nous avons découvert en avant-première. Le réalisateur nous a dit que depuis trente ans il faisait des films sur les enfants qui souffrent ou font la guerre en espérant que le monde s'améliorerait pour eux.

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