mercredi 4 avril 2018

Un déjeuner au Layon, 139 rue du Château, 75014 Paris

J'adore découvrir de nouveaux lieux, non pas parce qu'ils sont nouveaux mais parce que c'est là que j'ai le plus le sentiment de faire quelque chose de vraiment utile ... à condition bien entendu que je sois enthousiaste (au "pire" je n'écris rien), ce qui est largement le cas pour ce Layon situé 139 rue du Château dans le 14ème arrondissement, tout près de la maison où j'ai habité une dizaine d'années.

Deux passionnés y ont établi leur quartier en osant une association qui sorte des sentiers battus ... tout en choisissant pile un intitulé qui évoque ce chemin particulier, un petit sentier forestier.

Candyce Piotin, la parisienne, officie en salle et Phildera Diazabakana, le normand, est aux fourneaux. La première a exercé dans le luxe et est tombée en amour pour les vins. Le second est passé par l'école Auguste Escoffier, a fait escale au Citrus Etoile et chez la Mère Catherine, et ne sent pas de grandes limites à son inspiration.

Tous deux respectent la cuisine française qu'ils n'ont de cesse de dynamiser avec un ou deux ingrédients inattendus. Leur cuisine est un voyage que tout le monde a apprécié unanimement ce midi. Le restaurant affichait complet, et visiblement avec un certain nombre d'habitués.

Phildera est très soucieux de ménager la surprise. Ne comptez pas choisir en fonction de ce que vous voyez dans l'assiette de votre voisin. Le midi c'est possible mais le soir, deux tables proches ne recevront pas les mêmes plats. Ça implique la confiance mais c'est très malin. Hormis les obsessionnels qui mangent toujours la même chose (j'en connais, quelle tristesse) rien n'est plus agréable que d'être étonné.
Je connais le jus d'hibiscus. J'aurais pu me dispenser de goûter celui que la maman de Phildera prépare. Je me serais privée d'un réel plaisir. On sent la vanille et je parierais qu'il contient de la grenade. Il est excellent.
Le duo sait s'adapter à la clientèle, mais sans précipitation ni effet de mode. La musique est jazzy, plutôt douce, respectant les conversations. On prend le temps ici. La preuve, la pendule est encore à l'ancienne heure. Les codes sont brouillés.  Les plateaux de bois sont robustes. Il n'y a pas de nappe mais les serviettes sont en tissu. La décoration est raffinée. Le cuivre s'accorde au wax qui devient oeuvre d'art et garnit les corbeilles de pain, lequel vient de Thévenin, un boulanger installé dans la rue voisine, rue Daguerre, Porte d'Orléans, et à Saint Placide. Le pain blanc côtoie le pain aux graines, pour que le client choisisse selon sa préférence. Les deux relèvent de la gourmandise.

J'ai entendu dire que la cuisine du Layon était exotique. Elle est d'abord très française. Celui qui veut absolument un qualificatif devra se satisfaire du terme "néo-bistrot". Mais venons-en à ce que j'ai vu dans les assiettes.

mardi 3 avril 2018

Les étrangers de Éric Pessan et Olivier de Solminihac

Je devais rencontrer Eric Pessan et Olivier de Solminihac ce soir à La Mouette rieuse (qui est bien davantage qu'une librairie) pour en savoir davantage sur Les Étrangers, un roman qu'ils signent de leurs deux patronymes (les prénoms ne figurent pas sur la couverture, très sombre, éclairée d'une typographie orange) et qui paraîtra demain à l'Ecole des loisirs.

L'action démarre dans une gare mais ça n'a pas été de bonne augure pour Eric Pessan qui est resté à quai à Nantes. Seul Olivier a réussi à venir des Hauts de France où se déroule d'ailleurs l'histoire.

Les deux compères se connaissent de longue date même s'ils n'avaient pas encore travaillé ensemble. Leur collaboration est née de l’impossibilité dans laquelle Olivier s'engluait, dans la construction d’un roman associé à un gros travail d’archives et de documentation, trop lourd à faire avancer.

Il a voulu "passer à un autre projet", d’écriture cela va de soi, mais pas tout seul. Eric pouvait être le bon associé. Parce qu’ils ont ensemble des affinités, qu’ils ont tous les deux publiés à l’École des loisirs, donc dans un cadre connu de tous les deux. Et parce qu’Eric (aussi) a publié comme lui des ouvrages avec des plasticiens. Tout cela laissait pressentir qu’ils pourraient passer outre les difficultés s’il en survenait.

Eric donna immédiatement un accord de principe alors même qu’aucun des deux ne savait de quoi il pourrait être question, quelle thématique ils allaient explorer, ni quand ils seraient disponibles pour y travailler ensemble.

La situation de départ s'est construite en l’espace de quelques semaines : une gare désaffectée, des rails, un garçon de quinze ans et l’exigence d’écrire sur un thème d’actualité. Eric vivant à Nantes, Olivier à Dunkerque, les circonstances imposaient de fonctionner à distance, en écrivant chacun un chapitre, à tour de rôle.

lundi 2 avril 2018

Les Balades Electriques d'EVIE

Il est probable que vous ne connaissez pas EVIE mais je gage qu'une fois que vous aurez entendu son timbre particulier vous n'aurez qu'une envie, l'écouter en boucle.

Son nouvel album, balades électriques, disponible depuis le le 30 mars (In Ouie Distribution) est porté par des mélodies qui s'inscrustent et des textes profonds que j'aime à tort et à travers (piste 1) qui nous embarquent en balade pieds et poings liés, comme Lola (piste 2) par ci par là.

Trois petits tours, et puis s'en va ... les personnages féminins chantés par EVIE sont attachants. On s'y reconnait. On a tous été un jour sur un pied de guerre, sur un quai de gare ... (piste 3).

Auteur compositeur interprète, EVIE (avec un trait sous le premier E) écrivait en anglais par pudeur, parce que c'était plus facile de dire les choses dans une langue étrangère. Par chance pour nous, elle s'exprime désormais en français et s’applique à trouver le mot juste pour exprimer de façon simple et universelle ce qui touche à l’intime. A des déchirures qui lui sont personnelles mais que l'on peut partager.

EVIE a chanté en anglais, puis en français, joué du piano, puis de la basse, traversé quelques orages et quelques tristesses que l’on devine ici et là au fil de ses mots. Elle a gardé le cap et la passion qu'elle chante d'une voix grave et claire.

D’abord chanteuse du groupe Time Factory, avec l’album No Borders (première partie de Feist et Rachid Taha), elle est devenue la voix féminine du duo Paris Brune en 2010 (L’oeil du Cyclone, Jive Epic). Elle a commencé un projet solo l'année suivante, reprenant pour l’occasion le surnom que quelques amis lui ont donné : EVIE. Elle a bien fait de quitter le rang ... comme le chante légèrement Lola, pour être cette voix qui montre la voie de ces promenades que l'on suit en sa compagnie avec beaucoup de plaisir.

Il y a de la révolte dans les paroles de ses chansons mais aussi une énergie communicative soutenue par ses musiciens, une violoncelliste et un guitariste alors qu'elle se réserve le clavier ou la basse – un instrument pour lequel elle dit être "tombée en amour" il y a quelques années déjà. Elle n'avait pas prévu d'enregistrer elle-même les basses pour cet album mais elle ut encouragée par l'équipe. Et c'est réussi ! Le riff de basse qui soutient Un dernier verre, en fait la démonstration.
Un cycle s'éteint, un autre s'ouvre, c'est clair (...) Ne plus regarder en arrière.

On approuve EVIE d'avoir emprunté ce chemin pour revenir en studio entre la Bourgogne et Paris pour enregistrer un nouvel opus, point d’orgue de sa collaboration depuis 2 ans avec ses deux musiciens, également présents sur scène.

Lʼalbum offre autant de balades que de révoltes, avec une certaine mélancolie (portée par le violoncelle) sur le monde urbain et ses habitants … les gares, les villes où se ruent des Foules absurdes. Les parisiens savent combien le métro a quelque chose d'absurde. C'est un univers un peu violent, anxiogène, qui pose la question de s'interroger sur l'opportunité de quitter la ville, en l'occurrence Paris qu'on peut tout autant détester et adorer.

Parce que la ville, la nuit, c'est aussi l'espoir de l'autre coté du bar où les regards cherchent l'âme soeur pendant une de ces balades électriques ... sur le rail de nos nuits blanches. (Electric Ballad piste 7)

Il y a d’un côté l’espoir, incarné aussi par La Ligne (piste 10) et ses envolées de cordes qui semblent tirer vers la lumière Ce fut le premier clip à sortir. Le titre représente bien l'album, basse, clavier, violoncelle, petite boucle électro, et surtout en parlant de l'avenir et d'un horizon qui se fait plus clair.

De l’autre, pointe le désenchantement. On y retrouve les thèmes de la rupture et du désamour (Game Over, piste 1), de l’abandon comme Sur un quai de gare (piste 3), acoustique au piano (le premier des instruments qu'elle a joué), chanson imaginée pour un enfant qui attend son père ou sa mère sur un quai toute sa vie, ou Et quand viendra le jour (piste 8), histoire d’une poupée de chiffon laissée dans un magasin de jouets.

En marge du reste de l’album, Des heures (piste 6), véritable plainte aux accents trip-hop, dévoile une atmosphère sonore de prédilection, également présente dans la chanson Puisque les clowns (piste 11), écrite suite aux attentats de Charlie Hebdo et qui clôture brillamment cet album.

Souhaitons à la jeune femme d’autres lendemains et de nouveaux horizons sonores, aussi intenses et poétiques, que ces balades électriques.

Elle sera en concert :
Le 4 avril au Cavern (75) - Avec Haakan
Le 5 avril à O'Gib (93) - sélection The Spring Board Show
Le 21 avril à La Passerelle (75) - soirée "J'ai rendez-vous avec"
Le 29 avril à Clermont Ferrand (63) - sélection Carrefour de la Chanson
Le 1er juin à la Guinguette de Coulanges-sur-Yonne (89)
Le 2 juin au Fournil de Lucy-sur-Cure (89)
Le 14 juillet à la Scène Faramine, Pierre Perthuis (89)

dimanche 1 avril 2018

Le monte-plat de Harold Pinter

En ce jour de premier avril je recommande un spectacle imprégné par l'absurde, Le monte-plats que l'auteur Harold Pinter, avait sous-titré Quelques heures à tuer.

L'affiche montre deux personnages, manipulés comme des marionnettes, et vous remarquerez une balle posée à coté d'eux, une vraie balle (mais à blanc) tirée pendant le spectacle et que m'a donné Mathias Minne qui est l'un des quatre comédiens  Je veux bien croire que ce n'est pas une blague, et qu'elle portera chance.

Dans un sous-sol, deux tueurs à gages, Gus et Ben, attendent leur prochain "contrat". Ben lit le journal et Gus cherche à faire du thé. Le temps passe, provoquant ennui, impatience et pour finir tensions entre les deux compères. Soudain une enveloppe glisse sous la porte, un monte-plats se met en branle. C’est le début d’une série d’événements étranges et angoissants. Sont-ils observés ? Par qui ? Pourquoi ? Qui donne les ordres ? Avec cynisme et humour noir, Pinter dépeint une société asservie qui obéit aux ordres, aussi absurdes soient-ils. On aimerait croire que cette société n'est pas du tout la nôtre... même pas un peu.

Étienne Launay, le metteur en scène, (qui joue au Lucernaire dans un autre spectacle, l'Affaire Courteline) considère la pièce au-delà d’un théâtre de l’absurde. C'est selon lui un "théâtre de dérision" associant un univers comique et un rire grinçant au tragique de l’existence : J’ai la conviction que l’absurde reste aujourd’hui un excellent vecteur de vérité. Pinter nous plonge dans le tragique de l’Homme face à lui-même, et dans l’angoisse incessante du monde extérieur qui nous hante tous. Gus et Ben sont deux personnes "déviantes" au sens sociologique du terme, et qui interrogent forcément l’ordre imposé. L’un de mes désirs premiers est de placer le spectateur au centre de cette bulle propice au questionnement de l’être pour nous permettre d’avancer, je l’espère, dans notre quête de vérité.
Et pour ce faire il a eu une idée géniale, celle de diviser le plateau en deux et d'engager deux acteurs pour interpréter Ben et deux autres pour jouer Gus. Ainsi ce sont, à Jardin, Benjamin Kühn (Ben 1) et Simon Larvaron (Gus 1), et à Cour, le couple Bob Levasseur (Ben 2) et Mathias Minne (Gus 2). Si on considère aussi les espaces qui s'étendent derrière le rideau de fond et les deux coulisses ce sont en fait six espaces dans lesquelles évoluent les comédiens. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Il y a une étanchéité sans faille et les deux duos évoluent chacun dans leur zone, organisé en trois espaces. Depuis la salle on ne voit jamais plus d'un Gus et un Ben, mais pas nécessairement dans le même camp de base.

samedi 31 mars 2018

Vent du Nord, un film de de Walid Mattar

Vent du Nord est un premier film et il a toutes les qualités qu'on attend d'un long-métrage.

J'ai eu la chance de le découvrir à sa sortie et de participer à une discussion avec son réalisateur, organisée par le Rex de Chatenay-Malabry (92). Walid Mattar a réussi son pari : démontrer qu'il existe un parallèle entre deux pays différents et la destinée de deux personnages, un ouvrier vivant sur la Côte d'Opale et un tunisien au chômage.

Lui-même est né dans la banlieue de Tunis, exactement là où il a posé ses caméras, et ses images témoignent de la ressemblance (inattendue pour nous) entre les deux paysages.

Ça commence brièvement dans l’ambiance joyeuse d’une fête foraine et de feu d'artifices juste avant que la caméra ne s’arrête sur le visage de Hervé Lepoutre (Philippe Rebbot) qui emporte-pièce des morceaux de cuir dans l’usine de chaussures où il est ouvrier qualifié depuis 32 ans. Ce n'est pas tout le monde qui s'enorgueillir d'une telle longévité ... pourtant elle ne garantit rien quand les patrons veulent délocaliser pour faire encore plus de bénéfices. L'usine va être délocalisée. 

vendredi 30 mars 2018

Justice de Samantha Markowic, mise en scène de Salomé Lelouch

Je suis allée voir hier Justice, écrit (et joué) par Samantha Markowic au Théâtre de l'Oeuvre, mis en scène par Salomé Lelouch. Plus que 2 représentations, à 16 h et 21 heures aujourd'hui. C'est prodigieux de justesse (oui c'est le mot) et interprété avec immense talent. C'est rythmé, intelligent. Le spectacle dégage une grande humanité et le texte est pourtant sans concession. La démonstration est brillante. Le théâtre du vrai peut être aussi du vrai théâtre. Bravo. Courez-y ! Et espérons une reprise ultérieure.

Parce qu'elle a été confrontée à la justice, Samantha Markowic a eu envie de travailler sur des interrogatoires, des témoignages, et des scènes d’audience, que Salomé Lelouch a mis en scène en nous plongeant au cœur d’une justice en temps réel, celle des comparutions immédiates. Elle avait très bien réussi à dénoncer ce que cachait le Politiquement correct à la Pépinière il y a deux ans et j'étais sure que cette nouvelle mise en scène serait une autre forme d'interpellation.

Je deviens dingue, voilà ce que répètent les trois comédiennes en écho sur tous les tons toutes ensemble, campées sur leurs jambes, droites devant le rideau de fer. Je me suis fait taper, putain, et il a un sursis. On attend la seconde ? C'est quoi cette justice ?

Une des bonnes idées du spectacle est de faire jouer les fonctions de procureur de la République, d'avocat et de prévenu (homme ou femme) uniquement par des femmes, dans un domaine si masculin. Elles sont donc trois comédiennes qui changent de rôles entre les scènes, démontrant que tout le monde peut un jour ou l'autre être de l'un ou de l'autre coté de la barre. Rien n'est tranché et la justice est une machine à broyer.

jeudi 29 mars 2018

Un goûter au Meurice

J'en rêvais ... je suis allée prendre un tea-time au Meurice, entrainée par mon amie Stéphanie, dans ce bel espace qu'est le grand salon redécoré par Philippe Starck en 2007. Il porte en toute légitimité le nom de Salvador Dali qui fit du palace sa résidence pendant trente ans.

Une draperie monumentale, réalisée par Ara Starck, peintre (musicienne et fille du designer), est tendue au plafond. Une phrase pleine de poésie court le long tout autour de la salle, sans vraiment de début et de fin, laissant le visiteurs libre de l'interpréter :

Il y a quelqu’un derrière l’horizon / Mais il se fait tard allons souper / Sous la spirale étroite des murmures / Que domine un petit jardin / Ceci et cela / Le troisième acte est le plus court /Silence traversé au-delà / Quelques reflets égarés.

mercredi 28 mars 2018

En tout bien tout honneur d'Olivier Chavarot

L'expression prend sa source dans l'Avare de Molière. "En tout bien tout honneur" signifie sans arrière pensée, sans relation sexuelle. Quand un homme propose une soirée à une femme en invoquant cette expression il y a fort à parier qu'il pense tout le contraire. Mais qu'en est-il quand c'est une femme qui le dit ?

Benjamin Zeitoun, dont le métier principal est d'être opticien, a voulu regarder à la loupe les failles d'un fait divers tragique, totalement réel, dont il a eu connaissance et qui s'est déroulé en Australie. Un homme, habitué à avoir recours à une application pour faire des rencontres, tombe littéralement amoureux de la photo qu'il découvre sur son smartphone, parvient à obtenir un rendez-vous et perd le contrôle de la situation.

On ne sait pas si la jeune femme est une croqueuse d'hommes ou si elle est sincère. Toujours est-il que, sous l'effet de l'alcool, cette rencontre d'un soir bascule dans le drame au lieu d'évoluer en une belle relation ou du moins vers la comédie romantique.

Benjamin Zeitoun incarne ce célibataire en quête de l’âme sœur et présente une nouvelle facette de ses nombreux talents (il est aussi écrivain et organisateur du Benjamin Show). Aurélia Montea assure le rôle de la jeune femme avec une telle ambiguïté que le spectateur s'interroge sur ses motivations. Lucienne Moreau, la grand-mère préférée des français, y fait une apparition pétillante.

Olivier Chavarot a réussi une réalisation qui confère à ce court-métrage les qualités d'un long, aussi en terme de décors, de lumières, de scénario que de distribution. Les séquences sont agencées de manière à ce que le spectateur soit surpris par l’imprévisible.

Il va de soi qu'une projection appelle naturellement à poursuivre avec un débat sur les nouvelles tendances en matière de rencontres. Et même si ce court-métrage est en soi une réussite il a aussi le mérite de pouvoir être un support d'information et de mise en garde qui fait défaut, surtout auprès des jeunes.

A signaler que Benjamin Zeitoun est également le producteur du film. Il est décidément le patron slash que j'avais rencontré l'an dernier. Nous aurons sans doute d'autres surprises avec lui.

En tout bien tout honneur, court-métrage de 20 minutes, réalisé par Olivier Chavarot avec Benjamin Zeitoun, Aurélia Montea, Malcolm Conrath et Lucienne Moreau.

mardi 27 mars 2018

Le dernier porc de Horace Engdahl chez Serge Safran Editeur

Avec un titre pareil, Le dernier porc, on ne peut que songer au déferlement des témoignages qui ont secoué les médias ces derniers temps. La campagne "Balance ton porc" incitant à dénoncer les comportements abusifs a démarré en France à l'automne dernier et on a envie de croire que Horace Engdahl, bien que suédois, mais parfaitement francophone, s'en est pas inspiré pour écrire ce livre. Sans doute pas puisque l'édition originale, suédoise, date de 2016.

Laissons parler l'auteur (p. 16) : J'aimerais à cette occasion rappeler la phrase qu'on pouvait lire dans une ancienne dissertation d'un écolier : "Si le porc pouvait dire  : "Je suis un porc", il ne serait plus un porc mais un être humain." Voilà une vraie perle philosophique.

Que pouvons-nous ajouter ? Ce livre mince de moins de 100 pages ose multiplier les questions et ne se lit pas si vite qu'on pourrait le penser. On se surprend à revenir moult fois en arrière pour décrypter le sens caché, et peser s'il s'agit d'un premier ou d'un second degré. L'auteur a le (grand) mérite de nous forcer à réfléchir.

lundi 26 mars 2018

Un menu tout poisson avec Pavillon France

Vous connaissez sans doute le logo de Pavillon France, qui est la marque des produits de la pêche française. Le site valorise toute la diversité des produits de la mer français, avec l'objectif de soutenir la filière et d'aider le consommateur à choisir et cuisiner les produits de la pêche en toute simplicité. Il frétille de recettes, simples, souvent originales, toujours bien pensées.

Aujourd'hui je vous en donne trois, que j'ai eu la chance de réaliser en suivant les conseils du Chef Olivier Chaput.

Ce qui est surprenant c'est qu'il a réussi à caser du poisson en entrée, en plat et en dessert, et qui plus est à chaque fois associé à un fruit.

Ce qui n'est pas étonnant c'est combien nous nous sommes régalés, en premier en raison de la fraicheur des produits, mais aussi de la justesse des assaisonnements.

Très sincèrement vous auriez tort de ne pas vous inspirer de ces recettes ... qui à l'heure où j'écris cet article ne sont pas sur le site. Voilà donc une petite exclusivité A bride abattue en quelque sorte.

Le menu se déploie entre :
Haddock fumé et croquante de fenouil à l'orange
Filet de lieu noir, purée de patates douce parfum coco, vinaigrette passion
Sablés à l'encre de seiche, crème légère au citron
                 
Et en bonus je vous dirai à la fin comment j'ai cuisiné de beaux maquereaux tout frais.

dimanche 25 mars 2018

Seuls les enfants savent aimer de Cali, au Cherche Midi

Seuls les enfants savent aimer, c'est écrit page 65 (...) Seuls les enfants meurent d'amour. (...) A chaque seconde le coeur d'un enfant explose.

Sans doute le coeur de Cali n'a pas encore cicatrisé puisque à près de cinquante ans il publie ce livre qui, même s'il est présenté comme un roman, est un cri d'amour déchirant : Tu me manques à crever, maman. Jusqu'à quand vas-tu mourir ? (p38)

Ce qui est difficile à percer c'est si Cali a écrit avec les yeux de cet enfant de 6 ans qui regarde le cortège funéraire de sa mère passer sous sa fenêtre ou si ses mots sont ceux d'un adulte. Le fait qu'il n'ait pas signé le livre de son vrai patronyme, Bruno Caliciuri, mais de son nom d'artiste fait pencher du côté de la seconde hypothèse qui, forcément, relève moins de l'intime. Cependant je considérerai le texte comme un récit, par respect pour l'homme dont la perte d'une maman si jeune est forcément un grand traumatisme.

Je l'ai rencontré un soir de 2011, dans une toute petite salle de banlieue. Il était venu au Pédiluve soutenir une jeune artiste, Lise, et nous avait fait la surprise de surgir en plein récital. Plus récemment c'est le chanteur MontparnassE qui m'a dit combien il avait été encourageant pour lui. Il lui a offert une chanson au titre ô combien symbolique : Ecoute-moi jusqu'au bout.

samedi 24 mars 2018

Hamlet dans l'adaptation de Xavier Lemaire et Camilla Barnes

Il y a comme ça des spectacles qu'il n'est pas commode de chroniquer... A-t-on le droit de "dépoussiérer" un classique jusqu'à en faire un opéra rock ? Certains affirment que non, disant que le décor de ce Hamlet est hideux, qu'on ne peut pas re-traduire Shakespeare, et qu'une mise en scène ne peut se résoudre à monter/descendre deux escaliers

Cela aurait pu être mon point de vue mais je ne suis pas partie au bout de 15 minutes (j'étais coincée en bout de rang) et je dois dire que je ne partage pas l'opinion du réfractaire au bout de 3 heures.

Tout se tient et il faut accepter que le regard d'un metteur en scène ne soit pas celui auquel on a l'habitude. Je vous encourage donc à attendre pour juger ... (un conseil qui vaut pour tout d'ailleurs). Il est vrai que cet Hamlet est radicalement différent de Qui es-tu Fritz Haber ? Prix Coup de Coeur de la presse OFF 2013 en Avignon.

Le roi du Danemark est mort… Sa femme Gertrude se remarie avec Claudius son propre beau-frère ! Le jeune Prince Hamlet, fils de Gertrude et du feu roi, et neveu de Claudius, vit très mal cette situation… Or, au dehors des remparts du château d’Elseneur, apparaît, les nuits de pleine lune, un spectre ! Y aurait-il quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark ! Des mots, des mots, des mots… Etre ou ne pas être, là sera la question.

vendredi 23 mars 2018

Éparse de Lisa Balavoine

Voilà un titre, Eparse, qui correspond parfaitement au contenu, un peu comme un pêle-mêle où se chevauchent des photos prises au fil de toute une vie.

Il est différent des autres romans mais pourtant pas vraiment unique même si l'auteure invente une nouvelle forme. On peut le ranger dans la même famille que Les rêveurs ou Mon père, ma mère et Sheila, tous des premiers romans d'ailleurs.

Lisa Balavoine nous le tend comme elle poserait sur le lit un immense quilt, assemblés d'une infinité de morceaux qui composent un tout cohérent.

Dans ce livre (p. 24) il serait question d’aimer, il serait question de raconter (...) Le beau comme le sale (...) Des histoires de rien parce que je ne vise pas bien loin.

C'est une juxtaposition de brèves et d'articles plus longs, ponctué de réflexions (qui parfois se limitent à une ligne), de citations, de listes et de souvenirs musicaux très éclectiques, de Brassens à Madonna (La Isla Bonita) qui sont le fil rouge du roman. La bande originale nous est donnée à la fin, comme le fait aussi Isabelle Carré (et Lorraine Fouchet systématiquement). C'est une excellente pratique.

Je ne connais aucun autre ouvrage qui soit autant semé d'étoiles. Difficile d'écrire une chronique qui soit cohérente en ne sachant pas par quel bout commencer ...

Réglons la question du patronyme. Elle s'appelle Lisa à cause de la chanson de Cat Stevens 1970 Sad Lisa (p. 30) que vous allez vous aussi vous précipiter pour l'écouter ... et vous souvenir vous aussi parfaitement du refrain.

Le lecteur cherche toujours des ressemblances, en veut plus encore en terme de confidences. La jeune femme nous prend de court. Non elle n'est pas de la famille du chanteur (Balavoine) même si petite, elle aimait raconter qu'il était son oncle. Cela me valait un certain succès dans la cour de récréation, sauf les jours où à la cantine on faisait bol de riz par solidarité avec l'Ethiopie. (p. 43)

Et puisque nous parlons de ressemblances accordons lui que oui elle a un petit coté Liv Ullman (comme elle le lance elle-même p. 160). Moi c'était à Caroline de Monaco qu'on me comparait ... quand j'étais jeune. Aujourd'hui je crains davantage de ressembler à Françoise Fabian.

Lisa Balavoine nous parle d'elle et se raconte avec honnêteté : je suis une fille particulièrement décousue ... (p. 35) mais non sans humour puisqu'elle nous l'écrit après nous avoir parlé de Robes de Vincent Delerm (une chanson sur la mort de Dalila, qui permet d'entendre la superbe voix parlée de Rosemary Standley de Moriarty).

jeudi 22 mars 2018

Bourrasque de Nathalie Bécue

Bourrasque est un de ces spectacles dont on mesure la chance qu'ils existent. Parce que Nathalie Bécue a fait un travail d'écriture très réussi, librement adapté de la pièce L’Ombre de la vallée, en reprenant l’argument tout en modifiant les enjeux et la portée.

Elle place le spectateur au plus près de l'atmosphère poétique qui a imprégné l'Irlande que John Millington Synge (1871-1909) nous a fait découvrir au XIX° siècle ... et qui est encore très vivante grâce à la modernité de la mise en scène de Félix Prader.

La distribution est habile, avec Nathalie Bécue, qui interprète Alice burke, et trois autres comédiens, Pierre-Alain Chapuis (Daniel Burke), Théo Chedeville (Michaël Dara) et Philippe Smith (John), tous différents, qui permettent d'apporter des points de vue parfois déroutants, maintenant le spectateur quasiment en haleine comme s'il était au coeur d'un thriller.

Le caractère primitif de la vie sociale si particulière des îles d’Aran en deviendrait presque "normal" dans un décor rustique, simple et familier.
Par un soir de violente tempête, que l'on entendra rugir derrière la verrière, Alice Burke veille son mari défunt, l’âpre et ombrageux fermier Dan Burke, comme le veut la coutume dans cette contrée reculée. Silence dans la chaumière isolée quand à la porte frappe un inconnu, nomade des collines, cueilleur d’histoires (Synge) qui ravive dans l’âme d'Alice la soif d’un ailleurs. Un autre homme bouscule les certitudes d'Alice, Michaël Dara, le marin devenu berger qui vit à quelques lieues et convoite à la fois les biens et la femme ? Et si, soudain, s’éveillait le défunt, chahutant les vivants, que ferait Alice ?

mercredi 21 mars 2018

Vincent & moi de Edouard Cuel et Gaël Breton

La loi de 2005 sur le handicap a changé beaucoup de choses, pas toujours en bien parce que beaucoup d'établissements spécialisés ont été rayés de la carte au motif qu'il n'y aurait rien de mieux que l'intégration en milieu ordinaire. Tous les enfants porteurs de handicap ne sont pas intégrables. Tous ne sont pas heureux d'être chaque jour confrontés, non pas au regard des autres, (ce n'est pas le pire) mais à la vitalité des autres. Se rendre compte de ses propres limites peut être très cruel et générateur d'angoisse. c'est une violence dont on ne parle pas.

Edouard Cuel et Gaël Breton ont filmé le parcours (exemplaire et rare) de Vincent, un petit bébé trisomique, qui sera un adulte ... trisomique, bien dans sa peau et dans sa vie.

Le film sort aujourd'hui à l'occasion de la Journée mondiale de la trisomie 21. Une de ses forces est d'avoir été tourné avec de vraies personnes, Vincent, son père, sa cousine, son maitre de stage, sa formatrice ... et non avec des acteurs professionnels.

il m'a fait penser par bien des aspects au magnifique Gabrielle de Louise Archambault, sorti il y a cinq ans, mais qui n'était pas un documentaire.

Vincent est né avec une trisomie, une différence qui demande du courage, de la patience et une bonne dose d'humour parfois. Tout est un peu... beaucoup... plus compliqué pour lui. Maintenant, il a grandi. Il a 21 ans. Il aimerait vivre comme tout le monde, travailler, être autonome mais surtout être amoureux... Edouard, son père, va tout faire pour l'aider à trouver cette indépendance qu'il désire tant, à condition que Vincent soit capable de voler de ses propres ailes.

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