Souffrante depuis mardi 25 février, j’ai été empêchée de publier sur le blog. Je reprends alors que, comme vous, je suis confinée. Parce que je veux croire que ces coups de cœur que je présente ici vous seront de nouveau bientôt accessibles dans les théâtres, les cinémas, les restaurants et autres lieux de vie. D’ici là protégez vous... et lisez !

vendredi 21 février 2020

Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde

J’ai été extrêmement surprise par Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde dont beaucoup de personnes m’avaient dit le le plus grand bien mais sans me préparer à ce que j’allais voir.

De ce fait, le spectacle qui se déroulait sous mes yeux m’a déroutée parce que je n'avais pas imaginé, pas une seconde, que Laetitia Gonzalbes (autrice et metteuse en scène) avait écrit une fiction. J'aurais dû lire ce qu'on en disait avant de m'y rendre mais je voulais garantir mon impartialité.

Et ne pas me laisser influencer par le réalisme de l'affiche.

Et pourtant dieu sait combien les deux comédiens sont exceptionnels, le mapping prodigieux et d'un esthétisme rare, les chorégraphies extrêmement soignées, les ombres chinoises très suggestives, les mimes et bruitages très réussis. Je suis sûre que j'aurais adoré si j'avais été mise en garde. Je ne me serais sans doute pas agacée d'entendre la chanson J'irai revoir ma Normandie sous prétexte que l'homme est né à Honfleur. J'aurais sans doute supporté la danse de la comédienne, nue sous un voile, alors que la voir ainsi considérée comme un objet m'a prodigieusement agacée. 

Ça commence avec une partie de cache-cache alors que l’on reconnaît évidemment la musique de Gymnopédie No.1 que le musicien a tout de même composé à seulement 22 ans. Ça continuera avec un parapluie et de l'eau qui coulera et ça se terminera sous la pluie et sans parapluie. Rien d'étonnant à ce que l'artiste soit mort d'une pleurésie. Mais voilà que je déraille moi-même ...
Je ne suis pas davantage d'accord avec cette réplique, Nous sommes des loosers magnifiques. Je les trouve plutôt héroïques. Par contre Satie a raison de dire N’écoutez jamais les critiques !

Alors ne m'écoutez pas et faites-vous votre propre opinion. Soyez prêts à vous émerveiller de ce spectacle qui est une vraie prouesse. Tout cela a forcément un sens.
Prenez-le comme une fiction pleine d’humour qui vous plongera dans la vie et l’œuvre du génial compositeur Erik Satie, artiste hors norme, avant-gardiste virtuose, qui composa des musiques aujourd’hui jouées dans le monde entier, telles les célébrissimes Gymnopédies. Il fit de sa vie un véritable roman, avec humour et légèreté, et fut l’ami des grands artistes de son époque : Debussy, Cocteau, Picasso... mais je crois qu'il n'aimait guère Poulenc.

Laetitia Gonzalbes est ce qu'on appelle une artiste plurielle, comédienne dès l’âge de neuf ans, metteuse en scène à quatorze, puis danseuse. Elle a joué dans des spectacles musicaux, a été modèle pour photographes... exerçant ses talents aussi bien sur scène qu’au cinéma ou à la télévision. Après avoir notamment travaillé sur les valeurs de la République, Péguy, Anna Karénine de Léon Tolstoï, elle a écrit et mis en scène Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde en réponse à une commande du Théâtre de la Contrescarpe.

Éducateur pour enfants autistes en début de carrière, Elliot Jenicot s’est très tôt formé à la comédie, au mime et au clown. Ses talents ont été applaudis dans des seul-en-scène multirécompensés. Il a souvent joué dans des café-théâtres, festivals de rue et music-halls à travers le monde. Mais il a aussi été pensionnaire de 2011 à juillet 2019 à la Comédie Française.

Anaïs Yazit (Anna) a fait ses premiers pas artistiques dès l'âge de onze ans en dansant : claquettes, danse contemporaine, hip-hop, modern jazz... et surtout flamenco. Elle a également commencé le théâtre très jeune, avant de compléter sa formation au cours Florent, dont elle est sortie en 2016. La jeune femme est aussi une excellente chanteuse de pop funk, rock et soul, de tessiture mezzo soprano.

L'illustration est signée de Suki qui réalise sa seconde collaboration avec Laetitia Gonzalbes en animant le spectacle de ses admirables illustrations projetées.
Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde
Une pièce écrite et mise en scène par Laetitia Gonzalbes
Avec Elliot Jenicot et Anaïs Yazit
Au Théâtre de la Contrescarpe - 5, rue Blainville - 75005 Paris
Depuis le 3 octobre 2019
Du mardi au samedi 19 à heures

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Fabienne Rappeneau

mercredi 19 février 2020

Judy, le biopic sur Judy Garland, réalisé par Rupert Goold

Judy est un biopic troublant. On savait plus ou moins que la vie de Judy Garland avait été tumultueuse mais, d'une part je ne pensais pas qu'elle était décédée si jeune, d'autre part je n'imaginais pas l'ampleur de l'enfer qu'elle a traversé.

Cela étant le film est particulier puisque la plupart des scènes se déroulent au cours de l'année 1968 et font revivre la série de concerts donnés par l'actrice et chanteuse, quelques mois avant son décès...

Elle traverse alors une très mauvaise passe, tant personnelle que professionnelle, et elle a été contrainte de quitter les Etats-Unis pour Londres afin de gagner l'argent pour subvenir aux besoins de ses enfants. Elle fait le constat terrible : Je dois quitter mes enfants pour avoir de quoi vivre avec mes enfants.

Judy accepte donc, pour une somme d’argent conséquente, de se produire pendant cinq semaines au Talk of the Town, un cabaret très à la mode tenu par le célèbre impresario Bernard Delfont, où très vite elle jouera à guichets fermés.

On voit une femme hantée par une enfance sacrifiée dès l'âge de deux ans pour Hollywood, qui aspire à rentrer chez elle pour consacrer du temps à ses enfants et dont le retour est sans cesse contrarié. Et on est admiratif de son courage pour aller toujours de l'avant et des efforts insensés qu'elle déploie pour récupérer ses enfants. Une des conversations qu'elle a avec sa fille, et au cours de laquelle celle-ci lui exprime clairement qu’elle a davantage besoin de calme que de la voir est extrêmement émouvante. Surtout lorsque Judy lui jure que ça ira très bien.
Rupert Goold s'est inspiré de la comédie musicale "End of the Rainbow", écrite par Peter Quilter en 2005. Le scénariste Tom Edge a toutefois voulu que le scénario de Judy soit davantage complexe, authentique et précis quant à la vie de Judy Garland. A cet égard j'ai appris qu'ils ont pu bénéficier des souvenirs d'un témoin clé de ces événements, Rosalyn Wilder (interprétée par Jessie Buckley dans le film), et qui a été l’assistante de Judy pendant son séjour londonien. Il est probable que cette collaboration a été essentielle dans le choix de cette période de la vie de Judy.

De son coté l'actrice Renée Zellweger s'est entraînée au chant pendant un an avec le coach vocal Eric Vetro, puis a travaillé sa voix pendant quatre mois avec le superviseur musical Matt Dunkley. Même si l'actrice avait déjà chanté dans Chicago, sa préparation pour Judy a constitué un travail de longue haleine car (et nous ne nous en rendons pas forcément compte) elle devait aussi maîtriser l'accent, la tonalité et la gestuelle de son modèle pour être capable de jouer Judy Garland avec le maximum de réalisme.

Il est manifeste que l'actrice a aussi du se transformer physiquement, par un maquillage adapté, le port de lentilles de contact gris foncé et changer de coiffure. Le résultat est exceptionnel. Je crois que la comédienne a l’âge du rôle. Et pourtant comment s'étonner qu'elle meurt six mois plus tard ? On jurerait -tant elle est exténuée- que le personnage que l'on voit à l’écran a 20 ans de plus, tout en étant magnifique et semblant conserver le caractère d'une éternelle adolescente, fantasque et parfois capricieuse, mais toujours séductrice.
Sur ce point le pari est totalement rempli. Renée insuffle au personnage un charme fou, à la limite de la folie. On éprouve une immense empathie pour cette femme épuisée par les attentes de tous, et dont la loge débordante de fleurs offre une bien piètre consolation, pas davantage que ses prodigieuses tenues (très inspirées de sa véritable garde-robe). A de multiples reprises on la surprend comme une bête se préparant à une corrida…

Et puis à d'autres moments elle devient ultra touchante et fragile, par exemple dans la scène d'adieu avec son assistante londonienne lorsqu'elle est attablée devant une pâtisserie (pas d'au-revoir sans gâteau à Londres !) qu'on dirait être la première de toute sa vie. Here's to you ! À votre santé lui souhaite-t-on alors.
Mais les paroles de certaines chansons ont un goût amer. Ainsi By myself ... car si elle chante I’ll go my way by myself on sait qu'elle n'aura pas réussi à suivre un chemin heureux. Jamais. Même enfant elle aura eu du mal à faire respecter une heure de pause dans son contrat et à obtenir la permission de grignoter quelque chose. Les scènes de manipulation subies dans l'enfance sont atroces. J'ai été effarée du nombre de médicaments qu’on lui fait avaler comme d’autres croqueraient des bonbons.

Rien d'étonnant à ce qu'elle soit devenue toxicomane et que sa santé ait lâché. Le conseil du médecin anglais la priant de prendre mieux soin d'elle est totalement irréaliste. Elle est d'ailleurs autant dépendante de la chimie que de la scène qui l'attire comme un aimant. Elle paiera de sa vie l'immense succès du Magicien d'Oz (qui lui valut l'Oscar spécial de la "meilleure jeune actrice" en 1940) après une trentaine d'années d'applaudissements et de larmes. Une vie dont personne ne rêverait.

Renée Zellweger a reçu l'oscar de la meilleure actrice pour cette prestation, face à Cynthia Erivo (Harriet), Scarlett Johansson (Marriage Story), Saoirse Ronan (Les Filles du docteur March) et Charlize Theron (Scandale). A noter que la comédienne avait eu, en 2003, l'oscar du meilleur second rôle féminin pour Retour à Cold Mountain.

Rupert Goold réalise ici son second film pour le cinéma après le thriller True Story, qui lui aussi prend racine dans des faits réels. A noter qu'on lui doit également King Charles III, un téléfilm consacré au célèbre roi d'Angleterre.
Judy, réalisé par Rupert Goold
Avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wittrock
Sortie en salles le 26 février 2020

mardi 18 février 2020

Cocotte de riz au Chili de Arbol

Le Chili de Arbol est un petit mais puissant piment mexicain qui pousse sur un petit arbre, d'où son nom, signifiant piment de l'arbre. Il est également connu sous le nom de Chili à bec d'oiseau ou encore Chili à queue de rat. Mais, surtout, c'est le fameux piment d'Espelette que les Espagnols introduisirent dans la cuisine basque entre le XVI° et le XVII° siècles et que nous consommons en poudre.

Les mexicains l'emploient sec et entier, et il est probable qu'il soit plus relevé. Son indice de chaleur se situe entre 15 000 et 30 000 unités Scoville, ce qui reste malgré tout supportable pour nos palais à condition de respecter une petite précaution, que je vous explique ci-dessous.

Il fait partie des piments que j'ai ramenés il y a quelques semaines, et que j'ai directement achetés au marché de la Cruz, à Queretaro. Après l'avoir testé dans une sauce tomate maison, j'ai décidé de faire une nouvelle expérience, que je partage aujourd'hui.

Faire revenir un oignon coupé en morceaux dans une cocotte à fond épais avec un petit peu d’huile, par exemple huile d’olive. Ajoutez trois gousses d’ail.

Puis, quand l'oignon commence à dorer, trois poivrons jaunes coupés en gros morceaux et deux tomates, elles aussi grossièrement coupées. Attendre un petit moment avant de mouiller à hauteur des légumes avec de l’eau.

Versez ensuite en pluie un grand verre de riz blanc. Remuez une fois. Salez. Glissez à l’intérieur de la préparation un piment Chili de Arbol entier (en faisant attention de ne pas le percer de manière à ce qu’il conserve ses graines à l’intérieur). Il n'est pas très grand (environ 5 à 7, 5 cm de long et 0,65 à 1 cm de diamètre) et pour moi un seul piment suffit mais il faut adapter à la quantité de riz.

Vous avez peut-être lu que lorsqu'on utilise des piments séchés (ce qui est le cas ici), on peut choisir de les griller légèrement pour renforcer leur saveur ou/et de les réhydrater en les ramollissant dans l'eau chaude pendant environ 20 minutes. Je trouve ces étapes inutiles dans cette recette puisque le piment va bouillonner dans le liquide de cuisson pendant un temps comparable.

Revenons à notre cocotte. Remuez au bout de 10 minutes. Et poursuivez la cuisson 10 autres minutes.

Servez après avoir mis de côté le piment (que vous pourrez voir au centre de la photo) … À moins que vous ne vouliez enflammer votre palais. On pourra le consommer ultérieurement après avoir retiré ses graines et l’avoir par exemple écrasé dans un petit peu d’huile. C'est alors un condiment pour des pommes de terre cuites à l'eau, des pâtes ....

lundi 17 février 2020

Un divan à Tunis, un film de Manele Labidi

Un divan à Tunis est annoncé comme la chronique d’un pays en pleine mutation et j'étais impatiente de découvrir le film ce soir car il a été tourné dans une ville que je connais bien, où je suis souvent allée... bien que ce soit "avant" les évènements tragiques qui ont secoué le pays, et que la perspective de rencontrer Manele Labidi après la projection était très excitante.

Comprenez bien, en tout cas, que mon expérience a forcément influencé mon regard. Il y a tant de choses justes dans les parti-pris de la réalisatrice que je me suis sentie en terrain familier quand d'autres personnes, qui n'ont peut-être que la vision touristique de la Tunisie ont cru voir des clichés exagérés.

Après avoir exercé en France, Selma, 35 ans, ouvre son cabinet de psychanalyse dans une banlieue populaire de la capitale tunisienne. Au lendemain de la Révolution, la demande s'avère importante dans ce pays "schizophrène". Mais entre ceux qui prennent Freud et sa barbe pour un frère musulman et ceux qui confondent séances tarifées avec "prestations tarifées", les débuts du cabinet sont mouvementés… Alors que Selma commence enfin à trouver ses marques, elle découvre qu'elle doit se procurer une autorisation indispensable pour continuer d'exercer…

Le film est comme on dit "clivant". Soit on adore, parce qu'on a toutes les raisons de se réjouir qu'un premier film ait autant de qualités, et soit si bien interprété. On applaudit alors joyeusement l'audace de la réalisatrice à s'affranchir des remous politiques et du poids de ce qu'il convient de "bien" penser en matière de psychanalyse.

Soit on fait grise mine, parce que précisément on manque (sans doute) d'humour et qu'on ne peut supporter que le mythe freudien (pardon !) soit un peu égratigné. On s'offusque du portrait en noir et blanc d'un homme portant une chéchia rouge vif posé à coté de la comédienne sur l'affiche.

Pour ma part j'ai souri de reconnaître Sigmund Freud que la jeune femme désigne à son entourage sous le terme de "mon patron".

J'ai aimé que pour une fois on nous parle du monde arabo-musulman autrement que sous l'angle religieux (même si on n'évite pas la croyance en Dieu) ou sous celui du terrorisme. Et quelle bonne idée de traiter sous l'angle de la comédie le changement sociétaire qui s'y déroule. Ce soir les éclats de rire fusaient de partout dans une salle où étaient venus beaucoup de spectateurs ayant des racines tunisiennes et aussi plusieurs personnes pour qui cette projection n'était pas la première. Ils avaient tant aimé le film qu'ils avaient décidé de revenir.

Et puis j'ai adoré ce sentiment (alors que l'action se situait manifestement de nos jours) de regarder une comédie italienne des années 70 dont je reconnaissais le coté décalé et l'humour si caractéristique. Impression renforcée par l'écoute de Citta' vuota, cette chanson de Mina écrite par le regretté Mort Shuman (1965). La réalisatrice manie les codes avec audace puisque plus tard ce sera une référence au western ( "spaghetti" ... ?) lorsque l'homme au cigare (et vous aurez deviné de qui il est le sosie) arrive au volant de ses chevaux vapeur et sur une musique appropriée alors que la jeune femme doit faire face à une panne de moteur, en plein désert ... mais sous un beau coucher de soleil.

dimanche 16 février 2020

Retour aux Fables de la Fontaine

Alors que le Comptoir des Fables honore une clientèle heureuse et grandissante, juste en face, le nouveau chef des Fables de la Fontaine ne chôme pas pour satisfaire la sienne, qui parfois est la leur.

Peut-on dire que les deux restaurants rivalisent? Pas tout à fait car il ne s'agit pas de la même cuisine, même s'ils ont en commun une qualité irréprochable des produits, une créativité audacieuse et néanmoins adaptée à tous les palais et un goût prononcé pour le challenge.

Tout en étant respectueux de ce qui a été inscrit à la carte avant son arrivée, Mehdi Bencheikh n'est pas en reste d'inventivité. Il ne se laisse pas impressionner par les classiques, même quand il s'agit de la Bourride du Gros Caillou dont il a modernisé la recette.

Je ne risque pas de me fâcher avec les uns ou les autres. Je suis même capable de prendre l'apéritif au Comptoir avant de traverser la rue pour m'attabler aux Fables. Car je sais que le barman excelle dans les cocktails éphémères comme ce Juliette qui me fut servi en l'honneur de la Saint-Valentin.

Et rassurez-vous, s'il a laissé la totalité de la mousse, pour satisfaire ma gourmandise et faire en sorte que la photo soit plus attrayante, il a soin de retirer tout ce qui dépasse pour celui ou celle qui ne voudrait pas avoir une jolie moustache blanche, même si, franchement, on contourne la difficulté en commençant la dégustation (en toute modération) avec une petite cuillère.

Je connaissais les Fables et j'en conservais le meilleur souvenir. J'y ai déjeuné il y a presque un an et voilà ce que j'écrivais alors. Ma conscience professionnelle devrait m'inciter à revenir plus souvent dans les mêmes endroits, histoire de vérifier si les portions sont toujours aussi belles et si la carte reste à la hauteur de la fois précédente. Je ne m'appelle pas Michelin ... et c'est regrettable mais parfois c'est avec appréhension que je reviens dans un lieu que j'ai plébiscité ... avec la crainte de ne pas être autant séduite. Les Fables ont pleinement passé le cap. Je pourrais même dire que l'arrivée d'un nouveau chef place le restaurant un cran au-dessus. Ce qui faisait sa spécificité n'a pas disparu et l'offre s'est étoffée. Que demander de plus si ce n'est de continuer ?
Me voici donc attablée aux Fables un an après en savourant pour commencer une petite gougère au Beaufort, servie tiède, et une tartelette à la crème de poireau et à l'anguille fumée. C'est un début prometteur pour ouvrir l'appétit qui ne résiste pas à la tentation d'une tartine de pain (il est merveilleux) avec un subtil beurre-maison aux graines de fenouil. Et voici un Crozes-Hermitage 2017, domaine Jaboulet à savourer avec modération avec entrées et poissons.
Chacun choisira selon son envie du moment, par exemple le Tartare de chinchard, betterave, shizo et Granny Smith, assaisonné à l'huile de persil et on peut faire confiance à Mehdi pour le découper dans les règles de l'art, apprises au Japon auprès d'un chef japonais issu d'une famille de pêcheurs. Il a passé un an, à Osaka, dans le restaurant étoilé "Unissons des coeurs" et dans le restaurant traditionnel "Utoyo".

samedi 15 février 2020

Le ciel par-dessus le toit de Natacha Appanah

En présentant l'ensemble du Prix des lecteurs d'Antony, le 30 novembre dernier, je disais de ce livre dont le titre, Le ciel par-dessus le toit, fait référence à un poème de Verlaine, qu'il dénouait les fils d’une histoire familiale un peu triste avec une écriture puissante et poétique. Je le referme en devant nuancer cette brève analyse.

"Sa mère et sa sœur savent que Loup dort en prison, même si le mot juste c’est maison d’arrêt mais qu’est-ce que ça peut faire les mots justes quand il y a des barreaux aux fenêtres, une porte en métal avec œilleton et toutes ces choses qui ne se trouvent qu’entre les murs.
Elles imaginent ce que c’est que de dormir en taule à dix-sept ans mais personne, vraiment, ne peut imaginer les soirs dans ces endroits-là.

Cet extrait qui est exactement celui que l'éditeur place sur la quatrième de couverture reflète assez bien mon ressenti de lectrice qui à chaque page croyait être entrée dans l'histoire et qui, au chapitre suivant, mesurait combien elle en était encore très éloignée.

Il est vrai que les phrases se posent délicatement sur le papier comme la lumière sur une forêt de givre. Je ne sais pas si c'est parce que le livre ne se déploie que sur une centaine de pages, ou parce que l'auteure a voulu juxtaposer (on ne les sent jamais former une famille) trop de personnages et surtout trop différents les uns des autres que je n'ai pas réussi à sortir la tête d'une sorte de brume. J'accepte la proposition de Natacha AppanahIl faut se tenir immobile et regarder comment la vie nous joue des tours (p. 26). Mais alors je suis incapable de formuler un avis argumenté.

Outre l'allusion poétique justifiée par l'importance que le ciel prend tout au long du roman je me suis souvenu évidemment que Verlaine en avait écrit les vers, alors qu'il était en prison, condamné à 2 ans. J'ai relu la toute fin :
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

C'est un peu la question à laquelle chacun tente de répondre dans ce roman. Paloma (la soeur de Loup) s'interroge sur le moment qu'elle appelle "heure bleue" où "se mélangent tous les sentiments du soir, petits et grands, beaux et laids, fades et puissants" (p. 30), ce ciel présent dès le début du roman, ouvert, bleu et calme, que l'auteure nous dit à la fin être si bleu, par-dessus tout ça comme un mensonge (p. 109).

Alors ... la vérité ....

Le ciel par-dessus le toit de Natacha Appanah, Gallimard, en librairie depuis le 22 août 2019
Livres précédemment chroniqués :
Joseph Ponthus, A la ligne 
Alexis Ragougneau Opus 77
Line Papin, Les os des filles
Abir Mukherjee, L’attaque du Calcutta-Darjeeling

vendredi 14 février 2020

Le Québecium

Vous y viendrez pour le cadre, pour la cuisine, et pour la bonne humeur du patron et de son équipe. Son nom, Québecium, peut se prononcer "qué-bé-siome" ou "qué-bé-kiomme" sans choquer le fondateur du lieu, Benjamin Berthiaume.

J'y ai mangé les meilleurs poireaux-vinaigrette de toute ma vie, à ceci près que ce sont des poireaux mimosa servis à peine tièdes et que la sauce n'est pas vraiment une vinaigrette même si elle contient du vinaigre et de l'huile. On a l'habitude au Québec, m'expliqua le patron, de cuisiner des recettes européennes en les twistant avec une petite touche d'épices. Il ajoute du comté 18 mois et des brisures de bacon à l'érable. Le résultat est bondieusement goûteux et je regrette que ma photo ne soit pas à la hauteur de la saveur ni de la présentation raffinée.

J'étais libre du choix du plat mais aurais-je pu commander autre chose qu'une poutine, mais il faut peut-être vous expliquer ce qui compose ce plat, apparu dans les années 50. avec juste trois éléments : des frites, de la sauce brune et du fromage en grains. La poutine est vite devenue populaire outre-atlantiqu. des concours de recettes sont régulièrement organisés. Nous autres, maudits français, nous sommes moqué longtemps de cette association, peut-être parce que nous avons un énorme choix de fromages alors qu'outre-atlantique il y a surtout du cheddar, en particulier celui de la fromagerie Saint-Guillaume et jusqu'à preuve du contraire le Québecium est le seul restaurant de tout Paris à importer ce fromage (et donc à préparer une authentique poutine).

Au fil du temps des québécois célèbres nous ont convaincu d'apprécier ce plat. Je me souviens de Linda Lemay en parler dans une de ses chansons avec beaucoup d'humour mais je n'avais jamais eu l'occasion d'en goûter.

Plusieurs explications circulent quant à l'origine du nom. J'aime bien celle de Benjamin qui m'a expliqué que ne sachant que faire des raclures de cheddar quelqu'un aurait dit en désignant un bol de frites : ben put it in (mets les dedans !). Il n'y avait plus qu'à arroser de sauce et servir.
Benjamin Berthiaume tenait absolument à l'inscrire à la carte aussi bien en version classique (et en portion simple ou double selon votre appétit) que revisitée. Il m'a proposé la variante Surf N' Turf. Très surprenante puisque les trois ingrédients de base, sont surmontés d'un émincé de calamars associé à des morceaux de poitrine de porc braisée. L'ensemble est relevé d'un kimchi de chou et saupoudré de coriandre haché. L'association terre-mer, plutôt commune à Montréal, fonctionne et je me suis régalée en allant chercher les frites au fond du récipient. A noter que comme il est de tradition au Québec, les pommes de terre ne sont pas épluchées. Les vitamines sont dans la peau et comme le légume est bio il n'y a rien à craindre.

jeudi 13 février 2020

Cœurs au Musée de la Vie Romantique

C’est la demeure du peintre Ary Scheffer et elle est devenue en 1987 le Musée de la Vie Romantique. Chacun sa conception des choses mais je vais avouer franchement que les collections permanentes (en accès libre) n’ont à mes yeux absolument rien de "romantique". Par contre le petit jardin et la verrière où est installé le salon de thé avec les bons produits de Rose Bakery sont éligibles à ce qualificatif.

Sa dénomination de Musée de la vie romantique est cependant pleinement justifié en ce moment avec la proposition d’une exposition temporaire qui commence à la date symbolique de la Saint-Valentin, intitulée Cœurs, et qui propose de mettre en lumière des œuvres contemporaines évoquant le romantisme.

La sélection faite par Maribel Nadal Jové, commissaire invitée et par Gaelle Rio, directrice du musée, est tout à fait intéressante et invite à voir diverses représentations des sentiments accrochés sur des murs roses ou bleus. On pourrait croire qu’elles nous proposent un point de vue féminin et un point de vue masculin mais il n’en est rien.

Ces deux couleurs, plutôt froides, symbolisent combien l’amour romantique n’est pas un amour heureux. De quoi freiner les tentations de nos concitoyens en matière d'imagination dans leurs scénarios de rencontres. J'irai jusqu'à vous inciter à vous méfier la prochaine fois qu’on vous promettra une soirée romantique. Elle pourrait mal finir. Et elle sera nécessairement éphémère. Voilà d’ailleurs pourquoi la dernière section se satisfera de montrer des cœurs gravés puisque les cœurs éternels sont bien trop rares. Mais commençons au sous-sol du pavillon qui se trouve dans la cour.

Le parcours se décline dans les deux espaces du grand atelier du peintre Ary Scheffer, en sept sections pour dessiner les contours d’un cœur multiple : cœur ouvert, cœur artiste, cœur symbole, cœur amoureux, cœur brisé, cœur gravé et cœur éternel. Le principe de la déambulation permet de faire ressentir au public les multiples nuances du sentiment amoureux en évoquant les grands thèmes de la séduction, du coup de foudre, de la déclaration d’amour, de l’érotisme, de la rupture, du deuil et de l’amour éternel. Des miniatures, dessins et objets précieux, aux côtés de formats plus spectaculaires, mêlant une approche naturaliste à une vision idéaliste, illustrent ce motif populaire, son sens symbolique et ses appropriations esthétiques dans l’art d’aujourd’hui.
J’ai remarqué -sans surprise quant à leur choix- deux immenses tableaux de Pierre et Gilles, une œuvre de Sophie Calle, une de Niki de Saint-Phalle (qui ne connaît pas son cœur rouge vif tournant  à coté de Beaubourg dans la fontaine Stravinski ?) deux autres d’Annette Messager, trois de Marc Molk. La présence de ces artistes s’inscrit dans une logique. Je regrette malgré tout que l’unique œuvre réalisée pour l’exposition (sans être néanmoins une commande) soit illisible. Même en s’approchant à l’extrême de la calligraphie de Marc Molk (à l'étage), conçue au demeurant pour être vue de près, il est impossible de déchiffrer plus de quelques mots. J’aurais apprécié que le texte, sans doute écrit avec une certaine intention, soit mis à disposition. Cet artiste qui se peint en accrochant son cœur enflammé à son poignet a sans doute beaucoup à dire sur le sujet.
On applaudit par contre à l’enthousiasme avec lequel les deux commissaires ont monté le projet. Quelle belle idée de faire dialoguer la délicate sculpture de fil d’acier crocheté de Luise Unger (2008) avec l’Opération à cœur ouvert d’Oda Jaune. L’univers de cette artiste bulgare figurative est extrêmement métaphorique et poétique.
Les oeuvres sont très variées, à la limite du kitsch comme ce God's Heart de Sarah Pucci (1902-1996) réalisé dans les années 1980 avec des perles, paillettes, épingles, mousse et statuette en plastique. Ou encore cette huile sur bois, de 2016, intitulée Marcel Duchamp par Ida Tursic et Wilfried Mille, un couple d'artiste ayant d'ailleurs rencontré le maitre de l'art conceptuel durant leurs études aux Beaux-Arts de Dijon.
Le coeur brisé est un thème cher aux romantiques. Voici le Cœur au repos d'Annette Messager, 2009. Tissage /  fil de fer, filet noir, 43 x 100 x 17 cm. Cette oeuvre qui est proche de l'installation évoque un cerf-volant avant qu'il ne tombe sur la grève comme un gâteau naufragé. L'artiste a utilisé un filet de pêchette couleur noire (souvent associée à la mort et au deuil) qu'elle fait tenir en équilibre au moyen d'une armature en fil de fer.
Je vous invite à vous asseoir un moment sur le canapé en arc de cercle, recouvert d'un velours orangé pour contempler les oeuvres du premier étage. Vous serez touché comme par une flèche par le cœur transpercé de Marc Molk ou celui en Cage de verre, de Françoise Pétrovitch, 2010, verre soufflé, argenture et miroir, production CIAV, Meisenthal, 90 x 47 x 47 cm.
Votre regard s'accrochera sans doute ensuite sur ce néon de Hsia-Fei Chang, artiste taïwanaise née en 1973 à Taipei, vivant et travaillant à Paris, et qui témoigne de la polysémie de l'appropriation technique du thème.
Le récit sur l’amour se poursuit ensuite dans l’ensemble du musée, invitant le visiteur à revoir de façon sensible et poétique les collections permanentes du musée.
Je rappelle que cette exposition ouvrira pour la Saint-Valentin, lors d’une journée exceptionnelle gratuite destinée à tous les amoureux de l’art, de la musique et de la poésie. Une riche programmation culturelle, des animations et des dispositifs de médiation comme un photomaton, un parcours de visite pour les enfants, une carte du cœur ainsi que des visites guidées et des ateliers, feront battre le cœur du public au musée de la Vie romantique.

De multiples animations, ateliers et conférences sont répertoriés sur le site du musée.

Cœurs. Du romantisme dans l’art contemporain
Avec des oeuvres de Martine Aballéa, Pilar Albarracín, John M. Armleder, Gilles Barbier, Ronda Bautista, Sophie Calle, Hsia-Fei Chang, Delphine Coindet, Jim Dine, Jacques Halbert, Oda Jaune, Ouka Leele, Philippe Mayaux, Annette Messager, Marc Molk, Mrzyk & Moriceau, Claude Nori, Vincent Olinet, Jorge Orta, Jean-Michel Othoniel, Françoise Pétrovitch, Pierre et Gilles, Sarah Pucci, Agatha Ruiz de la Prada, Niki de Saint Phalle, Ida Tursic et Wilfried Mille, Luise Unger, Winshluss.
Du 14 février – 12 juillet 2020
Musée de la Vie romantique
Hôtel Scheffer-Renan
16, rue Chaptal – 75009 Paris - Tél. 01.55.31.95.67
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, fermé les lundis et le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre
Accès gratuit aux collections permanentes

mercredi 12 février 2020

Photographies de Charlotte Perriand au Pavillon Comtesse de Caen

De toutes les photos exposées au Pavillon Comtesse de Caen (fraichement rénové en 2019 avec une nouvelle scénographie généreusement offerte par Jean-Michel Vilmotte, membre de la section d'architecture de l'Académie des beaux-arts) j'ai retenu une photo de Charlotte Perriand (1903-1999), que je croyais être un strict choix personnel. Disons que j'ai bon goût puisque, ensuite, je l'ai vue partout.

Pareillement quand j'ai voulu prendre un cliché la représentant, et illustrant son énergie, sa liberté de pensée et d'agir ....voilà que je réalise que c'est la photo que l'on voit partout sur les réseaux sociaux pour rappeler que l'exposition qui lui est consacrée à la Fondation Vuitton va s'achever sous peu. Je ne le savais pas.

Alors qu'il reste quelques jours pour y découvrir Le monde nouveau de Charlotte Perriand, en termes d'architecture et de design plus qu'en tant que photographe c'est sous cet aspect que l'Institut de France a choisi d'honorer cette femme d'exception.

L’exposition présente 48 photographies sélectionnées dans le fonds photographique Charlotte Perriand géré par sa fille Pernette Perriand-Barsac et son gendre Jacques Barsac, dont beaucoup sont rarement montrées au public.

Le parcours est articulé autour des principales thématiques explorées photographiquement par l’artiste de 1927 à 1940 : le monde paysan, la montagne, et les objets naturels qu'elle-même, Fernand Léger et Pierre Jeanneret associaient à l'art brut. Comme par exemple le Bloc de glace dans la forêt de Fontainebleau immortalisé en 1935 et qui figure en tête de cet article.

C'est Lélia Wanick Salgado qui assure le commissariat de l'exposition et qui a sélectionné les prises de vue. Etant elle-même très impliquée dans les combats écologiques il est probable que son regard a été dirigé par son propre engagement. Quoiqu'il en soit on découvre grâce à elle une artiste qui s'intéressait à tout, et qui, comme me l'a confié sa fille, affirmait qu'il fallait voir la vie en éventail.
Alors qu'elle dessinait énormément la photo deviendra sa nouvelle passion et il est amusant de savoir le rôle que son premier mari, le négociant en tissus anglais Percy Kilner Scholefield, a joué en lui offrant son premier appareil photo. Sa fille n'aura pas à attendre longtemps pour recevoir un tel cadeau, l'année de son dixième anniversaire.
On admire dans ce Pavillon combien Charlotte Perriand avait l'oeil de l'architecte dans toutes ses compositions, y compris lorsqu'elle mettait en scène des anonymes ou des personnalités. On est époustouflé de voir comment elle photographiait la nature, et surtout la montagne. Il ne fait aucun doute qu'elle était une alpiniste chevronnée.
Ceux qui connaissent son travail pourront établir des liens entre les clichés pris en Extrême-Orient, et notamment au Japon, et nous regarderons d'un autre oeil une station de sports d’hiver, notamment celle des Arcs, à laquelle elle a consacré vingt ans de sa vie.

J'ai beaucoup aimé aussi le diaporama qui fait exister Charlotte sous nos yeux comme sujet. C'était  à n'en point douter une femme libre, féministe, pionnière à bien des égards. 
Charlotte Perriand, photographies
Exposition au Pavillon Comtesse de Caen
27 quai de Conti - 75006 Paris
Du 13 février au 22 mars 2020

dimanche 9 février 2020

Une bête au paradis de Cécile Coulon

J'ai rencontré Cécile Coulon il y a quelques mois, chez son nouvel éditeur, l'Iconoclaste, et j'ai été séduite par la manière dont elle présentait son sixième roman.

Nous étions cependant à la quasi-veille de la rentrée littéraire, au milieu d'une offre abandonnante et ce n'est pas elle que j'ai lue en premier.

Jean-Baptiste Andrea, avec Cent millions et un jour, et Mathieu Palain  avec Sale Gosse, l'ont si je puis dire, coiffée au poteau. Une bête au paradis s'est empoussiérée dans une pile de livres. L'ordre des lectures de chacun est mystérieux, tout comme ce qui fait qu'on poursuivra (ou non) un cheminement commencé à travers les pages.

Ce n'est que récemment, à mon retour du Mexique, après avoir été sevrée de livres (le format numérique n'offre pas le même plaisir) que je me suis immergée dans ce roman qui m'a quasiment dévorée.

J'ai été fascinée par la manière qu'a l'auteure de partager la manière dont la terre peut nous subjuguer et la passion quasi amoureuse que l'on peut ressentir pour un terroir. J'ai très vite été transportée dans la ferme où je passais une grande partie de mes vacances, à une époque où le seul signe de modernisme était l'électricité. L'écart de confort avec ce que je connaissais chez mes parents était colossal mais je n'en souffrais pas. Aucun besoin de télévision, de réfrigérateur ni même d'eau courante dont l'intérêt était éclipsé par les odeurs animales, l'humus des sous-bois, les parfums du foin qui sèche dans la grange ...

Chaque jour obéissait à un rituel immuable scandé par les travaux agricoles et pourtant chaque seconde était propice à un émerveillement. D'autant que je savais, malgré mon jeune âge, que la famille devrait se séparer de cette terre en raison des difficultés à l'entretenir. J'avais deviné l'ombre d'un secret familial constituant une menace mais cette situation rendait chaque séjour palpitant comme une aventure.

Autant vous dire que le cadre décrit par Cécile Coulon était pour moi totalement plausible. J'avais à chaque page le sentiment de revenir sur les pas de mon enfance, à ceci près que la ferme de mes grands-parents n'avait pas reçu le paradis comme nom de baptême. Je  traversais la cour, m'arrêtais un instant sous le tilleul centenaire, m'approchais de la mare qui est restée dans mon souvenir aussi immense qu'un lac et je poursuivais jusqu'au poulailler, attenant au jardin. J'ai revécu des émotions enfouies et que je ne pensais jamais connaitre de nouveau, plus fortes et plus authentiques que si j'y remettais les pieds car tout a sans doute changé depuis.


Comme je comprends que cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux soit essentielle pour Emilienne. Elle y élève, avec pour uniques ressources son courage et le produit de l'élevage de quelques animaux, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel, dont les parents se sont tués dans un (stupide) accident de la route à quelques kilomètres de là. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, symbole d'une réussite dont il est avide.

Le lecteur est aussi proche de Blanche que d'Emilienne, différentes mais toutes deux attachées à leur terre. Il compatit pour Gabriel, enfant fragile dont on craint qu'il ne lui arrive malheur. Et pour Louis, enfant martyr recueilli par Emilienne comme elle aurait soigné un animal blessé par un prédateur.

Cécile Coulon nous prévient dès le début que tout finira mal mais j'ai voulu croire que la prophétie ne se réaliserait pas. C'est aussi en cela que son écriture est magique puisqu'elle parvient à nous tenir en haleine, au fil des pages d'un roman noir et pourtant lumineux comme un récit biblique et qui ne nous épargne aucune larme des pleurs et des torrents de honte (p. 297).

Certaines scènes sont difficiles à soutenir, comme celle (p. 63) que nous avait lue l'auteure, racontant pourquoi Emilienne tord le cou de la poule préférée de Blanche, justifié par une phrase qui fait figure de sentence : ne fais jamais de mal à un plus petit ou tu souffriras par un plus fort.

Les chapitres sont annoncés par un verbe à l'infinitif qui résonne un peu comme les étapes d'un chemin de croix. Le récit est violent comme une passion mais il est magnifique et l'attribution du Prix Littéraire du Monde est amplement justifié.

Cécile Coulon est née en 1990. En quelques années, elle a fait une ascension fulgurante et a publié six romans, dont Trois Saisons d’orage, récompensé par le prix des Libraires, et un recueil de poèmes, Les Ronces, prix Apollinaire. J'ai hâte de me plonger dans tous ces ouvrages.
Une bête au paradis de Cécile Coulon, l'Iconoclaste, en librairie depuis le 21 août 2019

samedi 8 février 2020

Singulier avez-vous dit ? exposition au Pavillon des Arts de Chatenay-Malabry

Si vous aimez que l’art vous surprenne, ne manquez surtout pas l’exposition proposée au Pavillon des arts et du patrimoine de Châtenay-Malabry jusqu’au 7 mars prochain.

Les œuvres qui ont été sélectionnées sont issues d’une collection extraordinaire d’art contemporain appartenant à un ancien hommes d’affaires, joueur de rugby et pilote d’avion et musicien de fanfare, qui témoigne d’une passion viscérale pour l’art singulier situé à la marge de la création contemporaine depuis plus de quarante ans, sans se préoccuper de la mode pour privilégier plus que tout la condition humaine qu’il place au coeur du dialogue qu’il entretient avec les artistes.

Il a longtemps conservé sa collection dans les sous-sols de sa maison jusqu’à ce qu’il trouve le cadre idéal pour les montrer au public dans l’abbaye d’Auberive en Haute-Marne depuis 2012.

Cet homme, c’est Jean-Claude Volot et il habite toujours à Châtenay-Malabry. Il a tenu, en lien avec les services culturels de la ville, à faire profiter les habitants d’une partie de sa collection, dans un endroit ouvert librement au public, du mardi au samedi.

Il parait que c’est une toute petite de sa collection. Qu’il faudrait 33 années pour l’exposer dans sa totalité. En tout cas les artistes retenus sont particulièrement intéressants. Je vous incite vraiment à aller voir ces œuvres dont le choix peut être qualifié de pointu, de déroutant, voire même de singulier, puisqu’il s’agit majoritairement d’artistes appartenant au mouvement de l’Art brut. Rassurez-vous, elles sont tout à fait accessibles sans qu’il soit nécessaire d’avoir des connaissances artistiques particulières, même si une visite en présence du collectionneur reste néanmoins inoubliable. En effet il nous prépare à être surpris, voire même peut-être à éprouver une certaine frayeur : Je n’aime pas la jolie peinture. J’aime la vraie.

J’ai eu la chance de suivre une visite commentée et c’est un moment inoubliable.  Non seulement il connait bien les oeuvres, c’est un minimum, mais tout autant les artistes et il parle sans filtre de la cuisine du marché de l’art tout en soulignant que l’art n’est pas le marché. Ce qu’il dit de l’intérêt de la spéculation est passionnant, par exemple lorsqu’il explique que cela permet à François Pinault (dont la fondation est propriétaire du Palazzo Grassi et de la Pointe de la Douane) d’ambitionner de sauver la ville de Venise en générant 23 millions d’euros de bénéfices annuels.

Même s’il affirme ne pas être intéressé par les artistes reconnus et préférer rechercher des pépites ignorées de beaucoup il n’empêche que sa collection, au fil du temps recèle des trésors, comme l'oeuvre d'Hervé Di Rosa retenue pour l'affiche et qui est la première de cet article.

vendredi 7 février 2020

Hedda de Sigrid Carré Lecoindre

Lena Paugam est exceptionnelle en parvenant à interpréter tous les personnages : le narrateur, la femme, l’homme et l’enfant.

C’est une excellente idée d’une part parce que théâtralement cela révèle une grande comédienne mais d’autre part surtout parce que cela montre que les choses ne sont pas binaires dans un couple. La différence est ténue entre le bourreau et sa victime et je ne dis pas pour autant que la victime soit consentante en pleine conscience.

Il y a comme l'écrit si précisément Sigrid Carré Lecoindre, un moment de la vie où on perd le pourquoi du comment de ce qu'on fait.

Pour résumer la pièce on peut dire que c’est une histoire d’amour comme il y en a tant, une histoire ordinaire qui se contorsionne et part à la dérive. De petites peurs en grandes humiliations, on raconte le récit d’Hedda, une de celles dont on dit qu’elles sont restées, malgré le premier coup et malgré ce qui a suivi.

Initialement, à l'automne 2016, le projet devait s'intituler Bégayer sa vie / Au bout du plongeoir pour signifier d'une part la difficulté de Lena Paugam à faire un choix pour soi-même, à l'instar de quelqu'un qui ne pourrait se décider entre le désir de plonger et l’empêchement de le faire. Elle a souhaité ensuite aborder la question du mutisme et de la solitude des femmes qui vivent dans la terreur de leur compagnon et qui ne savent pas comment ni à qui en parler.

Elle a donc proposé à Sigrid de poursuivre en orientant l’écriture sur une fiction autour de la violence dans le cadre secret du couple, en s'inspirant de la vie d'Hedda Nussbaum, une femme américaine née en 1942, dont le nom fut rendu célèbre en 1987 suite à une affaire judiciaire où elle fut accusée par son mari Joël Steinberg d’avoir tué sa fille adoptive, Lisa Steinberg. Ses défenseurs furent nombreux à la présenter comme victime de violences physiques et psychologiques exercées sur elle par son mari. Elle a écrit le livre Surviving Intimate Terrorism, paru en 2005.

Cependant Hedda n’est pas (seulement) un spectacle sur les violences faites aux femmes car il raconte également l’histoire d’un homme qui se découvre monstrueusement violent et ne parvient pas à maîtriser ses colères et ses frustrations. Si au départ la relation entre les amoureux est équilibrée on la voit basculer et provoquer l'autodestruction.

jeudi 6 février 2020

1, 2, 3 sucré au Théâtre de Nesle

On dirait qu'on va jouer à nouveau jeu inspiré du célèbre 1, 2, 3 soleil qui anime les cours de récréation et c'est un peu ça.

L'auteur et comédienne Azuki Hagino s'est émue du déséquilibre alimentaire des enfants auprès desquels elle animait des ateliers. Alors elle a eu l'idée de concocter un spectacle qui soit à la fois artistique, pédagogique et ludique.

Le pari était audacieux. Il est réussi. D'autant plus que l'on peut supposer que la pièce est une sorte de "Work in progress" et que les dialogues évolueront au fil de la découverte de nouvelles recherches parce que la question de l'alimentation, déjà cruciale, pourrait connaitre la révélation de nouveaux scandales.

Je pense notamment aux controverses sur l'emploi de pesticides pour favoriser la croissance des avocatiers et la déforestation clandestine d'une partie de la biosphère mexicaine. Il ne fait aucun doute que les apparences sont trompeuses.

Les deux comédiennes, Azuki Hagino comme Audrey Lamarque composent des duos qui fonctionnement très bien : la diététicienne et la cliente, l'enseignante et son élève, la mère (ou la grand-mère) et la petite fille.

La mise en scène alterne les propositions entre capsules vidéo, jeu purement théâtral, démonstrations, participations du public en faisant appel aux cinq sens. Le spectacle s'adresse aux enfants à partir de 5 ans mais il est adapté pour convenir à tous les publics et les parents accompagnateurs de leur progéniture ne s'ennuieront pas une minute.

Il est même fort probable qu'ils apprendront des informations utiles sur l'alimentation, propres à bousculer leurs mauvaises habitudes, en donnant des clés pour contourner les sucres industriels et autres additifs, tout en gardant le plaisir gourmand intact. Car, rappelons-le, c'est un des objectifs de l'artiste qui est Chef diplômée en "raw food" (la cuisine à base température de produits non transformés) que de bousculer les idées reçues.
Le jour de ma venue la représentation était suivie d'un bord scène en présence de scientifiques :
Krotoum Konaté, chimiste, nutrithérapeute et ex-directrice de l'Institut technique de l'Alimentation Bio,
Aris Christodoulou fondateur de Siga Care -Digital Food Lab qui travaille à l'élaboration d'un nutriscore intégrant les produits ultra transformés, recommandé par Anthony Fardet,  Ingénieur Agro-Alimentaire & Docteur en Nutrition Humaine, auteur de "Halte aux aliments ultra-transformés ! Mangeons Vrai".

Mais même sans une telle rencontre la discussion entre le public et les deux artistes doit être un moment d'échanges très riches, que l'on soit au théâtre ou dans le cadre d'une représentation scolaire.

"1, 2, 3 sucré"
A partir de 5 ans
Du 29 janvier au 28 mars, le mercredi et le samedi à 15h
Tous les jours, du mardi au samedi, pendant les vacances scolaires
(du 11 au 22 février), à 15h
-Relâche le 7 mars-
Rencontre-goûter les 3 et 14 mars
Au Théâtre de Nesle - 8 rue de Nesle - 75006 Paris - 01 46 34 61 04

mercredi 5 février 2020

Aime-moi de Géraldine Martineau

Gerry est une jeune femme d'une trentaine d'années qui a enchaîné les relations toxiques et souffre de célibat prolongé. Désespérée par sa solitude en plein "âge de l'horloge", sa mère décide de prendre les choses en main. Elle l'inscrit à une thérapie miracle de dernier recours... Aime-moi est le portrait drôle et grinçant d'une jeune femme de son époque dans toutes ses névroses et ses contradictions.

J'avais lu ce résumé avant de venir au théâtre et je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai vu (peut-être ai-je été influencée par Hedda, le spectacle vu précédemment dans la même salle). Alors je vais tenter d'insister sur les points forts de ce spectacle.

Je suis venue parce que je suis "fanissime" de la comédienne, Géraldine Martineau. Donc à la limite, peu m'importe le sujet. Ce n'est pas ce qui me décidera à la voir. Mais vous n'êtes pas comme moi et je reconnais que la lecture de quelques lignes influence la réception du spectacle. Je n'échappe d'ailleurs pas à la règle.

Aime-moi est très drôle, très touchant, totalement sincère, sans concessions et pourtant ultra positif. L'heure passe à une vitesse folle et on a envie de revenir parce que l'authenticité est si manifeste que l'on est certain d'avance qu'on vivra une soirée un peu différente, tout autant captivante.

D'abord je voudrais dire que mon admiration pour Géraldine Martineau ne date pas d'hier. Je pense que je l'ai découverte dans Terre océane, mise en scène par Véronique Bellegarde il y a presque dix ans, revue dans Dormir cent ans, de Pauline Bureau, au Théâtre Paris-Villette, puis en tant que metteuse en scène dans La mort de Tintagiles, à la Tempête, bouleversante à coté d'Isabel Otero dans Déglutis ça ira mieux, la dernière pièce d'Eric Métayer et Andréa Bescond, au festival d'Avignon, et enfin dans Pompiers dans la mise en scène de Catherine Schaub au Rond-Point (quel duo exceptionnel avec son partenaire Antoine Cholet) qui l'avait déjà mise en scène 4 ans plus tôt dans Le Poisson belge à la Pépinière et pour lequel elle recevra le Molière de la révélation féminine en 2016.

Géraldine Martineau a l'art de se glisser dans la peau d'un personnage fragile, soit qu'il soit un enfant, soit une femme maltraitée ou une fille placée face à un dilemme insensé. Tous ces rôles m'avaient conditionnée à la voir définitivement comme une tragédienne, de la carrure par exemple d'une Anne Alvaro.

Grand bien lui a pris de se saisir de la plume pour s'écrire un rôle : la voilà autorisée à faire preuve de légèreté. Sans pour autant concéder une once au sérieux du sujet qui démarre sur un mode mystérieux.

Elle joue finement sur de multiples registres, danse à la perfection sur une musique de Juliette Armanet et chante Brel avec justesse. Et surtout elle aborde de front des sujets que l'on dit actuels mais qui sont hélas universels, en particulier la rudesse de la rupture par un 4 L (largage long lent et lâche), l'urgence de l'horloge biologique même si la congélation d'ovocytes est une possibilité récente et surtout la difficulté qu'ont les femmes d'exister entre une partie d'elle-même qui ne parvient pas à dire non (parce qu'elles sont programmées pour rendre les autres heureux) et une volonté farouche de se réaliser.

Malheureusement Aime-moi ne fera l'objet (pour le moment) que d'une courte exploitation au Belleville. Courez-y ! Et ne craignez pas de voir la pièce dans l'interprétation de Diane Bonnot qui la joue en alternance. Je suis certaine qu'elle est excellente elle aussi.
Aime-moi
Texte Géraldine Martineau
Mise en scène Zazon Castro et Géraldine Martineau
Avec Diane Bonnot en alternance avec Géraldine Martineau
Du lundi 3 février au mardi 25 février 2020
Au Théâtre de Belleville
16 passage Piver - 75011 Paris - 01 48 06 72 34
Géraldine Martineau
➽ Lundis 3, 10 et 24 février à 19h15, Mardi 18 février à 19h15, Mercredi 5 février à 21h15 et Dimanche 16 février 2020 à 17h30
Diane Bonnot
➽ Lundi 17 février à 19h15, Mardis 4, 11 et 25 février à 19h15, et Dimanches 9 et 23 février 2020 à 17h30
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de PicturesByLu

mardi 4 février 2020

Les coulisses du Parc des Princes

Je ne me doutais pas un instant de ce que j'allais découvrir ce matin en me rendant à un Workshop sur le thème de la Côte d'Azur, Terre de Sport.

En dehors de la course Paris Nice, c'est plutôt une image culturelle que sportive que j'avais de cette destination marquée par le festival de Cannes, le Carnaval de Nice, l'empreinte de Picasso, la fondation Maeght, les ruelles de Saint-Paul-de-Vence, les parties de pétanque d'Yves Montand à la Colombe d'Or ... Je ne vais pas ajouter un souvenir de crèche vivante un soir de réveillon car on va me croire plus que centenaire.

Plus sérieusement et en dehors de la culture j'aurais parié sur les traditions, la parfumerie, et la gastronomie : la bouillabaisse, l'aïoli, la salade niçoise, le pistou, les fruits confits et la socca. Il fut d'ailleurs bien question de ces deux spécialités ce jour-là, preuve que je ne suis pas complètement vintage. La socca elle-même se modernise puisqu'elle  se décline en version chips 100% pois chiche.

La manifestation laissait supposer un virage sportif et il est bel et bien pris par l'ensemble de la région, et cela depuis quelques années. Plusieurs grands rassemblements existent depuis longtemps et sont devenus incontournables : Marathon des Alpes-Maritimes Nice-Cannes, UltraTrail Côte d’Azur Mercantour (UTCAM), régates, rencontres équestres et autres événements entre mer et montagne : swimrun, TriGames, triathlons, semi-marathons et bien sûr ski sans compter l’offre golfique azuréenne et l'IronMan ... que je n'aurais pas dû oublier, ayant chroniqué il y a cinq ans le formidable film de Nils Tavernier, De toutes nos forces.

L’ensemble des Collectivités Territoriales multiplie ses investissements dans l’événementiel sportif et le calendrier 2020 est particulièrement dense : le Conseil Départemental des Alpes-Maritimes crée l’Outdoor Festival 06, le territoire de la Métropole Nice Côte d’Azur et le département des Alpes-Maritimes seront le théâtre de trois étapes du Tour de France et accueilleront également l’Etape du Tour, de nouveaux événements cyclistes pro sont proposés comme le Mercan’Tour avec l’ambition devenir une course classique, le Gravel Trophy mettra à l’honneur l’arrière-pays azuréen.

Ce workshop m'a permis de découvrir de nouveaux sujets à traiter sur le blog ou dans les émissions que je produis et anime sur Needradio, et particulièrement Une journée à ...

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)