Avignon 2019

Ayant vu plus d'une centaine de spectacles (entre le Festival d'Avignon, le Off et même celui qu'on appelle le If) il n'était pas possible de dédier un billet à chacun, ou sinon, pendant plus de trois mois, il n'aurait plus été question d'autre chose sur le blog.
Impossible par exemple d'attendre le 1er octobre pour publier des chroniques sur la rentrée littéraire !
J'ai décidé de rassembler tout ce qui concerne Avignon sur le mois de Juillet. Etant plus approfondis que ce que j'ai écrit régulièrement cet été sur la page Facebook A bride abattue ces articles sont très longs à écrire. Je m'aperçois en ce début de septembre, alors que je viens de mettre en ligne celui qui est daté du 14 juillet, que je prends trop de retard sur d'autres sujets dont il est important de ne pas différer davantage la parution. C'est pourquoi les chroniques avignonnaises, qui ont en quelque sorte valeur d'archive, vont désormais s'insérer rétroactivement.
Je vous invite donc à scroller régulièrement pour les lire ou à utiliser la catégorie "Avignon" pour les faire apparaître. Ou encore, et ce serait le plus efficace, à entrer votre adresse mail dans le rectangle blanc "Pour recevoir par mail ... etc".

vendredi 23 août 2019

Une journée à Rock-en-Seine

A la réflexion ces quelques heures passées dans le Domaine national de Saint-Cloud auraient amplement mérité que je m'organise pour enregistrer quelques interviews qui auraient ponctué un épisode de Une journée à ... que je produis et anime sur Needradio.

Seulement voilà, je fus invitée, et je me suis crue en vacances.

Vous allez voir comme il y avait beaucoup à faire !

L'évènement, créé en 2003, initialement sur une seule journée (il est passé à deux jours l'année suivante et à trois depuis 2007) ne ressemble à aucun autre. Rock-en-Seine est un festival qui mérite sa base line, The Last Days of Summer. Tout est pensé pour que les festivaliers (attendus tout de même au nombre de 120 000 sur les trois jours) puissent se déplacer sans se bousculer, flâner, se reposer, écouter de la musique (et le choix est large avec 17 à 19 artistes ou groupes musicaux chaque jour), se restaurer et même entreprendre une action qui ait du sens en terme de Vivre ensemble, ou pour la planète.
Un exemple avec Recycler c'est gagner quoique j'ai un petit doute sur la nature de la peinture utilisée, sa durabilité, surtout au premier lavage si l'heureux bénéficiaire ne sait pas comment procéder pour la fixer. Il aura alors eu "simplement" un tee-shirt collector, importable, ou jetable, ce qui n'est pas le but de l'opération.
Par ailleurs, il ne suffit pas d'investir beaucoup d'argent dans un stand ni d'avoir validé une scénographie élégante pour croire que son image de marque en tirera bénéfice. Les responsables communication qui partent en balade en laissant se débrouiller une bande de jeunes intermittents, gentils mais incompétents et surtout insuffisamment briefés, sont inconséquents.

J’ai vu flotter le drapeau d’une grande marque de boisson alcoolisée … qui n’est pas une bière… L’espace blanc et rouge était particulièrement attirant, invitant à la paresse. Dommage que les jeunes gens qui avait été recrutés pour l'occasion semblaient ne pas savoir du tout pourquoi ils étaient là.

Je pense aussi à la Ville de Saint-Cloud dont des personnes se réclamant du bureau de la communication m'ont fait la leçon, m'expliquant que la ville n'a rien à voir avec l'événement qui est piloté par le Domaine de Saint-Cloud puisqu'il s'y déroule. Le dossier de presse mentionnant la Ville de Saint-Cloud dans la liste des partenaires avec son logo serait-il erroné ? Dommage, car je voulais m'intéresser à l'opération de troc de livres initié par la bibliothèque municipale et rendre hommage à l'action "100% Récup" ...
À l’inverse le pop-up Martini, lui aussi rouge et blanc, est un endroit que je vous recommande particulièrement (bien entendu en toute modération) pour l’ambiance, la qualité de l’accueil, la simplicité des cocktails autour de recettes recentrées sur les saveurs originales de la marque italienne, combinant des notes d’agrumes, d'orange et de mandarine, alliées à l’amertume de l'armoise.
Situé en bordure de la Grande Scène c’était l’endroit idéal pour écouter le concert de The Cure en s’imaginant être dans le jardin de ses amis. Et j'y ai découvert une nouvelle version du Spritz, tant aimé des vénitiens avec le Martini Fiero, en association avec le prosecco et de l’eau gazeuse.

jeudi 22 août 2019

Feel Good de Thomas Gunzig au Diable Vauvert

Tout écrivain rêve du succès et Tom Peterman, le personnage imaginé par Thomas Gunzig (qui reconnait y avoir mis beaucoup de lui-même) n'a pas d'autre ambition.

Mais pour le moment, force est de constater que la gloire n'est pas au rendez-vous pour Tom malgré une obstination travailleuse. Certes il publie des romans chez un éditeur fidèle mais les droits d’auteur sont insuffisants. Il sacrifie ses loisirs à participer au moindre salon littéraire. Cela fait trente ans qu'il tire le diable par la queue pour faire vivre sa famille en acceptant d'animer le moindre atelier d'écriture, pourvu qu'il lui rapporte une centaine d'euros (p. 198).

Il est désabusé, pense devoir renoncer au Renaudot de ses rêves et admettre qu'il n'est pas un bon écrivain.

De son coté Alice a longtemps eu "tout juste" de quoi vivre correctement. Jusqu'à ce qu'elle perde son emploi de vendeuse de chaussures. Trop vieille (à pourtant seulement 46 ans), pas assez qualifiée, ne maitrisant pas l'anglais et n'ayant pas de permis Poids lourds, son expérience professionnelle "riche" de trente ans ne vaut rien et son employabilité est voisine de zéro.

Bien sûr il existe des allocations mais elles se réduisent en vertu des nouvelles normes européennes censées à dynamiser le marché de l'emploi (page 134). Et Thomas Gunzig fait clairement la démonstration que la perte de revenu mensuel de 600€, sans verser dans la précarité, fait passer du tout juste au pas possible (p. 50). Et sans solution puisque même s'installer dans un logement plus petit (donc moins onéreux) est inenvisageable quand on ne dispose pas d'argent pour avancer la caution, et financer un déménagement.

Les difficultés financières ont existé de tous temps. J'en ai connu de graves. Mais le contexte de plein emploi offrait des solutions. C'est tout à fait différent maintenant. L'absence d'argent, c'est pire qu'être mort (p. 384). Et le monde entier est plus que jamais des cactus ... comme le chantait Jacques Dutronc en ... février 1967.

Alice acceptera tous les emplois, tous les horaires pour ne pas perdre ses droits,. Mais cela ne suffira pas. Elle envisagera la prostitution. De "préoccupation" l'argent devient une obsession (page 56) qui frappe le lecteur : le prix de tout ce que la petite famille (Alice est devenue une maman solo) consomme (ou pas) est mentionné en chiffres. Nourrir son petit garçon devient un challenge. A l'instar du procédé d'écriture de Murielle Magellan dans Changer le sens des rivières qui commence plusieurs chapitres par une liste de dépenses.

C'est important que les écrivains se saisissent des problématiques rencontrées dans la vraie vie comme l'ont admirablement fait Stéphanie Dupays à propos de l'intrusion des réseaux sociaux dans Comme elle l'imagine, ou Joseph Ponthus avec A la ligne (Prix RTL-Lire 2019), avouant que si son roman lui rapporte suffisamment de droits d'auteur sa première grosse dépense sera d'aller chez un dentiste, rappelant évidemment la remarque méprisante d'un président de la République à l'égard des sans-dents.

On connait le roman social dont Emile Zola fut le grand maître. Ce qui est très fort avec Feel Good c'est que tout en étant dans cette veine il s'inscrit aussi dans la vague "comédie romantique" comme dans celle du "roman féministe" et en flirtant aussi avec le genre policier. Comme le feraient observer les québécois, l'écrivain belge illustre l'expression ceinture et bretelles. Il assure de toutes parts. Et ça fonctionne !

D'abord à l'intérieur de son roman où ses deux héros vont pratiquer un double braquage. Elle a braqué. Il braquera. Braquer, c'est tourner et si on considère donc ce mot avec attention on y verra l'annonce d'un changement de route ... et de vie.

Et sans doute d'une manière plus large car le résultat a toutes les qualités d'un futur best-seller. Pour peu que les bookstragramers, instabookers, booktubers, et babelieurs (auxquels les pages 130-131 rendent hommage avec humour) décident de le porter aux nues. Le mouvement a déjà commencé. Souhaitons lui de voguer loin dans cette rentrée littéraire que Sigri Nunez compare (dans son dernier roman, lui aussi sorti ces jours-ci, L'Ami, page 10) à un canot de sauvetage encombré de trop de passagers.

Je parie que lorsque les compliments vont pleuvoir dans les magazines et dans les émissions littéraires. Thomas pourra envisager avec sérénité la lecture compulsive des critiques de rentrée (p. 117). Il ne boudera pas la gloire en criant qu'ils aillent se faire foutre avec leurs articles, que ses personnages répètent en boucle pour se libérer du qu'en-dira-t-on et des contraintes.

Le constat que Thomas Gunzig porte sur la société, à travers les deux personnages de Tom et Alice, qui sont (hélas) très représentatifs de beaucoup de nos concitoyens, est très pessimiste. Sur la société, la vie de famille, la vie de couple, la condition ouvrière, les métiers artistiques. Et pourtant il se dégage un optimisme immense.

Tout jeune auteur aura intérêt à le lire. Il y trouvera la liste des meilleurs salons (p. 125) et bien des conseils qui au final sonnent juste.

Se sauver de la misère tel est le sujet que Thomas Gunzig fouille en détail en suggérant plusieurs voies pour enfin se sentir bien. Et il le fait avec un humour particulier, cette qualité si belge dont on se moque mais qu'on envie à nos voisins.

Tous ses ouvrages en sont d'ailleurs imprégnés, avec un art du non sens qu'il maitrise aussi bien que les anglais. Ce que l'on pourrait estimer absurde pourrait aussi bien être considéré sous un angle poétique ou métaphorique.

Personne ne réclame le bébé qu'Alice a kidnappé (je ne spolie pas, le rapt est mentionné sur al quatrième de couverture). Cet acte amoral n'est pas immoral. Cette femme mériterait même une médaille pour avoir en quelque sorte sauvé cet enfant. Jamais le concept de win-win n'aura été illustré avec autant d'à propos.

Nul doute que ce roman est un feel-good-book répondant parfaitement à la définition (p. 184).
Thomas Gunzig sera mon invité jeudi 19 septembre à 20 heures dans l'émission Entre Voix que je produis et anime sur Needradio. Ce sera l'occasion d'en apprendre davantage sur cet auteur, ses motivations et ses projets.

On peut parier que d'ici là il aura été présent dans tous les articles de la rentrée littéraire.

Feel Good de Thomas Gunzig, publié chez Au Diable Vauvert, en librairie depuis le 22 août 2019

mercredi 21 août 2019

Sale gosse de Mathieu Palain chez l'Iconoclaste

Mathieu Palain est un journaliste talentueux, couronné par plusieurs récompenses, qui a choisi cette fois d'utiliser la voie du roman pour traiter un sujet qui nous bouleverse tous, celle d'un Sale gosse qui a de multiples raisons de "péter les plombs" comme on en voit de plus en plus dans l'actualité.

Il s'est inspiré de chaque personne rencontrée en trente ans de vie à Ris-Orangis où il est né, en 1988, de l'expérience de son père, éducateur PJJ,  la Protection judiciaire de la jeunesse, à Evry, et de l'immersion qu'il a courageusement faite lui-même dans un service semblable pendant six mois, dans la brigade d'Auxerre (89). La crédibilité de ce qu’il raconte est indubitable. 

On pourrait croire que cette ville moyenne (que je connais bien puisque j'y suis née) est plus tranquille que la banlieue parisienne mais elle compte, comme toutes les villes, des quartiers qu'on dit difficiles où la jeunesse n'a pas la vie rose.

L'intervention de l'auteur au cours de la présentation de la rentrée chez son éditeur, l'Iconoclaste, m'avait donné très envie de le lire : ce qui devait être un article, ou un livre de journaliste, est devenu un roman. Je n'ai pas pu aller plus loin que les premières pages pendant le festival d'Avignon et j'ai repris cette lecture à mon retour.

Le thème a été souvent traité au cinéma depuis quelques années. Je pense particulièrement à Tête haute d'Emmanuelle Bercot. Mais je sais combien l'écrivain a été touché par un autre film conçu par cette même réalisatrice (avec Maiwen), Polisse, ... évidemment. Nous sommes sans doute nombreux à avoir été sensibilisés à ces enfants qui sont nés du mauvais côté de la vie. Et à estimer que les choses ne s'améliorent pas malgré les alertes. J'écrivais en 2011 que c'était un film "à voir absolument". C'est toujours vrai.

Mathieu Palain est de cet avis. Sa narration est imprégnée d'un sentiment d'urgence, ce qui apporte une énergie phénoménale au récit. Putain c’est Shining votre taf, fait-il dire à une policière (P. 220 )Ce livre est un hommage et un cri d’amour envers ceux qui font tout ce qu’ils peuvent et même plus encore, pour infléchir le destin de gamins qui n’avancent pas sur la bonne route. Mathieu Palain est persuadé qu’on ne sait pas ce qui se passe dans la réalité et il sait que même un film comme Polisse est en deçà de ce qu'on voit sur le terrain.

Je lis sur le verso du bandeau entourant le livre : J’ai écrit Sale Gosse avec des histoires vraies. Les personnages existent. Je les connaisCela se veut être une accroche. À la réflexion c’est une des pistes pour expliquer cette curieuse impression de faiblesse de ce livre. Un paradoxe s’agissant du récit de violences. Car j'ai souvent eu la sensation de lire un documentaire plus qu'un roman. Il ne faut pas manquer de lire (P. 348) la genèse du bouquin, qui bien entendu force le respect. 

mardi 20 août 2019

Perdrix, premier long-métrage d'Erwan Le Duc


J’ai vu Perdrix au Sélect de la Ville d'Antony (92) depuis presque 24 heures et le film tournoie dans ma tête sans que je parvienne à en hiérarchiser les plans. J’aurais envie de revoir le générique de début, et puis celui de fin ... ce que je fais sans les images en ré-écoutant Gérard Manset et Sammy Decoster.

Perdrix sonne comme un nom de code, ce qu’il fut longtemps pour Erwan Le Duc dont c’est le premier long-métrage. On le caractérise comme une comédie amoureuse d’auteur. Il est bien plus que cela. Furieusement moderne et néanmoins nostalgique, ancré dans la profondeur d’une Lorraine que l’on filme trop rarement. J’ai reconnu la ville de Plombières et le lac des Corbeaux parce que je les ai arpentés pour un reportage il y a quelques années. J’adore la manière de les filmer comme une campagne irlandaise ou un lac écossais.

Perdrix est construit dans un troisième degré immédiatement accessible. Quand bien même le spectateur n’aurait pas remarqué les inférences, il sera sensible aux images, aux couleurs et aux formes comme le chante Gérard Manset (Entrez dans le rêve-1984), et aura envie de regarder l'aube qui se lève comme le chante Sammy Decoster (Je veux être à vous- 2018). Il faut être attentif aux paroles qui pourraient se confondre avec les dialogues du film.

Erwan le Duc doit être surdoué pour exprimer le non sens parce que je n’ai rien perçu de dissonant. Avec lui on se passionne pour la sexualité du ver de terre autant que pour la reconstitution de combats historiques de la deuxième guerre mondiale (en images mais sans le son) dans des paysages qui évoquent l’Ouest américain en plein été indien. Qu'une horde de contestataires se nourrisse de lecture n'est pas si farfelue que cela en aurait l'air.

Chaque plan est porteur de sens comme le serait un tableau. Le réalisateur a accordé une place essentielle à ses choix musicaux et la bande-son exceptionnelle de justesse, depuis Gérard Manset dont la voix rappelle l'album Bleu Pétrole de Bashung (et pour cause) à Sammy Decoster en passant par Niagara (Tchicki Boum), Grieg et Purcell (O Solitude). 

On ne peut pas dire que le cinéaste ait osé des hommages à Bertrand Blier, Jean-Pierre Jeunet où Mocky, Godard ou Truffaut. Il n’y a pas de références fugitives implicites à leurs univers et pourtant on ressort de la projection en ayant le sentiment d’avoir vu un film qui s’inscrit dans une lignée. 

Maud Wyler et Swan Arlaud (Petit Paysan), Fanny Ardant et Nicolas Maury sont prodigieux de naturel dans un scénario qui n’a rien de banal : Nous sommes le 18 septembre 2016. Juliette Webb arrête sa voiture en pleine campagne pour écrire quelques lignes dans son journal intime. Une naturiste surgit et lui vole le véhicule. C'est la catastrophe pour celle qui transporte sa vie entière dans son coffre. Elle va devoir porter plainte à la gendarmerie. Pierre Perdrix se charge de l'enquête mais ses méthodes ne seront pas du goût de la jeune femme qui ne se retiendra pas de lui donner un coup de main, ... et plus si affinités car comme le chante Niagara :
Mais de toi je ferai ce que je voudrais 
Et si tu prends mon cœur ça ne me fait pas peur 

Tout est sans cesse décalé, débordant de partout, mais je ne dirais pas absurde. L'histoire que nous raconte Erwan Le Duc appartient sans doute à un genre nouveau, celui de l'amour-fiction, directement inspiré de la science-fiction. Il a confié aux spectateurs après la projection qu'il avait travaillé six ans sur ce film, tourné à l'automne dernier.

Perdrix fut longtemps le nom de code du projet. il est resté pour son coté intrigant.

Il a dirigé ses acteurs en leur demandant d'être le plus spontané possible, ce qui fut difficile pour Swan Arlaud qui, croyant bien faire, sortait d'un stage intensif auprès de gendarmes, et qui a du accepter de délester de la carapace qu'il s'était forgée, en quelque sorte apprendre à être au présent, à l'instar de la trajectoire de son personnage.

Regarder Perdrix incite à lâcher prise et à changer de point de vue sur le monde. Juste ce qu’il convient de faire quand on est en vacances ou qu’on en revient. On comprend que ce fut un coup de cœur public et critique de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes.

lundi 19 août 2019

L’île aux enfants d'Ariane Bois, chez Belfond

L'île aux enfants a été un choc. Il est magnifique, touchant et facile à lire. Préparez vos mouchoirs mais vous ne regretterez pas cette découverte.

Si les romans sont des histoires inventées, ils le sont souvent à partir de faits réels, vécus par l’auteur ou qui lui ont été rapportés. Vous vous souvenez sans doute de mon enthousiasme pour la saga que Catherine Bardon a écrite pour restituer l’histoire méconnue de la République dominicaine.

Nous partons cette fois dans une autre île, française, à la Réunion. Ariane Bois y raconte en deux parties, très différentes, comment des enfants ont été enlevés à leur famille puis comment ils pourront peut-être retrouver leurs origines.

Au-delà du contexte historique, hélas vrai, c’est une superbe histoire d’amour qui nous interroge sur la primauté éventuelle des liens du sang. Est-on davantage mère quand on a porté un enfant ou quand on l’a élevé ? Peut-on pardonner à ses parents de nous avoir abandonné quand nous étions tout petit ? Ce sont des questions que beaucoup d’écrivains ont déjà largement fouillées.

La force de l’ouvrage d’Ariane Bois est double. D’abord pour sa valeur romanesque. Ensuite pour son intérêt sociologique et historique.

C’est un vrai roman qui emporte le lecteur. Ariane raconte l’enlèvement du point de vue des enfants sans expliquer le pourquoi du comment même si un oeil attentif remarquera une tractation secrète entre une grand-mère et une jolie dame. Ensuite elle nous transporte dans une campagne où la vie était très rude, alors que la France se relevait à peine de la Seconde Guerre mondiale. Au mieux les enfants ne sont pas considérés comme des personnes. Au pire ils sont carrément maltraités et exploités. Puis ce sont les années, je dirais 80, et on assiste à la rébellion classique d’une adolescente en mal de reconnaissance qui découvre le racisme à son égard puisqu’elle a la peau abricot foncé, à une époque où il n’est pas habituel d’en rencontrer. Double racisme en fait en raison de son physique et de son tempérament un peu sauvageon.

Cette jeune fille traverse une crise identitaire avec souffrance parce qu’on lui cache sa généalogie. Par chance elle va rencontrer un homme qui sera son mari et le père de ses futurs enfants et être enfin heureuse. Mais le brasier de ses origines n’est pas éteint.

 C’est sa fille, Caroline, qui après lui avoir extorqué la signature d’une procuration, partira pour l’ile de la Réunion. Ce qui est très réussi dans le scénario c’est que l’enquête se déroule au grand jour, surtout pas en cachette, même si la mère n’est pas prête à entendre la vérité, d’autant que vont éclater plusieurs secrets du poids d’un éléphant, comme l’écrit joliment Ariane Bois.

Car son écriture est magnifique. Les descriptions qu’elle nous offre des paysages réunionnais sont idylliques, et tout à fait justes. J’ai reconnu plusieurs endroits où j’ai eu la chance de me rendre. C’est très émouvant de lire le portait qu’elle dresse des coutumes locales. Tout ce qu’elle raconte est respectueux de l’atmosphère qui règne là-bas. Ce n’est pas pour rien que cette île est appelée la Réunion … parce qu’on peut y vivre en bonne intelligence quelles que soient notre provenance, notre religion, notre couleur de peau.

 Le scandale des enfants enlevés est totalement monstrueux. On sait que des tentatives semblables ont échoué chez les Antillais, sans doute parce qu’ils ont été moins confiants. Et à juste titre.

Je ne veux pas révéler davantage le cheminement des personnages. Le ton employé dans chacune des deux parties est différent. Après la plongée dans le mode de vie des années 70 en métropole nous effectuons un bond dans l’espace et dans le temps pour découvrir la Réunion d’aujourd’hui.

On devine l’exploitation cinématographique qui pourrait être faite de ce matériau. En attendant voilà un livre tout à fait adéquat pour l’été, qui vous fera voyager autant que réfléchir. Ariane Bois est de ceux qui soulève le voile sur un énorme scandale. Elle n’est pas la seule. Un rapport de mille pages vient d’être rendu au ministère des Outre-mer sur le sujet à la suite duquel Emmanuel Macron a déclaré que la France avait mal agi envers ces enfants et avait manqué à sa responsabilité morale envers eux.

J’ignorais, comme vous sans doute, ces enlèvements qui ont concerné à peu près 2000 enfants réunionnais. Il est important d’ouvrir les yeux pour que de tels agissements soient condamnés et on l’espère des familles rassemblées de nouveau.

Je connaissais par contre Ariane Bois pour ses précédents romans, qui ont tous en commun le fil rouge de la mémoire et du poids du secret familial. J'imagine que je la connaitrai encore mieux après avoir enregistré son portrait dans un prochain numéro d'Entre Voix qui sera à l'antenne sur Needradio à l'automne prochain. Cela me donnera l'occasion sans doute d'un nouvel article.

L’île aux enfants d'Ariane Bois, chez Belfond, en librairie depuis le 14 mars 2019

dimanche 18 août 2019

En Mode Projet de et par Philippe Fertray


"En mode projet" sera votre prochain tic de langage ... avant de vous retrouver déplumé chez Paul Empoil dont Philippe Fertray maitrise la sémantique mieux que personne.

Son personnage a été un parfait employé, adorant checker la moindre tâche et répondant pas de souci à l'annonce du moindre problème.

Ça, c'était avant que le chômage ne le rattrape. Depuis, il décode les nouveaux comportements, les tics de langage et sculpte la langue de bois en lui donnant une pétillance quasi jouissive après l'avoir passé à la moulinette de la reformulation.

Le decruting et le reseauting n'auront pas plus de secret pour vous que le win-win. Philippe Fertray imagine ce que Bill Gates disait à propos du business. Cela m'a rappelé une des affirmations favorites de ce chef d'entreprise hors normes : Je choisis toujours une personne fainéante pour effectuer un travail difficile. Car je sais qu’elle trouvera un moyen facile de le faire. Cela ouvre des horizons en matière de recherche d'emploi.
Ce comédien inclassable, petit-fils de Raymond Devos et cousin de Jean-Marie Bigard, est un oiseau rare. Le beau merle nous alerte sur la préfiguration d'une société numérique totalitaire dont les spécialistes du bonheur nous feraient presque oublier la prochaine ... déchéance.

Il se laisse distraire par la grive qui babille, le geai qui cajole, la caille qui margotte, l'étourneau qui jase, la fauvette qui zinzinule, ... à ne pas confondre avec le roitelet qui, lui, zinzibule. Il est drôle, ironique mais si juste ! Et quelle émotion quand il descend parmi le public pour faire la manche.
Malgré nos rires, il est évident que nous ne sommes pas indifférents à ce panorama d'une société intransigeante qui laisse tomber de plus en plus de personnes tout en leur donnant des leçons de bonheur et des injonctions de bien-être. Comment tu veux lâcher prise quand c'est pas toi qui tiens !
Ne vous fiez pas à la tristesse de l'affiche (sur laquelle j'aurais bien vu un oiseau posé sur le classeur comme si la tête de l'artiste était un nichoir), Philippe Fertray est une pépite !

En mode projet de Philippe Fertray
Mise en scène, images et interprétation : Philippe Fertray
Collaboration artistique : Marc Pistolesi
Décor : Sophy Adam
Costumes : Chouchane Abello-Tcherpachian.
Musique : Studio M.
Chorégraphie : Evariste Desjoubards
Au Théâtre de la Contrescarpe - 5, rue Blainville 75005 Paris - 01 42 01 81 88
En ce moment du mercredi au dimanche à 21 h.
A partir du 3 septembre et jusqu’au 28, toujours à 21 heures, mais du mardi au samedi

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Fabienne Rappeneau.

samedi 17 août 2019

L'étrange affaire Emilie Artois de Lucas Andrieu et Emma Baudoux


On se croirait en Avignon, en plein festival. La place voisine résonne de musique.

Les terrasses sont bondées et le Théâtre de la Contrescarpe enchaine les spectacles ... et les comédiens aussi. Lucas Andrieu nous recommande sa reprise de Hypo au Théâtre du Marais. La très touchante histoire vraie d'un autiste faisant le bilan de sa vie.

Et surtout c'est un vif plaisir de voir deux excellentes représentations qui auraient toute leur place en Provence ... et qui s'y propulseront sans doute. Disons alors que j'ai pris de l'avance sur le festival 2020.

Vous devriez sans attendre aller voir L'étrange affaire Emilie Artois, coécrit par Lucas Andrieu et Emma Baudoux, mis en scène et en musique par Damien Dufour, tous les samedis et dimanche à 19 h au Théâtre de la Contrescarpe. Ce thriller psychologique offre une fin ouverte sur laquelle je parie que vous allez débattre ...
Une chose est sûre : Lucas Andrieu et Elena El Ghaoui sont excellents, lui en jeune flic stressé, pressé de boucler une affaire a priori banale de vol de carte bancaire, elle en fine psychologue et toute en séduction, à moins que ce ne soit pas du tout cela ... car il est tout de même étonnant que l'interrogatoire soit filmé et enregistré. Certes l'opération est obligatoire depuis le 1er juin 2008 (Loi n° 2007-291 du 5 mars 2007), mais uniquement pour les gardes à vue et interrogatoires de mise en examen en matière criminelle, ce qui n'est pas -a priori- l'hypothèse dans laquelle on se situe.
Il est donc probable que nous ayons été totalement manipulés, mais par lequel des deux ?

L'interprétation est ultra nuancée. La jeune femme accepterait de passer aux aveux si le lieutenant lui posait les bonnes questions, c'est en tout cas ce qu'elle prétend. Le spectateur ne sait pas quel parti prendre. Elle pratique trop bien l'humour noir pour qu'on soit de son coté. Il ne contrôle pas suffisamment son exaspération pour qu'on le juge professionnel aguerri. Le scénario est digne d'un polar qui aurait été mis entre les mains d'Humphrey Bogart et de Lauren Bacall. Et la projection d'un générique se justifie tout à fait.

Une chorégraphie sous des lumières de feu d'artifices achève de troubler (positivement) le public.
Je n'ai qu'un bémol sur la musique pendant le temps d'installation du public. Etait-ce bien nécessaire d'entendre des notes discordantes ? Par contre on apprécie d'écouter  la Lettre à Elise à la fin.
Cette découverte me donne un avant-goût de ce que pourrait (déjà) être un succès du festival d'Avignon 2020.

L'étrange affaire Emilie Artois de Lucas Andrieu et Emma Baudoux
Avec Lucas Andrieu et Elena El Ghaoui
Mis en scène et musique Damien Dufour
Au Théâtre de la Contrescarpe - 5, rue Blainville 75005 Paris - 01 42 01 81 88
Jusqu’au 29 septembre, les samedis et dimanches à 19h

Toujours en avant-première du festival d'Avignon 2020 ... et toujours au Théâtre de la Contrescarpe, ne manquez pas aussi En mode Projet de et avec Philippe Fertray.

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Fabienne Rappeneau.

vendredi 16 août 2019

Articles en cours d'écriture

La suite des chroniques de spectacles vus au Festival d'Avignon est en cours de rédaction et apparaitra ci-dessous au fur et à mesure de leur publication. Merci de votre compréhension.

lundi 12 août 2019

Même si le soleil se cache de Anne de Bourbon-Siciles

C'est sollicitant la princesse Anne de Bourbon-Siciles pour participer à une de mes émissions que j'avais appris la sortie de son dernier roman, Même si le soleil se cache, paru comme le précédent aux éditions l'Archipel, en juin dernier.

Je n'ai pas eu immédiatement le temps de le lire et c'est à mon retour d'Avignon que je l'ai ouvert, croyant que je me distrairai par une lecture dite de vacances.

La couverture mérite d'être regardée avec attention. L'histoire démarre bien sur une plage, au cours d’un séjour en Martinique dans un club de vacances (l'auteure connait très bien l'île ...) mais il faut déceler, dans le vent qui se lève, l'annonce d'une terrible tempête.

Emilie n'a que dix-huit ans. Elle est une bachelière de bonne famille. Eric est un GO au charme irrésistible et la jeune femme ne résiste pas. Les sentiments semblent s'installer durablement au grand désespoir de ses parents qui rêvaient d'une autre union.

Un bébé arrive, Alice. Rien ne manque au bonheur du couple. Jusqu'à ce qu'un matin, Émilie découvre d’étranges traces sur le corps de sa fille. Dès lors, tout s’enchaîne : la suspicion des médecins, les doutes des proches, la perte de confiance en soi.

Les accusations se font de plus en plus insistantes. Émilie n’a-t-elle rien à se reprocher ? Elle commence à douter d'elle-même. Des souvenirs qu'elle croyait enfouis remontent à la surface ... dont on peut se demander s'ils ne sont pas en rapport avec ce qui est en train de se produire avec sa fille.

Si on dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets, l'inverse est-il vrai ? 

Anne De Bourbon Siciles m’a séduite une nouvelle fois avec ce roman. C’est une très belle histoire d’amour entre un père et sa fille et entre une mère et sa fille. Lisez-le pour savoir s’il s’agit de la même fille. Il y a du secret dans l’air et surtout un coup de balai sur les conventions. Comme dans chacun de ses livres. Lisez J'ai quelque chose à te dire pour en être convaincu.

Il est bouleversant d'apprendre que Même si le soleil se cache est inspiré de faits réels. L'intelligence de l'auteure est d'avoir réussi à y insuffler de l'humour, avec en particulier le personnage de la seconde avocate, choisie par Emilie pour assurer sa défense. Le moment où elle va devenir photographe professionnelle spécialisée dans les mariages est également savoureux. 

Voilà un livre qui fait largement réfléchir mais qui se lit aussi bien sur une plage qu'en ville ...

Même si le soleil se cache de Anne de Bourbon-Siciles, édition de l'Archipel, en librairie depuis le 12 juin 2019

lundi 15 juillet 2019

Le transformiste de et mis en scène par Gilles Granouillet ... à l'Artéphile

Je ne m'intéresse pas "qu'aux" spectacles défendus par les attachés de presse que je connais. Je programme certains au hasard et puis j’écoute aussi les recommandations d’amis bloggeurs.

C’est ainsi que je suis allée voir Le Transformiste à l'Artéphile​.

Gilles Granouillet a écrit et mis en scène un texte qui puise ses ressorts dramatiques dans la science-fiction et la psychose avant de basculer dans une forme de réalité qui cueille le spectateur.

Les deux comédiens sont prodigieux, avant Xavier Béja dans la peau du patient que  François Font dans celle du praticien ... font rire avec intelligence. Ils mériteraient d'être sur les routes pour ravir le public régional.

Voilà l'histoire : Frédéric Camard est vendeur de voitures. Il se plaint de ballonnements auprès de son médecin de famille, celui qui a accompagné son père jusqu’à la mort, et en qui il a toute confiance. Son ventre continuera de gonfler, et un jour, une échographie lui révèlera qu’il est enceinte. Comment expliquer ce phénomène ?

Le spectateur doute que le médecin donne la réponse. Restera-t-il infiniment un menhir imperméable ... au questionnement de son interlocuteur ? Il reste, dit le metteur en scène aux cotés du malade en adhérant à sa vision du monde, avant de trouver sa nouvelle identité.

Le texte est très riche d'inférences portant sur cette question de l'identité et je me propose de revenir  ici sur celles qui me paraissent les plus signifiantes.

dimanche 14 juillet 2019

Quelques grands seul(e)s en scène avec Eva Rami, Eric Métayer, Raphaëlle Saudinos, Marc Pistolesi...

La performance d'un acteur me touche particulièrement quand il est seul en scène. Dans la forêt des propositions, plusieurs m'ont séduites. Quand je dis ici "seul en scène" je pense à ces spectacles où un comédien endosse successivement plusieurs rôles, donnant au spectateur l'impression de voir double.

J'ajouterai quelques autres où la transformation est peut-être moins soudaine mais si nette que je voulais pointer cette capacité si particulière qu'ont les grands comédiens à pratiquer la rupture de ton.

A ces spectacles en tout cas dont la reprise par un autre comédien serait inenvisageable. Voilà pourquoi je ne parlerai pas dans ce billet du Syndrome du banc de touche ni d'Un coeur simple alors que si je devais leur attribuer une note je mettrai au moins 9 sur 10 à Léa Girardet comme à Isabelle Andréani.

Pareillement pour Esteban Perroy dans Une histoire vraie ou Grégori Baquet dans le K et auxquels j'ai consacré un billet dans cette série sur le festival d'Avignon. Il me semble que leur rôle pourrait être interprété par quelqu'un d'autre. Ce fut d'ailleurs le cas pour un autre excellent spectacle, Venise n'est pas en Italie.

Les performances de Eva Rami, Eric Métayer, Raphaëlle Saudinos, Marc Pistolesi, Elise Noiraud, Omar Porras ou Olivier Denizet appartiennent à une autre catégorie.
J'avais vu Olivier Denizet en avant-première à la Huchette, et je l'ai parfaitement reconnu à La Luna cet été, où il jouait à 19 h 05.
Eva Rami fut un de mes énormes coups de coeur. Je l’avais remarquée dans Et le coeur fume encore au 11 Gilgamesh Belleville (en robe rouge ci-dessus) et j’ai bouleversé mon emploi du temps pour y caser T'es toi ! à la Condition des Soies à 11 h 15. Bien m’en a pris. Cette jeune femme est plus qu’un Stradivarius, c’est un orchestre. Elle passe d’un emploi à l’autre en moins d’une seconde. C’est toujours juste, drôle bien sûr, mais aussi tendre et incisif (oui c’est possible). La vingtaine de personnages offre un panorama truculent, aussi amusant qu'attachant.

Comme personne ne m'en avait parlé j'ai cru assister à une création, alors qu'Eva était déjà à l’affiche l'année dernière en Avignon. Il faut plusieurs mois avant que le bouche à oreille ne produise un grand effet (ce fut un peu pareil pour Elise Noiraud dont Le champ des possibles a affiché complet au bout de quelques jours au Transversal. Il s'agit tout de même du troisième volet de son autofiction.

Bien qu'il soit difficile d'obtenir une place (ou un coussin) pour Tes toi ! j'ai malgré tout recommandé à beaucoup de personnes de tenter le coup. Les parisiens auront la chance, à partir de janvier 2020, de suivre ses péripéties de la petite araignée quand elle sera à l’affiche du Théâtre de la Huchette.

Eva démontre que quand on veut on peut et que quand on peut on doit. Enfant, elle disait qu’elle voulait, une fois grande, faire "Elie Kakou" comme métier. Je dirai qu’elle fait celui là mais aussi "Philippe Caubère" ... Je dis ça ... je dis rien... Et ses parents ont bien raison d'être fiers de la "petite".

Elle avait écrit un premier seul en scène Vole ! qui retraçait le passage difficile de l’adolescence vers l’âge adulte. Comment ai-je pu ignorer ce spectacle ? 

Ce second opus a été également programmé à la Condition des Soies, mais cette fois dans la rotonde, dite salle Molière, devenue emblématique du festival depuis que l’immense Philippe Caubère y avait créé La danse du diable en 1981. La Condition des Soies était alors une salle du festival in.... 
Eva y a rendez-vous avec son avatar, Elsa Ravi, pour aborder cette fois la difficulté de s’imposer dans sa vie d’adulte, tant sur le plan familial que professionnel. Et le contrat est rempli puisque le public a, le jour de ma venue, interrompu plusieurs fois la comédienne pour l’applaudir sans attendre la fin. On m'a dit que c'était comme ça tous les jours et vous remarquerez la puissance (et la fréquence) des rires dans le court extrait de 2 minutes qui donne bien le ton et que je vous invite à ouvrir ...

samedi 13 juillet 2019

Une histoire vraie à la Luna

Esteban Perroy avait entendu cette histoire, racontée au festival d'Avignon durant l'été 2018. Un de ces récits extraordinaires qui s'impriment à jamais dans la mémoire.

Il avait quitté Avignon en jurant qu'il se mettait immédiatement à en écrire la transposition pour le théâtre. On avait cru à une promesse de fin de soirée.

Début septembre, il téléphona à celui qui lui avait confié la vie de son grand-père, l'invitant à une lecture. L'homme, stupéfait, accepta l'entrevue. Il sera bouleversé. Une histoire vraie avait pris corps. Le texte était aussitôt publié aux Editions Les Cygnes et une coproduction enclenchée avec le Théâtre de Poche Graslin de Nantes.

Les idées de mise en scène ne manquaient pas à l'auteur. Mais il préféra renouveler la collaboration avec William Mesguich, avec qui il avait travaillé sur Fluides (repris à 20 h 15 au Coin de la Lune). Le duo ne perdit pas de temps et choisit une forme immersive, avec mapping, un éclairage en ombres et lumières, et la présence sur scène d'un musicien. Une présence constante mais souvent discrète, se laissant à peine deviner derrière un rideau de perles.
Pour seul accessoire une chaise haute, qui est celle du conteur. Et pour décor, une suite d'images splendides, aux couleurs fortes, qui font donne au voyage une intensité particulière.

Esteban Perroy entre en scène et pose la main sur le livre qui prend une dimension sacrée. Il prévient le spectateur : Je vais te raconter un destin hors du commun, une aventure extraordinaire, un combat épique entre les ténèbres et la lumière. La véritable histoire d’un enfant dont l’ardeur de vivre se fracasse contre la monstruosité des hommes attisée par le chaos d’une époque. Tu seras révolté, horrifié, tu perdras pied. Peut-être espéreras-tu un miracle et ne t’accrocheras-tu qu’à des chimères ensorcelantes. Peut-être pleureras-tu. Mais je te promets que toujours ton cœur cognera dans ta poitrine, que la flamme de l’espoir se mêlera à tes larmes et qu’à la fin du récit ton envie de vivre sera décuplée.

Nous sommes en Arménie en 1915 et nous allons partager l'enfance heureuse de Vahram, un petit garçon de 5 ans, enthousiaste, toujours prêt à jouer avec son frère, âgé de de deux ans de plus que lui. Le père de Vahram et un notable. La cellule familiale est soudée autour du grand-père qui cultive le pavot. Chacun prend plaisir à partager les pâtisseries exquises que sa mère confectionne en suivant des recettes qui resteront secrètes. Ils vivent dans la plus parfaite quiétude dans ce pays où leurs ancêtres ont créé le premier pays chrétien de l'histoire.

Surgit une horde de Tchétés, des mercenaires Kurdes pour être exact. La soeur de l'enfant aura la garde tranchée. La maison est incendiée. Le grand frère entraine et protège le petit, qui retient ses sanglots et ses supplications. La mort est-elle joueuse ? Fallait-il des témoins pour raconter cette histoire ... ils auront pour le moment la vie sauve. Les yeux émeraude du bourreau hanteront à jamais les nuits de Vahram.

Le récit se poursuit, décrivant une horreur absolue, que soulignent les plaintes du violon. Leur fuite est semé d'embuches. Le grand frère a eu le doigt arraché et il est probablement gagné par la septicémie. Le petit fait tout ce qu'il peut. Sa vie est devenue un enfer : je ne suis pas mort mais je ne me sens plus vivant.
Il sera capturé, endoctriné, mais l'épopée sera ponctuée de plusieurs autres épisodes, tenant le spectateur en haleine, qui vivra avec l'enfant le voyage qui le mènera de Silvas à Alexandrette, des steppes de l’Anatolie aux rives de la Méditerranée au terme de six terribles années.

Vahram connaitra la paix suite à un épisode étonnant que je ne vais pas révéler. Mais si la fin est d'une certaine manière heureuse rien ne lui fait oublier son peuple décimé.

Esteban Perroy pointe avec justesse combien notre monde est un théâtre mis à feu et à sang en de multiples endroits du globe alors que Vahram fait serment de ne plus tuer en engageant aussi la parole de son fils. Cette scène de fin est aussi bouleversante que ce qui a précédé. Et d'autant plus qu'elle est, comme il nous le rappelle, une histoire vraie, celle d'un homme, celle de tout un peuple et ... de toute la planète qui mérite mal son surnom d'orange bleue alors qu'elle est striée de rivières de sang.
Une histoire vraie est un récit puissant qui réveille la conscience. Il était indispensable qu'elle soit écrite. Cette épopée contemporaine a (hélas) une portée universelle. Tout est juste. Les images choisies pour illustrer les instants les plus forts sans trop les souligner. La musique interprétée en live au violon. Le texte, superbe, ciselé comme un long poème, interprété par l’auteur.

On est bouleversé par tant d’horreur mais on en sort ébloui parce que les valeurs humaines finissent par triompher, nous invitant à partager autour de nous le message positif que ce spectacle véhicule admirablement, prouvant que l’on peut honorer la mémoire d’un peuple sans rien concéder à la beauté.
Une histoire vraie d'Esteban Perroy
Mise en scène et direction d'acteur : William Mesguich
Avec Esteban Perroy, Kordian Heretynski (violon)
Musique originale : Erwan Le Guen
Création sonore immersive : Maxime Richelme
Création visuelle originale et mapping : Thierry Vergnes
Ombres et lumière : Stéphane Baquet
Théâtre de La Luna à 11 h 20
1 rue Séverine, 84000 Avignon
A signaler la reprise parisienne de Colors, à la Pépinière Théâtre, 7 rue Louis le Grand – 75002 Paris / 01 42 61 44 16. Le spectacle culte sera jouée tous les dimanches à 21h à partir du 15 septembre, avec des comédiens et des musiciens parmi lesquels figure Kordian Hérétynski au violon, que l'on retrouvera avec plaisir.

Esteban Perroy en signe la mise en scène et Antho Floyd les lumières. Il annonce ce spectacle, culte depuis une douzaine d'années, comme étant une explosion de couleurs, de rire et de musique avec l'objectif de pulvériser le blues du dimanche soir, avec à chaque fois un nouveau guest comédien, humoriste, musicien ou une personnalité médiatique qui devient Miss ou Mister White avant de s'aventurer avec audace (ou inconscience) à l'art de l'improvisation, chaleureusement entouré par les Colors ...

vendredi 12 juillet 2019

La journée de la jupe et autres spectacles au Théâtre du Balcon

On m’en avait dit le plus grand bien et on avait raison. La Journée de la jupe au Théâtre du Balcon fait partie des meilleurs spectacles du moment.

D’abord parce que l’adaptation théâtrale a été faite par le même Jean-Paul Lilienfeld qui avait écrit le scénario du film passé sur ARTE en 2008. Elle est forcément très juste.

Ensuite parce que la mise en scène de Frédéric Fage permet à chaque comédien d’exister. Il a réussi à installer une atmosphère de huis-clos tout en suggérant ce qui se passe (ou se trame) à l’extérieur. Ensuite pour le jeu parfait de tous les comédiens qu’il faudrait citer sans exception.

On comprendra que je commence par mettre en lumière Gaëlle Billaut Danno qui succède ardemment à Isabelle Adjani, dont l'interprétation avait été couronnée d'Etoile d’Or du cinéma français catégorie du Premier Rôle Féminin français (2009) et Globe de Cristal (2010).

La représentation commence avec la découpe de la silhouette de Sonia Bergerac nimbée d'une lumière de pleine lune qui installe la tragédie. La jeune femme est professeure auprès d'adolescents qui s'amusent à la pousser à bout.

La crainte majeure de l'enseignant est de manquer d'autorité et elle tente de faire face avec dignité. Un incident va alors tourner à la prise d'otages. Si ce type de situation est toujours plausible, dix ans après le tournage du film, il n'empêche qu'il est aussi le support d'une critique de la domination masculine opprimante, que ce soit parmi les élèves, dans les rapports hiérarchiques qui écrasent les profs, ou encore dans la condescendance manipulatrice finement suggérée du négociateur.

Il est terrible de constater que pour avoir "le droit" de se faire entendre il faille être armé d'un pistolet. Et chacun à tour de rôle, exprimera (enfin) son opinion.

N’allez pas croire que l’auteur a exagéré la nature des relations entre profs et élèves dans ce type d’établissement. J’ai connu semblable contexte quand j’ai travaillé dans un collège classé PEP 4 Violence. Je n'y suis restée qu'une année mais je garde le souvenir intact de nombre de conflits. J’ai vécu plus de moments cauchemardesques en l'espace de dix mois que bien des gens n'en connaitront dans toute leur vie.

Plusieurs me sont revenus en mémoire depuis cet été alors que je croyais avoir réussi à tirer le rideau. Le théâtre à ce devoir d’alerter. Oui, il ne faut pas, et ce n'est qu'un exemple, confondre les mots injure et opinion.

Les retournements de situation sont captivants. L'auteur dénonce aussi ce qu'il appelle le réflexe de culpabilité post-coloniale, consistant à assigner malgré eux les immigrés et leurs enfants à une irresponsabilité collective, ce qui lui semble être le summum du néocolonialisme, écrit-il dans une note d'intention.

Cette Journée de la jupe s'inscrit parmi les pièces essentielles. A de nombreux titres. On y viendra pour se distraire, apprécier le théâtre, admettre que l'école est un modèle réduit de la société, s’interroger ... et considérer ensuite (malgré tout) combien la vie est belle.

La Journée de la jupe, de Jean-Paul Lilienfeld
Mise en scène par Frédéric Face
Avec Gaëlle Billaut-Danno, Julien Jacob, Sissoko Abdulah, Hugo Benhamou-Pépin, Lancelot Cherer, Amélia Ewu et Sylvia Gnahoua
Lumières d' Olivier Oudiou
Musique de Dayan Korolic
Vidéo de La cabane aux fées
Je voudrais signaler que vous pouvez aussi voir Gaëlle Billaut-Danno dans Trahisons au Théâtre Buffon à 19h 40 (pièce chroniquée à sa création sur le blog) et Lancelot Cherer dans Don Juane à 18 h 40 à l'Espace Alya (pièce chroniquée l'an dernier à sa création au festival, au théâtre Notre Dame).

Fréderic Fage a également mis en scène Lettres à Anne, qui se joue à 19 h au Sham's. J'en avais vu une lecture très prometteuse avant le festival. Le spectacle a beaucoup gagné depuis avec des modifications dramaturgiques faisant intervenir la parole de la principale protagoniste.

Enfin, le Théâtre du Balcon programme aussi pour la seconde année Suite française à 20 h45 mise en scène de Virginie Lemoine, avec entre autres Béatrice Agenin et Florence Pernel, que l'on peut respectivement applaudir dans  Marie des Poules à 18 h au Buffon et Comment ça va ? à 16 h 10 à la Luna (spectacle chroniqué à sa présentation en avant-première à Paris).

Egalement à 22 h30 Déglutis, ça ira mieux, auquel je consacrerai un billet spécifique, en lien avec le sujet traité.

jeudi 11 juillet 2019

Le Dernier Ogre de Marien Tillet et Vilain! d'Alexis Armengol


Il y a quelques jours je présentais des spectacles pour enfants. En voici deux autres, que j'ai vus au 11 Gilgamesh Belleville (11 boulevard Raspail - 84000 Avignon) qui s'adressent à un public au moins adolescent.

J'avais manqué Le Dernier Ogre au Festival Le Grand Dire de Chevilly-Larue mais il y a des rendez-vous qui se rattrapent ici pendant le festival d'Avignon.

Ensuite je vous parlerai de Vilain!, auquel je n'avais pas prévu d'assister et où je suis entrée suite à une erreur d'orientation. J'ai été bluffée par la performance. Je ne peux pas l'occulter même si je suis désolée d'avoir manqué un autre spectacle que je n'ai jamais pu reprogrammer dans mon agenda.
Le Dernier Ogre est la dernière création du conteur et metteur en scène Marien Tillet (compagnie Le Cri de l’armoire) et est programmé à 14 h 45. Lauréat en 2000 du Prix du public dans le cadre du Grand Prix des conteurs de Chevilly-Larue, cet artiste a participé ensuite au Labo de La Maison du conte pendant une dizaine d’années et également animé son atelier de formation. La compagnie est maintenant associée au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses.

C'est donc en toute légitimité qu'il avait présenté le 29 mars dernier au Théâtre André Malraux de Chevilly-Larue un spectacle qui combine le jeu (sous forme de conte ou de récit), les arts plastiques et la musique, les trois arts étant interprétés sur scène parallèlement et en direct, dans un mélange des genres pour le moins original. Sa proposition est contemporaine, intelligente, poétique, mais elle peut être perçue comme violente.

C'est d'abord aux paroles de Marien Tillet que le spectateur est sensible même si le guitariste est d'emblée impressionnant. L'histoire commence par un coup de foudre pour une maison, perdue au milieu d'un champ d'orge. Notre esprit en alerte a envie de tiquer et d'entendre les mots chant et ogre mais notre conscience nous interdit d'aller si loin alors que le comédien continue de semer ses petites graines : il y a mille bonnes raisons pour faire tel ou tel choix mais c'est toujours le motif irrationnel qui fait pencher la balance. Il peut suffire d'un rayon d'un soleil ...

Alors que l'homme explique sa décision, a priori rationnelle, de quitter la ville pour la campagne et tenter un changement radical de mode de vie un ogre va raconter, en alexandrins, l'irruption de sept garçons dans sa maison et ses efforts pour en protéger ses filles.

La très longue toile qui occupe le fond de scène s'anime au fur et à mesure. Ça commence imperceptiblement et notre esprit (décidément toujours à l'affut) croit discerner une maison perdue dans un vaste paysage. J'apprendrai plus tard que le scénographe et dessinateur Samuel Poncet (également concepteur des lumières) a recours à des projections liquides pour faire surgir un décor qui sera (hélas ?) éphémère.
Le geste artistique a quelque chose de magique puisque le résultat est en constante évolution -d'où son nom de live painting- et quelque chose de musical car il progresse au rythme de la musique sur une toile où les taches s'inscrivent comme des notes sur les lignes d'une portée en reliant le destin de l'homme à celui de l'ogre.

Le musicien et guitariste Mathias Castagné compose un univers sonore enveloppant, un peu angoissant mais tout à fait supportable sans doute parce qu'on le voit en chair est en os.

Quant au comédien, il alterne des passages chantés et slamés avec des adresses directes au public qui se trouve dérouté en permanence. Il parle seul mais il joue plusieurs personnes à travers des monologues qui ont des allures de dialogues. Textes et paroles sont magnifiques et l'envie de les lire (à tête reposée) est très forte afin d'en savourer toutes les inférences. Ils ont été partiellement publiés. On repère des histoires connues mettant en scène la figure de l'ogre. On hésite à prendre l'homme pour un fou ou un monstre mais on réfléchit inévitablement à notre position d'omnivore, voire de carnivore, en tout cas au rapport qu'on entretient avec la nourriture en général, avec la viande en particulier, sujet ô combien d'actualité.
Il y a tant de manières de cannibaliser ... ou d'être des parents abusifs ...
Dans une autre salle de ce même théâtre on pouvait voir à 10 h15 un autre spectacle combinant lui aussi (est-ce un hasard ?) les trois disciplines.
C'est Nelly Pulicani qui interprète le personnage principal de Vilain! Encore une histoire conçue dans le terrain fertile d'un conte, en l'occurrence Le vilain petit canard, qu'il n'est pas nécessaire de connaitre pour apprécier le moment.

La jeune femme avait fait l'adaptation et la mise en scène de Cent mètres papillon que j'avais vu (et immensément apprécié) l'an dernier en Avignon. Elle m'a autant enthousiasmée comme comédienne.

Alexis Armengol a imaginé là un spectacle d’une rare intelligence pour faire s’envoler les oiseaux et craquer l’écorce des arbres. Il y a de la peinture, là encore en live painting, du slam, du rap, et partout de la poésie. L’utilisation des outils modernes de sonorisation est optimale (c’est si rare). Sampling et beatboxing sont parfaitement exécutés à vue et en direct. 

mercredi 10 juillet 2019

Isadora, Gardiennes et Qui a peur de Virginia Woolf au Théâtre des 3 Soleils

Je connaissais Isabelle Georges comme chanteuse et je l'avais vue danser des claquettes dans un de ses tours de chant. J'avais vu et chroniqué au moins quatre de ses spectacles. C'est une artiste que je sais capable de polyvalence et je n'avais pas de doute sur la qualité du spectacle qu'elle allait créer au festival d'Avignon. 

Je me suis demandé comment l'idée de redonner vie à Isadora Duncan lui était venue. Etait-ce lorsqu'elle se produisit au théâtre des Champs-Élysées en 2018 ? Elle y reviendra d'ailleurs à la fin de cette année pour Oh là là.

En effet, lorsqu'il fut construit en 1913, le portrait d'Isadora a été peint par Maurice Denis sur la fresque murale de l’auditorium représentant les neuf Muses et gravé par Antoine Bourdelle dans les bas-reliefs situés au-dessus de l’entrée, qui reprit des chorégraphies de la danseuse américaine (qu'il avait rencontrée en 1909 au Théâtre du Châtelet) pour réaliser les 75 sculptures.
Il faut dire que cette femme extraordinaire a inspiré de nombreux artistes et auteurs dans leurs créations de sculptures, bijoux, poésies, romans, photographies, aquarelles et peintures...

Isabelle incarne au Théâtre des 3 Soleils cette fascinante Isadora. Celle qui fut raillée à ses débuts pour sa grâce de morceau de chiffon et son refus de devenir une majorette de paillettes fut très vite adulée.

La danseuse aux pieds nus a libéré le corps des femmes. Elle sera considérée comme l’inventrice de la danse moderne et son art lui vaudra d'être ovationnée sur toutes les grandes scènes du monde. Elle  a sidéré le public de la Belle époque par son audace, sa manière de danser, sa soif de liberté et son esprit révolutionnaire : Je ne veux pas être danseuse. Je veux danser. Elle implorera plus tard de la laisser être qui elle est.

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