Souffrante, j’ai été empêchée de publier sur le blog. J'ai repris alors que, comme vous, j'étais et reste confinée. Parce que je voulais croire que ces coups de cœur que je présente ici vous seront de nouveau bientôt accessibles dans les théâtres, les cinémas, les restaurants et autres lieux de vie. Les jours ont passé et si le retard a perduré sur le blog c'est parce que j'ai repris (à distance) l'émission Entre Voix sur needradio.fr, dans une version réduite à 30 minutes, en quotidienne, pendant trois semaines jusqu'au 15 mai. Des personnalités, qui sont aussi des ami(e)s racontent comment ils/elles vivent la période et quelles solutions ils/elles ont mis en place.
A bientôt et surtout protégez vous... et ceux que vous aimez !

samedi 11 avril 2020

Une furieuse envie de tartare

Au bout d'un mois de restrictions alimentaires j'ai craqué pour un tartare que par chance j'ai pu satisfaire à l'occasion d'une sortie pour faire ces fameuses courses de première nécessité.

Je l'ai préparé, comme je l'aime,
avec moutarde,
câpres,
cornichons en rondelles,
gingembre frais (par chance il m'en restait),
basilic,
sel, poivre,
vinaigre balsamique
et un trait d'huile d'olive.

J'ajoute un jaune d'oeuf. Je trouverai une utilisation au blanc (qui se conserve très bien jusqu'à trois jours dans le réfrigérateur).
Evidemment, c'aurait été divin avec des frites, mais une salade fera l'affaire. On ne peut pas "tout" avoir.

vendredi 10 avril 2020

La fille à ma place de Catherine Le Goff

Certains attachés de presse continuent de travailler pendant le confinement en envoyant des fichiers numériques. Ce n'est pas ce que je préfère mais je me suis (re)mise à ce mode de lecture que d'habitude je réserve à mes séjours à l'étranger.

C'est ainsi que j'ai lu La fille à ma place. Encore une histoire de vengeance, mais autrement mieux ficelée que celle de Fern Michaels, n'en déplaise à l'immense succès qu'elle rencontre.

Catherine Le Goff est psychologue et a travaillé vingt ans en entreprise avant d’ouvrir son cabinet. Elle connaît extrêmement bien la psychologie humaine et la décrit avec talent, autant les ressorts individuels que les comportements de groupe.

Titulaire d’un prix de littérature à dix-sept ans, elle est revenue récemment à l’écriture pour nous offrir, avec La fille à ma place, une première œuvre de fiction, un thriller sensible et riche en rebondissements qui commence très fort : Est-t-on coupable quand on venge son amour bafoué ? Tuer une rivale est-il un crime ou une juste réparation ? Pour dire la vérité, je ne me sens pas coupable. Je ne me suis jamais sentie coupable, j’ai fait justice, j’ai éliminé celle qui m’a volé mon amour, ma vie (p. 30).

La vie de Nin bascule en quelques minutes après avoir commis un crime. Sa cavale connaitra moult rebondissements. D'une part parce que la rivale était la fille d’un industriel qui vit aux États-Unis, un mec puissant qui met de gros moyens pour retrouver la personne qui a tué son enfant. Et d'autre part parce que l'ex de Nin est lui aussi à ses trousses.

Jalousie, peur de l’abandon, dédoublement de la personnalité, manipulation et changements d’identité, tels sont les thèmes de ce roman à suspense et plein d’émotions, qui nous sensibilise à nos possibles passages à l’acte. Identifier nos failles et tomber les masques demande du courage. Mais cela nous rend aussi plus humains et sereins.

Il arrive que le récit soit un peu incohérent entre les motivations des deux hommes mais l'histoire est prenante. Surtout quand se faufile un secret de famille. De proie, la jeune femme devient enquêtrice et nous allons nous interroger avec elle sur des questions liées à la paternité.

Catherine Le Goff fait voyager le lecteur en France, à Venise, à New York dans les Hampton, et presque au Japon. En cette période où nous sommes privés de contact avec l'extérieur c'est une bouffée d'air pur. Je regrette évidemment que les musées ne soient pas accessibles. J'aurais volontiers cherché à voir un tableau de Rothko, découpé en deux parcelles monochromes, l'une jaune soleil, l'autre bleu océan pour ressentir, moi aussi, un bonheur intense (p.64).

On se serait douté que l'auteure est psychologue car elle distille un certain nombre d'affirmations que seule une professionnelle pouvait pointer, notamment que la violence vient fréquemment de nos blocages affectifs. A ce titre la note que l'auteure fait figurer à la fin apporte plusieurs éclairages.

Il faut lire La fille à ma place pour admettre que tout le monde a droit à sa part d'ombre.

La fille à ma place de Catherine Le Goff, aux Editions Favre, en librairie depuis le 16 janvier 2020
Lu en version numérique de 208 pages.

jeudi 9 avril 2020

La tarte aux poireaux de mon arrière grand-mère

Je ne vais pas vous donner la recette de la tarte aux poireaux de mon arrière grand-mère, que je n'ai jamais goutée mais j'en ai tant entendu parler que pour moi toutes les tartes aux poireaux me ramènent auprès de cette femme que je n'ai d'ailleurs pas connue.

La famille, ruinée par la crise de 1929, était passée brutalement d'une certaine opulence (mon arrière grand-père était marchand de soiries dans le quartier des Folies Bergère) à une retraite qui devint rapidement miséreuse, dans la maison de campagne qu'ils s'étaient faite construire dans un minuscule village bourguignon.

Je me souviens par contre de cette propriété, avec une opulente cheminée dans la cuisine, une salle à manger au papier peint ramagé au-dessus de boiseries élégantes, d'un bureau incongru pour la campagne, d'une chambre parquetée avec cabinet de toilettes attenant. Tout cela sans eau courante ni chauffage central, évidemment. Mais il y avait un joli ensemble de toilette sur un meuble de marbre blanc (que je possède toujours).

La chance de mes arrière grands-parents était de disposer d'un grand jardin, et d'un verger prolifique. Ils furent locavores de la première heure. On m'a répété toute mon enfance que la mère de ma grand-mère avait fait de la tarte aux poireaux une spécialité.

C'était leur plat principal et récurrent et je crois qu'ils ne mangeaient pas souvent à leur faim. Cette femme est décédée brutalement et son mari l'a suivi deux mois plus tard, jour pour jour, de chagrin m'a-t-on dit. Ces quelques éléments ont suffi à forger une légende et vous comprendrez que la tarte aux poireaux soit devenue en quelque sorte ma petite madeleine...

En ignorant son goût originel je l'accommode selon ce dont je dispose. En cette période où j'ai le sentiment de manquer de tout je pense souvent à mes arrière grands-parents en tentant de suivre leurs pas.

mercredi 8 avril 2020

Né d'aucune femme de Franck Bouysse

Franck Bouysse ... son nom me parlait mais je n'arrivais pas à ... jusqu'à ce que ... mais oui, il avait remporté le Prix SNCF du polar 2017 avec Grossir le ciel qui me narguait dans ma PAL, annoncé comme un suspense rural.

L'auteur est déjà lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d' aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant 

La couverture de Né d'aucune femme est magnifique. C'est un autoportrait de Sara Saudkova, une photographe tchèque, intitulé Allaitement.

J'avais tenté à plusieurs reprises d'entrer dans le roman mais je n'y étais pas parvenue. J'avais incriminé ce foutu virus qui m'avait épuisée. C'est qu'il faut une certaine force pour se glisser entre les arbres, et partager la rudesse de la vie de ces paysans.

J'étais carrément perdue au début du livre. Alors, après trois tentatives infructueuses espacées d'une quatorzaine, j'ai joué le tout pour le tout en ouvrant le roman plus loin dans l'histoire (page 83). Sans chercher à tout savoir j'avais besoin de m'accrocher à un personnage pour avoir envie de poursuivre.

Je suis bien tombée et le choc opéra. Je repris ensuite au début et me laissai captiver. Les deux premiers chapitres sont troublants mais le récit décolle à partir du moment où Gabriel, le prêtre, récupère les cahiers de Rose. Il les lit d'une traite et va reconsidérer ses valeurs : Moi qui avais jusqu'alors considéré le bien et le mal comme des concepts rassurants pour lesquels j'avais forgé quelques armes, il allait bientôt me falloir glisser d'autres fers dans les braises (page 32).

Né d'aucune femme raconte la vie de Rose, qui vient tout juste de mourir. Ce qui lui est advenu depuis le jour où de ses quatorze ans, quand son père l’a vendue à un notable assez mystérieux contre une modique somme d’argent en pensant pouvoir nourrir sa mère et ses sœurs.

Le point de départ est venu d'un fait divers qui fit quatre lignes il y a vingt ans dans un journal. Le décor est inspiré de la région où l'auteur est revenu récemment, pour retaper une petite maison, en bordure de la forêt où il a joué gamin, près d'un monastère du XII° siècle d'où les moines s'enfuyaient par un réseau de souterrains. 

mardi 7 avril 2020

Anniversaire en confinement

Bon anniversaire ... mon fils et tous les autres qui fêteront ce moment particulier en confinement.
Je ne me lasse pas de voir et revoir ce petit film.

lundi 6 avril 2020

La Sopa azuteca ou soupe aztèque

Je suis en train de terminer Rien n'est noir de Claire Berest à propos de la vie de Frida Kahlo. Alors vous comprendrez mon envie de Sopa azuteca, autrement dit une soupe aztèque.

Par chance j'ai les ingrédients à portée de main y compris le type d piment requis que j'ai ramené il y a trois mois du Mexique :

Deux cuillères à soupe d’huile, un petit oignon, une gousse d’ail écrasée, une boîte de 200 g de sauce tomate, 1 litre de bouillon de volaille, 150 g de fromage genre mozzarella, un citron vert coupé en 4, un piment sec Pasilla, du sel et du poivre et un sachet de nachos (des tortillas chips comme on dit en France).

On fend en deux le piment sec pasilla et on en récupère les graines pour un usage ultérieur (ce sont elles qui ont la plus grande force piquante). On le passe sous l'eau car il peut être un peu poussiéreux et on retire la tige.

On fait revenir l’oignon émincé avec le piment dans une cocotte pendant un petit quart d'heure dans une cuillerée à soupe d’huile, jusqu’à ce que l'oignon soit bien doré. On ajoute alors l’ail écrasée puis la sauce tomate.

On met de coté le piment et on donne un tour de mixeur. On laisse mijoter à feu assez vif environ cinq minutes, en mélangeant avec une spatule en bois. Il est temps d'allonger avec le bouillon et de laisser mijoter 30 minutes après avoir salé et poivré et remis le piment (avec cette technique il sera possible de le retirer avant le service).

Verser la soupe dans les assiettes. Répartir le fromage, coupé en dés, et les nachos grossièrement brisés. Saupoudrer de coriandre. proposer à chacun de presser quelques gouttes de citron vert pour apporter un peu d'acidité.

Parfois on laisse les nachos à disposition sans les émietter dans la soupe. Quant au piment il est réservé dans un ramequin pour que chacun se serve selon son goût.

dimanche 5 avril 2020

Vous n'aurez pas mes cendres ! de Patricia de Figueirédo

Le tableau intitulé Un homme médite sur les ruines de Rome, aujourd’hui au musée de Saint-Malo, avait été présenté au Salon des Beaux-Arts de 1810 sans aucune allusion à l'identité du modèle, dont la renommée était alors affaiblie par ses prises de position politiques. L’anonymat conféré par Anne Louis Girodet était alors une astuce pour permettre qu'on parle de son oeuvre sans devoir citer le nom du modèle.

François René de Chateaubriand (1768-1848), puisque c’est lui, vous l'avez sans doute reconnu, était si célèbre en tant qu'homme politique comme en tant qu'écrivain, pour qu'il ne soit pas nécessaire de soustitrer le tableau.

L'avoir choisi pour illustrer la couverture de Vous n'aurez pas mes cendres ! était une évidence pour Patricia de Figueirédo qui l'a publié chez Serge Safran, un petit éditeur, mais dont les choix éditoriaux sont recherchés et dont un roman est sélectionné chaque année par Hors Concours, ce qui est un critère de qualité.
Serge Malakoff, dramaturge contemporain en perte de notoriété, se lance dans l’écriture d’une nouvelle pièce qui, il en est certain, va le remettre sur le devant de la scène en passant de la comédie à la tragédie : la rencontre conflictuelle entre Chateaubriand et Émile de Girardin à propos de la publication des Mémoires d’outre-tombe en feuilleton dans le quotidien La Presse.

Entre les pressions de son ex-femme, Carine et de sa nouvelle compagne, Barbara, toutes deux comédiennes et exigeant un rôle dans la pièce, son meilleur ami Ludo, son chat Papillon et sa famille à l’étranger, Serge a du mal à se concentrer. Jusqu’au moment où il est pris d’hallucinations et projeté dans la vie de ses personnages.

Ces visions, il va finir par s’en rendre compte, ne sont pas dues qu’à l’écriture de sa pièce… 
Vous n’aurez pas mes cendres ! raconte la confrontation entre deux gloires de la littérature et du journalisme, entre deux siècles, à travers une fiction qui dépasse la création théâtrale et romanesque, et qui, du coup, révèle une étonnante modernité.
L'envie d'écrire ce roman est née de celle d'écrire une pièce de théâtre mettant en scène la rencontre supposée entre Chateaubriand et Girardin, ce journaliste qui en 1836 a révolutionné le monde de la presse en créant un journal qui s'appelait La Presse dont il réduisit de moitié le prix de l'abonnement pour multiplier les souscripteurs et, par voie de conséquence, augmenter le nombre d'insertions publicitaires (la réclame disait-on alors, cf page 53).

Il était en avance sur son temps en osant feuilletonner des récits pour créer une sorte d'addiction parmi les lecteurs. Il n'est cependant pas le seul inventeur du roman-feuilleton, dont son concurrent Armand Dutacq, directeur du journal Le Siècle a eu l'idée en même temps que lui.

Il utilise d'abord des textes de Balzac et de Dumas. La tentation est forte de le faire aussi avec Les mémoires d'outre-tombe, puisque le roman n'appartenait plus à Chateaubriand mais à une société par actions à laquelle il a racheté les droits en 1846. L'écrivain ne veut absolument pas que son ouvrage soit tronçonné mais il lui est difficile de s'opposer en l'absence de clause suspensive, et pour cause car cette pratique n'existait pas.

samedi 4 avril 2020

Orge céleste

Après le petit épeautre, voilà que je retrouve de l'orge céleste de Mon fournil, un nom qui fait rêver, même si je dois reconnaître que ces graines là ne sont pas de la première fraîcheur.
Je les ai donc fait tremper plus de 24 heures en évacuant régulièrement le dessus de l’eau de surface jusqu’à ce qu’elle soit plutôt claire.

Après avoir procédé à un ultime rinçage, j’ai placé cette orge (on peut aussi bien la désigner au féminin comme au masculin) dans une cocotte à fond épais et l'ai recouverte de deux fois son volume d’eau claire.

J’ai ajouté un bouillon cube de bœuf (prélevé sur le stock de ma maman), deux petits piments ronds que j’ai placés -de manière à pouvoir les récupérer- dans une boule à thé, une feuille de laurier, et une cuillerée de gros sel de mer non raffiné. 

vendredi 3 avril 2020

La fille au bracelet, film de Stéphane Demoustier

Le bruit des vagues couvre la conversation. On imagine un moment de tranquillité familiale sur la plage de la Boutinardière, au coeur de la Bretagne historique, à La Bernerie-en-Retz qui est la plage quasiment la plus proche de Nantes où le couple réside habituellement avec leurs deux enfants.

Lise Bataille, 16 ans, part, encadrée de deux gendarmes, alors que les parents assistent sans broncher à l'arrestation. L'instant est calme.

Deux ans plus tard le père (Roschdy Zemfait barrage pour que Lise, devenue La fille au bracelet, ne rende visite à un certain Diego : Je veux que tu reste concentrée et plus rien qui puisse faire des vagues.

Oui papa, répond-elle docilement avant de se mettre à relire ses déclarations, obéissant cette fois à son avocate (Annie Mercier), tout en ayant conscience que ce n'est pas une pièce de théâtre.

Elle porte un bracelet électronique qui l'astreint à circuler dans une zone restreinte. Elle suit désormais ses cours par correspondance. On en déduit qu'elle n'est pas retournée au lycée et qu'elle est relativement coupée de ses anciens camarades, hormis Diego qui apparait parfois. Son calme est olympique. Signe qu'elle est très ou pas du tout coupable. Comme éteinte aussi. Murée dans le silence sans être antipathique. Elle n'a pas davantage de réaction quand sa mère (Chiara Mastroiannilui annonce qu'elle ne viendra pas à son procès. T'as pas à te justifier la coupe-t-elle.
Au sein de la famille Bataille, on se parle a minima. On remarquera que fréquemment la caméra s'attarde en plan rapproché sur un visage silencieux et impénétrable. Les seuls moments de fantaisie sont provoqués par le petit Jules, qui avait 8 ans au moment des faits, et qui semble être le seul à s'exprimer sans filtre ...  : Si tu vas en prison est ce que je pourrais prendre ta chambre? elle lui répond oui avec sérénité. Là encore le spectateur se demande si c'est parce qu'elle est coupable jusqu'au cou ou absolument innocente.

Je ne vais pas spoiler l'issue mais Jules joue un rôle capital dans le déroulement du procès.

La fille au bracelet est un film déroutant. Le cœur de l’énigme n’est pas tant la culpabilité de Lise mais son fonctionnement et ses valeurs. On se demande ce que cache son sang-froid et si ses parents la protègent de leur propre culpabilité à ne pas l’avoir vue grandir, jusqu'à ne la connaitre que très superficiellement. A cet égard le témoignage de la mère sera probablement décisif alors que jusque là le père semblait davantage investi que sa femme, même si son apparente solidité masque une forte inquiétude : ça me dépasse, avouera-t-il à propos des comportements de son enfant.
La jeune Flora Dufour a été victime d'un assassinat terrible, sauvage, avec huit coups de couteau, le lendemain d'une fête entre adolescents. Sa mère ne lui connait pourtant aucun ennemi. Même pas Lise, sa meilleure amie, qui l'avait menacée de mort suite à la diffusion d'une vidéo à caractère sexuel la mettant en cause. Mais comme l'explique une de ses camarades : Je vais te tuer, comme quand on dit je t'aime, ça veut rien dire.

jeudi 2 avril 2020

Cake au citron d'après Trish Deseine

C'est bien gentil de faire des gâteaux sans ceci ou cela comme le Wacky cake mais lorsque je retrouve, au hasard de l'ordre que je remets dans mes étagères (car comme vous tous je range, range, range...), un livre de recettes de Trish Deseine je ne résiste pas à m'inspirer de la technique qu'elle partage dans I love cake, collection Marabout, pour faire un cake au citron.

je ne sais pas s'il fait perdre des calories mais le rangement est une vertu !

Il vous faudra pour six à huit personnes et un moule à cake de 22 cm beurré :

50 g de beurre mou, 140 g de sucre, 150 g de farine (j'ai pris moitié blé-moitié riz), un sachet de levure chimique, 12,5 cl de lait (soit un huitième de litre), deux œufs et un zeste de citron vert.

Préchauffer le four à 170°

Dans un saladier, fouetter le beurre et le sucre jusqu’à en faire une mousse bien blanche.

Mélanger les œufs et le lait.

Dans le récipient contenant la crème au beurre, verser en alternant la farine et la levure chimique et l’ensemble œuf–lait. Ajouter le zeste du citron vert.

Transvaser la pâte dans le moule et enfourner 45 minutes.

On peut bien entendu, à la sortie du four, imbiber le gâteau d’un jus de citron additionné de sucre glace mais je n'ajoute pas du sucre au sucre.

Trish recommandait de laisser refroidir dans le moule, ce que je ne pense pas à faire, parce que je n'ai jamais vu ma mère procéder ainsi. Peut-être est-ce parce que je n’ai pas suivi cette recommandation que mon gâteau s’est complètement démoli mais ... cela n’a pas empêché qu’il soit délicieux.

Parviendrai-je un jour à en sortir un fendu sur le dessus ? Puisse Cyril Lignac proposer un soir une recette qui fonctionne ! Je suis son émission Tous en cuisine sur M6 depuis sa création le 21 mars mais je n'ai encore rien vu de comparable.

mercredi 1 avril 2020

L'été où je suis devenue vieille d'Isabelle de Courtivron

L'été où je suis devenue vieille, le titre du livre d'Isabelle de Courtivron résonne comme une blague de premier avril.

La personnalité d'Isabelle de Courtivron est fascinante. Elle s’est construite en se détournant de son pays et de sa famille pour avoir une vie qui lui ressemble. Elle a connu les mouvements féministes des années 1960 et 1970 qui l’ont structurée. Elle a été professeure de littérature, culture et cinéma aux États-Unis à Brown, Harvard, au MIT. Elle a travaillé sur des romancières comme Violette Leduc ou Clara Malraux

Je devais la recevoir dans mon émission Entre Voix, et puis, manque de chance, elle a été souffrante. Le projet a été repoussé et par voie de conséquence je n'ai pas écrit tout de suite ma chronique, voulant l'enrichir de ce qu'elle me dirait. Puis la crise du Coronavirus est arrivée là-dessus.

Moi-même je me suis pris un coup de vieux ... Ma mémoire jouait les abonnés absents régulièrement. Je traversais le mois de février où je devenais vieille.

J'ignorais alors que j'étais malade et je peux vous dire maintenant que je commence à aller mieux que je ne me sens plus du tout vieille.

Mais resituons l'ouvrage d'Isabelle de Courtivron. L'été de ses soixante-treize ans, Isabelle de Courtivron se rend compte qu’elle a perdu en souplesse et qu’elle s’essouffle plus vite. Son ophtalmo lui a prescrit une opération de la cataracte. Son corps est usé. Elle a pris sa retraite, a du mal à adopter Instagram ou Twitter. Elle se surprend à voir partout, tout le temps, des plus jeunes qu’elle. Ce qui lui arrive ? L’âge. Elle est devenue vieille.

Avec une sincérité rare teintée d’humour, l'auteure raconte ce basculement qu’elle n’a pas vu venir. Elle a toujours vécu en femme libre, tournant le dos à la vie conventionnelle qui l’attendait. Indépendante, voyageuse, nourrie par les féministes des années 1970, elle est devenue professeure de lettres aux états-Unis. Soudain, pour la première fois, il lui arrive quelque chose qu’elle n’a pas choisi. Le regard des autres la renvoie à son âge. Elle-même constate les transformations à l’œuvre dans sa chair et son esprit.

Isabelle de Courtivron livre un récit intime, sans fard, qui parlera à des centaines de milliers de femmes. Elle interroge le vieillissement au féminin, dans une société où les inégalités entre hommes et femmes se jouent à tous les âges. Elle montre cette étape de l’existence sous un jour nouveau, et permet aux lecteurs de la vivre par anticipation.

Ce n’est pas sa première publication mais c'est son premier livre personnel.

La lecture de ce livre me donnait le bourdon alors qu'il est vraiment admirablement documenté et passionnant. Je vous le recommande donc en sortie de confinement, quand la situation se sera apaisée. Qu'il y aura un peu moins d'annonces de RIP sur Facebook où, comme aurait pu le dire Woody Allen, il est curieux qu'on n'annonce jamais les naissances des célébrités ...

En 2018, et selon les chiffres publiés par l'ONU, les personnes âgées de 65 ans ou plus étaient dans le monde, et pour la première fois dans l'histoire, plus nombreuses que les enfants de moins de cinq ans. D'ici à 2050, 1 personne sur 4 vivant en Europe et en Amérique du Nord aura 65 ans ou plus ... sauf si le coronavirus décime une génération.

Finalement, il n'est pas étonnant qu'on vive dans une société où l'on est vieux dès qu'on a dépassé 30 ans. Longtemps je fus la plus jeune (ou ensuite la plus récente) dans chacun des organismes où j'ai travaillé. Longtemps ce fut exaspérant de devoir argumenté une expérience parce que, quoiqu'on en dise, on fait rarement confiance à ceux dont le visage ne trahit pas un certain nombre d'années (même au cinéma on ne donnerait pas un rôle de grand-mère à quelqu'un qui fait 28 ans tou de même). J'avais fini par m'affranchir des années ... jusqu'à ce mois de février où, étant sur le flanc, je n'ai même pas pu fêter mon anniversaire.

Et quand j'ai ouvert le livre, trompée par une couverture qui respire l'optimisme je n'imaginais pas la déflagration qui était en train de se produire. Comme elle a eu raison de placer en exergue la citation de Benoîte Groult (in La Touche étoile) : On n'est capable de parler de vieillesse que si toute jeunesse n'est pas morte en soi.

Si Isabelle nous donne (page 195) une bibliographie, ce que je plébiscite même si elle est un peu sommaire, elle omet néanmoins la discographie et, comme vous le savez, je suis toujours agacée qu’on privilégie systématiquement en quelque sorte les paroles sur la musique. Il n’empêche que c’est une excellente idée de placer le chapitre I sous le parrainage d'une superbe chanson de Léo Ferré.

Et si je vous l’offrais cette biblio-discographie complète ? C’est parti. Comme ça vous pourrez préparer la play-list et l'écouter au fur et à mesure des chapitres.

mardi 31 mars 2020

La cuisine du confinement

Il faut en ce moment faire preuve d'inventivité pour ne pas se laisser abattre. Tout le monde, parait-il, retrouve un grand plaisir à cuisiner.

Pour ma part ce n'est pas nouveau mais comme je ne peux pas sortir faire les courses je suis tributaire de ce que je trouve (ou de ce que l'on m'amène), ce qui conduit à des associations inattendues.

Comme le riz rouge de Camargue (encore un fond de bocal) et du boudin blanc.

Les haricots plats apportent une touche de couleur et vous observerez que la perte est minimale depuis que je sais qu'il est idiot de l'équeuter des deux cotés.

En plus, c'est esthétique car il n'est pas question de sacrifier le visuel.
Pas davantage que le goût. Cette assiette n'est pas copieuse mais le sel à la truffe sublime la viande et les pommes de terre.
Coté dessert je m'étais lancée dans le Wacky Cake. C'était l'occasion ...

lundi 30 mars 2020

Vengeance à temps partiel de Fern Michaels, paru en Poche

Fern Michaels est reconnue à l’échelle planétaire pour ses bestsellers. Ses livres sont traduits en plus de 20 langues et les titres de la série Sisterhood se sont vendus à plus de 16 millions d’exemplaires dans le monde.

Ses romans se sont tous retrouvés au palmarès du New York Times et du USA Today. Le premier de la série, publiée initialement en 2017, est disponible en Poche depuis le 14 mars 2019. Ils se lisent à une vitesse folle ... par un public immense, dont je ne faisais pas encore partie. Cette période du confinement m'a amenée à faire comme on dit feu de tout bois. Et je ne regrette rien.
Dévastée par la mort tragique de sa fille, renversée par un chauffard qui a bénéficié de l’immunité diplomatique, la richissime Myra Rutledge décide de former un cercle secret : le Sisterhood. Ce groupe réunit sept complices partageant une colère noire découlant de préjudices dont elles sont victimes – mari infidèle, collègue sexiste, système judiciaire déficient ou autres aberrations. Liées par leur tragédie personnelle, elles décident de se faire justice elles-mêmes, se découvrant du coup une force intérieure insoupçonnée. Si dans l’adversité certaines s’effondrent, d’autres se relèvent et passent à l’attaque !
L'injustice est une plaie qui sidère ou qui, au contraire, suscite une vocation de justicier, et parfois la fin justifie les moyens. Deux ans après la mort de sa fille Myra décide de passer à l'attaque, ce qui me fait penser au thème d'un roman que j'aurais dû chroniquer depuis longtemps Les portes et les bruits qu'elles font et que je me promets de relire.

A l'inverse du personnage principal de celui ci, la riche américaine va oeuvrer en catimini (et ne sera donc pas condamnée). Et comme elle n'est pas égoïste, et qui plus est richissime (ça aide quand on veut jouer les James Bond) elle va créer un mouvement de solidarité avec d'autres victimes.

C'est parfois farfelu, souvent machiavélique, mais toujours efficace. Je l'ai mentionné plus haut : la fin justifie les moyens.

Le roman est facile à lire, plaisant, car les héroïnes de cette trempe sont plutôt rares mais leur mode de vie est souvent éloigné du notre. C'est l'American Way of Life, à n'en pas douter. Une façon de voyager alors que nous sommes tous bouclés.

Vengeance à temps partiel de Fern Michaels, Mon Poche

dimanche 29 mars 2020

Comment je me suis trouvée à expérimenter un Wacky Cake

J'ai cette recette sous le coude depuis décembre 2018 et je repousse régulièrement sa mise en oeuvre parce que je n'étais pas convaincue d'obtenir un résultat qui vaille le coup. Seulement voilà, nous sommes bouclés et il est assez difficile de trouver (quand on ose sortir faire quelques courses) du beurre, et surtout des oeufs.

Quant au lait, j'ai la chance d'en avoir récupéré de ma voisine mais je ne voudrais pas entamer une bouteille pour quelques centilitres.

Cette recette avait fait le buzz sur Instagram comme sur Pinterest. Il s'agit du Wacky Cake, appelé aussi Depression Cake, parce qu'il a été créé aux Etats-Unis au moment de la Grande Dépression de 1929, lorsque les ingrédients tels que le beurre, le lait ou le chocolat se faisaient rares et chers.

Ce gâteau, moelleux et fondant, a eu un regain de succès auprès des vegan parce qu'il ne réclame pas d'oeufs, mais il a aussi de bonnes qualités, surtout en période de pénurie.

Wacky cela signifie tout de même délirant et j'imagine à cause de la mise en oeuvre et de l'emploi d'un ingrédient inattendu dans un gâteau, le vinaigre d'alcool. Inhabituel pour nous européens, parce que les anglo saxons savent que le vinaigre est un acide qui "active" le bicarbonate (qui n'est rien d'autre que la levure chimique). Le mélange des deux créé du dioxyde de carbone, et ce sont ces petites bulles qui vont permettre de donner un aspect aéré à votre pâte. C'est ce qui fait d'ailleurs merveille pour faire gonfler les pancakes.
Pour ce wacky cake, farfelu mais super simple, vous devrez peser d'abord les ingrédients secs, que vous pouvez superposer dans un seul récipient :

- 210 g de farine
- 24 g de cacao en poudre (amer donc)
- 200 g de sucre
- 1 cuil. à soupe de levure
- 1 bonne pincée de sel

Une fois tout cela intimement mélangé vous ferez trois puits; deux petits et un plus important. Dans les deux premiers vous verserez respectivement 1 cuillère à soupe de vanille liquide et 1 cuillère à soupe de vinaigre blanc. Dans le plus grand 7,5 cl d’huile végétale (plutôt neutre comme tournesol ou pépins de raisin). C'est cette dernière que j'ai choisie.
Puis, 24 cl d'eau sur le tout et mélangez à la maryse bien jusqu'à ce que ce soit lisse.
Vous allez remarquer que la réaction chimique fait buller la préparation.

Venez sans attendre la pâte dans un moule beurré et faire cuire pendant 35 minutes environ (il suffit de planter la pointe d'un couteau pour vérifier la cuisson) à 180°.

Je me suis demandée si le fait d'avoir utilisé autre chose qu'un moule à cake traditionnel avait modifié la texture. Il a sans nul doute cuit plus vite (25 minutes ont suffi) mais le résultat m'a convenu : moelleux, léger, pas trop sucré (je le craignais un peu parce que 200 grammes de sucre me semblait excessif), et surtout pas très riche en matières grasses ...

Bien sûr avec cette base, tout est possible : un glaçage, l'ajout de pépites de chocolat, un nuage de sucre glace (si on ne craint pas du tout de forcer sur l'indice glycémique). Personnellement je l'ai trouvé délicieux avec une quenelle de sorbet fraise-verveine (que par chance j'avais encore dans mon congélateur).

samedi 28 mars 2020

Comme des frères de Claudine Desmarteau

La sortie du livre de Claudine Desmarteau avait été annoncée pour le 4 mars. Comme des frères va souffrir de la fermeture des libraires.

Quelle malchance pour cette auteure qui, après avoir publié plus d’une vingtaine de livres jeunesse, albums illustrés ou romans (au Seuil Jeunesse, Éditions Panama, Éditions Thierry Magnier, Sarbacane, Flammarion et Albin Michel Jeunesse) signe ici son premier roman adulte. Et ce n'est sans doute pas un hasard si ses personnages principaux sont des adolescents.

La bande, la petite meute, se composait de Ryan, Lucas, Kevin, Saïd, Thomas, Idriss, et puis Quentin… Et sa sœur Iris. Lui c'est Raph, enfin Raphaël, fils unique qui aurait dû avoir un frère, mais la vie en décida autrement. Il se définit comme quelqu'un de banal. Je ressemble à tout le monde ou à personne en particulier et c'est très bien. Je suis insipide et je rêve d'être invisible (page 21).

Lalie, qui traverse new York dans le dernier livre d'Eric Pessan souhaiterait elle aussi avoir le don d'invisibilité (dans Tenir debout dans la nuit). Je fais aussitôt l'hypothèse que l'évènement dramatique auquel le garçon fait allusion et qui s'est passé le samedi de ses 16 ans est sans doute comparable à ce qu’a connu la jeune fille.

Ce roman, qui m'a beaucoup fait pensé à La chaleur de Victor Jestin, pose l’éternel problème de la jeunesse quand elle est désoeuvrée et qu'un leader met en route une idée saugrenue qui va mal tourner. Parce que chacun, à sa manière, attend que quelque chose se passe (page 68). La justesse des dialogues est inouïe. On a le sentiment d’être en bas de leur immeuble alors que les conversations montent jusqu'à nos fenêtres ouvertes. La tension est très forte et attise le rôle que les parents peuvent jouer dans ce type de situation en laissant faire.

On peut aussi penser au film La fille au bracelet qui vient de sortir au cinéma.

13-14 ans, ils ont commencé par un truc qu’ils savent être con, cruel, débile mais ils en rigolent (page 71). Ils se comportent comme des Jackass, ces jeunes adultes intrépides qui multipliaient des cascades dangereuses et autres fantaisies sans autre but que de faire rire, dans une émission de télévision américaine, diffusée originellement sur MTV en 1999. Certains de leurs jeux sont minables comme le défi d'avaler un ver de terre (page 172). On devine que d'autres pourraient vite tourner mal.

Evidemment au collège, personne (entendez par-là aucun adulte) ne voulait rien voir, personne ne voulait rien entendre (page 80). Cette liberté dans laquelle se déploie la meute est sournoise. Le lecteur sent le malaise monter d'autant plus que le récit est entrecoupé de chansonnette narquoises…

Un de leurs modèles est maintenant Light Yagami, le personnage principal du manga Death NoteLe niveau de violence monte et lorsqu'il est question d'envie de liquidation avec la citation de personnes ayant réellemtn existé comme Anne Lauvergeon (page 129) j'ai froid dans le dos car je lis ce livre en pleine période d’épidémie de Covid 19, alors que la science-fiction rejoint la réalité.

Raphaël n'est pourtant pas au départ un de ces casse-cous. Il ne s'est jamais senti invincible. Il avoue même être terrorisé en bord de mer, depuis qu'il a vu Les dents de la mer (page 56). Quels dégâts ce film aura faits ! A commencer par les requins, massacrés encore plus depuis.

Au moment où il raconte son récit il a 22 ans, voudrait abolir le passé, même si c'est impossible : je partirais bien en vacances de moi. Sans laisser d’adresse (page 12). La seule chose qui est à sa portée est de se confesser. On apprend que trois personnes lui manquent. On sait déjà que parmi elles figure Éric son professeur de guitare, si motivant. Plus tard (page 106) on comprendra que la mort de son frère, in utéro, est une information capitale. Et j’imagine Iris.

Ce roman a la force d'un coup de poing. Il interroge sur ce qui arrive de beau, comme tomber amoureux, et sur les conséquences "collatérales" mais aussi sur la face sombre de la jeunesse quand elle se sent libre et vivante ... invincible sans doute. Avec évidemment la question de la culpabilité :

Est-ce que c’est ma faute ?
Est-ce que c'est seulement ma faute à moi ? (page 195)

Après un Bac littéraire et des études à l’ESAAD (École supérieure des Arts Appliqués Duperré), Claudine Desmarteau travaille dans plusieurs agences de publicité en tant que Directrice Artistique. Parallèlement, elle commence à dessiner pour la presse (Le Nouvel Observateur, Télérama, Le Monde, Les Inrockuptibles…), et publie son premier album au Seuil Jeunesse en 1999.

En 2001, elle quitte le monde de la pub pour se consacrer entièrement à son activité d’auteur-illustratrice, pour la presse et l’édition.

Comme des frères de Claudine Desmarteau, chez l’Iconoclaste, sortie prévue initialement en librairie le 4 mars 2020

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