A force d’entendre mon entourage tour à tour s’extasier et s’énerver devant la multitude de mes passions, je me suis dit que j’allais les orchestrer sur le manège Internet.

Entrez dans la ronde … Et si vous voulez lire la totalité des articles il suffit de cliquer sur 2008 dans la colonne de droite (Archive de blog) pour qu'ils s'affichent, dans l'ordre ante-chronologique, et de remonter le temps en cliquant ensuite en bas de la page sur "messages plus anciens".

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samedi 6 février 2010

Darwin interroge toujours

Charles Darwin a bouleversé le monde avec ses idées. Un siècle et demi plus tard, sa théorie de l’évolution au moyen de la sélection naturelle est encore au cœur du débat. Les principaux enjeux scientifiques, historiques et philosophiques que présente l’évolution biologique seront débattus le 13 février à 17 heures au Théâtre Firmin Gémier par les experts que la Ville d'Antony (92) réunit à l’occasion du 150e anniversaire de la publication de L’Origine des espèces.

Autour de l’historien Cédric Grimoult, interviendront les biologistes Denis Buican et François Gros, ainsi que le paléontologue, directeur de recherche au CNRS, Jean Chaline, tous reconnus au niveau international et auteurs de livres de référence.
Ces quatre personnalités exceptionnelles ont accepté de nous faire partager le résultat de leurs recherches et de fouiller quelques questions comme celles-ci :

Qu’enseigne le long passé biologique de notre espèce, au sein de la grande famille des êtres vivants ? Comment la sélection naturelle façonne-t-elle les espèces ? Pourquoi certains groupes religieux remettent-ils en cause l’enseignement de l’évolution ? L’homme continue-t-il son évolution ?

Cette rencontre est une occasion de faire le point sur l’actualité des découvertes récentes et leurs conséquences quant à notre compréhension sur la question des origines de l’homme. Les conférences se dérouleront dans une ambiance musicale inédite. Elles seront suivies d’un temps de questions et d’une séance de dédicaces avec la participation des Editions Ellipses.
De Darwin à l’humanité du futur
Le samedi 13 février à partir de 17 h.
Théâtre Firmin Gémier, place Firmin Gémier. RER B Antony. Entrée libre.

vendredi 5 février 2010

L'homme qui rit au Centre dramatique de la Courneuve

Il y a deux façons de voir un spectacle : avec la raison comme nous le faisons le plus souvent en France, ou avec le cœur à l’instar du public russe. J’étais hier à « bonne école » avec la troupe Kolyada. L’homme qui rit est déroutant pour qui chercherait à comprendre le pourquoi du comment. Il est éblouissant pour celui qui regarde avec sa sensibilité. C'est une oxymore permanente.

La troupe du Centre dramatique de La Courneuve a créé depuis 1974, 30 spectacles qui ont été joués, au total, plus de 1600 fois à La Courneuve, mais aussi dans d’autres villes de France et à l’étranger, devant les publics les plus variés.

Le Centre a choisi cette année de confier la création à Marion Lécrivain, qu’ils avaient connue comme comédienne sur Jean la Chance de Bertolt brecht, en 2008. La jeune femme –qui n’en est pas à sa première mise en scène- a dépouillé l’œuvre de 850 pages du grand Victor Hugo pour en extraire la substantifique moelle qu’elle a traduit en une dizaine de tableaux.

Derrière Victor Hugo écrivain, dramaturge, poète, homme politique, académicien, intellectuel engagé, véritable monument de la littérature française, elle a réussit à faire apparaitre le conteur romantique grâce à un patient travail d’épure.

En résumé :
L’histoire se passe en Angleterre, à la fin du 17e siècle. Gwynplaine est un jeune garçon mutilé puis abandonné par les Comprachicos qui sont des trafiquants d’enfants. Il sauve de la mort Déa, un bébé aveugle. Tous deux sont recueillis par Ursus, un vagabond, bonimenteur et vendeur de remèdes, qui vit dans une roulotte avec son loup Homo. Quinze ans plus tard, ils ont monté une troupe de théâtre et connaissent un grand succès à Londres avec leur pièce Chaos vaincu. Du côté de la cour, Josiane, soeur de la reine Anne, est promise à David Dirry-Moir, fils illégitime tenu pour le seul héritier de Linnaeus Clancharlie, lord mort en exil. Une bouteille jetée à la mer par les Comprachicos quinze ans plus tôt, refait alors surface. Le parchemin qu’elle contient dénonce leur crime et révèle la vérité sur l’identité de Gwynplaine.

Rarement on a vu une scène aussi large, aussi profonde, occupant plus d’espace que celui dévolu au public. Les comédiens sont très proches du public qu’ils regardent les yeux dans les yeux. Trois conteurs surgissent de manière récurrente pour donner leur version des faits dans un élan choral qui installe l’émotion. Le dispositif pourrait être le pont d’un navire, une grève, l’agora antique, une pierre tombale démesurée. C’est toujours le théâtre et un théâtre où lyrisme et émotions sont en résonance avec l’actualité.

Les blessures semblent presque posées sur le visage de Gwynplaine, celui qui est cet Homme qui rit, comme on pose un sourire sur un enfant avant de le pousser à prendre les armes pour combattre dans une guerre que n’est pas la sienne nous dit Marion Lécrivain. Mais n’allez pas croire que la pièce adopte un ton toujours tragique.

On rit aussi. On apprécie les pas de danse. On écoute avec plaisir la chanson que la chanteuse Juliette a composé spécialement. On goute aussi les passages en espagnol, parfaitement maitrisés par des comédiens excellents : Damiène Giraud, Wahid Lamamra, Jean-François Maenner, Jean-Pierre Rouvellat, Camille Pelicier et Antoine Philippot.




Victor Hugo a bien raison de le clamer : Rêver c'est créer. Les images sont magnifiques. Esthétisme et ellipse font bon ménage. La scène du loup caché derrière la couverture bleue est à la fois simple et efficace. Les tableaux s’emboitent et laissent un souvenir surexposé dans nos esprits. C’est un spectacle qui ne laisse pas indifférent.

L'Homme qui rit, au Centre culturel Jean-Houdremont
11, avenue du Général Leclerc 93120 La Courneuve Tél : 01.48.36.11.44.
Représentations à 20 heures 30 du mercredi au dimanche (jeudi 19 heures, dimanche 16 heures 30) jusqu'au dimanche 21 février.
Photos Copyright : Valérie Evrard sauf l'affiche signée Loic Loeiz Hamon

Pour ceux qui craindraient de ne pas se repérer facilement le site du Centre dramatique dispose d'une carte que voici :On pourra suivre le travail de Marion Lécrivain en allant voir le Feydeau qu'elle a créé l'an dernier et qui sera en tournée bientôt. Chat en poche, sera joué les vendredi 21 et samedi 22 mai à 20h30, dimanche 23 mai 2010 à 16h à La Scène Watteau de Nogent-sur-Marne
tél. 01 48 72 94 94, celle-là même où j'avais assisté à la création de la Fin d'une liaison.

jeudi 4 février 2010

Le Révizor par la troupe Kolyada

Retenez bien ce nom : Kolyada. C'est le dieu des fêtes et de la paix. C'est aussi le patronyme de Nikolaï, le grand patron d'une troupe de théâtre russe privée, dont la tournée en France, dans le cadre de l'année croisée France-Russie est organisée par la maison de production du Théâtre Romain Rolland entre le 14 janvier et le 13 février avec trois spectacles : le Révizor, Hamlet et le Roi Lear.

La troupe avait déjà effectué un voyage remarqué en France dans le cadre du festival Passages de Nancy en mai dernier mais je ne l’ai découverte qu'aujourd’hui, au Théâtre Firmin Gémier d’Antony (92) où elle donnait le Révizor.

Nicolaï Kolyada est le patron d’un théâtre privé, installé dans la grande ville d’Ekaterinenbourg, ville natale de Boris Eltsine, au bord de l’Oural, au cœur de la Sibérie. Les spécialistes estiment à juste titre que c'est une des figures les plus importantes du théâtre russe contemporain. Sa réputation est déjà internationale. Le quinquagénaire souriant a débarqué avec « troupe et bagages » sans bouder sa joie d’être si bien accueilli en France et de pouvoir offrir à son collectif des conditions de travail plus agréables que celles qu’il connait dans son pays.

C’est un homme qui fait preuve d’une telle détermination que le malheur, sans doute intimidé, finit par laisser la place à la chance. La salle (anciennement dévolue au KGB) qu’il occupait dans le sous-sol d'un restaurant, a été plastiquée par la mafia locale en 2006, qui voulait la récupérer. Depuis il occupe une isba romantique, cédée par la municipalité, tout en bois ourlé, semblant sortie d'un vieux roman russe, coincée entre des immeubles modernes, dans la rue Tourgueniev.

Avec sa troupe (60 personnes, dont 32 acteurs), Nikolaï Kolyada a abattu des cloisons et aménagé une salle de 50 places, avec une scène de 6 mètres sur 6, sans cintres mais avec des portes au fond et sur les côtés. C'est là que les représentations ont lieu, plus de dix fois par semaine, et la plupart du temps à guichets fermés, malgré le prix élevé (environ 10 euros) pour les habitants qui viennent voir ce que les salles officielles ne leur offrent pas.

Il prétend n’avoir reçu aucune formation de metteur en scène et travailler suivant son intuition. Il dit modestement faire de son mieux ce qu’il peut mais il peut beaucoup parce qu’il a un talent insensé. Et aussi une très belle équipe, avec d’excellents comédiens et des gens honnêtes, ce qui est une chance très rare en Russie dit-il sérieusement.

Auteur, acteur, pédagogue, metteur en scène, Nikolaï Kolyada est un artiste inclassable mais authentique et furieusement indépendant, très respectueux du spectateur. Les jaloux considèrent qu’il a créé une secte. La vérité est que la troupe fonctionne comme une famille.

Il a conscience que si le spectateur vient au théâtre, en acquittant un prix assez important, c’est d’abord pour rire. Se comparant à Gogol, il les bouscule et provoque les pleurs dès qu’il leur demande : de quoi vous moquez vous ?

Il sait depuis longtemps que la vie c’est toujours une bataille, pour une chose ou une autre.
Il a eu très souvent envie de fermer le théâtre, mais le soutien de sa troupe l’a jusqu’à présent retenu. Il parle du théâtre avec lyrisme : Le théâtre doit donner de l’espoir. Il faut croire que ce soir on se reposera et qu’on verra le ciel couvert de diamants. La cerisaie est notre jardin. On jugera mon travail dans 25-50 ans, ce n’est pas à moi de le faire maintenant.

Son théâtre ne s’adresse pas à la raison mais aux sentiments, cherchant à faire rire et pleurer. Sans plus d’ambitions. Cela n’empêche pas un théâtre d’art avec une abondance d’effets scéniques. Le souci de l’effet, de l’apparition, est constant, visuellement très riche alors que le décor et les accessoires sont essentiellement des matériaux de récupération.

La scène est cernée de reproductions décadentes : de grands tissus imprimés de tigres, de cygnes, des serviettes de bains illustrées de chats, tout est dégoté au marché local. Par terre, posés sur des palettes, quelques tableaux trouvés sur des poubelles. Au centre, une sorte de lopin de terre noire symbolise autant le cimetière où les femmes bénissent une tombe fraiche qu’un jardin où elles plantent les bulbes d’oignons. Cet humus est aussi la métaphore de l’argent mal gagné. C’est également la souillure de la corruption et de l’avilissement sexuel. Les costumes aussi obéissent à la règle de la récupération. Certains vêtements proviennent d’une église.

L’ensemble est kitsch, baroque, hors du temps. Nikolaï Gogol, dénonçait en 1836 une Russie corrompue mais le texte demeure de portée universelle, hélas. Dans la réalité les révizors étaient des hauts fonctionnaires que le gouvernement de Nicolas 1er, soucieux de renforcer le contrôle de la machine administrative envoyait en mission secrète d’inspection sur tout le territoire de l’Empire. Les abus de pouvoir n’ont pas disparu. Le jeu est sarcastique, faisant cohabiter la comédie au sein de la tragédie. L’entendre en russe (surtitré) donne davantage de résonance au propos. On se surprend, comme au cinéma, à saisir au vol quelques expressions. Il est clair que le Revizor cherche à venir « incognita » (incognito) et on comprend vite que tout ce qui est traité de « français » n’est pas très glorieux. Mon seul regret est que les chants des matriochkas n’aient pas été traduits.

Les acteurs sont chanteurs, danseurs et comédiens. Le spectacle commence par des chansons et est rythmé par une musique d’orchestre de cirque digne des plus célèbres parades. Les danses sont exécutés à pieds nus. Si Nikolaï Kolyada se défend d’avoir des stars il a tout de même un acteur-fétiche. Oleg Yagodine est éblouissant de vitalité dans le rôle du Révizor.

Vous pouvez encore voir ce spectacle et/ou Hamlet en vous reportant au Calendrier de la tournée :
Vendredi 5 février, Théâtre Jean Arp – Clamart (92) / Hamlet à 20h30
RESERVATION : 01 41 90 17 02

Dimanche 7 février, Théâtre des Bergeries – Noisy-le-Sec (93) / Le Revizor à 16h
RESERVATION : 01 41 83 15 20

Mardi 9 février, Espace Jules Verne – Brétigny-sur-Orge (91) / Le Revizor à 20h30
RESERVATION : 01 60 85 20 85

Jeudi 11 février, Théâtre de l’Onde – Vélizy-Villacoublay / Hamlet à 20h30
Vendredi 12 février, Théâtre de l’Onde – Vélizy-Villacoublay / Le Revizor à 20h30
RESERVATION : 01 34 58 03 35

Samedi 13 février, Centre Culture Lino Ventura – Athis-Mons / Le Revizor à 20h30
RESERVATION : 01 60 48 46 18

Mention spéciale au Théâtre de l’Onde qui accueille la troupe deux soirs consécutifs - 8 bis av Louis Breguet- 78140 VELIZY VILLACOUBLAY www.londe.fr
Tél.: 01.34.58.03.35 Fax : 01.34.58.03.36 labilletterie@londe.fr

Photo Eric Didym.

mercredi 3 février 2010

L'annonce de Marie-Hélène Lafon

(billet mis à jour le 5 février 2010)
L'annonce est une bourrasque. Son écriture est magnifique. Le sujet est devenu "classique" depuis le film d'Isabelle Mergault, très réussi d'ailleurs, sorti en janvier 2006 Je vous trouve très beau suivi de l'émission de télé réalité de M6 l'amour est dans le pré. Je vais tout de même vous donner un résumé pour vous inciter à le lire :

Paul a quarante-six ans. Paysan, à Fridières, Cantal. Cinquante trois hectares, en pays perdu, au bout de rien. Il n’a pas tout à fait choisi d’être là, mais sa vie s’est faite comme ça. Paul n’a qu’une rage : il ne veut pas finir seul, sans femme.
Annette a trente-sept ans. Elle est la mère d’Eric, bientôt onze ans. Elle n’a jamais eu de vrai métier. Elle vient du Nord, de Bailleul. Annette a aimé le père d’Eric, mais ça n’a servi à rien, ni à le sauver du vertige de l’alcool, ni à faire la vie meilleure. Alors elle décide d’échapper, de recommencer ailleurs, loin.
D’où l’annonce. Paul l’a passée. Annette y a répondu.
Sauf qu’il y a les autres. Le fils silencieux, et la mère d’Annette. Et les autres de Paul, ceux qui vivent avec lui à Fridières. Les oncles, propriétaires des terres. Et la sœur, Nicole, dix-huit mois de moins que Paul, qui n’a ni mari ni enfant.

Mais je ne vous dirai pas aujourd'hui ce que je pense de l'ouvrage. Parce que je voudrais d'abord que vous écoutiez l'auteur expliquer en quoi elle se sent au bord du vertige quand elle écrit, comment elle travaille le texte au corps, que vous sachiez ses exigences en terme d'écriture ... et sa grande humilité.

C'est sur le blog Auteurs TV (dont je continue à regretter que son rédacteur prolonge la pause) que j'ai trouvé cette interview que je vous offre ici :

Marie-Hélène Lafon
envoyé par auteursTV. - Regardez plus de courts métrages.

Quand vous l'aurez visionné vous serez prêt à lire ses livres, si ce n'est déjà fait. Et si vous voulez la rencontrer en chair et en os c'est facile : elle est invitée mardi 9 février, à 20h au Moulin Fidel du Plessis-Robinson (92). Vous pouvez venir sans même réserver votre place.

Et puis ceux et celles qui ne sont pas libres ce soir là bénéficient d'une "séance de rattrapage" le samedi 20 février à Antony (92) où la médiathèque l'invite au café littéraire de 10h30. Une information qui n'apparaît pas clairement sur le site de cette bibliothèque du fait du nombre important d'animations au mois de février.

Tous les romans de Marie-Hélène Lafon sont ancrés dans le réel d’un monde paysan qui n’en finit pas de disparaître. Portés par un style poétique remarquablement ciselé, ils seraient à rapprocher de ceux de Richard Millet, de Pierre Bergounioux, ou de Claudie Gallay.

L’Annonce a reçu le prix Page des Libraires 2009.

Le Moulin Fidel est l'ancienne demeure construite en 1925 pour un milliardaire dans un style mauresque. Il est situé 80, rue Moulin-Fidel au Plessis-Robinson.
Le médiathèque d'Antony est située à proximité de la station de RER Antony-Centre, au 20 rue Maurice Labrousse.

mardi 2 février 2010

Circenses par le Cirque Ronaldo

Après les frères Forman qui nous ont enchanté avec leur obludarium, ce sont les Ronaldo qui vont investir l'Espace Cirque d'Antony en février 2010. Certains se souviennent peut-être de Fili (2003) et de la Cucina Dell'Arte (2006).

Et si je laissais cette fois un petit film vous donner un aperçu de ce que nous allons apprécier ensemble ?



Le chapiteau semblera rescapé du XIX° siècle, le lustre de cristal aurait pu être oublié par les Rasposo qui nous ont fait rêver avec le Chant du dindon en septembre dernier.

Il y aura encore des prouesses à cheval mais nous allons en rire. C'est que nous serons encore une fois surpris puisque nous ne verrons pas tous le même spectacle. Les uns coté coulisses, les autres coté piste ... mais nous échangerons nos places à l'entr'acte.

Circenses sera donné à l'Espace Cirque, rue Georges Suant - 92160 Antony, du 12 au 20 février à 20 heures (dimanche 16 heures, mercredi 15 heures). Navette gratuite depuis la gare RER d'Antony et le Théâtre La Piscine. Pour tout savoir des spectacles de la Scène conventionnée d'Antony-Châtenay : 01 41 87 20 84 et www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

dimanche 24 janvier 2010

RATÉ - RATTRAPÉ - RATÉ par Nikolaus et ses acolytes

Çà pourrait être un hangar, un entrepôt avant inventaire où les as du déménagement s’entraîneraient au lancer de cartons. Nous allons de toute évidence nous enfoncer dans un cirque de l’absurde où les choses ne se passeront pas comme prévu, apparemment du moins. Mais nous sommes surs d’une chose : nous rirons franchement comme les enfants ravis de voir surgir un éphémère escalier.

Nikolaus n’a aucun mal à nous démontrer le second théorème de la thermodynamique, à savoir que, dans un système fermé, le désordre augmente au fur et à mesure que le temps passe. Il jongle avec les idées comme avec les objets sans cesser de nous surprendre.

Il entretient un dialogue permanent en connivence avec le public. On croit qu’il plaisante lorsqu’il nous remercie d’être venu et qu’il s’inquiète que nous puissions perdre notre temps avec lui si le spectacle est raté. C’est écrit dans le titre alors on s’attend à tout.

Le voilà qui se lance dans des calculs impressionnants, multipliant la durée de la représentation par le nombre supposé de spectateurs, de dates, … et déclare le résultat tout bonnement inacceptable.

De fil en aiguille la catastrophe devient équivalente à la traversée de l’Atlantique à la rame puis à une guerre perdue avec 40 000 cadavres. Et puis, mine de rien, il se risque à une considération philosophique : le temps perdu est-il vraiment du temps perdu ?

Ou encore celle-ci : Le carton peut se casser mais il ne se « décassera » plus jamais dans le temps.

La représentation est assez indescriptible. Autrefois les artistes de cirque étaient applaudis en fonction du risque et la performance était facile à noter. Monsieur Loyal impressionnait un public déjà alerté par un roulement de tambour.

Aujourd’hui les numéros s’enchainent avec une apparente décontraction, obéissant à une logique invisible. Hier l’artiste envoyait en l’air un nombre toujours plus impressionnant de balles, d’anneaux, de massues … qu’il s’efforçait de rattraper sans en perdre en route. Maintenant les objets semblent exonérés de la gravité universelle et suivre un parcours fléché, anticipé tout en douceur par le jongleur.

Les balles glissent sur le corps. Le jongleur pourrait être un prestidigitateur. L’acrobate est aussi contorsionniste. L’équilibriste créé lui-même les pièges dans lesquels il se laisse tomber. Les balais volent. Les pantalons tombent. La prouesse se fait discrète. Et pourtant elle est bien là. S’il y a des trucages, ce ne sont pas avec nos émotions. Ce qui nous est donné à voir est autant la réalité de Nikolaus que la nôtre.

Diplômé du CNAC avec les félicitations du jury en 1991, Nikolaus a fait ses premières armes chez Archaos et au cirque Baroque avant de se lancer dans ses propres pièces en solo et révèle l’auguste danseur, le jongleur virtuose. En prise avec le monde qui l’entoure, il se lance des défis absurdes, se laisse torturer par les objets dont pourtant il essaie inlassablement de détourner l’usage. Entre humour et burlesque, théâtre et jonglage, son travail lui a valu le grand prix du festival Circa à Auch (92) et le prix Raymond Devos (94). Il a fondé sa propre compagnie “Pré-O-ccupé”en 1998.

Il raconte que cette fondation s’est construite sur le fantasme de faire un exploit : Je voulais écrire des histoires comme Anton Tchekhov, mais le jour où je suis tombé sur les histoires d’Anton Tchekhov j’ai découvert que c’était déjà fait. Je voulais créer un personnage comme Buster Keaton, mais le jour où j’ai vu un film de Buster Keaton j’ai découvert que c’était déjà fait. Je voulais faire un numéro comme le clown George Carl, mais le jour où j’ai vu le numéro incroyable de Georges Carl j’ai découvert que c’était déjà fait. Je voulais jongler comme Ignatov mais de toute façon, je n’y arriverai jamais.

Personne ne fait « comme » et c’est cela qui est passionnant dans la vraie vie et dans le monde du spectacle. En tant que spectateur aussi, on a beau aller à un grand nombre de représentations c’est toujours quelque chose de différent qui nous est donné à découvrir. En voulant échapper à la règle Nikolaus se donne des contraintes qui le mettent sur le rail d’un nouveau spectacle.

Cette fois c’est au mystère de la plus grande des créations qu’il s’est attelé en faisant revivre au spectateur les débuts de l’humanité et le fameux grand big bang. La création a été découverte en 2007 dans le cadre du festival Solstice bien connu du public francilien. Déjà trois ans donc qu’il se joue tout en maintenant l’entrainement quotidien pour assurer la mise en place minutieuse de ce qui reste de l’aléatoire. Rien n’est sur, sauf la beauté de l’instant du point mort.

RATÉ - RATTRAPÉ - RATÉ
Conception : Nikolaus-Maria Holz et Christian Lucas
Écriture collective : Nikolaus-Maria Holz, Christian Lucas, Pierre Déaux et Mika Kaski
Mise en scène : Christian Lucas
Création lumière/scénographie : Hervé Gary
Création musicale : Olivier Manoury

Avec Nikolaus, clown-jongleur-acrobate
Joël Colas, funambule
Mika Kaski, équilibriste

Je remercie Marie-Lise Fayet de m’avoir permis de voir le spectacle le 24 janvier 2010 au théâtre Victor-Hugo de Bagneux (92) Tél. : 01 46 63 10 54

Site de la Compagnie : http://www.preoccupe-nikolaus.com/
Vous pourrez notamment y trouver les dates de la tournée qui se poursuit.
la photo de Nikolaus est signée de © M. Wagenhann

vendredi 22 janvier 2010

Le Soliste

La scène de vie quotidienne qui illustre le générique est emblématique de l'american way of life qui nous est exotique : les journaux sont livrés à domicile, lancés depuis une remorque au petit matin sur le pas des portes des abonnés.

Steve Lopez (Robert Downey Jr) travaille au prestigieux Los Angeles Times et il est à la recherche d'un sujet qui serait susceptible d'accrocher ses lecteurs et de redynamiser les ventes. Le journal est en pleine crise, son mariage est un échec, et lui-même n'a plus de désir pour grand chose.

Il lui arrive de "perdre son temps" dans le Square Pershing (532 South Olive Street à Los Angeles pour ceux d'entre vous qui voudront aller vérifier sur place). L'hiver il y a une gigantesque patinoire mais l'été on s'y promène à l'ombre des palmiers.

C'est là qu'un jour il entend la musique que Nathaniel Ayers, (Jamie Foxx) joue de toute son âme. Un SDF fou de musique, jouant du violon au pied de la statue de Beethoven, voilà un sujet en or pour une chronique qui a besoin d'un nouveau souffle d'autant que le violon n'a que deux cordes.

La parution du premier texte de Lopez sur le sujet incite une violoncelliste retraitée à faire don de son instrument au pauvre homme, par l'intermédiaire du journaliste. Celui-ci se sent désormais investi de la mission de le "sauver". Il va l'apprivoiser et l'entrainer à fréquenter un centre pour sans-abris où il laisse l'instrument en dépot.

Steve ne ménage pas sa peine pour reconstituer le passé de celui qui devient son ami. Il cherche à savoir comment il a pu quitter la célèbre école de Juilliard vingt ans auparavant. Il multiplie les efforts pour ramener Nathaniel à la vie active sans comprendre qu'il s'y prend mal avec le vagabond qui souffre de schizophrénie.

La mise en scène prend parfois des formes chaotiques comme pour mieux nous rendre compte de l'état de folie dont souffre le personnage de Nathaniel. En voulant sortir des sentiers battus, il s'engage dans une voie parfois étrange rendant le film irrégulier perdant ainsi l'attention du spectateur. Il y a néanmoins une excellente interprétation de Jamie Foxx (alors que Will Smith avait été pressenti en premier) qui se serait nourri des symptômes vécus par sa propre mère -schizophrène- pour construire son personnage. Robert Downey Jr m'a souvent fait penser à Georges Clooney. Il est radicalement différent du rôle qu'il assure dans Fur, le surprenant film réalisé à partir de la vie étrange de Diane Arbus, dont j'ai relaté la biographie il y a quelques jours. Nous le verrons bientôt dans Sherlock Holmes. Et puis il y a aussi Catherine Keener qui interprète son ex-femme (elle est toujours son éditrice au journal) qui est aussi la maman de Max dans Max et les maximonstres et qui dégage une infinie douceur.

Il y a surtout les centaines de figurants authentiques qui donnent au film une puissance terrible et qui fait prendre conscience du drame de la précarité à Los Angeles où vivraient 90 000 sans-abris. Cela donne une dimension supplémentaire à ce film qui n'aborde pas "que" le thème de la schizophrénie comme avant lui, Rain man ou A beautiful Mind (qui sera diffusé sur France 2 le dimanche 31 janvier), sur la base de faits réels car on sait bien que la réalité dépasse toujours la fiction. Le film est aussi ponctué fort heureusement de scènes cocasses où l'on voit notamment le journaliste inonder sa pelouse d'urine de coyotte pour faire fuir des putois.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) a composé 9 symphonies, 32 sonates pour piano, 10 pour violon, et bien plus encore. La statue qui le représente dans le Square Pershing est dédiée à William Andrews Clark Jr, le fondateur du Los Angeles Philharmonic Orchestra. C'est Clark lui-même qui a préféré que soit érigée la statue de son compositeur préféré plutôt que la sienne.

Merci à Sandra du blog In the mood for cinema qui m'a permis d'assister à la projection.

mercredi 13 janvier 2010

Le choeur des femmes

Il faudrait rendre obligatoire la lecture de cet ouvrage à tous les étudiants en médecine, mais aussi à tous les médecins généralistes, et vite l’étendre aux autres spécialistes, et puis aussi à toutes les femmes, et pourquoi laisser les hommes de coté finalement ?

C'est le troisième roman de la sélection ELLE que je dois chroniquer ce mois-ci et c'est le plus surprenant que j'ai jamais lu. Je connaissais Martin Winckler par la Maladie de Sachs (livre, puis film très juste sur l’univers médical et les rapports entre les patients, la maladie et le médecin). Je me disais que ce serait peut-être mortellement ennuyeux d’écrire 600 pages sur le même sujet. A mon corps défendant j’avouerai que je venais de me régaler avec Assez parlé d’amour d’Hervé Le Tellier (voir ma critique d'hier).

Si j’avais pu, matériellement, le lire sans m’arrêter je n’aurais pas hésité une seconde. Le chœur des femmes est un de ces livres puissants qu'on a du mal à lâcher. L’histoire est très bien construite sur le plan romanesque. L’écriture est alerte et les effets de style sont vivifiants.

Si la fin est rocambolesque et si le patronyme du professeur Karma relève bien de la fiction c’est pour mieux justifier l’appartenance à la catégorie des romans. Les révélations sont diablement renversantes sur le plan médical. Je me suis interrogée à plusieurs reprises : ai-je entre les mains un pur roman ou un témoignage en forme de plaidoyer pour un autre exercice de la médecine ?

J’ai fini par enquêter auprès de médecins proches. Martin Winckler est une figure très respectée. Il fait des conférences régulièrement dans les universités de médecine. De ses avis, ses propos, ses analyses … il n’y a rien à jeter : tout est juste. Cet homme cumule les talents d’écrivain, de médecin et d’orateur. C’est rare et précieux.

Je plaide haut et fort pour qu’on entende toutes les voix de ce chœur qui charrie toutes les douleurs, les incompréhensions, les espoirs aussi des femmes à être entendues et reconnues comme de vraies personnes et non des objets dont on « traiterait » les pannes comme un mécanicien répare une automobile. Car les clichés ont la dent dure et il faudra beaucoup de livres dans cette veine et des milliers de lecteurs avant que ne changent les mentalités. Pourtant il y a urgence. Alors je ne cesse de le partager autour de moi.

Le choeur des femmes est à offrir sans modération à tous les publics.

Le choeur des femmes de Martin Winckler, éditions P.O.L., 2009

mardi 12 janvier 2010

Assez parlé d'amour

Je vous l'annonçais hier : ce livre est étonnant et ce fut un régal de lecture.

La quatrième de couverture distribue les cartes maitresses: Anna et Louise ne se connaissent pas. Elles sont mariées, mères, heureuses. Presque le même jour, Anna va rencontrer Yves, Louise croiser la route de Thomas.
A quarante ans, la foudre peut encore tomber et le destin encore s’écrire, mais à quel prix ?
Hervé le Tellier, en horloger délicat, trace la parabole de leurs trajectoires.

J’ai commencé ce livre en ayant un doute sur la simplicité de l’intrigue car sachant l’auteur membre de l’Oulipo, je me disais qu’il allait me réserver quelques surprises. Ce fut un festival dont il est difficile de rendre la totalité des artifices. Et surtout je m’en voudrais d’atténuer le plaisir des futurs lecteurs en dévoilant les dessous de ces chassés-croisés incessants entre les personnages et les collusions avec des faits historiques, des célébrités, et des analyses littéraires, philosophiques, scientifiques, et j’en passe.

C’est un produit rare parce que le fond y est aussi intéressant que la forme (il ose les phrases rayés, l’édition sur plusieurs colonnes, les notes de bas de page qui n’en finissent pas, un chapitre de sept petites lignes, des reproductions de documents …). Comment alors en parler sans en dire trop mais juste assez ? C’est Marivaux puissance cinquante. C’est Georges Pérec amoureux. C’est Monsieur Hulot emmenant Godard sur son vélosolex. C’est avant tout la rencontre d’un écrivain avec un lecteur ou une lectrice.

Les exercices de style sont multiples et fort réussis. Il existe dans ce roman quelques joyaux enchâssés au juste endroit, avec ce qu’il faut de fausse désinvolture (j’ai relevé deux fois le mot « parler » dans une même phrase du discours sur le langage) pour que l’on verse dans le piège du « facile à écrire ». L’auteur lui-même dénonce les clichés de l’écriture (p.54). Mais cela ne l’empêche pas de les collectionner. Par exemple en faisant allusion aux nouvelles capacités créatives que le musicien Chostakovitch a développées après avoir reçu un éclat d’obus dans la tempe il imagine qu’une rencontre amoureuse peut avoir un effet comparable sur le cerveau d’un homme. Jolie conception du coup de foudre qui mérite la postérité comme la madeleine de Proust.

Le mot hasard vient de l'arabe oriental az-zahr, qui désigna jusqu'au XIIe siècle un jeu de dés. Hervé le Tellier nous illusionne en nous parlant de ses dominos et se joue de nous en permanence. C’est lui qui a les dés gagnants et qui remporte la mise haut la main.

La partie est serrée et le défi permanent. L'auteur nous fait comprendre qu’il espère que le lecteur en saura plus en refermant le livre qu’avant de l’avoir commencé et cite Michaux (p.74) : Toute science créé une nouvelle ignorance. Qu’il se rassure : j’ai appris beaucoup et avec plaisir.

C’est une lecture réjouissante, qui se lit à plusieurs niveaux de sens. En tant que membre du jury je n’ai qu’une envie c’est qu’il ait le prix pour pouvoir rencontrer cet auteur prolixe, l.. le voir évoluer dans un petit morceau de vraie vie et ... bien entendu lui soutirer une dédicace (... subtile allusion à ses confidences sur le sujet page 60).


Hervé le Tellier,
Assez parlé d'amour,
chez Jean-Claude Lattès, 2009.

lundi 11 janvier 2010

Assez parlé d'amour, le Choeur des femmes et Lark et Termite

Ces trois romans ont été envoyés aux membres du jury de mars du Grand prix des lectrices de ELLE et c'est un crève-cœur de devoir en éliminer deux (lire le billet du 27 décembre pour tout comprendre ou presque à propos du Prix). Qu'il est difficile d'être juré ce mois-ci !


Chaque nouveau chapitre d'Assez parlé d'amour me persuadait que j'avais entre les mains non seulement l'ouvrage qui allait passer le cap de cette sélection mensuelle mais carrément le Prix potentiel.

Je reviendrai demain sur ce livre étonnant.





Ensuite mon enthousiasme a été sans bornes pour le Choeur des femmes. Il fera l'objet de ma critique d'après-demain.




Je n'osais pas commencer Lark et Termite de crainte d'avoir encore un coup de cœur mais, par malchance pour lui d'ailleurs, et malgré ses qualités ce livre n'a pas su rivaliser avec les précédents.

Le roman s’inscrit dans le douloureux rapport que les États-Unis entretiennent avec l’Histoire. On se souvient du désarroi des familles qui perdaient un fils dans les combats au Vietnam (1961-1973) et de l’engagement de personnalités comme Jane Fonda contre cette guerre. Il y avait eu auparavant la guerre de Corée, également très couteuse en vies humaines.

Le déclenchement exact de ce conflit a été controversé : attaque ou riposte contre un envahisseur … toujours est-il que William Faulkner, cité en exergue du livre, avait une juste vision de la réalité humaine en écrivant : Le champ de bataille ne fait que révéler à l’homme sa propre folie et son désespoir, et la victoire n’est qu’une illusion des philosophes et des idiots.

Il est souvent arrivé, dans cette guerre comme dans d’autres, que l’armée bombarde par erreur ses propres troupes. Les faits n’apparaissent que des années plus tard et c’est sur un tel épisode que Jayne Anne Phillips s’appuie pour bâtir la trame de son roman.

Le titre (qui est une fidèle traduction du titre original) induit en erreur. Lark et Termite sont deux enfants, la grande sœur et le petit frère, mais le roman n’est pas centré uniquement sur leur parcours, loin de là. Les personnages « principaux » sont multiples. Tous sont sur le même pied et la parole est assez équitablement répartie, si ce n’est celle de la mère qui n’intervient qu’au dernier chapitre.

Le lecteur est embarqué dans une histoire familiale très complexe qui se décrypte petit à petit au fil des récits de quatre d’entre eux qui se superposent un peu comme des dépositions. Plusieurs drames se succèdent, plus ou moins conséquents de la tragédie historique mondiale.
Jamais l’adage favori des psychologues, réclamant de « laisser le temps au temps » ne m’a semblé autant se vérifier. Le récit entrecroisé que font les protagonistes sur une décennie permet in fine de comprendre comment les faits se sont enchainés.

L’écriture est belle. Le style diffère selon la voix qui raconte. Le mode de vie familial dans la Virginie occidentale de la fin des années 1950 est sans nul doute rendu avec justesse. N’empêche que je ne me suis pas passionnée pour cette intrigue dont les ressorts ne m’ont guère surprise. Probablement parce que je venais juste d’achever un roman plus puissant (Un pied au paradis de Ron Rash, dont j'ai parlé le 30 décembre dernier) qui reposait sur un problème de filiation identique, avec un autre ancien soldat de la guerre de Corée. Le parti-pris littéraire de croiser les points de vue des personnages est également le même dans les deux ouvrages mais là encore j’ai trouvé moins de force dans Lark et Termite. Dommage !

Il y a un dernier aspect qui entre en ligne de compte lorsqu’on n’accède pas directement au texte original. La traduction affaiblit peut-être l’ouvrage. A commencer encore une fois par le titre qui n’a pas en français la poésie qui s’entend en anglais. L’insecte et l’oiseau m’aurait davantage touchée. Alors si le corps du roman a autant perdu sa force onirique on ne peut que formuler des regrets.

dimanche 10 janvier 2010

La princesse et la grenouille

Il n'était pas dans mes projets d'aller voir ce film mais ... j'ai été comme la petite fille de cette histoire, piégée par une envie : celle de répondre à un jeu concours. Que pensez-vous qu'il advint ? Alors que j'avais écrit "juste" pour le plaisir des mots voilà que c'est ma diatribe qui fut sélectionnée.

Du coup je n'ai pu résister à l'appel de la grenouille et bien m'en prit.

J'ai vu le film au Forum des Images, un cinéma pas comme les autres situé au cœur du Forum des Halles où sont régulièrement organisés des festivals, des rencontres, des débats et des master-class. C'est aussi un endroit où l'on peut, en salle des Collections, redécouvrir l'un des 6500 films du fonds.

Pour l'heure c'était à une vraie découverte que j'étais invitée, par le club Allo-ciné, et ce fut un vrai bonheur de voir ce nouveau dessin animé en avant-première. On connait l'histoire sortie de l'imagination des frères Grimm mais ce qui nous est servi c'est la version qu'une mère de famille éleveuse de chevaux du Maryland, E.D. Baker, a écrite en 2002. Elle y raconte l'histoire d'une certaine Emeralda et de sa rencontre avec une grenouille, en fait un prince victime d'un mauvais sort qui, en échange d'un chaste baiser, devrait retrouver sa forme humaine, enfin si tout va bien.

La maison Disney a été bien inspirée d'en acheter les droits dès 2003 et de confier le projet à Ron Clements et John Musker, auquel on doit Aladdin et La Petite Sirène. Les studios qu'on pensait dédiés à tout jamais à la 3 D, décident de revenir au "vrai" dessin animé, à partir de dessins réalisés sur papier, comme au bon vieux temps. L'héroïne sera une jeune fille noire qu'on sera tenté d'appeler un moment Maddy. Elle sera rebaptisée Tiana pour ne pas heurter les sensibilités car le nom pourrait avoir une connotation raciste. Personne n'imagine encore que le prochain président sera un homme de couleur. C'est la Nouvelle Orléans qui est choisie pour cadre parce que c'était la ville préférée de Walt Disney. Malheureusement elle ne s'est pas encore remise de l'ouragan Katrina et il faudra user d'arguments pour convaincre les réticents.

Le scénario se bâtit aussi contre les avis de ceux qui estimaient que les références vaudous pouvaient être maladroites ou que le public français allait se vexer de la présence d'une grenouille puisque c'est une injure que d'être traité de "frog" par des anglosaxons. Après avoir vu le film je suis au contraire plutôt fière d'être traitée de grenouille, ce qui me hisserait à un noble rang.

En résumé Tiana travaille très dur comme serveuse pour amasser assez d'argent pour pouvoir un jour ouvrir son propre restaurant. Lors d'un bal masqué, organisé par le père de son amie Charlotte, elle enfile une robe magnifique ainsi qu'un diadème et prie l'étoile du berger pour que son rêve son réalise. Une grenouille se présente alors à elle, prétendant être un prince ayant été victime d'un mauvais sort, et lui réclame un baiser. D'abord effrayée, Tiana finit par accepter d'embrasser le batracien, mais la transformation ne se déroule pas comme prévu Au lieu de voir apparaître un prince séduisant sous ses yeux, Tiana est face à son propre reflet; une grenouille aux yeux globuleux et couverte de mucus. Les deux amphibiens s'engageront alors dans une grande aventure pour retrouver la sorcière Mama Odie capable de leur rendre leur forme humaine.

Forte, courageuse et persévérante, Tiana est un modèle de motivation pour le spectateur, davantage habitué à des modèles égoistes de type poupée barbie. Cette fois nous avons envie de nous identifierà celle dont le courage et la détermination semblent plausibles malgré les retournements de situation. Son sens de l'amitié et son altruisme ne sont jamais ridicules. Disney a su actualiser le conte, en intégrant la réalité économique et sociale. L'idée d'utiliser un récit consacré - en l'occurrence celui des frères Grimm - et de modifier les enjeux de celui-ci de manière à échafauder une toute nouvelle histoire - ce qui serait arrivé si la princesse qui avait embrassé la grenouille n'était pas une vraie princesse - est un procédé intéressant que Disney a su appliquer sans cette gênante impression de déjà vu.

La musique de Randy Newman contribue au succès. Les rythmes sont jazzés. Les paroles semblent familières parce que ce sont des déclinaisons de proverbes tant répétés. Ainsi Aide-toi le ciel t'aidera devient : il faut aider l'étoile par ton travail.

J'ai retrouvé avec plaisir l'atmosphère si particulière du Quartier Français de la Nouvelle -Orléans et le tramway de la rue Saint Charles, celui-là même qui traverse le film de Kazan (Un tramway nommé désir) et qui fut le premier tramway au monde. Ce fut un bonheur de voir le film en version originale parce que l'oreille peut saisir les quelques mots cajuns hérités des ancêtres français. On dit "enchanté" et non "how do you do" pour se saluer. On apprécie la "french cook", la cuisson "à l'étouffée"et on se méfie du "charlatan".

Il y a quelques brins de fil blanc, c'est inévitable, comme le prénom de l'alligator joueur de trompette, Louis, référence à Amstrong bien sur. Et le lancer de bouquet de la mariée qui sera rattrapé in extremis par l'amie esseulée. Ray (Raymond) la luciole est un personnage émouvant, doublé dans la version française par Anthony Kavanagh, personnalité bien connue (il est né à Montréal mais de parents haïtiens immigrés au Québec). Liane Foly prête sa voix à mama Odie.

La princesse et la grenouille va vite devenir un incontournable, autant pour les nostalgiques des dessins animés classiques que pour les enfants du XXI° siècle.

Forum des Images, 2 rue du Cinéma - 75001 Paris
En savoir plus sur le film sur Allo-ciné
Merci à Sandra, cinéphile émérite, rédactrice du très intéressant blog In the mood for cinema, d'avoir eu l'idée du concours.

samedi 9 janvier 2010

Entre Diane Arbus et Lila, être esclave en France et en mourir

Après avoir présenté les deux romans policiers (cf billet du 30 décembre dernier) soumis au jury de mars voici maintenant les deux livres de la sélection "document". Il me semble que le choix sera plus rapide.

Patrick Poivre d'Arvor m'avait mis l'eau à la bouche en septembre dernier en citant l'illustre photographe à l'occasion de la sortie de Fragments d'une femme perdue, au Livre sur la Place à Nancy en septembre dernier : l'héroïne de son livre s'attelait à une nouvelle sur Diane Arbus et j'étais impatiente d'en savoir plus sur cette photographe qu'on avait surnommé la rebelle.

Une belle photo est une œuvre d'art et il y a des auteurs en photographie comme il y en a en littérature, musique ou peinture.

Mariée très jeune, à 18 ans, elle s'intéresse à la photographie parce que son mari lui offre un appareil photo pour dit-on, la consoler de ne plus peindre. C'est Berenice Abbott, l'ancienne assistante de Man Ray, qui lui explique le métier alors que Diane initie son mari à la technique. Ils resteront collaborateurs même après leur divorce.

J'ai cru comprendre qu'ils avaient tous les deux fait énormément de photos publicitaires pour faire bouillir la marmite comme on dit. Mais aussi que Diane s'était spécialisée dans le portrait, essentiellement celui de marginaux : des géants, des nains, des hommes à deux têtes, des acteurs de "sideshows" de Conay Island. Elle se serait précipitée pour voir le spectacle à propos duquel j'ai écrit hier, Obludarium. L'interdit l'attirait comme un aimant et l'effrayant lui inspirait de la tendresse. Elle a exploré les quartiers mal famés dont son enfance d'ex-petite fille riche l'avait tenue à l'écart. Elle s'intéresse aux déshérités qu'elle immortalise plein cadre. Plus tard, Avedon, admiratif, imitera son style en lui empruntant ses bordures noires irrégulières.

J'ignore s'il y a un rapport direct entre le livre de PPDA et le travail de Violaine Binet. Je vais me borner à pointer la coïncidence et ma déception. Son livre compile une succession de faits sans analyse et me laisse sur ma faim. Il y a certes une intéressante analyse de la place de la photographie au musée américain MOMA qui passionnera les spécialistes (p.148). Reste que je ne comprends pas la finalité de l'ouvrage. Et il est totalement insupportable de faire référence au travail d'une photographe sans montrer un seul de ses clichés. L'auteur a parait-il apporté des éléments inédits. L'ennui est qu'elle ne fait pas revivre pour autant la grande artiste. Pour qui n'est pas spécialiste c'est tout de même la première attente qu'on peut avoir d'une biographie. Je me promets donc de me plonger dès que j'en aurai le temps dans l'ouvrage précédemment écrit par Patricia Bosworth.

Par contre, Dominique Torrès et Jean-Marie Pontaut ont remarquablement restitué le parcours dramatique de Lila. Leur ouvrage est exemplaire et se lit sans reprendre son souffle. Il y a juste ce qu'il faut de fiction pour faire comprendre le déroulement des évènements. Les auteurs se sont très bien documentés sur les arcanes judiciaires. On aimerait qu'un épilogue positif puisse redonner espoir tant le calvaire de Lila est bouleversant. On se dit que c'est impossible qu'au XXI° siècle de telles situations existent encore et puissent demeurer impunies.

Et pourtant Lila a quitté Tananarive à 14 ans en bonne santé, pensant aider ainsi sa famille à mieux subsister. Elle devait aider une maitresse de maison dans les taches courantes et en contrepartie toucher un petit salaire et suivre une scolarité.

Non seulement il n'en fut rien mais Lila a été honteusement exploitée, maltraitée au-delà de ce qui est imaginable. Même le mot esclave est en deçà de la vérité. Aux États-Unis de telles pratiques sont condamnées très sévèrement à de la prison ferme. En France les mêmes crimes sont punis d'une peine avec sursis. Étrange mansuétude !

Le Code pénal ne prévoit pas l'incrimination d'esclavage et Robert Badinter s'est opposé en son temps à sa révision. Du coup en toute logique (si je puis dire) les condamnations ne peuvent porter que sur des conditions de travail et d'hébergement contraires à la dignité, sur des violences physiques ou verbales ... Ce qui est encore plus dramatique dans l'histoire de Lila c'est qu'elle a été victime de quasi "voisins", ce qui rend sans doute les choses plus opaques à une justice qui n'est pas très préoccupée de ces situations et qui accumule les vices de procédures.

Dominique Torrès et Jean-Marie Pontaut ont mené une enquête très approfondie qui se lit aisément malgré la noirceur du sujet. Espérons qu'un livre-choc comme celui là permettra d'éviter que d'autres Lila subissent le même sort !


Diane Arbus par Violaine Binet, chez Grasset

Lila, Etre esclave en france et en mourir
par Dominique Torrès et Jean-Marie Pontaut, chez Fayard

vendredi 8 janvier 2010

CRAZY OBLUDARIUM

Le dernier article où il a été question de cirque était une comparaison un peu extrême entre le cirque dit traditionnel et les nouvelles formes plus contemporaines. Ce billet (du 2 janvier) a été beaucoup lu, ce qui témoigne d'un bel intérêt pour ce qu'on désigne aussi sous le terme de "spectacle vivant".

Je reviens d'une représentation d'OBLUDARIUM que j'oserais volontiers comparer cette fois à une revue du même ordre de celles qu'on peut voir dans les cabarets parisiens comme le Crazy Horse. Comparaison n'est pas raison : je ne dirai pas que c'est équivalent, juste que l'un m'a fait penser à l'autre malgré les différences de taille qu'on peut trouver aussi.

Il y avait de la nudité. A commencer par les gambettes du forgeron qui travaille en plein air avant et après le spectacle proprement dit. Petr Forman vient chercher les spectateurs qui piétinent sur la neige pour les conduire par groupe de vingt devant la tente de l'artisan qui actionne le soufflet de sa forge miniature. Il martèle une pièce de métal rougeoyant sur le bord de la bigorne pour l'épointer. L'enclume résonne. Le fer obéit aux coups de marteau et nous commençons à être sous emprise.

Le public réalise progressivement combien l'univers du théâtre des Frères Forman est décalé, à la frontière entre cabaret, cirque, danse et marionnettes. Après la forge c'est la diseuse de bonne aventure qui chante une complainte d'amour à une marionnette dont la manipulation se fait à vue.

Petr nous propose alors une alternative : assister à la représentation à l'étage pour avoir une vue plongeante sur la scène, ou en rez-de-chaussée pour voir les choses par en dessous. Quel que soit le choix on ne sera pas à plus de deux mètres des comédiens et la scénographie permet à tous de gouter le spectacle.

En fait nous sommes à l'intérieur d'un manège. L'espace est limité parce que nous sommes tous limités, comme l'annonce fort loyalement Petr dans son numéro de bateleur. Le plateau de la scène peut tourner à forte vitesse et nous entrainer dans un univers féérique. Il y a de formidables trouvailles visuelles qui vont rester longtemps dans les mémoires des spectateurs : le glissement du géant qui disparait de la scène comme une ombre derrière un mur, l'évolution des soldats de plomb, la danseuse automate d'une boite à musique, la nage des poissons lumineux qui évoluent dans l'espace, une écuyère qui dresse une cavalerie en évolution sur sa robe démesurée en faisant claquer son fouet, une sirène qui elle fait claquer sa queue, un autre numéro de dressage de cheval de bois qui devient plus agile et plus vivant que Pégase ...

Il y a des numéros burlesques comme ce trio de nains hydrocéphales impassibles, déterminés à aller où bon leur semble. Leurs masques finissent par sembler expressifs tant leur numéro est touchant. On espère que le lancer de couteaux au petit bonheur est truqué tant le danger est imminent ...

Il y a les défauts de prononciation de Petr, ses efforts pour nous donner une traduction multilangue de son message, ses approximations spontanées ici ... à ... (il a manifestement perdu le nom de la ville) ... la presque capitale de France, ses jongleries grammaticales : vous êtes gagné, vous êtes perdu ...

Il y a les évocations de l'univers de la comédie musicale comme ce formidable ballet des Jacques qui fait surgir les parapluies de Fred Astaire dansant sous la pluie ou des ramoneurs de Mary Poppins. Le rythme est celui des claquettes et nous ramène illico sur la scène d'une revue et la chorégraphe Veronika Svabova mérite une mention spéciale. D'ailleurs voici le strip-tease pour le moins inventif de la bête humaine, suivi plus tard de danses aux barres sur un air de musique classique que la publicité a souvent utilisé.
Tandis que le public quitte lentement le chapiteau le forgeron a repris son travail en extérieur et prépare le clou du spectacle qu'il refroidit dans le baquet d'eau glacée.














Ils sont vraiment crazy ces tchèques et leur monstruosité est toute poétique.

Obludarium est donné à l'Espace Cirque, rue Georges Suant - 92160 Antony, du 6 au 17 janvier à 20 heures (dimanche 16 heures). Navette gratuite depuis la gare RER d'Antony et le Théâtre La Piscine. Pour tout savoir des spectacles de la Scène conventionnée d'Antony-Châtenay : 01 41 87 20 84 et www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr
A Sénart, Cesson-la-Forêt du 22 janvier au 6 février tel 01 60 34 53 60 ou www.scenenationale-senart.com
Les photographies qui ne sont pas mentionnées A bride abattue proviennent du site de la compagnie : http://formanstheatre.cz

jeudi 7 janvier 2010

Les Contes de l'âge d'or en sortie nationale

Le film avait été présenté lors du festival de Cannes 2009, dans la catégorie "Un certain regard". Je l'ai découvert dans le cadre du festival Paysages de cinéma de Châtenay (92). J'en avais parlé dès le 15 juin dernier parce que cette projection m'avait enthousiasmée.

Les contes de l'âge d'or, ce sont ce qu'on appelle des "légendes urbaines", un genre que j'affectionne particulièrement et dont, en France, des conteurs comme Yannick Jaulin ou Pépito Matéo sont des spécialistes reconnus. (lire par exemple les billets du 15 octobre dernier, ou encore du 16 décembre et 6 fevrier 2009 )

Un policier reçoit un porc vivant comme cadeau de Noël et pense que le gazer serait la meilleure façon de le tuer sans faire de bruit, pour ne pas réveiller ses voisins affamés ... Un photographe a pour mission de rendre Ceausescu aussi grand que Valéry Giscard d'Estaing en visite officielle ... Ordres et contre-ordre arrivent en cascade dans un petit village retenu pour célébrer la gloire du communisme.

La Roumanie des années 80 a subi 15 ans durant un régime totalitaire où l'humour était le seul moyen de survie psychique de tout un peuple soumis à la logique perverse d'une dictature. Les situations sont vraies quoique tragiques, quasi-surréalistes, toujours délirantes. Tout le monde survit en volant l'Etat. Il faut bien obéir aux ordres du Parti même s'ils sont illogiques et absurdes. Les gens semblent abattus, pourtant au fond d'eux, ils sont en vie. Ce qu'ils désirent, c'est aimer et être aimés.

C'est Cristian Mungiu, lauréat de la Palme d'Or de Cannes en 2007 avec "4 mois, 3 semaines et 2 jours", qui a produit ce film à sketchs composé de cinq histoires courtes conçues par cinq réalisateurs différents. Les légendes partagent le même état d'esprit, ont une structure narrative semblable et s'inscrivent dans le même contexte historique. C'est instructif et distrayant.

CONTES DE L'AGE D'OR Un film de Cristian Mungiu, Iona Uricaru, Hanno Höffer, Razvan Marculescu, Constantin Popescu

Avec Alexandru Potocean, Teo Corban, Emanuel Privu, Avram Birau, Paul Dunca, Viorel Comanici, Alexa Ion Sapdaru, Virginia Mirea, Diana Cavaliotti, Radu Iacoban, Vlad Ivanov
Durée : 2 h18 -
Prochainement au Rex, 364 avenue de la Division-Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry
- Renseignements : 01.40.83.19.81 Site du Rex : http://cinema.lerex.free.fr/

... mais également sur beaucoup d'autres écrans

mercredi 6 janvier 2010

La tarte de Saint-Jacques

Pas de galette des Rois cette année à la maison ! Nous allons innover. Puisque les Rois Mages ont une importance capitale en Espagne je vais m'inspirer d'une recette de ce pays, celle de la Tarta de Santiago, reconnaissable entre toutes avec sa croix de Saint Jacques dessinée avec du sucre glace.

La tarte de Saint Jacques (traduction française) est un gâteau à base de farine, de sucre, d'œufs, d'amandes pilées, de zeste de citron et de sucre glace pour la décoration. D'aspect moelleux et délicat au palais, il est reconnaissable à sa saveur d'amande, ce qui le rapproche de notre galette des Rois traditionnelle. C'est une pâtisserie typique de Galice.

Préparation : 20 min
Cuisson : 45 min à 180°C (thermostat 6)

Ingrédients (pour 8 à 10 personnes) :

- 250 g d'amandes pilées
- 6 œufs, blancs séparés des jaunes
- 200 g de sucre semoule
- 1 pincée de cannelle moulue
- zeste de citron
- sucre glace (pour décorer)
- beurre (pour graisser)
- sel fin
- moule profond de 24 cm environ


Beurrez le moule et le garnir d'un papier sulfurisé (faites dépasser le papier de 3 cm au-dessus des bords). Préchauffez le four .

Montez les blancs d'œuf en neige dans un saladier avec une pincée de sel. Incorporez la moitié du sucre, 1 cuillère à soupe à la fois, pour stabiliser les blancs.

Battez les jaunes avec le reste de sucre et la cannelle en une crème épaisse. Le volume doit augmenter et la pâte doit couler en filet du fouet lorsque vous le levez.

Incorporez les amandes pilées dans les jaunes d'œuf. Puis un peu de blanc pour délier le mélange avant d'ajouter le reste.

Versez dans le moule et cuisez à four chaud pendant 45 minutes environ. Le gâteau doit être doré, ferme mais moelleux.

Vérifiez au bout de 35 minutes s'il est déjà bien doré, recouvrez-le de papier sulfurisé avant de le remettre au four.

Retirez du four et laissez refroidir. Saupoudrez de sucre glace avant de le servir à température ambiante.

La tradition galicienne veut qu'on y dessine une croix de Saint Jacques au milieu (avec un pochoir). On peut fabriquer un pochoir en papier en s'inspirant de l'épée de Durendhal ou bien d'une épée de templier dont je vous ai mis un modèle au-dessus. Le poser sur la tarte et saupoudrer de sucre glace l'intérieur du pochoir pour que l'armoirie soit dessinée sur le gâteau.

Bon appétit!!!