samedi 21 mai 2016

Maligne de Noémie Caillault

Je suis allée voir Maligne à la Pépinière parce que Noémie Caillault était nominée pour le Molière du Seul(e) en scène et que la cérémonie aura lieu lundi prochain. J'ai beau sortir énormément, il y avait des spectacles que je n'avais pas vus et je mets les bouchées double ces jours-ci. Je n'aime pas parler de ce que je ne connais pas.

Mais aussi, je lis rarement les dossiers de presse avant, histoire de ne pas être influencée et ... j'ignorais la dimension autobiographique de la pièce. Ce n'est qu'au moment des saluts que j'ai réalisé l'ampleur de ce que la comédienne a réellement enduré, preuve qu'elle est parvenue à faire ce qu'elle annonce : Ce spectacle n’est pas un "spectacle de cancéreuse". C’est le récit d’une étrange cohabitation : cohabitation de la vie incarnée, exultante, enthousiaste et de la mort qui se tapit. Noémie raconte tout cela, seule en scène, avec ses mots, sa sincérité, sa fragilité. Et ses éclats de rire.

Noémie est Maligne à plus d'un titre. Pétillante d'humour, d'une énergie incroyable, doublée d'une spontanéité insensée et d'une humilité exemplaire. Cette avalanche de compliments n'a rien à voir avec sa maladie mais avec son tempérament et son talent. Quand on a l'occasion de discuter avec elle, ses qualités s'imposent avec évidence. J'ai rencontré une grande comédienne, Molière ou pas.

Le décor est d'une simplicité toute fonctionnelle : des chaises de styles très différents devant un rideau noir, libérant ainsi une space scénique que Noémie occupe largement. On comprendra que chaque siège est le symbole d'un lieu ou d'un personnage du récit. L'aventure commence en décembre 2011. Elle danse et nous prévient qu'elle aime que tout fonctionne normalement.

Mais la vie en décide autrement et le mot cancer est vite lancé. Une palpation de routine révèle une petite boule qu'une échographie devrait classer sans suite. Elle n'a que 27 ans. A cet âge on n'inflige pas des rayons pour rien, même pour une petite radio. On va quand même en faire une et puis ... tout s'enchaine. La jeune femme ironise, tout en prenant les choses courageusement, devant combattre ne premier lieu la crédulité des copines, persuadées de son hypocondrie. Ce n'est pas non plus auprès de sa mère qu'elle sera chouchoutée. Celle qui a développé une diplomatie de dictateur et qui lui parle avec la délicatesse d'un ours considère la situation avec une mauvaise foi qui ne fut sans doute pas drôle à supporter.

Le public en tout cas est autorisé à rire. La description d'une séance de mammographie (très juste) est hilarante. Noémie a vécu tout ce dont elle parle ... inutile d'inventer quand la réalité est si "surréaliste" et pourtant si vraie. On pourrait penser que le spectacle est plombant. Pas du tout.
La mise en scène est alerte. Une vidéo fait revivre en images le moment où il est préférable de couper se cheveux. Là encore le sourire de Noémie éclate comme à la veille d'une bonne blague. Le foulard glissera. La perruque grattera. Elle se préférera chauve et tant pis si on murmure autour d'elle des phrases "à la con".

Noémie a recours à des images très visuelles pour nous faire comprendre la suite des effets secondaires, qu'elle compare à un enchainement de métamorphoses à la Brachetti, artiste considéré virtuose en la matière. Et pour nous faire "bisquer" des bénéfices secondaires comme les taxis gratuits et le passe-file ...

On entend des voix ... Jeanne Arenes, Romane Bohringer, François Morel, Olivier Saladin et Dominique Valladié interprètent médecin, radiologue, ou la mère ... en donnant la réplique à ce qui n'est plus un monologue.

La comédienne pousse l'humour jusqu'à décerner des étoiles aux établissements hospitaliers. Elle pointe que le nom donné à l'Hopital Georges Pompidou (décédé d'une forme de cancer hématologique très rare) n'est peut-être pas très heureux, mais elle lui donne 5 * pour les beignets au chocolat de la cafétéria. Elle raconte avec émotion avoir été une des dernières patientes de l'Hotel Dieu.

Son metteur en scène, Morgan Perez, en parle avec justesse : Quand j’ai rencontré Noémie, la femme comme l’actrice, j’ai tout de suite été touché et séduit par son humour, sa dérision, sa pudeur, sa sensibilité face à son histoire qui transpirent dans le texte. J’ai voulu une mise en scène au texte qui s'attache à restituer avec simplicité la chronique de sa maladie, la brutalité de son annonce comme la longueur de son vécu et invitant le spectateur à être traversé par cette jeune femme.

Antoine Coutrot, Emmanuel de Dietrich et Caroline Verdu-Sap, qui codirigent le théâtre depuis huit ans ont un regard particulier sur les conditions de création du spectacle. Ils connaissent bien Noémie ... puisque c'est un membre de l'équipe (son nom est encore dans la fiche technique). Ils ont une façon touchante de présenter cette histoire si particulière :
Au commencement était une jeune tourangelle passionnée de théâtre qui quitta son emploi de chargée de clientèle au Crédit Agricole des Pays de la Loire pour "monter faire du théâtre à Paris" ; en l’occurrence, il s’agira des cours de Jean-Laurent Cochet à la Pépinière. Barmaid au café du coin de la rue pour financer son aventure parisienne, elle y fait preuve derrière son zinc d’une telle faconde et d’une telle passion que lorsqu’un poste se libère à la caisse du théâtre, nous le lui proposons avec un enthousiasme qui n’a d’égal que celui avec lequel elle accepte... Et six mois après, patatras : un cancer du sein... Et comme Noémie est d’un naturel partageur, nous tous à la Pépinière (ouvreurs, techniciens, et bien sûr toutes les équipes artistiques qui se succèdent au fil des ans) suivrons au quotidien, et dans le désordre : les examens médicaux, le sentiment d’injustice, la peur, la colère, l’incrédulité, mais aussi les "bénéfices secondaires" comme elle les appelle, les anecdotes, les détails plus ou moins scabreux, les crises de fou rire... Tant et si bien que nous lui suggérons d’en faire "quelque chose", de mobiliser le formidable appétit de vivre qui est le sien pour partager avec le public cette fichue, satanée et détestable aventure, mais aussi cette authentique expérience de vie qu’est un cancer.
Voilà. Vous savez tout. J'insiste sur la qualité de l'écriture, du jeu et du rire, jamais complaisant, interprété par une comédienne avant tout. Je n'ai qu'un mot à vous dire : allez-y. Et qu'une question à Noémie : à quand le prochain spectacle ?

Maligne de et avec Noémie Caillault
Mise en scène de Morgan Perez
Avec les voix de Jeanne Arenes, Romane Bohringer, François Morel, Olivier Saladin et Dominique Valladié
Du jeudi au samedi à 19 heures, depuis le 29 janvier 2016
La Pépinière Théâtre
7 rue Louis le Grand 75002 Paris

01 42 61 44 16

vendredi 20 mai 2016

Coquilles Saint Jacques façon Nigella et sans gluten

J'avais chroniqué le livre de recettes Nigella express il y a quatre ans et j'ai eu envie de le rouvrir. bien m'en a prit. Je voulais cuisiner des coquilles Saint-Jacques un peu différemment. C'est-à-dire sans la sauce béchamel où on la noie souvent.
Difficile de faire plus simple.

On enrobe les coquilles dans la chapelure. J'ai pris celle que Mon Fournil propose sans gluten.

Elle est ultra fine, parfaite pour cela, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter du lait ou de l'oeuf (eux aussi allergènes pour beaucoup de personnes).

J'ai commencé par laisser mariner les noix dans un peu de jus de citron et d'huile d'olive, mais cette étape n'est pas indispensable.
Ensuite je les ai enrobées de chapelure.
Je pose une minuscule lichette de beurre sur chacune, et hop, au four à 250° (th 7-8) pour un quart d'heure.
Comme le plat est brûlant faites attention !
Si les noix étaient pourvues de corail (mes amis bretons d'Erquy les prohibent mais il se trouve que celles-ci en avaient, et je n'allais pas les jeter ...) on peut els faire revenir à la poêle dans une huile aromatisée à l'ail et en tartiner des tanches de pain grillé. On arrose de jus de citron et on pose une grosse câpre. Idéal pour l'apéritif.

Plat de cuisson Appolia et manique rouge Poppy Charles Viancin combinant textile et silicone.

jeudi 19 mai 2016

Rencontre avec Tracy Chevalier pour A l'orée du verger

Tracy Chevalier a grandi à Washington, DC, vit à Londres avec son mari anglais et son fils. Elle a écrit huit romans et dirigé la publication de deux recueils de nouvelles. En dehors de l’écriture, elle organise des expositions dans des musées et galeries d’art londoniennes.

Je vous souhaite d'avoir la chance de croiser sa route. Elle parle très bien français, ce qui facilite les échanges avec elle. Mais surtout, elle ne se réfugie derrière aucune périphrase pour répondre aux questions avec une sincérité absolue. Elle a de plus une propension à réfléchir sur sa pratique avec humilité. Passer une soirée avec elle est un vrai bonheur.

Vous la connaissez sans doute par ses livres, des romans historiques qui vous tiennent en haleine jusqu'au bout, et même au-delà. Combien de fois ai-je fait allusion à une séquence de la Jeune fille à la perle dans un de mes billets ! Inspiré par le célèbre tableau de Vermeer, il a séduit 5 millions de lecteurs dans le monde, a été adapté au cinéma avec Colin Firth et Scarlett Johansson avec 3 nominations aux Oscars en 2004.

Elle est venue à Paris pour le lancement de son dernier livre, A l'orée du verger, dont l'action principale se déroule dans l’Ohio, une région qu'elle connait bien puisqu'elle a étudié à l’Université d’Oberlin.
La famille Goodenough s'installe en 1838 sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l'Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d'une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes. Tandis que James, le père, greffe des arbres pour obtenir des pommes à couteaux à la saveur parfaite, la mère, Sadie, préfère les pommiers à cidre pour fabriquer de l'eau-de-vie.  
Quinze ans passent sur ces terres hostiles. Leur fils Robert part tenter sa chance dans l'Ouest. Il y sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis renouera avec la passion des arbres en prélevant des pousses de séquoias géants pour un exportateur anglais fantasque qui les expédie en Europe. De son côté, sa sœur Martha traverse le pays à sa recherche, accompagnée d'un lourd secret à lui faire partager... 
Tracy Chevalier nous plonge dans un pan méconnu de l’histoire des pionniers et dans celle du commerce des arbres, soit dans un objectif de consommation, soit dans celui de l'agrément. Mêlant personnages historiques et fictionnels, de New York à San Francisco, À l’orée du verger peint une fresque sombre mais profondément humaniste, et nous livre une épopée familiale touchante.
Le procédé narratif est inhabituel, avec des ruptures dans la chronologie pour entretenir le suspense : je n'ai pas voulu écrire une saga western. L'insertion des lettres de Robert à sa famille permet d'accélérer le temps et de poser l'angoissante question du destinataire. Quelqu'un les a-t-il lues puisqu'elles restent sans réponse ?

C'est en France qu'elle a rédigé ces courriers, alors qu'elle voyageait en train de Montpellier à Paris, se mettant presque dans la situation de son personnage tentant de lancer un pont entre la Californie et l'Ohio.
La pomme de la discorde
Le thème du roman lui est venu alors qu'elle effectuait des recherches pour La Dernière Fugitive, publié Quai Voltaire, en 2013. Elle découvre dans Botanique du désir de Michael Pollan un chapitre sur les pommes dans l’Ohio du XIXe siècle. La relation entre les humains et les plantes l'a passionnée. Et particulièrement la pomme, symbole de santé, mais aussi d'ivresse. On pourrait multiplier les références (auxquelles Tracy n'a pas songé) : évocatrice de l'Eden comme du péché originel, de Guillaume Tell à Newton en passant par à Steve Jobs ou encore la pomme de la discorde, synonyme de grave conflit à venir.

La déesse de la Discorde n’ayant pas été invitée au repas de noces de Pelée et Thétis, voulut se venger en jetant au milieu des invités une pomme d’or provenant du jardin des Hespérides, sur laquelle était inscrit : "A la plus belle". Héra, Aphrodite et Athéna se disputèrent le fruit. Zeus demanda à Pâris de départager les déesses. Athéna lui promit la réussite et Héra la richesse mais malgré cela, il désigna Aphrodite qui lui promit l’amour d’Hélène, la femme de Ménélas. Il enleva par la suite la jeune femme, ce qui déclencha la guerre de Troie.

J'ai aussi pensé à la Manzana de la discordia parce qu'en espagnol "manzana" signifie aussi bien pomme que "pâté de maison". Le numéro 43 du Passeig de Gracia, est devenu célèbre à Barcelone en raison de la brouille entre trois riches propriétaires de trois palais, conçus par trois architectes, Puig I cadafalch, Domènech I Montaner et Antoni Gaudi, dans trois styles architecturaux qui à l'époque s'opposaient mais qui aujourd'hui sont très regardés.

Le roman raconte le combat que se livre un couple où l'homme préfère le sucré et la femme l'acide. Et les conséquences sur les enfants. Vous prendrez probablement parti pour ou contre Sadie qui est un personnage très tranché. Mais n'oubliez jamais la dureté du mode de vie de l'époque. James n'est pas non plus exempt de reproche. Il la gifle (p.20) quand elle s'oppose à lui.
Les arbres voyagent comme les hommes
Si le pommier est autochtone en France depuis la Haute Antiquité, on sait depuis quelques années que son ancêtre principal est une espèce asiatique, endémique de la zone allant des Balkans au nord des montagnes de l'Altaï.

Des immigrants anglais ont prélevé des rameaux de leurs pommiers préférés (venus du Kazakhstan) afin de les greffer là où ils se sont établis. Au XIXe siècle l'Angleterre s'est prise de folie pour des arbres californiens, notamment des redwoods et des séquoias géants.

Tracy Chevalier a voulu pointer que les arbres étaient une sorte de miroir aux migrations humaines avec ce mouvement inverse de l'Amérique vers l'Angleterre.

J'ai bien entendu pensé à Chateaubriand qui a tant oeuvré dans le domaine botanique en ramenant des arbres du monde entier pour les planter dans le parc de la Vallée-aux-Loups, aujourd'hui propriété du département des Hauts-de-Seine (en accès libre en gratuit). Je vous recommande sa visite, à plusieurs saisons. Surtout pour y découvrir le premier cèdre bleu pleureur, de quelque 600 mètres carrés d'envergure.
Inspirée par de grands auteurs
Tracy Chevalier a découvert William Faulkner à 19 ans avec The Sound and the Fury (1929), publié en français sous le titre Le Bruit et la Fureur, qui l'a beaucoup impressionnée. Son écriture pourrait aussi faire penser à Tandis que j'agonise (1930) et elle reconnait avoir subi l'influence des premiers romans de Toni Morrison.

Il est possible aussi que Charlotte Brontë ait pu l'influencer. Elles ont toutes deux écrit des nouvelles. Et la jeune fille à la perle ne parle guère plus que Jane Eyre.

Bien que bilingue, elle ne parcourt les traductions de ses romans qu'en diagonale, et est toujours surprise par l'usage du passé simple. Elle ne se relit pas davantage dans sa langue maternelle : j'écris pour vous, pas pour moi.

L'adaptation cinématographique appartient à un autre monde
Interrogée sur des projets cinématographiques Tracy Chevalier souligne qu'un roman se déroule de manière radicalement différente. Elle tient à écrire pour un lecteur et non pour une personne qui regardera.

Elle confie néanmoins un projet autour de Prodigieuses Créatures, Paris, Quai Voltaire, 2010, dont un producteur australien a acheté les droits il y a 5 ans, mais qui n'a pas abouti.

Un nouveau roman ...
Une maison d'édition anglaise lui a demandé ainsi qu'à d'autres auteurs, d'écrire à propos de Shakespeare en s'inspirant d'une pièce du grand dramaturge. Elle a choisi Othello parce qu'elle s'intéresse depuis toujours à l'altérité. L'action commencera aux Etats-Unis en 1974, dix ans après l'adoption du Civil Rights Act interdisant toute forme de ségrégation dans les lieux publics. Tous les personnages ont 11 ans. Un jeune garçon noir arrive dans une école parmi des blancs.
Parallèlement à la lecture de ce roman j'espère réconcilier ceux qui préféreraient les pommiers à pommes avec leurs ennemis qui voudraient planter des pommiers à cidre. Les deux sont nécessaires et je vous invite à réaliser une recette que j'ai expérimentée il y a quelques jours. Elle emploie la pomme normande et se déguste avec un bon cidre AOP Pays d'Auge.
A l'orée du verger, de Tracy Chevalier, Traduit par Anouk Neuhoff, en librairie depuis le 11 mai 2016
Merci à Anaïs Hervé pour la photo qui n'est pas logotypée A bride abattue.

mercredi 18 mai 2016

Pauline Croze et Bossa Nova

Quand un air de ce CD me sort de la tête c'est qu'un autre a pris sa place. Quelle belle idée Pauline Croze a eu d'enregistrer cet album.

La Bossa Nova vue et chantée par elle, c'est quelque chose !

On la connait depuis onze ans. Elle a été couronnée par le Prix Eden il y a quatre ans. depuis, elle a pris son temps pour faire ce qui lui tenait à coeur et comme elle a bien fait !

L’album Bossa Nova reprend des chansons éternelles comme La Fille d’Ipanema, Voce Abasou, Les eaux de Mars, Manha de Carnaval, Tu verras avec des invités prestigieux comme Flavia Coelho, Vinicius Cantuaria, Cali Kamga, Bruno Ferreira, Marie Navarro et Manda Sissoko.

Chaque chanson exprime une couleur différente. L'album démarre avec La Rua Madureira qu'on pourrait croire comme étant la version caliente d'Une belle histoire (1972) avec la promesse de ne jamais rien oublier. La voix chuinte légèrement avec le grain particulier qu'on lui connait et qu'on aime bien. Le ton est donné.

Juste ensuite Tu verras (piste 2) fait oublier la voix de Claude Nougaro qui résonnait en 1978. Les paroles prennent plus de poids. La version de Pauline Croze est peut-être moins mélancolique, nettement plus affirmée et dynamique. On a envie de se lever et de danser.

Georges Moustaki chantait Les eaux de Mars (piste 3) en 1969. Elle nous arrive musclée, avec une difficulté à monter dans les aigus mais peu importe. Les choeurs apportent de la douceur et la chanteuse avance volontaire.

Flavia Coelho lui donne la réplique pour Essa Moca Ta Differente (piste 4) et elles chaloupent ensemble.

Elle nous livre des versions très personnelles de standards que l'on pensait figé dans le marbre, comme Voce Abusou (piste 5), que Michel Fugain chantait en français en 1993 sous le titre Fais comme l'oiseau. Les cordes de la guitare crissent. On pourrait penser que l'instrument danse avec la voix. L'inspiration est sonore. C'est vif et entrainant.

Autre surprise de taille avec Jardin d'hiver (piste 8) qu'Henri Salvador nous avait offert. La chanteuse en fait une version aux notes reggae.

L'album est très réussi. Jusqu'à Manha Do Carnaval (piste 11) composée par Luiz Bonfá pour le film  Orfeu Negro, de Marcel Camus sorti en 1959 (Palme d'or au Festival de Cannes). Le film a marqué Pauline et cette chanson est sans doute le point de départ du disque. Je l'ai découverte en françai avec plaisir. Ce matin de carnaval trottera longtemps ...

Il vous faudra attendre le 27 mai pour écouter l'album et le jeudi 16 juin pour entendre Pauline Croze sur la scène du Café de la Danse. Ce sera sûrement un grand moment.

mardi 17 mai 2016

Je suis de celles qui restent de Bernadette Pécassou

Je ne connaissais pas Bernadette Pécassou et j'étais plutôt en bonne disposition pour découvrir Je suis de celles qui restent, même si la couverture ne m'attirait pas spécialement. Quand je reçois un livre je m'y intéresse toujours a minima.

Cela fait un moment que je songe à écrire un billet spécial couvertures parce que souvent je m'interroge sur les intentions des services marketing. Pour celle-ci on dirait une jeune femme (rien à voir avec l'âge de l'héroïne) inquiète derrière la vitre d'un train. De là à suggérer un roman de gare ...

Alice est très seule le jour de l'enterrement de son mari, Michel, 62 ans, terrassé par une crise cardiaque. Aucun membre de la famille n'a fait le déplacement depuis leur sud-ouest d'origine. Leur fils est à Boston. Leur fille s'apprête à s'installer à Hong-Kong.

Alice perd pied, broie du noir. c'est normal. Elle reçoit un colis contenant un briquet de collection, que son mari avait commandé sur Internet juste avant de mourir, alors qu’il ne fumait pas.

Vous auriez sans doute eu le même réflexe qu'elle : aller fouiller l'historique de l'ordinateur de votre conjoint. Elle y découvre, stupéfaite, qu'il passait des heures à éplucher les annonces du Bon Coin alors qu'il prétendait détester l'univers de la brocante et de la seconde main.

La quinquagénaire succombe un moment à l'addiction (le terme de drogue figure p. 85) et devient accro à cette véritable caverne d'Ali Baba où l'on entre sans code ni identifiant, dans l'intimité d'inconnus pour une chasse au trésor sans fin. Pour Alice chaque objet exhume un souvenir d'enfance.

Son mari lui apparait sous un jour nouveau, plutôt sombre, parfois intolérant. On découvre un père dont les points de vue ont influencé les orientations professionnelles de leurs enfants. Juliette a sacrifié sa vie personnelle au profit d'une carrière : travaille, ensuite tu profiteras lui disait-il (p. 127). Ce mode de vie lui semble désormais être un marché de dupes.

Il y a dans ce roman tous les ingrédients pour une histoire intéressante mais j'ai eu le sentiment que les chapitres étaient bizarrement imbriqués. Entre eux le fil se tend puis se rompt puis resurgit. Avec de temps en temps des analyses très justes de la manière dont on peut avoir besoin du passé pour envisager le futur.

C'est ainsi que Bernadette Pécassou pointe l'intérêt des gens pour les maisons d'hôtes de charme (p. 144) parce qu'ils y trouvent un univers qui promet d'avoir une âme. Ils ont besoin de leur dose d'amour qu'on trouvait avant dans les maisons de famille (qui, sous-entendu ont disparu).

Le briquet devient une obsession. Alice pourrait tomber dans le piège de délaisser le réel pour se noyer dans le virtuel. Mais elle a une capacité d'adaptation hors du commun. Elle part sur les terres natales du sud-ouest à la recherche d'une vérité qui aurait pu foudroyer plus d'une femme.

Son affirmation "Je suis de celles qui restent" arrive à la toute fin du livre, sans provoquer l'émotion qu'on attendrait.

Je suis de celles qui restent, de Bernadette Pécassou, Editions Flammarion, en librairie depuis le 13 avril 2016.

lundi 16 mai 2016

Maris et femmes

L'actu (comme on dit pour montrer qu'on serait branché) de Woody Allen est cannoise et parisienne. Je vais vous le dire tout de go, autant je peux aimer l'artiste au cinéma, autant je ne peux pas le défendre avec le même enthousiasme quand ses dialogues sont adaptés pour le théâtre.

La légèreté surréaliste de Midnight in Paris m'avait enchantée en 2011. Le culte de l'absurde développé dans To Rome with love m'avait déroutée l'année suivante. Woody Allen est un auteur surprenant qui utilise le terreau fertile de ses propres déconvenues pour analyser sa propre vie, certes avec dérision, mais surtout avec nombrilisme.

On ne peut pas dire que, à l'inverse de Molière, il touche à l'universalité du genre humain. On conviendra à la rigueur qu'il décrit un certain microcosme new-yorkais, quasiment un quartier d'ailleurs. Et comme on le sait New-York n'est pas l'Amérique, encore moins la France.

L'affiche du spectacle reprend les codes de celle du film qui date tout de même de 1992. La société a beaucoup changé depuis. Les remises en question conjugales n'attendent plus l'anniversaire des trente ans de vie commune pour se mettre en route. Des clichés ont été si souvent traités qu'ils ont perdu tout effet de surprise comme ... les apparences du bonheur et la rupture amiable, et surtout le quinquagénaire tombant sous le charme de sa jeune étudiante.

Et puis même si Marc Fayet (Gabe Roth) et Florence Pernel (Judy Roth) sont d'excellents comédiens, ils ne font pas oublier Woody Allen et Mia Farrow. Ni José Paul (Jack) Sydney Pollack. Le challenge était de taille et je ne suis pas certaine que le respect de l'écriture woodyallienne ponctuée d'interjections ait été une bonne idée.

Il en résulte des dialogues qui se répondent mécaniquement sans instaurer une véritable conversation. J'ai entendu le public s'en plaindre à la sortie, tout comme de la hauteur des voix. Forcer le ton gomme l'humanité qu'on aimerait voir se dégager des personnages. Le décor, évoquant pourtant astucieux une sorte de skyline que l'on pourrait situer à La Défense comme dans n'importe quelle grande métropole, est plutôt austère malgré des éclairages savamment dosés.
Jack et moi, nous nous séparons et on va très bien ! est une entrée en scène qui n'émeut pas.
La vie est un patchwork de renoncements ! n'est pas davantage une conclusion qui ouvre des horizons.

Je n'ai pas éprouvé d'empathie pour ce type d'états d'âme. N'aimant pas rester sur une impression aussi mitigée je promets de revoir la version cinématographique de Maris et femmes tout en ayant conscience qu'elle a du prendre un "coup de vieux" depuis le tournage, en 1992, avec Mia Farrow, Judy Davis, Sydney Pollack et Juliette Lewis. Je pourrai au moins juger le texte suivant la direction d'acteurs du réalisateur dans sa version "originale".

Adapter le cinéma au théâtre est périlleux, l'inverse est moins difficile. La comédie est au théâtre un genre particulier. Laissons au cinéma ce qui vient du cinéma. Et n'oublions pas qu'il existe des auteurs français contemporains, comme Courteline ou Georges Feydeau. La Pépinière annonce la création du Système Ribadier dans quelques jours. A suivre ...
Maris et femmes, de Woody Allen
Adaptation : Christian Siméon
Mise en scène : Stéphane Hillel
Avec Florence Pernel, José Paul, Hélène Médigue, Marc Fayet, Astrid Roos, Emmanuel Patron et Alka Balbir
Théâtre de Paris – Salle Réjane
Du mardi au samedi à 21h matinée le samedi à 17h matinée le dimanche à 15h00
Nominé aux Molières 2016 dans la catégorie Comédie

dimanche 15 mai 2016

Une pizza à l'épeautre

J'ai toujours "pour dépanner" de quoi faire une pizza parce que tant qu'à faire de manger ce type de repas je préfère la préparer moi-même que réchauffer un truc surgelé même s'il y en a sans doute d'excellentes.

J'ai déjà eu l'occasion d'employer les préparations Mon Fournil. Ce soir ce fut la pâte à pizza à l'épeautre Bio.

Le sachet dose est conçu pour 2 pizzas (rondes précise l'emballage mais on peut la faire  en carré ou en losange ... il y a des mentions comiques parfois ...). Il est tout à fait possible de peser la moitié pour ne faire qu'une seule pizza. Cela m'est arrivé plusieurs fois.

Mélanger le demi-sachet à 100 ml d'eau et 1 cuillère à soupe d'huile d'olive est à la portée de tous. Dans l'idéal il faut laisser reposer à l'abri de l'air avant d'étaler (de la forme souhaitée).

Comme garniture j'ai cette fois préparé un coulis à base d'oignons et de grosses tomates cerise. Elles sont plus parfumées que les tomates classiques. J'ai ajouté sur la pâte des morceaux de mozarella et des tranches de tomates fraiches, puis des olives noires.

Après 20 minutes de cuisson th 7 (mais on pourrait faire un peu moins) quelques feuilles de basilic frais et des câpres à queue dont je raffole, il n'y avait plus qu'à déguster. Une assiette de jambon complétait le repas.

Avantages : la farine est Bio, et contient moins de gluten qu'une farine classique (mais elle n'est pas garantie sans gluten). Seul bémol : l'épeautre donne un goût un peu sucré avec lequel il faut composer en terme de garniture. Peut-être en allant carrément dans une version sucrée de la pizza.

samedi 14 mai 2016

Ça n'arrive pas qu'aux autres

Je sais d'avance qu'on va me reprocher d'avoir (mauvais) goût. Je suis capable de goûter une pièce jouée à la Comédie française (où elles ne sont pas toutes excellentes d'ailleurs à ce que j'entends en ce moment) comme d'apprécier une comédie franchement premier degré.

Je suis allée voir Ça n'arrrive pas qu'aux autres parce que je tenais à avoir une opinion personnelle du jeu de Nicolas Martinez parce qu'il est nommé dans la catégorie "révélation masculine" pour les Molières. Comme je vais assister à la soirée il me semble plus sérieux de savoir de qui on parlera.

Avec une soixantaine de pièces sur mon agenda depuis septembre dernier je n'ai pas (pas encore mais je rattrape, je rattrape) vu la liste entière. J'avoue que je n'aurais pas pensé spontanément à aller au Café de la gare.

C'est pourtant un lieu hautement historique que l'on doit à  la volonté de Sotha, Miou-Miou, Patrick Dewaere, Jean-Michel Haas, Henri Guybet, Coluche, Catherine Mitry, Gérard Lefèvre, Romain Bouteille. Ils ouvrent une première salle en juin 1969 à Montparnasse. Elle s'avère trop petite (moins de 200 places) et la bande migre pour un ancien relai de poste, dans une arrière-cour de la rue du Temple en 1972.

Aujourd'hui co-dirigé par Sotha et Philippe Manesse c'est devenu un théâtre privé de 300 places. L'esprit des fondateurs flotte encore dans les lieux qui ne semblent pas avoir vieilli.

Pour apprécier Ça n'arrive pas qu'aux autres il faut se laisser porter par le jeu des acteurs qui va crescendo depuis une relative normalité jusqu'à la folie dévastatrice.

Les quatre acteurs ne quittent jamais la scène et jouent sans répit. ils composent deux couples que tout apparemment oppose : des parisiens en quête d'une petite maison à la campagne et des provinciaux criblés de dettes et carrément borderline.

Les premiers sont pressés de visiter l'endroit pour vérifier s'il correspond à leur idéal. Les seconds préviennent qu'ici c'est pas l'Eldorado, voilà c'est dit. Mais ils les ont piégés et vont s'amuser d'eux comme des chats titilleraient des souris. Dès que l'on pense que la situation va se rétablir elle dérape de plus belle.
Certes, le jeu de Nicola Martinez est "forcé" mais il sait faire rire alors pardonnons lui les excès qui collent à la peau de son personnage. Sa compagne, Pascale Oudot lui donne la réplique sur la même longueur d'onde avec beaucoup d'énergie. Je l'avais vue il y a quatre ans dans le Roi nu de Philippe Awat. Ariane Boumendil n'est pas en reste et se révèle de plus en plus déjantée.
Apparemment solide, Benoît Moret pètera littéralement les plombs à la fin d'une soirée cauchemardesque qui m'a fait penser à Horror.

On aime ... ou pas. C'est absurde mais cohérent et cela fait du bien de rire du malheur des autres. C'est aussi cela le théâtre !
Ça n'arrive pas qu'aux autres
Comédie de Benoît Moret, Nicolas Martinez
Mise en scène : Benoît Moret, Nicolas Mattinez
Avec Nicolas Martinez, Pascale Oudot, Ariane Boumendil, Benoît Moret (et Guillaume Clerice en alternance)
Théâtre du Café de la Gare
41 rue du Temple  75004 Paris
01.42.78.52.51
Jusqu'au 21 mai 2016

vendredi 13 mai 2016

Le château de Berne invité à l'Hexagone

On le voit surgir un peu partout dans la ville, le rosé s'impose pour nous rappeler que même si la météo n'est pas raccord c'est bien l'été qui se profile sur le calendrier.

Il y a rosé et rosé. Je ne veux pas entrer dans la distinction entre le Rosé rosé, le rosé qu'on appelle Gris mais vous conviendrez qu'il en existe une large palette et même aussi du bas de gamme qui vous fait la tête au carré et qui ne contribue pas à la réputation de la catégorie.

Les vins Château de Berne sont très différents et on comprend qu'un établissement aussi prestigieux que l'Hexagone ait décidé de les mettre à l'honneur pendant tout le mois de juin.

jeudi 12 mai 2016

Gelsomina d'après la Strada de Fellini

Le spectacle a été créé dans sa première version par l'auteure Pierrette Dunoyer en Avignon en 1992 avant de confier le rôle à d'autres comédiennes ensuite. Nina Karacosta l'a repris l'été dernier en Avignon et la voici qui arrive au Studio Hébertot.
Gelsomina, c'est l'histoire de cette femme enfant naïve et généreuse, vendue par sa mère à un hercule de foire brutal et obtus, Zampano, qui accomplit un numéro de briseur de chaînes sur les places publiques. 
A bord d'un étrange équipage, une moto à trois roues aménagée en roulotte sans confort, le couple sillonne les routes d'Italie, menant la rude et triste vie des forains. Zampano ne cesse de rudoyer sa compagne et de la tromper sans vergogne. Elle éprouve cependant un certain attachement pour lui et s'efforce de lui plaire avec une touchante obstination.
La Strada est un film qui a été présenté, en noir et blanc, en 1954 à la Mostra de Venise par Federico Fellini. Faire revivre son héroïne si brillamment et si subtilement interprétée par Giuletta Masina (qui était tout de même l'épouse du réalisateur) était un pari osé. Le spectacle a bénéficié du soutien et des conseils de Federico Fellini et de Giulietta Masina qui ont pu apprécier l’œuvre juste avant leurs décès en 1993 et 1994.

Ce film est un des moments très forts que le cinéma a fait vivre à Nina. Elle se souvient de la projection à laquelle elle a assisté avec sa mère. Elle avait 8 ans. Après Pierrette Dunoyer, elle réussit haut la main à faire revivre la femme-enfant. Sans nul doute parce qu'elle a beaucoup de talent, mais aussi parce qu'elle est une Gelsomina toute en candeur et en joie de vivre. Son interprétation est à la limite de la maladresse et c'est ce qui fait toute son humanité. Elle est extrêmement touchante et les paroles résonnent avec justesse : est-ce que ça s'apprend, devenir une femme un jour ?

Nina Karacosta chante en italien, avec un léger accent charmant, depuis les coulisses et quand elle entre sur le plateau, pieds nus, elle est déjà Gelsomina mais elle sera tout à l'heure les autres protagonistes, réussissant à la perfection à interpréter plusieurs rôles ou à nous faire revivre des scènes d'anthologies comme la marche du funambule sur un fil à quarante mètre de hauteur.

Etait-ce une erreur ou une volonté de l'éclairagiste, mais la salle n'était pas plongée dans la pénombre le jour de ma venue ? Toujours est-il que cette disposition a pour heureuse conséquence de rendre le public partenaire. Il est embarqué sur la route avec la comédienne.

Il y a eu quelques instants où un faisceau rouge tombait en aplomb de son visage, comme si elle portait un nez de clown. Effet très heureux.

La toile peinte du décor est une évocation de la campagne toscane. Elle suffit à nous faire voyager. Un squelette de vélo git à coté d'une sorte de caisse. L'ensemble deviendra triporteur figurant la carriole des circassiens.

Nina semble prendre une sorte de revanche sur le personnage de Gelsomina. Fellini lui avait donné peu de dialogues. A l'inverse la comédienne, intarissable, enchaine confidence sur confidence, osant dire la peur, la maltraitance, les violences de toutes sortes ... et puis les petits bonheurs comme celui d'apprendre à jouer de la trompette et surtout à exister ... enfin. Pour conquérir ne serait-ce qu'un tout petit bout d'estime de soi, parce qu'un même si on est un tout petit caillou on sert à quelque chose.

On quitte la salle avec la musique de Nino Rota toujours en tête mais quelques nouvelles images en plus.

Gelsomina, de Pierrette Dupoyet
d'après La Strada de Fellini
avec Nina Karacosta
Directeur d'acteur : Driss Touati
Jusqu'au 3 juillet 2016
Le samedi à 17h, dimanche à 19h
Au Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles 75017
01. 42. 93. 13. 04

Photo de Rachele Cassetta.

mercredi 11 mai 2016

Le Vauquelin, une des bonnes adresses de Falaise (14)

Si vous passez quelques jours en Normandie à l'occasion des week-ends de mai, notamment pour découvrir le nouveau Mémorial dédié aux victimes civils des guerres, inauguré il y a quelques jours à Falaise je vous conseille un "petit" restaurant qui propose un déjeuner plutôt sensationnel ... 

Le seul reproche à lui faire serait d'être hélas à deux heures de train de Paris.

Vivre à Paris a ses avantages et ses inconvénients. Nous avons d'excellentes tables mais pour ce qui est du rapport qualité-prix il faut reconnaitre que les régions se placent très très loin devant.

Situé face à la Poste, Le Vauquelin propose chaque semaine trois menus différents dans le mouvement actuel de bistronomie, heureuse combinaison de brasserie et de gastronomie.

Il en fait la brillante et savoureuse démonstration dans un décor un peu désuet, rassemblant une série d'outils anciens dans un décor contemporain gris et rouge.

mardi 10 mai 2016

Et pendant ce temps Simone veille!

Il y a des spectacles qui sont plus qu'une distraction. Qui par exemple apportent une vraie réflexion sur des problème de société. C'est le cas de la pièce (très bien) écrite par un collectif de femmes.

Elle est non seulement rigoureusement exacte sur le plan historique (les hommes auraient pointé toute erreur depuis longtemps s'il y avait la moindre faille), mais elle est aussi extrêmement drôle, tant par l'humour des répliques que par le jeu des actrices.

Et pendant ce temps Simone veille! est un hommage à toutes les femmes et à la Ministre de la Santé qui, sous le gouvernement de Giscard d'Estaing, a porté le projet de libéralisation de l'avortement. Une loi d'une autre envergure que celles qui sont débattues en ce moment, même si on veut nous les faire avaler comme emblématiques d'une société en mouvement.

Simone Veil est d'ailleurs venue voir la pièce avec l'émotion qu'on imagine aisément.

Savez-vous que le carnet de chèques a été inventé en 1865 alors que ce n'est qu'un siècle plus tard qu'une femme obtient le droit d'ouvrir un compte en banque et d'exercer une profession sans l'autorisation de son mari ?

Pour "faire tourner " les usines pendant la première Guerre mondiale les femmes n'ont pas eu besoin de l'autorisation des hommes (trop heureux de pouvoir les exploiter). Pourquoi leur ont-elles rendu leur tablier sans mot dire à leur retour. On ne leur accorda rien en remerciement du service rendu. La Libération n'a pas concerné tout le monde.

Il faudra attendre une guerre de plus et la reconnaissance de De Gaulle pour que le droit de vote leur soit accordé dans notre pays. La politique demeurera malgré tout une chasse gardée masculine.

Le féminisme (qui n'est pas l'inverse du machisme) est un mouvement historique qui a été rendu nécessaire en premier lieu par l'éducation. On n'a pas de quoi être fières de nos aïeules mais alors qu'elles clament que les filles sont plus dégourdies que les garçons elles les élèvent dans le culte du foyer et des objets ménagers.

Des images d'archives sont projetées en appui des dialogues. Il est difficile de croire qu'elles sont authentiques tant on a l'impression de voir des clichés. Aucune n'a été recontituée pour la pièce. Tout est vrai.

En 1799 porter un pantalon est un délit. En 1909 l'autorisation est donnée aux femmes à condition par exemple d'être cavalière et cette stupide loi n'est abrogée que le 31 janvier 2013. Je me souviens de la tentative de mon premier employeur m'interdisant l'accès au magasin au motif que j'étais en pantalon.

Je n'étais que lycéenne mais j'avais été très choquée et pour ne pas perdre le salaire de la journée j'ai accepté de porter une jupe de flanelle grise à plis sans craindre le ridicule ni la chaleur (c'était un job d'été).

Et quand j'entends siffler des jeunes filles dans les cités parce qu'elles sont en jupe je me dis que les temps ont changé ... pas nécessairement en bien.

L'avortement était un crime dans les années 50. Pas question d'en parler sur un banc public. Le droit de divorcer est accordé mais le Code civil imposé par Napoléon exige encore l'autorisation du père pour se marier. Quand un homme adultérin est passible d'une amende, une femme risque la prison.
Une chanson marque chaque changement de décennie, On reconnait la musique de Bambino réécrite Ma petite libido par Trinidad. Arrivent les années 70 marquées en Avril 1971 par le manifeste des 343 salopes qui fera la une de Charlie Hebdo.

Les trois comédiennes discutent sur l'air de la série télévisée des Drôles de dames pour évoquer le procès de Bobigny et surtout la loi Neuwirth qui libéralise la pilule contraceptive. En 1975 la loi Veil  autorise l'avortement. L'ONU créé le 8 mars de cette même année la journée internationale de la Femme qui ne sera officialisée en France qu'en 1982.

C'est sur la musique des Rois mages chantés par Sheila que sont racontés les voyages vers des pays libéraux accordant l'avortement. Edith Cresson, première femme Premier Ministre, ne tiendra que 11 mois au gouvernement en 1991. Les jupettes d'Alain Juppé ne feront guère mieux en 1995.

Octobre 1981, autre révolution, médiatique cette fois. Christine Okrent présente le journal télévisé de 20 heures (en alternance avec un homme). Scandale du voile en 1989 aboutissant en 2004 à la loi interdisant les signes religieux ostentatoires. Autre scandale, sanitaire avec la reconnaissance de la dangerosité de 14 000 prothèses en silicone en 2012, faisant dire aux comédiennes que voile ou silicone, les femmes sont toujours dans le désir de l'homme.

Le mariage pour tous marque un progrès mais comme son nom l'indique il concerne les deux sexes.
Les progrès sont pointés mais il reste beaucoup à faire encore dans les années 2010. Les chiffres ne font plus rire. Une femme violée toutes les 7 minutes. On a prôné en 1970 le partage des travaux domestiques mais ce n'est qu'en 1996 qu'on affirma le principe du salaire égal pour un travail égal, sans pour autant l'appliquer puisqu'en 2016 les salaires des femmes sont, à travail égal, inférieurs de plus d'un quart à ceux de leurs homologues masculins.
Il y a encore un bout de chemin à faire pour devenir non pas identiques, mais égaux et complémentaires. Encore avancer et surtout ne pas reculer. Le féminisme doit rester actif mais il peut être drôle et c'est une des qualités de ce spectacle qui a été très applaudi par un public mixte.

Je n'ai d'ailleurs pas entendu une seule critique de la part des hommes. Ce spectacle provoque un enthousiasme et des émotions partagés. Le texte est intelligemment féministe, humain, très humain, et d'un humour très élégant. Il est proposé à la sortie. Le jeu des comédiennes sert le sujet à la perfection.

Et pendant ce temps Simone veille!
De Trinidad, Bonbon, Hélène Serres, Vanina Sicurani et Corinne Berron
Mise en scène et Création lumière : Gil Galliot
Avec Trinidad, Fabienne Chaudat, Agnès Bove, en alternance avec Anne Barbier et Serena Reinaldi
Direction musicale : Pascal Lafa
Textes chansons: Trinidad
Au Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles 75017
01. 42. 93. 13. 04
Jusqu'au 26 Juin 2016
Du mardi au samedi 21h
Le dimanche à 15h

Vous pourrez la voir cet été en Avignon.
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont ©Jogood

lundi 9 mai 2016

Célibataire longue durée de Véronique Poulain

On pourrait ranger le roman de Véronique Poulain parmi les romans féminins. Il est plus que cela : féministe et drôle.

Célibataire longue durée est annoncé comme un premier roman. c'est tout de même le second livre de Véronique. J'y ai retrouvé la même énergie que celle qui l'avait poussée à écrire Les mots qu'on ne me dit pas.

Son inspiration est sans doute ici moins autobiographique, encore qu'elle porte la même initiale que son héroïne, que comme elle  elle a été secrétaire de star et a été licenciée, ce qui leur fait au moins trois points communs.

Admettons néanmoins que l'on a entre les mains un roman qui a dépassé le stade du récit. Peu importe puisque je l'ai adoré, littéralement.

À la veille de ses cinquante ans, Vanessa Poulemploi, la bien nommée, dresse un bilan catastrophique : Tout le monde autour de moi est mort. (...) C'est pas bon d'être avec moi. Ça porte malheur. (p. 14)

Elle va devoir relever un quadruple défi : se remettre d'une lourde opération chirurgicale, trouver du travail, un sens à sa vie et... se marier. Autant vous dire que ce n’est pas gagné.

Vanessa réagit comme elle a été formatée pour le faire, en faisant des projets et quand la situation devient vraiment désespérée elle passera aux listes. Oubliant au début du roman la dépression qui ne la terrassera que quelques jours, elle se jettera dans l'achèvement d'un roman et lancera des plans. Si, si , si ... avant de renoncer à l'un comme aux autres : anticiper, c'est se faire chier deux fois. Je décide donc que le principe de réalité n'existe pas, que le plaisir triomphera et que ma vie sera conforme au rêve que je m'en fais. (p. 87)

Elle expérimente l'amour virtuel et ses déconvenues. Elle essaie la Pole dance et ses courbatures. Elle expérimente Pôle Emploi et ses humiliations. Vanessa goûte à tout et attrape indigestion sur indigestion. En bref trouver un mec ET un nouveau métier à plus de 50 ans semble missions impossibles. elle comprends qu'on ne peut pas tout faire à tout âge, surtout au sien.

Elle a eu beau minimiser sa fonction, elle est retoquée par Pôle Emploi qui lui conseille plutôt de faire jouer son réseau, comme si elle n'y avait pas pensé toute seule. Le problème c'est que Vanessa est toujours restée à sa place. Transparente. (p. 43)

Faible et lâche à la fois. Elle confie à sa psy qu'elle en a marre d'être deux personnes à la fois. La Vanessa qui se prend pour Miss Monde, grande gueule et fonceuse. Et l'autre la serpillière, qui s'écrase comme une merde, qui courbe l'échine jusqu'à lécher la moquette (...) qui est en colère contre elle et se trouve pathétique. (p. 33)

Les difficulté font vaciller Vanessa comme vous et moi. La grande différence c'est que si elle tombe bas elle se relève assez vite. Sa plume virevolte, ne craignant pas les idées folles nourries par une vitalité qui devient contagieuse. Véronique a la capacité de faire sourire et rire, ce qui est rare en littérature. Son livre pourrait être prescrit par la médecine, avec une efficacité garantie supérieure à une tablette de P... ou à une dizaine de séances chez un psy. L'investissement est autrement plus rentable.

Son héroïne cinquantenaire est animée d'une vitalité hors du commun, c'est vrai, mais elle peut être contagieuse. On a toutes un peu de Vanessa en nous. Il suffit de l'écouter : Je n'ai pas besoin de partager ma vie avec un homme, j'en rêve, j'en ai envie, mais pas besoin. (p. 172)

Ce n'est pas la psy qui va trouver la solution. Heureusement, les copines existent. Et Greta vaut de l'or.

Véronique Poulain confirme jusqu'au dénouement la naissance d'une auteure qui va compter. J'espère que rien ne l'arrêtera sur cette lancée.

Célibataire longue durée de Véronique Poulain, Stock, en librairie depuis le 4 mai 2016

dimanche 8 mai 2016

Je l'appelais Monsieur Cocteau

Quelques notes de piano, sans doute une des Gymnopédies de Satie.

Bérengère Dautun est dans la peau de  Carole Weisweiller. Elle raconte la première fois qu'elle se trouve face à celui qu'elle appellera toute sa vie "monsieur Cocteau". La scène se passe en 1949 à l'occasion du Silence de la mer. 

Carole n'a que 7 ans et demi et la "vraie" rencontre marque le début d'un coup de foudre d'amitié entre Cocteau et sa mère, Francine, épouse d'un banquier, qui fut l'amie, la muse et la mécène de l'artiste. Il séjourna souvent, de 1950 à 1962, dans sa villa Santo-Sospir à Saint Jean Cap Ferrat et dont il décora tous les murs.

Des vidéos des fresques réalisées par le poète à la villa montrent sa manière de travailler, très vite, à même le mur, sans croquis préalable, d'une main qui n'hésite jamais, en diluant la poudre dans du lait pour fixer la couleur. Difficile de croire qu'il ne se mit à peindre qu'à 60 ans.

La comédienne revient sur cette période et la présence discrète mais efficace de Guillaume Bienvenu devant ou derrière une toile qui fait figure de miroir, fait revivre l'éternelle, le charme et la fraicheur du poète : mon bonheur est simple, j'aime aimer.

On comprend son mode de fonctionnement, prêt à tout pour se faire aimer, puisqu'il ne s'aime pas lui-même. Il doute de tout : il n'y pas d'amour, que des preuves d'amour.

Le spectacle nous apprend aussi combien Cocteau détestait tous les aspects matériels de la vie. A travers ce récit on se dit qu'il n'a pas davantage su défendre ses possessions que sa réputation. Il avait pourtant les mots pour encourager l'enfant : Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi.
Ce qui est original c'est de réussir à souligner combien la poésie de Cocteau était celle de l'enfant qu'il est resté. Rien d'étonnant à ce qu'il ait été si bien compris par Carole qui l'a connu quand elle était très jeune : il avait l'air d'avoir enfilé par mégarde la peau d'un adulte.

On voit aussi l'église de Villefranche où le monde entier défila pour admirer le sanctuaire de sa mythologie.

Je savais combien Pablo Picasso s'était mesuré à Matisse mais j'ignorais sa rivalité avec Cocteau.

Bérengère Dautun a réalisé une adaptation très fine et sensible, bien servie par la mise en scène sobre et pudique de Pascal Vitiello avec lequel elle a l'habitude de travailler. C'était lui qui l'avait mise en scène dans Comtesse de Ségur, née Rosopchine qui sera repris en mars 2017 dans ce même studio Hébertot.

Je l'appelais Monsieur Cocteau
Adaptation de Bérengère Dautun
d’après le roman de Carole Weisweiller
Mise en scène de Pascal Vitiello
Avec Bérengère Dautun et Guillaume Bienvenu
Au Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles 75017
01. 42. 93. 13. 04
Du mardi au samedi à 19h
Le dimanche à 17h

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Lot.

samedi 7 mai 2016

La Crêperie des Druides à Saint-Brieuc (22)

Lors de mon séjour dans les Côtes-d'Armor j'ai juste traversé Saint Brieuc, ville de la plume et du pinceau, (les soies de porc) mais j'y suis restée suffisamment pour apprécier une crêperie authentique. C'est une bonne adresse.

Je croyais bien connaître crêpes et galettes, ne serait-ce que parce que j'ai eu l'occasion d'en manger quand j'étais  en vacances sur la côte Sud.  Mais aussi parce que nous avons tout de même la chance à Paris d'avoir plusieurs établissements spécialisés dans le quartier de Montparnasse. Je pense en particulier à Josselin.

Le patron de m'a fait découvrir la galette de pomme de terre, comme celle que faisait sa grand-mère. Il a quitté il y a trois ans la banlieue parisienne où il travaillait dans le secteur culturel pour se lancer dans l'aventure de la restauration et il propose une cuisine de terroir simple mais inventive, et surtout avec des produits de qualité.

Ce qui surprend en premier quand on pousse la porte de son établissement c'est le côté "comme à la maison". On se sent immédiatement invité comme dans une famille. Stéphane a mis en scène des objets qui appartenaient à ses grands-parents sans surcharger l'espace.

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