samedi 7 novembre 2020

Sauveur & Fils Saison 6 de Marie-Aude Murail

Nous voilà déjà rendus au tome 6 alors que la quatrième de couverture promet un septième opus. Comme le temps aura passé vite depuis cette fin de l'année 2016, quand les lecteurs de France Télévision ont décerné une pépite à Marie-Aude Murail au Salon de la Littérature Jeunesse de Montreuil. On peut dire qu’ils ont eu du nez.

Sauveur Saint-Yves est un colosse au prénom prédestiné pour lui donner envie de sauver, si ce n’est le monde entier, en tout cas les patients qui s’adressent à lui, et principalement des enfants qui sont presque tous en recherche d’identité et de modèle. Il est donc devenu psychologue clinicien par vocation et si l’auteure nous rappelle au fil des épisodes quelles sont les règles déontologiques de la profession on s’aperçoit que cet homme en enfreint plusieurs et qu’il a surtout beaucoup de mal à régler ses propres problèmes. Bref, il est humain et c’est (aussi) ce qui nous le rend si sympathique.

Il y a toujours un hamster en couverture, dans une posture positive. Si cette fois celui-ci navigue sur un bateau de papier le nom de Redoutable est de bonne augure. C’était a priori un étrange choix que de donner un tel animal comme compagnon pour les enfants qui vivent au 12 rue des Murlins. Sa durée de vie excédant rarement deux ans, il s’avère judicieux car il offre la possibilité d’évoquer régulièrement l’indispensable travail de deuil que nous devons tous faire à propos de personnes disparues ou de projets échoués. Marie-Aude aurait cependant pu retenir le chat car on s’aperçoit dans cette saison 6 qu’elle en connaît un rayon sur le sujet (page 235).

On apprend toujours beaucoup de choses en lisant chaque épisode, la plupart du temps complété en fin d’ouvrage par plusieurs pages de précisons sur le vocabulaire employé. Avec celui-ci j’en sais plus sur la PNL (p. 39, la folie et le déni (p. 284) et surtout sur la caractérologie (p. 74). J’ai d’ailleurs interrompu ma lecture pour faire moi-même le test du MBTI, et bien m’en a pris. Je me connais mieux, ce qui me fait désormais apprécier l’injonction de Socrate, Connais-toi toi-même.

Ce livre est conçu pour se lire indépendamment des précédents mais il me semble que le lecteur en tirera un bénéfice moins important. On s’attache aux personnages et on est pressé de connaître leur évolution, d’autant que leurs soucis sont très caractéristiques de ceux qui animent les adolescents et dont jusqu’à présent on parlait peu comme l’homosexualité ou la transition de genre, deux sujets qui tiennent particulièrement à coeur à l’auteure qui est tout autant soucieuse de laisser la réalité sociale pénétrer ses ouvrages. Ainsi les Gilets jaunes ne sont pas absents de ce numéro.

Elle a depuis toujours une capacité d’écoute et de recyclage hors du commun des confidences qu’elle glane lors de ses rencontres avec des jeunes. On peut la suivre lorsqu’elle donne des conseils pour lutter contre la dépression engendrée par notre époque (p. 256). Et quand je lis son effarement à propos de l'addiction des enfants aux réseaux sociaux je crois l’entendre s’exprimer à haute voix. La série n’est pas née seulement de son imagination mais surtout du recueil de témoignages.

Je suis bien curieuse de savoir comment les Saint-Yves vont traverser l’année suivante. Quel sera le sexe de l’enfant dont Louise accouchera ? Comment sera le bébé de Frédérique ? Qu’adviendra-t-il de la romance entre Gabin et Alice ? Comment évoluera la santé de la grand-mère de Grégoire et celle de Koslo  ? La saga a beau naviguer entre la pure fiction et le vraisemblable on se surprend à y croire et à se sentir un peu de la famille, surtout à l’approche des fêtes de fin d’année puisque le roman se termine à cette période, ... en 2018 tout de même.

Je suis aussi très impatiente de savoir si Jovo sera épargné par le virus. Et si la crise sanitaire affectera le travail du praticien au point de l’amener à exercer en téléconsultation ? J’ai peur qu’il nous faille patienter jusqu’à la saison 8 pour apprendre en quoi la Covid aura bouleversé leur vie.

Sauveur & Fils de Marie-Aude Murail à l'Ecole des loisirs, à partir de 13 ans
Saison 1 parue en avril 2016
Saison 2 parue en novembre 2016
Saison 3 parue en mars 2017
Saison 4, parue en  janvier 2018
Saison 5, parue en septembre 2019
Saison 6, en librairie depuis le 19 août 2020

La photo de Marie-Aude Murail a été prise en avril 2016 à l'occasion de la publication du premier tome.

jeudi 5 novembre 2020

En vol ... premier album de Julia Paris

On l’attendait depuis la fin de l’été. Son premier album a commencé à circuler depuis presque un mois.

Julia Paris est une jeune auteure/compositeur, également interprète, dont j'ai fait connaisssance en juin dernier et à qui j'ai alors consacré un portrait.

Cette jeune femme volontaire poursuit son objectif de faire rêver et voyager son public, mais elle le fait en toute sécurité car en cette période de crise sanitaire on ne saurait circuler autrement qu’en imagination.

Elle est Safety Pilot depuis qu’elle a 18 ans. C'est donc sans grande surprise que j'ai découvert le titre qu'elle a choisi en toute légitimité pour son album, En Vol.

Pas davantage de constater qu'elle avait tourné le clip du premier morceau Il suffisait de rien dans un hangar de l’aérodrome de Reims en évoluant devant un avion d’entraînement militaire L-39 Albatros (même si c'est sur des jets Citation II SP et des King Air 200 qu'elle compte plus de 500 heures de vol).

On la voit évoluer en compagnie de la danseuse Alice Valentin-Kermorvantportant avec distinction un tailleur pantalon noir, furieusement classe et moderne d'Admise Paris.

L'album, qui se compose de cinq nouveaux titres, inclut également, en versions française et italienne, Fugue en Italie que nous avions découvert cet été.

Julia est une femme fidèle. Elle célèbre avec force ses Amis (piste 2). Naturellement, elle a travaillé avec la même équipe, notamment le compositeur Yacine Azeggagh dont les arrangements sont toujours aussi élégants pour exprimer un univers musical qui correspond à la jeunesse de son tempérament empreint de mélancolie.

On pourrait voir une rupture avec l'identité visuelle épurée créée par le photographe Emanuele Scorcelletti pour illustrer le clip, tourné en noir et blanc (un choix dont l’artiste italien a fait sa spécialité et qu'il privilégie ici aussi en passant de l'image à la vidéo) tant il contraste avec les couleurs de Fugue en Italie. Il faut toutefois noter que si Fugue était une chanson estivale, En Vol arrive à la fin de l'automne et méritait totalement une atmosphère dégageant plus de mystère et de pureté.
Julia démontre qu’on peut être jeune et ne pas manquer de souvenirs. Ni de constance puisqu’on retrouve son amour pour les paysages du sud, en particulier de la Provence. Et puis, c'est sans doute un détail, mais elle a conservé le chapeau qui lui va si bien et qui pourrait devenir légendaire.

Elle nous enchante avec son brin de voix léger mais il suffit d'écouter avec attention les paroles pour comprendre qu'elle nous offre une ode à la liberté, et pas uniquement dans Permis d'aimer (piste 5). En toute logique pour la créatrice du label Productions Liberté.

En Vol, interprétation et paroles Julia Paris
Composition et arrangements Yacine Azeggagh
Disponible sur toutes les plateformes de streaming depuis le 9 octobre
Plus d'informations sur le site de l'artiste

Les photos des pochettes sont de Emanuele Scorcelletti et de Caroline Moreau

mardi 3 novembre 2020

Le livre que je ne voulais pas écrire d'Erwan Larher

C'est un des livres que je ne voulais pas lire, pour des raisons ultra-personnelles qui n'ont rien à voir avec l'auteur. J'avais fait la connaissance d'Arnaud Lahrer et j'avais éprouvé d'emblée à son égard une sympathie qui relevait de l'évidence.

Cette soirée de l'attentat du Bataclan avait failli me coûter la vie et il est probable que je me suis sentie bêtement coupable d'avoir eu le bon pressentiment, de ne pas aller dans ce quartier ce soir-là, et d'être toujours en vie. Réaction stupide, mais humaine.

Il s'est trouvée, trois ans après sa sortie, une main amie pour glisser ce livre dans la mienne, de main. J'ai encore résisté quelques semaines. Et puis, alors que la France était englué dans le confinement (depuis le 28 octobre 2020) je ne pouvais plus décemment m'y soustraire.

Dès le début, je fus surprise par la façon dont me "parlent" les références musicales. Le Köln concert me renvoie dans un autre temps, au milieu d'autres souvenirs, mais en tout cas cela instaure une proximité avec l'auteur, ce que, précisément je devais redouter.

Arnaud Lahrer passe du "il" au "je" puis au "tu". S'il se met ainsi à toutes les places c'est peut-être qu'il s'interroge sur sa place, en toute logique puisqu'il ne voulait pas écrire ce texte. C'est aussi que soudain il n'existe plus que par un fil. Le "je" est dissous. Il l'écrit clairement (p. 66). Il donne aussi la parole -dans une sorte d'hommage pluriel- à tous les protagonistes possible, jusqu'à la quasi photographie des messages publiés sur son fil Facebook (p. 71) et même jusqu'au dernières lignes qui sont offertes comme une dernière confidence.

Il a l'humour chevillé au corps. Qu'il exerce de diverses manières. Dès la couverture où l'on peut voir un objet étonnant et néanmoins légitime. Il y a des choses auxquelles on tient, nous adultes, et qui remplissent une fonction proche de celle du doudou pour un enfant. Lui, c'était cette paire de santiags qu'il ne va pas accepter avoir perdues (ou pire qu'on la lui ai volée) cette nuit là.

Le texte qui figure sur la quatrième de couverture témoigne de son art de la dérision :
Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain.
Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

Quand on est extraverti comme je suppose qu'il l'est, ce doit être très difficile de résister à l’appel de la page blanche, je ne dirais pas du clavier puisqu’il est de notoriété publique qu’il écrit à la main, d’une écriture pointue et nerveuse, ponctuée de multiples !  .... dont le livre, une fois édité, est plutôt parfaitement nettoyé.

J'ai été surprise de ne pas lire de lien de cause à effet entre ce qu'il désigne sous le mot de "mésaventure" et le titre du roman qu'il venait de publier, Marguerite n'aime pas ses fesses. C'est en effet dans le postérieur que la balle est venue se loger.

La langue dans laquelle il s'exprime est particulière. Et c'est ce qui fait qu'il est un auteur qui compte. Il n'a pas de tabous pour exprimer ses angoisses, surtout celle de ne plus re-bander. Il ne cache pas sa crainte des effets secondaires des médicaments (p. 196). Il n'hésite pas à rouvrir le dossier entre Voltaire et Rousseau et à reprendre les arguments en faveur de chacune de leurs théories et analyse la situation politique et le contexte des attentats d'une manière qui donne à réfléchir (p. 226).

Il réfute la position du survivant et de la culpabilité qui pourrait y être associée (p. 232).

La littérature n'arrête pas les balles. Il le démontre, preuves à l'appui (p. 237). Il n'empêche. Le livre que je ne voulais pas écrire est essentiel. Il est à lire ... et les autres aussi.

Erwan Larher est né à Clermont-Ferrand – hasard d’une affectation militaire paternelle. Un jour, suite à ce qui pourrait ressembler à une crise de la trentaine, il quitte l’industrie musicale dans laquelle il travaille pour se consacrer à l’écriture. Mais continue à écouter du rock avec plein de guitare dedans, écrire des paroles de chansons, des séries TV et jouer au squash. Récemment, il s’est aussi lancé dans la déraisonnable aventure de réhabiliter un ancien logis poitevin du XV° siècle pour en faire une résidence d’écriture.

Après Qu’avez-vous fait de moi ? et Autogénèse (Michalon, 2011, 2012), il a publié L’Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013 et 2015), puis Marguerite n'aime pas ses fesses (Quidam Editeur, 2016). 

Le livre que je ne voulais pas écrire d'Erwan Larher, Quidam éditeur, août 2017
Prix Millepages 2017

mercredi 21 octobre 2020

Drunk de Thomas Vinterberg

Je crois qu’il ne faut pas trop en dire, choisir un axe et s'y cantonner en tournant autour sans chercher à intellectualiser le propos.

Si en danois le titre original est Druk (sans "n"), ce qui signifie "beuveries" le distributeur a choisi pour la France un terme qui ne laisse pas supposer une erreur orthographique. On connait tous la signification du mot Drunk qui veut dire ivre.

Drunk raconte une histoire d'amitié entre Martin, Tommy, Peter et Rektor, qui vont malheureusement être aveuglés par la confiance qu'ils ont les uns envers les autres, jusqu'à la folie. La bande des quatre décide de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une (soit-disant) rigueur scientifique, chacun relève le défi et tous espèrent que leur vie n’en sera que meilleure. Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

Thomas Vinterberg a déclaré que "les scènes se déroulent, la caméra observe, mais ne dicte pas l’action". Le réalisateur danois insiste sur le fait que son film serait censé être le plus proche possible d'une réalité crue et sans artifices comme il l'avait déjà filmée dans Festen, son deuxième long métrage qui lui valut la reconnaissance de la profession.

Catalogué drame dans certains programmes, étiqueté comédie dans d'autres, ce long métrage navigue effectivement entre les deux extrêmes. Il est parfois d'une drôlerie absolue comme il peut virer au cauchemar le plan suivant. Parmi les moments amusants il y a la soirée d’anniversaire eau versus champagne 2013, une des premières scènes du film.

Mais ensuite le dérapage est poignant. Comment résister à l'argumentation bien connue, est-il raisonnable d’être sage ? Tu manques de confiance ... Et surtout à l'envie de goûter, juste un peu. Les gros plans sur le visage sont bouleversants, les mises au point annoncent l'imminence d'un basculement. Soudain il boit vite… et il passe au Bourgogne 2011 qu’il avale presque goulument.

Certaines scènes m'ont davantage choquée que d'autres. A commencer par la première montrant des jeunes étudiants devant faire le tour d'un lac en trimbalant des caisses de bouteilles de bière... qu'ils devront bien entendu ingurgiter. Je n'y ai pas vu le plaisir de s'amuser. Et apparemment quelques adultes de la communauté éducative partagent mon point de vue puisque la proviseure promet en matière d'alcool une tolérance zéro au prochain semestre.

C'est sans compter la théorie que les enseignants veulent expérimenter, d'abord sur eux, puis, occasionnant des dégâts collatéraux sur un élève à qui l'un d'eux suggère de boire avant ses examens oraux. La théorie en question a bel et bien été formulée le psychologue norvégien Finn Skårderud. On connait la vertu -si je puis dire- de l'alcool de calmer certaines angoisses mais on sait tout autant combien ses effets peuvent être catastrophiques et destructeurs.

Le réalisateur invoque le comportement de personnages célèbres, bien connus pour leur consommation abusive d'alcool comme Churchill ou Hemingway. On remarque que personne ne résiste mieux, qu'on soit prof de psychologie, de sport ou de chant.

Le réalisateur use avec intelligence des images floues et des ralentis en coupant le son pour symboliser la perte de conscience provoquée par l'ivresse puis par le coma éthylique. L'alcool est indéniablement un faux ami. Alors ne suivons pas leur exemple en cherchant à battre le record de Sazerac dont je vous dirai juste qu'il n'est évidemment pas le plus vieux cocktail au monde. 

J'ai voulu voir la toute fin comme étant positive (un baptême, une renaissance...), qui nous est offerte dans un élan de spontanéité. J’imagine qu’on peut l’interpréter de façon plus noire, mais je n’en ai pas envie. L'actualité est suffisamment sombre pour éviter d'en rajouter.
L'interprétation de Mads Mikkelsen dans le rôle de Martin est sans surprise, époustouflante. Mais ses partenaires lui donnent la réplique avec brio.

Au-delà de l'alcoolisme le film nous alerte sur le phénomène addictif. Dans son ensemble, le monde scientifique le considère comme une combinaison biopsychosociale, traduisant la rencontre entre un produit plus ou moins nocif, un individu plus ou moins vulnérable et un environnement plus ou moins incitateur.

Il a fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020. Thomas Vinterberg est un grand habitué du festival depuis qu'il a gagné le Prix du Jury pour Festen en 1998. En 2012, il a remporté le Prix du Jury œcuménique pour La Chasse. Il avait en 2013, assumé la fonction de président du jury de la sélection Un certain regard.

Drunk de Thomas Vinterberg
Avec Mads Mikkelsen (Martin), Thomas Bo Larsen (Tommy), Lars Ranthe (Peter), Susse Wold (Rektor)

vendredi 16 octobre 2020

Crise de nerfs, 3 farces de Tchekhov, mise en scène de Peter Stein

(mise à jour le 10 décembre 2020)
S'il y a bien des personnes qui peuvent légitimement faire une crise de nerfs ce sont les artistes et tous ceux qui sont touchés par le couvre-feu annoncé il y a 48 heures. 

Pourtant ils les ont solides, les nerfs, et Jacques Weber en a fait la démonstration en estimant à la fin de la représentation de mercredi que la situation n'était pas si catastrophique que cela. Le théâtre a résisté à tout et est resté vivant, alors s'il y a d'autres horaires ... (long silence, soupir) démerdez-vous !

Nous nous quittions rassurés, prêts à venir les applaudir en plein après-midi ou même le matin, pourquoi pas. Ce que les salles de cinéma d'avant-garde avaient réussi à faire n'était pas inaccessible aux salles de spectacle. On allait s'adapter de part et d'autre du "quatrième mur".

C'était sans compter l'aggravation de la situation qui allait contraindre les lieux culturels à fermer et à repousser sans cesse leur réouverture comme cela se murmurait déjà dans les cercles du pouvoir.

J'espère que vous pourrez bientôt aller savourer, le terme n'est pas trop fort, ces trois farces de Tchekhov qui constituent un ensemble très cohérent dans lequel Jacques Weber tient le premier rôle, je devrais écrire "les premiers rôles". Il n'est pas tout seul puisque Loïc Mobihan lui donne la réplique dans Le chant du cygne et dans Une demande en mariage. Et Manon Combes les rejoint dans cette dernière pièce.

Il n'empêche qu'il nous offre depuis le 22 septembre trois superbes numéros d'acteur, dans des registres très différents. Heureux sont ceux qui comme moi ont pu assister à une représentation. C'est du grand théâtre.
C’est assez étonnant d’avoir choisi Le chant du cygne pour commencer. Quoique à la réflexion il est plutôt astucieux d’y aller decrescendo en terme de pessimisme. Cela permet de finir la soirée dans les rires.

On comprend vite que l’on est censé être dans un théâtre vidé de ses spectateurs (ce qui hélas est prémonitoire, mais on l’ignore à cette heure). Le comédien se dit tranquille comme Baptiste, mais il crâne un peu. Je pique un roupillon, les spectateurs sont partis depuis longtemps.

On se rend compte qu’il est ivre. Sa voix résonne. On pourrait diminuer l’effet de réverbération. Jacques Weber n’a guère besoin de cet artifice pour faire passer l’émotion. Celle que suscite le désarroi d’un homme se retournant in extremis sur son passé. C'est noir et froid comme dans une cave, une fosse noire sans fin comme une tombe. La vie, elle a passé, juste un peu, 55 ans que je me voue à la scène et je la vois de nuit pour la première fois.
En compagnie de son souffleur qui n’a pas d’autre endroit où passer la nuit, celui qui a été autrefois tant encensé mesure la dégringolade que représente la vieillesse. La prise de conscience est terrible. Elle pourrait s’appliquer à toute personne ayant vécu dans les honneurs et le comédien nous la fait toucher d’un simple mouvement de la main.

Tour à tour envahi par le rôle du Roi Lear, d’Hamlet ou d’Othello, il se consume sous la musique d’un film de Chaplin. Avec un talent immense.
Le voilà qui revient, presque méconnaissable, en vieux prof conférencier qui cherche à nous faire croire qu’il médite et même parfois qu’il se risque à écrire des articles "quasiment" scientifiques sur Les méfaits du tabac dont il nous livre un extrait d’une voix quasi emphysémateuse. Il est au bord de s’effondrer et nous sommes ravis de son jeu d’acteur car on sait bien que c’est pour de faux, comme disent les enfants.

Je ne me souviens pas avoir vu Jacques Weber dans un rôle aussi allumé, à la fois follement pathétique et diablement drôle.

A l’instar de la farce précédente on est face à un homme malheureux et meurtri mais c’est une autre facette de la déchéance qui nous est donnée à voir. Le problème est devenue chronique et on ne peut qu’approuver le personnage d’espérer qu'on se sauve de cette vie à deux sous
La dernière est la plus joyeuse. Je la connaissais pour l’avoir vue, curieux hasard, interprétée par Emeline Bayart, laquelle joue et met en scène en ce moment dans ce même théâtre On purge bébé 🎶 
Je voulais m’interdire toue comparaison mais le texte est si bien ficelé que c’est un bonheur de le réentendre. Le jeu des comédiens est très physique, se répondant en miroir. On ne peut qu’adorer ce moment. On finit par ne plus avoir envie de compatir pour cet homme qui nous dit pourtant être le plus malheureux du monde. Car ce malheur là, ce soir, a fait notre bonheur.
Crises de nerfs3 farces d'Anton P. Tchekhov, mise en scène de Peter Stein
Avec Jacques Weber, Manon Combes et Loïc Mobihan
Scénographie Ferdinand Woegerbauer
Assistante à la mise en scène Nikolitsa Angelakopoulou
Costumes Anna-Maria Heinreich
Graphiste Cyrille Julien
Au Théâtre de l'Atelier
Place Charles Dullin - 75018 Paris - 01 46 06 49 24
Se renseigner sur les nouveaux horaires tenant compte du confinement et du couvre-feu

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Maria-Letizia Piantoni

jeudi 15 octobre 2020

On purge bébé 🎶 de Georges Feydeau, mis en scène par Emeline Bayart

Quelle atmosphère hier soir devant le Théâtre de l'Atelier où chaque spectateur a conscience que c'est peut-être une des dernières fois avant longtemps qu'il se rend au théâtre à un horaire "classique".

C'est en effet ce soir là que le gouvernement va annoncer de nouvelles mesures pour lutter contre la propagation du Covid.

Mais avant cela, place à la comédie avec On purge bébé 🎶 dont la présentation vient d’avoir lieu devant le public parisien, après une création au théâtre Montansier de Versailles. J’ajoute qu’une longue tournée est d’ores et déjà prévue, avec notamment pour étape le Théâtre Firmin Gémier La Piscine de Chatenay-Malabry (92) qui est un des co-producteurs.

L’ouvreuse n’insiste plus longuement sur les interdictions d’usage du téléphone portable. Ce sont les restrictions sanitaires qui priment, la dernière étant la recommandation de sortir, à la fin du spectacle, comme les avions, par l’arrière, en commençant par le dernier rang et de nous répartir ensuite rapidement sur l’ensemble de la place Charles Dullin en évitant les attroupements. Une atmosphère de clandestinité s’installe subrepticement. On se croirait dans une scène du film Le Dernier Métro.

Encore heureux d’assister à une comédie. Cela va nous détendre.

Le décor n’est pas engageant à première vue. Un voile en masque l’essentiel derrière une chaise de velours bleu, abandonnée de travers au bord de la scène. Je remarque à Cour, sur un piano droit (qui sera un des éléments essentiels du spectacle), une Tour Eiffel qui me parait incongrue mais dont la présence va se justifier dans quelques instants.

Emeline Bayart n’est pas aussi célèbre que ce monument mais je pense pouvoir dire qu’elle sera bientôt reconnue comme une grande actrice comique. Il est tentant, en l’écoutant chanter, simplement vêtue d’un déshabillé peu flatteur alors qu’elle est ce qu’on appelle "une belle femme", d’y voir une sorte d’acte de bravoure. Elle sait tout faire. Jouer bien sûr, chanter évidemment, et aussi mettre en scène, comme elle le démontre avec cette pièce de Georges Feydeau, appartenant au répertoire du vaudeville.

Elle m’avait épatée il y a deux ans, au cinéma, dans le rôle-titre du film de Bruno Podalydès, Bécassine. Je l’avais déjà fort appréciée l’année suivante au Poche Montparnasse où elle jouait Tchekhov à la Folie dans la mise en scène de Jean-Louis Benoît (une des farces sera d’ailleurs interprétée plus tard sur cette même scène par Jacques Weber dans la soirée au cours du spectacle Crise de nerfs). Je devais ensuite l’entendre chanter mais la crise a tout bouleversé.

Dans On purge bébé 🎶 elle interprète les chansons en direct et sa voix a une belle amplitude. La première célèbre la Tour Eiffel, d’où la présence de la statuette, que son personnage juge magique. La comédienne déclenche des cascades de rires quand le monument est qualifié d’obélisque à l’instar de la colonne de la Place Vendôme. Rien ne lui "arrive à la cheville" fait-elle remarquer à son époux Daniel, en sous-entendant des allusions coquines à sa virilité.

Les dialogues aussi nourrissent les rires. Par exemple à propos de la définition suivante : De la terre entourée d’eau, c’est de la boue ou une île ? On ne trouve rien dans ce dictionnaire se plaindra le mari qui estime que n’y figure que ce dont on n’a pas besoin. J’ai essayé de m’en tirer par la tangente, avouera-t-il.

Madame Follavoine n’est pas moins caricaturale, elle qui justifie d’avoir une bonne au fait que tant qu’elle la regarde elle lui sert (sous-entendu à quelque chose). Elle revendique être "femme d’intérieur, bonne ménagère, ... parce qu’on ne sait jamais dans la vie si on aura toujours des gens pour nous servir".

Au-delà de ses jugements à l’emporte-pièce, c’est surtout son caractère hystérique qui la caractérise et son amour démesuré pour son fils sans doute trop chéri, qu’elle appelle toujours Bébé (Valentine Alaqui, qui est aussi la bonne) et qui a tout de même sept ans. L’enfant est, on l’aura deviné, parfaitement caractériel. L’enfant chéri serait atteint de constipation, une situation avec laquelle il ne faut jamais plaisanter, insiste la mère, en appuyant lourdement sur le "a" du mot constipation. Et comme elle est tordante quand elle mime d’avaler de l’huile de ricin !

Le mari (Éric Prat) est pressé de conclure avec monsieur Chouilloux (Manuel Le Lièvre) un marché portant sur la vente de pots de chambre pour tous les soldats de l’Armée française, auxquels le gouvernement a promis un vase de nuit personnel gravé à son matricule, dans l’objectif d’améliorer leur sort. Le temps passe et sa femme déambule toujours en nuisette, pas gênée pour un sou alors que la perspective d’être étiquetée comme femme du marchand de pots de chambre ne lui convient pas du tout.

Les rebondissements s’enchaînent en multipliant les paradoxes. Jusqu’à l’invitation du client avec sa femme, et l’amant de celle-ci, comme si l’adultère "au grand complet" appartenait aux convenances.

Le jeu des comédiens est efficace, avec concours de grimaces, d’accents et de mimes. On chante, on se contorsionne et on s‘encouicouine. L’un mime parfaitement la colique et l’autre le désespoir.

On pense à une autre pièce de Feydeau, Mais ne te promène donc pas toute nue, qu’interpréta Arletty. On songe aussi à Jacqueline Maillan. Bref, on passe un bon début de soirée. Et on en a bien besoin.

On purge bébé 🎶 de Georges Feydeau
Mise en scène d'Emeline Bayart
Avec Éric Prat, Émeline Bayart, Manuel Le Lièvre, Valentine Alaqui, Thomas Ribière, Delphine Lacheteau et Manuel Peskine (piano et arrangements musicaux)
Scénographie et costumes de Charlotte Villermet et Lumières de Joël Fabing
À partir du 13 Octobre au Théâtre de l'Atelier
Place Charles Dullin - 75018 Paris - 01 46 06 49 24
Se renseigner sur les nouveaux horaires tenant compte du confinement et du couvre-feu
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Caroline Moreau

mercredi 14 octobre 2020

La Scala inaugure la Piccola Scala et présente le fauteuil d'artiste #6 signé par Elika Hedayat

Je suis revenue à La Scala pour découvrir la Piccola Scala et, à écouter la présidente et le directeur général,  Mélanie et Frédéric Biessy s’exprimer avec flamme, je retrouve exactement l’atmosphère de l'ouverture de l'établissement après l'immense chantier de rénovation des lieux.

Avant de descendre voir cette nouvelle salle (et je vous montrerai au passage des photos des loges que j'avais prises il y a quelques mois) j'ai envie de vous rapporter la manière dont le directeur présente la 6 ème installation qui trône dans le hall.

Il aime dire qu’il arrache un fauteuil à la salle pour le porter dans l’atelier d’un artiste qui en fera une œuvre d’art. En fait l’objet provient d’une réserve ou sera commandé chez le fournisseur quand le stock sera épuisé.

Ce dernier a été imaginé par Helika Hedayat, qui est une artiste iranienne qui connaît la Scala depuis le début de l’aventure (et réciproquement) et son œuvre a été conçue pour la réouverture après le confinement. Elle décline le "mode Scala » comme jamais jusque là. Elle était bien entendu venue voir les œuvres précédentes, lesquelles sont en photo dans l’escalier qui permet d’accéder à la grande salle.
Son titre, Abyssal, lui a été inspiré par le parallèle qu’elle fait entre notre monde et le cosmos, à travers sa perception du corps humain. Elle a imaginé une installation triptyque qui inclut deux vidéos loops de 30 à 40 secondes qui sont projetées en boucle chacun des murs qui se trouvent de part et d’autre du fauteuil, lequel est placé devant un dessin représentant une connexion de neurones (photo ci-dessous).
Je remarque que les fauteuils se ferment et s’ouvrent ... à l’instar d’une bouche et je ne suis pas surprise des titres des œuvres ... Sur la droite, un coeur se déploie sur un fauteuil (Monologue).
Sur la gauche des poissons sautillent d’un siège à l’autre (Dialogue).
Et au centre, bien entendu "le" fauteuil dont la découverte est hypnotique.

jeudi 8 octobre 2020

Un cadeau particulier de Didier Caron

Nous sommes dans un appartement stylé. Un sac enrubanné est posé ostensiblement sur une sellette. Ce cadeau particulier va dynamiter la soirée. Sur une petite table, attendent une bouteille de champagne et deux flûtes. Un fauteuil de velours. Un cactus derrière une porte coulissante vitrée évoque un balcon.

Éric (Didier Caronva fêter ses cinquante ans. Sabine (Bénédicte Bailbyson épouse dévouée a préparé une soirée en tout petit comité, car Éric n’aime pas les grands raouts. Gilles (Christophe Corsand), son meilleur ami — mais également son associé (et peut-être plus encore bientôt ...) — sera le seul à y être convié.

Ses filles Léa en Australie et Émilie aux États-Unis vont lui souhaiter une bonne soirée chacune à leur manière. On sent bien quelle est la préférée et de ce coté là le père n'est pas au bout de ses surprises.

Avant de passer à table pour déguster un bon coq au vin, Sabine et Gilles lui offrent ses cadeaux. Celui de son épouse le comble de joie… mais quand il déballe celui de Gilles le public découvre que c’est un livre (je ne vous en dirai pas plus) datant de 1923, un bel ouvrage dans lequel il est censé se retrouver mais qui provoque sa fureur.

Ce livre serait-il censé faire passer un message ?

Estomaqué, Eric lâche : Mais pourquoi m’offres-tu ça ?! avant de reconnaitre que C’est surtout le geste qui compte. Et justement, ce choix l'agace car il est justifié par le fait que depuis deux ans il est vu comme un gentil avec du caractère, en réalité un despote qui a horreur de la contradiction, quasiment un dictateur.

De déconvenues en révélations explosives, la soirée va alors s’avérer des moins paisibles …et le balcon sera souvent utile pour se réfugier quand l'atmosphère est à l'orage. Car Eric ne compose pas : il fait 100% la gueule.

Les surprises vont s'enchainer, preuve que Dickens avait raison d'affirmer : Chaque homme est pour son prochain un mystère et un secret. Sabine surprendra l'auditoire avec ses fantasmes. La jalousie marquera la conversation. Les jardins secrets seront saccagés et chacun se retrouvera à découvert à la fin de cette soirée très pimentée qui se terminera sur l'air de La mauvaise réputation de Georges Brassens.

A bien des égards j'ai pensé à la pièce Le prénom qui, avec moins de personnages, était elle aussi ponctuée de retournements de situations.

A l'approche des fêtes de Noël ce spectacle à l'humour décapant aura la vertu de mettre en garde les spectateurs contre les choix de cadeaux qui se veulent subtils autant que contre la manière d'annoncer de grandes nouvelles.

Un cadeau particulier de Didier Caron
Mise en scène Didier Caron et Karina Marimon
Avec Bénédicte Bailby, Didier Caron, Christophe Corsand
A partir du 24 septembre 2020
Du mercredi au samedi à 19h ou 21h (en alternance)
Les dimanches à 18h
Au Funambule Théâtre - 53 rue des Saules - 75018 Paris - 01 42 23 88 83
Production Le Funambule et Des Histoires de Théâtre

mercredi 7 octobre 2020

Au forceps, de et avec Pierre Devanne, Mélanie Le Duc et Mélanie Surian

C'est quoi être adulte ? La question, apparemment simple, est posée régulièrement sur le plateau, et finalement aussi aux spectateurs qui ont autant de mal que les comédiens à trouver la "juste" réponse. 

À partir de ce questionnement, trois êtres se construisent in vitro sur le plateau, avec malice, amusement et un grain de folie. Abordant la question du passage à l’âge adulte sans jamais donner de leçon ou de "recette", le spectacle vient interroger les spectateurs et s’amuser des bricolages et arrangements que chacun fait pour se construire en réponse à la famille, à l’autre et à la société.

Il ne faut pas perdre de vue que Au forceps est un spectacle conçu pour un jeune public (à partir de 12 ans), et pourtant il intéressera une large audience en raison de la qualité du jeu des acteurs, de leur manière si alerte de partager leurs interrogations, de l'équité avec laquelle ils se donnent la réplique (en toute logique puisqu'ils l'ont écrit de concert) et bien entendu aussi à cause du sujet.

Il y a un côté Auguste dans ce spectacle qui a un rythme fou, un jeu très physique, et qui intègre le chant et la danse.

C'est courageux de plancher sur ce thème alors que les gens s'inquiètent tant pour leur devenir. La crise sanitaire, promise comme temporaire, s'incruste et bouleverse nos certitudes. Elle provoque aussi en cascade des situations catastrophiques au plan économique. Les aléas climatiques n'arrangent rien. Etre adulte ce serait assumer tout cela avec courage et détermination en cherchant des solutions aux différentes problématiques, et surtout en faisant en sorte qu'elles soient mises en oeuvre. A ce compte là on dénombrerait très peu d'adultes dans la population.

Voilà donc un spectacle qui devrait être programmé largement sur une longue tournée. On peut penser que le texte évoluera au fil du temps, intégrant les réponses du public. Même s'il est très abouti, sa gestation est sans limite.

Je reste sceptique sur le titre qui, pour moi, évoque quelque chose de douloureux (et je suis sûre qu'il en est de même pour de nombreuses femmes) alors que ce spectacle est tout sauf négatif.

Ancien lavoir de la fin du 19ème siècle, Le Lavoir Moderne Parisien est devenu un théâtre en 1986 et reste à ce jour l’unique théâtre du quartier de la Goutte d’Or. Pendant plus de 30 ans, il a été un lieu de culture et de rencontres artistiques pluri-disciplinaires avec une orientation fortement marquée vers les jeunes auteurs. Ses murs ont accueilli de nombreux talents tels Joël Pommerat, Valère Novarina, Koffi Kwahulé, Hubert Koundé, Maïmouna Gueye, Mathieu Boogaerts, Abd Al Malik, Youssou N’Dour, Alain Mabanckou, Les têtes raides…   Il est dédié à la création contemporaine en demeurant résolument ancré sur son quartier. Son pari est de faire confiance aux jeunes compagnies, de promouvoir et de produire des formes et des écritures nouvelles.

Au Forceps
Écrit, mis en scène et joué par Pierre Devanne, Mélanie Le Duc et Mélanie Surian
Scénographie Suzanne Barbaud
Lumière Mathilde Malard
Création sonore Francis Meunier
Produit par Cie À Tout Va ! Avec le soutien de Ecclo
En partenariat avec l’Espace Michel Simon, ATD Quart Monde, MPT Champy, le Département 93
Au Lavoir Moderne Parisien - 35, rue Léon - 75018 Paris - 01 46 06 08 05
Du 30 septembre au 4 octobre
Du mercredi au samedi à 19 heures
Dimanche à 15 heures

dimanche 4 octobre 2020

La folle et inconvenante histoire des femmes avec Diane Prost

Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas des choses qu’elles n’existent pas. La phrase qui s’affiche sur l’écran. donne le ton de la pièce au public qui va découvrir l'histoire des femmes sous un autre angle que purement historique.

Les trois principales femmes qui sont aux commandes sont formidables : Laura Léoni pour l'écriture, Laetitia Gonzalbes pour la mise en scène (et les lumières) et l'exceptionnelle Diane Prost pour interpréter tous les rôles avec une justesse qui n'exclut pas l'humour et le décalage.

Elle campe les unes est les autres en faisant de son costume une utilisation quasi géniale.

Le spectacle commence par une introduction qui situe la position de la narratrice, tenant à préciser qu'elle a découvert son homosexualité à 11 ans et que son coming-out a bien failli être meurtrier à la fois à l’égard de sa mère et de son père.

Elle semblait très proche de sa grand-mère (qui repose sur scène, à cour, dans un cercueil de bois blond) dont elle admire l'investissement sur l'histoire des femmes, sujet auquel elle a consacré un épais ouvrage qui pèse lourd, prévient-elle en ajoutant qu'elle est restée insomniaque et névrotique et surtout pleine d'interrogations.

Elle avoue que ses personnages féminins sont parfois inventés mais que par contre la violence qu’elles ont subies a bien été réelle. Elle entend dénoncer les mensonges qui sont récurrents.
Je ne voudrais pas trop en raconter car cette Folle et inconvenante histoire des femmes mérite d'être découverte entièrement. J'ai encore appris plein de choses qui m'ont choquée. Par exemple le reproche légitime d'Olympe de Gouges disant avoir peut-être mal compris mais estimant que la Déclaration des droits de l'homme était forcément erronée puisqu’elle n'incluait nulle part de droit de la femme. Elle sera guillotinée.
Comme elle est méprisante cette phrase de Rousseau : L’amour a été inventé par les femmes pour permettre à ce sexe de dominer, alors qu’il était fait pour obéir. Je savais parfaitement que le Code civil de Napoléon était monstrueux de misogynie mais il est toujours utile de le rappeler.

Les scènettes s'enchainement alertement avec beaucoup d’humour, déclenchant parfois des rires, mais l'émotion n'est pas très loin. Elle prend à la gorge à la fin -comme à chaque fois que je l'entends- avec la chanson Debout les femmes ... à l'instar de la pièce Les années, mise en scène par Jeanne Champagne.

La comédienne trace alors On est la mémoire sur des feuilles posées sur le rebord de la scène, et on se fait chacune la promesse de poursuivre ce travail. Par exemple en amenant ses enfants au théâtre (à partir de 12-13 ans).
La folle et inconvenante histoire des femmes de Laura Léoni
Mise en scène (et lumières) Laetitia Gonzalbes
Avec Diane Prost
Du mercredi au samedi à 19h ou 21h (en alternance)
Le dimanche à 20h
Relâches : 24-25-31 décembre et 1er janvier
Au Funambule Théâtre - 53 rue des Saules - 75018 Paris - 01 42 23 88 83

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Chloé Nicosia

jeudi 1 octobre 2020

Ornithorama, un livre pour découvrir et comprendre les oiseaux chez Helvetiq

J'ai feuilleté une version numérique d'un ouvrage dont le titre est une promesse d'exhaustivité dans l'univers passionnant des oiseaux. Si je l'ai trouvé très bien conçu, et d'une clarté remarquable, j'ai cependant été déçue de ne pas pouvoir l'utiliser comme outil de reconnaissance d'espèces qui se trouvaient dans le jardin où je me trouvais.

Ce livre, organisé par habitat, dresse malgré tout le portrait de 80 oiseaux européens qui sont facilement observables dans nos contrées.

Chaque portrait est illustré de façon réaliste, indiquant les spécificités de chaque oiseau, de la taille et la couleur de ses oeufs à son alimentation, en passant par sa migration et même sa longévité. J'ai ainsi été surprise de me rendre compte qu'elle est souvent d'une quinzaine d'années.

Ce livre illustré est accessible aux enfants à partir de 8 ans et peut s'enrichir d'activités supplémentaires à télécharger gratuitement : coloriages, jeu de memory, portraits inédits etc.

J'imagine facilement des soirées enfiévrées à poser en famille des colles sur les habitudes des différentes espèces, à l'instar d'un Trivial Pursuit. Par exemple de citer trois oiseaux migrateurs, de donner une des espèces les plus petites, ou les plus grandes, parmi lesquelles le mâle se distingue le plus de la femelle, quel oiseau est capable réellement de dormir d'un seul oeil et pourquoi (le canard colvert pour rester vigilant sur d'éventuels dangers), comment un goéland s'y prend-t-il pour déguster un crustacé (en lâchant la carapace au-dessus d'un rocher pour qu'il se brise), comment pêche le martin-pêcheur (il attrape le poisson dans son bec, revient se poser sur une branche, l'assomme d'un coup sec avec son bec et l'avale tout rond), où le héron cendré construit-il son nid (au sommet de grands arbres où il fonde une héronnière)...

Il est illustré par Lisa Voisard qui est une graphiste et illustratrice lausannoise. Depuis 2016, elle produit des objets décoratifs tels que des illustrations encadrées, des créations textiles et des cartes postales. En tant qu’amoureuse de la nature, elle aime s’inspirer des animaux et des plantes. Feuilletons son ouvrage qui fourmille d'anecdotes :


Il est publié chez Helvetiq, une maison d’édition lausannoise fondée il y a une dizaine d'années par Hadi Barkat, qui, à un peu plus de 40 ans se définit comme une sorte de Géo Trouvetou du monde contemporain de l’édition.

Editeur de livres et de jeux de société à Lausanne, ce créateur insatiable conçoit Helvetiq avant tout comme une maison d’idées : J’en ai beaucoup, trop même. Je note tout dans un carnet, je les laisse reposer et je me bouge pour celles qui me restent en tête!

Hadi Barkat incarne un peu ce personnage de fiction, inventeur prolifique, créé par Disney. Pour lui, pas besoin de "nididé" avec trois corbeaux qui lui grattent le crâne, ses idées de livres ou de jeux lui viennent directement de son quotidien et une part de lui-même se glisse toujours dans ses projets. Rien d'étonnant à ce qu'un livre sur les oiseaux figure désormais à son catalogue qui comprend désormais une soixantaine de jeux et une quarantaine de livres, tous édités en français, en anglais et en allemand et distribués dans 30 pays.

Ornithorama - découvre et observe le monde merveilleux des oiseaux, de Lisa Voisard, Ed. Helvetiq, en librairie le 2 octobre 2020.

mercredi 30 septembre 2020

Derrière ses mots de Marie-Laurence Willemart

J'ai eu très envie de lire Derrière ses mots parce que ce roman aborde le sujet d'une correspondance entretenue sur Internet, comme démarre le livre de Stéphanie Dupays Comme elle l'imagine que j'avais tant aimé, et en craignant malgré tout une (petite) déception comme je l'avais ressentie avec le fameux et immense succès remporté par Quand souffle le vent du nord, écrit par Daniel Glattauer.

En outre je suis particulièrement attentive aux premiers romans, ce qui est le cas ici, et j'estime que Marie-Laurence Willemart signe un ouvrage bien écrit, intelligemment construit. Je l'ai lu presque d'une traite, en ayant constamment envie de connaitre la suite d'une aventure qui n'est au final pas ordinaire du tout.

À bientôt quarante ans, Emma a une vie banale, rythmée par son travail et ses enfants. Jusqu’au jour où cette maman divorcée rongée par la solitude entame une correspondance sur Internet avec un homme qui ravive peu à peu la flamme intérieure qu’elle avait laissée s’éteindre. Qui est ce correspondant mystérieux qui se cache derrière le pseudo "Last Sorrow" ? Emma aimerait le découvrir, mais il refuse de la rencontrer et lui fait promettre de ne pas tomber amoureuse car il affirme avoir "perdu le droit d’aimer". Intriguée, vite passionnée, Emma décide malgré tout de partir à sa recherche. Et en plongeant dans des secrets qui dépassent tout ce qu’elle aurait pu imaginer, elle va remettre en question leur histoire naissante. Car la vie de cet homme est construite sur un mensonge qui pourrait tout faire voler en éclats... Pour écrire l’avenir, il faut faire la paix avec le passé.

Après Les lettres d'Esther, j'ai le sentiment d'être en ce moment un peu "abonnée" aux romans épistolaires. Voilà un des hasards de ma vie de lectrice. Et je suis donc sensible à ceux qui ne cessent de jalonner le parcours d'Emma.

Le roman est publié depuis quelques semaines mais cette web love story (p. 112) est censée commencer en 2012, ce qui me semble être particulièrement original pour l'époque, mais ce n'est qu'un détail.

L'intrigue a beau être complexe, elle est totalement crédible et on croit immédiatement que la relation ne sera pas que "épistolaire" comme l'espère lui-même le héros masculin (p. 50).

J'ai beaucoup aimé la présence d'expressions anglaises, ce qui à la réflexion ne m'étonne pas puisque j'ai appris que Marie-Laurence Willemart avait passé une partie de sa vie professionnelle dans le secteur du textile (où travaille Emma ... ) avant de décider de changer de vie en enseignant l’anglais. Elle doit bien connaitre Londres car elle fournit au lecteur de précieuses indications. J'ai ainsi appris que Top Shop, sur Oxford Street était " le temple de la fringue branchée" (p. 85).

Je ne serais pas étonnée qu'elle ait aussi expérimenté les références de Bed and Breakfast et de pub qu'elle donne pour Burley (p. 145).

On remarque aussi quelques traits d'humour. Par exemple avec l'allusion au PDA comme disent les Américains quand ils croisent quelqu'un qui ne sait pas rester sous le contrôle (Public Demonstration of Affection p. 223). Par contre j'ai regretté que le livre se termine par un flash-back explicatif qui aurait pu figurer à une autre endroit. Mais que cela ne vous empêche pas de vous y plonger.

Derrière ses mots est son premier livre, un roman sensible sur les rencontres offertes par la vie. Je lui souhaite de poursuivre et j'ouvrirai avec intérêt le prochain.

Derrière ses mots de Marie-Laurence Willemart chez City Editions, en librairie depuis le 19 août 2020

mardi 29 septembre 2020

A l'abordage d’Emmanuelle Bayamack-Tam, mise en scène de Clément Poirée

Louise Grinberg et Elsa Guedj
Voilà un spectacle qui m’a enthousiasmée. J’aurais pu avoir une idée précise de ce qui allait m’attendre si j’avais reconnu l’auteure.

Mais connaissant Emmanuelle Bayamack-Tam sous le nom qu’elle emploie lorsqu’elle publie en littérature jeunesse, à savoir Rebecca Lighieri, je n’avais absolument pas imaginé que c'était elle qui avait écrit la pièce; et pourtant j'ai songé à elle plusieurs fois en raison notamment de la préoccupation écologique exprimée par les personnages. J'avais particulièrement pensé à un de ses derniers romans pour la jeunesse, Eden, paru à l'Ecole des loisirs.

Le dispositif quadrifrontal permet de multiplier par 4 le nombre de premiers rangs et la visibilité est maximale pour davantage de spectateurs. Il est particulièrement adapté à la situation sanitaire parce que, du coup le public n’est pas pénalisé par l’obligation de s’écarter les uns des autres. Je me suis interrogée sur cette disposition. Était-elle intentionnelle pour assurer de meilleures places à plus de personnes ? En tout cas cet espace plus clos est à propos.

Un voile léger occulte pour partie la vue de ce qui se passe sur scène alors que le public entre dans la salle, le plaçant en position de voyeur et lui donnant envie que ces rideaux soient tirés. Je dois dire que, ajouté à la buée qui occulte soudain les lunettes (à cause du masque) Je me suis sentie en plein brouillard ....

Sasha (Louise Grinberget Carlie (Elsa Guedjse sont introduites dans une communauté très fermée où une sorte de gourou impose l’interdiction d’aimer, imposant un voeu de chasteté, la méditation et la permaculture. Seulement voilà, Sasha est immédiatement tombée amoureuse d’un jeune homme, Ayden (David Guez), et elle est prête à tout pour obtenir le droit de l’approcher. Le séduire ne sera ensuite qu’une formalité.

Son amie Carlie est quant à elle totalement épatée par le cadre : Tu sens comme on respire bien ici : le buis, le potager bien tenu, la mousse ... Mais Sasha n'écoute pas. Elle est obnubilée par son désir : Je vais leur apprendre l’amour ! À l’abordage ! Et pas de quartier !

Voilà, le cri de guerre est lancé. Et même les multiples clins d'oeil tombent à propos, par exemple l'affirmation "l'amour au premier regard, ça existe" (qui peut faire allusion à l'émission de télé-réalité reprenant cette expression) ou les paroles de la chanson de Mike Brant Laisse-moi t'aimer. Ou encore, et c'est un moment très beau, l'interprétation de Be My Baby (août 1963) écrite par Phil Spector, Jeff Barry et Ellie Greenwich et chantée à l'époque par The Ronettes, qu'Elsa Guedj interprète admirablement.

On se sent en phase avec le parti-pris, fut-il osé. On ne peut que l’approuver : Oui l’avantage de l’amour est que tu deviens expert sur le champ. Autrement dit, aimer donne des ailes. Et quand on aime on ne regarde pas aux moyens. L'amour est un parcours qui s'apparente à une randonnée. Le choix des costumes est donc pertinent. Et on verra combien Hanna Sjödin est inventive dans le domaine.

Les deux jeunes filles sont confrontées à des personnes qui ont une toute autre vision de la vie. Pour qui, l’abstinence n’est pas une mode mais une façon de respecter le temple de nos corps. On comprend qu’on va assister à de multiples échanges de type passing-shots. Et on se délecte d'avance.

L’auteure a une écriture très fluide. Les dialogues sonnent juste. Les double sens font écho aux doubles jeux des personnages sans jamais choquer ou verser dans le ridicule. En toute logique puisque Clément Poirée, le directeur de la Tempête, avait demandé à l'auteure de concevoir sa version du Triomphe de l'amour de Marivaux en en reprenant les grandes figues et les archétypes. A l'exception d'Arlequin (François Chary) qui encouragera d'enterrer nos vies de vieux garçons confinés, les noms des personnages ont été modifiés mais le parallèle est souvent évident.
Et c'est dans une langue d’aujourd’hui qu'Emmanuelle Bayamack-Tam propose une relecture jubilatoire de l’utopie formulée trois siècles avant, une mise à l’épreuve de la philosophie d’Hermocrate devenu Kinbote (Bruno Blairet). Un triomphe de nos corps désirants, l’amour inconditionnel comme horizon. La question étant de comment conquérir son désir et gagner sa liberté. Et c’est une interrogation universelle.

Clément Poirée a raison de dire qu'au final il s'agit du triomphe de la jeunesse, au sein d'un monde qui considère qu'il n'y a pas de salut hors de la mise à l'abri. Je recommande donc d'aller voir ce spectacle en famille ... et puis de débattre ensuite de l'existence de l'amour.

A l'abordage d’Emmanuelle Bayamack-Tam, mise en scène de Clément Poirée
Avec Bruno Blairet, Sandy Boizard, François Chary, Joseph Fourez, Louise Grinberg, Elsa Guedj et David Guez
Scénographie Erwan Creff
Lumières Guillaume Tesson assisté d'Edith Biscaro
Costumes Hanna Sjödin assistée de Camille Lamy
Création au Théâtre de la Tempête
du 11 septembre au 18 octobre 2020

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Morgane Delfosse

lundi 28 septembre 2020

Les lettres d'Esther de Cécile Pivot

J'ai beaucoup aimé Les lettres d'Esther alors que je ne suis pas très fana, en général, des romans épistolaires qui très vite m'ennuient parce que je me sens mise de côté.

Honnêtement il est souvent rasoir de suivre les échanges quand ils sont limités entre deux personnes, malgré tout l’intérêt que l’auteur peut avoir tenté de distiller entre les lignes. Y compris par exemple avec le fameux et immense succès remporté par Quand souffle le vent du nord, écrit par Daniel Glattauer.

Il n'en est rien avec le livre tricoté par Cécile Pivot parce qu'il y a plusieurs protagonistes, de tempéraments très différents, ce qui ouvre autant de possibilités de styles, et de manières d’écrire.

En souvenir de son père, Esther, une libraire du nord de la France, ouvre un atelier d’écriture épistolaire. Ses cinq élèves composent un équipage hétéroclite : Jeanne une vieille dame isolée, Juliette et Nicolas un couple confronté à une sévère dépression post-partum, Jean un homme d’affaires en quête de sens et Samuel un adolescent perdu qui depuis un an prend les choses comme elles viennent.
À travers leurs lettres, des liens se nouent, des coeurs s’ouvrent. L’exercice littéraire se transforme peu à peu en une leçon de vie dont tous les participants sortiront transformés, y compris l'initiatrice du projet.

Du coup il ne s’agit pas complètement d’un roman épistolaire, comme on a eu l’habitude d’en lire. Ici on ne s’ennuie jamais. Et l’auteur se permet aussi de mettre en quelque sorte du liant entre les morceaux puisqu’elle ne s’interdit pas de nous donner son point de vue sur la manière de vivre de ses personnages. C'est très intéressant qu’il y ait autre chose que les lettres même si l'ajout de cette voix apportant des parenthèses entre elles a dû compliquer ce qu'on pourrait désigner comme une "post-production" au moment d'architecturer définitivement l'ouvrage.

Le personnage d'Esther annonce malgré tout au début qu'elle fera progresser chacun en écriture, et c'est logique puisque c'est un atelier. L'auteure occulte néanmoins cet aspect, en n'intégrant jamais les corrections de l'animatrice, ce qui en fin de compte allège le roman dont le propos n'est pas d'étudier comment progresser en écriture. Elle se limite à quelques indications, comme par exemple en pointant les répétitions de Samuel, ou l'emploi des adverbes par Jean. Cela étant on remarque au fil des lettres que ces travers s'atténuent.

Cécile Pivot a d'autant eu raison de procéder ainsi que Esther étant elle aussi une des participantes à l'atelier il aurait été très compliqué de lui faire changer de casquette entre chaque courrier. La libraire souligne elle-même la difficulté de prendre garde à séparer notre conversation de ce qui a trait stricto sensu à l’écriture (p. 23).

Ce qui est véritablement passionnant c'est de voir les personnages vivre et évoluer comme dans une pièce de théâtre. Chacun a de grosses difficultés dans la relation à l'autre et Esther a raison de croire profondément qu’on peut se reconstruire avec l’écriture (p. 22) à condition bien sûr de ne pas s’écrire pour rester à la surface des choses et se parler franchement (p. 28).

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