vendredi 12 décembre 2014

Le service de pédiatrie générale de l'Hôpital Necker – enfants malades fait peau neuve

Entre le mois d'avril et celui de novembre 2014, treize illustrateurs de l'Ecole des loisirs se sont succédés bénévolement (cela mérite d'être tout de même souligné) pour transformer les murs du Service de pédiatrie générale de l’Hôpital Necker-Enfants malades, AP-HP, à Paris.

C'est Nathalie Brisac, responsable de la communication de la maison d'édition, qui a été la cheville ouvrière de ce beau projet. Elle a transmis le souhait d’embellir les couloirs du service de pédiatrie aux illustrateurs, qui se sont portés immédiatement volontaires.

Le pari était osé. Les couloirs sont infinis, il était facile de s'y perdre. On m'a raconté (parce que je n'ai depuis quelque temps, et fort heureusement d'ailleurs,  aucun motif médical qui me pousserait à aller dans cet hôpital) que lorsque les artistes ont découvert les lieux, ils ont été impressionnés par le labyrinthe de couloirs. Ils ont souhaité aider les patients et leurs parents à mieux s’orienter.

Je connais la plupart de ces illustrateurs, soit personnellement, soit par l'intermédiaire de leurs ouvrages. Ce sont Stephanie Blake, Isabelle Bonameau, Pascale Bougeault, Dorothée de Monfreid, Malika Doray, Bénédicte Guettier, Kimiko, Alan Mets, Lucie Phan, Claude Ponti, Audrey Poussier, Anaïs Vaugelade et Myrha Verbizh.

Pour assurer une continuité et une cohérence dans l'espace, ils ont imaginé un épais ruban bleu, courant sur les murs et reliant les dessins les uns aux autres. Tel le fil d'Ariane, ce chemin guide les enfants, laissant apparaître ici ou là un éléphant sous la douche ou un lapin amoureux.

Au vu du résultat on peut imaginer qu'il ne va plus y avoir de problème de repérage pour les grands comme pour les petits. Point n'est besoin de savoir lire ou comprendre le français pour apprécier.

Une petite vidéo a été réalisée pour l'occasion et qui sera en quelque sorte une visite guidée de cette performance qui a été menée sans suspendre l'activité du service. Vous pourrez aller la visionner en suivant le lien.

les chariots de soins font bon ménage avec ceux des artistes peintres. Vous comprendrez mieux pourquoi Stéphanie Blake estime qu'elle est venue dans cet l'hôpital "pour de bonnes raisons", mettre un peu de gaieté et faire sourire des enfants en les allégeant du poids de leurs frayeurs.

Je vous invite à cette sorte de visite guidée où vous repérerez ... par exemple Simon, le lapin, super-héros du quotidien, farceur et espiègle, de Stephanie Blake, et les personnages loufoques et un peu gringalets d'Alan Mets. Kimiko abrite une grenouille sous un parapluie. Cette ancienne styliste franco-japonaise déploie un univers aux couleurs chatoyantes. Malika Doray aussi a placé une grenouille. On retrouvera aussi Carbu, le chat de Myrha Verbizh, dont la soeur Alyssa, a écrit les textes de leurs deux premiers albums, Trucmuche à poils et Biglouche. Les souris d'Audrey Poussier. Un des cochons de la famille Quichon, élevé par Anaïs Vaugelade. Un dinosaure de Dorothée de Monfreid.

D'autres personnages sont plus insolites, sous le pinceau de Lucie Phan, un âne de Bénédicte Guettier et il y aura peut-être aussi Mam’zelle, la pie délicate de Pascale Bougeault qui a croqué des souris. Je dois dire que je n'ai pas vu la fresque achevée. Ce qui est certain c'est que la bande de poussins farceurs de Claude Ponti aura investi plusieurs pans de mur. Isabelle Bonameau, a choisi elle aussi des poussins même si ce ne sont pas les mêmes.

Le travail a été immense. Il n'empêche qu'on souhaite que d'autres services hospitaliers reprendront cette idée.

mercredi 10 décembre 2014

Fruits et légumes de Delphine Brunet chez Solar

100 recettes gourmandes dans un livre foisonnant d'astuces pour employer les fruits et les légumes de la pointe de la racine au bout du bout de la feuille.

Delphine Brunet se souvient de son père chantant les paroles de Brassens : Tout est bon chez elle, y a rien à jeter ... Mais sait-elle que le poète l'a composée en hommage à  sa mère qui disait cela à propos des salades de son jardin ?

Delphine passe tout à la casserole : pulpe, chair, racines et trognons, tiges, cosses, fanes, épluchures ... rien ne part à la poubelle, exception faite des morceaux qui seraient dangereux comme les feuilles de rhubarbe. Elle en dresse la liste à la fin de son livre pour ne pas entraîner ses lecteurs à prendre des risques.

Desserts, sirops et confitures côté sucré, carpaccios, pickles, chips et pesto côté salé, on trouve des idées simples et originales pour sublimer ce que l'on ne daignait même pas considérer jusque là.

Ce livre est un hymne à la nature, une incitation à la gourmandise, et une occasion de faire des économies puisque dorénavant on ne jettera plus grand chose dans nos poubelles.

Le livre s'organise au rythme des saisons. Chaque fruit ou légume fait l'objet d'une photo légendée, orientant le lecteur vers les diverses utilisations possibles, de la plus classique à la plus originale.

On trouvera bien entendu des recettes qui n'ont rien de surprenant, ce en quoi l'auteur ne démérite pas. Mais il y a aussi des recettes étonnantes, comme celle des pelures de kiwi confites (page 32) ou la soupe de cosses de fèves (page 108). Les photos sont rustiques, dans un décor très simple qui excite l'appétit.

Ce qui est certain c'est qu'un livre comme celui-là risque de bouleverser vos réflexes alimentaires. Je dis "vos" parce que pour ce qui me concerne je suis depuis longtemps une adepte du 100%. J'ai développé une série de recettes sous la rubrique de la "cuisine de la récupération" et j'ai même animé des ateliers sur ce thème au dernier Salon de l'agriculture. L'idée n'est pas neuve mais elle a encore beaucoup de chemin à faire.

Un ouvrage comme celui-ci est précieux pour changer les mentalités.

Fruits et légumes de Delphine Brunet chez Solar, parution 6 novembre 2014

mardi 9 décembre 2014

Sophie a les boules, c'est écrit par Sylvie Bourgeois

Sylvie Bourgeois l'affirme comme une évidence : J’écris parce que j’écris.

Elle a conçu le personnage de Sophie à son image.  Sylvie l'aime bien. Ses lecteurs aussi. Des hommes, justement, qui ont entre 20 et 70 ans. Ils sont aussi nombreux que les femmes à l’apprécier. Et pas des moindres, la féministe Antoinette Fouque l'adorait, Jean-François Kahn aussi, pour ne citer qu'un homme et une femme. L’éventail est large.

Sylvie va faire le bonheur de tout le monde puisqu’elle a décidé de relancer la série. Il va donc y avoir de nouveau "des" Sophie. Le pluriel est une évidence.

Ils étaient plus de 200 à fêter la sortie du dernier opus, Sophie a les boules. Un joli jeu de mots en cette période de fêtes, mais surtout une sorte de cri d’alarme.

Sylvie a conscience de s’inscrire dans un marché de niche, plus anglo-saxon que continental. Dans ses livres les choses sont dites, les dialogues sont justes, les femmes sont attachantes, ou plutôt "attachiantes" … comme dans la réalité dit Sylvie en souriant.

Qu’on soit homme ou femme, on s’y retrouve si on a envie de lire quelque chose de divertissant.

Vous aurez compris que Sylvie n’écrit pas pour ceux qui veulent vivre par procuration et qui espèrent un happy-end à la manière des romans à l’eau de rose du siècle dernier.

Je surfe sur la douleur. Je laisse apparaitre la faille, la rupture, mais sans m’appesantir. C’est dans ce compromis que la vie se situe.

Le message de Sophie est facile à décrypter : On peut s’en sortir si on est courageux. Parce que malgré les difficultés faut rester en vie. Du coup ses romans donnent la pêche. j'en ai plusieurs fois fait l'expérience.

Ses héroïnes (valables aussi pour le livre précédent, J’aime ton mari) offrent un modèle identificatoire positif. Elles montrent le chemin à toutes les personnes qui n’osent pas. D’ailleurs certaines trouvent la force de surmonter un souci et clament : hier j’ai fait ma Sophie ! Bientôt l’expression passera dans le langage courant.

Sylvie Bourgeois distille dans chacun de ses romans une certaine dose de parisianisme, des bribes d'analyse sociologiques (comme l'influence de facebook sur les relations humaines) et donne au passage les bonnes adresses du spot où réside momentanément son héroïne.

Sophie aura toujours quarante ans. Elle ne vieillira jamais. A chaque début de roman elle est fragilisée par une rupture amoureuse, soit subie, soit provoquée. Cette fois l'élément déclencheur est le désir de paternité de son compagnon. Sophie porte en elle une blessure qui ne cicatrisera jamais : le choc de la mort de sa mère suivi par le suicide de son père. Il y a de quoi développer la phobie de mettre au monde un être qui aurait le même destin.

Sylvie argumente en mots très justement choisis pourquoi Sophie redoute la maternité. Elle est loin d'opposer un refus égoïste et on constate à la lecture du roman qu'elle a beaucoup de complicité avec les enfants et qu'elle est capable de leur prodiguer une infinie tendresse.

Il n’y a jamais de suite. Chaque opus peut se lire indépendamment des autres. La seule répétition concerne son histoire familiale, et sa vie de la naissance à 25 ans, l’âge auquel elle a perdu ses parents. Et une phrase fétiche qu'elle envoie systématiquement par texto à un moment ou un autre. A vous de la dénicher !

Elle est fille unique, vit dans un milieu ni pauvre, ni riche. Elle a toujours travaillé en free-lance. C’est une femme libre, ni opportuniste, ni carriériste, qui met un point d'honneur à demeurer indépendante financièrement. Elle se situe dans l’humain. Ce qui lui importe c’est la relation qu’elle peut créer avec les gens dans l’instant. Elle s'exprime avec une franchise insensée, quitte à faire quelques dégâts collatéraux.

Sylvie a accepté de passer le test du questionnaire de Proust au nom de son héroïne :

Si Sophie était une couleur ? Elle hésiterait entre le bleu, pour la mer, et le rouge, pour la vie.
Si Sophie était une musique ? Arvo Part pour le coté contemporain et philharmonique.
Si Sophie était une ville ? La plus belle ville du monde, donc Paris.
Si Sophie était un animal ? Le lion, pour la crinière.
Si Sophie était un plat cuisiné ? Un soufflé au fromage.
Si Sophie était une qualité ? La bienveillance.
Si Sophie était un défaut ? L’impatience.
Quelles sont ses valeurs ? L'humour, la réflexion, la spiritualité.
Quelle serait sa devise ? Elle veut être humainement fréquentable.

Sylvie a répondu sans hésiter. On voit qu’elle est très proche du personnage qu’elle a créé. Elle a réussi à s'en faire une amie (page 123) en jouant son propre rôle dans le roman.

Elle répond à mes questions en tortillant une mèche de cheveux. Le geste me parait tout à coup signifiant. Je voudrais pouvoir poser mon carnet de notes et saisir mon appareil photo mais quelque chose me retient ... Je peste intérieurement une heure plus tard quand je découvre (page 13) que Sophie fait tourner ses cheveux entre ses doigts en téléphonant à son ami.

L’oxymore de la couverture est intentionnelle avec une balance entre un titre connotant l'énervement et un visuel signifiant la recherche d'une zen attitude salutaire. L'emploi de la couleur rouge est récurrent sur les couvertures des livres de Sylvie. Son graphiste a l’habitude des affiches de cinéma. Il avait déjà fait celle du précédent roman.

Sylvie a déjà l'esprit porté vers les nouvelles aventures de Sophie. Elles sortiront en avril. La jeune femme retourne sur les rivages méditerranéens. Après Cannes, en , Sophie va cette fois investir Saint-Tropez, encore une ville que Sophie connait très bien puisque ce fut le décor d'un film dont elle a co-signé le scénario, Les Randonneurs à Saint-Tropez, sous la réalisation de Philippe Harel, sorti en 2008.

Il y aura désormais le livre d’été et le livre d’hiver. Je la taquine en lui demandant si le suivant ne sera pas Sophie à N... Impossible, cette ville n’est pas assez "particulière". Les paris sont donc ouverts pour les prochaines destinations de Sophie.

Sophie a les boules, de Sylvie Bourgeois, chez Adora, décembre 2014

lundi 8 décembre 2014

Une soirée en mode Alsace

Si je vous dis Alsace vous penserez sans doute costume folklorique, poteries, nappe à carreaux rouges et blancs, cigognes, bretzels, choucroute et vin blanc.

Les plus informés évoqueront des images plus précises : une coiffe impressionnante,  un moule à kouglof de Soufflenheim, le quartier de la Petite France, l'atmosphère des Winstub, l'écomusée d'Ungersheim, une assiette de spätzele, des schnecks, des navets au sel et un Pinot gris.

Nous y voilà ... que savez-vous des vins d'Alsace ? Ils ne sont pas tous blancs, même si ce soir ce sont eux qui étaient en vedette. Huit vignerons avaient quitté leur terroir pour faire découvrir un de leurs crus dans une ambiance festive.

Ils ont investi les Docks – Cité de la Mode et du Design pour une soirée En Mode Alsace ! Et j'en reviens.
C'est face à la Seine et au son d’un DJ Set que j'ai re-découvert des vins que ma mémoire olfactive avait un peu oubliés, j'en conviens.
L'accueil a commencé, comme il se doit dans l'Est de la France, avec un crémant. Un AOC Crémant d'Alsace Chardonnay de la Cave de Beblenheim. Ce serait une offense que de vous en donner le prix (on est bien en dessous de 10 €). Je viens d'écrire un billet sur les Blancs de Noirs et je voudrais pas me contredire un peu. Disons que tout est question d'ambiance et qu'on peut vraiment se faire plaisir sans casser sa tirelire.
Les huîtres sont classiquement associées au Riesling (même si on peut choisir un Sylvaner frais, fruité et surtout très sec). La juste acidité de ce vin s'accorde avec les produits iodés, justifiant un buffet appelé "Face à la mer". Il était inattendu de le déguster en association avec des bouchées asiatiques. C'était très réussi.
 
Il reste qu'il y a tout de même de grandes tendances. Le Riesling demeure un vin que je qualifierai d'élégant : sec, propre, gracieux et équilibré. Sa finesse autorise de le servir aussi bien avec des crustacés qu'une volaille. Néanmoins il existe des nuances aromatiques très nettes. Par exemple celui du Domaine Dussourt, un AOC Alsace Riesling de Scherwiller 2011 est très différent de celui de la Maison Kuentz-Bas, un AOC Alsace Riesling 2012 "Trois Châteaux", question de terroir, d'ensoleillement, d'année ... et affaire de goût ensuite.
Chaque vin était proposé par deux maisons qui ont mis un point d'honneur à nous surprendre. Du coup je ne pourrais pas écrire (par exemple) qu'un Vendanges Tardives est plus aromatique qu'un Pinot Gris. C'est souvent vrai, mais ce n'est pas systématique. J'aime beaucoup les notes fumées typiques de ce cépage tout en rondeur et ses arômes de sous-bois. Celui du Domaine Schlumberger, un AOC Alsace Grand cru Kitterlé Pinot Gris 2010 est tout simplement magnifique. Mais l'AOC Alsace Pinot Gris Rosenberg 2011 du Domaine Barmès-Buecher n'a en rien démérité. L'un et l'autre ont été parfaits en association avec le foie gras, travaillé avec un chocolat noir.
Le Gewurztraminer est toujours très aromatique, Gewürz signifiant d'ailleurs épicé en Allemand. Il est fruité avec des arômes relevés de rose et de litchi, un bouquet très parfumé et fleuri qui a été mis en valeur avec un buffet aux saveurs ethniques pour nous faire voyager. L'AOC Alsace Gewurztraminer 2013 de Wolfberger a été particulièrement salué. Son caractère bio mérite d'être souligné.

Le second était un AOC Alsace Grand cru Bruderthal Gewurztraminer 2012 de Gérard Neumeyer.

Je ne dirai pas qu'un Vendanges Tardives n'est pas un vin exceptionnel. C'est toujours une valeur sûre pour celui qu'i n'a pas le loisir d'aller débusquer le cru et l'année qui fait la différence. L'AOC Alsace Grand Cru Zinnkoepflé Gewurztraminer  2012 de Jean-Marie Haag est plus que parfait, ne serait-ce que parce qu'il n'est pas surchargé en sucres.
Ce soir les jeux d’accord furent originaux et surprenants, y compris sur les desserts. Avec ces canapés à la pomme verte ... le Vendanges Tardives fut une tentation diabolique.
Le tour d'horizon ne fut pas complet, ce n'était pas l'objectif. Il faut tout de même savoir que si on remonte quelques siècles en arrière c'est le vin rouge qui était dominant en Alsace avec le Pinot Noir qui occupe désormais moins de 10 % des vignobles. C'est un vin élégant, riche en arômes de cerises.

Il y aurait aussi le MuscatEt enfin l'Edel, ou si vous préférez, l'Edelzwicker qui est un vin d'assemblage de pluiseurs cépages. On le sert en pichet et non en bouteille par tradition dans les Winstubs, c'est le nom qu'on donne aux bistrots en Alsace. Et comme vous pouvez le deviner il n'y a pas un mais de multiples Edel.

Après ce voyage mes préférences sont multiples mais je laisse à chacun le soin d'élire les siennes.

Les producteurs réitéreront sans doute ce type de rencontre l'an prochain. Je ne manquerai alors pas de l'annoncer. Le prix demandé pour la soirée (15,00€) était réellement très raisonnable au regard de la qualité des vins proposés et des buffets les accompagnant.
Les Docks - Cité de la Mode et du Design
34 Quai d'Austerlitz, 75013 Paris
Métro : Gare d'Austerlitz (5 minutes à pied), Quai de la Gare (5 minutes à pied), Gare de Lyon- sortie rue de Bercy (10 minutes à pied).

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de ZVARDON.

samedi 6 décembre 2014

Rencontre avec Mailys de Kerangal

Je ne m'inscris pas dans la famille des auteurs qui tout petits déjà savaient qu'ils allaient suivre le chemin d'écrivain. Ce sont des mouvements mystérieux qui poussent à écrire. J'étais une adolescente très dispersée. Ce qui me revient c'est que toujours la question des textes, d'études littéraires. Je viens d'une famille où on lisait.
Maylis de Kerangal a travaillé dans l'édition. Il ne s'agissait pas de romans mais de guides de voyage qu'elle commandait, qu'elle pouvait même réécrire. Mais en ne songeant alors pas du tout à la fiction, sauf à un moment d'éloignement, aux Etats-Unis, où il s'est trouvé qu'elle a eu alors du temps disponible : J'ai eu à la fois un lieu et un temps pour écrire. Ce fut conjoncturel. On mesure mal combien l'écriture est contrainte par des conditions de lieu et d'espace.

L'auteur de l'immense succès que fut Réparer les vivants est venue ce matin à la médiathèque d'Antony (92) à la rencontre de lecteurs à qui elle a raconté son parcours avec beaucoup de franchise : Je n'ai pas eu la vocation, de vocare, qui signifie tu seras.

Elle est revenue sur les conditions qui lui ont permis d'écrire un premier livre qui prenait en charge ce moment où on allait faire des parcours, rencontrer des gens pour en résorber les histoires, parfois dans un genre quasi encyclopédique.

L'écriture ne va pas de soi

Ecrire sur une table, retranchée, en se dissociant du monde. Ce fait d'être à l'intérieur dans un temps fixé c'était compliqué. Mais depuis ce premier livre il y a 17-18 ans aujourd'hui je n'ai plus jamais cessé d'écrire.

Je suis devenue écrivain livre après livre

Les choses étaient complexes. Je me situe davantage dans le devenir. J'ai ressenti une telle intensité au cours de l'écriture de ce premier texte que je n'ai jamais voulu cesser de retrouver cet état là.

Après les plongeurs à Marseille, le rapport à l'adolescence, le travail sur les trajectoires collectives cela se tisse dans le tissu de la vie qui convoque des matériaux. C'est dans le langage que se tisse pour moi quelque chose de cohérent entre les textes.

vendredi 5 décembre 2014

Mad in Finland

La création de Mad in Finland ne date pas d'hier. Voilà plus de deux ans que les sept artistes de la troupe font voyager leur public au rythme de leurs étapes.

Elles ont débarqué leur univers sur l'Espace cirque d'Antony (92) le samedi 39 novembre et y resteront jusqu'au 21 décembre. Ensuite ce seront aux habitants d'Elbeuf (76), de Bègles (33) et de Quimper (29) de profiter de leur visite.
Nous n'avons peut-être pas la visite du (vrai) père Noël avec son traineau et ses rennes mais nous avons celle des habitantes de son pays (supposé) de résidence. Elles valent bien le bonhomme. Ne serait-ce que dans la scène finale des bucheronnes.
Pour commencer vous serez invités à passer la douane pour rejoindre leur campement bordé de sapins. L'ambiance est installée. Il est rare qu'un ouvreur se permette d'influencer un spectateur mais, me voyant prendre une photo, le pseudo-douanier ne peut s'empêcher de me dire que c'est très bien.

De fait, je peux dire que j'ai beaucoup aimé les performances de la bande de nanas qui ont en commun d’être femmes, circassiennes,  bien entendu finlandaises, et d’avoir toutes quitté leur pays pour vivre de leur passion du cirque.
Il se peut que vous aperceviez une de ces demoiselles en pleine séance de sauna. Si vous avez loupé ce moment, rassurez-vous la roulotte dédiée à cette activité emblématique de leur pays sera toutes portes ouvertes après le spectacle.

On m'avait mise en garde : ce sera tout noir, impossible de prendre une photo à l'intérieur. Ce n'est pas tout à fait cela. Il est vrai que le spectacle se déroule sous une nuit polaire, traversée par une étoile filante, qui effectue des prouesses sur un trapèze ballant. Vous ne perdrez rien des instants critiques car elle hurle "valo" au moment opportun et vous comprendrez vite qu'elle réclame la lumière, ce que ses petites camarades s'empressent d'allumer au bout d'une poursuite.
Suivra un pique-nique en forêt sous un vent rugissant troublé par deux zygototes qui joueront les chauve-souris.

Deux groupes s'affrontent en se lançant des défis. Vous ne comprendrez pas tout et vous commencerez à pester qu'elles s'expriment dans leur langue, finlandais ou finnois, je ne trancherai pas.

Les numéros s'enchainent avec virtuosité et humour. Elles savent tout faire, même un strip-tease sur rola-bola qui change de ce que la télévision ressort en période de fêtes de fin d'année, vous savez avec ces créatures (sublimes) du Crazy Horse qui tapent du pied en défilant ... Ici on admirera aussi les muscles.

Vous les verrez en chaussettes et bonnets autant qu'en robe de bal.

Elles sont artistes de cirque, sans aucun doute, mais aussi musiciennes et chanteuses. Elles se hissent au niveau d'un Léon Zitrone ou d'un Thierry Roland quand il s'agit de prendre le micro pour commenter une rencontre olympique... dans un parfait français, avec juste une pointe d'accent qui résonne avec exotisme.

Elles nous montrent un pays que l'on connait très peu. Elles le font avec une force de caractère impressionnante. Est-ce le climat qui forge le caractère ou y-a-t-il d'autres réponses à trouver ? En tout cas elles ont beaucoup d'humour et des sourires à revendre. Il se pourrait que vous ayez envie de descendre sur la piste pour danser dans leurs bras ou d'apprendre leur langue pour supplier avec elles Ne me quitte pas.
Leur spectacle parle aussi du cirque, parce que c’est leur choix de vie et leur engagement, celui de l’itinérance, du chapiteau, des théâtres, des cabarets, des projets à l'autre bout du monde et des numéros poussés au plus haut niveau, au trapèze, fil ou tissu aérien, comme en main à main.
C'est beau. C'est tendre. C'est rock tendance heavy metal aussi.
C'est fou. C'est fort et elles méritent d'être toutes citées :
Elice Abonce Muhonen (trapèze ballant, basse électrique, batterie, chant)
Mirja Jauhiainen (trapèze, violoncelle, basse électrique, chant)
Sanna Kopra (trapèze, bruitage, chant)
Stina Kopra (main à main, rola-bola, batterie, chant)
Heini Koskinen (tissu, violon, chant) ou Viivi Roiha (corde lisse, chant)
Sanja Kosonen ou Ulla Tikka (fil, guitare, chant)
Lotta Paavilainen (main à main, rola-bola, mélodica, chant)
L'Espace cirque fêtera ses dix ans en leur compagnie le 20 décembre. J'espère que vous serez de la partie. D'autant que des sacs et trousses réalisées avec les bâches de cirque seront exceptionnellement mis en vente ce jour-là à partir de 19 heures. Evidemment que des pièces uniques, collector si vous préférez.
Vous ne vous en souvenez peut-être pas, moi oui même si le blog est né bien après. C'est en 2004, sur un terrain vague, que l’Espace Cirque a démarré à Antony. Christophe Raynaud de Lage n'a jamais cessé d'immortaliser les moments les plus forts.

Un livre, publié aux Editions Loubatières, retrace le parcours des dix premières années, autour de ses clichés et du collectage, par Dominique Duthuit, des paroles multiples de ceux qui ont fait vivre ce lieu de création.

L'ouvrage témoigne de cette aventure humaine, artistique et culturelle qui tisse des liens toujours plus forts entre l’art et la vie. Il est en vente aux accueils du Théâtre et de l’Espace Cirque.
Que d'évolution depuis la petite roulotte.
Jusqu'au 11 janvier, une exposition d'une soixantaine de clichés à la Maison des arts d'Antony apporte un contre-point en retraçant le travail du photographe sur d'autres chapiteaux de cirque dans différents pays du monde.

Mad in Finland, une production Association Galapiat Cirque (dont vous avez peut-être vu, dans un style très différent, Risque Zéro) à l'Espace Cirque d'Antony, rue Georges Suant, 92160.
Tel : 01 41 87 20 84  Durée 1h 15 – tout public à partir de 5 ans
Jusqu'au 21 décembre2014 à Antony (92)
Du 15 au 18 janvier 2015 à Elbeuf (76)
Du 23 au 29 janvier à Bègles (33)
Du 4 au 6 février à Quimper (29)

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de ©Sébastien Armengol

jeudi 4 décembre 2014

Chez Eric Kayser tout est prêt pour Noël et au-delà

Les pâtissiers s’affairent à la production des bûches. La saison est de courte durée, très exactement du 18 au 25 décembre. A partir du 26 décembre il n’y aura plus de demande. Eric Kayser est surpris par cette flambée alors que, comparativement, la galette des rois jouit d’une forte longévité. Grosso modo du 15 décembre à début février.

C’est que la mode est aux bavaroises et aux entremets qui doivent être conservés au froid. Toute son équipe angoisse en surveillant la météo parce que les clients ne songeront pas toujours à réserver de la place dans leur frigo pour le dessert. Gare à l'effondrement du produit en cas de douceur météorologique.

On ne peut servir la buche que sur une assiette. La galette, à l’inverse se mangera assis aussi bien que debout.

C’est un moment convivial de partage en famille, entre copains ou collègues. Même si l’enjeu est dérisoire cette pâtisserie joue sur le suspens : qui sera roi ou reine cette fois ci ? Alors on en achète volontiers plusieurs à la suite.

Le croustillant de la pâte feuilletée est lui aussi une valeur sûre. Sans parler des collectionneurs de fèves … Rien d’étonnant à ce qu’Eric Kayser ait particulièrement réfléchi à la galette qu’il allait proposer cette année. Il a été très inspiré par le citron de Menton. Je crois sincèrement n’avoir jamais mangé de galette aussi gourmande. Je me suis tellement régalée que j'en ai oublié de prendre une photo.

Les chefs martèlent le nouveau credo sur les produits de saison. L’injonction est arrivée en pâtisserie. Eric fait partie de ces artisans qui collent leur activité au calendrier. Tout est conçu en fonction des saisons …  et des fêtes.

On trouve donc la tarte aux quetsches en septembre dans ses boutiques, vite suivie de sa sœur aux mirabelles. En ce moment c’est le Stollen et le pain d’épices, exactement comme le faisait son arrière grand-mère, pas trop riche, avec une juste proportion de fruits. Vous allez pleurer prédit-il.


C’est effectivement une révélation et je ne suis pas surprise d’apprendre que des personnes n’aimant pas le pain d’épices adorent le sien. Il est très anisé, avec un subtil parfum de girofle, des fruits secs et de gros fruits moelleux. La fermentation est totalement naturelle, ce qui donne un gâteau finement alvéolé. On est loin du pain aux fruits confits qui colle aux dents.
Sacrifiant à la mode de chercher le meilleur accord entre mets et boisson je me suis arrêtée sur le thé La Moukère de Sidi Kaouki d’Olivier Scala de la maison Georges Cannon, rue Notre dame des Champs. Si vous l’infusez trois minutes à la juste température je vous garantis un excellent moment.

Et si le kouglof est présent à longueur d’année c’est juste parce que le pâtissier reste fidèle à ses racines alsaciennes. La recette d’origine, si agréable au petit-déjeuner, et pas la version moderne aux lardons et champignons qui n’est pas très convaincante.
Il a imposé quelques spécialités alsaciennes comme le Stollen et le bretzel (pas dans toutes ses boulangeries) ou la Linzertorte. Et puis le Schneck (escargot en alsacien), une sorte de pain aux raisins secs brioché et fourré de crème pâtissière typique de l’Alsace du sud. Bientôt l’agneau de Pâques sous forme de cake limoné.
Dans le domaine du pain la création est au moins aussi dynamique. La saisonnalité a son importance. En ce moment c’est le pain aux marrons qui a la vedette. Il s’accorde parfaitement avec un foie gras. Mais il est merveilleux nature. Il se situe à mi-chemin entre pain brioché et pain spécial, légèrement sucré, avec des brisures de marron glacé. Je l’ai apprécié avec un velouté de légumes au potiron.

On imagine difficilement qu’Eric n’aime pas les marrons. Il est malgré tout en train de réfléchir à une recette de Mont Blanc. Et des quatre buches qui sont déjà à la carte c’est la version aux marrons qui a ma préférence (je n’ai pas gouté celle qui est au café), juste devant la version citron.
Il m’a confié que ce qu’il voudrait faire ce serait plutôt une buche classique, avec une crème au beurre parfumée au café, roulée comme autrefois. C’était mon choix pour Noël 2013. Je vous en redonne la recette même si elle a davantage été appréciée par les moins jeunes de mes invités. Esthétiquement il n’y pas au-dessus. On s’amuse réellement à décorer ce type de bûche.

Pour cette année, il y aura donc chez Eric Kayser une buche au citron meringuée.
Biscuit breton, mousse de lait, crème citron, biscuit cuillère, mousse citron, meringue italienne brûlée au chalumeau.
La bûche framboise hibiscus : mousse framboise hibiscus, biscuit cuillère, mousse mascarpone.
La bûche aux marrons, mousse légère aux marrons, biscuit moelleux au chocolat, délicieux marrons glacés.
Et puis la bûche biscuit chocolat, mousse chocolat, crème brûlée à la vanille Bourbon de Madagascar.

Eric a ouvert sa première boulangerie à Paris au 8 rue Monge, tout près de la Mutualité. On y trouvait du pain, des tartes, de la viennoiserie, des sandwichs.

La deuxième a vite suivi en prenant une orientation bio. La troisième s’est dotée d’un restaurant boulevard Malesherbes. C’était il y a 12 ans.
Il y a désormais 21 boutiques en région parisienne, et plusieurs en région avec Lyon, Lille Flandres, Menton (ils vont devenir fous en découvrant la galette des rois). Bordeaux ouvrira l’an prochain.

Il s’implante aussi à l’étranger, avec notamment 4 boulangeries à New York. Il est présent au Mexique, au Cambodge. Cela exige un certain sens de l’adaptation.

Eric s’est levé à 4 heures du matin. Il est encore disponible ce soir. Il met toujours régulièrement la main à la pâte et veut rester accessible.  Il est à Paris la moitié de son temps et voyage beaucoup. Malgré une telle disponibilité on peut se demander comment il fait pour garantir une qualité produit uniforme partout. Par des réunions régulières, d’excellents chefs dans chaque endroit et un lien étroit entretenu via Internet (dont on n’imagine pas à quel point cela a révolutionné la manière de travailler). Les recettes sont envoyées toutes les deux semaines.

Il nourrit le projet de travailler en étant tourné toujours plus sur la nature, la tradition, tout ce qui fait les fondamentaux, dans le respect des saisons.

Le choix des matières premières est crucial. Il faut prendre des farines sans produits chimiques ajoutés, une eau filtrée, très peu de levure ou de levain. Respecter les temps de fermentation préconisés dans les recettes.

La tourte de pain au levain est faite à l’ancienne avec de la farine de meule, du gros sel de Guérande, de l’eau filtrée, du levain naturel.

Les pains sont pétris et cuits sur place. Nos avis divergent un point. Il me semble que les grands classiques, comme la tourte de meule n’ont pas exactement le même goût dans chaque boulangerie. Cette différence fait le charme, me dit une cliente, et cela confirme la dimension artisanale de l’entreprise.
Il existe de plus un pain signature spécifique dans chacune. Ici, au Palais-royal, c’est le Mona Lisa, huile d’olive, farine de semoule et blé dur. Egalement le très gros Scapain de 4 kilos, farine de froment, eau, levain, 36 heures de fermentation.
La baguette Monge n’est cuite que rue Monge.
La baguette Eternelle à Ternes. Derrière le jeu de mots se cache un ajout de germes de blé riches en oligo-éléments
Le Carré Vendôme rue Casanova
Le pain de mie à Duroc où un meuble spécial lui est dédié.
Le pain sans gluten rue de l'Echelle
Ajoutez le pain du mois et vous aurez une idée du renouvellement de la carte, avec le plaisir que procure au consommateur l’arrivée du mois de décembre car il sait qu’il va retrouver le pain aux marrons.
Sans oublier les classiques indémodables comme le pain au curcuma, à la mie très jaune, enrichi de noisettes entières et de noix. Idéal avec le saumon fumé et les fromages.

... car si la saison des bûches est courte, celle du pain est intemporelle !

Et celle de la galette, comme je l'ai écrit, s'étend sur un bon mois. La Maison Kayser participera encore cette fois-ci à l'opération Galette des chefs (Escoffier) place Saint-Germain-des-Prés le samedi 10 janvier 2015. Je prends un risque mais je parie que sa galette au citron sera plébiscitée.

Les chefs seront personnellement sur place de 9 à 12 heures les chefs et le produit de la vente sera reversé intégralement au profit d'une maladie orpheline. La gourmandise ira de pair avec la générosité.

lundi 1 décembre 2014

Connaissez-vous Le Big Livre de L'Incroyable ?

L'édition du Big Livre de L'Incroyable 2015 est sortie. Je l'ai feuilletée et j'en suis restée ... scotchée.

Le contenu des 256 pages est encore une fois 100 % inédit.

À l’origine de ce livre, on retrouve le célèbre Robert Ripley (1893-1949). Créateur américain de la rubrique Believe it or not! (Incroyable mais vrai !) du New York Globe, il a sillonné la planète à la recherche de faits hors du commun et a visité 201 pays !

En 1918, étant donné les moyens de l'époque, sa détermination révéla un esprit de pionnier tout aussi extraordinaire que celui des explorateurs intrépides. Avec élégance, en nœud papillon, chaussures à guêtres, Ripley a voyagé en Arménie, au Tibet, en Papouasie, son objectif étant de découvrir les merveilles et bizarreries du monde, ses miracles et ses monstruosités, et de les publier sous forme de dessins qu'il publiait dans le New York Globe.

Aujourd’hui, plus d'un million d’exemplaires du Big Livre sont vendus chaque année dans le monde. Ripley, qui édite ce livre et exploite 32 musées de Los Angeles à Londres, est une institution aussi populaire aux États-Unis que Disney !

La 8e édition est décapante… Elle existe désormais en numérique…A avec de nombreux bonus video grâce à l’appli gratuite.

Alors si vous êtes amateurs d’histoires incroyables et de photos inimaginables, cette édition provoquera des oh et des ah en pagaille. Les photos sont déjantées et les histoires surprenantes. Et pourtant tout est vrai.

Une fois qu'on a osé l'ouvrir (en surmontant une certaine appréhension) on va de surprise en surprise. Des sœurs Sangli, trois indiennes aux visages couverts d'une épaisse pilosité, à James Morris pouvant étirer sa peau à plus de 46 cm de son corps, des forêts de pierre de Madagascar au boxeur français Maurice Tillet dont l’étonnant visage inspirera celui de Shrek en passant par l'enfant homard de Pittsburgh, ... toutes ces personnes démontre que "tout au monde existe".

Prouesses humaines ou naturelles, les faits représentés sont incroyables… mais absolument authentiques ! Il faudra tout de même que les lecteurs de cette 8e édition aient le cœur bien accroché, ... au sapin ou dans les étoiles.

Le Big Livre de L'Incroyable 2015
Aux éditions de L'Archipel

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