jeudi 23 avril 2015

Une fille parfaite de Mary Kubica aux éditions Mosaïc

Si je n'avais pas reçu Une fille parfaite en spécimen, précisément en épreuve anticipée non corrigée j'avoue que je ne me serais pas intéressée à l'ouvrage. Et pourtant j'accorde toujours une attention particulière aux premiers romans.

La couverture ne m'aurait pas attirée. Je trouve dommage qu'on suggère au lecteur le visage d'une jeune fille qui pourrait correspondre à celle que désigne le titre. Et puis elle semble avoir douze ans alors qu'aucun personnage n'a cet âge là, ce qui fait que jusqu'au bout on se demande qui cela peut bien être. J'aurais davantage été interpellée par un paysage évoquant la région où se déroule l'essentiel de l'intrigue. Enfin le genre policier n'est pas celui que je préfère. Mais je dois dire que j'ai apprécié.

Certes il y a des longueurs. Elle sont peut être nécessaires à la consolidation de l'énigme. C'est surtout un thriller psychologique et il est utile que le lecteur prenne le parti de l'un ou de l'autre des personnages, qu'il s'investisse dans la résolution de la question-clé : qui a commandité le kidnapping de Mia, cette fille que sa mère Ève estimait être une fille parfaite ( page 267) : tu es ma petite fille parfaite, Mia. C'était ce qu'elle lui avait dit pour la consoler d'un acte de méchanceté de sa sœur Grace qui, probablement représentait réellement la perfection aux yeux de son père James.

Dans la famille Dennett on est en fait loin d'être au dessus de tout soupçon. James est un juge corrompu, Ève est une mère au foyer sans volonté, Grace est une peste. On se demande qui a du cœur, qui a jamais éprouvé de la compassion.

Et surtout on se surprend à guetter les instants parfaits, comme cette nuit qui est partagée page 316 en s'interrogeant sur nos propres ressentis : qu'est ce que moi je trouverais parfait dans un contexte comparable ?

La peur infiltre le roman. Elle engendre deux réactions naturelles, nous dit l'auteur, fuir ou se battre (page 312). Il me semble qu'il existe une troisième voie, la pétrification, qui d'ailleurs est mise en scène à plusieurs moments.

Mary Kubica tricote le syndrome de Stockholm avec subtilité. Si Mia se rapproche de son ravisseur, Colin, ce n'est pas tant parce que ils sont physiquement proches mais parce qu'ils ont vécu des épisodes comparables, bien que n'appartenant pas à la même classe sociale.

L'histoire se déroule aux États-Unis, et les codes de l'american way of life sont très présents. On retrouve aussi une atmosphère digne d'un roman de Ron Rash, même s'il situe les siens dans les Appalaches et non entre Chicago et Grand Marais, dans le Minnesota, sur le bord du Lac Supérieur.

Les choses ne sont pas exactement transposables dans notre pays. Il n'empêche qu'on se prend au jeu. On devine que le bourreau n'est pas celui qu'on veut nous faire croire et on se surprend à avoir mordu à l'hameçon. On a envie de connaître le dénouement pour respirer et relâcher la pression entretenue par les chapitres entrecroisant le passé et le présent.

La construction du roman est intelligente avec l'alternance des prises de paroles par plusieurs protagonistes ... Quelques-uns, pourtant essentiels, restent muets, sans doute de manière intentionnelle pour maintenir le mystère sur leurs motivations.

D'autres sont à mon avis insuffisamment développés comme celui de la sœur, juste esquissé. Voir même celui de l'inspecteur, que l'on sent ligoté par les conventions. J'ajouterai une critique de forme ... On va dire que je chipote. Deux chapitres ont le même titre : Colin, le jour avant Noël ( pages 347 et 353). La perfection n'est pas de ce monde... et c'est bien mineur par rapport à l'immense plaisir de lecture qu'Une fille parfaite m'a procuré.

On est intrigué par ce R majuscule typographié à l'envers et qui sème le doute sur la perfection de la fille en question. Et rien n'est plus excitant dans ce type de roman que les interrogations qui tiennent le lecteur en alerte jusqu'au bout. Et même bien au delà de la dernière page. Je m'interrogeais plusieurs jours après avoir terminé le livre sur notre capacité et notre efficacité à vouloir rendre justice par nous-mêmes.

Mary Kubica a suivi des études d’arts et d’histoire de la littérature américaine, ce qui se sent dans le roman. Elle a d’abord été enseignante. Aujourd'hui écrivain à temps plein, cette passionnée de Dickens et d'Hemingway vit près de Chicago, la ville dont Mia est originaire. Je guetterai son prochain ouvrage avec grand intérêt quel que soit le visuel de la couverture !

Une fille parfaite de Mary Kubica aux éditions Mosaïc
Le roman sortira en librairie le 29 avril. Je vous en parle dès maintenant pour que vous puissiez le réserver auprès de votre libraire. C'est un premier roman et son destin est entre vos mains.

dimanche 19 avril 2015

Mannequin d’artiste, Mannequin fétiche jusqu'au 12 juillet 2015 au Musée Bourdelle

C'est après huit mois de fermeture pour travaux que le Musée Bourdelle a rouvert en faisant ce très beau cadeau au public de lui avoir préparé en coulisses une exposition très particulière. Intitulée Mannequin d’artiste, Mannequin fétiche les néophytes pourraient penser que le lien est ténu.

Et pourtant la visite commentée menée par Jérôme Godeau, jardinier des plates-bandes et des esprits, et co-commissaire de l'exposition, a démontré tout le contraire. On se demande même comment personne n'a pu songer plus tôt à retracer l’histoire de ce secret d’atelier.

Une série de manifestations, d'ateliers et de visites spéciales est programmée. Je vous invite notamment à suivre celle du samedi 16 mai à 19h, à l’occasion de la Nuit des Musées, conduite par Jérôme Godeau, sans réservation, dans la limite des places disponible.

Avant de descendre dans l'espace dédié aux expositions je me suis attardée parmi quelques œuvres du musée qui mérite une visite particulière où je vous emmènerai dans quelques jours. J'ai eu la chance de le voir aussi à la nuit tombée alors que le gigantisme des statues devenait impressionnant.
Sur le premier cliché, un buste de bronze d'Auguste Rodin, buste, 1910 (épreuve numéro 4 exécutée par Valsuani en 1977) monte la garde au pied d'un Cheval, fragment du Monument au Général Alvear (1913-1923), bronze, épreuve d'artiste numéro 3 exécutée par Coubertin en 1986.

Dans le jardin, la Vierge à l'Offrande (1919-1922), bronze, épreuve numéro 1 exécutée par Rudier vers 1930, accompagne le Centaure mourant, modèle imberbe, (1911-1914), bronze, épreuve d'artiste numéro 2 exécutée par Coubertin en 1986, que j'avais déjà vu près de l'église Saint-Jacques à Montauban.
Cette déambulation passe par l'atelier de sculpture où le mannequin d'Alan Beeton, 1880-1942, semble attendre patiemment de prendre une nouvelle pose. On le reconnaitra dans trois tableaux de l'acte IV de l'exposition (Le Mannequin dans le tableau), en particulier dans le premier, Reposing II, vers 1929 Huile sur toile, Beeton Family Collection.
Au XIXe siècle la représentation de l’atelier du peintre commença à s’imposer, offrant un singulier mélange de dénuement et d’encombrement : palette, brosses et pinceaux, chevalet, esquisses et toiles inachevées, plâtres et bustes d’antiques, mannequin d’artiste bien en vue, voire au premier plan. L’accessoire que l’on avait jusqu’alors dissimulé devenait un motif hautement expressif.

En découvrant le mannequin au seuil de l’atelier, le spectateur était donc invité à passer de l’autre côté du miroir, dans l’intimité de la création. Alan Beeton participa au premier conflit mondial dans la section de camouflage de l’armée française. Il exposa ses peintures pour la première fois à la Royal Academy of Arts de Londres en 1923, à quarante ans passés. Initialement, Beeton s’était imposé comme portraitiste, réputé pour son sens du détail. Dans la série qui est montrée dans l'exposition il représente le mannequin tel qu’en lui-même, dans l’intimité de l’atelier.

Le peintre n’ignorait pas le rôle que jouait le mannequin dans la peinture métaphysique de Giorgio de Chirico (1915), ni dans le Manifeste du surréalisme (1924) d’André Breton. À l’inverse de ses contemporains, le mannequin de Beeton cohabite en toute quiétude avec son portraitiste comme s'il était "le meilleur ami de l’artiste".
Un autre mannequin est positionné dans l'atelier de peinture d'Antoine Bourdelle, au milieu du bric-à-brac du mobilier chiné chez les brocanteurs, où Bourdelle exposait ses dernières créations - sculptées ou peintes - aux visiteurs et acheteurs potentiels.

Il est très semblable à la Gliederpuppe, vers 1550, Statue en buis, Anonyme, Allemagne, milieu du 16ème, Collection particulière, Londres. Cette "poupée articulée" comme toutes les Gliederpuppen sont des sculptures miniatures d’une très grande finesse d’exécution et nettement sexuées.

La radiographie a révélé une structure interne très savante. Ses membres sont reliés, par un système interne de crochets et de ficelles, à des rotules en bois tourné qui permettaient de les faire bouger individuellement, jusqu’aux minuscules doigts des mains et des pieds.Son parfait état de conservation laisse penser qu'elle a sans doute appartenu à un "cabinets de curiosités", comme précieux objet de collection, aussi convoité que troublant.
Sur la cheminée, au-dessus du poêle Godin, un bronze autoportrait de Bourdelle de 1908.

Le mannequin d’artiste, ses métamorphoses et sa troublante présence scandent le parcours de l'exposition comme un leitmotiv, fil conducteur et repère physique et mental . Le catalogue, conçue par la commissaire Jane Munro, conservatrice au Fitzwilliam Museum et directeur d’études en histoire de l’art à l’Université de Cambridge, est remarquablement documenté. Il retrace cette évolution et s’appuie sur une iconographie variée et souvent étonnante (peintures, dessins, brevets d’invention et schémas, photographies...), brassant ainsi plusieurs siècles d’histoire de l’art, en progressant de façon chronologique,.

samedi 18 avril 2015

Assiette "Voyage en Méditerranée" aussi belle que bonne

Chaque participant au 4ème Salon du Blog culinaire de Paris est reparti avec un "panier" de légumes que Lidl proposait de cuisiner avec, pour la recette la plus originale, la perspective de remporter un week-end gastronomique.

Je n'ai pas fait "une" recette mais une assiette composée en relevant le défi de cuisiner la totalité de la barquette, et en faisant le moins de perte possible (y compris avec les fanes de carottes que je ne voulais pas jeter). D'abord parce les légumes étaient tous appétissants, qu'ensuite j'avais envie de pousser la créativité, un peu à l'instar des émissions culinaires où il faut absolument "qu'il y ait du travail" et que "ça se voit". Enfin je voulais aussi appliquer quelques conseils donnés par Chef Christophe cet après-midi là.

Mon ambition était de conjuguer le beau et le bon, et surtout de séduire l'appétit de mes enfants, ô combien difficiles.

J'ai été pleinement récompensée. Mon fils a plébiscité chaque cuisson et ma fille, arrivée en fin de soirée, a littéralement dévoré l'assiette de présentation pourtant refroidie. Aucun n'a émis de critique. C'est peut-être ça la magie Lidl !
De gauche à droite, vous avez des rubans de poivron rouge confit autour d'un morceau de tresse de mozarella  (c'est le seul ingrédient consistant que j'ai ajouté). Une tartine façon bruschetta recouverte d'une compotée de courgette/tomate rouge avec des morceaux de tomates cerise crue. Un buisson de carottes sur lit de verdure, des aubergines braisées. Des demi-radis glacés complètent l'assiette en apportant une note inédite.
J'ai commencé par les radis, que j'ai glacés trois bons quarts d'heure comme on venait de me l'enseigner, avec un mélange d'eau, de beurre, de sel (j'ai pris mon sel vanillé) et de sucre. A noter que je n'ai employé que de l'eau filtrée, comme à mon habitude, dans ma chère carafe Brita.
J'ai découpé le poivron rouge et l'ai fait cuire sans aucun liquide deux fois trois minutes au micro-ondes. Je l'ai ensuite salé et arrosé de vinaigre alors qu'il était encore chaud et ai laissé refroidir. J'ai ajouté une bonne huile Puget plus tard.  Je suis toujours cette méthode trouvée par hasard car elle garantit une excellente digestion.
Passons aux carottes. Je les ai tranchées à la mandoline dans le sens de la longueur et fait cuire à l'anglaise dans un fond d'eau salée. La découpe des légumes conditionne leur goût et très franchement els carottes dites Vichy, coupées en rondelles, ne sont pas mes préférées.
J'ai lavé les fanes et les ai ébouillantées avant de les faire sauter avec de l'ail.
L'association carottes-fanes va surprendre. je sais que je prends un risque mais j'assume.
J'ai ensuite préparé la petite ratatouille. La tomate a été coupée en petits morceaux et cuisinée avec la courgette ronde, dont j'ai conservé la peau.
J'ai apprécié le flacon stop gouttes de Puget qui permet même de garder une main libre pour photographier ... J'ai gouté de manière à arrêter la cuisson au moment où les légumes sont juste fondants, sans être "démolis".
Plus tard j'ai dressé sur une tranche de pain grillée et disposé les tomates cerises jaune coupées en petits quartiers. Cela donne une note de couleur et apporte une surprise à la dégustation en associant du cru et du cuit. J'ajouterai aussi du persil haché puisque cette herbe figurait dans la barquette.
L'aubergine a été tranchée dans le sens de la longueur. C'est intentionnellement que je ne l'ai pas associée à la courgette car je voulais sortir du code de la ratatouille classique et mettre ce légume à l'honneur.
J'ai tracé des croisillons au couteau et fait revenir dans une poêle avec un peu d'huile et de l'ail.
J'ai aussi abondamment ajouté du persil.
Ne restait plus qu'à disposer sur l'assiette comme indiqué au début de l'article.
Enfin, pour le dessert, j'ai préparé une salade de fraises de Carpentras, elle aussi provenant de Lidl, que j'ai simplement coupées en quatre avant de les arroser d'un peu de vinaigre balsamique et d'un mince filet d'huile d'olive Puget au basilic. Régal absolu !

vendredi 17 avril 2015

Atelier Tsutsumi ... ou comment nouer un tissu pour le transformer en sac

Les livres contiennent une infinité de savoirs comme autant de fenêtres ouvertes sur le monde.Brigitte Leclère le sait bien et l'applique dans l'espace pourtant limité de la Librairie du Vieux Châtenay (92). Elle fait régulièrement venir des auteurs.

Elle n'hésite pas à élargir à l'univers des travaux manuels avec Cora qui anime de temps en temps des ateliers.

Un samedi après-midi l'exercice est devenu écologique en s'exerçant au furoshik.

Le mot désigne la technique japonaise du pliage et du nouage de tissu destinée à l’emballage des cadeaux, le transport des effets personnels et des objets de la vie quotidienne. Il est apparu à l’époque Nara (710-794 ap JC) sous le nom de Tsutsumi, pour garder des objets de valeur comme les objets du trésor impérial de Shoso-in au temple Todai-ji à Nara.

Il prendra au fil des siècles des noms différents mais aura toujours plus ou moins la même utilisation par la population qui a trouvé ce moyen pratique et rapide pour emballer leurs effets personnels et se déplacer rapidement lors des pèlerinages ou en temps de guerre pour éviter les pillages.

Enfin le mot furoshiki (étaler au bain) apparait à l’époque Muromachi (1336-1573) lorsque le shogun Ashikaga Yoshimitsu fait construire un grand bain dans sa résidence à Kyôto et y invite de nombreux seigneurs qui utilisent ce tissu au blason de leur famille pour éviter de mélanger les kimonos et autres effets personnels

La technique est donc japonaise. Dans ce pays et depuis une dizaine d’année, le Ministère de l’environnement prône le développement de ce geste écologique pour lutter contre la surconsommation des sacs plastiques et des emballages papier. Le furoshiki s’inscrit parfaitement dans la politique des 3R (réduire, réutiliser, recycler), proche du mouvement Mottainai (l’expression exprime le désappointement consécutif au sentiment de gaspillage) qui lutte entre autre pour une meilleure utilisation des ressources de la terre.
Par extension le terme furoshiki désigne également le carré de tissu utilisé pour cette technique. Il faut en effet our fabriquer un furoshiki il faut simplement un carré de tissu de la taille souhaitée, bordé d'un petit ourlet piqué à la machine. Cora en avait préparé d'avance. On peut aussi recycler un foulard.

Après avoir choisi le morceau de tissu le plus inspirant il a fallu en premier lieu apprendre à faire le nœud de base, sorte de double nœud.
Les explications patientes de Cora ont permis à chacune d'aboutir à deux modèles de sacs, avec ou sans poignées. Puis de nous lancer dans l'emballage de bouteilles ou même d'autres objets qui pourraient fort bien être des cadeaux.

Avec une méthode semblable on peut emballer un livre, un IPad ... la liste est infinie.

jeudi 16 avril 2015

4ème édition du Salon du blog culinaire parisien

J'appréhendais un peu cette 4ème édition du Salon du blog culinaire parisien après l'expérience fatigante de la dernière Journée Marmiton. Ce ne fut pas du tout du même acabit. Cette fois c'était à l'espace Commines. Il y avait sans doute moins de monde mais nous avions les conditions idéales pour passer un samedi dans une bonne ambiance.

Comparativement à celui de Soissons on se retrouve en plus petit comité et on dispose de plus de temps pour découvrir les animations et les ateliers proposés, même si on ne pourra jamais tout faire. Il est donc très complémentaire.

Certes les démonstrations de Brita, de Puget et de Lidl n'étaient pas des scoops à proprement parler puisque j'avais rencontré leurs équipes à Soissons, lors du Salon de novembre, mais il y eut tout de même des nouveautés dont il va être question un peu plus bas.

Le plus surprenant était l'association avec Bourjois, dont la promesse est d'offrir aux classes moyennes le luxe de la bourgeoisie. Deux esthéticiennes très patientes ont maquillé toute la journée les bloggeuses volontaires. Créée en 1863 cette marque à l'image ultra parisienne ne cesse de renouveler sa palette en proposant des innovations répondant aux attentes des femmes.
Faire la cuisine au quotidien abîme les mains, même si on s'efforce de les protéger avec des gants, surtout pour l'épluchage des légumes. Je ne connais pas pire que les carottes qui sont peut-être excellentes pour la peau quand on les mange, mais pas quand on les prépare. Et comme mes ongles sont génétiquement très cassants ils ne sont jamais manucurés.
Ce fut l'occasion de les mettre en beauté en testant une laque qui n'est pas sera disponible en boutiques à la fin du mois. Une couche suffit grâce à sa pigmentation renforcée. Et pour ce qui est de la résistance, j'ai été convaincue : les ongles sont restés impeccables une semaine.

Bavarder avec d'autres blogueurs-euses tout en attendant son tour fut un vrai plaisir. Et chef Damien sait combien nous sommes attachés à ces moments qui nous font passer du virtuel au réel. C'est primordial.

Cette pause beauté plutôt inédite a été organisée en partenariat avec Confidentielles pour toutes celles qui n'ont pas le temps de se chouchouter (les autres n'ont pas boudé ce moment). J'ai bénéficié de conseils qui vont peut être me permettre de donner un coup de jeune à mes mains de travailleuse.
Flo du blog Un Flo de bonnes choses avait préparé ... plusieurs séries de ...bonnes choses comme Ces radis panés au fromage frais. Le stand Lidl affichait les couleurs u printemps dans une humeur souriante. Chacun a volontiers prêté son visage pour illustrer une de leurs devises : être un cœur d'artichaut, avoir la banane, ou la fraise ...

mercredi 15 avril 2015

Le festival des caves ... oui il existe !

Nous sommes encore en Avril mais ce n'est pas un poisson de plus. Le Festival des Caves existe bel et bien et depuis très longtemps. Il se déroulera du 1er mai au 26 juin 2015 dans 75 villes et villages.

L'idée est simple mais oxymorique. Faire du théâtre dans des lieux qui évoquent le passé, des endroits inédits pour des personnes qui ne sont pas nécessairement habituées à aller au théâtre, et encore moins pour y entendre des textes contemporains.

On se situe dans une autre "économie" que celle des structures habituelles. Même si le prix des places n'est pas symbolique (entre 7 et 17 euros) on sait qu'on ne rentabilisera jamais l'affaire. Les organisateurs ne cherchent pas davantage à vendre les spectacles. Il se trouve que cette année deux théâtres se sont engagés dans la production mais c'est leur choix.

J'ai rencontré l'équipe de base, et qui est composée (de bas en haut) de trois personnes autour de Guillaume DujardinCompagnie Mala Noche, Créateur et directeur du Festival, Léopoldine Hummel, Comédienne, et Simon Vincent, metteur en scène.

Guillaume Dujardin a expliqué comment il procède, sans parti pris, ne s'interdisant rien, sans être pour autant dans le bricolage. Ce Festival est finalement très innovant tant sur la forme que sur le fond. Une des rares contraintes  tient à l'endroit. Demeurer plus de deux heures dans une cave ne serait pas envisageable.

Je peux témoigner qu'on repart de la rencontre boosté à fond. Ils sont convaincus et convaincants. Les institutions ou les particuliers prêtent leur cave gratuitement, s'occupent de trouver des chaises, une prise électrique, un endroit pour que les comédiens puissent se préparer (rarement plus de deux personnes), quelques victuailles pour les comédiens et participent à la recherche de public.

Le jour J "on" vient gratuitement avec un spectacle clé en mains. Le matériel n'est pas nécessairement sophistiqué. L'éclairage peut être assuré par des lampes domestiques.

Il n'y a pas d'improvisation et la performance n'a rien du happening. La seule obligation, mais elle est de taille, est que les comédiens soient formidables. C'est à l'origine un festival d'acteurs. Chaque lieu est visité longtemps avant. Des plans sont édités pour les fournir aux pompiers lorsqu'ils feront leur contrôle de sécurité. Vous aurez compris que ce n'est pas un festival "souterrain". Et si le lieu est tenu secret jusqu'au dernier moment c'est pour maintenir une forme d'excitation chez les spectateurs. Ils se retrouvent, le jour du spectacle, à un lieu de rendez-vous communiqué par l’équipe du Festival la veille de la représentation et où se tient la billetterie, à une centaine de mètres de la destination finale.

L’adresse n’est jamais dévoilée. Il est obligatoire de réserver pour connaître ce lieu de rendez-vous. La communication est entretenue régulièrement avec le futur public. Tous les spectateurs sont rappelés la veille, ce qui permet de maîtriser le nombre et de gérer la liste d'attente. Quant aux retardataires, il n'y en a pas avec ce système. C'est un fonctionnement qui mobilise l'équipe 24 heures sur 24. Facile au début, plaisante Guillaume qui tenait le standard depuis son domicile.

Les gens adorent qu'on les rappelle un par un. On connaît presque chacun par son prénom., ce qui instaure un rapport très individuel, unique.


Georges est un des particuliers séduit par le principe. Il a vu une annonce dans un journal associatif, le magazine dixhuitinfo.

J'ai une énorme cave foutoir dans le XVIII°, des anciens ateliers de machines électriques. Comme je suis assez curieux et aventureux je me suis dit tiens c'est drôle, ça coûte rien de tenter.

Léopoldine est venue voir. Je savais qu'ils allaient jouer trois spectacles. Je savais pas lesquels. Seulement qu'il s'agirait de textes contemporains. Ce fut des rencontres formidables. Quel souvenir que Ce quelque chose qui est là, d’après Antoine Choplin, dans la mise en scène de Chantal Morel, avec Roland Depauw et François Jaulin. Une moto dans ma cave, je ne l'aurais jamais pensé possible. J'ai trouvé un truc innovant qui m'a bluffé dans ce spectacle, une bande son extra, une régie lumières ... faut dire qu'il y avait du jus. Sans régisseur. Tout était télécommandé par les comédiens. Je suis prêt à recommencer.
Tout a commencé en 2005, la Compagnie Mala Noche créait dans les caves d’un habitant de Besançon, Le Journal de Klemperer, monologue adapté du journal tenu entre 1933 et 1945 par le philologue allemand Victor Klemperer. Ce spectacle se faisait en partenariat avec le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon. La cave était le moyen de rappeler les conditions de survie et la nécessité de se cacher pour un intellectuel comme Klemperer sous un régime dictatorial. Le lieu "cave" s’est révélé être un lieu formidable de création et a remporté un succès certain.

Cet événement a donné envie de mettre en place, l'année suivante une sorte de festival, qui a été appelé en quelque sorte naturellement "Festival de Caves", dans lequel la seule contrainte était la cave comme unité de lieu. La proximité avec les spectateurs, le décor naturel, la petitesse de l'espace-scène, la limitation des éclairages et de la technique ont engendré des formes artistiques particulières.

Après Besançon, la manifestation a grandi, gagnant chaque année de nouvelles villes. D’abord les communes proches, puis toute la Franche-Comté. Depuis 2010, le Festival est présent sur tout l’axe Rhin-Rhône, de Strasbourg à Lyon et s’invente aussi de nouveaux partenariats ailleurs en France, notamment avec l'Atalante à Paris, d'autres à Lille, Nantes, Orléans (pour la première fois l'an dernier), et même maintenant Toulouse… l'an prochain Reims et la Picardie si tout va bien. La maîtrise de la direction artistique reste bisontine mais chaque compagnie propose des spectacles qui peuvent intégrer la programmation commune.

Guillaume Dujardin affirme qu'il n'a pas suivi une stratégie pour grandir. Si c'est à Besançon que l'histoire est la plus longue, chaque lieu compte et le spectacle qui débutera cette année de la cellule du Marquis de Sade pour s'achever sur les toits du Château de Vincennes sera un moment très fort.

On se demande ce qui sera imaginé l'an prochain pour célébrer les dix ans. Ils seraient bien capables d'investir le Panthéon toute une nuit ... Ils ont démarré avec rien et les voilà qui louent des camions tout en faisant gaffe à ne pas s'embourgeoiser.  Le rêve du créateur serait d'en faire une Scop, (Société coopérative de production) mais on n'a jamais vu un chômeur devenir patron. Le souhait serait de devenir une troupe permanente, même si le budget total correspond à la ligne "chaussettes de la Comédie Française". En tout cas les gens nous sont gréés d'essayer, de tenter des choses, ajoute Guillaume avec une énergie qui ne faiblit jamais.

C'est le même homme qui affirme avoir la vie devant lui : Faut avoir des gens qui ont envie de nous. On n'est pas pressé. On fait pas une course avec le temps. Il n'y a aucune urgence. Rien d'obligatoire.

On ressort de la rencontre avec des anecdotes plein la tête, l'envie de prendre la plaquette et de "venir aux caves" nous aussi, de descendre sous terre pour constater in situ que ce festival de l'intime fonctionne bien comme il nous l'a décrit, voir des élus très motivés par la culture, ce qui nous changera de ce qu'on entend dans les sphères politiques trop souvent déconnectées des réalités.

Que tout un village dîne avec les comédiens en organisant un vrai temps de discussion, cela mérite d'être partagé. Ce n'était pas gagné d'avance que le contemporain ne soit pas ennemi des villages.

Si vous souhaitez accueillir un spectacle pendant la durée du Festival appelez Guillaume au 06.37.78.78.72 ou écrivez lui sur festivaldecaves2@gmail.com, en précisant dans quelle ville se trouve votre cave, ou autre lieu souterrain.

Programmation sur le site du festival : http://www.festivaldecaves.fr
La photographie qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Patrice Forsans

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