Catherine Bardon a poursuivi la saga de la famille dominicaine en publiant le tome 3, intitulé Et la vie reprit son cours qui fait suite aux Déracinés, salué par de nombreux prix, et à L’Américaine tous trois aux éditions Les Escales.
La série est addictive parce que les personnages, bien qu'exceptionnels, sont profondément humains. A tel point que le dernier ouvrage nous abandonnant fin septembre 1979 nous attendons maintenant un quatrième.
Comme dans les précédents tomes, les chapitres sont toujours courts, et l'écriture rythmée, donnant le sentiment d'assister à un diaporama laissant notre esprit vagabonder un peu entre les chapitres.
J'aime beaucoup la ponctuation du texte par des expressions locales, souvent non traduites, et à ce propos intraduisibles littéralement, mais compréhensibles dans le contexte comme la parada, qui est un endroit où l'on peut s'arrêter pour se restaurer.
Je découvre des expressions savoureuses et méconnues. J'ignorais que ahoritica (p. 217) était une nuance supplémentaire à ahora (maintenant) et ahorita (dans un petit moment) que j'entends si souvent au Mexique.
Je découvre des expressions savoureuses et méconnues. J'ignorais que ahoritica (p. 217) était une nuance supplémentaire à ahora (maintenant) et ahorita (dans un petit moment) que j'entends si souvent au Mexique.
Catherine Bardon connait parfaitement l'histoire de la fondation de la République dominicaine où elle se rend régulièrement et qu'elle a recueillie, il y a trente ans déjà, de la bouche même des derniers témoins. Avant de s'atteler à cette fresque historique elle avait écrit des guides de voyage et réalisé un livre de photographies. On en apprend de plus en plus sur ce pays dont l'histoire était jusque là méconnue et l'image très focalisée sur l'exploitation récente et touristique. Nous sommes "baladés" (dans le bon sens du terme) entre deux continents, quatre pays, cinq langues, trois générations. Et cela fait du bien, particulièrement en cette période oui les voyages nous sont interdits pour cause sanitaire.
C'est la chronique d'une grande et belle famille ressuscitée de son exil après le sacrifice de sa terre natale (p. 315). C'est l'histoire de Ruth, qui se déroule dans des chapitres écrits à la première personne mais c'est aussi -et alors l'auteure passe à la troisième personne- celle d'Almah. L'évolution des sentiments compte autant que les faits historiques. Catherine Bardon a beaucoup contribué à mettre à jour une mythologie restée longtemps confidentielle afin que ceux qui ont fait l'histoire de cette communauté ne soient pas que des noms oubliés au bas des pages jaunies d'un accord qui aura tout juste sa place dans un musée (p.137) comme elle le fait dire à un de ses personnages au moment de la dissolution de l'accord encadrant le projet de communauté agricole de Sosúa et qui avait été signé en janvier 1940.
Organisé en 3 parties, et 38 chapitres, ce tome III couvre la période 1967-1979. Je vous conseillerais de les découvrir dans l'ordre mais celui qui commencerait par ce livre là ne serait pas perdu puisque Catherine Bardon commence par rappeler qui sont les personnages principaux en résumant brièvement l'essentiel de ce qu'ils ont vécu jusque là. Un prologue, ensuite, remet le lecteur en condition pour accueillir la suite du feuilleton.
La deuxième partie, intitulée Et la vie prit ses racines est très proche du titre, lequel sera d'ailleurs la dernière phrase du roman. C'est Joseph Kessel (in La vallée des rubis) qui le lui a inspiré : Et la vie prit ses racines, son cours, sa routine parmi les décors et les personnages d'un songe.
Il m'est difficile de parler de cet opus parce que je ne voudrais pas spoiler les rebondissements qui vont se succéder, jusqu'à la fin. Je peux juste dire qu'on retrouve l'atmosphère que l'on appréciait déjà, et que le caractère des personnages est intact, quoique un peu assagi par les années, ce qui est tout à fait dans l'ordre des choses.





















