samedi 16 mars 2019

L'américaine de Catherine Bardon


J'avais lu très (trop) vite Les déracinés et j'étais restée sur un regret, me promettant de reprendre le livre à la première occasion.  Cela étant je viens de relire, la tête froide, ce que j'écrivais à propos de ce roman et je ne renie pas mes mots, qui, au final ne sont pas si sévères que je le craignais.

Il faut dire que j'ai rencontré Catherine Bardon quelques jours après avoir posté ce premier billet et que j'aurais voulu être beaucoup plus positive tant sa personnalité et son engagement littéraire m'avaient enthousiasmée.

J'ai trouvé mieux que relire son roman (même si je le ferai, je me le promets encore) : j'ai plongé dans le second opus de cette saga familiale que cette fois j'ai savouré comme il convenait.

D'abord parce que, à l'instar du premier, L'Américaine est bien écrit, extrêmement documenté et néanmoins facile à lire, et à suivre. Catherine Bardon séquence le roman en courts chapitres qui permettent au lecteur de faire une pause tout en ayant une très forte envie d'y revenir.

Connaissant déjà les personnages principaux j'ai d'autant plus apprécié de les retrouver et, je me répète mais c'est important, de prendre mon temps pour rester en leur compagnie, excepté Wilhelm (mais n'ayant pas accroché avec lui dans le premier tome son absence ne me pèse pas).

L'Américaine poursuit sur la lancée du précédent. Ce tome II (et on peut penser qu'il y aura un III) est de la même veine : c'est lui aussi un roman d'apprentissage, certes plus focalisée sur Ruth, la fille du couple mais à vrai dire chaque personnage poursuit son évolution et ses interrogations sur le sens à donner à leur vie, prouvant qu'on n'a jamais fini de grandir.

C'est un roman d'initiation qui est aussi un roman historique. Catherine Bardon connait bien la République Dominicaine, où elle a vécu et où elle a rencontré plusieurs personnes qui appartiennent à cette seconde génération de pionniers sur une ile qu'on pense paradisiaque et qui ne se résume pas aux plages et aux installations touristiques "all inclusive".

Ruth a vécu une enfance heureuse mais elle va devoir couper le cordon, s'affirmer en tant qu'individu et surtout faire des choix alors que tant de voies s'ouvrent à elle. Le plus important sera de déterminer si elle deviendra citoyenne américaine. Il lui faudra pour cela surmonter les blessures qui lui viennent en héritage de ses parents.

J'ai apprécié encore la juste observation de l'âme juive, aussi fine (et instructive) que dans le premier livre. L'auteure, qui n'est pas de cette confession, dit avoir été beaucoup aidée par un rabin pour s'approprier les codes. C'est sans doute pour cela qu'elle est si claire, ne parlant jamais en ellipse. L'exercice de la documentation lui est naturel, acquis lorsqu'elle écrivait (pendant ses vacances) des guides touristiques où la moindre inexactitude lui aurait été reprochée.

Outre l'histoire de la république Dominicaine on suit l'évolution de la société américaine (que l'on connait sans doute mieux mais cela ne gâche rien au récit). Il aurait été impensable de ne pas re-situer l'engagement de Martin Luther King (et je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec Ma Chérie de Laurence Peyrin dont le roman se situe à la même époque), et des faits majeurs comme l’assassinat du Président Kennedy, mais aussi d'autres événements qui ont marqué la société américaine jusqu'en 1967 alors que Ruth estime venu le moment de faire le choix de rester aux états-Unis comme beaucoup d'autres émigrés l'ont fait, ou rentrer pour retrouver ses racines, à moins qu'une autre possibilité se présente ...

Nous n'osons être impatients de lire la suite, quoique ...

L'américaine de Catherine Bardon, Les Escales, 2019

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