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mercredi 24 juin 2026

Eux deux de Luc Blanvillain

Eux deux est un des 40 ouvrages figurant dans la bibliothèque du Prix Hors Concours que j'ai annoncée il y a quelques semaines.
Comment créer une bonne histoire en s’inspirant de faits réels dont on est le héros ?
Basile et Grégoire sont les stars d’une série télévisée autobiographique haletante. Leur success-story est un modèle pour tous les scénaristes. Un jour pourtant, Basile rentre chez lui et Jean-Paul Belmondo est assis sur son canapé. Jean-Paul l’attend, lui, personnellement. Il n’est plus de ce monde, mais il a quelque chose à lui dire.
Quand la réalité du roman devient pire que la fiction télévisée, que faut-il écrire ?
Luc Blanvillain est né en 1967 à Poitiers. Agrégé de lettres, il enseigne à Lannion en Bretagne. Il a écrit sur l’adolescence, aime faire se rencontrer les grands mythes littéraires et la novlangue de plusieurs catégories de personnes. Il est l’auteur de Nos âmes seules (Plon, 2015), Le Répondeur (Quidam, 2020) et Pas de souci (Quidam 2022).

Eux Deux est un tableau déjanté de la création télévisuelle contemporaine en général, de la télé-réalité en particulier. On y pratique le scrolling. On est à cheval sur la question du consentement. On est dans la parodie ou le sarcasme, mais en poussant le bouchon si loin qu’il m’est arrivé de décrocher. Je me suis promis en refermant ce roman d’ouvrir d’autres ouvrages pour affiner mon opinion. 

Le niveau de lexique de l’auteur est hors normes, aussi bien en langage soutenu qu’en argot, ce qui en soi est un atout. Il a le sens de la formule mais à force de les multiplier il m’a perdue à de multiples reprises, et ce n’est pas franchement agréable de lire un livre dont une partie du sens nous échappe même si on peut prendre le temps d'aller consulter un dictionnaire. J’ai renoncé à analyser l’hipocoristique bisyllabique (p.114). 

Quel intérêt à multiplier à longueur de journée les termes techniques : side, call-back, essai caméra, plot twist, reversal, game changer, deepfake  et autres threads ? 

On devine à peu près à quoi correspondent des calembredaines (p. 55), l’action d’agonir d’épigrammes cathartiques (p. 23), le verbe trimballer (p. 31), peut-être aussi ourdir (p. 81) et trémuler (p. 85). Qui sait, hormis quelques privilégiés en quoi consiste une éducation à la Summerh
ill (p. 94) et en dehors de certains "territoires" que kichta (p. 80) est employé par les rappeurs pour désigner l’oseille, … pardon … l’argent ? Quant à aposiopèse (p. 148) ou hyper triggering (p. 150) ces expressions n'ont rien déclenché en moi.

Je suis pourtant d’accord avec l’auteur qui reconnaît qu’il est difficile de sourcer toutes les allégations (p. 54) mais il me semble qu’une fois qu’on a compris l’objectif (la critique de notre société) le sujet s’épuise. On devine qu’il va nous inventer un énième retournement de situation et ça n’est plus drôle du tout. 

Voulez-vous que je vous déverse un exemple ? Le synopsis et la beat-sheet provisoire, réduit au ticket clock, déroge au chekhov's gun, argutie, pay-off, plot twist, un reversal ou un game changer, tryharder, une leak (p. 140-141).

Je n’ai pas ressenti d’empathie pour Basile et Grégoire ni lorsqu'ils s'embarquent pour Fleury-les-Aubrais, ville voisine d'Orléans (qui n'a aucun charme) ni pour les plaindre de devoir pondre un putain de scénar à la Monte-Cristo (p. 76). Et si le but est qu’on se moque de ce duo, alors à qui allons-nous nous identifier ? 

Il est plaisant de se cogner à l’évocation de célébrités qui nous sont plus ou moins sympathiques, à commencer par Jean-Paul Belmondo, Noel Mamère ou Michel Blanc, d’apprendre si on l’ignorait que le véritable nom d’Eddy Mitchell est Claude Moine, de voir surgir le désormais célèbre Raphaël Quenard. Croyez-vous que cela intéressera quelqu’un dans cinquante ans ? Il n’est pas nécessaire d’être devin pour prédire la fugacité de ce roman qui commence un premier avril comme une blague. Et c’est dommage.

A défaut de s’interroger sur l’avenir de l’homme, qui est condamné, on a bien compris, on s’interroge sur ce qui pourrait sauver le livre. Sans doute pas l'hypothèse d'une transformation en cafard à la mode de Kafka, ni l’évocation de Schrödinger puisque qu’on nous prévient qu’on se perdra dans la démonstration (p. 195). Ni encore Pascal affirmant un premier mai, comme on l’a si souvent entendu, que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre (p. 225).

On se dit en tournant la dernière page : tout ça pour ça …

Eux deux de Luc Blanvillain, Quidam Editeur, en librairie depuis le 3 avril 2026
Sélection Hors concours 2026

samedi 6 juin 2026

EIAO de Marin Ledun

Marin Ledun est né en 1975 à Aubenas (Ardèche). Il est romancier, essayiste et auteur de pièces radiophoniques français. Il écrit depuis une vingtaine d’années et on le considère comme une figure majeure du roman noir français, avec pour terrain de prédilection la violence institutionnelle. Et pourtant, sans la présence de EIAO dans le catalogue du Prix Hors Concours que j'ai annoncé il y a quelques semaines je serais passé encore un moment à côté de lui.

Son œuvre s’inscrit de plus en plus clairement dans une littérature engagée, ancrée dans les réalités économiques, politiques et environnementales actuelles. Leur âme au diable (2021) était long de plus de 600 pages pour dénoncer le lobby du tabac. Cette fois le texte est extrêmement resserré, en dessous de la centaine de pages, mais suffisantes pour exhumer un épisode oublié des essais nucléaires qui ont meurtri les Marquises dans les années 1970, après quatre siècles de destin tragique marqués par le colonialisme qui nous est rappelé page 29 et qui, sincèrement font honte : les maladies transmises par les colons, la prostitution, la conversion de force au catholicisme, le bagne, l'interdiction de la pratique artistique du tatouage et des danses traditionnelles.

Comme si ces exactions ne suffisaient pas, les dérives se sont poursuivies au détriment des populations et de la terre en en faisant le théâtre d’essais nucléaires aériens qui ne cesseront qu'en 1996.
Simone Hauata, dix-neuf ans, quitte pour la première fois sa baie natale d’Anaho. Elle débarque en 1972 à Eiao, une des îles des Marquises, embauchée comme cuisinière pour les ouvriers qui travaillent au forage de la terre pour le compte de l’Arvecom. Très vite les rumeurs prétendent que l’entreprise a des liens avec les essais nucléaires que la France mène dans la région, sinon pourquoi y aurait-il tant de légionnaires à surveiller la zone et empêcher tout contact avec l’extérieur ? Certains ouvriers ne sont pas dupes et s’organisent pour essayer de saboter les forages qui détruisent l’île et ses voisines tout en mettant en danger leurs habitants. C’est le cas de Tahi, dont s’épren la jeune femme qui, elle aussi, va entrer en résistance.
EIAO est un titre bref qui dit l’essentiel en résonnant comme un nom de code. Ce qui est très beau c’est l’écriture de Marin Ledun, à la fois concise et poétique, utilisant autant que possible un lexique emprunté à la langue mā’ohi si bien qu’on oublie que le texte a été conçu par un métropolitain qui, d’ailleurs, est né quelques années après les faits. Il faut dire que depuis 2016 et deux séjours à l’occasion de salons du livre dans les îles de Nuku Hiva et Ua Pou, il revient régulièrement aux Marquises et ses deux précédents romans se déroulent dans le Pacifique Sud. Il espère pouvoir continuer de développer des personnages et des histoires ancrés dans ce vaste territoire.

À la fin, Eiao devient un tombeau préservé du feu nucléaire, la promesse d’une fosse commune pour chair contaminée ailleurs, et désormais, aussi, une décharge (p. 78), ce qui n’est pas à proprement parler une fin heureuse. Connaitra-t-on un jour le nombre de victimes qui furent irradiées en Polynésie au nom de la grandeur de l’Etat colonial français ? Sans compter les dégâts sur la faune et sur la flore.

EIAO de Marin Ledun, Au vent des îles, en librairie depuis le 9 janvier 2026
Sélection Hors concours 2026

lundi 25 mai 2026

Ils étaient de l’Est de Julien Thèves

Journaliste pour Le Monde, Julien Thèves a reçu le Prix Marguerite-Duras, 2018, pour Le Pays d’où l’on ne revient jamais (Christophe Lucquin éditeur). Son cinquième roman, Ils étaient de l’Est est déjà présent dans plusieurs médiathèques, ce qui lui donne une belle longueur d'avance sur les autres ouvrages en lice pour le Prix Hors Concours que j'ai annoncé il y a quelques jours.

Ceci pour dire que je l'ai lu avec une exigence accrue.

Il situe évidemment l'action dans l'Est de la France, plus précisément en Lorraine, région composée de la Meurthe-et-Moselle (54), la Meuse (55), la Moselle (57) et les Vosges (88). C'est précisément dans ces deux départements que vivaient ses grands-parents dans les années 1980.

Il est utile de savoir qu'il est né en 1972 pour comprendre à quelle hauteur il peut se souvenir de son enfance, rythmée par les visites estivales chez ses grands-parents paternels, en Moselle, et ses grands-parents maternels, dans les vallées vosgiennes aux forêts profondes que l’on reconnaît dans l’illustration de couverture conçue par Hélène Avérous.

Il est utile aussi de savoir qu'il a profité d'une résidence pendant le confinement pour convoquer ses souvenirs, ou du moins ce qu'il en restait et qu'il ne pouvait pas complètement vérifier in situ en raison du confinement imposé par le contexte de la pandémie, dont il ne dit pas grand chose si ce n’est de faire un rapprochement avec le passé : Il n’y a plus de douanes, plus de frontières mais de nouvelles restrictions (p. 86), en faisant référence à la limitation des sorties à une durée de 1 heure et un rayon de 1 km à vol d’oiseau autour de son domicile.

Cela étant il aurait fort bien pu élargir ses recherches ensuite puisque l’édition s’est produite 4 ans après la fin du troisième confinement. Mais il n’aurait pas été légitime alors d’achever le livre par une balade aérienne virtuelle engagée sur Google Maps. 

Entre temps, nous naviguons entre les uns et les autres sans toujours savoir de quels grands-parents il s’agit même s’il existe des différences entre eux. L’auteur n’est sans doute pas très clair sur ses intentions. Le pronom personnel retenu pour le titre semble les confondre. Et suggérer aussi que la région façonne ses habitants "comme un seul homme".

Il ne craint pas non plus de se contredire. Et cela dès le début : Ils ne m’enchantaient pas mais ils devaient bien m’enchanter puisqu’ils m’enchantent aujourd’hui, quand je pense à eux (p. 12).

Il plaide coupable : Je dois inventer mon père parlant du sien (…). On voudrait tellement les ressusciter, et les interroger. (…). Je mélange le faux et le vrai (p. 88).

C’était des vies sans culture, sans productions culturelles, sans télévision (p. 109). mais Julien Thèves se corrige : Ce n’était pas une vie sans culture bien sûr que non. Il y avait des livres mais on ne voit personne lire (p. 110). 

Comment, après de tels aveux, pouvons-nous nous y retrouver ? Il faut croire que là est la magie de son écriture, de la musique de ses mots, puisque je reconnais beaucoup de choses dans ses propos car même si ma famille n’est pas originaire de l’Est, l’époque était assez homogène. Et j’ai suffisamment été ensuite en lien avec des lorrains pour saisir la particularité de leur situation. Nés allemands après la première annexion, ils sont devenus français plus tard.

J’entendais souvent ma grand-mère maternelle (née dans l’Aisne) se plaindre elle aussi que ça tombait comme à Gravelotte (p. 78). Je n’avais jamais pensé à lui en demander la signification. L’averse me semblait être une explication suffisante. J’ignorais que c’était une trace linguistique de la guerre de 1870, pendant laquelle Gravelotte fut perçue comme une hécatombe inutile, prélude à la défaite et à la perte de l'Alsace-Lorraine. Tout ceux de ma génération ont vu leur enfance marquée par des expressions en lien avec l’un ou l’autre de ces conflits. Comme finis ton assiette, on voit bien que tu n’as pas connu la guerre.

Quand ma mère cuisinait trop de pâtes on lui reprochait de vouloir nourrir un régiment, voire carrément la 2ème DB (division blindée). Ma grand-mère ne faisait pas les courses. Elle allait au ravitaillement. Sa grande spécialité était -elle aussi- les oeufs à la neige, mais je n’ai jamais goûté de pâtisserie nommée africain. Par contre je me régalais tout comme Julien Thèves de cervelle, de langue de bœuf, de la frisée du jardin avec des fleurs de bourrache comme le faisaient ses autres grands-parents, en Lorraine, où le jardin s’ornait de monnaie du pape et de glaïeuls. Je me souviens autrefois en avoir vu partout.

Une fois adulte, j’ai découvert la tarte aux brimbelles (myrtilles) que la grand-mère de mes enfants allait ramasser avec un peigne spécial dans les sous-bois autour de Gérardmer et qu’elle lavait ensuite par crainte qu’un renard ait fait pipi dessus et ne transmette une maladie. Cette peur est donc universelle.

Julien Thèves affirme que les grands-mères de l’époque sont des femmes qui n’ont jamais « travaillé », n’étaient jamais allé au bureau, en réunion, (…) pas trimé en usine, même si ma grand-mère vosgienne faisait tous les métiers puisqu’elle aidait aussi au magasin et au cinéma. Mais nous, nous n’avons vu que la cuisine et les courses, elles étaient vieilles (p. 149).

Il exagère. Il ne songe pas à celles qui, comme ma grand-mère paternelle, travaillaient d’arrache-pied à la ferme ou comme mon autre grand-mère servaient dans le commerce de leur mari, le seul à être salarié, si bien qu’à la retraite elles ne touchaient quasiment pas de pension. C’est qu’il ne faisait pas alors bon se séparer. Rien d’étonnant à ce que ces années là aient produit la dernière génération des couples qui ont passé leur vie ensemble, qui n’ont eu qu’un mari, qu’une femme (p. 37). Espérons qu’ils ont été heureux.

De temps en temps une photographie noir et blanc (jamais légendée) semble chercher à confirmer les propos mais elle est de si mauvaise qualité qu’on n’y perçoit rien de signifiant, sauf peut-être celle des sonnettes de l’immeuble de B. où l’on peut encore lire le nom de la famille Thèves. A ceci près qu’on aurait de toute façon cru l’écrivain sur parole.

L’écriture a une vertu documentaire mais limitée parce que l’auteur n’approfondit pas son analyse. Il reste à la surface des évènements, justifiant sa position en invoquant une quête de vérité. C’est ce qu’il y a de plus vrai dans ces souvenirs, les baisers et les gâteaux, les repas et les balades et les longues heures d’ennui (p. 150). 

Cette position lui permet d’insuffler dans le récit une tendresse infinie et apaisante qui explique selon moi les critiques élogieuses que j’ai lues à son propos. Après avoir été hameçonnée par des débuts prometteurs décrivant ses grands parents comme les vigies d’un temps maudit, adoré (p. 23) j’aurais espéré davantage qu’une écriture élégante sur la mémoire en plein accord avec la forte promesse des premières pages : Faisons revivre ces gens, observons-les comme une peuplade ancienne, comme l’incarnation d’un monde passé, comme le miroir de notre propre pays, de notre propre époque. Un miroir déformant bien sûr (p. 40). 

Ils étaient de l’Est de Julien Thèves, éditions Abstractions, en librairie depuis le 28 mars 2025
Sélection Hors concours 2026

samedi 23 mai 2026

La classe et la fonction de Mariana Alves

Jusqu'à présent, hormis London 53 qui est une véritable fiction, tous les livres de la sélection 2026 du Prix Hors Concours que j'ai lus invoquent des souvenirs d’enfance et donc, par voie de conséquence, se situent dans un passé appartenant au siècle dernier.

Dans La classe et la fonction nous voici dans le Paris des années 1990, trente ans après celui des Femmes du sixième étage, le film français réalisé par Philippe Le Guay, sorti en 2011, qui a pour thème l'immigration espagnole des femmes employées de maison dans le XVI° arrondissement de Paris.

Nous sommes aussi dans un décor semblable à celui de La cage dorée, un film racontant l’histoire d’un couple de gardiens d’immeuble portugais. Mais, si ceux-ci sont adorés par les propriétaires on sent dans l’ouvrage de Marianna Alves une faille abyssale.

Elle a écrit un récit d’introspection qui revient avec une grande pudeur et une grande force sur l’histoire familiale et le temps de l’enfance de la Grande petite. Fille d’immigrés portugais, la narratrice grandit dans une loge de gardien d’immeuble du riche et luxueux XVI° arrondissement parisien que parfois elle évoque sous la forme d'un pictogramme rectangle. Dans un récit incisif et ponctué par l’humour, elle décrit ses conditions de vie dans ce microcosme façonné par les rapports de domination sociale entre les propriétaires, qu'elle désigne sous le terme de les Autres, tandis qu'ils sont les invisibles, corvéables à merci. Elle nous fait partager un monde à hauteur d’enfant où l’intimité n’existe pas. C'est plutôt troublant.

Les épisodes s'enchainent entre deux retours au bled, comme dit la Grande petite (p. 37) et nous interroge, les yeux dans les yeux : est-il vrai qu'on a la belle vie en France ?

Ce court roman (et la brièveté est pour moi une qualité) fait naturellement penser à La honte d'Annie Ernaux (1997) dont on n'est pas surpris de lire une citation. Il est également touchant à bien des égards, en particulier quand la famille se réduit, après le décès de la maman.

La classe et la fontion ne laissera personne insensible et peut-être regarderons-nous d'un autre oeil ces logements de fonction en voie de disparition. La loge est un croquemitaine qui brisent les rêves de ceux qui osent à peine y croire (p. 86).

La classe et la fonction de Mariana Alves, aux éditions Chandeigne, en librairie depuis avril 2026
Sélection Hors Concours 2026

jeudi 21 mai 2026

Le joli-bois de Sujee Godard

Quelques fougères se déploient sur la couverture du même rouge que celui du formidable roman que j'avais tant aimé dans la précédente sélection du Prix Hors concours, Mes pieds nus frappent le sol. Du même rouge aussi que London 53 par lequel j'ai commencé la découverte de la sélection 2026.

Le lecteur comprendra plus tard la signification de la présence de ce végétal … qui aurait aussi bien pu être une fleur de pissenlit.

Le joli-bois est un livre remarquable, encore un. Même si elle est inspirée de faits réels on est soulagé de lire qu'il s'agit d'une autofiction. Cela nous libère de l'angoisse de s'attacher aux personnages, à l'instar de la petite fille qui va prendre ses distances avec les lapins élevés dans sa famille d'accueil et qui terminent dans son assiette un dimanche par mois.

L'autrice convoque en nous toute une palette de sentiments qui hésitent entre colère, compassion, tendresse … Les chapitres sont courts et s'enchainent à l'instar des diapositives que projetait mon père devant une assemblée de curieux quand il voulait capter l'attention tout en ménageant un certain suspense.

Sujee Godard raconte son propre parcours, en construisant un personnage fictif auquel elle donne le prénom de Noah. On apprendra que le joli-bois est le nom donné par les enfants à une petite forêt derrière la maison (p. 23) à l'orée d'une bande de fougères qu'ils appellent "la jungle" parce que ces plantes leur semblaient effrayantes.

Cette forêt est pourtant le refuge de la petite fille et des autres enfants, Yanis et Leila, élevés comme elle dans la famille d'accueil d'Anne et Henry Hosberg où elle fut à l'âge de deux ans livrée comme un colis, tenant une fleur de pissenlit.

C'est une fois adulte que la narratrice nous livre le récit d'une enfance à la campagne marquée par la violence, en particulier à l'encontre de Yanis qui restera le frère protecteur … jusqu'à ce que, une fois adultes, il la repousse en invoquant qu'on a besoin d'oublier, ensemble on n'y arrivera pas (p. 110). A l'inverse elle pense qu'oublier n'est pas nécessaire, et de toute façon impossible. 

Après avoir rejoint Paris pour ses études, elle s'est tournée vers le secteur associatif et est devenue travailleuse sociale auprès de femmes victimes de violence. Dans ce texte tout en subtilité, elle n'y fait pas le procès des familles d’accueil et on comprend que ses sentiments à l'égard des parents adoptifs, particulièrement Anne, sont en réalité très complexes. En particulier quand elle raconte (aussi) les jours légers, lorsque sa mère d'accueil la serre dans ses bras en lui disant qu'elle l'aime (p. 141).

Quant à sa mère, elle la voit toujours, mais peu et a le sentiment de "s'adresser à une inconnue" (p. 65). on ne peut qu'éprouver de l'empathie pour elle en lisant : je n'ai aucun repère, avec elle. Mes seuls repères sont la maison des Hosberg. Ou encore lorsqu'elle décrit son corps sans concession, en se regardant comme une sorcière (p. 103).

Ce livre est troublant par le sujet, par l'écriture, par l'ambivalence des sentiments. Il faut, je crois, le lire plusieurs fois pour en saisir les nuances, la portée, et au final en comprendre la leçon.

Le joli-bois de Sujee Godard, Double ponctuation, collection Guillemets
Sélection Hors Concours 2026

lundi 18 mai 2026

Le Lotissement de Claire Vesin

Un lotissement, des enfants, un accident, les années 85. On pense immédiatement à Olivier Adam. A toute la vie devant nous. C'est inévitable.

Nous ne sommes pas en Essonne, à Juvisy mais à 17 km de Paris, à Mare-les-Champs, une bourgade fictive du Val de Marne, dont le nom est proche de bien des communes de région parisienne. Le village est comme un microcosme, que dis-je, une cocotte-minute. 

La construction, je devrais dire l'échafaudage du Lotissement est remarquable et je ne vois rien d'étonnant à ce que le livre de Claire Vesin soit déjà sélectionné et finaliste de nombreux prix littéraires. C'est amplement mérité.

Quel art pour se glisser dans le cerveau de ses personnages, à commencer par sa mère (p. 35) et dont elle fait elle-même partie, avec juste ce qu'il faut de détachement pour conserver une place d'autrice.

C'est le troisième livre de la Sélection 2026 Hors Concours que je découvre et c'est un troisième coup de coeur. J'ai beaucoup apprécié ce roman. Et pourtant j'ai été très troublée. Par son déroulement tragique, auquel on ne peut pas rester insensible.

Mais aussi par mes propres souvenirs qui sont revenus, à peine le livre refermé, comme un film laissé sur pause. Dans le lotissement de mon enfance, dix ans plus tôt que dans le livre de Claire Vesin, il s'est produit quelque chose qui aurait pu évoluer d'une manière semblable mais chaque maison y était différente … et puis c'était la "province". Etaient-ce des raisons pour préserver l'intimité de chacun ?

Vous en jugerez demain car, promis, je vais m'atteler à vous décrire la situation.

Claire Vesin situe l'action au milieu des années 1980 et sa reconstitution est si minutieuse que je serais surprise d'apprendre qu'elle n'y a jamais mis les pieds. On la croise petite fille, admirative d'Elise, sa (presque) camarade de classe, la fille un peu rebelle de la très respectable Béatrice, mère et surtout femme exemplaire, qui règne en dominatrice sur tout le quartier où elle oeuvre à créer patiemment une petite civilisation (p. 192).

Arrive Suzanne une charmante institutrice venue tout droit des Antilles, dont la jeunesse et la beauté ne seront pas des atouts, et qui va avoir un peu de mal à se faire à cette nouvelle vie. Férue de poésie elle va en distribuer chaque jour à la volée, et c'est une belle idée de nous avoir listé les références en fin d'ouvrage. La société est peu tolérante à la différence, qu'elle soit d'ordre physique (Suzanne a la peau noire), intellectuelle (Jérôme, le fils d'Agnès, est un enfant "différent") … ou encore de mode de vie (être célibataire n'est pas bien vu).

Se pourrait-il que dans un tel contexte, être amoureuse soit une tragédie ou une bénédiction ? (p. 192)

La suprématie de l'homme sur la femme est implacable. Un "bon" docteur s'emploie à assommer le cheptel (quel mot affreux pour désigner sa parentèle féminine) avec un cocktail de Valium et de Temesta que les femmes prennent comme des hosties.

Mais le train de la liberté est en route. Le dérapage est proche. Le lecteur l'a compris dès le prologue. On sait comment ça se termine dès la page 16. Les drames se succédaient depuis quelques semaines : l’accident de ma maîtresse, Mme Bourgeois, qui avait signé la fin de l’année scolaire, puis le décès du garagiste François Belge, le père de mon ami Jérôme. Et maintenant, le feu chez les Mondessert, Elise emmenée à l’hôpital, grièvement brûlée. (…) À qui le tour maintenant ?

Il n'est plus question d'arrêter l'escalade mais de comprendre où se situent les responsabilités. Le moment est venu de tirer au clair ce qui s'est réellement passé en 1986 à Mare-les-Champs, village pavillonnaire paisible de la banlieue parisienne.

Le sujet était déjà en soi passionnant. Claire Vesin y ajoute une dimension supplémentaire en convoquant les bouleversements qui secouent la société de cette époque : Le Pen à L’Heure de vérité, la construction des HLM, la catastrophe de Tchernobyl, la peur panique des attentats parisiens dont sa mère croit être à l'abri à Mare-les-Champs qui lui apparait comme un havre de paix, le tout sur fond de succès chanté par Balavoine. Bref, des années qu’on aurait tort de voir idylliques (bien que vous constaterez en me lisant demain que c'est grosso-modo ce que je pense avoir traversé, … dix ans plus tôt).

Elle nous fait revivre tous ces moments que nous avons oubliés. On se sent proche de la narratrice, surpris de penser comme elle. Tout a été englouti par le temps, comme mes souvenirs de cette vie (p. 114). Ce personnage devient archéologue pour autopsier chaque couche sédimentarisée, à la fois à grande échelle et à celle du lieu de vie dont patiemment elle met à nu les faux-semblants et dénoue chaque secret.

Il se pourrait que sa mère, qui travaille dans un cabinet de comptabilité et qui est mal dans sa peau, soit au premier rang des responsables. Serait-elle coupable de n'avoir rien vu des présages (p. 39) ?

Le lecteur ne veut pas être en reste et va analyser le moindre signe. Claire Vesin ne nous facilite pas la tâche. Elle fait les comptes, cherche les coupables. Ce qui est original c'est qu'elle écrit sur deux temps narratifs, celui de l’année scolaire 85-86 qui déroule la chronologie des faits et celui de notre époque pendant laquelle elle retourne sur les lieux et mène l’enquête. Le témoin principal est Agnès, l'amie de sa mère, employée dans le cabinet médical du généraliste qui abrutit ses patientes de tranquillisants. 

Claire Vesin est née en 1977 à Champigny-sur-Marne. Après une adolescence aux États-Unis et des études de médecine à Paris, elle décide d’exercer en banlieue parisienne, où elle vit aujourd’hui. Elle a publié Blanches en 2024 (Prix du livre La Tribune, Prix Europe 1-GMF, Grand Prix Littéraire de l’Académie nationale de Pharmacie). Le Lotissement est son deuxième roman.

Le Lotissement de Claire Vesin, à La Manufacture de livres, en librairie depuis le 21 août 2025
Sélection du Prix Jésus Paradis 2026, finaliste du Pris Le livre à Metz/Marguerite Puhl-Demange, finaliste du Prix Horizon du 2ème Roman de la ville de Marche-en-Famenneen, sélection du Prix du 3 mars des lecteurs de la librairie Le bruit des mots, finaliste du Prix Jean Amila-Meckerten, sélection du Prix littéraire des promesses, Sélection Hors Concours 2026

mercredi 6 mai 2026

Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert de Franck Gérard

J'ai découvert les Editions du Jasmin par le Prix Hors concours auquel participait Gaëlle Pingault avec Il n'y a pas Internet au paradis. C'était il y a presque dix ans et depuis, cet éditeur ne cesse de proposer des ouvrages qui provoquent de belles émotions.

Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert concourrent année et c'est encore un bouleversement.

Archéologue, voyageur infatigable et Meusien de cœur, Franck Gérard signe ici son premier roman, un texte fort, nourri de ses carnets de voyage, pour raconter avec justesse et humanité le parcours de deux enfants fuyant le Darfour dans les années 2000.

Le thème de la migration n'est pas nouveau mais il est ici traité à hauteur d'enfant et l'injustice de la situation n'en est que plus flagrante.

Nous sommes dans le village d'Hashabad où les mandas veillent sur la famille d'Omanda depuis des siècles, du haut de la montagne Ha Mara. Comme son père et son grand-père, le petit garçon de neuf ans en est persuadé, il sera éleveur de chèvres. Mais le destin en décide autrement lorsqu’au milieu d’une nuit, en 2003, surviennent les Janjawids. La milice violente et massacre hommes, femmes et enfants.

Pour Omanda et son ami Jassim, qui ont réussi à s’échapper, c’est le début d’un long exil qui les mènera du Soudan au Tchad, puis en Libye, en empruntant des chemins toujours plus dangereux parce que les conflits armés sont présents  dans les trois pays.

Je ne souhaite pas en raconter davantage parce qu'il est nécessaire que chaque lecteur fasse la route aux côtés des deux jeunes héros.

Nous sommes contraints d'avancer au rythme de leurs pas. La précision de l'écriture nous fait ressentir la moindre de leurs émotions, leurs espoirs comme leurs peurs. Nous comprenons le poids et le bien-fondé de leurs croyances qui sont toujours respectées. Comme la coutume de jeter quelques grains de mil dans la plaine du haut d'une falaise dans l'espoir que la vie y renaisse (p. 50).

Nous sommes admiratifs de leur détermination. Un Zaghawa apprend à affronter, il n'abondons pas, jamais ! Pourtant le prix à payer est souvent prohibitif. Les enfants doivent non seulement fuir mais aussi subir le racisme (leur peau est foncée) et ils sont souvent exploités par plus puissants qu'eux. Mais ils rencontrent aussi des personnes charitables au cours d'un périple que nous allons trouver "trop long" … parce qu'il ressemble à ce qui se passe réellement dans cette partie du monde dont on parle peu.

L'auteur restitue toutes les ambiances, dans les villages en paix, dans les camps, dans les bourgades régies par l'oppression, avec les massacres, l'odeur du sang, la violence, les coups de feu, les harangues des opportunistes faisant tourner la tête à ceux qui voudraient revenir dans leur pays d'origine. Entre tous ces maux la liberté peut-elle s'enraciner durablement ? Le titre semble dire que non mais peut-on perdre espoir ? Incha' Allah

Jérôme Tubiana, spécialiste reconnu du Soudan et du Tchad, en a écrit la préface, ce qui donne du poids au roman pour nous qui ne connaissons l'histoire qu'à travers ce que les médias classiques veulent bien en dire. A la fin, l'ethnologue reprend son argumentation : ils ne viennent pas en Europe pour des raisons économiques, attirés par un imaginaire eldorado, mais parce qu'ils ont fui une situation qui leur était devenue insupportable en faisant d'eux des victimes (p. 233).

Un glossaire reprend ensuite chacun des termes particuliers dont nous ne connaîtrions pas la signification, malgré de régulières notes de bas de page. Une seule chose m'a manqué : une carte permettant de suivre le trajet.

Les Éditions du Jasmin publient des livres pour la jeunesse, de la petite enfance aux jeunes adultes, et des livres de littérature dans des genres très variés : albums, contes, romans, biographies, polars, poésie, essais… Leur ligne éditoriale vise à faire découvrir à leurs lecteurs les cultures du monde entier.

Les jacinthes ne fleurissent pas dans le désert, de Franck Gérard, Éditions du Jasmin, en librairie depuis le 10 septembre 2025
Sélection du prix Hors Concours 2026

samedi 2 mai 2026

London 53 de Sophie Prat

J'ai rencontré Mathilde Bonte-Joseph, éditrice et fondatrice des éditions Quartier Libre, à l'occasion du Festival du Livre de Paris, juste après l'annonce des finalistes du Prix Hors concours 2026.

J'avais remarqué que London 53 figurait dans la liste et j'avais souhaité en savoir un peu plus sur ce livre qui se trouve être un premier roman, écrit par Sophie Prat.
L'histoire se passe à Audruicq, près de Calais dans les années 2010. Josiane, esthéticienne, y mène une vie aussi lisse que la peau qu’elle promet à ses clientes. Sa meilleure amie réussit à la convaincre de faire avec elle un grand voyage à l'étranger. Le jour où elle demande son passeport biométrique, elle fait une découverte qui la bouleverse… Administrativement tout se complique, mais c’est surtout Josiane qui vacille. Peu à peu, le quotidien se craquelle, les souvenirs refont surface, révélant la femme qu’elle n’a jamais cessé d’être.
Quartier libre est une maison d'édition indépendante de littérature générale, très jeune puisque créée en janvier 2025, par une femme de solide expérience comme éditrice en littérature jeunesse, et qui a vocation à publier de la littérature francophone contemporaine et à révéler de nouvelles plumes en accord avec la promesse de soutenir des "voix nouvelles qui ravivent le réel". La ligne éditoriale est donc construite autour de textes littéraires qui allient l'intime et l'universel.  La maison publie relativement peu de textes afin d'accompagner auteurs et autrices, souvent primo-romanciers, en amont de leur publication, et de défendre leurs livres au mieux.

Le tout premier roman publié par Quartier Libre fut un premier roman, écrit par une jeune scénariste de cinéma, Claire Griois, Le cœur quand il explose, un long monologue adressé à un amour disparu à la suite de violences policières. Il fut présent à la Première sélection du Prix Aznavour 2025, au Festival du premier roman et des littératures contemporaines 2026, et dans la Sélection du Prix Hors Concours 2025 où il se classa parmi les 5 finalistes des coups de coeur des clubs de lecture.

La présence de London 53 dans le catalogue de cette maison d'édition ne me surprend aucunement. J'éprouve énormément d’enthousiasme pour ce texte dont la qualité littéraire est immense. A tel point qu'il est difficile d'imaginer que c'est un premier roman. Commencer à plonger dans la lecture des auteurs sélectionnés pour Hors Concours avec ce livre place la barre très très très haut.
Il m’arrive de raconter (un peu) un roman dans le but de vous convaincre de l’ouvrir. Cette fois je me freine parce que je ne voudrais pas émousser votre envie de découvrir l'histoire extra-ordinaire qui nous est racontée et dont le titre porte celui d'un vernis à ongles que je croyais ne pas connaitre alors que j’avais simplement oublié que j’en avais un exemplaire.

Est-ce parce que l’action se déroule dans le Nord, parce que le personnage principal est une femme, et qu’elle aussi en quelque sorte tient boutique mais je me suis sentie immergée dans un univers proche de celui de la mercière de Grégoire Delacourt ?

En terme de contexte il y a en effet quelque chose de La liste de mes envies, ou de Vénus beauté … En terme de style on est proche de Marie-Hélène Lafon, de Florence Seyvos, de Joyce Maynard … d'auteurs/trices qui subliment le quotidien.

Toujours est-il que j’ai adoré ce livre qui est admirablement écrit, composé comme une oeuvre d’art. Sophie Prat a le talent d’une naturaliste.

London 53 ne dénonce pas un monde de violences, ne secoue pas les consciences, ne bouleverse pas nos préjugés, ne remet pas en cause notre mode de vie. Ce roman fait bien plus. Il nous invite à changer de peau.

Née en 1975 et vivant à Paris, Sophie Prat a fait des études d'histoire médiévale avant de s'engager pour la défense de la culture électronique et de participer à l'organisation de la première Techno Parade en 1998. Grande voyageuse, conceptrice-rédactrice free-lance depuis 10 ans, elle se forme aujourd'hui à la biographie hospitalière.

London 53 de Sophie Prat, Editions Quartier libre, en librairie depuis le 11 mars 2026

jeudi 27 novembre 2025

Hors Concours a 10 ans et voici son palmarès

Pour son dixième anniversaire, Hors concours s'affichait dans des couleurs festives : un doré irisé et un bleu scintillant pour célébrer sa durabilité comme la joie d'avoir favorisé la découverte de (nouveaux) talents littéraires.

Je ne vais pas vous faire attendre pour donner les noms des deux gagnants : Karim Kattan a reçu la distinction de Lauréat du prix Hors Concours pour son roman L’Éden à l’aube, paru chez Elyzad éditions, salué (déjà) comme l’un des romans les plus remarqué de cette rentrée littéraire.

C'est une histoire d’amour foudroyante entre deux hommes, portée par un narrateur venu d’ailleurs (le ciel). Écrit en 2021, avant les évènements du 7 octobre 2023, le roman dépeint une Palestine autre que celle d’aujourd’hui. Nées à Tunis en 2005, les éditions Elyzad publient des fictions, écritures nomades habitées par l’ailleurs. Elles se veulent un espace de découvertes et d’enrichissement pour un lectorat curieux de textes d’auteurs africains et méditerranéens. Des livres qui donnent à penser le monde autrement.

Justine Arnal a été récompensée de la Mention du public pour Rêve d’une pomme acide, paru chez Quidam Éditeur (mais qui n'est pas son premier roman comme indiqué par erreur sur le site de Hors concours), remarqué comme chef d'oeuvre par plusieurs critiques dès le mois de septembre. Son récit est cru, sans filtre, s’articulant autour d’une disparition qui est citée sans être racontée. Les dynamiques genrées qui régissent le quotidien de la famille où les femmes pleurent, et les hommes comptent, sont vues à travers les yeux d’une enfant, en croisant l'intime et le politique.

Les éditions Quidam ont été créées en 2022 sous le signe du curieux personnage d'Arzach, dessin offert par Mœbius pour devenir le logo de la maison. Elles se consacrent à la littérature contemporaine française et étrangère.

Je me souviens encore de la première cérémonie, dans les locaux de la Société des Gens de Lettres. Depuis trois ans la Maison de la Poésie qui accueille la soirée (le 25 novembre dernier). Le nombre de participants au Comité de lecture est passé de 300 à 400 alors que celui des finalistes s'est réduit de 8 à 5. Et le jury final a beaucoup bougé, composé cette année de 5 femmes (ci-dessous avec Gaëlle Bohé, la fondatrice d'Hors concours). J'ai beau être féministe, je trouve regrettable que la parité n'ait pas été rendue possible.
Le type de cérémonie aussi a évolué, s'orientant de plus en plus dans une voie qui s'apparente au spectacle, accordant une place importante à la chorégraphie. 

Ce qui demeure c'est la volonté de valoriser la création indépendante et francophone. Une proportion importante de premiers romans figure toujours dans la bibliothèque mais il me semble que les lauréats sont sensiblement moins "inconnus" qu'aux débuts. Pour preuve, les deux vainqueurs publiaient leur second roman, et avaient donc déjà été remarqués par les critiques, ce qui leur donnait forcément une longueur d’avance. Rêve d'une pomme acide figurait dans la sélection d'au moins 5 prix littéraires.

Bien que son éditeur, Quidamsans doute un des plus grands des petits éditeurs (c’est une excellente maison, personne ne dira le contraire) soit désolé de n'avoir jamais remporté le Grand Prix c'est tout de même la troisième fois qu'il remporte le prix du public … qui pourrait bien encore l'année prochaine sélectionner son nouveau poulain (car son patron, je le répète, excelle dans la découverte de nouveaux auteurs).

Il est donc probable que les organisateurs vont devoir changer sensiblement le mode d'élection, en particulier pour corriger deux travers :
  • Eviter que le Grand Prix revienne à un livre qui est déjà multi-primé (ce qui fait perdre à Hors Concours sa première spécificité d'être le prix de ceux qui n'ont pas de prix).
  • Modifier le processus d'attribution de ce Grand Prix qui aujourd'hui ne peut concerner qu'un des 5 ouvrages préférés par les lectrices et lecteurs, qui par ailleurs élisent le prix dit "du public". Ce procédé réduit considérablement le rôle du jury.
On pourrait aussi s'interroger sur la constitution de ce jury, composé de critiques littéraires, donc de personnes qui ne peuvent pas prétendre à une totale indépendance, et qui, cette année a revendiqué un choix politique.

Le(s) prix Hors concours seraient-ils en train de perdre leur capacité d’originalité … ce qui est peut-être un mouvement inévitable au bout de dix ans … ? L'équilibre est un exercice difficile, comme le démontre la danseuse qui a accompagné chaque lecture.

La cérémonie s'articule sur une alternance de lectures dansées et d'interviews. Le lecteur, le même pour les 5 nominés, est un comédien de talent, Emmanuel NobletMolière 2017 du seul(e) en scène pour Réparer les vivants, d'après Maylis de Kerangal, mise en scène par lui-même.

Nous avons donc écouté un extrait de :
Trois noyaux d’abricot de Patrice Guirao éditions Au vent des îles
- Rêve d’une pomme acide de Justine Arnal chez Quidam
Mes pieds nus frappent le sol de Laure Martin éditions Double Ponctuation
- Le jardin de Georges de Guenaelle Daujon éditions Intervalles
- L’eden à l’aube de Karim Kattan chez Elyza éditions  

Esthétiquement le résultat est sensible et beau, à chaque fois mais je comprends mal que ce soient précisément les pages qui figurent dans la bibliothèque qui soient reprises … alors que personne dans la salle n'est censé les ignorer. Il n'y a aucun suspens dans cette écoute.
Ce sont les entretiens entre les auteurs et les membres du jury qui apportent un éclairage nouveau, sans pouvoir influer sur les votes, qui ont déjà eu lieu. Evidemment aucun ne laisse filtrer sa ou ses préférences et bien malin celui qui devinera le résultat final.
- Claire Darfeuille, éditrice a été interrogée par Marianne Payot, critique littéraire pour le magazine LIRE
- Justine Arnal par Anne-Marie Revol, chroniqueuse littéraire pour FranceInfo (en photo ci-dessus) qui a connu à une filiation avec le nouveau roman, en particulier avec Marguerite Duras. Il est ressorti de ce roman manifestement autobiographique que la Lorraine et l'Alsace étaient deux territoires très marqués par leurs différences, ce que savent très bien ceux qui y ont vécu. Le roman est ponctué de citations en alsacien, à commencer par le titre qui est la traduction d’une expression alsacienne que l’ont dit aux enfants le soir, pour leur souhaiter bonne nuit, Gued Nacht min Maïdele, un draïm vum e süüre Äpfel !
- Laure Martin par Cristina Soler, blogeuse littéraire. J'en ai retenu que retenu que la littérature permet de sussurer à nos oreilles tout en gardant une distance de sécurité, qu'en matière d'inceste ce n’est pas (ou plus) la parole qu’il faut libérer mais l’écoute, ce qui lui donne envie de mettre aujourd'hui ce texte en scène. Que l'autrice a besoin de parler une langue accessible qui touche le corps du lecteur presque comme un tam-tam, et que selon elle il faut de la radicalité mais aussi de la distance.
- Guenaelle Daujon par Clémentine Goldszal, journaliste littéraire à ELLE et M. le magazine du Monde. Ce roman est une exofiction botanique racontant la création d'un jardinconçu comme une preuve d'amour.
- Karim Kattan par Inès de la Motte Saint Pierre, Rédactrice en chef de La Grande Librairie

A ce propos s'il est plus que probable que chaque jury a fait l'effort de lire les 5 finalistes rien ne prouve que le vote du public a été effectué avec la même rigueur. On peut choisir de favoriser l'un ou l'autre pour des raisons plus personnelles que littéraires. Pour avoir été membre de plusieurs jurys, notamment le Grand Prix des Lectrices de ELLE, je sais combien cet aspect est particulièrement crucial, et difficilement contrôlable, en particulier quand les votants sont libres d'acheter ou non ces livres là.

Est-ce une des raisons pour lesquelles il m'a semblé que la salle réagissait beaucoup pendant les interviews (ce qui par ailleurs était sympathique) comme si beaucoup découvraient le propos de l'ouvrage ?

Je lis la totalité des extraits avant d’établir trois catégories, les OUI, les NON et les ? En fonction de ce que je ressens et surtout de mon désir de lire la suite, car ce me semble être la meilleure façon de faire un choix puisqu’à ce stade il sera subjectif. Il faudrait lire les 40 livres dans leur intégralité pour prétendre établir un palmarès plus "juste".

Arrive la seconde étape consistant à relire les extraits que j'ai sélectionnés. En général je parviens à resserrer à 8 et la difficulté est de n’en conserver que 5. Depuis le changement de règle je me pose la même question de la pertinence de ce nombre, mais je suis peut-être la seule.

Cette année, et sans l'avoir cherché, je me suis aperçue avoir retenu 4 premiers romans sur les 5 et autant d’auteurs que d’autrices.

Je peux le dire aujourd'hui, j’ai placé en numéro un Mes pieds nus frappent le sol, un premier roman qui résonne comme un cri et dont l’écriture (du moins dans l’extrait proposé) est faite à hauteur d’enfant, ce qui est assez rare dans ce thème de l’inceste, pourtant de plus en plus traité, en littérature comme au cinéma. Malgré un sujet lourd j’ai apprécié la dérision et la distance que Laure Martin (ci-contre) est parvenue à partager avec le lecteur qui a envie de la suivre jusqu’au bout en pariant sur sa capacité de résilience.

Evidemment, la découvrir parmi les 5 finalistes m'avait réjouie de même que la présence de Trois noyaux d’abricot de Patrice Guirao … qui se trouvait dans ma liste de 8, mais plus dans celle de 5.

Je ne vous dirai pas à qui j'ai donné ma voix pour le Prix du public mais pensez-vous qu'il soit envisageable que les votants se dédisent de leur choix initial ? Cela plaiderait pour que les 5 finalistes soient également distingués, ce qui pose par contre par voie de conséquence le rôle du jury final.

Une autre piste pourrait être de valoriser davantage le Prix des lecteurs si l'idée demeure de se démarquer des autres prix qui fonctionnent sur des avis de spécialistes littéraires. En tout cas il importerait de réfléchir à ce qui pourrait permettre d'éviter une perte d'originalité et de spécificité.

Vous aurez sans doute d'autres idées et/ou suggestions à formuler après avoir vu ou revu la cérémonie qui peut être visionnée ici (attention elle ne commence qu'après 3 minutes 35 d'attente). Et surtout guettez l'ouverture des inscriptions de l'édition 2026 pour peu que vous soyez amoureux de la lecture en suivant les publications de l'Académie Hors concours.

dimanche 16 novembre 2025

Rêve d'une pomme acide de Justine Arnal

J'ai eu l'occasion de lire Rêve d’une pomme acide parce que le titre était dans la sélection Hors concours. L'éditeur, Quidam, le présentait de façon intrigante :
Une famille. Plusieurs générations de larmes et de calculs. Des femmes pleurent et s’en remettent aux médicaments. Des hommes comptent, aimantés par les chiffres.
Depuis longtemps, une enfant se souvient qu’elle a regardé.
L’enfance sait toujours, et elle ne comprend rien. Il y a toujours quelqu’un pour lui bander les yeux, prétexter un jeu débile, grimer une réponse, et la déboussoler en la faisant tourner sur elle-même jusqu’à ce qu’elle ne se souvienne plus sur quel pied elle dansait. Les adultes passent leur temps à faire oublier à l’enfance ce qu’elle désirait savoir. Ils n’aiment pas les questions qui lui brûlent les lèvres. Pourquoi est-ce que grandir consiste si souvent à apprendre à feindre et ignorer ?
Etant passionnée par ce qu'on appelle les "violences quotidiennes" j'espérais un récit vertigineux, intime et polyphonique, où les voix de femmes blessées se seraient entrelacée et qui m'aurait embarquée. J'étais enthousiaste après la lecture de l'extrait figurant dans la bibliothèque d'Hors concours et sans doute exigeante étant donné la présence du roman dans tant de sélections littéraires. Hélas je me suis perdue dans les confidences.

Pourtant j'avais apprécié la présence des expressions alsaciennes et l'organisation du livre entre deux territoires marqués par leurs spécificités qui font leurs différences.

Justine Arnal est née en 1990 à Metz. Autrice, psychologue clinicienne et psychanalyste, elle vit et travaille à Paris. Elle a publié deux livres aux éditions du Chemin de fer : Les Corps ravis et Finir l’autre avant de se tourner vers Quidam. Elle s’intéresse particulièrement aux croisements et frictions entre littérature et psychanalyse.

Rêve d'une pomme acide de Justine Arnal, Quidam éditeur, août 2025
Sélections 2025 : Prix Erckmann-Chatrian. Grand prix de littérature de la ville de Saint-Etienne. Prix Hors Concours. Prix Gut. Prix de la Fleur qui pousse. 2026 : présélection Prix des lycéens de Sceaux.

dimanche 2 novembre 2025

Mes pieds nus frappent le sol de Laure Martin

J'ai découvert Mes pieds nus frappent le sol par le biais d'un extrait figurant dans la bibliothèque d'Hors concours. Le coup de coeur a été immédiat. Et je ne suis pas unique puisque le roman est déjà en réimpression.

Le livre est porté par le public et par de grands noms. Camille Kouchner, l'auteure de La Familia grande l’a remarqué sur les réseaux sociaux. Anouk Grinberg, l'auteure de Respect, signe quelques mots sur le bandeau.

Mon intérêt s'est confirmé lorsque j'ai lu le livre dans sa continuité. A commencer par la couverture sur laquelle une grue (ou une aigrette) s'apprête à prendre son envol, dont les pattes justement frappent le sol. Comment ne pas y voir la représentation de l'auteure ?

La grue a une image positive dans beaucoup de cultures, excepté en Inde où elle représente la trahison. En Chine, elle incarne l'immortalité, en Allemagne elle est l'emblème du messager de dieu et en Grèce, la grue représente la pureté. Chaque année, des milliers de gens sur la terre plient des grues en papier en souhaitant la paix dans un monde où les gens pourraient vivre sans peur.

Son éditeur, Etienne Galland de Double Ponctuation n'aurait pas pu faire une meilleure suggestion même si on aurait apprécié une oeuvre d'art, faite par un ami, par exemple Emmanuel qui est un des personnages de l'histoire.

Grandir dans un milieu aisé ne préserve pas du malheur. Laure Martin le démontre hélas en ayant été placée à l’adolescence en foyer par l’Aide sociale à l’enfance. Elle explore mille façons d’habiter son existence pour trouver son chemin. Artistiquement, elle pratique tout d’abord le slam, d’où elle tire le rythme et le sens de la formule qui caractérisent encore aujourd’hui son écriture. Mes pieds nus frappent le sol est un récit largement inspiré de son vécu.

C'est son premier roman publié, sans être le premier qu'elle ait écrit. Sans surprise quand on apprend qu'elle écrit depuis "toujours". Sa publication doit au fait qu'à 41 ans, à l'occasion de la fin d'un travail Laure Martin se soit posé la question fondamentale de poursuivre sa route à l'identique ou de réaliser son rêve. Elle a décidé de s’accorder un an pour le faire aboutir et la première étape du pari a été remportée puisque Double ponctuation a répondu très vite. Le succès est très probablement assuré avec la réimpression. Recevoir le Prix Hors concours serait un couronnement, mais figurer parmi les 5 finalistes est déjà un beau résultat. Réponse mardi 25 novembre en soirée …

Un des thèmes, parce que c’est loin d’être le seul, est l’inceste. Il a longtemps été traité par des confidences très élaborées, arrivant à demi-mots (comme le fit Christine Angot) ou avec brutalité. Les lecteurs ont depuis appris à lire ce type de texte et cherchent maintenant un travail littéraire. Le roman de Laure Martin apporte sa pierre au cairn des violences intrafamiliales.

Dieu sait qu'il n'est pas anecdotique quand on sait que la réalité scientifique documentée récemment atteste de 20% d'incestes en France, touchant ainsi 1 enfant sur 5. Et il ne s'agit là que d'actes commis, auxquels il faut ajouter les ambiances de climat incestuel. les statistiques sont terribles. Elles méritent d'être lues attentivement (p. 211).

Mes pieds nus frappent le sol résonne comme un cri et son écriture (du moins dans la période rose) faite à hauteur d’enfant est assez rare dans ce thème de l’inceste, pourtant de plus en plus traité, en littérature comme au cinéma. Malgré un sujet lourd, j’ai apprécié la dérision et la distance que l’autrice est parvenue à partager avec le lecteur qui a envie de la suivre jusqu’au bout en pariant sur sa capacité de résilience.

Celle-ci s'exprime à diverses reprises en donnant son titre au roman dès la première partie : Mes pieds nus frappent le sol, je quitte ce que je suis devenue et deviens celle qui est dans ce furieux présent (p. 79).

Malheureusement Laure entre dans la Zone grise. C'est l'enfer de la psychiatrie, des traitements lourds … alors qu'elle résume d'une phrase la situation : Je ne suis pas malade, je suis malheureuse, à en crever (p. 103).

De fait, les violences succèdent aux violences parce que l'inceste prédispose à leur répétition. Elles se manifestent dans le monde du travail parce que la fascination pour le fonctionnement masculin (fort bien expliquée p. 126) et l’identification au sexe dit "fort" pour sauver sa peau ne pouvait pas être une solution à long terme. Après une promotion (amplement méritée) elle mesure combien être une femme est un handicap dans la vie professionnelle, surtout quand la majorité des employés sont des hommes peu compétents. Mais elle s'est prise au jeu se sentant devenir l'égale des hommes, de ceux que la société honore (p. 138), fatale erreur : La libération de la femme par l'émancipation économique que l'on m'a promise n'est qu'une nouvelle oppression (p. 147).

On retrouve encore les violences dans sa vie personnelle et les traumatismes gynécologiques sont un cauchemar supplémentaire. Et pourtant la jeune femme se réappropriera son corps, se libèrera des dominations, et trouvera son chemin vers la liberté.

On voit ainsi se constituer une sorte de #Metoo d’un autre ordre un #MoiAussi (j’ai été abusée) qui n’est pas tant que ça dans la dénonciation du coupable (criminel) mais dans la manifestation de sa propre force, qui pourrait s’appeler #JeSuisResté(e)Debout ou #JeSuisVivant(e).

Une grande force émane de la discussion que nous avons eues toutes les deux et est de nature à être rassurante. Cet aspect d'éducation du lectorat et de dynamique de la sororité est un peu nouveau mais ô combien fondamental. Il apparait nettement dans la troisième partie du roman, Purple wave, succédant à Zone grise et Chambre rose.

Laure Martin interroge sur ce que c'est finalement d'être une femme libre. Et surtout quel est le prix à payer puisque tout se vend, tout s'achète (p. 190). A propos de #MeToo elle a raison de pointer que ce ne sont pas les mecs le problème, c'est nous (…) il faudrait qu'on apprenne à se défendre dès la maternelle (…). Moi quand j'ai crié ma rage on m'a mise sous médocs (une réponse récurrente d'un livre à un autre, comme le souligne aussi Anouk Grinberg dans Respect).

Cette question de la liberté est essentielle parce qu'avoir été façonné(e) dans l'enfance comme un objet est lourd de conséquences, prédisposant à l’augmentation des risques d’exposition à d’autres violences, de toutes sortes. Les traumas provoquent une dérégulation des circuits de la dopamine, façonnent le cerveau et poussent à l'hypervigilance. Il n'est pas aisé d'être féministe sans basculer dans le masculin.

Dans la dernière partie Laure Martin, qui se dit avoir été façonnée par King Kong théorie de Virginie Despentes, évoque les mouvements féministes qui se propagent au Mexique en autorisant l’accès à la violence.

Elle a beaucoup de projets, parmi lesquels la publication d'un autre roman, qui ne sera pas écrit à la première personne. Il y sera notamment question du lien mère-fille et de la transmission traumatique. Mais laissons d'abord Mes pieds nus frappent le sol poursuivre sa route.

J’invite ceux qui ne connaissent pas encore le prix Hors Concours à lire le compte-rendu de la dernière cérémonie (en 2024).

Mes pieds nus frappent le sol de Laure Martin, en librairie depuis le 9 janvier 2025

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