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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
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dimanche 8 juin 2025

Maintenant je n'écris plus qu'en français de et avec Viktor Kyrylov

Je suis allée voir Maintenant je n'écris plus qu'en français dont le sujet m’interpellait et à propos duquel j’avais lu énormément (trop peut-être) de critiques positives.
Viktor, jeune ukrainien de 20 ans, se trouve à Moscou le 24 février 2022 lors de l’invasion russe en Ukraine. Il y vit depuis 3 ans, réalisant son rêve d’enfance : intégrer la plus prestigieuse école de théâtre russe, le GITIS. Il fait alors face aux bouleversements provoqués par la guerre : l’amour devient la haine, les amis d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui. Le rêve d’enfance devient une trahison à son peuple.
Il n’y a pas de doute possible. Viktor Kyrylov a énormément de mérite à écrire si bien et à parler si parfaitement notre langue. Je me réjouis sans aucune réserve qu’il soit, lui comme sa famille, loin de la guerre qui ravage l’Ukraine et qu’il ait réussi à quitter la Russie dès le début du conflit.

Son témoignage est émouvant et on perçoit combien il est sincère. Son interprétation est touchante. Mais, car il y a un mais pour moi, je n’ai pas vraiment eu le sentiment d’être au théâtre. Je n’ai pas vu de mise en scène, et pour cause d’ailleurs puisqu’il n’y en a pas. Le programme fait mention du "regard amical d’Eric Ruf". Pourquoi ne pas avoir été plus loin ?  Peut-être parce que l’effort de mémorisation du texte français était déjà suffisamment complexe sans qu’on fasse peser une direction d’acteur ?

Je n’aurais pas été perturbée que Viktor s’exprime parfois en russe, qui est sa langue maternelle (même si je n’en parle pas la langue, et après tout il existe des solutions de surtitrage). Certes le titre du spectacle l’interdit d’une certaine manière mais le concept devient un piège joliment illustré par la photo que j'ai placée en tête de cet article (et que l'on voit correctement depuis quelques sièges bien précis) alors qu’il nous est bien précisé que Maintenant je n’écris plus qu’en français est une histoire ukrainienne.

Elle nous plonge dans un conflit qui traverse des siècles de destins mêlés entre deux peuples et met en lumière le rapport qu’ils entretiennent aujourd’hui. Le récit intime et les circonstances politiques et historiques s’entrechoquent : la famille et la patrie, la jeunesse et la mort, la haine et l’amour, la trahison et la culpabilité … Le spectacle pose effectivement une question essentielle : pourquoi combat-on ? Le spectacle n'y répond pas et l'option retenue par Viktor est la fuite et le renoncement à l’un comme à l’autre en choisissant d’appartenir désormais à un "troisième" pays, la France.

Bien entendu je ne juge pas son comportement mais le spectacle. J'aurais sans doute une autre réaction si je l'avais entendu dans le cadre d'une émission d'information ou de témoignage.

J'ai lu dans sa note d'intention "Jusqu’où je vais raconter mon histoire ? Cette histoire a un début, mais la fin reste à écrire : je continue à vivre dans les conditions qui m’ont été imposées par la guerre. C’est pourquoi je finis cette histoire par mon arrivée en France. L’adaptation, l’intégration... Ce sont des sujets qui méritent d’être détaillés dans un autre récit, un autre spectacle".

Il poursuit en insistant sur le fait qu'il a voulu poser la question de la guerre : comment elle arrive dans une vie, comment elle bouleverse une vie et un être.

Ce sont des choses horribles mais qui me sont familières parce que j'ai tant de fois entendu l'histoire de mes arrières grands-parents, de mes grands-parents et de mes parents, dont les parcours de vie ont été secoués par la Guerre de 1870, puis les deux Guerres Mondiales que je crois que je connais cela …

Je suis surprise également par l'emploi du verbe "raconter" alors qu'on aimerait tous "comprendre" quelle folie peut encore secouer l'Europe et menacer l'équilibre (donc fragile) qui a été reconstruit après 1945.

Il se dit en quelque sorte réfugié linguistique et s'il a raison d'écrire que la langue formate une façon de penser j'aurais aimé entendre en quoi l'acquisition du français l'a changé. Plus précisément quels bouleversements sont imputables à cette guerre et lesquels au changement de langue ?

Il écrit aussi : Si demain, la guerre arrive en France, que ferions-nous ? Cette maladresse syntaxique (il faudrait interroger : Si demain, la guerre arrivait en France, que ferions-nous ? ou bien Si demain, la guerre arrive en France, que ferons-nous ?) relève sans doute d'un acte manqué trahissant l'angoisse du futur.

C’est ça que je veux transmettre aux Français (…) après avoir vécu trois années dans ce pays, ce pays  incroyable, mais qui ne veut pas voir le danger qui le menace.

Je ne sais pas si nous sommes aveugles, en tout cas sans doute pas davantage que les 7 millions d'Ukrainiens vivant aujourd'hui en Europe et qui ne s'imaginaient pas devoir s'y installer.

Il n'en reste pas moins que je salue le mérite de ce comédien que je serais curieuse de voir distribué dans une pièce dans laquelle il ne sera pas impliqué émotionnellement.
Maintenant je n'écris plus qu'en français [création]
Texte & interprétation Viktor Kyrylov
Sous le regard amical d’Eric Ruf
Son Thomas Cany 
Scénographie & costumes Constant Chiassai-Polin 
Vidéo Clara Hubert 
Création lumière Anne Coudret 
Conseil dramaturgique Laurent Muhleisen  
Du vendredi 4 avril au dimanche 29 juin 
Avril & juin : Mer., Jeu. Ven. et Sam. 19h, Dim. 15h
Mai : Mer. 19h, Jeu., Ven. et Sam. 21h15, Dim. 15h
Théâtre de Belleville -16, Passage Piver - 75011 Paris
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de © Pauline Le Goff

samedi 6 janvier 2024

Et si on s'essayait au kouglof ?

Après une première expérience visuellement réussie mais gustativement catastrophique (consommable, mais franchement pas un régal), j’ai décidé de ne pas rester sur un échec et de suivre cette fois une recette venant d’un alsacien, installé à Sierentz (68510).

En effet, le kouglof est une des spécialités de cette région même si on ne sait pas réellement quand et où il est apparu en premier : peut-être en Alsace, mais pourquoi pas en Autriche ou en Pologne …

Ce qui est sûr c’est que d’après les légendes, sa forme représenterait le turban d’un Roi mage. C’est elle qui permet de faire de très grandes brioches, dont le cœur est toujours bien cuit grâce à la “cheminée” au centre du moule.

Qui dit Roi mage dit Épiphanie et voilà pourquoi je le présente le 6 janvier. Je me suis donc inspirée de la recette d'un pâtissier réputé mais je n'ai pas pu m’empêcher d’adapter, notamment cette fois en utilisant une farine moins blutée (photo ci-dessous), en n’ajoutant pas de raisins secs parce que je n’aime pas beaucoup ces fruits, et en ne saupoudrant pas de sucre glace … parce qu’on n’a pas besoin d’ingérer de sucre supplémentaire même si le résultat est un peu moins élégant.
Je me suis dispensée également du sirop d’imbibage, qui aurait certes rendu la mie encore plus moelleuse. Il est totalement facultatif, et on peut le faire au kirsch ou à l'eau de fleur d'oranger, cela fonctionnera tout autant. Mais je donne ces étapes pour les puristes.

Vous pouvez aussi aller vérifier la recette originale de Maxime en suivant ce lien. Je vous préviens que votre écran sera saturé d'écrans publicitaires et c'est vraiment regrettable car ses recettes sont ultra bien détaillées avec des photos précises et que j'aurais envie de toutes les suivre et les recommander.
Et si vous voulez un excellent kouglof sans prendre le risque de le faire aller chez Stéphane Vandermeersch  qui, soit dit en passant fait aussi les meilleures galettes des rois de Paris. Je l'avais déjà écrit ici et je les ai re-goutées le 3 janvier dernier. Je maintiens mon avis.
La veille, j'aurais fait tremper les raisins secs dans de l’eau ou du kirsch (c’est au choix) si j'avais eu l'intention d'en mettre.

Dans le bol du batteur muni du crochet, j'ai mélangé le jour J la farine bio T 64 de Mon Fournil (mais une autre conviendra), le sucre, les œufs, le lait, le sel et la levure (en évitant le contact avec le sel). J'ai fait tourner à vitesse lente jusqu’à ce que le mélange soit homogène.
J'avais coupé le beurre en petits morceaux et l'ai ensuite ajouté en poursuivant le pétrissage à vitesse moyenne pendant 20 min. Le pâtissier prévient que contrairement à une brioche la pâte à Kouglof est plus humide, et ne se décollera pas vraiment du bol. J'ai ensuite raclé proprement le bol du batteur puis déposé un film au contact de la pâte pour éviter qu'elle ne croute en gonflant.

J'ai laissé reposer 1 heure 30 à température ambiante … mais dans la salle de bains, à proximité du radiateur.

J'ai graissé graissé les moules avec du beurre mou en veillant à chaque cannelure et au centre jusqu'en haut puis ai placé les amandes.

J'ai ensuite déposez la pâte sur le plan de travail et l'ai rabattue vers le dessus pour former deux boules (car j'avais deux moules à remplir)  puis un trou au centre. Ce n’est pas évident car la pâte colle beaucoup,. Bien entendu, si j'avais choisi de mettre des raisins je les aurais ajouté égouttés avant et j'aurais mélangé pour les répartir.

Il faut ensuite déposer la pâte dans le moule en tassant bien (pour éviter les bulles d’air). La cheminée au centre du moule ne doit surtout pas être recouverte pour que l’air puisse circuler et cuire correctement la pâte mais si elle se bouche en cours de cuisson il n'y a pas d'inconvénient.

Il est important de laisser gonfler à nouveau pendant 1 heure 30 à température ambiante. Et même si c'est soit disant inutile je pose toujours un torchon sur les moules. Et il se peut que la pâte ait tendance à déborder …
J'ai enfourné, comme préconisé dans un four chaud à 170° pendant 45 min, ce qui convenait à mes moules en terre cuite. J'imagine qu'il faudrait adapter avec un moule en silicone ou en métal en réduisant probablement cette durée.

lundi 27 mars 2023

Millésimes Alsace DigiTasting® 2023 #8 Dégustation Véronique & Thomas Muré avec Véronique Muré

J’avais choisi le domaine de Véronique & Thomas Muré parce que j’avais, l’an dernier, découvert et apprécié ses vins. Vous pouvez d’ailleurs lire l’article que j’ai écrit à leur sujet en suivant ce lien.

Pour cette édition ils avaient retenu les 4 AOC Alsace suivants, tous en biodynamie :
44 A - Alsace Grand Cru Vorbourg Riesling 2020 Clos Saint Landelin 
44 B - Alsace Grand Cru Zinnkoepfle Riesling 2020
44 C - Pinot noir Clos Saint Landelin Millésime 2020 
44 D - Muscat Vendanges Tardives Clos St Landelin Millésime 2017 

Un premier souci provient du Muscat Vendanges Tardives Clos St Landelin  2017 parce que hélas le flacon a refermenté au cours du transport et s’est avéré imbuvable. C’était pourtant une offre très tentante car la demande est forte sur le Muscat qui, contrairement à l’image qu’on en a, peut être un vin sec. C’est un cépage capricieux, confie Véronique Muré, qui n’est pas produit tous les ans. Ce millésime 2017 (à propos duquel je la crois volontiers quand elle le qualifie d’exceptionnel et que les bouteilles de 75 cl n’ont aucun souci de conservation) a été obtenu à partir de raisins pastillés promettant des arômes de fleur d’oranger.

Il se trouve que les échantillons du coffret 2023 comportent deux mêmes Rieslings que ceux du coffret 2022. Bien entendu les millésimes diffèrent mais je ne peux pas rédiger une publication très originale à leur sujet.

 

Il n’empêche que ma préférence se confirme pour le Riesling Alsace Grand Cru Vorbourg, Clos Saint Landelin (bouteille de gauche) découvert l’an dernier millésime 2019, et cette fois-ci 2020. C’est un vin élancé, moins vertical que se révélera l’autre échantillon de Riesling, l’AOC Alsace Grand Cru Zinnkoepfle 2020 (bouteille de droite). Le terroir très caillouteux, mais sans la présence de grès, est composé d’argiles qui apportent de la puissance. Il restera longtemps fruité alors que le coté pétrolé des vieux Rieslings se sentira dans quelques années sur le Zinnkoepfle.

Précisément, celui-ci est d’une typicité différente, assez vertical, aérien mais témoignant d’une belle longueur, avec des arômes de verveine, de tilleul et de petites herbes comme tous les millésimes obtenus sur ce terroir (alors que le millésime 2019 était néanmoins davantage sur le zeste).

Ce 2020 est plus ouvert, plus charmeur, avec ce côté fin et élégant qui se retrouve généralement sur un terroir gréseux. Je rappelle que, atteignant 440 mètres d'altitude c'est le grand cru le plus élevé d'Alsace. Les vignes sont installées sur un sous-sol calcaire parcouru de quelques veines de grès rose, le même que celui des pierres de la cathédrale de Strasbourg.

La belle exposition plein sud permet une belle maturité mais tout en conservant la forte acidité du calcaire.


La nouveauté venait du choix de l’échantillon de Pinot noir, Millésime 2020 Clos Saint Landelin (contre le Pinot Noir 2018 Lutzeltal pour la première édition de Digitasting).

L’occupation allemande a orienté les vignobles alsaciens sur les blancs mais il y a un très beau terroir de rouges à Rouffach avec des vignes de 40-45 ans qui se plaisent sur le calcaire. La présence d’un peu d’argile dans le sol piège l’eau et constitue un atout. 

Il demeure essentiel de garder un bon niveau d’acidité et de favoriser les arômes de fruits rouges. Ce millésime 2020 est prometteur. Il est encore « bébé » convient la vigneronne.


vendredi 24 mars 2023

Millésimes Alsace DigiTasting® 2023 #7 Dégustation du coffret découverte Domaine Frédéric Mochel avec Guillaume Mochel

Voilà une autre découverte du salon, avec le Domaine Frédéric Mochel qui est en conversion biodynamie.

C'est avec Guillaume, le fils de Frédéric, et qui représente la XIV° génération de vignerons depuis 1669, que je découvre les 4 AOC Alsace qui ont été sélectionnés :
43 A - Alsace Grand Cru Altenberg de Bergbieten Millésime 2021 Riesling Cuvée Henriette
43 B - Alsace Grand Cru Altenberg de Bergbieten Millésime 2017 Riesling Cuvée Henriette
43 C - Millésime 2021 Muscat 
43 D - Millésime 2018 Pinot Gris

Commençons avec le Muscat, Millésime 2021, parce que c'est le plus sec mais aussi léger, très aromatique. C'est un vin qui titille la langue, avec une belle acidité en finale. Qui lui aussi, (à l'instar du Pinot blanc 2021 du Clos des Terres Brunes ) se verrait bien servi avec des asperges. Mais aussi à l'apéro et sur des fruits de mer.

Les vignes prospèrent sur des marnes argileuses, dans des sols profonds et riches. Celles de Riesling sont plutôt sur des marnes à gypse, lequel donne des vins fringants avec beaucoup de fraicheur. L'ensemble du domaine comporte peu de sols calcaires.

Ensuite l'Alsace Grand Cru Altenberg de Bergbieten Millésime 2021 Riesling Cuvée Henriette, qui témoigne d'une très franche acidité, bien marquée malgré le gras. Il a davantage de concentration, de complexité aromatique.  Comme on le sait, 2021 est un millésime complexe en raison de l'humidité de cette année-là (alors que 2022 est marquée par al canicule) mais on remarque malgré tout une belle tension en fin de bouche. C'est un vin à garde encore quelques années.

Le même, millésime 2017 est plus classique. C'est un millésime plutôt frais, sur un profil toujours sec et droit, avec une pointe de minéralité. Il a un côté ample, avec une belle trame mais on a encore les arômes floraux.

Guillaume Mochel me fait observer que malgré ses 5 ans d'âge, s'il n'a pas encore de côté pétrolé c'est parce que ces arômes là mettent plus de temps à apparaitre quand les vignes poussent sur des sols marneux, comparativement aux sols calcaires.

Enfin le Pinot Gris dont l'étiquette est une jolie idée.
Il révèle, et c'est logique, davantage de surmaturité qui en ferait presque un vin de dessert et on pense aussitôt à une tarte. On croirait même percevoir une note de litchi.

Le Domaine Mochel est situé au début de la Route des vins, dans le prolongement de la Vallée de la Bruche. Il bénéficie d'un micro-climat favorable et d'un ensoleillement optimal sans ombre portée par les Vosges.

Son terroir de marnes, et de marnes à gypse sur le Grand Cru est un atout pour ses Rieslings qui représentent un tiers de sa production.

jeudi 23 mars 2023

Millésimes Alsace DigiTasting® 2023 #6 Dégustation Cave de Ribeauvillé avec David Jaegle

Quelle chance d’avoir pu discuter avec David Jaegle car c’est un homme très occupé, dont j’avais fait la connaissance à Vinexpo Paris il y a quelques semaines.

Nous avions fixé cet entretien juste à son retour de ProWein (Düsseldorf) qu’il avait enchainé après un séjour de dix jours en Californie. Voilà la preuve que DigisTasting a son intérêt si on veut pouvoir discuter avec certains spécialistes grands voyageurs.

David Jaegle est un enfant du pays. C’est peu dire qu’il connait parfaitement le (les) Rieslings. Il a fait ses études en 1992, est entré à la Cave en 2017 et y est récemment devenu le Directeur général.

La Cave de Ribeauvillé a été créée en 1895 par 44 vignerons pour faire face à la crise qui frappait l’Alsace depuis le rattachement à l’Allemagne en 870. Elle a fait preuve d’une grande stabilité puisque le nombre d’adhérents a peu varié (41 aujourd’hui) et que 20% des noms de famille sont restés les mêmes. C’est une « petite » structure, par sa taille (comptant 21 salariés), d’esprit familial, grande par sa notoriété car on y travaille d’une façon plus proche d’un domaine que d’une cave. Tout le monde y partage une même passion et passe beaucoup de temps ensemble, y compris leur temps « libre ».

Elle n’achète ni raisin, ni vin, et se limite donc aux raisins de ses membres, ce qui lui permet de conserver le statut de récoltant. Qui plus est les vendanges sont exclusivement manuelles, et pour le moment en conversion bio à hauteur de 30%.

Elle produit chaque année 74 vins différents : 15 Rieslings, 7 Pinots Gris, 9 Gewurtztraminers … tous différents, et réalisés en fonction d’une sélection parcellaire très forte, identique d’année en année afin d’assurer une continuité des vins. Elle peut stocker 2 à 4 millions de bouteilles en vieillissement.

Leur œnologue aura été la première femme à exercer ce métier dans une grande structure dans la fin des années 80. EN 2001 tous les apporteurs de raisin ont signé une charte qualitative.

Les quatre vins proposés sont tous HVE ;
AOC ALSACE, Millésime 2018 Riesling Muhlforst
AOC ALSACE Grand Cru Osterberg, Millésime 2019 Riesling
AOC ALSACE, Millésime 2017 Complantation Clos du Zahnacker
AOC ALSACE, Millésime 2019 Pinot noir Rodern


 1- AOC ALSACE, Millésime 2018 Riesling Muhlforst :

Malgré son antériorité d’un an, on déguste en premier ce Riesling parce que la puissance aromatique et la longueur du Grand Cru Osterberg, Millésime 2019 Riesling seront plus puissantes.


J’ai commencé sur son indication par le Riesling Muhlforst Millésime 2018, fruit d’une viticulture durable, pas encore labellisée bio, pas encore un Premier Cru, d’où l’importance des lieux-dits pour désigner les différents vins.


Il provient de vignes qui poussent sur le sommet d’une colline séparant Ribeauvillé de Hunawihr, à 150 mètres du lieu-dit Le Rosacker, sur la commune de Hunawihr, qui donne le réputé Alsace grand Cru Rosacker.


Il présente l’essence même de ce qui caractérise le Riesling, les arômes d’agrumes, en toute logique puisque le vigneron cherche avant tout à révéler les arômes primaires (seul le Pinot noir connait une fermentation malolactique). Il fait preuve d’une acidité bien trempée et d’une minéralité qui le conduit directement sur le registre de la gastronomie.


Le rendement est de l’ordre de 50 hl/ha et la production annuelle d’environ 8000 bouteilles.


2 - AOC ALSACE GRAND CRU OSTERBERG, Millésime 2019 Riesling :

2019 est une très belle année en terme de concentration. Il est un des trois grands crus de la commune. Le vignoble est installé sur une colline où paissaient autrefois des chèvres. Il profite d’une exposition exceptionnelle, plein Est, donc ensoleillé tôt le matin en été et relativement à l’ombre l’après-midi, sans doute le secret de son acidité noble et complexe, et de sa minéralité relativement précise comparativement aux deux autres vins blancs du coffret. De plus, les vignes bénéficient d’une climatisation naturelle produite par les vents vosgiens qui rafraîchissent le village et ses vignes.


Le rendement est de l’ordre de 45-47 hl/ha.


Les notes pétroles caractéristiques d’un vieux Riesling commenceront à apparaître d’ici 6-8 mois. David Jaegle m’a appris à cet égard qu’il n’est pas envisageable de commercialiser de telles bouteilles sur le marché allemand où un vin blanc ne peut pas excéder deux ans d’âge.


3 - AOC ALSACE, Millésime 2017 Complantation Clos du Zahnacker :

J’étais fort intriguée par ce terme de Complantation et j’ai appris que c’est l’art de conduire ensemble différents cépages mêlés dans une parcelle de vigne jusqu’à pouvoir les récolter et vinifier ensemble, à la différence de l’assemblage qui regroupe des raisins vinifiés séparément. C’est une pratique ancienne que l’on rencontre ici ou là en Alsace et qui mérite de subsister puisque la notion de terroir prime sur celle de cépage. Toutefois cette méthode réclame évidemment beaucoup de travail.


Le Clos du Zahnacker est un des plus anciens vignoble d’Alsace, déjà réputé au VIII° siècle. A ce moment là on plantait jusqu’à une vingtaine de cépages sur une même parcelle pour avoir la garantie d’obtenir une récolte. Cette pratique avait aussi cours dans d’autres régions de France. La Cave de Ribeauvillé a acheté ce Clos en 1932 et a retenu Riesling, Pinot Gris et Gewurtztraminer qui correspondent le mieux au sol, avec une majorité de Riesling car il est adapté à cet ensoleillement plein est.


Un morceau d’histoire de France figure sur l’étiquette de la bouteille rappelant la venue de Louis XIV à Ribeauvillé en 1673.


2017 montre moins d’acidité. On profite du velouté du Pinot gris et de la longueur en bouche du Gewurtztraminer. C’est un vin assez unique, susceptible d’enthousiasmer et de provoquer la fidélité par sa complexité et son intérêt gustatif.


La parcelle ne fait que 1,24 ha et la production annuelle n’est que de 4000 bouteilles. Ce millésime 2017 sera à la vente à partir de cet été, à un prix voisin de 30€ la bouteille.


4 - AOC ALSACE, Millésime 2019 Pinot noir Rodern :

Ce Pinot a été sélectionné pour figurer dans le coffret So Trendy où il représente la tendance Rouge, preuve de sa valeur. Je vous renvoie donc à ce que j’ai écrit dans la publication correspondante.


Le terroir est plutôt argilo-calcaire. Les raisins macèrent 11-13 jours en cuves robotisées. Le débourbage est statique; La malo fermentation ne cherche pas le boisé mais le fruit. C’est un des vins dont la Cave peut être la plus fière.


Il y a effectivement une note vanillée en fin de bouche (parfois de muscade) provenant des demi-muids de 3-8 ans dans lequel le vin aura séjourné.


Pour finir le directeur de la Cave a souligné la différence de perception entre marché français et étranger concernant le Riesling. Ainsi, à l’exportation aux USA il est nécessaire de préciser qu’il s’agit d’un vin blanc sec. Le mot Dry figure à l’arrière, sur l’étiquette mais il est envisagé de le mentionner carrément sur l’étiquette principale. Il faut reconnaître que si on remonte en arrière il y a eu des Riesling sucrés, ce qui est un non sens.


Son mot de la fin : le vin est un produit d’égoïste à partager à plusieurs (égoïstes).

dimanche 19 mars 2023

Millésimes Alsace DigiTasting® 2023 #5 Dégustation Domaine Weinzaepfel avec Audrey Weinzaepfel

J'avais rencontré Audrey Weinzaepfel à la manifestation Alsace Rocks et j'avais été emballée par sa fougue et sa manière d'expliquer le travail de la vigne. Il était donc évident que je sélectionnerais le domaine qui est totalement en conversion pour Digitasting 2023 (sachant que c'est leur première participation au salon et je leur souhaite sincèrement de trouver un exportateur par cette entremise).

Situé à Soultz, au sud de la route des Vins d'Alsace, le domaine avait cessé toute vinification pendant trente ans. L'activité a repris en famille sous l'impulsion de son frère Loïc qui initia la conversion en bio en 2018.

Père, mère, fille et frère travaillent de concert. Audrey elle aussi est mobilisée par les vendanges à cette période de l'année bien que ce ne soit pas son activité principale sur le domaine.

Le coffret comprenait des échantillons, tous AOC ALSACE et Cuvée W (ce qui explique que les bouteilles se ressemblent en terme d'étiquetage, siglées d'un grand W, fort élégant au demeurant) :
- 70 A - Riesling Millésime 2020
- 70 B - Riesling Mittelbourg Millésime 2021
- 70 C - Pinot gris Mittelbourg Millésime 2020
- 70 D - Gewurtztraminer Millésime 2020

En premier lieu, le Riesling Mittelbourg Millésime 2021 
commercialisé depuis peu parce qu'il restait des bouteilles 2020. Il a toutes les qualités du Riesling.Cette année fut difficile puisque le domaine a connu 95% de pertes.Audrey n'a pas du tout la même opinion qu'Antoine Schutz. pour elle le millésime compte beaucoup même si le but n'est pas de proposer des vins radicalement différents chaque année mais de susciter des émotions différentes.


De fait, le "même" Riesling en 2020 est très solaire, plus sucré, évoquant presque une Vendanges Tardives. Il est très solaire. C'était leur première vendange depuis la reprise des activités. La vinification opérée sans sulfite était déjà une prouesse en soi. Et on sait déjà que la cuvée 2022 sera exceptionnelle.


Les deux vins sont récoltés sur les mêmes parcelles de sols argile-calcaires limoneux où poussent des vignes vieilles de 85 ans, plantées par l'arrière-grand-père, avec un rendement très faible de 38 hl/ha (moins de 10 en 2021).


Place au Pinot Gris 2020 qui provient lui aussi de la parcelle du Mittelbourg, de vignes de 35-45 ans qui poussent sur une pente exposée plein sud, de 30% argilo-calcaire avec un peu de marnes.


Le vin présente beaucoup de tension tout en préservant les arômes de fruit. Je l'ai déjà apprécié et recommandé avec un boudin blanc à la truffe. Et vous pouvez lire ici mon analyse.


On fait quatre sélections et on enlève les doublons. On vendange en vert pour contrôler tous les pieds, n'hésitant pas à jeter du raisin par terre s'il y en a trop, ce qui est une des clés pour obtenir de bonnes maturités plus tôt qu'ailleurs. On devine combien le métier est stressant, mais Loïc a l'appui de son père pour obtenir des résultats pointilleux.


A tel point que lorsqu'il faut remplacer les ceps ils font leurs greffons eux-mêmes à partir de sélection massales et pas clonales.


Le domaine fut un des premiers en 2022 à vendanger le Crémant (le 22 août), sept jours avant l'ouverture officielle et sur dérogation.



Si certains Gewurtztraminer sont trop sucrés ce n'est pas du tout le reproche qu'on ferait à celui-ci qui est le premier commercialisé par le domaine depuis sa relance.


La première bouche est très gourmande mais son acidité est présente et la longueur est remarquable. Il provient de vignes de plus de 70 ans. Avec 46g de sucre par litre il aurait pu être revendiqué Vendanges Tardives mais ils ont préféré le déclasser parce qu'il a été vendangé le 24 septembre et qu'il n'y avait pas de présence de pourriture noble.


On le voit bien entendu sur un dessert, comme une petite tartelette de chocolat et de mûres. A signaler qu'Audrey développe des activités oenotouristiques originales et conviviales autour par exemple d'apéros gourmands.

vendredi 17 mars 2023

Millésimes Alsace DigiTasting® 2023 #4 Dégustation du coffret découverte Ruhlmann-Schutz avec Antoine Schutz

DigiTasting® permet de conforter des avis sur des producteurs mais aussi de faire des découvertes, parfois indépendantes de notre volonté comme c'est le cas avec ce coffret découverte du domaine Ruhlmann-Schutz

Ayant eu l'opportunité de faire connaissance avec Antoine Schutz à Vinexpo qui a exprimé d'emblée sa frustration de n'avoir pas pu faire un coffret plus grand.

En effet, il existe une multitude de terroirs sur Dambach (à 40 km au sud de Strasbourg, aux environs de Sélestat), permettant de faire :
+ des vins de tradition, pour chacun des 7 cépages alsaciens fondamentaux
+ des vins de terroir, avec une étiquette un peu plus haut de gamme
+ les grands crus, élaborés sur des terroirs plus noble qui mettent en avant le granit.

J'ai pu faire une photo des bouteilles retenues qui traduisent une unité iconique mais j'ai joué le jeu et n'ai dégusté les échantillons qu'au moment de notre conversation téléphonique.

Il y avait donc dans le coffret les 4 AOC Alsace suivants :
- 52 A - Riesling Cuvée Jean-Charles Millésime 2021 
- 52 B - Riesling Alsace grand Cru Frankstein Millésime 2019 
- 52 C - Pinot noir Millésime 2018 
- 52 D - Pinot noir Etoile de Rose Millésime 2021 

Nous commençons par le Riesling Cuvée Jean-Charles Millésime 2021. C'est le plus traditionnel, un vin de cépage correspondant à ce qu'on attend d'un Riesling, dans toute sa simplicité et qui ne décevra pas si on le commande en restauration. C'est-à-dire un vin sec, tout en fraicheur, bien équilibré en termes d'acidité, avec un joli nez parfumé et une belle longueur.

Il est le résultat d'un assemblage de plusieurs parcelles, choisies de manière à garantir une grande régularité pour cette cuvée Jean-Claude tout en laissant au millésime une petite part d'expression, mais minoritaire, car la philosophie de Ruhlmann-Schutz (à l'inverse de Weinzaepfel qui est la prochaine dégustation) est de préférer assurer le profil aromatique pour satisfaire une clientèle régulière qui achètera chaque année, et cela malgré les aléas climatiques éventuels.

Pour preuve, le millésime n'est mentionné que sur la contre étiquette, ce qui permet d'épurer la face avant de la bouteille. Il présente en outre un excellent rapport qualité/prix, vendu sur le site à 10,10 € la bouteille.

Il s'appelle Jean-Claude, du prénom d'un grand-père décédé prématurément.


Ensuite le Riesling Alsace grand Cru Frankstein Millésime 2019 qui, malheureusement a subi un souci au reconditionnement. Dommage mais c'est le risque en petit flaconnage. Les vignes s'enracinent très profondément dans le granit sur 2, 5 ha installés sur des pentes abruptes, en amphithéâtre composant un joli jardin de Riesling, Pinot, Gewurztraminer et Muscat, orienté sud/sud-est, entièrement vendangé à la main. La fraicheur est emmagasinée la nuit et restituée à la vigne en journée chaude.

Les vignes se plaisent sur ce sol et on retrouve la minéralisé typique du Riesling, avec des notes d'agrumes, mais aussi de poire, et une petite sucrosité qui en fait un vin d'exception.

A propos du réchauffement climatique, s'il entraine parfois des maturités plus précoces, le risque el plus grand concerne la sécheresse. Il faut cependant reconnaitre que les vignes sont bien adaptées au climat et qu'il n'est pas regrettable de laisser un peu de sucrosité aux vins (même si on ne peut pas aller jusqu'à 14° pour un Pinot gris). Les vignerons se trouvent donc obligés de récolter et de vinifier différemment pour maintenir l'équilibre entre sucre et alcool.

Mais il ne fait pas de doute qu'on plantera à moyen terme des cépages plus résistants, peut-être la Syrah … Pour le moment le réchauffement profite au Pinot noir.

C'est précisément un Pinot noir Etoile de Rose Millésime 2021 qui est ensuite dégusté. Ce noir, vinifié en blanc, est d'une couleur rosée unique. On est surpris par la sucrosité puis arrive une superbe acidité qui contrebalance cette douceur. Le bouquet est fin et minéral, mêlé aux arômes délicats de fruits rouges, typiques du cépage Pinot Noir. A servir très frais.

L'Etoile de Rose existe depuis 25 ans et c'est un des grands vins de création de la maison. Il a été créé de manière fortuite, une année d'abondance en Pinot noir alors que le domaine ne disposait pas suffisamment de cuves pour la macération. Il aurait fallu se résigner à récolter une parcelle plus tard. Mais c'était sans compter les oiseaux qui menaçaient de tout grignoter. Les grains ont alors directement été pressés et laissés dans la cuve. la fermentation s'est arrêtée toute seule. Le résultat était excellent. Le nom d'Etoile de Rose s'es imposé. Tout a été vendu en trois mois. Il n'empêche qu'il fut nécessaire de travailler beaucoup les deux années suivantes pour retrouver un résultat comparable.

Cette cuvée best-seller aujourd'hui produite en 60 000 bouteilles par an n'est vendue que 11€.

Enfin, un Pinot noir Millésime 2018, élevé à l'ancienne, très riche et boisé, avec des tannins présents mais assez bien structurés, prouvant qu'on peut faire en Alsace de beaux Pinots.

Les vignes poussent sur un terroir d'argiles et de granit. Après un premier élevage en cuve inox, un second a lieu 12 mois en barrique bordelaise. Ce vin évoque étonnament ses cousins bourguignons.

Le domaine alsacien a été repris par Antoine et son frère, mais aussi leurs cousin-cousine. Leur travail est représentatif de la nouvelle génération de vignerons. Mais avant de travailler les vignes alsaciennes ils s'étaient implantés dans le Languedoc-Roussillon, près de Chateauvallon, en Portel-des-Corbières, tout près du Château de Lastours où je me suis rendue à l'automne dernier.

De superbes belles vignes poussent sur ce terroir maritime qui jusqu'à présent n'est touché ni par les orages, ni par la sécheresse et qui est totalement exploité en bio. Ils ont replanté, construit une cave de toutes pièces et vont lancer prochainement des vins de mono-cépages que la clientèle veut boire jeunes, pour bénéficier pleinement des arômes de fruits.

Les grands-parents alsaciens d'Antoine étaient polycultivateurs, élevant des animaux et faisant pousser du blé, de la vigne, vivant en autarcie avant la guerre. En 1960 ils décident de se concentrer sur la vigne et d'arrêter d'envoyer leurs raisins à la coopérative. Ils sortiront leurs premières bouteilles en 70-71 qu'ils commercialiseront eux-mêmes, en sillonnant le Nord de la France à bord d'une camionnette.

Ce grand-père (dont le prénom sera donné à la première cuvée dégustée aujourd'hui) travaille la main dans la main avec sa femme. Ils construiront leur propre cave mais son décès bouleverse la situation. C'est alors que le père d'Antoine, jusque là banquier, va rejoindre l'entreprise en 1994. Si son nom figure sur l'intitulé du domaine il n'est cependant pas mentionné sur les étiquettes.

jeudi 16 mars 2023

Le musée Jean-Jacques Henner

Comment pouvais-je ignorer l’existence du Musée Jean-Jacques Henner ? Il est situé au 43 avenue de Villiers, dans le XVII° arrondissement de Paris, dans le joli quartier du Parc Monceau et il présente notamment l’intérêt d’avoir été la maison et l’atelier du peintre alsacien.

Je dois de le connaitre à deux personnes, Catherine Sandner, alias Catoch', qui a interprété la centième représentation de son spectacle dans le très intime Jardin d'hiver, et à Mathieu qui est un guide connaissant l'histoire des lieux sur le bout des doigts.

Je vous reparlerai prochainement de AOC (lire ma chronique publiée après le festival d'Avignon 2022) que vous pouvez aller voir les samedis du mois d'avril (et au-delà) à 18 h 30 au café-théâtre, Le Paris de l'Humour, 8 rue Pradier - 75019 Paris.

Ce One Woman Show est vraiment tout public, que vous soyez ou non vous-même d'origine alsacienne.

On découvre le buste du peintre réalisé en 1875 par Paul Dubois (1829-1905) dans le Salon aux colonnes. Jean-Jacques Henner est un peintre français, né à Bernwiller le 5 mars 1829, et mort à Paris le 23 juillet 1905. Auteur d’une œuvre abondante présentée dans de nombreux musées, il a une réputation de portraitiste et de dessinateur apprécié de son vivant.

Il y a beaucoup de chevelures rousses dans son oeuvre de Henner. Et parfois même une tache de couleur rouge au centre du tableau comme j'avais appris  (lors de la visite du musée Daubigny d'Auvers-sur-Oise) que  Jean-Baptiste Camille Corot (1796 - 1875) le préconisait.

L'immeuble est composé en quelque sorte de deux maisons en une. Cet hôtel particulier bâti au XIX° siècle était un atelier mais aussi une maison d'artiste.

Guillaume Dubufe (1853-1909) se détourne de la tradition familiale pour se lancer dans la grande décoration. Il a ainsi réalisé plusieurs décors monumentaux importants comme certains plafonds du buffet de la gare de Lyon, de la bibliothèque de la Sorbonne et du foyer de la Comédie française, ou encore de la salle des fêtes de l’Élysée.

En 1878, alors que sa cote est à un sommet, il achète au peintre Roger Jourdain (1845-1918) "un rez-de-chaussée et deux étages sous comble". Son architecte, Nicolas Félix Escalier (1843-1920), est aussi celui de l’hôtel particulier de l’actrice Sarah Bernhardt, situé rue Fortuny.
Le décor de l'époque est très éclectique avec des céramiques bleues inspirées de Delft et du bleu de la céramique chinoise comme on peut les voir dans ce qu'on appelait "une pièce à feu", qui était l'ancienne salle à manger où l'on pouvait recevoir. Le quartier est alors situé en limite de Paris et c'était un quartier d'artistes. Il se développe à proximité du Parc Monceau dessiné au XVIII° à l'anglaise. Les voisins sont Isadora Duncan, Sarah Bernardht, Claude Debussy, Gabriel Fauré, Camille Saint-Saens, mais aussi Guy de Maupassant, Jean Rostand, Dumas, et même Marcel Proust qui n'habitait pas très loin.

Le jardin obéit à la mode orientaliste. On y met des orangers, du mobilier japonais, pour recréer un ailleurs fantasmé, idéal.
Entre salon bourgeois et serre tropicale, le jardin d'hiver devient l'élément incontournable des belles demeures de la plaine Monceau. C'est en 1889 que le peintre Guillaume Dubufe, premier propriétaire des lieux, transforme la cour de son hôtel particulier en jardin d'hiver.

A l'instar des autres pièces de la maison, le décor y est très chargé : on y trouve notamment une fontaine en pierre, des jardinières en bronze, des meubles japonais, des divans de velours rouge, six lustres et aussi dix-huit peintures (des portraits, paysages, nature morte, et une peinture allégorique attribuée à Tiepolo…). Les appliques et les lustres ont été réalisés par Mathieu Lustrerie d'après des modèles du XIX° siècle. Le piano est un dépôt du Mobilier national.

Au fond, le petit salon, qui se transforme à l'occasion en scène de théâtre, est décoré dans le même goût éclectique, mêlant commode Régence, buste de Marie-Antoinette, dessins et médaillons en cire …

C'est là que les époux Dubufe reçoivent leurs amis lors de brillantes réceptions mondaines. De nombreux artistes s'y retrouvent, parmi lesquels le compositeur Charles Gounod, oncle de Guillaume, dont il est très proche. Le chanteur-compositeur Reynaldo Hahn y aurait présenté pour la première fois sa mélodie "si mes vers avaient des ailes" d'après le poème de Victor Hugo. C'est là que l'alsacienne Catherine Sandner donnait quelques interviews en attendant de monter ce soir sur scène.
Le plafond du salon aux colonnes est décoré de caissons d'inspiration Renaissance sur lesquels sont copiés les chiffres de Henri II, Catherine de Médicis. Les 2 D entrelacés renvoient aux Dubufe.
Issu de la paysannerie alsacienne aisée, Jean-Jacques Henner a été formé en Alsace, aux Beaux-arts de Paris, obtint le Prix de Rome qui lui valut de passer 5 ans à la villa Médicis.
Idylle ou La Fontaine, huile sur toile, 1872
S'il a effectué une carrière académique il demeure néanmoins inclassable en raison de ses particularités. En 1872 l'Idylle marque le début de ce qu'il va faire.
Paysage alsacien dit de Tropmens-King, 1879, huile sur toile
On retrouvera souvent les fonds paysagers avec une forêt assez sombre, des collines qui font penser aux Vosges, un ciel bleu tardif, sur lesquels se détachent des corps idéalisés, en référence à la poésie rêvée d'inspiration antique.
La Femme qui lit dite La Liseuse, 1883, huile sur toile
Au centre de ce mur, ce tableau d'inspiration XVI° siècle, Renaissance, montre une femme presque vaporeuse, à l'instar d'un sfumato qui aurait pu être conçu par Le Caravage, un des maitres du clair-obscur. On remarque la chevelure rousse qui correspond au goût esthétique du coloriste.
A droite, Salomé, dite à tort Hérodiade. Grande étude préparatoire, vers 1886-1887, huile et fusain sur papier collé sur toile
A gauche Religieuse, Portrait de Germaine Dawis, 1903, huile sur toile
Salomé est représentée avant la danse des sept voiles, tant dans sa main le plateau sur lequel repose la tête de Jean-Baptiste. C'est une esquisse mais le tableau est déjà remarquable. En face, une religieuse semble la regarder sévèrement.

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