Publications prochaines :

Comme promis les 70 articles des spectacles vus aux festivals d'Avignon In, Off et If ont été publiés (mois de juillet). Ont suivies les critiques de la rentrée littéraire (mois d'août). Le rythme de publication a repris un rythme normal à partir de septembre avec l'alternance culturelle/culinaire habituelle.

mardi 27 décembre 2022

Noël au Mexique

Si vous décidez de passer Noël au Mexique essayez d’arriver le 16 décembre parce que dans ce pays les festivités commencent ce jour là et s’arrêteront 9 jours plus tard.

C’est la cinquième année que je passe la fin de l’année dans ce pays et j’ai déjà eu l’occasion de parler de plusieurs coutumes, notamment celle des posadas, consistant à se regrouper en famille entre amis ou même entre voisins chaque soir (jusqu’à Noël) pour commémorer la Nativité. On rejoue ainsi les voyages qu'effectuaient Joseph et Marie avant la naissance de Jésus. La moitié des convives reste à l’intérieur d’une maison tandis que les autres supplient de pouvoir rentrer. Les demandes sont faites en chansons et précèdent un repas convivial.

En fin de soirée les enfants tapent, les yeux bandés, avec un bâton sur la piñata, sorte d’énorme étoile à sept branches, autant que de péchés capitaux, pour faire exploser le papier mâché et libérer les friandises sur lesquelles ils se jettent.

Le Réveillon proprement dit a lieu le 24 décembre. On se souhaitera alors ¡Feliz Navidad! en s’embrassant et on chantera les chants traditionnels. Parfois le Père Noël, qui s’appelle Santa Claus (du fait de l’influence américaine) apporte des cadeaux dans la nuit. Mais le plus souvent il convient d’attendre le 6 janvier car dans les cultures hispanophones, les Rois Mages sont les plus importants et ce sont eux qui gâtent les enfants sages.

Contrairement à la France qui prolonge toujours les traditions quelques jours, pour les mexicains quand ce n’est plus l’heure, c’est plus l’heure. Ainsi la couronne des Rois sera proposée quelques jours avant le 6 janvier mais vous ne la trouverez plus les jours suivants dans les pâtisseries.
La plante traditionnelle par excellence n’est pas le houx mais la Noche Buena (littéralement Belle Nuit, qui est en fait un poinsettia) qui est absolument partout, même autour des crèches.
Des suspensions d’ampoules multicolores sont tendues entre les maisons et au-dessus des restaurants. Quant au sapin, il existe, il me semble toujours artificiel, garni souvent de fleurs en papier, et de guirlandes lumineuses. Il peut cohabiter sur les place des villages avec une crèche monumentale, comme ci-dessus à La Paz (Basse Californie) ou ci-dessous à Huasca de Ocampo (état de Hidalgo).
D’ailleurs la religion est totalement intégrée à la vie, sans aucune gêne, et sans qu’on reproche à qui que ce soit un manquement à la laïcité.

Ainsi les personnages de la Nativité sont intégrés en décembre dans le spectacle du ballet folklorique de Mexico (Ballet Folklorico) où personne ne s’étonne de voir les Rois Mages traverser la scène en effectuant leurs salutations en direction de Marie et de Joseph qui assistent à la majorité de la représentation avec leur nouveau-né dans les bras, et qui bien entendu saluent à la fin.
Depuis plus de 60 ans ce spectacle a pour spécificité de représenter les danses des cultures traditionnelles du pays, bien entendu par des artistes portant les costumes traditionnels mexicains de multiples régions (environ une soixantaine sont au répertoire). Il a été fondé par Amalia Hernandez en 1952 avec à l’origine seulement huit danseurs. Cette femme s'est consacrée à sauver les danses mexicaines traditionnelles qui avaient été perdues au fil du temps et a fait un effort pour améliorer leur qualité.

Le ballet s'est consolidé en 1959, lorsque le président Adolfo López Mateos a demandé à ce groupe de devenir l'un des ambassadeurs naturels du Mexique. Il a représenté le pays cette année-là aux Jeux panaméricains qui ont eu lieu à Chicago avec alors une cinquantaine de danseurs.

Il se produit depuis dans le monde entier. A Mexico il est basé au Palacio de Bellas Artes (Palais des Beaux-Arts) sauf à certaines occasions particulières, comme c’est le cas à Noël où il s’installe alors dans le cadre du Castillo de Chapultepec où je l’ai vu le 26 décembre.

En une soirée on passe en revue les diverses traditions des différentes populations mexicaines, aussi bien celles de l’ancien empire maya qui vivent encore dans la Péninsule du Yucatán que celles de la culture cow-boy issue de la culture espagnole sans oublier la pinata.
Le spectacle est reconnu mondialement pour sa qualité et son niveau d’exigence, récompensé par de nombreux prix dont le célèbre Tiffany Award à New York en 1992.

mercredi 21 décembre 2022

La baleine tatouée de Witi Ihimaera

La baleine tatouée m’a été annoncée comme étant un conte écologique et un hommage à la culture maorie, enjoué et malicieux, où les baleines, une vieille dame délicieusement indigne et une petite fille éclairent le destin des hommes.

C’est exactement cela. Avec une immersion dans une culture que l’on connaît peu sous nos latitudes, et qui sait combiner les mythes, une certaine modernité, un soupçon de magie, et des touches d’humour qui sont très agréables.
Élevée dans l'amour et le respect des traditions ancestrales, Kahu est jeune, intrépide et sans doute enfant prodige. Mais … c’est une fille et Koro Apirana, le chef d'un village situé à Whangara sur la côte Est de la Nouvelle-Zélande. Même s’il est son grand-père adoré, le patriarche se refuse à l'idée d'imaginer qu'un individu qui n’est pas de sexe masculin puisse un jour lui succéder. Il demeure obstinément inflexible dans ses croyances, et semble insensible aux démonstrations d'affection de Kahu qui, du fait de son sexe, n’a pas le droit d’aller à l’école. Et quand des baleines s'échouent sur la plage du village, il établit un lien direct entre cette catastrophe et l'ambition de sa petite-fille.
Par chance, la jeune fille bénéficiera du soutien de son oncle et de sa grand-mère, l’impétueuse Nani Flowers, toujours prête à menacer son vieux mari de divorcer. Leurs querelles sarcastiques sont amusantes. On s’y croit alors qu’on perçoit que leurs codes relationnels sont différents des nôtres.

Le roman commence comme un conte nous faisant entendre une voix nous racontant les temps anciens avant d’alterner avec des passages de la « vraie » vie, conçus à partir de faits totalement imaginaires. Néanmoins on remarquera l’allusion irradiation de Mururoa. Quand « un éclair foudroyant avait ébouillanté la mer et un redoutable tsunami sonore avait fait saigner leur oreille interne, provoquant des failles dans le lit de l’océan » (p. 57). Mais l’humour prend régulièrement le dessus. Par exemple (p. 113) : Si je m’approchais de l’eau c’était de préférence dans une baignoire où j’étais sûr de la trouver chaude. (À l’inverse de l’eau de mer).

Ce qui est particulièrement réussi dans cette œuvre c’est la simplicité d’une écriture qui, sans être excessivement militante, parvient à transmettre la vision d’un monde qui a encore la capacité de rester lié à la nature et d’entretenir des croyances ancestrales, en portant les valeurs d’un peuple trop longtemps opprimé. Il rend hommage à la culture maorie, tout en affirmant la nécessité de transcender les traditions. C’est un manifeste en faveur du courage, de l’espoir, et la démonstration de l’importance des liens entre les générations, en affirmant la puissance des femmes.

Chaque partie se clôture avec la formule « Ainsi soit fait » et la saison suivante lance un nouvel épisode, parfois à plusieurs années d’écartLe récit accorde une large place aux éléments et aux animaux. Il est ponctué de termes empruntés à la langue maori, toujours traduits dans le cours du texte. Sauf le mot « moko » désignant le tatouage en forme de spirale sur le front de la baleine comme nous l’apprend le glossaire qui figure à la fin. Parmi les termes importants on notera Koto (vieil homme, grand-père, papy), Tohorà (baleine), et Pito (cordon ombilical) que la coutume impose d’enterrer dans un endroit précis.

Il nous adresse un message en forme d’avertissement. Autrefois la pêche était une activité sacrée. L’homme était alors en parenté avec les habitants de l’océan, et de la terre avec la mer (p. 42). Mais avec le vieillissement du monde, au fur et à mesure que l’homme négligeait sa part de divinité, il perdit aussi le pouvoir de parler aux baleines (p. 44).La scène de boucherie de 200 baleines d’une espèce en voie de disparition s’apparente à une alerte et fustige l’arrogance de l’homme qui s’imagine pouvoir être au-dessus des dieux… Kahu a intégré la « menace » : si la baleine vit, nous vivrons. Et en gagnant l'amitié de la baleine tatouée qui pleure l’homme qui la dompta et la chevaucha jadis… Kahu réussira à accomplir son destin et prouver à son grand-père qu'être fille n'est pas une malédiction… 

Auteur majeur de la littérature maorie, l’écrivain néo-zélandais Witi Ihimaera (né en 1944) est un formidable conteur très primé, mais encore peu connu en France, même si La baleine tatouée nous a permis de découvrir son talent et d’asseoir une renommée désormais internationale. Ancien diplomate, professeur d'anglais à l’université d'Auckland, en Nouvelle-Zélande, membre du peuple Te Aitanga-a-Mahaki, il s'est imposé sur la scène internationale avec des nouvelles puis des romans mettant en scène les confrontations entre la société maorie et celle des Pakehas, autrement dit des blancs. Il est le premier romancier maori à être traduit.

La réalisatrice Niki Caro a effectué en 2002, une adaptation cinématographique de ce roman : Paï, L’élue d’un peuple nouveau, sortie en France en 2003 et qui a été distinguée dans de nombreux festivals. Ce succès aurait semble-t-il décidé les studios Disney à en faire sa propre version, en 2016, Vaiana, la Légende du bout du monde.

La baleine tatouée de Witi Ihimaera, traduit de l'anglais (Nouvelle Zélande) par Mireille Vignol
Au Vent Des Iles, en librairie depuis le 3 Mars 2022
Sélectionné dans le cadre du Prix des Lecteurs d’Antony 2023
Lu en format numérique de 147 pages

vendredi 16 décembre 2022

Mathilde s'en va-t-en mer… de L.-J. Wagner.

J'écrivais en août 2020 combien j’avais hâte de découvrir quelle nouvelle intrigue L.-J Wagner allait nous tricoter après Gangrène.

Deux ans plus tard, voici donc son second roman. Cette fois, on change d'âge. Son héroïne (encore une femme) a l'âge de Pierrette Dupoyet, cette grande comédienne que j’ai découverte (trop tard, je le confesse) au Festival d’Avignon cet été.

Si je la cite c’est qu’elle est triplement légitime. Outre l’âge du personnage principal, elle a conçu un spectacle exceptionnel sur le combat à mener contre les violences conjugales (qui est un des thèmes traités dans le roman) et elle a prêté sa voix à la bande-annonce du livre.

Mathilde s'en va-t-en mer... est annoncé comme un roman feelgood autour des amours entre seniors, ce qui est tout à fait cela comme point de départ pour raconter une reconstruction hors du commun. L’auteur confesse y avoir mis une pointe d'emprise masculine, mais je dirais que tous les personnages masculins ne sont pas dans une optique de domination.
Mathilde, 72 ans, vient de perdre son mari, Hector. Pour se changer les idées, elle décide de s'offrir une croisière un peu particulière consacrée au troisième âge, "Les Séniors de l'Anneau", à destination de Los Angeles... Chaque participant doit se déguiser en personnage de littérature de fantasy. Cela tombe bien, Mathilde est une grande admiratrice de la saga magique "Ally Foster".
Tandis qu'elle retombe en adolescence, s'amuse et se fait pour la première fois des amis, sa fille Manon découvre dans la maison de son enfance, un curieux document : un journal dans lequel sa mère lui raconte les cinq décennies plutôt houleuses qu'elle a passées auprès de son père. Et pendant que Mathilde se libère de son passé, Manon s'engouffre dans le sien. Mère et fille pourront-elles enfin se comprendre et se retrouver ?
Il est question de résilience et d’émancipation, l’une étant liée à l’autre, toutes deux étant les bases d’une reconstruction. Mais aussi de transmission.

L’analyse de l’emprise est très bien vue, et il est agréable de la découvrir sous un angle différent de ce qu’on a pu déjà voir dans les romans ou les films traitant de la perversion narcissique. Le parallèle avec le monde de la fantasy apporte une immense bouffée d’oxygène et il n’est pas indispensable d’avoir avalé toute la saga Harry Potter pour suivre le déroulé des aventures de Mathilde. On applaudit à sa libération aussi bien physique que psychologique. On espère la happy-end qu’elle mérite mais rien n’est sûr, même dans le monde de la fiction.

J’ai apprécié les clins d’œil aux autres écrits de L.-J. Wagner (p. 312-313). J’ai juste regretté que les étapes de la croisière, et particulièrement celle qui a été faite à Puerto Vallarta au Mexique n’aient pas davantage été détaillées. Il faut dire que cette ville, que j’ai visitée il y a deux ans était fort bien choisie puisqu’elle a abrité les amours tumultueuses de Richard Burton et de Liz Taylor (dont j’ai photographiée la superbe maison ci-dessous) :
En alternant les épisodes d’un présent frivole et distrayant avec des flash-backs terribles, l’auteur apporte de la légèreté à une histoire qui est à peine imaginable. Le lecteur entrera petit à petit dans le mécanisme et comprendra comment on peut supporter l’insupportable pendant des années, quel que soit le milieu social dans lequel on évolue, ce qui est d’ailleurs vrai aussi pour des hommes.

Ce qui est également très bien conçu par l’auteur c’est l’articulation entre le rôle qu’on endosse, soit par obligation, soit par jeu, et la réalité des relations. Les masques qu’on porte dans la vraie vie ne sont-ils pas plus faux que ceux qu’on choisit pour s’amuser, comme on le fait parfois sur les réseaux sociaux. Ce roman est une plongée dans la recherche de la vérité de chacun. Ce serait un sujet et un cadre parfaits pour une série Netflix.

Comme quoi le monde de l’auto-édition recèle des pépites. Vous pouvez commander l’ouvrage ici.

Mathilde s'en va-t-en mer… de L.-J. Wagner, illustration de couverture de Sarah Belmas

lundi 12 décembre 2022

Robert Doisneau, À l'imparfait de l'objectif, à la Maison des arts d'Antony (92)

Nous connaissons tous la majorité des photos de Robert Doisneau (1912-1994) qui est sans nul doute le plus populaire des photographes français du XX° siècle et l’un des représentants majeurs du courant humaniste, mouvement que la Maison des arts d’Antony (92) met en valeur depuis son ouverture en 1992.

Mais, outre le fait que c’est toujours un plaisir de les revoir, l’exposition proposée jusqu’à la fin de l’année, est une occasion de sortir un peu des clichés habituels et de se rendre compte que le photographe a immortalisé (aussi) des scènes de la vie quotidienne des années 80-90 et pas seulement des enfants ou des amoureux.

On doit le titre de l’exposition au talent de Jacques Prévert, qui connaissait très bien son ami, à qui il avait dit un jour : "C'est toujours à l'imparfait de l'objectif que tu conjugues le verbe photographier".

Il n’y a que des photos. Que du noir et blanc (alors que le photographe a fait aussi des clichés en couleur absolument magnifiques) mais qui racontent tant ! 

Bien entendu les années 45-55 ne sont pas oubliées mais on en découvre de bien plus récentes, tout autant étonnantes, comme ce chien à roulettes immortalisé à Paris en 1977.
Je ne me souvenais pas qu’il avait autant photographié d’attrister, mais je n’ai as été étonnée qu’il les ait mis en scène. Jacques Tati (1907-1982) et son vélo du film Jour de fête, en pièces détachées à ses pieds, illustre bien l’humour des deux hommes. Voilà pourquoi je l’ai choisie pour la placer en tête de cette publication.
La fête foraine était quasi permanente à Paris dans les années 40-50. C’était donc un sujet familier. Elle a toujours fasciné le photographe qui l’a souvent immortalisée comme quasiment tous les photographes humanistes. Il s’intéressait autant aux forains qu’aux visiteurs. A propos des premiers, dont il était admirateur des prouesses physiques, il écrivit dans son livre qu’ils lui apprirent l’art de composer avec le provisoire.
Cette photo, intitulée Trépidante Wanda, a été prise boulevard Saint-Jacques, non loin du domicile de Brassaï qui l’a photographiera lui aussi. le regard de Doisneau révèle deux éléments opposés, de valeurs ou de symboliques différentes, l’espace public (extérieur) de la file d’attente qui est en pleine lumière, et à gauche l’espace privé de l’intérieur de la baraque qui est dans la pénombre, le chien se trouvant à la jonction des deux, renforçant le contraste entre les deux mondes.

Dans d’autres clichés on remarquera l’opposition entre le bien et le mal, le sacré et le profane, beau et laid, art populaire et raffiné etc …
Le Mimosa illustre un autre des thèmes récurrents de Doisneau, celui des bistrots et du monde des travailleurs où la délicatesse de la fleur contraste cette fois avec la rusticité des lieux, imprégné de l’odeur du tabac et de celle de la serpillère à pinard comme le disait le photographe en commentaire.
Le manège de Monsieur Barré, sans être installé dans le périmètre d’une fête foraine, appartient malgré tout à cet univers. Il était implanté en face de la mairie du XIV° arrondissement de Paris. Le propriétaire a longtemps été méfiant, s’imaginant que Robert Doisneau allait copier son modèle. Il lui fallut gagner la confiance de ce Facteur Cheval de l’art forain qui avait utilisé uniquement du métal de récupération pour le construire.
Parmi les artistes qu’il photographia il y eut Picasso, Colette, Juliette Gréco, et moins connu, Jean Fautrier (1898-1964, ici en 1960), peintre, graveur et sculpteur qui a retenu mon attention car il était châtenaisien et a vécu dans sa maison de l’Ile verte où j’aime tant me promener (ci-dessus).
Pour ce portrait c’est la simplicité de la pose, du type de celle que l’on prend pour converser avec un ami, qui contraste avec la théâtralité de l’arrière plan où le regard se pose sur un landeau.
Cette photo de mariage a été prise dans le Poitou où la coutume voulait que la noce parcourt à pied la distance entre la ferme et l’église et qu’à chaque fois que les mariés rencontraient deux chaises assemblées par un ruban noué la jeune femme coupe le ruban alors que son père dépose un peu d’argent dans une corbeille.

"Pêcheur d’images", Robert Doisneau aimait arpenter les rues de Paris et de sa banlieue, attendant patiemment les histoires que les passants voulaient bien "raconter" devant son appareil photo, quitte à demander ensuite à des figurants de prendre la pose pour saisir, non pas une version idéalisée de la réalité, mais en sublimer au contraire toutes les imperfections. Il donne ainsi à voir la beauté et la simplicité de l’ordinaire et témoigne des évolutions sociales du siècle dernier, avec malice, tendresse et souvent une pointe d’ironie.

Conçue avec l’Atelier Robert Doisneau géré par les filles de l’artiste Francine Deroudille et Annette Doisneau, l’exposition présente 80 œuvres parmi les plus célèbres du photographe, principalement prises entre les années 1940 et les années 1960. Un coin lecture a été installé au rez-de-chaussée avec une imposante collection de livres de photographies pour en apprendre davantage sur cet homme exceptionnel.

En complément, je vous invite à lire un article sur une précédente exposition de Doisneau dans laquelle je parle de sa manière de travailler.  Enfin n’oubliez pas le sous-sol où un club photo s’est inspiré des clichés d’enfants les plus célèbres pour les « actualiser » en demandant aux enfants du centre de loisirs voisin de se placer à l’identique devant l’objectif. Le résultat est très intéressant, mais démontre que, à l’instar de la cuisine, il ne suffit pas d’avoir la recette pour réussir le plat à la perfection.
Robert Doisneau, À l'imparfait de l'objectif
Maison des arts - 20 rue Velpeau - 92160 Antony - 01 40 96 31 50 
Entrée libre jusqu'au 31 décembre 2022

jeudi 8 décembre 2022

Le torrent, un film de Anne Le Ny

Le générique du film Le torrent se déroule alors que la caméra remonte le cours de l’eau et s’arrête sur une bottine noire qui flotte comme une pauvre feuille morte. On a compris. Il suffira de savoir à quel pied elle appartient pour avoir confirmation de la fin tragique de sa propriétaire.

Anne Le Ny ne joue pas avec les nerfs du spectateur. Elle lui donne toutes les informations. Et pourtant bien malin qui découvrira comment le film se finira.

Cette excellente comédienne (qui interprète le rôle de là capitaine de gendarmerie dans le film) est aussi une réalisatrice hautement psychologue.

Elle nous donnait une leçon de bonheur dans On a failli être amies. Ici elle renoue avec son art d’analyser les relations familiales en explorant la question de la culpabilité dans un enchaînement de mauvais hasards qui tourne mal.
Lorsqu’il découvre que Juliette, sa femme, le trompe, Alexandre est dévasté. Fuyant la confrontation, Juliette quitte précipitamment la maison. Alors qu’il cherche à la rattraper, celle-ci prend peur et fait une chute mortelle dans un ravin... Pris de court, Alexandre décide de ne pas alerter la police. Le lendemain, réalisant qu’il risque d’être accusé du meurtre de sa femme, Alexandre panique. Lison, sa fille de 18 ans, effrayée à l’idée de perdre son père, se laisse convaincre et ment pour le couvrir. C’est le début d’un terrible engrenage...
Chaque personnage a ses failles. Le père est un peu frimeur, juste de quoi agacer la capitaine et surtout le père de la victime. Et pourtant il n’est pas antipathique, même s’il est dans la toute puissance, et relativement peu attentif aux besoins de son entourage : je fais de mon mieux, le mieux que je peux, dit-il, et on sait que c’est vrai parce qu’il n’a aucune mauvaise intention.

La jeune-fille est prise dans un conflit de loyauté au bénéfice de son père qui l’amène à enchaîner les mensonges. On sent que Lison prend très souvent sur elle pour ne pas se plaindre. Sa place auprès de son père est réduite et elle peut éprouver le désir inconscient de voir disparaître sa belle-mère. L’élément déclencheur du drame peut être interprété comme un acte manqué, mais il est en tout cas la conséquence d’un mensonge.

C’est là que le film devient particulièrement intéressant puisque la jeune fille (excellente Capucine Valmary) est elle-même piégée par un mensonge. La vérité est-elle pour autant la meilleure solution ?

Lison découvre la trahison et fait soudain l’apprentissage du monde des adultes. Elle est désemparée et va devoir chercher en qui elle peut avoir confiance, en découvrant l’altérité, approcher la souffrance de ce petit frère qui jusque là était un rival, comprendre la personnalité de sa belle-mère, et faire œuvre d’empathie à l’égard des parents de celle-ci pour sortit du piège qu’elle a elle aussi contribué à monter. Cette famille recomposée qui semblait avoir trouvé un équilibre parfait se révèle tout à fait dysfonctionnelle et devra se reconstituer ou se dissoudre définitivement.

Tourné dans les Vosges, j’ai reconnu des paysages qui me sont familiers, et même la gendarmerie qui apparaissait dans le film Perdrix. Les images des inondations sont bien entendu des vues aériennes en conditions réelles et ajoutent de la tension dramatique, en renforçant les aspects angoissants et mystérieux, de même que la superbe vue plongeante sur le lac depuis la terrasse de la maison, de même que les nappes de brouillard, si fréquentes dans la région.

Un excellent film qui traite de la nécessaire reconstruction après un cataclysme.

Le torrent, un film de Anne Le Ny
Avec André Dussolier, José Garcia., Ophelia Kolb, Capucine Valmary, Anne le Ny
En salles depuis le 30 novembre 2022

mardi 6 décembre 2022

Cheverny est aussi une appellation

Cheverny est le nom d’un superbe château qui a fait l’objet de plusieurs articles. C’est aussi une AOC que j’ai goûté en blanc et en rouge, mais je sais qu’il existe aussi en rosé.

Je l’avais découvert lorsque j’ai vécu en Région Centre. Je l’ai retrouvé à l’occasion d’une de mes visites à Cheverny même.

Il existe plusieurs vignobles mais c’est particulièrement de la cuvée sélectionnée par l’Orangerie du château de Cheverny dont je vais vous parler aujourd’hui.

J’apprécie l’élégance du flacon, avec la très jolie étiquette avec la silhouette du château et le nom Marquis de Vibraye Appellation Cheverny controlée.

L’année prochaine il est probable qu’il existera une cuvée estampillée différemment puisqu’un vignoble a été planté dans l’enceinte du parc au printemps 2018. La superficie de 1, 5 hectare promet 10 000 bouteilles de vin blanc. A conditions que les vignes ne subissent pas un épisode gélif comme ce fut le cas au printemps dernier.

Jusque là, le vin servi à l’Orangerie restera celui qui est mis en bouteille par la Cave Coopérative des Vignerons de Mont-Près-Chambord qui fut créée en 1931 et qui se situe au coeur du vignoble du Cheverny, entre Loire et Sologne, côtoyant de prestigieux châteaux tels que Blois, Chambord et bien évidemment Cheverny.

Le blanc est 80% Sauvignon, 20% Chardonnay. Il s’apprécie, en toute modération pour ses notes d’agrumes et de fruits exotiques. Il est frais et long en bouche, idéal pour accompagner poissons et fruits de mer.
Je l’ai servi avec des beignets de cabillaud. Mais j’aurais pu tout aussi bien choisir un plat de charcuterie ou même, en version végane, avec un pâté de pommes de terre accompagné d’une salade comme on le fait encore en Sologne.
L’étiquette est identique en version rouge. Cette fois l’association s’établit entre Pinot noir à 60% et Gamay à 40%. Ce vin aux notes de petits fruits rouges est rond et fruité en bouche tout en étant sur un registre de fraîcheur, sans doute en raison de la présence de Gamay.

Il a réveillé un jambonneau cuisiné avec des lentilles. Servi entre 13 et 15°, il est agréable pour accompagner les plats de terroir sans les alourdir.
Comme le velouté de potimarron ou le Parmentier de canard qui figurent au menu de l’Orangerie de Cheverny.

dimanche 4 décembre 2022

Les abeilles grises de Kourkov Andreï

Les abeilles grises peuvent autant être considéré comme un récit totalement ancré dans une réalité plausible qu’un conte philosophique.

Kourkov Andreïdont on peut deviner les opinions politiques quand il dit en interview je suis d’origine russe, mais ukrainien politiquement,  ne prend néanmoins jamais ouvertement parti, pas davantage que son personnage principal qui laissera derrière lui le grondement des canons proches et lointains de la guerre à laquelle il ne prenait aucune part mais dont il était devenu simplement l’habitant. Habitant de la guerre (p. 179).

S’il y a une cause qu’il défend, c’est celle de l’humanisme, démontrant que tout le monde pouvait (aurait pu/ pourrait) vivre en paix et cohabiter en bonne intelligence dans un territoire propice au bonheur.

Voilà pourquoi il est si souvent question de saveurs, celle du miel, celle des plats que les femmes préparent, comme les samsas, des chaussons embaumant la viande (p.251), celle toute simple d’un verre de vodka partagé avec de l’ail et du sel, ce qui fait de ce livre une célébration de la bonne chère, même si c’est toujours en proportion raisonnable. Le miel est une douceur qui unit les gens. 

Voilà aussi pourquoi, et même si le personnage principal est surpris par la différence culturelle, ou religieuse, il est dans l’entraide avec les Tatars avec qui il se liera en Crimée et qu’on ne lui connait jamais de mauvaises intentions. Y compris à l’égard de sa femme, malgré son départ brutal avec sa fille pour Vinnytsia.

Pachka qui a des copains séparatistes à Karousselino serait-il le sniper qui est en embuscade ? Et dans quel camp est Petro le soldat qui recharge son portable ? 

Sergueïtch veut aussi se distraire de l’oisiveté et de la mélancolie (p. 114) mais il ne ne sait pas trop où aller, ni où se fixer. Les souvenirs sont ce qui rend la vie plus douce même quand on est privé de sucre (p. 96). Rêver lui évite de regarder la vérité de la réalité et lui permet de supporter bien des dilemmes comme celui de se taire ou de parler. Tous ces rêves ont un sens. Dieu nous souffle à travers les rêves la conduite à tenir dira-t-il à la fin de son voyage (p. 395).

Au cours de son périple Sergueïtch va faire des rencontres, certaines positives, d’autres étranges ou inquiétantes. Chacune sera source de questions, mais on observera une cohésion de points de vue autour des ruches. Et puis il faudra bien continuer à vivre. Du coup les mésaventures, car le roman est construit sur ce registre, s’inscrivent dans une apparente absurdité. On pourrait en rire si on ne savait pas que, depuis la publication du roman en Ukraine, le conflit a repris et s’est intensifié.

On va suivre Sergueïtch pendant presque un an et noter son éveil progressif à la réalité du conflit, à l’intérieur ou l’extérieur de la zone grise. On sera surpris par la non fin du roman qui, sans se terminer en queue de poisson, ne donne pas d’indication sur ce qui va arriver aux personnages. C’est peut-être que, bien qu’écrit avant la guerre qui éclata en février 2022, l’auteur pressentait que le conflit de 2014 n’avait fait que s’endormir sans avoir été réglé et qu’il était susceptible de se réveiller, à l’instar d’un volcan.

samedi 3 décembre 2022

Despedida, film de Luciana Mazeto et Vinícius Lopes

Despedida est un film brésilien, en VO portugaise, dont le genre appartient à la fois au fantastique, au surréalisme et à l’univers des contes.
Ana,11 ans, se rend avec sa mère dans le sud du Brésil pour les funérailles de sa grand-mère. La nuit, par la fenêtre de la maison familiale, elle voit le fantôme de son aïeule entrer dans la forêt. Quand Ana décide de la suivre, elle découvre un monde de fantaisie et de mystère. Elle voudrait résoudre une vieille querelle familiale, mais son chemin est semé d'embûches : des sorcières, des méchants, des créatures étranges et surtout, un chien sauvage qui garde le passage vers ce monde fantastique.
L’histoire se déroule sur les trois jours de Carnaval dont plusieurs scènes interfèrent avec la vie familiale ou les rêves de la fillette, accélérant en quelque sorte le caractère fantastique de la situation.

Un des aspects intéressants est de combiner la magie du carnaval avec les pouvoirs qui sont supposés se transmettre de mère en fille. Le concept de magie est traité de manière audacieuse en englobant la peur, la danse, tout ce qui relève en fait de l’imaginaire.

Les personnages ont leur équivalent dans le monde des contes de fées. La sœur de la défunte est une sorte de maléfique marâtre de Cendrillon. La jeune fille devient Alice au pays des merveilles. La mère, qui perd la vue, évoque la Belle au Bois dormant plongeant dans le sommeil (on la voir d’ailleurs se coucher et dormir). Et la présence d’animaux fantastiques est suggérée par les masques.
L’animalité est partout, dans la forme que prennent les nuages, dans le langage d’oiseaux employé par les enfants pour communiquer entre eux, et jusque dans le jeu de colin-maillard où l’on cherche les cousins cachés en se repérant au miaou en réponse à la question : Et le chat fait ?

La mère est celle qui encourage l’enfant à lutter contre la peur en lui donnant une sorte de formule magique : compte 3-2-1 et le cauchemar s’arrêtera. Mais on pourra considérer que lorsqu’elle deviendra aveugle elle perdra sa capacité à soutenir sa fille. Sa cécité est une façon de mettre à distance ses souvenirs pour ne pas voir ce qui la dérange dans le passé de sa propre mère, décédée.

La fille, par contre, surmonte les situations difficiles à voir, tout comme elle retrouve ses cousins au jeu de colin-maillard. Elle sera aussi celle qui comprendra comment redonner la vue à sa mère.

D’autres très belles références surgissent comme celle du peintre Raphaël quand la petite fille se connecte avec l’index au royaume des morts.

Les images sont splendides. Des ronces se développent pour symboliser les regrets et les non-dits dont il faudra se libérer en leur disant adieu, ce qui en portugais se dit Despedida. Les couronnes, de petites cuillères ou de fourchettes, sont à la fois très sophistiquées et très simples, puisque bricolées avec des objets du quotidien (liés à la nourriture, comme si le spirituel était une sorte d’aliment).

Les réalisateurs disent avoir commencé avec l’intention de se limiter à un court-métrage à partir de l’image d’une petite fille qui regarde à travers la fenêtre une nuit, tandis que sa grand-mère décédée l’appelle entre les arbres de la forêt. La fille se fige un instant, éprouvant un sentiment de peur, alors qu'elle décide si elle doit se plonger dans ce fantasme ou se rendormir...

Puis le scénario s’est naturellement alimenté de leurs souvenirs d’enfance et de secrets familiaux chuchotés derrière les portes. Un monde magique a pris forme, et l’histoire est née.

Le film est d’une grande beauté, combinant film d’animation et séquences tournées avec des comédiens en live action, en ayant bien entendu recours à de multiples effets spéciaux, tous justifiés au demeurant. Wayna Pitch, qui en est le distributeur français, a bien raison de souligner l’influence de Miyazaki dont les films comme Mon voisin Totoro (1988), Princesse Mononoké (1997) et Le voyage de Chihiro (2001) ont été des sources d'inspiration pour les réalisateurs.

Ce que j’ai trouvé particulièrement réussi c’est que Despedida a beau s’être nourri de toutes ces références on est devant une œuvre qui s’inscrit dans un univers propre à Luciana Mazeto et Vinícius Lopes. Et je serai très heureuse de suivre leur évolution car s’ils ont auparavant réalisé plusieurs courts-métrages, Despedida n’est que leur second long-métrage, après Irma, sorti en 2020., qui était lui aussi un voyage initiatique et dans lequel jouait déjà Anaís Grala Wegner.

Née à Porto Alègre au Brésil, Luciana Mazeto a étudié le cinéma à l’Université catholique de Rio Grande do Sul (PUCRS). Elle fait de la recherche sur la réalisation de films analogiques et elle est membre des laboratoires LaborBerlin et Filmwerkplaats.

Né lui aussi dans la même ville, Vinícius Lopes est sorti de l’Université catholique de Rio Grande do Sul (PUCRS) avec un diplôme en production audiovisuelle. Depuis 2016, il est commissaire d’un festival de films expérimentaux à Porto Alègre, le CineEsquema Novo.

Ensemble, ils coréalisent leurs court-métrages, Three Mice (2013), Little Things (2014), Behind the Shadow (2015), Stone Engravings and the Three-Colored Chickenpox Tale (2018), projetés dans de nombreux festivals, notamment à Rotterdam, Leipzig, Gramado et Montevideo. Ils sont partenaires fondateurs de la société de production Pátio Vazio.

Despedida, scénario et réalisation de Luciana Mazeto et Vinícius Lopes
Avec : Anaís Grala Wegner, Patricia Soso, Ida Celina, Sandra Dani, Marielly da Cruz, Kiko Ferraz, Silvia Duarte, Clemente Viscaino, Frederico Machado, Kauã Machado
Distribué en France par Wayna Pitch
Sur les écrans le 14 décembre 2022

vendredi 2 décembre 2022

Cheverny en habits de fêtes

Cheverny a revêtu ses couleurs de fêtes. Et je commencerai cet article (une fois que vous aurez cliqué sur « plus d’infos ») par des clichés pris à la nuit tombée parce que l’atmosphère est alors magique.

Cinq jours pleins ne sont pas de trop pour disposer toutes les décorations à l’intérieur du bâtiment (rassurez-vous, un tarif spécial est alors consenti aux visiteurs pour compenser le désagrément des allers et venues).

Vous constaterez qu’elle est très abondante. Il a fallu d’ailleurs faire bâtir un édifice spécial, en dehors du château, pour la conserver d’une année sur l’autre. Il est hors de question de stocker des cartons sous les combles. Le marquis de Vibraye a été traumatisé par l’incendie de Notre-Dame et tout le monde est plus vigilant que jamais.
Une dizaine de jours est nécessaire pour les extérieurs. Tout n’était pas achevé ce matin, 1er décembre. Le sapin monumental a été terminé ce soir. Toute l’équipe est mobilisée pour effectuer les derniers ajustements de manière à accueillir dignement Mère et Père Noël en grande tenue à leur descente d’hélicoptère (sauf contre indications météorologiques) le 18 décembre.
Ce jour-là sera particulièrement festif puisque les enfants pourront se faire photographier sur les genoux de l’un ou de l’autre dans la salle des Trophées avant de repartir avec un petit cadeau.
En attendant je vous montre les illuminations qui embrasent la façade à la nuit tombée et qui sont visibles depuis la route, ce qui permet de réjouir tous les habitants et visiteurs du village. Mais rassurez-vous ce sont des leds basse consommation.
Suivez-moi ensuite d’abord dans les extérieurs où la gourmandise est à l’honneur, en poussant jusqu’au jardin de l’amour qui lui, n’est pas décoré spécifiquement. Par contre je n’ai pas photographié les boules démesurées du jardin bouquetier ni les autres jardins parce qu’ils ont fait l’objet de publications précédentes, qui sont toutes répertoriées en bas de cet article.
Nous irons après à l’intérieur du château où, je le précise de nouveau, j’ai tenu à montrer les pièces telles que vous pouvez les admirer en ce moment en privilégiant des axes de vue différents.
Les décorations y sont, comme celles de Pâques, supervisées par la marquise de Vibraye qui choisit chaque objet, privilégiant souvent la couleur rose qui est sa préférée. On remarquera cette année une série de personnages inspirés par Casse-Noisette.
Il sera temps alors de faire une halte gourmande pour un « petit » repas que vous pourrez commander à l’Orangerie qui, elle aussi, fait peau neuve. Vous constaterez sur la table une bouteille de vin AOC Cheverny.
Cette cuvée fera l’objet d’un article spécifique en vous donnant un accord mets-vins comme ke l’ai fait les jours derniers avec des crus alsaciens. Enfin je vous annonce un reportage à paraître dans les prochaines semaines sur un métier peu courant, indispensable à Cheverny, celui de « piqueux ».
Les photos sont spécialement légendées sans pour autant reprendre toutes les informations données dans les précédents articles que je vous incite à parcourir avant de vous rendre à Cheverny dont la visite est toujours une fête. La meilleure preuve est donnée par les chiffres : 400 000 visiteurs par an, sans aucune période creuse ni jour de relâche puisque le château est ouvert 365 jours par an.
D’autres nouveautés sont attendues pour le Printemps, avec le doublement du ruban des tulipes qui est déjà splendide dans sa configuration actuelle. Et sans doute d’autres actions en lien avec le centenaire de l’ouverture au public.

mercredi 30 novembre 2022

Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie

Le livre a été publié en 2018, déjà 4 ans, et la parution du premier roman d’Olivia de Lamberterie m’a donné envie de lire celui-ci, plus pour appréhender son style que animée par une curiosité, laquelle aurait été plutôt malsaine.

C’est en raison du sujet que je n’avais d’ailleurs pas lu cet ouvrage dont je savais qu’il avait été écrit pour exorciser la mort de son frère, décédé par suicide, le mot est posé p. 21, et répondre en quelque sorte à l’injonction qu’il lui faisait régulièrement d’écrire.

Le pas était difficile à franchir. On la comprend. Il n’est jamais simple d’être, comme on dit, juge et partie, et sa position de critique littéraire ne lui simplifie pas les choses. Elle est en effet responsable des pages livres du magazine ELLE, et elle intervient régulièrement à TéléMatin.

C'est la dernière photo qu'elle reçut de son frère qui figure sur la couverture. Quant au titre, Avec toutes mes sympathies, il semble décalé. Jusqu’à ce qu’on apprenne que le mot sympathie est, au Québec où vivait son frère, l’équivalent du terme de condoléances (étymologiquement "avec vous dans la douleur") qu’on emploie en France.

Le récit n’est pas rigoureusement chronologique. Il fait des va-et-vient entre le passé et la période des funérailles, octobre 2015, juste avant les attentats qui ont alors marqué l'actualité. L’auteure exprime toute la palette de sentiments que l’acte de son frère a provoqué, tout en rétablissant le parcours chaotique de sa maladie psychique, laquelle a été sans doute mal diagnostiquée, mais pouvait-il en être autrement ?

Ce livre aura sans doute participé, à sa façon, à la difficile épreuve du deuil et lui aura permis d’éclairer la personnalité attachante de son frère. A cet égard il pourra aider d’autres personnes.

Il est aussi une fenêtre ouverte sur tout ce qui anime l’auteure, et préfigure sans doute son "vrai" premier roman, que je lirai bientôt. Elle nous parle de son métier, et on sent combien elle l'aime puisqu'elle confie que Lire répare les vivants et réveille les morts (p. 17).
Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.
Elle interroge bien entendu sur les motivations à écrire pour finalement revenir aux propos de Françoise Sagan qui disait : On n’a pas envie d’écrire. On écrit.

Elle ne fait pas mystère de ses amitiés avec des écrivains, citant parfois un auteur, dont elle est ou non amie d’ailleurs, et bien sûr de sa famille car Olivia ne se limite pas à son frère, c’est toute la (les) cellules familiales qui sont autopsiées. Ainsi elle dit de sa mère qu’elle parle souvent en italiques (p. 49).

De multiples passages sont savoureux. Son style conjugue sensibilité, force et humour. A propos de l'emploi erroné du mot "sympathie" par les français elle rapporte le malaise provoqué par Françoise Sagan -encore elle- dédicaçant Bonjour Tristesse aux américains "With all my sympathie". Elle évoque avec à propos des livres, des anecdotes, des citations et des faits qui sont plus ou moins notoires.

Comme la propension à se suicider était plus forte chez les écrivains en citant Hemingway (p. 59). Et plus loin Sylvia Plath, Romain Gary. On pourrait dresser une liste très longue, avec Jean-Louis Bory, Gilles Deleuze, Henry de Montherlant, Primo Levi, Henrich Von Kleist, Stefan Zweig et bien sûr Virginia Woolf. Elle s'interroge sur cette "fatalité" qui n'est peut-être que la conséquence d'un excès de lucidité.

Et lorsqu'elle écrit (p. 69) Rien ne s’oppose plus à cette nuit, j'y vois une allusion directe au titre du roman de Delphine de Vigan.

Ce qui m'a le plus touché ce sont probablement les superbes mots d'Alex dans sa lettre d'adieu : Ce n’est pas de votre faute et vous ne pouvez pas deviner (…). Je suis désolé mais pour moi c’est mieux. (…) Merci de m’avoir aimé. Ça m’a fait vivre (p. 204).

Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie, Stock, en librairie depuis le 22 août 2018
Prix Renaudot Essai 2018

mardi 29 novembre 2022

Encore un coup de coeur pour un vin alsacien, le Pinot Gris 2020 W

J'ai, à la suite d'une master-class organisée par les Vins d'Alsace, proposé quelques associations sortant des sentiers battus. Il m'aurait été impossible de tout goûter et je me suis limitée. J'ai assez vite établi un choix en me fiant à ma première impression (puisque c'est toujours la meilleure comme le disait Talleyrand).

Néanmoins, il y avait à la table voisine du second vin choisi, une jeune femme qui s'exprimait avec tant de fougue que j'ai retenu son Alsace Pinot Gris 2020.
J'aurais pu le proposer avec une côte de boeuf mais j'ai préféré rester sur mon choix avec l'AOC Alsace Pinot Gris 2020 de Jean Siegler.

Le Domaine Weinzaepfel produit des vins qui sont le résultat d'un travail passionné et rigoureux :
- Assemblage des vignes de 30-50 ans exprimant le fruité de la jeunesse et l’âme du terroir.
- Sélection des raisins tout au long de l’année : taille, suppression des doublons, vendange en vert, tri sur table dans la parcelle pendant les vendanges.
- Vendanges effectuées manuellement pour le respect de la qualité du raisin.
- Conduite du vignoble de façon la plus responsable possible: engrais verts, peu de passage de tracteur, etc…

Les vignes ont obtenu la Certification Haute Valeur Environnementale de niveau 3 et sont en conversion vers l’agriculture biologique depuis 2019.
Ce Pinot Gris 2020 W (W pour Weinzaepfel) est un vin sec de gastronomie, gras et envoûtant qui arbore une belle robe jaune très claire, agrémentée de légers reflets or. Après un registre de fraîcheur et de gourmandise au premier nez, un bouquet intense laisse apparaître des fleurs et des notes de noisettes. Il se distingue ensuite par ses saveurs fumées, complétée par la pêche blanche.

Une matière soyeuse, pleine de douceur, est appuyée par une pointe d’acidité. Le vin surprend ensuite par sa richesse, sa finesse et sa sensation de salinité en finale. Ample et puissant en bouche, c’est tout en délicatesse que s’expriment des notes fumées.

Il a réellement sublimé des rostis de pommes de terre au saumon comme il m'est si souvent arrivé de m'en régaler en Alsace.

Apprenant qu'il était parfait avec un lard rôti croustillant à la truffe noire, mais n'ayant pas exactement ces produits sous la main, je l'ai servi un autre jour avec du boudin blanc à la truffe noire et une purée d'épinards à la crème, en préfiguration d'un repas de fête.
Une autre association, présentée il y a quelques jours, qui peut sembler surprenante et qui pourtant fonctionne très bien, en raison de sa palette aromatique, l'AOC Alsace 2021 "Les vignes du Prêcheur" du Domaine Weinbach avec des huîtres d'Oléron.
Renseignements utiles :
3 rue de la Chapelle - 68360 Soultz-Haut-Rhin
06 86 65 36 18

26, rue des merles - 68630 Mittelwihr

Domaine Weinbach, 25 route du Vin - 68240 Kaysersberg
03 89 47 13 21

CIVA : Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace
12 avenue de la Foire-Aux-Vins - BP 11217 - 68012 Colmar Cedex
03 89 20 16 20

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