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lundi 27 mai 2024

Mexica, des dons et des dieux au Templo Mayor s'expose au Quai Branly

J'ai visité le Temple Mayor de Mexico en août 2017 et je me souviens parfaitement du choc que j'ai ressenti face à certaines oeuvres. Elles sont aujourd'hui au quai Branly et l'émotion demeure.

Il s'agit des restes de la grande pyramide à degrés de Tenochtitlan, capitale des Aztèques, ainsi que du centre cérémoniel sacré dans lequel elle se situait, au centre de la capitale mexicaine, sur l'actuel Zócalo (place centrale) de Mexico, à deux pas de la cathédrale alors que la plupart des pyramides sont plutôt en pleine nature.

On a du mal à imaginer la grandeur de l'édifice qui a été détruit après la prise de la ville par Cortés en août 1521, et la disparition de l'Empire aztèque. Les espagnols ont "si" bien rasé la ville primitive qu'on avait même oublié son existence bien que des fouilles plus anciennes avaient pourtant eu lieu.

On doit à des terrassiers de la Compagnie d’électricité, la mise à jour d’un énorme monolithe circulaire figurant la déesse de la lune Coyolxauhqui qui inaugura alors un demi-siècle de fouilles archéologiques d’une ampleur inédite. Car si l’histoire de l’Empire mexica (1325-1521) était largement connue et documentée, sa culture demeurait ignorée dans les domaines des rituels, de l’art et de l’architecture.

L'endroit est d'ailleurs peu engageant, en raison de la présence de bâches et de la couleur noire de la pierre volcanique comme on peut le voir sur la photo que j'ai prise du site.
L'INAH (Institut National d'Anthropologie et d'Histoire) transforme alors son projet de création d'un musée de Tenochtitlan en un programme de fouilles de grande envergure, qui permettra d'excaver environ 1,2 ha des ruines monumentales du Templo Mayor, sur un carré d'environ 350 m de côté. Le Museo del Templo Mayor est inauguré en octobre 1987 et j'ai pu y voir des pièces magnifiques.

Cependant, avec le temps et la progression des recherches j'avoue avoir mieux compris l'usage du centre religieux de Tenochtitlan en visitant l'exposition parisienne, Mexica, des dons et des dieux au Templo Mayor au Quai Branly organisée en association avec l'INAH, unique dans l’histoire de l’archéologie mésoaméricaine et présentée pour la première fois en Europe.
L'exposition est très bien conçue en associant des sculptures et des offrandes du Temple Mayor avec d'autres objets prêtés par le musée d'Anthropologie de Mexico et bien sur d'autres encore issus des collections du Quai Branly, le tout dans une scénographie extrêmement didactique ponctuée de films restituant la philosophie et les croyances mexicas.

En premier lieu je voudrais illustrer l'article par les quelques clichés que j'ai faits en 1979 des 6 pièces qui me semblaient spontanément les plus déterminantes. Au moins 3 sculptures ou céramiques sont présentées au quai Branly, dont celle qui a été choisie pour l'affiche. Je comprends pourquoi elle me semblait familière quand j'ai appris par elle l'existence de l'événement.

Avant de poursuivre avec l'exposition parisienne il me semble essentiel de partager avec vous un pan de mur qui évidemment n'a pas voyagé et dont l'existence est déterminante.

Il s'agit du grand tzompantli qui mesurait 35 m de long pour 12 de large et 4 à 5 m de hauteur, soit à peu près deux terrains de tennis. On empalait sur la structure de poteaux en bois les crânes humains des victimes sacrifiées en Mésoamérique dont le nombre est estimé à 136 000.

Il aurait été construit entre 1486 et 1502, environ une vingtaine d’années avant l’arrivée des conquistadors qui ont presque tout détruit. Il en reste des traces qui à elles seules font froid dans le dos.
Les suppliciés étaient invités à grimper en haut de la grande pyramide de Tenochtitlan, où se trouvaient les deux grands temples des dieux tutélaires des Aztèques, celui de la guerre et du soleil, Huitzilopochtli et celui de la pluie, Tlaloc.

Les prêtres aztèques, après avoir ôté le cœur des victimes étendues sur la pierre sacrificielle convexe (techcatl, "pénitence"), leur tranchaient la tête à l’aide de lames en obsidienne. Les corps étaient jetés jusqu’en bas des marches, sur un monolithe couché – toujours visible de nos jours à Mexico – représentant la déesse de la terre, Tlaltecuhtli, qu’ils étaient censés nourrir.

Les têtes étaient écorchées, le cerveau et les muscles retirés. Les crânes étaient ensuite enfilés par deux trous au niveau des tempes, le long de baguettes, aux côtés de milliers d’autres qui se décomposaient lentement et qui, une fois tombés à terre, devenaient des offrandes ou qui pouvaient finir encastrés dans deux piliers de chaux qui flanquaient le tzompantli.

Des analyses sont encore en cours pour en savoir davantage sur les victimes et sur les techniques de décapitation, qui semblent parfaitement maîtrisées et uniformes.

La visite de l'intérieur du Temple est tout autant surprenante. Je me souvenais particulièrement des sculptures de taille humaine en céramique et stuc peint de Mictlantecuhtli, le dieu de la mort (ci-dessous à gauche) et de l'Aigle Guerrier (ci-dessous à droite)
Le premier est un être semi-désincarné en position d'attaque, avec des griffes qui tiennent lieu de main des cheveux bouclés, qui étaient probablement placés dans les perforations de sa tête. Ces deux caractéristiques sont des particularités des êtres de l'inframonde. De ses côtes apparentes, pendent le foie et la vésicule au-dessous de sa cavité thoracique, car selon les croyances des Mexicas, ces viscères contenaient l'ihiyotl, l'âme associée aux pouvoir du monde souterrain et dont dépend la vigueur physique et une grande partie des passions et des sentiments et étaient étroitement liés au Mictlan autrement dit aux Enfers.

Le second conserve des restes du stuc qui le recouvrait, simulant le plumage des costumes authentiques. Les aigles guerriers comme les Jaguars guerriers composaient les deux corporations les plus importantes au sein de l'armée mexicaine, les premiers se rapportant au Soleil et les seconds à la Terre et à la nuit.

Ils ont tous les deux été trouvés en 1994 dans le bâtiment connu sous le nom de Maison des Aigles, au nord du Templo Mayor. Les deux effigies étaient disposées à l'époque de Motecuhzoma I (1440-1469) sur des bancs qui flanquaient l'entrée du bâtiment et où se déroulaient les cérémonies liées à l'intronisation. du Hueitlatoani, le plus haut dirigeant de Tenochtilan, décrites plus haut dans l'article.

Je me rappelle aussi d'autres pièces, non transportables, comme ces Guerriers en procession en basalte polychrome 1469-1481
J'avais aussi retenu ce Pot à l'effigie de la déesse du maïs Chicomecoatl en céramique polychrome et une sculpture du dieu du Feu Xiuhtecuhtli en basalte polychrome datant tous deux de1469-1481
Curieusement, peut-être en raison de l'émotion provoquée par la déambulation dans ce lieu autrefois sacré, je n'avais pas retenu des objets qui ont par contre attiré mon regard au quai Branly.
Il faut saluer la scénographie, qui évoque cette période troublante comme un conte, avec pour commencer la présence de vitrophanies représentant les principales divinités. On les admire en faisant la queue pour visionner un fil résumant le contexte. J'ai choisi Quetzalcoatl, dieu créateur de l'univers et de l'humanité,  souvent désigné sous le nom de Serpent à plumes et qui est représenté de plusieurs manières. Le voici, mi-oiseau, mi-serpent, sculpté dans une roche volcanique appartenant au Quai Branly.
Il est le dieu créateur de l'univers et de l'humanité, né de la fusion des deux pôles opposés, souterrain et céleste. Il exprime ainsi les principes fondamentaux de dualité, d'opposition et de complémentarité qui régissent la pensée mexica. Franchissant inlassablement les limites spatiales et temporelles de l'univers, il fait circuler les substances entre le monde des dieux et celui des hommes et favorise la succession des jours. Sur cette sculpture, la tête est ornée d'une natte symbole de pouvoir.

lundi 11 mars 2019

Océanie au Quai Branly

Je vais faire des jaloux, mais je ne vais pas cacher ce moment impressionnant et émouvant : le vernissage d’Océanie au musée du Quai Branly-Jacques Chirac a commencé après la démonstration de pratiques cérémoniales ancestrales fort émouvantes, et indispensables pour témoigner du respect des communautés.

Guettez le programme du week-end des 29 et 30 juin. J’espère que les artistes qui sont venus le 11 mars se produiront une nouvelle fois.

Une baleine béluga a été aperçue dans la Tamise au moment où l’exposition était présentée à Londres. La rareté de cet animal a donné lieu à une interprétation de la part des communautés comme signifiant l’approbation des ancêtres. Une pierre a donc été prélevée dans le fleuve, pour représenter le «Mori». Elle est placée dans le pa&rcours de l’exposition et l’accompagnera partout désormais.

L’exposition présente 200 pièces, ce qui n'est pas "énorme" et qui donc se visite en suivant un parcours plutôt fluide. le choix témoigne de la tradition et de la modernité de sociétés dont la vitalité est manifeste, et qui ont plus que d'autres, une conscience aigüe des enjeux climatiques.

Si, à Londres, le parcours débutait par le poème de Kathy Gentil-Kijner, Tell them ... Dites leur ce qu'il y a à perdre, écrit (déjà) en 2012, déplorant avec beaucoup de sensibilité la menace de disparition des îles Marshall suite à la montée des eaux consécutive au réchauffement climatique, les commissaires ont choisi de placer la vidéo à la toute fin, afin peut-être de secouer davantage les consciences.
C'est de fait le souvenir le plus poignant que je conserve ... après celui des cérémonies rituelles.
L'enjeu était de représenter l'art océanien de 25 000 îles à travers un choix d'oeuvres anciennes comme contemporaines. Il s'agissait de témoigner de la tradition tout en évoquant aussi des cultures marquées par le commerce, bousculées par la colonisation, l'évangélisation et bien entendu aussi par le changement climatique.
La toute première pièce, intitulée Kiko Moana, (ou chair de la mer) a été réalisée en Nouvelle-Zélande en 2017 en polyéthylène et fil de coton sur une largeur de 4 mètres, et une longueur de 11, par un collectif de quatre artistes maories qui ont voulu représenter une immense vague bleue. L'emploi de la bâche plastique évoque le quotidien de ces populations et le titre renvoie à l'océan ainsi que sa couleur. Les motifs évoquent la tradition textile du tapa (étoffe d'écorce) qui, dans le Pacifique, incombe largement aux femmes et leur confère prestige et influence.

jeudi 26 décembre 2013

Andersen au Vietnam fin décembre au Quai Branly ... une pure merveille !

Le Quai Branly propose encore un spectacle hors du commun pour les fêtes de fin d'année. Je l'ai vu aujourd'hui et je le recommande aussi bien pour les petits que pour les adultes.

Y aller à la représentation de 17 heures permet de poursuivre sur une rencontre au bord de l'eau avec les artistes et de remonter à l'air libre pour découvrir les jardins éclairés dans une gamme de turquoises et de roses.

Pour ceux qui ne le connaissent pas c'est magique. Et le contraste est très fort entre les jardins en plein jour (plutôt dépouillés en cette saison) et la nuit. Ils sont alors féériques, surtout lorsqu'on les regarde depuis la rue de l'Université, derrière laquelle émerge la Tour Eiffel.

Ce type de spectacle a déjà été présenté au musée du Quai Branly,  en 2012 avec Le Maître des marionnettes, par le metteur en scène Dominique Pitoiset qui avait fait une relecture d’un spectacle de marionnettes sur l’eau du Vietnam, et qui fut un succès.

Andersen au Vietnam obéit en quelque sorte à une démarche strictement inverse. Ngô Quynh Giao, à la fois sculpteur et metteur en scène, adapte, pour les marionnettes du Théâtre de Hanoi, trois des célèbres contes d’Andersen qui font partie de l’imaginaire collectif européen. Dominique Pitoiset est associé mais cette fois pour les lumières tandis que la musique est composée par Henry Torgue. Il est présenté en exclusivité à Paris, en ouverture de la saison du Vietnam en France (2014).

Dans l’eau d'un bassin installé sur la scène, neuf marionnettistes actionnent et donnent vie, suivant les techniques traditionnelles, à des marionnettes de bois créées pour le spectacle et inspirées des personnages d’Hans Christian Andersen. Ngô Quynh Giao a revu à la mode vietnamienne le Petit soldat de plomb, le Vilain petit Canard et la Petite Sirène.

L'idée est excellente. Parce que le public se trouve d'abord en terrain de connaissance, surtout pour le second conte, ultra connu, même par les très jeunes enfants. Cela permet d'adhérer à cet art de la marionnette et d'en apprécier des caractéristiques insolites. Les personnages multiplient les cabrioles et les éclaboussures. Ils peuvent surgir et créer l'effet de surprise. Enfin l'histoire est légèrement revue et corrigée de manière à instaurer une forme de suspense, très loin des clichés véhiculés par les dessins animés.


samedi 6 juillet 2013

Charles Ratton, l'inventeur des arts "primitifs" au Quai Branly

(mise à jour 16 juillet 2013)

Amateur, collectionneur, courtier, expert, galeriste, Charles Ratton (1895-1986) fut tout cela. Sa spécialité fut de faire circuler des oeuvres venues d'Afrique, d'Amérique ou d'Océanie pendant le XX°siècle, ce qui lui vaut le surnom d'inventeur de l'expression des arts primitifs en devenant leur promoteur en tant qu'oeuvres d'art. Il le sera aussi plus tard pour l'art brut.

D'abord brocanteur il est devenu marchand d'art. Le quai Branly lui rend hommage en exposant des pièces de ses collections personnelles. A commencer par son bureau témoignant d'un univers entre curiosité et érudition.

L'affiche est un cliché que Man Ray a fait en 1934 de la figure commémorative de reine bangwa (Cameroon) avant son entrée dans les collections d'Héléna Rubinstein.

Un des derniers objets présentés est cette sculpture en bois, provenant du royaume du Dahomé. Elle représente un homme assis dont la tête est happée par un serpent cornu et qui ne quitta jamais son bureau depuis 1925. C'est un des premiers objets africains acquis par Charles Ratton vers 1925.
  
Cette coiffe cuba en raphia provient de la république démocratique du Congo et date du XIX° siècle. Il est amusant de la relier au métier du père de Charles, modiste. Elle a été présentée dans une exposition intitulée "La mode au Congo" au 14 rue de Marignan, en avril-mai 1937. Le carton d'invitation figure lui aussi dans la vitrine.
Plus de 200 oeuvres (d’arts premiers, anciens, asiatiques mais aussi d’avant-garde) et documents d’époque retracent le parcours en France et aux Etats-Unis de ce marchand à l’enthousiasme militant et évoquent ses amitiés avec les artistes surréalistes André Breton (Il  lui fit découvrir les masques et les ivoires esquimaux), Paul Eluard, ses collaborations photographiques avec Man Ray, son rôle majeur au côté de Jean Dubuffet dans la définition de l’art brut et ses liens avec les grands collectionneurs de son temps.

dimanche 30 juin 2013

Philippines, archipel des échanges au Quai Branly

Philippines, archipel des échanges occupe la Galerie Jardin du Quai Branly jusqu'au 14 juillet. Il ne reste donc que peu de temps pour aller voir cette première grande exposition dédiée à cet archipel en Europe.

L'exposition réunit un ensemble de 310 œuvres précoloniales incontournables - sculptures, poteries, textiles, parures - sélectionnées dans les collections publiques et privées philippines, américaines et européennes.

C’est sous le prisme de l’échange que sont mis en lumière les objets méconnus en France de cette civilisation dont le socle est la réciprocité. Symbolique ou économique, l’échange met en relation des êtres visibles et invisibles. Avec deux regards, le premier tourné vers la Terre, le second vers la Mer.
C'est comme souvent à un double voyage, dans l'espace et dans le temps, que nous convie le Quai Branly. Il y a énormément à voir et à lire, parfois dans une relative pénombre pour préserver les objets. Chacun organisera son parcours selon ses voeux.

jeudi 17 janvier 2013

Nigeria, arts de la vallée de la Bénoué au Quai Branly


Il ne reste que quelques jours pour voir l'exposition au Quai Branly. Le 28 janvier il sera trop tard pour entreprendre ce voyage dans la vallée de la Bénoué. C'est la rivière qui est le principal affluent du grand Niger qu'elle traverse sur plus de 1000 km.

Statues féminines ou maternités, statues-colonnes, masques-heaumes, récipients anthropomorphes en terre cuite ... tous ces objets ont joué un rôle primordial pour les habitants de la vallée.

Les récipients en terre cuite anthropomorphes de la haute Bénoué se démarquent des sculptures en bois et des mascarades de la basse et moyenne Bénoué. Ils étaient conservés dans un sanctuaire communautaire pour invoquer la protection des hommes qui partaient au combat ou à la chasse au gibier.

Ce récipient, à gauche, est le plus ancien objet collecté sur le terrain et présenté dans l'exposition. Il a été rapporté par l'expédition allemande de 1894 menée par le baron Von Uechtritz et le géographe Siegfried Passarge.

On peut admirer beaucoup de sculptures de femme assise anjenu comme celle que l'on voit ci contre, à droite. Les parties blanches sont obtenues avec du kaolin, qui se trouve facilement près des fleuves.

On rapporte que des femmes avaient le pouvoir d'attirer les esprits naturels masculins et féminins appelés anjenu, qui résidaient dans la Bénoué et les petits cours d'eau de la région.

Ces esprits demandaient à leurs disciples endormis de se joindre à eux et, en échange de leur loyauté, promettaient de guérir leurs infirmités. Ils avaient aussi la vertu de préserver la fertilité des femmes et la santé de leur progéniture.

D'autres révèlent des maladies, comme celui-ci où l'on distingue la proéminence d'un goitre.

L'originalité de ce masque composite en bois et pigment qui a été porté lors des mascarades de Noël réside dans un assemblage élaboré anthropomorphe et zoomorphe, ce qui le différencie particulièrement des autres types de masques de la région.

Les éléments permettent de supposer qu'il a été fabriqué ailleurs et laissent apparaitre de fortes similitudes avec les masques boki. Il illustre l'importante circulation des objets de la région.

Ce masque éléphant en bois, pigment et peinture, a été photographié dans un village d'Otobi en 1958, 1976 et 1986. Il date d'environ 1944 et appartient aux collections permanentes du Quai Branly. Il symbolisait la grandeur et le pouvoir destructeur du chef local.

La personne qui le portait était vêtue d'un linceul indigo, jeté sur le coprs comme une cape, par dessus d'autres vêtements qui lui donnaient une apparence plus imposante. Sa danse était dangereuse : il faisait irruption dans le village, renversait les plates-formes sur lesquelles séchaient les aliments faisait tomber des pots pour la cuisine ici ou là et dispersait la foule des spectateurs qui se tenaient à une distance respectueuse.

Cet éléphant Itrokwu, très stylisé, porte trois longues extensions représentants les deux défenses de l'animal et sa trompe. Il est également doté de deux petites oreilles sur le haut du masque, ainsi que deux autres "oreilles" plus longues se projetant à l'arrière.
Cet autre présente une large scarification faciale, de longues "moustaches de chat" qui s'étendent de part et d'autre de la bouche jusqu'aux oreilles. Il est typique des masques Igala.

Cette coiffe élaborée rappelle un autre masque-cimier en alliage cuivreux. Celui qui la portait, lors de funérailles, était entièrement enveloppé de tissus et de filets.

La création de ce type d'objets a cessé dans les années 1850, après l'implantation en royaume Ebira, des forces islamiques du nord et la conversion à l'islam des chefs ebira, interdisant ainsi toute fabrication d'objets rituels non musulmans.

On peut voir aussi une figure marionnette Tiv antérieure à 1931, en cuir et pigment. Cette "poupée" était associée aux cérémonies biamegh durant lesquelles le crâne d'un nouveau défunt était ajouté aux reliques de ses ancêtres.

Des sculptures en argile très élaborées étaient confectionnées, l'une à l'image du défunt de son vivant, l'autre une fois mort. Il est difficile de déterminer l'usage de ces figures en cuir. Elles attestent d'une probable évolution de fabrication des sculptures en argile vers de nouvelles matières. L'ornementation est finement réalisée. De grands cercles dessinés autour du nombril, dépeint les modèles caractéristiques de scarifications féminines Tiv.

Cette "poupée" en cuir très ouvragée a été collectée par R.C. Abraham, ancien distict officer chez les Tiv à l'époque coloniale britannique.
Azume fut une artiste renommée et très sollicitée en son temps pour ses sculptures en terre cuite principalement féminines. Elle est  décédée en 1951. Voici une de ses oeuvres en céramique.

On ne sait pas aujourd'hui si ses sculptures étaient essentiellement destinées aux femmes goemai et à l'élite locale pour des fins rituelles ou simplement considérées comme des objets très prestigieux. Le style artistique d'Azume est naturaliste et se différencie ainsi de l'approche schématique de la maternité sculptée par un artiste masculin.
Sculpture Mumuye féminine en bois, de la première moitié du XX° siècle.
Sculpture Montol, datant de 1950, en bois, pigment et matières végétales. Les Montols utilisaient des figures simples ou par paire dans une association masculine appelée Komtin, dont la vocation première était curative. Ces figures pouvaient être utilisées afin de déceler les causes d'une maladie.


Les masques verticaux mumuye étaient portés avec des costumes complets. Une petite ouverture à l'avant permettait au porteur de voir. Ce masque,  ci contre, à gauche, appelé Sukuru, a été sculpté par l'artiste Lenke, originaire du village de Zinna.

Sur la droite, un masque-heaume anthropomorphe Mumuye de la fin du XX° siècle en bois, fibre végétale et kaolin.

On voit aussi beaucoup de masques anthropo-zoomorphes horizontaux qui rappellent la configuration tripartite des autres masques présentés dans l'exposition, mais leur plus grand raffinement sculptural leur procure une remarquable couleur locale. Des cornes de bovins verticales ainsi qu'un large museau leur donnent un aspect zoomorphe, tandis que les rayures du cimier faisaient probablement référence à des tresses de cheveux, leur conférant une dimension anthropomorphe.

Des photos permettent de se représenter concrètement l'emploi des masques., surtout ceux qu'on désigne sous le nom de poterie surmontée. On y attachait directement une cape fluide en fibres d'hibiscus et le porteur déambulait pendant la mascarade mumuye Vaa-Bong qui se déroulait à la fin de la saison des pluies dans le village de Pantisava. Cette performance coïncidait avec un rite funéraire durant lequel des pots, ornés d'un sommet en forme de buffle nain, semblable aux masques eux-me^mes, étaient brisés afin d'éloigner les morts des vivants.
Rien de surprenant à ce que le suivant soit un masque-antilope. Il provient du village de Sha, et est en bois. Il est antérieur à 1952.
Cette tête relativement naturaliste surmontait jadis un récipient à bière (béji) exposé par les Tula sur une place rituelle où il pouvait être utilisé lors des cérémonies destinées à protéger les chasseurs. Elle est en céramique et est antérieure à 1970. La sobriété des visages des récipients tula constraste acec l'aspect davantage extraverti des objets conçus par les jen, les Longuda et els Cham-Mwana.
Ci-dessous ce récipient en céramique était destiné à guérir les maladies infantiles(jina kwimtiyu) Cham-Mwana fin du XX° siècle.

Ce masque-heaume royal (Agba) Igala de la basse Bénoué de la fin du XIX° siècle en bois et peinture polychrome est une des pièces que je préfère.

Ces remarquables sculptures de basse Bénoué présentent des traits stylistiques similaires avec des incisions faciales élaborées et de grands yeux à lourdes paupières.

C'est que les idées et les objets se transmettaient de communauté en communauté,  ce qui complique le travail de recherche sir elurs auteurs etou leurs utilisateurs, probablement différents.

Ce type de masque-heaume était porté lors de mascarades en l'honneur des membres royaux du peuple igala. D'autres ont été documentés chez les Jukun qui vivent à près de 320 km en amont de la Bénoué. 

Profitez de votre venue pour explorer le plateau des collections dont je vous rappelle qu'il présente des oeuvres rassemblées par continent, les Amériques, l'Afrique, l'Asie et l'Océanie.
Certaines oeuvres sont gigantesques, comme cette façade de maison cérémonielle et ce tambour horizontal à fente du Bas Sépik (Papouasie) tous deux du XX° siècle.
Cette grenouille est un détail d'un énorme tambour en bronze provenant de Java et datant du IV° siècle.
Voici des poteaux funéraires australiens qui eux ont été sculptés au XX° siècle ci-dessus, et une statue androgyne pré-dogon ci-dessous.
Autres articles relatant des manifestations du Quai Branly : un "Before" le 6 juillet 2012, une cérémonie du thé le 8 juillet 2012, un "autre Noël" le 26 décembre, la peinture Aborigène le 4 janvier 2013 ... et l'exposition Cheveux chéris jusqu'au 14 juillet prochain.

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