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vendredi 2 octobre 2026

Berlin, Berlin de Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras

Si vous n'avez pas encore vu Berlin, Berlin (créé en janvier 2022 au Théâtre Fontaine), ne vous lamentez pas. Le Théâtre des Nouveautés reprogramme ce bijou où le rire est garanti du début à la fin.
Berlin Est. Emma et Ludwig veulent s’enfuir et passer à l’Ouest. Emma se fait engager comme aide-soignante chez Werner Hofmann pour s’occuper de sa vieille mère sénile. Elle n’est pas là par hasard, cet appartement possède un passage secret qui mène de l’autre côté́ du Mur. La situation est déjà̀ suffisamment compliquée mais si en plus, Werner est un agent de la Stasi, qu’il tombe fou amoureux d’Emma, et que l’appartement est un nid d’espions, on bascule dans l'absurde et le délire.
La distribution a changé. Vous ne verrez pas Maxime d'Aboville qui était si merveilleux qu'il eut un Molière d'interprétation pour le rôle qu'il y assurait. Mais, je reprends ses paroles le soir de la cérémonie : Berlin Berlin est d'abord un spectacle de troupe de 8 comédiens. Je salue le capitaine de ce navire, José Paul, le coauteur de la pièce Gérald Sibleyras, et celui qui en est l'âme, Patrick Haudecoeur qui est un très grand clown.
Vous avez de la chance, Patrick n'a pas lâché son bébé et il joue très finement Ludwig, le simple d'esprit qui provoque bourde sur bourde. A ses côtés Anne Charrie, succède à Lysiane Meis. Elle était déjà formidable dans En attendant Bojangles, l'adaptation théâtrale du roman d'Olivier Bourdeaut dont la performance poignante lui avait valu sa toute première nomination aux Molières en 2018. Elle exécute dans le rôle d'Emma, une traversée sans faute, dynamitant carrément le quatrième mur tant elle est naturelle.

Marie Lanchas (la mère et Birgit, l'agente impayable de la Stasi), Guilhem Pellegrin (pauvre général inconsolable du départ de sa chère Greta), Claude Guyonnet, Loïc Legendre et Gino Lazzerini sont toujours là.

Guillaume Bouchède reprend le rôle de Werner Hofmann (initialement joué par Maxime d'Aboville, actuellement Napoléon au Poche Montparnasse) qui, bien entendu, change de nature, mais reste très savoureux.

J'ai beaucoup aimé ce spectacle où tout est pensé pour faire rire une fois passée l'introduction, avec une évocation filmée de la construction ce "joyau de  l'ingénierie est-allemande" qu'était le mur de Berlin nous mettant illico et très intelligemment dans l'atmosphère de l'époque ne nous faisant passer du noir et blanc de la reconstitution à la couleur de la scène du théâtre. J'ai brièvement reconnu des façades devant lesquelles je me suis promenée (lire ici mes articles sur cette ville). L'inévitable chanson de Marlene Dietrich ouvre véritablement le spectacle.

Le décor évoque à jardin un monde fracturé. La dissimulation du paysage secret fait penser -ce qui est forcément intentionnel- à la cachette de la famille d'Anne Frank. Plus tard le portrait accroché au mur de la Stasi est sans nul doute celui d'Erich Honecker, l'ancien dirigeant de l'Allemagne de l'Est (RDA).

Tous les types de comique sont à l'oeuvre. Le lexique, la répétition, les mimiques, l'absurde, les allusions, les quiproquos … jusqu'à la chanson originale et humoristique (écrite spécialement pour la pièce par Patrick Haudecœur) du général mélancolique devant le rideau de scène pendant le changement de décor par les machinistes pour la seconde partie.

J'ai adoré Patrick s'effrayant du bruit de la porte qu'il claque lui-même disant sur tous les tons possibles : quelle est la teneur de ce message  ? Il est inoubliable dans la scène du violon jouant Le goujon de Schubert. Et Loïc Legendre reprenant la réplique culte de Robert de Niro Are you talking to me ? dans Taxi Driver, en faisant semblant de dégainer un pistolet caché sous sa veste à l'intention d'un adversaire imaginaire.

On est dans le registre d cela comédie et on pense pourtant parfois que ça va se terminer mal. Mais vous vous en doutez, le mur tombera à la fin et l'Ode à la joie pourra résonner. Berlin, Berlin est entré dans les classiques du genre. La pièce a été publiée à la Librairie Théâtrale (collection Les Classiques du Boulevard), le 24 mars 2022
Berlin, Berlin de Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras
Mise en scène José Paul
Avec Guillaume Bouchède, Anne Charrier ou Lysiane Meis (selon les périodes), Patrick Haudecœur, Marie Lanchas, Guilhem Pellegrin, Michel Lerousseau, Loïc Legendre, Claude Gyonnet et Gino Lazzerini
Décors Édouard Laug, Lumières Laurent Béal
Costumes Juliette Chanaud, Vidéo Sébastien Mizermont
Musique Michel Winogradoff
Au Théâtre des Nouveautés
24 boulevard Poissonnière, 75009 Paris
www.theatredesnouveautes.fr
Depuis le 17 septembre 2026
Du mardi au samedi à 21h Samedi à 16h30, dimanche à 16h
A 19h ou 18h30, voir le calendrier

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