C’est une de mes amies bibliothécaires qui m’a conseillé Comment te dire ? de Genevieve Kingston. Les premiers chapitres de ce livre m’ont profondément émue et je ne dirai pas que c’est une lecture facile. Et puis, comment vous dire … je n’ai pas réussi à rester focalisée sur l’histoire dont je savais l’issue.L'autrice avait presque 12 ans lorsque sa mère, Katrina, est décédée d'un cancer du sein agressif à l'âge de 47 ans. Se sachant condamnée, sa mère a préparé pour elle et son frère un coffre rempli de lettres intimes, de cassettes et de cadeaux, conçus pour les accompagner et les guider à chaque grand moment de leur existence (comme les anniversaires ou les étapes clés de la vie) jusqu'à leurs 30 ans.
L’idée est excellente. Je l’avais moi-même appliquée lorsque j’étais une jeune maman mais dans des circonstances qui n'étaient pas dramatiques. Je devais m'absenter quatre jours pour aller au bout du monde, sur l'ile de la Réunion, pour mon travail. Mes enfants, alors 3 et 4 ans, restaient avec leur papa. Il n'y avait pas de téléphone portable à l'époque, pas plus que WhatsApp ou autre moyen d'appeler en video. Et puis il y avait le handicap du décalage horaire. Je m'étais munie de jolies cartes postales des principaux sites à l'office du tourisme parisien et j'avais écrit d'avance un petit texte encourageant sur chacune d'elles. Ainsi, chaque soir, la boite aux lettres était ouverte et les enfants découvraient ce que j'avais été censée faire la veille avec la preuve que je pensais à eux.
L'ouvrage de Geneviève Kingston est difficilement "critiquable" puisqu'il s'agit d'une histoire vraie, et tout à fait digne de respect. J’y ai retrouvé une manière douce-amère (me semble-t-il très américaine) d’aborder le deuil comme l’avait fait Joyce Maynard dans Un jour tu raconteras cette histoire, avec un dosage qu’on qualifierait de sucré-salé en cuisine.
Je devine la difficulté à traverser une telle épreuve quand elle commence alors que vous n'êtes qu'un tout jeune enfant. Il y a des femmes qui, comme Litzie Pérez, chercheront à maintenir jusqu'au bout l'image d'une maman forte et joyeuse, tel que Roland le raconte dans Bonne fête des mères, papa ! Il y en a d'autres, comme l'héroïne du roman de Geneviève Kingston, qui assument leur maladie tout en cherchant à rester auprès de leurs enfants d'une autre manière après leur mort.
Je ne sais pas quelle est la meilleure façon d'aider les gens que l'on aime au-delà de notre absence. Il me semble qu'on fait ce qu'on peut. Et c'est déjà beaucoup. Cela étant il y a des livres admirables sur le deuil. En voici quelques-uns que j'ai chroniques et, en suivant ce lien, vous pourrez vous constituer une liste dans laquelle puiser si nécessaire (à lire avec modération pour maintenir un certain niveau d’optimisme) notamment Une année douce-amère.
Je me dis que je devrais réorganiser ma bibli par thèmes plutôt que par éditeur.
Comment te dire ? de Genevieve Kingston, traduit par Hélène Cohen, chez Robert Laffont, en librairie depuis le 8 janvier 2026
Sélection du Grand Prix des lectrices de ELLE
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