mercredi 27 janvier 2021

Les mangeurs de ville – Paris de Frédéric Abergel

J’aime beaucoup le principe de ce petit livre faussement guide touristique que l'on peut facilement glisser dans la poche. Et j'apprécie énormément les éditions Nanika (que j’ai connues par la publication du formidable Quelque chose du Mexique dont j'avais reçu l'auteure, Morgane Desbrosses, sur Needradio (pour écouter, cliquer ) mais je dois dire que cet ouvrage me laisse sur ma faim.

Surtout parce qu’il manque la liste des lieux cités à la fin de l’ouvrage. D’autant que souvent l’auteur fait allusion à tel ou tel restaurant comme s’il était évident que son adresse était connue de tout le monde. Comme il s'agit du premier d'une série espérons que Nanika corrigera le tir.

Les illustrations de Fanny Liger sont réussies mais finalement extrêmement répétitives puisqu’elles sont identiques d’un chapitre à l’autre, seul le cadrage étant modifié. Leur style évoque tellement une carte de la région parisienne que j’aurais véritablement apprécié que les recommandations de Frédéric Abergel y soient marquées d’un numéro (renvoyant à la liste sus-demandée).

Comme lui j’adore marcher dans Paris et j’aime aussi manger. J’ai donc été évidemment très sensible à ce qu’il commence par la banlieue puisque c’est là que je vis. A fortiori par l’Etoile du berger que je connais très bien. J’y ai fait plusieurs reportages. Les voici tous. Par contre, et là je suis déçue, je ne trouve que le nom de cette boulangerie pâtisserie de grande qualité, et une seule petite indication à propos de son chausson aux pommes géant que d’ailleurs je n’ai jamais remarqué en rayon.

Ce que j’aurais aimé c’est qu’il dise la gentillesse de l’accueil, cette manière que le personnel a de faire goûter les pains à toute heure, le plaisir que l’on peut avoir à prendre un café sur le trottoir pavé, face à l’église, à deux pas du Jardin des Félibres, un endroit secret où le marcheur peut se reposer en toute quiétude avant de s’élancer à l’assaut de la capitale.

Son second arrêt propulse le voyageur très loin, porte Dorée, à l’autre bout de Paris, ce qui représente une sacrée trotte, surtout pour quelqu’un qui se qualifie de gastéropode. Pas étonnant qu’il ait soif, envie d’un diabolo menthe qui est, je le consens, une vraie boisson rafraîchissante. Mais je n’ai pas très bien compris où il allait le commander ni les spécificités du lieu où il le boirait. En tout cas, pour ma part, porte Dorée je recommande Stéphane Vandermeersch, pape du kouglof et de la galette … des Rois. Et ça ne se discute pas. Vous pouvez même vous y rendre de ma part.

Nous zigzagons pour effectuer un troisième arrêt, cette fois dans le quartier de l’Opéra et, nouvelle incongruité, on nous promet un "mauvais restaurant", ce qui fait que l’auteur nous en suggère un autre, rue Montmartre ou encore rue Dauphine, dont hélas, deux fois hélas, il ne donne pas les coordonnées précises.

Pourquoi arpente-t-il le bois de Boulogne ensuite puisqu’il nous dit, je le cite page 35, le bois de Boulogne me pèse. Ce chapitre là, le quatrième, se lit plutôt comme une nouvelle. On y apprend à la toute fin que le titre de l’ouvrage est emprunté à un autre Frédéric, …Dard. À nous de chercher la référence. Il y en tant de possible ! Pour ma part j'aurais bien vu un arrêt spécial à Montmartre, précisément chez Plumeau (car l’écrivain prolixe a publié Va donc m'attendre chez Plumeau, et aussi, mais ceci est très personnel, mon père se moquait de quelqu’un qui était incapable de donner une adresse précise en disant Autant aller chez Plumeau, vous imaginez ma surprise quand j’ai découvert que l’endroit existait pour de vrai).

Ce fut une énorme surprise également de trouver une référence à Exki (arrêt 7) quoique j'approuve l'intérêt de cette chaîne que là encore je connais plutôt bien, jugez-en.

Suis-je stupide pour n’avoir pas bien compris ce qu’était (p. 57) un OLOE par excellence, surtout par excellence et je suis étonnée aussi de remarquer que finalement il termine en faisant référence à Cojean. L'OLOE serait un lieu de lecture et d'écriture fondamentale mais l'acronyme reste mystérieux, même avec le secours d'un moteur de recherche qui n'en trave que dalle comme l’aurait jugé San Antonio.

On avait commencé par une boulangerie. On revient dans d’autres à l’arrêt n°9 en nous baladant entre plusieurs spots pour finir par nous recommander Circus Bakery sans nous indiquer où l’endroit se situe. Et pour une fois, je ne sais rien de plus. Il est logique ensuite de vouloir avaler un burger, prétexte à un dixième arrêt mais, on commence à en avoir l’habitude, ce n’est qu’à la toute fin de ce petit chapitre que l’auteur conseillera finalement autre chose, un Fish and Chips, celui de Mersea, sans en donner la référence, vous pouvez vous en douter, mais moi je vous la livre, allez soit 6 rue du Faubourg Montmartre, soit à Beaupassage qui est depuis trois ans le havre  gourmand du septième arrondissement, idéal pour faire un break dans cette longue déambulation suggérée par Frédéric Abergel.

L'écrivain refuse même parfois carrément (p. 91) de donner l’adresse et avoue désirer la conserver secrète.
Et quand il parle de sandwich (arrêt 13) il termine en conseillant le méditerranéen… de l’Etoile du berger ! Allez, je vous le dis, parisiens, pas besoin de pousser jusqu'à Sceaux. Le patron s'est implanté aussi 56 rue Saint-Placide, dans le 6ème arrondissement, à deux pas de La Grande Epicerie, caverne d'Ali Baba pour les explorateurs gourmets.

Et quand il indique le Banh Mi (p. 105) qu’est-ce que ç’aurait été gentil d’expliquer l'origine de l'expression. Ce sandwich emblématique de la cuisine vietnamienne doit son nom à la déformation de pain de mie. La colonisation a laissé des traces culinaires. Il parle 2-3 fois du Vieux campeur, un établissement bien connu des marcheurs et de tous les sportifs mais là aussi sans préciser qu'il est implanté rue des Ecoles. Pas besoin d'avoir le numéro, il occupe une grande portion du quartier.

On finit par comprendre que notre homme fait le tour de toutes les formes possible de sandwichs ou de plats express. Il était donc logique qu'il fasse allusion au Bo Bun. Je vous dirai que ma préférence va à celui du Petit Cambodge, 20 rue Alibert, que j'ai connu bien avant les événements tragiques dont il fut le théâtre, mais vous pourriez presque aussi bien le commander à deux pas, au Cambodge, 10 avenue Richerand, c'est quasiment la même maison, et je vous donne même la marche à suivre pour le faire chez vous.

Je vais arrêter mes critiques. Vous risquez d’estimer que Ça tourne au vinaigre (publié en 1983) ou que mes annotations valent leur pesant de cacahuètes (1965). Et ce ne sont que de piètres exemples empruntés à la prose de Dard. Vous l’aurez compris, ce petit ouvrage se lit avant tout comme une sorte de poème sans y chercher de recette ou de bonnes adresses. Savourez-le comme un rêve.

Il se révèle au final un petit guide fort sympathique qui m’a mise en appétit et qui va me pousser à écrire ma version sans doute beaucoup moins littéraire mais plus gustative, et que j'enrichirai des bonnes adresses du chef Fred Chesneau (que j'ai presque toutes testées et qui sont irréprochables). L’ennui comme toujours avec ce type d’opuscule c’est qu'il résiste peu ou mal à l’épreuve du temps.

Et pour aller plus loin sans se fatiguer je suggère le vélo.

Les mangeurs de ville – Paris de Frédéric Abergel, Illustrations de Fanny Liger, éditions Nanika

mardi 26 janvier 2021

Mes chats d'Evelyne Dress

Je connais Evelyne Dress depuis quelques années mais j'ignorais son amour pour les félins. Je sais bien pourtant qu'elle a un tempérament de lionne, correspondant à son signe astral. Et avoir un chat appelé Clitoris dans le film dont elle est la vedette, Et la tendresse, bordel ! aurait dû me mettre la puce à l'oreille.

Certains lui en ont fait voir -comme on dit- des vertes et des pas mûres. Elle n'en garde aucun ressentiment mais, prudente, elle se tient en quelque sorte à écart de leurs caprices puisque désormais elle n'en a pas près d'elle.

Ce que je trouve le plus agaçant, chez ces êtres à la volonté déterminée, c'est leur souhait de franchir une porte dès lors qu'elle est fermée. On la leur ouvre, puis la referme. Et voilà l'animal qui miaule de nouveau pour repasser de l'autre coté.

Il m'arrive de comparer mes amis à des chats lorsqu'il me semble qu'ils ne savent pas ce qu'ils veulent.

C'est un peu avant le confinement -celui de mars 2020- qu'un éditeur appela Evelyne Dress pour lui demander de participer à une anthologie sur les chats.

Ce qui devait alors ne constituer qu'un morceau dans un recueil en forme de puzzle est vite devenu un livre à part entière, certes mince mais tout à fait construit.

Les félins ont accompagné la vie d'Evelyne de si près qu'une infinité de souvenirs, dont certains sont assez cocasses sont remontés à sa mémoire et ont fusé sous sa plume comme la griffe d'un de ses greffiers.

Il était donc naturel que Glyphe, qui est son éditeur privilégié depuis un moment, soit disposé à la publier.

Initialement prévue le 16 novembre 2020, la sortie a été repoussée au 4 février 2021, puis a finalement été accélérée.

L'animal qui figure en couverture n'est pas un des chats de l'auteure. Par contre voici celui de ma fille, qui compte encore tant pour elle et que j'ai si souvent gardé que je pourrais vous conter bien des histoires, mais ce n'est pas moi l'écrivaine …

Nombre d'auteurs célèbres apprécient leur compagnie. On sait l'amour que Colette leur voua, Céline également. Je me souviens de Rémo Forlani, écrivant ses chroniques sous la pression de son animal, se vautrant littéralement sur son clavier. Cherchait-il à l'encourager ou manifestait-il sa jalousie ?

Voilà le type de questions qui taraudent Evelyne qui, pour la première fois, ne se cache pas derrière un personnage.

En fine observatrice, elle sait que la présence silencieuse d'un chat peut être apaisante, mais parfois agir comme un miroir. Certains lui ont fait vivre quelques situations extrêmes qu'elle partage avec humour avec les lecteurs.

Parler des chats qui ont ponctué sa vie est prétexte à raconter les êtres qui l'entourent, tous, et en particulier les hommes. Avec comme toujours de la profondeur, mais teintée d'une joie de vivre qui fait du bien.

On peut parier qu'elle a franchi la porte des souvenirs et que l'écriture de son prochain roman s'orientera encore davantage sur la voie autobiographique. Pourquoi pas en empruntant d'autres chemins de traverse. Ce pourrait être une balade dans le Dauphiné où, à cinq ans, elle a rencontré ce jeune homme du bout du monde dont elle est tombée éperdument amoureuse.
Ce fut un plaisir d'en discuter avec elle. Mais je n'en dévoilerai pas plus. Vous en saurez davantage en la lisant. Plusieurs de ses romans ont fait l'objet d'un article ici.

Mes chats d'Evelyne Dress, préface de Laetitia Barlerin, éditions Glyphe, en librairie en janvier 2021

dimanche 24 janvier 2021

La première faute de Madeleine Métayer

Il y a des livres qui déroutent. On les choisit plein d’espoir. On a du mal à entrer dans l’histoire mais on ne les lâche pas pour autant. On sent qu’il y a un terreau favorable. Parfois la récompense surgit au bout de quelques pages, au pire après plusieurs chapitres. Il arrive qu’on referme l’ouvrage en étant resté sur le côté.

La première faute est de ceux-là. J’avais été attirée par l’intention de Madeleine Métayer de restituer comment un couple se consume lentement mais inexorablement. Le titre aussi m’avait intriguée. Je n’ai cependant pas ressenti la puissance des sentiments de Valentine à l’égard de François. Alors, du coup, je n’ai pas été sensible à chaque nouvelle dissonance faisant grincer leur quotidien. Pas plus que je n’ai perçu comment se forgeaient leurs divergences politiques.

J’ai fini par renoncer à creuser sous le vernis des apparences. Je n’ai pas suivi la spirale infernale qu’on m’avait laissé entrevoir. Probablement la faute au format numérique qui permet mal l’immersion entre les lignes. Dommage. Il n’est pas dit que je n’ouvrirai pas le livre ultérieurement, mais sous format papier.

La première faute de Madeleine Métayer, janvier 2021 chez J.C. Lattès

mardi 19 janvier 2021

Quand la reine chante, les abeilles dansent de Véronique Maciejak

J'ai souri en commençant la lecture de Quand la reine chante, les abeilles dansent. En effet il s'ouvre sur les pages du journal d'une maman qui commence le mercredi 6 janvier 2021 … alors que nous n'étions encore qu'en décembre de l'année précédente. C'est juste amusant et ce n'est pas pour autant un roman d'anticipation car très vite s'installera le flash-back.

Marie aimerait être une mère qui assure. Une maman qui n’élève jamais la voix, qui se fait obéir sans punir, qui trouve toujours du temps pour ses enfants… Sauf que du temps, elle n’en a plus. Depuis qu’elle a décidé de quitter son travail pour se consacrer à sa famille, rien ne va. Elle est épuisée et débordée par les contraintes du quotidien. Alors elle crie, elle punit et ne parvient plus à gérer son ado précoce, son cadet hypersensible et sa petite dernière énergivore.

Le diagnostic est vite posé. Marie, quarante ans à peine, frôle le burn-out parental. Mais a-t-elle le droit de se plaindre, elle qui a choisi d’être comme on dit "au foyer" ? Et existe-t-il une recette pour devenir un parent parfait ?

Véronique Maciejak a écrit dans la veine de ses précédents ouvrages ce qu'elle appelle un roman-coach, qu'elle dédie à tous les parents. On y découvre, en même temps que son personnage principal, un lieu unique qui nous enseigne l’essentiel : être heureux pour rendre les autres heureux … et s'initier à l'égoïsme bienveillant est indispensable.

C'est aussi ce qu'elle dégage quand on la rencontre, comme j'en ai eu la chance, dans les locaux de Babelio. Ce qui m'a énormément plu dans sa démarche c'est que le livre soit autant un vrai roman qu'un ouvrage de développement personnel qui, du coup, n’est pas trop "donneur de leçons". C'est bien agréable.

Le livre est truffé de descriptions de cas, d'exemples concrets et de néanmoins de conseils (par exemple p. 113). On y puisera bien des astuces parmi la trentaine d'outils qui ponctuent cet opus. De quoi par exemple désamorcer les crises de colère, se faire obéir sans crier, gérer les disputes, motiver ses enfants à l’école, communiquer avec son ado… et sans jamais se culpabiliser car comme elle le souligne aucun parent n’est parfait… Et c’est parfait comme ça ! 

Je connaissais déjà beaucoup d'entre eux que j'applique depuis longtemps. C'est logique puisque je suis maman de grands enfants et qu'une de mes professions m'a contrainte à très vite comprendre qu'on ne donne pas à un enfant un ordre sous forme négative. Ainsi il est plus efficace de crier "On marche !" plutôt que "Je vous interdis de courir". Ce n'est pas que l'enfant ait l'esprit de contradiction. C'est juste qu'il entend le dernier mot et ne synthétise pas la phrase complète. Vous en avez la démonstration p. 223. Et j'ai été sidérée d'apprendre qu'un adolescent reçoit une centaine d’ordres par jour (p.167). Cela explique (sans les justifier) certaines sautes d'humeur. C'est sûr que si on demande à un ado que te reste-t-il à faire aujourd'hui ? plutôt que lui intimer l'ordre de finir ses devoirs ça change la donne (p. 168).

Nos parents pointaient la vertu de l'exemple. cela reste vrai. Il est capital d'incarner les valeurs qui nous sont essentielles.

Quand on a réalisé les avantages de la méthode gagnant-gagnant il devient naturel d'apprendre aux tout-petits qu'ils ont grandement intérêt à coopérer plutôt qu'à s'opposer. J'adore les jeux de société dits de coopération où soit tout le monde gagne, soit tout le monde perd. On devrait en faire plus largement la promotion. Dommage que l'auteure n'ait pas fourni une liste en annexe.

Il conviendra néanmoins d'être mesuré dans ses stratagèmes. S'il est intéressant de proposer des choix encadrés, il ne faudrait pas pour autant tomber dans le piège des alternatives truquées. Du type, choisis entre ranger ta chambre et ranger le salon, ou entre deux choses très différentes mais qu'on sait pertinemment que l'enfant déteste tout autant.

Dans le même ordre d'idées il est capital de ne pas confondre la punition avec la recherche de solutions pour l’avenir, ce que Véronique démontre à de multiples reprises. Et bien différencier les envies des besoins, en sachant qu'il existe des formes particulières de médiation pour l'une et l'autre de ces situations. J'ai beaucoup apprécié ce qu'elle appelle le cahier des envies (p. 151) que je verrais d'ailleurs bien à tous les âges.

Certaines de ses pratiques sont subtiles. On ne pense pas spontanément à encourager plutôt que complimenter (p. 200), pas plus que devenir le copilote de l'évolution de nos grands enfants (p.166). On fonctionne trop dans le système (vicieux) récompense/punition.

Elle a l'art d'expliquer les pièges dans lesquels les adultes tombent spontanément. Il faut lutter contre la tendance à nous formater à accepter. Oui, chacun a le droit d'exprimer ses émotions, et il est essentiel d'aider les jeunes à évacuer les émotions négatives. C'est fondamental pour les enfants comme pour les adultes (p. 146). Retenir notre colère, notre peur ou notre chagrin, nous places en tension et nous fait accumuler du stress. Mais si toutes les émotions sont acceptables, par contre toutes les réactions ne le sont pas (p. 150). Surtout si elles sont blessantes et bien entendu qu'il est indispensable d'obtenir réparation pour une une erreur. Quand je pense qu’on a interdit Max et les maximonstres aux États-Unis il n'y a pas si longtemps.

J'ai eu la chance de bénéficier de conseils qui m'ont été très utiles parce que, attendant un second enfant trois mois après mon premier accouchement on avait estimé que j'étais la cible idéale. Effectivement j'aurais bêtement élevé les deux comme des jumeaux, en ne songeant pas à différencier mes actions. Sans savoir qu'accorder à chacun un temps privilégié était essentiel (p.199). J'ai à mon tour largement diffusé le conseil.

On débusque des traits d'humour et quelques jolies références. Par exemple cette citation d'Einstein : le hasard c’est Dieu qui voyage incognito (p. 129). Et les curieux qui s'étonnent du titre en trouveront l'explication p. 133.

On peut imaginer qu'il y aura des versions enrichies. D'abord d'une bibliographie (que l'auteure a reconnu volontiers comme manquante) où l'on trouvera donc les références pour faire soi-même un énéagramme (p. 137). Et des réponses aux questions que les lecteurs/trices lui auront posé en la contactant à partir de son site www.veroniquemaciejak.com. A moins que vous ne l'interrogiez vous-même au cours d'un des ateliers qu'elle anime avec des parents.

Le Cahier de vie (p. 261) gagnerait à être davantage mis en avant.  Les contraintes de l'édition en ont sans doute freiné l'épaisseur.

Attention, je n'ai pas écrit que Le repos de Gaïa existait. Véronique a simplement eu à cœur de suggérer une structure qui pourrait exister, et être remboursée par la sécurité sociale. Parce que être parents s'apprend.

Je n'irai pas jusqu'à prétendre que ce livre va révolutionner la vie de parents débordés mais il y participera grandement. Pour peu que les protagonistes soient patients car changer réclame du temps. Retenons, et c'est là-dessus que Véronique conclut son intervention : il s'agit de juste faire au lieu de parfaire (p. 170) en luttant contre la tendance à en faire trop.

Dans la même veine on pourra lire aussi L'école des mamans heureuses de Sophie Horvath, paru chez Flammarion en mars 2020.

Et puis, et ce n'est pas un des moindres intérêts de cet ouvrage, n'oubliez pas que c'est (aussi) un roman qui se lit facilement, et où les conseils peuvent s'appliquer entre adultes. A commencer par le concept de communication non-violente qui demeure fondamental. Dire ce qu’on pense en parlant de soi. Partir de nos sentiments pour le dire à l’autre. Ça donne la force d'exprimer ce qui est insupportable.

Quand la reine chante, les abeilles dansent de Véronique Maciejak, chez Eyrolles, en librairie depuis le 7 janvier 2021

lundi 18 janvier 2021

Face à la mère, mise en scène d’Alexandra Tobelaim au Théâtre de la Tempête

Je sais combien les temps sont durs pour les salles de spectacle alors je m'adapte pour me rendre à des représentations dites "professionnelles". Elles ne sont pas accessibles au public mais ce sont les seules autorisées en ces temps de crise sanitaire.

Evidemment les salles ont modifié les horaires pour se caler dans la fourchette imposée par le couvre-feu. Enfin, presque.

Je suis allée hier au Théâtre de la Tempête voir la première parisienne du magnifique Face à la mère dans la mise en scène d'Alexandra Tobelain.

La représentation devait commencer à 15 heures mais il y eut 15 minutes de retard et sa durée étant plus longue que ce qui avait été annoncé ce n'est qu'après 17 heures que j'ai quitté la Cartoucherie. Embouteillages monstrueux ... je suis rentrée à près de 19 heures. Croyez-vous après une telle expérience, même si j'ai eu la chance de ne pas être contrôlée par la police, que je vais retourner au théâtre l'après-midi ?

Il faudrait vraiment programmer les séances plus tôt en journée afin de prévoir une bonne heure trente de transports, hors affluence des heures de pointe qui génèrent un stress dont on se passerait volontiers.

Comme disait un ami attaché de presse : aidez-nous à vous aider !

Revenons au moment passé à La Tempête. Il y avait quelques chose de l’ordre d’un sentiment de clandestinité à être de nouveau assise dans les gradins d’un théâtre, face à des comédiens, pour assister à une tranche véritable de ce qui mérite tant la dénomination de "spectacle vivant".

Ça fait un bien immense de voir des gens non masqués. Je fais allusion aux artistes bien entendu car côté spectateurs nous étions tous parés au pire. Et puis, l’absence d’annonces nous enjoignant d’éteindre notre portable et de recommandations du type dispersez-vous rapidement et ne communiquez avec personne était rudement agréable. On redevenait des adultes.

La représentation a commencé par plusieurs minutes d’un noir absolu qui ont eu un effet totalement apaisant, achevant de nous permettre de quitter le monde de fous dans lequel nous sommes sous la contrainte pour entrer dans celui du théâtre où tout est possible. D’aucuns y verront la métaphore du passage entre la vie et la mort, ou l’inverse. Peu importe, ce fut salutaire comme mise en condition.

Dans le même ordre, nous bénéficiâmes d’un enveloppement musical qui nous embarquait dans l’intention de la metteuse en scène. C’est à peine si nous percevions quelques ombres.

Ils sont trois comédiens pour interpréter le rôle principal. Un nombre suffisant pour constituer un chœur qui va pulser comme un muscle cardiaque, dans une respiration ponctuée de soupirs. Trois comédiens, trois musiciens, une double trinité, une passion aussi.
Je m’offre à votre invisible regard. Il aura fallu trois années de parenthèse pour vous donner rendez-vous. De coma profond.
Les comédiens sont équipés de micros HF, quasi invisibles et subtilement réglés, de manière à moduler leur voix et à permettre des paroles dos au public. J’ai perçu quelques effets d’écho qui ont instauré un prolongement à des phrases qui nous atteignent avec une puissance poétique accrue.

Chacun de nous aura été saisi par l’une d’elle en particulier. Je sais que Alexandra Tobelain a été hantée par votre main sur mes yeux.  Pour moi ce fut Je voudrais une main sur mon épaule. Je ne saurais dire pourquoi, peut-être parce qu’il m’a semblé que le guitariste allait s’avancer pour poser la sienne sur le corps du comédien.

Vous me manquez maman. On pourrait juger cette affirmation banale, et pourtant elle résonne avec une intensité spéciale, accentuée par un vouvoiement qui me surprend.

Comme je comprends qu’Alexandra ait été séduite par l’écriture de Jean-René Lemoine, poétique et semblant parfois sortie d’un autre temps, d’une époque révolue qui s’échoue dans la nôtre pour réveiller des mythologies nouvelles. Elle s’affirme dans sa singularité. J’y ressens aussi une quête des sonorités sans jamais abandonner le sens, dit-elle dans sa note d’intention.

Elle précise qu’après avoir lu Face à la mère, une résonance particulière s’est opérée à son insu. Monter cette pièce, c’était, dans son travail, le prolongement de son questionnement sur les rituels de deuil, ce lien aigu qui relie les vivants et les morts. Elle a voulu, et elle a réussi, à instaurer (je la cite encore) une théâtralité qui nous rende intégralement sensibles et poreux. Une "communion" entre les acteurs et cette "assemblée silencieuse", comme la nomme Jean-René Lemoine

Cet homme de théâtre, qui est autant auteur, comédie, metteur en scène et formateur a écrit cette pièce quelques années après l’assassinat de sa mère à Haïti. Elle est donc bâtie sur une histoire vraie.

Les confidences arrivent, décousues, sans donner le nom des pays où l’action s’est déroulée -et c'est aussi bien comme ça- mais je devine qu’il s’agit d’Haiti. La citation de l'aéroport International portant autrefois le nom de François Duvalier, l'ancien président de ce pays, appelé maintenant aéroport Toussaint-Louverture, et puis celle des Tontons Macoute de la milice paramilitaire, et enfin Sainte-Rose-de-Lima m'auront mise sur la piste.

Tout comme je parierais que c’est ici-même dans ce lieu où Jean-René Lemoine a donné des cours de théâtre qu’il a appris la terrible nouvelle. La référence à la mezzanine est évidente pour qui connaît l’endroit et n’en est que plus émouvante. On devient l’ombre qui l’accompagne.

On mesure combien il faudra être fort et le parallèle avec la philosophie du malheur que ce pays connaît bien est complètement à propos. Je ne peux m'empêcher de songer à d'autres contrées où la violence a fait des ravages comparables, comme ce morceau d'Afrique où Gaël Faye a perdu des membres de sa famille et qu'il raconte dans Petit pays.

Oui, il faut juste laisser remonter les souvenirs et inventer ce qu’on ne sait pas (comme le dit le comédien, les pieds dans le sable, mains sur les hanches). Le fils dit être à deux doigts de demander pardon. C'est ce qu'il fera à la toute fin : Mère, je vous pardonne et je vous demande pardon.

La musique quitte le registre tragique pour devenir comme lumineuse. Je salue le travail du musicien Olivier Mellano, violoniste, guitariste, compositeur et improvisateur. Il a dosé savamment les rythmes et les tonalités, même si parfois le rock se durcit intensément. Tout est juste, que ce soit la distribution de la parole, celle qui est dite et celle qui est chantée, les répétitions, et les intentions tordant nos perceptions. Comme il est bon de voir la musique en direct, si je puis oser l’emploi de ce verbe car on fait bien davantage que l’entendre. Le musicien a oeuvré pour servir la mise en scène et réciproquement.

Moi qui ne suis pas très fan de mapping j'aurais cependant bien vu à la fin quelque chose évoquant un coucher de soleil sur le cyclo. Surtout pas une photographie de type carte postale exotique mais la suggestion d'un mouvement ou d'une atmosphère.

Je suis ressortie bouleversée et apaisée à la fois, extrêmement reconnaissante aux artistes et à l'équipe de nous avoir fait ce cadeau. Il y avait quelque chose de circassien dans leurs déplacements, parfois presque dansés. Rarement un spectacle parlant de la mort m'aura autant plongée dans le vivant.

L’auteur a respecté la dernière volonté de sa mère, entendue depuis l’au-delà : Dis-leur que je suis reposée. Invente de quelque chose de joli.
Face à la mère de Jean-René Lemoine
Mise en scène : Alexandra Tobelaim
Création musicale : Olivier Mellano
Avec Astérion (contrebasse et voix), Yoan Buffeteau (batterie et voix), Stéphane Brouleaux, Lionel Laquerrière (guitare et voix), Geoffrey Mandon et Olivier Veillon.
Création le 4 octobre 2018 au Jeu de Paume d’Aix en Provence
Dates et horaires des présentations professionnelles en région parisienne :
Lundi 18, mardi 19, mercredi 20, jeudi 21 et vendredi 22 janvier à 15h.
Au Théâtre de La Tempête, Cartoucherie, Route du Champ de manœuvre – 75012 ParisDurée : 1h30

La photo qui n’est pas logotypée A bride abattue est de Gabrielle Voinot 

dimanche 10 janvier 2021

Le consentement de Vanessa Springora, chez Grasset

C'est insensé. Il m'aura fallu un an pour lire Le consentement de Vanessa Springora, alors que j'ai l'impression que son livre est sorti "hier".

J'avais résisté. La tempête médiatique avait été telle que je craignais de lire un récit (trop) pathologique. Et bien pas du tout. Je vais même lui attribuer la mention coup de coeur. Comme je comprends qu'il ait reçu le  Prix des lectrices de ELLE !

Comme elle écrit bien. Avec des mots justes, forgés dans une langue parfaite, à la précision cinématographique, sans aucune concession à l'égard d'elle-même. Elle pointe admirablement les diverses responsabilités. Son livre est de ce fait absolument essentiel. Autrement plus que celui de Yann Moix et plus facile à lire que celui de Lola Lafon pour ne citer que des ouvrages récents sur ce thème.
Rappelons le contexte. Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin "impérieux" de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une (très grande) partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
"Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre", écrit-elle en préambule de ce récit libérateur, qui coule trente ans après les faits comme s'ils avaient eu lieu hier.

On y est. Sans voyeurisme. Avec une empathie bienveillante à l'égard de la jeune fille. Le lecteur ne peut que souhaiter que la loi permette sans tarder davantage de punir les auteurs de telles abjections sans continuer à abuser d'une impunité inacceptable sous prétexte de prescription. Il va de soi que le pluriel s'impose dans chaque dossier car l'acteur principal agit toujours grâce à la complaisance de plusieurs complices, qui le sont par perversion, par omission, par faiblesse ou par intérêt réciproque.

La chose est de notoriété publique alors je peux bien y faire référence. Je pense notamment à Christophe Girard, l’ancien collaborateur d’Yves Saint Laurent (qui à ce titre avait négocié le paiement des frais de Gabriel Mazneff installé dans un hôtel avec Vanessa). Devenu adjoint à la culture du maire de Paris, il avait fait pression en 2002 pour que l'écrivain obtienne une allocation annuelle à vie du Centre National du Livre, un privilège rarement attribué, perdu récemment … on en est presque soulagé. Quant à l'adjoint à la culture, il a démissionné suite à la révélation de sa proximité avec Gabriel Matzneff, et une accusation d’abus sexuels. Mais il sera resté près de vingt ans au plus haut des marches de la mairie de Paris.

Vanessa Springora a structuré son témoignage en six chapitres :

  1. L'enfant. On y découvre avec effroi combien  et comment toutes les conditions (sous-entendu de l'emprise) sont réunies : Un père aux abonnés absents qui a laissé dans mon existence un vide insondable. Un goût prononcé pour la lecture. Une certaine précocité sexuelle. Et, surtout, un immense besoin d’être regardée (p. 35).

  2. La proieTout est admirablement consigné et je suis surprise de la précision des détails. En quelques mots Vanessa nous fait vivre l'entièreté de la situation. La perversité du prédateur, que fort aimablement elle ne désigne que par son initiale, se révèle avec encore plus d'intensité.

  3. L’emprise. Elle analyse aussi parfaitement (p. 85) quel type de fascination G exerce à l’égard de la gente féminine tout en suscitant des réactions de déroute dans l’univers masculin. Elle n’oublie pas de faire référence aux lettres de dénonciation de leur relation. Néanmoins étant anonymes elles auront (p. 112) un effet inverse : "Ces menaces successives ont cristallisé notre amour". Bien entendu cela alimente leur goût commun pour le romantisme. Néanmoins, et elle a raison de le souligner, "A 14 ans, on n'est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n'est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit. (...) De tout cela j’ai conscience, malgré mes 14 ans, je suis pas complètement dénuée de sens commun. De cette anormalité, j’ai fait en quelque sorte ma nouvelle identité.
    À l’inverse, quand personne ne s’étonne de ma situation, j’ai tout de même l’intuition que le monde autour de moi ne tourne pas rond".

  4. La déprise."Non, cet homme n’était pas animé que des meilleurs sentiments. Cet homme n’était pas bon. Il était bien ce qu’on apprend à redouter dès l’enfance : un ogre (p. 130). Et plus loin elle pointe une violence sans nom.
    Elle se défait de ces liens presque seule. Quelque soutien d’un camarade. Rien de la part de sa mère, inconsciente au nom d’un idéal post-soixante-huit-tard qui n‘horrifia que Denise Bombardier. Très vite la jeune fille est déscolarisée et sa famille ne réagit pas.
    Quand elle annonce qu’elle a quitté G, sa mère restera d’abord sans voix, puis lui lancera d’un air attristé : "Le pauvre, tu es sûre ? Il t’adore !"

  5. L’empreinte

  6. Ecrire

Le processus de manipulation psychique est implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse. Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque qu'on espère révolue, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité qu'il faut lui aussi condamner. 

Le consentement de Vanesa Springora, chez Grasset, en librairie depuis le 2 janvier 2020
Prix des lectrices de ELLE

samedi 9 janvier 2021

Visite de l'atelier de Laurence Moussel, artiste peintre

Vous devez crouler sous les invitations à voir un film, à lire un document numérique … Et vous devez regretter que les expositions vous soient interdites d'accès.

Je vais vous proposer une alternative pour découvrir le travail d'une artiste que j'ai à coeur de faire connaitre. C'est une balade artistique qui vous fera naviguer en Mer d'iroise (c'est le titre de l'oeuvre qui illustre cette publication) en suivant ce lien.

Une fois sur la page, en haut à droite : "lire", puis, "lire depuis le début". Faire pause quand il y a du texte.

Vous allez entrer dans la galerie de Laurence Moussel pour découvrir son univers, ses nouveautés, ses petits dessins, ou des plus grands, ses peintures, ses fusains, piocher des idées de cadeaux pour vos amis, votre famille, ou juste pour vous !

Si vous avez un coup de coeur, sachez qu'elle peut se déplacer vers chez vous ou ailleurs pour vous montrer un ou plusieurs tableaux (ou dessins) en vrai, une sorte de mini-expo dans la rue, sans aucune obligation évidemment. 

Elle peut aussi expédier par la Poste.

Si je vous parle aujourd'hui de cette artiste c'est parce que je la connais depuis, je n'ose dire le nombre d'années. Vous pourrez lire le "portrait" que j'ai fait d'elle et qui figure en bonne place au milieu de la balade virtuelle que vous allez faire. Ce texte ne date pas d'hier mais il reste très juste. Un de ses tableaux illumine mon salon. Autant vous dire qu'elle habite un peu chez moi.

N’hésitez pas à diffuser le lien autour de vous, et à lui écrire. Son adresse mail et son téléphone sont en dernière feuille de ces Fenêtres ouvertes, virtuelles mais authentiques. Ne cherchez pas Laurence sur Facebook : elle n'y est pas. C'est au pays des poissons, de la lune, des marées et des corbeaux... qu'elle s'évade le plus souvent possible.

2021 sera marqué avec cette artiste par de la douceur, de la légèreté, des couleurs, des émotions, de belles découvertes … Souhaitons que bientôt nous nous retrouverons derrière les portes de son atelier d'Antony (92).

vendredi 8 janvier 2021

Chavirer de Lola Lafon, chez Actes Sud

Lola Lafon s’intéresse à l’ambivalence. Elle explore dans son dernier livre (je cite son éditeur) :  les systèmes de prédation à l’aune de la fracture sociale et raciale, Lola Lafon propose ici une ardente méditation sur les impasses du pardon, tout en rendant hommage au monde de la variété populaire où le sourire est contractuel et les faux cils obligatoires, entre corps érotisé et corps souffrant, magie de la scène et coulisses des douleurs.

J'ai le sentiment que le sujet est en ce moment au centre des préoccupations littéraires. Que de livres publiés sur ce thème du "consentement".

Chavirer promet de faire la mise au pont sur la trajectoire de Cléo qui, à  treize ans, vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, avant de se voir un jour de l'année 1984 proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes.

La jeune femme réalisera pour partie son objectif. Elle deviendra danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990. Bien plus tard, en 2019, un fichier de photos est retrouvé sur le net. La police lance alors un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation.

Cléo comprend alors seulement que son passé revient la saisir à la gorge et qu'il va lui falloir affronter son  double fardeau de victime et de coupable.

Chavirer suivra les diverses étapes de son destin à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent. Son visage semble flotter sur la couverture, se noyer peut-être en évoquant le regard de Virginai Woolf, juste avant qu'elle ne remplisse ses poches de cailloux et avance dans l'eau sombre.

D'aucuns y surprendront l'image floutée d'une vérité qui se refuse à apparaitre nettement. Je me suis constamment demandé si l'auteure connaissait la chanson éponyme d'Evie. Tout au long de ma lecture résonnait la voix de la chanteuse qui me fredonnait Lola par ci, Lola par là …

Les faits sont racontés sur trente ans comme une énigme par les gens qui ont croisé Cléo. Le roman a l'intérêt de décortiquer comment quelqu'un peut se trouver sous emprise et cette fiction permet d'éclairer le mouvement meetoo. Il est utile de témoigner que ce ne sont pas que des vedettes qui ont fait l'objet de prédation. Ici c'est une jeune fille tout à fait modeste, qui s'exprime avec simplicité, sans savoir par exemple qu'on ne dit pas ramener du café mais rapporter.

A 13 ans, sept mois, Cléo était envahie de ce monologue connu d’elle seule dès lors que les bruits du quotidien cessaient, les volets fermés, ses parents couchés : le manège grinçant d’une ferraille de mots sans personne pour y mettre fin, personne pour reprendre le récit à zéro et examiner posément les faits, l’absoudre ou alors la condamner (p. 84).

Enfin, et ce n'est pas un de ses moindres intérêts, il lève le voile sur les coulisses de la danse dans les années 90, en l'occurrence du modern-jazz, qui apparait comme un art modeste et sans gloire, pourtant si exigeant à l'égard de corps sans arrêt évalués et jugés jusqu'à ce que résonne le verdict d'une date de péremption.

On comprend au fil des pages l’ampleur des souffrances et des renoncements, pour seulement quelques minutes de paillettes. L’auteur décrit les souffrance infligées au corps des danseuses, les ecchymoses, les articulations douloureuses, un vrai martyr avec des mots absolument terribles. On mesure le prix de ce que le personnage désigne sous l'expression de "sourire contractuel", une contrainte, ou une discipline, que je n'ai jamais réussi à m'imposer soit dit en passant.

J’ai beaucoup accroché au personnage de Lara et à celui de l’habilleuse Claude (chapitre 6), une profession dont on parle peu et je me suis passionnée pour ce travail. Egalement à Jonas qui est l’inverse de Cléo, en ce sens qu'il n’est pas "indiscutablement français". Et qui lui aussi ne veut pas parler de quelque chose, sa judaïté. Les pages 101 et suivantes sont bouleversantes.

Ce que l'auteur nous enseigne sur l'étymologie de pardonner à propos de la fête de Kippour est intéressant (p. 106). Cléo connaissait-t-elle l’origine du mot "pardonner" ? Il se composait de donner (donare) et de complètement (per), c’était un acte d’abnégation total que de pardonner. De renoncer à faire payer l’autre pour ce qu’il avait fait. Même si le passé, bien sûr reste irréversible.

Un peu plus loin, on comprend au final que rien ne sera pardonné mais tout sera oublié (p. 230).

La multiplicité des focales brouille cependant notre analyse. C'est peut-être intentionnel. S'exprimant à Lara, Cléo affirme : je ne souffre pas de ce qu’on m’a fait, je souffre de ce que je n’ai pas fait, je ne suis victime de rien (p. 196). Cette manière de procéder nuit cependant un peu à la chronologie. De même que la longueur des phrases, pleines de mots qui tombent comme des scalpels sur un corps qu’on autopsie. Lola Lafon assemble les pièces d’un puzzle fait d’un bois sec dont les échardes s’infiltraient partout, dans le moindre interstice de silence, de repos. Cleo baignait dans une peur liquide, elle s’y noyait (p. 85).

Si la variation des points de vue est intéressante elle a fini par me perdre dans le flot des 300 pages. En effet, et c’est tout à fait logique, la puissance avec laquelle chaque protagoniste relate les faits est inégale et varie en fonction de l'un ou de l'autre.

Chavirer de Lola Lafon, chez Actes Sud, en librairie depuis le 19 août 2020
Livre lu dans le cadre du Prix des lecteurs d'Antony 2021

jeudi 7 janvier 2021

Le bonheur est au fond du couloir à gauche de J.M. Erre

Le bonheur est au fond du couloir à gauche. Ce n’est pas moi qui le dit mais J.M. Erre dans un roman qui, initialement devait paraître le 2 avril 2020 chez Buchet-Chastel et dont j’avais eu la chance d’avoir entre les mains des épreuves, certes non corrigées, et qui m'étaient parvenues juste avant l’alerte générale de confinement.

La date initiale de sortie a été repoussée à janvier 2021, mais voici ce que j'en aurais écrit si elle avait été maintenue. Je le précise pour re-situer certains propos de cette chronique dans leur contexte. Par ailleurs une nouvelle date de rencontre avec l'auteur étant prévue dans le courant du mois chez Babelio (bien que la date soit repoussée plusieurs fois)  il se pourrait que je mette ultérieurement cet article à jour .

Je m'étais précipitée il y a un an pour le lire parce que je devais (déjà !) rencontrer l'auteur. Comme vous vous en doutez, cette soirée fut annulée et je n'ai pas encore eu le bonheur de discuter avec lui.

Je veux souligner d’abord que les livres qui font rire sont extrêmement rares déjà en temps habituel. Peut-être que nous aimons être secoués par des histoires qui nous prennent aux tripes et que peut-être aussi il est difficile aux auteurs de manier l’humour avec intelligence. A cet égard je rappelle combien était réussi le livre Feel good de Thomas Guntzig.

Toujours est-il que J.M. Erre parvient tout autant à nous faire rire (et dieu sait que c’était utile et précieux pendant le confinement) qu’à nous faire réfléchir sur l’absurdité de nos comportements. Nous avons des excuses : il est vrai que le gluten, le lactose et les fake news ont de quoi nous affoler.
Enfant morose, adolescent cafardeux et adulte neurasthénique, Michel H. aura toujours montré une fidélité remarquable à la mélancolie. Mais le jour où sa compagne le quitte, Michel décide de se révolter contre son destin chagrin. Il se donne douze heures pour atteindre le bien-être intérieur et récupérer sa bien-aimée dans la foulée. Pour cela, il va avoir recours aux pires extrémités : la lecture des traités de développement personnel qui fleurissent en librairie pour nous vendre les recettes du bonheur...
La citation qu’il place en exergue résonne cruellement : N’ayez pas peur du bonheur ; il n’existe pas ! Une phrase tirée du roman de Michel Houellebecq, Rester vivant. C’est bien ce qu’on se souhaite aujourd’hui tous : rester vivant va devenir le bonheur ultime.

Le narrateur s'appelle Michel H, cela peut-il être un hasard ... ? Il nous fait part très vite d'un mauvais pressentiment. Je sentais que quelque chose clochait. Je flairais le piège. Je soupçonnais que c’était un aller sans retour et que j’allais le regretter (p.10).

Rien à voir avec le Coronavirus mais alors que j’ai lu ce livre en étant confinée (je m'étais isolée en février 2020 plusieurs jours avant l’annonce de la mesure) je peux vous dire que je ne cessais d’y penser.

samedi 2 janvier 2021

Réveillon avec Christelle Chollet

Gloire à vous si vous respectez les consignes et que vous passez le réveillon du 31 chez vous. Ce n'est pas une raison pour le vivre tristement. J'étais ce soir-là avec Christelle Chollet grâce au Live Streaming programmé à 20 h 30 depuis le Théâtre de la Tour Eiffel (Tarif unique 10 €).

L'humoriste avait promis de faire un Best-Of de tous ses spectacles, de l’Empiafiée à N°5 de Chollet ... en attendant d'aller l'applaudir "pour de vrai" dans ce joli théâtre où j'avais apprécié un Tour du monde… et où son cinquième spectacle devait reprendre début novembre 2020.

Il se trouve que je ne voulais pas braver le couvre-feu et que donc j'étais disponible le 31 décembre pour voir le spectacle, même si via Internet le plaisir ne serait pas le même. J'avais tout de même anticipé qu’avec une artiste comme elle ce serait plus facile de supporter la distance que pour les pièces de théâtre qui nous sont proposées en virtuel. J’avais envie de soutenir cette initiative. Voilà comment je me suis installée face à elle dans mon fauteuil après avoir lancé le lien internet personnel qui me permettait d'assister au spectacle depuis mon ordinateur, (mais j'aurais pu tout autant utiliser une tablette, un smartphone ou la télévision) en respectant son injonction : "On fera ça chez vous, parce que chez moi c'est pas possible!"
Christelle aura rempli son contrat, en nous offrant avant-hier, quelques moments de félicité à travers un spectacle marqué par la spontanéité, sans rien concéder au sérieux.

Elle s'était défendue de reprendre des grands succès d’Edith Piaf mais .... comme on dit, chassez le naturel ...

Il y eut aussi ce medley de musiques publicitaires dont tant d’entre nous se souviennent. Le Qu’est-ce que tu bois doudou dis donc pour une boisson aromatisée aux fruits, les collants Dim, Findus, le petit train accompagnant une livraison de café en grains ... et la chanson Ricoré pour ceux qui ne consomment pas de caféine.

On aura appris que lorsqu’elle était adolescente elle appartint à un groupe de hard-rock sans renoncer aux mélodies de Guy Béart.

Elle ne ressemble que vaguement à Mylène Farmer mais elle est assez épatante en reprenant Sans contrefaçon avant de se lancer dans une pseudo Masterclass de claquettes dont elle nous confie le secret (bruiter la danse avec des claquements de langue) pour l’interpréter avec n’importe quelles chaussures. Elle n’impressionne pas le bouledogue qui traverse alors nonchalamment la scène.

Comme nous, la chanteuse reconnaît que les rues lui manquent, particulièrement quand elle pense à La boite de jazz de Michel Jonasz.

Il y aura un bref moment que je ne validerai pas : la voir lamper le champagne au goulot. Même si le geste s’accorde avec sa reprise d’une chanson d’Amy Winehouse. Il ne fallait pas louper sa version de Vierzon de Jacques Brel. Aucun doute que la petite blonde en a sous le capot ! On a envie de la suivre quand elle nous intime l’ordre : "Chauffez chez vous !"

Elle est chanteuse, mais aussi humoriste. Sous couvert d’un hommage aux grands de la chanson que furent les Compagnons elle revisite Les trois cloches en les personnifiant sous les traits de Macron/Casteix et Véran. Elle enchaine ensuite avec une version customisée de Comme d’Habitude. Elle ose tout, du blues de la dame-pipi ou une parodie de Véronique Sanson.

Rien, la môme ne regrette rien. Et surtout pas le cadeau que son mari lui a offert pour Noël, un auto-tunnel qui fait la voix de petit robot qui pleure. Et la voilà qui balance un coach de The Voice qui l’utilise. Elle assure avec La boulette de Diam’s qu’on entend toujours avec grand plaisir invoquer la génération nan-nan. Mais c’est encore avec We will rock you qu’elle est la plus bluffante avant d’enchaîner sur un autre grand succès de Piaf, un Padam-Padam lui aussi très rythmé.

Sa voix grimpe dans les aigus pour un Mistral gagnant a capella. L’heure est passée très vite. Il est temps de féliciter les musiciens, en sollicitant Mathieu à la régie pour qu’il lance de faux applaudissements puisque nous ne sommes pas sur place pour faire du bruit, mais ce moment reviendra.

Christelle Chollet est superstitieuse comme la plupart des artistes. Alors elle n’osera pas souhaiter une bonne année. Mais elle aura brillamment démontré combien The show must go on. On se quittera avec Cette année-là dont elle a enregistré auparavant une version bien à elle, en compagnie de son chien.
Espérons que bientôt nous pourrons aller la voir en chair et en os au Théâtre de la Tour Eiffel ! Cette fois le show ne sera pas "rien que pour nous" mais on aime cette artiste épatante et on peut la partager. Je suppose que rien ne sera tout à fait comme avant et que son N°5 n'en aura que davantage de parfum, enrichi de nouveaux 
sketchs, tubes, et improvisations.

vendredi 1 janvier 2021

Commençons avec des voeux

L'année dernière, j'avais photographié cette plante emblématique des fêtes de fin d'année, qu'on appelle Nochebuena au Mexique car là-bas ce n'est pas le sapin, dit arbre de la nativité (árbol de Navidad) qui symbolise Noël dans les maisons, bien que la mode soit en train de grandir.

L'Euphorbia pulcherrima est une euphorbe arbustive originaire d'Amérique centrale et du sud du Mexique, région dans laquelle elle peut atteindre 4 à 5 mètres de haut. On l'appelle Poinsettia en France.

J'avais souhaité la bonne année depuis ce bout du monde où il me semblait alors naturel de me promener. Aujourd’hui ma fille et toute la famille mexicaine y sont encore. Moi pas. Moi plus. La perspective d’un retour s’estompe de semaine en semaine. En espérant retrouver ce coin de ciel bleu je forme des vœux pour que la vie réunisse encore ceux qui s’aiment. Je sais bien que vous êtes nombreux à vivre semblable déchirement. Take care !

L'association du gris au jaune exprime un message positif et intrépide. En apportant de la chaleur et de l’optimisme sans renier l’aspect pratique et la pérennité je veux bien croire que ces deux couleurs vont favoriser la résilience. Vous allez les voir partout dans les magazines de décoration. Les voici en avant-première ... avec mes meilleurs vœux. 

Je ne vais pas lister ce que je vous souhaite. Il y a tant de priorités désormais.

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