mercredi 27 janvier 2021

Les mangeurs de ville – Paris de Frédéric Abergel

J’aime beaucoup le principe de ce petit livre faussement guide touristique que l'on peut facilement glisser dans la poche. Et j'apprécie énormément les éditions Nanika (que j’ai connues par la publication du formidable Quelque chose du Mexique dont j'avais reçu l'auteure, Morgane Desbrosses, sur Needradio (pour écouter, cliquer ) mais je dois dire que cet ouvrage me laisse sur ma faim.

Surtout parce qu’il manque la liste des lieux cités à la fin de l’ouvrage. D’autant que souvent l’auteur fait allusion à tel ou tel restaurant comme s’il était évident que son adresse était connue de tout le monde. Comme il s'agit du premier d'une série espérons que Nanika corrigera le tir.

Les illustrations de Fanny Liger sont réussies mais finalement extrêmement répétitives puisqu’elles sont identiques d’un chapitre à l’autre, seul le cadrage étant modifié. Leur style évoque tellement une carte de la région parisienne que j’aurais véritablement apprécié que les recommandations de Frédéric Abergel y soient marquées d’un numéro (renvoyant à la liste sus-demandée).

Comme lui j’adore marcher dans Paris et j’aime aussi manger. J’ai donc été évidemment très sensible à ce qu’il commence par la banlieue puisque c’est là que je vis. A fortiori par l’Etoile du berger que je connais très bien. J’y ai fait plusieurs reportages. Les voici tous. Par contre, et là je suis déçue, je ne trouve que le nom de cette boulangerie pâtisserie de grande qualité, et une seule petite indication à propos de son chausson aux pommes géant que d’ailleurs je n’ai jamais remarqué en rayon.

Ce que j’aurais aimé c’est qu’il dise la gentillesse de l’accueil, cette manière que le personnel a de faire goûter les pains à toute heure, le plaisir que l’on peut avoir à prendre un café sur le trottoir pavé, face à l’église, à deux pas du Jardin des Félibres, un endroit secret où le marcheur peut se reposer en toute quiétude avant de s’élancer à l’assaut de la capitale.

Son second arrêt propulse le voyageur très loin, porte Dorée, à l’autre bout de Paris, ce qui représente une sacrée trotte, surtout pour quelqu’un qui se qualifie de gastéropode. Pas étonnant qu’il ait soif, envie d’un diabolo menthe qui est, je le consens, une vraie boisson rafraîchissante. Mais je n’ai pas très bien compris où il allait le commander ni les spécificités du lieu où il le boirait. En tout cas, pour ma part, porte Dorée je recommande Stéphane Vandermeersch, pape du kouglof et de la galette … des Rois. Et ça ne se discute pas. Vous pouvez même vous y rendre de ma part.

Nous zigzagons pour effectuer un troisième arrêt, cette fois dans le quartier de l’Opéra et, nouvelle incongruité, on nous promet un "mauvais restaurant", ce qui fait que l’auteur nous en suggère un autre, rue Montmartre ou encore rue Dauphine, dont hélas, deux fois hélas, il ne donne pas les coordonnées précises.

Pourquoi arpente-t-il le bois de Boulogne ensuite puisqu’il nous dit, je le cite page 35, le bois de Boulogne me pèse. Ce chapitre là, le quatrième, se lit plutôt comme une nouvelle. On y apprend à la toute fin que le titre de l’ouvrage est emprunté à un autre Frédéric, …Dard. À nous de chercher la référence. Il y en tant de possible ! Pour ma part j'aurais bien vu un arrêt spécial à Montmartre, précisément chez Plumeau (car l’écrivain prolixe a publié Va donc m'attendre chez Plumeau, et aussi, mais ceci est très personnel, mon père se moquait de quelqu’un qui était incapable de donner une adresse précise en disant Autant aller chez Plumeau, vous imaginez ma surprise quand j’ai découvert que l’endroit existait pour de vrai).

Ce fut une énorme surprise également de trouver une référence à Exki (arrêt 7) quoique j'approuve l'intérêt de cette chaîne que là encore je connais plutôt bien, jugez-en.

Suis-je stupide pour n’avoir pas bien compris ce qu’était (p. 57) un OLOE par excellence, surtout par excellence et je suis étonnée aussi de remarquer que finalement il termine en faisant référence à Cojean. L'OLOE serait un lieu de lecture et d'écriture fondamentale mais l'acronyme reste mystérieux, même avec le secours d'un moteur de recherche qui n'en trave que dalle comme l’aurait jugé San Antonio.

On avait commencé par une boulangerie. On revient dans d’autres à l’arrêt n°9 en nous baladant entre plusieurs spots pour finir par nous recommander Circus Bakery sans nous indiquer où l’endroit se situe. Et pour une fois, je ne sais rien de plus. Il est logique ensuite de vouloir avaler un burger, prétexte à un dixième arrêt mais, on commence à en avoir l’habitude, ce n’est qu’à la toute fin de ce petit chapitre que l’auteur conseillera finalement autre chose, un Fish and Chips, celui de Mersea, sans en donner la référence, vous pouvez vous en douter, mais moi je vous la livre, allez soit 6 rue du Faubourg Montmartre, soit à Beaupassage qui est depuis trois ans le havre  gourmand du septième arrondissement, idéal pour faire un break dans cette longue déambulation suggérée par Frédéric Abergel.

L'écrivain refuse même parfois carrément (p. 91) de donner l’adresse et avoue désirer la conserver secrète.
Et quand il parle de sandwich (arrêt 13) il termine en conseillant le méditerranéen… de l’Etoile du berger ! Allez, je vous le dis, parisiens, pas besoin de pousser jusqu'à Sceaux. Le patron s'est implanté aussi 56 rue Saint-Placide, dans le 6ème arrondissement, à deux pas de La Grande Epicerie, caverne d'Ali Baba pour les explorateurs gourmets.

Et quand il indique le Banh Mi (p. 105) qu’est-ce que ç’aurait été gentil d’expliquer l'origine de l'expression. Ce sandwich emblématique de la cuisine vietnamienne doit son nom à la déformation de pain de mie. La colonisation a laissé des traces culinaires. Il parle 2-3 fois du Vieux campeur, un établissement bien connu des marcheurs et de tous les sportifs mais là aussi sans préciser qu'il est implanté rue des Ecoles. Pas besoin d'avoir le numéro, il occupe une grande portion du quartier.

On finit par comprendre que notre homme fait le tour de toutes les formes possible de sandwichs ou de plats express. Il était donc logique qu'il fasse allusion au Bo Bun. Je vous dirai que ma préférence va à celui du Petit Cambodge, 20 rue Alibert, que j'ai connu bien avant les événements tragiques dont il fut le théâtre, mais vous pourriez presque aussi bien le commander à deux pas, au Cambodge, 10 avenue Richerand, c'est quasiment la même maison, et je vous donne même la marche à suivre pour le faire chez vous.

Je vais arrêter mes critiques. Vous risquez d’estimer que Ça tourne au vinaigre (publié en 1983) ou que mes annotations valent leur pesant de cacahuètes (1965). Et ce ne sont que de piètres exemples empruntés à la prose de Dard. Vous l’aurez compris, ce petit ouvrage se lit avant tout comme une sorte de poème sans y chercher de recette ou de bonnes adresses. Savourez-le comme un rêve.

Il se révèle au final un petit guide fort sympathique qui m’a mise en appétit et qui va me pousser à écrire ma version sans doute beaucoup moins littéraire mais plus gustative, et que j'enrichirai des bonnes adresses du chef Fred Chesneau (que j'ai presque toutes testées et qui sont irréprochables). L’ennui comme toujours avec ce type d’opuscule c’est qu'il résiste peu ou mal à l’épreuve du temps.

Et pour aller plus loin sans se fatiguer je suggère le vélo.

Les mangeurs de ville – Paris de Frédéric Abergel, Illustrations de Fanny Liger, éditions Nanika

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