mardi 30 avril 2019

Rapport pour une académie au Théâtre La Croisée des Chemins

On est venu voir le cirque (…) des ritournelles et les pleins feux et je deviens moi le clown (… ). Je vois briller des étoiles dans les yeux des petits-enfants.

Ce spectacle est construit comme un flash-back, en commençant presque par la fin, symbolisée par les saluts qui ponctuent une bande-son très figurative et intelligemment évocatrice du contexte dans lequel on peut inscrire le spectacle, comme la chanson de Joséphine Baker j’ai deux amours (créée en 1930, quelques années après la mort de Kafka).

Le "comédien" retire ses gants, sa collerette, son chapeau. Il balance son costume de scène pour réapparaitre en peignoir. Il a tombé le masque et s'adresse à l'auditoire en parlant avec sourire et humilité, pour conter sa métamorphose depuis sa capture par le Cirque Hagenbeck en adoptant une posture respectueuse qui pourrait laisser entrevoir un brin d'ironie : Il  n’y a rien à cacher. Vous me faites l’honneur de m’inviter à soumettre à l’académie un rapport sur ma vie passée de singe. Je dois dire qu’il n’y avait rien qui m’attirait franchement chez les humains. Je ne voulais pas la liberté. Seulement seulement une issue. Personne ne m’a promis que si je devenais comme eux on me libérerait de mes fers.

Notre intérêt est piqué au vif. Pourquoi donc a-t-il accepté de devenir humain ... s'il l'est vraiment ... ?

Je suis originaire du Ghana. Enfermé dans les premiers moments de ma vie dans une caisse aux planches jointes, sauf un interstice. Les circonstances de ma capture ne me sont connues qu’à travers le récit d’étrangers. J’étais dans une cage. (...) Il n’y avait pas d’issue. C’était facile d’imiter les humains. J’ai décidé d’arrêter d’être un singe.

Il nous le dit comme s'il s'agissait d'une évidence. Il sera question de liberté (ou du refus d'en parler) à plusieurs reprises et c'est un des sujets sur lesquels le spectacle nous amène à réfléchir : Les hommes se mentent trop souvent en parlant entre eux de liberté.

Les réminiscences des vieux cirques affleurent et s’impriment en filigrane sur les murs du théâtre. La parade des "freaks" n’est pas lointaine...Ainsi que la danse cruelle et sans concession des clowns blanc et des augustes. La loge de l'artiste révèle les traces des zoos humains des cirques Hagenbeck, Barnum et Wallace. Les grilles métalliques et Les dorures suggèrent la mémoire de "shows" à l'instar de ceux du clown qui s'appela Chocolat et auquel Roschdy Zem consacra un superbe biopic en 2016.

Je me sentais à l’aise, et de mieux en mieux intégré dans le monde des hommes. Ils savaient bien que nous combattions tous les deux du même côté contre la nature simiesque. Partir à l’aventure c’est exactement ce que j’ai fait (puisqu'il n’avait pas d’autre issue).
Le rapport à l'alcool en dit long sur la pseudo liberté du personnage. Et quand il rentre dans sa cage à la fin j'ai pensé un instant alors à la superbe Complainte du phoque en Alaska, de Robert Charlebois, que j'entendais dans ma tête. Comme chacun s'illusionne !

Le dispositif scénique, conçu par Stefano Perocco di Meduna fonctionne très bien pour situer le personnage dans l'atmosphère des coulisses d'un théâtre autant que d'un cirque. Les costumes de Joëlle Loucif vont dans le même sens et le travail de masques est remarquable.

Vincent Freulon a assuré la traduction et l'adaptation, qui sont assez indissociables pour nous alerter sur l’ambigüité de la représentation qui conditionne une certaine vision de l’Autre. Car enfin n'aurait-on pas assisté à un exercice consistant à singer la singitude?

Mahmoud Ktari assume ce rôle difficile parce qu'il doit se maintenir constamment sur le fil. Il le fait avec sensibilité et authenticité sous la direction de la metteure en scène Khadija El Mahdi.
Rapport pour une académie
D’après la nouvelle de Franz Kafka
Adaptation et traduction originales Vincent Freulon
Mise en scène Khadija El Mahdi
Interprétation Mahmoud Ktari
Décors Stefano Perocco di Meduna
Costumes Joëlle Loucif
Lumières Michaël Baranoff
Affiche Antoine Lhonoré-Piquet
Du 26 janvier au 4 mai 2019
Les samedis à 19h30
Au Théâtre La Croisée des Chemins- 43 rue Mathurin Régnier - 75015 Paris
Puis dans le Théâtre avignonnais de La Croisée des Chemins au 15-25 rue d'Amphoux au Festival off d'Avignon 2019

lundi 29 avril 2019

Le canard à l'orange mis en scène par Nicolas Briançon

Je n'avais pas pu voir cette comédie à sa création parce que j'étais en voyage à l'étranger. Je me suis rattrapée depuis et je dois dire que je comprends que ce Canard à l'orange soit aussi abondamment nominé aux prochains Molières.

Hugh Preston est un animateur-vedette de télévision, marié depuis 15 ans à Liz qu’il trompe avec de nombreuses maîtresses (mais cela on ne le saura que plus tard). Un vendredi soir, Hugh fait avouer à sa femme sa liaison avec un homme avec qui elle compte partir le dimanche matin suivant. Il lui offre de prendre les torts à sa charge, et de se faire surprendre en flagrant délit d’adultère au domicile conjugal avec sa secrétaire, ... en quelque sorte à condition que l’amant vienne passer le week-end à la maison pour soit-disant régler les questions du divorce. Il l'invite au cours d'un coup de fil totalement surréaliste.

Voici donc Liz (la femme), Hugh (le mari), John (l’amant), Patricia (la secrétaire de Hugh), plus Mme Grey (la gouvernante) et un canard récalcitrant, réunis pour un week-end au cours duquel Hugh, en joueur d’échecs qu’il est, va tout faire pour reconquérir sa reine.

Nicolas Briançon reprend le rôle après Jean Poiret et Michel Roux. Il signe aussi une mise en scène très efficace. Le décor (conçu par Jean Haas) évoque les faubourgs aisés de Londres. Cette comédie est brillamment interprétée par 5 comédiens qui sont tous nominés aux prochains Molières. Il n'y aura donc aucun jaloux alors que la pièce ne parle que de cela. Ils sont certes tous excellents, mais Alice Dufour est une vraie révélation ... à l'instar de François Vincentelli ... qui est son compagnon. Et Anne Charrier (formidable mère dans En attendant Bojangles) toujours parfaite.

Nicolas Briançon est doublement nominé, comme comédien et comme metteur en scène. Il a déjà reçu le Molière du metteur en scène d'un spectacle du théâtre privé en 2015 pour Voyages avec ma tante.
J'ai noté plusieurs répliques qui pourraient être cultes :
- Et combien de temps as-tu résisté ? 18 jours ! Bravo. A Hastings l’armée a capitulé en 12 heures.
- Quand as-tu eu le premier doute ? La première fois que je t’ai vue.
- Oui je comprends que ce soit humiliant d’être mariée avec un cocu.
- J’imagine les cerfs au-dessus des fougères.
Nous venons de faire un grand pas vers la lumière.

Hugues est plus rusé qu’un chef indien, faisant semblant de se préoccuper de l'invité (Attention à la marche !). Il promet d'être civilisé : Nous sommes des hommes modernes qui ne vont pas se battre, mais ce sera féroce.

Il rejoue avec Patricia le fameux sketch de Pierre Dac. Pouvez-vous me dire ?

Le public ne connaît guère de repos. Je vous fais grâce de l’histoire du pigeon. On rit beaucoup. Le texte date de 1967 mais les ressorts sont éternels, surtout quand le texte est joué par des acteurs qui "osent". Pour preuve voici la bande-annonce qui sera sans doute plus efficace que mes commentaires.



Le seul bémol auquel je me risque concerne le fond assez misogyne ... mais qui me semble indissociable de la majorité des comédies de boulevard (quoique des pièces comme Deux mensonges, une vérité ou La dégustation, en ce moment encore à l'affiche parviennent à bousculer ces codes). 
Le canard à l'orange de William Douglas Home
Adaptation Marc-Gilbert Sauvajon
Mis en scène par Nicolas Briançon
Avec Anne Charrier, Nicolas Briançon, Sophie Artur, François Vincentelli et Alice Dufour
Décorateur : Jean Haas
Costumier : Michel Dussarat
Lumière : Franck Brillet
Depuis le 22 janvier 2019
Au Théâtre de la Michodière
4 bis rue de la Michodière - 75002 Paris
Du mardi au samedi à 20h30
Matinées le samedi à 16h30 et le dimanche à 15h30
Molière 2019 du comédien dans un second rôle pour François Vincentelli

dimanche 28 avril 2019

Mademoiselle Molière de Gérard Savoisien, avec Anne Bouvier

Le jupon du mannequin s'éclaire avant l'ouverture du rideau de scène. On découvre alors Madeleine Béjart (Anne Bouvier, dont l'interprétation ira crescendo) en train de se maquiller tout en répétant son rôle, qu'elle peine à déchiffrer. Elle peste : Molière écrit mal mais il écrit bien. On perçoit clairement combien elle est admirative de son compagnon.

Ils ne sont pas mariés mais ils sont ensemble depuis vingt ans à la scène comme à la ville. Nous sommes en 1661, juste après le succès des Précieuses ridicules. Pour des raisons qu'il ne justifia jamais, Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673) a pris le pseudonyme de Molière. Il était fréquent à l’époque que les comédiens changent de nom pour épargner la honte à leur famille (l’Église catholique considérait les acteurs comme des êtres dépravés et leur refusait d’être enterrés dans un cimetière).

Madeleine assume son patronyme. Les Béjart sont depuis toujours une famille de saltimbanques et ont l'habitude de parcourir les routes de France. Jean-Baptiste, fils du tapissier du roi, appartient à la bourgeoisie parisienne. Le théâtre est sa vocation mais il semble avoir du mal à accepter le changement de condition sociale. Il rêve sans nul doute de la reconnaissance royale.

Le couple s'apprête à jouer devant le roi Louis XIV, chez Fouquet, à Vaux-le-Vicomte. Molière ne cache pas sa peur à Madeleine qui le rassure : Nous venons jouer ici, c'est tout. Il est probable que la pression était énorme. On sait tous (avec le recul de l'histoire) combien cette fête fut lourde de conséquences, heureuses pour lui, mais dramatiques pour Fouquet et surtout pour son cuisinier Vatel. Le dramaturge est fort énervé, jugeant la musique de Lully comparable aux piétinements d'un troupeau de boeufs. A-t-il vraiment dit cela ou est-ce le fruit de l'imagination de Gérard Savoisien l'auteur de cette Mademoiselle Molière ?

La demoiselle en question n'est pas Madeleine mais Armande. C'est la fille de sa maitresse. Il n'est que le "beau-père" et en est éperdument amoureux ... comme le sera plus tard Woody Allen de Soon-Yi Prévin, fille adoptive de Mia Farrow et de son mari à l'époque, le chef d'orchestre André Previn.

samedi 27 avril 2019

Dans les coulisses des musées. L’Agence Photographique de la RMN-GP à la Maison des Arts d'Antony (92)

La Maison des Arts a souhaité évoquer ce qui se passe dans les coulisses des musées et propose d’aborder une partie de ce que le public ne peut d’ordinaire jamais voir. Elle présente ainsi le travail des acteurs de l’ombre que sont les photographes professionnels de l’Agence photographique de la Rmn-Grand Palais chargés de photographier les oeuvres des musées nationaux dans leur mission méconnue qui existe pourtant depuis la fin du XIXe siècle.

Les photographes travaillent à l’abri des regards, entourés de leurs homologues du laboratoire chargés de réaliser les tirages des photographies et de restaurer les tirages anciens, ainsi que du nouveau pôle 3D qui est récent et qui vient d’être pérennisé.

On en perçoit l'intérêt dans la première salle du Rez-de-chaussée  avec deux oeuvres. Une reproduction du tableau de Gauguin intitulé Vairumati (peint en 1897) en 3D (bien entendu pas tout à fait à l'échelle parce que cela reviendrait à faire un faux).

On remarque que le tableau est semblable à l'original jusqu’à la plissure, la moindre craquelure. Cela pose la question sur ce que va devenir l’art mais ce mode de reproduction a plusieurs intérêts. Il permet de conserver une trace plus proche de la réalité qu'une photographie. Les visiteurs pourront être autorisés à toucher, ce qui sera particulièrement utile pour des publics malvoyants.

Dans une vitrine proche on remarque le scribe accroupi, qui est présenté au musée du Louvre, à l’échelle 1 parce qu'il n'y a pas de doute possible sur la nature de la pièce qui est une reproduction. Etant en résine, il est très léger et donc facilement transportable. C'est un avantage supplémentaire de la 3D de permettre à des oeuvres précieuses de pouvoir voyager, ce qui est interdit à des oeuvres originales trop fragiles. On pourrait aussi imaginer une mise en texture supplémentaire. 

De plus ce type de travail est de plus en plus utilisé par les créateurs de jeux vidéo historiques en facilitant l'incrustation de véritables œuvres d’art.

On poursuit l'exposition après avoir traversé un tirage photographique de la tenture de La dame à la licorne sous la forme d'un kakémono pour nous rendre dans la reconstitution d'un set de prise de vue. Ce travail démontre la qualité des photographies réalisées par l'Agence et créé un jeu entre les deux pans du tissu et l'ouverture de la tente représentée.

vendredi 26 avril 2019

Girls and Boys de Dennis Kelly avec Constance Dollé


Constance Dollé pourrait être la soeur jumelle de Caroline Vigneaux. Leurs deux spectacles parlent de domination masculine. Si celui de l'humoriste fait rire (tout en étant d'une certaine façon très sérieux), Girls and Boys est une tragédie.

Quand vous prendrez place sur les gradins vous remarquerez la comédienne en conversation avec quatre invités, qui sont des spectateurs presque ordinaires, ayant accepté quelques minutes plus tôt l'invitation du caissier du théâtre à suivre le spectacle depuis la scène. Ne vous préoccupez pas d'eux, ils n'auront rien à dire. Je peux témoigner. J'y étais.

Ce n'est pas la première fois que je regarde un spectacle en étant assise sur le plateau. Le dispositif est fréquent. Mais je n'avais pas imaginé que je resterais sous les feux des projecteurs durant toute la représentation, pendant une heure trente. Hors de question de tousser (ou alors vraiment discrètement, en s'efforçant de faire passer la crise avec le verre d'eau qui nous a été versé au début de la soirée), et encore moins de quitter le plateau.

Je ne regrette rien, bien au contraire. Cette expérience m'a permis de décupler mon attention et de vivre la soirée de l'intérieur, en immersion comme le promet le théâtre. L'interprétation de la comédienne est magistrale (je ne pourrai pas en dire autant de la mienne, ... aura-t-on remarqué combien chacun de ses 4 invités buvaient ses paroles, manifestant un maximum d'empathie ?).

Je n'ai pas eu l'occasion de discuter avec Constance Dollé par la suite mais j'ai lu qu'elle disait ne pas être tout à fait Constance la comédienne ni tout à fait le personnage à ce moment-là, qu'elle s'efforce d'avoir l’air détendue pour mettre à l’aise ses invités. Et qu'après, elle prend appui sur eux en fonction de ce qu'elle chope de leurs réactions. Et c'est vrai qu'à plusieurs reprises j'ai remarqué qu'elle s'adressait un bref instant à l'un ou l'autre d'entre nous, dans une forme de connivence, par rapport à nos professions ou nos passions dont nous avions brièvement fait le tour avant l'entrée du (vrai) public.

Curieux "seule en scène" donc que cette représentation. Avec autour d'elle deux femmes et deux hommes et puis la quasi présence de son ex-compagnon, avec qui elle a eu deux enfants auxquels elle s'adresse régulièrement. J'écris "elle", je devrais mentionner "le personnage" ... mes mots sont sans doute consécutifs à l'immersion, ou à la qualité de l'incarnation de la comédienne, qui mérite amplement pour cela sa nomination aux prochains Molières.

Aucun d'entre nous ne savait quand le spectacle commencerait réellement parce que nous étions absorbés par la conversation que nous avions à voix basse avec Constance Dollé alors que nous commencions à percevoir l'installation du public. Elle nous distribua une clémentine, nous versa de l'eau et remplit nos verres d'un (excellent) Saint Joseph ... que nous n'étions d'ailleurs pas obligés de boire.
Nous avons compris que les choses (très) sérieuses avaient définitivement démarré quand elle s'adressa à mon voisin d'une voix un tout petit peu plus affirmée pour lui dire : J’ai rencontré mon mari dans la file d’embarquement d’un vol EasyJet, je dois dire qu’il m’a tout de suite déplu.

jeudi 25 avril 2019

Des hommes couleur de ciel de Anaïs Llobet

On garde toujours quelque chose de ses racines et Alice a beau tout faire pour s’intégrer aux Pays-Bas, elle va comprendre amèrement combien son passé s'impose encore. Des hommes couleur de ciel pose plusieurs autres questions difficiles mais Anaïs Llobet le fait avec sensibilité et conviction.

Réfugié à La Haye, Oumar, un jeune Tchétchène, se fait appeler Adam, passe son baccalauréat, boit des vodka-orange et embrasse des garçons dans l’obscurité des clubs. Mais il ne vit sa liberté que prudemment et dissimule un pan de sa vie à son jeune frère Kirem, à la colère muette. Par une journée de juin, Oumar est soudain mêlé à un attentat qui advient dans son ancien lycée. La police est formelle : il a été commis par un lycéen tchétchène. Alice, professeur de russe, sait parfaitement qu’il n’y a qu’un seul élève tchétchène dans l'établissement, c’est Kirem et c’est son élève.

Ce livre, qui est le second roman d'Anaïs Llobet, m'a fait penser à Grand Frère, que j'ai chroniqué en janvier dernier et à L'incertitude de l'aube de Sophie Van Der Linden qui relatait le massacre dans un gymnase en Ossétie du nord le 1er septembre 2004.

Elle situe l'action à La Haye en 2017 mais les évènements sont (hélas) comparables. Elle ajoute une dimension supplémentaire puisque le secret inavouable ne serait pas d’avoir posé une bombe mais d’être homosexuel. Les policiers chargés de l'enquête ignorent ce contexte et feront fausse route dans leur enquête, pensant que le frère aîné a radicalisé le petit frère alors que le problème est ailleurs, dans l’homosexualité du grand frère. Parce que dans le pays où est né Oumar, il n’existe pas de mot pour dire ce qu’il est, seulement des périphrases : stigal basakh vol stag, un "homme couleur de ciel".

mercredi 24 avril 2019

Caroline Vigneaux croque la pomme

Quel tempérament ! Caroline Vigneaux défend la cause des femmes avec humour, pertinence et talent. C’est notre meilleure avocate ! Chacun de ses mots fait mouche.

Cette ancienne avocate (je pense qu'on reste dans l'âme avocat toute sa vie) ne fait pas d’effet de manche mais sa manière de tirer sur sa veste de smoking rouge signifie bien qu'elle ne va pas se laisser impressionner.

Elle a mis tout de suite les points sur les i en intervenant sur le message d’accueil du Grand Point Virgule : nous n'allons pas assister à un One-Man-Show mais à un One-Woman-Show. La précision est motivée par les 6023 années de domination masculine que les femmes subissent à cause de deux culs nus qui ont bouffé une pomme.

Le ton est donné. L'humoriste pratique le parler vrai, sans crainte de choquer et elle a raison. On passe en sa compagnie une soirée décoiffante. Il est probable que les trentenaires actuelles vont tomber de leur fauteuil et penser qu’elle fabule, ou qu'au minimum elle exagère. Pourtant non, inutile de courir vérifier ses propos à la BNF (elle semble y avoir mené ses recherches pour écrire le spectacle). Je suis sûre que tout est exact, ... et même pire encore.

C'est un coup de coeur absolu. Alors à partir d'ici soit vous me faites confiance et vous allez la voir. Je suis prête à recueillir vos doléances ... étant certaine qu'il n'y en aura pas. Soit vous avez besoin de preuves et je vais vous en donner, mais n'allez pas vous plaindre que j'en dise trop, même si, évidemment je ne raconterai pas tout. Et puis vous perdriez ses mimiques, ses intonations, ses chorégraphies ... et ses dialogues avec la salle car elle a l'art d'interroger les témoins que nous sommes de notre époque. Elle plaide le droit de toutes les femmes. Y compris celui de vieillir, sans pour autant  devenir débile.

Je ne vous donnerai que la définition féminisme : ça veut dire avoir les mêmes droits sur l’ensemble de la planète. On ne peut qu'être d'accord avec elle qui est femme, féministe, avocate : on frôle la perfection ... ce qui n'empêche pas l'humour, évidemment. Alors Wake-up les garçons !

mardi 23 avril 2019

Every stone should cry de Théo Mercier et [Apokatastasis] d'Erik Nussbicker au Musée de la chasse et de la nature

Le Musée de la Chasse et de la Nature fermera bientôt pour d’importants travaux d’aménagement du rez-de-chaussée et du second étage afin d’améliorer l’accueil du public, agrandir l’espace d’exposition et installer un espace de restauration.

D’ici là on peut encore découvrir deux expositions particulièrement intéressantes qui entrent en résonance avec le fonds permanent comme son directeur Claude d'Anthenaise aime le faire pour susciter notre réflexion. La réouverture aura lieu en octobre 2020 avec la présentation d'une collection de statuaires anciennes qui tient "dans la valise d’Orphée", dans une mise en scène de Damien Deroubaix en évocation à quelque chose de l’ordre d’une chapelle Sixtine.

Deux œuvres alertent le visiteur à son entrée dans la cour : un crâne d'Erik Nussbicker prêt à prendre son élan et une curieuse évocation d’un arbre à chats, en bronze, aux arêtes coupantes, qui de toute évidence ne peut pas en être un, ne serait-ce que par sa taille, davantage adaptée à une souris qu’à un félin. C’est une sorte d’amuse bouche de l’exposition dira l’artiste Théo Mercier avec humour ... et sérieux.
La relation à l’animal est centrale pour les deux artistes avec en outre une intention de relier le contemporain à l’art ancien.

Théo Mercier revient habiter les salles du musée de la Chasse et de la Nature, dix ans après y avoir fait sa première exposition personnelle. Son travail nous parle du rapport catastrophique que nous développons avec la nature ... avec tout ce que cela entraîne de rapports de pouvoir et de solitude. Sa démarche artistique s’accorde parfaitement avec la réflexion que le musée mène sur la manière de vivre autrement dans la nature... car il n'est pas consacré uniquement à la chasse, loin de là.

Nous remarquerons tout au long de la visite combien cet artiste tourne autour de la notion de cabinet de curiosités et sur le concept de collection.

lundi 22 avril 2019

Bronx avec Francis Huster dans la mise en scène de Steve Suissa

Le public est mis dans l'ambiance des années 60 par la musique de film d'une très belle bande son (qui démarre avec les premières notes de Moon river d'Henry Mancini) construite par Maxime Richelme et par les projections vidéo d'Antoine Manichon sur le fond de la salle.

Ça fonctionne parfaitement pour nous installer dans ce quartier new-yorkais situé au nord de Harlem, qui dans les années 60 était le fief de la mafia italienne. L'expression "c'est le Bronx" est encore synonyme de désordre même si depuis les années 90 l'endroit est devenu un des hauts-lieux de la culture hip-hop qui n'a plus grand chose à voir avec son passé tumultueux.

Mais à l'époque où Chazz Palminteri, qui est lui-même né dans cet endroit, situe l'action qui a été popularisée par Robert de Niro au cinéma avec Il était une fois le Bronx (1993) les rues étaient le théâtre de rixes quotidiennes entre groupes rivaux.

Même si on ne connait ni la pièce, ni le film, on s'attend à assister à ce qu'on appelle un numéro d'acteur. Certains sont même venus uniquement pour ça. Qu'un comédien de la carrure de Francis Huster se lance dans l'interprétation de dix-huit personnages suscite forcément l'intérêt. Et il est effectivement prodigieux pour réussir à être, avec autant de justesse, aussi bien un gamin de neuf ans qu'un (bon) père de famille ou un malfrat. Il joue sur tous les registres possibles en mettant en relief chaque nuance de caractère dans tous les personnages. C'est du grand art. Il faut dire que Francis Huster connait parfaitement ce rôle qu'il avait interprété au Théâtre des Bouffes Parisiens, déjà sous la direction de Steve Suissa, en 2012, mais dans un décor plus réaliste que celui de cette reprise.

C'est bien un gamin de neuf ans qui est sous nos yeux, assis sur les marches, toutes la journée, à regarder sa vie défiler, à nous raconter pourquoi et comment certains hommes de son quartier étaient si géniaux ... parce qu’ils avaient du talent et qu'ils s’en sont servi.

Comme le souligne le metteur en scène, Bronx est une histoire universelle sur l’enfance, l’importance de l’éducation, la transmission des valeurs qui vont nous donner la force de nous affirmer, tout ce qui nous prépare à la vie, à faire les bons choix, à ne pas gâcher son talent...

On remarquera après coup que -contrairement aux apparences- les points communs ne manquent pas entre le père biologique de Cologio, un chauffeur d'autobus pour qui la probité est la première valeur à cultiver, et Sunny, son père spirituel, un criminel que le gamin n'a pas dénoncé à la police.

Le quartier est en pleine ébullition. La mafia impose ses lois. Le racisme est puissant. Mais, en 1968, le monde est un gros pot de cookies et Sunny invite le jeune homme à en goûter chaque opportunité. Celui-ci hésitera perpétuellement entre le mode de vie qu'il peut espérer en intégrant le milieu des gangsters et celui de sa vraie famille, en cherchant constamment le compromis.

Le spectacle interroge les questions de réputation, entre devoir et honneur, et s'avère au final être une leçon de tolérance. Une fois adulte, l'enfant tirera les leçons du passé et comprendra que si on ne peux pas changer les gens, il faut les accepter, c’est tout.

La mise en scène et la direction d'acteur de Steve Suissa sont justes et efficaces, jouant de son acteur fétiche comme d'un instrument capable d'être juste sur tous les registres, le drame bien entendu mais aussi l'humour ... avec par exemple un test de la portière qui est fort savoureusement interprété.

Bronx, de Chazz Palminteri
Adaptation Alexia Peromony
Mise en scène Steve Suissa
Décor, Jean Haas
Son et musique, Maxime Richelme
Lumières, Jacques Rouveyrollis
Images, Gad Bensimon
Vidéo, Antoine Manichon
Avec Francis Huster
Du 16 Avril au 7 Juillet 2019
Du mardi au samedi 21h, dimanche à 15h
Relâches les 24 et 30 avril, 4, 10, 11, 14, 18, 21, 25, 26 mai, 27 juin et 4, 5 juillet
Texte édité par L’avant-scène théâtre dans la collection des Quatre Vents

dimanche 21 avril 2019

Sans compter la neige de Brice Homs

Il n’y a pas de saison pour les souvenirs. Le livre de Brice Homs est sorti à la rentrée 2019. Tel un poisson, son personnage Russel Fontenot remonte le fleuve de ses souvenirs tout en suivant la route qui devrait le conduire de Washington à Charlottesville où sa compagne s'apprête à donner naissance à leur premier enfant..

Devenir père le bouleverse, et c'est bien normal quand on devine combien il n'est pas encore en paix avec ses origines. Le lecteur va progressivement comprendre que les choses ne sont pas ce qu’on croit. Les choses ne sont même pas ce qu’on en voit (p. 172). Le frenchie Boy semble avoir une espèce d’infirmité qui l’empêche de voir les choses comme elles sont (p. 71) et devra in extremis à un aveugle de lui ouvrir les yeux ... alors qu'il risque de se perdre dans la neige, après avoir brutalement bifurqué (p. 107) presque à son insu, sans avoir eu l’impression de prendre une décision ou quoi que ce soit, en laissant juste ses mains droites sur le volant et en continuant sur l’autre route.

Le trajet se déroulera entre trois heures trois de l'après-midi et dix heures dix du soir. Russel Fontenot aura le temps de se confronter, au fil des rencontres, à ses années universitaires, comme le ferait ce qu'on appelle un "roman de campus" (ou campus novel), un genre dont David Lodge fut l'initiateur.

C'est surtout un roman d'apprentissage ... à la naissance de l’amour, et surtout au mystère régnant autour de sa mère et donc de sa propre naissance. Il raconte, au fil de flash-backs, l'austérité du comportement de son père, celui qu’il désigne comme le vieux, un homme qui semble dur, partageant peu de choses avec avec lui, à tel point qu'il met en doute sa paternité (p. 44), gardant le silence sur sa mère même sous la menace de la lame d'un couteau (p. 76).

L'aridité de son éducation pousse le jeune homme vers son camarade de chambrée, Koz, un profil fascinant qui prend un faux air de Kerouac (p.46), qui jouera presque un rôle de frère (sachant que lui-même entretient un rapport particulier à la gémellité et à ses propres origines) et qui sera son mentor en lui transmettant son amour de la musique et fort heureusement pas sa passion pour les drogues.

Le rock'n roll s'entend constamment en fonds sonore et le roman est émaillé de références musicales. Sans surprise quand on sait que Brice Homs a été guitariste de nombreux groupes et artistes en France, en Angleterre et aux Etats-unis. Il a écrit des chansons sur plus d’une trentaine d’albums pour des chanteurs tels que Michel Fugain, Florent Pagny, Isabelle Boulay, Hélène Ségara, Hugues Aufray, Sylvie Vartan ... On peut malgré tout regretter que le livre ne se termine pas sur la play-lit des musiques qui sont citées alors que cette pratique se répand dans le monde littéraire.

Sans compter la neige est aussi un hymne au peuple cajun ... un peuple à part, errant, méprisé. des gens qui ont leur propre culture, leur propre langue et qui vivent dans leurs foutus bayous comme si le temps était passé partout sauf là-bas (p. 22). Russel dit n'être jamais allé dans le sud de la Louisiane et tout savoir des cajuns par la musique.

samedi 20 avril 2019

Un coeur simple de Flaubert, adapté et interprété par Isabelle Andréani


(mise à jour 6 août 2019)

Avec quelle sensibilité Isabelle Andréani interprète Un coeur simple ! Il n'y a rien de trop autour d'elle pour distraire le regard du spectateur qui n'a d'yeux que pour cette femme modeste, si touchante car si authentique, une "bonne" comme on disait à l'époque.

La scénographie est épurée et extrêmement efficace pour suggérer d'une part la maison qui avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher et cette Normandie profonde où, au siècle dernier, vécut Félicité. Elle va partager avec nous ses bonheurs tout simples, ses espoirs, ses détresses aussi et on la suivra jusqu'à son dernier souffle.

Rien d'étonnant à ce que la comédienne soit nominée Molières pour ce seul(e) en scène qu'il ne faut pas manquer (les trois autres sont également de très haut niveau, empêchant de faire un pronostic).

En tout cas, ce Coeur simple est un très grand moment de théâtre qui par chance pour vous, si vous ne l'avez pas encore découvert, depuis sa création au Théâtre La Luna dans le cadre du Festival d’Avignon 2018, est prolongé pour la troisième fois, jusqu'au 30 juin 2019, au Poche Montparnasse.

La salle du sous-sol est en configuration cabaret avec des chaises de bistro rouges et des tables noires qui ne m'ont pas semblé incongrues. J'avais l'impression d'être dans un de ces troquets normands où Guy de Maupassant aurait pu s'attabler (je sais que l'auteur du texte est Flaubert) ... et puis, c'est assez pratique de pouvoir poser mon carnet pour prendre des notes.

Shubert joue le String Quartet n°14 In D MinorIsabelle Andréani accroche notre regard. Elle est immédiatement sympathique. On se sent proche d'elle malgré la distance historique. Elle annonce qu'elle attend la cinquantaine mais elle semble sans âge et nous ne sommes pas surpris de l'entendre dire qu'à vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante.

Elle remonte le fil de sa vie chronologiquement. Quand elle évoque le bal de ses dix-huit ans l'émotion du personnage renforce cet accent normand qui appuie sur les "a". Elle tombera amoureuse d'un jeune homme d’apparence cossue et qui fumait sa pipe les deux coudes appuyés sur une charrette.

Il l'invite danser, lui offre cidre, café, galette, et surtout un foulard qu'elle secoue sous nos yeux. La comédienne mime le garçon tirait sur sa pipe tout en parlant. L'idylle commence, cahotante car la jeune fille est méfiante. Pas assez puisque pour se garantir de la conscription, le fameux Théodore épousera une vieille femme très riche, Mme Lehoussais, de Toucques.

vendredi 19 avril 2019

Fragonard, les collections du parfumeur s'enrichissent rue Scribe

Le Musée du Parfum rouvre après plusieurs mois de travaux de rénovation et d'agrandissement. La nouvelle scénographie met en valeur avec intelligence des collections exceptionnelles d'appareils de parfumerie et de flacons de parfum, de tableaux et d'objets de curiosité, en incluant de très nombreuses acquisitions récentes.

Guidé par l’envie de faire partager à un public l’immense collection d’objets de parfumerie retraçant plus de 3000 ans d’histoire, Jean-François Costa, le père des dirigeantes actuelles, avait ouvert en 1983 ce premier musée parisien tout en engageant dans le même temps la modernisation de l’entreprise. Grand amateur d’art, il réunit au cours des années soixante-dix ses collections d’objets de parfumerie pour donner naissance à plusieurs musées à Grasse et à Paris.

Pour ce faire, il avait choisi un très bel hôtel particulier, construit en 1860, par un élève de Charles Garnier, et situé en face de l’Opéra. Chargé d’histoire et marqué par le style Second Empire, cet appartement d'apparat est un écrin somptueux pour recevoir dans ses vitrines flacons anciens, brûle-parfums, nécessaires de voyage, objets rares et précieux ayant pour dénominateur commun le monde merveilleux des senteurs.

Il existe trois musées à Paris et un à Grasse. La collection se trouve donc dispersée entre les quatre établissements. Le présent article concerne celui du 9 rue Scribe, qui est le premier à avoir vu le jour.

jeudi 18 avril 2019

Pokawa, le onzième Barakawa

C'est pendant leur tour du monde en binôme, que Sam et Max ont découvert le Poke, un plat traditionnel hawaïen, qu'ils ont décidé d'adapter aux goûts français à leur retour en France.

Qualifié par certains de "nouveau sushi", le poke (on prononce poké) est à l'origine une salade de poisson cru, un thon mariné dans une sauce de shoyu, d’huile de sésame, de sel et d’oignons.

Les deux garçons le déclinent en version saumon, et même poulet et falafel qu'ils associent toujours avec du riz blanc légèrement vinaigré, des carottes et de chou rouge râpés, des rondelles de concombre et de radis, des graines d'édamane (des fèves immatures de soja très consommées en Chine, Corée et Japon) et des graines de sésame. Ce qui varie c'est la présence ou non d'avocat, de mangue, d'ananas, des graines de lin, de courge, de chia ou encore des oignons frits … et la nature de la marinade (maison) et de la sauce.
C'est simple, joli et appétissant et tout à fait dans l'air du temps pour la nourriture exotique tropicale. Le succès démarre dès 2017 dans le restaurant Pokawa et en livraison.

mercredi 17 avril 2019

Gainsbourg forever de et avec de Myriam Grélard

Je n'avais pas vu l'été dernier au festival d'Avignon Gainsbourg forever, sous-titré Gueule d'amour, annoncé comme la restitution du parcours d’un Dom Juan pas comme les autres à travers le regard de sa sœur jumelle.

Le spectacle, dont la première a eu lieu le 2 avril 2017, "tourne" depuis deux ans et rencontre un succès mérité par l'intelligence de l'hommage.

Myriam Grélard, qui en est l'auteure et l'interprète, a voulu démontrer ce que Serge Gainsbourg doit aux femmes, faisant de lui un personnage mythique.

On l'entend sans surprise sur l'entrée du public, Bonnie & Clyde, Dieu est un fumeur de havanes ... Nous sommes dans l'ambiance malgré un décor très simple, deux chaises dont le dossier est peint de touches de piano en trompe l'oeil et un porte-manteau où pend le costume dont on se souvient le plus et que la comédienne détaillera plus tard.
Comme tous les mythes, subsistent des zones d'ombre comme la naissance de ses deux premiers enfants Natacha et Paul ... dont il n'est pas question dans le spectacle qui se concentre sur une période plus lumineuse, à partir de l'arrivée de Jane Birkin dans la vie de l'artiste.

Le spectacle commence par l'entrée en scène de sa soeur jumelle Liliane (si peu connue qu'on croirait qu'elle est imaginaire) aujourd'hui très âgée qui évoquera les mains de leur père, Joseph Ginsburg, né à Constantinople (Turquie) le 27 mars 1896 (décédé le 22 avril 1971), qui bien que d'abord intéressé par la peinture, entrera au Conservatoire de Petrograd, puis à celui de Moscou pour étudier la musique où il choisira le piano.

mardi 16 avril 2019

Inauguration de la maison de thé dans l’Arboretum de la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry (92)

C'est toujours avec grand plaisir que je reviens dans l’Arboretum du Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups à Châtenay-Malabry. J'y ai consacré de nombreux articles. Je ne me lasse pas de m'y promener.

Cette fois je suis invitée pour l'inauguration d'une Maison de thé d’intérieur, donnée, dans le cadre du 160e anniversaire des relations diplomatiques qui unissent la France et le Japon, par la Fondation Urasenke au musée départemental Albert-Kahn (dont il faut rappeler qu'il a été imaginé par l’architecte nippon Kengo Kuma à qui l'on doit le stade olympique de Tokyo 2020), qui est installée à l’Arboretum en attendant la réouverture du musée, prévue pour 2021, après d’importantes rénovations toujours en cours.

À l’origine, le maître de la Fondation Urasenke l’avait offerte en 1985 au ministre des Affaires étrangères du Japon, Shintaro Abe. La maison de thé se trouvait alors au centre culturel et d’informations de l’ambassade du Japon en France. Elle est démontée puis conservée quelque part à l’ambassade depuis la fermeture du centre, en 2007. Elle est donc restée douze ans dans l'ombre.

Ce sont Patrick Devedjian, Président du Département des Hauts-de-Seine, Genshitsu Sen, Grand Maître de la Fondation Urasenke, et Son Excellence Masato Kitera, ambassadeur du Japon en France qui ont dévoilé la plaque commémorative.
Cette Maison de thé "SEI-YU-An" (ce qui signifie "Hutte de l’ami pur") semble légère et facile à monter mais il a tout de même fallu neuf jours aux artisans japonais pour l'installer au sein de la serre des Bonsaïs de l’Arboretum, un lieu ouvert sur demande et lors d’événements spéciaux, comme les Journées du Patrimoine.

La Fondation Urasenke est dépositaire de la tradition du thé au Japon et, après un discours en japonais, Genshitsu Sen (au centre sur la photo), Grand Maître de la Fondation Urasenke, a préparé le thé selon la traditionnelle cérémonie du thé, un peu rapide selon le souvenir que j'ai de ce type de cérémonie qui, à l'origine, était religieuse. Considérant que la meilleure explication est le silence nous avons simplement été invités à observer les gestes du Grand Maître.
L'état d'esprit était à une forme de recueillement puisque l'inauguration a pour but de faire entrer nos âmes dans la hutte. La purification est une des étapes essentielles de la cérémonie. Chaque geste compte et le rituel a tout son sens. Des gâteaux avaient été apportés spécialement de Kyoto et ont été servis par des japonaises portant le kimono, chaussés de tabi (chaussettes japonaises) et zōri (sandales), dans les règles de l’art. On doit le manger juste avant de porter le bol de thé à ses lèvres afin d'en contrer l'amertume. Je dois dire que je n'avais jamais bu un matcha aussi délicieux, mousseux et léger.

lundi 15 avril 2019

Le désir attrapé par la queue, une pièce jouée dans le cadre de l'exposition Picasso et la guerre

Le désir attrapé par la queue a été écrit par Pablo Picasso en janvier 1941, en pleine Seconde guerre mondiale,  alors que les préoccupations des Français étaient focalisées sur la faim, le froid, l'amour, l'éloignement des amis et ... bien entendu aussi l'occupation allemande.

Le Musée des Armées a programmé quelques représentations les samedi et dimanche (voir horaires à la fin de l'article) en écho à l'exposition Picasso et la guerre. J'ai assisté à une avant-première dans des conditions particulières puisque juste après, alors que nous étions en pleine découverte de l'exposition j'ai été prévenue de l'incendie de Notre-Dame.

Nous étions quasiment devant la reproduction du tableau de Guernica qui fait référence à l'horreur de la destruction de la ville. J'avoue avoir eu du mal à me concentrer ensuite sur cette exposition que je reviendrai voir parce qu'elle a de quoi passionner les visiteurs. Je vais néanmoins m'efforcer de retracer l'essentiel de la proposition artistique de l'Hôtel national des Invalides.

Le désir attrapé par la queue
On connait Picasso peintre, également sculpteur. On le devine poète mais on sait moins qu'il a écrit deux pièces de théâtre, certes fort peu jouées. C'est donc une excellente idée de présenter Le désir attrapé par la queue, d'abord parce qu'elle est très peu connue, ensuite parce qu'elle s'inscrit dans le thème de l'exposition et enfin parce qu'elle est savoureuse pour peu qu'on apprécie le surréalisme, le second degré, la dérision.

L'acoustique de la très belle Salle Turenne (où j'étais déjà venue pour un défilé de haute-couture), est difficile pour un orateur, mais les comédiens sont tout à fait intelligibles sur la scène improvisée au centre de la pièce, par leur talent et sans doute aussi la mise en scène fougueuse et astucieuse de Thierry Harcourt qui les fait occuper tout l'espace disponible en l'ouvrant sur trois cotésLa partie chantée est elle aussi très réussie.

Il est parti de la photo de la lecture faite par Brassaï et dans une mise en scène d’Albert Camus, qui a eu lieu dans l'atelier des Grands-Augustins de Picasso le 16 Juin 1944 en l'honneur de Max Jacob mort au camp le 5 mars 1944 (photo © RMN-Grand Palais / Brassaï).
On se surprend à oublier Delphine Depardieu pour ne voir que Simone de Beauvoir. Stephan Peyran est un Jean-Paul Sartre tout à fait crédible, à l'instar de Laurent Arcaro en Albert Camus. On connait moins le physique de Raymond Queneau mais Axel Blind ne démérite en rien. Quant à Robin Betchen, le doute est impossible. Il est Pablo Picasso.

Son rôle est central et Thierry Harcourt l'a doté de quelques répliques de présentation des personnages et de l’action afin de placer le spectateur dans les meilleures prédispositions pour trouver du sens à ce théâtre dit de l'absurde.

Les costumes ont été habilement conçus pour évoquer l'époque et les personnages.
Le texte est difficile car il a été écrit sans ponctuation, selon le principe de l’écriture automatique. Une double-page est révélée dans l'exposition temporaire. Il a probablement été long à apprendre mais les comédiens l'ont restitué sans faillir. Ce qui pourrait sembler n'avoir ni queue ni tête est devenu un moment poétique et ... savoureux où les aliments deviennent des personnages, comme Mironton ou Bourguignonla Tarte, ou l'Oignon ... qui réciproquement vont s'aimer ou se dévorer.

On peut y voir une farce. C'est bien davantage. En acceptant d'entrer dans la pensée décalée de Picasso on se surprend à effectuer -a posteriori- semblable acte de résistance et les derniers mots prennent tout leur sens : Lançons de toutes nos forces des vols de colombe contre les balles !

A chacun ses démons. Ceux de l'époque étaient allemands.

Le désir attrapé par la queue, une pièce de Pablo Picasso
Mise en scène Thierry Harcourt
Avec Delphine Depardieu, Axel Blind, Laurent Arcaro, Stephan Peyran et Robin Betchen
A l'Hôtel national des Invalides, salle Turenne
A partir du 13 avril 2019​
Les samedi et les dimanche à12h30/14h30/16h30
L'exposition Picasso et la guerre
Celle-ci s'effectue (comment aurait-il pu en être autrement ?) en partenariat avec le Musée Picasso-Paris et la visite guidée par Isabelle Limousin, conservatrice du patrimoine, chef du département expert et inventaire, m'a appris énormément de choses ... jusqu'à ce que mon attention soit perturbée par la catastrophe qui ne cessait de faire vibrer mon téléphone dans ma poche.

samedi 13 avril 2019

Découverte de la Maison Coussau à Magescq (Landes) - épisode 5 - la relève

Je vous ai raconté l'ambiance qui règne chez les Coussau (voir références en fin d'article).

On peut aller en cuisine vers 7 heures du matin. Jean sera déjà là en train de vérifier les livraisons dans une cuisine calme. Un peu plus tard l'animation sera plus forte mais sans crise. Jean Coussau fait partie de ces chefs qui n’ont pas besoin d’aboyer et de terroriser leur personnel pour obtenir de bons résultats. Il est là parce qu’il est toujours passionné.

Le septuagénaire peut être fier des 50 ans qu'il consacre à un métier exigeant. Il perpétue aux fourneaux le savoir-faire de son père Bernard qui a obtenu sa première étoile Michelin en 1968 et sa seconde en 1971.


Mais il a commencé depuis quelques mois à transmettre à sa nièce, Clémentine Coussau, non pas son amour de la cuisine (cela elle l'a déjà acquis) mais ses recettes dans le moindre détail et sa philosophie de vie qu'on peut résumer dans une formule : tout ce qui n'est pas partagé est perdu.

Ce n’était pas forcément prévu comme ça mais il faut croire aux signes. Le carrelage de la piscine est siglé JJC pour dire Jean et Jacques Coussau. J'y ai lu Jean Jacques et Clémentine.

C’est une jeune femme qui ne se livre pas facilement. Nous avons passé un très bon moment ensemble le lendemain de mon arrivée quand je commençais à comprendre ce qui pouvait l’animer.

Ce n’est pas si facile d’envisager un avenir en marchant dans les traces de sa famille. Elle a hésité un moment avec la sommellerie, qui est la spécialité de son père, Jacques Coussau, et puis elle s’est sentie davantage attirée par la cuisine dont elle dit que ça lui a permis d’apprendre à communiquer avec les autres parce que jusque là elle était une jeune fille plutôt sauvage.

vendredi 12 avril 2019

Les nouvelles enquêtes de Nestor Burma - Crimes dans les Marolles de Nadine Monfils

C'est toujours le même phénomène avec Nadine Monfils. Elle me transporte loin des soucis et c'est tout ce que je vous souhaite aussi.

Avec Crimes dans les Marolles (vous aurez remarqué le pluriel annonciateur d'une cascade) elle nous embarque tous en Belgique, en première classe. Elle a relevé le défi que lui a lancé Nathalie Carpentier .... créatrice en 2016 de sa propre maison d’éditions French Pulp éditions, d'écrire une enquête faisant revivre le personnage culte de Léo Malet.

French Pulp se consacre uniquement à la littérature populaire française et francophone et possède déjà un fonds de plus de 2.000 titres. Trois ouvrages en format poche provenant du fonds et deux grands formats d’auteurs contemporains sont publiés chaque mois.

Le principe de cette nouvelle collection, initié il y a un peu plus d'un an et déjà riche de 5 opus, à commencer par Terminus Nord, sous la plume de Jérôme Leroy, est de faire rajeunir le détective, désormais né en 1976, et de lui confier une enquête par arrondissement de Paris qui se déroule dans les années 2010-20 (sachant que dans le passé il n'en a jamais mené dans le 7e, 11e, 18e, 19e et 20e).

Nestor devenu quadragénaire a toujours son bureau rue des Petits-Champs, à l’agence Fiatlux. Il a beau avoir rajeuni, il n'est pas rompu aux arcanes informatiques de notre époque. Il faut entendre comment il parle de son téléphone : Mon casse-bonbons émet un Ting. Message (p.93). Il se fera aider par Mansour, lequel excelle à naviguer sur les réseaux sociaux, maitrise le piratage de données, et entretient avec lui des rapports amicaux : j'aime bien l'idée que ce jeunot m'appelle gamin. Ça met du soleil sur ma tartine (p.56).

Nadine Monfils est montmartroise dans l'âme. Elle aurait pu faire sillonner Nestor dans les rues de son quartier mais elle a eu l'autorisation de déroger et de l'envoyer en Belgique (qu'elle connait tout aussi bien) en l'associant à un de ses acteurs fétiche (elle en a beaucoup parce qu'elle connait de près ce milieu), en l'occurrence Guy Marchand, mais ç'aurait pu être ... Bouli Lanners, ... quoique trop belge peut-être.

Guy Marchand est son ami avant d'être une star. Elle le fait lui aussi chanter (p.82) le début de son célèbre Taxi de nuitLe clin d'oeil est multiple puisque le personnage de Nestor Burma a été incarné à la télévision par ... Guy Marchand et que les deux compères se rendent au Brussels International Fantastic Film, ce BIFFF dont la 37ème édition se tient pile en ce moment (du 9 au 21 avril 2019) à Bozar, ... où Nadine fut membre du Jury européen en 2008, et du Jury thriller l'année suivante. Le programme couronne toujours le cinéma fantastique, la science-fiction et l'épouvante. C'est tout à fait le cadre qui convient à une énigme pour Nestor Burma, en l'occurrence cette fois très librement inspirée de l'affaire Léopold Storme.

jeudi 11 avril 2019

Découverte de la Maison Coussau (Landes) - épisode 4 - Jean des Sables à Hossegor

Après plusieurs articles consacrés aux établissements de Magescq, je vous invite à me suivre à Hossegor, juste à côté de la Fédération Française de Surf, dans un restaurant répertorié Table remarquable dans le groupe les Collectionneurs.

L’endroit parle à tout le monde parce qu’on on pense forcément au film Brice de Nice qui a été tourné en 2005 dans la région.

Si la famille Coussau est historiquement installée à Magescq elle a repris il y a une dizaine d'années un restaurant en bordure de mer qui s’appelle Jean des Sables et où j’ai eu la chance de déjeuner. On quitte le gibier et la viande pour préférer évidemment les poissons et les crustacés.

On ne trouvera pas les spécialités iconiques de Magescq mais en toute logique une cuisine orchestrée dans un registre de bistrot de mer gastronomique. Le foie gras, y sera travaillé poché dans un bouillon d’oseille et condiments, épinards et citrons confits puis rôti à la braise.

Jean y vient aussi souvent qu'il le peut mais il se consacre prioritairement au Relais de la Poste et c'est bien normal. Son esprit est cependant partout et son portrait souriant nous accueille dans la salle. Il communique très régulièrement avec celui qui fut son second en cuisine, Clément Pichard, 26 ans, un "enfant du pays" puisqu'il est né à Bergerac, et a grandi à Lacanau. Ils se connaissent bien : Clément a passé un an auprès de Jean, comme responsable des cuisines de Côté Quillier puis comme chef de parti au Relais de la Poste, et huit ans ici même. On le sent soulagé d'avoir pu rester dans ce restaurant qu'il affectionne après le départ du précédent chef, Patrice Lubet, en juin dernier. Il a réussi à remettre de la rigueur dans l'établissement. La brigade a retrouvé sa sérénité et cela se sent.
C'est Annick Coussau qui a pensé ce décor confortable, où le bois clair règne en maître dans une salle à manger très lumineuse, d'une cinquantaine de couverts, qui donne sur l'océan. Ses veines courent sur le plateau de tables qui ne se cachent pas sous d'amples nappes blanches.
Les serviettes sont d'un bleu azur aussi pur qu'un ciel d'été. On a envie de démarrer le repas au plus près du bavardage de la mer, dans la coursive (une quarantaine de places) avec -en toute modération- un verre de Cotes-du-Rhône blanc, qui soulignera de sa minéralisé un maquereau citron vert, mariné vinaigre de riz ou un tarama fumé fleur de bourrache que l'on savourera sur une tranche de pain de campagne. Le beurre battu aux algues et citron qui est posé sur la table était déjà à lui seul une promesse de gourmandise.

mercredi 10 avril 2019

Le quartier des petits secrets de Sophie Horvath

Clémentine est fleuriste à Bordeaux, dans un quartier légèrement en retrait de l'effervescence urbaine. Sa plus proche amie, Nicole, tient le café sur la place et ensemble, elles s'amusent à observer les habitudes de chacun.
De cet homme qui commande chaque semaine deux bouquets rigoureusement identiques. Etre maniaque, rien de plus normal pour un assureur.
De ce bouquiniste qui ne sort jamais de sa boutique. De celle qu'elle surnomme l'Inspectrice et qui arpente le trottoir en faisant claquer son parapluie...
Et puis, environ toutes les deux semaines, cette vieille dame, pourtant férue de jardinage, qui coupe ses belles fleurs avec rage avant de réintégrer sa maison de retraite, ramenée par un colosse d'infirmier au coeur tendre.
Quand Viviane ne se présente plus, Clémentine s'inquiète. Une mauvaise chute empêche la charmante massacreuse de venir ratiboiser ses bouquets. Malgré sa faiblesse, elle trouve tout de même la force de dessiner avec beaucoup de précision une fleur étrange, cette Vadia Romanica que Clémentine ne parvient pas à identifier dans une flore.
La jeune fleuriste va alors tout mettre en oeuvre pour percer le mystère.

Je n'ai pas cherché à savoir dans quelle quartier Sophie Horvath avait exactement situé la boutique de sa fleuriste. Bordeaux est connue pour ses façades bourgeoises. Il me suffisait de savoir qu'il s'agissait de cette ville pour deviner son aptitude à cacher des secrets d'alcôve (même si je dois avouer que l'auteure m'a surprise dans leur ampleur).

Les habitants prétendent que la pluie n'y tombe pas. Elle rafraîchit, c'est tout. Alors la présence d'une dame en parapluie me semblait logique.

Le personnage de Clémentine est touchant. On se prend d'affection pour cette jeune femme qui a choisi brutalement ce métier qu'elle pratique avec beaucoup d'amour et d'empathie pour ses clients. On ne veut que son bonheur et on la suit dans l'enquête qu'elle mène vaillamment, encouragée par son amie Nicole.

Toutes deux sont ce qu'on appelle des coeurs à prendre et on se demande si elles rencontreront chacune leur prince charmant. Serait-ce l'infirmier joyeux tout en muscles ou plutôt le timide bouquiniste vivant dans l'ombre de ses trésors ? Il y a un petit quelque chose du conte dans ce Quartier des petits secrets, qui est un premier roman plein de tendresse et de charme.

On pense que tout ne pourra que bien finir tant les personnages principaux méritent le bonheur. Qui a dit que les romans feel-good baignent dans l'eau de rose et se terminent systématiquement de manière heureuse ? Plusieurs surprises attendent le lecteur au bout de la rue.

Sophie Horvath est l’auteure du blog C'est quoi ce bazar ? qu'elle anime avec humour et intelligence et qu'elle ponctue de photographies dans des mises en situation pertinentes autant que surprenantes. Elle y partage -entre autres- ses coups de coeur littéraires.
Le quartier des petits secrets de Sophie Horvath, Flammarion, en librairie depuis le 10 avril 2019

mardi 9 avril 2019

Vous me reconnaissez ? de et avec Olivier Denizet

"Vous me reconnaissez?" sera pendant toute la durée du Festival Off en Avignon, au Théâtre de La Luna. Le spectacle a été joué en avant-première aujourd'hui au Théâtre de La Huchette et j'en suis ressortie en me disant qu'il faudrait inventer un Molière des pièces feel-good (catégorie en vogue en littérature).

La soirée est définie comme une comédie burlesque, menée par un personnage qui associe magie, danse, chant, commedia dell'arte et philosophie.

L'interprète, Olivier Denizet "consent" reconnaitre avoir fait des études de droit, le Conservatoire, et se définit comme comédien-chanteur, tout en s'effaçant derrière la question de son personnage. Heureusement qu'il est assez reconnaissable pour qu'on n'oublie pas son nom.

Au tournant de la quarantaine, Stéphane (parce que sur scène il s'agit de lui et non d'Olivier) ne trouve plus de travail. Il est vite sans argent, et il est seul. Pourtant, il fait tout pour essayer de s’en sortir : les petits boulots, les annonces, les appels aux copains... Comment et pourquoi en est-il arrivé là ? Une petite voix intérieure, pleine de malice et de sagesse, va l’aider dans sa quête de réponses : celle du "Grand Jean-Claude", son ancêtre, joyeux et positif, vedette de music-hall dans les années 30 qui va l'aider à traverser cette crise... de reconnaissance qui le rend fragile et donc inadapté.
Olivier Denizet a voulu confronter l’optimisme débordant qui se dégage de la création artistique des années 30 avec le pessimisme ambiant qu'il estime caractériser la France aujourd’hui. Et surtout montrer que l'on peut sortir des mécanismes qui maintiennent dans l’échec.

Il interprète l'aïeul en reprenant son grand numéro de music-hall en ouverture, avant de lui accorder une place sous forme de portrait dans le décor. Son histoire devienne la nôtre et on se prend d'affection pour ce personnage qui suscite la tendresse.

Vous me reconnaissez ? est une performance d'acteur. Olivier Denizet communique les doutes, les inquiétudes et les espérances de son personnage avec tendresse, poésie et bonne humeur. C'est jubilatoire. La salle rit franchement. Je le disais d'emblée : ça fait du bien !
Vous me reconnaissez ? de et avec Olivier Denizet
Mise en Scène de Emmanuel Guillon
Chorégraphie de Philippe Fialho
Décor de Henri Dandrieux
Conseil magie de Loïc Piet
Au Théâtre de la Huchette le 9 avril 2019 à 21 heures
Au Théâtre Portail Sud à Chartres du 20 au 29 Juin à 21heures
Au Théâtre de La Luna, 1 rue Séverine, Avignon
Du 5 au 28 Juillet 2019 à 19 heures 05
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Philippe Escalier

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)