Avignon 2019

Ayant vu plus d'une centaine de spectacles (entre le Festival d'Avignon, le Off et même celui qu'on appelle le If) il n'était pas possible de dédier un billet à chacun, ou sinon, pendant plus de trois mois, il n'aurait plus été question d'autre chose sur le blog.
Impossible par exemple d'attendre le 1er octobre pour publier des chroniques sur la rentrée littéraire !
J'ai décidé de rassembler tout ce qui concerne Avignon sur le mois de Juillet. Etant plus approfondis que ce que j'ai écrit régulièrement cet été sur la page Facebook A bride abattue ces articles sont très longs à écrire. Je m'aperçois en ce début de septembre, alors que je viens de mettre en ligne celui qui est daté du 14 juillet, que je prends trop de retard sur d'autres sujets dont il est important de ne pas différer davantage la parution. C'est pourquoi les chroniques avignonnaises, qui ont en quelque sorte valeur d'archive, vont désormais s'insérer rétroactivement.
Je vous invite donc à scroller régulièrement pour les lire ou à utiliser la catégorie "Avignon" pour les faire apparaître. Ou encore, et ce serait le plus efficace, à entrer votre adresse mail dans le rectangle blanc "Pour recevoir par mail ... etc".

samedi 20 avril 2019

Un coeur simple de Flaubert, adapté et interprété par Isabelle Andréani


(mise à jour 6 août 2019)

Avec quelle sensibilité Isabelle Andréani interprète Un coeur simple ! Il n'y a rien de trop autour d'elle pour distraire le regard du spectateur qui n'a d'yeux que pour cette femme modeste, si touchante car si authentique, une "bonne" comme on disait à l'époque.

La scénographie est épurée et extrêmement efficace pour suggérer d'une part la maison qui avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher et cette Normandie profonde où, au siècle dernier, vécut Félicité. Elle va partager avec nous ses bonheurs tout simples, ses espoirs, ses détresses aussi et on la suivra jusqu'à son dernier souffle.

Rien d'étonnant à ce que la comédienne soit nominée Molières pour ce seul(e) en scène qu'il ne faut pas manquer (les trois autres sont également de très haut niveau, empêchant de faire un pronostic).

En tout cas, ce Coeur simple est un très grand moment de théâtre qui par chance pour vous, si vous ne l'avez pas encore découvert, depuis sa création au Théâtre La Luna dans le cadre du Festival d’Avignon 2018, est prolongé pour la troisième fois, jusqu'au 30 juin 2019, au Poche Montparnasse.

La salle du sous-sol est en configuration cabaret avec des chaises de bistro rouges et des tables noires qui ne m'ont pas semblé incongrues. J'avais l'impression d'être dans un de ces troquets normands où Guy de Maupassant aurait pu s'attabler (je sais que l'auteur du texte est Flaubert) ... et puis, c'est assez pratique de pouvoir poser mon carnet pour prendre des notes.

Shubert joue le String Quartet n°14 In D MinorIsabelle Andréani accroche notre regard. Elle est immédiatement sympathique. On se sent proche d'elle malgré la distance historique. Elle annonce qu'elle attend la cinquantaine mais elle semble sans âge et nous ne sommes pas surpris de l'entendre dire qu'à vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante.

Elle remonte le fil de sa vie chronologiquement. Quand elle évoque le bal de ses dix-huit ans l'émotion du personnage renforce cet accent normand qui appuie sur les "a". Elle tombera amoureuse d'un jeune homme d’apparence cossue et qui fumait sa pipe les deux coudes appuyés sur une charrette.

Il l'invite danser, lui offre cidre, café, galette, et surtout un foulard qu'elle secoue sous nos yeux. La comédienne mime le garçon tirait sur sa pipe tout en parlant. L'idylle commence, cahotante car la jeune fille est méfiante. Pas assez puisque pour se garantir de la conscription, le fameux Théodore épousera une vieille femme très riche, Mme Lehoussais, de Toucques.

Elle dira de sa détresse que ce fut un chagrin désordonné. Et se change les idées en se rendant à Pont-l’Évêque où elle se fit embaucher par cette Madame Aubain qu'elle imite, elle aussi, mieux que ne le fera plus tard Loulou, son unique richesse, un perroquet aux plumes brillantes.

On imagine très bien sa chambre avec vue sur les prairies. La comédienne est toujours agile dans ses déplacements. Le bruit de ses sabots sur les planches évoque le travail qu'elle effectue sans relâche pour sa patronne, du matin jusqu’au soir. Elle noue son tablier avec vigueur et on devine que son seul moment de repos est la messe à laquelle elle se rend à l'aube.

Il ne lui arrive pas grand chose mais ce peu est restitué de telle manière que chaque scène est intense, aussi bien les jeux avec les deux enfants Paul et Virginie, sept et quatre ans, qu'elle portait sur son dos comme un cheval, que sa rencontre avec un taureau qui la défie dans un champ et faillit l'éventrer alors qu'elle lui jetait des mottes de terre pour l'aveugler.

C'est une infirmière dévouée au chevet de la petite Virginie, très malade. La mort de la petite la rapprochera de sa maîtresse. Un autre grand chagrin bouleverse Félicité quand son neveu Victor s'engage dans l'armée. Il faut la voir cavaler de Pont-l'Evêque à Honfleur dans l'espoir de lui dire adieu !

Une lettre annoncera son décès, suite aux multiples saignées qu'on lui fit subir pour soit-disant le guérir de la fièvre jaune.
Un soir on apporte un perroquet dans sa cage à Mme Aubain en souvenir de l'amitié d'un voisin ne pouvant emmener l'animal dans ses nouvelles fonctions. Son corps était vert, le bout de ses ailes rose, son front bleu et sa gorge dorée mais il éparpille ses ordures et semble détestable. La patronne le donne à Félicité, ravie de cet oiseau venu d'Amérique qui lui rappelle Victor. Elle entrepris de le faire parler.

Les années passent et les soucis s'ensuivent. Une angine qui dégénère. Le décès de Mme Aubin qui l'oblige à se cacher dans la maison pour y survivre. La surdité. La mort de son cher Loulou. Félicité décline et se meurt d'une pneumonie sous nos yeux alors que la voix du metteur en scène Xavier Lemaire conclut le spectacle. Poète à ses heures, elle avait pu s'extasier du seul spectacle auquel elle put assister, celui du ciel ou de la pleine mer, si brillante de soleil, lisse comme un miroir.

Un petit extrait vidéo pour achever de vous convaincre ?

Le texte avait été publié par Gustave Flaubert avec deux autres contes, publiés ensemble de son vivant en 1877. Isabelle Andréani l'a adapté pour la scène en le récrivant à la première personne et son jeu est bouleversant, lui valant de bruyants applaudissements.
Un coeur simple de Gustave Flaubert, adapté et interprété par Isabelle Andréani
Mise en scène Xavier Lemaire
Scénographie Caroline Mexme
Du 12 Janvier au 30 Juin 2019 - Samedi 19h, dimanche 15h
Reprise à partir du 16 septembre 2019, le lundi à 21 heures
Au Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse - 75014 Paris
Reprise à partir du 16 septembre 2019 les lundis à 21 heures

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