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dimanche 25 janvier 2026

The Sound Of Silence d'Alondra de la Parra et Gabriela Muñoz

The Sound of Silence est un spectacle difficilement classable, entre musique et théâtre.

Intentionnellement sans paroles pour s’affranchir des contraintes de langues, il est conçu pour être compréhensible par tous, à commencer par les enfants.

Ce public était d’ailleurs nombreux le samedi 24 janvier sous le splendide plafond du Théâtre des Champs-Elysées le soir de la Première et j'ai remarqué une forte affluence de mexicains.

C'était aussi la dernière d’une longue série qui amena les deux artistes conceptrices à faire un grand voyage, depuis le Mexique avec quelques haltes en Espagne, pour finalement achever le périple par la France.

Alondra de la Parra a pris la parole, en français mais poursuivit très vite en anglais. Elle expliqua qu’après 12 ans de travail le spectacle prenait fin ce soir et qu'elle était heureuse d’être ici à cette occasion. On la comprit parfaitement quand elle nous promit : Feel, dream, imagine together, and enjoy now !

Si l’orchestre joue un rôle fondamental puisque la musique est un des trois langages qui sont exploités, les musiciens ne voyagent pas avec le spectacle, à l’exception des deux solistes.

A Paris, ce fut l’orchestre Pasdeloup qui était sur scène, avec une formation de taille impressionnante, comprenant plus de cinquante musiciens. Evidemment au sommet de ce qu’on attendait de la formation malgré un temps de répétition restreint, confirmant combien c'est une référence justifiée dans son domaine. Il faut les saluer parce que très souvent ils jouent alors que leur chef d’orchestre est quasiment dans le noir. Et parmi eux les deux solistes, Yorrick Troman, premier violon et Rolando Fernandez, violoncelle solo qui furent chaleureusement salués.

On notera d’ailleurs la mise en scène qui dès le début considère les musiciens comme des acteurs.

Les musiques choisies sont pour beaucoup familières à nos oreilles (voir liste en fin d'article). C’est toujours avec grand plaisir qu’on reconnaît les premières mesures du Vol du bourdon et qu’on s’interroge sur ce que cet air entraînant va accompagner comme image. Ce fut ce soir une nuée d’oiseaux dont la clown orchestra les trajectoires. Quant au dernier morceau, la puissance nostalgique de la Symphonie no 3 de Brahms a été maintes fois démontrée.

Le jeu expressif est le second langage dans lequel Gabriela Muñoz est reine puisqu’elle est Chula the Clown. Le mot mériterait d’être défini. Certes, elle porte un vêtement rigolo, dans un jaune moutarde un peu criard et le maquillage de son visage est blanc, avec des sourcils re-dessinés au pinceau noir. Certes, elle suscite parfois le rire, mais jamais le ridicule. Et surtout la plasticité de son corps et de son visage sont exceptionnels. On lit sur elle comme dans un livre.

Troisième langage, celui des images, celles qui sont projetées et celles que nous formons dans nos têtes. Parce que le spectacle se déroule à la juste vitesse, laissant au spectateur le temps d’intégrer les concepts qui lui sont proposés et de se forger son opinion.

On se souviendra de la scène devenant un aquarium dont on voit flotter la surface, encombrée de bulles et de déchets de crustacés, de l'ombre du violoncelle sous la cloche installée à cour, basculant comme un coquillage dont il serait la perle, du premier violon jouant en haut à jardin, d'un feu d’artifices au-dessus de la ville, d'une architecture futuriste dont Chula serait le soleil, et de la clown, réfugiée sous son parapluie à l’instar de Marie Poppins, se protégeant de la pluie, place qu’occupera à la fin la chef d’orchestre.

On se souviendra aussi de multiples autres moments parce que les thèmes abordés, en particulier l’altérité, la confiance en soi, et dans les autres, l’amour bien évidemment, mais encore la notion d’entraide, l'écologie, chaque tableau étant traité avec un rapport au public extrêmement soigné et pensé.

Nous avons applaudi régulièrement avec force croyant que le spectacle était terminé, surpris de constater qu’un nouvel épisode s’enclenchait. Il y eu ainsi plusieurs rebondissements. Le plus surprenant fut le moment où Chula distribua des fleurs, choisit quatre spectateurs dans le public et en fit des musiciens.

Son visage apparaissait parfois en gros plan, petit miracle de la technologie.

Je ne remarquera qu'au dernier instant le slogan, caractéristique de l’esprit mexicain : vivir es incréidible, signifiant, au cas où on n'aurait toujours pas compris le message qu'il est un hommage à la vie, tout simplement et qui résonne avec force, comme un SOS qui nous est lancé.
The Sound of Silence
Alondra de la Parra direction artistique et musicale
Gabriela Muñoz Chula the Clown
Orchestre Pasdeloup
Yorrick Troman premier violon
Rolando Fernandez violoncelle solo
Rebekka Dornhege Reyes costumes
Mariona Omedes vidéo 

Programme musical :
Debussy The Little Shepherd, extrait de Children’s Corner
Bartók Concerto pour orchestre (2e mouvement)
Rimsky-Korsakov Le Vol du bourdon
Debussy La Mer (1er mouvement)
Jimbo’s Lullaby, extrait de Children’s Corner
Hamilton In the Belly of the Whale
Weber-Berlioz Invitation à la danse (extrait)
Massenet Méditation de Thaïs
Sibelius Concerto pour violon (3e mouvement)
Prokofiev Symphonie no 1 op. 25 (1er mouvement)
Symphonie no 5 op. 100 (2e mouvement)
Ibarra Las Antesalas del Sueño
Brahms Symphonie no 3 op. 90 (3e mouvement) 

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