samedi 30 avril 2022

Faire corps de Charlotte Pons

Faire corps est le second roman de Charlotte Pons et le moins qu’on puisse dire est qu’il est très touchant. Sandra accepte de porter l’enfant de (à moins qu’il ne faille dire pour ?) son ami d’enfance Romain et son compagnon Marc après leur échec dans le parcours si complexe de la GPA (Gestation Pour Autrui) suivi à grands frais aux USA puisqu’elle reste interdite en France.

On pourrait dire qu’elle ne le fait pas par gaité de coeur. Parce qu’elle n’a jamais eu de désir d’enfant. Parce qu’à la quarantaine elle croyait la question résolue. Parce que mettre en route une nouvelle vie la confronte encore plus cruellement à la perte de son frère, décédé tragiquement et dont le souvenir s’imposera régulièrement, avec ce qui l’accompagne de culpabilité. Parce que ses rapports avec sa mère dépressive ne l’ont pas rassurée sur sa capacité à devenir une bonne mère. Parce que jusqu’à présent elle a l’impression de ne vivre à peine que 0,01% de ce que le monde peut offrir (p. 56).

Alors pourquoi se laisse-t-elle convaincre ? Par amitié ? Par empathie ? Pour l’argent ? Par défi ? Le lecteur suivra plusieurs pistes au cours d’un trajet de presque un an qui prend parfois des allures de thriller psychologique. Sandra partage avec nous les bouleversements que subit son corps et qu’elle n’avait pas soupçonnés. Si le sujet a été admirablement, et si pudiquement traité au théâtre par Pauline Bureau à la rentrée dernière avec Pour autrui, je n’avais pas eu l’occasion de le découvrir en littérature. Il faut d’ailleurs souligner que c’est un sujet de société particulièrement sensible et clivant. Car tant que les lois de bioéthique ne seront pas en accord avec la réalité les gens devront se débrouiller.

On a souvent lu des textes fouillant le désir de maternité, que certains qualifie d’instinctif quand d’autres affirme qu’il n’est pas du tout automatique. Des hommes se sont aussi exprimés à propos de la paternité. Mais la parentalité est moins étudiée. Romain, qui a lui aussi quarante ans, vit la situation plus intensément que Marc, âgé de vingt ans de plus, et habitué à y renoncer puisque le combat prioritaire était de faire admettre son homosexualité.

Charlotte Pons n’a pas opté pour une vision romancée de la grossesse. Elle devient ici presque un challenge, au moins un devoir pour celle qui se sent comme une terre grasse et féconde honteusement laissée en jachère. Je me sentais coupable. Et pourtant il n’était pas dit que je puisse (p. 34).

Bien que raconté du point de vue de Sandra, le récit nous permet de suivre indirectement l’évolution du couple d’amis, en particulier de Romain qui, après avoir vu la femme comme un ventre, basculera dans un rapport de domination qui supplantera leur amitié.

Des souvenirs de sa propre enfance et des rapports que Sandra a entretenu surtout après la mort de son frère, avec sa mère,  aujourd’hui décédée, vont remonter à la surface, l’inquiéter, voire l’effrayer. Il y a de quoi étant donné la violence de certaines scènes qu’elle nous raconte (p. 214). Alors qu’il n’est a priori pas question qu’elle soit, après la naissance, la maman de cet enfant destiné à d’autres, elle ne peut s’empêcher de se demander quelle mère on peut être quand on a été confrontée à la folie de la sienne.

Sans spoiler la fin j’ai aussi pensé au film de Michel Franco Les Filles d'Avril réalisé en 2017 par Michel Franco avec Emma Suárez et Ana Valeria Becerril qui se déroule au Mexique. On y voit une adolescente débordée par la naissance de l’enfant qu’elle a eu volontairement avec son petit ami alors que sa mère prend un ascendant monstrueux sur elle, son couple et cet enfant. A la fin du film la toute jeune femme a une réaction proche de celle de Sandra.

Charlotte Pons évite les écueils du pathos et de la leçon de morale. Son écriture moderne, souvent nerveuse, n’occulte rien. Les dialogues sont terriblement vivants. Ses réflexions sur le commerce du corps humain (p.60) sont loin de toute naïveté. Elle laisse son personnage chercher sur Internet des réponses à des questions existentielles qu’elle finira par trouver en elle.

Qu’est-ce que ça va changer de porter la vie ? A-t-elle songé à tous les risques d’attachement depuis qu’elle héberge un foetus-clandestin, comme elle le désigne elle-même ? Sandra est régulièrement effarée par le cours de ses pensées. Dans mon coeur, sans même être né, l’enfant avait supplanté mon ami (p.201).

Se serait-elle trompée en affirmant au début du livre : Neuf mois et puis s’en vont, comme on fredonnerait une comptine ? Pourra-t-elle donner la vie sans devenir mère ? C’est si juste qu’on se demande quelle est la part de vécu dans ce qui est malgré tout un roman. L’auteure s’est beaucoup documentée et elle est la mère de deux enfants, ce qui explique aussi la justesse de ton à propos de la grossesse.

Charlotte Pons a passé huit ans au sein de la rédaction parisienne du site web du Point comme journaliste culture où après avoir surtout corrigé l’orthographe et la syntaxe des rédacteurs (comme son héroïne) elle deviendra chef d'édition. Elle a créé en 2016 les ateliers d'écriture Engrenages & Fictions. Elle est aussi l’autrice d’un premier roman, Parmi les miens (Flammarion, 2017) dans lequel elle traitait déjà un sujet concernant la revendication à disposer de son corps à travers la fin de la vie et l’euthanasie.

Faire corps de Charlotte Pons, Flammarion, en librairie depuis le 24 février 2021

vendredi 29 avril 2022

debout dans l’eau de Zoé Derleyn

J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le premier roman de Zoé Derleyn. Elle nous embarque dans le cerveau fertile en imagination, à la limite de la mythomanie comme peuvent l’être les enfants qui découvrent la vie, d’une petite fille pas difficile, qui joue toute seule (p.26) et qui pourtant ne cesse de ruminer ses pensées, assise en face des vaches.

Je suis assez d’accord avec le résumé de debout dans l’eau, et qui figure en quatrième de couverture :
La narratrice, une enfant de onze ans, vit chez ses grands-parents, dans le Brabant flamand. Sa mère l'a abandonnée des années auparavant. C'est l'été dans cette vaste maison bordée d'un étang et d'un magnifique jardin. Le grand-père est en train de mourir dans une des chambres à l’étage, visité chaque jour par une infirmière. Cet homme autoritaire, distant, intimidant, est l'ombre manquante dans le jardin, espace de prédilection où sa petite-fille l'assistait dans ses occupations. Alors que la mort approche, autour de la fillette prennent place les différents protagonistes de ce lieu où la nature est souveraine : ses grands-parents bien sûr, les trois chiens, un jeune homme qui s'occupe des gros travaux, une baleine qui un jour a surgi dans l'étang. Elle rêve aussi d'un ailleurs qui pourrait être l'Alaska, la mer des Sargasses ou les Adirondacks.
Je n’aurais par contre pas dit que cette oeuvre "interroge avec subtilité la manière dont se construit une filiation". Car la petite ne semble pas tant que ça souffrir de sa place. Elle a appris au fil du temps à se faire invisible, sans doute pour mieux surprendre les conversations des adultes et apprendre à les interpréter. Elle travaille aussi à maîtriser ses émotions, tente de sublimer l’ennui, en y parvenant parfois, et s’interroge sur l’intérêt de s’endurcir.

Cette gamine, qu’on pourrait dire abandonnée comme un des chiens du foyer, se forge une personnalité dont la construction nous est décrite la perfection, en une langue économe de mots mais pas d’images, par une auteure qui va être intéressante à suivre. Une simplicité émane de ce premier roman dont le titre s’écrit sans D majuscule. Avec une illustration de couverture qui ne se décrypte pas immédiatement et qui célèbre l’omniprésence de la nature, surtout l’étang, d’où le titre. A cet égard on pourrait établir un parallèle avec la manière dont Zoé Cosson revient sur son enfance et décrit le village d’Aulus, qui est un autre roman de la sélection 2022 des 68 premières fois. Tous deux dégagent une nostalgie comparable.

Il est fréquent d’écrire à propos des adolescents, moins sur l’enfance, et il faut souligner cet aspect du roman que Zoé Derleyn dédie à sa propre fille. Elle avait publié un recueil de nouvelles en octobre 2017 aux éditions Quadrature, Le Goût de la limace, lauréat du prix Franz De Wever 2018, décerné par l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. 

debout dans l’eau de Zoé Derleyn, Le Rouergue, en librairie depuis le 5 mai 2021
Mention spéciale du jury au Prix Libbylit 2022

jeudi 28 avril 2022

Et de 3 pour Chartier, le client a le choix !

Qui ne connait pas Chartier ne connait pas Paris !

Il y a depuis 2007 l'établissement des Grands Boulevards, au coeur de la vie culturelle parisienne. A suivi Montparnasse en 2019 dans un cadre magnifique. Voici le troisième, lui aussi juste en face d'une gare, celle de l'Est.

On y retrouve les fondamentaux qui sont la "marque" Chartier, des assiettes siglées du nom en rouge, les verres à eau Duralex, et leur version miniature pour le café, une panière en plastique pour le pain, des nappes en papier sur lesquelles on écrira la commande et fera l'addition.

La carte est imprimée tous les jours, donc susceptible de petits changements au fil des saisons mais elle est identique dans les trois maisons.
Elle comportera toujours, sauf cas de force majeur, les carottes râpées, le céleri rémoulade, la terrine de campagne, les escargots et inévitablement l'oeuf mayonnaise, même si je remarque que sa présentation a évolué depuis mon dernier repas.
Le décor demeure fidèle à l'esprit 1900. Il a été rafraichi par Pierre Canot tout en conservant l'essentiel.
J'ai en effet reconnu plusieurs éléments que j'avais remarqué dans le restaurant qui s'appelait auparavant Batifol, comme cet ancien central téléphonique et les immenses affiches publicitaires vantant les apéritifs régionaux.
Côté boissons, on peut toujours se rafraichir d'un pichet de sangria. Le choix de vins est large, y compris en formule carafe avec un Chardonnay, un Rosé ou un Merlot, tous IGP, à consommer en toute modération cela va de soi.
Les plats sont ceux qu'on s’attend à trouver dans une brasserie : le petit salé aux lentilles, le boeuf bourguignon, l'andouillette, la choucroute, le boudin noir, mais aussi le pied de porc "Félicie" grillé, constitué essentiellement de petits os mais qu’on ne se lasse pas de dépiauter.
Les amateurs de poisson se régaleront d'un bar rôti au four et sa poêlée de légumes. Et si vous aimez les frites vous serez tout autant ravis.
Il faut garder une place pour ke dessert auquel la carte accorde une place importante. Si la profiterole "Chartier" demeure incontournable, elle est talonnée par le Baba au rhum’ somptueusement imbibé, moelleux à souhait, accompagné d’une Chantilly mousseuse qui m’a directement fait plonger dans mes souvenirs d’adolescence quand ma mère le présentait à la fin du déjeuner dominical.
S'il n'y a pas de formule "menu" la carte comporte une suggestion entrée-plat-dessert aux alentours de 15€ qui confirme la promesse de rendre la restauration accessible au plus grand nombre à un prix raisonnable.

Telle était la motivation de Pierre Louis Duval, un boucher qui, en 1860, inventa le concept de Bouillon que les frères Camille et Fréderic Chartier ont ensuite développé à partir des années 1896 avec le tout premier de Montmartre. Désormais, ce sont Gérard et Christophe Joulie qui assurent la continuité.

Rien d'étonnant à ce que la clientèle attende l'ouverture des portes dès 11 h 30. L’établissement ne reprend pas de réservation mais la salle est vaste et le service efficace et continu jusque minuit.

Bouillon Chartier
5, place du 8-Mai-1945 (face à la gare de l’Est), Paris 10 ème
Ouvert tous les jours - Téléphone : 01 42 05 20 02

Autres Chartier 7 rue du Faubourg Montmartre 75009
et 59 boulevard du Montparnasse 75006 Paris

mardi 26 avril 2022

Aux amours de Loïc Demey

Aux amours n’est ni premier, ni roman. Mais il a été glissé dans la sélection 2022 des 68 premières fois qui, cette fois-ci, fait grande la place accordée aux œuvres poétiques, pressentant sans doute combien la poésie pourrait nous aider à supporter la folie des hommes.

Loïc Demey y exprime l’attente d’une femme en une phrase immense comme un lacet. La route est longue et donne l’occasion de traverser tous les paysages imaginables, le moindre lieu insolite … La quête est obsessionnelle, les motifs sont inépuisables.

Je l’ai lu une première fois, en perdant mon souffle. Alors, je suis descendue dans mon jardin pour le relire, espérant qu’un cadre bucolique serait plus propice pour apprécier cette prose. J’ai failli photographier le livre sur un fond de dents-de-lion dont il évoque les fleurs (p. 14) mais j’ai fait plus tard le choix d’une oeuvre de Paul Klee.

J’avais bien entendu reconnu l'illustration de couverture avec une huile sur toile intitulée Ciel rouge peint en 1954 par Nicolas de Staël, ce que je suppose loin d’être anecdotique parce que le peintre fut très lié avec des poètes, en particulier René Char. Celui-ci choisit treize poèmes en prose (issus du Poème pulvérisé, paru en 1947) pour accompagner des gravures de Nicolas de Staël.

Poussé par le besoin de lumière, l’artiste s’installera durant l’été 1953 dans le Vaucluse où il rencontrera Jeanne, une femme mariée dont il tombera fou amoureux. Elle deviendra sa muse et son modèle. Hélas pour lui, elle finira par rompre. Le 16 mars 1955, après avoir tenté en vain de se suicider la veille en absorbant un barbiturique, Nicolas de Staël se jettera dans le vide. On pourra avoir une pensée pour Les envolés d’Etienne Kern, livre qui appartient à cette même sélection des 68.

Lise tarde à se montrer. Loïc Demey interroge en une phrase unique de cent pages tous les chemins qu’il faudrait emprunter pour "la" trouver en répétant régulièrement comme une ritournelle "quand je ne sais rien de vous ne connaissez rien de moi" La rencontre aura-t-elle lieu ? On se doute que nous ne sommes pas dans un roman feel-good. L’homme aura beau trépigner et s’agiter, son impatience tournera à la désillusion et la femme restera Invisible.

Loïc Demey est né en 1977 à Amnéville, près de Metz. Il vit en Lorraine, à Hagondange et enseigne l'Éducation Physique et Sportive dans un collège mosellan depuis une dizaine d'années. Il doit avoir l’habitude des courses de fond. Nous ne sommes pas égaux en ce domaine. Je me suis laissée distancer alors que que l’auteur sillonnait monts et vaux sans ménager ses pas.

J’ai pourtant tenté de lire ses mots comme on écoute une musique. En me laissant porter. Certes la prose est belle, très. Mais je me suis perdue de nouveau …

Je suis encore une fois déçue d’être amputée de la découverte d’un premier roman (ce qui est tout de même la promesse des 68) avec cet ouvrage qui n’est ni premier, ni roman. L’auteur s’est inspiré lui aussi de Baudelaire, avec toutefois plus de légèreté que Clémentine Beauvais avec Décomposée pour revisiter au final le mythe de l’Arlésienne ou composer un hommage aux amours désespérés de Nicolas de Staël.

Aux amours de Loïc Demey, chez Buchet Chastel, en librairie depuis le 11 mars 2021
Livre photographié sur le Paysage à l’enfant de Paul Klee (1923)

samedi 23 avril 2022

Kérosène d'Adeline Dieudonné

Est-ce parce qu'il est sorti le 1er avril (mais de l’année dernière) qu‘il faut considérer Kérosène comme une farce ? J’ai récemment reproché à un auteur de ne pas suffisamment me faire croire en l’histoire qu’il raconte. Et je m’apprête à plébisciter le roman d’Adeline Dieudonné alors que je n’ai pas cru un instant au scénario qu’elle a tricoté. On va penser que je me contredis en osant affirmer mon plaisir de lecture.

C’est pourtant simple. J’aime que les choses soient claires. Je peux croire momentanément à une histoire que je sais être totalement inventée si on ne me balade par avec des faux-semblants.

Adeline Dieudonné va encore plus loin que dans La vraie vie pour dénoncer -certes à sa manière- les rapports de force et de prédation qu’elle conjugue de toutes les manières imaginables, entre parents et enfants, hommes et femmes, humains et animaux, en tordant le coup à de nombreuses idées reçues comme celle de la gentillesse des animaux envers les humains si j’en crois l’horrible mésaventure de Victoire. Elle accorde une place quasi égale aux genres humain et animal en insufflant une certaine porosité entre les deux.

Certes les situations et les paroles sont souvent trashs et violentes, mais ce qui m’a le plus marquée c’est l’immense solitude dans laquelle se noient presque tous les personnages, et bien sûr la fugacité du bonheur, pour lequel l’animal n’est pas plus chanceux que l’homme.

Elle abolit la frontière entre bestial et humain, et les animaux semblent souvent plus humains que les hommes et les femmes. Il y a des pages terribles, Monica, soustraite à une maternité classique, qui deviendra faiseuse d’anges, et cherchera l’endroit idéal pour terminer sa vie, sans porter préjudice à personne, en songeant à Romain Gary, lequel justifiait sa décision en disant : Je me suis enfin exprimé entièrement (p. 207).

On perçoit combien l’auteure est obsédée par la fin de la vie, surtout quand elle n’est pas maîtrisée (ce qui fut le cas quand elle écrivait ce livre, sachant que les personnes âgées s’éteignaient loin de leur famille dans les Ehpad pour ne pas risquer de les contaminer par le Covid) : Il n’existe pas de luxe plus grand que celui de choisir le jour de sa mort. La dernière bouche qu’on embrasse, le dernier regard qu’on échange. Les bras qui nous serrent au moment de partir.

Elle dénonce toutes les formes d’exploitation, y compris celle de la jeune Philippine, vendant son travail pour donner une vie meilleure à ses propres enfants qui, sans doute, ne la reconnaîtront jamais. Les citations du manuel de l’école Abest (p. 70) destiné aux futures employées de maison sont abominables.

Alors les jaloux de l’immense succès que fut La vraie vie peuvent bien qualifier Kérosène de roman « dégoûtant à vomir », ce ne sont pas les paroles d’Adeline qui sont à dénigrer mais la violence du monde sur lequel on ferme les yeux. Mais je peux comprendre, qu’à l’instar de Juliane, on préfère concentrer le regard sur la télévision (p. 174) tant que cet écran parviendra à éloigner les ténèbres, réchauffer le corps et nous protéger des prédateurs.

Si Kérosène est explosif, c’est bien par les sujets abordés. C’est une excellente idée que de les avoir traités sous forme de nouvelles, tout en parvenant à les lier entre elles, quoique de manière un peu artificielle en faisant se croiser les personnages dans un lieu où tout le monde va, quelle que soit sa position sociale. C’est une station-service autoroutière, et la nuit renforce une atmosphère tragique. Ç’aurait pu être tout autant une sortie d’école ou un supermarché.

L’auteure a le génie des descriptions, en images et en odeurs et celui de rendre plausibles des situations fantastiques ancrées dans la réalitéL’essentiel des trajets des personnages se situent entre le Luxembourg et la Belgique, ce qui apporte pour nous Français une touche d’exotisme décalé car qui sait ce que sont des cuberdons, des lards et des babeluttes (p. 247) que mon correcteur orthographique cherche de toute force à transformer ? Il faut avoir lu Nadine Monfils pour ne pas être surprise. L’univers des deux écrivaines se rejoint d’ailleurs … et leur humour aussi, sans doute en raison de leurs origines belges.

Alors je pardonne quelques erreurs minimes de temporalité lorsque je constate par exemple que le Hummer de Chelly démarre deux fois en trombe (p. 55 et 220) du parking alors qu’il n’y est pas revenu entre temps. Ou encore une autre à propos des pérégrinations de Monica. Rarement un roman aura autant eu la capacité de distraire que de faire réfléchir et mon seul regret est d’avoir attendu un an pour le savourer.

A ceux qui douteraient encore je dirais qu’à l’instar des épinards on n’est pas obligé de finir son assiette mais qu’il faut goûter avant de se prononcer. Il se trouve que j’ai interviewé Adeline Dieudonné pour la radio (Entre voix réécoutable ici) et que je sais combien c’est une femme sensible. Je serai très attentive à ne pas tarder à lire son troisième roman, que j’espère avoir bientôt entre les mains. 

Kérosène d'Adeline Dieudonné, chez l’Iconoclaste, en librairie depuis le 1er avril 2021

mercredi 20 avril 2022

Fuir l’Eden d’Olivier Dorchamps

J’avais énormément aimé Ceux que je suis, et j’ai regretté qu’un contretemps empêche Olivier Dorchamps de venir en parler dans l’émission que j’animais à la radio. Vivre à Londres était une forte contrainte. Je me souviens cependant de la discussion que nous avions eue, bien avant que ce premier livre ne reçoive les nombreux prix dont il méritait d’être honoré.

L’auteur m’avait confié qu’il ne s’inquiétait pas de manquer d’inspiration pour un second car il était déjà écrit. J’étais donc intriguée de le découvrir, tout en préssentant qu’il serait de la même veine. Effectivement  Fuir l’Eden est autant réussi et je vais être vigilante à ne manquer aucun des autres romans qui suivront.

On pense en toute logique à Ken Loach en le lisant parce que tous les deux s’intéressent aux quartiers où la vie est rendue difficile par le déterminisme social. Mais tout en étant un roman très dur, il y a davantage de lumière dans l’univers d’Olivier Dorchamps dont le style est en fin de compte plus comparable à celui d’Eric Pessan qui traite lui aussi des soucis auxquels se heurtent les adolescents, notamment le racisme et toutes les formes de violence. Il est également attaché aux lieux. D’ailleurs j’aurais bien vu Fuir l’Eden en littérature jeunesse et ce n’est pas un reproche, loin de là.
Adam a dix-sept ans et vient de tomber amoureux, là, sur le quai de la gare de Clapham Junction, à deux pas de cet immeuble de la banlieue de Londres où la vie est devenue si sombre. Cette fille aux yeux clairs qui curieusement s’appelle presque Ève (elle se prénomme Eva) est comme une promesse, celle d’un ailleurs, d’une vie de l’autre côté de la voie ferrée, du bon côté. Mais comment apprendre à aimer quand depuis son enfance on a connu plus de coups que de caresses ? Comment choisir les mots, comment choisir les gestes ?
Mais avant tout, il faut la retrouver… 
L’immeuble en question, si je me base sur la photo qui figure en couverture, c’est la très reconnaissable Trellick Tower, réalisée par l'architecte Ernő Goldfinger à Cheltenham Estate dans le quartier de Kensal Green, dans le Nord Ouest de Londres à la demande du Greater London Council. Il a été inauguré en 1972 après 6 ans de travaux. Il a reçu en 1998 le statut de bâtiment classé de Grade II*, mais son idéal n’est hélas qu’architectural.

Ce bâtiment de grande hauteur est caractéristique du style brutaliste, qui était censé s’accommoder de la pénurie de matériau de l’après-guerrre et apporter une réponse émotionnelle positive à la barbarie en privilégiant le béton brut, sans décoration superflue, fuyant le théâtral et la scénographie, sans jamais rien dissimuler aux visiteurs ou aux usagers.

On ambitionnait alors de redéfinir le concept de beauté mais si la résidence londonienne est qualifiée d’Eden par l’auteur (qui je pense l’a déplacé de quelques miles) ce n’est pas le paradis. Ce type d’architecture vieillit très mal, se dégrade et est difficilement réhabilitable. Olivier Dorchamps le choisit à bon escient comme cadre de vie -ou plutôt de survie- pour cette famille qui a perdu son patrimoine avec la crise économique.

On apprend en effet (p. 31) que la valeur de la maison individuelle qu’ils avaient péniblement acquise a chuté de 30% alors que la perte d’emploi du père rendait impossible le remboursement intégral des dettes. Il fallut vendre la maison sans parvenir à éponger l’emprunt, ce qui provoqua une dette supplémentaire. La spirale de la misère, l’alcool, le chômage sont décrits en quelques phrases qui sont terribles car elles dépassent le cadre de la fiction. On se doute que c’est le quotidien de nombre d’anglais, victimes du thatchérisme, et ce n’est pas le Brexit qui arrange la situation. Le roman est très politique à divers aspects en démontrant les conséquences sociales de ces choix de société.

Le quartier est un personnage à part entière, bordé par des maisons bourgeoises d’un côté de la voie ferrée, et de l’autre par des HLM où vivent des anglais très pauvres et des immigrés, parmi lesquels une communauté polonaise qui évolue en vase clos. On découvre leurs usages à travers Pawel, un des deux meilleurs amis d’Adam. La question de l’identité culturelle est un des sujets de prédilection de l’auteur qui apparaissait encore plus fortement dans son premier roman. Ici elle se double de la question de l’identité sociale.

Le troisième copain est Tadalesh, dit Ben, un garçon d’origine somalienne en passe de devenir artiste de street-art. Les trois potes sont un bel exemple de solidarité intercommunautaire en se protégeant mutuellement des risques de la drogue et des embrouilles qui peuvent surgir dans un environnement aussi dur que leur quartier. L’amitié est une valeur avec laquelle on ne transige pas.

C’est Adam qui prend la parole pour raconter l’histoire familiale, donner sa perception des choses et témoigner combien il protège sa petite soeur, en l’épargnant d’une réalité qu’il estime trop dure. Le garçon prend sur lui pour faire face mais rien ne le console de la perte de leur mère, faute à la violence de son père qu’il désigne comme l’Autre.

Pourtant il n’a pas perdu tout espoir que sa mère revienne un jour, analysant son départ comme une fuite salutaire que, du coup, il pardonne. Par contre sa soif de vengeance envers l’Autre est immense, malgré les valeurs éducatives positives qu’il a reçue de sa grand-mère pendant les quelques années où elle est venue habiter chez eux. Et les conseils de Claire, la vieille irlandaise aveugle à qui il fait la lecture.

Avant de partir sa mère, malheureuse de ne pas exister aux yeux des clients du supermarché où elle était caissière, lui avait extorqué une promesse (p. 32) : Promets-moi que, quand tu seras grand, personne ne sera invisible à tes yeux. C’est pire que le mépris. Pire que les coups.

Est-ce pour cela qu’il est si attentif aux autres et qu’il remarque (p. 34) Une fille invisible au rouge à lèvres discret qu’il sauvera d’une tentative de suicide ? Il y a pourtant des choses qui lui ont échappé et que le lecteur découvrira plus loin (p. 182) quand Olivier Dorchamps laissera sa soeur Lauren s’exprimer dans un chapitre unique et révéler de nouvelles violences.

Les romans parlant de violences conjugales ou familiales sont nombreux. Celui-ci est particulier en ce sens qu’il démontre pourquoi on peut les subir : Ce n’est pas par faiblesse que ma mère se laissait abuser; elle réfugiait sa liberté dans un coin de son esprit (p. 124). Et on sera d’accord avec lui pour estimer qu’ Il n’y a pas de coupable dans cette histoire. Il n’y a que des victimes (p. 251).

On va suivre l’évolution d’Adam avec l’espoir d’un avenir meilleur. Mais les choses ne tourneront pas comme il l’escomptait. L’auteur nous laisse imaginer la fin, qu’il laisse ouverte.

Je ne sais pas si on pourrait situer un scénario comparable dans la Cité radieuse de Marseille, construite par Le Corbusier un peu avant la Trellick Tower. Elle aussi revendique son appartenance au brutalisme. Plusieurs petits films récents la présente comme un paradis inscrit depuis 5 ans au patrimoine mondial de l’Unesco. Loin de l’image que l’Eden dégage dans ce roman.

Olivier Dorchamps est franco-britannique. Issu d’une famille cosmopolite, il a grandi à Paris et vit à Londres d’où il a choisi d’écrire en français.Il pratique l’humour, l’amitié et la boxe régulièrement.

Fuir l’Eden d’Olivier Dorchamps, Finitude, mars 2022
Sélection Prix des Lecteurs de la Maison du Livre
Sélection Prix du roman Coiffard
Sélection Prix Louis Guilloux
Livre photographié sur Air ancien de Paul Klee (1925)

lundi 18 avril 2022

Aristocrats film japonais réalisé par Yukiko Sode

Aristocrats (あのこは貴族, Anoko wa Kizoku) est un film japonais réalisé par Yukiko Sode et sorti en 2021 au Japon (mais seulement cette année en France), élu film japonais de l'année 2022. C’est dire combien on espère découvrir un film exceptionnel.

J'ai un avis partagé. Les images sont magnifiques et on plonge dans cette société japonaise dont on sous-estimait l'importance du poids des classes sociales à notre époque parce qu’on a entendu dire -à tort- qu’il n’y avait pas de classes sociales au Japon.

Ce qui m’a dérangée c'est que les sentiments sont très peu évoqués, que ce soit dans le sens de ce que les parents exigent ou en rébellion à la famille, mais cela peut être considéré comme un des charmes du film. Il faut dire que je l’ai vu après les Contes du hasard et autres fantaisies qui sont un bijou d’introspection.

On dénonce les mariages arrangés en Afrique. Ici c’est au Japon que cela se passe mais la manière qu’aura la femme de prendre les choses est totalement différente de ce qu’on a déjà vu dans le domaine. D’abord parce que Hanako est trentenaire et qu’elle est issue d’une famille, riche et traditionnelle. On la verra tenter diverses expériences qui la confronteront à des milieux sociaux différents du sien.

Un jour elle est présentée à celui qui semble « cocher toutes les cases ». Il est beau, intelligent, riche, et très bien éduqué, respectueux à l’égard de sa personne, bref, un vrai aristocrate. Sauf qu’elle découvrira après le mariage qu’il entretient depuis longtemps une relation ambiguë avec Miki, une hôtesse récemment installée à Tokyo pour ses études. Les deux femmes vont faire connaissance et s’apprécier l’une l’autre, malgré leurs différences sociales.

Hanako est au premier plan sur l'affiche, mais dominée par Koichiro. On ne voit presque que cet homme. Comment exister dans un tel contexte ?

Le spectateur comprend qu’à Tokyo il n’y a pas que les quartiers qui sont étanches. La société est divisée en classes qui ont un comportement plutôt sectaire. Les fractures sociales et culturelles sont très marquées et ne sont pas près de reculer en raison de la propension à s’unir entre soi. Ce phénomène est renforcé par la volonté des parents que leurs enfants demeurent dans le même niveau social que le leur.

N’ayant pas lu le roman de Mariko Yamauchi dont est tiré le scénario il est difficile de juger la fidélité de l’œuvre comme sa qualité mais j’aurais apprécié que la psychologie des personnages soit davantage travaillée. Sans être antipathique on ne peut pourtant pas avoir beaucoup d’empathie pour l’homme. Quant à la femme, elle dégage insuffisamment de personnalité pour qu’on se sente proche d’elle. Il n’y a guère que Miki, la jeune provinciale, qui soit réellement touchante dans sa volonté d’émancipation et sa quête de liberté.

Il est probable que je n’ai pas saisi toutes les subtilités des coutumes, notamment celle de la fête des poupées dont je n’ai pas la clé pour l’interpréter. J’ai remarqué que les codes de conduite étaient différents selon que l’on dînait dans la haute bourgeoisie ou dans un milieu populaire où chacun pioche dans un Tupperware. J’ai aussi noté, et sans surprise, que l’une se déplaçait en taxi, l’autre à bicyclette.

Mais ce qui m’a frappé le plus, et qui est probablement intentionnel chez la réalisatrice, née au Japon en 1983, c’est de montrer que les femmes sont les premières victimes, quel que soit leur milieu social. La montée du féminisme est sans doute plutôt récente dans ce pays encore gouverné par une immense majorité masculine.

Parallèlement à la lente évolution d’Hanako on remarque la progression plus rapide de personnages secondaires. Itzuko, son amie violoniste est elle aussi née dans une famille très bourgeoise mais vivre souvent à l’étranger lui a ouvert les yeux. Kuhata, qui elle est l'amie de Miki à l'université, est pleine de vitalité et de projets. Malgré les embûches elle va tenter de se faire une place au sein de la société japonaise. Au final le film dépasse largement le périmètre induit par son titre.

Aristocrats réalisé par Yukiko Sode
Avec Mugi Kadowaki (Hanako), Kiko Mizuhara (Miki), Kengo Kora (Koichiro), Shizuka Ishibashi (Itsuko), Rio Yamashita (Rie)
Présenté au festival international du film de Rotterdam et au Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo 2021 où il obtient le Soleil d'Or et le Prix du Jury.
En salles depuis le 30 mars 2022

dimanche 17 avril 2022

La lumière était si parfaite de Carène Ponte

Les lectures se suivent et ne se ressemblent pas. Je serais probablement passée à coté de La lumière était si parfaite si ce roman ne figurait dans la sélection du Grand Prix des Lecteurs 2022 que m’adressent les éditions Pocket.

Et pourtant Carène Ponte n’en est pas à son coup d’essai. Après s’être autocensurée pendant des années elle s’est mise à écrire, et a publié 9 livres en 5 ans.

Elle ne va pas chercher loin son inspiration qu’elle puise dans le quotidien, lequel offre des possibilités infinies de fiction. Sa plume est légère mais précise et fait mouche à chaque page.

Elle a beau se situer dans l’univers du feel-good, autrement dit de la littérature qui a une fin heureuse, cela ne l’empêche pas d’aborder des sujets graves et sérieux. Dans celui-ci, elle traite du risque de s’oublier quand on est victime de surcharge mentale. Être femme au foyer peut confiner à la prison sans qu’on y prenne garde. Il faut réfléchir à ce que masque par exemple l'interrogation apparemment sympathique comme Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ? suggérée au moment de la préparation du repas familial … comme si sa responsabilité incombait strictement et uniquement à "la maîtresse de maison" alors qu'en fait c'est celle de tous.

Voilà le genre de proposition assassine que Carène a l'art de nous mettre sous le nez. Du coup, on réfléchit. Elle tord aussi le cou à plusieurs idées reçues dans ce roman qui apporte un peu de fraicheur dans nos ciels moroses.

J'ai tout de suite songé à la photographie en découvrant le titre et je dois dire que ce n'était pas une fausse piste. pour le reste, les surprises étaient régulières. J'ai beaucoup aimé voyager avec Megg, sa délicieuse copine et même son ado rebelle. J'ai remonté le temps en leur compagnie à la recherche du passé surprenant de la mère de l'héroïne.

J'ai maintenant envie de lire les précédents ouvrages de l'auteure, qui sont tous parus en poche chez Pocket  comme Tu as promis que tu vivrais pour moi, Avec des Si et des Peut-être, D’ici là, porte-toi bien. La jeune femme tenait le blog Des mots et moi (il me semble qu'elle ne poste plus, logique vu le nombre de livres qu'elle publie) et fut lauréate du Prix e-crire au féminin.

La lumière était si parfaite de Carène Ponte, paru chez Fleuve Editions le 15 avril 2021 puis en édition Pocket le 7 avril 2022

vendredi 15 avril 2022

Je suis la maman du bourreau de David Lelait-Helo

Je suis la maman du bourreau est une phrase de confession prononcée par Gabrielle de Miremont (p. 160) qui ne surprend pas le lecteur puisqu’elle était prévisible dès les premières lignes.

Il n’empêche que le roman de David Lelait-Helo se découvre comme un thriller psychologique. Je ne peux pas revendiquer un « plaisir » de lecture, étant donné la gravité du sujet, mais je peux dire que je l’ai lu sans relâcher mon attention. Avoir tout compris des évènements ne retire en rien à la qualité du récit. Et le parti-pris de donner la parole à la famille, ici la mère, plus encore qu’à la victime (même si elle a toute sa place) fait de ce roman un objet différent de ce qu’on a déjà lu à propos de pédophilie dans le milieu catholique.

La construction est remarquable et je ne suis pas surprise que cette oeuvre soit en lice pour plusieurs prix littéraires.

Le portrait qui nous est fait de cette nonagénaire, figée dans l’austérité de la vieille aristocratie catholique dont elle est l’incarnation, est si parlant qu’on a le sentiment au fil des pages de rencontrer cette femme en chair et en os. On la déteste bien évidemment d’abord pour sa suffisance avant d’éprouver une espèce de compassion, dont on a bien compris qu’elle n’est que le résultat de l’évolution du personnage selon la volonté de l’auteur.

David Lelait-Helo, qui par ailleurs excelle dans la biographie de personnalités célèbres (comme Dalida, Eva Perón, Maria Callas, Barbara et Romy Schneider) nous offre là une trajectoire de femme sur laquelle nos a priori vont vaciller.

Le récit commence avec fermeté. Je sus alors que mon fils serait l’âme de mon âme plutôt que la chair de ma chair. Je sus que Dieu était son père et que mon fils Le servirait. L’ai-je su ou décidé ? Peu importe puisque, au final, cela revient au même. (…) Mes filles dont j’avais oublié l’instant de la conception allaient perdre leur mère puisque j’aurais bientôt un fils. J’ai porté trois enfants. Deux n’ont fait que passer, le troisième est resté en moi, accroché à moi. Deux ont logé dans mon ventre, le dernier dans mon âme. Mon fils. Mon amour, mon Dieu. Ma chute (p. 22).

A la découverte des actes commis par ce fils tant adoré, on pourrait la croire humiliée et arrogante, réfutant ce qu’elle imagine pourtant alors n’être que pure calomnie. Mais non. Elle assumera ce qu’elle estime être sa part de responsabilité. Et elle le fera jusqu’au bout, dans le but de participer à une sorte de justice restauratrice à l’égard de la première victime. J’y ai vu quelque chose de semblable à ce qui est démontré dans le film de Sylvie Audcoeur, Une mère, bien que le thème soit radicalement différent. Il y a néanmoins de part et d’autre une proximité de réflexion sur la maternité.

On suit l’évolution de Gabrielle, qui porte le prénom d’un ange, en assistant à quelque chose qui s’apparente à une révélation, laquelle vient en contrepoint de celle qui a été à l’origine de sa foi. Nos vies sont de bien étranges choses dont on ne sait pas toujours quoi faire.– Hadrien, je ne me suis jamais posé la question du bonheur, encore moins celle du plaisir. J’élevais mes enfants, je faisais honneur à mon mari, j’adorais Dieu. La partition avait été écrite ainsi et je n’ai jamais pensé à faire le bilan de ma vie.– Jusqu’à aujourd’hui ?– Jusqu’à votre aveu, jusqu’à cet effondrement. L’abjection qu’a commise mon fils enlaidit toute mon existence. Plus rien de ce que j’ai construit n’a de sens ni de raison d’être (p. 141).

Cette femme pourra-t-elle se défaire de cette posture interdisant l’expression des émotions ? L’honneur est-il une question de réputation ? Le roman aurait pu s’intituler Une femme d’honneur (si l’expression n’avait pas déjà été utilisée).

Il n’y a guère que la couverture qui ne m’ait pas vraiment séduite. J’aurais plutôt vu un panier de raisins qu’une pomme, dont la signification est très cliché. Reconnaissons que ce n’est qu’un minuscule détail.

Né en 1971 à Orléans, David Lelait-Helo est aussi l’auteur de nombreux romans dont Poussière d’homme. Il vit à Paris. Je l'avais rencontré en Avignon, pendant le festival de juillet 2019, le soir de la Première de la pièce au Théâtre du Chien Qui Fume, Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri, dont j'avais autant apprécié le propos, le texte, la mise en scène de Virginie Lemoine et le jeu de Didier Constant. Il y avait beaucoup d'émotion ce soir là. L'auteur était autant touché que touchant. Nous avions discuté agréablement de son travail et de ses passions.

Je suis la maman du bourreau de David Lelait-Helo, éditions Héloise d'Ormesson, en librairie depuis le 13 janvier 2022
Lu en version numérique
Première sélection du Prix Orange du Livre 2022

mercredi 13 avril 2022

Contes du hasard et autres fantaisies de Ryusuke Hamaguchi.

Ceux qui ont vu Drive my car auront été sensibles à la réalisation de Ryusuke Hamaguchi. Son dernier film, Contes du hasard et autres coïncidences est un nouveau chef d'oeuvre de sensibilité, et ce n'est pas si fréquent, un hommage à la femme japonaise dont il célèbre la liberté.

Trois épisodes se succèdent, réinventant le triangle amoureux dans le premier, offrant dans le second une tentative de séduction qui ne se passera pas comme prévu et enfin dans le dernier des retrouvailles qui auront le parfum d'une nouvelle rencontre (mais on pourrait tout autant dire le contraire).

Le point commun entre Magie ?, La Porte ouverte et Encore une fois est la nécessité de faire un choix décisif pour la suite de sa vie. Et la décision appartient toujours à la femme.

Le réalisateur combine les mots et les images. Je ne serai pas originale en disant que ce travail évoque le cinéma d'Eric Rohmer. Pas davantage en pointant que le nombre de trois n'est pas anodin. Pourtant je ne suis pas certaine qu'il soit totalement signifiant puisque ces trois histoires ont été conçues comme les trois premières d’une série de sept ayant pour thème "coïncidence et imagination", qui est la traduction littérale du titre original Guzen to sozo.

C'est l'association de ces deux aspects qui est particulièrement réussie car l'imagination potentialise ce qui ne serait qu'un hasard, heureux ou malheureux qui pourrait passer quasiment inaperçu, ou en tout cas n'avoir aucune conséquence. D'autant qu'en matière de fantasme chaque personnage a sa manière d'interpréter les choses.

Alors que Drive my car nous faisait traverser le Japon nous restons ici à Tokyo, dans une ville très urbaine dont les paysages ne prêtent pas au romantisme. L'essentiel des rêves est donc intrinsèque au cerveau des protagonistes qui sont confrontés à des choix de vie. Si bien que, même lorsque la scène a lieu en extérieur on se sent au coeur d'un huis clos. Y compris lorsque les deux jeunes femmes de Encore une fois se croisent en empruntant les escalators d'un centre commercial (lequel se situ à Sendai, au nord-est du Japon, où le réalisateur a vécu et dont il se souvenait d'une configuration favorable de croisement).

Ce sont les dialogues qui rythment le film. On a le sentiment qu'il ne se passe pas grand chose et pourtant le bouleversement est immense. Chaque mot pèse : Je ne fais que blesser les gens. j'ai l'impression d'être un produit défectueux … Ce qui est admirable c'est qu'on est entrainé dans le cerveau de chacune des trois héroïnes sans avoir envie de nous soustraire et de penser différemment. Du grand art de la part de ce réalisateur récemment oscarisé !

Contes du hasard et autres fantaisies, en salle depuis le 6 avril 2022
Scénario et réalisation: Ryusuke Hamaguchi
Festival de Berlin 2021
Grand Prix du Jury

mardi 12 avril 2022

Blizzard de Marie Vingtras

Un enfant disparaît et c’est la fin du monde. Sur ce sujet le meilleur livre que j’avais lu jusque là était L’année brouillard de Michelle Richmond. Celui-ci se déroule au bord de la mer alors que l'enfant dont il est question dans Blizzard de Marie Vingtras s'évanouit dans la neige d’Alaska.

Le premier en juillet, le second en hiver. Même point de départ, une seconde d’inattention. Toujours une femme comme responsable (je ne souhaite pas commenter), l’une très intelligente, l’autre qualifiée de folle, aucune des deux n'étant mal intentionnée.

La différence c’est la construction, tout du point de vue de la femme dans l’un, choral dans l’autre. Bref, je ne vais pas comparer. Je veux juste dire que malgré un enthousiasme pour le roman de Michelle Richmond celui de Marie Vingtras m’a totalement embarquée, ce qui montre bien combien il est réussi. Et en plus c'est un premier roman. J’ai envie de crier bravo.

Il neigeait alors que j’ai commencé cette lecture, au chaud, le dos à une cheminée, m’estimant bien privilégiée.

Il n'y a pas de suspense quant à la disparition de l'enfant. Elle intervient immédiatement, alors que la tempête fait rage. Il n'aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main du petit garçon et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s'engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.

Chacun est attachant à sa manière, surtout Bess dont les paroles sont très touchantes : Je sais qu’il faut réserver ses larmes pour ce qui en vaut la peine (p. 50). Elle dira plus tard Le bonheur occupe la première place du classement des choses qui ne durent pas (p. 81).

Avec des peut-être on pourrait refaire le monde. Sauf que les choses tournent rarement comme Bess se les a imaginées (p. 56). On comprendra au fil des pages que la situation est aussi complexe que la météorologie et qu'il est difficile d'y voir clair. Comme le résume parfaitement Cole, chacun a des trucs cachés sous le tapis (p. 104).

La construction de ce huis clos en pleine nature est très réussie. J'ai aussi par moment pensé à deux romans d’Alain Gillot S’inventer une île, parce qu'il y est question d'une disparition d'enfant, et La surface de réparation pour la présence d'un enfant autiste et surdoué. 

Blizzard de Marie Vingtras, en librairie depuis le 26 août 2021

lundi 11 avril 2022

L'Ombre d'un mensonge, film de Bouli Lanners

On croit avoir tout vu en matière de sentiments. On se trompe. Bouli Lanners a imaginé une histoire d’amour d’un romantisme fou, néanmoins totalement plausible si on considère le milieu presbytérien ultra conformiste de l'île de Lewis, au nord de l'Ecosse.

Dans cette région à la géographie austère, les gens s’habillent en noir et les femmes mettent des chapeaux le dimanche qu’on appelle là-bas le shabbat chrétien.

Je préfère le titre anglais, Nobody bas to know (Personne ne doit savoir) qui est la supplication de Millie (Michelle Fairleyà propos de la nature de leur relation. Évidement, puisqu’elle l’a inventée de toutes pièces. Le spectateur se doute bien qu’il s’agit quasiment d’un pieux mensonge en supposant une happy-end et je ne me prononcerai pas sur cette issue.

J’ai connu Bouli Lanners en tant que réalisateur il y a dix ans avec Les Géants et je l’apprécie aussi énormément comme comédien. Il était un papa très touchant dans C’est ça l’amour il y a deux ans.

Il nous étonne en interprétant un quinquagénaire solitaire, exilé sur cette terre rude pour une raison qui nous échappe. Son amnésie, provoquée par un AVC, masque un passé douloureux et permet aussi à son existence de prendre un autre tournant. Il aurait été dommage qu'il confie le rôle à quelqu'un d'autre, comme il en a eu l'idée initialement.

Pour l’anecdote, le réalisateur souhaitait depuis longtemps écrire un polar qui se serait situé en Ecosse. C’est sans doute une des raisons pour laquelle cette histoire d’amour est teintée d’une forte dose d’énigme.

J’ai découvert la subtilité de l’interprétation de Michelle Fairley, la Mrs Granger du film Harry Potter (2010).

L'Ombre d'un mensonge, film écrit et réalisé par Bouli Lanners
Avec Bouli Lanners (Phil),  Michelle Fairley (Millie),  Clovis Cornillac (Benoit), Cal MacAninch (Peter),  Julian Glover (Angus), Andrew Still (Bria) …

samedi 9 avril 2022

Furies de Julie Ruocco

Autant vous prévenir : la lecture de Furies est une épreuve.

Julie Ruocco a réalisé un travail prodigieux et son écriture ne mérite aucun reproche, bien au contraire. Il n'empêche que j'ai dû refermer le livre régulièrement, le temps de surmonter une forte nausée.

Le poète a toujours raison quand, comme Aragon, il rappelle qu'on vit dans un monde de coïncidences (première phrase du roman). Il est probable que les événements qui se déroulent en Ukraine aient pesé sur mon ressenti. Aucun doute que ces choses là ne devraient pas exister et j'admire le courage de l'auteure de dénoncer la folie guerrière aussi brillamment.

Il s'agit d'une fiction mais les cadavres, les charniers, les bombes, la terreur ne sont pas sortis de son imagination. Ils appartiennent à la réalité et on ne peut pas lire cette oeuvre comme un "simple" travail littéraire. Certaines paroles, encore plus que d'autres, interpellent :

Ils 'les occidentaux) sont venus pour voir notre sang mais où étaient-ils quand ils pouvaient partager notre joie, empêcher l'enfer de se déchaîner ? (p. 23)

Et cette citation de Victor Hugo, qui résonne étrangement à nos oreilles : S'il existe un gouvernement bête fauve, il doit être traité en bête fauve (p. 117). Pour résumer on peut dire que Julie Ruocco nous fait découvrir les destins de Bérénice, une jeune archéologue, dévoyée en trafiquante d’antiquités, et d’Assim, un pompier syrien, devenu fossoyeur, qui se heurtent tous les deux à l’expérience de la guerre. Entre ce qu’elle déterre et ce qu’il ensevelit, il y a l’histoire d’un peuple qui se lève et qui a cru dans sa révolution.

Étant née dans les années 90 la jeune femme dit appartenir à une génération qui a grandi avec le spectre du djihad. Elle a vu plusieurs camarades se radicaliser et partir. Elle a pu visionner des vidéos qui ont été tournées en 2011 sur le printemps arabe. Aujourd’hui on a l’image d’un pays dévasté par dix ans de guerre alors que ce pays se leva pour des manifestations pacifiques.

Le titre est une référence à l'effigie d'une des filles de Gaïa et du sang d'Ouranos mutilé, celles qui étaient chargées de poursuivre et de harceler les criminels (p. 24) que Bérénice porte à son cou en médaillon et qui, régulièrement, lui rappelle un devoir de mémoire.

Furies n’est alors pas seulement un livre philosophique ou poétique, inspiré de L’Orestie, cette trilogie dramatique d'Eschyle représentée en 458 av. J.-C. aux Grandes Dionysies d'Athènes, pour retracer des événements allant de la faillite de la révolution à l’avènement de l’état islamique. C'est un roman qui ose traiter des désenchantements de l'histoire et du courage des femmes qui ont fait la révolution arabe. En ce sens, il devient lui-même en quelque sorte le maillon d'une chaine d'échos (p. 281).

Julie Ruocco n'a pas trente ans et elle signe son premier roman. Notamment diplômée en relations internationales, elle a travaillé au Parlement européen et publié en 2016 un ouvrage qui témoigne de son intérêt pour l'univers numérique : Et si jouer était un art ? Notre subjectivité esthétique à l'épreuve du jeu vidéo

Furies de Julie Ruocco, Actes Sud, en librairie depuis le 18 août 2021
Prix Envoyé par La Poste - 2021
Prix du jury des Jeunes Romanciers - 2021
Prix de la librairie Millepages - 2021

vendredi 8 avril 2022

Le bal des cendres de Gilles Paris

Gilles Paris fêtait hier soir la sortie de ce livre qui est le dixième qu'il présente à un lectorat toujours plus large.

Autant le dire d’emblée c’est son roman le plus sombre. Et pourtant il est sans cesse traversé par la lumière.

Le bal des cendres (à ne pas confondre avec Le parfum des cendres) se déroule sur l’ile de Stromboli, que l’auteur a arpentée à de nombreuses reprises. S’il situe l’action dans un hôtel dont il a inventé le nom, Strongyle, qui évoque l’étrangeté,  chacun des paysages lui est familier. Chaque description est rigoureuse et j’ai hâte de vérifier par moi même cet été le parfum de café de la bigogne en plongeant le nez dans une de ses trompettes (p. 14 et 225) … à moins que pousse une variété particulière et endémique sur cette île éolienne.

Elle connait régulièrement des éruptions, la dernière datant du 22 mai 2021. Même si les vulcanologues ont désormais les moyens d’anticiper une catastrophe toute ascension demeure risquée et Gilles Paris nous le fait admirablement ressentir.

Auparavant le lecteur aura eu le loisir de faire connaissance avec une myriade de personnages qui travaillent sur les lieux ou qui y passent leurs vacances. Chacun s’est accommodé plus ou moins bien d’un secret et quoique pensant que le passé doit rester là où il est (p. 53) celui-ci resurgira un jour à l’instar de la lave du volcan.

Le cadre de leur séjour devient ainsi très vite la représentation même de leur intimité. Ce qui est formidablement réussi c’est que tout se met en place lentement, sans qu’on y prête une attention particulière. Mais rien n’arrêtera la marche du temps et le danger modifiera définitivement la hiérarchisation des priorités.

Toutes les générations sont représentées. Les portraits psychologiques sont précis et les intrigues bien ficelées, avec des rebondissements inattendus. Les chapitres sont brefs. L’écriture est ciselée. Le regard du lecteur suit chaque personnage en changeant de focale et en remettant régulièrement en question l’opinion qu’il s’est faite de lui. Tant il est vrai que parfois, les grandes personnes, c’est plus compliqué que la serrure d’une maison (p. 42).

Le bal des cendres de Gilles Paris, Plon, en librairie depuis le 7 avril 2021

jeudi 7 avril 2022

Une tulipe est baptisée Château de Cheverny

J'étais allée à Cheverny à l'automne dernier pour visiter le château, l'exposition Moulinsart et découvrir l'ensemble des parcs et jardins. Nous avions assisté à la plantation des premiers bulbes de tulipes, un travail colossal effectué à la main par une dizaine de jardiniers.

C'est une des spécificités du domaine que d'offrir un ruban multicolore aux visiteurs dès les premiers jours du printemps d'une taille monumentale de 250 mètres de long sur 12 de large. Ce sont des tulipes de la variété Triumph, de couleur rouge, orange, rose et jaune, plus resplendissantes les unes que les autres.

Il méritait qu'on revienne le contempler en pleine floraison, et d'autant plus cette année puisqu'une tulipe serait baptisée du nom de Cheverny.

L'événement s'inscrit dans une certaine logique. D'abord parce que, comme je viens de l'écrire, le château célèbre depuis neuf ans cette fleur emblématique des Pays-Bas, objet de spéculations inouïes autrefois. Ensuite parce qu'il possède déjà d'une fleur à son nom, une rose créée par les Jardineries Georges Delbard en 2017 et qui a remporté tous les prix, signe que la marquise Cosntance de Vibraye a eu le bon oeil en la choisissant.

Avant cette cérémonie, tout a commencé par un "mariage" entre les propriétaires du célèbre monument loir-et-chérien et Jan Ligthart, un producteur de bulbes renommé. Ils se sont associés pour développer et promouvoir une tulipe que Constance de Vibraye a elle-même choisie lors d’un voyage dans le nord de la Hollande. Il s’agit d’une déclinaison de la famille des tulipes du type "Triumph" et produira une tulipe à floraison précoce. Elle a pour ancêtre entre autres la fameuse variété "Strong Gold" qui, comme son nom l’indique, est connue pour sa force et sa robustesse.

C'est elle qui a élu la tulipe au cours d'un séjour effectué en Hollande l’année dernière organisé avec le concours de son Excellence monsieur l'ambassadeur des Pays-Bas en France Pieter de Gooijer. Celle-ci portera naturellement  le nom de "Château de Cheverny". La cérémonie a eu lieu aujourd'hui en présence de ses deux marraines la chanteuse française Chantal Goya et la créatrice de mode franco-néerlandaise Louise-Jacqueline Snoek, qui a d’ailleurs dessiné une robe inspirée de cette fleur et dont les créations firent l'objet d'une exposition dans la salle des Trophées.


Espérons que les plants auront apprécié le Monmousseau, un vin régional qui fut servi aux invités, en toute modération évidemment.
 
La joie était lisible sur les visages parce que le fameux ruban de tulipes, riche de 250 000 pieds, n'avait pas pu être admirés par les visiteurs en 2020 ni en 2021, à cause de l'épidémie de Covid. Non plus que les 100 000 autres tulipes plantées dans les différents jardins.
Pour le moment on peut voir de près la tulipe "Château de Cheverny" dans les bacs qui se trouvent près de l'Orangerie. Bien qu'elle soit robuste il n'est pas prévu de l'installer l'an prochain dans le fameux ruban. Je suis certaine que l'équipe de jardiniers trouvera pour elle le meilleur moyen de la mettre à l'honneur.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)