mardi 19 janvier 2021

Quand la reine chante, les abeilles dansent de Véronique Maciejak

J'ai souri en commençant la lecture de Quand la reine chante, les abeilles dansent. En effet il s'ouvre sur les pages du journal d'une maman qui commence le mercredi 6 janvier 2021 … alors que nous n'étions encore qu'en décembre de l'année précédente. C'est juste amusant et ce n'est pas pour autant un roman d'anticipation car très vite s'installera le flash-back.

Marie aimerait être une mère qui assure. Une maman qui n’élève jamais la voix, qui se fait obéir sans punir, qui trouve toujours du temps pour ses enfants… Sauf que du temps, elle n’en a plus. Depuis qu’elle a décidé de quitter son travail pour se consacrer à sa famille, rien ne va. Elle est épuisée et débordée par les contraintes du quotidien. Alors elle crie, elle punit et ne parvient plus à gérer son ado précoce, son cadet hypersensible et sa petite dernière énergivore.

Le diagnostic est vite posé. Marie, quarante ans à peine, frôle le burn-out parental. Mais a-t-elle le droit de se plaindre, elle qui a choisi d’être comme on dit "au foyer" ? Et existe-t-il une recette pour devenir un parent parfait ?

Véronique Maciejak a écrit dans la veine de ses précédents ouvrages ce qu'elle appelle un roman-coach, qu'elle dédie à tous les parents. On y découvre, en même temps que son personnage principal, un lieu unique qui nous enseigne l’essentiel : être heureux pour rendre les autres heureux … et s'initier à l'égoïsme bienveillant est indispensable.

C'est aussi ce qu'elle dégage quand on la rencontre, comme j'en ai eu la chance, dans les locaux de Babelio. Ce qui m'a énormément plu dans sa démarche c'est que le livre soit autant un vrai roman qu'un ouvrage de développement personnel qui, du coup, n’est pas trop "donneur de leçons". C'est bien agréable.

Le livre est truffé de descriptions de cas, d'exemples concrets et de néanmoins de conseils (par exemple p. 113). On y puisera bien des astuces parmi la trentaine d'outils qui ponctuent cet opus. De quoi par exemple désamorcer les crises de colère, se faire obéir sans crier, gérer les disputes, motiver ses enfants à l’école, communiquer avec son ado… et sans jamais se culpabiliser car comme elle le souligne aucun parent n’est parfait… Et c’est parfait comme ça ! 

Je connaissais déjà beaucoup d'entre eux que j'applique depuis longtemps. C'est logique puisque je suis maman de grands enfants et qu'une de mes professions m'a contrainte à très vite comprendre qu'on ne donne pas à un enfant un ordre sous forme négative. Ainsi il est plus efficace de crier "On marche !" plutôt que "Je vous interdis de courir". Ce n'est pas que l'enfant ait l'esprit de contradiction. C'est juste qu'il entend le dernier mot et ne synthétise pas la phrase complète. Vous en avez la démonstration p. 223. Et j'ai été sidérée d'apprendre qu'un adolescent reçoit une centaine d’ordres par jour (p.167). Cela explique (sans les justifier) certaines sautes d'humeur. C'est sûr que si on demande à un ado que te reste-t-il à faire aujourd'hui ? plutôt que lui intimer l'ordre de finir ses devoirs ça change la donne (p. 168).

Nos parents pointaient la vertu de l'exemple. cela reste vrai. Il est capital d'incarner les valeurs qui nous sont essentielles.

Quand on a réalisé les avantages de la méthode gagnant-gagnant il devient naturel d'apprendre aux tout-petits qu'ils ont grandement intérêt à coopérer plutôt qu'à s'opposer. J'adore les jeux de société dits de coopération où soit tout le monde gagne, soit tout le monde perd. On devrait en faire plus largement la promotion. Dommage que l'auteure n'ait pas fourni une liste en annexe.

Il conviendra néanmoins d'être mesuré dans ses stratagèmes. S'il est intéressant de proposer des choix encadrés, il ne faudrait pas pour autant tomber dans le piège des alternatives truquées. Du type, choisis entre ranger ta chambre et ranger le salon, ou entre deux choses très différentes mais qu'on sait pertinemment que l'enfant déteste tout autant.

Dans le même ordre d'idées il est capital de ne pas confondre la punition avec la recherche de solutions pour l’avenir, ce que Véronique démontre à de multiples reprises. Et bien différencier les envies des besoins, en sachant qu'il existe des formes particulières de médiation pour l'une et l'autre de ces situations. J'ai beaucoup apprécié ce qu'elle appelle le cahier des envies (p. 151) que je verrais d'ailleurs bien à tous les âges.

Certaines de ses pratiques sont subtiles. On ne pense pas spontanément à encourager plutôt que complimenter (p. 200), pas plus que devenir le copilote de l'évolution de nos grands enfants (p.166). On fonctionne trop dans le système (vicieux) récompense/punition.

Elle a l'art d'expliquer les pièges dans lesquels les adultes tombent spontanément. Il faut lutter contre la tendance à nous formater à accepter. Oui, chacun a le droit d'exprimer ses émotions, et il est essentiel d'aider les jeunes à évacuer les émotions négatives. C'est fondamental pour les enfants comme pour les adultes (p. 146). Retenir notre colère, notre peur ou notre chagrin, nous places en tension et nous fait accumuler du stress. Mais si toutes les émotions sont acceptables, par contre toutes les réactions ne le sont pas (p. 150). Surtout si elles sont blessantes et bien entendu qu'il est indispensable d'obtenir réparation pour une une erreur. Quand je pense qu’on a interdit Max et les maximonstres aux États-Unis il n'y a pas si longtemps.

J'ai eu la chance de bénéficier de conseils qui m'ont été très utiles parce que, attendant un second enfant trois mois après mon premier accouchement on avait estimé que j'étais la cible idéale. Effectivement j'aurais bêtement élevé les deux comme des jumeaux, en ne songeant pas à différencier mes actions. Sans savoir qu'accorder à chacun un temps privilégié était essentiel (p.199). J'ai à mon tour largement diffusé le conseil.

On débusque des traits d'humour et quelques jolies références. Par exemple cette citation d'Einstein : le hasard c’est Dieu qui voyage incognito (p. 129). Et les curieux qui s'étonnent du titre en trouveront l'explication p. 133.

On peut imaginer qu'il y aura des versions enrichies. D'abord d'une bibliographie (que l'auteure a reconnu volontiers comme manquante) où l'on trouvera donc les références pour faire soi-même un énéagramme (p. 137). Et des réponses aux questions que les lecteurs/trices lui auront posé en la contactant à partir de son site www.veroniquemaciejak.com. A moins que vous ne l'interrogiez vous-même au cours d'un des ateliers qu'elle anime avec des parents.

Le Cahier de vie (p. 261) gagnerait à être davantage mis en avant.  Les contraintes de l'édition en ont sans doute freiné l'épaisseur.

Attention, je n'ai pas écrit que Le repos de Gaïa existait. Véronique a simplement eu à cœur de suggérer une structure qui pourrait exister, et être remboursée par la sécurité sociale. Parce que être parents s'apprend.

Je n'irai pas jusqu'à prétendre que ce livre va révolutionner la vie de parents débordés mais il y participera grandement. Pour peu que les protagonistes soient patients car changer réclame du temps. Retenons, et c'est là-dessus que Véronique conclut son intervention : il s'agit de juste faire au lieu de parfaire (p. 170) en luttant contre la tendance à en faire trop.

Dans la même veine on pourra lire aussi L'école des mamans heureuses de Sophie Horvath, paru chez Flammarion en mars 2020.

Et puis, et ce n'est pas un des moindres intérêts de cet ouvrage, n'oubliez pas que c'est (aussi) un roman qui se lit facilement, et où les conseils peuvent s'appliquer entre adultes. A commencer par le concept de communication non-violente qui demeure fondamental. Dire ce qu’on pense en parlant de soi. Partir de nos sentiments pour le dire à l’autre. Ça donne la force d'exprimer ce qui est insupportable.

Quand la reine chante, les abeilles dansent de Véronique Maciejak, chez Eyrolles, en librairie depuis le 7 janvier 2021

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