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mardi 10 février 2026

Croire aux fauves au théâtre d’après le roman de Nastassja Martin

Constance Dollé s'est installée avec discrétion et concentration pendant que nous, spectateurs, sommes encore dans "notre" monde réel, avant qu'il ne bascule dans le sien.

Bientôt elle sera dans les montagnes de Sibérie et se retrouvera face-à-face avec un ours. Au départ de cette création théâtrale il y a Croire aux fauves, le best-seller dans lequel l'anthropologue Nastassja Martin raconte sa terrible rencontre d'août 2015.

Car c'est le terme employé par l'auteure pour qui l'agression potentiellement mortelle dont elle fut victime se mua, par effet de métamorphose en une nouvelle naissance à elle-même, parce que la souffrance va générer le retour sur soi.

Molière du seule en scène en 2019, pour Girls and boys de Dennis Kelly, au Petit Saint-Martin, Constance Dollé a eu l'idée d'incarner cette femme exceptionnelle, portée par deux autres comédiens formidables qui sont Camille Grandville et Miglen Mirtchev, lesquels passent d'un personnage à un autre avec aisance, nous faisant oublier que nous nous trouvons dans cette Piccola Scala qui devient immense, sans frontière, jusqu'au montagnes du Kamtchatka. C'est un véritable tour de force de nous immerger au pôle alors que nous sommes au chaud et en sécurité.

La transposition théâtrale n'était pas évidente et la comédienne l'a brillamment réussie avec Sandrine Raynal qui assure aussi la mise en scène. Elles ont composé un récit hybride où s’associent les tentatives de penser l’événement et l’observation des échos intimes qu’il provoque en creusant le thème de l'altérité : quelles figures, à soi inconnues, se révèlent face au pire ? Quels possibles abritons-nous ? Et surtout, plus original, en quoi l’acte de croire, d’y croire, est-il un acte de résistance ?

On savait que nous avions des forces insoupçonnées. Cette équipe nous en apporte la confirmation. Le spectacle est tellement puissant que j'aurais aimé, à la fin, pouvoir "rembobiner" et le revoir depuis le premier instant pour revivre les émotions traversées.

Ce qui est le plus étonnant, en tant que spectateur, et pourtant j'ai l'habitude de l'immersion, notamment auprès de Constance Dollé (comme mon précédent article le décrit) c'est de ressentir la dimension du paysage alors que bien entendu il n'est pas directement représenté, si ce n'est pas le biais de la création sonore et musicale d'Alexandre Carlottiun sound designer de jeux vidéo.

Nous sommes dans un bar perdu au fin fond de la Sibérie, joyeux de préparer notre expédition, en montagne, progressant difficilement dans la neige épaisse, perdus en pleine tempête, saisis de peur face à la bête, nous rappelant que son allure anthropomorphe et amicale cache un des prédateurs les plus dangereux. J'écris "nous" car on a vraiment le sentiment d'y être.

Constance et Sandrine s'étaient rencontrées sur les bancs d'une faculté de philosophie et avaient toutes deux choisi de faire (aussi) des études d'art dramatique mais en empruntant jusque là des chemins différents, sans toutefois se perdre de vue. Nous sommes heureux que leur routes se soient de nouveau croisées.
Croire aux fauves d’après le roman de Nastassja Martin, sur une idée de Constance Dollé
Adaptation Sandrine Raynal et Constance Dollé 
Mise en scène Sandrine Raynal
Avec Constance Dollé, Camille Grandville, Miglen Mirtchev 
Création Lumière Alexis Beyer
Création Sonore & musicale Alexandre Carlotti
Scénographie Marion Pellarini et Sandrine Raynal
A La Scala Paris (La Piccola Scala), boulevard de Strasbourg - 75010 Paris
Du 16 janvier jusqu'au 12 avril 2026
Les vendredis et samedis à 19 h 15, les dimanches à 15 h 15

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