Je ne suis donc pas surprise par le contenu de Etre ou ne pas être que j'ai beaucoup aimé, tout en étant persuadée qu'il n'est pas nécessaire de connaitre la famille Mesguich pour l'apprécier.
On pourrait dire que c'est l’histoire d’un petit garçon qui rêvait de devenir footballeur professionnel alors que son père ambitionnait de faire de lui un comédien.
L'enfant est soutenu par sa mère au-delà de ce qu'on peut imaginer. Son père, et c'est remarquable, ne cherche pas à le dissuader et à lui mettre des bâtons dans les roues de son rêve. Celui-ci se brise sans aucune intervention familiale. Un accident terrible ruine l'avenir sportif de l'adolescent. Son destin prend alors "naturellement" un autre tournant.
William a tout petit fait l'expérience du théâtre. La scène est un "terrain de jeu" qui lui est familier. Il a un atout formidable, une mémoire exceptionnelle qui lui facilite l'assimilation des textes. La personnalité des metteurs en scène pour qui tout le monde éprouve un immense respect ne l'effraie pas. Il les connait depuis sa plus tendre enfance, ce qui ne signifie d'ailleurs pas qu'il n'éprouve pas de respect.
Chez les Mesguich, le père joue au théâtre, le fils joue au football. On peut dire que dans les deux cas c’est une affaire de troupe et d’exhibition devant un public. Daniel, le père, a une définition très ironique du sport … que je partage volontiers parce que je n’ai jamais compris ce qui motivait à courir à perdre haleine d’un côté et de l’autre d’un terrain en essayant de chiper un ballon à ceux qui cavalent dans l’autre sens. Mais, tout comme lui, je respecte les gens que ça réjouit.
Il a sans doute appelé son fils (unique) William en référence au grand auteur anglais et en rêvant qu’il serait, comme lui, un artiste accompli. Il le pousse sur les planches dès son plus jeune âge. Mais l’enfant a d’autres rêves et ce qui est formidable c’est que la famille respecte sa volonté. On supporte que le long couloir de l’appartement de la rue de Flandres devienne un terrain d’entraînement tout comme on endure que le salon soit un espace de répétitions enfumé.
La prestation de William est jouissive pour qui connait la famille. On retrouve les traits de caractère que l’on a remarqués chez sa mère, qui ne passe pas inaperçue, elle non plus, et qui reste sa première supporter. On se représente tout à fait son père, qui le soutient sans faille alors que manifestement il n’a aucun goût pour l’exercice sportif, encore que marcher avec des santiags en soit un.
La surprise vient de l’humour qui nappe l’ensemble de ce seul-en-scène où William joue tous les rôles et joue (aussi) au football, nous prouvant par là qu’il aurait pu se placer dans la lignée de Platini si ce terrible accident ne l’avait pas amené à effectuer un revirement radical.
Je ne sais pas si le théâtre peut se révéler aussi dangereux qu’un stade mais ce qui est certain c’est qu’on peut avoir de multiples dons, plusieurs vocations et qu’aucune n’est "meilleure" que l’autre. Le destin a voulu que William devienne acteur. Il est certain que je ne l’aurais sans doute pas applaudi au Parc des Princes mais par contre quel bonheur de le voir sur toutes les scènes où il se produit, seul, avec son père (ils ont composé de merveilleux duos) ou avec d’autres comédiens. Quel plaisir aussi de suivre ses mises en scène, toujours éclairées avec un savant savoir-faire.
William Mesguich est la démonstration évidente que nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil, comme l’écrivait Shakespeare dans La tempête.
Fichtre ! J’espère que le spectacle sera repris à la rentrée sur une scène parisienne parce que c’est une très belle leçon de vie, d’espoir, tout autant qu’une magnifique déclaration d’amour, de celle que tout parent, père comme mère, rêve de recevoir. D'ici là il sera joué au festival d'Avignon.
La mise en scène est co-assurée par une de ses soeurs, associée aussi à l'écriture, ultime preuve que chez les Mesguich le théâtre est une vraie histoire de famille.
Etre ou ne pas être
De et mis en scène par William Mesguich et Rebecca Stella
A 13h25 au Théâtre des Corps Saints, du 4 au 25 juillet 2026, relâche les 9, 16, 23 juillet
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