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mardi 23 juin 2026

L'affaire Zanetti, un film de Leonardo di Costanzo

C’est totalement anecdotique mais le cadre de L'affaire Zanetti est une première source de dépaysement. Le film se situe en Italie, et en hiver. Le décor enneigé de Moncaldo, le centre de réhabilitation pénitentiaire modèle (mais imaginaire) est en soi irréel en cette période de super canicule. D’ailleurs j’ai vu ce film parce que le cinéma était, pour cette raison, un lieu d’accueil.

Il n’empêche que c’est un excellent film pour interroger les racines de la responsabilité d'un coupable. Car, si la jeune femme a toujours clamé être amnésique des faits, elle ne les nie pas. Elle est bel et bien responsable de la mort de sa soeur, et elle a failli assassiner aussi sa mère.

La motivation des crimes reste par contre opaque. Dix ans après les faits, alors qu’elle continue de purger sa peine, refusant d’ailleurs de solliciter une liberté inconditionnelle, le professeur Alaoui, criminologue de renom, lui propose une série d'entretiens pour tenter de reconstruire une vérité intime et personnelle avec pour seule consigne d'exclure le mensonge

Les détenus sont habitués à recevoir une certaine considération. La liberté à l'intérieur de l'établissement est la base de la confiance avec eux souligne le directeur (Hippolyte Girardot). Un face-à-face tendu s’engage entre Alaoui et Zanetti. Peu à peu, les souvenirs enfouis refont surface, et avec eux, une vérité bien plus complexe qu’il n’y paraît. Sera-t-il possible de faire totalement la lumière sur les faits ?

Leonardo di Costanzo s’est appuyé sur la véritable histoire de Stefania Albertani, vingt-six ans en 2009, au moment des faits. Géomètre, fille d’entrepreneurs de la région de Côme c’est une jeune femme d’une intelligence remarquable, mais habitée de façon sinistre par une double personnalité. Un alter ego clandestin qui la possède, la domine, et oriente à son insu ses actes, même les plus féroces. Condamnée à 20 ans de prison, assortis de 3 ans d’hôpital psychiatrique, elle avait initialement été jugée pénalement responsable, avant qu’une expertise neuroscientifique ne diagnostique chez elle un dysfonctionnement du lobe frontal et une forme de semi-irresponsabilité mentale.

L'intrigue suit cette femme condamnée dix ans plus tôt pour le meurtre inexpliqué de sa sœur. Bien que le cinéaste soit italien, il a choisi de tourner en grande partie en français pour s'éloigner de l'affaire d'origine. Tout l'intérêt de ce scénario réside dans l’incertitude permanente de savoir si Elisa joue la comédie pour manipuler son entourage, et en premier lieu le criminologue qui l’interroge, ou si elle est elle-même victime de ses propres illusions.

L’essentiel est dit dans la bande-annonce qui cependant ne spoile pas du tout le film. La vérité fait surface à son rythme alternant les entrevues entre Elisa (Barbara Ronchi) et le criminologue (Roschdy Zem) avec des flashbacks reconstituant les évènements et des scènes de la vie quotidienne dans cet environnement hors normes que les détenues traversent, en capes rouges (pour faciliter leur repérage par les caméras de surveillance ?) comme une armée de petits chaperons rouges dans une forêt enneigée, perdue au bout d’une très longue route en lacets qui est filmée de haut, et dont les sinuosités évoquent sans doute les méandres du souvenir.

Ce cadre peu ordinaire exclut les bruits habituels des films du genre avec claquements de porte, et les hostilités entre prisonniers comme avec le personnel, qui au contraire est plutôt neutre et bienveillant, rendant la tension entre les deux protagonistes principaux particulièrement forte. Les visites du père elles-mêmes s’inscrivent dans un contexte presque chaleureux, en tout cas paisible, du moins jusqu’à ce qu’Elisa retrouve une partie de sa mémoire.

La nourriture occupe une place importante. Celle qu’on prépare, celle qui restaure, celle qu’on offre, celle qu’on refuse de prendre, celle qu’on partage. Elisa travaille d’ailleurs au réfectoire.

Le film s'ouvre sur une conférence menée par le professeur Alaoui qui analyse la photographie -horrible de violence- d'une scène de lynchage, prise le 18 décembre 1965, cent ans après l'abolition de l'esclavage aux Etats-unis. La conclusion du criminologue ébranle son auditoire : La responsabilité du coupable se cherche dans son humanité.

De fait, il n'y a aucun sensationnalisme intentionnel dans le film. Les dialogues s'enchainent dans le calme alors qu'on devine que les entretiens secouent la jeune femme. Les moments d'échange avec son père restent dans la pudeur. Il n'est pas question de règlement de comptes, ni de remise en cause de la décision des juges, mais de comprendre, surtout de la part de la coupable jusqu'à ce qu'elle soit capable de reprendre son histoire en main, au sens littéral lorsqu'elle se saisit du carnet dans lequel elle a écrit.

De nombreux plans disent ce que les mots ne racontent pas. Avec notamment des images  capturées dans le reflet des vitres. Un film à voir, assurément.

L'affaire Zanetti, un film de Leonardo di Costanzo
Avec Barbara Ronchi, Roschdy Zem, Hippolyte Girardot, Diego Ribon, Monica Codena …
Présenté en compétition à la Mostra de Venise où il reçut le Prix œcuménique.

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