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samedi 13 juin 2026

Le Roman de Marceau Miller … de Marceau Miller

C’est par pure curiosité que j’ai abordé Le Roman de Marceau Miller, traduit dans une dizaine de pays, ayant suscité un engouement mondial et qui serait en cours d’adaptation audiovisuelle.

Si la transposition au cinéma peut s’avérer une bonne surprise je dois franchement reconnaître que cette lecture m’a profondément déçue. Quel coup marketing ! Faire fuiter que l’auteur pourrait être Joël Dicker ou Marc Dugain était de nature à exciter le lectorat mais quelles auraient pu être les motivations de ces auteurs à publier anonymement ?

La seule raison plausible est que l’auteur(e) est totalement inconnu(e) et que donc son nom n’aurait pas suscité d’intérêt … encore que ce n’était pas un inconvénient si le roman avait été bien écrit. Le Prix de Flore a souvent été attribué à des premiers romans. Et il est fréquent que des premiers romans soient de grands succès.
Marceau Miller est un auteur célèbre et envié, hanté par le souvenir de sa sœur disparue. Est-ce une raison pour défier régulièrement le danger à bord d’un avion, d’un bateau ou en escaladant les montagnes qui entourent le lac Léman ? Il contemple sa chute du sommet de la dent du Vélan dans un prologue qui ne laisse aucune place au doute : on a provoqué l’accident.

Sa femme Sarah a la prémonition d’un meurtre et va se lancer à corps perdu dans une enquête qui lui révélera que son entourage n’est pas si bienveillant qu’elle le pensait. Où se trouve le manuscrit intitulé Le roman de Marceau Miller dans lequel son mari aurait révélé plusieurs secrets ?
Taire la vérité quand elle touche l'âme est le poison le plus lent et le plus toxique qui soit (…) Le temps est venu de briser les miroirs. L’ennui est que nous ne sommes pas dans la grande littérature. L’éditeur signale juste que "Scénariste et écrivain, Marceau Miller publie pour la première fois sous cette identité" ouvrant la piste d’un ghostwriter qui hésite à sortir de l’anonymat. Je me suis demandé au fil des pages (et des répétitions) si certains chapitres n’avaient pas été rédigés avec le recours à l’intelligence artificielle.

La psychologie des personnages est sommaire. Les descriptions sont d’une banalité affligeante comme celle-ci, à propos de la couleur des murs qui n’a absolument rien de particulier : Marceau descend l'escalier repeint en blanc, couleur dominante de notre intérieur (p. 17). Et pourquoi dater l’accident en 2021 puisque rien n’est dit du contexte socio-politique-économique de l’époque ?

Quand ce n’est pas insipide, c’est excessif. Je roule vitres ouvertes, enivrée du parfum des haies fraîchement taillées, des gazons entretenus, des mélanges odorants de chèvrefeuille aux notes d'orange, d'héliotrope aux pointes de vanille et de belles-de-nuit aux fragrances tropicales (p. 179).

Plusieurs idées se répètent comme une silhouette dans une enfilade de miroirs. Avec parfois des allusions habiles mais peu originale comme cette référence à l’art du kintsugi (très à la mode en ce moment) : Marceau (…) a déjà recollé tant de morceaux après des bonheurs brisés. Il me fait penser à cet art japonais qui répare les céramiques cassées, le kintsugi. Je peux presque suivre du doigt les cicatrices d'or que ses souvenirs ont laissées en lui.

Ou malsaines comme celle-ci, avec l’affaire Grégory : Mon manuscrit comme une bombe posthume, pour que la vérité me survive (…) Beaucoup d'affaires judiciaires ne trouvent jamais de réponse. Personne n'a oublié cet enfant des Vosges ni ceux qui continuent vaille que vaille à creuser jusqu'aux tréfonds de cette affaire pour repêcher les secrets noyés dans la Vologne (p. 114).
 
Le paysage semble être toujours le même, anormalement soumis aux fortes intempéries. Au lieu de nous donner systématiquement les numéros des départementales il aurait été plus intelligent de fournir une carte si les trajets avaient véritablement du sens dans la narration. Et je ne m’appesantirai pas sur les illogismes qui font que l’ensemble n’est pas du tout crédible. Je l’ai malgré tout lu jusqu’à la fin, histoire d’en connaitre la clé, mais je suis restée perplexe, justifiant sans doute qu’un second tome soit en préparation. Malheureusement le manque d’attachement pour les personnages ne me laisse rien augurer de palpitant.

J’ai été déçue par cette lecture qui commençait par une forte promesse : Je parle de "disparition" parce que ça m'arrange, pour l'instant. La réalité est bien différente et c'est la raison pour laquelle j'écris. Ce texte est un airbag qui attend la collision pour se gonfler et éclater. (p. 118)

Le Roman de Marceau Miller de Marceau Miller, La Martinière, sortie n édition de poche chez Points le 3 avril 2026..

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