Après Le géniteur, dont le sujet très moderne concernait une recherche d’identité, il aborde la question sous un angle historique en réhabilitant la première femme journaliste, Olympe Audouard (1832-1890). L’idée est d’autant plus originale que l’histoire a effacé cette femme qui a tout de même été une des premières chroniqueuses.
L’écriture navigue entre humour (le résumé recadre le spectateur qui s’imaginerait venir entendre l’histoire d’Olympe de Gouges) et revendication, voire militantisme. Cette volonté d’éclairer le parcours d’une femme hors du commun a été très appréciée le soir de la première et le public a longuement salué cette initiative, y compris en cours de spectacle pour ce qui concerne des propos féministes.
La scénographie d’Alexandre Camerlo compose un décor figurant une "casse d’imprimeur", ces casiers en bois qui permettaient de ranger les lettres d’imprimerie, forcément sculptées à l’envers pour que les mots soient lisibles une fois imprimés, et qui servent aujourd’hui de boites à souvenir. On parvient à déchiffrer le titre du journal qu’elle créa, Le papillon. La scénographie évoque donc parfaitement l’univers qui correspond au sujet mais en imposant de multiples manipulations aux interprètes pour que le spectateur comprenne chaque changement d’univers.
La promesse est forte et le personnage principal accroche immédiatement l’attention du spectateur : J'ai connu presque toutes les personnalités politiques, littéraires et artistiques qui ont occupé l'attention publique pendant ces vingt dernières années. J'ai connu les principaux personnages de la cour de Napoléon 3; j'ai tenu journal des aventures tragiques ou comiques, et des scandales qui s'y sont passés. J'ai assisté à la lourde chute de cet empire, aux douleurs de la guerre, aux poignantes angoisses du siège, aux drames sanglants de la Commune. Voilà pourquoi, sans prétention, je puis dire : Mon voyage à travers mes souvenirs sera curieux !
Olympe est intelligente, pétillante et mordante lorsqu’elle catégorise les hommes : crapaud, papillon, alouette, caméléon, moustique, canari … Victor Hugo, Alexandre Dumas, Théophile Gauthier (dont j’ignorais la carrière de peintre), le Baron Haussmann et bien d’autres ont croisé la route de cette femme audacieuse qui fonda son propre journal, voyagea à travers le monde entier, participa à la Commune de Paris et fut une figure majeure du féminisme français dans une époque en pleine transition politique et sociale.
Sa vie d’adulte avait commencé par un mariage malheureux avec un notaire, cousin germain de sa mère dont elle réclamera le divorce plus tard. Ce sera une des premières femmes à obtenir le divorce.
Remercions François de Mazières de nous l’avoir fait revivre. Il reste une date, le 26 juin, pour découvrir la pièce en région parisienne avant son départ pour le festival d’Avignon. Elle sera à l’affiche du Petit Louvre à 11 h 40.
Olympe Audouard, Première femme journaliste
Création Mois Molière 2026
D'après : Olympe Audouard, Victor Hugo et Alexandre Dumas de François de Mazières
Adaptation et Mise en scène : Martin Loizillon
Avec Gwenaël Ravaux et Nicolas Rigas
Scénographie : Alexandre Camerlo
Création Sonore : Olivier Charade
Le 26 juin 2026 à 20h45 au Conservatoire à rayonnement régional de Versailles Grand Parc - Auditorium Claude Debussy - 24, rue de la Chancellerie - 78000 Versailles
Du 4 au 25 juillet au Petit Louvre, 23 rue Saint-Agricol - 84000 Avignon à 11 h 40. Relâche les jeudis
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire