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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 2 juin 2026

La compagnie Doudous

J’ai reçu La compagnie Doudous à l’occasion d’une masse critique organisée par Babelio. D’après le résumé il s’agissait du texte de deux spectacles pour marionnettes en peluches s’adressant à de jeunes enfants (de 6 à 9 ans).

Si les illustrations pourraient intéresser des maternelles, le texte par contre ne me semble pas du tout accessible à un large lectorat. D’abord parce que le niveau de lexique est très recherché, en toute logique d’ailleurs puisqu’on nous a promis abondance d’expressions choisies de la langue française et un travail poussé sur les assonances.

Ensuite parce qu’il faut un certain niveau de culture -certes populaire- pour savoir qu’une marque de piles a utilisé un lapin dans un spot publicitaire, qu’un chanteur possédait un chien du nom de Mirza, que Rossinante était la jument de Don Quichotte, que le Kong est un restaurant parisien (au-dessus de la Samaritaine) … Bref, personne ne goûtera toutes les subtilités de ces textes, au demeurant petits bijoux littéraires. Je pense que je suis moi-même passée à côté de 20% des références.

Peut-être qu’en spectacle les mimiques des marionnettes font oeuvre de compensation et que l’intonation des comédiens provoque les rires. Cela pose la question de l’objectif de ce petit livre : amuser ou cultiver ?

En tout cas je le recommande par contre aux enseignants de français des collèges et lycées, à condition de demander aux élèves d’entreprendre des travaux explicatifs. Dans un tel contexte l’ouvrage (qui compte tout de même 80 pages) sera le point de départ d’exposés passionnants sur des pans de notre culture.

La compagnie Doudous, par Erell, chez Posidonia jeunesse, en librairie depuis le 15 février 2026

lundi 1 juin 2026

Bollywood Boulevard de et avec Pauline Caupenne

Je recommande Bollywood Boulevard, un spectacle très étonnant et pourtant inspiré d’une histoire vraie. Pauline Caupenne m’a convaincue à hauteur de Katia Ghanty avec Les frottements du coeur dans ce même festival SenS lancé l’an dernier par les Gémeaux parisiens. Et vous savez ce qui lui est arrivé ? Un Molière évidemment !

Vous ne pourrez qu'être conquis par la sensibilité, l’humour, la danse… Cette quête initiatique vaut une séance de méditation !

A 20 ans, Pauline décida de partir vivre en Inde pour donner du sens à sa vie. Arrivée là-bas, elle est devenue (par hasard) actrice à Bollywood ! Elle pensait saisir la chance de sa vie, mais… entre émerveillement, errances spirituelles et désillusions, elle a découvert que l’exil ne suffit pas pour  se réinventer. 

J'ignorais leurs motivations mais j'avais compris, dès la file d'attente qu'il y avait un certain nombre de spectateurs venus parce qu'ils avaient, eux aussi, fait l'expérience d'un voyage en Inde.  Le peu que je savais de ce pays c'était que parfois le touriste ne supportait pas le choc culturel et repartait sans avoir quitté l'aéroport.

La comédienne entre en scène, place des bracelet en offrande sur l'autel situé à Jardin. Inspirez, expirez ! Sa voix est à la fois douce et ferme. L'essentiel et le rien résonnent dans le silence. Sentez les bienfaits des vibrations. Je me surprends à y croire, oubliant que je suis venue voir un spectacle d'humour.

Me suis-je égarée à un cours de yoga ou perdue dans une réunion organisée par une secte ? Mais voilà Pauline Caupenne qui entreprend un dialogue téléphonique avec sa mère dont elle prend l'accent portugais plus vrai que nature.

Il faut savoir se perdre totalement pour se donner soi-même. Manifestement la jeune femme y croit à 100%. Elle veut donner du sens à sa vie et ce voyage n'est pas un caprice alors que sa mère, n'y croyant pas une seconde, lui demande quand elle compte rentrer.

Pauline reste en Inde. Nous la voyons danser et la scène est magnifique, parce que c'est une chorégraphie magnifique et que le travail des ombres est de grande beauté.

Elle est recrutée pour danser et très vite on réalise le hiatus entre la culture indienne et le mode de vie occidental. Par exemple le fait qu'aujourd'hui et demain se disent avec le même mot, provoquant immanquablement des quiproquos. On apprendra des éléments spécifiques, comme l'interdiction faite aux femmes de jouer un rôle au cinéma et le fait que la laïcité n'a aucun sens pour un indien : les dieux se bousculent au portillon.

Ce qui est très drôle c'est la manière de la comédienne de parler franglais : I do des pointes. Plus tard on assiste à une interview télévisée hallucinante parce qu'on devine bien que rien n'est inventé, sur une des musiques emblématiques des films de Chaplin. Pauuline se sent étrangère.

Elle interprète tous les personnages, jusqu'à un vieil homme. Plusieurs scènes sont très savoureuses, la chasseuse de cobra, l'astrologue, le psychologue. Elle salue comme il convient, modestement.

Le gros câlin est le seul réconfort à notre portée d'humain mais ce pays n'est pas idyllique, il suffit de porter attention aux visages des jeunes femmes attaquées à l'acide. On comprend qu'en Inde une vache a davantage de valeur qu'une femme et on apprécie que le spectacle n'occulte pas les sujets difficiles que n'adoucit pas un extrait de l'Impromptu de Schubert (Andante).

Elle joue dans un film qui connait un grand succès et dont on voit un extrait, et il est appréciable que ce soit de vrais scènes. Le succès est au rendez-vous. On lui propose un rôle dans une super production. Pourtant elle renonce : Pardon mais je ne vais pas revenir. je préfère être un diamant brut inconnu qu'une imposture dans un blockbuster.

Elle ajoute que les faits se sont déroulés il y a vingt ans et que depuis elle voit la vie en rose …
J'ai beaucoup aimé ce récit d’autofiction, drôle et insolite, qui célèbre les personnes en recherche d'identité, les anxieux en attente de réponse sur la quête de soi, la famille, le travail; Cie résultat est touchant, frais, dépaysant, exotique, culturel, un brin satirique, intelligemment féministe … et instructif.

Mais peut-être vous faut-il un extrait pour achever de vous convaincre :

Bollywood Boulevard de et avec Pauline Caupenne
Mise en scène : Grégoire Leprince-Ringuet
Spectacle né à La Flèche - Soutien : Adami
Dernière représentation parisienne le 3 juin 2026 à 21 h (avant une reprise probable)
Le spectacle sera repris à la Scala Provence pendant le festival d'Avignon 2026

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