Après trois belles éditions l’évènement fut suspendu, notamment en raison de la période de confinement qui bouleversa tous les projets.
Il reprit en mai 2024 sur le thème des Jeux, en 2025 autour des fleurs et cette année le défilé mit le Cinéma à l’honneur. Les créations furent de haut niveau et le défilé qui a été lancé à l’Orangerie à 14 h 30 a failli faire tourner les têtes des jurés, rassemblés autour de la comtesse Constance de Vibraye, propriétaire du château de Cheverny, et d’un autre habitué, Cédric Bioche, costumier au Paradis Latin et au Lido, avec bien entendu Hinaupoko Devèze, Miss France 2026 et enfin Philomena d’Orléans, son Altesse Royale Madame la Comtesse de Paris, épouse de Jean d’Orléans, Comte de Paris et chef de la maison d’Orléans, accompagnée de quatre de ses (charmants) enfants dont le plus jeune, Alphonse, a 3 ans.
Prenant son rôle très au sérieux la Comtesse avait rendu visite le matin même aux modistes à qui elle accorda beaucoup d’attention. Elle choisit de porter l’après-midi le modèle Coquelicot, créé spécialement par Olga Lumière pour l’édition 2025 et qui fut primé. Le jury avait été sensible à l’émotion que symbolise cette fleur, symbole de passion et de renaissance au centre d’ondulations qui représentent des ondes lumineuses.
Constance de Vibraye fit bien entendu elle aussi honneur à la chapellerie.
Tout commence bien en amont avec la sélection des participantes (que des femmes pour le moment), le montage des partenariats, et une organisation au cordeau devant prévoir les mannequins (et je leur accorde une mention spéciale pour leurs sourires), une exposition-vente, une installation dans le château qui bien entendu reste ouvert aux visiteurs, et l’accueil des passionnés qui viennent spécialement pour assister au défilé traditionnel dans l’Orangerie. C’est Karine Tourmente-Leroux qui est la cheville ouvrière et sans qui rien ne se ferait aussi minutieusement mais tout se met en place avec les équipes du château qui sont mobilisées elles aussi.
Et je dois applaudir aussi Charles-Antoine de Vibraye qui fut un maître de cérémonie bienveillant, précise et toujours souriant.
Chaque année est particulière et enrichie d’autres évènements. En ce mois de mai c’était la présentation d’un spectacle équestre et l’inauguration d’un parcours olfactif à l’intérieur du château, tous deux à l’initiative de Maximilien de Vibraye et qui ont fait l’objet de publications spécifiques.
Les stands des modistes sélectionnées :
Samedi après-midi et dimanche matin les modistes présentaient leur travail dans les Écuries du château, libérées des chevaux qui profitent en ce moment d’une grande liberté de mouvement et de l’herbe des prés. Les créatrices s’étaient donc installées chacune dans un box, dans une relative intimité, ce qui facilitait les essayages et favorisait les conversations. Le travail de précision était mis en valeur mais pas question de dévoiler à ce stade le moindre bibi qui défilera plus tard. Le secret est de mise mais on sait déjà que quel que soit la taille du modèle il aura pour vocation de "grandir la femme (ou l’homme) en lui offrant de l’allure".
La sélection, d’un niveau devenu international, effectuée par des professionnels, rassemblait neuf modistes, et dont neuf sensibilités différentes, qui ont exposé leur travail le samedi 25 à partir de 14h et le dimanche matin jusqu’à midi :
Aliona Slobodeniuc, une créatrice d’origine moldave installée à Saint-Nauphary dans le Tarn-et-Garonne, après avoir passé trois ans à Caussade, la capitale française du chapeau. Chacune de ses créations est une manière de voir et d’interpréter le monde. Elle présenta L’Ame de velours, Brisé fragmentée, Éclat du jardin, Douceur du château (dans lequel j’ai vu un hommage à Napoléon, que j'ai photographié backstage). Elle a obtenu l’an dernier un prix Coup de coeur aux Rencontres Internationales des Arts du Chapeau de Chazelles-sur-Lyon en 2025 avec cette coiffe en feutre de poil taupé noir, à petit bord rabattu à l’avant, prolongée de 2 pointes relevées sur le côté. Elle est bordée d’un ruban de gros-grain noir, terminé en petite bride d’attache.
Un œil peint à l’acrylique est appliqué sur un côté : iris bleu, pupille en perles noires, cils faits main en cuir d’agneau imitant les pétales d’un tournesol. Les touches de jaune dans l’iris font référence à la possible perception altérée de cette couleur par Vincent Van Gogh. C’est à la période de création des Tournesols que l’artiste s’est tranché l’oreille gauche, incident rappelé par l’emplacement de l’œil. La modiste a ajouté une broche "tournesol" aimantée, en cuir d’agneau peint, pouvant aussi être portée en boucle d’oreille.
Anne Vannieuwenhuyse dite Anne V. (Belgique), dont c’était la troisième ou quatrième participation. Cette jeune femme, également enseignante dans une maison de haute couture à Bruxelles, puise souvent son inspiration dans l’histoire. Elle présenta Amaryllis dont la fleur est joliment découpée, Indiana, Caroline, Alice et Béatrice, une capeline ornée d’un très joli noeud. Alice lui valut le prix du savoir-faire. Il nécessita plus de 400 pompons de plumes, réalisés et assemblés à la main.
La marquise de Vibraye porte "Jardin argentin" qui remporta un prix lors d'une précédente édition.
Anne V. réalise des grands mais aussi de petits chapeaux pillbox, à calotte plate, aux côtés droits et sans bord. Il tire son nom des petits étuis cylindriques ou hexagonaux qui servaient à ranger ou transporter quelques pilules.
Marie de Chapeaux, Froufrous et Paillettes (à Bougival, Yvelines), dont les chapeaux synthétisent l’élégance, la pétillance et la théâtralité : Papillon, Métropolis (une mosaïque de miroir en version femme et version homme), conte de printemps (vert/jaune). Elle exposait aux Écuries des modèles plutôt de taille modeste, donc majoritairement des bibis, parce qu’elle n’avait pas pu s’encombrer de grandes capelines, dont elle réservait le format au concours avec notamment, (?)
Delphine Leducq (depuis 19 ans à Marcq-en-Baroeul, Nord) dont la princesse Antoinette d’Orléans a porté avec élégance un serre-tête en fibre de banane couleur naturel blanchi, délicatement brodé. Une création légère et poétique. La créatrice, plusieurs fois primée à Cheverny, aime expérimenter, détourner les matériaux qu’elle assemble avec fantaisie. Sa création très architecturée sur le thème du long métrage, faite à partir de vraies bobines du film Amélie Poulain, lui vaudra le Prix du thème 2026. Elle sait aussi faire simple et mignon comme cette combinaison d’un petit bibi rose avec sa pochette assortie.
L’an dernier elle a eu l’idée de faire défiler sa fille Astrid pour la première fois, si bien que désormais chaque modiste proposera aussi un modèle enfant.
Efti Cianko (Blois) est modiste et costumière, qui combine l’élégance et la théâtralité, elle aussi pour la troisième fois ici. C’est elle qui a conçu les costumes des gardes de la Salle d’armes qui se trouve au premier étage du château.
Eugenia Jiménez (Séville, en Espagne) a fondé sa maison en 2005 en Andalousie. C’est une grande figure de la chapellerie espagnole où elle est reconnue à l’instar des Meilleurs Ouvriers Français. Elle maitrise l’art et les techniques traditionnelles, et effectue chaque étape à la main, et sans compter les 15 ou 20 heures de travail nécessaires, ce qui lui vaut de fournir les grandes familles royales d’Europe et d'être présent à tous les concours nationaux d’attelage. Ce modèle est composé de plumes d’oie brûlées, peintes à la main, découpées. À côté, un feutre en poils de lapin brossés obtenu sur une forme de bois sans l’emploi de la vapeur.
Elle obtiendra le Prix du chapeau masculin avec Grand Veneur et le Prix du Chateau de Cheverny.
Pascale Loubéra (Paris) a travaillé dix ans au sein de Tête à tête et se caractérise par l’exigence du détail comme le démontre le modèle Paca surf qui remportera le Prix de l’originalité tandis que Rose des vents lui vaudra celui de l’élégance.
J’aborde avec elle la question de la différence entre Borsalino et Panama. Si leurs formes se ressemblent ils se distinguent surtout par la matière, le feutre (de laine mérinos ou de poils de lapin, parfois les deux mélangés) pour le premier, en faisant un chapeau idéal pour l’hiver, la paille pour l’autre, le rendant agréable par forte chaleur.
Le Borsalino est la création d’un italien de 20 ans qui fonda sa maison en 1857, dans la petite ville d'Alessandria, en Italie. Giuseppe Borsalino a l’ambition de créer le chapeau parfait pour l'homme moderne. On se souvient d’Humphrey Bogart dans "Casablanca".
Malgré son nom, le Panama ne vient pas de ce pays mais d'Équateur, en ayant voyagé par le célèbre canal. Les artisans équatoriens maîtrisent l'art du tressage de la paille de toquilla, qu’ils se transmettent de génération en génération, et qui a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2012.
Plusieurs artisans italiens sont spécialisés dans un des étapes de fabrication du borsalino, la forme, le bord, la pose du ruban grosgrain extérieur, souvent noir. Le panama est tressé à la main plus ou moins serré par un unique homme. Les "Cuenca" au tressage lâche offrent un excellent rapport qualité-prix. Le tressage des "Montecristi" d'une finesse extraordinaire, atteignant celle de la soie, peut compter jusqu'à 2000 brins au pouce carré et certains modèles exceptionnels se négocient à plusieurs milliers d'euros.
Lydie et Lucienne (Belgique), est l'atelier de la modiste Joke Carels à Gand, pour la première fois à Cheverny, a un sens aigu de l’esthétique, capable de nous éblouir aussi bien avec un béret espiègle, un bibi en vichy rose, qu’un chapeau de cérémonie.
Olga Lumière (Maine-et-Loire) dont l’univers très reconnaissable fut récompensé au cours des deux dernières éditions. Cette biélorusse d’origine est désormais installée à Angers.
Si la traversée des écuries était exceptionnelle, par contre la cinquantaine de chapeaux issus de la collection privée de Madame Colette Besson restera exposée quelques jours encore dans plusieurs salles du château. La découverte à l’âge de douze ans de deux chapeaux de femme anciens, ayant appartenus à ses arrières grands-parents a été le point de départ d’une collection qui s’est agrandie au fil d’achat en brocantes. Parmi ses merveilles il y en aurait un qui aurait appartenu à une courtisane de la reine Elisabeth.
Je signale aussi dans le château un portrait où le personnage principal tient un grand chapeau à plumes et une vitrine exposant des épingles à chapeau.
Les festivaliers furent récompensés de leur patience, le temps des délibérations, par la dégustation, en toute modération sachant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, d’une coupe de fines bulles offerte par les Caves Monmousseau, présente ces deux jours aux Écuries avec une grande partie de leur gamme et dont j’aurai prochainement l’occasion de reparler.
Le jury a eu raison de saluer le travail effectué et présenté lors du défilé apprécié par plus de 350 personnes. Il ont remis le Prix du savoir-faire à Anne V, le Prix de l’originalité mais aussi le Prix de l'élégance à Maison Loubéra. Le Prix du cinéma est revenu à Delphine Leducq. Enfin, le Prix coup de cœur chapeau homme ainsi que le prestigieux Prix du château ont été attribués à Eugenia Jimenez.
Romain Thévenin avait conçu en amont les robes des mannequins, femmes et hommes, ainsi que celle de la jeune Astrid qui ont défilé avec beaucoup d'élégance. Il a créé sa propre maison de couture en 2014 et a déjà travaillé pour Lady Gaga, Paris Hilton, Aya Nakamura …
Astrid, la fille de Delphine Leducq, présenta le modèle enfant de chaque modiste. Voici quelques clichés pris au cours du défilé, par ordre d'apparition :
Chaque modiste a ensuite présenté une création sur le thème imposé cette année du cinéma : Aliona Slobodeniuc et Arsène Lupin (modèle masculin non photographié), Anne V. et Entracte, Froufrous et Paillettes et Hollywood Golden Age, Delphine Leduc et Long métrage, Efti Cianko et Pretty Wooman, Eugenia Jimenez et Secrets de Versailles, Pascale Loubera et Projection privée, Lydie et Lucienne avec Don Luciano (un modèle masculin), Olga Lumière avec Tween Peaks.
Cédric Bioche, couturier de l’Élysée et membre du jury, et le styliste Romain Thevenin ont créé en commun et présenté leur oeuvre hors compétition :
Je me suis éclipsée pendant les délibérations pour un petit tour en coulisses. Une mannequin s'apprêtait à remonter sur scène avec Alice (Prix du savoir-faire pour Anne V.). Miss France posait avec Secrets de Versailles et sa créatrice, Eugénia Jimenez (Prix du château) sous le regard souriant de Anne V. et de Lydie et Lucienne. J'ai réintégré ma place sans trahir le secret.
Voici les autres lauréats et lauréates et le jury au complet :
Ce 6e Festival du Chapeau était, comme les précédents, organisé par Karin Tourmente-Leroux. Cette édition était réalisée en partenariat avec l’Atelier Saint-Michel, Saint-Algue, Monmousseau, l’école de maquillage ITM-Paris, le styliste et designer Romain Thévenin et la maison de parfum Marcus Spurway.
Les modistes sont les héritières des "marchandes de modes" de la deuxième partie du XVIII°. A cette époque, elles sont des commerçantes spécialisées dans la vente d’articles pour les toilettes des dames (rubans, plumes, dentelles, passementeries, etc).
La plus célèbre est Rose Bertin, qui fournit et conseille la reine Marie-Antoinette. Elle devient la 1ère créatrice de mode et sa renommée est internationale. Puis, au début du XIX° siècle, les marchandes de modes deviennent modistes, en se concentrant sur la conception des chapeaux comme le souligne l'exposition consacrée au XVIII° par le Palais Galliera, encore visible jusqu'au 12 juillet prochain.
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D’autres publications concernent Cheverny, son château, ses jardins, l’exposition Moulinsart et son parcours olfactif
Domaine du Château de Cheverny
Avenue du Château – 41700 Cheverny - Tél : 02 54 79 96 29
9h15 - 18h à partir du 1er avril (fermeture à 18h30 en juillet et août).
Précédentes publications sur Cheverny :
Découvrir Moulinsart au Château de Cheverny le 13 octobre 2021
Les jardins, le plan d’eau et le parc de Cheverny le 15 octobre 2021
Visite du Château le 18 octobre 2021
Une tulipe est baptisée Château de Cheverny le 7 avril 2022
Cheverny en habits de fête le 2 décembre 2022
L’appellation AOC Cheverny le 6 décembre 2022
Cheverny célèbre le Printemps le 22 mars 2024
Rencontre entre l'Homme et le Cheval le 24 mai 2026
Une soirée à Cheverny sous le signe du parfum le 28 mai 2026

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