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mardi 5 mai 2026

37 ème Nuit des Molières aux Folies Bergère

Je dois approcher la 10 ème cérémonie des Molières. Je suis une habituée mais je reste vigilante à mon arrivée en salle de presse parce que chaque année voit de légères modifications vers davantage de professionnalisme, moins d’improvisation et plus d'encadrement. Je suis malgré tout nostalgique du long tapis rouge marquant les arrivées à la maison de la culture de Créteil, plus glamour que les rues voisines des Folies bergère, encombrées de fourgonnettes policières.

Il est vrai que le quartier a été très marqué par des attentants et que la prudence prime probablement. La soirée reste un moment festif sauf bien entendu pour les déçus privés de repartir avec une statuette et à ce sujet David Castello-Lopèz nous servira un sketch d'anthologie quand le nombre de "loosers" de ce soir aura déjà atteint le nombre de 33, recommandant de ne pas s'auto-applaudir, ce qui rendra "mort de rire" Ahmed Sylla (toujours souriant quelle que soit la vanne). David justifiera son ironie par le fait d'avoir été éligible l'an dernier sans aller jusqu'à la nomination, ce qui lui valut d'être un looser parmi les loosers sans avoir même le droit d'échouer en public. L'échec des autres aujourd'hui m'apaise conclura-t-il.

Il m’a semblé néanmoins que les hommes étaient moins bons "joueurs" que les femmes. J’ai vu des perdants s’éclipser prestement avant la fin. Par contre de grandes artistes non récompensées sont restées jusqu’au bout, même au-delà et leur sourire était rassurant. Elles vont continuer à nous éblouir dans leurs prochains spectacles..

Je me suis réjouie de la réception de plusieurs statuettes. Je n’ai pas à m’en cacher. Katia Ghanty (autrice et interprète des Frottements du coeur, mise en scène Éric Bu), est celle qui m’a le plus emballée. Elle méritait tellement cet honneur et je livrerai plus bas des extraits de son émouvant discours, même si, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit, les autres aussi étaient de haut niveau. A-t-on vu d'ailleurs dans l’histoire des Molières l’attribution d’un prix ex aequo ?

Certes il y a des récompenses qui se partagent, comme celle de la mise en scène entre Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget pour leur formidable travail dans Made in France. Mais ils sont de la même équipe. Ou celui du meilleur auteur, en l’occurrence autrices pour Barbara Lamballais et Karina Testa, avec Le Procès d'une vie qui nécessita 8 ans de travail. Et enfin Valérie Lesort et Christian Hecq qui remportent avec le retour de leur Petite boutique des Horreurs trois ans après une première série à l’Opéra-Comique, respectivement leur 7ème Molière pour elle, 10 ème pour lui, ce qui signifie que le duo n'a pas systématiquement fait coup double. Ce soir, si je suis précise, c’est en fait leur spectacle qui est récompensé au titre de la création visuelle et ils ne sont d’ailleurs pas montés sur la scène.

Reprendre un succès (déjà moliérisé) ne garantit pas systématiquement de nouvelles statuettes. Les trois comédiens d'Art l'apprendront à leurs dépends malgré 4 nominations cette année. Aucune nouvelle récompense ne s'ajoutera en 2026 à celles obtenues à la création en 1995. Mais pour l'heure ils sont confiants et souriants au photo-call. On retrouvera François Morel dans le rôle d'Arnolphe de l'Ecole des femmes tout l'été au festival de Grigan.
J’ai lu que la soirée fut calme. Certes il n’y eut pas d’intrusion d’intermittents. Sébastien Thierry n’est pas réapparu dans le plus simple appareil pour interpeler la ministre. La CGT spectacle n’a pas fait son discours habituel (et qui jamais ne surprend).

La fougue et l'originalité sont venues de Laurent Cherer qui salua l'intermittence qui lui a permis ce pari d'écrire Fin, fin, fin (2 Molières) et qui osa un big-up aux comédies émergentes qui prônent non pas l'entre soi mais l'accessibilité et la culture pour tous, méritant des putains de subvention pour continuer à faire vos spectacles qui sont importants en ces temps politiquement dangereux et anxiogènes.

L’émotion fut au rendez-vous avec l’intervention de Aïla Navidi qui rapporta les mots d'une iranienne pour nous interroger sur les exécutions quotidiennes dans un pays dont on doit souhaiter que le régime tombe un jour.

L’hommage aux disparus fut un très beau moment, avec la chanson de Terry Jacks Seasons in the Sun, réarrangée par Jean-Baptiste Soulard à la guitare et sublimement interprétée par Awa Ly. Qui nous manque le plus de Brigitte Bardot, Nathalie Baye, Tchéky Kario, Joffrey Kles, Lynda Mihoub ou de Bob Wilson ? J’ai remarqué de tristes sourires sur les visages des spectateurs …

J'ai aussi été touchée, et sans doute fûmes-nous nombreux à l'être, si j'en juge par la puissance des applaudissements, par Alex Vizorek opposant théâtre et IA, par le franc parler de Paloma avec une belle phrase pour chacun des nominés, par l'hommage d'Alex Lutz à son père (il est ci-contre avec son fils), de Jérôme Kirscher à sa mère, par Elsa LepoivreJeanne ArènesKatia Ghanty
Marianne Pangos et Samuel Valensi dont les discours ont davantage été orientés sur les causes qu'elles soutiennent que sur leur propre personne.

D'une façon générale il m'a semblé que la majorité des spectacles récompensés portait un appel à la résistance contre de multiples formes de violence ou un hommage à la résilience.

J'ai aussi remarqué la reconnaissance de ceux qui sont passés par le théâtre public même (et surtout) s'ils reçoivent aujourd'hui un Molière pour leur travail dans le privé. A ce titre l'enseignement de Michel Bouquet aura été cité deux fois, par Jérôme Kirscher et par Muriel Robin dont il faudrait se souvenir de chaque mot tant ses paroles seront justes, notamment sur le côté malsain à l'encontre des victimes de viol du projet de loi SURE. Je reprends plus loin les extraits les plus signifiants de leurs discours.

La soirée s’est achevée sur les paroles enflammées de Jean-Christophe Meurisse, Molière du théâtre public pour I Will survive rappelant ce qu’il doit au service public. Quand j'avais 19 ans le théâtre m'a appris à lire, à penser, à être citoyen, amoureux, et m'a réconcilié avec l'humanité. J'espère madame la ministre (elle sourit) que vous allez continuer à tous, là et pas là, nous protéger pour l'avenir.

Juste avant, le discours sensible et percutant d’Anne Bouvier, présidente de l'Adami, valait toutes les déclarations syndicales. Elle a pointé un malentendu entre les artistes et les politiques et une partie du public. Nous avons laissé s'installer une image fausse d'un monde de privilégiés. Le revenu moyen d'un artiste dans le spectacle vivant c'est 590 euros par mois. Nous ne sommes pas là pour nous plaindre mais parfois on oublie ce que représente la culture. On la voit comme un luxe et c'est l'inverse. En 2024 les secteurs culturels ont généré plus de 100 milliards de chiffres d'affaires, plus de 53 milliards de valeur ajoutée à l'économie française. C'est plus d'un million d'emplois, soit 3 fois plus que dans le secteur de l'automobile. Partout en France la culture n'est pas un coût, c'est un investissement qui rapporte. La culture est faite d'artisans qui travaillent avec leurs mains, leur coeur, leur esprit. Elle est l'essence même de l'humanité parce que quand vient le chaos c'est tout ce qu'il reste. Charlotte Delbo a survécu aux camps de concentration en récitant dans sa tête des tirades du Misanthrope (…) alors la sauvegarde de l'humanité c'est cela votre ministère (et la ministre opine). Notre patrimoine premier c'est nous, ne l'oublions pas.

Sans qu'on le lui demande la salle s'est spontanément levée d'un bond. Merci Anne d'avoir mis les mots qui ont davantage leur place en début d'article qu'en conclusion. Puissent ils résonner longtemps !

J'ai suivi la soirée en salle presse et j'ai respecté l'embargo puisque la diffusion se fait en léger différé. J'ai bien entendu pris des notes au fur et à mesure, enregistré mes réflexions. C'est cependant après avoir visionné le replay de l'émission de manière à ne pas vous parler d'un moment qui aurait été coupé au montage puisque Alex Vizorek avait prévenu, avec l'aval de Jean-Marc Dumontet, on se donne le droit de couper les remerciements s'ils dépassent les 45 secondes. Ce fut le cas pour le discours de Jean-Philippe Daguerre qui tenait une dizaine de feuillets entre ses mains, mais il s'agissait peut-être -sans doute- d'un effet convenu et d'une connivence entre eux, même si ce ne fut pas du goût de tous le monde.

Quoiqu’il en soit avec une retransmission de 2 h 47 alors que le conducteur prévoyait 2 h 22 je ne vois pas ce qui a été retranché. La soirée m’a semblé plutôt équilibrée, entre humour et dignité, sérieux et dérision, joie et retenue. Les intermèdes voulus pour distraire n’ont pas du tout occulté la profondeur des paroles des artistes dont la responsabilité en matière d’engagement était tout à fait palpable, y compris jusqu’au Molière de la comédie. Ceci justifierait-il que la soirée ait réalisé la meilleure audience depuis 2015 en attirant 1,2 million de personnes ? Pour mémoire, l'an passé, 779 000 téléspectateurs s'étaient mobilisés le 28 avril 2025.

Revenons maintenant plus en détail sur le déroulé de la cérémonie. 
Bonsoir le théâtre français clama Alex Vyzorek très heureux d'être pour la troisième fois sur cette scène pour animer une soirée qui avait démarré en musique et en paillettes avec un ballet de La cage aux folles. Il railla Emmanuel Macron de ne pas pouvoir enchainer autant de mandats, et Brigitte Macron de vouloir "relancer la carrière d'Ary Abittan". Il est vrai que c'était pour le moins maladroit, aussi bien de la part de la présidente que de celle de l'humoriste, lui valant d'être autant applaudi que hué.

Sans être le moins du monde mal à l'aise il salua la discrétion de Catherine Pégard, la nouvelle ministre, comparativement à l'exubérance de Rachida Dati. On est passé d'une pièce de boulevard à une pièce de Strindberg … des débuts. Quant à Delphine Ernotte, elle pouvait  bien être "la muse de Patrick Sébastien", allusion à la dernière chanson de l'artiste.

Il a, comme il est de coutume, pointé les forces en présence, en citant les pièces qui ont le plus de nominations alors qu'on finit par le savoir : le nombre n'est pas une garantie de statuettes et cette nuit va encore une fois le démontrer.

Il s'est moqué, c'était tentant, de l'intitulé de la pièce favorite avec 5 nominations, Les Petites Filles modernes, titre provisoire, de Joël Pommerat (qui est un titre définitif). Il n'obtiendra "que" le Molière de la mise en scène dans un spectacle de théâtre privé comme on le voit déjà sur mon article d'annonce des nominations, mis à jour cette nuit (les gagnants y figurent en rouge). Personne ne montera sur scène pour prendre la parole en son nom ni recueillir la statuette. Une reprise est prévue au théâtre du Rond-Point la saison prochaine.

Nous sommes encore au tout début de la soirée et l'ambiance est détendue puisque tous les nominés sont des gagnants potentiels, donc souriants et disposés à accueillir les quolibets, ce dont Alex Vyzorek n'allait pas se priver. A propos de l'affiche d'Art montrant un tableau tout blanc il y voit les trois comédiens contempler le programme des candidats à la présidentielle en matière de culture.

4 aussi pour Amadeus (qui ne repartira "que" avec le Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre privé décerné à Jérôme Kircher).

Pour appuyer le fait que tout est envisageable (et expliquer maladroitement l'absence de Jean-Paul Rouve comme s'il craignait que Thomas Jolly, directeur artistique des cérémonies d'ouverture et de clôture des JO de Paris et actuel directeur artistique de "Drag Race France live", ne décide d'adapter les Tuche) Alex a fait semblant de lancer une bombe en disant que Thomas était pressenti pour imaginer un spectacle autour de "Camping". Aussi surprenant que cela puisse être ce n'est pas une fake news puisque Fabien Onteniente a emmené Thomas Jolly et Franck Dubosc voir à Londres en février dernier Mamma Mia! qui pourrait constituer une source d'inspiration.

4 aussi pour Le Procès d'une vie, prétexte à se moquer du (véritable) seul-en-scène J'ai dit oui dans lequel Eric Patrick Dupont-Moretti raconte ses quatre années comme garde des Sceaux, qu'il oppose à Elles avaient dit non de Patrick Bruel (titre inventé en lien avec les affaires le concernant), tout en rappelant la présomption d'innocence.

3 pour Made in France, la pièce la plus à gauche du palmarès. 3 pour La femme qui n'aimait pas Rabbi Jacob (qui n'est pas un biopic de la vie de la députée Rima Hassan) aucun à l'arrivée, ce qui est une grande injustice, mais on ne peut pas gagner à chaque fois. 3 encore pour Le chant des lions, une pièce nécessaire qui raconte l'histoire de la création du Chant des partisans, prétexte à faire une blague à propos du risque de main mise de Bolloré sur l'audiovisuel.

Sans évoquer IA à tout bout de champ comme ce fut le cas lors de la soirée des Césars on souligna tout de même que depuis plus de 2500 ans le théâtre réunit des vrais gens qui racontent des histoires à des vrais gens qui les regardent. Ces vrais gens qui ont choisi de sortir de chez eux pour se réunir ensemble dans un moment forcément unique car ressentir l'émotion de la personne assise à côté de nous et se rendre compte que c'est la même que la nôtre alors qu'on ne se connaissait pas aucune machine ne peut le remplacer. Furieux applaudissements.

Avant de vous dire qui reçut une statuette, quelques mots à propos des remettants les plus méritoires, les plus amusants ou les plus insolites.

Marine Leonardi audacieusement costumée qui entre sur la musique de Bécassine rejointe plus tard par la vraie Chantal Goya, très émue, une fois que Marine se sera bien payé la tête d'Alex et réciproquement. 

Mélanie Doutey et François Morel ont fait un joli numéro, tout en décalage, démontrant -mais il n'y a là rien d'original- que traiter une femme de belle plante, est devenu sexiste. 

L'irrésistible Paloma, en longue robe fluide et argentée, a plaidé le faux à propos des hommes trop souvent invisibilités dans la profession et qu'on entend que trop peu. Des piques ont été lancées à Alex pour sa coupe de cheveux André Rieu, et Valérie Lefort : Valoche à l'aise avec les marionnettes et la pâte à sel mais faut grandir, moquerie qui sera contredite bientôt par la réception d'un Molière. Mais Paloma a eu aussi une belle phrase pour chacun des nominés et à osé rappeler qu'on peut être un homme tout en étant sensible.

Jean-Philippe Daguerre, l'homme aux 9 Molières avait accepté de participer à un sketch laissant supposer qu'il lirait un discours long de plusieurs feuillets, fut soumis à l'analyse de ses remerciements de l'an dernier, d'une durée de soit disant 5 minutes 40 ayant épuisé son quota pour les 10 prochaines années et fut sommé de remettre un prix en vitez (mauvais jeu de mots avec le nom du très respectable Antoine Vitez qui ne fit pas rire grand monde).

Ont été décernées dans l'ordre suivant (et je ne donne que les gagnants puisque tous les nominés figuraient dans mon précédent article) :

Comédienne du théâtre public à Elsa Lepoivre dont c'est le second et qui est très fière que Hécube, pas Hécube soit inspiré par une histoire réelle, un scandale de maltraitance d’enfants porteurs d’autisme dans une institution publique, le foyer de Mancy, à Genève, et la quête pour justice initiée par Natacha Koutchoumov, pour son fils, Elias dont elle a cité les noms ce soir. Le spectacle sera repris à la saison prochaine. 

Second Molière du Jeune public pour Joana Boyé avec Casse-noisette, une fable qui célèbre les cicatrices en les recouvrant d'or, les balafrés, tous ceux qui portent en eux une fêlure qu'elle a eu la joie de pouvoir monter à la Comédie française en toute liberté. Avec un peu d'audace on peut être qui on veut promet sa coauteure (également pour La Reine des neiges) Elisabeth Ventura.
La toujours splendide Josiane Balasko a fait (évidemment) des traits d'humour avant de remettre le Molière du comédien dans un spectacle de théâtre public à Laurent Lafitte, (cette année César du Meilleur Acteur pour La Femme la plus Riche du Monde) heureux d'avoir pu travailler avec Olivier Py, sur un spectacle inspiré de la pièce et du film, dont le sujet central est l'homophobie qui demeure un fléau. La cage aux folles (photo de la troupe ci-dessous) recevra plus tard et sans surprise aucune le Molière du spectacle musical en adressant un merci spécial à Jean Poiret et en saluant Laurent Lafitte, extraordinaire chef de troupe. Reprise à la Scène musicale du 30 octobre au 14 novembre.
Sur la musique de YMCA un numéro savoureux d'imitation de Trump par son sosie écossais Lewis Macleod, jeune papa depuis la veille, remarquant qu'il pleut à Paris comme à Glasgow. Tout à fait légitime pour remettre le Molière de l'Humour … à Alex Lutz qui, sur scène est accompagné d'un guitariste Vincent Blanchard, et … d'un cheval. Il sera repris au Dôme de Paris lpour une date exceptionnelle le 20 juin.

Il a reconnu dans son discours avoir osé rire de la mort de son père, alors que l'impudeur l'effraie. Nous donnant le message enregistré avec grand soin par son père sur son répondeur téléphonique il dit l'avoir sur les épaules et lui parler tous les soirs un peu. Son fils Ferdinand était très ému l'entendant dire : Tu l'as eu, on l'a eu, merci folie, mélancolie, les pas de côté, les chevreuils reconnaissables entre mille, les brumes, les champs, le rock, les cheveux coupés en quatre, l'agacement et la réconciliation, pour l'imperfection et la possibilité de regarder quelque chose en se disant que ça peut vraiment être autre chose car je suis artiste … avec, grâce et malgré tout ça.
Jeanne Arènes (à gauche), tour à tour Lucette Duboucheix, une des co-accusées et Simone de Beauvoir, dans Le procès d'une vie reçoit le troisième Molière de sa carrière. 

Le monde a soif d'amour, abreuvons-le ! a déclaré Marianne Pangos (à droite) qui s'était déjà illustrée dans de nombreux spectacles musicaux et qui reçoit le Molière de la Révélation. Elle interprète Germaine Sablon dans Le chant des lions, en rendant un bel hommage à une des figures cachées de l'histoire, très grande humaniste, dans une mise en scène très réussie de Charlotte Mazneff. Le spectacle sera jouée au Tristan-Bernard jusqu'au 20 juin puis au Théâtre des Gémeaux à 18 h pendant le festival d'Avignon.
Jérôme Kirscher (à gauche), ancien élève de Michel Bouquet, rappellera qu'il a souvent joué dans le théâtre subventionné (public). Cette année il est Salvieri dans l'adaptation musicale Amadeus jusqu'au 14 juin au Théâtre Marigny où il a retrouvé partout une rigueur, passion et générosité qui lui ont rappelé le "théâtre d'art". Il reçoit son premier Molière (lui aussi dédié à sa mère) après 4 nominations "infructueuses", illustrant une de mes maximes  : un échec est une victoire différée.

C'est Laurent Cherer (à droite), auteur, metteur en scène et comédien qui reçoit le Molière de la révélation masculine dans Fin, fin et fin, où trois amis, des marginaux, font face à la fin du monde, qui se joue encore jusqu'au 5 juin au Théâtre Lepic (mais affiche complet) et sera repris à partir du 10 septembre 2026.

Mon personnage a du mal à dire je t'aime. Moi je vous le dis très fort. Comme je l'ai souligné en début d'article l'artiste a remercié l'intermittence qui lui a permis ce pari d'écrire le spectacle. "Trop bien. Je vous laisse là-dessus".
Il reviendra bientôt avec son large sourire pour un second Molière en donnant la parole à ses amis et comédiens avec qui il partage la scène, Eugénie Thieffry et Enzo Monchauzou, en lançant un big-up aux comédies émergentes (très applaudi) qui prônent non pas l'entre soi mais l'accessibilité et la culture pour tous. Vous n'êtes pas là ce soir alors qu'on représente notre art. Vous méritez des putains de subvention pour continuer à faire vos spectacles qui sont importants en ces temps politiquement dangereux et anxiogènes.

La remise du Molière d'honneur à Muriel Robin, plusieurs fois nommée, jamais lauréate, a provoqué d'abord beaucoup de rires, d'abord par le discours très inventif de Vincent Dedienne. Il a fait l'éloge de son esthétisme et souligné qu'elle inventa une langue où l'on dit berzingue et pas à toute vitessePof et non pif ou paf. Pas doucement mais mollo, voire molito.
On a vu Muriel rire et pleurer à la fois. Remettant et lauréate ont partagé de très très longs applaudissements. L'humoriste était secouée tant elle avait rêvé d'être reconnue. L'ancienne élève de Michel Bouquet, s'est souvenu de son principe : ne pas se servir mais servir le texte. Reconnaissante, elle a dit ce qu'elle devait aussi à Pierre Palmade et elle a annoncé son retour au Théâtre Marigny en janvier prochain.

Mais surtout elle a montré comment savourer le moment présent, dédié à son épouse, Anne Le Nen. Sans oublier de lancer un cri d'alarme à propos la nouvelle loi SURE, le plaider coupable de Gérald Darmanin, qui permettrait à un violeur de négocier sa peine dans le bureau d'un juge, sans procès. Un viol ne se négocie pas. Les victimes n'ont pas besoin d'une justice plus rapide mais d'une justice à la hauteur. On ne combat pas une violence massive avec une justice allégée qui simplifie la procédure mais pas la vie des victimes. le procès est important pour les victimes et pour la société. Je vous demande donc monsieur le ministre d'être à la hauteur de ce fléau et de ne pas infliger aux victimes une seconde peine (j'étais alors dans le hall, face à l'écran de retour et je voyais -notamment- Clémentine Célarié hocher la tête en pleurant). N'est-il d'ailleurs pas là aussi question d'honneur ?

Molière du seul en scène, comme je l'ai annoncé, pour Katia Ghanty (autrice et interprète des Frottements du coeur, mise en scène Éric Bu) dans le récit autobiographique de son séjour à l'hôpital avec pronostic vital engagé suite à une très mauvaise grippe. Cette expérience intime, drôle, sensible et poétique sera reprise à la rentrée au Théâtre La Bruyère.
Son plaisir était éclatant : wahou pour mon équipe merveilleuse et toutes les personnes qui ont oeuvré dans l'ombre pour ce spectacle. J'ai une pensée très émue pour les personnes qui m'ont soutenue à l'hôpital et dans les tempêtes qui ont suivi. (…) La joie est toujours possible. Et surtout les personnes qui se battent pour que l'hôpital public soit toujours un lieu de soins et pas une usine (très applaudie). Ces personnes dont le travail est si peu valorisé, qui apportent un peu de douceur dans ce chaos hospitalier. Ce que vous faites est important et je crois que la délicatesse peut parfois sauver des vies au même titre que les prouesses techniques. Immense merci à toutes les personnes qui prennent soin d'une manière ou d'une autre.
Josiane Balasko reçut avec humilité le premier Molière de sa carrière, celui de la Comédienne dans un spectacle privé. C'est lourd, merci d'avoir voté pour moi, vous étiez pas obligés. Merci d'avoir parlé de la loi sur la justice, des femmes iraniennes … Ça c'est l'amour, de Jean-Robert Charrier est une pièce sur la mécanique de l'emprise qui sera reprise en janvier 2027 au théâtre des Bouffes parisiens.

Précédemment Laurent Stocker, déjà Molière l'an dernier dans la même catégorie, reçut le Molière du comédien dans un second rôle, dans Les femmes savantes, mises en scène à la Comédie Française par Emma Dante, qu'il a remerciée d'être une femme libre dans ce tumulte du monde, en concluant sur une phrase de Marivaux : dans ce monde il faut être un peu trop bon pour l'être assez.
Barbara Lamballais et Karina Testa ont reçu le Molière de l’Auteur/trice francophone vivant/e pour Le procès d'une vie puis le Molière du Théâtre Privé. Faire résonner des thématiques qui ne sont pas consensuelles leur a porté chance mais il ne faudrait pas oublier les huit années d'écriture. leur message est positif : Restez dignes même si vous doutez. Ne cherchons pas à plaire. Ayons confiance en nous. Incroyable mais pas impossible.

Christophe Segura, un de leurs producteurs, avait perdu son texte, mais pas ses mots en rappelant qu'il fallut huit années au spectacle pour trouver sa route avant sa création l'an  dernier en Avignon au théâtre des Gémeaux. Bruno Moynot, le directeur du Spendid, où se joue la pièce actuellement et qui y est prolongée jusqu'au 3 janvier 2027 ajouta : Je pense que tout a été dit mais faites une standing ovation pour Gisèle Halimi.
Le Molière de la mise en scène du spectacle privé a été attribuée au duo Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget pour Made in France, une satire du syndicalisme autant que de l'ambition politique et des malversations financières qui a été créée en juillet 2025 au 11-Avignon où elle reviendra cet été.

Samuel a souligné qu'on pouvait réunir des producteurs publics et privés (même s'il reçoit un Molière au titre du privé) : Ça me parait surréaliste ! On voulait raconter l'histoire des Fralib, ces ouvriers qui se sont battus 1336 jours pour sauver leur usine de la délocalisation décidée par Unilever et qui ont réussi avec SCOPTI. Leur avocat leur a expliqué qu'une telle victoire était devenue impossible aujourd'hui en raison de choix politiques qui l'avait rendue impossible. Derrière la comédie Made in France il y a les victimes de ces choix politiques et celles et ceux qui dans la dignité nous ont raconté leur histoire (Fralib, Arselor-Mital, Alsthom et General Electric, de la papeterie Chapelle Darblay). Mieux vaut en rire que subir. 
Molière de la création artistique pour La petite boutique des horreurs dont les chansons sont devenues cultes aux Etats-unis, pour la plus grande joie (après quelques secondes de surprise) du duo Valérie Lefort-Christian Hecq qui reçoit son troisième Molière dans cette catégorie mais qui ont laissé à leur équipe le soin de le recevoir (de gauche à droite sur la photo : Pascal Laajili à la lumière, Audrey Vuong la décoratrice, Carole Allemand aux marionnettes, Vanessa Sannino la costumière). Ils ont souligné le plaisir de travailler avec un duo dont ils ont vanté la grâce, l'audace, la précision et la dérision.

Avant de remettre les derniers trophées aux Meilleurs spectacles, public, comme privé, et selon la tradition, Jean-Marc Dumontet est intervenu pour ponctuer la soirée en remerciant pour l'humour, la dérision, la chatoyance, les beaux hommages, l'audace du prime time, le besoin d'un service public fort, avec principes et convictions. Le théâtre est un acte de civilisation de la parole, de l'écoute, de compréhension de l'autre sans en avoir peur.  Il rappela la parole de Jean-Paul Sartre : le théâtre c'est un lieu d'excellence où l'homme est en train de se faire en exploitant sa liberté pour se construire.

Il conclua qu'il était impératif de faire rayonner la joie. Chaque représentation doit être une insurrection contre la désespérance.

Je pourrais laisser le mot de la fin à Amélie Philippe, des Chiens de Navarre, qui a souligné sa chance de mettre en scène avec Jean-Christophe Meurisse depuis très longtemps. Parlant de I will survive, dont le titre est une promesse, elle a souligné combien ce spectacle tient à coeur de la troupe parce qu'il porte sur deux sujets dont on n'avait pas envie de rire, même si on a finit par rire (en grinçant) sur la liberté d'expression et les violences faites aux femmes

J'ai insisté sur la gravité des thèmes traités par les gagnants, sans doute reflet d'une époque aussi troublée que troublante. De nombreux moments ont tenté d'insuffler de l'humour au cours de la soirée, avec plus ou moins de succès. Comme un drôle de schéma amusant pour résumer comment être éligible aux Molières. En résumé : jouer beaucoup (60 fois dans le privé) ou au bon endroit (dans de grandes salles dans le public).

Une jeune troupe a proposé une version pittoresque du Bourgeois Gentilhomme plutôt intéressante en démontrant combien les paroles de Molière peuvent encore superbement résonner. On peut les applaudir en ce moment au théâtre des Gémeaux Parisiens et ensuite à Avignon.
Nous eûmes un extrait du Cid pète un cable qui reviendra en septembre au théâtre Hébertot avec Caroline Vigneaux (toujours vêtue de rouge) et du rappeur MC Solaar  sur une chorégraphie très rythmée avec la séquence ô rage, ô vieillesse ennemie. L'ancienne animatrice des Molières a fait une intervention très humoristique.

Un extrait de Chicago le musical menée par Shy'm et Vanessa Cailhol (qui sera maitresse de cérémonie des Trophées de la comédie musicale) qui sera un moment de consolation de n'avoir reçu aucune récompense.

Il y eut aussi un numéro de Merwane Benlazar, humoriste de stand-up et chroniqueur français, écarté de France 5 l'année dernière (la ministre regarde dubitative), entré en scène sur la musique de Douce France, en tee-shirt rayé, baguette à la main. Il a cru être drôle en regrettant qu'il n'y ait que quatre places seulement comme nominé en humour et qu'il ne pourrait prétendre figurer que dans le quota diversité …(on voit alors Ahmed Sylla sourire dans la salle, ce qui est à la fois faux, car j'ai croisé l'humoriste dans le couloir de la coursive au moment où Merwane prononçait cette phrase, et vrai car effectivement j'avais été saisie par l'ampleur du sourire d'Ahmed à cette blague).

Accusé d'appeler à une "censure politique" par un élu, à la tête de la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public, sa présence ce soir ne pouvait en rien être hasardeuse. Pas plus que le sketch, annoncé par l'arrivée d'une enveloppe signée bleu, blanc, rouge, valant convocation

Il fut très savoureux d'ailleurs car finement écrit et interprété notamment par Alex Vizorek, Laurent Stocker dans le rôle de Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public et Alexis Le Rossignol dans le rôle de Jérémie Patrier-Leitus, le président de la commission. Le sujet était d'inspecter les Molières que voudrait acheter Vincent Bolloré. S’il fait ça, il n’y aura plus personne dans la salle prédit Vizorek. Oui, comme les César! répond Stocker.

En début de soirée Alex Vizorek avait déjà ironisé à propos d'une entreprise du groupe Bolloré, en annonçant Le Chant des lions dont le sujet est la création de la chanson des Partisans, avec cette question célèbre Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? dont la réponse fut oui sur C News.
Rappel du palmarès qui, s'il est qualifié de bon cru, ne révèle que très peu de "primo" moliérisés. Sauf erreur de ma part ils ne sont que 9 parmi les 24 récompensés. Ce sont Barbara Lamballais et Karina Testa (et elles en ont reçu chacune 2), Lancelot Cherer (2 lui aussi), Muriel Robin (c'était sa dixième nomination), Jérôme Kircher (c'était sa cinquième nomination), Laurent Lafitte (mais il avait déjà été nominé une fois), Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget, Katia Ghanty, Josiane Balasko et Marina Pangos.

Molière du Théâtre Privé a été décerné à Le procès d'une vie de Barbara Lamballais et Karina Testa, avec une mise en scène de Barbara Lamballais, joué au théâtre du Splendid.

Molière de l’Auteur/trice francophone vivant/e à Barbara Lamballais et Karina Testa pour Le procès d'une vie.

Molière de la Comédienne dans un second rôle a été décerné à Jeanne Arènes dans Le procès d'une vie de Barbara Lamballais et Karina Testa, mise en scène par Barbara Lamballais.

Molière de la Révélation masculine à Lancelot Cherer dans Fin, Fin et Fin de Lancelot Cherer, mise en scène par Lancelot Cherer.

Molière de la Comédie a été décerné à : Fin, Fin et Fin de Lancelot Cherer, avec mise en scène de Lancelot Cherer, au Théâtre Lepic.

Molière du Metteur en scène dans un spectacle de Théâtre privé à Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget pour Made in France, de Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget.

Molière du Théâtre Public a été décerné à I will survive de Jean-Christophe Meurisse et Les Chiens de Navarre, avec une mise en scène également de Jean-Christophe Meurisse et Les Chiens de Navarre.

Molière de la Création visuelle et sonore à La petite boutique des horreurs de Alan Menken et Howard Ashman, avec une mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq, une scénographie d’Audrey Vuong, et avec aux costumes Vanessa Sannino, à la lumière Pascal Laajili.

Molière du Spectacle musical a été décerné à La Cage aux folles de Jerry Herman et Harvey Fierstein, d'après une œuvre de Jean Poiret, avec une mise en scène d’Olivier Py, joué au Théâtre du Châtelet.

Molière de l’Humour à Alex Lutz dans Sexe, Grog, et Rocking Chair, d'Alex Lutz, avec une mise en scène de Tom Dingler.

Molière du Jeune public a été décerné à Casse-Noisette ou le Royaume de la nuit de Johanna Boyé et Elisabeth Ventura, mise en scène de Johanna Boyé, à la Comédie-Française.

Molière du Seul/e en scène a été décerné à Les frottements du cœur, avec et de Katia Ghanty, mise en scène d’Éric Bu, joué à l’Atelier Théâtre Actuel.

Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre privé a été décerné à Jérôme Kircher dans Amadeus, de Peter Shaffer, mise en scène d’Olivier Solivérès.

Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre privé à Josiane Balasko dans Ça, c'est l'amour, de Jean Robert-Charrier, mise en scène par Julie-Anne Roth.

Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre public à Laurent Lafitte, dans La Cage aux folles de Jerry Herman et Harvey Fierstein, mise en scène par Olivier Py.

Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public à Elsa Lepoivre, dans Hécube, pas Hécube de Tiago Rodrigues, mise en scène par Tiago Rodrigues.

Molière du Metteur en scène dans un spectacle de Théâtre public à Joël Pommerat, pour Les petites filles modernes, titre provisoire de Joël Pommerat.

Molière de la Révélation féminine à Marina Pangos dans Le chant des lions, de Julien Delpech et Alexandre Foulon, mise en scène par Charlotte Matzneff.

Molière du Comédien dans un second rôle à Laurent Stocker dans Les femmes savantes d'Emma Dante, d'après Molière, mise en scène par Emma Dante.

Molière d’honneur à Muriel Robin.

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