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vendredi 22 mai 2026

La Cordelle, 89450 Vézelay, # 2, le chantier de rénovation et d'agrandissement

Nous voici de retour à La Cordelle, en dehors des offices, pour examiner les lieux plus en détail. C'est un endroit chargé d'histoire qui est prometteur d'un bel avenir. C'est pourquoi j'ai choisi comme première illustration une photo des travaux en cours.

Dans un précédent article je décrivais l'ermitage dans son ensemble et son histoire. Je vous y invitais  à regarder un petit film tout en soulignant que 2026 marque le 800 ème anniversaire de la mort de saint François d'Assise, ce qui explique que l'Église célèbre une Année jubilaire exceptionnelle.

Il est temps désormais de se pencher sur quelques aspects architecturaux et surtout de présenter le chantier de rénovation et d’agrandissement qui y a été lancé et dont la fin est prévue pour l'été 2027.

Avant tout je rappelle l'essentiel. Nous sommes devant une chapelle romane élevée au 12ème siècle (1146-1170) sur le lieu où saint Bernard avait prêché la seconde croisade.

Le prieuré construit à l'origine pour les bénédictins devint franciscain au XIII° siècle. Le couvent fut incendié pendant la guerre de Cent Ans et de nouveau réduit en cendres en 1569 pendant les Guerres de Religion. A la Révolution il fut vendu comme bien national et la chapelle fut transformée en grange jusqu'en 1949.

Son histoire est indissociable de la Basilique de Vézelay, qui a fait l'objet d'une publication spécifique. En 1920, Sainte Marie-Madeleine a été érigée par le Vatican au rang de basilique et les pèlerinages ont pu y reprendre officiellement. À partir de 1945, des moines réinvestissent la basilique avec la venue d'une petite équipe de bénédictins de l'abbaye de la Pierre-Qui-Vire, distante d'environ 30 km. Du 18 au 22 juillet 1946, la croisade pour la paix réunit à Vézelay 30 000 pèlerins.

Trois ans après, les franciscains font le choix de revenir à La Cordelle et en 1953 l'archevêque de Sens leur demande la prise en charge de la basilique et des communes alentours. Les franciscains succèderont aux bénédictins jusqu'en 1993. Ensuite les Fraternités monastiques de Jérusalem, nées en 1975 dans le mouvement de renouveau qui a suivi le concile Vatican II, assureront l'animation liturgique de la basilique et proposeront des visites de l'édifice pour en faire découvrir toutes les richesses spirituelles et architecturales.
La nef carrée est voûtée en berceau avec un petit chœur, côté est (au fond sur la photo), également carré mais voûté en ogive par des arcatures sur colonnettes. Le décor est roman à arcatures sur colonnettes, allégeant les murs latéraux et entourant le triplet de baies en plein cintre de la façade nord dont le mur porte encore la trace d'un ancien portail devant lequel se trouve une Vierge de majesté à l'Enfant.

On peut lire la date de 1890 au-dessus de cette porte qui permettait aux frères de rejoindre directement les grands bâtiments d'habitation qui se trouvaient derrière et qui sont aujourd'hui disparus.

Un seul chapiteau est décoré d'animaux symboliques, figurant l'Ancien Testament sous la figure d'un hibou aveuglé par la lumière du Christ, révélée par le Nouveau Testament. Sa tête est picorée par des aigles qui se nourrissent ainsi de l'Ancien Testament (dans la même thématique que l'un des chapiteaux de bas-côté nord de la Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay, côté Nord).

Les autres chapiteaux -qui sont ceux qu'on voit sur la photo- sont ornés de motifs végétaux ou de médaillons de fleurs. Au-dessus du mur ouest (en face), les colonnes ont disparu à la Révolution et ne subsistent que les arcatures à chapiteaux.

La reproduction du tableau "La Résurrection de Jésus" de Fra Angelico, œuvre majeure de la Renaissance italienne se trouve au pied de l'autel. Sur une petite étagère on remarque deux colombes.

Le crucifix de Saint-Damien est une croix peinte de la chapelle Saint-Damien d'Assise (Italie) devant laquelle saint François d'Assise se sentit interpellé par le Christ lui-même, lui demandant d'aller réparer mon église qui tombe en ruines. Œuvre d'un artiste inconnu du XII° siècle, elle est tenue en grande vénération par les sœurs clarisses qui le protègèrent durant sept siècles. L'original se trouve aujourd'hui dans la basilique Sainte-Claire d'Assise.

Deux blasons sont encore visibles. Le premier est sculpté dans la pierre, à droite de la porte d’entrée de l’ancienne église des Cordeliers - actuel jardin, dont il ne reste plus que les fondations - qui fut détruite à la Révolution. Le second vient d'être mis au jour lors des travaux de restauration de la chapelle et apparait derrière l'échafaudage.
Ils témoignent de la protection accordée aux franciscains par la puissante famille de Chastellux, dont le château se trouve à quelques kilomètres (voir article spécifique) et qui est encore aujourd’hui propriétaire de La Cordelle, les frères bénéficiant d’un bail de très longue durée. Le baron de Chastellux, seigneur des lieux qui mourut en 1617, est inhumé dans l’église, ainsi que son père…
En 2015 la Province des Franciscains a émis le souhait d'un ermitage et une maison de prières qui soit ouverte aux laïques. Un appel a été lancé à des architectes pour réfléchir prioritairement sur l'isolation.

Comprenant que l'espace manquait pour permettre toutes les actions, d'accueil comme de retraite, ils ont suggéré de repenser l'espace en 4 zones :
- un premier espace qui soit ouvert à tous, jour et nuit (l'actuelle chapelle)
- un nouveau bâtiment (photo ci-dessus) qui soit un lieu d'accueil, composé d'une salle d'une trentaine de mètres carrés, qui deviendra un lieu de conversation composé d’un parloir, d’une cuisine-salle à manger et à l'étage inférieur d’un atelier, d’une lingerie et d’un espace où entreposer le bois de chauffage.
- une mare de biodiversité en contrebas avec un jardin potager -géré par frère Eric- qui a démarré pendant le confinement. Et peut-être plus tard un poulailler.
La 4ème zone, la plus importante, est grand espace d'ermitage, de silence et de retraite, pour les frères et pour les personnes qui viendront en retraite, comprenant 8 chambres pouvant accueillir des pèlerins sur une durée comprise entre un week-end et une semaine. Les travaux de rénovation, commencés à l'automne 2024, concilient les enjeux d’un site historique classé et inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, basilique et colline de Vézelay depuis 1979. Le chantier s’est accompagné évidemment de fouilles archéologiques, obligatoires et en grande partie à la charge de La Cordelle. Menées par l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), elles ont mis au jour des fragments de céramiques et de statues, des objets en métal, des monnaies et diverses maçonneries témoignant d’une longue occupation des lieux. Cette occupation serait même quelque peu antérieure à l’arrivée des franciscains.
La fondation des Monastères est le plus gros partenaire pour rassembler le budget global de l'ensemble du chantier qui s'élève à 3, 5 millions d'euros qui seront financés à 75% par les dons, essentiellement de particuliers. L'accueil des pèlerins ne donne pas lieu à une ligne budgétaire car il restera gratuit mais bien entendu chacun sera libre de faire un don.

C’est l’Association des Amis de La Cordelle qui porte le projet de rénovation, en lien étroit avec la Province franciscaine. Elle a embauché Thibaud Lépissier comme chef de projet, en particulier pour les aspects mécénat, communication et partenariats. Un comité de pilotage se réunit chaque semaine pour suivre l’état d’avancement du projet. Il est composé du frère Eric Moisdon, de Thibaud Lépissier et des consultants William Avenier et Nicolas Boulan du cabinet de conseil en mécénat et levée de fonds AD LIMINA, partenaire du projet.

Ainsi donc, depuis trois ans, Thibaud gère aussi une quinzaine de jeunes venus pour un chantier estival de façon "synodale" et pas de manière descendante. Ils ont par exemple remonté le mur qu'on voit sur la photo (ci-dessus à gauche) et qui semble là depuis toujours. Il n'a rien à envier à celui que refont des ouvriers professionnels.
Quatre à cinq évènements sont organisés par an et d'autres bénévoles aident à des campagnes de levers de fonds. Une journée des amis a lieu chaque année sous forme de Portes ouvertes le 31 mai. Tout un chacun peut contribuer à ce projet associant restauration du patrimoine et engagement spirituel.


A l'ermitage peuvent se croiser des croyants, des athées, des franciscains, des non-franciscains, des protestants, des pèlerins, des randonneurs. 

Il est important pour finir de mentionner que l'endroit est en quelque sorte à la croisée de deux voies de pèlerinage, vers Saint-Jacques de Compostelle, et vers Assise

Vézelay est le point de départ d’une voie vers Compostelle (940 km soit environ 45 jours de marche) prolongeant les itinéraires venant des régions Nord, Est et de Belgique, Pays-Bas, Allemagne. En effet, quatre grands chemins partent de France en direction de Compostelle. Celui de Vézelay, balisé en tant que GR 654, porte le nom de "Via Lemovicensis" jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port où il rejoint les autres voies avant la traversée des Pyrénées.

En 2025, plus de 530 000 pèlerins ont été accueillis au bureau de Saint-Jacques-de-Compostelle, soit une progression de 6,2 % par rapport à 2024. Leurs profils et leurs attentes, dont le patrimoine et la visite de monuments, sont détaillés dans une note de conjoncture de l’Agence française des chemins de Compostelle, membre organisme de l’AJP.

François d’Assise n’est jamais venu à Vézelay mais il était proche de Marie-Madeleine dont la basilique porte le nom. C’est une raison de plus pour qu’un pèlerinage vers Assise, sa ville natale, parte de la Cordelle. Balisé en 2005, il invite le pèlerin moderne à parcourir le chemin inverse à celui des premiers frères franciscains arrivés à Vézelay. il a été suivi par le Frère Eric Moisdon qui a marché de Vézelay à Assise en 2016 et le Frère Patrice Kervyn en 2021 qui pourront échanger avec les pèlerins sur cette expérience.

On doit cette route à un laïc, Dominique Olislaeger, membre d'une des sept fraternités séculières franciscaines de Saône-et-Loir et aujourd'hui installé près de Taizé. L'idée a commencé à germer en 2002 avec quelques amis. Vezelay fut choisi comme point de départ "naturel" en tant que première implantation franciscaine en France.

Le premier trajet s'effectue en juillet 2005 avec sept autres marcheurs en traçant une ligne qui évite les routes goudronnées. La partie française est relativement facile à suivre par qu'il existe les GR, ces sentiers très connus de grande randonnée, très repérables. Mais en Italie le groupe s'aperçoit que les cartes d'état-major ne sont pas fiables.

Fin 2005, l'itinéraire 1500 km (75 jours) est intégralement balisé, avec pour signe de reconnaissance le Tau en forme de T (dernière lettre de l’alphabet hébraïque et référence franciscaine) surmonté d’une colombe, signe de paix. En partant de Vézelay le jour de la fête de sainte Marie-Madeleine (22 juillet), et avec une moyenne de 20 km par jour, on peut arriver à Assise pour la fête de saint François (4 octobre).

Même sans se lancer dans un tel voyage, l’ermitage de la Cordelle est un cadre où je recommande de se rendre. Il est ouvert sur un panorama qui incite à la méditation qui se concrétise dans la chapelle. On y oublie les échafaudages, nécessaires le temps de la restauration. Les offices y rythment des journées actives, saines et propices à la réflexion pour qui souhaite être conduit par des routes sûres.
Les haies préservent la biodiversité en y abritant des animaux. Le Morvan est une région hyper préservée qu'on a surnommé le Petit Canada. On est, à la Cordelle, tout à fait conscient des enjeux écologiques. L'ermitage a obtenu le label Eglise verte.

Outre le premier article sur la Cordelle, le récit de 48 heures en Bourgogne avait commencé par la description du château de Chastellux parce que historiquement les propriétaires en furent les bienfaiteurs. Il s'est complété par une visite de la basilique de Vézelay mais le but de mon voyage était l'ermitage de La Cordelle.

Je remercie Bettina de Cosnac, secrétaire générale de l’AJP, d'avoir organisé ce voyage de presse, les 6 et 7 mai derniers, en lien avec Thibaud Lépissier et les frères de la Cordelle avec l'objectif de découvrir l’important travail de rénovation du plus ancien ermitage franciscain de France.

Je complèterai ultérieurement par un quatrième article, qui sera intitulé Vézelay par mont et par vaux parce que je connais cette région qui est celle de mon enfance et que je voudrais rappeler quelques autres lieux qui méritent le détour.

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