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jeudi 28 mai 2026

Une soirée à Cheverny sous le signe du parfum

Quand le château inaugure un parcours olfactif, la création d’un bijou, célèbre les chevaux et annonce le 6ème festival du chapeau …

Quelle que soit la date de votre venue à Cheverny vous avez l’assurance de ne pas connaitre l’ennui. L’automne y est très agréable. Noël y est célébré avec faste. Pâques tout autant. Les jardins sont magnifiques en toutes saisons, avec un point d’orgue au printemps lorsque les tulipes colorent un ou plusieurs rubans traversant le parc. Le parc boisé est composé d’arbres remarquables dont un séquoia géant de 1870.  Bientôt les allées embaumeront la fragrance des tilleuls. Les 370 arbres fruitiers du Jardin Sucré, le 6ème du domaine, vont sans doute offrir de belles récoltes en cette sixième année de croissance.

J’aime particulièrement le Jardin des Apprentis, ainsi nommé en hommage aux dix jeunes qui ont participé il y a vingt ans déjà à sa création (avec parmi eux Sami, devenu depuis Chef jardinier) dans le cadre d’un chantier de réinsertion. Conduisant du château à l’Orangerie il est rafraîchi par une fontaine d’où s’échappent les coquelicots géants conçus par Alexis Boyer.
De l’autre côté, entre la Salle des Trophées et le chenil, s’étend le Jardin potager et bouquetier, indispensable pour nourrir la table du château et décorer les salles.
La rose Cheverny s'y épanouit en ce moment. Elle a été créée par les Jardineries Georges Delbard en 2017 et a remporté de nombreux prix.
Il ne faut pas manquer le Jardin de l’amour qui accueille six grandes oeuvres du sculpteur suédois Gudmar Olovson (1936-2017) pour célébrer la vie, la famille et bien sûr l’amour. C’était un ami proche des propriétaires et on peut voir son buste exposé dans la salle à manger du château. Enfin les enfants pourront jouer à s’égarer dans le layrinthe de lauriers du Caucase.

On peut aussi profiter de l’été pour une promenade en barque, visiter l’exposition sur les Secrets de Moulinsart puisque, faut-il le rappeler, le château a servi de modèle à Hergé pour dessiner celui de Tintin. Quant aux amateurs de Lego ils seront heureux d’admirer plusieurs productions grandeur nature dans le Chateau ou en salle des Trophées.

C’est déjà beaucoup (je l'ai abondamment détaillé dans de précédents articles) mais il y a aussi un spectacle équestre (auquel j'ai consacré une publication spécifique) et un parcours olfactif dans les salles du château, ceci à l’initiative de Maximilien de Vibraye.

La soirée avait commencé samedi 23 mai par un accueil charmant autour d’une citronnade et d’une gougère aux fines herbes avant qu’on ne s’installe dans le nouveau manège pour suivre une version spéciale de la "Rencontre entre l’homme et le cheval", protégés du soleil par les parapluies grand format du mariage d’Isaure et d'Henri, et rafraîchis par un petit vent coquin qui décoiffa plusieurs fois les cavalières.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers le château où une haie d'honneur de trompes résonnaient dans la lumière déclinante du soir.
Le parcours olfactif est une réalisation ambitieuse, composée de neuf parfums uniques, présentée sous cloche, par la société Istòria, mêlant références historiques et créations conceptuelles pour raconter Cheverny par l’odeur, en respectant son histoire tout en lui donnant une expression contemporaine. Ce sont Inès Brulin et Olivier de Perthuis, designers olfactifs, qui ont élaborés ces parfums originaux à Grasse avec des matières premières de haute qualité.
Maximilien de Vibraye, futur repreneur du château de Cheverny, retraça la génèse de cette nouvelle aventure qui est née de son souhait d’intégrer une nouvelle facette à la visite du château. Passionné par le parfum et son pouvoir évocateur, il a porté la direction et la cohérence de ce parcours olfactif, après une première édition test à Noël et obtenu le feu vert de ses parents qu'il a vivement remerciés pour leur confiance.
Avant de nous engager à entreprendre ce voyage olfactif, un bijou exceptionnel réalisé en vermeil a été dévoilé par Charles Souchon, dit Ours, venu en voisin. C’est une pomme de senteur imaginée par la joaillière parisienne Marie Deambrosis en s’inspirant directement des poignées de porte de la salle d’armes, dont elle a repris la silhouette pour en faire un véritable astre miniature : le volume rayonnant évoque le cœur du soleil et les perforations diffusent le parfum tel une lumière invisible.
Le bijou est serti de 26 diamants et 7 rubis. Il renferme en son coeur une céramique parfumée dans la tradition d’une pomme de senteur qui est un objet à la fois esthétique et sensoriel, et qui plus est, une création unique. Il incarne le dialogue entre patrimoine, savoir‑faire et création contemporaine, au cœur même de l’identité de Cheverny.

La pomme de senteur, aussi appelée pomandre, est un bijou parfumé très en vogue du Moyen Âge au XVIIIᵉ. Souvent portée à la ceinture ou suspendue à une chaîne, cette petite sphère ajourée contenait des essences rares, des résines, ou des mélanges aromatiques destinés à parfumer délicatement son porteur.

À une époque où l’hygiène était différente de celle d’aujourd’hui, la pomme de senteur servait à assainir l’air, à protéger des mauvaises odeurs, mais aussi à afficher un certain raffinement social. Véritable objet de prestige, elle mêlait déjà ce que Cheverny célèbre aujourd’hui : l’art du parfum, la beauté du geste et la transmission d’un savoir‑faire.

Nous avons ensuite été invités à tester par nous-mêmes cette expérience sensorielle immersive en soulevant chaque cloche à deux reprises avant de lire les indications des cartels. Nous avons pu constater que chacun des parfums installés dans les pièces du château auxquelles ils correspondent révèlent l’atmosphère, l’histoire et l’art de vivre de chaque salle. C'est une manière nouvelle de ressentir Cheverny.
Dans la salle à manger, l'accord a été pensé autour du Jurançon (en clin d'oeil à la venue d'Henri IV) et de la rose. 
J'ai ensuite été séduite par le "Rose Boudoir" – Fleuri, poudré, très agréable avec ses notes de bergamote et de mandarine, d'iris et de violette, de fleur d’oranger, santal, muscs blancs, et surtout cette rose de Damas que j'aime énormément.
Intitulé "Velours et porcelaine" le parfum de la salle à manger évoque le thé noir et la confiture de prune. Une légère touche vanillée apporte une gourmandise discrète et réconfortante.
Composer un parfum pour une salle d'armes était sans doute difficile. J'ai beaucoup aimé le résultat, autour de la poudre à canon et l'eau-de-vie à la prune. Bien entendu j'ai une nouvelle fois admiré le (nouveau) tapis, restauré à la perfection en rappelant le soleil du blason de la famille.
La chambre du roi embaume de "Lys Persan" – Fleuri, ambré, dans lequel on reconnait la bergamote, puis le Lys royal et le jasmin, le bois de cachemire, et enfin vanille, benjoin, baume tolu et ambre gris apportent une certaine solennité.
Eau bénite, encens et myrrhe s'accordent tout à fait dans la chapelle où fut baptisé Maximilien.
Avant de redescendre j'ai admiré la projection sur la coupole qui est la dernière nouveauté du parcours de visite, avant l'installation des parfums. Dans la bibliothèque l'association cigare et cognac est très réussie.

On découvre enfin dans la pièce principale "Château de Cheverny" – Boisé, ambré, fruité, fleuri, qui se lit comme un portrait de famille.
- Pour incarner Charles-Antoine qui a voulu poser la stabilité et la continuité du domaine : un accord boisé, miellé, inspiré des boiseries patinées, formant l’ossature du parfum.
- Pour Constance qui apporte l’accueil et la générosité : la figue gourmande, soutenue par le benjoin et la vanille, créant un écrin de gourmandise raffiné.
- Pour Maximilien qui aime le grand air et la vivacité de l’hiver solognot : la menthe poivrée, et des notes cuirées rappelant les balades à cheval, symbolisant la jeunesse et l’idéalisme.
- Pour Isaure qui apprécie le refuge du soir et la douceur du feu : le bouleau pyrolysé, complétés par la mousse de chêne et le patchouli, rappelant l’humidité des promenades en forêt.
- Pour Eugénie qui allie volonté et intériorité : la verticalité du pin, symbole de rigueur, et la discrétion d’une violette poudrée, révélant son émotion secrète.
Nous avons quitté le château enivrés d'atmosphères boisées, de notes d’archives, d'évocations de feu de cheminée, de promenades forestières, de lumière d’été ou de soirées d’hiver. La soirée s'est achevée dans l'Orangerie où Charles nous a offert un mini concert. Il a écrit les paroles et composé la musique de Parlez-moi de demain en réponse aux actualités difficiles de ces dernières années.

Ensuite, Le cafard des fanfares, une chanson figurant en 2007 sur son premier album … loin des rodéos américains et des accords latino-cubains … sans doute une évocation des fanfares de sortie d'église qui l'enthousiasmaient enfant, tout autant que les pétards des 14 juillet.
Cécile Hercule, présente ce soir, est montée sur scène pour chanter avec lui la très jolie chanson Perdu cet air pour laquelle le public a fait les choeurs sur un tou dou dou timide mais touchant.

Fort gentiment Ours décida, en clin d'oeil à ses deux parents, "que peut-être nous connaissons" de terminer avec le célèbre succès de son père des années 75, J'ai dix ans.
En repartant il ne fallait pas oublier d'admirer la façade du château ornée de la pomme de senteur. Le chapeau posé sur la pelouse nous rappelait l'évènement du dimanche, le 6ème festival du chapeau que je vous raconterai très bientôt.

Si vous souhaitez plus de renseignements sur le parcours des senteurs, imaginé par Maximilien de Vibraye vous pouvez consulter le lien suivant. Enfin sachez que  trois de ces parfums sont disponibles à la vente en boutique, sur des céramiques parfumées personnalisées fabriquées à Limoges.

Château de Cheverny
Avenue du Château - 41700 Cheverny
Tél : 02 54 79 96 29
Ouvert tous les jours de 9h15 à 18h à partir du 1er avril (fermeture à 18h30 en juillet et août).

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