Nous y avons visité où la Fondation suisse, classée Monument historique pour partie en 1965, totalement en 1986, et qui fête d'ailleurs les dix ans de son inscription à l’UNESCO, conjointement avec 16 autres sites du "Corbu".
C'est en effet Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier (1887-1965) qui l'a édifiée avec son cousin Pierre Jeanneret. Connu sous le pseudonyme de Le Corbusier, pris en hommage à son arrière-grand-mère Caroline Le Corbésier, il cumulait les fonctions : architecte, urbaniste, designer, peintre, sculpteur, homme de lettres, poète et théoricien.
Né en Suisse il fut naturalisé français en 1930, un an avant de poser la première pierre de la Fondation suisse qui porte le numéro 42 sur le plan de la Cité et qui a été achevée en 1933. Elle se trouve juste à côté de la Maison de la Suède (1932).
La commande du pavillon suisse lui était parvenue par le biais du mathématicien Rudolf Fueter, chargé de constituer un consortium représentant l'université helvétique en vue de réaliser un lieu l'hébergement pour une quarantaine d'étudiants suisses méritants et qui témoigne de la modernité de la Suisse comme de son ouverture au monde. Il n'y a curieusement pas eu de concours en raison de la notoriété du Corbusier; Il fut répondu aux détracteurs : on peut choisir soit la médiocrité, soit le génie.
A l'origine, dès l'été 1221, l'ambassade de Suisse avait interrogé le gouvernement qui n'en avait pas perçu l'intérêt. La grosse communauté suisse parisienne a repris le flambeau, levé des fonds privés, si bien que la confédération suisse a fini par se rallier au projet. Le bâtiment n'appartient pas à la Suisse mais, comme toutes les maisons, à la Chancellerie de Paris.
Le pavillon s'est imposé comme le premier édifice de facture moderne construit à la Cité internationale et on peut considérer que c'est l'une des réalisations les plus marquantes de l'entre-deux-guerres.
Avec cet édifice aux volumes simples, correspondant chacun à une fonction, et dépourvu de décors, les architectes introduisent une rupture dans le cycle des constructions de l'entre-deux-guerres. Ils y mettent en oeuvre la théorie dites des "5 points d'une architecture nouvelle" formalisée en 1927 : pilotis pour dégager le rez-de-chaussée, toit-terrasse, plan libre dans l'édicule d'accueil, fenêtres en longueur et façade libre en mur-rideau.
C'est Monica Corrado, directrice de la Fondation suisse qui nous a accueillis et qui nous a informés sur le fonctionnement de la maison avant de nous faire visiter une chambre-témoin, encore meublée par des objets désignés par Charlotte Perriand (1903-1999), à qui la Fondation Vuitton avait consacré une remarquable exposition en 2020.
Nous avons pu admirer la fresque qui couvre le mur du fond du Salon courbe du rez-de-chaussée, caractérisée par une palette de couleurs vives. Elle a été faite, elle aussi par Le Corbusier qui est revenu spécialement en 1948 pour réaliser cette grande peinture murale afin de remplacer l'ancien mural photographique détérioré pendant la seconde guerre mondiale.
À l’origine, le mur courbé du salon était conçu pour empêcher l’accrochage de tableaux, mais cette surface devant tout de même être décorée. Elle avait été recouverte d’une cinquantaine d’images agrandies issues des archives de Le Corbusier et Pierre Jeanneret. Durant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment a été utilisé par l’armée allemande, entraînant le retrait de la fresque murale. Elle sera remplacée par Le Corbusier par une nouvelle forme d’art, qui le passionne pendant les années d’après-guerre. Il s’agit de la "peinture murale", appliquée sur des panneaux d’Isorel, à laquelle il travaille à partir de 1948 et qui est directement inspirée des travaux de Fernand Léger et de Pablo Picasso. Elle sera intitulée La peinture du silence à cause du silence qui l’entourait et qui l’entoure encore depuis sa création.
Elle aborde quatre thèmes, qu’on retrouve déjà dans ses peintures et dessins précédents et dont certains remontent aux années 1920, mais qui sont composés en suivant une logique indéterminée de type "cadavre exquis". On peut lire une inscription manuscrite … garder ton aile dans ma main, peut-être à relier avec la présence du visage de sa femme.
Charlotte Perriand, quant à elle, a créé pour ce même espace une table au plateau en marbre blanc veiné de noir de 274 cm de long. Il faut imaginer les étudiants y prendre rituellement leur petit déjeuner, avec des produits directement importés de Suisse, et préparés personnellement par la directrice.
Au sol, les carreaux 6 sur 6 cm sont ceux d'origine. Ceux du hall vont bientôt être remplacés pour s'approcher davantage du dallage d'origine.
Dans le hall, un mur de dalles de verre Névada éclaire la tour d’escalier autonome et de forme concave.
Un meuble attire le regard par son originalité. Il s'agit d'une des trois banquettes décorées de plaques en émail peintes par Le Corbusier lui-même et installées 1957. On retrouve sur celle-ci le motif de la main qui est central dans la fresque.
Une second se trouve sur le palier du premier étage.
Une autre modification est intervenue en 1948. Les chambres, à l'origine toutes blanches, murs et plafonds, ont subi des modifications importantes en façade sud. La polychromie a été entièrement refaite en 1957 selon la nouvelle palette de couleurs vives que venait d'adopter Le Corbusier (couleurs plus vives : jaune, rouge, bleu, vert et terre de Sienne), mais les murs sont restés blancs.
Le couloir de distribution court le long des murs situés au nord et les chambres donnent plein sud … ce qui, par les temps de canicule, n'est plus la bonne idée du départ. Il n'y a guère que le Salon courbe qui soit une salle fraiche mais nous avons constaté par nous-mêmes que ce n'est pas le terme qui convient quand la température extérieure dépasse 35°.
Pourtant la façade sud avait été refaite en entier en 1953, pour ajouter des stores (dont le fabricant, suisse, va prochainement arrêter la production, ce qui interroge quant aux remplacements qui seront nécessaires plus tard), recouvrir la partie inférieure de la paroi en verre de panneaux en matière isolante afin de limiter un ensoleillement excessif et installer des doubles vitrages. Ces aménagements n'ont pas vraiment plus au Corbusier qui a pu se plaindre que son oeuvre d'art était modifiée, ce qui a eu pour conséquence que les relations avec lui. se soient "dégradées". Depuis 4 ans d'autres travaux ont été entrepris. L'étanchéité a été refaite. Les réseaux d'eau usée ont été restaurés. En ce moment même on répare les fissures du béton en extérieur.
Les douches savaient été améliorées en 1953. Un revêtement en carreaux de faïence a été collé sur les murs en bois. Il faut souligner qu'à l'époque les chambres étaient révolutionnaires avec des douches individuelles, répondant aux exigences hygiénistes et bien que l'eau chaude ne soit distribuée que deux fois par semaine le progrès était immense. Il ne faut pas oublier que la Cité a aussi été pensée pour pallier l'insalubrité des logements de l'époque. Des petites salles de bain privatives ont été intégrées en 2018 après avoir cassé un mur.
Les espaces communs, regroupés au rez-de-chaussée, ont été agencés selon une conception originale qui a favorisé la fluidité spatiale et l'unité plastique. J'ai trouvé magnifiques les casiers de boites aux lettres, ouverts du côté de la conciergerie, facilitant ainsi la distribution du courrier.
A chaque étage se trouve une cuisine commune, petite mais équipée et fonctionnelle, les occupants disposent d'un casier dans lequel ils peuvent entreposer leurs réserves sèches. Par contre ils doivent se partager le réfrigérateur.
La Fondation compte au total 46 chambres individuelles. Outre la cuisine de l'étage, leurs occupants se partagent les espaces collectifs, de détente ou de travail, comme le Salon courbe, la salle informatique, la terrasse sous pilotis et la bibliothèque.
D'environ 16 m2, la chambre comporte une large fenêtre coulissante orientée plein sud donnant sur le parc de la Cité Universitaire. À l'entrée, une petite salle de bain (douche, lavabo, wc) est séparée de la partie "repos et travail" par un meuble cloison auquel est adossé le lit. Il y a aussi une grande table, deux sièges, un petit frigo. Le mobilier dessiné par Charlotte Perriand a joué également un rôle primordial dans la composition d'ensemble. On voit encore dans la chambre témoin le tabouret à trois pieds qu'elle avait conçu spécialement. Il est interdit d'apporter son propre mobilier et de punaiser quoi que ce soit aux murs.
Les dimensions du lit (80 sur 180 cm) posaient problème pour les grands gabarits. En 1997 le mobilier a été changé en gardant l'esprit d'origine. Une dizaine de lits de 20 cm de plus a été acquise mais on voit bien sur la photo ci-dessus qu'ils dépasseraient de la cloison. Il faut donc organiser la pièce différemment … et la taille des candidats est devenu en quelque sorte un critère de sélection presque aussi important que la nationalité. L'étagère est particulièrement sobre. Par contre subsistent quelques exemplaires des fauteuils Grand Confort et LC1, conçus en collaboration par Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, installés dans le Salon courbe.
Avec leur structure métallique et leurs coussins en cuir, ils incarnent les grands principes du design moderniste (fonctionnalité épurée, esthétique sobre et usage des matériaux industriels), tout en créant un équilibre remarquable entre légèreté et durabilité. Ce sont des pièces emblématiques du mobilier moderniste du XX° siècle. En réalité les fauteuils présents dans le Salon courbe ont été offerts par Cassina, qui est l'unique entreprise autorisée à produire les meubles conçus par Charlotte Perriand.
La directrice nous a expliqué que la confédération n'allouait pas un gros budget au fonctionnement mais néanmoins "suffisant" pour permettre de maintenir des loyers très raisonnables aux 46 résidents. Avec le temps un décalage s'est instauré entre les maisons et la Suisse figure parmi les moins chères (un peu plus de 500 € par mois).
Il n'y a pas de location estivale quand les étudiants libèrent leurs chambres. Par contre chacun peut bénéficier chaque année de 20 nuits d'hébergement pour un invité à 8 euros la nuit avec un lit supplémentaire. Les animaux sont interdits mais on peut apercevoir deux chats qui appartiennent à la gardienne.
Si la Fondation, à l'inverse de la Cité dans son ensemble, ne compte pas vraiment de pensionnaires célèbres on peut dire que beaucoup sont restés faire carrière en France.
Monica Corrado a insisté sur le concept de brassage qui s'applique pour 36 maisons appliquant les mêmes règles au sein de commissions en commun où il est question de plusieurs points concernant la vie universitaire.
Il n'était pas seulement essentiel de loger les étudiants. La volonté des fondateurs était (et le principe demeure aujourd'hui) qu'ils se côtoient, de promouvoir la paix et la tolérance; En conséquence chaque maison accueille chaque année au moins 30% d'étudiants et de chercheurs "étrangers", et de toutes nationalités. La moitié des étudiants qui logent à la Fondation sont d'origine suisse (dont des franco suisse, puisque dans ce pays on parle 4 langues différentes) et l'autre moitié se répartit entre 17 nationalités.
Il n'y a pas de crainte particulière sur les questions politiques. Il est bon de pratiquer l'ouverture d’esprit. Il existe une tradition d’accueil d'étudiants palestiniens, afghans, ukrainiens ….
Pour avoir un ordre de grandeur on peut dire que la Fondation reçoit à peu près le double de candidatures par rapport aux places disponibles; l'attribution se fait pour un an. On doit repostuler si on veut rester un an de plus car il est hors de question de considérer que la Fondation est un "dortoir" et le séjour ne peut pas excéder trois ans.
Il est amusant d'apprendre que les étudiants en architecture sont nombreux à candidater en raison du prestige du lieu. Ils ne sont pas tous acceptés, bien entendu et ceux qui obtiennent ce privilège déchantent en hiver lorsqu'ils subissent le froid … même s'ils constatent que la directrice, contrainte de loger sur place (au quatrième, sous le toit) souffre autant qu'eux.
Par contre la mixité n'était pas prévue au départ. Seul la Fondation américaine accueillait des femmes, qui circulaient par des escaliers séparés. Elles ont été admises au Pavillon suisse à partir de 1968.
Les résidents ont une obligation de participation à la vie communautaire (pot de départ, rencontres, expositions) et à la programmation culturelle en associant si possible la jeune création contemporaine, notamment helvétique, dans les domaines de la musique, de l'art, du cinéma, de la littérature ou d'autres disciplines artistiques et scientifiques.
La Fondation est bien entendu ouverte à toutes les cultures. Elle accueille des concerts et expositions de musiciens et artistes de toutes origines, partageant son engagement à favoriser le dialogue multiculturel. Elle propose aussi des manifestations, conférences, expositions, en lien avec l'architecture du bâtiment ou avec des problématiques plus générales sur l'actualité de l'architecture et de l'urbanisme.
Nous remercions Monica Corrado, directrice de la Fondation suisse, pour sa disponibilité.
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19 premières maisons ont été construites entre 1925 et la Première Guerre mondiale, comme celle du Japon (1929).
Ce campus unique au monde accueille chaque année 12000 étudiants et chercheurs du monde entier en les rassemblant dans un même lieu. Toutes singulières, ses 43 maisons favorisent le vivre ensemble, les échanges et la compréhension d’un monde riche et complexe, contribuant à la construction d’un monde de paix.
Parmi les étudiants devenus célèbres on compte les prix Nobel de physique français Georges Charpak et Luc Montagnier, deux anciens présidents du Sénégal Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, le romancier argentin Julio Cortázar, le poète et homme politique, Aimé Césaire, figure majeure du mouvement de la négritude, l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, Jean-Paul Sartre, philosophe, romancier et dramaturge français, chef de file de l’existentialisme, le chef d’orchestre américain Seiji Ozawa, ex-directeur du Boston Symphony Orchestra, le photographe brésilien mondialement connu pour son travail humaniste Sebastiao Salgado, le cinéaste franco-grec Costa Gavras, les journalistes Michèle Cotta et Jean-Pierre Elkabbach, les chefs d’entreprise, Dominique Cerutti, PDG Altran, Mohed Altrad, PDG Altrad, l'ancien président tunisien Habib Bourguiba, Chandrika Kumaratunga, première présidente du Sri Lanka (de 1994 à 2005), Farah Diba (Pahlavi) impératrice d’Iran en épousant en 1959, le shah Mohammad Reza Palhavi. Une liste loin d’être exhaustive …
Depuis sa création, la Cité internationale est une source d’inspiration pour les artistes du monde entier.
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