J’étais venue très tôt craignant la foule mais l’entrée fut fluide. Juste une minute (logique) de vérification des sacs.
Je savais que la visite s’effectuait en sens unique rive gauche-rive droite, de manière (j’imagine) à sortir pour en face de la boutique souvenirs installée au rez-de-chaussée de la Samaritaine.
J'avais pris foulard et pull léger craignant la fraîcheur dans la grotte. Précaution inutile. Mais je salue l’initiative de ne pas la réfrigérer.
Je comptais respirer un air saturé de fragrances comme on l’avait annoncé. Que nenni. Alors je suis revenue, en faisant le tour par la passerelle des Arts, et par chance une des médiatrices m’a spontanément abordée en me donnant l’essentiel des explications nécessaires. Elle m’a désigné une des quatre bouches de diffusion du parfum qui effectivement rappelle un peu ce qu'on respire quand on s'enfonce sous terre.
On le doit à Sarah Bouasse qui a combiné deux odeurs avec la maison de parfumerie Odore Scola en s'éloignant de la volonté de "sentir bon". Ils ont travaillé autour de la géosmine et de l’isobornéol, deux molécules produites par des micro-organismes (bactéries ou champignons) peuplant les sols, en ville comme à la campagne et donc naturellement présentes dans notre environnement. L’idée était de provoquer la sensation d’un retour aux origines, mais il aurait fallu pour cela pouvoir effectuer le parcours en solitaire.
Bien que je l’ai respiré je n’en ai plus vraiment le souvenir au moment où j’écris cet article. J’ai cependant suffisamment de madeleines olfactives pour imaginer avoir entrepris cette traversée de bon matin après une pluie rafraîchissante, et c’est le souvenir que j’en garderai.
Que dire de l'étoffe sonore de Thomas Bangalter ? Il a beau être un ancien Daft-Punk, sa réalisation est, comment la qualifier si ce n'est de minimaliste. Admettons qu'il y ait quelque chose de l'ordre d'un souffle de vent avec plus ou moins d'écho.
J'ai tenté la réalité augmentée bien que personne n’ait semblé trouvé cela génial. J’ai certes surpris l’envol d’une chauve-souris mais pour moi qui ai assisté à leur sortie de grotte par milliers à Calakmul (Mexique) ce n’est pas une image virtuelle qui peut être de nature à m'impressionner. J’ai vite trouvé ridicule de poursuivre la visite le bras en l’air en scrutant un écran au lieu de me laisser porter précisément par le réel. J'ai repassé mon téléphone en mode avion.
Mon premier étonnement avait concerné la taille de l'oeuvre qui n'emballe "que" la moitié du Pont Neuf, sur malgré tout 120 mètres de long. On comprend que le budget aurait doublé et que surtout l’impact sur la circulation aurait été insupportable. La traversée est donc relativement rapide même en flânant.
Restent les parois sur lesquelles on ne manquera pas de voir des stalactites, peut-être un dinosaure, mais sa présence est plus discrète. Tout en m'expliquant le processus de fabrication la médiatrice m'a invitée à poser la main sur la toile et donc à la regarder de près, ce qui modifie notre perception.
Il découle de tout ce qui précède une certaine déception mais pas une déception certaine. Une fois ressortie à l'air libre je me suis surprise à marcher ensuite sur un quai puis un autre en regardant l’œuvre. C’est peut-être là que la magie opère le plus parce que franchement le potentiel onirique est supérieur lorsqu'on approche le pont de loin et en extérieur donnant envie de recommencer. Pour mieux respirer. De nuit peut-être.
Attention tout de même à votre manière de l'aborder. Ne venez pas par le Quai des Grands Augustins. Le cliché ci-dessus (à gauche) préfigure votre déception. Préférez le Quai de l'Horloge (photo de droite). Evidemment, évitez la station de métro Pont Neuf, même si elle a été rebaptisée La Caverne car vous devrez alors faire le tour par la passerelle des Arts.
Tout le monde sait que l'édifice a failli ne pas ouvrir, suite à l'orage qui en a endommagé une partie lorsque les bourrasques en ont déchiré la toile extérieure. L’artiste n’a pas souhaité camoufler les stigmates de l’incident : les cicatrices ont été soulignées par des transfilages noirs, créant des zébrures dans le paysage aux faux airs de glacier à la manière du kintsugi, cette technique japonaise consistant à réparer les objets en en sublimant les cassures à l’aide de précieuses jointures de laque végétale et d’or, procédé extrêmement tendance en ce moment car tout le monde fait référence à cet art.
Ceci dit les marques ne sont pas très spectaculaires. Il faut être attentif pour les remarquer, côté rive droite, et j'ai donc ajouté une flèche rouge sur les photos.
En tout cas j’applaudis la performance de JR et de ses équipes. Je salue l’hommage à Christo et à sa femme Jeanne-Claude dont on n’a jamais autant entendu prononcer le prénom. C’est rare les couples d’artistes et c’est beau. Leur emballement de 1985 avec 40 000 m2 de toile polyamide a marqué les esprits de tous ceux qui l'ont vu, moi y compris.
Je dois aussi féliciter l’équipe d’accueil, composée de quelque 200 personnes, qui joue admirablement son rôle de médiation. Un endroit accessible gratuitement 7 jours sur 7 sans faire de queue à un guichet, sans réservation préalable et autant de fois que désiré et sans publicité (visible) c’est très honorable et je pense que nous serons nombreux à regretter son absence quand le moment du démontage sera arrivé, même si on nous promet qu'elle connaitra une seconde vie.
En conclusion, et sans hésitation vivez votre propre expérience d'ici le dimanche 28 juin 2026. Accès libre et gratuit, 24h/24, 7j/7.
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