Les incohérences étaient énormes dans ce roman. Peut-être pas sur ce qui concerne la santé. J’imagine que l’autrice a tout vérifié. Mais pour ce qui est du théâtre ça ne fonctionne absolument pas comme elle le décrit. On ne joue pas devant un public sans avoir fait moult répétitions préalables.
Et puis je me suis résignée à lire l’auteure la plus vendue, et dont j'avais déjà chroniqué quelques livres, notamment La faiseuse d'étoiles sans connaitre de déception. J'ai été agréablement surprise par Fauves qui nous immerge totalement dans le monde du cirque, il y a certes longtemps puisqu'on s'y exprime encore en francs. Nous sommes dans les années 80. Tout y est cohérent, même si la fin a de quoi décevoir.
Fauves est une histoire de courage tout autant que de folie qui bientôt relèvera totalement de la fiction car en application de la loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale et à conforter le lien entre les animaux et les hommes, l'utilisation d'animaux sauvages dans les établissements itinérants sera interdite à partir du 1er décembre 2028. D’ici cette date, ultime échéance de la loi, les cent vingt cirques itinérants de France devront se séparer de leurs animaux sauvages. Que les admirateurs de numéros animaliers se rassurent : chiens, chats, chevaux mais aussi lamas, dromadaires et chameaux seront toujours au rendez-vous, car ils sont considérés comme des animaux domestiques.
Le roman commence par une altercation de grande ampleur entre Tony, 17 ans, et son père. la bagarre tourne mal et le jeune homme s'enfuit. Il se trouve sur la route d'un cirque itinérant et se fait embaucher par Chavo, le maître des fauves. Rapidement, Tony développe l’obsession d’entrer dans l’arène : faire face aux bêtes pour affronter ses propres démons…
La question cruciale qui va courir tout au long du roman sera de déterminer qui de l’homme ou du fauve est la bête ?
Comme très souvent avec cette autrice, la question de la violence est le thème central. Si la mère dit à son fils qu'elle ne résoudra rien. Absolument rien (p. 46) le père à l'inverse offre le modèle opposé d'un homme impressionné par ceux qui cognent ou qui ont de l’argent.
Quoi de plus logique que Tony découvre les fauves avec trouille et excitation (p. 54). Malgré ce qu'il lui a fait endurer le garçon pense régulièrement à André, son père, comme s’il restait sa référence. Se heurtant à la question récurrente : Est-ce qu’on trahit parce qu’on a été trahi ?
Mélissa Da Costa connait le processus à propos duquel elle pointait déjà, dans Tenir debout : c’est terrible comme dans ces moments où on est submergé par la fureur, tout nous revient, le moindre détail oublié, la moindre humiliation subie (p. 548).
Alors Tony veut sentir la peur jusque dans mes os, défier les instincts les plus brutaux. Régner. Triompher. Dominer.
La piste semble être la scène idéale où mettre en oeuvre sa catharsis. La logique de l’émotion y va crescendo. Le rire, la peur, l’émerveillement. Tout au long de la succession des numéros et à l’intérieur même de chacun. Certains font exprès de rater pour devoir recommencer (p. 87) lui expliquera Chavo.
Tony oscille entre tendresse et fureur, expérimentant toutes les émotions du succès et des premiers amours.
Celui qui avoue J’ai mon p’tit coeur qu’est tout bleu parviendra-t-il à conjurer le mauvais sort ? Ne comptez pas sur moi pour vous révéler la fin de cette histoire qui offre de multiples rebondissements et qu'on imagine très vite sur grand écran, traité un peu à la manière d'un Fellini.
Le succès de ce livre est légitime. C'est une lecture idéale pour les vacances parce qu'il ne se lit tout de même pas en une demi-journée.
Mélissa Da Costa est l’auteure la plus lue en France depuis 2023 (Classement Figaro GfK). Elle a déjà conquis plus de 5 millions de lecteurs (tous formats confondus). Les droits de ses romans ont déjà été vendus en 45 langues, tous titres confondus. Tous ses romans sont en cours d'adaptation cinématographique et elle est aussi ambassadrice de l’UNICEF France. elle a été choisie pour l'humanité et l'engagement qui se dégagent de ses romans et c'est tout à fait juste.
Fauves de Mélissa Da Costa, Albin Michel, en librairie depuis le 7 janvier 2026
Photo prise dans les écuries de Cheverny pendant le 6ème Festival du chapeau
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