Il y avait de plus un point commun entre les deux bâtiments puisque c’est encore Charlotte Perriand qui avait conçu le mobilier d’origine, dont j’avais vu quelques exemplaires à la Fondation Vuitton.
La Maison du Mexique se distingue des fondations voisines par son architecture moderne composée de volumes épurés et articulés autour d'un patio-jardin central. Un emplacement lui était réservé depuis 1925 mais ce n'est qu'en 1949 que le projet de l'architecte Jorge L. Medellín, partageant les crédits avec son frère, l'ingénieur Roberto E Medellin, a été retenu. Le gouvernement mexicain a financé entièrement sa construction. Elle a été inaugurée en 1953 et propose 92 logements. L'équipement mobilier a été conçu par Charlotte Perriand et Jean Prouvé.
Les grands volumes sont revêtus de panneaux en pierre et les fenêtres, disposées en bandes horizontales, qui sont encadrées de béton rouge. Les logements sont répartis dans deux corps parallèles. Le premier corps de trois étages était initialement dédié aux étudiantes et l'autre, de cinq étages, aux étudiants. Les deux blocs sont reliés en rez-de-chaussée par un volume de forme plus libre abritant les services communs. L'auvent, qui se déploie en porte-à-faux, appartient au vocabulaire formel de l'époque, ainsi que l'inscription en grandes lettres métalliques en haut du pignon nord.
Le succès financier de la première chaise de Perriand (en bois, pourtant plus confortable) n'étant pas concluant la designeuse a retravaillé son projet et c'est, dix ans plus tard, un fauteuil en bois paillé qui sera utilisé dans les chambres des étudiants mexicains de la Cité universitaire dont un exemple était reconstitué dans l'exposition de la Fondation Vuitton.
Le cadre se fait à plat, la chaise longue se déploie dans l’espace, sans gabarit, ce qui exige beaucoup d’étapes, donc du temps, donc de l’argent.
Elle conçoit aussi pour elles un modèle de bibliothèque, dite "à joues". Utilisable recto verso, elle est placée en épi au milieu de la pièce pour séparer la chambre de la partie sanitaire, en dissimulant presque entièrement un petit lavabo.
Posée sur deux blocs de béton recouverts de carreaux en grès, elle semble flotter. La bibliothèque Mexique est un meuble-écran qui divise l'espace en deux, (d'un côté la chambre et de l'autre la salle d'eau) tout en permettant le passage de la lumière naturelle grâce à la disposition des casiers en quinconce. L'utilisation des deux faces de l'étagère satisfait donc les besoins de chaque côté. Si elles répondent à des principes de standardisation, ces bibliothèques, grâce à leurs jeux chromatiques, sont remarquables par leur variété, proche d'une portée musicale. Pour ce volume restreint, Perriand choisit aussi le placard Brazza, le fauteuil bois et paille de 1935 et le Lit SCAL de Prouvé. Et aussi sa table triangulaire à coins arrondis, avec des pieds en tôle pliée pour recevoir les plateaux de 5cm d'épaisseur. Elles étaient équipées d'un tiroir en plastique et d'un luminaire fixé au plateau en tôle pliée.
Si les chambres des Maisons du Mexique (et de la Tunisie) était de petits espaces, Charlotte a réussi à faire en sorte de gagner le maximum de place.
Entre septembre 2014 et juin 2015, la maison a été réhabilitée pour répondre aux besoins des étudiants. Ainsi, les cuisines à chaque étage, véritables lieux de convivialité, ont été agrandies et équipées d'une salle à manger et les salles de bain ont été rénovées. La circulation a été complètement repensée avec l'instauration de l'entrée par la porte principale, située au nord, donnant accès aux espaces ouverts au public : salle de conférences, salle polyvalente et réception. A cette occasion, le mobilier historique de la maison a été restauré et installé dans le salon.
On y voit un exemplaire de l'étagère dite "Mexique". Cet exemplaire est le seul original qui subsiste à la Maison du Mexique. Spécialement pensée pour les espaces communs de la résidence, elle répond à une logique d’aménagement fonctionnel et modulaire. Les compartiments de tailles variées évoquent des niches sculptées, et invitent autant au rangement qu’à la mise en valeur d’ouvrages ou d’objets. Le système de fixation par vis traverse les éléments porteurs, assurant une grande stabilité. Les traversées sont en sapin. les casiers et les portes sont en tôle d'aluminium pliée et gaufrée. Et ce sont bien entendu les ateliers Jean Prouvé qui en ont assuré la production.
Conçue pour durer, chaque module s’adapte aux usages collectifs : consultation, exposition, ou simple cloisonnement visuel. A côté, des banquettes de Charlotte Perriand.
Dans la salle du rez-de-chaussée, on voit au mur une reproduction de Rêve d'un dimanche après-midi dans l'Alameda ou Sueno de una tarde dominical en la Alameda qui est un mural de Diego Rivera dont l'original se trouve au Museo Mural Diego Rivera museum, dans la ville de Mexico.
Une niche du hall abrite un splendide arbre de vie réalisé en juin 2015 par Oscar Soteno, un artisan de Metepec, héritier d'une longue tradition contemporaine.
La famille Soteno est l'une des principales familles d'artisans céramistes spécialisés dans ces sculptures qui ont fait de la ville située dans l'État de Mexico un des principaux centres céramiques du Mexique se spécialisant principalement dans la vaisselle noire et verte, les jouets, les figurines religieuses et les bougeoirs. L'arbre de vie est une sculpture colorée compliquée qui est développée à partir de la création de chandeliers. C'est l'arrière-grand-mère d'Oscar qui commença à expérimenter la fabrication d'objets plus décoratifs en plus des objets utilitaires. Les générations suivantes ont appris le métier et amélioré les techniques en travaillant avec les parents et les grands-parents dès l'enfance. Les deux artisans les plus remarquables sont Tiburcio et Oscar, respectivement deuxième et troisième génération; ils ont remporté divers prix et leurs œuvres font partie de collections dans le monde entier.
Diego Rivera est crédité d'avoir introduit de nouveaux schémas de couleurs dans une famille de potiers dans les années 1940 avec d'autres ateliers qui ont suivi. Modesta Fernandez, la grand-mère d'Oscar, a donné son nom à un prestigieux concours national de céramique et de poterie qui attire des artisans de tout le Mexique.
Chacun a son propre style dans la mise en forme des articles et des peintures utilisées. Les sculptures des Soteno font partie des collections de musées au Mexique, aux États-Unis, au Canada, en Europe et en Afrique du Sud et dans des collections privées, des musées, des galeries et d'autres institutions aux États-Unis, en France, en Suède, au Japon, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, en Chine et au Brésil.
Le temps nécessaire à la réalisation d'un arbre dépend de sa taille et de sa complexité, allant d'une journée à deux mois de travail de quinze heures par jour. Les tailles peuvent varier de vingt centimètres à plus d'un mètre de hauteur. Les petits détails peuvent être réalisés avec des moules, mais un certain nombre d'artisans de la famille, dont Oscar, préfèrent tout faire à la main. Les détails et les branches peuvent être attachés ou renforcés avec du fil de fer, mais Oscar et Tiburcio évitent d'en utiliser car il peut se briser avec le temps. La pièce est soigneusement séchée et cuite. Les plus gros arbres peuvent être cuits en plusieurs parties et par étapes. Puis ils sont peints avec des anilines, des pigments naturels, des acryliques et parfois de l'émail.
Une autre poterie se trouve dans la bibliothèque. Je n'en jurerai pas mais ça pourrait être une Talavera, emblématique de Puebla au Mexique. La bibliothèque Sor Juana Inés De La Cruz est constituée d’un fonds d’un peu plus de 12 000 volumes sur l’histoire, la littérature et l’art du Mexique. C'est une bibliothèque de référence spécialisée sur Mexique.
Dans le patio-jardin une réplique de la "Pierre du soleil " a été installée en 2007. Il s'agit d'un calendrier Aztèque de 3,60 mètres de diamètre, datant de 1479, découvert sur la place centrale de Mexico en 1790. Cette pièce maîtresse de l’art aztèque (qui pèse près de 24 tonnes) est exposée au Musée national d’Anthropologie de Mexico.
À l'extérieur, un mural en pierre commémore la découverte de peintures mayas dans le site archéologique de Bonampak, un ancien site maya de l'État du Chiapas dont j'avais trouvé la visite très émouvante.
Une exposition temporaire intitulée Le football à travers le temps présente jusqu'au 15 juillet en collaboration avec l'Institut culturel du Mexique, des photographies qui témoignent de la manière dont on jouait au ballon dans les temps anciens, avec une pelota (une balle de caoutchouc brut et pleine d’une quinzaine de centimètres de diamètre et pensant dans les trois kilos) qu'il fallait faire passer dans un anneau de pierre en suivant des règles qui sont barbares à nos yeux : le chef de l’équipe perdante était sacrifié et son corps jeté dans les mondes souterrains.
La balle ne devait pas tomber au sol dans son camp et le décompte des points s’effectuait comme au tennis en fonction des fautes. Passer la balle dans l’anneau était une performance, sans doute rare.
De nombreuses photographies contemporaines témoignent de ce qu'est devenu le football.
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19 premières maisons ont été construites entre 1925 et la Première Guerre mondiale, comme celle du Japon (1929).
Ce campus unique au monde accueille chaque année 12000 étudiants et chercheurs du monde entier en les rassemblant dans un même lieu. Toutes singulières, ses 43 maisons favorisent le vivre ensemble, les échanges et la compréhension d’un monde riche et complexe, contribuant à la construction d’un monde de paix.
Parmi les étudiants devenus célèbres on compte les prix Nobel de physique français Georges Charpak et Luc Montagnier, deux anciens présidents du Sénégal Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, le romancier argentin Julio Cortázar, le poète et homme politique, Aimé Césaire, figure majeure du mouvement de la négritude, l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, Jean-Paul Sartre, philosophe, romancier et dramaturge français, chef de file de l’existentialisme, le chef d’orchestre américain Seiji Ozawa, ex-directeur du Boston Symphony Orchestra, le photographe brésilien mondialement connu pour son travail humaniste Sebastiao Salgado, le cinéaste franco-grec Costa Gavras, les journalistes Michèle Cotta et Jean-Pierre Elkabbach, les chefs d’entreprise, Dominique Cerutti, PDG Altran, Mohed Altrad, PDG Altrad, l'ancien président tunisien Habib Bourguiba, Chandrika Kumaratunga, première présidente du Sri Lanka (de 1994 à 2005), Farah Diba (Pahlavi) impératrice d’Iran en épousant en 1959, le shah Mohammad Reza Palhavi. Une liste loin d’être exhaustive … Il convient d'y ajouter spécialement Manuel Felguérez Barra (1928-2020), un artiste abstrait mexicain, membre de la "Generación de la Ruptura", mouvement qui s'est écarté de la mouvance muraliste de Disgo Rivera.
Depuis sa création, la Cité internationale est une source d’inspiration pour les artistes du monde entier.
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont © DR



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