
La cérémonie s'est déroulée hier, sous la Coupole du Palais de l'Institut de France. Alors qu'elle avait été élue le mercredi 24 janvier 2024 au fauteuil VI de la section de photographie, nouveau fauteuil créé en 2022, Valérie Belin a été officiellement installée par sa consœur Nina Childress, membre de la section de peinture de l'Académie des beaux-arts.
Le cérémonial est extrêmement codé. L'entrée des académiciens est accompagnée des roulements de tambour des musiciens de la Garde Républicaine. Et chacun a sans doute été ému de passer devant la statut de Napoléon Ier en pied, en tenue de sacre, vêtu d'un manteau d'abeilles, couronné de lauriers et portant la légion d'honneur à un collier d'aigles.
Cette oeuvre a été commandée en 1805 par l'Institut à Philippe-Laurent Roland qui l'acheva en 1807, alors que Napoléon Ier venait d'installer l'Institut de France dans le collège des Quatre-Nations, dont la chapelle avait été réaménagée en salle de séances des académies par Antoine Vaudoyer.La photographe est apparue la première, seule quelques secondes, avant d'être rejointe par ses pairs, dans la superbe tenue d'académicienne réalisée par la Maison de haute couture Alaïa. La veste, pièce centrale du costume, est ornée d’un travail de broderies d’or sur un motif de feuilles d’olivier, symbole de paix, de sagesse et d’éternité, exécuté par la Maison Lesage dont je rappelle qu'elle est à l'honneur dans l'exposition Tisser, broder, sublimer au Palais Galliera.
La queue-de-pie et le pantalon cigarette en lainage noir sont façonnés sur mesure, dans une construction rigoureuse aux lignes nettes et sculpturales. Un chemisier en soie blanche complète l’ensemble.
A l'issue de la séance Monsieur Pierre Rainero, directeur Image, Style et Patrimoine de la Maison Cartier, lui a remis son épée d'académicienne, la 29 ème que Cartier réalise pour un(e) académicien(ne) et c'est dans sa tenue complète que j'ai choisi de la photographier même si je décrirai plus loin cette épée fantastique.
Beaucoup d'invités avaient choisi des vêtements où dominait la couleur verte. Les académiciens étaient tous en habit, tous différents mais dans une magnifique unité. Nous avons été nombreux à sourire des chaussures portées par Yann Arthus Bertrand, contrastant avec le sérieux dont il est (aussi) capable.
Laurent Petitgirard, secrétaire perpétuel, ouvrit la séance avec son humour habituel, mentionnant qu'à un jour près cette cérémonie aurait eu lieu le jour anniversaire de ses trente ans … âge estimé par ses soins, puisqu'il a le privilège d'avoir le droit de le faire.
Valérie Belin est née en 1964 à Boulogne-Billancourt. Elle vit et travaille à Paris. Son parcours artistique a été retracé par Nina Childress dans un discours d'une jolie sensibilité, insistant sur leur timidité respective et le nombre d'occasions manquées de se connaitre avant aujourd'hui.
Il fut ponctué de diapositives illustrant ses propos, à commencer par de charmantes photos de famille. On apprit que la littérature "sauva Valérie de l'ennui scolaire". Elle rappela l'influence de l'art minimal, la volonté de l'artiste développant ses planches contacts dans sa salle de bain entre deux petits boulots, comme tant d'autres étudiants.
Sa première exposition solo a lieu chez Alain Gutharc en 1994. L'achat de plusieurs oeuvres par le FNaC accélère les choses. Elle photographie ensuite des robes de dentelle dans leur boite de conservation ay musée de la dentelle de Calais puis enchaine des séries devenues emblématiques: les miroirs de Venises, Fleurs, Viandes, Bodybuilders …
L'académicienne insista sur la témérité de Valérie, ne craignant pas de se laisser enfermer dans une chambre froide, d'escalader des carcasses de voiture ou de convaincre des femmes marocaines, également sur sa ténacité inventive lorsqu'elle a l'idée de troquer du temps de pause contre la réalisation d'un book.
Suivent les années 2000 avec des séries iconiques de Transsexuels, de Femmes noires, de sosies et de masques, de Modèles et de Métisses puis de couples avec les Ballroom Dancers. L'accès au numérique change le regard et permet les superpositions à partir de 2006 qui se traduisent par les Têtes couronnées qui conduiront aux Painted Ladies.
N'ayant pas eu de prédécesseur sur le fauteuil qu'elle va occuper Valérie Belin a eu une certaine liberté pour décider qui elle allait honorer. Elle a choisi Eugène Atget dont le centenaire de la mort sera commémoré en 2027. Elle le considère comme étant à l'origine de la photographie moderne dépouillée de tout artifice esthétique et s'employa à nous le démontrer, preuve en images à l'appui.
De plus on lui doit la documentation systématique de tous les aspects du vieux Paris avant qu'ils ne disparaissent, qu'il s'agisse de petits métiers comme celui de chiffonnier, de boutiques, d'enseignes, de décor de fête foraine qu'il immortalisa avec un art du regard exemplaire, en suggérant l'humain plutôt qu'en le montrant.
Adget fut aussi le photographe des arbres, notamment du Parc de Sceaux que je connais si bien. Il finit par être associé au mouvement surréaliste et on comprend pourquoi Valérie l'aime lorsqu'elle décrit ses clichés de vitrines et de mannequins.
Ce qui est étonnant c'est que sa notoriété grandit après sa mort en raison de la volonté d'une jeune artiste américaine, Berenice Abbot qui ne cessa d'assurer la promotion de son travail qui sera qualifié de "style documentaire", un courant qui deviendra un style artistique à part entière, aboutissant à une consécration dans les années 1980 suite aux acquisitions faites par le MoMA.
Nous avons pu approcher Valérie Belin dans la cour après la cérémonie. Chacun voulait comprendre ce que son épée représentait. Elle s’inspire de l’œuvre The Girl Who Never Died, révélée par l’artiste un an avant son élection à l’Académie des beaux-arts, en 2022 (voir photo ci-dessous © Valérie Belin).
L’épée se distingue par des motifs et des typographies évoquant les enseignes lumineuses de l’Amérique des années 1950 et est composée d’un ensemble d'éléments symboliques, images pop et comics américains, qui se superposent et font écho à l'œuvre de l’artiste.
Elle joue d’un assemblage de formes graphiques, sublimées par les matériaux nobles en résonance avec son travail de collage, ainsi que les thèmes de l’ambiguïté et de la représentation qui lui sont chers. On remarquera une étoile pavée de diamants surlignée de laque noire, des perles de culture en ponctuation sur la garde, une lame damassée dont les couches d’acier superposées rappellent les surimpressions présentes dans son travail photographique et la matière argentique qui l’inspire, la nacre blanche pour mieux faire ressortir certaines lettres, et le métal godronné pour les effets de relief et de brillance. Enfin, l’étoile sur le pommeau se détache afin de se porter en broche.
L'académicienne a posé pour de multiples clichés parmi lesquels sa famille occupa une place particulière :
Elle présente depuis le 24 janvier 2026 et jusqu'au 28 juin 2026 l'exposition "Les choses entre elles" aux Franciscaines de Deauville et une exposition personnelle au Musée Picasso de Barcelone, du 16 avril au 6 septembre 2026.









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