J'avais promis, en novembre dernier, dans l'article consacré à Tomi Ungerer, de revenir sur les "réponses à 100 questions philosophiques d'enfants" qu'il a traitées dans cet opuscule intitulé Ni oui, ni non et publié en mars 2018.Tomi Ungerer tenait une rubrique dans Philosophie magazine où il avait à coeur de fournir aux enfants les réponses les plus justes possible. Mais je dois dire que je ne savais pas aussi fin philosophe avant d'assister à l'Ecole des loisirs à la conférence d'Edwige Chirouter intitulée Comment Ungerer nous aide à penser le monde ?
Tomi Ungerer est une personnalité très attachante qui, sous un abord subversif, était un homme très mesuré. Je ne raisonne que pour être raisonnable avait -il prévenu dans la préface de son ouvrage dont la couverture illustre l’interrogation : pourquoi je ne suis pas toi et toi tu n’es pas moi ?
Le livre est la compilation de vraies questions d’enfants auxquelles il répond en modérant sa tendance au cynisme. Ses pensées font longtemps écho, si bien qu’on pourrait entendre dans sa première affirmation le verbe comme résonner. Car il n’y a pas d’âge pour se poser des questions philosophiques, ni d’âge minimum requis, ni d’âge limite. L’enfant s’étonne devant le monde, interrogeant inlassablement à coups de pourquoi.
Je voudrais aujourd’hui consacrer cet article à ce petit traité de philosophie qui est presque un jeu parce rien n’est tout blanc ou tout noir. Il le sait bien, lui dont l’enfance fut marquée par l’Histoire : après la Drôle de guerre, quand les Allemands ont occupé l’Alsace ils ont interdit de parler français. En 1945 les Français ont repris l’Alsace et il fut interdit de parler un seul mot d’allemand ou d’alsacien (p. 19), ce qui renforça par réaction le garçon à cultiver son accent.
Cette période l’a évidemment profondément marqué et les références sont multiples. On peut gagner des batailles, mais on ne peut pas gagner une guerre, qui est toujours synonyme de gâchis (p. 18).
La pauvreté (connue à trois ans et demi suite au décès de son père, ce qu’il répète à de multiples reprises) forge l’acharnement du désespoir (p. 106).
On doit apprendre des choses pour alimenter notre cervelle (p. 28). Il avoue ne rien comprendre à la théorie du big-bang (p. 40) mais en recense 3 : la naissance, le première fois qu’on tombe amoureux et lorsqu’on passe outre-tombe.
Il prône un monde où seuls les enfants auraient le droit de vote (p. 42) parce que le niveau de l’intelligence humaine chute après la maturité. Il encourage à (se) poser des questions concrètes … ou abstraites (p. 54).Il est circonspect lorsqu’il doit parler du temps, préférant le prendre ou le garder plutôt que le tuer par manque d’occupation (p. 64). Il a raison de pointer que la moquerie est une forme de méchanceté (p. 68) mais elle est une arme nécessaire pour dénoncer les vices et les travers de la société.
Il démontre qu’on peut être le plus fort même en étant le plut petit (p. 79), que la religion n’est pas obligatoire mais qu’elle enseigne "le goût de l’intégrité, de la compassion, du pardon et surtout de la bonne volonté" (p. 80). On ne sera donc pas surpris qu’il réponde à Georgios, six ans et demi, que les dieux ont été créés par les hommes parce qu’ils en avaient besoin pour affronter l’inexplicable (p. 44).
Il use de mots simples pour dire le pire : Les pierres sont dépourvues de pensée mais pas de mémoire (p. 112). Le temps passe parce qu’il n’a pas le choix (p. 123).
Fervent défenseur de la liberté de penser, il ne supportait pas, enfant, qu’on lui dise que le Fuhrer pensait pour lui (p. 87). Son imagination était sa meilleure amie (p. 100).
L’humour est une armure, le défi un remède à la déficience, pour tourner le sort en sortilège, donner au destin une destination (p. 126).
Ni oui, ni non, Réponses à 100 questions philosophiques d'enfants par Tomi Ungerer, Ecole des loisirs, 2018
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