Se rendre au Musée de la Grande Guerre à l’approche du 11 novembre est un geste positif si on considère que l’issue d’une guerre, quelle qu’elle soit, est de conduire à la paix.Certes le chemin est horrible, surtout quand on considère le nombre de morts (10 millions de morts et disparus pour la Première Guerre Mondiale, auxquels s’ajoutent plus de 21 millions de blessés et mutilés, même si ce n’est pas la plus meurtrière puisque la Seconde aura le triste record de 61 millions de morts) mais il appartient à ce qu’on appelle le devoir de mémoire de rendre honneur à ceux qui ont souffert et/ou péri en espérant que de tels faits ne se reproduiront plus jamais. On sait combien, en ce moment, c’est hélas une utopie.
Mon arrière-grand-père est mort à Verdun. Mon grand-père y a combattu et est revenu très marqué. Il a refusé la médaille militaire parce qu’il estimait qu’elle n’effacerait rien du malheur que ce conflit avait causé. Il n’en parlait jamais. Ce n’était pas lui qui reprochait "on voit bien que tu n’as pas fait la guerre" … Il restait muet sur ces quatre années et c’est en voyant le film Un long dimanche de fiançailles que j’ai compris, un peu, ce qu’il avait enduré.
Ce qui m’a décidée à venir à l’occasion de cette journée de commémoration, et à faire une plongée dans ces souvenirs, ce sont les nombreux éloges que j’avais entendus à propos de ce musée qui existe depuis maintenant 12 ans, et la perspective d’en suivre une visite théâtralisée par la compagnie Barefoot dont je connais la qualité du travail. J’avais vu il y a quelques mois Braconniers au mois Molière et je n’avais aucun doute sur la qualité de la mise en scène qu’Eric Bouvron aurait faite. Et puis je restais dans la reconstitution poétique de Maya une voix au festival des Nuits de la Mayenne.
Et c'est pour souligner l'aspect humain que j'ai choisi comme première illustration une série de photos de visages comme on en voit beaucoup au musée, composant d'interminables frises.
La visite se mérite car le lieu choisi, proche de la bataille de la Marne et du monument américain dont la restauration a été inaugurée le 10 novembre 2023 est situé sur le plateau, à l’écart de la ville de Meaux et donc éloigné de la gare. Il faut savoir qu’une navette (gratuite et faisant aussi une halte à la cathédrale) est à la disposition des visiteurs le week-end et pendant les vacances scolaires de la zone C.
Le bâtiment est donc isolé, situé dans un parc qui l’est tout autant. Une multitude de drapeaux jettent des lignes de couleur dans le ciel gris. La porte d’entrée évoque la fermeture sécurisée d’un abris et dès son franchissement on croit percevoir le bruit des bombes au lointain. Ce n’est pas une illusion et cet environnement sonore est très bien fait, subtilement mesuré. Le sol est chaotique, assez dangereux si on n’y prend pas garde, sans doute pour évoquer la difficulté qu’eurent les soldats à progresser. L’architecte a prévu un espace immense pour accueillir l’énorme collection donnée par le collectionneur Jean-Pierre Verney qui compte aujourd’hui 70 000 pièces, preuve ultime que tout est démesuré dans ce conflit, et qui vaut une renommée internationale au musée qui est le plus grand européen sur ce sujet, avant Verdun, Péroire, Ypres, et outre-Atlantique Kansas city.
L’équipe ne se satisfait pas de ce succès et travaille constamment à de nouveau projets, notamment la création d’une tranchée pédagogique à ciel ouvert. Le dernier en date vient de se concrétiser avec l’installation de deux wagons mis en dépôt par le musée du Génie d’Angers (mais qui devraient demeurer là à long terme comme la moitié des wagons de ce musée qui sont déposés dans divers endroits). Ils semblent être arrivés naturellement mais il a fallu les transporter, les restaurer (pendant six mois à Joigny dans l‘Yonne), les ramener, les installer après avoir aménagé une plateforme dans le parc.
Il y a tant à dire sur ce moment passé dans le musée que j'aborderai successivement trois thèmes :
- L'hommage aux Sapeurs de Chemins de Fer
- La visite théâtralisée
- Quelques pièces du musée
- Un moment convivial et gourmand avec les 2 Fourmis
1 - Le rail pendant la Première Guerre Mondiale :
L’implantation dans le parc de deux wagons de la Première Guerre mondiale restaurés par la Communauté d’agglomération du Pays de Meaux sera inaugurée ce soir. A droite, nous avons la chance d'être face à un spécimen unique. Audrey Chaix, directrice du musée de la Grande Guerre, nous a expliqué la directrice du musée du Génie d’Angers, l'essentiel sur ces engins. Le premier wagon est blindé, en acier riveté. Il était destiné à acheminer des munitions au plus près du front. Ce spécimen unique était autrefois couplé avec un autre wagon destiné aux engins de longue portée ll était tracté par une locomotive capable de tirer de gros tonnages.














