La bonne mère commence comme une bonne blague. Alternent le point de vue d'une maman marseillaise pur jus, archétype de la cagole et de sa fille, trentenaire, partie étudier à Paris à Sciences Po. Toutes deux semblent a priori avoir des caractères très différents, pour ne pas dire incompatibles.
On juge Véro vulgaire. On s'apercevra qu'elle est solaire. Un soleil de canicule, du genre incendiaire. Huit cents kilomètres séparent Clara de sa mère depuis qu’elle a quitté Marseille. Ce week-end, elle lui présente Raphaël. Un girafon, pense Véro en le voyant. Il l’agace avec son pedigree bourgeois, ses mots compliqués et sa bouche fermée comme une huître. Elle n’aurait jamais dû laisser Clara monter à Paris. Mère et fille se cherchent, se fuient, se heurtent sans jamais oublier de s’aimer. Comment être une bonne mère quand notre enfant nous échappe? Comment être une bonne fille quand on a honte de celle qui nous a tout donné? Comment s’affranchir sans trahir?
Véronique se plaint de son enfant. Elle s’est mis dans la tête que je lui en veux. Tu parles. C’est elle qui nous en veut. D’être nous (…) que je fasse mon cinéma (p. 16). Clara formule le souhait de ne pas trop ramène pas trop la conversation vers toi s’il-te-plaît.
T’y as pas fait exprès, pondérera la marseillaise qui n'est jamais à court d’expressions imagées. Le récit progresse, ponctué de scènes désopilantes s'enchainant à l’instar d’une comédie italienne où le ton grince un peu, à condition d’entendre un second degré chez chacune des deux narratrices. On pense que ce ne sont que des anicroches dans le cadre des rapports habituellement "difficiles" entre mère et fille. C’est bien plus sérieux que ça.
Certaines lignes sont troublantes. En particulier le retour de vacances, Raphaël au volant, qui en rappelle un autre à Clara, pendant lequel sa mère vomissait à chaque virage, et puis un autre encore qui fut fatal à sa tante dans un récit bref mais glaçant. Ainsi s’achève la partie Un. Et il faut se faire une raison. On a osé se moquer mais la fête est finie. Comme philosophait si justement La Bruyère : alors qu’on vient d’en rire, il faudrait en pleurer.
Véronique se souvient avec émotion de sa fille qui, petite, cumulait les rôles : messagère, avocate, psy, pour aplanir les angles entre elle et son père (désigné sous le nom de Napolitain). Le conflit de loyauté entre père et mère sera plusieurs fois mis à l'épreuve.
Pour Raphaël (dit le Girafon) le silence c’est la paix (p. 64). On le pense lâche mais on est encore une fois à côté de la plaque. Pour Clara c’est synonyme de calme avant l’ouragan. Elle oppose la promesse de son compagnon de parler d’elle à ses parents à celles que son père faisait à sa mère.
On découvre que les parents, surtout le père, a tendance à mentir pour cacher ce qui peut déranger, quitte à inventer des mensonges absurdes auxquels ils sont bien les seuls à croire dur comme fer (p. 145).
Clara décrit le diner de famille où Raphaël fait "une expérience sociologique" (p. 157). Il se pourrait que son analyse du comportement de son compagnon soit tout autant erronée que le jugement qu'elle porte sur la féminité flamboyante et débordante de sa mère.
Clac, la gifle du père à sa femme, entendue par la fille (alors qu’il est bien entendu à 100% en tort) et vue de tout le monde (p. 164) fera l'effet d'un coup de tonnerre qui s'abat sur la famille entière.
L'ouvrage explore la relation mère-fille, les écarts et tensions de classes sociales, la mobilité sociale, ainsi que le choc culturel entre Marseille et Paris. Il parle aussi des choses qu’on reproduit malgré soit, en premier lieu la violence qui fait des ravages dans tous les milieux. Aucune femme n'en est à l'abri … pas plus que les hommes. Au final on notera aussi que l'on peut tout autant reproduire des choses positives, comme l'amour et qu'il y a diverses manières d'être féministe.
Née à Marseille, Mathilda di Matteo garde un lien fort avec sa ville natale. Elle est elle-même diplômée de Sciences Po Paris. Elle a d'abord travaillé comme consultante en entreprise avant de se tourner pleinement vers l'écriture. Elle a remporté un concours de nouvelles de Libération en 2021 sur le thème "avoir 20 ans en 2021" qui l’a motivée à passer à un format plus long.
La bonne mère de Mathilda di Matteo, Editions de l’Iconoclaste, en librairie depuis le 21 août 2025
Prix Talent Cultura 2025Prix Littéraire Vanity Fair 2025
Prix du Premier Roman de la Forêt des Livres 2025
Finaliste du Prix de Flore
Ce livre figurait aussi dans la sélection du Prix des lecteurs de Vallée Sud Grand Paris 2026, catégorie roman français
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