1952, Mondovi, Algérie : Anna, âgée de dix mois, et sa sœur Line, à peine plus grande, sont recueillies par leurs grands-parents après la disparition inexpliquée de leur mère. Trente ans plus tard, elle réapparaît, comme un spectre, dans la vie d’Anna.2020, Paris. Anna affronte un nouveau deuil : celui de Simon, son ex-mari. Autour d’elle, leurs enfants, Bastien, Laura et Manon, devenus adultes, tentent de surmonter leur chagrin, chacun à sa manière. C’est alors que le passé resurgit à nouveau. Entre les secrets d’une enfance algérienne déchirée par la guerre, et les non-dits d’une famille éclatée, Anna doit affronter une question qui la ronge : et si les morts étaient plus présents que les vivants ?
Sur qui tombe la nuit est un roman poignant où se mêlent la grande et la petite histoire, les rires et les larmes, les cris et les silences, la maladie. Une plongée dans les méandres de la mémoire, où chaque vérité révélée en cache une autre.
Marie-Paule Istria restitue les images et les odeurs de telle manière qu'on est auprès d'elle et qu'on se demande comment une si petite fille peut supporter tout ce qu'on lui inflige. La réponse est peut-être à trouver dans les livres. Et dans son amour des cimetières où elle exerce le rituel des petits cailloux noirs.
Il peut être rassurant de comprendre que d'autres, avant nous, ont éprouvé de semblables émotions. Lénine avait remarqué judicieusement : il y a des décennies où il ne se passe rien et des semaines où il se passe des décennies (p. 91).
On retrouve avec un plaisir certain des citations que l'on connait déjà. Devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde (p. 208, bien sûr Albert Camus, L'étranger). D'autres moins célèbres mais dans lesquelles elle puise là aussi sa force, approuvant ce qu'il dit de la mer qui nous lave et nous rassasie (p. 211).
Elle cherche partout la vérité en remettant en cause des assertions comme celle de Romain Gary : Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais (p. 122, dans La promesse de l'aube). Elle nous donne sa propre interprétation : je pense plutôt que sans amour maternel, la vie vous frappe à l'aube d'une malédiction qui ne disparait jamais complètement. (…) J'ai appris à vivre au milieu des mensonges, à ne pas plier sous le poids de la honte, à rester debout face aux injustices et à pleurer en silence sous les draps. (…) Je n'oublie pas qu'en donnant la vie à un enfant on lui donne aussi la mort, et qu'entre les deux faire le maximum n'est au mieux qu'un minimum.
Je me suis affolée un peu de la découvrir "apprentie lymphomane" (p. 199) tout en étant persuadée que ce cancer est forcément "derrière" elle puisque nous avions discuté ensemble le jour de la révélation de la sélection du Prix Hors Concours.
Son écriture est toujours juste, y compris ce qu'elle écrit à propos des soins, de l'hôpital et aussi de l'état d'esprit du "patient" lorsqu'on lui annonce -sans ménagement- que tout va désormais bien en lui souhaitant bonne continuation … comme si on pouvait effacer le passé.
Je l'ai suivie jusqu'au bout de ce roman émouvant, jusqu'à ce que la nuit ne tarde pas à tomber. Cette nuit, heureusement moins noire que celle du Pays Basque qui a enveloppé l'enfant et sa soeur (p. 87).
Je suis un peu, je l'avoue, impatiente de lire un second roman de cette nouvelle plume qui ne doit surtout pas laisser sécher son encre.
Sur qui tombe la nuit de Marie Paule Istria, Livres agités, en librairie depuis janvier 2026
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