samedi 30 novembre 2019

Le Prix 2020 des Lecteurs d'Antony (92) est lancé

Le Prix des Lecteurs est devenu un rendez vous très attendu par les abonnés des médiathèques de la ville d’Antony (92). Et quand on sait qu’ils sont à peu près 5000 adultes à avoir leur carte cela représente beaucoup de lecteurs.

La formule inaugurée l’an dernier ne change pas. Il n’y a plus désormais qu’un seul Prix donc une sélection unique, qui encore cette fois comprend 10 romans parmi lesquels vous choisirez votre préféré.

La sélection est représentative de la production littéraire de toute l’année 2019, pas uniquement française puisque 4 sur 10 ont été écrit dans une autre langue. Trois ont déjà remporté un Prix, mais que cela ne vous influence surtout pas !

Il y en a pour tous les goûts. Deux appartiennent franchement au genre policier et 4 autres peuvent se découvrir comme des romans à fort suspense. Plusieurs sont des chroniques familiales ou questionnent sur des choix de vie. Beaucoup sont des romans historiques ou de fiction, osant revisiter l’histoire ou même la modifier.

Ils vont inciteront au voyage puisque 7 d’entre eux situent l’action hors de France et vous partirez au Bengale, en Israël, en Angleterre, au Vietnam, en Amérique du Nord et du Sud.

Je vais maintenant brièvement vous les présenter, en adoptant l’ordre alphabétique.

Natacha Appanah, avec Le ciel par-dessus le toit, qui est un titre qui fait référence à un poème de Verlaine, dénoue les fils d’une histoire familiale un peu triste avec une écriture puissante et poétique.

On a déjà beaucoup parlé de Laurent Binet qui, avec Civilizations, nous offre une uchronie où les Amérindiens n’auraient pas été conquis par les espagnols. Avec lui les Incas ont le pouvoir d’envahir l’Europe et j’avoue que je me précipite sur ce livre avant de partir pour le Mexique.

Né d’aucune femme, de Franck Bouysse a séduit les lecture du Grand Prix ELLE, avec ce roman très fort, très dur, très bien écrit mais très violent dont on peut prédire qu’il fera débat.

Autre débat, très différent avec Le coeur de l’Angleterre de Jonathan Coe dont on espère qu’il nous éclairera sur les tenants et les aboutissants du Brexit à propos duquel il n’a pas une opinion tranchée.

Un autre tambour de William Melvin Kelley n’a été traduit que cette année et nous arrive donc 50 ans après sa publication aux USA, en plein mouvement en faveur des droits civiques. Lui aussi inverse le mouvement puisque sous sa plume les Noirs quittent le Sud des Etats-Unis.

L’attaque du Calcuta Darjeeling de Abir Mukherjee remonte à l’époque de la colonisation britannique pour dénouer une affaire de meurtre en Inde.

Line Papin, avec Les os des filles, raconte une enfance marquée par l’exil de son Vietnam natal de manière très simple mais très touchante.

Joseph Ponthus nous livre dans A la ligne un matériau brut de décoffrage, d'une beauté extrême, comme seuls les grands architectes de la langue sont capables de le faire. Il raconte son quotidien comme intérimaire de nuit dans un abattoir et c’est un hommage magnifique à la condition ouvrière de nos temps modernes. Et c’est un premier roman !

Alexis Ragougneau met la musique en mots dans Opus 77 au rythme des mouvements du concerto de Chostalkovitch. (lire ma chronique ici)

Enfin Schlomo Sand mène une enquête sur La mort du Khazar rouge, prétexte à aborder l’invention du peuple juif et vous pouvez le deviner, il est controversé en israël.

Ce ne sont pas moins de 130 exemplaires qui sont mis en circulation pour ce Prix qui est aussi disponible sur quelques liseuses.

Le prix se déroulera tout au long du printemps 2020 dans les deux médiathèques d'Antony. Un auteur de la sélection viendra à la rencontre des lecteurs à une date qui sera bientôt révélée. Une discussion gourmande est programmée le samedi 28 mars à 10h30 à la médiathèque Anne Fontaine.

Le vote sera ouvert du 4 avril au 15 mai. Il pourra avoir lieu sur place ou s'effectuer en ligne sur le site Internet des médiathèques. Le lauréat sera annoncé le samedi 216 mai à 10h30 . Un tirage au sort, parmi les bulletins de vote, permettra à 10 votants de remporter des Chèques Lire, valables à la librairie La Passerelle d’Antony.

Je vous encourage à participer à ce Prix Si vous n’êtes pas encore abonné aux médiathèques d’Antony il est temps de prendre votre carte. Elle sera valable un an, de date à date.

Vous pouvez aussi le suivre, en suivant les chroniques que je publierai au fur et à mesure de mes lectures. Si vous me permettez le jeu de mots celle de A la ligne est déjà en ligne … depuis le 2 juin dernier.
Bonnes lectures ! Bonnes découvertes !

vendredi 29 novembre 2019

Hurt me tender du Cirque VOST à l'Espace Cirque d'Antony (92)

J'ai quitté Hurt me tender que je suis allée voir à l'Espace Cirque d'Antony (92) surprise, je l'avoue, d'avoir à ce point été captivée par la voltige sans que je n'ai cherché à analyser ce qu'on pouvait faire aux cadres russes, comparativement aux trapèzes ballants.

Mais le spectacle séduira tout autant les amateurs de rock, de cirque, de théâtre, ... et même de danse.

En voyant les musiciens prendre place sous l'immense chapiteau au bonnet pointu, j’avais aussitôt pensé au film Itinéraire d’un enfant gâté non pas tant parce qu’il allait s’agir d’acrobatie et qu'une jeune femme pouvait décrocher des cintres mais parce qu’on sentait combien le cirque est toute la vie de la troupe du Cirk VOST.

Il y avait tant de nationalités différentes parmi eux qu’il avait fallu au début constamment traduire aux uns ce que disaient les autres, d’où leur nom de Cie VOST, comme Version Originale Sous Titrée.

Leur promesse de jouer comme au théâtre est assumée pleinement. Le spectacle commence parmi les spectateurs où une jeune femme sème la discorde, bouscule ses camarades et, une fois satisfaite de son coup, lance à l’adresse des trois musiciens un OK c’est bon, on peut y aller.

Eux, ils sont déjà "partis" depuis un moment, dans un halo de fumée, comme des rockeurs. Les circassiens nous enjambent et investissent le plateau. Aucun doute qu’ils sont capables de faire l’acteur. Ils se jaugent d’un regard lourd d’interrogation. Et si par hasard l’un d’entre eux comptait se la couler douce parmi les spectateurs il va être prestement cueilli, et cela nous fera rire.

Ils se défient en poussant le bouchon toujours plus loin. Ils installent la foire d’empoigne. C’est un spectacle où il y a beaucoup à voir, toujours, tout le temps, dans toutes les directions. La musique est jouée en direct et ajoute une part de sensualité en ponctuant le risque. On est au cirque, mais autant au théâtre que sur un plateau de cinéma où l’on réglerait des cascades.
Ils sont heureux de se retrouver, comme de se disputer. Il y a de la tendresse autant que de la brutalité. Hurt me tender, ils ont annoncé la couleur. Blesse-moi tendrement.

Une autre femme se dégage du lot, et prend de la hauteur. Elle joue avec ses deux ombres et compose un trio avec ses propres silhouettes. C’est impressionnant. Elle est attachée, dit un enfant à son frère. Oui mais quand même, rétorque le plus jeune. Son agilité est extrême. Elle danse avec ses ombres et se laisse tomber comme pour dire, regardez, ce n’est pas si grave ...

Tout est question d’équilibre, tout là-haut comme au sol.

Un guitariste peut lui aussi se lancer dans les airs, avec sa mini cape dorée qui n’est même pas un ersatz de parachute. Un acrobate peut s’essayer au micro, qu’il fera tournoyer comme un lasso. En parallèle la troupe aura entrepris d’occuper le terrain pour y danser un ballet après qu'une patineuse à roulettes aura lancé son défi.
Ils jouent l’ivresse. On les somme de se réveiller. Ils nous offrent alors, comme on le fait en pyrotechnie, un bouquet final où tous les dix rivalisent d’audace, de puissance et de voltige, avant de se laisser tomber du ciel comme de grands oiseaux.

Les chutes sont intégrées dans le scénario, incluant aussi des plongeons involontaires, toujours maitrisés, mais pouvant être violents, et de toute façon toujours risqués.

Leur générosité s'exprime jusqu'au bout en invitant le public à danser sur le parquet pendant qu’ils rangent. Le choix de Marc Jeancourt est encore une fois à saluer.

Hurt me tender du Cirque VOST
Du 29 novembre au 15 décembre 2019
A l'Espace Cirque d'Antony (92)
Puis tournée en cours
Mise en scène de Florent Bergal assisté de François Juliot
Regard acrobatique de Germain Guillemot
Avec Tiziana Prota, Océane Peillet, Cécile Yvinec, Jean Pellegrini, Arnaud Cabochette, Elie Rauzier, Sébastien Lepine, Benoit Belleville, Jef Naets et Théo Dubray
Musiciens Johann Candoré, Kévin Laval et Lionel Malric
Création lumière Simon Delescluse et Christophe Schaeffer

jeudi 28 novembre 2019

Les Jeunes Femmes de 50 ans vues par Mylène Desclaux

Mylène Desclaux a fondé et dirigé pendant vingt ans une agence de publicité avant de se consacrer à l'écriture du blog Happy Q(uinqua).

Elle est auteure du livre Les Jeunes Femmes de 50 ans, chez JC Lattès, déjà traduit en 5 langues et sorti en version Poche. Cet ouvrage m'a réjouie tant il est drôle mais juste.

A partir de ses déconvenues en matière de travail, de coeur, de santé et de bien d'autres insatisfactions cette femme résolument optimiste a tiré un récit autobiographique ponctué de conseils "décroissants" qui permet aux femmes de mettre de la sérénité dans leur vie avec légèreté et humour et sans faire de compromis.

Mylène Desclaux suggère de se réjouir du présent, malgré les soucis amicaux ou amoureux, de travail ou de santé. Elle est drôle, porteuse d'énergie et lisible ... bien avant 50 ans.

Figurez-vous que ce livre est très acheté par des hommes. Je me demande si c'est en vue de s'améliorer ou de consoler leurs compagnes.

J'ai pris beaucoup de plaisir à la lire. J'ai souri souvent, ri à de multiples reprises. C'est si rare dans le domaine du développement personnel, trop souvent donneur de leçons qu'il faut le souligner.

Vous pouvez en être convaincus en l'écoutant le jeudi 12 décembre dans l'émission Entre Voix où elle sera mon invitée sur Needradio.

mercredi 27 novembre 2019

Chanson douce de Lucie Borleteau avec Karin Viard

Je n'avais pas lu Chanson douce le roman de Leïla Slimani et qui a obtenu le prix Goncourt en 2016. Cela fait longtemps que je ne me précipite plus sur certains prix et je m'aperçois que je peux avoir tort. J'y pallierai bientôt. Cela étant, à la réflexion, je conseillerai de me suivre et de commencer par le film parce qu'il ne spolie pas la fin dans les premières images.

Une chance parce que je ne soupçonnais pas la fin, espérant un sursaut de la part des parents avant que la situation ne dégénère. D'ailleurs, malgré le dernier plan, et l'avant-dernier, quasi gore, je n'avais pas imaginé que cela se terminait comme démarre le livre. Bref, je n'en raconterai pas plus.

Il est d'ailleurs très difficile de parler de ce film sans en dire trop. Il est réalisé par Lucie Borleteau (réalisatrice de Fidélio, l'odyssée d'Alice et la série Cannabis).

Je vais d'abord saluer le travail d'adaptation, entrepris par Lucie Borleteau avec Jérémie Elkaïm, qui avait écrit le si formidable La Guerre est déclarée avec Valérie Donzelli.

Je vais surtout me limiter à justifier le choix de Karin Viard qui, à l'inverse de moi, avait lu le roman et décidé d'acquérir les droits de manière à interpréter ce rôle qui la tenait tant. C'est courageux de sa part après sa performance dans la peau d'un personnage toxique dans Les chatouilles.
Elle est plus qu'excellente dans ce personnage dont la folie est admirablement tapie sous le masque de la perfection. Qui ne rêverait pas d'une nounou aussi attentionnée ? Paul et Myriam l'ont engagée pour que Myriam puisse reprendre son travail d'avocate. Louise ne les déçoit pas, se montrant dévouée, consciencieuse, volontaire, au point que sa présence occupe une place centrale dans la famille et des enfants en particulier la petite fille, Mila, (Assya Da Silva), qui poursuivra sans doute une carrière au cinéma tant elle est précise.
Ce qui est passionnant, outre le jeu des comédiens (tous excellents) c'est de tenter de démêler l'écheveau des culpabilités. Entre la mère (Leïla Bekhti, vue dans Le Grand Bain, Un homme pressé, La Lutte des classes, et tout récemment J'irai où tu iras) qui se reprochera d'avoir sacrifié sa vie de famille au profit de son développement personnel, qui s'avère plus positif dans le monde du travail qu'à la maison. Le père (Antoine Reinartz, vu dans La Vie scolaire, et Alice et le maire) qui ne s'émeut pas de grand chose. Les amis, les voisins, le reste de la famille ... inexistants.
J'emploie à dessein le terme de culpabilité plutôt que celui de responsabilité car rien ne permet dans le film de condamner davantage Louise que les parents (pas davantage dans le livre m'a-t-on  dit). Il parait que le désordre que l'on voit dans l’appartement de Louise a été inspiré à la réalisatrice par le documentaire À la recherche de Vivian Maier (2013) qui était elle aussi nounou avant d'être photographe et qui d'une certaine manière était un peu double et est demeurée un mystère, Une femme à contre-jour comme l'a si bien évoquée Gaëlle Josse. Son intérieur contraste avec l’image si lisse qu’elle donne d’elle.

Louise est effrayante mais elle est d'abord fascinante et Karin Viard est incroyablement juste pour exprimer toute la complexité du personnage. Nominée à de multiples reprises aux César, et récompensée déjà trois fois, il est probable qu'elle emporte de nouveau la plus haute récompense française à la prochaine cérémonie, vingt ans après son César de la meilleure actrice pour Haut les cœurs ! en 2000.

Reste à espérer que de tels faits divers sont rares.
Photos Copyright Studio Canal

mardi 26 novembre 2019

Traces du végétal à la Maison des Arts d'Antony (92)


Le vernissage a eu lieu ce soir en présence des artistes Marinette Cueco, Marie Denis (toutes deux en grande conversation ci contre), Marie-Noëlle Fontan et Duy Anh Nhan Duc.

Traces du végétal est présenté à l’heure où la question environnementale est au cœur des préoccupations des Français, ce qui n'a pas échappé à la Ville d’Antony qui a décidé de prendre part à ces réflexions d'un point de vue artistique.

Les artistes ont toujours observé la nature et s’en sont inspiré. Depuis l’émergence du land art, ils n’ont cessé d’insérer leurs œuvres dans la nature et d’intégrer des matériaux naturels dans leurs réalisations. Au-delà de son potentiel formel évident, ils nous invitent ainsi à regarder autrement une nature que l’on a perdu l’habitude de voir.

La Maison des Arts présente le travail de quatre artistes contemporains témoignant de ces recherches tant plastiques que sociétales. Marinette Cueco, est la pionnière de l’art végétal, revisitant notamment la tradition des herbiers botaniques. Dans son sillage, de nombreux artistes ont développé des propositions artistiques originales. Marie Denis propose un cabinet de curiosités végétales en écho à ses prédilections. Marie-Noëlle Fontan mêle habilement art textile et art végétal avec des tissages de végétaux glanés dans la nature. Enfin, Duy Anh Nhan Duc se sert plus particulièrement des pissenlits pour développer un univers poétique et onirique qui a (aussi) investi les vitrines parisiennes de la prestigieuse maison Hermès. Il aura carte blanche au musée Guimet en 2021 et réalisera une œuvre monumentale pour une gare du Grand Paris. 

lundi 25 novembre 2019

Marc Fichel, Encore Un Instant... en concert à l'Européen, et en album chez Faubourg du Monde

Marc Fichel est un artiste que j'ai découvert à l'occasion d'un reportage que je faisais sur Rungis. Cet homme directeur export, spécialisé dans le commerce des pommes de terre a, c'est le moins qu'on puisse dire, une patate d'enfer. Et, qui plus est, une énergie positive, communicative et qui fait du bien.

Il cumule les talents puisqu'il est aussi auteur, compositeur, interprète (et co-producteur) de ses albums.

Le dernier, Encore un instant..., disponible chez Faubourg du Monde, sera le fil conducteur du concert qu'il donnera le 2 décembre à l'Européen.

Je ne pourrai pas m'y rendre mais j'ai déjà vu Marc en public et je l'ai reçu pour un Entre Voix spécial sur Needradio. Je le connais donc suffisamment pour penser qu'il va s'imposer parmi les talents de la chanson française.

Le déclic s'est fait en 2015 quand on lui propose de participer aux rencontres d’Astaffort avec Francis Cabrel. La scène est une révélation pour Marc qui rêve depuis le début de sa jeune carrière artistique, de se produire "chez lui" au cœur des Halles de Rungis.

La confirmation arrive en 2017 avec "C’est ma vie dans les Halles", un premier single qui a rencontré un joli succès avec plus d’1 million de vues sur le Web et attisé la curiosité des médias. C'est d'ailleurs par ce titre que je l'ai découvert, en cherchant une musique approprié pour illustrer l'émission Une journée à ... Rungis.

Le "chanteur des Halles" aime toujours autant son cadre de travail. Il a été à l'initiative de la fête de la musique "la plus tôt de France" le 21 juin 2018 aux alentours de 5-6 heures du matin au cœur du Marché de Rungis. Il a renouvelé l'aventure en février dernier. J'y étais et je peux vous dire que l'ambiance était au beau fixe. Avec une émotion particulière puisque le fondateur de la Fête de la musique, Jack Lang était présent lui aussi.

Marc ne cesse d'écrire et de composer. Il a lancé un EP #il ou #elle avec tous autres morceaux que l'on retrouve sur l'album Encore un instant ... qu'il définit avant tout comme un melting potes musical. Et figurez-vous que cet hyperactif trouve (aussi) le temps de composer pour différents artistes.

Amour de passage, grain de folie, nostalgie, Marc dissèque nos vies avec tendresse et les fait vibrer un peu plus haut, un peu plus fort, avec élégance au coeur de mélodies qui s'incrustent vite dans nos cerveaux. Alors nous aussi nous lui tirons notre révérence.

dimanche 24 novembre 2019

L'Ombre d'Alma Brami avec Dédeine Volk-Leonovitch

Je connais Alma Brami comme romancière depuis quelques années. J'ai été étonnée qu'elle écrive pour le théâtre mais cette surprise est très heureuse.

Alma Brami avait été révélée lors de la rentrée littéraire 2008 avec son premier roman Sans elle, couronné par de nombreux prix. Son talent s'était confirmé avec Ils l'ont laissée là en 2009, Tant que tu es heureuse en 2010. C'est pour ton bien en 2012 (Mercure de France), puis avec Lolo en 2013, dans la collection "Miroir" dirigée par Amanda Sthers (Plon). Salué par la critique, son sixième roman J'aurais dû apporter des fleurs sorti en folio Gallimard en août 2016, a reçu le prix talent de la Forêt des Livres. L'année suivante c'était Qui ne dit mot consent, toujours au Mercure de France. L'Ombre est sa première pièce de théâtre.

Quelle bonne idée d'avoir repris un texte qu'elle avait conçu dans une version adaptée au festival Le Paris des Femmes pour le faire évoluer en un seule en scène qui soit un spectacle à lui tout seul.

Elle a écrit un monologue aux petits oignons pour Dédeine Volk-Leinovitch et comme je regrette de n'avoir pas remarqué la pièce cet été pendant que j'étais en Avignon où elle fut jouée au Théâtre de l'Observance !

J'ai retrouvé l'écriture de par exemple Qui ne dit mot consent ... en plus incisif. Car après avoir serré le veston du mari contre elle en riant, après avoir annoncé qu'on était mardi, jour de fête, célébré depuis 37 ans par un poulet, toujours identique, mais farci différemment pour respecter le rituel sans pour autant lasser, après nous avoir relaté la vie incroyablement heureuse que Georges lui a fait vivre, cette femme s'enflamme et finit par nous confier tout ce qu'elle a sur le coeur.

samedi 23 novembre 2019

Les misérables, le film choc de Ladj Ly

J'emploie ce qualificatif de "film choc" pour le premier long métrage de Ladj Ly, Les misérables parce qu'il est difficile de le considérer comme un film ordinaire.

C'est l'adaptation sur grand écran du court-métrage déjà intitulé Les Misérables, et nommé au César du Meilleur court métrage en 2018.

Chaque plan est pensé avec intelligence et il est porteur d'un message particulier. Le réalisateur connaît de toute évidence parfaitement l'univers de la banlieue, et ses codes. Alors on oublie parfois qu'il s'agit d'une fiction, ayant le sentiment que personne ne joue et que tout est vrai.

C'est un peu ça. Il a tellement observé, il s'est tant nourri de scènes réelles qu'il n'a pas eu besoin d'inventer un scénario, ce qui ne signifie pas que la tâche était facile. L'essentiel aura été de les orchestrer de manière plausible : Pendant cinq ans, avec ma caméra, je filmais tout ce qui se passait dans le quartier, et surtout les flics, je faisais du copwatch. Dès qu’ils débarquaient, je prenais ma caméra et je les filmais, jusqu’au jour où j’ai capté une vraie bavure. Dans le film, l’histoire du vol du lionceau déclenchant la colère des Gitans propriétaires du cirque est également vécue... J’ai voulu montrer toute la diversité incroyable qui fait la vie des quartiers. J’habite toujours ces quartiers, ils sont ma vie et j’aime y tourner. C’est mon plateau de tournage !

Le pari est réussi. Mais il est également effrayant car j'imagine que beaucoup de spectateurs ne la voyait pas comme ça ... la banlieue. Vous remarquerez d'ailleurs qu'on emploie désormais le pluriel, alors que ce terme de "les banlieues" n'en concernent qu'une, celle que filme Ladj Ly.

La formule qu'il reprend de Victor Hugo, qui a situé le domicile des Thénardier de son célèbre roman dans cette commune de Montfermeil, dans le 93, à savoir, il n'y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes, que des mauvais cultivateurs, devrait faire trembler les politiques, car cela pointe bien leur responsabilité.

Ladj Ly raconte comment une bavure policière va faire dégénérer une situation dans un quartier dit sensible et regardé à travers les yeux de Stéphane (Damien Bonnard), un policier fraîchement débarqué de Cherbourg. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers de la Brigade anti-criminalité, Chris et Gwada (Alexis Manenti et Djebril Didier Zonga), et découvrir les tensions entre les différents groupes.

Un drone filme leurs moindres faits et gestes alors qu'ils se trouvent débordés lors d'une interpellation.

Ladj Ly est à l'origine un membre du collectif Kourtrajmé créé en 1994 par Kim Chapiron, Toumani Sangaré et Romain Gavras. Il a par le passé réalisé des web-documentaires qui ont été remarqués, comme 365 jours à Clichy-Montfermeil, tourné pendant les émeutes de 2005, et 365 jours au Mali, où il s'est immergé dans ce pays pendant un an. Ladj Ly a aussi mis en scène le docu-fiction sur la banlieue Go Fast Connexion et le documentaire sur l'éloquence A voix haute - La force de la parole (co-réalisé avec Stéphane De Freitas).

S'agissant des films sur la banlieue, on pensera à La Haine (1995), Dheepan (2015), Divines (2016) ... avec plus de poésie et curieusement davantage de réalisme car il ne repose pas la démonstration sur un trafic d'armes ou de drogues mais sur ce qui au départ est un problème de communication, inexcusable au demeurant.

Ce qui est très réussi c'est que personne n'est totalement bon ou mauvais mais les rôles dans lesquelles les clans enferment les uns et les autres accélèrent le moindre dérapage. Le vivre ensemble est souvent proche du point de rupture. Et pourtant la France était sur son petit nuage tricolore le soir de la victoire de la Coupe du monde de football et quelle était belle la joie des gosses chantant la Marseillaise sous la Tour Eiffel et sur les Champs Elysées.

Les Misérables représenteront la France aux Oscars 2020, au détriment de Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, qui semblait jusque là favori.

Les misérables, de Ladj Ly, en salle depuis le 20 novembre 2019
A déjà reçu 7 Prix dont le Prix du jury du Festival de Cannes et 9 nominations

vendredi 22 novembre 2019

Esturgeon en deux façons avec caviar

L’esturgeon est un poisson très particulier, que l'on peut qualifier de préhistorique puisque l'espèce existe depuis 100 millions d’années.

Son allure est particulière. Il a une tête étonnante, avec un petit rostre, une bouche dépourvue de dents. Il avale ses proies entières, et ça pouvait être un saumon dans l’estuaire de la Gironde. Sous son menton, 4 barbillons de près de 10 cm de long pendent et lui permettent de repérer sa nourriture. C’est un animal placide, très calme. Sa peau n’est pas recouverte d’écailles, mais d'os. Elle demeurera un mystère pour moi car il n'était pas possible (pour raison sanitaire) de toucher un animal. Sa chair est blanche est assez dense, parfois gélatineuse, sans arête.

J'ai fait l'expérience de le cuisiner à mon retour de la visite de l'Esturgeonnière, la ferme d'aquaculture fondée par Michel Berthommier au Teich et que je remercie de m'y avoir accueillie. Il y produit du caviar et je vous renvoie à cet article très complet sur le sujet, publié il y a quelques jours. Pour le moment concentrons-nous sur l'esturgeon.
Le filet m'a étonnée par sa couleur grise et rosée d'un coté, blanc de l'autre.
Je l’ai cuisiné en deux façons, d'une part en papillote sur une fondue de légumes, d'autre part poêlé et servi avec une purée de pommes de terre et des carottes cuites en cocotte.

jeudi 21 novembre 2019

Les Amers remarquables, d’Emmanuelle Grangé

Emmanuelle Grangé avait publié un premier livre, Son absence, en 2017 chez le même éditeur, Arléa. Je n'appartenais alors pas encore au groupe des 68 premières fois et je suis comme on dit "passée à coté".

Pourtant je ne saurais dire à quand remonte ma rencontre avec Emmanuelle, peut-être au temps où elle était élève à l’Ecole Supérieure d’Art dramatique du Théâtre national de Strasbourg. Le souvenir le plus précis que j'ai d'elle est de l'avoir croisée quelques années plus tard, dans la rue où je venais d'emménager dans le XIV° arrondissement ... où elle habitait alors.

J'ai cherché à retrouver la personnalité que j'avais connue. Je me doutais que ce n'était guère possible mais c'est je crois ... humain.

J'ai apprécié en tout cas cette plume qui s'empare si intelligemment et si finement d'une situation familiale complexe pour composer un hommage à ses parents, sous les auspices de "Jane Eyre", de Charlotte Brontë, dont une citation introduit chaque chapitre.

Elle raconte son enfance, dans un grand appartement à Berlin, où son père est fonctionnaire international, la naissance d’un frère qui va bouleverser son quotidien de petite fille, des séjours en France pendant les vacances chez des grands-parents aimants, l’accent germanique des nurses qui se succèdent. Pourtant, dans toute cette banalité quelque chose détonne. La mère, fantasque, magnifique, amoureuse des rivages qui lui manquent tant, trop à l’étroit dans son rôle d’épouse de diplomate, ne peut s’empêcher de fuguer.

Cette mère, qu'elle désigne sous son prénom, Gabrielle, sans compte bancaire, sans notion du temps, que l'on dirait "swag" aujourd'hui.

Un père probablement alcoolique, ne voulant rien savoir et fermant les yeux pourvu qu'à son retour rien du désordre éventuel de la journée ne soit apparent.

Est-ce parce qu'il trouve sa femme "remarquable" (p. 43) que la petite fille reprend l'expression dans le titre ? En tout cas il n'a pas vu venir le jour où elle annonce dans une lettre qu'elle ne rentre pas à la maison et part, quittant l’appartement familial, le laissant avec les enfants.

Mais elle reviendra parce que la famille c'est plus important que tout (p. 75) et on fera "comme si".

Pourtant la petite fille ne comprend pas ce qui reste d'ailleurs inexpliqué. Les années passent, avec plus ou moins de hauts et de bas. Jusqu'à ce que les bas l'emportent car les parents vieillissent mal, comme souvent dans la vie et le handicap est terrorisant.

Ce qui est admirable dans ce roman qu'on pressent autobiographique c'est de voir comment la petite fille parvient à se construire et à trouver des repères (amers en langage maritime) alors que tout est confus et que l'abandon est une éventualité constante. Elle réussit à tel point qu'elle finira par endosser le rôle de parent à l'égard des siens.

Les Amers remarquables, d’Emmanuelle Grangé, Arléa

mercredi 20 novembre 2019

Le Centre Culturel Coréen emménage au 20 rue de la Boétie et présente l'exposition Tekkal

Le Centre Culturel Coréen a emménagé dans un espace à la mesure de toutes les actions qu'il envisage de conduire, au 20 rue de la Boétie, dans le 8ème arrondissement, dans un bâtiment ayant appartenu à une compagnie d'assurances.

Il était jusque là installé depuis 1980, avenue de Iéna dans un lieu qui ne permettait plus d'offrir toutes les activités et les événements que les responsables voulaient programmer. Il y aura dorénavant un auditorium, deux espaces d'exposition, une bibliothèque, des salles pour des ateliers d'art ou de cuisine, et des cours de coréen.

Il faut souligner que jusqu'en 1986 il n'y avait pas un seul film coréen dans les salles de cinéma françaises. Les Jeux Olympiques de Séoul ont changé la donne et contribué à faire connaître les produits coréens.

Bong Joon-Ho, qui a étudié la sociologie à la prestigieuse université Yonsei de Séoul, et qui reçu la Palme d'or à Cannes pour son dernier film Parasite, figurait naguère avec des milliers d'autres artistes sud-coréens sur une liste noire dans son pays. Il est devenu depuis le chouchou des critiques et des cinéphiles. Il avait fait ses débuts de réalisateur en 2000 avec Barking Dogs Never Bite qui va être projeté le 22 novembre.
Ce soir un concert de K-Music y est programmé. Ce courant musical inventé après la guerre pour aider la crise financière que traversait la Corée du Sud, est devenu un vrai phénomène auprès des jeunes de 14-24 ans et s'est fait connaitre uniquement par les réseaux sociaux à partir des années 2010. Le prochain festival, le dixième, aura lieu début juillet 2020.
Une légende, racontée dans toutes les écoles primaires, voudrait que l'origine de la Corée remonte à 5000 ans. Un tigre et un ours vivaient ensemble dans une grotte et prièrent le roi divin Hwanung de faire d'eux des hommes. Le roi entendit leurs prières et leur donna 20 gousses d'ail, un faisceau d'armoise et leur ordonna de rester hors de la lumière du soleil et de ne manger que cette nourriture pendant 100 jours. Tenaillé par la faim, le tigre sortit de la grotte après environ 20 jours, mais l'ours resta à l'intérieur, ce qui lui valut de se transformer en femme. Plus tard, ne trouvant pas de mari elle épousa le roi et lui donna un fils, Tangun, fondateur de la nation de Corée.
Le bâtiment a conservé les plus belles traces de son passé comme en témoignent ces photos prises pendant la visite de l'exposition qui l'inaugure : Tekkal, couleurs de Corée et qui lance le signal d'un nouveau départ.
En Corée cinq couleurs suffisent à expliquer le monde entier. Ce sont le noir et le blanc du yin et du yang, le jaune, le rouge, et le bleu. Ce sont les couleurs cardinales.
Le blanc est la couleur de l'ouest, de la pureté, du divin, et aussi celle des vêtements usuels quotidiens et plusieurs robes d'hommes sont exposées. L'exposition présente des objets vieux de 800 ans mais aussi une céramique contemporaine dite de lune (ci-dessous).

mardi 19 novembre 2019

Le caviar d'Aquitaine, or noir de la France

J'ai découvert le caviar il y a quelques années et au fil des rencontres j'ai fini par m'intéresser sérieusement au sujet, en particulier quand j'ai appris que quelques producteurs français s'étaient unis pour faire reconnaitre une IGP sous le nom de Caviar d'Aquitaine.

Depuis, j'ai eu l'opportunité de faire quelques dégustations et de comprendre le chemin entre l'oeuf (d'alevin) et l'oeuf (de caviar), et qui est plutôt long puisqu'il ne peut pas se situer en-dessous de 7 ans.

C'est un produit de luxe certes, mais on peut le consommer toute l'année. Cependant il est très tentant de l'associer au Champagne en période de fêtes. C'est ce que j'ai fait dans l'émission Une journée à ... qui sera diffusée sur Needradio dimanche 8 décembre de 16 heures à 17 heures où je mets ce produit à l'honneur avec la Maison de Champagne Le Brun de Neuville qui est une coopérative.

Cet article est complémentaire en permettant une illustration par l'image.

Faire le choix de mettre du caviar au menu de Noël ou de la Saint-Sylvestre sera toujours moins onéreux qu'un repas au restaurant car il n'a pas besoin d'accompagnement sophistiqué. De bonnes petites pommes de terre en robe des champs peuvent suffire.

On peut en être fier. Le caviar français est désormais reconnu comme un des meilleurs au monde. On était loin de le penser en 1988 quand les premières femelles ont commencé à produire l'or noir au Moulin de la Cassadotte qui fut le premier à en élever.

Caviar girondin depuis 1776
Des traces très anciennes attestent de cette réalité historique. Cependant il faut admettre qu'il était peu récolté. Jusqu'en 1920 les pêcheurs d'esturgeons (qui étaient abondant à l'état sauvage dans la région) capturaient le poisson pour sa chair et se débarrassaient de la poche des oeufs en la jetant à l'eau ou aux poules. On ne savait pas comment les préparer et il faut bien reconnaitre qu'à l'état naturel ils n'ont quasiment pas de goût. On raconte qu'une princesse russe expliqua qu’on pouvait faire quelque chose de ces oeufs. Les bars à caviar se sont épanouis au bord de la Garonne, notamment près de Saint-Seurin-d'Uzet, et on raconte que Jean Gabin, Mistinguett et Danielle Darrieux en étaient de fidèles clients. Les sandwichs au caviar étaient proposés comme une alternative au jambon ou au pâté.

C'est sans doute surtout l'arrivée d'Emile Prunier dans la région qui fut décisive. Il était déjà importateur de caviar russe et il vit tout de suite le profit qu'il pouvait tirer de cette spécialité locale. En 1921, il installait neuf pêcheries d'esturgeon sur les bords de la Garonne, de la Gironde et de la Dordogne.

lundi 18 novembre 2019

Le nouveau réfrigérateur Sub-zéro

Ce n'est pas tous les jours que je découvre un appareil électroménager beau comme un camion, correspondant en tous points à ce que je rêverais d'avoir chez moi.

Le nouveau réfrigérateur réfrigérateur/congélateur PRO3650 de la marque américaine Sub-zéro née en 1945 est transparent comme une vitrine. Plus question d'oublier ce qu'on a sur ses tablettes… ou dans ses bacs parce qu'il dispose (aussi) d'un tiroir cloisonné, également à froid ventilé, et l'air frais et humide dans la zone haute humidité Bio-Fresh d'un tiroir, doté d’un capot vitré hermétique, ce qui en fait l'endroit idéal pour la conservation des fruits, des légumes et des denrées délicates.

Son design en métal sculpté est superbe, 100% acier inoxydable brossé intérieur comme extérieur. Sa praticité évoque les astuces de rangement d'un dressing avec notamment une clayette coulissante totalement extractible pour un accès plus aisé aux aliments, et un système d’ouverture de grille "Flip-up" pour un accès à la zone moteur facilité.

Des plats en acier inoxydable facilement amovibles peuvent se fixer sur les clayettes et aller au four quand ce sera utile. Il dispose d'un filtre à eau et d'une fabrique de glace automatique de 3Kg.

Sur le plan technique son système de réfrigération à double compresseurs haute technologie offre une haute garantie. Les circuits du réfrigérateur et du congélateur sont dissociés comme on le pressent.

Le filtre de purification de l’air est breveté Nasa. Il assure l'élimination des rejets de gaz éthylène (par certains fruits), des virus et bactéries. L’air est automatiquement filtré toutes les 20 minutes, ce qui prévient ainsi la détérioration des denrées.

La porte vitrée triple épaisseur offre une garantie anti-UV permettant de placer l'appareil en n'importe quel endroit. Les températures se contrôlent par le biais d'un affichage tactile. Je ne vois pas ce qu'on pourrait ajouter pour qu'il atteigne la perfection.
Mais le plus étonnant a été d'apprendre qu'il était doté d'un mode Shabbat de 120 heures afin de respecter les traditions religieuses, en désactivant
– l'éclairage intérieur qui s'allume porte ouverte, 
– toute la signalisation sonore et visuelle, 
– l'affichage de la température, 
– les fonctions SuperFroid, SuperFrost, sous réserve qu'elles aient été activées au préalable, 
– la minuterie (sous réserve qu'elle ait été activée au préalable). 
L'appareil est construit à basée à Madison, dans le Wisconsin. Et quand, en plus, ce qui sort de ce fridge a été cuisiné par la vénitienne Laura Zavan, c'est régal assuré !
La marque Sub-zéro est, depuis l'an 2000, associée à Wolf, autre spécialiste mais cette fois du chaud, qui propose des cuisinières, plaques de cuisson, fours, blenders, toasteurs, ... et depuis peu une batterie de cuisine. Tous correspondent à un "investissement" mais la qualité est sans égal.
Show-room 135 rue d'Antibes - 06400 Cannes
Photos réalisées à l'Atelier Saint-Paul - 42 boulevard St Germain - 75005 Paris

dimanche 17 novembre 2019

Attendre un fantôme de Stéphanie Kalfon

Stéphanie Kalfon est une auteure choisie par les 68 premières fois qui avait découvert son premier roman, Les Parapluies d'Erik Satie il y a deux ans, couronné du Prix littéraire des musiciens en 2018.

J'ai rallié le groupe depuis et j'ai lu avec intérêt son second, Attendre un fantôme, qui raconte l'histoire de Kate, une jeune fille de dix-neuf ans, tenue par sa famille, et surtout sa mère, à l'écart de la mort accidentelle de Jeff, son ancien amoureux dans un attentat en Israël.

Cette mère incapable de dire bonjour (p.19) nous est présentée comme une bourgeoise vivant comme une femme de ménage (p. 22). Elle est étouffante, pour Kate, comme pour pour son mari, phagocyté à tel point que le cognement de ses dents à lui contre ses mots à elle fait ressurgir le fantôme emprisonné (p.23).

Le surgissement du mot fantôme à ce moment là me laisse supposer qu'il ne serait pas le défunt fiancé dont l'absence pouvait le placer dans cette situation pour peu que la jeune fille continue à espérer son retour. 

Cette mère odieuse avec tout le monde ne s'accorde pas le moindre plaisir. Elle est (sans surprise) anorexique et surtout terriblement toxique sans que j'ai pu lui trouver la moindre circonstance atténuante. L'écriture de Stéphanie Kalfon grimpe vite dans un crescendo glaçant : Les gens qui l'aiment, s'ils veulent lui faire plaisir, doivent ne jamais être heureux. c'est normal, la moindre des choses est de rester moindre (p. 24). Plus loin (p. 70) elle couvrira d'un linceul de paroles les mots de sa fille.

La vie est injuste. Jeff, philosophe, part avec en tête ce vers magnifique de René Char (p.35) : Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront. Jeff ne reviendra pas.

Et pourtant j'ai aimé cette écriture sans concession. Peut-être parce que j'ai connu une mère qui ne pouvait pas vivre différemment... Et bien sûr parce que l'auteure a le sens de la formule.

Stéphanie analyse autant l'absence des vivants, ou du moins l'absence de leurs sentiments que le vide des disparus qu'elle compare à la neige, ils n'effacent pas le réel mais le blanchissent, comme on le dit d'un accusé à tort blanchi au seuil de la mort.

Situé au début des années 2000, ce roman décrit une période révolue (p. 31) avec une précision chirurgicale assez jouissive.

Cette mère qui parle seule, fait les demandes et les réponses, prend terriblement vie sous nos yeux (p.72) en assénant une démonstration implacable. Ne cherchons pas : elle aura toujours raison. Même à vouloir vivre le chagrin de sa fille par procuration.

Le roman est plutôt court (130 pages) mais d'une extrême densité.

Il s'achève avec une autre réponse à méditer en le refermant : Etre malheureux, c'est attendre un fantôme.

Attendre un fantôme de Stéphanie Kalfon, Joelle Losfeld éditions, juin 2019 

samedi 16 novembre 2019

Le Festival du Bien Manger de Rungis au Grand Palais

Beaucoup de manifestations auront émaillé l’année 2019 pour célébrer dignement le cinquantième anniversaire de Rungis.

Ça valait le coup de braver la fermeture des stations de métro et de RER pour rejoindre la verrière du Grand Palais où le Marché de Rungis était à l'honneur sous le titre Le Festival du Bien Manger de Rungis au Grand Palais sous le haut-patronage du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, qui veut célébrer le savoir-faire culinaire et l’art de vivre à la française, et avec Thierry Marx, comme parrain.

Vous êtes chanceux puisque le Chef Étoilé animera une master class intitulée "La cuisine, maîtrise du geste et du temps" demain 17 novembre à 11h30 et en accès libre.

Tout s'organise autour de rencontres authentiques pour favoriser les expériences gustatives et humaines. Le marché gourmand rassemble 120 exposants, interprofessions et acteurs du monde de la gastronomie, sur 15000 m2, pour découvrir une sélection de plus de 300 produits frais en provenance directe du Marché de Rungis, comment pourrait-il en être autrement ... et pour une fois disponibles à la vente aux particuliers sans qu'ils aient besoin d'avoir une carte spéciale.

Cerise sur le gâteau, les curieux, épicuriens ou simples amateurs du bien-vivre pourront découvrir tous les secrets de nombreux chefs et MOF (Meilleurs Ouvriers de France), qui partagent leur passion en toute simplicité, via des démonstrations et Masterclass.

J'ai suivi une démonstration (hier plaisir de retrouver François Gagnaire, le chef d'Anicia sur lequel j'ai publié un article sur le blog le 4 janvier 2018). Il avait bien entendu préparé une recette avec des lentilles.

J'ai aussi rencontré Babette de Rozières que je retrouverai avec plaisir sur le Sagasdom, le Salon de la Gastronomie des Outre-Mer et de la Francophonie qu'elle organise porte de Versailles du 31 janvier au 2 février 2020.

Des produits régionaux ou plus exotiques, font aussi partie de l’invitation au voyage des sens pour faire découvrir les cinq secteurs d’activité du plus grand marché de produits frais au monde : marée, produits carnés, fruits et légumes, produits laitiers et traiteurs, horticulture et décoration.
Même s'il y avait de superbes viandes ce sont surtout les fruits et légumes qui m'ont attirée. Vous pouvez encore venir aujourd'hui et faire votre marché à des prix plus que raisonnables et à une qualité exceptionnelle, par exemple auprès de Butet Rungis ou du Groupe Omer-Decugis.
Souvent les gadgets sont stupides. Cette fois j'ai apprécié de ramener une "chaussette "pour transporter une pomme dans mon sac, de préférence une Pink Lady.
J'ai découvert (en toute modération) la gamme des cidres Mauret, et vous pourrez comme moi goûter une des meilleures gambas du monde au stand de Reynaud. Je me suis souvenue d'une nuit passée au Pavillon de la Marée.

vendredi 15 novembre 2019

J'accuse de Roman Polanski

J'accuse est un drame historique. On connait tous ce scandale où se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. Et pourtant cette coproduction franco-polonaise et britannique met en lumière des aspects cachés de la machination, sans doute parce qu'elle met en cause les pouvoirs publics bien au-delà de ce qu'on a fait passer pour une "erreur" judiciaire.

Ce qui est passionnant c'est que l'affaire est racontée du point de vue du Colonel Picquart (Jean Dujardin) qui, une fois nommé à la tête du contre-espionnage, va découvrir que les preuves contre le Capitaine Alfred Dreyfus (méconnaissable Louis Garrel) avaient été fabriquées.

A partir de cet instant et au péril de sa carrière puis de sa vie, il n’aura de cesse d’identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus alors même que le moins qu'on puisse dire est que ce n'était pas du tout son ami.

Même si on dit que le film américain réalisé par William Dieterle en 1937, La Vie d'Emile Zola, a déterminé l'intention de Roman Polanski à reprendre le sujet, le mérite de Roman Polanski est de faire la lumière sur la machination que je croyais avoir été déjouée uniquement par l'intervention d'Emile Zola, ce que renforce le titre retenu finalement, car il devait à l'origine porter celui de "D".

Que le réalisateur soit lui-même de nouveau impliqué dans une affaire de moeurs ne devrait pas entrer en ligne de compte dans le jugement que l'on porte sur son oeuvre, et encore moins conduire au boycott comme j'ai pu le lire sur les réseaux sociaux. Entendons nous bien je ne cautionne rien mais s'il fallait boycotter tous les artistes (et écrivains) dont le comportement n'est pas parfait nous allons rayer beaucoup de nom des bibliothèques, cinémathèques et musées ... 

Plusieurs avant-premières ont été annulées par les actions de militantes féministes. C'est regrettable car la condition de la femme est plutôt mise à l'honneur dans le scénario. Et puis ne pas aller voir le film c'est d'abord mettre les comédiens à l'index. Ce sont d'ailleurs surtout eux que je salue ainsi que l'intérêt que cette affaire soit décryptée au plus près de la vérité ... en espérant que des faits semblables ne se reproduisent pas. Etre condamné sur de fausses preuves me semblent le niveau au-dessus de l'erreur judiciaire et totalement intolérable.


jeudi 14 novembre 2019

Dans les forêts de Sibérie

Cela fait un mois que Dans les forêts de Sibérie est à l'affiche au Théâtre de la Huchette et qui d'autre que William Mesguich aurait pu s'emparer de cette expérience exceptionnelle pour la faire revivre sur la scène ?

Je ne me risquerai pas à dire lequel des deux est le plus habité par ses passions.

Sylvain Tesson (Prix Renaudot 2019 pour La Panthère des neiges) avait fait le choix de s’isoler au milieu de la forêt sibérienne, en bordure du lac Baïkal, pour y réapprendre le bonheur de la lecture et goûter pleinement le plaisir de la réflexion solitaire.

Il s'était promis de faire cette retraite avant ses quarante ans. Il lui fallut sept ans pour monter le projet qui fut tout sauf un coup de tête.

Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Son livre éponyme a été publié en 2012 chez Gallimard. Il a été récompensé du Prix Médicis essai et il a convaincu beaucoup de lecteurs que la métamorphose était possible par l'immobilité davantage que par le voyage. Ce livre a changé ma vie m'a dit une amie.

William Mesguich incarne cet homme qui est encore pour partie resté dans la cabane. Ce n'était pas facile parce qu'on pouvait penser ce roman inadaptable au théâtre. Comment rendre compte de la solitude, de la température extrême, de l'immensité de la nature et aussi de la détresse de considérer les conséquences de son choix de vie par un message sur le téléphone satellitaire ? William le fait avec le talent qu'on lui connait.
Quand le spectacle commence on porte le regard coté jardin sur la cabane miniature qui semble être un refuge pour oiseau. Le comédien est assis sur les marches, à cour, et nous explique qu'il avait trop de lecture en retard et une lassitude extrême à faire les courses, ce qui l'avait motivé à faire retraite dans la clairière des Cèdres du Nord, dont le nom évoque précisément une résidence pour personnes âgées. J'ai noté cette "introduction", rigoureusement exacte au demeurant, parce que j'habite ... une certaine ... allée du Cèdre.

L'humour reviendra avec l'énumération de la liste du matériel, et plus tard avec une blague russe. Ce registre n'est pas très habituel dans le jeu de William (même s'il est capable d'excellence en comédie et je pense en particulier à Chagrin pour soi où je l'avais trouvé prodigieux). Il apporte une respiration à un texte qui pourrait être lourd à soutenir, en particulier quand il adopte une position christique.

L'adaptation de Charlotte Escamez a probablement imposé d'accepter des coupures car le texte aurait été trop long pour être donné dans sa totalité. Il était essentiel, et c'est réussi, de placer quelques respirations et d'instiller un certain suspens quant à ce qui peut se passer, aussi bien en terme de bonnes que de mauvaises surprises : il y a morsure plus douloureuse que la solitude.

Le propos écologique est lui aussi fidèlement rendu. La poésie s'invite sous la forme d'une mésange. La cheminée de la maquette de l’isba fume. On y est et on s'allège nous aussi du barnum de la vie parisienne !
Le décor évoque la forêt dont on veut bien croire qu'elle peut devenir une nef de silence. Il est intéressant de souligner la portée philosophique de la réflexion que l'isolement amena Sylvain Tesson à formuler. Il n'est pas certain qu'il soit parvenu à se donner par la suite la possibilité du bonheur minimum, mais son exemple doit nous servir de leçon.

Le spectacle m'a donné envie d'ouvrir le livre pour en savourer la substantifique sève à mon rythme. J'ai alors remarqué qu'il en diffère vraiment. William termine en disant : Je repars en sachant que je reviendrai. Sylvain (dont le prénom semble aujourd'hui prédestiné puisqu'il signifie étymologiquement "forêt") l'achève par ces mots : point final.
Dans les forêts de Sibérie
D’après le livre de Sylvain Tesson
Avec William Mesguich
Au Théâtre de la Huchette
23 Rue de la Huchette - 75005 Paris
Du mardi au vendredi à 21h, le samedi à 16h jusqu’au 30 novembre
Et le samedi à 16h et 21h à partir du 7 décembre.
Relâches les 19 et 21 novembre, 24 décembre 2019 et 1er janvier 2020
Reprise au Poche Montparnasse à partir du 4 février 2020 du mardi au vendredi à 19 heures et au moins jusqu'au 8 avril

mercredi 13 novembre 2019

L'affaire Moussorgsky

J'ai vu cette Affaire Moussorgsky (qui s'orthographie parfois avec un "i" final et parfois aussi avec un "u" au lieu de "ou") à Paris, en septembre dernier, dans l'amphithéâtre de la Cité de la musique mais je sais que le spectacle est en tournée en région.

Vous aurez donc peut-être la chance de pouvoir y assister.

C'est un conte musical créé par la compagnie A toute vapeur, à savourer en famille à partir de 8 ans sous la forme d'un après-midi de théâtre-concert "jazz", iconoclaste et inattendu, au charme teinté par la magie du conte.

mardi 12 novembre 2019

Un banana bread ... oui mais sans gluten

Je suis une adepte du Banana Bread et j'ai déjà publié sur le blog une recette qui fonctionne très bien mais qui ne convient pas tout à fait aux personnes qui sont intolérantes au gluten.

Sachant que vous êtes nombreux dans ce type de situation j'ai pensé qu'il serait utile de tester une version véritablement "sans". Et franchement je me demande si le résultat n'est pas supérieur en terme de saveur ...

J'ai utilisé la farine tous usages sans gluten de Mon Fournil qui présente aussi l'avantage d'être bio.

On mélange 3 oeufs entiers avec 100 grammes de sucre en fouettant fortement;

On ajoute 3 bananes écrasées (et je n'ose dire le prix que je les ai payées, une misère car elles étaient très mûres et le magasin s'apprêtait à les jeter).

Puis 100 ml de lait et 50 grammes de beurre fondu.

Enfin 200 grammes de farine avec 1 sachet de levure chimique.

En dernier j'ai "enrichi" la préparation de 70 grammes de noix de Pecan et de 50 grammes de pépites de chocolat.

Après avoir versé dans un moule rectangulaire j'ai posé sur le dessus une banane (la quatrième, un peu moins mûre) coupée en deux dans le sens de la longueur, trempée dans du jus de citron puis dans le sucre. C'est juste une question d'apparence à la sortie du four mais ce n'est pas indispensable.

Cuisson à four chaud, 45 minutes à 180°
Je suis certaine que les noix de Pecan apporte une douceur que les noix "classiques" ne peuvent pas donner. Le chocolat est une  gourmandise supplémentaire.
Décidément, après le kasha, également de Mon Fournil, je pense que je vais poursuivre mes découvertes des produits de la gamme.

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